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PNAAT294

Planification agricole et technique

Transféré par

Doreus Moise
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L'OFFRE DE

CREDIT AU
PAYSAN
HAITIEN

Pr~pard pour le Projet de Renforcement des


Services de Credit Ruraux

Glen R. Smucker
(traduit par Evelyne Deschamps)

Fdvrier 1983

DAT
Development Alternatives, Inc. 624 Ninth Street, N.W. Washington, D.C. 20001
POINT DE VUE PAYSAN SUR L'ARGENT

Lajan se bagay ingra. L'argent n'a pas de reconnaissanc(


Toujou gin kokin L'argent a toujours un
Nan lajan. tour dans sa poche.
Lajan antre lavil L'argent va en ville
Min li pa touin. mais n'en revient pas.
M'ap debouche yon trou Je d(bouche un trou
pou'm bouche yon lot. pour en boucher un autre.
Tout moun doue. On a tous une dette.

ii
TABLE DES MATIERES

Chapitre
I. INTRODUCTIOiT . . . .

II. ECONOMIE PAYSANNE ET RARETE DU CAPITAL . . . . . . . . 4


Agriculture paysanne o •* o a o o a o e 4
Facteur de risque • • • • •, . • .• •a a• • 4
Economie domestique • • , . e
. o • •* o
• •o 4
Strategies diverses e w o *• o o o * o •e •o 5
Classes paysannes • • ......... . 6
Terre, travail et capital o . . . . . o • a • • 7
Fr6quence de l'endettement • • . • • • • • a • 7
Le poids des imp3ts . a • . . . . .* * * . 8
Substitution du capital . • • • • • . *• e a 8
Sources d'argent rare a a a • • • • • • • 9
Vente de r~colte et de btail 0 0 0 0 * . . 10
Commerce. . . . . . 11
Transformation des denr ees agricoles . . . . . . 11
Artisanat . . . . .... ... .. . , . 11
Salaire de iamain-d'oeuvre ....... . 12
Locations de terrain . .. . . . . . . . . . . 12
Versements par transferts . . o o . . o . o . o 12
Epargne paysanne et investissement . . . . . . . . 13
Entreposage
B~tail
des
a * 0. 0
surplus
a.
0 00
a.
P •
0
6a 0. .. * & ..
• 0
. 13
14
Investissements fonciers • • • •a • • • • •a 14
Investissements de consommation . . o . . . . o 14
Services informels de banque . . . . . . . . . . 15
Categories dans le domaine de la dette . . . . . . 16
III. SOURCES TRADITIONNELLES DE CREDIT . . . . . . . . 20

Vente anticipee 0 0 0 0 a 0 . . . . . . . . . 20
Prbts en espbces, rembourses en nature . . . . . . 22
Prats en nature, rembours6s en nature . . . . . . 23
Cr6dit et loyers . . .0 . . . . . . . . . . . .* 24
Credit et vente de terrain • a • • • • • . . 24
Terre et enterrement . . • . ° . . . . . •. . 25
Hypothboue : o
• • • •
. • • • . . • . 25
Vente conditionnell . • • • • • • • 25
Achat & credit de marchandise et de services . . . 26
Main d'oeuvre b.cr6dit et le Koltiz . . . . . . . 27
Associations de cr6dit rotatoire . . . . . . . . . 28
Preteurs d'argent .000&0a09 a* 30
Pr~teurs sur gages • a • • • . • . . . . 32

iii
Prets amicaux " " • •• 0
• •• • • • • •a • • • • • • •
Speculateurs . • • • 33
34
Notaires et inspecteurs . . . . . . . . . . . . .
. 37
Usuriers " • • • * • • a a * • • • • • a • * • • • 38
IV. INSTITUTIONS FORMELLES ET L'APPROVISIONNFEMENT
EN CREDIT " * • • * * a • • • • a • • • • * • & • • 42
Bur-au de Crdit Agricole & • • • & •
& •* • • 42
Autres preteurs institutionnels • • • • . * . • . * *
IDAI . . a0 " n0*i
0 * " " " "a " " " " "0"0 44
4
Compagnies agro-industrielles . .
Agences de d6valoppement r~gionaJ
.
. . . • • •0 45
. . . . . • • • • 46
Petites agences privdes • • . • • • • * • • • * • • 47
V. CONCLUSION " . a & • • a • • • & a • • • * a • a • • • 50
Credi, formel et informel • • • • • • • • •
Conclusions
. • • • • 50
" " " " • • • • . .. . • • • • . • • . • 56

BIBLIOGRAPHIE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
ANNEXE A. La terre comme garantie de prbts • a • &
. . . . 62
ANINEXE B. Uie association traditionnelle de credit rotatoire.
63
ANNEXE C. Bordereau d'un prateur sur gages • • • • • • • • • 65

TABLEAUX ET ILLUSTRATIONS

Carte d'Haiti • • • • • * • • • • • • •. • . v
Tableau # 1. Categories d'emprunt par pourcentage d'emprunts
trouv6es dans une communaut4 paysanne et
montagneuse du Nord . • • *•
• • • • • • .* 16
Tableaa # 2. Cas selectionnes pour illustrr divers types
de prets traditionnels, en goardes, avec les taux
dlinter@c en pourcentages . * a • • a • • * • a 31
Tableau # 3. Acces des Oetits paysans 'adiverses sortes
de credit - . . .. . . . . . . . . . . . . 52

iv
LOCALISArION DES BUREAUX

73 " 72 "
ATLANTIC OCEAN

Bureau RPgiona!ort-da2au HAITI!


* F&­$am Couts
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- 1 -

CHAPITRE 1

INTRODUCTION

Ce rapport est une etude sur les ressources en credit


rural disponibles aux petits paysans d'Haiti. La soci'te hai­
tienne est essentiellement une societe paysanne, et la majorite
de ses pauvres sont de petits fermiers. Ces paysans-fermiers
sont, aujourd'hui meme, a la base de l' conomie haitienne.
Le plus important pr6'lvement d'impts en Haiti, se fait depuis
toujours sur la rdcolte du cafe produite par des centainesade
milliers de paysans qui poss'dent un peu de terre. Ces paysans
sont aussi la source alimentaire principale du pays. Ironique­
ment, les impots que generent ces petits paysans ne leur ont
jamais et6 rendu de fagon satisfaisante. La plupart n'ont pas
acces a des conditions de credit satisfaisantes meme pour des
mthodes de production agricole traditionnelles. La demande de
cr4dit dans les familles rurales de fermiers est bien excekden­
taire aux ressources disponibles. Les conditions dans lesquelles
se fait le credit informel sont souvent abusives. Simultanement,
les fournisseurs de credit a la fois formel et informel
s'exposent a un risque 61eve' en offrant des prets aux pauvres
des campagnes. Les taux d'interet traditionnellement 6leve's
representent un serieux obstacle pour les prets en vue de la
production agricole. Dans ce contexte, le Bureau de Credit
Agricole (BCA) du Minist're de l'Agriculture demeure le seul
programme national qui se consacre a offrir du credit bon-marche'
et qui se base sur l'e'valuation faite par les petits paysans
quant %aleurs besoins en credit. Les technologies agricoles
modernes ne sont pas tr'es importantes en Haiti, et donc la
demandede credit agricole liede ' l'utilisation intensive de
capital est limitge.
- 2-

Une evaluation de l'approvisionnement en credi.t (ses con­


ditions? y en a-t-il suffisamment?) pour les petits fermiers
serait d'un interet particulier pour le BCA. A quoi servent
les prts offerts par les sources de cr6dit traditionnelles?
A quel point ces sources traditionnelles sont-elles abusives?
Sous quel aspect se presentent les sources de credit non­
institutionnelles? Quel est l'approvisionnement en credit
traditionnel compare avec les sources institutionnelles?
Jusqu'a quel point les fournisseurs de cr6dit traditionnel
satisfont-ils un besoin insatisfait par les syst mes institu­
tionnels tels que le BCA? Y a-t-il d'autres fagons de rendre
le cre dit plus accessible aux paysans et aux petits entrepreneurs?
En ggneral, comment opere le cre~dit traditionnel et sous quelles
formes?
Cette etude sur l'approvisionnement en cr6dit a pour but de
complter une etude recente faite sur la demande effective de
pr~ts du BCA (Poulin 1983). Ces deux etudes explorent la mgme
question fondamentale mais a partir de deux perspectives dis­
tinctes et etroitement liees. Il est tres difficile d'e6valuer
le nombre de sources de credit non-formel. Le cr6dit tradition­
nel est trbs vari6 et dispers dans les campagnes d'Haiti.
On peut cependant mieux comprendre l'6tendue ot la varieter
du credit informel, son importance, en le comparant au credit
institutionnel. La recherche de credit est une caract6ristique
fondamentale de l'economie paysanne. Comment cela se passe-t­
il, dans quels buts et quelles conditions?
Pour rester fiddle au but de cette etude, cinq re'gions du
BCA ont e6texplor(ees sur une periode de cinq semaines. Les
visites en province ont inclu une visite dans le Nord a Cap
Haitien, a la Plaine du Nord, "a Grande Riviere du Nord et "'
Bahon; en Artibonite, 'a Saint >arc, Gonaives, L'Estere et
Petite Riviere de l'Artibonite; 'a:inche et les r 6 gions rurales
proches de Papaille et Aguahedionde; %a Fort Jacques et Thiotte;
-3­

aux Cayes et Jeremie dans le Sud, y compris Camp-Perrin,


Beaumont, Duchity, Chambellan et Julie. Plus de 100 interviews
ont ete fait-es avec le personnel du BCA et ses clients, les
fermiers et les vendeuses du marche', les commergants des pro­
vinces (propri~taires de petits magasins, speculateurs) et leurs
clients, les pr-teurs sur gages, les preteurs officiels et non­
officiels et leurs clients, les gerants de borlettes, les
avocats et les pretres. Les plus grosses institutions de credit
ont 6t4 interviewees, y compris l'Institut de Developpement
Agricole et Industriel (IDAI), le Conseil National desCooperra­
tiveS (CNC),le Fonds Agricole de HACHO, des agences de develcp­
pement re'gionaes telles que l'Organisation pour le De'veloppe­
ment du Nord (ODN), l'Organisme pour le De'veloppement de la
Valle'e de l'Artibonite (ODVA) et l'Organisme pour le Developpe­
ment de la Plaine de Gonaives (ODPG), des programmes de credit
lie's l'eglise tels que COSMICA (Hinche) et IDEA (Cap Haitien),
des entreprises agro-industrielles y compris FACOLEF (Cavaillon),
Comme I1 Faut (Cazeau) et CONASA (Cap Haitien).
Ce rapport se divise en trois sections majeures qui se con­
centrent sur les aspects les plus eividents de l'economie pay­
sanne, les strategies traditionnelles d'acces au cre'dit, l'e'­
tendue et la variete des sources d'emprunt informelles, et
une comiaraison entre les sources formelles et informelles.
L'ertude comprend des usages creoles et fran~ais dans le domaine
du cre'dit ainsi qu'une bibliographie 'a la fin du rapport comme
source -our des etudes pertinentes au domaine du credit en
Haiti, Les annexes offrent une transcription exacte de tran­
sactions traditionnelles de cr6dit. Le rapport pre'sente les
prets en termes de gourdes, monnaie officielle en Haiti; les
dollars sont aussi couramment en cirrulation en Haiti et l'on
utilise indiffgremmient les gourdes et les dollars dans les
transactions financieres. Une gourde vaut 20 cents U.S.; un
dollars U.S. vaut cinq gourdes haitiennes. En unite" de mesure
de terre, prendre note des equivalences suivantes: I carreau
haitien e'gal 1,29 hectares ou 3,19 acres.
-4-

CHAPITRE II

ECONOMIE PAYSANNE ET RARETE DU CAPITAL

Agriculture paysanne
Tout concept de credit rural doit tout d'abord 6tre compris
dans le contexte de l'agriculture paysanne. Cette methode de
production agricole comporte certaines caracterristiques:
Facteur de risque. L'agriculture traditionnelle en Haiti
s'oriente plus fortement vers une minimisation du risque que
vers une maximisation de la production. Les me'thodes d'exploi­
tation ont donc tendance a utiliser beaucoup de main d'oeuvre
plut6t que de gros investissements en capital. En g~neral,
l'economie paysanne s'oriente beaucoup moins vers une accumu­
lation de capital que vers la simple reproduction de l'unite­
domestioue. Les fermiers cherchent 'adepenser un minimum de
ressources a capital rare. Fiddles 'ala strategie d'atte'nuation
du risque,14s petits paysans cultivent diverses cultures sur la
meme terre afin de r6partir les risoues. Ils cherchent " eche­
lonner les recoltes d'une m'me culture et profiter de plusieu­
res recoltes quand la terre et le climat le permettent.
Economie domestiaue. L'unite economique fondamentale dans
les campagnes d'Haiti est llunite& domestique, le foyer.
L'equilibre y est fragile entre faire face aux besoins de
subsistance et participer a l'economie de marche" . E general,
assurer un approvisionnement minimum en denre'es alimentaires
est plus important que de produire pour vendre, ou du moins,
ce qui est requis pour la consommation du foyer est d'impor­
tance jgale ' la production pour la vente. Di consequence,
les pr~ts 'ala consommation ont un impact direct sur les ac­
tivite's de production.
-5­

Ge'neralement, caracte'ristiques montaires et non-mon6taires


se melent dans l'economie paysanne. Tous les foyers paysans
ne
sont pas monetises au meme degre'; cependant, tous les foyers,
sans exception, participent a l'e'conomie mon6taire. Les
cul­
tures de rente des paysans visent g 6 ne'ralement ' la fois
le
marche" domestique et le marche'international pour les produits
agricoles. I1 semble qu'au cours de la derniere d~cennie,
les
cultures d'exportation ont diminue au profit des cultures
vi­
vrieres destine'es au marche" domestiaue. Les prix relatifs
ont
eu tendance [Link] les cultures vivri'eres.

Stratdgies diverses. L'6economie paysanne en Haiti n'est


pas
homog ne car il y a toute une gamme d'economies paysannes
possedant, chacune, tout un systeme de m6'thodes. Toute poli­
tique de developpement influence par conse'quent des secteurs
precis de la paysannerie de fagons diffe'rentes. Pours diverses
raisons, certains foyers et certaines communaut6s slorientent
plus fortement que d'autres vers l'e'conomie de marche', par
example: la culture de leumes comme culture ce rente (Ferma­
the, Kenscoff) est directement liee aux debouches commerciaux
qu'offre le march6 de Port au Prince pour les legumes frais.
Le cafe& et les haricots dominent a Thiotte, le riz en Arti­
bonite et la canne ' sucre sur les petites exploitations
pay­
sannes pres des usines 'a sucre des plaines cotieres.
Un 6le'ment important de cette diversite est l'immense varite"
de micro-climats, geographiquement tr~s proches les uns
des
autres, cue lon trouve en Haiti. Les diffe'rentes formes
d'ex­
ploitation sont etroitement liees aux methodes agricoles,
elles­
memes influencees par des differences ecoloioues. Lorsqu'il
pleut suffisamment,l'agriculture paysanne des montagnes
se
base surtout sur une intense diversification des cultures
et
les tubercules y sont une culture vivriere importante, par
examole 'a Pilate (Nord) ou 'a Chambellan (Sud). Dans les
plaines
arides, on applique plutSt des strate'gies de :nise en culture
extensives, avec plus de cere'ales, moins de cycles de crois­
-6­

sance et ou le betail prend une importance plus grande lors


des longues morte-saisons. Par contre, lorsqu'on trouve une
agriculture irriguee, le facteur risque est mieux controle"
et les cultures [Link] attirent les gros investissements en
capital.
Classes paysannes. La paysannerie haitienne ne constitue pas
une seule classe homogbne. La variete" de cette classe est di­
rectement lie'e " la stru:,cture de l'emprunt rural et 'a son acc es
au credit. La plupart des familles paysannes sont proprietai­
res, mais les exploitations varient en taille. Les familles
paysannes plus riches ont generalement un meilleur acc~s 'a
l'ejargne. Ils investissent en terre et betail, mais peuvent
aussi investir leurs surplus dans des entreprises commerciales,
de sp6culation ou de prets monetaires. Par contre, les familles
paysannes pauvres ont tendance a masquer l'existence d'un
proletariat rural. La majorit6 des pauvres des campagnes ne sont
pas des mitayers sans terre. Ils ont plutat tendance Ltre de
petits propri4taires qui suppl6mentent les revenus de leur ex­
ploitation en se faisant de temps a autre embaucher comme
journaliers ou en montant un tout petit commerce. A cause de
leur pauvret', les jeunes hommes ne cre'ent pas d'union domes­
ticue stable avant d'avoir bien 30 ou 40 ans. Les pauvres ont
tendance a emigrer vers les bourgs, les villes ou vers la
Re'publique Dominicaine. D'un autre cgte', un nombre considerable
de paysans des classes moyenncs et plus 6levees a 6migre-vers
d'autres regions des Caraibes et de l'Amerique du Nord, y
compris l'emiigration en petites embarcations vers la Floride
du Sud.
La vaste majorite" des familles paysannes est proprietaire,
mais poss~de trop peu de terre . Actuellement la clientele
du BCA a tendance . etre proprie'taire - plus de 2 carreaux
(2,6 hectares). L'auteur de ce rapport a etudie une communaute"
d'une montagne du Nord et a trouve que les proprietaires fonciers
r7
il

posse'daient en moyenne 0,75 carreaux avec une majorite'de 55%


des paysans possedant moins d'un carreau de terre (0 carreau =
1,29 hectares = 3,19 acres). La majoritr'pauvre suppledente seo
avoirs avec des locations et du metayage. Dans la communaute"
en question, seulement un tiers des paysans cultivaient moins
d'un carreau.
Terre, travail et capital. Il est utile de comparer l'acces
a la terre, au travail ut au capital car ce sont les elements­
clefs de l'economie paysanne. Le capital est de loin le plus
rare par rapport a la demande. Le travail est l'61e'ment le moins
rare, et la terre, l'1e'ment pivot. La terre repre'sente un centre
puissant d'acces aux ressources qu'offrent le labeur et le ca­
pital. La terre est la premiere ressource pour gagner sa vie
et l'investissement le plus significatif. Les paysans contr~lent
relativement mieux les ressources qu'offre la terre et le
labeur que celles offertes par le capital. La terre est souvent
disponible -ar liens de coutumes t~ls que des droits de
lignee, des he'ritages et l'usufruit (droit d'usage). Le travail
est aussi disponible par arrangements non-monetaires, par
example: le groupe domestique, le m6tayage et l'esclavage
domestique. Le capital est relativement moins accessible par
liens de coutumes. Il se defini selon l'e'conomie du marche',
les cultures de rente, la paye de la main d'oeuvre et le marche"
du [Link], il y a dans les gros marches, des syst~mes
traditionnels d'intervention, par example, la pratik (l'tat
meme d'etre client), les liens de parente" et certains syst~mes
de troc.
Freauence de l'endettement. Une preuve supple'mentaire de la
rarete" du caoital est la predominance gfne'rale de l'endettement
en Haiti rurale: une 4tude de tous les foyers dans une commu­
naute paysanne a revele que 85% des foyers e'taient endettes.
A peu pres 16% de ces foyers assumaient des prets usuraires
sur une terre offerte comme ga-rantie (pour une information
supplementaire sur cette communaute', voir Smucker 1983). Les
-8­

statistiques sur l'endettement semblent 6tre


encore plus 6levees
dans des communautes plus monetisees comme
L'Estbre en Arti­
bonite. Lorsqu'on trouve de nombreux journaliers
agricoles
et intermediaires de tous petits commerces,
le nombre de prts
usuraires a tendance [Link] malgre' le
manque de terre
comme garantie.
Le poids des imp6ts. La relation est fondamentale
entre la
raret6 du capital et le niveau d'imposition
sur des transactions
importantes telles qu'achat de terre et vente
de cafe. Des
centaines de milliers de paysans vendent du
cafe 'aun petit
groupe d'exportateurs qui controle tout le
syst~me de l'expor­
tation. La recolte du cafe est lourdement
imposge et cet impot
est transmisaux producteurs sous forme indirecte
d'imposition.
En fait, de tous les producteurs du monde,
les paysans haitiens
payent les imp^ts les plus 6 lev6s (DARNDR
1976, 2):
Le gouvernement d'Haiti impose le
que tout autre pays producteur de cafecafe plus fortement
du monde... Une
analyse sur les consequences de l'imp6t sur
le cafer de­
montre que le poids de l'imp~t retombe directement
sur
les epaules des producteurs - les paysans
haitiens ­
les rendant, en fait, le groupe le plus fortement
du pays. Cette situation pose un s6rieux probl~me imposer
justice si l'on pense a leur grande pauvrete. de

Entre 1950 et 1971, les taux d'imposition


et la part des
revenus sur le cafe des exportateurs ont tous
deux doubles
tandis que la part des producteurs tombait
de deux tiers a
moins de la moitie du prix mondial du cafe.
La methode la plus
efficace d'augmenter les ressources en capital
dans les campa­
gnes serait de r(duire l'imp-t sur le cafe.

Substitution du caital. Un important corollaire


de la rarete&
du capital est l'utilisation d'alternatives
non-mon4taires.
Par example, les vendeuses au march4 choisiront
peut dtre d'aller
a pied au lieu de payer des frais de transport.
Des accords
-9­

de troc ne sont pas rares, par example: en Artibonite et sur


le Plateau Central on echange une journee de travail contre une
semaine de location d'une houe (une houe valant 60 gourdes).
Sur La Gonave, une femme fait la lessive en echange de quoi
on lui coupe du bois pour produire du charbon de bois. Il est
courant d'echanger du travail plut-t que de l'acheter. Des
groupes de labeur rotatifs existent coiramment en Haiti rurale.
Le troc existe dans l'change de semences, par example: des
haricots pour du mais, ou l'acces h des pousses de patates douces
ou de manioc par rerciprocite. Il est coutumier que le coiit
d'entretien des animaux se paye par un partage des petits.
La terre se loue sans intervention mon6taire (me'tayage). Par­
fois, on paye la main-d'oeuvre en especes, par example: dans
la transformation du sel et du charbon de bois. Lea inter-ts
sur les prets peuvent aussi etre payes en especes. La tendance
% I .
a eviter les imp6ts li6s aux transactions financieres est
significative. L'imp~t sur l'achat foncier peut representer
80% du prix de la terre. Les familles paysannes arrivent a
repousser les paiements de ces imp~ts pendant plusieurs gne'­
rations de transactions d'h4ritages ou d'achats privets entre
heritiers. Toutes ces manoeuvres prouvent l'extreme rarete
des ressources monetaires chez les paysans.

Sources d'argent rare

Dans un environnement paysan-fermier,c'est par la terre que


l'on satisfait ses besoins montaires, en particulier par la
vente de surplus du jardin. Il y a des familles ou les revenus
du jardin sont moins importants que ceux de la peche, de l'ar­
tisanat, d'un salaire ou d'un petit commerce. De toutes faons,
le gros des revenus monetaires chez les paysans d'Haiti provient
des sources suivantes:
- 10 -

Vente de r~colte et de b6tail. La production paysanne est


mise sur le marche de diverses faqons. Les cultures vivrieres
sont vendues sur le march6 int6rieur par des intermediaires,
surtout des femmes. Les cultures de rente destinees a' l'expor­
tation sont ammenees vers les riches maisons exportatrices
par des intermediaires masculins. Sur ces deux marches, les
reseaux refletent la clientele qui slinterpose entre l'achat
et la vente des produits. D'habitude, ce scnt ces relations
qui rendent l'acces au cr6dit possible. Dans le cas de cultures
d'exportation, les paysans n'ont pas de contact direct avec
les exportateurs mais passent par des agents acheteurs, ou
speculateurs.
Une partie de la production paysanne est recoltere petit 'a
petit, selon les besoins du jour. Certaines re'coltes sontr6col­
te'es et consomme-es sans passer
par l'e'conomie monitaire.
D'autres sont recoltees en grosses quantites et vendues sur le
marche'. Certaines cultures de rente se pretent 'a'etre recolte'es
successivement a differents moments de leur croissance, ce qui
fournit une rentree financiere hebdomadaire permettant d'acheter
des produits de consommation 'autiliser immediatement dans le
foyer.
Des cultures telles que les haricots rouges peuvent s'entre­
poser pour la consommation en morte-saison ou pour les vendre
en petites quantite's afin de faire face aux besoins financiers.
Plus souvent cependant, la recolte entiere de haricots est vendue
pour faire face "al'ech6ance d'une dette ou pour d'autres
besoins d'argent urgents. Dans ces cas-lh, les haricots sont
vendus au prix l( plus bas possible et achete's a nouveau au
prix le plus 41eve ' l'epoque des semailles.
La plupart des paysans ont un peu de betail. Les gros ani­
maux sont encordes et fouillent les jardins en friche ou les
lots de terrain laisse's en jach'ere. Si le nombre des animaux
est trop eleve pour la capacite de la terre et les possibilite's
de la main-d'oeuvre domestique, certaines b'tes sont envoye'es
chez d'autres paysans en echange de quoi ils auront droit a
partager les petits. On vend les animaux lorsque le jardin ne
peut pourvoir aux besoins alimentaires. Les paysans possedent
plus d'animaux dans les regions arides et les laissent mme
parfois paitre librement sur de grands paturages.

Commerce. La vente des surplus du jardin est une affaire


completement differente de l'achat et de la vente de produits
sous forme de commerce. Beaucoup de familles paysannes supple'­
mentent leurs revenus de petites entreprises commerciales.
Des machann (intermediaires du marche) vendent chez eux ou au
coin de rue le plus proche. D'autres couvrent de grandes dis­
tances pour aller chercher des produits qu'ils revendront sur
d'autres marches. Un autre commerce important est la speculation
sur les produits de ferme de faqon ' profiter des fluctuations
saisonnieres sur les prix. Pour les commergantes autonomes du
marche", le choix du type de commerce depend en grande partie du
montant et du co'it des fonds d'investissements disponibles.

Transformation des denr6es agricoles. Il existe toute une


serie d'entreprises commerciales qui necessitent la transfor­
mation de denr-es agricoles au niveau domestique: la transfor­
mation de la chaux et du charbon de bois, du manioc en kasav
(pain plat), des cacahuetes en beurre de cacahu'tes, le
decortLcage et l'action de griller les noix d'acajou, la
creation de melasses,la distillation de rhum local.

Artisanat. Un artisanat bien fait est encore une source


importante dp revenus. On trouve, d'une part, les artisans
traditionnels tels que les forgerons, les fabricants de chaus­
sures, de selles, de cordes et de paniers, les couturiers, les
menuisiers, les masons, les fabricants de briques, les potiers
at scieurs, et d'autre part, les artisans plus spe'cialises tels
que les guerisseurs , les sorciers et les sage-femmes. La
- 12 ­

plupart des artisans travaillent aussi la terre.

Salaire de la main-d'oeuvre. Le systbme de salaires de la


main d'oeuvre agricole en Haiti rurale est tres varie'. I1
existe plusieurs groupements de travail qui s'organisent au
niveau du groupe ou de l'individu, pour des travaux sous con­
trat ou journaliers. Le prix du travail a augmente au milieu
des anne'es 70 en conse'quence directe de l'augmentation du prix
des denrees alimentaires sur le marche"interieur. Au plus
haut de la saison oi la main-d'oeuvre est ne'cessaire, le salaire
d'un journalier est de 5 gourdes plus ses frais alimentaires
pour une journee de travail de 4 a 5 heures. Le travail agricole
se paye entre 3 a 5 gourdes selon le travail et la saison.
Lorsque la demande est elevee, on travaille sous contrat plutlt
que de faqon journaliere et l'on paye en consequence.

Locations de terrains. La propriete paysanne est fondamen­


talement un systeme de micro-proprietes qui se possbdede toutes
sortes de faqons possibles. Il semble qu'au moins les deux
tiers des foyers paysans poss~dent moins de 2 carreaux de
terre. Un seul foyer peut etre propritaire grace "a un h6ritage,
un achat, un droit d'usage, une location ou un m6tayage. Ce
m6me foyer peut de plus louer de la terre selon un arrangement
qui n'est pas forcement mon6taire. Les locations repr6sentent
une source de revenus importante pour les familles paysannes.
Lorsqu'ils manquent d'argent, les paysans louent de la terre
a un taux tres bas: ils engagent ainsi cette terre pour plu­
sieurs anne'es pour pouvoir toucher de l'argent imme'diatement.

Versements nar transferts. Certains foyers paysans touchent


de l'argent grace %ades transferts de fonds faits par des mem­
bres de famille qui habitent une autre ville ou %al'letranger.
Ces fonds viennent de parents qui travaillent en usine, sur
les plantations de la cote, dans les maisons des riches, ou
- 13 ­

qui ont des postes commerciaux ou gouvernementaux. Les premiers


resultats d'une 6tude du BCA sur les transferts internationaux
suggerent qu' peu pr'es un tiers des foyers 6'tudie's avait requ
une moyenne de 1.500 gourdes lors de l'anne'e prcedente de
parents expatrieds. Le pourcentage reel de familles paysannes
qui profitent de transferts internationaux est probablement
beaucoup moins 6lev4 que ne le sugg'ere cette etude, a cause de
l'6chantillon choisi. Les resultats s;uggerent ne'anmoins l'im­
portance des versements par transfert dans l'6economie nationale
et dans de nombreux foyers paysans.

Epargne paysanne et investissements

I1 y a relativement peu d'accumulation du capital en 6cono­


mie paysanne. Il y a cependant des types d'e'pargne et d'inves­
tissements caracteristiques, qui soutiennent l'agricuiture
paysanne et refl~tent l'economie domestique.

Entreposage des surplus. Idealement,les paysans cherchent


a entreposer leurs cere'ales pendant la morte-saison. Cette
re serve sert plusieurs fonctions: elle peut 6tre elchang4e
contre de l'argent, elle peut nourrir la famille, 8tre utilisee
comme semence a la prochaine saison ou servir de denree de
speculation. En fait, beaucoup de paysans sont incapables d'a­
voir des re'serves de ce'reales ou de haricots a cause de mau­
vaises re'coltes ou d'un manque de ressources. Dans les regions
seches oi la morte-saison est longue, les paysans construisent
ensemble des kolombye, maisons sur pilotis destinees a%l'en­
treposage, afin d'entreposer les surplus de la ferme jusqu'a
la fin de la saison seche. En Janvier 1983, un paysan pres de
Hinche avait encore des cacahuetes et du mais entrepos6s
depuis les rgcoltes des mois d'Octobre et de Novembre prece -
dents. Dans les re'gions montagneuses et pluvieuses ou poussent
les tubercules (ignames, manioc), les kolombyes ne sont pas
- 14­

tr's couranhs et l'on entrepose sur la tige meme ou dans la


terre. Dans les regions un peu plus s~ches ou lon plante un
manioc amnre, on le laisse en terre pendant des periodes aussi
longues que 5 ans et on l'utilise selon les besoins de consom­
mation ou de vente.

Betail. Les animaux tels que le betail, les cochons et les


chevres representent la banque paysanne. Dans ce domaine, le
cochon est l'animal-clef. Pour le moment, l'abattage gene'ral
des cochons haitiens cree une crise fi;.anciere serieuse dans
les foyers paysans du pays. Les cochons se reproduisent rapi­
dement et se vendent a bon prix sur le marche. Ils repre'sentent
une tres bonne source d'argent et l'on investit volontiers
en eux les surplus de la re'colte pour toucher un intrgt sous
forme de porcelets. Dans des conditions ide'ales, ces animaux
representent la premiere source d'e'changes monetaires pour
satisfaire des besoins de consommation impr6vus: manque de
nourriture, maladie, frais scolaires ou de"ces d'un membre de
la famille. Un paysan riche de La Plaine du Nord utilise du
betail Dour remorauer la canne a sucre de ses champs. Il est
plus facile pour lui de vendre certaines de ses bates que
d'emnrunter de l'argent * une banaue ou chez un preteur lors­
au'il en a besoin - y compris pour les besoins saisonniers
de la production agricole.

Investissements fonciers. La terre est l'objet premier d'in­


vestisse:ent et d'4pargne. La terre peut etre vendue pour faire
face a une grosse depense telle aue le dec~s d'un parent. En
fait, dans les campagnes d'Haiti, le marche" foncier est tres
anime', Des lots de terrain sont delimit6s pour couvrir les frais
d'enterrement. L'ambition des paysans-fermiers est d'acheter
de la terre pour faire face aux frais dtenterrement et laisser
un heritage a leurs enfants.

Investissements de consommation. Les toits de t'le des maisons


ipaysannes representent un mode d'e'pargne. En c.-.s de crise
-15 ­

financiere, le toit peut 6tre enleve et vendu et remplace par


un toit de chaume. Beaucoup de paysans considerent l'education
des enfants comme une forme d'investissement, une alternative
a l'achat de terre. Le fruit de l'investissement tombera si
l'enfant peut trouver un emploi salarie ou si, grace a sa bonne
education, il se marie dans une famille aisle. Une autre forme
d'investissement dans l'avenir est de couvrir les frais d'emi­
gration d'un membre de la famille; de grosses sommes d'argent
peuvent &tre empruntees dans ce but "ades taux de 100% d'in­
ter't, par example lors de l'Emigration des gens de Fonds des
Negres vers La Guyane franaise dans les annees 1970.

Services informels de banaue. Les paysans n'utilisent pas


les services des banques commerciales. Certaines familles amas­
sent de l'argent et le cachent dans un endroit secret plut6t
que de l'investir ou de le deposer dans une institution finan­
clere. Parfois, les paysans de'posent l'argent qu'ils ont en
trop aupres de "clients"1 tels que les speculateurs, fournis­
seurs, proprietaires ou employeurs. A Thiotte, les gros
producteurs de cafe de'posent des milliers de dollars aupres
des maisons d'exportation 'aPort-au-Prince. On cite le cas du
paysan aui a demande" a l'exportateur de cafe'de lui acheter une
Jeep avec l'argent qu'il avait d6pose chez lui. En somme, les
services bancaires tels aue depbts, prits et refe'rences finan­
cieres sont souvent faitspar les speculateurs, les proprietai­
res de magasins, les notaires, les paysans aise's ou les inter­
mddiaires du marche" comme service lie aux relations patron­
client. Dans certains cas, les clients servent aussi d'agents
acheteurs. Enfin, il existe un type traditionnel d'epargne
a court terme: le koltiz, comme on dit %a Chambellan, ou les tra­
vailleurs journaliers vendent leur travail a credit afin
d'epargner pour pouvoir acheter de la viande 'ala fin de l'anne'e
pour les fetes.
- 16 -

Categories dans le domaine de la dette

Pour illuster le concept de la dette rurale, il est utile


d'6tudier les re'sultats obtenus lors d'une 6tude sur la dette
faite dans une communaute montagneuse du Nord (m"entionne
page 7). Le Tableau #1 ci-dessous donne les re'sultats d'une Ctude
faite sur 69 foyers paysans, soit 352 personnes endette'es
representant un total de 15.000 gourdes, c'est ' dire 217
gourdes par foyer.

Tableau # 1. Categories d'emprunts par pourcentage d'emprunts


trouvgs dans une communaute paysanne et mon­
tagneuse du Nord.

Obligations lie'es aux cgremonies 30


Imp6ts accumule's aur les 23
transactions foncieres
Consommation 22
Commerce de toute petite envergure 14
Achat de terre et location 7
Production agricole 4
TOTAL 100

La dette de cierefmonie comprend les frais d'enterrement


et toutes les obligations liees au cdrgmonial. On s'endette
aussi pour d'autres rites tels que le mariage et les fates
de premiere communion. Le lien est intime entre l'enterrement
et le transfert de la terre. Lorsau'il y a un de'ces dans un
foyer, le membre de famille qui reunit les fonds pour couvrir
les frais d'enterrement se voit gagner l'acces . la terre.
Lorsqu'il n'y a pas de terre pour couvrir les frais, le besoin
imprevu d'argent peut mener a un emprunt a taux usuraire. Les
paysans sont souvent pr~ts a emprunter "ades taux usuraires
pour couvrir des frais d'enterrement alors qu'ils ne seraient
pas prets '. le faire pour la production agricole cause du
.

facteur risque.
- 17 -

Le degr6 d'emprunt que le tableau ci-dessus rev~le dans le


domaine des imr3ts accumule's est probablement beaucoup moins
6leve qu'en realite. La -lupart des droits de propri6t6 ne
sont pas ' jour. Les statistiques reelles sur les imp6ts
accumule's seraient beaucoup plus 6leve'es si tous les droits
de propri6t6 avaient ete notarises de faion le'gale. Une fois
que les transactions sont enregistrees chez le notaire, les
interets courent sur les impots impayes. Il est 'vident que le
niveau d'endettement lie aux achats fonciers serait plus elei
si l'on comptait les inte'rts accumule's sur les frais le'gaux
impayes.

La cat6gorie
intitulee-Consommation comprend les dettes
de scolarite, les soins pour maladies, l'alimentation, l'ha­
billement et le logement. Si l'on groupe les obligations lie'es
aux ceremonies et la consommation, ces frais repre'sentent plus
de la moiti6 de toutes les dettes de la communaute'. Las frais
de scolarite sont un element important dans la cate'gorie
consommation. Les dettes encourues pour l'alimentation et la
maladie sont ge'n~ralement lie'es " des priodes de se'cheresse
ou a des saisons-mortes dans l'annee agricole.

Les einprunts commerciaux repre'sentent une categorie de dette


importante, et sont beaucoup plus eleves dans les communaute's
paysannes qui participent plus i des entreprises commerciales
et a l'economie montaire; par example, voir l'e'tude sur une
cnommunaute de marchands de haricots faite Dar Murray et
.4lvarez (10,75). Les petits negociants s'endettent souvent
pour pouvoir entamer un negoce. Certains sont pr~ts a payer
des taux d'inte'r6ts e6leve's chacue mois pour maintenir un revenu
d'un niveau e'auivaZ nt au salaire d'un journalier. Dans ces
cas-l', lte'pargne est difficile.

Certains paysans peuvent s'endetter pour la production


agricole, mais ces prts-la jont en general faitspar des amis
- 18 ­

qui touchent un inte'rgt tr~s faible s'ils en touchent du tout.


Dans les communaute's agricoles ou le facteur risque est en
baisse, les emprunts agricoles sont plus courants, meme a des
taux d'interets usuraires, comme dans les regions rizicoles
de l'Artibonite et d'autres regions irriguees. Un exploitant
aise de La Plaine du Nord ne veut pas s'endetter pour des recol­
tes au risque e'leve telles que le mais, les haricots et la
patate douce, mais il est pret ' s'endetter pour des cultures
comme la canne a sucre, le plantain et le manioc, ou pour des
cultures irrigue'es telles que le riz. Dans les re'gions ohi la
production de haricots est lucrative comme " Thiotte, les se­
mences sont preteles a des taux d'int6r~t elevers compensespar
un gain rapide sur l'investissement (3 mois). Les paysans des
zones arides du Plateau Central disent ne jamais emprunter d'ar­
gent frappe d'inte'r~t pour exploiter leur terre, mais ils em­
pruntent a de6 amis ou au BCA lorsqu'ils manquent vraiment
d'argent lons de mauvaises recoltes.
Un estimatif raisotnable revele que le degre d'endettement
dans les campagnes d'llaiti est fort 6leve'. Dans certains cas,
les familles continuent a faire des paiements sur des dettes
heritees. L'emprunt s'oriente plus vers la consommation et le
commerce que vers la production agricole. Il ne faut pas supposer
que l'emprunt a la consommation n'est pas lie' des investis­
sements agricoles. Les manques saisonniers alimentaires sont
une cause d'emprunt: pour les familles e'conomiquement en marge,
ces dettes representent un investissement dans la capacite A
gagner sa vie dans un avenir proche. Les spe'culateurs remarquent
que la saison de plus grosse demande de prets tombe a l'au­
tomne lorsque les e'coles reprennent. Le niveau de dette
commerciale varie grandement d'une communaute a l'autre. En
g6n6ral, le niveau de dette semble augmenter avec une partici­
pation accrue sur le marche de l'economie mon'taine. U est
tres interessant de remarquer le parallle qui existe entre
- 19 ­

les modeles d'emprunt observe's dans les montagnes du Nord


et les resultats de 1'6tude de Metraux dans les regions rurales
de Jacmel. La difference la plus significative est que le pour­
centage de familles se reconnaissant en dette est presque 2
fois plus eleve que le pourcentage enregistre' par Metraux a
la fin des aines1940 (Metraux 1951).
- 20 -

CHAPITRE III

SOURCES TRADITIONNELLES DE CREDIT

Grace 'a diverses manoeuvres, les petits exploitants essayent


de rallonger leurs revenus d-. fagon 'a ne pas avoir 'arechercher
du capital, rare de toutes faons. Il existe des strategies
qui permettent de toucher des fonds rapidement. Certaines tran­
sactions mllent plusieurs modes de paiement, des credits
commerciaux ou des pr~ts directs de diffe'rents types. Ces arran­
gements varient enormement; certains co'tent tres cher, d'au­
tres non: cela depend beaucoup du type de relation qui existe
entre emprunteur et pr~teur. Le facteur risque joue aussi un
role critique: certains prets sont consolides de garanties,
alors que d'autres ne le sont pas. Parfois, le risque est
encouru a la fois par l'emprunteur et par le preteur. L'etude
qui suit gvalue quelques modeles distincts d'acc's 'a des types
traditionnels de creddt.

Vente anticip~e

La vente anticip6e est aussi connue sous le nom de vann


jadin (vendre le jardin), vann rekot ( vendre la recolte),
vann fle (vendre les bourgeons) ou vann sou pye (vendre a mime
la tige). Les re~coltes sont parfois vendues avant la moisson.
Elles peuvent soit etre vendues en delimitant un lot de terrain
sp~cifique, soit 6tre vendues par arbre, c'est 'a dire vendre
la production d'un arbre en particulier, Un arrangement
comparable existe Dou. vendre les animaux: vann bet depi
nan vant (vendre les betes lorsqu'elles sont dans le ventre).
- 21 -

Si une vache est enceinte, le veau h venir est vendu avant d'e­
tre ne et donne a l'acheteur lorsqu'il est sevre'. Le ven­
deur par anticipation - de re'coltes ou d'animaux - vend a
perte en echange d'argent imme'diat. Cette perte peut equiva­
loir au paiement d'interets sur un emprunt. La dur~e de cet
"emprunt" est le temps qui reste jusqu'au moment de la moLsson
(ou du sevrage). Pour une culture de haricots rouges, [Link]
reprdsente pas plus de trois mois, pour du riz, pas plus de
six mois. D'autres cultures vendues ainsi comprennent les caca­
hu~tes, la laitue, les ignames, les patates douces, le mais
et le millet. Les recoltes d'arbres fruitiers (oranges, noix
de coco, mangues, arbre a pain) se vendent par arbre. Le
plantain, le cafd, le cacao et la canne a* sucre se vendent par
surface de terre cultive'e plutot que par plante individuelle
ou que par arbre.
Dans le cas de la canne 'asucre, l'offre et la demande
ont varie enormement sur une periode de plusieurs. annees.
Dans les plaines du Nord, les producteurs sont pr~ts 'a vendre
la canne a credit lorsqu'il y en a trop sur le marche'. Cet
arrangement a credit assure la vente. Lorsque la demande de
canne est superieure a l'offre, les acheteurs sont pr~ts 'a
payer comptant et a l'avance pour s'assurer le produit.
Lorsqu'un producteur a un besoin d'argent urgent avant la recolte,
il se peut qu'il cherche 'avendre sa recolte pour trois ou
quatre ans ' l'avance. Dans la region de La Plaine du Nord,
c'6tait une faon de financer le voyage lots de l'6migration
vers Miami a bord de petites embarcations (1980).
Le manque a gagner minimal d'une vente anticip6e est de
25% et il. peut monter jusqu' a 100% ou plus selon les circons­
tances. Ceci equivaut a un taux d'int6ret annuel de 50 a
200% ou plus. Vu la nature aldatoire de l'agriculture, le taux
d'int6r-t peut 'tre considere' comme indemnite du facteur
risque: l'acheteur assume le risque. Les acheteurs sont parfois
- 22 ­

des speculateurs (cafe) ou des distillateurs (canne), mais en


fait, la plupart semblent etre d'autres paysans qui ont des
ressources financi'eres suffisantes pour se lancer dans une
ope'ration commerciale ou pour rendre service a un ami, la re'­
colte servant de garantie.
Examples:
Les Cayes: un carreau de canne 'a rucre valant
-

3.500 gourdes s'est vendu 6 mois 'al'avance pour 2.000 gourdes,


soit une perte de 1.500 gourdes equivalant a un taux d'interet
annuel de 150% fait sur un emprunt contre la r6colte.
- Fort Jacques: de la laitue valant 100 gourdes,
s'est vendue 75 gourdes un mois avant la recolte, soit une
perte de 25% 6 quivalant
"a400% d'int6ret par an.
- Les Cayes: tn veau s'est vendu avant la nais­
sance pour 15 dollars, 6 mois avant qu'il ne soit sevre', soit
une perte de 25 dollars, equivalant 'aun int6ret annuel de
333% avec en plus lbentretien des animaux pendant la periode
de 6 mois.

Prets en especes, rembourses en nature


Une variation importante dans le domaine de la vente anti­
cipee est celui de l'emprunt mondtaire ' rembourser en nature
lors de la r6colte; par example: on rembourse une quantit6
d~termine'e de produits contre l'emprunt. Cette approche n'est
pas utilis6e pour vendre la r6colte entiBre et, contrairement
aux cas cites ci-dessus, l'emprunteur est totalement respon­
sable du remboursement m~me en cas de mauvaise recolte.
Examples:
-Jdr6mie: 50 gourdes empruntees contre un sac
de caf4 se'ch4 a rembourser 6 mois plus tard, soit une perte de
50 gourdes, un taux d'int~ret annuel de 200%.
- Artibonite: 400 gourdes emprunte'es contre 160
marmites (mesure locale de volume) 6 mois plus tard, soit une
- 23 ­

perte de 400 gourdes, un taux d'intret annuel de 200% par an.

Prets en nature, remboursgs en nature

Les prets avec int6r~ts peuvent aussi se faire en nature


avec remboursement en nature. Ces prbts emanent essentiellemnt
du besoin de semences pendant le temps des semailles; ils re­
fltent aussi le fait que les grains de caf6 sont utilises
comme monnaie: le cafe est echang6 contre de l'argent ou entre­
pose pour speculer.
Examples:
Artibonite: le riz est emprunte comme semence,
-

par example, quelqu'un emprunte 10 marmites avec l'obligation


de rembourser 15 marmites lors de la r6colte (6 mois), soit un
int6r-t annuel de 100%. Les paysans sans terre et sans capital
pr~vu pour les semences peuvent metayer un lot de terre s'ils
arrivent "a emprunter les semences et la terre. A la recolte,
le proprietaire et le locataire (metayer) partagent moitie­
moitie en comptant en plus le remboursement de la semence
avec interet. I1 est habituel pour les paysans sans terre
d'emprunter des semences de leurs patrons (proprietaires et
employeurs).
Hinche (cacahu'etes): une autre variation sur les
-

prets de semences est de prater des semences contre le pr'l'­


vement d'un pourcentage de la recolte enti~re plutgt que
contre une quantit6 precise de semences. En fait, ceci est une
forme de A tayage qui se fonde sur des semences plutot que sur
la propri6t6. Le pr'eteur recoit un tiers de la re'colte et
l'emprunteur en reoit les deux tiers. Prbteur et emprunteur
partagent tous deux le risque agricole.
- Thiotte (haricots): les haricots se pr'tent a
un taux d'int6r't de 50 ' 100% par recolte, equivalant annuel
de 200 ' 400%. L'emprunteur assume la totalit6 du risque agri­
cole.
- 24­

- Thiotte (cafe): dans cette region cafe'iere,


une commergante entreprenante fait des pr'ets contre la recolte
a venir du caf6. Lorsqu'elle est a court d'argent a%prater,
elle prte des grains de cafe seches, et est particulierement
heureuse d'en pr~ter pour l'instant car leur prix est tombe"
et qu'elle en a des stocks considerables. Elle se fait rembour­
ser au taux de 4 bidons (mesure locale de volume) de haricots
frais pour chaque bidon de caf6 prate sec. Elle compte que
les 4 bidons equivaudront 'a2 bidons secs, soit un taux
annuel d'int-ret de 200%.

Credit et loyers
%ertaines locations foncieres sont en fait un mole de crc­
dit avec tous les frais qui l'accompagnent. La terre est en
general lou6e sous forme de demouatye (m~tayage), de fem
(location annuelle payee en esp'ces) et de potek, un syst'eme
de location ' bas prix et s'6tendant sur plusieur5 annees.
Il ne faut pas confondre le mot frangais hypoth~que avec le
mot creole potek, qui est une fayon d'op6rer une location.
On loua fagon potek lorsqu'il y a un besoin urgent d'argent,
par example, le deces d'un parent. Un membre de la famille
ou un voisin qui pr-ete de l'argent pour un enterrement peut
se voir proposer une potek au lieu d'un remboursement en
esp~ces. A Duchity, la terre qui sert 'a cultiver du cafe'se
loue ainsi pour des pe'riodes allant jusqu'a 7 ans. A Beau­
mont, de petits lots de terre domestique produisant environ
une valeur de 500 gourdes par an de caf6 peut se louer pour
3 ans 'a250 gourdes soit un taux annuel d'int6ret de 100%.
Proposer une potek est une fagon commode de trouver de l'argent
vite sans devoir risquer sa propriete 'a cause de taux d'in­
terets elev6s sur une hypoth~que ou d'une vente provisoire.

Credit et vente de terrains

Parfois, la vente de terrain est liee a un emprunt avec


intr^et.
- 25 -

Terre et enterrement. La terre est souvent re'servee


pour
couvrir les frais d'enterrement. Lorsqu'un membre
ag6 de la
famille meurt, un lot de terre est souvenit vendu,
en gendral
au sein mime de la famille, Ce genre de vente s'appelle
vente orote'[Link] et membres de la famille offrent des
pr^ts sans inter~ts dans le cas d'un de"c s. Cette
coutume
protege les inter~ts du pr~teur par obligation de
re'ciprocite
dans l'eventualit6 d'un de 's dans sa propre famille et a
aussi l'effet de faire une offre sur de la terre
qui pourrait
btre vendue pour couvrir les frais d'enterrement;
le pret
devient donc un premier versement sur l'achat du
terrain.
Hypoth'eue. La terre est l'avoir le plus important
des
paysans et, si le titre de propri6t6 est valable,
elle sert
de garantie lorsqu'un emprunt est fait. La terre
est donc a
la base de toute possibilit6 d'obtention de fonds.
Pour ob­
tenir des prets, la terre est hypothequee aupres de
pretaurs
d'argent officiels et de notairesquoique les pr~teurs
sans
licence exigent aussi des titres de propri6t6 comme
garantie.
En creolo, cette approche se dit bay kimbe oapye
pou kob prets
(donner le titre 'agarder en dchange d'argent 'a emprunter).
Ce genre de transaction peut simplement se faire
avec un requ
informel qui enonce les conditions du pr~t. Ces recus
en cachent
autant qu'ils en disent mais ils garantissent le
pr~t. Le
regu ne donne pas le principal et le taux d'intdr~t
mais seu­
lement ce que l'emprunteur doit au oreteur et la date
d'e­
ch'ance de 1'emprunt.
Vente conditionnelle. Les titres de propri6t peuvent
aussi
etre remis a un preteur d'argent comme condition
d'une op6 ra­
tion de vente; c'est la vente a remere. En fait, la
propri~te
est vendue mais sous condition qu'elle pourra etre
rachet6e
lors du remboursement du pret et de ses int6rets.
Ce genre de
vente est offiellement interdite dans les zones rurales
depuis
la promulgation du Code Rural •ran~ois
Duvalier en 1962,
- 26 ­

mais elle est autoris~e dans les zones urbaines et, en fait,
se pratique toujours dans les zones rurales sous le norw de
vente conditionnelle o'u les conditions sont verbalement emises
plutbt qu'lecrites. I1 se peut que le nombre de cas reels de
cette pratique abusive aient ete exagdre's par les romanciers
et autres ecrivains, mais il n'y a pas de doutes que c'est
une pratique courante o'u le paysan qui ne rembourse pas son
emprunt pris a un taux d'int6ret 6lev6 perd sa terre.
Lorsque la vente conditionnelle sert de garantie, le montant
du pret ne de'passe pas 40 ou 50% de la valeur marchande de la
propriet4. Les taux d'int6rets sont de 10% par mois, soit
120% par an. Un avocat dL Cap a remarque que si l'emprunteur
paye ses int6r'ts, la vente a remere devient techniquement
ane hypoth'eque. Ainsi, payer les inter'ts transforme la vente
en hypotheque et prot'ege les droits de rachat.

Achats a credit de marchandise et de services

Un corollaire supple'mentaire de la rarete de l'argent est


la pratique d'achat et de vente 'a credit., Les commercantes du
marche essayent d'obtenir un cr6dit chez leurs fournisseurs.
Si les stocks sont bas, elles peuvent proposer une avance
financi'ere pour assurer leur approvisionnement. Ces manoeuvres
se fondent sur une relation qui s'appelle pratik (l'etat meme
d'etre client). Une commergante du marche qui vend a un client
r6gulier peut ajouter un deji (bonus) "a sa pratik (client)
lorsqu'elle mesure la marchandise. Entre travailleurs, ili
n'est pas rare de demander une avaloua (avance) pour couvrir
les frais alimentaires du journalier. Les cordonniers et autres
artisans ont recours a l'avaloua pour eviter de bloquer leurs
fonds dans un stock. Avec l'argent avanc6, ils ach'etent le
materiau n~cessaire 'a la fabrication d'une paire de chaussu­
res. Les propri6taires de magasins ont coutume de faire credit
aux revendeurs-paysans lorscu'ils viennent acheter leur mar­
- 27 ­

chandise. Dans la plupart des cas, ils le font sans compter


d'inter't car cela leur assure un march6 dans les zones rurales.
Ce genre de credit n'est pas offert pour plus d'un mois ou
deux.
Examples:
- Un gros proprietaire de magasin dans une petite
ville du Sud a offert du cr6dit a 37 clients-paysans. La valeur
de la marchandise va de 300 'a 15.000 gourdes. Le commerqant
exige d'etre rembours6 dans un d6lai de 3 mois et s'attend
gn ralement 'a tre remboursd en 1 mois. I1 achbte lui-m~me
a credit auprbs de gros importateurs de Port au Prince et est
factur6 chaque mois.
- Un boulanger le long de la route de Bahon achiete
sa farine 'acr6dit chez de gros commergants. Il vend son pain
a crgdit aux revendeurs-paysans, mais exige que 80% du prix
d'achat soit oaye au moment de la vente, le reste devant
etre vers6 lorsque le pain est vendu.
- Sur la route de Dame Marie, une paysanne, com­
merjante au marche, achte de la farine 'a credit, fait faire
du pain dans une boulangerie locale et vend le pain chez elle.
Elle achete regulibrement 2 sacs de farine ' 145 gourdes par
sac. Toutes les 2 semaines, elle regle ses comptes avec le
vendeur de farine et achete deux nouveaux sacs "acredit.
- Les revendeurs d'engrais a L'Est~re achetent de
l'engrais 'acredit et par sac. Un sac qui vaut 90 gourdes
se vend a credit pour 95 gourdes meme s'il est achet6 le matin
et rembourse le soir meme. Le taux d'int~ert est de 5,5% par
jour ou 2.000% par an.

Main d'oeuvre a credit et le Koltiz


Des groupements de travailleurs rotatifs sont une organi­
sation courante de la force du travail. Des groupements venant
du Sud et connus sous le nom de koltiz ( aussi atibisyon et
ribot) ont coutume de vendre le travail de journaliers a credit.
- 28 -

Cela se fait dans le but specifique d'epargner de l'argent


pour les fetes de famille du ler janvie-. Le travail fait en
janvier est pay6 au mois de novembre sui cant afin de pouvoir
acheter une vache. La vache est abattue le 31 de;cembre en
grande pompe et la viande est repartie entre les membres du
groupement en fonction du nombre de jours de travail de chacun.
Si la somme d'argent n'est pas suffisante pour acheter une
vache, elle est divisee telle quelle parmi les travailleurs.
C'est une forme d'6pargne chez les travailleurs journaliers
qui offre du cr6dit 'aleurs employeurs. On peut citer le cas
precis du travailleur journalier vendu 'a credit aux employeurs
a tn taiix d'int6rgt equivalent 50% par an. A Camp-Perrin,
.

en janvier une journee de travail coite 3 gourdes a cre'dit


et 2 gourdes payees comptant; la gourde supple'mentaire cepen­
dant doit 'tre payee le jour du travail pour frais de nourri­
ture et de boisson.

Associations de cre'dit rotatoires


Le cengle est un syst'me de cr6dit de groupe qui ressemble
structurellement a 1'organisation des groupements de travailleurs
rotatifs, tels que l'escouad ou le ramponon. On trouvera en
Annexe B l'exemple d'un cengle qui 6tait actif et efficace
au moment de la visite sur le terrain. Dans toutes les regions
d'Haiti on connait cette approche sans toutefois toujours
l'appliquer. Elle porte differents noms dont sol, asosye et
komble.
Chaque membre du groupe contribue reguli~rement un montant
fixe: soit chaque jour, chaeue semaine, deux fois par semaine
ou chaque mois. La somme ainsi obtenue est donn6e 'a chacun son
tour a chaque membre du groupe; sur cette base rotative, tous
les membres participent eventuellement. S'il y a 12 membres
et cue la somme collective ou cumin (main), change de main
tous les mois, chaque membre y aura droit une fois par an.
- 29 -

Ceci repr6sente en fait un genre d'tpargne forcde ou chaque


membre contribue une part hebdomadaire pour recevoir une
grosse somme lors d'une date pre-determine'e.
Le cengle est un systbme plus courant chez les travailleurs
salaries que chez les paysans-fermiers; quelques paysans y
participent neanmoins et il est courant dans les bureaux du
gouvernement, les syst~mes scolaires et les chantiers. On
trouve aussi de petits groupements chez les marchandes qui se
rencontrent tous les jours au marche'. Aux Cayes, elles contri­
buent 10 'a 50 centimes par jour pour un cengle qui offre le
min une fois par semaine, le dimanche. Six cengles operent
pour le moment a Bahon. Les montants dans ces groupements
varient entre 10 gourdes par semaine et 200 gourdes par mois.
Les paysans qui participent "a des cengles ont souvent des ac­
tivites commerciales en plus de leurs activite's agricoles.
Dans une zone rurale des plaines du Nord, un cengle a 10
gourdes par semaine fonctionne parmi des paysans
qui se sont lance's dans de petites entreprises commerciales
y compris une boulangerie et la vente de billets et la spe­
culation en loterie. Ces paysans planifient leurs finances
a l'avance de fa~on 'amaximiser leur utilisation commerciale.
Par opposition aux cengles du Nord que nous venons de de'­
crire, le komble de Marche' Leon (Jer6mie) ressemble plus 'a une
fVte divertissante. Les paysans se retrouvent le dimanche pour
jouer a des jeux de hasard. Un syst'eme de loterie designe celui
qui recevra la somme cette semaine-la. Tous les membrcs touchent
cette somme mais la rotation est determin6e par la loterie
hebdomadaire: c'est une fete. A Le'on, le komble compte 50
personnes, et les contributions hebdomadaires varient de 10
a 50 centimes.
- 30 -

Preteurs d'argent
Les preteurs d'argent sont nombreux en Haiti. Lundahl
(1979) estime que le rapport emprunteur-preteur est aussi bas
que 8 ' 1. Ce re'sultat si bas est calcule" en estimant le nombre
de speculateurs, de gros exploitants et d'intermediaies de
commerce ambulants. Il n'y a aucun doute que le nombre de
preteurs est eleve; il y en a cependant tr'es peu qui gagnent
leur vie uniquement de cette fagon-la. Cette occupation est
en g6n~ral marginale aux autres; c'est un commerce qui op6re
de temps en temps lorsqu'il y a un surplus de fonds temporai­
rement disponible. De plus, 'a cause du manque de capital
dans la population rurale, toute possibilit6 de toucher de
l'argent devient un atout tres recherche. Le cbt6 ale'atoire
de l'agriculture paysanne et la presence de secteurs non­
mondtis~s dans l'conomie paysanne augmentent de beaucoup
le facteur risque dans les pr~ts d'argent. L'aspect decentra­
lis6 du systeme de prets contribue 'asa diversit4, ci-dessus
exploree,. surtout dans les transactions de terre, de cultures
et de petits commerces. Comme l'emprunt est chose courante
dans les campagnes d'Haiti, il est essentiel d'explorer l'e­
tendue et la vari6te des preteurs d'argent. L'6tude qui suit
se concentre sur les differentes cat 6 gories de preteurs. En sup­
plement du texte, voir le Tableau # 2 pour '16tude de cas pre­
cis.
Tableau # 2. Cas selectionnes pour illustrer divers types de Dr ts
traditionnels, en gourdes, avec les taux d'int6ret
en pourcentage.

Taux d'int6r~t
Source Montant Garantie Termes Declar~s Annuels Commentaires
Ami 200 aucune 1 an au choix 7,5 pour sp6culer
Ami 2.500 aucune I mois 5/mois 60 " 1 commerce
Speculateur 150 caf6 6 mois aucun aucun pour l'ecole
Speculateur 1.750 cafd 1 semaine " fonds roulembr
(ddc s ?)
Sp6culateur 50 caf6 6 mois 100/-an 200 'a rembourser
avec un sac
Preteu?/gages 150 bijoux 20/mois 240 engags lors
de 1'intervi3w
Pr'eteurgages 50 couvrelit 7mois 10/sem. 520 d6gag&s lots
de l'interview
(Le client a paye un intert e'gal t la valeur du pr~t,
taux reel seulement de 168% par an)
Notaire 100 co- 6 mois 10/mois 120 pour petit
signataire Commerce
Enregistres client a perdu
sa maison:
Usurier 6.000 propriet6 5 ans 5/mois 60 vente a remere
terre perdue
Usurier 2.500 i 10 ans 5/mois 60 i i
Usurier 20 aucune I jour 10/jour 3.650 d'un preteur­
borletier
Usurier 20 aucune 1 sem. 100/sem. 5.200 "
Usurier 1.500 requ 6 mois 25/mois 300 pour commerce
de legumes
Usurier 1.500 re~u 6 mois 5/sem. 260 pour commerce
d'engrais
Usurier 200 recu 3 mois 50/±an 200 pour commerce
de bouteilles
Usurier 500 re~u 5 ans 15/mois 180 pour 1'ecole
Usurier 500 regu 2 ans 10/mois 120 pour commerce
Usurier 500 requ 8 ans 25/mois 300 impaye,
terre perdue
- 32 -

Preteurs sur gages. Les pr'eteurs sur gages existent dans la


plupart des villes et petites villes de Haiti mais tres peu
dans les campagnes. Ils sont officiellement connus sous le
nom de maisons d'affaires ou agents d'affaires, et en Creole,
on les appelle plan, melimelo ou bric-a-brac. En principe,
le oreteur sur gages prate contre un objet de valeur d6pose
chez lui comme garantie. Cf. l'Annexe C ou llon trouvera
la copie d'un repu de pr~teur sur gages. Ces reus sont eta­
blis comme des reus de vente, par example de vente provi­
soire. La plupart des pr~teurs sui" gages comptent 20% de
taux d'int6ret par mois, quoique certains montent .25% ou
plus. Un preteur sur gages 'aCap Haitien compte 10% par
semaine pour des prets de moins de 100 gourdes, et 20% par
mois pour des prets de plus de 100 gourdes (taux annuel d'in­
teret de 520 et 240%). I1 existe un plafond quant ' l'int6r-t
total vers6: en principe, les preteurs licensies n'ont pas le
droit de compter un int6r'et superieur 'a la valeur du prbt.
Le jour ou le remboursement du pr~t est du est aussi le
jour ou l'objet engag peut etre vendu s'il n'est pas d6gage .
Le pr'teur sur gages du Cap donne 3 mois comme temps limite
pour d6gager un objet; cependant, il attend en g6neral un an
et un jour avant de vendre un objet (les clients et les bor­
dereaux de d6pots le confirment). D'autres pr~teurs n'hesitent
pas a vendre des objets aprbs 3 mois, surtout dans les petites
villes. Si les inter~ts sont bien payes, la date limite de
remboursement est report~e. Les pr-ets se basent sur la valeur
estimee de l'objet engag6. Ces prets ne sont pas superieurs
'a la moiti6 de la valeur de l'objet sur le march6.
La plupart
des prkts varient entre 5 et 500 gourdes contre des objets
tels que des habits, radios, ventilateurs, "blenders", lampes
6lectriques, bijoux, Equipement ster~o et bicyclettes. Les
interviews avec les clients et les prteurs sur gages revelent
que ce genre de pret est tres influence par l'afflux de biens
de consommation de luxe venant de parents expatries. En effet,
- 33 ­

les radios et lecteurs de cassette servent de suppl 6


ment
l'argent pour les transferts de fonds destines aux membres
de la famille. Beaucoup de ces articles finissent chez
les
preteurs sur gages comme garantie de prets, surtout
dans les
grandes villes de Haiti. Il y a litteralement des
douzaines
de preteurs sur gages h. Cap Haitien, alors qu'il n'y
en a
que 4 a Hinche, 2 h Grande Rivi~re du Nord et aucun
h Bahon.
Pr~ts amicaux. Une grosse part de l'endettement rural
en
Haiti est envers les amis ou les membres de la famille.
Ces
prets se font en gneral sans int6ret mais cr6ent en
fait
l'obligation de rendre le service par re'ciprocit6.
Les prets
amicaux n'ont pas de date d'dcheance sauf si le prteur
demande
S^tre rembourse". Toute personne ayant acces 'ade l'argent
est
susceptible de recevoir une demande. Certains riches
e'vitent
de preter de l'argent en jouant au pauvre ou en evitant
de
montrer leur richesse. Les prts amicaux sont un 6 1ement
important du lien patron-client. Les patrons (proprietaires,
employeurs, proprie'taires de magasins, speculateurs)
sont prets
a faire des prets sans int6r~t pour s'assurer le travail
des
clients, leur pouvoir d'achat ou autre service utile.
Certains Dr~ts amicaux sont faits sans toucher d'int
rt.
Par example, un paysan de Bahon emprunte parfois de
l'argent
d'un parent qui ne demande pas 'a toucher d'int6ret;
cepen­
dant, l'emprunteur paye volontairement 15 gourdes sur
200
gourdes pr~te'es (un int6ret de 7,5%) pour s'assurer
des emprunts
a l'avenir. Le capital destine au commerce d'une marchande
est inutilis6 lorsau'elle n'a pas de transaction en
cours et
donc elle peut prater ces fonds en touchant un intre't.
Un
homme qui economise pour construire une maison peut
prater ses
6conomies a une marchande pour quelques mois. Dans
un cas sem­
blable, le pr'teur a offert 300 gourdes 'a condition
de se
faire rembourser 350 gourdes 3 mois plus tard, soit
un taux
d'interat de 67% par an.
- 34 -

Lors de prets amicaux, l'emprunteur peut s'arranger


avec
le pr~teur et envoyer des provisions 'ausage domestique
chaque
semaine (paiement en nature) ou en partageant le profit
en deux
parts egales (paiement en espices, risque partage).
Des prits
avec int~ret peuvent tre rene'gocies en faveur de
l'emprunteur.
Les commercants aise's empruntent d'amis "ades taux
d'int6ret
de 5% par mois (60% par an). Ni le preteur, ni l'emprunteur
ne consid~rent cet int 6 ret comme usuraire. Certains
commercants
considerent que tout taux inferieur 'a 20% par mois
est une
faveur soit tout taux d'interet annuel infe'rieur a 240%.
Sp 6 culateurs. Des centaines de spe'culateurs eparpilles
participent au credit en Haiti de fapon importante.
Les entre­
prises exportatrices de cafe' avancent des millions
de dollars
aux spe'culateurs ou agents acheteurs de cafe', pour
qu'ils
achetent chez les producteurs. La valeur annuelle
des exporta­
tions de cafe a varie entre 33 millions et 91 millions
de dollars
lors des 5 derni~res annees. En 1981-82, les exportations
de
cafe' valaient 36 millions de dollars. La part du prodrcteur
n'est pas de plus de la moiti6 de ce montant et peut
etre meme
moins a cause d'une loarde imposition et des frais
perius par
les exportateurs. Meme en ajoutant la valeur de la
consommation
domestique du cafe', la re'colte de 1981-82 a df 'a peine
depasser
une valeur de 48 millions de dollars. Seule une portion
de
la consommation domestique passe par les maisons d'exporta­
tion, et donc les revenus sur le cafe" qui reviennent
aux
paysans-producteurs n'6taient surement pas de plus
de 24
millions de dollars en 1981-82.
De toute fayon, le commerce du caf4 represente l'apport
le plus important en dollars dans les foyers paysans.
Une
grosse part de cet argent est sous forme de credit
avance'
aux speculateurs par les exportateurs. Les speculateurs
com­
mencent a toucher les fonds en Septembre et en Octobre,
les
- 35 ­

comptes finaux devant etre r6gle au mois


d'Avril suivant.
Les speculateurs investissent aussi leurs
propres fonds
dans l'achat de caf6. Pendant la saison-morte,
ils continuent
a acheter du cafe',mais - cette epoque, leur
capital vient
surtout de leurs propres ressources plut~t
que de celles des
maisons d'exportation. Lorsque le marche
est opportun, les
speculateurs choisiront peut-etre d'emprunter
avec inter~t
de faqon 'a exploiter le marche au maximum;
par example, un
sp 6 culateur a Jdremie a emprunted 50.000
gourdes " un autre
commergant local a 5% par mois (60% par
an) en utilisant la
vente a remere (vente temporaire d'une proprie't)
comme
garantie.
Le commerce d'un speculateur est limit6
non seulement
par son approvisionnement en capital, mais
aussi par son
acc~s aux fournisseurs de cafe .Pour s'assurer
un approvision­
nement rapide de cafe, le speculateur cherche
des sous-agents,
generalement des paysans, qui ach'teront
' sa place et encou­
rageront les autres paysans ' lui vendre.
Ces acheteurs de
cafeI n'ont pas de permis et ont plusieurs
appellations telles
que zombi (mort vivant), lake (queue), voltije
(celui qui
saute), ou soumarin (sousmarin). Les activites
d'achats de ces
sous-agents ne sont pas sujettes au mnme
contrgle que s'ils
Etaient licencie's. Contrairement aux speculateurs,
les sous­
agents n'utilisent pas de balances; ils
achbtent par volume
plutot que par poids. Il y a moins de contr'le
de qualite sur
les achats de cafe et ils sont pr~ts 'aacheter
du cafe vert (in­
terdit par la loi). Ils pr~tent aussi de
l'argent avec inter~t.
Les speculateurs font une avance monetaire
'aleurs agents
zombis dans les villages ruraux, et ces
zombis, aleur tour,
pr6tent cet argent aux producteurs de caf6.
Les sous-agents
des camnagnes se mettent rapidement acheter les recoltes
a l'avance ou a preter de l'argent contre
un remboursement
en nature. Tant qu'ils fournissent du caf6
et payent le
- 36 ­

speculateur, les sous-agents ne sont pas sous pression pour


rembourser compl'tement les dettes qu'ils ont contracte'savec
celui-ci.
Pour s'assurer un approvisionnement en cafe, les specula­
teurs n2offrent pas du cre'dit seulement aux sous-agents,
mais ont adopte' deux autres methodes: les prets avec interet
et les prets sans int6ret. Les interviews avec les clients
et les speculateurs semblent indiquer que le gros des prets
se fait sans toucher d'interbt. Les speculateurs qui possedent
un pei'mis offrent des pr'ets ' leurs clients habituels, sans
toucher d'int6r-t, afin de proteger leur approvisionnement en
caf4 et d'entretenir une pratik (e'tat mime d'6tre client).
Les speculateurs sont tout h fait prets 'aassumer la perte
cur ces pr-ts sans intdr-t faits a'leurs clients. Un sp6cu­

lateur a J6r6mie a 30.000 gourdes eparpillees sous forme de


prets chez ses clients. I1 se calcule uneperte de 80% sur
ces prets mais les considere tout de meme comme un investis­
sement valable: les clients se trouvent engages vis-a-vis de
lui et cela lui assure un approvisionnement re'gulier en cafe
durant la recolte. D'autres sp eculateurs accusent un taux
de cr6ances irre'couvrables de 50% sur des prets valant des
milliers de gourdes. Les clients, tant qu'ils sont endetters
aupres d'un speculateur, se sentent oblige's de lui amener
leur cafe et les speculateurs auront tendance a payer comptant
plut't que d'accepter du cafe en paiement des
int6rets . Ou bien, le speculateur peut annuler
25% de la dette !,i le paysan lui livre une portion de sa
rgcolte en paiement d'int6ret ; le spe'cula­
teur paye done une prime. Certains clients recherchent d'autres
speculateurs plutot que de retourner chez celui qui leur a
d6j. prate de l'argent; le plus souvent, cependant, le lien
client-preteur est maintenu.
- 37 -

I1 est evident que les speculateurs de caferepresentent


une source importante de cr dit rubal. La demande de prets est
a son maximum .en Octobre, moi.s ou les ecoles reprennent.
Les pr6ts de scolarit6 sont en g6ne'ral rembourses en Fevrier
ou Mars lorsque les producteurs se trouvent dans les dernieres
phases de la recolte du cafe . Les spe'culateurs pr'tent aussi
de l'argent pour des ceremonies de mariage et d'enterrement.
Un spoeculateur a Thiotte a pr'te 1.750 gourdes a un client
sans pre-avis, sans toucher d'int~ret, pour couvrir des frais
d'enterrement. Le client a remboursel'argent en 3 jours,
apres avoir vendu du betail. La plupart des pr'ets signales
par les speculateurs sont destines 'ala consommation, les frais
de scolarite gtant en tate. La taille des prets varie mais ce
genre de prets varie en general entre 50 et.150 gourdes.
Les speculateurs offrent aussi quelques services bancaires:
non seulement ils pr~tent de l'argent mais ils sont aussi
une source immediate d'argent. Leurs clients
peuvent aussi faire des depots chez eux. Les speculateurs
peuvent utiliser cet argent sans verser d'int6ret au client.
Parfois, ils servent d'agents acheteurs pour le client en
utilisant l'argent en depot. Par example, des sp 6 culateurs
a Beaumont achetent de la t~le pour les paysans, leurs clients,
qui construisent des maisons a toits de tale.
Notaires et insoecteurs. Le notaire a un role significatif
et sp6cial grace a son pouvoir officiel d'6tablir un titre de
propriete, de percevoir des iipots sur les troansactions fon­
ci res et de le'galiser les bordereaux d'achats fonciers.
Par opposition aux pr~teurs d'argent legaux, les notaires sont
etablis dans toutes les communautes d'Haiti, meme les plus
6loignees. La fonction de notaire offre des occasions parti­
culi~res pour faire des prets sous sanction le'ale avec la
terre comme garantie. Les tazx d'inter't varient mais le taux
- 38 ­

le plus frequemment cits est de 10% par mois (120% par an).
Les no'aires prtent de l'argent m-me lorsqu'il n'y a pas de
terre servant de garantie. Par example, une marchande qui a
besoin d'un capital peut aller demander un pr-t a un notaire.
Si le notaire ne connait pas cette personne, il peut exiger
un co-signataire pour la transaction. Les bordereaux et clauses
sur papier prennent dans ces cas-la. une importance considerable
cause de leur caractere officiel. Si un notaire a un client
potentiel mais pas de fonds, il peut chercher un d6posant
qui rendra des fonds disponibles pour la transaction. Dans ces
cas-la, le notaire et le de'posant partageront les int6rets a
echoir, generalement un tiers pour le notaire et deux tiers
pour le deposant.
Commo les notaires, les inspecteurs ont un rble particulier
dans le domaine du credit avec interet. Les inspecteurs sont
officiellement nommes par l'tat. Leurs services sont obli­
gatoires pour avoir un titre de propriete legal ou pour le
partage officiel d'un heritage. S'il n'y a pas d'argent pour
payer la facture de l'inspecteur, celui-ci peut en prater
contre un lot de terrain comme garantie ou mime 6tablir une
transaction pour se payer sous forme d'un fragment de terrain.
Les transactions foncieres auxquelles les inspecteurs parti­
cipent sont une occupation secondaire pour eux. I1 se peut
que le commerce de la terre et les pr~ts d'argent soient plus
importants que ne le suggere l'4tude.

Usuriers. Lorsque les gens parlent d'usuriers, ils ne veulent


gene'ralement pas dire preteurs sur gages, notaires ou specu­
lateurs. L'usure est dite lajan Ponya (argent-poignard) ou
pese ke (action de percer le coeur). Les pr~ts usuriers sont
faits Dar ceux qui d6tiennent un permis ' cet effet et par
d'autres, nombreux, qui n;en ont pas. La plupartide ces pr~ts
ne sont pas faits par des preteurs d'argent officiels. Les
- 39 ­

preteurs officiels se trouvent essentiellement dans les gros


bourgs et les villes. Beaucoup d'intermediaires du marche"
et de gro abitan (gros exploitants) font occasionnellement
des prets ' des taux d'intgret 61eve . Les capjtaines de
bateaux et les agents d'emigration font aussi des prets.
Les usuriers locaux ont bien proiit6 du trafic de petites
'mbarcations qui se dirigeait vers Miami. Le lien est e'troit
enratre les operations de pr6ts et les loteries des borlettes.
i1 ne faut cependant pas croire que les borlettes repre'sentent
juste une facade aux op~rations de pr~ts. Les borletiers
doivent avoir suffisament de ressources financi res disponibles
pour faire face 'aleurs obligations lorsque le jeu de loterie
se retourne contre eux.D'un autre cote, la borlette est une
affaire tres lucrative en Haiti. Un borletier qui se trouve
avec trop de fonds et e-pargnes peut faire des pr-ts avec interet.
Un des plus gros borletier a Port au Prince a la reputation
d'avoir commenc sa carriere en pretant de l'argent puis
en
investissant dans des borlettes.
En tant qu'entreprise commerciale, l'usure marche le mieux
dans le cadre des travailleurs salarie's (usines, bureaux,
chantiers,cantonniers) ou dans les zones de grosse activite"
commerciale, par example, L'Estere qui est un des plus gros
marches du pays. Dans ces cadres, de petites sommes sont
pr~t6es 'a court terme ' des taux d'int~rets tr~s 4leves.
Par example, les cantonniers peuvent avoir besoin d'emprunter
de l'argent avant la fin du mois pour satisfaire leurs besoins
de consommation. Les usuriers sont prets a faire une avance
de 70 ou 80% du salaire mensuel d'un employe en echange de
son
salaire total a la fin du mois. Cet usage est particulierement
repandu lorsque la paye tombe avec quelques jours de retard.
Prater de l'argent contre le salaire mensuel s'ap-oelle vann
Tnoua (vendre le toois). A des taux d'intErt de 20 ' 307, ces
pr~ts e'quivalent a un taux d'int6ret annuel de 240 a 360%.
- 40 -

A l'usine a sucre des Cayes, un travailleur peut emprunter


100 gourdes 'acondition de les rembourser a%un taux de 25%
par semaine (1.300% annuellement) ou 'a20% sur une periode
de 2 semaines (514% par an). En principe, .;G pr&ts sont 'a
court terme, mais on trouve des cas oKi le pr~t reste impaye'
durant toute la periode de re'colte de la canne, soit 5 ou 6
mois, les versements d'int6r~t assures) 'a chaque fois que le
salaire timbe~par celui qui paye les travailleurs, c'est a
dire que le pr~teur est paye avant que le travailleur ne regoi­
ve son cheque.
Les commergantes du marche" cherchent des prets pour fi­
nancer leurs petites entreprises. Une petite nerociante 'a
L'Estere dtient depuis plus d'un an un Dr~t de 500 gourdes.
Elle paye 15 gourdes par semaine d'inter~t, soit un taux
annuel de 156%. Une ne'gociante en engrais a un pr~t de 300
gourdes et paye 15 gourdes chaque semaine, soit 260% par an.
Une autre femme emprunte 20 gourdes contre une journee de
travail 2 fois par semaine. Elle regoi' l'argent le matin et
le rend le soir avec 10% d'int~r~t. Au rythme de deux jours
par semaine pendant un an, cela e'quivaut a un total de 1.040%
vers4s en intergts sur une annes, soit un taux d'inter~t
equivalent 'a 3.650%. Un borletier de L'E.;t~re prate frequem­
ment 20 gourdes le vendredi, l'emprunteur doit lui rendre 10
gourdes d'int4r~t le mardi et encore 10 gourdes le vendredi
jusqu'' ce que le principal soit paye'. Le tout equivaut a
100% d'int6r~t par semaine, soit un taux annuel de 5.200%.
L'entreprise du tout petit commergant qui emprunte a un taux
d'inter~t 61eve" pour une journ~e de negoce est 'a peine plus
lucrative que la paye de la main-d'oeuvre agricole dans les
rizieres voisines (3 %a5 gourdes par journee de travail).
Comparativement 'a la paye journali're d'un travailleur, la
toute petite entreprise commerciale a le de'savantage conside­
rable du facteur risque sur un capital emprunte avec en plus
- 41­

la possibilite tres r~elle de se retrouver avec un bene'fice


inferieur a la paye du journalier.
Dans certains cas, les prets usuriers sont assumes pour
plusieurs annexes. Un paysan pres de Chambellan a emprunte
500 gourdes il y a environ 5 ans pour payer des frais de
scolarite'. Sur 5 ans, cela e&quivaut a un total de 4.500 gour­
des sur un pret de 500 gourdes. Dans la meme famille, une
femme a un tout petit commerce. Durant 2 ans, elle a assume'
un emprunt de 500 gourdes 'a 50 gourdes d'int6ret par mois
(120% par an). A Fort-Jacques, un homme a fait un emprunt de
500 gourdes a 25% d'interet par mois pendant 8 ans. A 300%
chaque annee, cet emprunteur aurait du verser 12.000 gourdes
d'interet. Ce cas est actuellement en justice pour irrecou­
vrables et le paysan a deja perdu sa terre pour honorer les
int 6 rets du pr~t. Les cas de prets "ataux d'interet eleves
et assume's durant de longues periodes sont nombreux. Parfois,
le non-remboursement des int~rets mene le preteur [Link]
de nouveaux inter6ts sur l'in-ceret qui n'est pas encore rem­
bourse. Dans les zones frontali'res, les gens s'enfuient vers
la. Republique Dominicaine pour echapper "aleurs dettes et "a
l'emprisonnement. Pour certains, ces prets usuriers repre'sen­
tent un genre d'asservissement au preteur qui m'ene finalement
a la perte de la terre ou a un etat permanent d'endettement.
- 42 -

CHAPITRE IV

INSTITUTIONS FORMELLES
ET
APPROVISIONNEMENT EN CREDIT

I1 est utile d'examiner brievement l'aspect du credit


institutionnel afin de pouvoir le comparer avec les ressources
traditionnelles de credit; suivront ensuite un r6esume et une
evaluation des problemes principaux.

Bureau de Credit Agricole

Le plus gros programme de credit agricole en Haiti est


celui du BCA qui touche environ 15.000 paysans, soit "apeu
pres 2,5% de la population rurale et fermi~re. Bien que l'a­
gence ait 5 bureaux regionaux et de nombreux bureaux de district
dans les communautes locales, le BCA n'a ni le personnel
ni les fonds pour pouvoir offrir du credit a plus d'une petite
fraction des communautes rurales. Comme d'autres programmes
de credit, le BCA a eu de la difficulte' a maintenir un taux
eleve de remboursements sur ses prets. Lors des quelques
dernieres anneres, la gestion s'est amelioree et les taux
de remboursement remontent. Contrairement "a d'autres insti­
tutions, le BCA ne se concentre pas sur un credit supervise'
li e'a des programmes de developpement integre . Cela repre'­
sente un desavantage au point de vue impact ebonomique, mais
un avantage notable pour satisfaire les besoins du paysan­
fermier traditionnel car ce systeme est plus flexible. Le
BCA ne peut cependant pas du tout faire face a la demande
- 43 ­

potentielle de credit en Haiti rurale, comme le confirment


les clients du BCA qui souscrivent un emprunt pour
ensuite prater aux petits paysans qui n'ont pas acces aux
fonds du BCA. Certains clients du BCA disent emprunter au
BCA ainsi qu'aupres de sources traditionnelles afin de faire
face 'aleurs besoins en cr6dit; ils empruntent cependant
moins d'autres sources grace [Link] presence du BCA. Il n'y a
simplement pas assez de fonds pour satisfaire la demande.
De plus, les sources traditionnelles satisfont des besoins
delaisse's par le BCA ou autres institutions formelles.
La disponibilite" de fonds du BCA a affecte" les sources de
cre'dit traditionnel et l'organisation paysanne traditionnelle.
Les paysans-fermiers pros de Hinche soulignent qu'ils n'uti­
lisent plus d'autres sources depuis qu'ils empruntent au BCA.
Dans ce cas-ci, les autres sources signifient emprunter a des
amis ou a des parents, et le but de ces prets est la produc­
tion agricole. Un paysan dit ne jamais avoir emprunte de fonds
avec int6r~t. afin d'ensemencer un champs, et c'est seulement
apres une s6rie de mauvaises recoltes ou'il a demande" du credit
au BCA. Il a donc d'abord pris contact avec une association
qui avait deja requ des pr'ets du BCA. Incapable de sly joindre,
il a organise sa propre association dans son quartier en sui­
vant les conseils de la 1ere organisation et a cre6 une societe
de credit )puis il a requ les premiers prets du BCA sur un
[Link]-ci servent "a la production agricole dans sa forme
traditionnelle.
La nouvelle association se compose des membres d'un groupe
de travail traditionnel connu sous le nom de ramronon. C'est
un groupement naturel de paysans en ce sens qu'il est cons­
titue de personnes liees les unes aux autres par des liens
particuliers et qui s'organisent autour d'activit(s e'conomi­
ques. Autrement presente', un groupe traditionnel de travail
fonctionne actuellement ccmme socite de credit du BCA.
- 44 -

En regle ge'ne'rale, les societes de credit se cr6ent 'ala


suite de contacts pris dans la communaut4 par les agents du
BCA. Par example, une societ4 s'est organis~e en Artibonite
une annee environ apres le contact initial de l'agent de cre­
dit BCA avec les gens de la communaute'. Une fois que des societ's
telle que celle-la recoivent des fonds, d'autres groupes
semblent jaillir dans la meme region pour demander des fonds.
En consequence,de nombreuses societe's se creent mais ne peu­
vent recevoir de credit a cause du manque de fonds du BCA.
Dans la r6gion de Cap Haitien, le nombre de nouvelles societe's
de credit a beaucoup augment6 lors de l'ann~e passee, mais
seulement une fraction' de ces groupes a repu des prets. A
La Plaine du Nord, 100 nouvelles societes se sont creees
la fin de 1982, mais seulement 25% d'entre elles ont eu des
prets. A Hinche, une soci6te 6 tait organise'e depuis 15 mois
lorsquelle-a commence a avoir acces au cr6dit du BCA. En
resume', le credit BCA manque, et ne peut satisfaire la demande
provenant de soci6t4s organis4es de credit. Par opposition
aux emprunts pris sans pre-avis chez les preteurs d'argent,
les prets du BCA doivent 'tre anticipds des mois ou des annees
a l'avance.

Autres preteurs institutionnels


IDAI (Institut de Developpement Agricole et Industriel).
L'IDAI fut organise'e en 1961 Na l'image d'une autre agence en
existence depuis 1951. L'IDAI est depuis longtemps un re'seau
de distribution pour les fonds de developpement en provenance
de la Bancue Inter-Americaine de Developpement. L'IDAI s'o­
riente plut6t vers les entreprises de moyenne et grosse enver­
gure qui se sp6cialisent dans la production "a utilisation inten­
sive de caoital . L'IDAI n'a pas de programme de prets
non.-supervise destines aux petits paysans, mais environ
30% de ses fonds vont a\des programmes de credit supervise
destines aux petits paysans , surtout en region irriguee.
- 45 -

La majorite" de ces paysans produisent du riz comme culture


de rente. A peu pros la moitie de ces petits paysans rece­
vant du credit IDAI se trouvent sous la jurisdiction du
bureau regional de Gonaives.
Le credit IDAI aux petits paysans s'oriente fortement
vers l'agriculture commerciale. Une partie importante du
programme IDAI pour les petits paysans est administr(e
sous la tutelle de projets combines avec ceux d'autres
institutions importantes. Dans la Vallde de 1' Artibonite
,
1'IDAI s'occupe du programme de credit et l'ODVA fournit
le
support technique. L'IDAI collabore aussi avec FACOLEF, une
usine de mise en boite [Link] les plaines de Cavaillon.
Environ 12.000 petits paysans profitent actuellement du pro­
gramme de credit IDAI, soit environ 2% des familles paysannes
haitiennes.
Compagnies agro-industrielles. Certaines grosses entreprises
offrent du credit aux petits paysans afin de s'assurer des
produits de base.
1) Usine a sucre: l'usine a*sucre Welsch pros de Cap Haitien
a utilise de l'e'quipement lourd pour labourer la terre des
paysans destine'e a la production de canne. Cela a 6t4 fait
"a
credlit, le remboursement paye en canne 'ala recolte.
2) L'usine de mise en boite FACOLEF (Cavaillon): FACOLEF
utilise le credit IDAI pour cultiver des tomates sur 300
fermes
pays&nnes dans les plaines de Cavaillon. Une moyenne de 3.500
gourdes par carreau est investie a chaque saison sur 280
carreaux de terre. Le remboursement se fait "a la recolte
lors­
que les tomates sont vendues 'a prix fixe par tonne.
3) L'usine de mise en boite de C0NASA (Cap Ha-itien): cette
usine ach'te des fruits tels que mangues, goyaves... Elle
ne participe pas a des programmes de credit pour la produc­
tion agricole mais fait des avances aux acheteurs de fruits
locaux. Dans la plupart des cas, les producteurs de fruits
sont
des paysans qui utilisent des me'thodes de production tradition­
nelles. Le syst'eme d'approvisionnement est similaire a celui
- 46 ­

des exportateurs de cafe; c'est ' dire que le credit est offert
afin de s'assurer l'approvisionnement en fruits et la compagnie
ne compte pas d'int6rets sur le credit offert aux acheteurs
qui ne sont pas des employe's de l'usine. Ils travaillent "a la
commission, tout en 4tant en position de faire une avance
financiere avec intdret aux paysans fournisseurs: soit ils
achbtent la recolte a*l'avance, soit ils font un pr-et contre
des remboursements futurz en nature. En 1982, CONASA a pr6te
160.000 dollars pour l'acnat de fruits, surtout des mangues.
4) La compagnie de tabac Comme I1 Faut: cette compagnie
nationale de tabac a un programme de credit supervise" afin de
s'assurer un approvisionnement adequat de tabac local pour
faire des cigarettes et des cigares. La compagnie avance des
fonds aux fermes paysannes et grandes plantations aux Cayes,
a Leogane, a\Mirebalais, a\Cap Haitien et a Fort-Liberte".
La compagnie dit investir jusqu'a 3.000 gourdes par carreau
sous forme de credit.
Agences de d~veloppement regional

1) ODN (Organisation pour le Developpement du Nord): le


programme de credit de cette agence gouvernementale a 6te
transfdre" au BCA cette anne'e fiscale-ci. D'Octobre 1978
a Septembre 1982, I'ODN a fait 2.335 prets, soit un total
de 1.503.274 gourdes. Ces pr~ts 6taient supervises et faits
a des paysans individuels qui se concentraient sur des cul­
tures specifiques telles que mais, haricots, manioc, caca­
huttes, plantain et riz. Des prets furent faits pour l'ele­
vage de poulets, l'achat d'equipement agricole, de meules
pour le riz, le manioc, le mais et la canne ' sucre. Ce pro­
gramme de cre'dit a e'te lance par les techniciens de l'ODN.
Environ 4 ou 5 mois se sont 6coule's entre le moment ou le
contact a 6td pris avec les paysans et le moment o'u le credit
a eted alloue'.
- 47 ­

2) ODPG (Organisation pour le Developpement de la Plaine


de Gonaives): l'ODPG offre du credit *a court terme au sein de
la zone du projet d'irrigation o elle travaille avec
2.000 paysans habitant sur place. Ce credit se fait sans
compter d'interet et sous forme d'injection de capital.
Les paysans qui participent poss~dent en moyenne I hectare
de terre irriguee et produisent surtout des haricots et
du mais. Les pr-ets sont rembourse's en 3 ou 5 mois lors de
la recolte et sont plut6t destine's A des individus plut6t
qu'a des groupements. Etant limite aux paysans ayant des
terres irriguees, la demande de credit ODPG est limitee par
la quantite de terre irriguee.
3) ODVA (Organisation pour le Developpement de la Vallee
de l'Artibonite): cette agence gouvernementale offre des
services techniques a un programme de cre'dit supervise
destine" aux paysans qui cultivent du riz. Voir "IDAI" ci­
dessus.
4) Fonds Agricole (HACHO): ce programme allemand est
lie a I'HACHO, une agence desservant la region du nord­
ouest. L'an dernier, le Fonds Agricole a pr'te 170.000
gourdes ' 720 planteurs dans les zones irriguEes develop­
pe'es par l'agence. C'est un programme de credit tr'es super­
vise' destine aux paysans cultivant des terres irrigue'es
et qui n'appartienent 'a aucun groupement. Le taux d'inter~t
est de 10% par an et le remboursement est dii 2 mois apres
la r6colte afin de permettre aux planteurs de speculer
sur le marche'. Cette demande de cr6dit est fonction de la
quantit6 de terre irrigue.

Petites agences orivees. I1 existe auelaues petits pro­


grammes de credit lie's " diverses organisations religieuses
ou petites agences de developpement.
- 48 ­

1) Caisses populaires:Les Pares Oblate ont pris l'ini­


tiative d'etablir des caisses populaires dans les ann6'es
1940. Ces caisses populaires fonctionnent encore aujourd'hui
comme cooperatives se'culieres sous la coordination du
Conseil National desCooperatives(CNC). Les repr6'sentants
du CNC sont incapables d'indiquer le nombre de prets fait
ou la quantit4 d'argent repartie au sein des cooperatives.
Ils estiment qu'il n'y a sdrement pas plus de 1.250.000
gourdes disponibles pour les prets des caisses populaires.
Beaucoup de cooperatives en Haiti ont des fonds disponibles
pour les frais d'enterrement. A Bahon, une petite coopera­
tive (38 membres) fait des pr~ts 'a2% par mois (24% par an).
La plupart de ces pr~ts n'exc~dent pas 100 gourdes et ser­
vent en gen6ral 'a l'agriculture ou au commerce. Les parts
individuelles dans la cooperative sont de 5 gourdes, et
75% du capital propre est pr~table. Pres de Hinche, la co­
operative COSMICA est une fedgration de 250 petits groupes
de paysans-fermiers. Ces groupes regoivent des prets a un
taux d'int6ret de 6% par an. L'anne'e derni6re un total de
150.000 gourdes a 6t4 prte" ' 66 petits groupes. Aucun
groupe ne recevra de financement cette annee 'acause du
manque de fonds malgr&e une grande demande. La plupart de ces
prets sont investis en agriculture paysanne de mode tra­
ditionnel sur le Plateau Central.

2) IDEA: ceci est un programme des Pbres de la Sainte


Croix bt Cao Haitien et s'oriente vers la formation adulte
et le d;veloppement communal. L'IDEA administre un fonds
renouvelable de 80.000 dollars sous forme de cr6dit de
petits groupements de paysans dans 40 communaut~s dans le
Nord du pays. Ces petits groupements investissent ge'ne'ralement
en provisions de c6re'ales afin de orofiter des fluctuations
saison&eres et pour e'viter de payer le prix fort en semences
de ce'r6ales.
- 49 ­

3) Fondation Haitienne de Developpement (FHD): cette


fondation offre des pr~ts aux petites entreprises et n'a
pas, jusqu'a present, offert de cre'dit agricole aux petits
paysans. I1 se peut qu'elle etende son porte-feuille pour
se lancer dans des operations commerciales et agricoles
dans les zones rurales, surtout dans la region de Petit
Goave.
- 50 -

CHAPITRE V

CONCLUSION

Credit formel et informel


De 1950 au milieu des aiin(es 1970, les sources formelles
de cre;dit institutionnel ont touche'moins d'1% des
paysans
d'Haiti (Lundahl 1979). Les taux de remboursement
des Fro­
grammes de credit formel 6taient ge'neralement en-dessous
de
60%, et les frais administratifs toujours tres 6leves.
Des
statistiques exactes sur le cr6dit rural sont difficiles
si
ce n'est impossibles a obtenir, meme de sources institution­
nelles. Pour le moment, on peut raisonrablement estimer
que
pas plus de 6% des 650.000 familles paysannes et
fermieres
d'Haiti ont acces h du credit provenant d'institutions
for­
melles, c'est a dire le BCA, l'IDAI, les agences
de develop­
pement regional, les compagnies agro-industrielles,
les cais­
ses populaires et les agences de developpement prive'es.
Dans la plupart des cas, les taux d'inte'ret varient
entre
6 et 12%. Le BCA compte 12% d'int6ret plus 2% de
frais ad­
ministrati fs.
Les paysans sont tout a fait exclus du march6 du
cr6dit
offert par les banques commerciales. Les quelques
paysans
aises qui ont des comptes en banque sont ge'nralement
inca­
pables d'y emprunter de l'argent. Meme les commerqants
riches
trouvent plus facile d'emprunter aupres d'usuriers
ou de col­
lbgues plut-t que d'aller dans une banque. Si un
emprunteur
a besoin d'un co-signataire accaptable pour faire
un emprunt,
il peut s'ensuivre des frais supplementaires en plus
du cot
de l'interet et des formalit6s exige'es par la banque.
- 51 -

Le credit qu'offrent les institutions formelles de pret


aux paysans est hautement spe'cialise'. Sauf au BCA et pour
quelques petits programmes, le credit formel est un mode de
credit suDervise, int6gre" a un projet de developpement ou
a une entreprise commerciale. Ce genre de cre'dit est initie"
par l'agehce plutot que par le paysan et la possibilite d'acc'es
du paysan au cre'dit est directement liee a sa presence geo­
graphique au sein meme de la zone prevue pour le projet.
Les pr'ets sont faits a des individus plutot qu'a des grou­
pements et sont ' court-terme: leur duree est influenc4e par
la recolte suivante. Une grosse portion de ce credit est
liee a l'agriculture irriguee sous supervision gouvernemen­
tale. La demande de cre'dit d6pend des besoins de l'usine
en produits de base, ou simplement de la quantite' de terre
irriguele par l'agence. Les clauses du projet limitent aussi
la domande. Une agriculture " gros investissements en capi­

tal n'est qu'un secteur limite" de la production totale des


paysans. Pour certains pro jets, le budjet alloue" au cr6dit­
petit paysan est bien plus eleve que la somme re'ellement
distribuee. En resume', l'approvisionnement en ce genre de
credit d6passe actuellement la demande.
Les sources informelles de cr6dit sont plus disponibles
que celles des institutions formelles mais l'approvisionnement
est encore inade'auat pour deux raisons principales:
1) le credit informel n'est pas toujours disponible lorsqu'on
en a besoin et, 2) lorsqu'il est disponible, le client peut
en trouver les conditions hors de port6e ou completement
abusives.. Certaines de ces conditions incluent la perte de
la terre ou un asservissement au preteur.
L'emprunt financier est fondamentalement une question
de moun oa-ism, contacts spe'ciaux. Il n'est pas evident que
quiconque veut emprunter de l'argent trouvera un preteur.
Les sources d'emprunt se fondent essentiellement sur les
relations personnelles. Les sources impersonnelles telles que
les preteurs officiels sont plus courantes dans les zones
urbaines. Chez les petits paysans, l'acces au cre'dit quel
qu'il soit, meme usurier, n'est pas facile. Les paysans
proprietaires fonciers ou posserdant d'autres garanties ont
plus de chances de pouvoir emprunter, quoique tous les Pay­
sans n'ont pas un titre de propri6t6 jour. De plus,
l'approvisionnement en credit des quelques sources normalement
disponibles est vite epuise (voisins, parents et contacts
patron-client).
Etant donne" qu'il existe un choix entre les differentes
sources de credit, formel et informel, on peut se demander
ou le paysan ira emprunter de l'argent. Les listes qui suivent
sont organisdes par ordre d'accds du petit paysan aux diverses
sortes de credit. La 16re ligne de chaque colonne represente
le mode de credit le plus accessible et la derniere ligne
represente le mode de credit le moins a cessible.

Tableau # 3. Acces du petit paysan 'adiverses sortes de credit.


I II III
Institutions Transactions de credit Pr teurs d'argent
particulieres

BCA Substitution de capital Amis


IDAI Vente anticipe'e de la Clients
ODVA (IDAI) production Speculateurs
COMIE IL FAUT Crdit commercialNotaires
CNC Achat et location
fonci~re subventionnee Usuriers
FACOLEF (IDAI) Groupes de credit Pr'teurs sur
ODPG rotatoire gages
FONDS AGRICOLE
'IDEA
- 53 -

Les institutions de la liste I sont agencies par ordre


de montants relatifs de credit alloue's aux petits paysans.
Em ge-ne'ral, les transactions de credit particulieres et les
preteurs d'argent sont une source de credit beaucoup plus
accessible aux paysans que celles des institutions formelles.
Dans la liste II, les transactions li6es 'ala terre devraient
etre en tate de liste s'il s'agit de montants de credit,
cependant, la terre n'est pas la premiere source exploitge
lorsqu'un paysan ou une marchande cherchent a emprunter de
l'argent. Les groupes de credit rotatoires ou cengles sont
en fin de liste car la grande majorite de paysans n'est pas
membre de ce genre de groupement; il se peut cependant que
pour ceux qui sont membres, les cengles soient la source de
credit principale. Dans la liste III, les pr~teurs sur gages
sont en fin de liste puisqu'ils ne sont pas presents dans
toutes les regions rurales: c'est surtout dans les gros
villages et dans les villes qu'ils se sont install6s. De
plus, un bon pourcentage des paysans ne possedent pas d'ob­
jets a engager qui soient de valeur suffisante.
La plupart des cas de credit informel pr6sente's dans ce
rapport ont 6te donnes lors d'interviews avec des clients
qui n'etaient pas du BCA, et peu d'entre eux avaient jamais
meme entendu parler du BCA. D'autres conversations avec des
clients du BCA suggerent que les prets du BCA offrent une
alternative aux pr~ts usuriers; il existe cependant de
nombreux cas o' les prets du BCA ne peuvent pas servir
d'alternative car les usuriers offrent des services que le
BCA n'offrenpas. Lorsqu'il y a un deces dans une famille
et qu'il faut de l'argent tout de suite, le BCA ne peut
fournir des fonds si soudainement: l'agenda de l'agence est
moins souple a cause des formalite's, du. besoin de planifi­
cation et du fait qu'elle prate a%des groupements piutot
- 54 ­

qu' des individus.


En ge'ne'ral, les institutions formelles ne tiennent pas
comptent de toute la gamme de besoins en cr6dit des foyers
paysans. Le crEdit formel, y compris le RCA, s'oriente d'a­
bord vers la classe paysanne moyenne et superieure. Les
institutions formelles ne traitent pas avec les clients
a risque 6leve. Le credit institutionnel n'est pas facile­
ment disponible pour la consolidation de la dette, la consom­
matic,n ou le commerce. Le cr6dit formel s'oriente vers la
production agricole 'acourt terme mais pas vers les
autres
besoins a court terme ou urgents des foyers ruraux. Les
retards et formalite's du processus bureaucratique ont l'effet
d'exclure la plupart des petits paysans.
Par opposition aux institutions formelles, les preteurs
traditionnels fournissent un service aux clients 'arisque
6leve. Ils peuvent se le permettre en partie parce qu'ils
ont un contact personnel et quotidien, tres important entre
preteur et emprunteur, qui sert de garantie sociale ou mo­
rale 'ala place de garanties plus formelles. De plus,
ils
touchent un taux d'int6ret plus 6 leve"sur ces prets 'a
facteur
risque e61ev6. Dans certains cas, l'int6r-t peut etre quelque
peu moins eleve qu'il ne semble l'tre si l'avantage de l'ac­
ces local est pris en consideration: les sources de pr t
formel peuvent s'av6rer etre plus co'teuses qu'elles ne
le
paraissent si l'on compte les frais de voyage. Les sources
traditionnelles de credit eliminent aussi la plupart des
formalites associees aux institutions. Il n'y a pas de d(lais
ou tres peu 'apartir du moment ou une demande est faite.
Le credit traditionnel est aussi plus flexible quant % l'uti­
lisation des fonds. Les pr'ts a la consommation sont consi­
der's comme un risque acceptable. Les preteurs d'argent
cherchent a avoir des fonds disponibles %al'automne pour
satisfaire les demandes de prets generees par les frais
sco­
laires. Lorsqu'il y a un des de famille, les speculateurs
- 55 ­

peuvent agir dans les minutes ou les heures qui suivent.


Certains prateurs traditionnels sont prbts a faire des
prets lorsque le facteur risque est partag6, surtout lorsque
l'emprunt est utilise' pour un investissement commercial ou
agricole. Certains pr~ts avec int6r~t sont rene'goci6s en
faveur du client si le client a paye les interbts, ou si le
client peut payer le principal, mais ne peut rattraper son
retard en remboursement d'interets. 7n general, lorsque des
prets amicaux sont disponibles, les options pour faire face
aux obligations du client sont plus grandes que dans le cas
d'usuriers officiels ou d'institutions formelles.
Certaines sources traditionnelles de credit ont le de'sa­
vantage notable d'atre franchement abusives, r6duisant en
fait ses clients ' un 6tat d'asservissement ou a' perdre leur
terre. Les taux d'int&r~t 6leves tuent les investissements
dans le commerce ou en agriculture. En fait, un mauvais
approvisionnement en credit limite la production paysanne
et diminue les alternatives des paysans. Les investissements a
la production sont d'autant diminu6s que les prets "a taux
d'int~ret eleves sont alloue' la consommation.
En somme, il est important de distinguer entre les em­
prunts amicaux de divers types, avec ou sans int6ret, et les
emprunts plus d6sesp6r6s faits " des taux d'inter'ets exhor­
bitants. Les taux d'int6r-t varient e'normement en fonction
des circonstances et de la relation qui existe entre emprun­
teur et pr~teur. Un pret 'a 5% d'int6r-t par mois (60% par
an) est en fait une faveur et des pr~ts de 10 'a25 % sont
normaux (taux annuels de 120 a 300%). Les petits prets a
court terme engendrent des frais financiers qui varient de
10% par jour "a50 ou 100% par semaine, soit des taux d'inte6­
r't annuels de 2.600 ' 5.200%. I1 ne faut pas imaginer que
les usuriers soient des gens de l'exterieur par opposition
aux preteurs amicaux. La plupart de ceux qui pr&tent de
- 56 ­

l'argent en Haiti rurale n'y sont pas officiellement au­


torises par l'etat. Ce sont des paysans commerqants ou fermiers
qui pr-tent occasionnellement d'autres paysans. Il ne faut
pas croire que les paysans aient des liens de fidelit6
bases sur la profession, la classe ou l'origine rurale.
La fid6lit4 se base plutat sur des liens sp 6 ciaux tels que
la parente, la Dratik et les relations de client a client
avec inter't mutuel. Les situations les plus desesperees
sont celles oi la terre des paysans est saisie pour rembour­
sement de dette, ou bien les cas ou des taux d'interet tres
eleves sont payes hebdomadairement ou mensuellement sur plu­
sieurs mois ou plusieurs annees.

Conclusions

1. L'economie paysanne haitienne se caracterise par une


grande rarete de capital. Beaucoup d'importance est accorde'e
a l'acces au credit . Les paysans empruntent de petites som­
mes d'argent court terme
. taux d'interat 61ev6 et ces
.

taux 6leve's repr6sentent un obstacle ' l'emprunt pour la


production. Le niveau peu 6leve de la production est en
partie da au manque de capital. En general, la demande de
credit des paysans est 6 levee par rapport "a leurs revenus,
et leurs maigres revenus contribuent au maintien de taux
d'inte'r't 6leve's. Les gros impots sur l'achat foncier ont
pour effet de promouvoir des taux d'int6r'ts elev~s pour
des emprunts a court terme plut-t que d'encourager l'utili­
sation de la terre comme garantie sur des prbts 'aplus long
terme. De plus, beaucoup de paysans ne peuvent pas prouver
que leur titre de propridt6 est a jour. Enfin, la pr6domi­
nance de prets [Link] consommation diminue les investissements
en agriculture et en commerce,

2. L'endettement est une situation commune %ale grosse


majorite des paysans. Une bonne part de cette dette vient de
- 57 ­

versements en retard sur de la terre ou sur les impts 'a


prelever sur l'achat de terre. La terru s'ach~te et se vend
habituellement au sein des membres d'une meme famille pour
eviter d'avoir a payer des impbts. L'endettement le plus
courant, " part celui qui est lie a la terre, est lie ,a la
consommation, surtout pour les frais d'enterrement et de
scolarite, vient ensuite l'endettemeut li6 au tout petit
commerce. A cause de la nature saisonni'ere et fortuite de
l'agriculture paysanne, les petits paysans ont des besoins
particuliers en cr6dit durant la morte saison du cycle agri­
cole.

3,. Les fournisseurs traditionnels de cr6dit satisfont des


besoins oublie's par les institutions de creddit formel telles
que le BCA et I'IDAI. En gen6ral, les modes traditionnels
de crgdit sont beaucoup plus accessibles aux paysans que les
institutions de cre dit formel. Neanmoins, meme les fournis­
seurs traditionnels n'arrivent pas a satisfaire la demande
de credit a cause de manque de ressources et de
termes de remboursements peu favorables. Certains types de
credit traditionnel sont tout 'a fait abusifs. Dans certains
cas, il sert imposer un genre d'asservissement au pr~teur
qui laisse peu de chances %al'endette d'echapper a un etat
d'endettement perpetuel. Ce genre de pr~t usurier peut mener
a la perte de la terre, a l'emprisonnement ou %al'emigration.
4. Dans un faible pourcentage de cas, les paysans parti­
cipent a%une agriculture constituee de gros investissements
en capital et accompagn6e de techniques agricoles modernes.
Cela constitue un secteur hautement specialise de l'agri­
culture et directement desservi par les institutions de credit
formel. La majorite des paysans utilisent des methodes
traditionnelles d'agriculture ou la main d'oeuvre est inten­
sive. Les faits confirment que ce secteur majoritaire a la
capacite d'absorber des augmentations considerables en
- 58 ­

approvisionnement en credit, offert dans des conditions fa­


vorables.
5.A cause de la demande insatisfaite, un approvisionne­
ment accru de credit BCA ferait tomber le cot.t du credit.
De plus, des conditions de credit BCA plus favorables font,
jusqu'a un certain point, competition aux sources tradition­
nelles. Mgme actuellement, il y a des clients du BCA qui
offrent du credit a leurs propres clients pour se lancer
commercialement. Les fonds du BCA ont donc un effet multi­
plicateur sur le marche du credit. Le premier impact est
indirectement d'etendre les services du BCA afin d'inclure
des prets de demarrage et des prets 'a la consommation 'a des
clients " facteur risque elev6 et qui ne participent pas au
programme du BCA. Les clients des destinataires de pr'ts BCA
peuvent donc sauter les formalites usuelles afin de recevoir
des pr~ts personnels rapidement.

6. A cause de la demande de credit pour la consommation


aupres de sources traditionnelles, le personnel du BCA de­
vrait explorer plus ' fond une politique de credit qui fasse
face aux besoins des paysans en argent liquide: deces,
maladie, frais de scolarit6 et manques en morte-saison ainsi
que des activites commerciales et de production agricole.

7, Le fait d'emprunter etant si re'pandu, le personnel du


BCA devrait imaginer des strategies de cr6dit orientees
vers la consolidation de la dette et l'allegement d'emprunts
trop lourds a des taux d'interets usuriers.

8. A cause de la nature saisonniere et fortuite de l'agri­


culture paysanne, le BCA devrait offrir du credit aux paysans
interdss6's a entreposer des ce'r4ales afin d'eviter le cercle
vicieux qui consiste "a vendre bon marcher lors de la recolte
puis ' acheter cher en saison morte et de semailles.
- 59 ­

9. Il faudrait etudier plus a fond le processus d'orga­


nisation des soci6tes agricoles de creditLe sujet de l'action
collective est tres delicat et charge de probl'mes de soli­
darite au niveau du groupe, d'abus potentiels, de manque de
confiance et d'%ntervention exterieure. Des groupements de
credit pourraient se constituer dans le style des petites
organisations traditionnelles typiques des campagnes d'Haiti:
groupes de travail rotatifs ou associations de credit rota­
toire compos6s de parents ou de voisins, tenus par des liens
particuliers d'obligation mutuelle.
10. Le personnel du BCA devrait explorer plus fond le
sujet de la mobilisation de l'epargne. Les prets abusifs et
le manque chronique d'argent liquide dans les foyers paysans
sont des problemes directement lies a l'epargne. Un des aspects
de ce probleme est celui des frais d'enterrement: il est
traditionnel en Haiti de destiner une somme d'argent 'aces
frais-l'. Ceci est usuellement associ6 ' des [Link] d'eglise
ou a des caisses populaires. La coutume traditionnelle des
paysans est de mettre de c'ote un lot de terre pour couvrir
ces depenses. Independamment de l'existence de propri6t6 qui
pourrait etre vendue, il y a un besoin immediat d'argent
lorsqu'il y a un d6ces dans une famille. Ceci est un probleme
de liquidite. En principe, les paysans sont int6ress6s par la
notion de fonds d'6 pargne. Une societ6 de credit comp6tente
serait une bonne base pour crier un fonds collectif afin
d'alleger les probl'mes temporaires de liquidite', surtout
pour les enterrements. Ceci serait un premier pas: les membres
chercheraient a etablir un fonds commun "a partir d'epargne
personnelle. La possibilite d'acc~s imnediat " ses propres
fends en d6pSt pourrait offrir une alternative libe'ratrice
aux prets faits rapidement mais a des taux d'inter^et 6 leves.
L'epargne personnelle et des dpots surs sont finalement la
- 60 ­

seule alternative aux prets usuriels qui generent le risque


de perdre sa terre et d'etre asservi au preteur.
- 61 -

BIBLIOGRAPHIE

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1976 Agriculture Policy Studies: Coffee. Damien: Unite de
Programmation and JWK International Corporation.

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St. Martin's

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1951 L'Homme et la Terre dans la Valle'e de Marbial, Haiti.
Paris: UNESCO

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Proceedings of the 1961 Annual 3pring Meetings of the
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1975 Haitiaa Bean Circuits: Cropping and Trading Maneuvers
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University Microfilms

Valles, Marie-Therese
1967 Les Id6ologies Cooperativistes et leur Applicabilite en
Haiti. Paris: Masonneuve et Larose.
- 62 -

ANNEXE A

LA TERRE COM4E GARANTIE DE PRETS

Le texte qui suit est le bordereau qui indique les


conditions dans lesquelles un pret a 6te' fait par un specu­
lateur a un paysan dans une section rurale de Grande Rivi~re
du Nord. Le document indique que le titre de propriete" sur
j carreau a ete donne" au preteur en echange d'un pret de 220
gourdes. Ce document cache le fait que le pret etait en fait
de 200 gourdes et que l'int6r~t etait de 20 gourdes, .payer
au bout de 5 semaines. Cela e'quivaut " un taux d'interet
de 10% pour 5 semaines, soit de plus de 100% par an. Le paysan
a fait cet emprunt pour acheter un lot de terre rendu dispo­
nible par le deces d'un parent.
Texte:
Au cinq janvier je paierai au sieur (nom du preteur)
speculateur en denre'es dfiment patent6 pour le present exercice
la somme de deux cent vingt gourdes (monnaie d'Haiti) valeur
reque en especes pour les besoins de mon commerce. Je lui.
donne en garantie la pi'ece de mon habitation mentionnant un
demi carreau de terre situ6 sur l'habitation en
la Section Rurale de jusqu'a ce que la remise
lui sera faite ' la date sus-dite. En cas contraire il a
droit d'agir comme bon lui semble.
En foi de quoi, le present lui est delivre6 pour servir
et valoir ce que de droit.
Grande Riviere du Nord, ce 28 novembre
Lu et approuve l'ecriture ci-dessus:
- 63 -

ANNEXE B

UNE ASSOCIATION TRADITIONUELLE DE CREDIT ROTATOIRE

Le texte qui suit est la copie exacte d'articles qui


sont h la base du fonctionnement d'un cengle dans la commune
de Bahon dans le nord. Ce genre d'association de credit ro­
tatoire s'appelle parfois sang, sol, ou komble en creole.
Les membres principaux de ':e cengle de Bahon opbrent en tant
qu'association depuis 10 ans. Les articles ci-dessous datent
du 6 mars 1981, moment oh le cengle fut rebrganis6 et accepta
de nouveaux membres. I1 est inhabituel pour un cengle haitien
d'avoir un reglement ercrit; l document ci-dessous devrait
donc atre d'un int6r't particulier a ceux qui veulent admi­
nistrer des programmes de credit rural en Haiti. A noter que
l'on s'est r6fere' une coop6rative en Article 2 et que ce
n'est pas une fonction tvaditionnelle des cengles; cette
particularite' nlest pas pour l'instant un 6lnment actif du
centre de Bahon. Autrement, ce cengle fonctionne comme le
decrivent les articles. A la suite des articles, on trouvera
la copie du requ utilise' a chaque fois qu'un membre du cengle
paye sa contribution de 100 gourdes au fonds commun sur une
base mensuelle. Le re u indique que chaque membre a emprunte'
2.000 gourdes (400 dollars) au groupe et las rembourse
par versements partiels de 100 gourdes par mois. Ce cengle
comprend 20 membres.

Texte:

Les Articles du Cengle - 6 mars 1981

[Link] 6 de chaque mois, chaque membre deposera cent cinq


gourdes (105 gourdes) au comite cengle qui lui remettra a*son
tour un requ.
2. Les cent cinq gourdes versees chaque mois doivent se
retrancher en deux parties. Cent gourdes pour le cengle
et cinq gourdes pour un cooperatif qui prendra naissance
en Novembre 1982.
3. Le 8 de chaque mois le com'te' remettra le total soit
deux mille gourdes (2.000 gourdes) 'aun membre selon l'ho­
raire du cengle.
4. La date du remboursement doit &tre respectele.
5. Selon l'article 5, aucun membre ne doit pas demander
de recevoir avant l'heure.
6. AprLs avoir touche le total le beneficiaire doit
laisser un requ au comitecengle.
- 64 ­

7. Si un membre veut laisser le groupe, il doit attendre


le paiement du dernier membre soit la vingtieme personne
du cengle.
8. Si une personne du cengle veut laisser le pays, elle
doit de'poser ce qu'elle doit avant de partir.

Reu
Je soussigne reconnais avoir emprunte deux mille
(2.000 gourdes) en monnaie haitienne au comite ct-ngle. gourdes
Valeur
que j'engage " rembourser a cent gourdes chaque mois regu­
librement. En foi de quoi ce present reu est d6livre au
comite' cengle pour servir et valoir ce que de droit.
- 65-

ANNEXE C

BORDEREAU D'UN PRETEUR SUR GAGES

Le texte qui suit est le bordereau distribue par un preteur


sur gages "aCap Haitien lors d'un pret contre depot d'un ar­
ticle engage. Le reu dgcrit le montant emprunte et l'article
engagd. Le remboursement est du au bout de trois mois.
Aucune information n'est donnee sur le. montant ou le taux
d'intert, le requ indiquant plut't la somme totale, prin­
cipal plus intdrEt, qu'il faudra rembourser. Il y a divers
types de bordereaux, celui-ci en est un et d'autres types
ressemblent ' des re~us de vente.

Texte:

Le porteur du present donne 'a gage a (prgteur)


demeurant (adresse) lobjet suivant: (nom de l'objet)
contre une valeur de jr) qu'il reconnait avoir reque
cash et qu'il s'engage A restituer dans un delai de trois
mois partir de la date des presents. Passe ce delai imparti,
il est convenu que les dispositions de l'Article 1845,c.c.
seront applicables en l'esp'eces.

(numero du bordereau, date, signature)

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