Séance 3 : La lutte sociale.
Problématique : Comment Zola dépeint-il la misère ouvrière et explique-t-il les luttes
sociales ?
Activité 1 : lecture cursive de l’extrait.
Consignes : Lisez cet extrait et soulignez le vocabulaire difficile.
Extrait 3 :
Etienne Lantier a été embauché et est rapidement devenu un très bon mineur. Après quelques
mois à l’hôtel, il loge dans le coron, chez une famille ouvrière, les Maheu.
Ce fut l’époque où Étienne entendit les idées qui bourdonnaient dans son crâne.
Jusque-là, il n’avait eu que la révolte de l’instinct, au milieu de la sourde fermentation des
camarades. Toutes sortes de questions confuses se posaient à lui : pourquoi la misère des
uns ? pourquoi la richesse des autres ? pourquoi ceux-ci sous le talon de ceux-là, sans l’espoir
de jamais prendre leur place ? Et sa première étape fut de comprendre son ignorance. Une
honte secrète, un chagrin caché le rongèrent dès lors : il ne savait rien, il n’osait causer de ces
choses qui le passionnaient, l’égalité de tous les hommes, l’équité qui voulait un partage entre
eux des biens de la terre. Aussi se prit-il pour l’étude du goût sans méthode des ignorants
affolés de science. […]
Maintenant, chaque soir, chez les Maheu, on s’attardait une demi-heure, avant de
monter se coucher. Toujours Étienne reprenait la même causerie. Depuis que sa nature
s’affirmait, il se trouvait blessé davantage par les promiscuités du coron. Est-ce qu’on était
des bêtes, pour être ainsi parqués, les uns contre les autres, au milieu des champs, si entassés
qu’on ne pouvait changer de chemise sans montrer son derrière aux voisins ! Et comme c’était
bon pour la santé, et comme les filles et les garçons s’y pourrissaient forcément ensemble !
– Dame ! répondait Maheu, si l’on avait plus d’argent, on aurait plus d’aise… Tout de même,
c’est bien vrai que ça ne vaut rien pour personne, de vivre les uns sur les autres. Ça finit
toujours par des hommes saouls et par des filles pleines. Et la famille partait de là, chacun
disait son mot, pendant que le pétrole de la lampe viciait l’air de la salle, déjà empuantie
d’oignon frit. Non, sûrement, la vie n’était pas drôle. On travaillait en vraies brutes à un
travail qui était la punition des galériens autrefois, on y laissait la peau plus souvent qu’à son
tour, tout ça pour ne pas même avoir de la viande sur sa table, le soir. Sans doute on avait sa
pâtée quand même, on mangeait, mais si peu, juste de quoi souffrir sans crever, écrasé de
dettes, poursuivi comme si l’on volait son pain.
Emile Zola ; Germinal, partie III, chapitre 3, 1885.
1
Question : quel est la thématique soulevée par l’auteur ? Justifiez votre réponse.
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Activité 2 : lecture analytique.
Questions :
1°- Quelle est la prise de conscience d’Etienne Lantier ? Dans le premier
paragraphe, expliquez l’expression « la révolte de l’instinct ».
2°- Pourquoi ressent-il une « honte secrète » et comment y remédie-t-il ?
3°- Sur quoi portent les discussions avec les Maheu ?
2
Activité 3 : étude de la langue. Les discours rapportés.
On appelle « discours rapportés » la façon que l’on a de retransmettre à l’écrit les
propos ou les pensées d’un personnage. Il y a 3 possibilités.
Les discours rapportés
Le discours direct Le discours indirect Le discours indirect
libre
Un verbe de parole Le narrateur énonce les
introduit le propos suivi paroles ou pensées des Il rapporte les
de : personnages à la 1ère ou pensées du
Les pensées sont 3ème personne. personnage :
signalées par des Les paroles ou pensées
- Ponctuation
guillemets et les paroles sont insérées dans une
expressive (! ?)
par des tirets. phrase complexe : une
Les paroles sont principale + une - Marques de l’oral
énoncées aux 1ère et 2ème subordonnée introduite (lexique familier,
personnes avec des par que, si, quand, construction de
effets d’oralité (lexique où… phrases) sans
familier, construction de qui rapporte les guillemets ni tirets.
phrases). paroles.
Des incises énoncées Les temps verbaux sont Ce sont des
par le narrateur ceux utilisés dans la monologues
permettent de connaître narration. intérieurs, intégrés
les interlocuteurs. au récit. Les temps
Son meilleur ami lui et les pronoms
- Tu viendras demain ?
insista son meilleur demanda s’il viendrait le personnels sont
ami. lendemain. ceux de la narration.
Pourquoi faudrait-il
venir ? Jamais ! Et
quoi encore !
Question :
4°- Dans l’extrait 3, pourquoi les passages soulignés sont-ils au style indirect libre ?
Activité 4 : la confrontation des points de vue. La lutte des classes.
Extrait 4.
3
Il avait retrouvé son calme, sa politesse rude, sans aigreur, de gérant qui a reçu une
consigne et qui entend la faire respecter. Depuis les premiers mots, il ne quittait pas Étienne
du regard, il manœuvrait pour le tirer du silence où le jeune homme se renfermait. Aussi,
abandonnant la discussion des deux centimes, élargit-il brusquement la question.
– Non, avouez donc la vérité, vous obéissez à des excitations détestables. C’est une peste,
maintenant, qui souffle sur tous les ouvriers et qui corrompt les meilleurs… Oh ! je n’ai
besoin de la confession de personne, je vois bien qu’on vous a changés, vous si tranquilles
autrefois. N’est-ce pas ? on vous a promis plus de beurre que de pain, on vous a dit que votre
tour était venu d’être les maîtres… Enfin, on vous enrégimente dans cette fameuse
Internationale1, cette armée de brigands dont le rêve est la destruction de la société…
Étienne, alors, l’interrompit.
– Vous vous trompez, monsieur le directeur. Pas un charbonnier de Montsou n’a encore
adhéré. Mais, si on les y pousse, toutes les fosses s’enrôleront. Ça dépend de la Compagnie.
Dès ce moment, la lutte continua entre M. Hennebeau et lui, comme si les autres mineurs
n’avaient plus été là.
– La Compagnie est une providence pour ses hommes, vous avez tort de la menacer. Cette
année, elle a dépensé trois cent mille francs à bâtir des corons, qui ne lui rapportent pas le
deux pour cent, et je ne parle ni des pensions qu’elle sert, ni du charbon, ni des médicaments
qu’elle donne […] Et, à ce propos, je dois ajouter que la Compagnie entend avoir un contrôle
sur cette caisse2.
Étienne le laissait aller, les yeux sur les siens, les lèvres agitées d’un petit battement
nerveux. Il sourit à la dernière phrase, il répondit simplement :
– C’est donc une nouvelle exigence, car monsieur le directeur avait jusqu’ici négligé de
réclamer ce contrôle…
Notre désir, par malheur, est que la Compagnie s’occupe moins de nous, et qu’au lieu de jouer
le rôle de providence, elle se montre tout bonnement juste en nous donnant ce qui nous
revient, notre gain qu’elle se partage. Est-ce honnête, à chaque crise, de laisser mourir de faim
les travailleurs pour sauver les dividendes des actionnaires ?
1
Association internationale des travailleurs, fondée en 1864.
2
Caisse de prévoyance créée par Etienne Lantier.
4
Emile Zola, Germinal, partie IV, chapitre 2, 1885.
Questions :
5°- Quels sont les deux points de vue exprimés par Etienne Lantier et M.
Hennebeau ? Reformule chacune des deux positions.
6°- D quelle façon sont rapportées les paroles des personnages ? Justifiez votre
réponse. Pourquoi ce choix de l’auteur ?
7°- Comment Etienne Lantier contre-argumente-t-il au sujet de la « providence » ?
Qu’est-ce que cela révèle sur lui ?
L'internationale - Karambolage - ARTE
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L’Internationale chantée par Marc Ogeret
https://youtu.be/oaUAHUUoUsc