Acteur
artiste qui prête son physique ou sa voix à un personnage dans une œuvre artistique animée
Pour les articles homonymes, voir Acteur (homonymie) et Comédien (homonymie).
Un acteur — ou un comédiena — est un artiste qui prête son physique ou sa voix à un personnage fictif dans une
œuvre artistique animée, au cinéma, au théâtre, à la télévision, à la radio ou encore dans un jeu vidéo,
conformément à certaines conventions artistiques.
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Acteurs en costume d'époque,
plaisantant en attendant les prises de
vue d'un téléfilm à l'hôtel Somerset à
Londres.
Actrice jouant au théâtre du
Kaléidoscope à Cracovie (mai 2018).
En France, les différentes conventions collectives du spectacle vivant et de l'audiovisuel attribuent des noms
différents au même emploi : l'interprétation d'un rôle. Si l'appellation d'artiste interprète (ou artiste-interprète)
réunit les artistes dramatiques, chorégraphiques, lyriques, de variétés (music-hall), de cirque ainsi que les
musiciens (non solistes) dans la Convention collective nationale des artistes engagés pour les émissions de
télévision, Radio France a conservé sur les fiches de paie la dénomination « Artiste dramatique » pour
l'interprétation des fictions et feuilletons radiophoniques.
Étymologiquement, le « comédien » est un acteur plus particulièrement spécialisé dans la comédie (κωμῳδία /
kômôidía), de même que le « tragédien » est davantage spécialisé dans la tragédie (τραγῳδία / tragôidía), les deux
grands genres dramatiques traditionnels étant la tragédie et la comédie. Le drame (du latin « drama », emprunté
au grec ancien δρᾶμα / drâma, qui signifie « action (théâtrale), action jouée sur scène, pièce de théâtre ») désigne
étymologiquement toute action scénique1,. Avec le temps, cette distinction s'est estompée dans l'usage : l'art de
l'acteur est aujourd'hui désigné en langue française sous le nom de « comédie ».
La distribution est le terme désignant l'ensemble des acteurs choisis (parfois à l'issue d'une audition) pour tenir
les rôles d'un film ou d'une pièce de théâtre.
Le principal support de l'acteur est le texte mais il peut également se servir du mime, de la danse ou du chant,
selon les besoins de son rôle, notamment dans les comédies musicales.
Étymologie
Le terme « acteur » (au féminin « actrice ») est issu du latin actor (celui qui interprète un personnage dans le cadre
d'une mise en scène, « celui qui fait, l'exécuteur »2.
Historique
Le premier acteur serait le Grec Thespis3 (ou Thespus) qui aurait joué en 534 av. J.-C. au théâtre d'Athènes pour
les fêtes de Dionysos, devenant ainsi le premier à interpréter des paroles, séparément du chœur, dans une pièce
de théâtre. Avant lui, les histoires étaient racontées avec des danses ou des chansons, à la troisième personne,
mais aucune trace d'histoire racontée à la première personne ne nous est parvenue.
Cet acteur est unique à l'origine et, seul protagoniste, il parle avec le chœur. Le dramaturge grec Eschyle est le
premier à introduire un deuxième personnage (le deutéragoniste). Puis Sophocle en fait intervenir un troisième : le
tritagoniste. L'existence dans l'Antiquité d'un tétragoniste est discutée.
En France, les métiers du théâtre sont longtemps réservés aux hommes, donnant lieu à des excommunications
d'acteurs ; ce n'est qu'en 1603, à l'occasion d'une tournée théâtrale d'une troupe italienne, qu'une femme, Isabella
Andreini, obtient le droit de monter sur scène. L'édit royal du 16 avril 1641 de Louis XIII est le précurseur du statut
de comédien dont le travail « ne puisse leur être imputé à blâme, ni préjudice à leur réputation dans le commerce
public »4.
L'acteur et son personnage
Actrice en répétition.
L’acteur est celui qui met en acte, en action, le texte écrit par le dramaturge, et les situations organisées par le
metteur en scène. C'est lui qui agit et donne vie au personnage. Dans certains cas comme les spectacles
d’improvisation (par exemple la commedia dell'arte), il peut être lui-même l'unique créateur de son rôle.
Il existe une ambiguïté constante entre la personnalité du rôle et celle de son interprète. Ce paradoxe a
notamment été exposé par Diderot dans son Paradoxe sur le comédien. On raconte qu'un acteur romain du nom
d'Ésope, emporté par la folie du personnage d'Oreste, assassina un de ses partenaires ; de même, l'acteur Genest
se serait converti, emporté par la foi de son personnage, et fut même sanctifié (pour avoir subi le martyre, et non
pour sa passion du théâtre…). L'acteur change d'identité afin de pouvoir incarner tel ou tel autre personnage,
cependant les cas de confusion mentale sont rarissimes et l'acteur doit rester lui-même pour créer artistiquement
un caractère. L'identification à son personnage n'est jamais totale, sous peine de folie. L'acteur puise à la fois dans
son vécu et son imaginaire pour créer un rôle. L'Église catholique, pendant des siècles, a vu d'un fort mauvais œil
cette capacité à dissimuler ou à transformer la nature profonde de son être : les acteurs furent excommuniés à
partir de l'an 398. Molière fut enterré à la sauvette, et il fallut attendre le xxe siècle pour qu'une actrice, comme
Sarah Bernhardt par exemple, puisse avoir des obsèques nationales.
Le jeu de l'acteur
Le « jeu de l'acteur » intervient souvent en complément d'un autre art. S'il est partie intégrante des arts
traditionnels (architecture, sculpture, peinture, gravure, musique), il peut aussi exister seul (une lecture de texte, un
spectacle d'improvisation, par exemple) ou bien s'ajouter aux autres arts, notamment ceux où l'interprétation est
séparée de la création : théâtre, télévision, cinéma.
Pour construire son jeu, l'acteur pratique un entraînement. Cet entraînement exerce et développe la relation aux
autres et la relation à soi-même. Pour éviter que cet entraînement devienne une forme répétitive vide de jeu,
l'actrice cultive son imagination pour qu'elle envoie toujours des images qui vont motiver la forme répétée. Ainsi
un acteur se lèvera plus facilement et plus justement s'il croit attraper un objet, au lieu de s'entraîner à se lever
pour uniquement se muscler. L'acteur développera ses exercices selon sa coordination, son équilibre, et
l'exploration des limites de son corps, sans brutalité5.
En développant son système, Constantin Stanislavski, l'un des fondateurs du théâtre du xxe siècle, a montré que
ce qu'il appelle la mémoire émotionnelle de l'acteur est au centre du jeu juste : à partir du moment où l'on peut
retrouver la mémoire des émotions personnelles vécues on peut les ressentir lors d'une présentation et ainsi
exprimer de façon vraie un rôle. Malheureusement, la mémoire est souvent capricieuse. Pour la favoriser, il a
proposé de la solliciter par des séries d'actions physiques, correspondant au rôle, amenant l'interprète dans l'état
émotionnel conservé en lui ou en elle. Cette approche a été développée par Jerzy Grotowski, et plein d'autres.
Cependant, Michel Tchekhov, un élève de Stanislavski, ne reconnaissait pas l'existence des émotions
personnelles. Pour arriver à un jeu juste, il propose plutôt de « colorier » les actions, coloration vue comme une
approche du sentiment, de son éveil, imitant une vision que nous aurions, et qui nous serait proposée dans un
espace extérieur. On joue d'abord l'action au cours de l'exercice, l'approche du sentiment ne se faisant que
prudemment, non pas en l'exprimant, mais en le coloriant, en donnant une certaine excitation (lenteur, attention,
joie, fatigue…) qui, elle, invitera peut-être à l'émotion6.
Les acteurs entraînent également leur mémoire sensorielle, ou mémoire des sens. Par cette mémoire, le corps
tout entier se souvient de ce qu'il a vécu. Il est possible de la travailler en se souvenant d'un événement de la
veille. La marque de cette mémoire est que son réveil fait bouger, de façon incontrôlable, son corps. Par cette
discipline, les émotions peuvent se délivrer librement et justement, intactes selon la situation vécue, par rapport à
la situation jouée. C'est pour cela que chacune, chacun, doit s'entraîner à goûter ses émotions, même les plus
habituelles7.
Dénominations en langue française
Les acteurs français Philippe Noiret et
Claude Brasseur au festival de
Cannes de 1989.
Les mots acteur et comédien ne font plus, dans le langage courant, l'objet d'une différence marquée dans leur
emploi. Pierre Frantz, dans le Dictionnaire encyclopédique du théâtre, écrit : « On emploie le plus souvent
indifféremment l'un ou l'autre terme. On distingue cependant l'acteur qui, représentant sur scène un personnage,
remplit ainsi une fonction dramaturgique, du comédien, personne sociale, qui fait son métier de la représentation
des personnages au théâtre » ; pour cet auteur, le terme acteur est plus volontiers employé que comédien pour le
cinéma. L'usage de comédien existe cependant dans le contexte du cinéma.
Louis Jouvet écrivait pour sa part, dans Réflexions du comédien (1938), « L’acteur ne peut jouer que certains rôles ;
il déforme les autres selon sa personnalité. Le comédien, lui, peut jouer tous les rôles. L’acteur habite un
personnage, le comédien est habité par lui ».
L'acteur Alain Delon différencie ainsi l'acteur du comédien : « Ma carrière n’a rien à voir avec le métier de comédien.
Comédien, c’est une vocation. C’est la différence essentielle – et il n’y a rien de péjoratif ici – entre Belmondo et
Delon. Je suis un acteur, Jean-Paul est un comédien. Un comédien joue, il passe des années à apprendre, alors
que l’acteur vit. Moi, j’ai toujours vécu mes rôles. Je n’ai jamais joué. Un acteur est un accident. Je suis un
accident. Ma vie est un accident. Ma carrière est un accident8,9. »
La distinction entre acteur et comédien n'est pas fixée en langue française. L'édition 1990 du Petit Robert définit
« acteur » comme « artiste dont la profession est de jouer un rôle à la scène ou à l'écran » et « comédien » par
« personne qui joue la comédie sur un théâtre » ; l'édition 2012 du même dictionnaire indique simplement
« personne qui joue la comédie ; acteur, actrice ». Le Larousse définit « comédien » par « personne dont la
profession est de jouer au théâtre, au cinéma, à la télévision ou à la radio ; acteur, actrice »10 et « acteur » par
« Personne dont la profession est d'être l'interprète de personnages à la scène ou à l'écran ; comédien »11. Si le
terme comédien peut paraître avoir un caractère plus noble en langue française, ou désigner plus spécifiquement
les acteurs de théâtre, s'agissant d'artistes dramatiques, les deux mots peuvent être utilisés alternativement et
sans distinction particulière dans le langage courant, y compris par les professionnels12.
Notes et références
Notes
a. Terme préférentiellement employé pour désigner un acteur de théâtre, il reste néanmoins employé pour les
autres situations, au cinéma, à la télévision, etc.
Références
1. « Dictionnaire de l’Académie française ([Link] [archive] »,
sur [Link] (consulté le 12 juillet 2020).
2. « Dictionnaire de l’Académie française ([Link] [archive] »,
sur [Link] (consulté le 12 juillet 2020).
3. Encyclopædia Universalis, « THESPIS ([Link] [archive] », sur
Encyclopædia Universalis (consulté le 16 février 2018).
4. La vie d'un comédien ([Link]
[Link]) [archive].
5. Patrick Pezin, Le Livre des exercices, 2012 (ISBN 978-2-35539-156-9,
BNF 42797482 ([Link] p. 21, L'entraînement..
6. Patrick Pezin, Le Livre des exercices, 2012 (ISBN 978-2-35539-156-9,
BNF 42797482 ([Link] p. 193, Les bases de la méthode de Mikhaïl
Tchekhov / L'ensemble..
7. Patrick Pezin, Le Livre des exercices, 2012 (ISBN 978-2-35539-156-9,
BNF 42797482 ([Link] p. 257, La mémoire sensorielle / La mémoire
affective..
8. « Alain Delon : «Aujourd'hui, on n'écrit plus pour des stars mais pour du pognon» » ([Link]
cinema/2018/09/21/03002-20180921ARTFIG00236-alain-delon-aujourd-hui-on-n-ecrit-plus-pour-des-stars-m
[Link]) [archive], Le Figaro, 21 septembre 2018.
9. « La différence entre comédien et acteur » ([Link]
eur/) [archive], Stardust Masterclass, 11 décembre 2018.
10. Comédien, comédienne ([Link]
e/17417) [archive] sur [Link].
11. Acteur, actrice ([Link] [archive] sur [Link].
12. « Comédien / Comédienne ([Link] [archive] », sur CIDJ
(consulté le 10 octobre 2020).
Voir aussi
Bibliographie
Textes classiques
Denis Diderot, Paradoxe sur le comédien.
Constantin Stanislavski, La Formation de l'acteur, éditions Payot (ISBN 2-228-89445-1).
Constantin Stanislavski, La Construction du personnage, éditions Pygmalion (ISBN 2-85704-155-1).
Ouvrages récents
Sabine Chaouche, L'Art du comédien. Déclamation et jeu scénique en France à l'âge classique, Paris, Honoré
Champion, [2001] 2013.
Sabine Chaouche, La Philosophie de l'acteur. La Dialectique de l'intérieur et de l'extérieur dans les écrits sur l'art
théâtral français (1738-1801), Paris, Honoré Champion, 2007.
Articles connexes
Acteur de genre
Distribution
Duo comique
La Méthode (théâtre) (Stanislavski)
Figurant
Emploi
Rôle (théâtre, cinéma, opéra)
Catégorie « Acteur de radio »
Classification des arts
Liens externes
Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes : Den Store Danske Encyklopædi ([Link]
[Link]//skuespiller/) [archive] · Encyclopédie de l'Ukraine moderne ([Link]
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