Chap I.
LA RECHERCHE ET LES FORMES DE RECHERCHE
A. La Recherche
La recherche est un processus de rapporter, de collecter/rassembler, de résoudre, d’évaluer en
faisant des commentaires, de façon systématique et planifiée, les données dans le but de chercher
des solutions fiables aux problèmes.
Rapporter: le chercheur doit faire / rédiger un rapport
Rassembler des données
Evaluer les données
Chercher des solutions fiables
Le chercheur commence par une inquiétude ou une difficulté sentie. L’homme sent le besoin de
donner ou apporter une réponse à cette situation ou enlever/surmonter cette difficulté.
Tout travail de recherche implique la détermination de l’objet de recherche et le souci de
contribuer à l’innovation et au changement social. Le travail d’un chercheur permet donc de:
- Explorer un phénomène
- Résoudre un problème
- Questionner ou refuser des résultats fournis dans les travaux antérieurs ou une thèse
- Expérimenter un nouveau procedé, une nouvelle solution, une nouvelle théorie,
- Appliquer une pratique à un phénomène
- Décrire un phénomène
- Expliquer un phénonème, etc.
Quels sont les sujets d’inquiétude ou de difficulté, de curiosité que vous sentez?
La recherche scientifique est un processus dynamique ou une demarche rationnelle qui permet
d’examiner des phénomènes, des problèmes à résoudre, et d’obtenir des réponses précises à
partir d’investigations. Ce processus se caracterise par le fait qu’il est systématique et rigoureux
et conduit à l’acquisition de nouvelles connaissances. Les fonctions de la recherche sont de
décrire, d’expliquer, de comprendre, de contrôler, de prédire des faits, des phénomènes et des
conduites.
Sciences Humaines
Sciences Sociales
Les Sciences Sociales constituent une branche des sciences humaines, c’est-à-dire des
sciences qui ont l’homme et ses activités pour objet d’étude.
Parmi les sciences humaines, les sciences sociales se distinguent des disciplines qui étudient les
aspects physiques de l’homme, comme la médecine, ou qui envisagent les hommes en tant
qu’individu, comme la psychologie. Les sciences sociales étudient une cathégorie particulière
des phénomènes humains: les phénomènes sociaux.
Dans une première approche, on peut définir les faits sociaux comme ceux qui résultent de la vie
en société et qui ne se produiraient pas dans une existence humaine totalement solitaire. Donc,
les faits sociaux sont les faits relatifs à l’homme en société.
Exemples de faits sociaux:
- La scolarisation, la réussite/echec scolaire,
- L’usage/consommation de l’alcool, du tabac,
- L’accès aux soins/services de santé (la vaccination, le planning familial, les programmes
de dépistage du VIH/SIDA, etc)
- La satisfaction vis-a-vis des services publics
- L’usage des TIC dans un pays
- Etc.
Cependant, si l’on peut dire que les sciences sociales étudient l’homme dans son milieu social, il
faut reconnaître que cette expression peut recourir à des phénomènes et des situations diverses.
Une civilisation, telle que la civilisation occidentale ou la civilisation chinoise constitue à
l’évidence un milieu social qui modèle les individus qui lui appartiennent. Une nation, bien que
faisant partie d’une civilisation, présente aussi des traits originaux qui la distingue des autres. A
l’intérieur d’une nation, une ville, un village, les classes sociales, les entreprises industrielles, les
administrations, les partis politiques, etc., sont autant de milieux sociaux présentant les
caractéristiques de groupes fortement organisés.
Les familles constituent, elles aussi, des milieux sociaux avec leurs traditions, leurs manières de
vivre spécifiques.
Cette analyse peut se poursuivre en recensant des phénomènes plus informels. Ainsi, une équipe
de football, les classes d’une école, l’équipage d’un avion, dont les membres sont en contact
direct, s’organisent, se structurent, évoluent d’une manière originale qu’étudie par exemple la
“dynamique de groupe”.
En fin, si deux personnes se rencontrent dans la rue, s’obordent et bavardent quelques instants, il
se produit entre elles un échange de signes, de gestes, de mots, qui crée un phénomène social
particulier avec ses caractéristiques propres. Entre cette rencontre fortuite de deux personnes et
une civilisation millénaire, l’écart est immense. Pourtant, ce sont l’une et l’autre, des réalités
sociales.
Selon la formule de Guy Rocher, les Sciences Sociales sont les sciences dont l’objet est constitué
par l’étude des faits “qui ont en commun qu’ils constituent un environnement, un cadre, un
milieu qui résultent d’une activité humaine collective et qui conditionnent les activités humaines
individuelles”.
Selon Arlette et Roger Mucchielli, les sciences sociales sont définies comme “les sciences qui
ont pour objet l’homme dans sa relation avec les autres humains et avec l’environnement
régulateur ou modeleur de ces relations”. Selon cette définition, la Sociologie, la Psychologie
sociale, l’Anthropologie culturelle, les Sciences du langage, la Science économique, la Science
politique, l’Histoire, la Géographie humaine, la Démographie, les Sciences du droit et des
institutions appartiennent aux sciences sociales.
Les Qualités de base d’une recherche
Qu’est-ce qu’une bonne recherche?
La recherche permet de comprendre le monde et de concevoir, d’obtenir de nouvelles idées
(informations) et applications pour celles-ci, d’en faire l’essai et de les prouver. Elle ouvre une
porte sur l’inconnu et amène des solutions à de nombreux problèmes dans le monde. Compte
tenu du rôle de la recherche, il est important qu’elle soit de grande qualité, de grande excéllence.
Six éléments peuvent être retenus pour juger de la qualité (excéllence) de la recherche: l’objectif,
la pertinence, l’originalité, le mérite scientifique, l’éthique, et les retombées.
L’Objectif: La recherche doit comporter un objectif clair, sous-tendant les questions
de recherche. L’objectif de la recherche permet la définition précise du problème,
l’adoption d’une terminologie rigoureuse, la cohérence et le savoir tiré des documents
pertinents. L’objectif consiste à générer le processus de transformation. Les éléments
servant à concevoir la recherche, soit les questions, l’approche, les méthodes et les
outils, sont ensuite choisis selon l’objectif établi.
La Pertinence: La pertinence peut être précisée en deux points de vue :
- La pertinence scientifique ou importance de la recherche pour l’avancement de la disci-
pline
- La pertinence sociétale, soit les retombées de la recherche sur les plans sociétal et techno-
logique.
Boaz et Ashby traitent également de la pertinence en discutant de l’intérêt que présente la
recherche pour les décisions stratégiques et dans la pratique : « la mesure dans laquelle la
recherche répond aux besoins des principaux intéressés constitue une dimension importante de la
qualité ».
Selon RAND Corporation, la recherche doit de plus en plus « être convaincante, utile et
pertinente pour les intéressés et les responsables des décisions ».
Originalité : L’originalité tient à la façon nouvelle ou différente d’examiner des idées,
des données ou des problèmes existants. L’originalité repose aussi sur le développement
de nouvelles vues et de nouveaux concepts théoriques. Selon Wooding et Grant, l’une des
principales caractéristiques de la recherche de grande qualité est de « définir le pro-
gramme de recherche en formulant de nouvelles questions de recherche et en faisant évo-
luer un domaine ».
Mérite Scientifique : les critères de qualité englobent les éléments de justesse ou de ri-
gueur des méthodes de recherche, les différentes formes de validité et d’interprétation lo-
gique des données.
Ethique : Certains auteurs font valoir l’idée selon laquelle « l’éthique représente le pre-
mier critère de qualité dans la recherche par les praticiens. Ils considèrent l’éthique
comme « une orientation donnée à la recherche qui anime profondément les personnes
travaillant dans le domaine et suscitent grandement leur intérêt » et proposent des lignes
directrices relatives à l’éthique dans la recherche menée par les praticiens :
- La recherche doit respecter des protocoles et des processus éthiques,
- Les méthodes de recherche doivent être transparentes,
- La recherche doit être axée sur la collaboration,
- L’objectif et l’application de la recherche doivent mener à une transformation,
- La recherche doit pouvoir se justifier auprès de la communauté de pratique.
Retombées : Selon certains praticiens, une recherche doit être utile pour être jugée de
qualité élevée. L’évaluation de la recherche doit donc aller au-delà des résultats attendus
et porter sur les conséquences de la recherche, son influence ou les changements qui y
sont rattachés. Les retombées en recherche englobent les formes suivantes :
- Changements dans l’accès à la recherche,
- Changements touchant la mesure dans laquelle les travaux de recherche sont étudiés, ci-
tés en référence ou consultés,
- Citations dans les documents,
- Changements dans les connaissances et la compréhension d’une question,
- Changements dans les attitudes et les croyances,
- Changements dans les comportements.
B. Les Formes de Recherche
Il serait utile de classifier les études faites au niveau de la recherche et de les mettre dans une
catégorie spécifique –car chaque catégorie ou type ou forme de recherche utilise un ensemble
spécifique de procédures.
a) Recherche empirique, recherche théorique
L’approche philosophique de la recherche est fondamentalement de deux types : empirique et
théorique.
Les recherches dans le domaine de la santé sont principalement de nature empirique, c’est-à-dire
qu’elles sont fondées plus sur l’observation et l’expérience que sur la théorie et l’abstraction.
La recherche épidémiologique, par exemple, dépend de la collecte systématique d’observations
sur des phénomènes de santé spécifiques au sein d’une population définie. De plus, même dans
l’abstraction de modèles mathématiques, aucun progrès dans la compréhension de l’apparition et
de la cause des maladies n’est possible sans comparer les constructions théoriques avec la
situation réelle observée dans la population.
La recherche empirique et la recherche théorique se complètent pour développer la
compréhension des phénomènes, pour prévoir des événements futurs, ainsi que pour prévenir des
événements nuisibles au bien-être général de la population concernée.
Exemples :
- L’étude des facteurs favorisant l’automédication au Burundi (Empirique ou Théorique ?)
- L’analyse de l’effet d’un médicament X sur une catégorie de population (Empirique ou
Théorique ?)
- La comparaison de l’efficacité de deux types de traitement (Empirique ou Théorique ?)
Exercice
Donnez deux exemples de sujets d’une recherche empirique et deux autres d’une recherche
théorique.
b) Recherche Fondamentale, Recherche Appliquée
Selon le but visé, la recherche est soit fondamentale (ou pure, ou théorique), soit appliquée (ou
opérationnelle). Par but visé, il faut comprendre le degré avec lequel les résultats de recherche
sont applicables et généralisables à l’éducation et à la vie pratique. La recherche fondamentale
se consacre à l’acquisition des connaissances sans but défini d’utilité ou d’objet spécifique.
C’est une recherche qui n’a pas une application immédiate, mais qui peut contribuer à avancer
les connaissances, la science. Les travaux de recherche fondamentale sont des travaux qui se font
dans le but d’ajouter ou apporter des nouvelles connaissances/ informations sur celles existantes.
C’est donc un prolongement des connaissances existantes.
Selon Thomas (1970), la recherche fondamentale est affranchie des préoccupations
immédiatement utilitaires. Elle vise bien plus la satisfaction de la curiosité scientifique du
chercheur que les applications d'ordre pratique.
Exemples :
1. Etude de la motivation des sportifs : quels sont les raisons qui poussent un sportif à pratiquer
une activité physique ou sportive ? Ce type de recherche est fondamentale dans la mesure où il
ne s'agit que de dévoiler un secret et de satisfaire une certaine curiosité scientifique.
L'utilité pratique d'une telle recherche n'est pas en fin de compte prédominante quoique l'on
puisse penser que la connaissance de ces motivations peut aider l'entraineur à mieux sélectionner
ses athlètes dans la mesure où la motivation conditionne la réussite au même titre que l’aptitude.
2. Si un chercheur veut étudier les causes de décès dans une région donnée, un travail qui se fait
en faisant une observation générale, les décès sont observés entre quelles personnes, comment ils
sont survenus, les sources probables de ces décès, etc., est nécessaire.
En revanche, la recherche appliquée est celle de l’action et du terrain. Elle est généralement
orientée vers la résolution d’un problème pratique et son application est immédiate ; elle peut
contribuer à améliorer la vie pratique. Elle est guidée surtout par l'idée de trouver une application
utile dans l’immédiat et de résoudre ainsi des problèmes pratiques urgents. La recherche
appliquée découle d’un problème et elle est dirigée pour résoudre un problème existant. De
pareilles recherches englobent l’explication, la détection de détails, les relations de cause-
conséquence et le développement des théories.
Exemple, la comparaison de méthodes d’entrainement : le choix de la méthode la plus efficiente
tant au point de vue progression pédagogique qu'au point de vue participation collective et
équitable des participants, méthode qui permet d'accéder au niveau sportif ou intellectuel le plus
élevé, constituent tous les deux une recherche appliquée.
c) La Méthode de recherche selon la méthode employée
Les recherches diffèrent aussi selon les méthodes employées. Par méthode, il faut comprendre
les techniques employées pour collecter et analyser les données. Une méthode peut être
historique, descriptive, corrélationnelle, ex-post facto ou expérimentale. On aura deux
catégories : la Recherche non-expérimentale et la Recherche Expérimentale.
Parmi les recherches non-expérimentales, il est important de distinguer les sous catégories
suivantes : la recherche documentaire, historique, descriptive, corrélative, ex-post facto.
- La recherche documentaire : Elle est faite lors qu’un chercheur recourt à la méthode
documentaire pour rassembler les informations et données nécessaires pour mener à bien
son travail.
- La recherche historique : Elle vise à obtenir des conclusions concernant des tendances,
causes ou effets d’occurrences qui se sont produits dans le passé. Cela peut aider à expli-
quer des évènements présents ou à anticiper des évènements futurs. Il peut s’agir égale-
ment de l’étude de l’évolution d’un phénomène social à travers le temps. Par exemple
l’antisémitisme, l’amour de l’école, la toxicomanie.
Exemple :
Nancy Burton and Lyle Jones (1982) ont examiné les tendances des niveaux des
réalisations (performances) scolaires des enfants blancs vs enfants afro-américains. Ils
examinèrent les taux de graduation à l’école secondaire entre ces deux groupes ethniques
qui sont nés avant 1913 et entre 1913 et 1922, entre 1923 et 1932, etc. Ils examinèrent
aussi une variété d’indicateurs parmi les groupes récents. Une de leurs conclusions : les
différences au niveau des réalisations, entre les deux groupes, sont en train de diminuer.
- La recherche descriptive : Elle recourt à la collecte des données et au test des hypo-
thèses concernant l’état courant (actuel) du sujet de recherche. Elle vise à déterminer les
pratiques courantes, le statut ou les caractéristiques au niveau de la situation étudiée. Les
données collectées le sont à travers des questions posées aux personnes impliquées au ni-
veau de la situation (questionnaires, interviews, etc.) ou par observations.
Exemple : Une étude a été menée sur la situation des personnes âgées, pour déterminer
les facteurs qui influencent leur émotion. Le chercheur a travaillé/collecté des
informations sur un nombre donné de personnes d’un certain âge en utilisant des
techniques bien spécifiques. A la fin, il a pu identifier un certain nombre d’éléments qui
affectent positivement et négativement la vie des personnes âgées.
Cette étude décrit donc la situation des personnes âgées à un moment donné.
- La Méthode utilisant la corrélation : La descriptive et l’historique sont des méthodes
donnant respectivement une image de la situation telle qu’elle est et une image telle
qu’elle a pu être dans le passé. Aller au-delà et chercher des liens que les évènements
peuvent avoir entre eux constitue l’objet de la méthode utilisant la corrélation.
La Méthode utilisant la corrélation est une étude qui vise à déterminer le degré de
connexion entre 2 ou plusieurs variables quantifiables. Elle décrit en termes quantitatifs
le degré de corrélation entre variables. La connexion ainsi déterminée pourrait être
utilisée pour faire des prédictions.
Attention : un haut degré de connexion entre X et X’ ne signifie pas que X est la cause
de X’ ou inversement. La causalité doit être vérifiée par une étude expérimentale.
Exemple :
Des chercheurs ont étudié la corrélation entre le tempérament et le comportement
d’attachement chez les enfants. Ils ont examiné : la corrélation entre différents types de
comportements d’attachements [comment les enfants sont attachés à leur mère] et le
tempérament général d’enfant. Ils ont pu mettre en évidence : le tempérament ne permet
pas de prédire comment l’enfant est attaché (sans appréhension) à sa mère. Un enfant
dont le tempérament est calme/violent etc. ne nous permet nullement de dire comment il
est attaché à sa mère.
- La recherche Ex-Post Facto : Il s’agit d’une recherche où à la fois la cause et l’effet se
sont produits et sont étudiés par le chercheur rétrospectivement. Le chercheur n’a pas le
contrôle sur les variables indépendantes car leurs manifestations se sont déjà produites
dans le passé : ce sont des variables non manipulables.
Exemple :
Le chercheur débute par observer une variable dépendante et ses possibles causes, c’est-
à-dire les variables indépendantes l’ayant causée. Il étudie alors ces variables
indépendantes rétrospectivement pour leurs possibles effets sur les variables dépendantes.
Par exemple, les Ventes ont décliné (Variables dépendantes) ; on pourrait être tenté de
voir les variables indépendantes, c.à.d. les causes probables : changements de prix ou
changement de qualité et les étudier rétrospectivement.
La recherche expérimentale se présente sous deux formes : La recherche quasi-
expérimentale et la recherche expérimentale. Ce type de recherche permet de déterminer
la causalité.
La recherche quasi-expérimentale
Le modèle quasi-expérimental est une forme de recherche expérimentale largement utilisée dans
les sciences sociales et la psychologie.
Tout comme les méthodes expérimentales, les méthodes quasi expérimentales permettent de
tester les hypothèses causales. Que la méthode soit expérimentale (par. Ex. les essais contrôlés
randomisés ou ECR) ou quasi expérimentale, le programme (ou la politique) est considéré
comme une «intervention» qui consiste à évaluer au moyen d’un ensemble d’indicateurs
prédéfini la capacité d’un «traitement» (à savoir, les éléments du programme ou de la politique à
l’étude) à remplir ses objectifs. Toutefois, par définition, les méthodes quasi expérimentales
n’ont pas recours à la randomisation. La répartition des participants (entre le groupe
expérimental et le groupe contrôle ou groupe témoin) repose sur le principe de l’autosélection
(les participants choisissent eux-mêmes l’intervention) et/ou sur le choix des administrateurs (par
ex. fonctionnaires, enseignants, décideurs politiques, etc.). Les méthodes quasi expérimentales
identifient un groupe témoin qui doit être aussi proche que possible du groupe expérimental au
niveau des caractéristiques initiales (préalables à l’intervention). Le groupe témoin permet
d’identifier les résultats qui seraient survenus si le programme/la politique n’avait pas été mis(e)
en œuvre (c.-à-d., la situation contre factuelle). Cette méthode permet de prouver que le
programme (ou la politique) est bien à l’origine des différences de résultat entre le groupe
expérimental et le groupe témoin. Il existe plusieurs méthodes permettant de constituer un
groupe témoin valide.
La recherche expérimentale
La caractéristique principale de ce type de recherche consiste en une manipulation d’au moins
une variable ; suivi du contrôle des autres variables dépendantes de façon à mesurer l’effet de la
première sur les seconds. La variable manipulée en premier lieu est une variable indépendante
appelée aussi variable expérimentale ou cause.
Exemples de variables indépendantes sont : la température, l’âge, la pression, le type de matériel,
la conductivité, etc.
Généralement la recherche expérimentale vise 2 ou plusieurs groupes, pour des raisons de
comparaison. C’est le type de recherche qui permet de mettre en évidence la causalité.
Exemples :
- Un enseignant est intéressé par l’étude des effets de 2 méthodes d’instruction sur la per-
formance de ses étudiants en ECOFO. Comment s’y prend-il ?
Il commence par diviser sa classe de 60 étudiants en deux groupes de 30 étudiants
chacun.
Chaque groupe utilise une des 2 méthodes pendant un temps durant la session. La
performance des étudiants est mesurée avant et après l’utilisation de la méthode. La
différence au niveau des gains de performance entre les deux groupes indique quelle
méthode est la mieux adaptée.
Les étapes de la méthode expérimentale
L’administration d’une démarche expérimentale exige la prise en compte de trois étapes :
l’observation, l’hypothèse et l’expérimentation proprement dite.
L’observation : on distingue trois types d’observation :
L’observation non systématisée qui consiste en une accumulation plus ou moins
structurée de données qui peuvent cependant suggérer une orientation, une idée de
recherche. C’est une attitude proche de la pratique en clinique et dont l’intérêt est
de saisir les faits pertinents qui peuvent apparaître dans le champ d’observation.
L’observation préparée : dans cette phase, le chercheur recueille ses données
dans un domaine connu et spécifié à priori.
L’observation armée : Elle découle de l’utilisation de données contrôlées par
l’observateur.
Il y a lieu de retenir que ce schéma a un caractère indicatif ; autrement dit et dans son
processus de réflexion, le chercheur ne peut les séparer chronologiquement. Ainsi par
exemple, toute observation, même occasionnelle ne constitue pas un enregistrement
passif, mais bien plus une sélection au sein d’un nombre de faits importants.
Dans l’administration de ce processus d’observation, le chercheur a recours au concept
qui n’est pas seulement une aide pour percevoir mais surtout une façon de concevoir.
Sous ce rapport, le concept guide la recherche et lui procure au départ un point de vue.
L’exemple de la lutte contre la malaria est révélateur de l’intérêt que constitue la prise en
compte du concept dans une stratégie d’observation. Jusqu’alors attribuée au
« mauvais air », la malaria a été traitée avec succès à partir du moment où la moustique a
été identifiée comme agent responsable de cette maladie. Dans ce cas précis, le progrès
est devenu possible après l’inversion du paradigme : la moustique en lieu et place du
mauvais air.
En tant qu’outil, le concept fournit un point de départ mais aussi un moyen d’imaginer
ce qui n’est pas directement perceptible. C’est du reste cette vérité qu’Einstein s’est
employé à établir à travers l’image suivante : « le chercheur est parfois comme un
homme qui veut comprendre le mécanisme d’une montre qu’il ne peut ouvrir. A partir
des seuls éléments qu’il voit ou entend (mouvement des aiguilles tic tac ) il peut
chercher une explication rendant compte de la façon la plus simple, de faits nombreux
même invisibles. Ce sont les concepts de mouvement, de roue, d’engrenage, qui
permettent de comprendre sans le voir, le mécanisme de la montre ».
Dans le secteur des sciences sociales, le concept remplit trois fonctions : organiser la
perception, guider l’observation, prévoir des faits nouveaux.
L’observation en Sciences Sociales pose problème dès l’instant où l’objet de
l’observation était l’Homme qui est dans le même temps l’agent chargé de
l’observation. Il en découle une conséquence qui touche aux moyens d’investigation :
qu’il s’agisse des instruments d’enregistrement qui offrent d’intéressantes possibilités
de reproduction et d’extension de l’observation ou encore du film qui permet de revoir
un ensemble de faits qui n’ont pu être analysés en même temps ou qui ont été oubliés.
Ces différents moyens permettent au chercheur de contourner les défaillances de sa
mémoire, d’aller au-delà des constats immédiats, d’élargir son champs de vision.
L’hypothèse
Elle tend à formuler une relation entre des faits significatifs sous l’aspect d’une loi plus
ou moins générale et aide à sélectionner les faits observés. L’interprétation de ces
derniers autorise la déduction d’hypothèses qui, une fois vérifiées constituent un élément
de la théorie.
Aussi, en tant que système d’explication intégrant plusieurs hypothèses, la théorie est
plus vaste que l’hypothèse. Mais il s’avère important de vérifier l’existence effective d’un
fait avant de prétendre l’expliquer par une hypothèse. Une bonne observation permet de
prémunir le chercheur contre ce genre d’erreurs.
Les hypothèses se proposent de trouver des solutions à différentes sortes de questions.
Elles naissent à partir d’une observation de la vie quotidienne ou de constats opérés au
cours d’une recherche. Elles peuvent être aussi le résultat d’une élaboration purement
théorique à partir d’un ensemble de connaissances. Les hypothèses varient en fonction de
leur étendue ; elles peuvent faire l’objet d’une généralisation après avoir fait l’objet d’un
test sur un objectif spécifique. En sciences sociales on distingue trois types d’hypothèses
suivant leur niveau
d’abstraction :
Des hypothèses supposant l’existence d’uniformités : elles s’emploient à quantifier des
comportements (exemple : rapport entre taux de divorce et revenus des ménages).
L’intérêt de telles hypothèses est de corriger des préjugés ou de préciser ce qui est déjà
connu.
Hypothèses supposant l’existence de liens logiques : c’est le cas de comportements
particuliers que l’on trouve dans les groupes minoritaires. Il s’agit d’épurer les
constatations pour garder les caractéristiques communes à ces différents groupes et
expliquer leur comportement.
Hypothèses concernant des relations entre variables analytiques : ce 3e type implique la
formulation de relations entre variables complexes, par exemple l’influence du niveau
économique, de la religion etc. sur le taux de fécondité.
Mais pour être valables, les hypothèses doivent être utilisées sous certaines conditions:
L’hypothèse doit être vérifiable
Elle doit mettre en œuvre des faits réels et ne pas comporter de jugements de
valeur (proscrire les termes ambigus : bon, mauvais, devraient etc.)
Enfin elle doit se rattacher à une théorie existante et être en conformité avec le
contenu actuel de la science.
L’expérimentation ou la vérification de l’hypothèse
Elle concerne avant tout la preuve et exige des conditions spécifiques de rigueur.
L’expérimentation est devenue garante de la méthode. Elle se ramène pour l’essentiel à
une observation systématique de résultats