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Impact du changement climatique sur le Rhône

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Altération d’habitat hydraulique liée à la gestion des

débits, des prélèvements et du changement climatique


dans le bassin du Rhône
Nans Guichonnet

To cite this version:


Nans Guichonnet. Altération d’habitat hydraulique liée à la gestion des débits, des prélèvements et
du changement climatique dans le bassin du Rhône. Sciences de l’ingénieur [physics]. 2018. �dumas-
03544174�

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Altération d’habitat hydraulique liée à
la gestion des débits, des
prélèvements et du changement
climatique dans le bassin du Rhône

Centre de Lyon – Villeurbanne (69)

Mémoire présenté pour


l’obtention du Diplôme
d’Ingénieur de l’ENGEES

Stage réalisé du 3 janvier au


29 juin 2018

Nans GUICHONNET - Promotion Freiburg


Encadrants Irstea : Nicolas LAMOUROUX
Éric SAUQUET
Encadrant ENGEES : Sylvain PAYRAUDEAU
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 1
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 2

Résumé

Altération d’habitat hydraulique liée à la gestion des débits, des prélèvements et


du changement climatique dans le bassin du Rhône

Les prévisions concernant le réchauffement climatique ainsi que l’occurrence


d’évènements marquants par leur intensité (étiages de 2003 et 2011) ont accentué les
problématiques de gestion de la ressource en eau (irrigation des parcelles agricoles, débits
réservés et retenues d’eau, maintien de l’écosystème) et ont entrainé l’émergence de
nouvelles législations (circulaires du 30 Juin 2008 et du 3 Août 2010, conférence
environnementale de Septembre 2013).
Ces nouvelles législations visent à obtenir des estimations précises des flux de la ressource
en eau et également à déterminer l’impact de ces flux sur les écosystèmes aquatiques,
notamment les populations piscicoles.

Cette étude a pour but d’appréhender l’impact de l’anthropisation du bassin du Rhône ainsi
que du changement climatique sur les populations piscicoles.
L’anthropisation sera représentée par la modélisation de grands ouvrages de régulation et de
l’irrigation, le changement climatique par la modélisation de deux scénarios extrêmes, un
optimiste et un pessimiste.
Ces perturbations peuvent en effet impacter les populations piscicoles par la dégradation de
grandeurs hydrologiques comme le débit.

Dans le but d’appréhender l’impact de telles altérations hydrologiques sur ces populations
piscicoles, plusieurs types d’approches existent et sont à combiner.
Les méthodes « hydrologiques » quantifient l’altération, par rapport à une situation naturelle
(sans ouvrages de régulation ni irrigation), de plusieurs statistiques de débit déterminantes
d’un point de vue écologique (étiages, crues …).
Les méthodes « hydrauliques » étudient le lien entre les altérations de débits et l’évolution de
grandeurs hydrauliques (hauteur d’eau, périmètre mouillé …) et permettent ainsi de prendre
en compte la morphologie des cours d’eau.
Enfin, les méthodes dites « d’habitat » créent un lien entre des modèles hydrauliques et des
modèles de préférence, prenant en compte les exigences des différentes espèces.

Jusqu’à récemment, les modèles d’habitat ont surtout concerné l’échelle du tronçon pour des
raisons de coûts et de complexité.
La réalisation de telles études à une large échelle est désormais possible grâce à la
simplification des modèles d’habitat directement liés aux caractéristiques hydrauliques
moyennes des cours d’eau (Lamouroux, 2002).

Mots clés : Habitat hydraulique, modélisation, large échelle


Nans Guichonnet Stage de fin d’études 3

Abstract
Hydraulic habitat alteration related to flow regulation, abstraction and climate change
in Rhône catchment

Forecasts about global warming and occurrence of important events (low flows in 2003
and 2011) have amplified issues about water management (agricultural plots irrigation,
instream flows, water storage, ecosystem conservation) and have triggered new regulations
(30th June 2008 and 3rd August 2010 circulars, September 2013 Environmental Conference).
Those new regulations aim to obtain flow precise estimations and to figure out the impact of
those flows on aquatic ecosystem, in particular fishes.

The purpose of this study is to estimate the impact of those human activities and the impact of
climate change on Rhône catchment.
Human activities will be estimated by the modelling of important flow regulation structures and
agricultural irrigation as for climate change that will be modeled by two extreme scenarios.
Indeed, such disturbances may have an impact on fish populations, degrading hydrologic
characteristics like flows.

To estimate the impact of those hydrologic perturbations on fish populations, several


approaches exist and have to be combined.
“Hydrologic” methods quantify the alteration, compared to a naturalized situation (without
regulation structures and irrigation), of several crucial flow characteristics on ecologic aspects
(low flows, floods).
“Hydraulic” methods describe the link between hydrologic alterations and hydraulic
characteristics (water level, wetted perimeter) evolution. This way, those methods allow to
consider stream morphology.
Finally, “habitat” methods create a connection between hydraulic information and preference
models witch take into account requirements of fish species.

Until recently, habitat models especially concerned local scales like stream sections because
of cost and complexity.
Such studies are now conceivable on large scales like entire catchment thanks to the
simplification of the habitat models directly attached to mean hydraulic characteristics of
streams.

Key words: Hydraulic habitat, modelling, large scale


Nans Guichonnet Stage de fin d’études 4

Table des matières


Résumé ................................................................................................................................. 2
Abstract ................................................................................................................................. 3
Symboles, sigles et abréviations ........................................................................................... 7
Glossaire ............................................................................................................................... 7
Remerciements ..................................................................................................................... 8
Contexte général de l’étude ................................................................................................... 9
1. Le centre Irstea Lyon – Villeurbanne.................................................................... 9
2. Objectifs de l’étude .............................................................................................. 9
Matériel et méthodes ............................................................................................................13
1. Présentation de la zone d’étude..........................................................................13
2. Présentation des outils........................................................................................14
a. Le modèle hydrologique J2000 ....................................................................14
b. La modélisation statistique des habitats (outils ESTIMHAB, ESTIMKART) ..15
3. Traitement des débits : utilisation du modèle J2000 ............................................18
4. Choix du réseau hydrographique ........................................................................19
a. Présentation du réseau hydrographique théorique et choix du réseau d’étude
19
b. Correspondance J2000-RHT .......................................................................22
c. Synthèse du réseau hydrographique finalement utilisé ................................23
d. Vérification des débits et des probabilités de présence d’espèces ...............24
e. Carte des débits et de probabilité de présence d’espèce .............................26
Résultats et discussion .........................................................................................................28
1. Présentation des scénarios .................................................................................28
1. Impact de l’anthropisation – Période actuelle (1985-2012)..................................31
2. Impact pur du changement climatique (2075-2100) ............................................36
3. Impact de l’anthropisation – Période future (2075-2100) .....................................40
4. Incertitudes .........................................................................................................44
Conclusion ...........................................................................................................................47
Annexes ...............................................................................................................................48
Bibliographie ........................................................................................................................64
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 5

Table des figures


Figure 1: Irstea en France ..................................................................................................... 9
Figure 2: Exemple de relation empirique "Débits-Ecologie" (d'après Webb et al., 2015) ........ 9
Figure 3: Méthodologie générale ..........................................................................................11
Figure 4: Zones piscicoles de Huet.......................................................................................12
Figure 5: Carte du bassin du Rhône et localisation des grands ouvrages de régulation .......13
Figure 6: Composantes des unités de réponses hydrologiques ............................................14
Figure 7: Principe du modèle d'habitat (Miguel et al., 2016) .................................................17
Figure 8 : Débits journaliers (m3/s) : Exemple de l’arc 4752: ...............................................18
Figure 9: Réseau hydrographique théorique (Pella et al. 2012) ............................................19
Figure 10: Superposition des arcs modélisés sur le RHT (en rouge) et le modèle J2000 (en
bleu) .....................................................................................................................................21
Figure 11: Correspondance J2000/RHT ...............................................................................22
Figure 12: Synthèse de l'adaptation du réseau hydrographique et du nombre d’arcs étudiés
.............................................................................................................................................23
Figure 13: Comparaison des modules J2000/RHT du réseau hydrographique final ..............24
Figure 14: Comparaison des probabilités de présence de la truite selon les débits de J2000
et ceux du RHT ....................................................................................................................25
Figure 15: Comparaison des probabilités de présence du barbeau selon les débits de J2000
et ceux du RHT ....................................................................................................................25
Figure 16: Carte des débits (l/s/km²) sur le bassin du Rhône naturel (sans irrigation ni
ouvrages de régulation) ........................................................................................................26
Figure 17 : Carte des probabilités de présence de la truite et du barbeau ............................27
Figure 18: Forçage radiatif estimé pour les différents scénarios de référence (Source :
DRIAS) .................................................................................................................................29
Figure 19: Découpage du bassin du Rhône en sous-bassins DCE administratifs (2016) ......30
Figure 20: Modifications hydrologiques (%) du scénario anthropisé (irrigation et ouvrages de
gestion de débits) comparé au scénario naturel (sans anthropisation) pour les moyennes
interannuelles (modules), Q50, Q95 et VCN15 sur l'ensemble du bassin d'étude.................32
Figure 21: Modifications d'habitat (en %) liées à l’anthropisation du bassin pour les espèces
de la truite et du barbeau......................................................................................................33
Figure 22: Carte des altérations hydrologiques supérieures à 30% liées à l’anthropisation du
bassin, identification des cours d'eau et des ouvrages de la Durance, de l'Isère et de la Drac
.............................................................................................................................................35
Figure 23: Modifications du VCN15 liées au changement climatique pour les scénarios 2.6 et
8.5 sur le bassin du Rhône naturalisé...................................................................................36
Figure 24: A: Ecarts bruts de température (°C) pour le scénario 8.5 - B: Modifications du
VCN15 (%) - C: Modifications de la SPU de la truite (%) et de la nouvelle distribution - D:
Modifications de la SPU du barbeau (%) et de la nouvelle distribution .................................37
Figure 25: Modifications du VCN15 liées à l'anthropisation du bassin pour les scénarios 2.6
et 8.5 ....................................................................................................................................40
Figure 26: A: Modifications du VCN15 (%) liées à l'anthropisation du bassin dans le futur
(scénario 8.5) - B: Modifications de la SPU de la truite (%) et de la nouvelle distribution- C:
Modifications de la SPU du barbeau (%) et de la nouvelle distribution .................................41
Figure 27: Illustration de l'habitat physique quotidien (d'après Thévenet, 1998) ...................44
Figure 28: Exemple d'incertitudes à l'échelle du tronçon ......................................................45
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 6

Table des tableaux


Tableau 1: Attributs environnementaux calculés (Pella et al. 2012) ......................................20
Tableau 2: Arcs modélisés sur le bassin du Rhône ..............................................................20
Tableau 3: Tableau récapitulatif des différents scénarios étudiés et de leur contexte de
référence associé .................................................................................................................29
Tableau 4: Tableau récapitulatif de l'impact de l'anthropisation du bassin - Période actuelle 34
Tableau 5: Tableau récapitulatif des altérations hydrologiques et d'habitat sur l'ensemble du
bassin du Rhône concernant l'impact du changement climatique (scénario 8.5) ..................38
Tableau 6: Tableau récapitulatif des nouvelles distributions de la truite et du barbeau liées au
changement climatique (scénario 8.5) ..................................................................................39
Tableau 7 : Tableau récapitulatif des altérations hydrologiques et d'habitat sur l'ensemble du
bassin du Rhône concernant l'impact de l’anthropisation (ouvrages de régulation et irrigation)
pour le scénario 8.5 ..............................................................................................................42
Tableau 8: Comparaison de la proportion des cours d'eau (en % de longueur) subissant
d'importantes altérations hydrologiques liées à l'anthropisation du bassin Période actuelle /
Scénario 8.5 .........................................................................................................................42
Tableau 9: Tableau récapitulatif des nouvelles distributions de la truite et du barbeau liées à
l’anthropisation du bassin (scénario 8.5) ..............................................................................43

Tableau des annexes


Annexe 1: Interface de JAMS ...............................................................................................48
Annexe 2: Détermination des coefficients de géométrie hydraulique ....................................49
Annexe 3: Valeurs des coefficients des différentes espèces intervenant dans le calcul de la
probabilité de présence ........................................................................................................50
Annexe 4: Etude des incertitudes des paramètres environnementaux du RHT (Pella et al.,
2012) ....................................................................................................................................51
Annexe 5: Vérifications des débits du RHT par apport aux stations hydrométriques (Pella et
al., 2012) ..............................................................................................................................51
Annexe 6: Choix initial d’utiliser le réseau J2000 ..................................................................52
Annexe 7: Réalisation des couches nécessaires à l'approche ESTIMKART : Mailles
SAFRAN, sous-bassins versants et ordre de Strahler du réseau J2000 ...............................53
Annexe 8: Etude préalable des attributs environnementaux du réseau J2000 sur une partie
du sous bassin versant de la Saône .....................................................................................55
Annexe 9: Exemple d'affectation aux stations hydrométriques .............................................55
Annexe 10: Evaluation de la correspondance en termes de surface de bassin versant amont
.............................................................................................................................................56
Annexe 11: Correspondance J2000/RHT en termes de débits .............................................58
Annexe 12: Localisation des ouvrages de régulation du débit modélisés dans J2000 ..........59
Annexe 13: Principe de la modélisation de l’irrigation dans J2000 ........................................60
Annexe 14: Ecarts bruts des cumuls de pluie interannuelle moyenne (2075-2100) ..............61
Annexe 15: Ecarts bruts de température interannuelle moyenne (2075-2100) .....................61
Annexe 16: A : Ecarts bruts de température pour le scénario 2.6 (2100) - B : Modifications du
VCN15 (%) - C : Modifications de la SPU de la truite (%) et de la nouvelle distribution (%) - D
: Modifications de la SPU du barbeau (%) et de la nouvelle distribution ...............................62
Annexe 17: A: Modifications du VCN15 (%) liées à l'anthropisation du bassin dans le futur
(scénario 2.6) - B: Modifications de la SPU de la truite (%) et de la nouvelle distribution- C:
Modifications de la SPU du barbeau (%) et de la nouvelle distribution .................................63
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 7

Symboles, sigles et abréviations


MDR : Modélisation hydrologique distribuée du Rhône
RHT : Réseau Hydrographique théorique
Irstea : Institut de recherche en sciences et technologies de l’environnement et de l’agriculture
EPST : Etablissement public à caractère scientifique et technologique
HRU : Unité de réponse hydrologique
SPU : Surface pondérée utile

Glossaire
Bassin versant : Aire géographique drainée par une rivière en un point appelé exutoire
Arc : tracé du réseau hydrographique, sous la forme d'une polyligne, unique entre deux
confluences
Q95 : Correspond au débit classé, dépassé 95% du temps
Q50 : Correspond au débit classé, dépassé 50% du temps
Moyenne interannuelle : Le débit annuel interannuel est la moyenne des débits annuels sur
une période d'observations suffisamment longue pour être représentative des débits mesurés
ou reconstitués. Il est fréquemment dénommé module interannuel ou module. Il permet de
caractériser l'écoulement d'une année " moyenne " (Banque hydro)
Tronçon : Longueur de cours d’eau comportant plusieurs faciès d’écoulement (radier,
mouille).
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 8

Remerciements

Tout d’abord je souhaite remercier Nicolas Lamouroux et Éric Sauquet, mes deux
encadrants, de m’avoir permis de réaliser ce stage au sein d’Irstea. Leur accueil, leur aide et
leur disponibilité ont été une aide indispensable à la réalisation de cette étude et ont fait de
ces six mois une période extrêmement riche en apprentissage.

Je tiens également à remercier mes autres encadrants, Isabelle Braud, Flora Branger, Sophie
Cauvy-Fraunie, Hervé Pella et Hervé Capra pour leur aide, leurs explications et leur soutien
tout au long de ce stage.

Merci finalement à l’ensemble de l’équipe Dynam sans qui ce stage n’aurait pas été le même.
Je tiens à les remercier chaleureusement pour leur accueil et leur bonne humeur durant ces 6
mois. Un merci tout particulier à Raphaël Mons m’ayant permis de réaliser des sorties terrain
et de me partager son expérience.
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 9

Contexte général de l’étude


1. Le centre Irstea Lyon – Villeurbanne
Irstea (Institut National de Recherche en Sciences et Technologies pour
l’Environnement et l’Agriculture), est un établissement public à caractère scientifique et
technologique (EPST).

Il existe 9 centres en France (Figure 1) ainsi qu’une


implantation hors centre (Strasbourg). Mobilisant plus
d’un millier de chercheurs, ingénieurs, doctorants et post-
doctorants.

Le centre de Lyon-Villeurbanne regroupe plusieurs


domaines d’activité (Ecologie, Chimie) pour la gestion
des risques environnementaux et la restauration des
milieux).
L’unité de recherche RIVERLY est composée de 9
équipes scientifiques, dont l’équipe Dynam (Dynamiques
et modèles en écohydrologie), où s’est déroulé ce stage
en co-encadrement avec l’équipe hydrologie des bassins
versants. Figure 1: Irstea en France
Source : Irstea

2. Objectifs de l’étude
Les débits écologiques peuvent être définis comme la quantité, saisonnalité et qualité
des débits nécessaires à la durabilité des écosystèmes d’eau douce et estuariens ainsi qu’aux
besoins et au bien-être des hommes qui dépendent de ces écosystèmes. (Déclaration de
Brisbane au 10th International River symposium and International Environmental Flows
Conference à Brisbane, Australie).

Deux approches sont


couramment utilisées pour définir de
tels débits.
La première approche est dite
« hydrologique » et a pour but de
traduire des altérations
hydrologiques (par rapport à une
situation naturelle ou naturalisée) en
altérations biologiques. (Figure 2).
Les premières approches
hydrologiques (Tennant, 1976)
utilisaient uniquement quelques
grandeurs hydrologiques très
affectées par les usages, comme le Figure 2: Exemple de relation empirique "Débits-Ecologie" (d'après Webb
et al., 2015)
débit minimum à maintenir à l’aval des
ouvrages. Aujourd’hui, d’autres
grandeurs sont utilisées, relatives aux étiages, aux crues, aux variations de débits et aux
évènements pour un examen plus complet des différentes composantes du régime
hydrologique.
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 10

Le lien entre des altérations de caractéristiques hydrologiques (réduction de débits d’étiage ou


de crue de plusieurs dizaines de %) et des altérations écologiques ne peut être nié (Poff et
Zimmerman, 2010). Cependant, l’établissement de lois générales s’avère très compliqué à
mettre en œuvre. En effet, les caractéristiques hydrauliques n’ont pas nécessairement la
même importance dans un contexte donné (Jowett & Biggs, 2006), les caractéristiques
écologiques pouvant également dépendre d’une grande variété d’autres paramètres comme
la morphologie du cours d’eau.
La seule utilisation de ce type d’approche dite « hydrologique » apparait alors limitée, un même
débit pouvant être associé à des caractéristiques hydrauliques très différentes en fonction du
cours d’eau.

La seconde approche est dite « approche habitat hydraulique ». Elle permet de traduire
certaines modifications hydrologiques en modifications hydrauliques (vitesses, hauteurs
d’eau) et enfin en modifications de la qualité de l’habitat. Cette approche repose sur
l’observation de préférences d’habitat hydraulique pour les organismes aquatiques, dépendant
de l’espèce, de son activité et également de son stade de développement.
L’étude des poissons est couramment favorisée car elle présente plusieurs avantages
(Oberdorff et al., 2001). En effet, les poissons sont présents dans une très grande diversité de
profils hydrauliques (milieux lentiques, lotiques). De plus, leur biologie apparait mieux connue
que celles d’autres organismes aquatiques et ils occupent plusieurs niveaux trophiques. Enfin,
ils ont également une importance culturelle et économique importante, facilitant leur protection
par une prise de conscience des différents acteurs.

La détermination des débits écologiques peut se faire à deux échelles. La première


échelle est celle du tronçon de cours d’eau. Cette échelle est surtout liée à des études
d’impacts d’ouvrages et de prises d’eau comme l’établissement des débits réservés à l’aval
d’ouvrages (article L214-18 du Code de l’Environnement et circulaires associées ; République
Française, 2011). (Pragana et al., 2017)
La deuxième échelle est celle du bassin versant dans son intégralité. Cette échelle prend
aujourd’hui une importance grandissante due à l’émergence de nouvelles réglementations
(European Commission, 2015).

De nombreux modèles d’habitat hydraulique existent (Dunbar et al., 2012), cependant, leur
utilisation est liée à l’échelle d’étude.
L’utilisation de modèles numériques nécessite l’utilisation de données environnementales
(comme la topographie du lit du cours d’eau) très précises dans le but de résoudre les
équations de conservation de la masse et de l’énergie.
Une alternative aux modèles numériques est la modélisation statistique. Cette dernière repose
sur des estimations statistiques des distributions de variables hydrauliques ponctuelles dans
les tronçons de cours d’eau. Les modèles statistiques sont plus faciles à mettre en œuvre et
ne nécessitent que des caractéristiques moyennes liées au tronçon (largeur, hauteur,
granulométrie, etc.). Un réseau hydrographique peut alors être suffisant comme support de
modélisation. Ce type de modèle apparait alors très attractif à grande échelle par sa facilité de
mise en œuvre.

La définition et la description des usages et des pressions subies par la ressource en


eau sont finalement très importantes, le but étant d’étudier l’impact des modifications à partir
d’une situation naturelle ou naturalisée.

L’étude présentée dans ce rapport vise à étudier l’impact sur les populations de
poissons de grands ouvrages de régulation du débit disposant de grands réservoirs ainsi que
de l’irrigation liée à l’agriculture à l’échelle du bassin du Rhône. Deux scénarios extrêmes du
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 11

changement climatiques pour la fin du XXIe siècle seront également simulés (impact pur du
changement climatique et impact des ouvrages de régulation de débit et de l’irrigation dans le
futur)
Cette étude se fera par l’intermédiaire de l’utilisation successive de plusieurs modèles. La
figure 3 synthétise les grandes étapes de l’étude.

Figure 3: Méthodologie générale

Le bassin du Rhône, les différents modèles mis en jeu ainsi que les scénarios étudiés seront
présentés. Une discussion autour des résultats sera ensuite développée afin d’appréhender
l’impact de ces perturbations sur les habitats de poissons.
Par ailleurs, dans ce rapport seront explicités les probabilités de présence pour les espèces
de la truite et du barbeau fluviatiles. Ces deux espèces sont extrêmement courantes dans le
bassin du Rhône et présentent des préférences d’habitat très différentes. Ces espèces sont
également représentatives dans la zonation piscicole (Figure 4).
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 12

Figure 4: Zones piscicoles de Huet


Nans Guichonnet Stage de fin d’études 13

Matériel et méthodes
1. Présentation de la zone d’étude
Situé en grande partie sur le
territoire français et également en Suisse,
le bassin versant du Rhône représente
une surface totale d’environ 100 000 km²
(1/6 de la France). Composé en grande
partie par l’ex région Rhône-Alpes (Ain,
Ardèche, Drôme, Isère, Loire, Savoie et
Haute-Savoie), il présente une grande
diversité de conditions hydro-climatiques
du fait de la présence de massifs
montagneux (Alpes, Jura, Massif Central).
Il s’étend au Nord jusqu’à proximité des
villes de Dijon, Besançon ou encore Belfort
et au Sud à Avignon

Ce bassin présente également une grande


diversité d’activités anthropiques
(barrages et dérivations, irrigation, eau
potable), seuls les ouvrages disposant de
grands réservoirs sont représentés sur la
figure 5 (Vmax représente la capacité du
réservoir en millier de mètres cubes). Les
ouvrages pris en compte sur cette carte
ont été localisés lors d’une étude
précédente (Branger et al., 2016) et sont Figure 5: Carte du bassin du Rhône et localisation des grands
explicités dans la suite du rapport. ouvrages de régulation
Source : Projet Modélisation hydrologique distribuée du Rhône
Cette complexité et cette diversité en font
une source d’étude récurrente dans la
gestion de la ressource eau.
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 14

2. Présentation des outils


Le modèle hydrologique J2000

J2000 est un modèle hydrologique distribué développé la plate-forme de modélisation


JAMS (annexe 1). Dimensionné pour des bassins allant d’une dizaine à plusieurs dizaines de
milliers de km², il fonctionne à partir d’un maillage irrégulier constitué d’Unités de Réponses
Hydrologiques (HRU) qui correspondent à des unités homogènes du point de vue des
processus hydrologiques (Figure 6).

Figure 6: Composantes des unités de réponses hydrologiques


Source : Projet Modélisation Hydrologique Distribuée du Rhône)

J2000 réalise des simulations à pas de temps journalier. Il représente les processus
hydrologiques suivant : Evapotranspiration, accumulation et fonte de la neige, infiltration,
ruissellement, percolation vers la nappe, transferts dans le réseau hydrographique) et sont
directement modifiables par l’utilisateur.
Ce modèle représente également les paramètres anthropiques de la zone d’étude
(communes, barrages, stations hydrométriques). Les principes de la modélisation des
ouvrages de régulation et de l’irrigation sont développés dans la suite du rapport (Résultats et
discussion – 1.a)

Ce modèle a été utilisé dans l’étude « Modélisation hydrologique distribuée du


Rhône » (Branger et al., 2013). Ce projet, à partir d’une demande de l’Agence de l’Eau Rhône
Méditerranée Corse, visait à modéliser les processus de la ressource en eau ainsi que ses
différents usages (prélèvements et ouvrages), actuellement et également dans un cadre
prospectif en étudiant notamment les conséquences du changement climatique.
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 15

La modélisation statistique des habitats (outils ESTIMHAB, ESTIMKART)

Développé en 2010, le modèle « Estimkart » est un modèle d’habitat simplifié


permettant de prendre en compte plusieurs caractéristiques environnementales
(températures, altitude, distance à la source).
Lié à un réseau hydrographique, il est composé de quatre types de modèles (modèles
hydrologiques, modèles hydrauliques, modèles de distribution d’espèces de poisson et
modèles d’habitat hydraulique). Les différents modèles utilisés dans cette étude sont décrits
dans la suite du rapport.
Les modèles hydrologiques ne sont toutefois pas implémentés physiquement dans la structure
de l’approche, les résultats y sont seulement intégrés comme variables d’entrée.

Auparavant, une plateforme ESTIMKART existait et utilisait des scripts PYTHON sous
l’environnement d’ArcGIS. Aujourd’hui, cette interface n’est plus utilisée et l’approche est
réalisée par l’intermédiaire d’une bibliothèque de scripts R.

 Modèle de géométrie hydraulique

Dans le but de traduire le débit en caractéristiques hydrauliques, un modèle de


géométrie hydraulique est nécessaire.
Ce modèle, à partir des données de débits obtenues grâce au modèle hydrologique permet
d’obtenir, pour chaque tronçon du réseau, des valeurs de vitesse, de hauteur d’eau et de
largeur mouillée.
Cette transformation se fait par une double approche. La première approche relie la hauteur
d’eau, la largeur et la vitesse au débit sur chaque tronçon (géométrie dite « stationnelle »
relative aux variations temporelles sur le tronçon), la deuxième approche reliant ces
caractéristiques au module entre tronçons (géométrie dite « longitudinale » relative aux
variations spatiales).

Leopold et Maddock (1953) ont proposé des lois puissance pour refléter les variations
hydrauliques en fonction du débit. Lamouroux (2008) propose de combiner ces relations sous
la forme :

𝑄 𝑏 𝑄 𝑓
𝐿 = 𝑎𝑑 ∗ 𝑄̅𝑏𝑑 ∗ [ ̅ ] 𝐻 = 𝑐𝑑 ∗ 𝑄̅ 𝑓𝑑 ∗ [ ̅ ]
𝑄 𝑄

Avec :
 L : Largeur mouillée
 H : Hauteur des tronçons
 𝑄̅ : Débit journalier moyen inter-annuel
 𝑎𝑑 , 𝑏𝑑 , 𝑏, 𝑐𝑑 , 𝑓𝑑 , 𝑓 : Coefficients de géométrie hydraulique
L’idée de la modélisation est de déterminer la valeur de ces coefficients de géométrie
hydraulique afin d’en déduire L et H. Ces paramètres sont déterminés grâce à plusieurs
variables d’entrée, comme la pente des tronçons ou la surface du bassin. Les formules
permettant de déterminer la valeur des coefficients sont disponibles en annexe 2.
Ces formules ont été déterminées grâce à une analyse de mesures réalisées sur plusieurs
dizaines de cours d’eau français (Lamouroux, 2008).
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 16

 Modèles écologiques : Modèles de distribution d’espèces et modèles


d’habitat

Les modèles écologiques sont l’association de modèles de distribution d’espèces (1)


et de modèles d’habitat (2).

1. Les modèles de distribution d’espèces

Les modèles de distribution (ou modèles de peuplement) prédisent la probabilité de présence


d’espèces de poisson (Oberdorff, 2001) en fonction de caractéristiques environnementales du
tronçon (pente, températures, profondeurs, distance à la source, surface du bassin versant).

Pour calibrer ces modèles, des pêches électriques ont été réalisées sur 738 sites d’étude sur
une chronique de plus de 10 ans (1985-1998) (choisis par des experts piscicoles pour
représenter à la fois des cours d’eau importants et également des cours d’eau de tête de
bassin versant).

Précisément, les variables d’entrée de ces modèles sont :

𝐺 = 3.015 − 0.347 ln(𝑆) − 0.544 ln(𝐷𝑠𝑜𝑢𝑟𝑐𝑒)


𝐴 = ln(𝐴𝑙𝑡𝑖𝑡𝑢𝑑𝑒)
̅̅̅ + ln(𝑝𝑒𝑛𝑡𝑒) + ln(𝐻
𝑉 = ln(𝐿) ̅ ) − ln(𝐿̅ + 2 ∗ 𝐻
̅)
𝑇𝑉 = 𝑇𝑗𝑢𝑖𝑙 + 𝑇𝑗𝑎𝑛
𝑇𝐴 = 𝑇𝑗𝑢𝑖𝑙 − 𝑇𝑗𝑎𝑛

Avec :

 G : Gradient longitudinal
 S : Surface du bassin versant (km²)
 Dsource : Distance à la source (km)
 V : Indice de vitesse (la pente est exprimée en ‰)
 𝐿̅ : Largeur mouillée au débit inter-annuel (m)
 𝐻̅ : Hauteur d’eau du tronçon au débit inter-annuel (m)
 𝑇𝑗𝑎𝑛 : Température moyenne de l’air au mois de Janvier (°C)
 𝑇𝑗𝑢𝑖𝑙 : Température moyenne de l’air au mois de Juillet (°C)

Certaines de ces grandeurs sont directement extraites des attributs environnementaux du


réseau hydrographique (surface de bassin versant, distance à la source, pente,
températures, altitude).
Le réseau hydrographique et l’origine de ces données seront présentés dans la partie 4.a.
La largeur mouillée ainsi que la hauteur d’eau du tronçon au débit inter-annuel sont
déterminées par l’intermédiaire du modèle de géométrie hydraulique.

Ensuite, pour chaque espèce, la probabilité de présence est calculée à partir de ces
grandeurs et de différents coefficients, établis par régressions logistiques. (Annexe 3).
Il est toutefois important de noter la présence de termes au carré dans l’équation permettant
de calculer la probabilité de présence d’espèce. Ces polynômes du second degré permettent
de refléter des liens non linéaires entre l’environnement et la probabilité de présence des
espèces, fréquents en écologie (le barbeau se développe par exemple dans des rivières dont
les températures moyennes sont comprises entre 12 et 18°C).
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 17

2. Les modèles d’habitat

Les modèles d’habitat hydraulique reflètent, eux, des variations temporelles


d’abondance des espèces présentes en fonction des caractéristiques hydrauliques du tronçon.
Ils font le lien entre les caractéristiques hydrauliques (vitesse, profondeur) et des modèles dits
de préférences des espèces pour ces conditions hydrauliques.

Ces modèles permettent alors d’établir des valeurs d’habitat (le plus souvent normalisées sous
forme de score entre 0 et 1) et peuvent être interprétées comme certaines caractéristiques
propres à l’espèce (résistance au courant, aptitude de nage).

Un modèle hydraulique permettant de cartographier la zone d’étude en termes de grandeurs


hydrauliques (comme la profondeur ou la vitesse) en fonction du débit, il est alors possible de
traduire des modifications hydrologiques en variation de valeur d’habitat (figure 7).

Figure 7: Principe du modèle d'habitat (Miguel et al., 2016)

La surface pondérée utile (SPU) peut alors être calculée en multipliant ces valeurs d’habitat et
la surface du tronçon et permettre de synthétiser l’impact d’altération hydrologique sur l’habitat
hydraulique. Cette SPU peut être interprétée comme une surface d’habitat favorable, sur le
tronçon de cours d’eau, pour l’espèce considérée.
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 18

3. Traitement des débits : utilisation du modèle J2000


Les résultats du modèle J2000 exploités ici sont ceux obtenus à l’issue du projet MDR.
Les séries de débits journaliers s’étendent de 1985 à 2012 (adéquation des données
disponibles au niveau de la pluviométrie, des données de température et des prélèvements)
(figure 8) sur l’ensemble du réseau J2000 (3 075 arcs). C’est alors plus de 30 millions de
valeurs de débits qui ont été utilisées.

Figure 8 : Débits journaliers (m3/s) : Exemple de l’arc 4752:

L’approche ESTIMKART nécessite le calcul de plusieurs grandeurs hydrologiques dans le but


d’avoir une traduction hydraulique complète :
 Le module (Moyenne interannuelle) : La chronique a été découpée en années afin de
calculer les moyennes annuelles
 Q50 : Correspond au débit associé à la fréquence 0.5 (médiane de la chronique)
 Q95 : Correspond au débit associé à la fréquence 0.05 (débit dépassé 95% du temps)

La structure des peuplements de poissons dépend fortement des caractéristiques


hydrauliques d'étiages fréquents (présents plusieurs semaines dans le cours d'eau)
(Lamouroux et Olivier, 2015). De ce fait, les variations de surface utile pour les espèces (SPU)
seront modélisées à un débit de Q95 ou au VCN15 (moyenne interannuelle des minimums
des débits journaliers moyennés sur 15 jours). Pour cela, la chronique a tout d’abord été
divisée en année. Des moyennes mobiles ont ensuite été calculées à partir des débits moyens
journaliers sur une période de 15 jours.
Le minimum de chaque année a alors été extrait puis moyenné sur l’ensemble de la chronique.
Ce débit correspond à un débit d’étiage moins sévère que le débit classé Q95. Il permet alors
de représenter une situation plus fréquente.
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 19

4. Choix du réseau hydrographique


a. Présentation du réseau hydrographique théorique et choix du réseau
d’étude

L’approche ESTIMKART nécessite un réseau hydrographique (support de


modélisation et estimation des attributs environnementaux).
Le modèle J2000 dispose de son propre réseau. Cependant, un autre réseau a été développé :
le Réseau Hydrographique Théorique (RHT) (Pella et al., 2012). Ce réseau a été le support
d’une précédente étude similaire (Miguel et al. 2016) :

Le RHT est un réseau dérivé du modèle numérique de terrain de la BD Alti®, reconditionné par
le Réseau Hydrographique Etendu (RHE), lui-même dérivé du réseau hydrographique de
référence de l’IGN, BD Carthage®.
S’étendant à la totalité du territoire français, il cumule 283 639 de linéaire (km) et totalise
114 601 tronçons, soit 80% du linéaire de la BD Carthage® (figure 9).

Figure 9: Réseau hydrographique théorique (Pella et al. 2012)


Nans Guichonnet Stage de fin d’études 20

Ce réseau est jointif est orienté de l’amont vert l’aval, il permet alors de simuler les
écoulements, tout en prenant en compte plusieurs attributs environnementaux (Tableau 1).

Attribut environnemental Données utilisées Méthodes utilisées


Altitude moyenne de l’arc BD Alti IGN et RHT Moyenne par zone tampon
Interpolation des altitudes
Pente de l’arc BD Alti IGN et RHT des points amont et aval de
l’arc
Calcul des distances à
l’exutoire depuis chaque tête
Distance à la source RHT de bassin
Calcul de la distance
maximale à la source
Ordination de l’arc RHT Ordination par un parcours
(Strahler) amont aval
Surface cumulée du RHT Cumul des superficies des
bassin versant bassins versants amont
Température de l’air de Modèle AURELHY (Météo Moyenne des températures
l’arc France) et RHT par zone tampon
Calcul des lames d’eau par
bassin versant unitaire
Interpolation statistique Calcul des débits
Débit de l’arc (Sauquet, 2006) et RHT spécifiques par bassin
versant unitaire
Cumul des débits
spécifiques

Tableau 1: Attributs environnementaux calculés (Pella et al. 2012)

Ces paramètres environnementaux ont été testés et validés par comparaison à d’autre
réseaux (BD Carthage®), et grâce aux stations de mesures de la banque Hydro pour les débits
(Annexe 4 et 5).

Le RHT est plus détaillé que le réseau utilisé dans le modèle J2000. En effet, plus d’arcs sont
modélisés (Tableau 2). L’utilisation de celui-ci serait alors plus intéressante et permettrait
d’obtenir plus de résultats, en particulier dans les têtes de bassin versants.

Nombre d’arcs Longueur cumulée


modélisés (km)
Modèle J2000 3 075 17 156
Réseau hydrographique théorique 18 457 43 237
(RHT)
Tableau 2: Arcs modélisés sur le bassin du Rhône

La création d’un réseau hydrographique est en grande partie basée sur l’utilisation d’un modèle
numérique de terrain. Suivant la précision du MTN, le tracé peut différer d’un réseau à l’autre
surtout dans les zones de faibles pentes. Ces problèmes de superposition rendent le
rapprochement des deux réseaux difficiles à réaliser (figure 10).
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 21

Figure 10: Superposition des arcs modélisés sur le RHT (en rouge) et le modèle J2000 (en bleu)

Le simple transfert des sorties du modèles J2000 sur le RHT apparait alors impossible à mettre
en œuvre.

Initialement, ces problèmes de tracé ont poussé à utiliser le réseau J2000 comme réseau
d’étude (support de modélisation et source des attributs environnementaux), le raccordement
des deux réseaux étant trop compliqué à réaliser. Une étude préalable a alors été réalisée sur
le réseau J2000 afin d’évaluer la fiabilité des attributs environnementaux.
Cette étude est disponible en annexe 6, 7 et 8.

Cette étude a montré que ces problèmes de tracé peuvent alors affecter une partie très
importante du réseau (notamment la surface du bassin versant amont). Il a alors été
nécessaire d’utiliser les caractéristiques environnementales du RHT, plus fiables, et de
n’utiliser le réseau J2000 uniquement pour les débits, le raccordement du réseau J2000 sur le
RHT étant trop complexe à mettre en œuvre sur une zone d’étude aussi étendue.

Une correspondance entre les deux réseaux a alors été établie selon plusieurs critères dans
le but d’associer aux arcs RHT les débits simulés sur J2000.
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 22

b. Correspondance J2000-RHT

Le modèle J2000 a été calé et validé grâce aux stations hydrométriques sur le bassin
du Rhône (234 stations de contrôle avec des mesures de débits fiables et peu influencées)
(Annexe 9). A proximité de ces stations hydrométriques, le tracé du réseau J2000 a été modifié
pour les intercepter. Il a alors été possible de transférer directement les débits des arcs J2000
au RHT sur ces zones.
Les réseaux J2000 et le RHT ont été joints par leur proximité géographique et leurs attributs
environnementaux. Une correspondance entre les deux réseaux a alors été établie dans le but
d’affecter les débits de J2000 aux arcs du RHT.

Dans un premier temps, tous les arcs du RHT ayant un ordre de Strahler de 1 ont été
abandonnés, celui-ci remontant plus haut que le modèle J2000.
Cette correspondance a ensuite été faite sur un critère de proximité géographique puis un
critère de surface de bassin versant (figure 11).

Figure 11: Correspondance J2000/RHT

Cette correspondance a alors permis d’utiliser plus des deux tiers des données de débit de
J2000 (2055 arcs J2000 ont une correspondance géographique et de surface de bassin
versant amont avec un arc du RHT), et 5688 arcs du RHT sont liés à un arc de J2000 (plusieurs
arcs RHT peuvent être liés à un même arc J2000).
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 23

Cette superposition a écarté les arcs du RHT ayant une petite surface de bassin versant amont
Au contraire, les arcs ayant une surface de bassin versant amont suffisamment importante
(environ 10 km²) ont trouvé une correspondance (annexe 10).

Dans le but d’avoir un réseau le plus complet possible, l’étude s’est ensuite portée sur la
recherche de récupération des arcs ayant eu une correspondance géographique uniquement.
Le réseau RHT remontant plus dans les têtes de bassins versants, la surface de bassin amont
pouvait être plus importante pour certains arcs du RHT tout en présentant une bonne
superposition géographique.
La méthodologie est développée en annexe 11.

Synthèse du réseau hydrographique finalement utilisé

L’étude est donc basée sur une partie du RHT, munie des débits simulés par le modèle
hydrologique J2000 (figure 12).

Proportion d’arcs du RHT étudiés (%) 34


Longueur cumulée du RHT total (km) 43 237
Longueur cumulée du RHT d’étude (km) 13 816

Figure 12: Synthèse de l'adaptation du réseau hydrographique et du nombre d’arcs étudiés

Le réseau hydrographique résultant du rapprochement est alors discontinu. Cette discontinuité


n’a cependant pas d’importance. En effet, aucune modélisation hydrologique n’est prévue
directement à partir de celui-ci. Ces modélisations se feront encore sur le réseau J2000 puis
associé au RHT grâce à la correspondance établie.
De plus, malgré la suppression des arcs de Strahler d’ordre 1, le réseau établi a une bonne
représentativité du bassin du Rhône, notamment avec de nombreux arcs de têtes de bassin
versant.
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 24

Vérification des débits et des probabilités de présence d’espèces

Afin de confirmer la validité des modules obtenus par le modèle J2000, ces derniers
ont été comparés aux modules associés aux RHT, obtenus par extrapolation spatiales
d’observations issues de la banque Hydro (Sauquet, 2006) (Figure 13).

Correspondance
géographique et de surface
de bassin versant

Correspondance
géographique uniquement

Figure 13: Comparaison des modules J2000/RHT du réseau hydrographique final

Une bonne corrélation est alors observée pour l’ensemble des arcs conservés dans l’étude,
tout en signalant encore une fois des différences plus marquées pour les faibles débits, liées
aux incertitudes de simulation.

Dans le but de vérifier les valeurs des probabilités de présence pour ces deux espèces, les
résultats obtenus avec les débits de J2000 ont été comparés avec les résultats liés aux débits
du RHT.
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 25

Malgré des différences, les probabilités de présence apparaissent très similaires. (Figure 14
et 15).

Figure 14: Comparaison des probabilités de présence de la truite selon les débits de J2000 et ceux du RHT

Figure 15: Comparaison des probabilités de présence du barbeau selon les débits de J2000 et ceux du RHT
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 26

Carte des débits et de probabilité de présence d’espèce

Une fois le réseau hydrographique


adapté à l’étude, la répartition des
débits sur le bassin versant d’étude
(figure 16) a pu être observée sur le
bassin du Rhône actuel.

La répartition des débits spécifiques


(l/s/km²) apparait comme cohérente
sur l’ensemble du bassin du Rhône.
Ce choix de débit permet la
comparaison et l’appréhension de
l’importance de différents cours d’eau
situés sur des bassins différents.
Les zones productives (massifs
montagneux comme les Alpes)
ressortent.

Figure 16: Carte des débits (l/s/km²) sur le bassin du Rhône naturel (sans irrigation
ni ouvrages de régulation)
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 27

Les répartitions des probabilités de présence de la truite et du barbeau sont également


disponibles sur ce même réseau (figure 17).

Figure 17 : Carte des probabilités de présence de la truite et du barbeau

Les cartes de la figure 17 sont tracées de manière à faire apparaitre un seuil (0.8 pour la
truite et 0.4 pour le barbeau). Disponible pour toutes les espèces (Logez et al., 2012), il
permet de maximiser les taux de bonnes prédictions des présences et des absences.

La truite fait partie des salmonidés et préfère les eaux vives et fraiches, sa présence apparait
alors cohérente dans les têtes de bassin versant.
Au contraire, le barbeau préfère les cours d’eau importants de plaine.
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 28

Résultats et discussion
1. Présentation des scénarios
Le but de l’étude est de traduire l’impact de modifications hydrologiques en
modifications d’habitat. Pour cela, les caractéristiques hydrologiques « perturbées », liées à
l’anthropisation du bassin (ouvrages de régulation et irrigation) ou au changement climatique
sont à comparer à un contexte naturel ou naturalisé.

a. Ouvrages de régulation du débit et irrigation

La localisation de ces ouvrages a été faite selon deux bases de données : la BD SIOUH
(Direction Générale de la Prévention des Risques) et une base interne d’Irstea (Chandesris et
Pella, 2006) (Figure 5).
Seuls les ouvrages disposant de grands réservoirs ont toutefois été simulés, ces derniers
pouvant impacter très fortement le régime hydrologique (annexe 12). Au total, 12 barrages, 2
ouvrages de dérivation et 3 ouvrages de transfert ont été modélisés dans J2000.
Un très grand nombre de petits ouvrages, en particuliers sur les petits cours d’eau, ne font
alors pas partie de la modélisation.

La modélisation de l’irrigation est basée sur deux données. (Annexe 13)


Premièrement, des chroniques de prélèvements d’eau ont été réalisées à partir des
redevances annuelles de prélèvements de l’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse sur
la période 1987-2011. Ces redevances sont liées aux communes, sans être précisément géo-
référencée.
Un recensement des parcelles, réalisé en 2010, a ensuite permis de connaitre le nombre et la
superficie irriguée des exploitations pour différents types de cultures.
Le couplage de ces informations permet alors d’appréhender la répartition des besoins en eau
liés à l’irrigation.
L’hypothèse est faite que l’irrigation est prélevée dans le brin de rivière le plus proche.

b. Changement climatique

Les scénarios de changement climatique développés dans cette étude sont nommés
scénarios 8.5 et 2.6. Ces appellations font référence au forçage radiatif (différence entre le
rayonnement entrant et le rayonnement sortant au sommet de la troposphère en W/m²) (figure
18) et à la classification usuelle en RCP. Le forçage radiatif étant directement lié à l’émission
de gaz à effet de serre impliquant des perturbations météorologiques (hausse de la
température en particulier).
Les modifications de température et de pluviométrie sont représentées en annexes 14 et 15.

Ce sont les résultats des modèles développés par les laboratoires français de modélisation du
climat (IPSL, CERFACS, CNRMGAME) et mis à disposition sur le portail DRIAS (www.drias-
climat.fr)
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 29

Figure 18: Forçage radiatif estimé pour les différents scénarios de référence (Source : DRIAS)

Cette approche permet d’appréhender une grande variété de possibilités, liées à l’émission
des gaz à effet de serre au niveau mondial.
Le scénario 8.5 apparait comme pessimiste avec une augmentation croissante des gaz à effet
de serre (croissance de l’industrie). Au contraire, le scénario 2.6 semble plus optimiste
(décroissance après un pic d’émission liée à des politiques croissantes en développement
durable)
La modélisation des ouvrages et de l’irrigation dans la période future (2075-2100) est identique
à celui de la période actuelle (1985-2012). Par exemple, les types de culture et les superficies
de surface irriguée sont supposés identiques.

Les différents scénarios développés et leur contexte de référence associé sont synthétisés
dans le tableau 3.

Scénario étudié Contexte de référence

Impact de l’anthropisation – Période Bassin naturel actuel


actuelle (1985-2012) (1985-2012)

Impact pur du changement climatique Bassin naturel actuel


(2075-2100) (1985-2012)

Impact de l’anthropisation – Période future Bassin naturel futur (2075-2100)


(2075-2100)

Tableau 3: Tableau récapitulatif des différents scénarios étudiés et de leur contexte de référence associé
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 30

c. Eléments méthodologiques

Les mêmes manipulations ont alors été effectuées sur l’ensemble des scénarios
étudiés afin d’étudier l’écart entre un contexte de référence et le contexte étudié (calcul des
moyennes interannuelles, Q50, Q95, VCN15). Ces débits permettent de décrire de manière
détaillée le contexte hydrologique du bassin et d’appréhender plus précisément les
modifications hydrologiques.

Les modifications hydrologiques et d’habitat ont été calculées de la manière suivante :

𝑄𝑝𝑒𝑟𝑡𝑢𝑟𝑏é −𝑄𝑟é𝑓é𝑟𝑒𝑛𝑐𝑒 𝑆𝑃𝑈 𝑝𝑒𝑟𝑡𝑢𝑟𝑏é𝑒 −𝑆𝑃𝑈𝑟é𝑓é𝑟𝑒𝑛𝑐𝑒


𝛥𝑄 = 𝛥𝑆𝑃𝑈 =
𝑄𝑟é𝑓é𝑟𝑒𝑛𝑐𝑒 𝑆𝑃𝑈𝑟é𝑓é𝑟𝑒𝑛𝑐𝑒

Les modifications négatives correspondent à une perte, les modifications positives


correspondent à un gain. Dans le cas d’ouvrage de régulation, les modifications positives
peuvent correspondre à un soutien d’étiage.
La SPU n’est définie que si le seuil de probabilité de présence de l’espèce est dépassé. Les
cartes présentées dans la suite du rapport peuvent faire apparaitre les légendes « Nouvel
arc » et « Arc disparu ». La légende « Nouvel arc » correspond à une SPU définie dans le
scénario perturbé mais pas dans le scénario de référence. Le cas contraire correspond à la
légende « Arc disparu ». Ces légendes traduisent donc des modifications des zones de
peuplement.

Dans le but de quantifier et de représenter l’impact


des modifications hydrologiques sur les habitats de
poissons (SPU), il est important d’agréger ces
modifications sur un ensemble d’arcs, les incertitudes à
l’échelle du tronçon pouvant être très importantes (cette
partie est développée dans la partie incertitudes).
De plus, la très grande majorité des arcs présentent des
modifications hydrologiques et d’habitat très faibles
(<5%), une étude statistique à l’aide de grandeurs
caractéristiques (comme le calcul d’une médiane de
modifications hydrologiques ou d’habitat) est alors à
proscrire car cela ne permettrait pas de mettre en lumière
les tronçons fortement modifiés.

Le choix a alors été fait de traduire les arcs subissant des


modifications importantes (et en particulier les
modifications < -30% représentant une perte importante
au niveau du débit ou de l’habitat) en terme de
pourcentage de longueur par rapport à la longueur totale
des arcs composant le sous ensemble considéré.
Les statistiques concernant les modifications d’habitat
sont calculées uniquement sur les cours d’eau où les
espèces sont présentes (où les seuils de probabilités de
présence sont dépassés) dans le contexte de référence.
Le bassin du Rhône a alors été découpé en plusieurs
entités correspondant aux sous-bassins DCE Figure 19: Découpage du bassin du Rhône en sous-
administratifs (Figure 19). bassins DCE administratifs (2016)
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 31

Ces sous-bassins correspondent à un niveau d’agrégation entre la masse d’eau et le bassin


DCE et sont définis comme les zones de compétence des commissions territoriales, ayant
pour but l’élaborations d’actions par les acteurs locaux ainsi que le suivi de ces actions dans
les territoires.

1. Impact de l’anthropisation – Période actuelle (1985-2012)


Le modèle hydrologique J2000 a permis la simulation des différents débits (module,
Q50, Q95 et VCN15) dans le contexte réel (ici le bassin anthropisé) et également pour le
contexte naturalisé pour la période actuelle.
La figure 20 représente les modifications hydrologiques liées à l’anthropisation du bassin
(ouvrages simulés de régulation et irrigation).
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 32

Figure 20: Modifications hydrologiques (%) du scénario anthropisé (irrigation et ouvrages de gestion de débits) comparé au scénario naturel (sans anthropisation) pour les moyennes interannuelles
(modules), Q50, Q95 et VCN15 sur l'ensemble du bassin d'étude
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 33

Les modifications hydrologiques importantes sont observées principalement pour les


Q95 et les VCN15. Cette observation apparait comme cohérente, ces derniers correspondant
à des débits faibles pouvant être impactés de manière plus significative par des prélèvements.

Figure 21: Modifications d'habitat (en %) liées à l’anthropisation du bassin pour les espèces de la truite et du barbeau
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 34

Le scénario étudié ici (impact de l’anthropisation – Période actuelle) présente des


modifications importantes dans trois de ces sous-bassins : la Durance, le Gard et Isère Drôme
(tableau 4)
L’irrigation semble avoir ici un impact marginal sur les habitats de poissons (très peu de
modifications dans le sous-bassin de la Saône par exemple).

Durance Gard Isère


Drome
Distance totale (km) 2 787 1 542 2 334
Cours d’eau à truite (%) 68.8 53.6 68.9
Cours d’eau à barbeau(%) 45.8 47.8 32.4
Cours d’eau ayant une modification hydrologique (%) 4.16 2.87 2,58
< -30 (%)
Cours d’eau à truite ayant une modification d’habitat 0 0 1,20
(%) < -30 (%)
Cours d’eau à barbeau ayant une modification d’habitat 7.81 0.04 4.17
(%) < -30 (%)
Tableau 4: Tableau récapitulatif de l'impact de l'anthropisation du bassin - Période actuelle

Il apparait également que les cours d’eau présentant une forte altération hydrologique (< -30
%) ne représentent qu’une très faible partie des cours d’eau du sous-bassin en question
(moins de 5%). Les effets des ouvrages de régulation modélisés et de l’irrigation sont alors
très ponctuels et ne semblent pas se propager aux cours d’eau aval.
Il est toutefois important de rappeler que seuls de grands ouvrages de régulation ont été
modélisés. Les petits ouvrages susceptibles d’impacter directement les têtes de bassin
versant ne font pas partie du projet MDR dont héritent les simulations hydrologiques.

La proportion de cours d’eau subissant de fortes altérations d’habitat (< -30 %) montre
également que le lien entre les modifications hydrologiques et les modifications d’habitat
dépend fortement de l’espèce. En effet, aucun cours d’eau à truite sur les sous-bassins étudiés
ne présente d’altération d’habitat importante, contrairement au barbeau. Cette observation
s’explique par les préférences de ces deux espèces. Les ouvrages de régulation modélisés
étant uniquement présents sur des cours d’eau importants à forts débits, seuls les barbeaux
sont impactés.
Il est également important de noter un effet de non linéarité. En effet, la proportion d’arcs
touchés par une forte altération d’habitat pour le barbeau peut atteindre des valeurs plus
importantes que la proportion d’arcs présentant une importante altération hydrologique.

Ce scénario ne présente pas d’arcs apparus ou supprimés.

Enfin, sur l’ensemble du territoire, la répartition de fortes modifications (hydrologiques et


d’habitat) semble également cohérente et correspond à des cours d’eau importants (la
Durance, l’Isère ou le Drac par exemple), sur des portions où sont implantés des ouvrages de
régulation de taille importante. (Figure 21).
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 35

Figure 22: Carte des altérations hydrologiques supérieures à 30% liées à l’anthropisation du bassin, identification des cours d'eau et des ouvrages de la Durance, de l'Isère et de la
Drac
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 36

2. Impact pur du changement climatique (2075-2100)


Les cartes représentant les écarts pour la température et la pluie pour les scénarios
8.5 et 2.6 sont présentées en annexes 14 et 15.

Cette partie porte uniquement sur l’impact du changement climatique. Les résultats sont
explicités pour le bassin du Rhône naturalisé (sans ouvrages de régulation et irrigation). Ce
choix permet d’appréhender des résultats de manière plus fluide, les ouvrages de régulation
pouvant présenter des effets de seuils dans certains cas.

Une chronique journalière de 70 ans (2030-2100) a alors été étudiée sur le modèle J2000
dans le but d’obtenir les débits sur l’ensemble du bassin sur la période 2075-2100.
De la même manière que pour l’étude précédente, ces chroniques ont été étudiées dans le
but d’obtenir les débits caractéristiques nécessaires à l’étude (module, Q50, Q95, VCN15).

L’influence du changement climatique


sur les débits a alors pu être visualisée
(Figure 23) et traduite en modification
d’habitat (Figure 24). Dans le corps du
rapport, seul les modifications d’habitat
pour le scénario 8.5 seront étudiées.
Les modifications pour le scénario 2.6
sont explicitées en annexes 16.

Les altérations les plus importantes


sont encore une fois observées pour
les VCN15, correspondant aux débits
d’étiage.

Figure 23: Modifications du VCN15 liées au changement climatique pour les


scénarios 2.6 et 8.5 sur le bassin du Rhône naturalisé
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 37

Figure 24: A: Ecarts bruts de température (°C) pour le scénario 8.5 - B: Modifications du VCN15 (%) - C: Modifications de la SPU de la truite (%) et de la nouvelle
distribution - D: Modifications de la SPU du barbeau (%) et de la nouvelle distribution
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 38

Il est important de signaler que le modèle de distribution d’espèces a été utilisé en


prédictif. Ce fonctionnement est détaillé dans la partie 4. Incertitudes.
Les résultats concernant l’étude du changement climatique sont alors soumis à des
d’incertitudes très importantes.

De fortes augmentations de températures sont à signaler pour ce scénario 8.5, mis à part sur
la partie sud-ouest du bassin versant où l’écart apparait plus modéré (Figure 24. A).
L’ensemble des sept sous-bassins présente d’importantes modifications hydrologiques et
d’habitat (tableau 5).
Les proportions exprimées ci-dessous concernant les altérations d’habitat et les nouvelles
distributions sont calculées par rapport à la configuration du contexte de référence (ici le
contexte actuel).

Doubs Durance Gard Haut Isère Rhône Saône


Rhône Drome Moyen
Longueur totale (km) 1 362 2 787 1 542 1 962 2 334 1 127 3 500
Cours d’eau à truite 77.8 70.1 53.6 78.8 67.2 78.1 78.8
(%)
Cours d’eau à
barbeau (%) 40.5 45.7 47.3 36.6 34.9 45.7 51.6
Cours d’eau ayant
une modification
hydrologique (%) < - 95.3 26.2 5.07 79.2 25.1 51.9 92.4
30 (%)
Cours d’eau à truite
ayant une
modification 0.79 5.03 0 0.72 0.97 0 0.13
d’habitat (%) < -30
(%)
Cours d’eau à
barbeau ayant une
modification 50.9 0.80 0 37.0 0 0 13.6
d’habitat (%) < -30
(%)
Tableau 5: Tableau récapitulatif des altérations hydrologiques et d'habitat sur l'ensemble du bassin du Rhône
concernant l'impact du changement climatique (scénario 8.5)

Les modifications hydrologiques importantes apparaissent très répandues sur une


grande partie du bassin du Rhône (plus de 90% de la longueur du réseau dans les sous-
bassins du Doubs et de la Saône) exceptées dans les parties montagneuses (moins de 30%
dans les sous-bassins Isère-Drôme avec la présence du massif alpin et 5.07% dans le sous-
bassin du Gard avec la présence des monts d’Ardèche) (Figure 24. B). Cette répartition peut
s’expliquer par la fonte des neiges, apportant de l’eau pendant la période sèche.

Cette répartition des altérations hydrologiques se retrouve dans les altérations d’habitat pour
les deux espèces considérées. Les zones montagneuses (sous-bassins du Gard et Isère-
Drome) présentent des proportions d’arcs subissant des altérations d’habitat importantes très
faibles (0% dans le sous-bassin du Gard et moins de 1% dans le sous-bassin Isère-Drome.
Au contraire, les sous-bassins présentant des altérations hydrologiques importantes de
manière répandue (sous-bassins du Doubs, Haut-Rhône et Saône) présentent une forte
proportion d’arcs subissant des altérations d’habitat importantes (50.9% dans le Doubs et 37%
dans le Haut-Rhône pour le barbeau).
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 39

Ces modifications de température et de débits ont un impact direct sur les habitats de poissons
(Chapitre 1. b. Modèles écologiques : Modèles de distribution et modèles d’habitat) et se
traduisent par de fortes modifications d’habitat (Figure 24 C et D).

Pour les deux espèces considérées, la modification de la zone de présence semble


majoritaire (création ou disparition d’arcs) (tableau 6).

Doubs Durance Gard Haut Isère Rhône Saône


Rhône Drome Moyen
Distance
totale 1 362 2 787 1 542 1 962 2 334 1 127 3 500
(km)
Nouveaux
arcs pour 0.45 0.97 5.44 0 5.52 1.46 1.48
la truite
(%)
Arcs
disparus 70.4 56.2 46.3 70.7 35.4 70.9 80.2
pour la
truite (%)
Nouveaux
arcs pour 126.9 87.7 2.15 123.7 108.2 85.6 65.8
le
barbeau
(%)
Arcs
disparus 5.23 1.40 7.24 0 20.0 4.34 9.50
pour le
barbeau
(%)
Tableau 6: Tableau récapitulatif des nouvelles distributions de la truite et du barbeau liées au changement
climatique (scénario 8.5)

Cela peut être expliqué par le calcul de la SPU, étant effectué dans le modèle uniquement si
le seuil de probabilité de présence est dépassé. D’aussi importantes perturbations
(températures, pluies, ETP) peuvent amener au dépassement de ces seuils.

Les truites semblent être impactées de manière importante par l’augmentation de la


température et des altérations de débits très répandues (perte plus modérée dans les sous-
bassins du Gard et Isère-Drome liée à la présence de massifs montagneux).
Il est également possible de remarquer une remontée de la présence des barbeaux dans les
têtes de bassins versants, subissant des altérations hydrologiques plus faibles.
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 40

3. Impact de l’anthropisation – Période future (2075-2100)


De la même manière que dans le chapitre 1, il a été possible de générer les chroniques
de débits sur l’ensemble du bassin naturalisé (sans prendre en compte les ouvrages de
régulation du débit et l’irrigation) dans un cadre prospectif. L’impact de l’anthropisation du
bassin a alors pu être étudiée dans le futur et les modifications du VCN15 (%) ont pu être
visualisées pour les scénarios 2.6 et 8.5. (Figure 25)

Figure 25: Modifications du VCN15 liées à l'anthropisation du bassin pour les scénarios 2.6
et 8.5

De plus fortes modifications hydrologiques sont à signaler dans le futur, pour les deux
scénarios, en particulier sur les tronçons liés à un débit important. Le bassin apparait
également plus sensible à l’anthropisation (ouvrages de régulation et irrigation), notamment
avec la présence de modifications hydrauliques non nulles sur des arcs distants d’ouvrages
de régulation.
La figure 26 traduit ces modifications de VCN15 en modifications d’habitat pour la truite et le
barbeau ainsi que leur nouvelle distribution pour le scénario 8.5.
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 41

Figure 26: A: Modifications du VCN15 (%) liées à l'anthropisation du bassin dans le futur (scénario 8.5) - B: Modifications de la SPU de la truite (%) et
de la nouvelle distribution- C: Modifications de la SPU du barbeau (%) et de la nouvelle distribution
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 42

Les cartes représentant l’impact de l’anthropisation dans le cadre du scénario 2.6 sont
explicitées en annexes 17.

Les sous-bassins du Gard, de la Durance, Isère-Drôme et Rhône Moyen présentent


visuellement de nombreux arcs subissant des altérations hydrologiques importantes (< -30%).
L’étude statistique a alors portée sur ces sous-bassins (Tableau 7).
Le contexte de référence est ici le bassin du Rhône naturalisé dans le cadre du scénario 8.5

Durance Gard Isère-Drôme Rhône Moyen


Distance totale 2 787 1 542 2 334 1 127
(km)
Cours d’eau à 30.9 31.6 47.9 24.0
truite (%)
Cours d’eau à 85.4 74.0 65.2 83.4
barbeau (%)
Cours d’eau
ayant une
modification 9.88 3.10 6.70 19.6
hydrologique
(%) < -30 (%)
Cours d’eau à
truite ayant
une 1.75 0 3.73 1.57
modification
d’habitat (%) <
-30 (%)
Cours d’eau à
barbeau ayant
une 2.27 0 4.50 1.95
modification
d’habitat (%) <
-30 (%)
Tableau 7 : Tableau récapitulatif des altérations hydrologiques et d'habitat sur l'ensemble du bassin du Rhône
concernant l'impact de l’anthropisation (ouvrages de régulation et irrigation) pour le scénario 8.5

Les altérations hydrologiques liées à l’anthropisation du bassin sont plus répandues dans le
futur dans les 3 sous-bassins communs à l’étude (Durance, Gard et Isère-Drôme) (tableau 8).

Durance Gard Isère-Drôme


Cours d’eau ayant une modification hydrologique
(%) < -30 (%) – Période actuelle 4.16 2.87 2.58
Cours d’eau ayant une modification hydrologique
(%) < -30 (%) – Scénario 8.5 9.88 3.10 6.70
Tableau 8: Comparaison de la proportion des cours d'eau (en % de longueur) subissant d'importantes altérations
hydrologiques liées à l'anthropisation du bassin Période actuelle / Scénario 8.5

Le bassin apparait alors significativement plus sensible à l’anthropisation du bassin,


notamment avec l’apparition d’une forte proportion d’arcs subissant une altération
hydrologique importante dans le sous-bassin du Rhône-Moyen, malgré l’absence d’importants
ouvrages de régulation mais soumis à une irrigation importante.
De la même manière que pour la période actuelle, les altérations hydrologiques restent
relativement restreintes aux ouvrages de régulation (proportions inférieures à 20%).
Cependant, les cours d’eau à truite sont également touchés dans les sous-bassins de la
Durance et du Gard.
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 43

De la même manière, la très grande majorité du bassin est occupée par des modifications de
zone de présence pour les deux espèces (création ou disparition d’arcs) (Tableau 9).

Durance Gard Isère-Drôme Rhône Moyen


Distance totale (km) 2 787 1 542 2 334 1 127
Nouveaux arcs pour la 135 122 54.3 218.2
truite (%)
Arcs disparus pour la 30.0 3.96 2.89 5.45
truite (%)
Nouveaux arcs pour le 1.61 2.75 5.93 0.90
barbeau (%)
Arcs disparus pour le 45.2 52.0 62.9 61.9
barbeau (%)
Tableau 9: Tableau récapitulatif des nouvelles distributions de la truite et du barbeau liées à l’anthropisation du
bassin (scénario 8.5)

Contrairement à l’étude concernant l’effet pur du changement climatique,


l’anthropisation du bassin dans le cadre du scénario 8.5 est marquée par une apparition très
importante d’arcs à truite et au contraire une forte disparition d’arcs à barbeau.
Il est important ici de signaler que les proportions présentées dans cette partie sont exprimées
par rapport au contexte de référence, à savoir le bassin du Rhône naturalisé dans le cadre du
scénario 8.5, présenté dans la partie précédente. Cette partie tient donc part des cours d’eau
apparus et disparus pour les deux espèces dans le cadre de ce scénario (forte perte d’arcs
pour la truite et forte apparition pour le barbeau), la nouvelle distribution des espèces est alors
soumise à une très grande incertitude. La proportion d’arc à truite a par exemple été calculée
à partir d’un nombre d’arcs très faible.
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 44

4. Incertitudes
Dans cette étude, les incertitudes sont dans un premier temps liées aux estimations
concernant les débits (tous sont issues de simulations à partir du modèle J2000), ainsi qu’à la
transposition du réseau hydrographique d’étude (du réseau associé au modèle J2000 au
réseau hydrographique théorique) et également aux incertitudes concernant le réseau
hydrographique lui-même (Annexe 4).
Les incertitudes concernant les faibles débits (par exemple 0.2 m3/s) peuvent atteindre +/-
100% (Lamouroux et al., 2013).

Le choix de simuler les étiages par le VCN15 est également discutable (le Q95 avait été utilisé
dans l’étude précédente (Miguel et al., 2016) pour traduire les altérations hydrauliques.)
D’autres débits d’étiages existent également et auraient pu être utilisés, comme le débit moyen
mensuel minimum de l’année de période de retour 5 ans (QMNA5), présenté comme le débit
de référence pour les étiages par la loi sur l’eau de 1992.

La transposition des données de débits aux caractéristiques hydrauliques des tronçons est
également une source d’incertitudes, les formules étant issues d’études directement sur le
terrain (Lamouroux et al., 2010).
Enfin, les modèles d’habitat apparaissent comme des simplifications du cycle de vie des
espèces. En effet, les individus utilisent une grande variété d’habitat et plusieurs combinaisons
de variables physiques au cours de leur vie (substrat, vitesse), les modèles de préférence sont
alors une simplification de ces comportements complexes (figure 27).

Figure 27: Illustration de l'habitat physique quotidien (d'après Thévenet, 1998)


Nans Guichonnet Stage de fin d’études 45

La simulation des débits naturalisés peut également apparaitre incomplète. Seuls les barrages
de taille importante sont implantés dans le modèle J2000. De très nombreux ouvrages de
régulation du débit n’apparaissent pas dans l’étude (seuils, déversoirs), pouvant avoir un
impact significatif pour les poissons.
De plus, pour certains usages comme la gestion des éclusées hydroélectriques, la variation
des débits peut se faire à une échelle très rapide (variations infra-journalières), la simulation
des ouvrages à l’aide de débits moyennés sur une chronique aussi longue (27 ans) apparait
alors comme une importante simplification.
D’autre part, les données concernant l’irrigation ont été obtenues à partir de recensements et
présentent une part de simplifications (uniquement prise en compte de la culture dominante
de la parcelle par exemple).

La succession de modèles (hydrologique, hydraulique et écologique) entraine un cumul


d’incertitudes, pouvant être très fortes à l’échelle du tronçon.
Les incertitudes concernant les modifications d’habitat hydrologique peuvent en effet être très
importantes à cette échelle mais sont interprétables à l’échelle d’un territoire considéré
(comme les sous-bassins DCE administratifs). En effet, certains tronçons présentent des
modifications très importantes pouvant être liées au calcul des modifications hydrauliques ou
d’habitat (deux valeurs très faibles peuvent traduire un écart très important mais ne
représentant pas de variations représentatives) (figure 28).

Figure 28: Exemple d'incertitudes à l'échelle du tronçon

Cette étude a également eu une dimension prospective apportant naturellement des


incertitudes supplémentaires (simulation des chroniques de température, de pluies et
d’évapotranspiration).
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 46

Enfin, le modèle de probabilité de présence a été utilisé en prédictif. En effet, ce modèle a été
fait à partir d’observations sur le terrain et utilise plusieurs variables d’entrée, notamment les
températures moyennes de janvier et juillet, issues du modèle AURELHY (Météo France) sur
une chronique de 1960 à 1990 et associées au RHT.
Cependant, pour le modèle de probabilité de présence, les scénarios de changement
climatique étudiés dans cette étude l’ont été à partir du RHT et de cette chronique de
température, et non à partir d’une nouvelle chronique comme pour le modèle hydrologique.
Les résultats sont alors soumis à une très forte incertitude.
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 47

Conclusion
Le couplage de différents modèles (hydrologique, hydraulique et écologique) a permis
d’estimer les impacts liés aux ouvrages de régulation et à l’irrigation sur les populations
piscicoles à une échelle très large. Classiquement liée à l’échelle du tronçon, cette estimation
simplifiée des altérations d’habitat permet de mieux appréhender les nouveaux aspects
réglementaires.
Il est cependant important d’interpréter les résultats à une échelle importante comme un sous
bassin ou un territoire DCE par exemple, les incertitudes cumulées pouvant être très
importantes à une échelle plus restreinte comme celle du tronçon.

Cette étude a permis de mettre en lumière l’impact limité spatialement des ouvrages de
régulation de débits. Cependant, cet impact apparait non négligeable pour les espèces
associées aux cours d’eau importants en termes de débit comme le barbeau. L’irrigation
semble avoir un rôle marginal dans les altérations d’habitat hydraulique.

Ce projet a permis d’étudier l’impact de l’anthropisation du bassin du Rhône actuellement et


également dans un cadre prospectif (fin du XXIe siècle) pour deux scénarios climatiques (2.6
et 8.5) ainsi que l’impact direct du changement climatique (modification de la température, de
la pluviométrie et de l’évapotranspiration) sur le bassin anthropisé.
Les résultats apparaissent cohérents. Cependant, cette étude a impliqué le fonctionnement du
modèle de distribution d’espèces en prédictif, cet usage étant non testé, il parait plus cohérent
de parler de risques que de réelles prévisions, notamment dans les nouvelles distributions des
espèces sur le bassin.
Il est toutefois important de souligner les conséquences très importantes du changement
climatique sur les habitats de poissons et sur la sensibilité hydraulique du bassin, en particulier
pour le scénario pessimiste 8.5.

Enfin, les modifications des caractéristiques hydrauliques d’un cours d’eau (hauteur, largeur
mouillée) ne représentent toutefois qu’une partie, non nécessairement limitante, des
modifications subies par un organisme aquatique (modifications physico chimiques par
exemple).
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 48

Annexes

Annexe 1: Interface de JAMS


Nans Guichonnet Stage de fin d’études 49

Annexe 2: Détermination des coefficients de géométrie hydraulique


Source : Lamouroux, 2010
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 50

𝑋𝑒𝑠𝑝 = 𝐶𝑜𝑒𝑓 𝑖𝑛𝑡𝑒𝑟𝑐𝑒𝑝𝑡𝑖𝑜𝑛 + 𝑎 ∗ 𝑉 + 𝑏 ∗ 𝑉 2 + 𝑐 ∗ 𝑇𝑉 + 𝑑 ∗ 𝑇𝑉 2 + 𝑒 ∗ 𝑇𝐴 + 𝑓 ∗ 𝑇𝐴2 + 𝑔


∗ 𝐴 + ℎ ∗ 𝐴2 + 𝑖 ∗ 𝐺 ∗ +𝑗 ∗ 𝐺 2
1
𝑃𝑒𝑠𝑝 =
1 + 𝑒 −𝑋𝑒𝑠𝑝
Annexe 3: Valeurs des coefficients des différentes espèces intervenant dans le calcul de la probabilité de présence
Source : Lamouroux, 2010
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 51

Annexe 4: Etude des incertitudes des paramètres environnementaux du RHT (Pella et al., 2012)

Annexe 5: Vérifications des débits du RHT par apport aux stations hydrométriques (Pella et al., 2012)
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 52

L’approche ESTIMKART nécessite plusieurs paramètres d’entrées, disponibles ou non sur J2000
(tableau 3).

Paramètres d’entrée Disponibilité Source des


nécessaires dans le données
modèle
J2000
Pente moyenne de MNT Directement disponible
l’arc Disponible après traitement
Altitude moyenne de A créer
l’arc
Surface du bassin
versant amont
Distance à la source
Ordre de l’arc (rang
de Strahler)
Débit modélisé, Choix de la
moyenne chronique à
interannuelle définir
Minimum des débits
mensuels
Températures Données
moyennes de l’air DRIAS (et
(Janvier et Juillet) météo France
pour le
changement
climatique)
Grand bassin
d’appartenance
Identifiant
Non calc Permet
d’éliminer
certains arcs
de l’étude

La première étape a alors été de réaliser les couches manquantes, disponibles en annexe 7.

 Surface du bassin versant amont


 Distance à la source
Ces deux couches ont nécessité l’agrégation du réseau (pour simuler la zone entière amont de l’arc
considéré)

 Ordre de l’arc (rang de Strahler) : Cet ordre permet de hiérarchiser l’ensemble des
arcs d’un réseau. Un arc n’ayant pas d’affluent sera affecté au nombre 1. Un arc de
rang n+1 sera la confluence de deux rangs n.
Températures moyennes de l’air pour chaque arc (Janvier et Juillet) (données SAFRAN)
 Températures moyennes de l’air pour chaque arc (Janvier et Juillet) (données
SAFRAN)
Les données SAFRAN sont simulées sur des mailles (8x8 km²). Des manipulations ont alors été
nécessaires pour affecter la température de la maille à la plus proche à chaque arc.
Annexe 6: Choix initial d’utiliser le réseau J2000
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 53

Annexe 7: Réalisation des couches nécessaires à l'approche ESTIMKART : Mailles SAFRAN, sous-bassins versants et ordre de Strahler du réseau J2000
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 54

Dans le but d’analyser les résultats et


d’ajuster certains attributs
environnementaux de J2000 si
nécessaire, une première analyse a
été réalisée sur une partie du bassin
versant d’étude, le sous bassin de la
Saône (figure ci-contre).
Dans le cadre du projet Modélisation
hydrologique distribuée du Rhône,
plusieurs informations concernant
l’agriculture (cultures dominantes,
prélèvements, utilisation de la
ressource en eau) ont été recueillies
Ce sous bassin a également été la
zone d’étude de plusieurs scénarios
de changement climatique.
Il apparait également comme une
zone fortement artificialisée (Tille,
rivière SansFond).

Des différences majeures de tracés ont été observées entre le réseau hydrographique lié à
J2000 et le RHT. (Cercle du haut, Figure ci-dessous).

Cette différence de tracé entraine des écarts majeurs entre les données RHT, plus précis et plus
fiable, et les données de J2000 à l’aval de ces zones (notamment dans les surfaces de bassins
versants amonts. (Tableau ci-dessous).
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 55

Distance à la Surface du Ordre de Débit interannuel


source (km) bassin amont Strahler (m3/s)
(km²)
J2000 RHT J2000 RHT J2000 RHT J2000 RHT
Correspondance 1 65.9 88 923 985 3 4 10.56 9.30
Correspondance 2 67 45 1122 271 3 4 12.88 3.06
Correspondance 3 7.51 88 31.4 906 1 4 0.28 11.27

Annexe 8: Etude préalable des attributs environnementaux du réseau J2000 sur une partie du sous bassin
versant de la Saône

Annexe 9: Exemple d'affectation aux stations hydrométriques


Nans Guichonnet Stage de fin d’études 56

Annexe 10: Evaluation de la correspondance en termes de surface de bassin versant amont


Nans Guichonnet Stage de fin d’études 57

Dans cette partie de la correspondance, deux cas sont alors à distinguer Certains arcs sont
associés à un tronçon aval plus important (cas des cercles oranges) où la transposition du débit
apparait comme impossible, alors que certains sont correctement superposés à un arc du J2000
(cercle bleu)

Une sélection a alors été effectuée sur un critère de débits pour écarter les écarts trop importants
entre les modules du J2000 et les modules du RHT. Seuls les arcs ayant un arc aval vert
(correspondance géographique et de bassin versant) et un écart de débits inférieur à 200% entre le
débit simulé sur le
RHT et sur J2000
seront intégrés à
l’étude.

La figure ci-contre
représente la Correspondance totale
comparaison des
modules liés au RHT Correspondance
et ceux liés au réseau uniquement
J2000. géographique
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 58

Une bonne corrélation est observée pour les arcs ayant une correspondance de surface de bassin
versant amont et géographique (verts). Au contraire, d’importantes différences sont observées pour
les arcs ayant uniquement une correspondance géographique (jaunes).
Il est également important de signaler un écart plus marqué pour les petits débits. Cet écart est lié
aux incertitudes liées à leur modélisation. En effet, les incertitudes concernant ces faibles débits (par
exemple 0.2 m3/s) peuvent atteindre +/- 100% (Lamouroux et al., 2013).

Une sélection sur le débit a également été réalisée sur l’ensemble des arcs restants dans l’étude,
éliminant ceux pour lequel le rapport entre le module lié au RHT et celui lié au modèle J2000 était
inférieur à 0.1 ou supérieur à 10.

La figure ci-dessous représente une cartographie de la classification des arcs du RHT après la
correspondance.

Annexe 11: Correspondance J2000/RHT en termes de débits


Nans Guichonnet Stage de fin d’études 59

Annexe 12: Localisation des ouvrages de régulation du débit modélisés dans J2000
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 60

Annexe 13: Principe de la modélisation de l’irrigation dans J2000


Nans Guichonnet Stage de fin d’études 61

Annexe 14: Ecarts bruts des cumuls de pluie interannuelle moyenne (2075-2100)

Annexe 15: Ecarts bruts de température interannuelle moyenne (2075-2100)


Nans Guichonnet Stage de fin d’études 62

Annexe 16: A : Ecarts bruts de température pour le scénario 2.6 (2100) - B : Modifications du VCN15 (%) - C : Modifications de la SPU de la truite (%) et de la nouvelle
distribution (%) - D : Modifications de la SPU du barbeau (%) et de la nouvelle distribution
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 63

Annexe 17: A: Modifications du VCN15 (%) liées à l'anthropisation du bassin dans le futur (scénario 2.6) - B: Modifications de la SPU de la truite
(%) et de la nouvelle distribution- C: Modifications de la SPU du barbeau (%) et de la nouvelle distribution
Nans Guichonnet Stage de fin d’études 64

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MEMOIRE DE FIN D'ETUDES
Diplôme(s) : Ingénieur de l’ENGEES

Spécialité : Hydrosystèmes

Auteur : Nans GUICHONNET Année : 2018

Titre : Altération d’habitat hydraulique liée à la gestion des débits, des prélèvements et du
changement climatique dans le bassin du Rhône.

Nombre de pages texte : 46 annexes : 16

Nombre de références bibliographiques : 22

Structure d'accueil : Irstea – Centre de Lyon-Villeurbanne

Maître de stage : Nicolas LAMOUROUX

Résumé

Les nouvelles exigences réglementaires ont accentué la nécessité de réaliser les études d’habitat
hydraulique à une large échelle, classiquement réalisées à l’échelle du tronçon.

Une étude des altérations d’habitat hydraulique est basée sur la succession de plusieurs modèles :
hydrologique, hydraulique et écologique et est liée à un réseau hydrographique, dans le but de
représenter l’ensemble des cours d’eau étudiés.

Cette étude met aussi en lumière le cumul des incertitudes liés à la succession de ces modèles et
à l’importance d’appréhender les résultats à une échelle suffisamment grande, comme un sous-
bassin DCE.

Mots-clés : Habitat hydraulique, modélisation, large échelle

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