Titre II : L’objet de l’Action administrative
Si le droit administratif recouvre l’ensemble des règles que l’administration doit
respecter, il a avant même cela pour intérêt de permettre de mieux cerner ce
qu’implique, ce que l’on entend par l’idée d’action administrative. Précisément,
il permet de répondre à deux questions :
- quelles sont les finalités de l’action administrative, autrement dit quand est-ce
que les personnes publiques (ou parfois privées) peuvent-elles être considérées
comme agissant dans le cadre, au service de l’action administrative, ce dont
dépend le régime juridique, les règles mêmes auxquelles elles seront soumises ?
Présenter les finalités de l’action administrative, c’est en réalité définir les
contours, le champ du droit administratif. La soumission de l’administration à des
règles potentiellement spéciales n’a en effet de sens qu’à partir du moment où elle
ne poursuit pas un objectif parfaitement assimilable à celui que peuvent
poursuivre les personnes privées.
Cette spécificité que revêtent les finalités de l’action administrative, c’est l’intérêt
général. Traditionnellement, cependant, on distingue entre deux catégories de
finalités, qui se nourrissent autant l’une que l’autre de la notion d’intérêt général
:
- le service public, ou les activités de service public ;
- le maintien et la prévention de l’ordre public, via l’activité de police (et
précisément l’activité de police administrative).
Cette distinction a ses faiblesses. En effet, à l’analyse, il est bien difficile de
découvrir une différence de nature entre ces deux finalités, essentiellement, on l’a
vu, parce que toutes deux puisent à la même source, celle de l’intérêt général, et
qu’in fine elles sont toujours sous la responsabilité de personnes publiques. Mais
cette distinction comporte au moins l’intérêt d’être pédagogique.
On évoquera donc les finalités de l’action administrative, à savoir le service public
(Chapitre I) et le maintien de l’ordre public (Chapitre II).
Chapitre I : Le service public
Globalement les fonctions de l’Administration sont au nombre de deux. D’une
part elle a une fonction normative qui consiste à prescrire, à autoriser, à interdire
ou à encadrer certaines activités (Martine Lombard, Gilles Dumont, Droit
Administratif, 9ème éd, Dalloz, Paris, 2011, P. 307). D’autre part elle remplit
une fonction de prestation par laquelle la collectivité publique fournit des biens
ou des services tels que la distribution de l’eau, de l’électricité, du courrier,
l’éducation, la formation, les services culturels, les soins de santé, le transport etc.
L’Administration n’a de légitimité certaine que lorsqu’elle peut assurer au mieux
le service de l’intérêt général, que dans la mesure où ses activités ont le caractère
de service public (René Chapus, Droit Administratif général, Tome 1,
Montchrestien, Paris, 2011, P. 573).
Etudier les services revient à définir cette notion (Section 1), à définir le régime
juridique des services publics (section 2), à connaitre leur mode de gestion
(Section 3), à connaitre les principes fondamentaux du fonctionnement des
services publics (Section 4).
SECTION 1 : LA NOTION DU SERVICE PUBLIC
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, cette notion si essentielle que celle de
service public n’a jamais été définie par les textes. Par ailleurs, la jurisprudence
surtout s’est attachée à sa fonction de critère de compétence qu’à son contenu
concret. Pour cerner la notion de service public, il faut se référer aux données
retenues par la conception traditionnelle et aux principales notions qui s’en
dégagent pour pouvoir comprendre l’évolution qui a conduit à la notion de service
actuel. L’expression service public est susceptible d’être reçue dans diverses
acceptions.
Pour la jurisprudence et la doctrine l’expression service public signifie deux
réalités différentes. La notion peut être abordée au sens concret ou organique, au
sens matériel ou fonctionnel du terme. Mais le service public peut également être
compris comme un régime juridique.
PARAGRAPHE I : Le critère organique de la définition du SP
Au sens organique ou formel du terme, le service public désigne un ensemble
d’agents et de moyens affectés à une tâche par une personne publique (Etat,
Collectivité). C’est traditionnellement l’élément privilégié de la définition de
service public. Cet élément avait un caractère exclusif. Aujourd’hui, il n’est plus
suffisant, connait des limites et doit être complété.
PARAGRAPHE II : Le critère matériel de la définition du service public
Au sens matériel ou fonctionnel du terme qui est le plus souvent retenu par la
jurisprudence, l’expression signifie la satisfaction d’un besoin d’intérêt général
assurée ou assumée par une personne publique (J. WALINE). Le service public
relève en dernier ressort d’une personne publique (R. CHAPUS). Il suppose
l’existence d’un lien entre l’activité et la personne publique. La plupart du temps
la personne publique assure l’activité elle-même.
Dans l’hypothèse où l’activité est assumée par un organisme privé, il faut savoir
qu’il l’exerce aux lieux et place d’une personne publique.
On atteint cet objectif grâce à des critères (origine publique, ou au moins en
majorité du capital, existence d’un contrat de délégation du service) ou à un
faisceau d’indices concordants (création de l’organisme par une autorité publique,
caractère d’intérêt général du service, désignation ou agrément des dirigeants par
une autorité publique, exerce d’un contrôle de gestion par l’Administration et
attribution à l’organisme de prérogatives de puissances publiques).
Certaines activités sont facilement reconnaissables comme des services publics.
Elles visent à satisfaire le mieux possible le besoin de tout ou partie des
administrés (Etablissements d’enseignement, Défense nationale, Formations
hospitalières). Elles peuvent être aussi l’organisation de spectacles, de loisirs, de
tourisme (CE, 12 Juin 1959, Syndicat des exploitants cinématographiques de
l’Oranie). D’autres ont pour finalité de financer les services publics : perception
des impôts.
En partant des éléments qui entrent dans la définition du service, on peut retenir
que le service public est selon la définition de Jean WALINE « une forme de
l’action administrative dans laquelle une personne publique prend en charge ou
délègue sous son contrôle la satisfaction d’un besoin d’intérêt général ».
Section II : LE REGIME JURIDIQUE DES SERVICES PUBLICS
L’existence du service public suppose une décision de l’autorité publique, pour
créer ou transformer en service public une activité privée. Pour bien éclaircir ce
régime, nous allons aborder d’abord la création des services publics et ensuite les
règles applicables aux services publics.
PARAGRAPHE I : LA CREATION DES SERVICES PUBLICS
C’est une décision de l’autorité publique qui crée les services publics. C’est elle
qui peut donner également la nature du service. C’est l’autorité compétente pour
créer un service qui l’est aussi pour déterminer parmi les modes de gestion
extrêmement divers, celui qui s’appliquera.
En France, le pouvoir réglementaire a compétence pour créer les services publics
nationaux tandis que la création des services publics locaux relève de l’Assemblée
délibérante de la Collectivité Territoriale concernée, conformément à la
règlementation en vigueur. Au Burkina Faso la création des services nationaux
relève de la loi, celle des services locaux (services des collectivités locales) relève
de l’organe délibérant de la collectivité territoriale. Les Directions techniques
régionales sont créées par décret pris en Conseil des Ministres.
PARAGRAPHE II : LES REGLES APPLICABLES AUX SERVICES
PUBLICS
On traitera d’abord les règles applicables aux services publics administratifs,
ensuite on verra celles relatives aux services publics industriels et commerciaux.
A. LE REGIME JURIDIQUE DES SERVICES PUBLICS
ADMINISTRATIFS
La jurisprudence en utilisant cette expression ou celle de « service possédant au
plus haut degré le caractère de service public » vise les services auxquels le régime
dérogatoire continue à s’appliquer sous réserve de l’emploi à certaines occasions
des procédés de droit privé (contrats civils ou commerciaux).
B. LE REGIME JURIDIQUE DES SERVICES PUBLICS
INDUSTRIELS ET COMMERCIAUX
Pour cette catégorie de service public, le principe est inverse. Dans les conditions
normales ils sont régis par le droit commun. Leur statut peut aussi comporter une
dose de droit public et doit nécessairement en comporter un minimum.
Comment reconnaitre un service public industriel et commercial ?
Dans certains cas, les textes attribuent expressément ce caractère à un service. En
principe, dans cette hypothèse, la question est tranchée. Mais il arrive que le juge
estime que la qualification donnée par texte est erronée, du moins quand le texte
est réglementaire et confère le caractère administratif à un service déclaré à tort
service industriel et commercial (TC., 24 Juin 1968, Société Distilleries
Bretonnes).
En cas de silence des textes, la jurisprudence n’utilise pas un critère unique mais
un ensemble d’indices : la nature de l’activité exercée, le mode d’organisation et
de fonctionnement identiques ou analogues à ceux des entreprises privées
similaires. C’est cet élément que retient principalement le juge. Il faut marquer
que l’application de ce critère n’est pas rigoureuse.
. Le caractère industriel est susceptible de comporter des degrés. Cela se traduit
par une soumission au droit privé plus ou moins poussée. D’une manière générale,
le personnel du service, excepté certains agents de direction a un statut de salarié
privé déterminé par le droit du travail. Les rapports avec les usagers ou clients
sont soumis au droit privé. C’est le droit privé qui s’applique en principe
également aux contrats passés avec les fournisseurs, mais ces contrats sont
administratifs, quand le service est géré par une personne publique, s’il comporte
une clause exorbitante du droit commun ou associe le contractant à l’exécution
même du service. La responsabilité relève du droit privé.
D’une manière générale, le droit public occupe une certaine place dans le régime
du service public industriel et commercial. Il s’applique aux organes dirigeants,
aux biens du domaine public utilisés par le service, aux prérogatives de puissance
publique qui lui sont conférées ainsi qu’aux contrôles auxquels il est soumis. En
plus, les règles édictées par ses dirigeants sont des actes administratifs, s’ils
utilisent des prérogatives de puissance publique (TC, 15 Janvier 1968, Cie Air
France c. Epoux Barbier).
De ce qui précède, il ressort que la seule formule que l’on puisse énoncer
aujourd’hui concernant le régime du service public est la suivante : dire qu’on se
trouve en présence d’un service public, c’est admettre que l’activité en question
fait au droit public la place que requiert la poursuite du but envisagé autrement
appelé le principe dit « de la proportionnalité des moyens aux fins », que l’on
présente parfois comme la caractéristique du service public.
En partant de ce principe même, sur l’importance des règles de droit public dans
l’ensemble du régime, la qualification de service ne donne aucune précision. Par
ailleurs, un certain nombre d’activités privées d’intérêt général, qui n’ont pas
indubitablement pas la qualité de service public, relèvent en partie du droit public.
Il en découle que le procédé du service public ne définit donc plus de nos jours,
un régime juridique précis.
SECTION 3 : LES MODES DE GESTION DES SERVICES PUBLICS
Par mode de gestion, il faut entendre la manière, la façon dont on gère les services
publics (gérer = administrer). Il existe deux grandes catégories de gestion des
services publics : la gestion directe des services publics par la collectivité elle-
même (§1) et la gestion déléguée à un organisme de droit privé ou à un
établissement public, l’énumération dans ce cas est assurée en grande partie par
les résultats de l’exploitation (§2).
PARAGRAPHE I : LA GESTION PAR UNE PERSONNE PUBLIQUE
Les deux modes essentiels de gestion d’un service public par une personne
publique sont la régie et l’établissement public. La différence est que,
contrairement à l’établissement public, la régie ne dispose pas la personnalité
morale.
A- LA GESTION EN REGIE (DIRECTE)
Dans la pratique elle se révèle le procédé le plus important. Les Administrations
Publiques qui assurent l’essentiel des tâches publiques sont organisées selon ce
mode de gestion.
Ici, c’est la Collectivité Publique qui assure elle-même la gestion en utilisant ses
propres moyens.
Les services en régie ne sont pas des personnes juridiques distinctes. C’est la
collectivité à laquelle ils sont rattachés, Etat, Région, Commune qui est titulaire
des droits et obligations nés de leurs activités. D’un point de vue organisationnel,
les services en régie sont placés sous la dépendance directe de la collectivité à
laquelle ils sont rattachés ou si l’on préfère, dont ils relèvent. Pour l’Etat ce sont
des services déconcentrés des différents Ministères. Ce sont les Ministres qui sont
les supérieurs hiérarchiques des agents auxquels ils sont confiés. Sur le plan
financier, les services en régie n’ont aucune individualité. Leurs crédits de
fonctionnement sont prévus au budget général des dépenses de la collectivité dont
ils relèvent. S’ils effectuent des recettes, celles – ci se confondent dans la masse
des recettes budgétaires sur lesquelles sont prélevées l’ensemble des dépenses.
Les principes ci-dessus énoncés connaissent des exceptions. Au niveau des
collectives locales, le terme régie désigne parfois des services non personnalisés,
parfois des services dotés, sans personnalité de l’autonomie financière, parfois des
services personnalisés.
B- L’ETABLISSEMENT PUBLIC
Une personne publique peut également créer spécialement un établissement
public pour gérer un service public. Procédé de décentralisation technique,
l’établissement public est une personne morale de droit public, gérant un service
public spécialisé, distinct de l’Etat et des collectivités territoriales, mais rattaché
à eux. L’intérêt de l’établissement public est d’offrir au gestionnaire une plus
grande souplesse de gestion. Il peut recevoir des dons qui, en raison du principe
de l’universalité budgétaire, devraient se fondre dans la masse du budget de l’Etat.
L’établissement peut également fournir un cadre adapté pour la coopération entre
les collectivités territoriales.
PARAGRAPHE II : LA GESTION PAR UNE PERSONNE PRIVEE
Cette gestion prend la forme d’une délégation qui est employée essentiellement
pour les services industriels et commerciaux.
Par délégation de service public, il faut entendre l’ensemble des contrats par
lesquels une personne morale de droit public confie la gestion d’un service dont
elle a la responsabilité à un délégataire (particulier ou société) dont la
rémunération est liée au résultat d’exploitation du service.
A- LA GESTION DELEGUEE
Sera d’abord traitée la concession de service (A) ensuite seront abordés les autres
modes de gestion des services publics (B).
1- La concession de service public
Seront successivement abordés la définition de la concession de service public,
(1) l’acte de concession (2), les obligations du concessionnaires (3), les droits du
concessionnaire (4), le contentieux de la concession de service public (5) et enfin
la fin de la concession de service public (6)
1- Définition
C’est un mode de gestion du service public dans lequel une personne publique,
appelée concédant, charge par contrat une personne privée appelée
concessionnaire, de faire fonctionner le service pendant un certain temps en
assumant les charges, moyennant le droit de se rémunérer sur les usages134
2- L’acte de concession
On traitera d’abord la forme de la concession de service public, ensuite sa nature
juridique.
a) Forme
Le fondement de la concession de service public est un contrat conclu entre
l’autorité concédante et le particulier qu’elle choisit en toute liberté,
conformément à la règlementation en vigueur. Le contrat de concession comprend
deux documents distincts : une convention qui consacre l’accord des parties et un
cahier des charges dans lequel sont réglés dans le détail les droits et obligations
du concessionnaire et en particulier les règles relatives à l’organisation et au
fonctionnement du service.
b.) Nature juridique
En partant de la situation juridique qui en découle, la jurisprudence et la doctrine
consacrent actuellement le principe de la double nature de la concession de service
public.
Il existe dans l’acte de concession un ensemble de clauses, de nature
réglementaire. Elles concernent toutes celles qui fixent l’organisation et le
fonctionnement du service et qui pourraient figurer telles quelles dans un
règlement administratif. Ces clauses sont élaborées unilatéralement par
l’Administration. Elle peut toujours les modifier. La preuve de leur caractère
réglementaire réside dans le fait que les usagers peuvent se prévaloir de leur
méconnaissance par l’administration à l’appui d’un recours pour excès de
pouvoir. A côté des clauses réglementaires, il y a dans la concession une partie
proprement contractuelle.
Celle – ci concerne essentiellement les dispositions financières qui constituent une
garantie pour le concessionnaire et qui sont dominées par le principe fondamental
dans les contrats administratifs de l’équilibre financier du contrat.
3 – Les obligations du concessionnaire
Elles seront abordées du point de vue leur contenu et de leurs sanctions.
a-Contenu
Ici les obligations consistent toutes à assurer le fonctionnement du service. Ceci
implique d’abord le respect des règles contenues dans le cahier des charges,
ensuite des règles générales communes à tous les services publics qui s’imposent
au concessionnaire.
Concrètement ce dernier doit :
-assurer la continuité du service. Il ne peut refuser de remplir son obligation en se
fondant sur la faute de l’Administration ou des difficultés matérielles ou
financières. Celles-ci se justifient seulement si les faits invoqués se sont avérés
par l’application de la théorie de l’imprévision (théorie propre au Droit
Administratif tirée de la jurisprudence administrative, de la nécessaire continuité
du service public.
Elle permet au titulaire d’un contrat administratif de demander à
l’Administration l’indemnisation partielle du préjudice qu’il subit, au cas où la
survenance d’événements imprévisibles et extérieurs aux parties vient
bouleverser le prix de revient des prestations. Seule la force majeure peut
exonérer le concessionnaire (force majeure au sens large = tout événement
imprévisible et insurmontable empêchant le débiteur d’exécuter son obligation) ;
-respecter l’égalité des usagers devant le service public qui s’impose à lui. Il a
l’obligation de fournir à tous ceux qui remplissent les conditions requises, les
prestations demandées et de leur appliquer les tarifs fixés par l’autorité concédante
;
-le pouvoir de modification du régime de tout service dont dispose
l’Administration pour l’adapter à de nouveaux aspects de l’intérêt général
s’applique aux services concédés. Cette règle que l’on lie parfois à la nature
réglementaire des clauses relatives à l’organisation du service impose au
concessionnaire l’obligation de se soumettre aux modifications décidées par le
concédant. La jurisprudence l’a dégagée à propos des concessionnaires de
l’éclairage au gaz (CE, 10 Janv. 1902, Gaz de Deville- les Rouen) ;
-Si l’Administration s’est départie de la gestion du service, il demeure qu’elle en
a la responsabilité vis-à-vis des usagers et de l’opinion. Il en découle des contrôles
très stricts aux plans technique et financier qu’elle exerce sur la gestion du
concessionnaire. Ce dernier a l’obligation de s’y plier.
Ces obligations imposées au concessionnaire ont un caractère personnel en ce sens
que la concession a été conclue intuitu personae. En conséquence, le
concessionnaire ne peut ni la céder ni sous-traiter sans autorisation.
b-Sanctions
Les sanctions prévues au contrat sont nombreuses. D’une manière générale ce
sont des amendes, la mise sous séquestre dans laquelle l’Administration agit
provisoirement aux lieu et place du concessionnaire défaillant pour assurer aux
frais de ce dernier l’exploitation du service, la déchéance qui le prive une fois pour
toutes et sans indemnité des droits qu’il détenait en raison du contrat. Les
sanctions sont décidées par la seule volonté du concédant c’est-à-dire
unilatéralement, excepté la déchéance qui ne peut être prononcée que par le juge.
Dans l’hypothèse où le contrat ne prévoit pas de sanctions, le manquement du
concessionnaire à ses obligations peut, toujours, en conformité avec le droit
commun être sanctionné par des dommages- intérêts.
4-Les droits du concessionnaire
Les droits du concessionnaire de service public se ramènent aux droits afférents à
la gestion du service (1), aux droits pécuniaires (2).
1-Les droits relatifs à la gestion du service
Pour faire fonctionner le service concédé, le concédant met à la disposition du
concessionnaire un ensemble de moyens de diverse nature. Il s’agit de moyens
matériels, juridiques nécessaires. Ce sont soit, les biens du domaine privé ou
public qui lui sont affectés soit, des privilèges exorbitants du droit commun.
Il bénéficie le plus souvent du monopole de droit, (l’Administration s’engage à ne
pas traiter avec un concurrent). Ce monopole de nos jours est remis en cause au
niveau de l’Union Européenne et d’autres Communautés d’Etats. Le
concessionnaire peut même bénéficier de prérogatives de puissance publique : par
exemple expropriation pour cause d’utilité publique.
2-Droits pécuniaires
Ils constituent pour le concessionnaire les droits les plus importants. Ce dernier
entant que privé compte tirer de sa gestion les bénéfices escomptés.
- Dans les conditions normales, il se rémunère sur le produit des taxes perçues sur
les usagers en contre partie du service rendu. Mais les tarifs du service rendu sont
fixés par les clauses réglementaires. C’est le concédant qui fixe en principe les
tarifs. Ceci s’explique par leurs incidences économiques et sociales. Le
concessionnaire ne peut l’obliger à les modifier. Cette maitrise des tarifs par le
concédant présente des inconvénients. En effet, en période d’instabilité
économique, cela risquerait, à défaut de contrepartie de déséquilibrer totalement
la concession. Il n’est pas exclu dans certains cas que le concédant décide de
laisser la maitrise des tarifs au concessionnaire (cas des autoroutes en France).
2) En dehors des clauses formelles, le concessionnaire peut se prévaloir du
principe de l’équilibre financier du contrat. Commun à tous les contrats
administratifs, ce principe vaut pour la concession en raison de sa longue durée et
joue un rôle essentiel. Il apparait comme un compromis entre les intérêts du
concessionnaire qui n’a pas assumé la gestion pour se ruiner et les exigences
inhérentes à tout service public à savoir : la continuité que compromettrait la ruine
du concessionnaire ; l’adaptation aux circonstances qui implique le maintien de
l’autorité du concédant.
Les deux théories du fait du prince et de l’imprévision en sont les applications
essentielles.
La théorie du fait de prince est dans le cadre d’un contrat administratif, une
mesure prise par l’autorité concédante ayant pour conséquence d’aggraver les
charges financières du cocontractant et de mettre à mal l’équilibre du contrat. Si
le juge administratif constate que le fait du prince frappe spécialement le
cocontractant, ce dernier a droit au rétablissement de l’équilibre financier du
contrat et à l’indemnisation intégrale du préjudice subi.
Dans la théorie de l’imprévision, c’est l’aléa économique qui est pris en
considération. Il peut arriver qu’au cours de l’exécution du contrat d’une certaine
durée que des bouleversements économiques indépendants de la volonté des
parties, imposent au cocontractant une charge susceptible de le ruiner.
L’exécution reste possible mais devient ruineuse.
La combinaison des deux théories :
-le concessionnaire a droit à une indemnisation totale des charges supplémentaires
résultant soit de la mise en oeuvre du pouvoir de modification unilatérale de
l’organisation du service, soit de la prise d’une mesure générale lorsque celle-ci
porte sur l’un des éléments essentiels du contrat et affecte spécialement le
concessionnaire ;
-le concessionnaire a droit à une indemnisation partielle qui conduit à un partage
des charges avec le concédant dans des proportions fixées par le juge lorsque
l’économie du contrat se trouve bouleversé soit par des circonstances
économiques imprévisibles (théorie de l’imprévision), soit des décisions
générales sur le plan économique social ou fiscal prises par l’autorité concédante
ou par une autre autorité publique.
5) Le contentieux de la concession
Les règles générales relatives au contentieux de la concession de service public
révèlent la complexité des situations juridiques nées de la concession de service
public. Les unes relèvent du droit privé, les autres du droit public.
5-1 Relèvent de la compétence du juge judiciaire :
a)Les litiges entre le concessionnaire et les usagers, car ils mettent en présence
des personnes privées ;
b) La même règle est applicable pour la même raison en ce qui concerne les litiges
opposant le concessionnaire à ses cocontractants privés (fournisseurs, ou tiers) ;
c) Les litiges entre le concessionnaire et ses agents gardant la qualité de personnes
privées. La compétence du juge judiciaire s’applique à la fois au statut interne de
l’entreprise concessionnaire ainsi qu’à ses rapports avec ses salariés.
5-2 Relèvent de juge administratif :
a)Les litiges entre le concédant et le concessionnaire parce qu’ils concernent un
contrat administratif ;
b) Les litiges susceptibles d’opposer les usagers à l’autorité concédante. Les
premiers peuvent demander au second d’user de ses pouvoirs en vue d’obliger le
concessionnaire à respecter les règles d’organisation du service. En cas refus de
l’autorité concédante, ils peuvent attaquer sa décision par voie de recours pour
excès de pouvoir ou mettre en cause sa responsabilité ;
c) Les actes à portée générale édictés par le concessionnaire relatifs au régime du
service et qui de ce fait se voient reconnaitre le caractère de règlement
administratif (TC, 15 Janv.1968, Epoux Barbier).
6- La fin de la concession de service public
Dans différents cas intervient la fin de la concession.
a) Expiration de la durée
Normalement la concession prend fin à l’expiration de la durée pour laquelle elle
a été conclue. Toutefois, elle peut être renouvelée ;
b) La fin de la concession pour raison d’intérêt général et sans faute du
concessionnaire
En vertu de l’application de la théorie générale des contrats administratifs, le
concédant, lorsque l’intérêt général l’exige et sans faute du concessionnaire peut
soit, mettre fin à la concession, soit supprimer le service, soit gérer le service selon
une autre méthode. Dans cette hypothèse, le concessionnaire a droit à
l’indemnisation du dommage subi du fait du concédant. Toutefois, le juge se
donne le pouvoir de vérifier le bien fondé des motifs d’intérêt général invoqués
par le concédant à l’appui de sa décision et annule celle-ci, s’il trouve qu’elle est
insuffisamment justifiée (CE, 2 Février 1987, Sté TV6 et autres, annulation du
décret résiliant la concession accordée à cette Société).
d) Déficit sans possibilité de redressement de la concession de service
Dans certains cas, les circonstances rendent une fois pour toutes c’est- à-dire-
définitivement sans aucun espoir de redressement l’exploitation du service
concédé. C’est le cas en particulier s’il ne répond pas aux besoins du public. Dans
cette hypothèse, faute d’accord amiable le concédant ou le concessionnaire peut,
donc demander au juge de prononcer la résiliation du contrat. C’est cette solution
qui a été retenue dans l’affaire Tramways de Cherbourg (CE, 9 Dec, 1932
Tramways de Chebourg).
B- LES AUTRES MODES DE GESTION DES SERVICES PUBLICS
En plus de la concession de service public, il existe d’autres modes de gestion. Ce
sont la régie intéressée, l’affermage, le marché d’entreprise de travaux publics.
1-La régie intéressée
On parle de régie intéressée, lorsque le service est confié par contrat à un
organisme public ou privé appelé gérant ou régisseur intéressé. Ce dernier est
rémunéré non pas en fonction des bénéfices réalisés mais en fonction d’autres
éléments de sa gestion qui peuvent être : les économies réalisées, les gains de
productivité, l’amélioration de la qualité du service.
2- L’affermage
On parle d’affermage lorsque le service est assuré par un fermier choisi librement
par la personne publique qui lui délègue le service par contrat. Il se distingue de
la concession de service public par le mode de rémunération du fermier. Le
fermier doit verser à la personne publique une redevance déterminée. La
différence entre le montant de cette redevance et les recettes qu’il réalise constitue
sa rémunération. Dans le cas où l’usage d’ouvrages est nécessaire pour
l’exécution du service, leur construction est à la charge de la personne publique
qui les remet également en l’état.
3- Les marchés d’entreprise de travaux publics
Les marchés d’entreprise de travaux publics ont pour objet de confier au
cocontractant de l’Administration l’exploitation d’un ouvrage public et celle du
service public assuré grâce à l’ouvrage. La rémunération du cocontractant est
assurée par un prix directement payé par la personne publique en contrepartie du
service rendu. La rémunération du cocontractant ne dépend pas des résultats de
l’exploitation.
SECTION IV : LES PRINCIPES FONDAMENTAUX DE
FONCTIONNEMENT DES SERVICES PUBLICS OU LES LOIS DU
SERVICE PUBLIC
Il importe dans cette rubrique de faire une distinction entre les principes qui
procèdent de l’environnement juridique globale de ceux qui sont inhérents au
fonctionnement même des services publics. Les premiers imposent des
prescriptions générales qui relèvent des exigences de l’Etat de droit ou de la
démocratie, ou de la communautarisation du droit (§1). Les seconds prennent leur
importance dans les rapports entre l’Administration (services publics) et les
usagers (§2).
§1) Les principes gouvernant les activités économiques
On l’a vu, le cadre juridique des activités de service public peut obéir aux règles
du droit privé ou plutôt aux règles de droit public en fonction de la nature de
l’activité (SPA/SPIC) et de celle de la personne gestionnaire (personne publique
/ personne privée).
Par ailleurs, concernant les activités qui prennent corps dans le domaine
économique (ce qui est le cas des SPIC, mais pas seulement), on a vu combien
était prégnant l’impératif du respect de la liberté des acteurs économiques privés
au double stade :
- de la création, avec l’exigence (mesurée) que constitue le principe de la liberté
du commerce et de l’industrie ;
- du fonctionnement, déjà, avec l’impératif du droit de la concurrence (notamment
dans son versant européen) et la question des aides publiques (financières ou
autres – fiscales, matérielles…) dont peuvent bénéficier les acteurs économiques
chargés de mission de service public.
Toujours dans le domaine économique mais à la lisière de la création (ou souvent
de l’acte de délégation) et du fonctionnement, on trouve aussi la question des
avantages (vis-à-vis des autres opérateurs du secteur concerné) que peut octroyer
la personne publique à un opérateur auquel elle confie une mission de service
public, ou bien des droits et avantages que la collectivité peut elle-même
s’octroyer si elle gère l’activité en régie.
L’acte portant création et/ou délégation d’une activité de service public dans le
domaine économique doit ainsi être conforme au droit de la concurrence, c’est-à-
dire ne pas entraîner ou permettre des comportements anticoncurrentiels sur un
marché donné (« pertinent »). Cette exigence résulte :
- Du droit de la CEDEAO/UEMOA
- Du droit interne
On s’est pourtant longtemps demandé si les actes des personnes publiques
réalisées en tant qu'autorité publique (création d’un service public, délégation de
celui-ci) devaient être soumis au respect de ces règles. Le droit a ici évolué en
deux temps, dans un contexte de concurrence juridictionnelle entre le Conseil
d’État et le juge judiciaire (Cour d’appel de Paris et Cour de cassation) :
- d’abord, le Tribunal des conflits a jugé qu'un acte de dévolution d’une activité
de service public, même si celui-ci prend pied dans le domaine économique, est
un acte d'organisation du service public et pas une activité de production, de
distribution ou de services entrant dans le champ de l'ordonnance de 1986 (TC, 6
juin 1989, Ville Pamiers : service d’eau). L’idée était qu’un acte juridique n'était
pas en lui-même susceptible d'influencer le marché, de sorte qu’il ne pouvait pas
violer les règles de la concurrence (CE, 23 juill. 1993, Compagnie générale des
eaux) ;
- puis le Conseil d'État a abandonné cette solution, admettant la compétence du
juge administratif pour se prononcer sur la validité d'un contrat de concession de
service public au regard des règles de l'ordonnance de 1986 (CE, 3 nov. 1997,
Société Millon et Marais). Le Conseil d’État, au bénéfice d’une analyse réaliste
des effets induits par l’acte juridique, sauve sa compétence « en échange » d’une
soumission des actes administratifs au respect d’une législation considérée
comme de droit privé.
Ainsi, l’acte créant ou confiant une activité de service public ne doit pas, par
l’avantage qu’il confère à la personne publique elle-même ou à son délégataire
sur un marché, entraîner une distorsion de concurrence (abus de position
dominante…).
Cela ne signifie pas que la personne publique ou l’opérateur privé chargé de la
mission de service public ne puisse pas bénéficier de droits particuliers (accès à
telle ressource ou à telle partie du domaine public, par exemple), mais ils devront
être nécessaires à l’accomplissement de leur mission d’intérêt général, selon une
logique proche de celle applicable en matière d’aides d’État.
le principe de la liberté du commerce et de l'industrie, dont le respect implique
notamment que les personnes publiques n'apportent pas aux activités
économiques exercées par des tiers des restrictions qui ne seraient pas justifiées
par l'intérêt général et proportionnées à l'objectif poursuivi ;
- le droit de la concurrence, dont le respect empêche qu’un opérateur soit
automatiquement placé en situation d'abuser d'une position dominante
Enfin, on notera que lorsque ça n’est plus l’acte de création du service public qui
est en cause, mais le comportement même de la personne publique ou de
l’opérateur auquel elle a confié l’activité de service public, c’est le juge judiciaire
qui redevient compétent pour connaître des atteintes éventuelles au droit de la
concurrence. Autrement dit, au juge administratif les décisions, au juge judiciaire
les comportements.
§2) Les principes communs aux activités administratives
Il faut distinguer les lois de services publics (A) des autres principes qui
gouvernent les activités administratives (B).
A) Les lois du service public
Lorsqu’on parle de « lois du service public », il ne s’agit pas de loi au sens d’acte
voté par le Parlement selon la procédure législative prévue à cet effet. Ces « lois
» renvoient à ensemble de principes jurisprudentiels qui, mis en lumière par Louis
Rolland (d’où l’appellation de « lois de Rolland ») ont permis de donner un
contenu juridique à la notion de service public dans les années 30’.
Justifiées par le caractère d’intérêt général de l’activité de service public, elles
s’imposent autant qu’elles ouvrent des possibilités à l’administration qui en est
responsable. Difficile, donc, de les placer globalement dans le champ des
prérogatives ou des sujétions particulières bénéficiant ou incombant aux
personnes publiques. Elles sont liées à l’activité elle-même, indépendamment de
leurs effets sur l’administration ou sur les usagers. Ces lois sont classiquement
présentées sous la forme de trois principes, ceux de mutabilité (ou d’adaptation),
de continuité, d’égalité.
1°) La mutabilité ou l’adaptabilité
Le principe de mutabilité est lié au fait que le service public poursuit un but,
l’intérêt général, qui n’est pas figé et intemporel, mais dont les exigences peuvent
changer dans le temps (voir supra). De sorte que le service public doit lui-même
pouvoir, et doit s’adapter à ces évolutions. C’est une exigence qui s’impose à tous
(quoique de façon déséquilibrée dans la mesure où la puissance publique conserve
assez largement le pouvoir de définir ce qui relève de l’intérêt général ou pas) :
- l’administration est, en théorie, tenue de faire évoluer le service public de façon
à ce qu’il corresponde à l’intérêt général qu’il prétend poursuivre. Difficile
cependant, en pratique, d’imposer à l’administration l’obligation « positive » de
modifier les conditions de fonctionnement d’une activité de service public ;
- le cocontractant de l’administration, par exemple l’entreprise qui s’est vue
confier la gestion d’une activité de service public, ne peut s’opposer à la
modification unilatérale du contrat par l’administration si cette modification
répond à l’évolution des exigences de l’intérêt général. Pour le dire autrement, les
engagements contractuels que souscrit l’administration avec des tiers ne la
contraignent que dans la mesure où l’intérêt général ne suppose pas leur
modification.
- l’usager ne peut s’opposer à l’action de l’administration visant à adapter le
service public aux exigences nouvelles de l’intérêt général.
Les usagers n’ont donc pas de droit acquis au maintien du service public dans la
forme qui peut être la sienne à un moment donné, dès lors que la modification des
conditions d’exploitation du service est justifiée par des considérations crédibles
d’intérêt général. La modification peut concerner les prix pratiqués ou la teneur
même des prestations fournies.
Le principe de mutabilité permet même à l’administration de procéder à la
suppression pure et simple de l’activité de service public (en matière culturelle ou
sociale, par exemple).
Outre les hypothèses où la teneur de l’intérêt général justifiant la modification des
conditions d’exercice d’une activité de service public serait rigoureusement
définie, l’usager peut néanmoins s’opposer, dans certains cas, à des modifications
:
* en cas de suppression totale ou partielle du service, l’usager peut opposer le
caractère de service public obligatoire de l’activité concernée ;
*en cas de modification « sauvage » des conditions d’exécution du service, c’est
à dire en l’absence de redéfinition expresse de l’activité, l’usager est en droit de
réclamer un fonctionnement normal du service, c’est-à-dire un fonctionnement
conforme à celui défini par les textes et/ou le contrat.
Il peut même demander (sans nécessairement l’obtenir), l’abrogation d’un mode
d’organisation du travail choisi dans le cadre du fonctionnement d’un service
public dès lors que ce mode d’organisation est de nature à nuire à la qualité du
service public.
*en cas de modification des conditions d’exécution du service, encore, l’usager
peut s’opposer à leur caractère rétroactif. En effet, les modifications décidées ne
peuvent avoir d’effet que pour l’avenir en vertu du principe de non-rétroactivité
qui s’applique de façon générale aux actes règlementaires (ce qui prend toute son
importance en cas de modification tarifaire, voir CE, 25 juin 1948, Société du
Journal l’Aurore, GAJA).
- les personnels affectés à l’exécution des missions de service public ne peuvent
eux non plus s’opposer à la modification des conditions d’exercice de leur
mission.
C’est notamment le cas pour les fonctionnaires, qui sont placés dans une situation
statutaires et réglementaire vis-à-vis de leur employeur public. Leur situation peut
donc être à tout moment et unilatéralement modifiée : charge de travail alourdie,
conditions de travail modifiées…
Mais c’est plus largement le cas pour l’ensemble des agents publics, y compris
les contractuels. Ainsi, l’autorité compétente peut « fixer et modifier librement les
dispositions statutaires qui régissent les agents des services publics, mêmes
contractuels, et notamment celles qui sont relatives aux conditions de leur
rémunération » (CE, 11 octobre 1995, Institut géographique national, n° 142644).
2) La continuité
Le principe de la continuité du service public prolonge, s’agissant des services
publics, la continuité de l’État lui-même (et par extension des collectivités
territoriales). Il n’a donc pas « seulement » vocation à assurer la satisfaction
pérenne de l’intérêt général, d’impératifs liés à la solidarité sociale, mais à
manifester la continuité de l’action publique elle-même.
Concrètement, le principe de la continuité du service public a une double
implication :
- le fonctionnement ininterrompu de certains services publics, qu’il soit possible
de les rattacher à des matières régaliennes (armée, police, justice, fiscalité,
diplomatie) ou à la satisfaction de besoins essentiels de la population (hôpitaux,
distribution de l’eau, du gaz et de l’électricité…). Il n’y a pas d’État « à éclipses
» (Gazier, concl. sur CE, Ass., 7 juillet 1950, Dehaene) ;
- le fonctionnement ponctuel et régulier du service public, notamment le respect
des horaires garantissant l’accès des usagers au service.
Sources – Le principe de continuité apparaît avec force dans la jurisprudence
administrative au début du 20ème siècle : CE, 7 août 1909, Winkell.
Au nom de l’impératif de la continuité de « la vie nationale », les services publics
doivent être assurés de façon continue. C’est bien la continuité de l’État qui
implique celle des services publics (il est vrai que pour l’école du service public,
les deux se confondent), impératif qui conduit à son tour à retirer aux
fonctionnaires le droit de grève.
Dans un tout autre contexte, le Conseil constitutionnel fait également de la
continuité du service public un principe à valeur constitutionnelle, dans une
affaire où il s’agit pour lui aussi d’articuler cette exigence de continuité avec la
reconnaissance du droit de grève dans le préambule de la Constitution de 1946.
Les incidences du principe de la continuité du service public sont nombreuses et
concernent tant l’administration elle-même, ses cocontractants (c’est-à-dire ceux
à qui elle confie une mission en lien avec le service public) que ses agents :
- l’administration au sens organique, qui regroupe les personnes publiques
responsables du service public, ne peut pas mettre à mal elle-même le principe de
continuité en décidant, sans pour autant le supprimer, d’interrompre le
fonctionnement du service ;
-les personnes privées ou publiques délégataires d’un service public sont, pour la
même raison, tenue d’exécuter le service, sauf cas de force majeure. Cela implique
qu’elles doivent continuer d’assurer le fonctionnement du service public alors
même que l’activité les placerait dans une situation financière difficile. Cesser
unilatéralement d’exécuter la mission de service public constitue ainsi la faute la
plus grave que le délégataire puisse commettre. Elle justifie une résiliation-
sanction du contrat par l’administration, aux torts exclusifs de son cocontractant.
- les fonctionnaires et agents publics peuvent enfin voir limité leur droit de grève
(ainsi que leur liberté syndicale – voir CEDH, 2 octobre 2014, Matelly c/ France,
n° 10609/10 : l’interdiction faite aux militaire de toute activité syndicale ou de
l’adhésion à un syndicat est une atteinte à l’article 11 de la Convention sur la
liberté d’association).
On l’a vu, l'interdiction de la grève dans la fonction publique a longtemps reposé
sur l’idée selon laquelle elle ruinerait le devoir d'obéissance hiérarchique et la
continuité des services publics (CE, 7 août 1909, Winkell, préc.). La constitution
du 27 octobre 1946 dispose cependant en son préambule – alinéa 7 – que « le droit
de grève s'exerce dans le cadre des lois qui le réglementent ». L’affirmation n’est
pas très claire pour autant, l’exercice du droit de grève paraissant subordonné à
l’édiction d’une loi en précisant les modalités, loi inexistante pour les
fonctionnaires.
Un équilibre est trouvé en 1950 (CE, Ass., 7 juillet 1950, Dehaene, confirmé par
CC, 25 juillet 1979, n° 79-106 DC, préc.). Le Conseil d’État pose deux éléments
:
-le droit de grève a valeur constitutionnelle et bénéficie d’une applicabilité
immédiate au bénéfice des fonctionnaires en dépit de la carence du législateur ;
-mais il revient au gouvernement, dans le silence de la loi, de fixer sous le contrôle
du juge les limites au droit de grève qu’impose le bon fonctionnement du service
et, en particulier, le principe de continuité du service public.
L’autorité administrative et, a fortiori, le législateur, peuvent donc règlementer
l’exercice du droit de grève dans la fonction publique. Ainsi, certains corps de
fonctionnaires se voient purement et simplement privés de l’exercice du droit de
grève : police, services extérieurs de l'administration pénitentiaire, magistrats
judiciaires, personnel chargé des transmissions au ministère de l'Intérieur, préfets,
ingénieurs météo...
3) L’égalité
Avec la liberté et la propriété, l’égalité fait partie des trois grands principes
consacrés par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, ce qui
en fait naturellement un principe de valeur constitutionnelle. Dès l’article 1er, la
Déclaration affirme que « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en
droits ». Ce principe général est ensuite décliné :
- l’article 6 précise que tous les citoyens sont égaux devant la loi (« Elle doit être
la même pour tous ») ;
- l’article 13 consacre ensuite l’égalité de tous devant l’impôt (« Pour l'entretien
de la force publique, et pour les dépenses d'administration, une contribution
commune est indispensable : elle doit être également répartie entre tous les
citoyens, en raison de leurs facultés »).
Les citoyens sont aussi égaux, prétend Rolland, au regard des conditions de
fonctionnement du service public.
Définition – Le principe d’égalité implique que les usagers se trouvant dans une
situation identique vis-à-vis du service public doivent bénéficier d’un traitement
identique. Le Conseil d’État y voit un principe général du droit (CE, 9 mars 1951,
Société des concerts du conservatoire, GAJA).
Tel qu’il est défini par le Conseil d’État, le principe d’égalité des usagers devant
le service public n’implique pas systématiquement un traitement identique des
premiers dans le cadre du second. Un traitement différent est possible selon une
grille d’examen elle-même définie par le Conseil d’État dans l’affaire Denoyez et
Chorques (CE, 10 mai 1974, Denoyez et Chorques) et reprise par le Conseil
constitutionnel (CC n° 79-107 DC, 12 juillet 1979, « Ponts à péage »). On
distingue entre deux hypothèses :
- si les usagers sont dans une situation identique par rapport au service, le principe
d’égalité implique qu’ils soient traités de façon identique.
Pour autant, une différence de traitement peut être justifiée par des considérations
d’intérêt général liées au fonctionnement du service. Autrement dit, l’autorité
gestionnaire du service ou le législateur interviennent a posteriori pour « créer »,
au nom de l’intérêt général, des catégories d’usagers ;
- si les usagers sont a priori et objectivement dans une situation différente par
rapport au service, le principe d’égalité permet qu’ils soient traités de façon
différente.
Qu’elle repose sur une différence de situation ou sur un motif d’intérêt général, la
différence de traitement peut être organisée soit par le gestionnaire du service
public, soit par le législateur. Cela implique une distribution des rôles
juridictionnels. Ainsi, le juge administratif contrôle les différences opérées par le
gestionnaire du service public, tandis que le Conseil constitutionnel intervient, par
voie d’action ou par voie d’exception, lorsque le traitement différencié est la
conséquence d’une loi.
-sur un impératif d’intérêt général. Cet impératif peut consister à faciliter l’accès
au service public d’une catégorie bien précise d’usagers.
Dès lors que la différence de traitement est légale, le principe d’égalité peut être
invoqué par les usagers pour obtenir un traitement plus avantageux de la part de
l’administration. Dit autrement, un usager peut se prévaloir de l’avantage accordé
à un autre appartenant à une même catégorie.
B°) Les autres principes applicables aux SP
Certains auteurs ont pu noter les insuffisances du régime juridique « minimal »
du service public tel qu’il est défini par L. Rolland. L’existence d’autres « lois »
a ainsi pu être avancée. On pense :
-à l’idée de « transparence » de l’action administrative, dont le contenu apparaît
si éclectique qu’il n’est guère évident d’en faire un principe cohérent (accès aux
documents administratifs, obligation de motivation des décisions défavorables,
publicité de la passation des contrats publics, mise en ligne des circulaires…) ;
-à l’idée de « participation » des usagers au fonctionnement du service public ;
Deux possibles lois interrogent cependant plus avant : la neutralité et la gratuité
du service public.
1°) La neutralité
L’exigence de neutralité du service est souvent présentée comme un
prolongement naturel d’autres principes. Il s’agit :
- du principe d’égalité. De fait, la neutralité du service public, qui implique de ne
pas prendre parti et de ne montrer aucune préférence sur le terrain philosophique,
politique ou religieux, participe de l’objectif du principe d’égalité, celui d’éviter
des différences de traitement illégitimes ;
- du principe de la laïcité. On se contentera ici de constater que, contrairement à
une idée répandue, le principe de neutralité n’a pas qu’une dimension religieuse,
mais porte de façon générale l’impossibilité de montrer une préférence
philosophique, politique ou idéologique. La neutralité du service public ne se
résume donc pas à un instrument de mise en œuvre de la laïcité.
2°) La gratuité
Lorsque l’on parle de la « gratuité du service public », l’on entend par là l’absence
de financement direct par l’usager du service. La gratuité n’est donc, au mieux,
que relative.
Pour autant, la gratuité s’impose bel et bien pour certaines activités de service
public. Il en va ainsi des services publics administratifs rendus obligatoires par la
Constitution ou la loi.
Chapitre II : La police administrative
La police administrative constitue avec le service public les deux missions
essentielles de l’Administration. La police est entendue ici au sens de l’activité et
non comme l’institution ou le corps de fonctionnaires (Police nationale relevant
du ministère de la sécurité intérieure, Gendarmerie nationale dépendant de la
défense nationale). La libre activité des particuliers dans une société organisée
connait nécessairement des limites. Celles-ci sont tracées par l’autorité
compétente. Elle effectue cette tâche en définissant par la loi les garanties
fondamentales accordées aux citoyens pour l’exercice de ces libertés. Il revient au
pouvoir exécutif de préciser et de compléter ces prescriptions essentielles,
d’assurer leur application concrète et d’une façon générale de prévenir toute sorte
de désordre. Cette tâche incombe à la police administrative. La police
administrative est l’ensemble des interventions de l’Administration destinées
à imposer à la libre action des particuliers la discipline exigée par la vie en
société conformément au cadre tracé par le constituant et le législateur.
La police peut être définie d’un point de vue matériel et d’un point de vue
organique. Si le mot police signifie essentiellement comme on vient de le voir une
forme d’action, dans le langage courant, il signifie l’ensemble des services
chargés de cette action et qui constitue au sens organique le service public de la
police.
Si la police en tant qu’activité est bien distincte de l’activité de service public, il
n’en demeure pas moins qu’il existe un service public de police, entendez par là
une organisation chargée de cette activité. La police est une activité spécifique de
prescription consistant à réglementer des activités privées en vue du maintien de
l’ordre public, dans le respect des libertés. Le terme de police désigne aussi les
agents, le personnel, qui accompagne cette activité.
Enfin selon Jean Rivero, la police se présente comme « l’ensemble des
interventions de l’Administration qui tendent à imposer à la libre action des
particuliers la discipline exigée par la vie en société ». Dans ce sens, elle se
traduit par l’édiction des normes juridiques qui sont pénalement sanctionnées. Il
s’agit généralement de normes à caractère réglementaire (réglementation de la
circulation, du stationnement, du commerce ambulant..). ces normes peuvent être
également des actes individuels (suspension du permis de conduire, interdiction
d’une manifestation). Seront abordés dans cette étude, les buts de la police
administrative (Section 1) les procédés, les autorités et les limites du pouvoir de
police (Section 2).
SECTION 1 : LES BUTS DE LA POLICE ADMINISTRATIVE
Les buts de la police administrative consistent à prévenir les atteintes à l’ordre
public. L’objectif de la police administrative consiste à éviter qu’un trouble se
produise ou s’aggrave. Le caractère préventif de la police administrative la
distingue de la police judiciaire. Ensuite, il convient de définir le contenu concret
de la notion d’ordre public.
PRAGRAPHE I : LE CARACTERE PREVENTIF DE LA POLICE
ADMINISTRATIVE
La portée de la distinction entre police administrative et police judiciaire est
essentielle. La première incombe au pouvoir exécutif et les litiges y afférents
relèvent de la juridiction administrative. En revanche, la seconde dépend du
pouvoir judiciaire et son contentieux relève de la juridiction judiciaire. Police
administrative et Police judiciaire se distinguent par leur finalité. Préventive, la
police administrative a pour but d’éviter qu’un trouble se produire ou
s’aggrave, se prolonge. En ce qui concerne la police judiciaire, elle est
essentiellement tournée vers la répression pénale. Elle intervient lorsqu’une
infraction a été commise. Son rôle consiste à la constater, à en identifier les
auteurs, à commencer à rassembler les preuves afin de permettre à la juridiction
pénale d’exercer son action.
Les deux idées de prévention et de répression ne doivent pas être comprises de
manière absolue. En effet, la police judiciaire ne réprime pas elle-même. Elle se
contente de préparer la répression pénale par le juge pénal. En ce qui concerne
la police administrative, elle intervient après la manifestation des désordres
qu’elle entend prévenir afin de rétablir l’ordre.
Dans la pratique, la distinction est parfois difficile en raison d’abord d’une
certaine identité du personnel. En effet, les autorités chargées de la police
administrative participent parfois à l’exerce de la police judiciaire. Ainsi les
Commissaires et agents de police, les gendarmes exercent à la fois les attributions
relevant de deux polices.
Dans la pratique, elles sont parfois étroitement liées. A titre d’exemple on peut
citer l’agent de police qui dirige la circulation. S’il s’arrête pour dresser une
contravention, il passe de la police administrative police judiciaire.
La police administrative peut être distinguée de la police judiciaire au moyen
d’un critère finaliste, précisé par la jurisprudence en 1951 (C.E S, 11 Mai 1951,
Baud, Rec. 265 S 1925.3.13, Concl. Dévolvé) : la première recouvre les
missions de contrôle et de surveillance générale (caractère préventif), la
seconde intervient dans la recherche ou l’arrestation des auteurs d’une
infraction déterminée (caractère préventif).
Cette distinction détermine la compétence juridictionnelle pour connaitre du
contentieux des opérations de police (Juge administratif pour la police
administrative, judiciaire pour la police judiciaire).
La jurisprudence a dû dégager des critères permettant de distinguer la police
administrative de la police judiciaire. Schématiquement, la police judiciaire tend
à réprimer, la police administrative à prévenir les troubles, à préserver l’ordre
public.
Plus précisément le Conseil d’Etat et les tribunaux des conflits retiennent un
critère finaliste comme le font remarquer les auteurs du GAJA, le Conseil d’Etat
a reconnu une activité de police judiciaire dans une opération de recherches
des infractions et de poursuites des auteurs.
Quand les policiers recherchent des individus signalés comme faisant partie
d’une bande de malfaiteurs en vue de les interpeller, il s’agit d’une opération de
police judiciaire et le juge judiciaire est compétent pour réparer les
conséquences dommageables. Cela est conforme aux dispositions du Code de
Procédure Pénale selon laquelle la police judiciaire a pour mission de « constater
les infractions à la loi pénale, d’en rassembler les preuves et d’en rechercher les
auteurs tant qu’une information n’est pas ouverte ». En revanche les missions de
contrôle et de surveillance relèvent de la police administrative.
Les affaires Demoiselle Motsch et Société le Profil montrent les subtilités
auxquelles peut aboutir cette démarche. Dans ladite affaire, il s’agissait de
coups de feu tirés par la police sur une automobile qui avait forcé un barrage
de police. Une passagère du véhicule a été blessée. Elle demandait réparation.
A l’origine, il s’agissait d’une opération de police administrative, elle n’avait pas
pour but d’arrêter une personne déterminée. Le ministre de l’intérieur de l’époque
avait développé les opérations dites « coup-de-poing » (barrages accompagnés
de contrôle de police) pour prévenir et décourager les actes de banditisme.
Mais, dans cette affaire, le tribunal des conflits a estimé que l’opération
s’était transformée en opération de police judiciaire. L’automobiliste avait
forcé le barrage, grillé des feux rouges, emprunté une voie en sens interdit et foncé
sur un agent qui tentait de l’arrêter. Quand la police tire une balle, elle cherche
à arrêter une personne déterminée, celle qui vient de commettre une
infraction.
Aussi, le tribunal des conflits décide qu’en « utilisant son arme dans l’intention
d’appréhender un individu qui venait de commettre une infraction, l’officier de
police avait accompli un acte qui relèverait de la police judiciaire ».
Dans la seconde affaire, la société le Profil fait assurer par le Commissaire de
police la protection des transferts de fonds qu’elle opère régulièrement pour la
paye du personnel entre la banque et son usine. Au cours d’un de ces transferts,
des bandits s’emparent de l’argent par une attaque à main armée. Les policiers
n’osèrent pas tirer de peur de blesser quelqu’un dans la foule. L’argent ne fut pas
retrouvé.
La société engage la responsabilité de l’Etat en invoquant à la fois
l’insuffisance des précautions prises avant le vol et immédiatement après. Le
Commissaire du Gouvernement avait démontré que l’opération avait plusieurs
aspects. Avant l’attaque, c’était une opération de surveillance, Pendant
l’attaque, l’opération devenait mixte : elle avait pour objet d’empêcher les
malfaiteurs de partir avec de l’argent et de leur arracher le butin qu’ils
venaient de prendre. Après l’attaque cela devenait une opération de police
judiciaire. Il s’agissait d’interpeller les auteurs d’une infraction. Mais le tribunal
des conflits a estimé qu’il s’agissait d’une manière dominante d’une
opération de police administrative.
Le tribunal des conflits a estimé que « le préjudice allégué intervenu au cours
d’une opération tendant à assurer la protection des personnes et des biens
trouve essentiellement son origine dans les conditions dans lesquelles a été
organisé cette mission de protection ». Une telle mission relevant de la police
administrative. Le juge administratif étant compétent pour connaitre l’ensemble
du litige.
Le 16 mai 1998, vers 23H45, le Garde-champêtre de la commune de Chalifert
(Seine et Marne) a tenté d’interpeller deux individus circulant à motocyclette qu’il
soupçonnait d’être en état d’ébriété. Une altercation s’est produite au cours de
laquelle, le Garde-champêtre utilisant son fusil à pompe a blessé ces deux
personnes. En effectuant une ronde de surveillance, le Garde-champêtre
exerçait des attributions de police administrative et n’est intervenu que pour
prévenir d’éventuels troubles à l’ordre public que l’état des intéressés pouvait
laisser craindre, ses activités se rattachant à la police administrative.
Le 7 Août 1984 vers 4 heures du matin, M. Devossel a été accidentellement blessé
alors qu’il empruntait à pied le boulevard Jean Jaurès à Boulogne-Billancourt par
une balle de l’arme de service d’un gardien de la paix qui, avec quatre autres
effectuaient une ronde de surveillance ayant le caractère d’une opération de
police administrative. En l’absence de tout indice dans le dossier permettant
de considérer que le comportement de M. Devossel a été de nature à modifier
ce caractère et à faire regarder le gardien de paix comme participant au moment
de l’accident à une opération de police judiciaire, le litige qui l’oppose à l’Etat et
à M. Devossel et qui a trait à l’indemnisation éventuelle du préjudice qui a été
causé à l’intéressé dans les circonstances rappelées relève de la compétence de la
juridiction administrative.
M. Berrandou faisait partie d’un groupe d’une trentaine de jeunes qui le 14 mai
1972 vers 4 heures du matin ont tenté de pénétrer par force dans la salle d’un
restaurant de Satrouville où avait lieu un bal privé organisé par une association.
Devant l’attitude menaçant des assaillants dont plusieurs étaient armés de pieux,
de barres de fer, les gardiens de la paix de service à ce bal ont dû faire appel à des
renforts.
Dès leur arrivée sur les lieux, les policiers envoyés en renfort ont été agressés par
les jeunes qui ont blessé deux d’entre eux. Les policiers ont alors, après
sommation fait usage de leurs armes en tirant en l’air, et que l’un d’entre eux qui
se trouvait directement menacé a visé vers le sol, atteignant la jambe de M.
Berrandou. Le Conseil d’Etat rejette la demande de réparation présentée par la
victime estimant que les policiers n’ont pas commis de faute. Puisqu’il s’était
déclaré compétent, il a donc considéré qu’il s’agissait d’une opération de police
administrative ;
Le critère permettant de distinguer la police administrative de la police
judiciaire est celui de l’objet. Ainsi, en vertu de l’article 334 -1 du code de la
santé publique française, la personne trouvée en état d’ivresse sur la voie publique
est, par mesure de police, conduite à ses frais au poste le plus proche ou dans une
chambre de sureté pour être retenue jusqu’à ce qu’elle ait recouvré la raison. C’est
ce qu’ont fait les services de police de Mayenne.
L’individu s’étant pendu dans sa cellule. Cette mesure en cause dont l’objet étant
relatif tant à la protection de la personne concernée qu’à la préservation de l’ordre
public ne relevait pas d’une opération de police judiciaire au sens de l’article 14
du Code pénal français.
La solution proposée par le Commissaire du Gouvernement DEVOLVE en 1951
(Concl. sur CE Sect. 11 MAI 1951, Baud, S, 1952, III, P 13e t sur TC 7 juin 1951
Dame Noualek, p. 636) consiste à s’interroger sur la finalité de l’opération Quel
était l’objectif précis de l’opération ? « Elle est judiciaire à partir du moment
où elle a un objectif pouvant donner lieu à poursuites correctionnelles ou
criminelles », en revanche « tant que l’agent exerce une mission de contrôle
ou de surveillance générale tant que son enquête n’est pas orientée sur une
infraction correctionnelle ou criminelle précise, il est dans l’exercice de la
police administrative ».
Qu’en est-il de l’ordre public ?
SECTION 2 : L’ORDRE PUBLIC
La notion d’ordre public est élastique. En effet, le contenu, de chacune de ses
composantes dépend forcément de la nature subjective que lui donnent
l’Administration, le juge en fonction des circonstances et de leur évolution.
Par son caractère principalement matériel, il s’agit d’éviter les désordres visibles.
Dans les régimes libéraux distincts des régimes totalitaires, l’ordre public dans les
esprits et dans les mœurs ne relève pas de la police. Seules justifient son
intervention les manifestations extérieures du désordre. L’immoralité en elle-
même n’est en particulier objet de police que dans la mesure où elle est en relation
avec des désordres extérieurs soit directement, soit du fait du scandale qu’elle peut
susciter.
Par son caractère public, la police respecte le domicile privé, sauf au cas où les
activités qui s’y déroulent débordent sur l’extérieur. A titre d’exemple, on peut
citer le bruit dû aux appareils trop sonores.
Par son caractère limité, on ramène l’ordre public à trois principaux éléments : le
maintien de la tranquillité, de la sécurité et de la salubrité publique. La
tranquillité signifie le maintien de l’ordre dans la rue, dans les lieux publics,
la lutte contre le bruit. A la sécurité se rattachent les secours en cas d’accident
et de fléaux humains naturels, les incendies, les inondations, les complots
armés etc. La salubrité signifie la sauvegarde de l’hygiène publique : c’est-à-
dire le contrôle de la salubrité des eaux, des denrées, la prévention des
épidermes, la lutte contre les pollutions etc. En principe, la police ne peut
s’exercer en dehors de ces idées. Mais dans le cas particulier des polices
spéciales, la notion d’ordre public peut avoir un contenu plus large dépassant ainsi
même l’aspect purement matériel.
Dans une société démocratique l’ordre public comprend le respect des libertés
fondamentales.
Il faut voir maintenant d’autres aspects de la police administrative.
PARAGRAPHE I : LES PROCEDES DE POLICE, LES AUTORITES ET
LES LIMITES DU POUVOIR DE POLICE ADMINISTRATIVE
On traitera sous cette rubrique les procédés, les autorités et les limites de la police
administrative.
A. LES PROCEDES ET LES AUTORITES DE LA POLICE
ADMINISTRATIVE
Par procédé, il faut entendre moyen, méthode pratique pour faire quelque
chose, pour obtenir un résultat, technique, systémique. Avant de traiter les
procédés de la police administrative générale, il convient au préalable, de
distinguer police administrative générale et polices spéciales.
On peut donc différencier, au sein de la police administrative, la police générale
et les polices spéciales. La police administrative générale vise le maintien de
l’ordre public, elle est exercée par les seules autorités investies du pouvoir de
police générale (à l’échelon national, le Président de la république (CE. 8 Aout
1919, Labonne, Rec. 737) et surtout le premier ministre, titulaire du pouvoir
réglementaire (CE A. 13 Mia 1960 SARL « Restaurant Nicolas », Rec. 324), le
Maire dans sa commune ; le Préfet dans le département.
Les polices spéciales se définissent par un objet plus précis (chasse, pêche,
établissements classés, affichage, cinéma, étrangers, édifices menaçant ruine).
La distinction entre police administrative générale et polices spéciales est à
la base de l’organisation matérielle des pouvoirs de police et de la répartition
des compétences entre les autorités qui en sont investies. Lorsqu’une autorité
est responsable du maintien de l’ordre sur un territoire donné, elle dispose
ipso facto d’un ensemble de compétences et de moyens d’action : c’est la police
générale. En plus, certains textes prévoient, dans le but de prévenir des
désordres dans un domaine bien précis, des moyens plus précis, techniquement
adaptés à ce domaine, en général plus rigoureux : ce sont les polices spéciales.
Ces dernières s’appliquent soit à une catégorie particulière d’individus telle
que la police des étrangers, la police des nomades, soit à une branche
d’activités. A titre d’exemple, on peut citer la police de la chasse, la police des
édifices menaçant ruine. La police administrative générale vise à protéger l’ordre
public dans sa dimension la plus large tandis que les polices spéciales tendent elles
aussi à protéger l’ordre public, mais elles ne visent à garantir que l’un de ses
éléments. Certaines polices spéciales se distinguent en plus de la police
administrative générale par leur but qui déborde la définition traditionnelle
de l’ordre public. A titre d’exemple, on peut citer les polices spéciales destinées
en particulier à protéger l’environnement et l’esthétique. Ces domaines sont
interdits à la police administrative générale.
1. Les procédés de la police administrative générale
La police administrative générale s’exerce de trois manières
- La réglementation
L’autorité à travers le pouvoir réglementaire peut imposer à tous des dispositions
générales restrictives de libertés et pénalement sanctionnées. C’est l’existence de
la sanction pénale qui donne au règlement de police son caractère propre.
- Les décisions particulières
Elles sont nombreuses : autorisations, interdictions (d’une réunion, d’une
manifestation) injonctions par exemple ordre donné à des manifestants de se
disperser. Généralement écrites, ces décisions particulières peuvent également
être verbales ou même être un geste (le bras tendu de l’agent de police interdisant
le passage) ou un signal mécanique (le feu rouge).
- La coercition
L’autorité de police peut utiliser la force pour prévenir ou faire cesser un désordre.
L’action d’office, l’exécution forcée trouvent en matière de police leur principal
champ d’application. Les mesures les plus graves tels que l’emploi des armes, la
participation de l’armée au maintien de l’ordre sont soumises à une
réglementation précise.
2. Les autorités de police administrative
Les autorités de police sont nombreuses au Burkina Faso. Il s’agit du Premier
Ministre, des Maires, des Présidents des Conseil Régionaux, des Gouverneurs de
Région, les Haut-commissaires, les Préfets.
C’est l’interprétation de l’alinéa 3 de l’article 63 de la Constitution qui dispose
que le Premier Ministre est une autorité de police administrative. Aux termes de
cette disposition, il dispose du pouvoir réglementaire hormis celui exercé par le
Président de la République à l’article 36 de la Constitution. On peut
raisonnablement penser que son pouvoir réglementaire s’étend à la police
administrative et qu’il peut prendre des règlements dans ce domaine.
L’article 176, al. 7 de la loi N° 055-2004/AN portant code général des collectivités
territoriales au Burkina Faso dispose que le président du Conseil régional est
chargé de « veiller à la protection de l’environnement et prendre en
conséquence les mesures propres, d’une part à empêcher ou à supprimer les
atteintes au cadre de vie, et d’autre part à assurer la conservation et la gestion
durable des ressources naturelles renouvelables de la région. ». Dans la
commune, ce pouvoir de police reconnu au Président du Conseil régional vaut
aussi pour le maire, en vertu de l’article 258, al. 7.
B. LES LIMITES DU POUVOIR DE POLICE ADMINISTRATIVE
Comme toute action de l’Administration, l’exercice du pouvoir de police est
soumis au principe de légalité. Il est par ailleurs obligatoire.
1. Le respect du principe de légalité
Les mesures de police doivent avoir pour finalité le maintien de l’ordre
public. Elles doivent être prises sur la base des textes en vigueur à la date de leur
édiction. Elles doivent respecter le principe de légalité. L’étendue des pouvoirs de
police diffère selon qu’ils s’appliquent à une liberté garantie par la loi qui en
définit les conditions d’exercice ou à une activité quelconque des administrés.
Ces pouvoirs sont beaucoup plus réduits c’est-à-dire restreints à l’égard des
libertés définies. Ainsi, l’autorité de police n’a pas la possibilité de soumettre
leur exercice à un régime d’autorisation ni à un régime de déclaration
préalable (CE 22 juin 1951, Daudignac).
Les exigences de légalité varient selon les mesures considérées. Le contrôle du
but par le détournement du pouvoir de même que celui du principe d’égalité qui
interdit toute discrimination injustifiée jouent un rôle important. Le juge procède
à un contrôle de la qualification juridique des faits et le porte à son
maximum. Cette action le conduit à tenir compte des circonstances de lieu et les
moyens dont dispose l’autorité pour assurer l’ordre. Ces éléments ont une
influence directe sur leur légalité (CE, 19 Mai 1933, Benjamin). L’interdiction
d’une conférence par la Maire d’une commune est annulée au motif que, même si
elle était de nature à susciter des troubles, ces troubles ne risquaient pas d’être tels
que l’ordre ne pût être maintenu par d’autres moyens.
La légalité des mesures de police est fonction de leur nécessité. La liberté est
la règle, la mesure de police est l’exception. La nécessité de la mesure est sa
justification. Le juge procède à un contrôle pour s’assurer que la mesure a été
prise en vue du maintien de l’ordre public et recherche, en examinant toutes les
circonstances de l’espèce, si son édiction était nécessaire pour l’assurer. La
mesure est légale si l’ordre public ne pouvait pas être maintenu par une
mesure moins rigoureuse ou moins contraignante. Les mesures doivent être
nécessaires et strictement proportionnées pour atteindre les objectifs qu’elles
se sont fixés.
2. L’obligation d’exercer le pouvoir de police
L’autorité de police a l’obligation d’appliquer la règlementation préétablie, de
prendre les mesures nécessaires pour son application, que celle-ci émane d’elle
ou d’une autorité supérieure.
Elle doit, de sa propre initiative, prendre les mesures de police en cas de
situation susceptible de troubler l’ordre public, lorsque ces mesures sont
indispensables pour mettre fin à un péril grave résultant d’une situation
particulièrement dangereuse pour l’ordre public.
En cas de manquement à ses obligations, la responsabilité de son service sera
engagée.
Chapitre conclusif
1- Résumez l’évolution de la justice administrative burkinabè depuis l’époque
coloniale jusqu’à nos jours (voir Bâ (A. T.), Droit du contentieux administratif
burkinabè, Ouagadougou, Coll. PADEG, 2007 (E50/0032)).
(L’existence de la juridiction administrative remonte à l’époque coloniale.
L’accession du pays à l’indépendance en 1960 a été l’occasion pour le législateur
de jeter les bases de la juridiction administrative. Celle-ci reste seule compétente,
sauf exceptions, pour connaître du contentieux administratif.
Dès cette époque, c’est un système juridictionnel qui participe de la dualité de
juridiction qui va prévaloir. Toutes les transformations structurelles de la
juridiction administrative intervenues dès lors n’ont pas remis en cause cette
option prise en 1960.
Cependant, ce système de règlement juridictionnel des litiges administratifs ne
consacrait la dualité des ordres juridictionnels que de manière imparfaite. La
dualité de juridiction ne sera intégralement consacrée qu’à la faveur de la réforme
du contentieux administratif intervenue entre 1991 et 2000.)
OK. -Dans une première étape qui va du début du régime colonial jusqu’en 1958,
est sous domination du colonisateur français. C’est au cours de cette période que
le législateur colonial va introduire dans le pays, le système du contrôle
juridictionnel de l’administration bâti sur le modèle métropolitain. La justice en
matière administrative pendant cette période était rendue par le Conseil du
contentieux administratif.
-La deuxième étape (1958-1960), est marquée par l’accession à l’autonomie
interne qui va résulter de la création de la communauté. Au cours de cette période,
sera institué un organe chargé du règlement juridictionnel des litiges
administratifs : le Conseil juridique et du Contentieux, substitué à l’ancienne
juridiction administrative.
-La troisième phase de cette évolution commence avec l’accession à
l’indépendance en 1960. Compte tenu de cette situation nouvelle, le problème de
l’organisation de la justice administrative va se poser en de termes nouveaux.
2- Appréciez les choix opérés au moment de l’indépendance.
-Avant les indépendances, le contentieux administratif de ce pays était soumis au
Conseil du Contentieux Administratif qui regroupait les territoires du Sénégal, de
la Guinée Conakry, du Soudan français (devenu le Mali), de la Côte d’Ivoire, de
la Haute-Volta (devenue Burkina Faso), du Niger, du Dahomey (Devenu Bénin)
et du Togo.
-L’éclatement de l’A.O.F en 1958 et les indépendances qui s’ensuivirent ont
contraint les États concernés à édifier sur leurs sols des juridictions appelées à
assumer les fonctions jusqu’alors dévolues aux juridictions fédérales. C’est ainsi
qu’en 1960, l’accession du Burkina Faso à l’indépendance l’obligeait à remplacer
les juridictions " communautaires " par une juridiction nationale suprême. Aussi,
la nouvelle Constitution du 30 novembre 1960 (2) a-t-elle pu prévoir dans son
article 57 la création d’une Cour suprême dont elle confia l’organisation au
législateur.
-Durant cette période, la chambre administrative de la Cour Suprême était la seule
juridiction administrative du pays et ne comprenait pas d’effectifs propres dans la
mesure où la Cour Suprême avait la même formation de jugement tant en matière
administrative que judiciaire (manque de personnel).
3- Présentez l’organisation de la justice administrative au Burkina Faso.
-Le conseil d’État juridiction supérieure de l’ordre administratif
-La cour administrative d’appel (non encore fonctionnelle)
-Les tribunaux administratifs
-Les juridictions administratives spécialisées (conseils de discipline de certains
ordres professionnels, CSM : Cons-Const-bbè pas juridiction, compétents en
matière disciplinaire).
4- Précisez le fonctionnement de la justice administrative au Burkina Faso.
-Le conseil d’État, juridiction supérieure de l’ordre administratif (loi organique
du 23 mai 2000) est juge de cassation des décisions rendues par la CAA et juge
en premier et dernier ressort des recours formés contre les décrets ou les actes
administratifs dont le champ d’application excède le ressort d’un seul tribunal
administratif.
-La cour administrative d’appel (loi N° 010-2016/AN) est juge d’appel des
décisions rendues par les tribunaux administratifs (compétence pour le moment
exercée par le CE).
-Le tribunal administratif (loi N°011-2016/AN) est juge de droit commun du
contentieux administratif. Sauf dans les cas déterminés par la loi, il statue en
premier ressort à charge d’appel devant la Cour administrative d’appel.
Le tribunal administratif connait en outre des recours en interprétation ou en
appréciation de la légalité des actes administratifs dont le contentieux relève de sa
compétence.
-Les juridictions administratives spécialisées compétentes en matière disciplinaire
5- Pensez-vous que l’organisation et le fonctionnement actuels de la justice
administrative burkinabè sont de nature à garantir l’effectivité et l’efficacité du
contrôle de l’action administrative.
OUI.
-Distinction entre l’ordre administratif et l’ordre judiciaire;
-Règles applicables différentes;
NON.
-Sauf Ouaga et Bobo, mêmes tribunaux, les TGI;
-Mêmes juges, pas encore de spécialisation
-Dans un tel contexte il est évident que le contentieux administratif ne
correspondait pas à une spécialité organique avec un personnel propre et
spécialisé en matière administrative. Il s’agissait là d’un statut d’emprunt par
lequel les magistrats de l’ordre judiciaire pour les besoins de la cause étaient
revêtus de la toge des juges administratifs.
6- Que revêtent les notions d’indépendance fonctionnelle et d’indépendance
organique d’une juridiction ?
-Indépendance fonctionnelle : (Propres fonctions). Droit spécial, règles spéciales,
procédure différente, domaine de compétence différent.
-Indépendance organique : (Propres organes). Au niveau de Ouaga, Bobo et du
CE.
7- Les juridictions administratives burkinabè sont-elles indépendantes?
-Elles sont indépendantes vu les éléments de leur compétence et garanties
statutaires.
-Il leur en faut plus : Organes propres, spécialisation.