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Le Conte des Trois Cheveux d'Or du Diable

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Les trois cheveux d’or du diable1

Il était une fois une pauvre femme qui mit au monde un fils.
L’enfant était né « coiffé », cela veut dire qu’une partie de la poche des eaux2 lui était
restée collée sur la tête. On pensait que quelqu’un né coiffé aurait de la chance dans la vie.
Et on lui prédit que, dans sa quatorzième année,
il épouserait la fille du roi.

Sur ces entrefaites, le roi passe par le village, sans que personne ne le
reconnaisse.
Comme il demande ce qu'il y a de nouveau, on lui répond qu'il vient de
naître un enfant coiffé, que donc tout ce qu'il entreprendra lui réussira.
Et on lui a prédit que, lorsqu'il aura quatorze ans, il épousera la fille du
roi.

Le roi a un mauvais cœur, et cette prédiction le fâche : il n’est pas


question que sa fille épouse un pauvre villageois.
Il va trouver les parents du nouveau-né, et leur dit d'un air tout amical :
- Pauvres gens, confiez-moi votre enfant, j'en aurai bien soin.

D’abord, ils refusent.


Mais l'étranger leur offre de l'or en échange
et ils se disent que puisque l'enfant est né coiffé,
c’est que c’est pour son bien que le roi veut l’emmener.
Alors, ils finissent par lui donner l’enfant.

Le roi le met dans une boîte qu’il emporte à cheval jusqu'au bord d'une
rivière profonde.

1
Version intégrale du conte de Grimm numéro 29 légèrement adaptée pour la raconter par Florence André-
Dumont ([Link] ) à partir des versions de Natacha Rimasson-Fertin (Ed. José-Corti 2009) et
sur [Link] où se trouve aussi la version allemande.
2
[Link] : Le fœtus, dans la matrice (utérus), est entouré d’une
double membrane :
- La membrane intérieure, l'amnios, contient le liquide amniotique et le fœtus (d’origine fœtale)
- La membrane extérieure, le chorion, contient l'amnios et fait partie du placenta (d’origine maternelle)
La superstition qu’être né coiffé porte chance est restée depuis la Rome Antique à travers le Moyen-âge.
1
Il y jette la boîte en pensant qu'il a débarrassé sa fille de ce prétendant
inattendu.
Mais la boîte ne coule pas ! Elle flotte comme un petit bateau
et il n’y entre pas la moindre goutte d’eau.
Elle vogue ainsi jusqu'à deux lieues de la capitale où elle s’arrête
contre la digue d'un moulin.

Par bonheur, un apprenti meunier l'aperçoit et l'attire à lui avec un


crochet : il s’attend à y trouver des trésors.
Mais quand il l’ouvre,
c'est un joli petit garçon, frais et bien portant qu’il y trouve.
Il le porte au moulin et comme le meunier et sa femme n'ont pas
d'enfant, ils reçoivent celui-là comme si Dieu le leur avait envoyé.
Ils prennent grand soin de l’enfant trouvé.
Il grandit et il a toutes les qualités.

Un jour d’orage, le roi entre dans leur moulin pour s’y abriter.
Voyant le grand garçon,
il demande au meunier et à la meunière s’il est leur fils.
- Non, sire, c'est un enfant trouvé.
Il y a quatorze ans, notre apprenti l’a trouvé dans une boîte échouée
ici qu’il a tirée de l'eau.

Le roi comprend alors que c'est l'enfant né coiffé qu'il a jeté à la rivière.
Alors, il leur demande si le garçon pourrait porter une lettre de sa part
à la reine.
Il lui donnera deux pièces d'or pour sa peine.
- Comme Votre Majesté l'ordonnera, répondent-il.
Et ils disent au garçon de se tenir prêt.

Le roi écrit à la reine et dans la lettre, il dit :


- Dès que le garçon arrivera avec cette lettre,
qu’on le tue et qu’on l’enterre.
Et cela doit être fait avant mon retour.
2
Le garçon se met en route avec la lettre, mais il s'égare.
Le soir, il arrive dans une grande forêt.
Dans l’obscurité, il aperçoit une petite lumière,
il se dirige de ce côté et parvient à une petite maisonnette.
Il y trouve une vieille femme, seule, assise près du feu.
Surprise de le voir, elle lui dit :
- D'où viens-tu ? Et où veux-tu aller ?
- Je viens du moulin, je porte une lettre à la reine.
Mais je me suis perdu dans la forêt, je voudrais passer la nuit ici.
- Malheureux ! Tu es tombé dans une maison de voleurs,
s'ils te trouvent ici, ils te tueront.
- A la grâce de Dieu, je n'ai pas peur.
Et je suis si fatigué qu'il m'est impossible d'aller plus loin.

Il se couche sur un banc et s'endort.


En rentrant, les voleurs, furieux, demandent ce que cet étranger fait là.
- Ah ! c'est un pauvre enfant qui s'est égaré dans la forêt,
j’ai eu pitié de lui.
Il porte une lettre à la reine.

Les voleurs prennent la lettre, l’ouvrent, la lisent


et voient qu'elle enjoint de mettre le garçon à mort.
Malgré leur cœur de pierre, ils ont pitié de lui.
Leur chef déchire la lettre, en écrit une autre qui dit qu'aussitôt que le
garçon arrivera, on lui fasse immédiatement épouser la fille du roi.
Et il met la nouvelle lettre à la place de celle du roi.

Les voleurs le laissent dormir tranquillement sur son banc jusqu'au


matin, et, quand il s’éveille, ils lui montrent son chemin.
Quand la reine reçoit la lettre, elle exécute les ordres :
on prépare des noces somptueuses
et la fille du roi épouse l'enfant né coiffé.

3
Comme il est beau et charmant, elle vit dans la joie et le bonheur avec
lui.

Quelque temps après, le roi revient dans son château et trouve que la
prédiction est accomplie : l'enfant né coiffé a épousé sa fille.
- Comment cela a-t-il pu arriver ?
Dans ma lettre, je donnais un ordre tout différent !

La reine lui montre la lettre.


Le roi la lit et comprend que sa lettre a été remplacée par une autre.
Il demande au jeune homme ce qu'est devenue la lettre qu'il lui a
confiée, et pourquoi il en a apportée une autre à la place.
- Je n'en sais rien !
On a dû la remplacer pendant la nuit que j’ai passée dans la forêt.
Le roi en colère s’écrie :
- Ca ne se passera pas comme ça !
Celui qui prétend à ma fille doit me rapporter de l'enfer trois cheveux
d'or de la tête du diable.
Rapporte-les-moi, et ma fille t'appartiendra.

Le roi espère bien qu'il ne reviendra jamais de l’enfer.


Mais le garçon né coiffé lui répond que le diable ne lui fait pas peur
et qu’il ira chercher les trois cheveux d'or.
Il fait ses adieux et commence son voyage.

A la porte d’une grande ville,


le garde lui demande quel est son métier et ce qu'il sait :
- Je sais tout.
- Alors, tu peux nous rendre un service.
Pourquoi la fontaine de notre marché s'est-elle tarie ?
Elle nous donnait du vin et elle ne donne même plus d'eau.
- Vous aurez la réponse,
il faut juste que vous attendiez que je revienne.

4
Il continue donc son chemin et arrive devant une autre ville où le
garde, à la porte, lui demande aussi quel est son métier et ce qu'il sait.
- Je sais tout.
- Alors, tu peux nous rendre un service.
Apprends-nous pourquoi le grand arbre de notre ville, qui portait des
pommes d'or, n'a plus même de feuilles.
- Vous aurez la réponse,
il faut juste que vous attendiez que je revienne.

Plus loin encore,


il arrive devant une grande rivière qu'il s'agit de passer.
Le passeur lui demande quel est son métier et ce qu'il sait.
- Je sais tout.
- Alors, tu peux me rendre un service.
Apprends-moi si je dois sans cesse aller d’une rive à l’autre,
sans jamais être relayé.
- Tu auras la réponse, il faut juste que tu attendes que je revienne.

Sur l’autre rive, il trouve l’entrée de l'enfer.


Tout y est noir et plein de suie.
Le diable n'est pas là
mais sa grand-mère est assise dans un grand fauteuil.
Elle n’a pas l’air si fâchée que ça.
- Que veux-tu?
- Il me faudrait trois cheveux d'or de la tête du diable,
sans quoi je ne pourrai pas garder ma femme.
- C'est beaucoup demander !
Et si le diable te trouve ici en rentrant, tu auras des ennuis.
Mais tu me fais pitié, je vais voir si je peux t’aider.

Elle le transforme en fourmi et lui dit :


- Cache-toi dans les plis de ma jupe, tu y seras en sécurité.
- D’accord. Mais il y a encore trois choses que je voudrais savoir :
Pourquoi une fontaine d’où coulait du vin,
5
ne donne même plus d'eau ;
Pourquoi un arbre qui portait des pommes d'or
n'a même plus de feuilles ;
Et pourquoi un passeur doit toujours aller d’une rive à l’autre sans
jamais être relayé.
- Ce sont trois questions difficiles.
Mais tiens-toi tranquille et silencieux et fais bien attention à ce que
le diable dira quand je lui arracherai les trois cheveux d'or.

Quand le soir tombe, le diable rentre chez lui.


A peine est-il entré qu'il remarque qu’il y a quelque chose de louche
dans l’air :
- Je sens…, je sens la chair humaine. Quelque chose ne va pas ici.

Et il se met à chercher et fureter dans tous les coins sans rien trouver.
La grand-mère le réprimande.
- Je viens de balayer et de ranger et voilà que tu déranges tout.
Tu crois toujours sentir la chair humaine.
Assieds-toi et mange ton souper.

Après avoir mangé et bu, fatigué, il pose la tête sur les genoux de sa
grand-mère et lui demande de l’épouiller un peu.3
Mais il ne tarde pas à s'endormir et à ronfler.

La vieille saisit alors un cheveu d'or, l'arrache et le pose près d’elle.


- Aïe !, qu’est-ce que tu fais ?
- J'ai fait un mauvais rêve, alors je t’ai attrapé les cheveux.
- Qu'as-tu donc rêvé ?
- J'ai rêvé que la fontaine d'un marché, d’où coulait toujours du vin,
s'était tarie et qu'elle ne donnait même plus d'eau.
Quelle peut bien en être la cause ?

3
L’épouillage était une marque d’affection (note de NR-F Tome I, p.390)
De même chez de nombreux primates chez qui l’épouillage resserre les liens dans le groupe.
6
- Ah! si on le savait !
Dans la fontaine, il y a un crapaud4 sous une pierre ;
on n'a qu'à le tuer et le vin recommencera à couler.

La grand-mère se remet à l’épouiller jusqu’à ce qu’il se rendorme :


il ronfle si fort que les vitres en tremblent.
Alors, elle lui arrache le second cheveu et le diable s'écrie en colère :
- Hé ! que fais-tu?
- Ne le prends pas mal, je l’ai fait en rêve !
- Qu'as-tu rêvé encore ?
- J'ai rêvé que dans un royaume, un arbre portait des pommes d'or
mais maintenant, il n'a même plus de feuilles.
Quelle peut bien en être la cause ?
- Ah! si on le savait ! Une souris ronge la racine de l’arbre.
Si on la tue, le pommier portera à nouveau des pommes d’or ; mais
si elle continue à ronger la racine, l'arbre se desséchera tout à fait.
Maintenant laisse-moi tranquille avec tes rêves.
Si tu me réveilles encore une fois, tu auras une claque.

La grand-mère l'apaise et se remet à lui chercher ses poux


jusqu'à ce qu'il se soit rendormi et ronfle.
Alors elle saisit le troisième cheveu d'or et l'arrache.
Le diable bondit en criant et veut la battre
mais elle le radoucit encore en disant :
- On n’est pas responsable d'un mauvais rêve !

Malgré tout, diable est intrigué !


Alors il lui demande ce qu’elle a encore rêvé.
- J'ai rêvé d'un passeur qui se plaint de devoir sans cesse aller d’une
rive à l’autre sans que personne ne le remplace jamais.
- Hé !, quel idiot ! Il n'a qu'à mettre sa perche dans la main du premier
qui viendra pour passer la rivière,
alors il sera libre et l'autre sera obligé de faire le passeur à sa place.
4
En allemand, crapaud, Kröte, est féminin, c’est pourquoi Nathacha Rimasson-Fertin le traduit par « grenouille »
7
Comme la grand-mère lui a arraché les trois cheveux d'or
et qu'elle a obtenu les réponses aux trois questions,
elle laisse le vieux dragon en paix, et il dort jusqu'au lever du jour.
Dès que le diable a quitté la maison, la vieille prend la fourmi dans les
plis de sa robe et rend sa forme humaine à l’enfant chanceux :

- Voilà les trois cheveux.


As-tu bien entendu les réponses du diable à tes questions ?
- Oui, j’ai tout entendu et je m'en souviendrai.
- Te voilà donc tiré d’affaire et tu peux reprendre ton chemin.

Il remercie la vieille de l’avoir aidé dans son épreuve et sort de l'enfer,


tout heureux d'avoir si bien réussi.

Quand il arrive près du passeur, il lui faut donner la réponse promise


mais il dit au passeur :
- Fais-moi d'abord passer de l'autre côté,
et alors tu sauras comment être délivré.
Parvenu sur l’autre rive, il lui donne le conseil du diable :
- Quand quelqu’un viendra pour passer la rivière,
tu n'auras qu'à lui mettre ta perche dans la main et tu seras libre.
Et c’est l’autre qui devra faire le passeur à ta place.

Plus loin, il retrouve la ville où se trouve l'arbre stérile.


Le garde attend aussi la réponse à sa question.
Il lui dit ce qu’il a entendu de la bouche du diable :
- Tuez la souris qui ronge les racines de l’arbre
et il portera de nouveau des pommes d'or.
Le garde le remercie
et, pour le récompenser, lui donne deux ânes chargés d'or.

Enfin il parvient à la ville dont la fontaine est tarie.


Il dit au garde ce que le diable lui a dit :
8
- Dans la fontaine, il y a un crapaud sous une pierre, trouvez-le,
tuez-le et la fontaine donnera à nouveau du vin en abondance.
Le garde le remercie et lui aussi lui donne deux ânes chargés d'or.

Enfin, l'enfant né coiffé rentre auprès de sa femme :


elle se réjouit de le revoir et d'apprendre qu'il a tout bien réussi.
Il remet au roi ce qu’il avait demandé : les trois cheveux d'or du diable.
Quand le roi voit les quatre ânes chargés d'or,
il est grandement satisfait :
- Maintenant toutes les conditions sont remplies,
tu peux garder ma fille.
Mais, mon cher gendre, dis-moi donc d'où te vient tout cet or,
car c'est un trésor énorme que tu rapportes !
- J’ai traversé une rivière et je l'ai pris :
l’or est là, à la place du sable du rivage.
Et le roi, avide d’or, lui demande :
- Et moi, pourrais-je en prendre aussi ?
- Tant que vous voudrez.
Il y a un passeur sur la rivière, il vous fera passer de l’autre côté
et vous pourrez remplir vos sacs.

Le roi cupide se met en route en toute hâte et quand il arrive à la


rivière, il fait signe au passeur pour qu’il le fasse traverser.
Le passeur vient, le fait monter à bord,
et, quand ils arrivent sur l’autre rive,
il lui met la perche dans la main et se sauve.

Le roi doit désormais aller d’une rive à l’autre en punition de ses


péchés.

- Fait-il encore l’aller-retour entre les deux rives ?


- Comment n’y serait-il plus ? Personne ne lui aura repris la perche.5

5
La dernière partie de ce conte (depuis le trajet du héros vers le diable) est semblable, dans les principes, à celle
du conte 165, L’oiseau-grtffon.
9

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