Cours de Toxicologie (Master 1 ; Parasitologie, Biochémie, BPV et
microbiologie)
Sommaire
Chapitre 1 : Notions générales en toxicologie
1.1. Généralités
1.2. Historique
1.3. Définitions
1.3.1. Toxicologie
1.3.2. Toxique
1.3.3. Poison
1.3.4. Xénobiotique
1.3.5. Empoisonnement
1.3.6. Toxémie
1.4. Empoisonnement et toxique
1.5. Classification des toxiques
1.5.1. Selon la nature chimique
1.5.2. Selon le mécanisme d’action toxique
1.5.3. En fonction de leur usage
1.5.4. En fonction de la nature du danger
Chapitre 2 : Les voies d’expositions à un toxique
2.1. La voie digestive
2.1.1. Facteurs influençant l’absorption digestive
2.2. La voie respiratoire (Inhalation)
2.2.1. Facteurs à prendre en compte lors d’inhalation de gaz et des vapeurs
2.2.2. Facteurs à prendre en compte lors d’inhalation de particules (Poussières, fumée, pollen, spores).
2.3. La voie cutanée (Peau)
2.3.1. Facteurs influençant l’absorption cutanée
2.4. Diffusion des toxiques 0
Chapitre 3 : Cheminement d’un toxique dans l’organisme
3.1. Facteurs toxicodynamiques
1 Dr.MERABTI Ibrahim
3.2. Facteurs toxicocinétiques (ADME)
3.2.1. L’Absorption
3.2.2. La Distribution (le transport)
3.2.3. La Biotransformation (Métabolisme)
3.2.4. L’excrétion
Chapitre 4 : L’effet toxique
4.1. Définition de la toxicité
4.2. Définition de l’effet toxique
4.3. Paramètres influençant l’effet toxique
4.4. Effets toxiques sur certains tissus et systèmes biologiques
4.5. Evolution d’un effet toxique
4.6. Gravité de l’effet toxique
4.7. Les effets fonctionnels et lésionnels des effets toxiques
4.8. Les organes cibles
4.9. La réversibilité et l’irréversibilité
4.10. La classification des effets toxiques
4.11. Relation dose effet toxique
4.12. La dose
4.13. Facteurs influençant l’effet toxique
4.13.1. La toxicité
4.13.2. L’individu
4.13.3. L’environnement
4.14. Les interactions toxicologiques
4.14.1. Addition (additivité)
4.14.2 Synergie
4.14.3. Potentialisation
4.14.4. Antagonisme
Chapitre 5 : Evaluation de la toxicité
5.1. Introduction
5.2. Les différentes formes de toxicité
5.2.1. Définition de la toxicité aiguë
2 Dr.MERABTI Ibrahim
5.2.2. Définition de la toxicité subaiguë
5.2.3. Définition de la toxicité chronique
5.3. Evaluation de la toxicité aiguë systémique
5.3.1. Détermination de la dose minimale mortelle (DMM)
5.3.2. Détermination de la dose létale 50(DL50) ou de la concentration létale 50(CL50)
5.3.3. Limites de la DL50
5.3.4. Problèmes de transposition
5.3.5. Relation de transposition
5.4. Evaluation de la toxicité aigüe par voie locale
5.4.1. Test de Draize
5.5. Les alternatives aux tests de toxicité sur animaux
5.5.1. Les études in vitro
5.5.2. Les avantages des cultures de cellules humaines pour prévoir la toxicité.
5.5.3. Les alternatives aux tests d’irritabilité
5.6. Les études théoriques
5.7. Les études humaines
5.8. Enquête épidémiologique
5.9. Evaluation de la toxicité chronique
5.9.1. Etude expérimentale de la toxicité chronique
5.9.2. Protocoles opératoires
5.9.3. Evaluation des données obtenues
5.10. Autres essais de toxicité par administration
5.10.1. Tests de cancérogénicité classique in vivo
5.10.2. Autres tests prédictifs
5.10.3. Essais de mutagenèse
5.10.4. Les études d’embryo-toxicité et des effets sur la reproduction
5.10.5. Examens de toxicité foetale
5.10.6. Autres essais d’évaluation de la toxicité par administration répétée
5.10.7. Conclusion
Chapitre 6 : Les intoxications des ruminants
6.1. Définition
3 Dr.MERABTI Ibrahim
6.2. Classification des intoxications
6.2.1. Les pesticides
6.2.2. Les polluants
6.2.3. Les médicaments
6.2.4. Les plantes
6.2.5. Les animaux toxiques
6.2.6. Les aliments
6.2.7. Les agents physiques
6.2.8. Les autres causes
6.3. Importance des intoxications
6.4. Les intoxications des ruminants
6.4.1. Les pesticides
6.4.2. Les polluants
6.4.3. Les plantes
6.4.4. Les aliments altérés
6.5. Les symptômes
6.6. Les analyses
6.7. Les traitements
6.8. La prévention
Chapitre 7 : Les intoxications chez les animaux de compagnie
7.1. Les insecticides
7.1.1. Circonstances de contamination
7.1.2. Principaux symptômes des intoxications aiguës
7.1.3. Traitement
7.1.4. Prévention
7.2. Rodenticides
7.2.1. Mode d’action
7.2.2. Symptômes
7.2.3. Conduite à tenir
7.3. Antigel
7.3.1. Symptômes
4 Dr.MERABTI Ibrahim
7.3.2. Conduite à tenir
7.4. Détergents domestiques
7.4.1. Symptômes
7.4.2. Conduite à tenir
7.5. Aliments
7.5.1. L’oignon et ail
7.5.2. La pomme de terre
7.5.3. Le raisin et les raisins secs
7.6. Médicaments
7.7. Plantes
Chapitre 8 : Conduite à tenir devant une intoxication
8.1. Généralités
8.2. Traitement symptômatique
8.3. Traitement symptomatique à court terme ou d’urgence :
8.3.1. La suppression des convulsions
8.3.2. L’assistance respiratoire
8.3.3. L’assistance cardio-vasculaire
8.3.5. La lutte contre la douleur
8.4. Traitement symptômatique à moyen terme
8.5. Traitement éliminatoire
8.5.1. Limitation de la résorption du toxique lors de contamination cutanée
8.5.2. Limitation de la résorption du toxique lors de contamination respiratoire
8.5.3. Limitation de la résorption du toxique lors de contamination oculaire
8.5.4. Limitation de la résorption du toxique lors de contamination orale
8.5.5. Neutraliser le toxique dans le tube digestif
8.6. Accélération de l’élimination du toxique résorbé
8.6.1. Elimination rénale du toxique
8.7. Traitement spécifique =les antidotes
8.7.1. Définition
8.7.2. Mode d’action des antidotes
8.8. Deuxième étape: Examen clinique et nécrosique
5 Dr.MERABTI Ibrahim
8.8.1. Le temps de latence
8.8.2. Durée d’évolution
8.8.3. Signes cliniques et lésions dominantes
8.9. Enquête épidémiologique
8.10. Prélèvements
8.10.1. Prélèvement sur animal vivant
8.10.2. Prélèvements sur animal mort
Liste des abréviations
As : Arsenic
ADN : Acide désoxyribonucléique
C : Corrosif
Cars : Cancérogène
CETH : Concentration équivalente en toxicité
CO: Oxyde de Carbonne
CO2: Gaz carbonique DJA : Dose journalière admissible DL50 : Dose létale de 50% de l’effectif CL50 :
Concentration létale de 50% de l’effectif DMM : Dose minimale mortelle DST : Dose sans effet
DTT: Dichlorodiphényltrichloroéthane
E : Explosif
ECG: électrocardiogramme
HCH: Hexachlorocyclohexane
F+: Extrêmement inflammable
F:Facilement inflammable
Fe:Fer
Hg:Mercure
Kg: Kilogramme
Mg :Milligramme
Min : Minute
M 3 : Mètre cube
Mut: Mutagène
N: Dangereux pour l’environnement
6 Dr.MERABTI Ibrahim
O: Comburant
OMS : Organisation mondiale de santé
Pb : Plomb
pH : Potentiel hydrogène
Ppm : Partie par million
Repr: Toxique pour la reproduction
R10: Inflammable
R42/R43: Sensibilisantion
SNC: Système nerveux central
T: Toxique
T+: Très toxique
Xi : Irritant
Xn: Nocif
μ : Micromètre
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Chapitre 1 : Notions générales en toxicologie
1.1. Généralités
La toxicologie est depuis longtemps reconnue comme étant la science des poisons. Elle étudie les effets
nocifs des substances chimiques sur les organismes vivants. Elle fait appel à une multitude de
connaissances scientifiques :
Biologiques : Pour mettre en évidence les désordres et les modifications de chimisme de
l’organisme.
Pharmacodynamiques : pour expliquer les processus intimes des modes d’action des différents
toxiques.
Chimiques analytiques et physiques : pour la mise en évidence des toxiques.
1.2. Historique
La toxicologie est une science aussi austère que passionnante ; En effet la connaissance des poisons est
très ancienne car il semble que les premiers toxiques utilisés aient servi à empoisonner des flèches
destinées à la chasse ou à la guerre. Le terme de toxique dérive d'ailleurs du mot grec« toxon,» qui
signifie arc et «logos» discours. Autrefois l’administration des remèdes était donnée par voie buccale et le
mot «Poto »veut dire boire va être transformé en potion ou remède et plus tard sera changé en poison. La
toxicologie a eu des débuts, dans la plus haute antiquité. En effet les poisons organiques, puis les poisons
minéraux, ont été connus et employés par les Egyptiens, les Grecs, les Romains et les Barbares. L’emploi
de ces poisons à des fins criminelles se poursuivra au cours du moyen âge et de la renaissance, ce n’est
qu’au début du XVIIIème siècle et notamment au XIXème siècle que la toxicologie devient réellement
une discipline scientifique. Le père de la toxicologie Paracelse (1493-1541) médecin et philosophe a
largement contribué au développement de la toxicologie scientifique on lui reconnait sa célèbre phrase «
Tout est poison, rien n’est poison, c’est la dose qui fait le poison ».
Orfila (1787 – 1853) médecin personnel de Louis XVIII, père de la toxicologie moderne, défend la
nécessité de l’analyse chimique pour prouver la relation cause à effet. Il rédigea en 1814 le traité des
poisons tirés des règnes minéral, végétal et animal. Il mit au point des techniques pour détecter la
présence de toxique et de poisons et révolutionne ainsi le monde de l’expertise légale. Claude Bernard
(1813-1878) médecin et physiologiste était un grand promoteur de l’utilisation expérimentale des
substances toxiques qu’il exprima dans son aphorisme « Le poison est le scalpel du physiologiste ».
Grace à ses travaux Claude Bernard a créé le concept de toxicité d’organe et de mécanisme de toxicité
cellulaire. A partir du 19e siècle, la toxicologie est devenue une science sérieuse avec des bases
scientifiques.
8 Dr.MERABTI Ibrahim
1.3. Définitions
1.3.1. Toxicologie C’est ensemble des connaissances concernant les poisons, leurs effets sur l'organisme,
les moyens de les déceler et les procédés thérapeutiques destinés à les combattre.
1.3.2. Toxique : Produit d’origine animale végétale ou minérale qui conduit à l’intoxication, le
dysfonctionnement d’un organe et parfois à la destruction d’un organisme vivant.
1.3.3. Poison
Toute substance qui est susceptible, après introduction dans l'organisme et selon la dose, le mode de
pénétration, l'état du sujet, de perturber certaines fonctions vitales, de léser gravement des structures
organiques ou d'entraîner la mort.
1.3.4. Xénobiotique
Toute substance étrangère au consommateur qui peut causer des troubles plus ou moins importants. Ce
sont par exemple des polluants, des contaminants et des résidus de produits agrochimiques et vétérinaires.
1.3.5. Empoisonnement
Troubles occasionnés par les poisons lorsque ceux-ci sont administrés dans un but de nuire (acte de
malveillance).
1.3.6. Toxémie
Troubles dus à la production des toxines, c'est à dire des substances toxiques produites par des bactéries
ou des parasites et véhiculées par le sang.
1.4. Empoisonnement et toxique
Le terme empoisonnement désigne les troubles occasionnés par les poisons lorsque ceux-ci sont
administrés dans un but de nuire (acte de malveillance).
1.5. Classification des toxiques
Parmi les nombreuses classifications proposées, les plus importantes sont celles qui se basent sur : la
nature chimique du composé, le mécanisme d'action toxique, l’usage ou enfin la nature du danger.
1.5.1. Selon la nature chimique
On distingue :
Les toxiques gazeux : Oxyde de carbone,ammoniac, anhydride sulfureux.
9 Dr.MERABTI Ibrahim
Les toxiques minéraux : Métalloïdes (arsenic, phosphore), métaux (mercure, plomb, cadmium).
Les toxiques organiques : Alcools, phénols, composés hétérocycliques, alcaloïdes, hétérosides.
1.5.2. Selon le mécanisme d’action toxique
Le mécanisme d'action de tous les toxiques n'est malheureusement pas connu. Les mécanismes d'action
suivants sont intéressants à considérer.
Toxiques caustiques
Les acides et les bases concentrés, les phénols, les halogènes, certains sels de métaux lourds dénaturent
les protéines et causent des dommages irréversibles à toutes les cellules avec lesquelles ils sont en
contact.
Ils entraînent des brûlures chimiques, très voisines des brûlures thermiques. La peau et les muqueuses
sont les tissus les plus exposés. Les dérivés minéraux de l’arsenic, surtout les dérivés trivalents (arsénites)
exercent une action caustique nécrotique sur les muqueuses digestives, entrainant des lésions d’ulcération
et de nécrose au niveau l’estomac et de l’intestin. Le plomb après ingestion unique de quantités élevées,
entraine une action caustique sur le tube digestif. A doses plus faibles et répétées, il entraine une atteinte
des tubes proximaux rénaux. Le paraquat (herbicide) est extrêmement irritant pour les muqueuses
buccale, pharyngée et digestive. Chez le lièvre, des doses nettement plus inferieur aux doses létales
provoquent des nécroses et des ulcérations étendues et profondes de la langue, lésions fortement
préjudiciables pour les animaux.
Toxiques thioloprives
Ces toxiques (As, Pb, Hg) se fixent sur les groupements thiols - SH des acides aminés soufrés ou des
enzymes, inhibant ainsi leurs activités. Cette inhibition enzymatique peut être levée par administration de
composés riches en groupements - SH (dimercaprol, D pénicillamine) pour lesquels ces métaux
présentent une plus grande affinité (chélateurs). Le complexe ainsi formé est hydrosoluble et donc
facilement éliminable par le rein.
Toxiques méthémoglobinisants
Nitrates et nitrites, chlorates, paracétamol chez le chat. Ils oxydent le fer ferreux (Fe++) de l'hémoglobine
en fer ferrique (Fe+++), inapte au transport de l'oxygène, entraînent la mon par anoxie cellulaire.
Toxiques convulsivants
C'est le cas de la strychnine, du métaldéhyde, de la crimidine.
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Toxiques anti-cholinestérasiques
Les insecticides organophosphorés et les carbamates ont une grande affinité pour les cholinestérases et
entrent en compétition avec l'acétylcholine qui est leur substrat naturel. Les organophosphorés sont
hydrolysés : mais une partie de leur molécule reste fixée sur les cholinestérases qui sont ainsi
progressivement inhibées. L'acétylcholine n'est plus détruite immédiatement après la libération dans le
système nerveux s'accumule dans l'organisme provoquant des manifestations toxiques.
Toxiques provoquant des biosynthèses anormales
Le plomb agit sur la biosynthèse de l'hème, à partir du succinyl coenzyme A. Le plomb perturbe la
biosynthèse des porphyrines en s'opposant à la condensation de deux molécules d'acide delta amino-
lévulinique pour former le porphobilinogène, puis en ralentissant la transformation des coproporphyrines
en protoporphyrines et des protoporphyrines en hème.
Autres manifestations toxiques
Les autres manifestations de la toxicité révélées par des études expérimentales (pouvoir irritant, action
allergisante, atteinte hépatique, rénale, sanguine, etc...) doivent également être prises en considération
pour l'évaluation du risque toxique pour les animaux.
1.5.3. En fonction de leur usage
On distingue les intoxications provoquées par les insecticides, les herbicides, les fongicides et les
raticides (rodenticides).
1.5.4. En fonction de la nature du danger
En fonction de divers critères (propriétés physiques et chimiques, nature et intensité des effets toxiques,
conditions d'exposition), les substances et préparations dangereuses sont classées en 15 catégories de
danger désignées par des abréviations et des symboles (Pictogrammes) représentées dans le tableau1 et
sur la figure1.
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