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Unités d'observation et pouvoirs locaux à Sokodé

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UNITES D'OBSERVATION ET POUVOI~S LOCAUX

BARBIER [Link].

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Lomé, Togo
- 240 -

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- 241 -

Dans la recherche des unités pertinentes d'observation, il nous sem-


ble important de privilégier les collectivités cimentées par des liens communau-
taires et dotées d'un centre de décision. La participation de groupes locaux
est en effet requise pour toute participation qui s'inscrirait dans une pers-
pective de développement véritablement auto-centré, encore faut-il que chaque
groupe puisse mobiliser ses membres autour de projets communs et que ceux-ci
se sentent solidaires d'une même destinée.

On pense d'emblée aux communautés rurales qui, en Afrique, témoignent


encore, en maints endroits, d'une forte cohésion sociale. On pense moins aux
milieux urbains où les quartiers apparaissent comme des zones d'immigration ou-
vertes aux implantations individuelles, ce qui aboutit, dans la plupart des cas,
à un peuplement des plus composites.

L'histoire du peuplement de Sokodé, ville secondaire du Togo, montre


qu'il n'en est pas toujours ainsi. Dans cette agglomération, en effet, on ren-
contre d'importants noyaux communautaires autour desquels s'est organisé l'oc-
cupation de l'espace urbain. Dès lors, s'impose le recensement de ces centres
de gravité au moyen d'une approche historique.

Il nous reste un souhait à formuler: que les pouvoirs publics recon-


naissent ces entités et sachent dialoguer avec leurs représentants, légitimés
par les traditions qui régissent de tels groupes de base.

D'abord poste administratif et militaire installé en 1898 par les


Allemands, lors de leur pénétration du nord du Togo, Sokodé devient, dans le
courant du XXe siècle, un centre administratif et commercial, puis, lors de
l'explosion démographique, générale à la plupart des villes africaines, qui
suivit les indépendances, une ville secondaire. Aujourd'hui, avec sans doute
plus de 50 000 habitants (elle en avait 47 855 au dernier recensement de 1981),
elle est la seconde ville du Togo, loin cependant derrière Lomé (390 000 habi-
tants en 1981), mais devançant nettement Atakpamé (28 531 habitants), Kara
(28 480 habitants) et Kpalimé (27 669 habitants).
- 242 -

Le périmètre d'urbanisation de Sokodé, délimité par le décret du 9


novembre 1970, englobe une très importante partie rurale puisqu'il inclut les
villages de Katambara (2 496 habitants en 1981), Birini (524 habitants),
Doubouidê (540 habitants) (mais non Paratao) et une partie de Tchavadé (les
quartiers Na-da et Avadidê). Manifestement trop large, nous ne l'utiliserons
pas pour notre étude de l'agglomération de Sokodé.

Ville récente, née comme la plupart des cités africaines du fait co-
lonial, Sokodé se caractérise néanmoins par une très forte emprise du droit
coutumier sur son sol. Quatre villages préexistaient, en effet, à l'installation
allemande.

l - LA CHEFFERIE DE KOMA

Elle dérive de celle de Tchavadé qui est à 8 km au nord-est de Sokodé.


Ressortissants du même segment clanique, les gens de Koma considèrent globale-
ment ceux de Tchavadé comme leurs ainés. A ce titre, leurs propres chefs conti-
nuent à être inhumés dans le cimetière des chefs de Tchavadé. Appartenant au
clan Mola, ils ont droit de postuler à la chefferie de TchaouJjo dont le souve-
rain porte le titre prestigieux de Ouro Esso (= chef - Dieu). Le roi Akoriko,
qui régna vers 1820-1840 (si on applique une durée moyenne de 20 ans par rè-
gne), fut ainsi originaire de Koma. De même, plus récemment, Issifou Ayéva
(1949-1900), nommé chef supérieur des Kotokoli par l'administration française,
fit de sa chefferie, le temps de son règne (1), le haut-lieu du commandement
indigène. Au dernier recensement, en 1981, la chefferie de Koma, devenue quar-
tier de Sokodé, comptait 5 430 habitants, soit Il,3 % de la population totale
de l'agglomération.

(1) A la fin de chaque règne, sept villages peuvent prétendre à la succession


Kpâgalame, Tchavadê, Koma, Dabara (Katambara), Paratao, Birini et Yélivo,
avec la condition suivante: le successeur du roi défunt ne doit pas être
choisi dans le même village. Il s'ensuit que le royaume Kotokoli n'a pu
secréter de capitale.
- 243 -

II - LE VILLAGE MUSULMAN DE DIDAOURE

Peut-être présents dès le début du si&cle dernier, sous le règne du


roi Takpara dont P. ALEXANDRE nous dit qu'il légisféra sur les villages étran-
gers (1), des commerçants et artisans musulmans cowmencèrent à s'installer dans
la région de Sokodé. D'origine soudanaise, ils font tous partie du grand groupe
des Mandingue. Les premiers furent des Touré, venant semble-t-il du pays Djerma,
après la décomposition de l'Empire du Sonrhaï, ainsi que du pays haoussa. Ils
introduisaient avec eux l'Islam. Arrivèrent également d'autres groupes: des
Traouré venus eux aussi du pays djerma après avoir transité par les pays bar'ba,
des Watara venus de Sansanné Mango, dont J.C. FROELICH nous dit qu'~ls sont
d'excellents cordonniers (2), des Cissé qui résidaient auparavant en pays Dagomba,
des Fofana venus de Fada N'Gourma, enfin d'autres éléments mandingues originaires
des Etats haoussa (2).

Ces commerçants effectuaient la liaison commerciale entre, d'une part,


les cités haoussa, pourvoyeuses de chevaux et d'autres animaux pour le portage
(ânes et mulets), d'objets en cuir, d'esclaves, etc., d'autre part. la vallée de la
Volta et l'Empire ashanti d'où montaient le sel européen, des tissus de même ori-
gine et les kola de la zone forestière. Les rois Kotokoli autorisèrent et encou-
ragèrent ces transactions commerciales. Sous le règne du roi Akoriko (vers 1820-
1840), dont nous venons de voir qu'il était originaire de Koma, ces immigrés pu-
rent construire une première mosquée. Enfin, sous le règne du roi Djobo Sèmo, ils
eurent droit de saluer leur chef de village du titre de mal 'ouro (3).

Didaouré constitue, aujourd'hui, le noyau central de la ville de Sokodé


le plus densément peuplé.

(1) ALEXANDRE P., 1963 : Organisation politique des Kotokoli du Nord Togo" -
C.E.A., tome 4, n° 14, p. 249.
(2) FROELlCH J.C., ALEXANDRE P., 1960 : Histoire traditionnelle des Kotokoli et
des Bi-tchambi du Nord Togo" - Bulletin de l 'I.F.A.N., tome XXII, série B,
n° 1-2, pp. 228-274.
(3) Mal' est le diminutif de malwa (= musulman) et ouro est le terme kotokoli
pour désigner un chef politique.
- 244 -

III - LE VILLAGE DE KOULOUNDE

Fondé bien avant llarrivée des Allemands au dire de ses anciens (1) par
un nommé Tagwa du clan Tabolu, originaire du Wangara (nom donné au pays des
Mandingue par les Haoussa), le village de Kouloundê s'est installé immédiatement
à l'est de Didaouré, sur la rive droite de la Na, sur des terres appartenant au
village de Salimdê (qui, lui, était sur la rive gauche de cette rivière).

IV - LE VILLAGE DE TCHAWANDA

Situé dans la partie nord-ouest de Sokodé, Tchawanda fut fondé par


deux frères originaires de Savê, au Bénin actuel, et ressortissants du clan
Kpandé. Ces derniers s'affirmèrent comme grands féticheurs et consacrèrent une
butte rocheuse, sise à l'ouest du quartier administratif, sur la rive gauche du
Kpandi~ comme haut-lieu de leur génie protecteur, Ouro Lombo. Le fondateur de

Tchawanda, un nommé Ndjéou, porte d'ailleurs le titre de sa fonction puisqu'on


l'appelle Tcha Lézo ndo Ndjéou ; Tcha (= père) et non Ouro (= chef) car l'inté-
ressé est simplement chef de famille et que les concessions qui dépendent de lui
ne constituent pas encore un village reconnu comme tel par le souverain de
Tchaoudjo ; lézo (= fétiche) ndo (= propriétaire, gardien) manifestant de toute
évidence sa fonction religieuse.

Ce village, ou plutôt ces fermes conjointes, semble s'être installé


quelques années seulement avant l'arrivée des Allemands.

Ces derniers eurent la malencontreuse idée d'aplanir le piémont de la


butte consacrée à Ouro Lombo pour en faire un champ de tir. Le génie protecteur
de Tchawanda n'apprécia guère les salves et conseilla l'exil. Les gens de Tchawanda
partirent se réfugier chez Ouro Tcharazé du village de Tchaouroundê, dans le mas-
sif montagneux du Koronga, au nord-est de Sokodé. Ils en revinrent sous l'adminis-
tration française lorsque celle-ci incita les montagnards à descendre dans la

(1) Ils énumèrent une dizaine de chefs, l'actuel chef étant inclu dans ce nombre.
- 245 -

zone de colonisation agricole ouverte par ses soins au terminus du chemin de fer
du Nord dans la région de Blitta. Ne désirant pas descendre aussi loin, ils s'ar-
rèterent sur leur ancien emplacement et réinstallèrent leur génie protecteur sur
le monticule. Descendirent avec eux, d'autres groupes du Koronga : les gens de
Kag-nyidê (du clan Nawô) qui naguère, avant l'arrivée des Allemands, se trou-
vaient plus au Sud à Loungadê, entre les chefferies de Koma et de Dabara, ainsi
que ceux d'Akamadê du clan Kobou.

L'administration coloniale allemande s'installa sur une colline de


plus de 420 m d'altitude, à l'entrée sud de la ville actuelle, à gauche de la
route lorsqu'on vient d'Atakpamé. Connu maintenant sous le nom de Bariki, ce
quartier est pratiquement vide d'habitants hormis quelques logements de fonc-
tion. 964 personnes seulement y habitaient en 1981.

L'emplacement réservé aux commerçants européens et indigènes, "la ville


commerciale" pour reprendre le vocabulaire de l'époque, fut fixé au-delà du ruis-
seau Kpandi, de part et d'autre de la route appelée la "Coloniale" car reliant le
Togo au Soudan français. Quelques concessions y furent réservées au bénéfice de
sociétés commerciales et de commerçants européens individuels. Ce quartier des
affaires allait devenir le Zongo comme dans tous les centres administratifs de
l'époque (1), c'est-à-dire le lieu de passage, d'hébergement et d'immigration
d'un grand nombre de commerçants étrangers: Haoussa, Nago, Yorouba, etc. En 1970,
27,9 % des chefs de ménage du Zongo étaient des étrangers, la plupart originaires
du Bénin, du Niger et du Nigeria (le quartier de Didaouré tout proche, dont nous
avons vu l'origine soudanaise, n'en abritait, quant à lui, que 6 % (2).

Le Zongo prit de l'extension, s'appuyant en arc de cercle sur le villa-


ge Didaouré, selon une progression sud-ouest, nord-ouest.

(1) AGIER M., 1981 - Réseaux sociaux, réseaux marchands, les commerçants du
zongo à Lomé - Paris, ORSTOM.
(2) MARGUERAT Y., 1981 - La population des villes du centre et du nord du TO~O'
selon le recensement de 1970 (premiers résultats) - Lomê, Togo, ORsTOM,O p.
Tableau l
REPARTITION ETHNIQUE DES CHEFS DE MENAGE DE SOKODE,
EN 1970, PAR QUARTIERS ET EN %

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Kotokoli 72,1 78,5 72 ,7 52,6 38,6 26,6 48,5 32,8 11,8 54,6
Ethnies du Sud 3,7 9,9 11 ,3 5,3 1,3 35,8 22,1 11 ,1 38,9 15,4
Bassar, Tchamba 7,8 2,5 7,3 3,7 20,2 1,2 3,0 3,0 4,2 4,5 r, )
Kabyè, losso, lamba 6,5 2,4 4,7 33,8 32,3 7,0 11,2 48,1 27,1 15,0 .j:>a
0'\

Autres ethnies du Nord 2,5 0,7 2,4 2,7 5,1 1,5 3,3 0,4 4,9 2,3
Bénin, Niger, Nigeria 0,9 5,6 1,3 1,2 / 24,1 11 ,3 2,5 2,8 6,7
Autres étrangers 1,5 0,4 0,2 0,7 2,5 3,8 0,6 2,1 10,4 1,5

TOTAL 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0

Nombre de chefs de ménage 322 750 450 589 158 399 886 235 144 3933

Source: MARGUERAT Y., 1981, op. cit.

(1) Y compris le petit quartier de Kag-Oydê


(2) Kpalo-Kpalo n'existait pas encore en 1970, et Kpâgalam n'avait pas rejoint l'agglomération de Sokodé.
- ~47 -

Avec l'immigration, d'autres quartiers se formèrent: Barrière (1) dans


la partie septentrionale de la ville, à l'ouest de la route de Kara, se dévelop-
pant sur le territoire de Tchawanda ; Kossobio au même niveau, mais à l'est de la
route, pris quant à lui sur le terrain réservé au Zongo ; plus récemment Kpalo-
Kpalo par division du quartier précédent de Kossobio.

Résultats de multiples déplacements individuels, ces derniers quartiers


présentent une très forte hétérogénéité de peuplement. Par rapport aux quartiers
précédents issus de villages préexistants à l'installation du centre administra-
tif de Sokodé, ils manquent de centre de gravité, d'un noyau homogène autour du-
quel puisse s'organiser la vie sociale. Tout au plus pouvons-nous y noter une
légère prépondérance ethnique: de nombreux étrangers au Zongo (27,9 % des chefs
de ménage), ainsi que des gens du sud du Togo (35,8 %) ; de nombreux étrangers
également à Kossobio (11,3 %) ; des montagnards du nord Togo (Kabyè, Losso et
Lamba) à Barrière (48,1 %) (2) (cf tableau 1).

Parallèlement à cette immigration de caractère individuel, la ville de


Sokodé s'est enrichie de déplacements collectifs. Des villages entiers ont, en
effet, pris la décision de venir s'y agglomérer afin de bénéficier des équipe-
ments sanitaires et sociaux, ainsi que pour conserver les droits fonciers qu'ils
pouvaient détenir dans le périmètre urbain.

Le petit village de Kédia amorça le premier ce mouvement. Situé à près


de 5 km à vol d'oiseau du centre de Sokodé, au nord-est de la ville, il se trou-
vait trop à l'écart des voies de communication modernes dans l'angle formé par la
route du nord et celle de Tchavadê. Aux environs de 1952, les gens de ce village
demandèrent à la chefferie de Kpâgalama l'autorisation de s'installer sur la rive
droite de l 'Ata, à la périphérie septentrionale de la commune de Sokodé Ouro
Boutcho Amidou, chef de Kédia depuis 39 ans (nonmé chef sous l'administration
française, vers 1945), avance comme motif principal de ce déplacement la néces-
sité de scolariser les enfants.

(1) Appelé ainsi car le centre du quartier était à proximité d'une barrière de
contrôle.
(2) Kpalo-Kpalo n'existait pas encore en 1970.
- 248 -

L'interfleuve entre les rivières Ata et Kpondjo, où Kédia s'est instal-


lé, appartient dans son ensemble à la chefferie de Kpagalam . Des ressortissants
de cette chefferie s'y sont installés avant les années 70 en compagnie d'immi-
grés d'autres origines, puis le chef de Kpâgalam lui-même, et le reste de sa
population rappliquèrent après 1970. Dorénavant devenu quartier urbain,
Kpâgalama voit sa population augmenter rapidement.

Tout récemment, ce fut au tour de Salimdê d'intégrer comme un seul hom-


me l'agglomération de Sokodé en traversant la Na avec ses 1 042 habitants, là
aussi pour des raisons de commodités (naguère sur la rive gauche de la Na, le
village était coupé de la ville lors des crues) mais également pour maintenir
des droits fonciers puisque c'est lui qui accorda du terrain à Kouloundê.

Il résulte de cette histoire de la ville que la plupart des quartiers


sont de réelles communautés de type rural, préexistantes à une immigration urbai-
ne massive et anonyme. Les immigrants individuels viennent s'y greffer, autour
de noyaux traditionnels qui détiennent le commandement administratif (les chefs
de quartier) et la représentation politique par le biais du R.P.T. (1). Les quar-
tiers, ainsi constitués, ont à leur tête des chefs salués du titre traditionnel
de ouro. Ils sont hiérarchisés entre eux selon la typologie suivante

- les chefferies tém, issues de vieilles souches kotokoli :


. les chefferies mola pouvant prétendre à la chefferie supérieure de
Tchaoudjo
Kpâgalam, Koma (2) ;
. autre chefferie tém
Salimdê.

(1) Rassemblement du Peuple Togolais.


(2) Koma est chefferie supérieure depuis 1949.
- 249 -

Elles ont la propriété coutumière de la terre qu'elles occupent, ainsi


que celle des emplacements prêtés à d'autres communautés.

- les villages égoma fondés par des groupes immigrés au siècle dernier
et reconnus par le pouvoir royal
Didaouré, Kou10undê.

Les kotoko1i des chefferies tém se plaisent à souligner le statut des


gens de Didaouré, craignant que ceux-ci, par leurs activités commerciales et ar-
tisanales, ne prennent trop d'importance dans la cité. Ils rappellent notamment
que les premiers habitants de ce quartier furent installés par le roi kotoko1i un
jour férié (Titê wirê) ce qui donna, après déformation populaire, le nom de
Didaouré.

Ces quartiers ont en principe 1'usufruit du sol sur lequel ils sont
installés.

- autres villages kotoko1i :


Tchawanda, Akamadê, Kag-nyidê, Kédia.

Installés sur des terrains que des chefferies tém leur ont prêtés, ils
ont un droit d'usage indéniable. Néanmoins, dans la phase actuelle où les terrains
urbains sont l'objet d'enjeux importants, ils subissent un grignotage de la part
des chefferies donatrices qui reprennent d'une main ce qu'elles leur ont accordé
de l'autre. Kédia se retrouve réduit à la dimension d'un lotissement et va de pro-
cès en procès avec Kpâga1am ; Tchwanda, naguère distributrice de terres en faveur
des missions chrétiennes, voit ses droits remis en cause par Koma ; Sa1imdê s'est
installée sur les terres de culture de Kou10undê. Cette restriction de leurs
droits coutumiers est actuellement source de nombreux conflits fonciers. Elle
entretient une certaine tension sociale entre les quartiers concernés.

- enfin, les "fermes" (1) à la périphérie urbaine pour l'instant hors


de l'enjeu foncier
Akokodê.

(1) Terme local désignant en fait un groupe de fermes, un hameau, installé à


proximité d'un village.
Tableau 2

PRESENTATION TYPOLOGIQUE [Link] DE SOKODE

TYPES QUARTIERS CLANS FONDATEURS DONATEUR FONCIER

Chefferies tém Kpâgalam ~lol a Kp§ga l am


Koma ~10 la Koma
Salimdê Daro Salimdê

Villages égoma Didaouré Mandingue Tchaoudjo


Kouloundê Tabolou Sa l imdê
1\)
Autres villages Tchawanda Kpandé Koma VI
o
Akamadê Kobou Koma
Kag-Nyidê Nawê Koma
Kédia Nintché Kp§galam

~uartiers constitués par Zongo


inliligration individuelle Kossobio
Kpalo-Kpalo
Barrière

Fermes Akokodê ? Koma

i( ~
- 251 -

Distincts dans l'espace, nettement différenciés les uns par rapport aux
autres dans leurs composantes clanique et ethnique, disposant pour la plupart
d'un centre de gravité matérialisé par une "chefferie" (lieu de résidence d'un
chef de quartier ayant une légitimité traditionnelle), les quartiers de Sokodé
connaissent cependant un flou artistique au niveau de leurs limites respectives.
Nous avons eu la plus grande difficulté à procéder à leur délimitation et, à
certains endroits, nous demeurons encore dans la plus grande des expectatives.

Jusqu'en 1975, le chef de quartier nommé par l'Administration, qu'il


ait ou non une légitimité traditionnelle, a pour principale charge la collecte
des impôts. Par nécessité, il connaît les limites de son quartier, de même les
habitants frontaliers. Or, depuis cette date, seuls les salariés des entrepri-
ses du secteur formel sont imposés, le prélèvement se faisant à la source.

Sur ce, le Rassemblement du Peuple Togolais (R.P.T.) a organisé des


comités de cellule dans chaque quartier mais sans qu'il y ait de coïncidence
parfaite: Didaouré, trop populeux, se trouve subdivisé; la cellule de Zongo
déborde très largement sur les quartiers voisins; une cellule comme celle
d'Alahamdou est à cheval sur deux quartiers; etc. (1). Il s'ensuit une grande
confusion dans les limites des quartiers. Certains représentants locaux, connais-
sant l'enjeu foncier du terrain urbain, donnent les limites les plus avantageu-
ses pour leur quartier, jouant ainsi sur plusieurs tableaux.

Enfin, pour les besoins du recensement de l 'habitat et de la population


des 9-22 novembre 1981, la Direction de la Statistique a procédé à un découpage
précensitaire aboutissant, en ce qui concerne l'agglomération de Sokodé, à 53
zones de dénombrement. Ce découpage ne coïncideni avec les quartiers, ni avec
les cellules du parti politique. Il n'apporte en conséquence aucun éclaircisse-
ment à la question qui nous préoccupe.

Il résulte de cette situation relativement confuse, des tensions inter-


quartiers à la fois à cause des enjeux fonciers et du choix des personnes habili-
tées à représenter les communautés de base. Les comités de cellule n'ont pas, en
effet, supplanté les chefs administratifs de quartier ;non rémunérés, ceux-ci

(1) Cellules du R.P.T. à Sokodé : Kpâgalam, Barrière, Tcha~/anda, Zongo, Didaouré,


Kpandidjo, Akpalimë, Alahamdou, Kouloundê, Koma.
- 252 -

n'en demeurent pas moins en place, assumant leur fonction (moins la collecte des
impôts), rendant de multiples services y compris aux autorités publiques, sans
toutefois faire partie de l'organigramme officiel, ...

Le budget dont dispose la mairie de Sokodé est de l'ordre de 32 mil-


lions de [Link] pour cette année (1983), ses services techniques se réduisent à
un seul géomètre, c'est dire que la ville ne peut pas être gérée convenablement
par ses seules instances centrales.

Dans ces conditions, on peut se demander si l'unité de gestion ne pour-


rait pas précisément devenir ces quartiers, dont une approche historique nous a
permis de dégager la très forte individualité et le haut degré de cohésion socia-
le. A ce niveau, les autorités coutumières peuvent susciter efficacement une lar-
ge participation populaire dans le cadre, par exemple, d'un programme d'animation
communautaire. En prenant ces quartiers comme unités d'observation, l'analyse,
résolument centrée sur les pouvoirs locaux, précède l'action.

BARBIER [Link].

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