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Cours D'opinion Publique

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OPINION PUBLIQUE

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BIBLIOGRAPHIE

* Hermès N°31, 2001 « L’opinion publique, perspective anglo-saxonnes »


Articles à lire : Les théories contemporaines de l’opinion publique et La théorie
de l’opinion publique à la recherche d’un nouveau souffle

* BRETON, Ph., L’argumentation dans la communication, Paris, La


Découverte, 2001, p. 22- 35

* BOURDIEU, P., « L’opinion publique n’existe pas » in Les temps modernes,


Paris, Les éditions de minuit, 2002, N° 318, janvier, 1973 p.1292-1309

* ESQUENAZI, J.P., Sociologies des publics, Paris, La Découverte, 2003

* HABERMAS, J., L’espace public…, Paris, Payot, 1978 (chapitre7: le concept


d'opinion publique)

* HALIMI, S., et VIDAL, D., L’opinion, ça se travaille…, Marseille, Agone,


2006

* RIEFFEL, R., Sociologie des médias, Paris, Ellipse, 2001

* WOLTON, D., Penser la communication, Paris, Flammarion, 1997 (chapitre


7 : le triangle infernal : hommes politiques, journalistes et opinion publique)

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SUJET INDIVIDUEL
L’opinion publique autour du renouvellement du permis de conduire sous
le régime Ouattara : entre préoccupations individuelles, questions sociales
et visées politiques.

Consignes

1. Il faut baliser le sujet. En effet, sous Ouattara, il y a plusieurs mesures de


renouvellements de permis de conduire. L’étudiant doit donc délimiter, c’est-à-
dire choisir, parmi tous les renouvellements de permis de conduire ayant eu lieu
sous Ouattara, un seul renouvellement de permis de conduire

2. Quelles sont les préoccupations individuelles que suscite ce renouvellement ?

3. Quelle est la question sociale que soulève ce renouvellement ?

4. En quoi ce problème politique s’est mué en question sociale ?

5. Quelles sont les visées politiques ?

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INTRODUCTION

Le concept d'opinion publique est assez controversé selon qu'on le considère


comme "le produit d'un processus de communication qui se déroule au sein des
masses" ou selon qu'il est défini comme "la somme des opinions individuelles",
telles que la mesurent les enquêtes des institutions de sondages. Pour ce qui est
de ce second versant, non seulement, l'opinion publique ne saurait se résumer
aux résultats des sondages, mais encore, elle ne pourrait se réduire aux analyses
qui en sont tirées par les sondeurs et les journalistes. Là, est la source du
principal reproche de Pierre Bourdieu à l'encontre des responsables des instituts
de sondage et à certains commentateurs des médias qui font croire que l'opinion
publique telle qu'ils l'entendent, à travers leurs interprétations et leurs propos,
existe vraiment. Or, rien n’est plus faux. Les sondages, explique Bourdieu,
imposent, en réalité, des problématiques subordonnées à des intérêts politiques
et reposent sur un certain nombre de postulats totalement erronés. Les résultats
qui paraissent dans la presse ne sont très souvent qu’une création artificielle,
« un artefact » résultant d’une simple agrégation statistique d’opinions
individuelles et dont la fonction est « d’imposer l’illusion qu’il existe une
opinion publique comme sommation purement additive d’opinions
individuelles ; (…) l’idée qu’il existe quelque chose qui serait comme la
moyenne des opinions ou l’opinion moyenne ». En d’autres termes, il existerait
une sorte de collusion entre sondeurs et journalistes pour imposer une certaine
représentation de l’état de l’opinion publique.

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1. La thèse de REMI RIEFFEL

Pour lui, la position de BOURDIEU est loin d’être partagée par les politologues
et les sociologues concernés. Cette position a le mérite de s’interroger sur la
validité scientifique des sondages et sur la signification de la notion d’opinion
publique. Ce qu’il faut souligner c’est que les sondages permettent simplement
d’apporter des éclairages sur certains enjeux qui structurent un débat public.
Ils permettent également de saisir l’image d’un parti politique, d’une
entreprise ou d’une institution ; de mesurer la notoriété de telle ou telle
personnalité ou encore de connaître les intentions de vote des électeurs à un
moment précis d’une campagne électorale.
Les progrès accomplis sur le plan méthodologique en matière d’enquêtes et de
sondages ont contribué à asseoir leur validité scientifique bien que l’on observe
encore, ici et là, l’utilisation de protocoles d’enquêtes contestables et que l’on
assiste trop souvent à des extrapolations hâtives à partir de chiffres publiés.
Toujours est-il que les sondages ne peuvent à eux seuls refléter l’opinion
publique car ils ne sont qu’un élément parmi d’autres d’observations, des
attentes et des réactions des individus appartenant à un même pays ou à une
même catégorie sociale.
Pour l’historien David Zaret, il faut distinguer deux moments de l’opinion
publique :
- les moments nominaux de l’opinion publique
- les moments réels de l’opinion publique
Les moments nominaux, ce sont ceux où l’opinion publique est énoncée sur le
plan discursif par les expressions telles que 20% d’ivoiriens estiment que…,
50% des étudiants pensent que…, etc.
Les moments réels sont ceux où l’opinion publique prend corps de manière
moins désincarnée par le biais d’acteurs concrets que sont les leaders d’opinion,
les porte-paroles, les pétitionnaires, les manifestants, les militants de parti
politique, les syndicalistes, etc. A ceux-là, on peut adjoindre les journalistes en
tant que citoyens prenant parti dans les débats sociaux à travers leurs reportages
et leurs chroniques. (NEVEU, E., « De quelques incidences des médias sur les
systèmes démocratiques » in Réseaux, N° 100, 2000, p. 107-136).

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2. L’opinion publique selon les grands penseurs

Pour Blaise PASCAL l’opinion publique est : « La reine du monde ». Cette


assertion participe d’une vision traditionnelle, celle d’un agrégat de sentiments,
de passions et de préjugés marqués par l’irrationalité et la versatilité. (Cette
définition traduit une ambivalence. Elle présente en même temps les forces et les
faiblesses de l’opinion d’où la versatilité et l’irrationalité des propos que nous
tenons. L’opinion publique gouverne partout et à tout moment, dans une autre
mesure elle revient au bon sens.)

Dans l’antiquité grecque à l’opposé de PLATON appelant à une rupture avec la


doxa (opinion), ARISTOTE estime qu’il est important de connaitre les lieux
communs qui sont l’expression de la pensée populaire. Ainsi la rhétorique qu’il
campe pour la première fois dans l’histoire et qu’il définit comme une technique
repose sur la prise en compte des opinions existantes, permet d’intervenir sur
leur constitution et de prévoir leurs effets. Elle est avant l’heure une théorie de
l’émetteur, du récepteur et du message.

Le XVIIIe siècle voit l’avènement du mot et de la chose. C’est en cela que Jean-
Jacques ROUSSEAU évoque l’opinion publique comme « l’empire du
jugement des autres ». Pour lui c’est une réalité puissante à double face : d’une
part la vanité et l’amour des louanges propres à ce qui n’existe que dans
l’opinion des autres, d’autre part la volonté générale qui fonde le politique.
Ainsi le siècle des lumières fait de l’opinion publique l’instance du jugement
social et en même temps l’instance du jugement critique. Partant le caractère
public de l’opinion publique renvoie à :

- La publicisation des opinions qui ne sont plus l’affaire du seul for


intérieur, qui ne circulent plus sous le manteau mais se mettent en
circulation, en visibilité et en confrontation grâce à un système de presse
dont la croissance est alors exponentielle.
- La volonté de rompre avec le secret des décisions et des affaires du
monde, une volonté de les comprendre et d’intervenir sur leur cours.
- La communauté réelle ou supposée, une opinion en commun qui est
exposée, reçue, discutée et même disputée. Ici, le monde devient jugeable

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par chacun de nous car, nous avons la liberté d’exercer notre raison et
d’exprimer notre opinion.

3. La problématique de l’influence des médias sur l’opinion publique

 Comment les médias influent-ils sur l’opinion publique ?


 Sont-ils de simples amplificateurs du phénomène ou encore une caisse de
résonnance ?
 Parviennent-ils à créer de toute pièce un consensus autour d’un problème
dans l’optique d’instaurer un conformisme de pensée ?

3.1. La presse est un facteur qui favorise l’émergence et l’essor de l’opinion


publique

Cette thèse a été soutenue par Gabriel TARDE dans son ouvrage L’opinion et la
foule publié en 1901. Pour lui l’importance de la diffusion à grande échelle des
journaux influence nos conversations dans la production de nos arguments.
Considérant que l’imitation est le principe collectif des communautés humaines,
TARDE propose de distinguer d’un côté la foule et de l’autre le public. L’action
de la foule est instable et soudaine, elle est asservie aux forces de la nature, elle
réagit par impulsion et par passion. En ce sens la foule fait souvent preuve
d’intolérance voire de violence, dans la mesure où elle est soumise aux préjugés
et aux emballements. Le public, en revanche, est « une collectivité purement
spirituelle, une dissémination d’individus physiquement séparés et dont la
cohésion est toute mentale ». En d’autres termes ses membres sont plus
réfléchis, reliés entre eux par la conviction de partager au même moment un
certain nombre d’idées grâce à une espèce de suggestions à distance.

Ce public donne alors naissance à l’opinion qui est fondé sur « un accord partiel
sur quelques points importants».

L’intérêt de la réflexion de Gabriel TARDE est dans l’explication des causes qui
ont présidé à l’émergence du public. En effet, c’est grâce aux journaux et en
particulier à leur floraison lors de la révolution française que surgit
véritablement un public. Pour notre auteur c’est du moment où les lecteurs d’une
même feuille se laisse gagner par l’idée qui l’a suscitée qu’il compose vraiment
un public. Cette nouvelle forme d’association collective s’intensifie durant le

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19è siècle en raison du développement des moyens de communication et de


transport, de l’extension de la diffusion de la presse sur tous les territoires. Il se
produit alors une accélération de la circulation des opinions, un travail de fusion
des opinions personnelles, un travail de fusion des opinions locales en une
opinion collective et nationale.

L’intellectualisation croissante s’accompagne selon Gabriel TARDE, non


seulement d’une unification des opinions mais aussi d’une pacification de ces
mêmes opinions. En effet la presse joue d’une certaine façon le rôle d’un ciment
social qui réunit des populations auparavant dispersées, morcelées et qui
participent ainsi à atténuer les conflits parce que les gens, grâce aux
conversations, prennent conscience de l’identité de certains points de vue. On
peut dès lors proposer une définition plus complète de l’opinion publique qui est
selon notre auteur « Un groupe momentané et plus ou moins une logique de
jugement, répondant à des problèmes actuels, se trouve reproduit en de
nombreux exemplaires dans des personnes de même pays, de même temps, de la
même société ».

L’analyse à laquelle procède Gabriel TARDE montre que la presse permet dans
certains cas de favoriser la circulation des idées et des opinions en donnant la
parole à certaines personnalités, en faisant intervenir des témoignages d’experts
ou des propos de simples citoyens. La presse sert de lien entre les membres
d’une communauté ou d’un même pays d’origine. Cependant la segmentation du
marché à laquelle se livrent les spécialistes du marketing de presse relative
quelque peu ce constat dans la mesure où on prend en compte des cibles précises
dans la lecture des journaux : les jeunes, les femmes, les amateurs de sport, etc.

Si on élargit la perspective à l’ensemble des médias audiovisuels on pourrait


affirmer comme Dominique WOLTON que la télévision est la seule activité
partagée par toutes les classes sociales et toutes les classes d’âge, faisant fi des
conditions réelles d’existence en créant le lien entre tous ces milieux mais pour
ces spécialistes, les téléspectateurs ne sauraient être l’expression de l’opinion
publique car l’audience d’un média ne peut représenter qu’un miroir de
l’opinion même si on y débat de certains enjeux sociaux en donnant la parole et
aux experts et aux profanes une telle opinion n’est qu’une facette d’une réalité
infiniment plus complexe.

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3.2. Les médias modifient les modalités d’expression de l’opinion publique

A partir du moment où l’opinion publique ne se résume pas à ses « moments


nominaux », il faut tenter de la saisir dans « ses moments réels » à travers ses
mouvements sociaux et ses mobilisations militantes. En effet l’opinion publique
s’exprime par l’entremise de signataires de pétitions, des organisateurs de
manifestations et des pratiques de protestation dans les rues. Et les médias dans
leur ensemble peuvent participer à leur succès.

Dans le passé, les manifestations avaient pour objectif essentiel de se faire


entendre dans la rue et elles étaient conçues par des militants politiques ou
syndicaux quasi professionnels. La presse pouvait en rendre compte le
lendemain et la télévision pouvait y consacrer une place plus ou moins
restreinte. Cependant aujourd’hui la majorité des manifestations vise à attirer
l’attention des journalistes par tous les moyens : communiqués de presse,
affichages, conférences de presse, etc. Selon Patrick CHAMPAGNE (Faire
l’opinion, Paris, Minuit, 1990) ses manifestations sont : « Des manifestations
médiatiques » qui obéissent à une stratégie d’investissement des médias pour
faire pression sur les pouvoirs publics afin de peser sur les négociations. Ainsi
les journalistes, en donnant de l’écho à ces formes de mobilisations participent à
transformer un problème local ou secondaire en un problème national et
prioritaire : c’est la preuve que ceux-ci participent à la construction de
l’évènement.

Cependant nombres de manifestations ne font pas l’objet d’un compte rendu


journalistique et demeurent ignorées des médias à jamais. Cette remise en cause
pause en filigrane un problème encore plus épineux : celui de la dépendance
apparente de l’opinion publique à l’égard des médias et surtout celui de la
question de la manipulation de l’opinion par les médias.

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3.3. Les médias peuvent tantôt imposer les thèmes à l’ordre du jour tantôt
élargir le débat

La thèse selon laquelle les médias définissent les problématiques du moment


renvoie à la théorie de l’agenda (l’agenda setting). Cette dernière présuppose
que la presse la radio, la télévision, le web exerce un effet puissant et direct sur
les citoyens et que ces derniers n’ont aucune autonomie dans leur
comportement. Une telle approche se retrouve également chez Pierre
BOURDIEU et Patrick CHAMPAGNE dans leur théorie de « l’effet de la
fermeture symbolique ». Selon leur théorie les médias sont devenus par la
manière dont ils imposent une certaine vision des évènements, le tribunal de
l’opinion. En effet, l’actualité se circonscrit à ce dont parlent les journalistes, qui
sont de véritables professionnels de l’opinion publique puisqu’ils délimitent ce
qui mérite d’être porté à la connaissance ou non du public. C’est en cela que ces
deux chercheurs affirment que les médias créent l’opinion publique et ferment le
jeu du débat démocratique.

Un certains nombres d’objections ont été soulevés par différents spécialistes à


propos de cette vision de la réalité médiatique :

- On observe d’abord une certaine diversité des problématiques au sein de


nos sociétés dites démocratiques même s’il existe des moments où le
conformisme l’emporte sur la différence.
- On constate ensuite que les grands enjeux politiques, économiques ou
sociaux parviennent toujours à être exprimés à un moment ou à un autre.
- On sait par ailleurs que les citoyens que nous sommes tiennent toujours
compte de l’avis de leurs groupes d’appartenance, de leurs amis ou de
leurs proches.

Tout ceci relativise l’influence des médias. Il est donc pour le moins hasardeux
de penser que la démocratie est menacée de ne plus être démocratique à cause de
l’omniprésence des médias. Tout porte à croire que la réalité est plus nuancée et

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qu’il convient, pour chaque phénomène étudié d’être prudent dans les
conclusions qu’on en tire.

Il existe cependant une théorie qui s’apparente à la thèse de la production du


conformisme pour les médias : c’est « la spirale du silence » proposée dans les
années 1970 par la sociologue allemande Elisabeth Noëlle NEUMANN (Hermès
n°4 P181-189).

Partant du principe que ce qui caractérise l’individu c’est la peur de l’isolement,


peur d’être mis à l’écart, notre sociologue considère l’opinion publique comme
le résultat de l’interaction entre les individus et leur environnement social et elle
la définit comme « cette opinion qui peut être exprimée en public sans risque de
sanctions et sur laquelle peut s’appuyer l’action menée en public ». Les
individus sont selon elle dans un état de dépendance à l’égard des médias et sa
démonstration repose sur les hypothèses suivantes :

- Les individus se forgent une représentation de la répartition et du succès


des opinions au sein de leur environnement social. Ils repèrent donc
intuitivement les signes de soutien et anticipent ce que sera l’opinion
dominante ;
- Les médias représentent la principale source de références pour tout ce
qui ne relève pas de notre sphère personnelle ;
- Lorsqu’ils ne sentent pas soutenus, les individus perdent confiance en eux
et n’osent plus exprimer leurs opinions. Ils se retirent par conséquent du
débat public et s’installent dans « une spirale du silence » qui
s’autoalimente.

Cette théorie laisse entendre qu’il existe bel et bien une opinion dominante,
imposée par les médias qui sont de véritables distributeurs des opinions
légitimes, lesquelles opinions sont des indicateurs déterminant qui a le droit de
parler ou de se taire. Cependant la sociologue suggère que tous les exposés sur
l’opinion publique ne valent que pour des périodes et des lieux bien déterminés.
C’est la raison pour laquelle il faut éviter de faire de la généralisation.

4. Les transformations de l’espace public

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Opinion publique et espace public sont deux notions étroitement liées :


l’existence de la première dépend de la vigueur du second. Au 18è siècle,
l’opinion publique qui émerge fait référence à une nouvelle culture politique qui
« transfère le siège de l’autorité du seul vouloir du roi, décidant sans appel et en
secret, au jugement d’une entité qui ne s’incarne en aucune institution, qui
débat publiquement et qui est plus souveraine que le souverain ». Telle est la
définition de l’opinion publique proposée dans le cadre d’un rappel historique
par Roger CHARTIER dans son ouvrage Les origines culturelles de la
révolution française, Paris, Seuil, 1951. La notion gagnera en pertinence avec
l’essor de la lecture des journaux qui fleurissent un peu partout à cette époque.
Les changements politiques engendrés favorisent dès lors la constitution d’un
espace public où selon l’expression habermassienne « une sphère publique
bourgeoise ». Cette dernière se définit d’abord politiquement comme un espace
de discussion soustrait à l’emprise de l’Etat et critique à son égard ; puis
sociologiquement comme différent de la cour (proche de l’Etat) et du peuple
(exclu du débat politique).

4.1. L’évolution de l’espace public

L’espace public au 18è siècle décrit par Habermas n’a aucun point commun
avec la vie publique telle qu’elle se déroulait dans l’Agora grecque. Cette
dernière était le lieu concret où tous les citoyens se montraient pour débattre des
affaires intéressant le gouvernement de la Cité. Quant à la sphère publique
bourgeoise, elle est un espace où les personnes privées font un usage public de
leur raison et instaurent une véritable communication, un échange d’idées et de
jugement. C’est en même temps un espace qui se veut homogène dans lequel
s’établie une égalité a priori entre les individus : seul la cohérence ou non des
arguments distingue les individus puisque l’usage de la raison n’est plus limitée
par le respect dû à l’autorité politique ou religieuse.

Cependant Habermas constate la dénaturation progressive de l’espace public


voire son déclin à cause de la transformation « d’un public discutant la culture
en un public qui la consomme », le développement du mercantilisme, l’emprise
de plus en plus forte des techniques de marketing et surtout la crise de l’idéal
bourgeois de la Publicité ravalée au rang de la publicité médiatique.
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4.2. L’élargissement de l’espace public : des médias aux TIC ou aux TICN

Selon Bernard MIEGE quatre modèles de communication ont réorganisé


l’espace public des sociétés démocratiques. Le premier modèle est celui de la
presse d’opinion qui est fondée sur un style souvent polémique qui associe
discours politique et propos littéraires. Grâce aux journaux un usage public de la
raison par l’argumentation s’est installé. Cette argumentation qui permet
l’échange des opinions. Ensuite le deuxième modèle est celui de la presse
commerciale qui est une presse de masse et qui est organisée sur une base
industrielle. A ce niveau les genres journalistiques vont se mettre en place et la
publicité sera dissociée de la rédaction. Ce type de presse s’interpose entre la
classe politique et les lecteurs en se faisant l’écho de l’opinion publique. Quant
au troisième modèle il correspond à la période de l’implantation des médias de
l’audiovisuel. Ces derniers sont tributaires de la publicité commerciale, des
techniques de marketing pour capter les audiences et ils mettent l’accent sur le
divertissement en privilégiant le spectacle et la mise en scène au détriment de
l’argumentation. Enfin le dernier modèle est celui des relations publiques
généralisées qui touchent les entreprises, les administrations, les associations en
valorisant les stratégies de séduction des citoyens consommateurs.

L’espace public est ainsi tiraillé entre ces différents modèles qui se superposent :
presse d’opinion, presse commerciale, télévision de masse et relation publique
généralisée interfèrent en entrainant à la fois un élargissement significatif qui
participe à l’espace public et leur éloignement relatif des centres de décision.

Par ailleurs le développement des réseaux de télécommunication et de l’outil


internet qui sont fondés sur l’interactivité renouvèle les problématiques de
l’espace public. Les chercheurs considèrent généralement que les TIC entrainent
quatre types de conséquences : la technicisation des relations, la
marchandisation de la communication, la fragmentation des publics et surtout
la mondialisation des flux d’informations. Ainsi le chercheur Peter

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DAHLGREN considère que l’outil internet est un média multi modal dans la
mesure où il offre la possibilité de communiquer d’un seul vers plusieurs
personnes ou encore d’une pluralité d’utilisateurs à une pluralité d’usagers.

 MIEGE, Bernard., « L’espace public : perpétué, élargi et fragmenté », in


Isabelle PAILLART (dir.), L’espace public et l’emprise de la
communication, Grenoble, PUG, 1995, pages 163-175.
 DAHLGREN, Peter., « L’espace public et internet », in Réseaux, n°100,
2000, pages 157-186.

De nos jours la multiplicité des réseaux sociaux numériques, des blogs et bien
d’autres plateformes technologiques attestent de l’élargissement des moyens de
discussion et des lieux de discussion. Même si plusieurs personnes ont accès à
ces outils, il est bon de reconnaitre que les débats qui s’y déroulent concernent
bien peu de personnes dans la mesure où avoir un ordinateur, une tablette ou un
téléphone multifonctionnel est obligatoire sans compter la connexion internet.
Ainsi plusieurs personnes se trouvent mis à l’écart de vrais débat de société
même s’il arrive quelque fois que des sujets mobilisent les citoyens et font
reculer les gouvernants. A preuve en Côte d’Ivoire une sortie malencontreuse du
porte-parole du gouvernement, qui narguait « 200 potentiels internautes », ledit
ministre s’est vu surprendre et happé par la masse et nébuleuse de l’outil internet
à travers les réseaux sociaux numériques.

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