INTRODUCTION
L’hépatite A est une infection hépatique provoquée par le virus de l’hépatite A (VHA)
la première cause d’hépatite virale aiguë dans le monde
Transmission oro-fécale
Touche essentiellement les enfants de bas âge mais actuellement elle se voit de plus en
plus chez les jeunes adultes.
souvent asymptomatique chez les enfants , peut être grave chez les adultes
selon l'OMS , environ 1,4 million de cas d'infection chaque année dans le monde
speech avec des variations selon les régions et les conditions socio-économiques.
Cette variation inclut trois niveaux de prévalence, étroitement liés au niveau
d'hygiène des pays.
Selon l OMS le Maroc est considéré comme un pays endémique
l’objectif de ce travail
définir le taux d’immunisation contre le VHA par la recherche des anti-corps IgG dirigés
contre ce virus à partir d’un échantillon de 412 patients
déduire si les recommandations vaccinales sont toujours adaptées.
Matériels et méthodes
Type de l’étude, lieu, période
Étude rétrospective à visée descriptive
Réalisée au sein du laboratoire de Virologie de l’hôpital Militaire d’Instruction
Mohamed V de Rabat
réalisée entre octobre 2023 et décembre 2023.
Critères d’inclusion
412 patients, hospitalisés ou en consultation externe, pour diverses pathologies
Phase pré-analytique
Prélèvements :
Speech : Après avoir recueilli les informations nécessaires et établir une fiche de
renseignements comprenant des données telles que l'âge, le sexe, la date et les informations
cliniques pertinentes.
• Fiche de renseignements
• prélèvement sur tubes secs
• l’échantillon sanguin de 5 ml, obtenu par ponction veineuse, a été mélangé avec de l'EDTA et
laissé coaguler à température ambiante.
• centrifugation à grande vitesse, pendant 20 minutes
Transport et conservation :
• Température ambiante entre 15 et 25°C.
• Le sérum obtenu est aliquoté : l'un est conservée à +4 °C pour les tests
sérologiques (au-delà d'un jour), tandis que l'autre est conservée à -20 °C (jusqu'à un an) pour
des dosages ultérieurs, en particulier pour les tests moléculaires.
Analyse des échantillons
• Technique immunologique avec marquage par chimiluminescence, sur l’automate Architect
i1000SR d’Abbott à l’aide du kit de réactif HAVAb-IgG d’Abbott.
• L’exploitation et l’analyse des données statistiques recueillies ont été effectuées à l’aide du
logiciel Excel. En respectant la confidentialité et l’anonymat
Résultats
Caractéristiques démographiques
Graphique 1 : Répartition de la population
étudiée selon le sexe
Femme Homme
39% 61%
Homme Femme
412 patients âgés de 1 an à 30 ans
moyenne d'âge de 22 ans
61% sont de sexe masculin
39% de sexe féminin
Concernant les tranches d'âge :
3% ont entre 1 et 5 ans
6% ont entre 6 et 10 ans
2% ont entre 11 et 15 ans
29%ont entre 16 et 20 ans
37% ont entre 21 et 25 ans
26% ont entre 26 et 30 ans
Séroprévalence de l’hépatite virale A
Parmi les 412 patients étudiés
76% ont été testés séropositifs
Absence des IgM dans tous les échantillons étudiés
Graphique 4 : Répartition des cas séropositifs au
IgG selon le sexe
50%
45%
45%
40%
35% 31%
30%
25%
20% 16%
15%
10% 8%
5%
0%
Masculin Féminin
Positif Négatifs
Parmi ces patients séropositifs :
45% sont de sexe masculin
31% sont de sexe féminin
Parmi les séropositifs :
2% se situent dans la tranche d'âge de 1 à 5 ans, ainsi que dans les tranches d'âge de 6
à 10 ans et de 11 à 15 ans
18% ont entre 16 et 20 ans
28% ont entre 21 et 25 ans
24% ont entre 26 et 30 ans
la séropositivité aux anticorps IgG dirigés contre le VHA
79% chez le sexe féminin
75% chez le sexe masculin, avec un
sexe ratio H/F de 0,95
L’analyse par tranche d'âge de 10 ans
augmentation du taux de séropositivité avec l'âge
61% pour les cas âgés de 1 à 10 ans
83% pour ceux âgés de 21 à 30 ans
Discussion
Rappel
AGENT PATHOGENE, RESERVOIR, SOURCE
• Famille : Picornaviridae
• Genre : Hepatovirus
• Structure : petit virus non enveloppé , constitué d’une capside protéique à symétrie
icosaédrique d’un diamètre de 27nm , qui contient un ARN (acide ribonucléique)
monocaténaire, de polarité positive
• Réservoir : L'homme malade et le porteur sain, constituent les réservoirs principaux du virus.
Speech : Les seuls animaux infectés naturellement sont les singes (infection
asymptomatique).
•Source : Excrété dans les matières fécales par les sujets infectés et potentiellement présent
dans les eaux usées et les égouts.
Résistance physico-chimique :
•Bonne résistance dans le milieu extérieur (virus non enveloppé)
•Peut survivre plusieurs semaines à 1 mois à 20°C , augmentation de sa persistance si taux
d’humidité faible et températures basses.
• Reste pathogène après chauffage pendant 12h à 60°C , résistant aux solvants des lipides et
stable dans des conditions de pH extrêmes.
•Neutralisé après 4 minutes de chauffage à 70°C et immédiatement à 85°C. Inactivé par les
rayonnements.
• sensible au glutaraldéhyde à 2%, au formaldéhyde ainsi qu’à l’hypochlorite de sodium à 0,5%
de chlore actif (eau de javel reconstituée diluée au 1/5e).
MODE DE TRANSMISSION
• Oro-fécale, directe, interhumaine et favorisée par la vie en proximité (communauté, famille
ou collectivité).
• Risque de propagation aggravé en cas d'hygiène défectueuse et souvent lié au péril fécal
Speech : avec une grande importance du portage et de la transmission
manuelle (transmission directe mais également dans la ré contamination des
surfaces).
• Une contamination indirecte est possible par la consommation de
fruits de mer et de coquillages et des végétaux consommés crus et contaminés
CONTAGIOSITE
•Quelques jours à 2 semaines avant et 1 semaine à 10 jours après l’apparition des symptômes
•Maximale durant la deuxième moitié de la période d’incubation.
• Chez le nouveau né, l’excrétion du virus est prolongée et la période de contagiosité peut donc
être plus longue.
Clinique
• Après une période d'incubation d'environ 4 semaines, une phase prodromique non
spécifique de type "syndrome pseudo-grippal" peut apparaitre durant quelques jours (1 à 4
jours) avec de la fièvre, des céphalées et des douleurs gastriques.
•Suit alors la phase d'état caractérisée par l'hépatite biologique non nécessairement associée à
une quelconque symptomatologie clinique.
• Alors que l'infection est très souvent asymptomatique chez l’enfant, les symptômes sont
beaucoup plus fréquents chez l'adulte et le risque de décès s'accroit avec l’âge
• Hépatite fulminante: rare (1/10 000) mais, lorsqu’elle survient, c’est avec une
plus grande fréquence chez l’adulte et surtout le sujet âgé. Cette forme peut
être mortelle.
Diagnostic virologique
• Recherche des IgG (infection ancienne ou immunité acquise).
• Recherche des IgM d’apparition précoce (apparaissent 5 à 10 j après l'exposition), taux
maximal vers le 60-90ème jour après contage et persistance jusqu'à 6 mois. Leur présence
témoigne d’une l’hépatite A aiguë.
Biologie non spécifique
• Elévation(entre 20 et 40 fois les valeurs normales) des transaminases avec prédominance des
ALAT sur les ASAT.
• Syndrome de rétention biliaire franc avec élévation de la bilirubinémie intéressant surtout la
bilirubine glycuroconjuguée.
• Taux de prothrombine normal du fait de l’absence d’insuffisance hépatocellulaire.
Prévalence et incidence
•L'hépatite A est une maladie cosmopolite.
• L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime à 1,4 million le nombre total annuel de cas
d’hépatite A à l échelle mondiale.
•L'épidémiologie de cette maladie présente d'importantes modifications au cours des
dernières décennies, faisant apparaître de nouveaux problèmes de santé publique.
• La distribution mondiale de l'hépatite A est étroitement liée aux conditions
socioéconomiques et sanitaires.
• quatre types de zones d'endémicité en fonction du taux de séroprévalence des anticorps anti-
VHA chez les adultes
- Endémicité élevée : si ≥ 90 % des sujets à l’âge de 10 ans sont séropositifs et donc immunisés,
- Endémicité intermédiaire : si ≥ 50 % des sujets à l’âge de 15 ans sont séropositifs, avec < 90 %
des sujets séropositifs à l’âge de 10 ans,
- Endémicité faible : si ≥ 50 % des individus à l’âge de 30 ans sont séropositifs, avec < 50 % à
l’âge de 15 ans,
- Endémicité très faible : si < 50 % des individus à l’âge de 30 ans sont séropositifs
TRAITEMENT
• Essentiellement symptomatique.
Speech : Dans la plupart des cas, l'hépatite A évolue spontanément, sans laisser de séquelles
durables. Elle ne progresse généralement pas vers une forme chronique et confère une
immunité durable à l'individu infecté. Par conséquent, aucun traitement spécifique n'est
requis. Cependant, la disparition des symptômes associés à l'infection peut être progressive,
s'étalant sur plusieurs semaines voire plusieurs mois. Le traitement vise principalement à
soulager les symptômes , améliorer le confort de vie et à maintenir une nutrition adéquate
pour favoriser le rétablissement du patient
Prévention :
• le respect des mesures d’hygiène personnelle et collective, en particulier l’hygiène des mains,
l’assainissement de l’environnement et la vaccination.
• Le schéma vaccinal actuel :Pour le vaccin HAVRIX et AVAXIM (disponibles au Maroc ) , deux
doses sont à administrer la première dose à J0 et la deuxième dose de rappel : 6 à 12 mois
après la première injection
• La persistance des anticorps, lors d’une immunité acquise serait de 10 ans ou plus.
Discussion
le Maroc est un pays d'endémicité intermédiaire.
une étude menée par Jacobsen et al. classe le Maroc parmi les pays d'endémicité
intermédiaire
69 % des cas de notre série sont positifs à l'âge de 15 et 61 % sont positifs à l'âge de 10 ans
Une étude multicentrique marocaine portant sur la séroprévalence de l'hépatite A, réalisée
sur 445 enfants et adolescents âgés de moins de 18 ans révélé que :
48,6 % des enfants de 10 ans étaient séropositifs
plus de 50 % des enfants de 15 ans étaient séropositifs
76 % des cas de notre série sont immunisés contre le VHA, ce qui diffère des résultats de
l'étude marocaine mentionnée précédemment où seulement 42 % le sont.
Speech Il est important de noter que la population ciblée n'est pas la même : dans notre
étude, il s'agit des moins de 30 ans, tandis que dans l'étude marocaine, il s'agit des moins de
18 ans, ce qui rend les résultats difficilement comparables.
Une augmentation du taux d'immunisation avec l'âge,
ce qui est cohérent avec les résultats illustrés par les graphiques 7 et 8 de notre étude. Ces
graphiques montrent une augmentation du taux d'anticorps IgG anti-VHA avec l'âge de la
population étudiée, passant de 58 % pour les 1 à 5 ans à 93 % pour les 26 à 30 ans. À ce sujet,
une étude menée en Tunisie, également un pays d'endémicité intermédiaire pour
l'hépatite A, fait le même constat
le taux d'anticorps IgG anti-VHA augmente avec l'âge, passant de 47 % pour les enfants de
moins de 10 ans à 77 % pour ceux de moins de 15 ans, et à 97 % pour les individus de moins
de 30 ans.
Speech : Ces résultats sont confirmés par une étude de l'OMS qui a déterminé le taux
d'immunisation contre le VHA par région du monde et par tranche d'âge (voir Tableau 6). Ce
taux varie de 37 % à 89 % pour les tranches d'âge de 1 à 4 ans et de 25 à 34 ans,
respectivement, dans les régions du nord de l'Afrique .
En ce qui concerne la répartition des résultats selon le sexe, notre étude a révélé une
légère prédominance féminine avec un sexe ratio homme/femme de 0,95.
Speech : Cependant, cette tendance n'est pas observée dans l'étude multicentrique
marocaine, qui montre plutôt une légère prédominance masculine avec un sexe ratio
homme/femme de 1,15 . Malgré ces variations, il est important de noter que dans les deux
études, le sexe ratio est proche de 1, ce qui suggère qu'il n'y a pas de différence significative
entre les deux sexes.
l étude menée en Égypte, un autre pays d'endémicité intermédiaire, a également montré :
o un sexe ratio homme/femme de 1,13 (p = 0,750)
o une augmentation statistiquement significative de la séroprévalence des
IgG anti-VHA avec l'âge
o l'impact du niveau socio-économique (NSE) sur le taux d'IgG antiVHA.
Speech : l étude menée en Égypte, un autre pays d'endémicité intermédiaire, a également
montré qu'il n'y avait pas de différence statistiquement significative entre les deux sexes,
avec un sexe ratio homme/femme de 1,13 (p = 0,750). Cette étude a également révélé une
augmentation statistiquement significative de la séroprévalence des IgG anti-VHA avec l'âge
(p = 0,005), et a souligné l'impact du niveau socio-économique (NSE) sur le taux d'IgG
antiVHA. En effet, 87 % des enfants issus d'un NSE bas étaient séropositifs, contre seulement
43 % des enfants issus d'un NSE élevé (p < 0,001) . Ce gradient Nord-Sud au sein d'une même
population est également observé à l'échelle mondiale, où le niveau d'endémicité varie en
fonction du développement économique du pays.
Speech : À ce propos, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a pu établir des courbes de
séroprévalence des IgG en fonction de l'âge et par région à partir des données recueillies
dans 58 plusieurs études à travers le monde . Lorsque l'on compare la courbe de
séroprévalence de l'Afrique du Nord, une région d'endémicité intermédiaire (Cf. Figure 23),
avec celles de l'Afrique subsaharienne, une région d'endémicité élevée (Cf. Figure 24), de
l'Europe de l'Est, une région de faible endémicité (Cf. Figure 25), et de l'Amérique du Nord,
une région de très faible endémicité (Cf. Figure 26), on observe un impact significatif du
niveau d'hygiène de la région considérée sur l'âge de la primo-infection. En effet, dans les
régions où les conditions sanitaires et les pratiques d'hygiène sont meilleures, les enfants
sont moins exposés au virus et le risque de développer la maladie à un âge plus avancé est
plus élevé.
À partir de ces profils épidémiologiques, notamment en ce qui concerne le taux
d'immunisation des enfants (Cf. Figure 27), l'OMS a pu estimer la proportion de sujets
sensibles dans la population adulte en fonction des différentes régions du monde (Cf. Figure
28) . Il est important de noter que ces données sont utilisées pour décider de l'inclusion ou
non du vaccin contre l'hépatite A parmi les vaccinations administrées de manière
systématique aux enfants.
Selon les recommandations de l'OMS, telles que citées dans l'article de Van Damme , les
directives vaccinales sont les suivantes :
- Dans les pays où l'endémicité est élevée, la majorité des individus contractent le VHA
pendant leur enfance, ce qui réduit le risque de formes symptomatiques graves chez les
adolescents et les adultes. Dans ce cas, la vaccination de masse ne serait pas nécessaire.
- Dans les pays présentant une endémicité intermédiaire, où une grande proportion d'adultes
reste susceptible à l'infection, la vaccination de masse des enfants devrait être envisagée en
complément des mesures d'éducation sanitaire et du respect des règles d'hygiène.
- Dans les pays à faible endémicité, la vaccination serait recommandée chez les individus à
risque tels que les voyageurs en zones de haute et moyenne endémicité.
Dans notre contexte, la connaissance encore partielle de l'épidémiologie et de la
gravité de l'infection par le VHA chez les enfants laisse subsister de nombreuses
incertitudes quant aux indications de vaccination.
Nos résultats suggèrent que le Maroc se situe dans une région présentant une
endémicité intermédiaire à cette infection, ce qui pourrait a priori justifier la
vaccination des enfants contre le VHA.
Cependant, des études de séroprévalence à l'échelle nationale sont nécessaires pour
déterminer le véritable statut épidémiologique de cette infection dans notre pays.
Conclusion
ce travail a contribué à une meilleure connaissance de l’état actuel des infections par
le virus de l’hépatite A au Maroc.
La séroprévalence l’hépatite A reste encore très élevée est subit un changement dans
son épidémiologie avec un avancement net de l’âge de primo-infection
nombre plus important de formes cliniques plus ou moins sévères ainsi qu’à l’éclosion
plus fréquente de micro-épidémies
la mise en place d’une stratégie nationale de surveillance des hépatites virales et
encouragent à la réalisation d’études épidémiologiques supplémentaires et à plus
grande échelle
redéfinir au moment opportun les recommandations vaccinales et introduire des
mesures préventives spécifiques
speech : En conclusion, ce travail a contribué à une meilleure connaissance de l’état actuel
des infections par le virus de l’hépatite A au Maroc. Ainsi nos résultats ont montré que la
séroprévalence reste encore très élevée mais que l’hépatite A subit un changement dans son
épidémiologie avec un avancement net de l’âge de primo-infection. Cela expose le pays à un
nombre plus important de formes cliniques plus ou moins sévères ainsi qu’à l’éclosion plus
fréquente de micro-épidémies. Ainsi, ces résultats incitent à la mise en place d’une stratégie
nationale de surveillance des hépatites virales et encouragent à la réalisation d’études
épidémiologiques supplémentaires et à plus grande échelle ; afin de redéfinir au moment
opportun les recommandations vaccinales qui en découlent et d’introduire des mesures
préventives spécifiques. Par ailleurs, il est vrai que les indications vaccinales sont
essentiellement définies par le contexte épidémiologique. Cependant, dans un pays en voie
de développement comme le Maroc, d’autres considérations entrent en jeu, tels que le coût
non négligeable du vaccin et la présence d’autres priorités de santé publique.
Lorsque nous analysons nos résultats et les représentons sur les courbes de la Figure 22 , nous
concluons que selon les critères de l'OMS, le Maroc est classé comme un pays d'endémicité
intermédiaire
En effet, 69 % des cas de notre série sont positifs à l'âge de 15 ans, dépassant ainsi ≥ 50 %
tandis que seulement 61 % sont positifs à l'âge de 10 ans, ce qui est inférieur à 90 %.
Ces conclusions correspondent également aux résultats d'une étude multicentrique marocaine
portant sur la séroprévalence de l'hépatite A, réalisée sur 445 enfants et adolescents âgés de
moins de 18 ans. Cette étude a révélé que 48,6 % des enfants de 10 ans avaient des IgG anti-
VHA, ce qui est inférieur à 90 %, tandis que plus de 50 % des enfants de 15 ans étaient
séropositifs
Par ailleurs, une étude menée par Jacobsen et al. classe également le Maroc parmi les pays
d'endémicité intermédiaire
De plus, nous remarquons que 76 % des cas de notre série sont immunisés contre le VHA, ce
qui diffère des résultats de l'étude marocaine mentionnée précédemment où seulement 42 %
le sont. Il est important de noter que la population ciblée n'est pas la même : dans notre étude,
il s'agit des moins de 30 ans, tandis que dans l'étude marocaine, il s'agit des moins de 18 ans,
ce qui rend les résultats difficilement comparables
Cependant, nous pouvons en déduire qu'il existe une augmentation du taux d'immunisation
avec l'âge, ce qui est cohérent avec les résultats de notre étude qui montrent une
augmentation du taux d'anticorps IgG anti-VHA avec l'âge de la population étudiée, passant de
58 % pour les 1 à 5 ans à 93 % pour les 26 à 30 ans.
À ce sujet, une étude menée en Tunisie, également un pays d'endémicité intermédiaire pour
l'hépatite A, fait le même constat : le taux d'anticorps IgG anti-VHA augmente avec l'âge,
passant de 47 % pour les enfants de moins de 10 ans à 77 % pour ceux de moins de 15 ans, et à
97 % pour les individus de moins de 30 ans .
Ces résultats sont confirmés par une étude de l'OMS qui a déterminé le taux d'immunisation
contre le VHA par région du monde et par tranche d'âge (voir Tableau 6). Ce taux varie de 37 %
à 89 % pour les tranches d'âge de 1 à 4 ans et de 25 à 34 ans, respectivement, dans les régions
du nord de l'Afrique
En ce qui concerne la répartition des résultats selon le sexe, notre étude a révélé une légère
prédominance féminine avec un sexe ratio homme/femme de 0,95. Cependant, cette tendance
n'est pas observée dans l'étude multicentrique marocaine, qui montre plutôt une légère
prédominance masculine avec un sexe ratio homme/femme de 1,15(93) . Malgré ces
variations, il est important de noter que dans les deux études, le sexe ratio est proche de 1, ce
qui suggère qu'il n'y a pas de différence significative entre les deux sexes.
De plus, une étude menée en Égypte, un autre pays d'endémicité intermédiaire, a également
montré qu'il n'y avait pas de différence statistiquement significative entre les deux sexes, avec
un sexe ratio homme/femme de 1,13 (p = 0,750). Cette étude a également révélé une
augmentation statistiquement significative de la séroprévalence des IgG anti-VHA avec l'âge, et
a souligné l'impact du niveau socio-économique (NSE) sur le taux d'IgG antiVHA. En effet, 87 %
des enfants issus d'un NSE bas étaient séropositifs, contre seulement 43 % des enfants issus
d'un NSE élevé . Ce gradient Nord-Sud au sein d'une même population est également observé à
l'échelle mondiale, où le niveau d'endémicité varie en fonction du développement économique
du pays.
À ce propos, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a pu établir des courbes de
séroprévalence des IgG en fonction de l'âge et par région à partir des données recueillies dans
plusieurs études à travers le monde . Lorsque l'on compare la courbe de séroprévalence de
l'Afrique du Nord, une région d'endémicité intermédiaire (Cf. Figure 23), avec celles de
l'Afrique subsaharienne, une région d'endémicité élevée (Cf. Figure 24), de l'Europe de l'Est,
une région de faible endémicité (Cf. Figure 25), et de l'Amérique du Nord, une région de très
faible endémicité (Cf. Figure 26), on observe un impact significatif du niveau d'hygiène de la
région considérée sur l'âge de la primo-infection. En effet, dans les régions où les conditions
sanitaires et les pratiques d'hygiène sont meilleures, les enfants sont moins exposés au virus et
le risque de développer la maladie à un âge plus avancé est plus élevé.
À partir de ces profils épidémiologiques, notamment en ce qui concerne le taux
d'immunisation des enfants (Cf. Figure 27), l'OMS a pu estimer la proportion de sujets sensibles
dans la population adulte en fonction des différentes régions du monde (Cf. Figure 28) . Il est
important de noter que ces données sont utilisées pour décider de l'inclusion ou non du vaccin
contre l'hépatite A parmi les vaccinations administrées de manière systématique aux enfants.
Selon les recommandations de l'OMS, telles que citées dans l'article de Van Damme , les
directives vaccinales sont les suivantes :
- Dans les pays où l'endémicité est élevée, la majorité des individus contractent le VHA pendant
leur enfance, ce qui réduit le risque de formes symptomatiques graves chez les adolescents et
les adultes. Dans ce cas, la vaccination de masse ne serait pas nécessaire
- Dans les pays présentant une endémicité intermédiaire, où une grande proportion d'adultes
reste susceptible à l'infection, la vaccination de masse des enfants devrait être envisagée en
complément des mesures d'éducation sanitaire et du respect des règles d'hygiène.
- Dans les pays à faible endémicité, la vaccination serait recommandée chez les individus à
risque tels que les voyageurs en zones de haute et moyenne endémicité
Dans notre contexte, la connaissance encore partielle de l'épidémiologie et de la gravité de
l'infection par le VHA chez les enfants laisse subsister de nombreuses incertitudes quant aux
indications de vaccination. Nos résultats suggèrent que le Maroc se situe dans une région
présentant une endémicité intermédiaire à cette infection, ce qui pourrait a priori justifier la
vaccination des enfants contre le VHA. Cependant, des études de séroprévalence à l'échelle
nationale sont nécessaires pour déterminer le véritable statut épidémiologique de cette
infection dans notre pays .