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Dossier Des Textes Vierges

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Parcours « Emancipations créatrices »

Lecture linéaire - Arthur Rimbaud, « Au Cabaret-Vert »

Au Cabaret Vert, cinq heures du soir

1 Depuis huit jours, j’avais déchiré mes bottines


Aux cailloux des chemins. J’entrais à Charleroi.
– Au Cabaret-Vert : je demandai des tartines
De beurre et du jambon qui fût à moitié froid.

5 Bienheureux, j’allongeai les jambes sous la table


Verte : je contemplai les sujets très naïfs
De la tapisserie. – Et ce fut adorable,
Quand la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs,

– Celle-là, ce n’est pas un baiser qui l’épeure ! –


1 Rieuse, m’apporta des tartines de beurre,
0 Du jambon tiède, dans un plat colorié,

Du jambon rose et blanc parfumé d’une gousse


D’ail, – et m’emplit la chope immense, avec sa mousse
Que dorait un rayon de soleil arriéré.
1 Octobre 1870.
4
Arthur Rimbaud, « Morts de Quatre-vingt-douze… », Cahiers de Douai.

Morts de Quatre-vingt-douze

« …Français de soixante dix, bonapartistes,


républicains, souvenez-vous de vos pères en 92, etc… »
Paul de Cassagnac, Le Pays.

1 Morts de Quatre-vingt-douze et de Quatre-vingt-treize,


Qui, pâles du baiser fort de la liberté,
Calmes, sous vos sabots, brisiez le joug qui pèse
Sur l’âme et sur le front de toute humanité ;

Hommes extasiés et grands dans la tourmente,


Vous dont les coeurs sautaient d’amour sous les haillons,
Ô Soldats que la Mort a semés, noble Amante,
Pour les régénérer, dans tous les vieux sillons ;

Vous dont le sang lavait toute grandeur salie,


1 Morts de Valmy, Morts de Fleurus, Morts d’Italie,
0 Ô million de Christs aux yeux sombres et doux ;

Nous vous laissions dormir avec la République,


Nous, courbés sous les rois comme sous une trique.
– Messieurs de Cassagnac nous reparlent de vous !

Fait à Mazas, 3 septembre 1870.


Lecture linéaire - Tristan Corbière, « Un sonnet avec la manière de s’en
servir »

Sonnet (Avec la manière de s'en servir)

1 Réglons notre papier et formons bien nos lettres :

Vers filés à la main et d'un pied uniforme,


Emboîtant bien le pas, par quatre en peloton ;
Qu'en marquant la césure, un des quatre s'endorme...
5 Ça peut dormir debout comme soldats de plomb.

Sur le railway du Pinde est la ligne, la forme ;


Aux fils du télégraphe : - on en suit quatre, en long ;
A chaque pieu, la rime - exemple : chloroforme.
- Chaque vers est un fil, et la rime un jalon.

1 - Télégramme sacré - 20 mots. - Vite à mon aide...


0 (Sonnet - c'est un sonnet -) O Muse d'Archimède !
- La preuve d'un sonnet est par l'addition :

- Je pose 4 et 4 = 8 ! Alors je procède,


En posant 3 et 3 ! - Tenons Pégase raide :
" O lyre ! O délire ! O... " - Sonnet - Attention !
1
5
Parcours « La bonne éducation » - Rabelais,
Gargantua.
Lecture linéaire – Rabelais, Gargantua, chapitre 15 (extrait)
1 « Voyez-vous ce jeune enfant ? Il n’a pas encore douze ans, voyons si bon

vous semble, la différence qu’il y a entre la science de vos ahuris de

néantologues du temps jadis et celle des jeunes gens d’aujourd’hui».

La proposition agréa à Grandgousier, qui demanda que le page fît son

5 exposé. Alors, Eudémon demandant la permission du vice-roi son maître, se leva,

le bonnet au poing, le visage ouvert, la bouche vermeille, le regard ferme et les

yeux posés sur Gargantua avec une modestie juvénile. Il commença à le louer et

à exalter en premier lieu sa vertu et ses bonnes mœurs, en second lieu son

savoir, en troisième lieu sa noblesse, en quatrième lieu sa beauté physique et en

10 cinquième lieu, il l’exhortait avec douceur à vénérer, en lui obéissant en tout,

son père qui prenait un tel soin de lui faire donner une bonne instruction. Il le

priait enfin de vouloir bien le garder comme le dernier de ses serviteurs, car

pour l’heure, il ne demandait nul autre don des cieux que de recevoir la grâce de

lui complaire par quelque service qui lui fût agréable. Toute cette déclaration fut

15 prononcée par lui avec des gestes si appropriés, une élocution si distincte, une

voix si pleine d’éloquence, un langage fleuri et en un si bon latin, qu’il

ressemblait plus à un Gracchus, à un Cicéron ou à un Paul Emile du temps passé

qu’à un jeune homme de ce siècle.

Toute autre fut la contenance de Gargantua, qui se mit à pleurer comme

20 une vache, et se cachait le visage avec son bonnet, et il ne fut pas possible de

tirer de lui une parole , pas plus qu’un pet d’un âne mort.

Son père en fut si irrité qu’il voulut occire maître Jobelin.


François Rabelais, Gargantua, chapitre 23 (extrait)

1 Gargantua s’éveillait donc vers quatre heures du matin. Pendant qu’on le

frictionnait, on lui lisait quelque page des saintes Ecritures à voix haute et claire avec la

prononciation requise. Cet office était dévolu à un jeune page natif de Basché, nommé

Anagnostes. Selon le thème et le sujet du passage, il s'appliquait à révérer, adorer, prier

5 et supplier le bon Dieu, dont la majesté et les merveilleux jugements apparaissaient à la

lecture.

Puis il allait aux lieux secrets excréter le produit des digestions naturelles ; là son

précepteur répétait ce qu'on avait lu, et lui expliquait les passages les plus obscurs et les

plus difficiles.

10 En revenant ils considéraient l’état du ciel, s’il était comme ils l’avaient remarqué

la veille au soir et en quels signes entrait le soleil, et aussi la lune de jour-là.

Cela fait, il était habillé, peigné, coiffé, apprêté et parfumé et, pendant ce temps,

on lui répétait les leçons de la veille. Lui-même les récitait par cœur, et y appliquait des

exemples pratiques concernant la condition humaine; ils poursuivaient quelquefois ce

15 propos pendant deux ou trois heures, mais d'habitude ils s'arrêtaient quand il était

complètement habillé.

Ensuite, pendant trois bonnes heures, on lui faisait la lecture. Cela fait, ils

sortaient, toujours discutant du sujet de la lecture, et allaient faire du sport au Grand

Braque ou dans les prés ; ils jouaient à la balle, à la paume, au ballon à trois, s'exerçant

20 élégamment les corps, comme ils s'étaient auparavant exercé les âmes.

Tous leurs jeux n'étaient que liberté, car ils abandonnaient la partie quand il leur

plaisait et s’arrêtaient ordinairement quand la sueur leur coulait par le corps ou qu'ils

ressentaient autrement de la fatigue. Ils étaient alors très bien essuyés et frottés, ils

changeaient de chemise, et allaient voir si le repas était prêt, en se promenant

doucement. Là, en attendant, ils récitaient à voix claire et en belle élocution quelques

formules retenues de la leçon.

Cependant, Monsieur l'Appétit venait et c'était juste au bon moment qu'ils

s’asseyaient à table.
Alain, Propos – Extrait

1 Il y a un enseignement monarchique, j’entends un enseignement qui a pour

objet de séparer ceux qui sauront et gouverneront de ceux qui ignoreront et obéiront.

Je revois par l’imagination notre professeur de mathématiques, qui, certes, ne

manquait pas de connaissances, je le revois écrasant de son ironie un peu lourde un

5 de nos camarades, qui était aussi myope qu’on peut l’être. Cet enfant ne voyait les

choses qu’au bout de son nez. Aussi promenait-il son nez d’un bout de la ligne à

l’autre, afin de s’en donner une perception exacte ; quant à voir le triangle tout entier

d’un seul regard, il n’y pouvait point songer. Je suppose qu’il aurait fallu l’exercer sur

de toutes petites figures, pas plus larges que le bout de son nez ; ainsi, découvrant le

1 triangle tout entier, il aurait pu y saisir des rapports, et raisonner après cela aussi

0 bien qu’un autre.

Mais il s’agissait bien de cela. On le pressait. Il courait d’un sommet du triangle

à l’autre, parlait pour remplir le temps, disait A pour B, droite pour angle, ce qui

faisait des discours parfaitement ridicules, et nous avions des rires d’esclaves. Cet

enfant fut ainsi condamné publiquement à n’être qu’un sot, parce qu’il était myope.

1 Cet écrasement des faibles exprime tout un système politique dans lequel nous

5 sommes encore à moitié empêtrés. Il semble que le professeur ait pour tâche de

choisir, dans la foule, une élite, et, de décourager et rabattre les autres. Et nous nous

croyons bons démocrates, parce que nous choisissons, sans avoir égard à la

naissance, ni à la richesse. Comptez que toute monarchie et toute tyrannie a toujours

procédé ainsi, choisissant un Colbert ou un Racine, et écrasant ainsi le peuple par le

2 meilleur de ses propres forces.

0 Que faisons-nous maintenant ? Nous choisissons quelques génies et un certain

nombre de talents supérieurs ; nous les décrassons, nous les estampillons, nous les

marions confortablement, et nous faisons d’eux une aristocratie d’esprit qui s’allie à

l’autre, et gouverne tyranniquement au nom de l’égalité, admirable égalité, qui donne


tout à ceux qui ont déjà beaucoup !

PARCOURS « Maîtres et Valets »


Marivaux, L’Ile des Esclaves, scène 2 (extrait)

1 TRIVELIN - Ne m'interrompez point, mes enfants. Je pense donc que vous savez

qui nous sommes. Quand nos pères, irrités de la cruauté de leurs maîtres,

quittèrent la Grèce et vinrent s'établir ici dans le ressentiment des outrages qu'ils

avaient reçus de leurs patrons, la première loi qu'ils y firent fut d'ôter la vie à tous

5 les maîtres que le hasard ou le naufrage conduirait dans leur île, et

conséquemment de rendre la liberté à tous les esclaves ; la vengeance avait dicté

cette loi ; vingt ans après la raison l'abolit, et en dicta une plus douce. Nous ne

nous vengeons plus de vous, nous vous corrigeons ; ce n'est plus votre vie que

nous poursuivons, c'est la barbarie de vos coeurs que nous voulons détruire ; nous

1 vous jetons dans l'esclavage pour vous rendre sensibles aux maux qu'on y éprouve

0 ; nous vous humilions, afin que, nous trouvant superbes, vous vous reprochiez de

l'avoir été. Votre esclavage, ou plutôt votre cours d'humanité, dure trois ans, au

bout desquels on vous renvoie si vos maîtres sont contents de vos progrès ; et, si

vous ne devenez pas meilleurs, nous vous retenons par charité pour les nouveaux

malheureux que vous iriez faire encore ailleurs, et, par bonté pour vous, nous

1 vous marions avec une de nos citoyennes. Ce sont là nos lois à cet égard, mettez à

5 profit leur rigueur salutaire, remerciez le sort qui vous conduit ici ; il vous remet

en nos mains durs, injustes et superbes ; vous voilà en mauvais état, nous

entreprenons de vous guérir; vous êtes moins nos esclaves que nos malades, et

nous ne prenons que trois ans pour vous rendre sains, c'est-à-dire humains,

raisonnables et généreux pour toute votre vie.


Marivaux, L’Ile des Esclaves, scène 6 (extrait)

1 ARLEQUIN, à Iphicrate : Qu'on se retire à dix pas.

Iphicrate et Euphrosine s'éloignent en faisant des gestes d'étonnement et de douleur.

Cléanthis regarde aller Iphicrate, et Arlequin, Euphrosine.

ARLEQUIN, se promenant sur le théâtre avec Cléanthis : Remarquez-vous, Madame, la

5 clarté du jour ?

CLEANTHIS : Il fait le plus beau temps du monde ; on appelle cela un jour tendre.

ARLEQUIN : Un jour tendre ? Je ressemble donc au jour, Madame.

CLEANTHIS : Comment ! Vous lui ressemblez ?

ARLEQUIN : Eh palsambleu ! le moyen de n'être pas tendre, quand on se trouve en tête

1 à tête avec vos grâces ? (A ce mot, il saute de joie.) Oh ! oh ! oh ! oh !

0 CLEANTHIS : Qu'avez-vous donc ? Vous défigurez notre conversation.

ARLEQUIN : Oh ! ce n'est rien : c'est que je m'applaudis.

CLEANTHIS : Rayez ces applaudissements, ils nous dérangent. (Continuant.) Je savais

bien que mes grâces entreraient pour quelque chose ici, Monsieur, vous êtes galant ; vous

vous promenez avec moi, vous me dites des douceurs ; mais finissons, en voilà assez, je

1 vous dispense des compliments.

5 ARLEQUIN : Et moi je vous remercie de vos dispenses.

CLEANTHIS : Vous m'allez dire que vous m'aimez, je le vois bien ; dites, Monsieur,

dites ; heureusement on n'en croira rien. Vous êtes aimable, mais coquet, et vous ne

persuaderez pas.

ARLEQUIN, l'arrêtant par le bras, et se mettant à genoux : Faut-il m'agenouiller,

2 Madame, pour vous convaincre de mes flammes, et de la sincérité de mes feux ?

0 CLEANTHIS : Mais ceci devient sérieux. Laissez-moi, je ne veux point d'affaires ; levez-

vous. Quelle vivacité ! Faut-il vous dire qu'on vous aime ? Ne peut-on en être quitte à

moins ? Cela est étrange.

ARLEQUIN, riant à genoux : Ah ! ah ! ah ! que cela va bien ! Nous sommes aussi

bouffons que nos patrons, mais nous sommes plus sages.


Jean Genet, Les Bonnes, scène d’exposition (extrait)

1 La chambre de Madame. Meubles Louis XV. Au fond, une fenêtre ouverte sur la

façade de l’immeuble en face. A droite, le lit. A gauche, une porte et une

commode. Des fleurs à profusion. C’est le soir. L’actrice qui joue Solange est

vêtue d’une petite robe noire de domestique. Sur une chaise, une autre petite

5 robe noire, des bas de fil noirs, une paire de souliers noirs à talons plats.

CLAIRE, debout, en combinaison, tournant le dos à la coiffeuse. Son geste –le

bras tendu– et le ton seront d’un tragique exaspéré. - Et ces gants ! Ces éternels

gants ! Je t’ai dit souvent de les laisser à la cuisine. C’est avec ça, sans doute,

que tu espères séduire le laitier. Non, non, ne mens pas, c’est inutile. Pends-les

10 au-dessus de l’évier. Quand comprendras-tu que cette chambre ne doit pas être

souillée ? Tout, mais tout ! ce qui vient de la cuisine est crachat. Sors. Et

remporte tes crachats ! Mais cesse !

Pendant cette tirade, Solange jouait avec une paire de gants de caoutchouc,

observant ses mains gantées, tantôt en bouquet, tantôt en éventail.

15 Ne te gêne pas, fais ta biche. Et surtout ne te presse pas, nous avons le temps.

Sors ! Solange change soudain d’attitude et sort humblement, tenant du bout des

doigts les gants de caoutchouc. Claire s’assied à la coiffeuse. Elle respire les

fleurs, caresse les objets de toilette, brosse ses cheveux, arrange son visage.

Préparez ma robe. Vite le temps presse. Vous n’êtes pas là ? (Elle se retourne.)

Claire ! Claire !

Entre Solange.

SOLANGE. - Que Madame m’excuse, je préparais le tilleul (Elle prononce tillol.)

de Madame.

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