LE RÉGIME HORMONE
Dr Thierry Hertoghe
Margherita Enrico
Du même auteur:
The hormone solution: Stay Younger Longer With Natural Hormone and
Nutrition Therapies, Random House, 2005.
DHEA, l’hormone du mieux-vivre, Presses du Châtelet, 2002.
Traduction: Catherine Sobecki (Vallauris)
Équipe éditoriale: Véronique Molénat, Priscille Tremblais
Conception graphique: Catherine Julia (Montfrin)
Illustrations: Jérôme Chardin (Psyence Graphics) d’après les illustrations de Fulvio Longhini
Imprimé et façonné en France par Jouve (Mayenne), 2e trimestre 2018
Dépôt légal: 1er trimestre 2010
ISBN: 978-2-916878-48-5
ISBN ebook: 978-2-36549-326-0
Publié pour la première fois en 2008 par Sperling & Kupfer Editori S.p.A. sous le titre La Dieta
Ormonale
Copyright © Sperling & Kupfer Editori S.p.A, 2008
© Thierry Souccar Éditions, 30310, Vergèze (France)
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Tous droits réservés
À mon épouse Claudia et à mes filles India et Jalla.
T.H.
À mon mari Gianraffaele et à mes enfants, Giuliana et Francesco.
M.E.
SOMMAIRE
INTRODUCTION
Ne soyez pas fataliste!
PREMIÈRE PARTIE
DÉTERMINEZ VOTRE PROFIL HORMONAL
Chapitre 1 - Une question d’équilibre
Chapitre 2 - Quelles sont les hormones qui dominent chez vous?
Chapitre 3 - Les conséquences des déséquilibres hormonaux sur le
cerveau
Chapitre 4 - Les conséquences des déséquilibres hormonaux sur la
santé
Chapitre 5 - Quelles sont les hormones déficitaires chez vous?
Chapitre 6 - Votre physique en dit long sur vos hormones
Chapitre 7 - Mangez différemment pour rééquilibrer vos hormones
DEUXIÈME PARTIE
LE RÉGIME HORMONE EN PRATIQUE
Chapitre 8 - Deux semaines de menus pour retrouver une bonne santé
hormonale
Chapitre 9 - Les menus adaptés à votre profil hormonal
INDEX DES RECETTES
CONTACTS
À LIRE
REMERCIEMENTS
Nous remercions chaleureusement Véronique Molénat et Claude Mahaux
pour leurs précieux conseils qui ont amélioré l’édition française par
rapport à l’édition italienne originale.
Un remerciement au dessinateur Fulvio Longhini pour son
professionnalisme et à Sandra Circhillo pour ses recettes savoureuses
que nous avons adaptées pour l’édition française.
Thierry Hertoghe et Margherita Enrico
INTRODUCTION
NE SOYEZ PAS FATALISTE!
Vous êtes un homme, vous êtes pessimiste, facilement irritable, insatisfait
de votre travail? Ces tourments ne dépendent peut-être pas uniquement du
fait que votre fiancée vous a quitté ou que vous êtes resté coincé dans un
embouteillage ou encore que votre patron est insupportable. Il est possible
que vous souffriez d’une carence hormonale. Auquel cas vous manquez
probablement de cortisol, surtout si vous avez constaté l’apparition de
taches brunes sur le dos des mains, le visage et le torse, si vous transpirez
beaucoup des mains et des aisselles en situation de stress, si vous avez des
cernes brunes sous les yeux et/ou si vos joues sont creusées.
S’il est vrai que l’on parle beaucoup des hormones, il est tout aussi vrai
que nous n’avons pas appris à «lire» les signes d’un déséquilibre hormonal
dans notre corps et notre caractère, même lorsqu’ils sont typiques et
évidents. Ces signes sont tellement constants qu’ils peuvent être confondus
avec notre manière d’être naturelle.
Si, par exemple, vous êtes une femme un peu triste, qui ne s’intéresse à
rien et manque d’estime de soi, ce n’est pas forcément que vous êtes «faite
comme ça» mais, simplement, la conséquence d’un manque d’hormones
sexuelles. Les hormones féminines, comme celles de la famille des
œstrogènes, et les hormones mâles, comme la testostérone, peuvent stimuler
et améliorer l’humeur. Les femmes ayant un taux sanguin d’œstradiol
supérieur à la moyenne aiment profiter de la vie dans tous les sens du terme
et leur corps les y aide. En effet, si une carence rend la peau sèche, fine et
couverte de petites rides, un état hormonal équilibré procure au contraire un
aspect jeune, tonique et radieux. Or, avec un corps jeune, doux et attirant, il
est facile d’avoir confiance en soi…
On a vite fait de passer de la sphère privée à celle de la vie en société.
Par exemple, s’il vous semble impossible de trouver la paix intérieure, vous
manquez probablement d’hormones somatotropes (comme l’hormone de
croissance, également surnommée l’hormone du dirigeant car elle rend
entreprenant, positif et sûr de soi). Une telle carence suffit pour inciter à se
replier sur soi et rompre tout contact avec l’extérieur, ce qui nuit forcément
à la carrière. En outre, une faible propension à établir des relations avec
autrui rend bien ardue la possibilité de trouver l’âme sœur (ou de ne pas la
faire fuir au bout de quelques mois).
En rééquilibrant les hormones, on peut améliorer sa condition
professionnelle, sentimentale, physique… et esthétique. Qui ne rêve pas de
voir disparaître ses paupières tombantes, ses rides ou sa cellulite? Bien sûr,
chaque individu a des spécificités: sa taille, la couleur de ses yeux et de ses
cheveux, la forme de son nez ou certains traits comportementaux. Ce sont
tous des caractères héréditaires, transmis biologiquement de génération en
génération par les informations contenues dans nos gènes. Cependant, ceux-
ci peuvent être modifiés par une carence ou un excès d’hormones. Les
hormones sont en effet capables de transformer notre aspect. Elles peuvent
nous offrir un ventre plat, des muscles d’acier, un teint lumineux, des
cheveux épais et des mains fines.
Quand nous prenons de l’âge, nous avons tous tendance à grossir, à
gonfler, à perdre en tonus et à voir notre peau se rider. Il ne faudrait
toutefois pas en attribuer uniquement la cause au poids des années qui
passent. Tout dépend, en fait, de notre état biochimique. Or celui-ci peut
être amélioré d’une manière simple et savoureuse par l’alimentation.
L’objectif du programme proposé dans ce livre est d’améliorer le bien-
être général et de restaurer de manière naturelle l’équilibre optimal des
hormones en jouant sur les aliments qui le régulent. Il vous permettra non
seulement de perdre du poids, mais également d’éviter, au moins en partie,
la perte de masse musculaire et osseuse, de ralentir le vieillissement de la
peau et des cheveux, et enfin de vaincre plus facilement les troubles de
l’humeur (anxiété, dépression, irritabilité, faim incontrôlée, fatigue, perte de
mémoire, etc.). Tout cela rien qu’en privilégiant la viande, les fruits et les
légumes? Oui, car il existe un lien étroit entre notre système hormonal et
notre alimentation – parfois bénéfiques, parfois néfaste selon les aliments. Il
faut, bien sûr, que nos glandes endocriniennes soient en bon état pour être
capables d’augmenter de manière notable leurs sécrétions.
La relation entre les hormones et l’alimentation permet d’expliquer, au
moins en partie, pourquoi on est en bonne santé ou pourquoi on est malade.
Elle explique également pourquoi certaines personnes maigrissent en
mangeant d’une certaine manière alors que d’autres ne perdent pas un
gramme ou encore pourquoi certains vieillissent à vue d’œil quand d’autres
restent longtemps jeunes et vigoureux.
On parle des hormones depuis bien des années, mais leur rôle
fondamental sur le vieillissement est encore trop souvent mal interprété ou
mal compris, tant par le corps médical que par le grand public. Les
«miracles» de la mélatonine font du bruit tout comme les scandales qui
impliquent des sportifs gavés d’hormones. Malheureusement, le rôle des
hormones sur le bon fonctionnement de l’organisme n’est pas encore
reconnu à sa juste valeur.
Le système hormonal coordonne les différentes structures du corps. Un
dysfonctionnement a des effets profonds sur la santé et le vieillissement. La
production hormonale diminue peu à peu avec l’âge comme si, après avoir
accompli leurs fonctions essentielles, ces substances «partaient à la
retraite», permettant au vieillissement de se manifester par des signes
évidents qui marquent une étape décisive et inévitable: le «changement
critique».
Il y a peu encore, on négligeait un phénomène qui se manifeste
différemment chez l’homme et chez la femme, et que l’on comprend
désormais mieux. Avec l’âge, les hormones féminines de la femme et les
hormones mâles de l’homme diminuent, alors que les sécrétions des
hormones sexuelles opposées se maintiennent. Ceci a pour conséquence de
rendre visibles les effets des hormones mâles chez la femme et ceux des
hormones féminines chez l’homme. Ces changements sont si évidents qu’ils
modifient l’aspect physique, rendant les hommes plus féminins et
inversement.
Par exemple, après 50 ans, les hommes deviennent moins poilus et
s’arrondissent au niveau du ventre et du torse tandis que les femmes ont les
bras qui grossissent, la voix qui devient plus grave et des poils qui
apparaissent autour de la bouche. S’y ajoutent des problèmes à la fois
psychiques et physiques: dépression, chute de la libido et du désir de vivre
en société.
Il s’agit là de symptômes de l’âge critique chez l’homme et chez la
femme: des signes d’andropause et de ménopause. Cette évolution,
inévitable, ne peut être supprimée mais on peut toutefois la ralentir en
rééquilibrant la production hormonale. Pour y parvenir, il n’est pas
nécessaire, lors des premières années de ce déclin hormonal, de recourir à
des traitements médicamenteux. Il suffit, le plus souvent, d’adopter une
manière de s’alimenter qui permette de retarder ou, au moins, d’éliminer le
plus possibles ces signes biologiques caractéristiques du vieillissement.
L’alimentation est l’un des moteurs de l’évolution, car les espèces qui
ont développé des systèmes hormonaux performants grâce à l’alimentation
ont eu de meilleurs chances de survie dès lors que leurs membres étaient en
meilleure santé, vivaient plus longtemps, étaient plus vifs mentalement et
physiquement et se reproduisaient mieux que les autres. Ce qui était vrai il
y a des milliers d’années l’est encore aujourd’hui.
Qu’en est-il de l’amaigrissement, cet objectif recherché dans
pratiquement tous les régimes? Beaucoup croient encore que, pour perdre
du poids, il suffit de réduire le nombre de calories en limitant les graisses et
les glucides. Avec le régime hormone, il ne faut pas tant veiller à la quantité
de calories qu’au retentissement hormonal des aliments dans le sens où une
calorie apportée par des protéines ne produit pas le même effet qu’une
calorie fournie par des glucides.
En suivant nos conseils, vous retrouverez votre poids optimal et
corrigerez ce que vous souhaitez. Cela vaut autant pour la prévention que
pour la régression de troubles cardiaques, d’un diabète ou d’éventuelles
maladies neurologiques et/ou dégénératives. Vous améliorerez ainsi plus
facilement vos performances physiques et intellectuelles.
Lorsque les résultats seront visibles, vous vous rendrez compte que le
régime hormone sera devenu une partie intégrante de votre mode de vie. On
ne devient pas «vieux» le jour de son anniversaire. Le vieillissement est un
processus graduel, physiologique et psychologique, qui dépend de
nombreux facteurs liés entre autres au vécu personnel et aux stéréotypes
sociaux. Afin de préserver son capital de bien-être, il faut cultiver avec
constance toute une série de comportements, notamment mentaux, de règles
d’hygiène de vie et de diététique.
Avant que vous ne vous aventuriez dans la lecture de cet ouvrage, je
tiens à vous rassurer sur un point: il ne vous sera pas demandé de faire de
grands sacrifices. La bonne nouvelle, c’est que vous n’aurez pas faim. En
effet, le principe fondamental de ce régime hormone repose sur des
habitudes alimentaires correctes, et non sur la privation de nourriture. La
valeur ajoutée de cette stratégie sera évidente lorsque des résultats visibles
se manifesteront dans votre corps. La masse grasse en excès disparaîtra de
certaines zones du corps, comme le visage et le buste. En revanche, elle ne
bougera pas au niveau de la taille, des jambes, des hanches et des bras. Le
corps se remodèlera, devenant plus harmonieux et mieux proportionné. En
outre, les rides s’atténueront et votre aspect rajeunira à vue d’œil.
Notre objectif est donc pratique et concret: vous expliquer les principes
du régime hormone afin de vous fournir un instrument très puissant contre
les effets du temps qui passe.
PREMIÈRE PARTIE
DÉTERMINEZ VOTRE PROFIL
HORMONAL
CHAPITRE 1
UNE QUESTION D’ÉQUILIBRE
LES HORMONES, C’EST QUOI?
Tout le monde a entendu parler des œstrogènes, de l’insuline ou de la
mélatonine, mais les connaissances sur un sujet aussi à la mode que celui
des hormones restent, en règle générale, approximatives. Il est pourtant
essentiel d’en savoir plus si l’on veut comprendre et combattre le processus
du vieillissement.
La médecine anti-âge repose sur la qualité de vie et la longévité. Si elle
considère que le vieillissement est un état pathologique dû à une carence en
substances vitales (vitamines, sels minéraux, protéines, eau, etc.), elle
attribue un rôle particulièrement défavorable au déclin de la production
hormonale. Elle juge donc dangereux de laisser trop longtemps une
personne en déficit endocrinien sans réagir.
Le terme «hormone» dérive du verbe grec hormân, «exciter». Il s’agit
d’une molécule sécrétée par une glande endocrine (un autre terme d’origine
grecque, de endon, «au-dedans» et krinein, «sécréter») qui se déverse
directement dans le sang pour aboutir à l’organe cible et trouver des
récepteurs situés sur ses cellules afin de leur donner l’ordre d’entrer en
action. C’est donc un messager biologique qui agit avec une grande
précision et à une vitesse impressionnante.
Néanmoins, son rôle ne consiste pas uniquement à transmettre des
informations, mais également à sélectionner les cellules cibles auxquelles
est destiné un message. Chaque hormone «parle» exclusivement aux
cellules dotées de récepteurs qui lui sont spécifiques. Lorsque quelque
chose ne fonctionne pas au sein de ce réseau complexe de communication,
on se met à vieillir plus rapidement, ce qui augmente la probabilité de
tomber malade et de mourir précocement. Malheureusement, on croit
encore trop souvent, à tort, que le système hormonal concerne
essentiellement les testicules et les ovaires (les gonades). Si les gonades
sexuelles sont importantes, elles sont loin d’être les seules glandes à
produire des hormones. On en trouve trois autres dans le cerveau
(hypothalamus, hypophyse et épiphyse ou glande pinéale), deux dans le cou
(thyroïde et parathyroïdes), deux dans le thorax (thymus et cœur) et
plusieurs dans l’abdomen (foie, pancréas, surrénales, reins, ovaires).
Voici une liste des principales hormones et des glandes qui les
produisent (voir le schéma page ci-contre):
• ACTH (corticotrophine) sécrétée par l’hypophyse antérieure
(adénohypophyse) et le cerveau,
• Aldostérone sécrétée par les deux surrénales,
• Atrial natriuretic peptide (ANP) secrétée par le cœur
• Calcitonine sécrétée par la thyroïde,
• Cortisol sécrété par les deux surrénales,
• DHEA (déhydroépiandrostérone) sécrétée par les surrénales, les gonades
(glandes sexuelles) et le cerveau,
• Érythropoïétine (EPO) sécrétée par les reins,
• Hormone folliculostimulante (FSH) secrétée par l’hypophyse antérieure,
• Hormone lutéinisante (LH) sécrétée par l’hypophyse antérieure,
• Insuline sécrétée par le pancréas,
• Mélatonine sécrétée par l’épiphyse (glande pinéale),
• Ocytocine synthétisée par l’hypothalamus et sécrétée par l’hypophyse
postérieure,
• Œstrogènes sécrétés par les ovaires,
• Prégnénolone, sécrétée par les surrénales et le cerveau,
• Progestérone sécrétée par les ovaires et le cerveau,
• Somatomédine C (ou IGF-1) secrétée par le foie,
• Somatotrophine (STH), plus communément appelée hormone de
croissance (en anglais GH pour Growth Hormone), secrétée par
l’hypophyse antérieure,
• Testostérone sécrétée par les testicules,
• Thyréostimuline (TSH ou thyroid stimulating hormone) sécrétée par
l’hypophyse antérieure,
• Thyroxine (T4) et tri-iodothyronine (T3), plus communément appelées
hormones thyroïdiennes, sécrétées par la thyroïde,
• Vasopressine synthétisée par l’hypothalamus et sécrétée par l’hypophyse.
Le système endocrinien: les glandes et les principales hormones.
Cette liste pourrait être bien plus longue, d’autant que les scientifiques
continuent de découvrir de nouvelles hormones et des capacités
endocriniennes dans des tissus qui en semblaient jusque-là dépourvus,
comme le tissu adipeux et le cœur.
De plus, la corrélation entre hormone et glande ou organe cible n’est pas
aussi linéaire qu’il y paraît. Par exemple, si les hormones thyroïdiennes
agissent sur tous les tissus du corps, d’autres ont un effet ciblé sur un ou
deux organes. C’est ainsi que l’aldostérone joue un rôle essentiel sur la
fonction rénale en contrôlant la rétention d’eau et de sel dans le système
vasculaire par la régulation du métabolisme du sodium et du potassium.
Certaines hormones sont indispensables à la survie. Par exemple, un
être humain dépourvu d’hormones thyroïdiennes serait une sorte de
«légume» incapable d’avoir des pensées et des émotions, tandis qu’un
nouveau-né sans cerveau mais doté de thyroïde pourrait survivre quelques
heures et exprimer des émotions et des sensations impossibles pour un
«homme-légume».
Une absence totale de cortisol aurait un effet désastreux, comparable à
celui d’une infection aiguë: pression artérielle et niveau de conscience très
faibles, nausées, perte de l’appétit et amaigrissement, coloration bronzée
caractéristique de la peau voire, si l’on n’intervient pas, coma puis mort.
C’est la maladie d’Addison, ou maladie bronzée, du nom du médecin
anglais qui décrivit le premier en 1855, l’insuffisance primaire due à la
destruction des deux glandes surrénales.
Le rôle des hormones est donc d’une importance vitale.
UNE SYMPHONIE ININTERROMPUE
Nous pouvons comparer le fonctionnement des hormones à une symphonie
qui coordonnerait en permanence, de jour comme de nuit, tous les organes
du corps. Si la communication est correctement orchestrée, le corps
fonctionne à la perfection (température, battements du cœur, assimilation
des nutriments, élimination des déchets et toutes les autres fonctions
physiologiques ainsi que le caractère et les émotions). Des problèmes
surviennent lorsqu’une voix devient tellement faible qu’elle en est inaudible
ou, au contraire, si forte qu’elle couvre toutes les autres ou encore si elle
«chante» à contretemps.
Comme dans un orchestre, tous les musiciens doivent suivre la partition,
sans fausse note ni initiative personnelle. Mais comment fonctionne donc
cette symphonie complexe dirigée par les hormones?
Tout part de l’hypothalamus, situé à la base du cerveau. Celui-ci reçoit
en permanence les signaux du système nerveux central qui l’informent de
l’état de l’organisme: température, pression sanguine, taux de glucose et
d’hormones, etc. Ces signaux sont la source de nos sensations et de nos
instincts: la soif, la faim, le sommeil, le chaud et le froid, l’humeur, la peur,
l’excitation, le besoin de sucre…
Une fois un message perçu, l’hypothalamus produit un type d’hormone
appelé libérine (ou RF, Releasing Factor) qui gagne directement
l’hypophyse, située juste dessous, en contact direct avec la circulation
sanguine. Cette petite glande sécrète une dizaine d’hormones différentes et
exerce une double action, directe et indirecte. Elle libère des hormones qui
se retrouvent dans le sang et agissent par exemple sur la croissance. Par
ailleurs, elle stimule d’autres glandes endocrines (comme la thyroïde, les
surrénales, les testicules chez l’homme et les ovaires chez la femme) pour
les inciter à produire des hormones ayant un effet spécifique sur des tissus
donnés.
La variation dans le sang d’un taux hormonal produit des effets
biologiques qui sont signalés par le système nerveux à l’hypothalamus afin
que celui-ci rétablisse l’équilibre. Si un taux est trop élevé, l’hypothalamus
diminue ou interrompt la production d’une libérine spécifique. S’il est trop
faible, il en stimule la production.
Prenons l’exemple des deux hormones sécrétées par l’hypophyse: la
FSH ou hormone folliculostimulante et la LH ou hormone lutéinisante.
Chez l’homme, elles permettent la production de spermatozoïdes et
d’androgènes (hormones mâles), notamment la testostérone, dans les
testicules. La testostérone circule dans le sang, en partie grâce à une
protéine de transport appelée Sex Hormone Binding Globulin (SHBG),
jusqu’à trouver ses cellules cibles. Elle se libère alors de la substance
protéique qui l’a amenée à bon port pour accomplir son rôle sur le pénis, la
prostate, la peau, le système pileux, les muscles, le cœur et le cerveau. Si le
taux de testostérone diminue, cela réduit la quantité d’hormone amenée aux
cellules cibles par cette protéine de transport. En cas de déficit en
testostérone, le message risque de ne pas atteindre les organes visés – avec
les conséquences que l’on imagine aisément. Pire encore, la testostérone, si
elle s’avère insuffisamment présente, risque d’être trop convertie en
œstradiol, une hormone féminine, suite à l’activité excessive d’une enzyme
à l’origine de cette transformation. L’œstradiol s’accumule alors dans les
seins, qui augmentent de volume, et sur les fesses – des signes
d’andropause.
La ménopause survient tout à coup chez la femme en raison de l’arrêt
soudain de la production d’hormones féminines. Chez l’homme, en
revanche, le déclin hormonal est plus progressif et régulier. Il arrive plus
lentement. Alors que, dès les premiers signes de ménopause, la femme
consulte son gynécologue, l’homme observe les changements graduels qui
se manifestent dans son corps et, même si cela le navre, il apprend à vivre
avec, convaincu qu’il s’agit des conséquences inévitables du temps qui
passe.
Les symptômes sont évidents et identiques chez tous les hommes:
• vie sexuelle moins active,
• atrophie des muscles,
• os plus fragiles,
• troubles de la mémoire,
• sautes d’humeur inconnues jusque-là,
• troubles de la prostate,
• fatigue toujours plus fréquente.
Confrontés à ce problème, bien des hommes se sentent malgré tout
protégés du déclin hormonal qui frappe les femmes. Ils croient, à tort, que
leur fonction testiculaire est inépuisable.
On parle beaucoup, dans les revues féminines, de ménopause et
d’alimentation, mais pratiquement jamais d’andropause – et encore, avec la
plus grande discrétion. C’est une erreur! La ménopause et l’andropause ont,
en commun, un affaiblissement des gonades, les glandes sexuelles,
féminines ou masculines. Ces gonades (les testicules et les ovaires) ont de
nombreuses fonctions et leurs sécrétions conditionnent, outre l’état des
organes, celui des muscles, des os, de la moelle osseuse, des articulations,
de la peau et du système nerveux. Cette influence est manifeste, tant à la
puberté qu’à la ménopause et à l’andropause (qui représentent le processus
inverse de la puberté).
Les personnes dotées d’un bon équilibre hormonal semblent donc plus
jeunes, sans un gramme de graisse en trop, avec des cheveux épais, une
peau tonique et lisse, une mémoire efficace, un état général optimal, une vie
sexuelle épanouie et qui se prolonge dans le temps. Par conséquent, elles
seront plus actives et heureuses, moins fatiguées et en bonne santé.
À quel âge se manifestent donc les premiers signes de l’andropause? La
fonction testiculaire varie d’un homme à un autre. Pour tous, les sécrétions
hormonales commencent à diminuer à partir de 25-30 ans, mais ce déclin
est plus lent chez certains. Parfois, les premiers troubles apparaissent avant
40 ans. Chez d’autres, ce sera vers 50 ans ou, plus rarement, vers 60 ans.
Pour maintenir une vie sexuelle active, il faudrait commencer à surveiller
l’équilibre de la testostérone à 40 ans. À cet âge, la production quotidienne
de testostérone varie entre 5 et 6 nanogrammes (ng), contre 7 à 8 ng vingt
ans plus tôt.
Les hormones mâles sont indispensables à la reconstruction des tissus
car elles contribuent à assurer un apport adéquat en nouvelles protéines.
Cependant, au fur et à mesure que l’on prend de l’âge, la testostérone tend à
diminuer et se libère de plus en plus difficilement de la protéine spécifique
à laquelle elle était liée pour circuler dans le sang: la SHBG. Elle ne
parvient plus aux tissus qui en ont besoin en quantité suffisante. C’est alors
qu’apparaissent les premiers symptômes: fatigue, baisse de moral, pannes
sexuelles, chute de la libido et prise de poids. Le problème s’accentue
lorsque, en même temps, le taux d’une hormone féminine, l’œstradiol,
augmente. Ce déséquilibre en faveur de l’œstradiol (et au détriment de la
progestérone) aggrave l’andropause et le déclin de la sexualité. À 70 ans, ce
dérèglement s’accélère et les symptômes deviennent plus évidents. C’est le
stade avancé de l’andropause. Le taux de testostérone baisse toujours plus.
La conséquence la plus douloureuse, surtout au niveau psychologique, est la
diminution de l’activité sexuelle.
En règle générale, l’homme nie cette situation, ce qui retarde le moment
où il accepte de se soumettre à des examens sanguins et à des consultations
médicales. Il ne se rend pas compte qu’en agissant ainsi, il aggrave les
problèmes. Étant donné que l’avenir d’un homme se détermine entre 40 ans
et 50 ans, c’est à ce moment précis de la vie qu’il faudrait réagir, sans
attendre que les signes deviennent trop visibles. Dans les pages qui suivent,
nous vous donnerons des indications pour apprendre à mieux vous
connaître et, ainsi, à prendre à temps les mesures qui s’imposent.
LES AXES HORMONAUX
De nombreux groupes d’hormones ont des effets biologiques contraires.
Leur action combinée permet de parvenir au juste équilibre. On parle d’axe
hormonal pour désigner l’ensemble des tissus (cerveau, glandes endocrine
et tissus cibles) intervenant dans la production et les effets d’une hormone
ou d’un groupe d’hormones. Les différents axes hormonaux ont pour rôle
de maintenir les fonctions biologiques dans des limites étroitement définies.
Prenons l’exemple de la glycémie (taux de sucre dans le sang) qui doit
rester constante pour assurer le bon fonctionnement de l’organisme. Afin
d’y parvenir, ce dernier a recours à des mécanismes de régulation
permanents. L’axe hormonal principal à qui est dévolue cette tâche est celui
de l’insuline et du glucagon: l’insuline fait baisser la glycémie tandis que le
glucagon l’augmente. Si ces deux hormones antagonistes restent équilibrées
l’une par rapport à l’autre, la glycémie est stable. Le cerveau fonctionne
alors correctement pour quatre raisons:
• Le cerveau, contrairement aux muscles, est incapable de stocker de
grandes quantités de glucose.
• Le glucose est pratiquement le seul carburant du cerveau.
• Le cerveau consomme une quantité constante d’énergie, quelle que soit
son activité.
• Si le cerveau vient à manquer de glucose, des cellules cérébrales meurent
en quelques minutes.
Le cerveau souffre au moindre déséquilibre de cet axe hormonal. Un
exemple ordinaire est la somnolence qui survient après avoir mangé de
grandes quantités de glucides (pâtes, pain, sucreries). L’arrivée massive de
sucre (glucose) dans le sang provoque un pic d’insuline qui favorisera le
passage de glucose depuis le sang vers les cellules, ce qui fera chuter la
glycémie. L’insuline (sécrétée principalement à cause d’un excès de
glucides) est une hormone hypoglycémiante: elle incite les cellules à
stocker le surplus de nutriments et fait donc baisser la glycémie. À
l’opposé, le glucagon est une hormone hyperglycémiante. Sécrété
uniquement en réponse à une augmentation de la concentration en acides
aminés et donc en protéines, il incite les cellules à relâcher du glucose dans
la circulation sanguine afin qu’il soit utilisé comme source d’énergie.
Ne vous est-il jamais arrivé de somnoler après un gros repas? Après une
forte augmentation de la glycémie, comme celle qui résulte d’un repas riche
en glucides, le pancréas va en effet avoir tendance à produire l’insuline de
manière un peu excessive et à continuer à en sécréter même après que la
glycémie soit revenue à son niveau idéal. Le glucose sanguin va ainsi chuter
transitoirement en dessous de son niveau idéal. Résultat: le cerveau va avoir
plus de mal à s’approvisionner en glucose avec pour conséquence une
somnolence. Alors que nous pensons donner de l’énergie au cerveau en lui
apportant les sucres dont il a besoin, nous provoquons en fait un déficit en
glucose, qui est la conséquence d’un excès transitoire de sucre dans le sang.
À l’opposé, une bonne production de glucagon augmente la glycémie et
aide à préserver l’équilibre de l’axe hormonal.
Un excès de glucides perturbe donc l’axe insuline-glucagon. De
surcroît, ce déséquilibre, outre qu’il fait grossir et vieillir précocement,
induit une perte d’énergie. Si nous mangeons, par exemple, un morceau de
tarte, nous aurons l’impression d’aller mieux dans le quart d’heure qui suit
mais, au bout de quarante minutes, des problèmes apparaîtront
(ballonnements, cernes, fatigue, inertie, etc.). Ces symptômes perdurent 24
heures et n’arrangent pas l’aspect physique. Heureusement, il est possible
d’intervenir pour rééquilibrer l’axe hormonal qui vieillira d’autant moins
qu’il fonctionnera bien. Chaque élément de ce réseau de communication
complexe doit, en fait, travailler sur la même longueur d’onde. Le moindre
dysfonctionnement risque d’amorcer un trouble hormonal à l’origine d’un
vieillissement prématuré.
Les hormones filtrent les informations par l’entremise du rétrocontrôle
hormonal, un mécanisme subtil de régulation de la sécrétion de ces
dernières par le système hormonal lui-même. Elles transmettent ces
informations sous forme cryptée afin de n’être reçues que par les cellules
auxquelles elles sont destinées. Chaque seconde, grâce aux hormones, 60
000 milliards de cellules s’échangent dans l’organisme des informations
très complexes. Ce système de communication, qui est contrôlé par
l’hypothalamus, doit fonctionner à la perfection pour ne pas empêcher ou
déformer le passage des messages, ce qui provoquerait des dommages qui
se propageraient comme une tache d’huile.
Il est tout à fait possible d’améliorer la production d’hormones en
faisant attention à son alimentation. Le premier pas consiste à apprendre
comment se nourrir pour faciliter l’envoi des informations vers la «clé» qui
maintient la cohésion des flux de communications, l’hypothalamus.
En fait, le rôle de l’alimentation sur la communication hormonale reste
trop sous-estimé tant par le corps médical que par le grand public, bien
souvent par manque d’informations. Il suffit pourtant de se pencher sur
l’histoire de l’évolution des espèces pour comprendre qu’un organisme bien
nourri a plus de possibilités de transmettre aux générations suivantes ses
propres gènes (lire page 204). Préserver la parfaite efficacité d’un système
hormonal, en s’appuyant sur l’alimentation, augmente donc les perspectives
de santé et de bien-être de l’individu et de sa descendance.
LES EXAMENS SANGUINS
Lorsqu’on prend de l’âge, les glandes qui sécrètent les hormones font de
même si bien que leur production diminue. Ces changements sont,
cependant, difficilement décelables avec des analyses de sang classiques.
Certes, les progrès de la technologie ont doté les médecins d’outils de
diagnostic très pointus comme le scanner, l’IRM, la scintigraphie et
l’échographie, qui fournissent des informations très précises. Cependant, en
endocrinologie, ce type de diagnostic est insuffisant. Ces renseignements
doivent, en fait, toujours s’accompagner d’un examen clinique et d’une
connaissance approfondie des antécédents du patient. En effet, une
évaluation fondée uniquement sur un bilan sanguin ou radiologique
passerait presque toujours à côté d’un déficit hormonal qui sera évident à
l’œil averti d’un médecin.
La méthode la plus rigoureuse pour détecter un déséquilibre endocrinien
découle de la combinaison de plusieurs approches:
• le relevé des troubles physiques provoqués par une carence hormonale,
• les examens sanguins,
• les examens urinaires effectués sur une période de 12 à 24 heures,
• l’évaluation de l’état de santé par rapport à l’âge du jeune adulte en bonne
santé,
• l’expérience du médecin.
Par exemple, il se peut qu’un patient atteint d’une carence hormonale
modérée présente, aux examens usuels, des valeurs normales par rapport
aux valeurs de référence. Si un médecin est compétent en endocrinologie, il
saura déceler des symptômes qui le pousseront à demander des examens
complémentaires. Pour découvrir une carence, il faut rechercher les produits
de dégradation des hormones dans le sang et dans les urines à l’aide de
dosages bien spécifiques. En effet, si des hormones sont présentes dans le
sang à des valeurs apparemment correctes, mais qu’elles ne pénètrent qu’en
partie dans les cellules, les taux de leurs produits de dégradation dans le
sang et les urines seront bas. Quand, en revanche, les cellules utilisent
pleinement ces hormones, ces dernières donnent lieu à des quantités de
produits de dégradation plus importantes.
Pour certaines hormones, il faudrait, après un bilan sanguin complet,
analyser la concentration de l’hormone à contrôler en pratiquant un test de
stimulation de la glande endocrine concernée (par injection intraveineuse
d’une substance qui en provoque la sécrétion puis mesure de la réponse à
cette stimulation). Jusque-là, tout semble aller de soi si ce n’est que, parfois,
les paramètres de référence se fondent sur des statistiques trop générales,
établies pour une population considérée comme normale. Cette méthode
n’est, en outre, pas fiable à 100%, étant donné que le «tout ou rien» est rare
en endocrinologie. La plupart d’entre nous ne méritent ni l’étiquette
d’individus «gravement malades» ni celle d’individus «parfaitement sains».
Bien des stades intermédiaires d’insuffisance endocrinienne sont
possibles, même chez de jeunes adultes apparemment en bonne santé. Le
cas des dysfonctionnements thyroïdiens en est un bon exemple.
Voici l’odyssée de ces hormones thyroïdiennes dans le corps:
Des nerfs qui partent du cortex cérébral envoient des informations à la
thyroïde qui les transmet à une région plus profonde du cerveau:
l’hypothalamus.
Suite à ces informations, l’hypothalamus déverse dans le sang
différentes substances comme la thyréolibérine ou TRH, l’hormone qui
stimule la sécrétion de thyréostimuline ou TSH qui viendra se fixer sur la
thyroïde.
Stimulée par la TSH, la thyroïde sécrète dans le sang des hormones
thyroïdiennes. À l’âge adulte, cette production hormonale ralentit peu à peu
en raison de l’apparition d’infimes signes d’usure.
Les hormones thyroïdiennes sécrétées dans le sang, surtout sous la
forme de thyroxine ou T4 (pratiquement inactive), se dirigent vers le foie.
Elles circulent en partie grâce à une protéine de transport, notamment la
Thyroid Binding Globulin (TBG), peu incline à libérer ses passagers.
Le foie accueille finalement ces molécules de thyroxine libres qu’il
transforme, s’il est en bon état, en tri-iodothyronine ou T3, la forme la plus
active des hormones thyroïdiennes (le pas décisif et nécessaire pour
l’activité de la thyroïde).
Les hormones T3, très actives, se déversent dans le sang où elles sont
capturées par les protéines de transport TBG, grandes et tenaces.
Arrivées dans des organes et tissus, les molécules T3 profitent de la
distraction de leur «conducteur» pour s’échapper de leur moyen de
locomotion et pénétrer dans cellules cibles en se fixant à leurs récepteurs
(pas toujours présents en grande quantité) qu’elles excitent.
Sous le feu des hormones thyroïdiennes, des protéines nouvelles et
efficaces apparaissent dans les cellules tandis que les mitochondries (les
centrales énergétiques de la cellule) accélèrent la production de chaleur et
d’énergie. Si tout se déroule correctement, cette activité thyroïdienne prend
ensuite un rythme de croisière.
Mais que se passe-t-il si le mécanisme tourne à vide, si l’on vient à
manquer de substrat, de «briques» nécessaires pour fabriquer de nouvelles
protéines et de nouvelles substances carburantes, capables de fournir de
l’énergie nécessaire au fonctionnement du «moteur cellulaire»?
Une alimentation déséquilibrée ou une mauvaise digestion provoquent
des carences en briques et en carburant énergétique tandis que, chez les
personnes âgées, on constate souvent une diminution de l’afflux sanguin
vers la thyroïde qui manque alors d’oxygène et s’asphyxie. Ce sang
«appauvri» prive les cellules thyroïdiennes de tous les nutriments
indispensables à son bon fonctionnement, si bien qu’une quantité moindre
d’hormones atteint les cellules cibles. À ce stade, les substances
messagères, comme les hormones et les neuromédiateurs, viennent à
manquer et les cellules thyroïdiennes se désorganisent un peu plus.
La santé de la thyroïde se reconnaît à la présence ou à l’absence de
symptômes caractéristiques d’un déséquilibre. Un dysfonctionnement de
chacun des huit niveaux thyroïdiens aura un jour ou l’autre des
répercussions physiques qui entraîneront l’apparition progressive de signes
d’usure. L’accumulation de ces derniers entraînera une carence hormonale
qui se manifestera par les premiers signes du vieillissement.
Les examens de sang couramment pratiqués de nos jours ne vérifient
que deux à quatre des étapes que nous avons à peine esquissées: l’état de
l’hypophyse (TSH, deuxième étape), de la thyroïde (troisième étape), du
sang (T4, quatrième étape) et, plus rarement, de l’hypothalamus (test de la
TRH, deuxième étape là aussi).
Ce contrôle est insuffisant pour explorer correctement l’activité de la
thyroïde, car ces examens ne donnent aucune indication sur le résultat
principal: l’effet thyroïdien final sur les cellules (huitième étape).
Heureusement, il existe d’autres moyens pour établir un diagnostic.
Il ne s’agissait là que d’un exemple mais, malheureusement, les lacunes
des examens sanguins valent également pour la plupart des autres
hormones.
VALEURS NORMALES OU OPTIMALES?
Il faut bien admettre qu’en endocrinologie, il règne la confusion la plus
complète. Une majorité de spécialistes ne font pas la différence entre des
valeurs sanguines «normales» (une expression qui induit en erreur et que
l’on remplace parfois par «valeurs de références») et des valeurs
«optimales».
Il existe pourtant une différence de taille. Les valeurs de référence qu’un
laboratoire indique à la droite des analyses sanguines ne sont pas établies
sur la base de l’examen du sang d’hommes et de femmes en parfaite santé
et n’ont aucune valeur universelle. En effet, la loi oblige chaque laboratoire
à établir ses propres valeurs de référence, étant donné que chacun utilise des
appareils et des techniques qui diffèrent. La procédure est simple: pour
établir les valeurs moyennes d’une hormone, le laboratoire établit les
valeurs extrêmes après avoir réalisé suffisamment d’analyses de sang (sur
plusieurs milliers d’échantillons venant de milliers de personnes dans les
grands laboratoires). Mais qui sont ces personnes qui font faire un bilan
hormonal? Des hommes et des femmes jeunes et en parfaite santé? Des
individus plus âgés, mais dépourvus de problèmes particuliers?
La grande majorité est constituée de personnes qui présentent quelques
symptômes suspects ou qui souffrent déjà d’une pathologie avérée. Or c’est
après avoir analysé le sang de plusieurs milliers de ces individus plus ou
moins malades que les biologistes définissent les valeurs limites pour leurs
tests hormonaux. Plus étonnant encore, la science statistique aboutit à la
conclusion que 95% de cette population se situe dans un intervalle qualifié
de «normal». Il n’y aurait donc que 5% des personnes à être en dehors des
paramètres de référence: 2,5% en dessous des limites et 2,5% au-dessus.
Elles seraient donc les seules à justifier un traitement?
Cette situation dépourvue de toute logique incite les médecins trop
confiants dans la technologie à sous-estimer leur bon sens et leurs
compétences… et à se tromper dans leur diagnostic lorsqu’ils recherchent
un trouble hormonal.
L’incohérence va plus loin encore. Pour de nombreuses hormones, les
biologistes consciencieux adaptent les valeurs de référence à l’âge. Par
exemple, pour les femmes de plus de 60 ans, toutes ménopausées, les
valeurs normales pour l’œstradiol, une hormone sécrétée par les ovaires,
sont comprises entre 10 et 45 ng/l. Il s’agit de valeurs obtenues chez 95%
des femmes de cet âge ou chez toutes les femmes non traitées par un
traitement hormonal de la ménopause (THM) à base d’œstrogènes et qui
souffrent d’un manque d’œstradiol.
Malheureusement, lorsque l’on a un taux d’œstradiol situé dans cette
fourchette, les symptômes de la ménopause sont déjà très présents. Par
exemple, un taux sanguin d’œstradiol de 55 ng/l (légèrement au-dessus du
seuil maximal de 40 ng/l) provoque déjà de sérieux problèmes: les os se
décalcifient, la fatigue est fréquente et le vieillissement s’accélère. La
valeur optimale de l’œstradiol devrait en fait être comprise entre 70 et 180
ng/l (en fonction de la constitution de chaque femme).
La quantité optimale des hormones dépend en effet du degré de
développement des organes et du corps à la puberté. Par exemple, plus une
personne est grande et plus sa production d’hormone de croissance et de
celle de son «bras droit», la somatomédine C, a dû être importante pour que
les organes, une fois développés, fonctionnent bien. Chez un garçon grand,
athlétique et en pleine croissance, le taux de somatomédine C tourne autour
de 600 à 700 µg/l, tandis qu’il est d’environ 400 µg/l pour un jeune de taille
moyenne et autour de 250 µg/l pour un individu de petite taille. Pour un
laboratoire, les valeurs de référence oscillent, chez un adulte jeune, entre
180 et 600 µg/l.
Chacune de ces personnes aura donc un taux différent d’hormone de
croissance et de somatomédine C en fonction de sa taille et de sa carrure.
C’est pourquoi les taux nécessaires à une bonne santé pour ces hormones
devront être plus élevés pour une personne grande que pour une autre plus
petite. En outre, le taux d’un jeune adulte qui ne va plus grandir est
inférieur à celui d’un jeune qui n’a pas terminé sa croissance.
Lorsque le corps cesse de grandir et devient adulte, un taux de
somatomédine inférieur de 30% à 50% par rapport au taux minimum
antérieur suffit (par exemple 450 µg/l pour un individu très grand, 300 µg/l
pour un individu de taille moyenne et 200 µg/l pour un individu petit). À
cette concentration optimale, les tissus restent toniques et bien soutenus.
Cependant, vers la cinquantaine, on constate un déficit en hormone de
croissance et en somatomédine C (dont le taux sanguin n’est plus que de
100 à 300 µg/l). Les organes cessent d’être bien soutenus et se mettent à
fonctionner moins bien.
Afin de corriger une insuffisance endocrinienne, un traitement à base
d’hormone de croissance visera à augmenter le taux de somatomédine C
pour qu’il atteigne 200 à 450 µg/l chez une majorité d’individus en fonction
de leur taille (le taux devant être supérieur pour les plus grands). Il ne suffit
donc pas qu’il tourne autour de 100 à 250 µg/l comme l’indiquent les
valeurs de référence adaptées à des personnes de 60 ans.
Pour un individu très petit, un taux de 250 µg/l est suffisant car, de la
jeunesse à l’âge adulte, le taux de somatomédine C n’a jamais dépassé cette
limite. L’organisme fonctionne donc également grâce à la richesse
accumulée étant jeune.
Avec des taux plus bas, nous fonctionnons au ralenti. Notre «moteur» a
des ratés et finit par tomber en panne, même si nos examens sanguins sont
«dans la norme». C’est ainsi, par exemple, qu’une étude a démontré que le
risque d’avoir un indice de masse corporelle (lire encadré) important est
plus élevé pour tous ceux qui ont un taux d’hormone thyroïdienne T4 situé
dans les 80% des valeurs les plus basses. Seuls ceux qui ont taux de T4
situé dans les 20% des valeurs les plus élevées n’ont pas de risque
augmenté de surpoids!
Pour de nombreuses hormones, afin que la santé hormonale soit
optimale, le taux devrait se situer un tiers au-dessus des valeurs moyennes
présentées par une population, et en dessous de la valeur de référence la
plus élevée constatée chez un jeune adulte (20-30 ans). Si, en revanche, on
pense que seules les personnes qui ont une valeur hormonale en dessous de
la valeur de référence la plus basse méritent d’être traitées, on risque de
passer à côté de nombreuses carences. Et seuls les jeunes dont les taux sont
plus proches de ceux optimaux pour leur âge pourront se vanter d’avoir
réellement un bon bilan hormonal.
L’INDICE DE MASSE CORPORELLE OU IMC
Rappelons que l’indice de masse corporelle est un indicateur établi par l’Organisation mondiale
de la santé (OMS) qui permet de déclarer si un individu est, ou non, dans la norme. Il se calcule
en divisant le poids (en kilos) par la taille au carré (en mètres).
• Si l’IMC est inférieur à 18,5, on parle de maigreur;
• entre 18,5 et 25, le poids de l’individu est normal;
• entre 25 et 30, on parle de surpoids;
• entre 30 et 35, d’obésité modérée;
• au-delà de 35, d’obésité morbide ou massive.