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Température et formation des roches magmatiques

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Dr CHABOU Moulley Charaf

Université Ferhat Abbas, Sétif


Institut d’Architecture et des Sciences de la Terre
Département des Sciences de la Terre
Cours de Pétrographie Endogène. 2ème année – LMD Géosciences – Semestre 4.

I. Introduction à la Pétrographie

I.1. Définitions

La pétrographie (du grec petra, pierre, et graphein, écrire) est une des Sciences de la
Terre qui s’intéresse à la description et à la classification des roches.
La pétrogenèse cherche à comprendre les mécanismes de formation des roches.
Pétrographie + pétrogenèse = Pétrologie.
La pétrologie (du grec logos, discours, parole) est donc la science qui s’intéresse à la
description, classification et interprétation de la genèse des roches.
Une roche est un agrégat naturel de minéraux, de minéraloïdes, de verre et/ou de
matière organique qui compose l’écorce terrestre.
 Le granite est une roche magmatique composée principalement des
minéraux suivants : feldspaths, quartz et micas.
 Le calcaire est une roche sédimentaire composée de fossiles et d’une matrice
carbonatée.
 Le charbon est une roches sédimentaire composée de matériel végétal lithifié.
 L’obsidienne est une roche magmatique composée surtout de verre volcanique.

Un minéral est un solide (ce n’est pas un liquide, ni un gaz), naturel (il se forme sans
l’intervention de l’homme), possédant une composition chimique définie (exprimée par sa
formule chimique) et une structure atomique ordonnée (cristal).
 La glace d’eau se forme naturellement ; elle est solide ; elle possède une
composition chimique définie exprimée par sa formule chimique H2O et
possède une structure cristalline. La glace est donc un minéral. Par contre,
l’eau liquide n’est pas un minéral, car elle n’est pas solide et ne possède pas
une structure cristalline.
 La halite (le sel) se forme naturellement ; elle est solide ; elle possède une
composition chimique définie exprimée par sa formule chimique NaCl et
possède une structure cristalline. La halite est donc un minéral.
 Le verre peut se former naturellement (les verres volcaniques par exemple) ;
c’est un solide ; par contre, sa composition chimique n’est pas définie et ne
possède pas une structure cristalline. Le verre n’est donc pas un minéral.

Un minéraloïde possède toutes les caractéristiques d’un minéral sauf la structure


atomique ordonnée.

La Terre est composée de roches. Les roches sont des agrégats de minéraux. Les
minéraux sont formés d’atomes.

1
Pétrographie Endogène

Les plus anciennes roches de la Terre

La plus vieille roche de notre planète jamais découverte est le Gneiss d’Acasta
(Territoires du Nord-Ouest, Canada) vieux de 3,95 milliards d’années.

Intérêt de la pétrographie

 Scientifique : les roches sont aux géologues ce que les archives sont aux historiens.
Elles nous permettent de reconstituer l’histoire des derniers 4 milliards d’années de la
Terre.

 Economique : les matières premières minérales sont toutes extraites des roches. Les
matériaux de construction sont pour la plupart à base de roches.

 Technologique : la construction des ouvrages d’art ne peut se réaliser sans une étude
géologique des terrains qui se base sur les propriétés physiques et mécaniques des
roches. Ces propriétés sont intimement liées à la pétrographie des roches.

I.2. Méthodes d’identification en Pétrographie

I.2.1. Méthodes descriptives

Les méthodes descriptives se basent sur :

 l’identification des minéraux dans les roches ;


 la détermination de la proportion des minéraux dans les roches ;
 la détermination de la structure et la texture des roches.

o la structure d’une roche désigne l’aspect ou la forme que prend la roche tel
qu’on peut l’observer à l’œil nu sur un affleurement rocheux (échelle
macroscopique). Exemple : structure litée, massive, rubanée.

o La texture d’une roche désigne l’agencement, la granulométrie et la forme


géométrique des minéraux tel qu’on peut les observer au microscope
polarisant (échelle microscopique).

La pétrographie est basée sur l’examen des lames minces des roches sous le
microscope polarisant pour déterminer avec précision les minéraux et leurs proportions dans
les roches.

Le microscope polarisant (appelé aussi microscope pétrographique) est l’outil de base


de la pétrographie. C’est un microscope spécialisé conçu pour déterminer les propriétés
optiques des minéraux. Son grossissement peut atteindre 1000x et permet d’identifier les
grains des minéraux très petits.

I.2.2. Méthodes géochimiques

Les méthodes géochimiques consistent à déterminer à l’aide de différents instruments


analytiques la composition chimique de la roche.

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Pétrographie Endogène

Cette composition chimique servira à classifier les roches selon des critères
internationaux. Les méthodes géochimiques sont plus fiables que les méthodes descriptives.
Par contre, elles sont plus coûteuses et ne permettent pas une identification instantanée des
roches sur le terrain, les échantillons doivent être ramenés au laboratoire.
Exemple d’appareillage de mesures utilisées par les méthodes géochimiques :
spectromètre de fluorescence X, spectromètre à émission plasma, microsonde électronique.

I.3. Les trois familles de roches

I.3.1. Les roches magmatiques

 Les roches magmatiques proviennent de la cristallisation du magma.


 Le magma est composé de roches en fusion, de cristaux et de gaz dissous.
 Sept groupes de minéraux composent plus de 95 % en volume de toutes les roches
magmatiques. Il s’agit de : l’olivine, les pyroxènes, les amphiboles, les feldspaths
(plagioclases et feldspaths potassiques), les micas et le quartz.
 Selon la taille des cristaux et le degré de refroidissement du magma, on distingue les
roches magmatiques plutoniques et volcaniques.
o Dans les roches plutoniques, le refroidissement très lent du magma conduit à la
formation de gros cristaux bien formés. La texture de la roche est dite
phanéritique.
o Au contraire, le magma qui donne les roches volcaniques refroidit beaucoup
plus rapidement. Les cristaux sont beaucoup plus petits et la texture de la roche
est dite aphanitique. Parfois, le refroidissement du magma est tellement rapide
que la roche volcanique ne possède pas de cristaux. La roche présente alors
une texture vitreuse.
 La structure des roches volcaniques peut être litée, ou en coussins (si le magma a
refroidi sous l’eau). Les roches plutoniques présentent une structure massive.
 Selon la composition chimique, on distingue les roches felsiques et les roches
mafiques.
o Les roches felsiques sont issues de magmas visqueux riches en silicium (Si) et
en aluminium (Al). Les principaux minéraux sont clairs : quartz et feldspaths.
o Les roches mafiques sont issues de magmas très fluides enrichis en fer (Fe) et
en magnésium (Mg). Les principaux minéraux sont foncés : pyroxènes et
amphiboles.
 Exemple de roches magmatiques : le granite est une roche plutonique
felsique composé de quartz, de feldspath alcalin et de biotite; le basalte est une roche
volcanique mafique composé de plagioclases, de pyroxènes et d’olivine; le gabbro est
une roche plutonique mafique composé de plagioclases et de pyroxènes (équivalent
plutonique du basalte) ; la rhyolite est une roche volcanique felsique composée de
quartz, de feldspath alcalin et de biotite (équivalent volcanique du granite).

I.3.2. Les roches sédimentaires

 Les roches sédimentaires proviennent de l’accumulation et la consolidation de


sédiments.
 On classe les roches sédimentaires en trois types : roches détritiques (clastiques),
chimiques et biochimiques.
o Les roches détritiques proviennent de l’accumulation de débris de roches
pré-existantes. Exemple : Grès, shale.

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Pétrographie Endogène

o Les roches chimiques proviennent de la précipitation de composés chimiques.


Exemple : les évaporites (le sel).
o Les roches biochimiques proviennent de l’accumulation de débris d’origine
organique. Exemple : le charbon.
 La formation d’une roche sédimentaire passe par les étapes suivantes :
o altération (ou météorisation) de la roche mère ;
o transport du sédiment ;
o dépôt du sédiment ;
o compaction et cimentation (lithification ou diagenèse).
 Les roches sédimentaires se caractérisent par une structure litée et par la présence de
fossiles.
 Les principaux minéraux des roches sédimentaires sont : la calcite dans les calcaires,
la dolomie dans la dolomite, les minéraux argileux (kaolinite, smectite, micas) dans
les argiles. La halite, le gypse et la sylvite dans les évaporites. Le quartz et le feldspath
dans les roches détritiques (grès).

I.3.3. Les roches métamorphiques

 Ce sont des roches transformées : elles résultent des transformations texturales et


minéralogiques que subissent les roches lorsqu’elles sont soumises à des conditions
physico-chimiques différentes de celles qui étaient présentes lors de la formation de la
roche.
 Les principaux facteurs du métamorphisme sont la température et la pression.
o La température augmente avec la profondeur et/ou avec la mise en place des
roches magmatiques plutoniques ou volcanique.
o La pression augmente avec la profondeur et de faite des contraintes.
 Les principales textures des roches métamorphiques sont la schistosité et la foliation.
o la schistosité correspond à un feuilletage plus ou moins serré des roches sous
l'influence de contrainte tectonique.
o la foliation correspond à une différentiation pétrographique entre des lits clairs
et des lits sombres (gneiss).
 En fonction de l’élévation de la température et/ou de la pression, on distingue
plusieurs types de métamorphisme dont les plus importants sont le métamorphisme de
contact et le métamorphisme régional.
o Le métamorphisme de contact se produit autour d'une intrusion magmatique où
les roches sédimentaires se transforment en des roches métamorphiques
appelées : cornéennes. Ces roches ont des minéraux qui ne présentent pas
d'orientation préférentielle.
o Le métamorphisme régional est caractérisé par des températures élevées et des
pressions fortes. Il est lié à la formation des chaînes de montagnes et donne
naissance aux roches cristallophylliennes (roches cristallines ayant des feuillets
riches en phyllites tels que les micas).
 Les plus importantes roches métamorphiques sont :
o Le marbre, composé essentiellement de calcite et qui résulte de la
recristallisation de calcaire ou dolomites.
o Le quartzite, composé essentiellement de quartz et qui résulte de la
recristallisation des grès.
o Le gneiss qui présente une structure foliée et résulte d’un degré élevé de
métamorphisme des argiles, schistes, granites et autres types de roches.

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Pétrographie Endogène

1.4. Le cycle des roches (Figure 1)

 Dans le cycle des roches, le magma occupe une position centrale : il en est le point de
départ et le point d'arrivée du cycle.

 La première phase du cycle est constituée par la cristallisation du magma, un


processus qui conduit à la formation des roches magmatiques. Le magma peut
cristalliser en surface, et les roches magmatiques formées sont dites : volcaniques. Les
roches volcaniques sont donc exposées à la surface de la Terre. Si le magma cristallise
en profondeur, il donnera des roches plutoniques. Les roches plutoniques sont
amenées à la surface lors du soulèvement et l’érosion des terrains par les processus
dynamiques de la tectonique des plaques, lors de la formation de chaînes de
montagnes par exemple.

 A la surface, les roches magmatiques subissent les processus associés à l'énergie


solaire - chauffage, refroidissement, vent, pluie - et la circulation d'eau météorique.
Ces roches s'altérèrent et se décomposent en grains individuels qui sont transportés
par l'eau, la glace et le vent pour former un dépôt meuble, un sédiment (graviers,
sables, boues). Ce processus est appelé sédimentation. Puis ce sédiment se transforme
progressivement en roche sédimentaire selon un ensemble de processus qu'on appelle
la diagenèse. Les roches sédimentaires sont les plus communes à la surface terrestre
parce qu'elles forment une couche mince au-dessus de la croûte terrestre.

 L'enfouissement de cette roche sédimentaire (dans les chaînes de montagnes par


exemple) implique des changements de la température et de la pression ambiantes. Les
roches sédimentaires se transforment alors en roches métamorphiques. On appelle
métamorphisme, le processus de transformation d’une roche sous l'effet de
températures et de pressions élevées. Les roches magmatiques peuvent aussi être
soumises aux processus du métamorphisme et produire des roches métamorphiques.

 L’érosion des roches métamorphiques et des roches sédimentaires produira aussi des
sédiments et éventuellement des roches sédimentaires.

 Le retour au magma par la fusion des roches boucle le cycle.

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Pétrographie Endogène

Erosion
Transport

Dépôts
Soulèvement et érosion des terrains
Roches magmatiques
Sédiments (Volcaniques)

Diagenèse

Cristallisation
Roches
sédimentaires

Métamorphisme
Roches magmatiques
(Plutoniques)
Roches
métamorphiques
Cristallisation
Fusion
Magma

Figure 1 : Le cycle des roches


(d’après www.usgs.gov, modifié)

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Dr CHABOU Moulley Charaf
Université Ferhat Abbas, Sétif
Institut d’Architecture et des Sciences de la Terre
Département des Sciences de la Terre
Cours de Pétrographie Endogène. 2ème année – LMD Géosciences – Semestre 4.

II. Les roches magmatiques : Introduction et caractères généraux des


magmas

II.1. Définitions

 Les roches magmatiques résultent de la solidification (cristallisation, refroidissement)


d’un magma. Comme le magma est en général à une température relativement élevée
(650 à 1250° C), ces roches sont aussi appelées roches ignées (ou roche de feu).

 Le magma est un bain silicaté fondu, constitué d’une phase liquide, d’une phase solide
(cristaux) et d’une phase gazeuse.

 La solidification du magma peut se faire à l’intérieur de la lithosphère où le


refroidissement est lent, et les roches formées sont alors appelées roches plutoniques.
Elles n’apparaissent donc à la surface que par le jeu des déformations de l’écorce
terrestre et de l’érosion.

 Le magma peut aussi subir un refroidissement rapide s’il est émis à la surface de la
Terre, à l’air libre ou sous l’eau : les roches ainsi formées sont appelées roches
volcaniques (dites aussi extrusives ou effusives).

 Entre les deux extrêmes, il existe des intermédiaires, et les roches formées sont
nommées selon le contexte, roche de semi-profondeur, roches périplutoniques,
roches hypovolcaniques.

II.2. Caractères généraux des magmas

II.2.1. Types de magma

Les types de magmas sont déterminés par leurs compositions chimiques, et plus
spécialement par leur teneur en silice. Ainsi, on distingue trois grands types de magmas :

1- Les magmas basaltiques ou gabbroïques (basiques) : 45-55 % SiO2, riche en Fe,


Mg, Ca, pauvre en K, Na.
2- Les magmas andésitiques ou dioritiques (intermédiaires) : 55-65 % SiO2,
intermédiaire en Fe, Mg, Ca, K, Na.
3- Les magma rhyolitiques ou granitiques (acides) : 65-75 % SiO2, pauvre en Fe, Mg,
Ca, riche en K, Na.

Environ 80% des magmas émis par des volcans sont basaltiques, et les magmas
andésitiques et rhyolitiques représentent ~10% chacun du total.

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Pétrographie Endogène

II.2.2. Gaz

La plupart des magmas contiennent des gaz (0,2 à 4% en poids) dissous dans le
liquide. Bien qu'ils soient présents en faible quantité, les gaz ont un effet énorme sur les
propriétés physiques du magma (la présence des gaz donne au magma leur caractère explosif).
La composition des gaz dans les magmas est la suivante :

 Principalement H2O (vapeur d’eau) avec un peu de CO2 (dioxyde de carbone)


A eux deux, ils comptent pour plus de 98% de tous les gaz émis par les
volcans.
 Les autres gaz incluent N, Cl, S et Ar sont rarement présents à plus de 1%.

La présence de gaz dans les magmas est liée à leurs compositions chimiques. Ainsi, les
magmas rhyolitiques ont une teneur en gaz dissous plus élevée que les magmas basaltiques.

II.2.3. Température des magmas

La température d'un magma est difficile à mesurer parce que les volcans actifs sont
évidemment des endroits dangereux. Les géologues emploient donc des appareils optiques
pour mesurer la température d'un magma loin d'une éruption ou ils font des expériences en
laboratoires pour déterminer les températures des roches en fusion.

 Magma basaltique : 1000 – 1200°C.


 Magma andésitique : 800-1000°C.
 Magma rhyolitique : 650-800°C.

Remarque

 A l’Archéen existaient des magmas plus chauds qui ont donnée naissance à des
roches appelées Komatiites (du nom de la rivière Komati en Afrique du Sud,
où ces roches ont été découvertes en 1969 par Richard et Morris Viljoen). La
température de ces magmas est estimée entre 1400 et 1600°C. L’existence de
ces magmas chauds à ces périodes reculées montre que le gradient
géothermique de la Terre était plus élevé qu’actuellement. Ces magmas
contenaient moins de 45% de SiO2 et sont appelés : magmas ultrabasiques.
Les magmas ultrabasiques n’existent plus aujourd’hui à la surface de la Terre.

 Signalons aussi l’existence d’une lave très rare de faible température (lave qui
a la température la plus basse connue) : la carbonatite (lave alcaline très riche
en calcium). Un seul volcan actif émet actuellement des carbonatites : le
Lengaï, en Tanzanie.

II.2.4. Viscosité des magmas

La viscosité est la résistance du magma à l'écoulement (plus un magma est visqueux,


et moins il se comporte comme un fluide). La viscosité du magma dépend de sa composition
(de la teneur en silice et du contenu en gaz dissous) et de la température.

Les magmas riches en SiO2 (silice) ont une viscosité plus élevée que ceux pauvres en
SiO2 (la viscosité augmente avec l’augmentation de la teneur en SiO2 du magma).

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Pétrographie Endogène

Les magmas de faible température ont une viscosité plus élevée que les magmas de
haute température (la viscosité d'un magma diminue rapidement quand la température
augmente). Ainsi, les magmas basaltiques ont tendance a être très fluides (faible viscosité),
mais leur viscosité est encore 10 000 à 100 000 fois plus élevée que celle de l’eau. Les
magmas rhyolitiques ont tendance à avoir une viscosité très élevée, qui est de l’ordre de 1
million à 100 millions plus élevée que celle de l’eau. La viscosité est une propriété très
importante qui détermine le caractère éruptif des magmas.

Tableau récapitulatif
Type du Roche Roche Composition Température Viscosité Teneur en
magma volcanique plutonique chimique gaz
formée formée

Basaltique Basalte Gabbro 45-55 % 1000 - Faible Faible


SiO2 , riche 1200°C
en Fe, Mg,
Ca, pauvre
en K, Na.
Andésitique Andésite Diorite 55-65 % 800-1000°C Intermédiaire Intermédiaire
SiO2 ,
intermédiaire
en Fe, Mg,
Ca, K, Na.
Rhyolitique Rhyolite Granite 65-75 % 650-800°C Elevée Elevée
SiO2 , pauvre
en Fe, Mg,
Ca, riche en
K, Na.

Tableau 1 : principales caractéristiques des magmas

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Dr CHABOU Moulley Charaf
Université Ferhat Abbas, Sétif
Institut d’Architecture et des Sciences de la Terre
Département des Sciences de la Terre
Cours de Pétrographie Endogène. 2ème année – LMD Géosciences – Semestre 4.
III. Les roches magmatiques : Magmas et tectonique des plaques

III.1. Introduction

Les magmas ne se forment pas n’importe où sur la Terre. Il suffit de regarder une carte du
monde de la distribution des volcans en activité pour se rendre compte que l’activité
volcanique actuelle n’est pas répartie au hasard. Depuis l’avènement de la théorie de la
tectonique des plaques, on sait aujourd’hui qu’une grande partie de l’activité volcanique à la
surface de la Terre est en relation directe avec le mouvement des plaques tectoniques. Avant
d’étudier la relation entre le magmatisme et la tectonique des plaques, il nous faut d’abord
aborder la structure interne de notre globe.

III.2. Structure interne de la Terre

La Terre est constituée d’une série de couches concentriques de propriétés chimiques


et/ou physiques différentes. La structure interne de la Terre a été mise en évidence en grande
partie grâce à l’étude de la propagation des ondes sismiques émises pendant les grands
tremblements de terre. Les autres informations concernant la structure et la composition
interne de la terre proviennent de :
 l’échantillonnage direct de la croûte terrestre,
 l’étude des morceaux de roches du manteau supérieur remontés par certains volcans,
 l’étude des météorites,
 et les travaux expérimentaux de laboratoire (étude du comportement des minéraux du
manteau à haute pression–haute température grâce à l’utilisation de la cellule à
enclumes de diamant).

III.2.1. Les couches de compositions chimiques différentes (Figure 1)

Selon la composition chimique, on distingue trois parties principales : la croûte,


d’épaisseur allant de 10 à 70 kilomètres, puis le manteau, qui s’étend de la base de la croûte
jusqu’à une profondeur de 2900 kilomètres et enfin le noyau.

 La croûte : la composition chimique de la croûte est connue par l’observation directe


des roches (le plus grand forage jamais réalisé, celui de la presqu’île de Kola en
Russie, atteint 12 kilomètres de profondeur) et par l’étude des ondes émises par les
séismes proches ou par les séismes provoqués. La croûte est divisé en deux parties : la
croûte continentale et la croûte océanique.

o La croûte continentale s’étend de 30 à 70 km (l’épaisseur maximale est


atteinte sous les régions montagneuses) et possède près de la surface la
composition moyenne des granites. Sa composition passe vers 5 ou 10 km de
profondeur à celle de roches plus pauvres en silice (granodiorites et andésites),
puis à une composition basaltique (gabbros, entre 15 et 70 km de profondeur).

1
Pétrographie Endogène

o La croûte océanique est épaisse de 8 à 10 km et constitue le plancher des


océans. Sa composition est basaltique.

La base de la croûte est caractérisée par un brusque changement de densité (2,9 à


3,3 g/cm3). Un géologue croate, Andrija Mohorovicic a découvert en 1909 l’existence d’une
discontinuité dans la propagation des ondes sismiques. On appelle discontinuité de
Mohorovicic ou Moho, la discontinuité sismique qui marque la limite entre la croûte et le
manteau. Le Moho est situé à environ 35 km (jusqu’à 70 km sous les grandes chaînes de
montagnes) sous les continents, et à environ 10 km sous les océans.

 Le manteau : sous le Moho s’étend le manteau qui occupe 81 % du volume de la


Terre et représente 67 % de sa masse. Il s’étend en profondeur jusqu’à environ
2900 km. On y distingue deux étages qui font frontière commune à 670 km de
profondeur : le manteau supérieur et le manteau inférieur. La composition moyenne du
manteau est celle d’une roches nommée péridotite (roche ultrabasique) composée
d’olivine, de pyroxène et de grenat. La composition chimique moyenne du manteau ne
change pratiquement pas, mais la minéralogie du manteau varie en fonction de la
profondeur (voir le paragraphe sur les couches de propriétés physiques différentes).
Notons que les 300 derniers kilomètres du manteau inférieur forment une zone
fortement hétérogène sur les plans thermique et chimique. On pense que la base du
manteau est le siège d’importantes réactions chimiques entre les silicates du manteau
et le fer liquide du noyau. Cette couche a reçu le nom de couche D’’ (L’origine du nom
D’’ correspond à une première dénomination des principales couches qui constituent la terre : A et B
pour la croûte et la lithosphère mantellique ; C pour l’asthénosphère ; D pour le manteau inférieur ; E, F
et G pour le noyau. Dès lors, l’identification de nouvelles structures a imposé d’intercaler de nouvelles
classifications sous la forme de symbole « prime » et seconde. Alors que certaines de ces dénominations
ont été abandonnées, celle de couche D’’ a perduré).

Une ultime discontinuité située à 2900 km de profondeur, sépare le manteau inférieur du


noyau. Elle se traduit par une augmentation de densité de 5,5 g/cm3 à 10 g/cm3 : c’est la
discontinuité de Gutenberg, découverte en 1913.

 Le noyau : à l’entrée du noyau, la vitesse d’une partie des ondes sismiques (ondes P)
diminue, tandis que l’autre partie des ondes (ondes S) est arrêtée. Ce fait est
caractéristique d’un milieu liquide. Le noyau constitue la partie centrale de la Terre. Il
est divisé en deux couches : le noyau externe (la brusque interruption de propagation
des ondes S à la limite entre le manteau et le noyau indique que le noyau externe est
liquide) et le noyau interne ou graine (solide), séparé par une discontinuité
(discontinuité de Lehmann) à 5150 km de profondeur. A la limite entre ces deux
couches, la densité passe de 12,3 g/cm3 à environ 13,3 g/cm3, et atteint 13,6 g/cm3 au
centre de la Terre, soit à 6371 km. Le noyau serait formé de fer et d’un peu de nickel.
Cette hypothèse s’appuie sur la composition chimique d’une classe de météorites (les
météorites de fer) considérées comme les restes des noyaux de petites planètes
(astéroïdes) différenciées.

III.2.2. Les couches de propriétés physiques différentes (Figures 1 et 2)

Des discontinuités sismiques ont été mises en évidences dans le manteau de la Terre et
sont dues principalement aux changements des propriétés physiques. Il est important de
rappeler qu’il n'existe pas de changements majeurs de composition chimique dans le manteau.

2
Pétrographie Endogène

On distingue ainsi : la lithosphère, l’asthénosphère et la mésosphère. Cette division de la


structure interne du globe est à la base de la théorie de la tectonique des plaques.

 La lithosphère : est caractérisée par sa rigidité et son élasticité. La vitesse des ondes
sismiques est élevée. Son épaisseur est de 100 km en moyenne (70 km sous les océans
et 130 km sous les continents). La lithosphère est composée de la croûte terrestre
(océanique et continentale) et d’une partie du manteau supérieur (manteau
lithosphérique).

 L’asthénosphère (J. Barrell, 1914, du grec asthenos, sans résistance): est située sous
la lithosphère et se compose de roches qui ont une rigidité faible. Les roches de
l'asthénosphère sont relativement malléables et peuvent être facilement déformées. Les
températures dans cette région sont proches du point de début de fusion partielle de la
péridotite. L’asthénosphère est divisée en deux parties :

o L’asthénosphère supérieure, qui s’étend entre 120 km et 250 km, appelée


LVZ (low velocity zone : zone à faible vitesse de propagation des ondes
sismiques. La vitesse de propagation des ondes sismiques diminue dans cette
région). C’est la couche où la péridotite subit une fusion très faible, ce qui lui
permet de se déformer facilement. Dans cette zone à faible vitesse de
propagation entre 100 à 250 km (à 350 km), il n'existe pas de diminution en
densité ou en composition. Cette zone est de même composition que le reste du
manteau, mais elle est moins rigide, moins élastique et plus ductile que le
manteau environnant.
o L’asthénosphère inférieure, qui s’étend de 250 km (350 km) à 670 km de
profondeur. Les roches redeviennent relativement rigides (malgré la
température élevée, à cause des fortes pressions qui compriment les roches).
Une discontinuité sismique a été mise en évidence dans cette couche à 400 km
de profondeur. Elle est due à un changement de la structure de l’olivine (qui
est l’un des principaux minéraux de la péridotite). Lorsqu'on comprime les
cristaux d'olivine en laboratoire à une pression correspondant à 400 km de
profondeur, les atomes se réarrangent en formant un polymorphe plus dense.
Dans le cas de l'olivine, le réarrangement d'atomes ressemble à la structure
que l'on trouve dans la famille de minéraux appelée spinelle. La densité
d'olivine augmente de 10%. On appelle discontinuité sismique à 400 km,
l'augmentation des vitesses des ondes sismiques due à la transition
polymorphique olivine-phase « spinelle » (ne pas confondre avec le minéral
spinelle, non silicaté).

 La manteau inférieur ou mésosphère (du grec meso, moyen ou milieu): qui s’étend
de 670 km à 2900 km de profondeur. Cette couche est caractérisée par une nouvelle
discontinuité sismique à une profondeur de 670 km. La densité du manteau augmente
de 10%. Cette discontinuité serait due aux conditions de température et de pression à
cette profondeur qui conduisent à une nouvelle transformation minéralogique, les
minéraux de l’asthénosphère inférieure seraient remplacés par un assemblage de
minéraux de type perovskite silicatée et d’oxyde de magnésium. Notons aussi que la
discontinuité de 670 km correspond aussi à la profondeur maximale des foyers des
tremblements de terre.

3
Pétrographie Endogène

Structure de la Terre Structure de la Terre


Selon les propriétés physiques Selon la composition chimique

Densité
Atmosphère 1,03 (Océan)
Hydrosphère Gaz 2,7 (Croûte continentale)
Liquide 2,9 (croûte océanique)
Croûte
Asthénosphère Océanique : 8-10 km d’épaisseur
Solide mais ductile basaltique
Continental : 8 – 70 km d’épaisseur
Lithosphère Manteau andésitique
Solide et rigide Péridotite
70 – 130 km Mésosphère Ol. + pyr. + spinelle + grenat
solide

Noyau externe
liquide Noyau
Fer + Nickel

Noyau interne
solide

Figure 1. Structure interne de la Terre


(D’après Stephen A. Nelson, http://www.tulane.edu/~sanelson/eens212/earths_interior.htm).

Remarques :

 La température augmente avec la profondeur et atteint 1200°C à la base de la


lithosphère, 4500°C à la limite entre le manteau et le noyau et dépasse probablement
6600°C au centre de la Terre.

 La Terre est essentiellement solide. La seule zone liquide à l’intérieur de la Terre est
le noyau externe (entre 2900 et 5100 km de profondeur). La LVZ dans le manteau
supérieur est une zone où existe un début de fusion très faible, mais n’est pas liquide.
Enfin, il existe près de la surface, au dessous des volcans actifs, des chambres
magmatiques où existent des magmas liquides. Le magmatisme est donc un
phénomène exceptionnel !. L’état solide à l’intérieur de la Terre malgré des
températures élevées est dû aux fortes pressions qui y règnent et qui empêchent la
fusion des roches.

 Le noyau externe liquide est responsable du champ magnétique externe de la Terre.


Les courants de convection qui agitent le fer liquide produisent un effet dynamo qui
engendre le champ magnétique.

4
Figure 2 : Coupe transversale de la partie superficielle de la Terre.
(d’après B. Mehier, Magmatisme et tectonique des plaque, Ellipses. 1995)
A gauche est placé la structure sismique de la partie superficielle de la Terre, et
à droite la structure minéralogique
UP4/UV2 Pétrographie

III.3. La tectonique des plaques

La théorie de la tectonique des plaques, développée à la fin des années 1960, a eu des
incidences énormes sur toutes les Sciences de la Terre : c’est une théorie scientifique
planétaire unificatrice qui nous fournis un cadre unique dans lequel s’intègrent toutes les
observations géologiques (déformation des roches, sismicité, volcanisme, métamorphisme…).
Cette théorie est basée sur la notion de plaques tectoniques.

Selon cette théorie, la lithosphère est découpée en un certain nombre de plaques (six
grandes plaques et de nombreuses microplaques) rigides qui bougent les unes par rapport aux
autres en glissant sur l'asthénosphère. Ce mouvement définis trois types de frontière entre les
plaques :

 Les frontières divergentes : là où les plaques s'éloignent l'une de l'autre et où de


la matière fondue, montant de l’asthénosphère, est ajoutée sur les bords de chacune
des deux plaques. C’est ce qui se produit au niveau des dorsales océaniques au
milieu des océans actuels.
 Les frontières convergentes : là où l’une des deux plaques s’enfonce sous l’autre,
comme on l’observe au niveau des zones de subduction. Un autre type de frontière
convergente est celui où deux plaques entrent en collision, là où se forme la
plupart des chaînes de montagnes intracontinentales.
 Les frontières transformantes : là où deux plaques glissent latéralement l'une
contre l'autre, le long de failles; dans ce cas il n’y a ni destruction, ni création de
matière.

 Actuellement, il existe à la surface du globe 14 plaques tectoniques, chacune de ces


plaques peut comporter à la fois de la lithosphère océanique et de la lithosphère
continentale. Trois plaques seulement sont entièrement océanique : la plaque
Pacifique, Nazca et Cocos (figure 3).

 Le mouvement des plaques s’effectue en réponse à la libération de la chaleur interne


de la terre. En se dissipant, cette chaleur met en mouvement ses couches internes et
externes. Cette chaleur provient de deux sources :

o la première source est héritée de l’époque de sa formation par accrétion il y’a


4,55 milliards d’années ;
o la deuxième source provient de la désintégration des éléments radioactifs (U,
Th, K..).

 La chaleur se propage par différents mécanismes de conduction et de convection.


Dans les couches solides, elle est transmise par conduction, alors que dans les masses
liquides se développent des courants de convection. Ces courants seraient, dans la
zone externe du noyau, responsables du champ magnétique terrestre, et dans le
manteau, responsables des processus liés à la tectonique des plaques.

Le mouvement des plaques tectoniques est assuré par les grandes cellules de convection
dans le manteau, qui sont le résultat du flux de chaleur qui va du centre vers l'extérieur de
la terre.

6
Figure 3 : Les principales plaques lithosphériques et leurs frontières.
UP4/UV2 Pétrographie

III.3.1. Les frontières divergentes (figure 4)

 C’est la région des dorsales océaniques, lignes suivant lesquelles deux plaques
s’écartent l’une de l’autre, et qui sont continuellement comblés par l’arrivée de
magmas basaltiques neufs, venu de l’asthénosphère. L’axe de la dorsale est souligné
par une vallée profonde dans laquelle se mettent en place les magmas qui jaillissent du
manteau.

 Ce magma crée une nouvelle croûte océanique et s’intègre au système des deux
plaques : c’est l’expansion du plancher océanique.

 L’âge de la croûte océanique augmente donc d’une manière symétrique en s’éloignant


de la dorsale. Ce processus d’expansion, bien que lent, n’est pas négligeable, et
l’ouverture ou la progression est en moyenne de 2 cm par an (10 cm/an au maximum
dans la dorsale du Pacifique Est).

 Il se crée donc continuellement de la nouvelle lithosphère océanique au niveau des


frontières divergentes, c'est-à-dire aux dorsales médio-océaniques.

 Au cours de son écartement de la dorsale, la plaque océanique nouvellement créée, se


refroidit, s’épaissit, devient plus dense et se recouvre de sédiments.

Croûte continentale
océanique
Dorsale

Croûte océanique

Lithosphère Lithosphère

Asthénosphère
Magma

Figure 4 : Schéma d’une frontière divergente


(D’après Stephen A. Nelson, http://www.tulane.edu/~sanelson/eens212/earths_interior.htm).

III.3.2. Les frontières convergentes

 Etant donné que la surface terrestre a toujours été constante, le fait que de nouvelles
plaques se créent continuellement aux frontières divergentes implique qu'il faudra
détruire de la lithosphère ailleurs. Cette destruction se fait aux frontières convergentes

8
UP4/UV2 Pétrographie

qui, comme le nom l'indique, marquent le contact entre deux plaques lithosphériques
qui convergent l'une vers l'autre.
 La destruction de plaque se fait par l'enfoncement dans l'asthénosphère d'une plaque
sous l'autre plaque, et par la digestion de la portion de plaque enfoncée dans
l'asthénosphère. Ainsi, le volume de la Terre ne change pas.

 On appelle subduction (de sub, et du latin ducere, tirer) le processus par lequel la
lithosphère descend dans l'asthénosphère. Les marges le long desquelles les plaques
sont subductées sont appelées zones de subduction. Elles sont marquées par des
fosses profondes dans le fond océanique.

 Les limites de convergence de plaques peuvent être de trois types :

o Convergence croûte océanique – croûte océanique (figure 5) : dans ce cas, la


plaque océanique ancienne plonge sous l’autre plaque plus jeune, moins
épaisse et moins dense. Il y’a dans ce cas formation d’un arc volcanique
insulaire océanique sur la bordure de la plaque non subductée. A l’arrière de
certains de ces arcs s’ouvre un bassin arrière arc dans lequel se crée une
nouvelle croûte océanique. (Exemple : la fosse des Philippines, des Mariannes,
la fosse du Japon).

Croûte océanique
Croûte océanique

Croûte
continentale
Lithosphère
Lithosphère

Asthénosphère Asthénosphère

Figure 5 : Schéma de la subduction d’une plaque océanique


sous une plaque océanique
(D’après Stephen A. Nelson, http://www.tulane.edu/~sanelson/eens212/earths_interior.htm).

o Convergence croûte océanique – croûte continentale (figure 6) : dans ce cas la


plaque océanique plus dense s'enfonce sous la plaque continentale. Il se formera
une chaîne de volcans sur les continents (arc volcanique continental) et donc une
cordillère montagneuse. Le cas le plus typique est la fosse Pérou-Chili :
enfoncement de la plaque Pacifique sous le continent Sud-Américain et formation
de la cordillère des Andes sur le continent.

9
UP4/UV2 Pétrographie

Croûte océanique

Croûte continentale

Lithosphère
Lithosphère

Asthénosphère
Asthénosphère

Figure 6 : Schéma de la subduction d’une plaque océanique


sous une plaque continentale
(D’après Stephen A. Nelson, http://www.tulane.edu/~sanelson/eens212/earths_interior.htm).

o Convergence croûte continentale – croûte continentale (figure 7) : deux plaques


entrent en collision lorsque la subduction de la partie océanique d'une plaque
ramène aussi une partie continentale. Dans ce cas, la croûte continentale ne peut
pas s’enfoncer dans l’asthénosphère à cause de la trop faible densité de la
lithosphère continentale par rapport à celle de l'asthénosphère. Le mécanisme se
coince et il y’aura collision entre les deux croûtes continentales avec soulèvement,
plissement et chevauchement de l’épaisse couverture sédimentaire et formation
d’une chaîne de montagnes. C'est la soudure entre deux plaques continentales pour
n'en former qu'une seule. L’exemple le plus célèbre est la collision de l'Inde avec
le continent asiatique et la formation de l’Himalaya.

Croûte continentale
Croûte continentale

Lithosphère
Lithosphère

Asthénosphère Asthénosphère

Figure 7 : Schéma de la collision continent-continent


(D’après Stephen A. Nelson, http://www.tulane.edu/~sanelson/eens212/earths_interior.htm).

10
UP4/UV2 Pétrographie

III.3.3. Les frontières transformantes

 Les frontières transformantes correspondent aux régions où deux plaques coulissent


l’une par rapport à l’autre. Les plaques glissant latéralement l'une par l'autre.

 Ces marges de glissements produisent de grandes fractures qui affectent toute


l'épaisseur de la lithosphère; on utilise plus souvent le terme de failles
transformantes.

 Elles se trouvent le plus souvent dans la lithosphère océanique, et se forment lors du


décalage entre une même dorsale océanique du fait de différences de vitesses
d’expansion (Figure 8).

 Parfois ces failles font le relais entre des limites divergentes et convergentes (ces
failles transforment le mouvement entre divergence et convergence, de là leur nom de
failles transformantes).

 La faille transformante la plus connue est celle de San Andreas en Californie.

Faille transformante

Zone de fracture
Zone de fracture

Dorsales
océaniques

Figure 8 : Schéma d’une faille transformante


reliant deux dorsales océaniques
(D’après Stephen A. Nelson, http://www.tulane.edu/~sanelson/eens212/earths_interior.htm).

III.4. Le magmatisme dans le cadre de la tectonique des plaques

11
UP4/UV2 Pétrographie

Il existe des liens étroits entre la tectonique des plaques et la nature des magmas émis sur
terre. Les magmas basaltiques se forment surtout aux dorsales médio-océaniques (mais pas
exclusivement), les magmas andésitiques se forment aux arcs insulaires ou continentaux et
sont liés aux zones de subduction et les magmas rhyolitiques ne se trouvent que sur la
croûte continentale.

 Les volcans qui émettent les magmas basaltiques se trouvent sur les deux types
majeurs de croûte - océanique et continentale. Cela veut dire que la source du magma
basaltique est plus profonde, dans le manteau. La plupart des magmas basaltiques sont
émis aux dorsales médio-océaniques et correspondent à la fusion par décompression
du manteau supérieur.

 Les volcans qui émettent les magmas andésitiques se trouvent aux frontières entre les
plaques convergentes, qui forment des zones de subduction. Les magmas andésitiques
se forment probablement par la fusion partielle du manteau lithosphérique de la plaque
chevauchante en réponse à la déshydratation de la plaque subductée riche en eau.

 Les volcans qui émettent les magmas rhyolitiques se trouvent sur la croûte
continentale. Cette observation est importante parce qu'elle indique que les processus
qui forment ces magmas rhyolitiques sont apparemment limités à la croûte
continentale.

III.4.1. Les magmas des zones de divergence

Les rides océaniques


Croûte continentale
(dorsales) sont probablement
les plus grands producteurs de
magmas sur la terre.
océanique

Paradoxalement, une grande Croûte


Dorsale

partie de ce magmatisme océanique


passe inaperçu car, à
l’exception des îles
océaniques, il se met en place
sous les océans. Ce Lithosphère Lithosphère
magmatisme est responsable
de la production de la croûte
Asthénosphère Magma
océanique aux frontières basaltique
divergentes des plaques
tectoniques.

Le magma se met en place près de la dépression centrale qui forme les dorsales
océaniques. Les magmas produits dans les zones de divergence sont essentiellement
basaltiques. Ainsi, basaltes et gabbros sont produits dans ces régions. Ils sont appelés MORB
(Mid Oceanic Ridge Basalts).

 Les magmas basaltiques sont produits lors de la fusion partielle de la péridotite du


manteau par décompression de l’asthénosphère lors de la remontée des cellules de
convection à travers le manteau sous les dorsales.
III.4.2. Les magmas des zones de convergence

12
UP4/UV2 Pétrographie

III.4.2.a. Les magmas des zones de subduction

 Dans le cas d’une Croûte Croûte océanique


océanique
convergence croûte
océanique-croûte océanique, Croûte
continentale
les magmas produits sont Lithosphère
essentiellement andésitiques Lithosphère
et basaltiques et apparaissent
en surface formant les arcs Asthénosphère Asthénosphère
volcaniques insulaires

Croûte océanique

 Dans le cas d’une convergence


croûte océanique-croûte
Croûte continentale
continentale, les magmas
produits sont essentiellement Lithosphère
Lithosphère
andésitiques et rhyolitiques et
apparaissent sur la marge active Asthénosphère Asthénosphère
du continent.

La plus grande partie des magmas produits dans les zones de subduction sont de
nature andésitiques.

 Le magmatisme des zones de subduction est interprété comme le résultat de la fusion


du manteau au-dessus de la plaque lithosphérique plongeante et, plus rarement de la
plaque elle-même, et ce jusqu’à environ 100 à 150 km de profondeur. En effet, la
plaque plongeante, lors de son passage sous les océans, va être altérée par l’eau de
mer avec apparition en son sein de minéraux hydratés (chlorites, talc, serpentine…).
Des sédiments gorgés d’eau vont aussi se déposer sur la croûte océanique augmentant
encore sa teneur en eau. C’est donc une croûte très enrichie en eau qui plonge en
profondeur au niveau des zones de subduction. Cette eau est libérée en profondeur
(au-delà de 80 km) et favorise alors la fusion partielle du manteau lithosphérique de
la plaque chevauchante (on sait que le point de fusion des matériaux en présence
d’eau est beaucoup plus bas que celui des matériaux anhydres). Le matériel en fusion
remonte vers la surface au travers de la plaque chevauchante. Une partie du matériel
en fusion cristallise en profondeur, et l’autre partie parvient à la surface formant les
marges et les arcs insulaires actifs. Le passage du magma par la croûte continentale
conduit à sa contamination au contact de la croûte traversée et donc à un
enrichissement en silice. On a remarqué une augmentation de la teneur en silice des
magmas des zones de subduction avec l’épaississement de la croûte chevauchante.
Ainsi, les magmas basaltiques sont abondants dans le cas d’une convergence croûte
océanique-croûte océanique, les andésites sont prédominantes dans le cas d’une
convergence croûte océanique – croûte continentale et les magmas rhyolitiques ne
sont significativement présents que sur une croûte continentale chevauchante épaisse.
III.4.2.b. Les magmas des zones de collision

13
UP4/UV2 Pétrographie

Dans ce cas, les magmas n’apparaissent pas en surface. En revanche, une activité
magmatique importante se produit en profondeur et génère des magmas rhyolitiques qui en
cristallisant donnent des granites. Les produits de ce magmatisme s’observent en surface
après érosion.

Les magmas produits en profondeur dans les zones de collision sont essentiellement
rhyolitiques.

 Ces magmas se forment probablement suite à la déshydratation des parties inférieures


épaissies de la croûte continentale dans les zones de collision, qui provoque la fusion
partielle de la croûte continentale granitique située plus près de la surface (on parle
d’anatexie). La fusion de la croûte continentale pourrait aussi être provoquée par la
remontée de magmas basaltiques qui se mettent en place en profondeur, libérant de la
chaleur et conduisant à une augmentation de la température de la croûte continentale
qui fond en produisant des magmas rhyolitiques (figure 9). Cela se produit à la fin de
l’évolution tectono-métamorphique d’une chaîne de montagnes lors de la diminution
de l’épaisseur de la chaîne qui s’accompagne d’une décompression et d’une fusion
partielle du manteau et donc formation de magmas basaltiques.

Croûte continentale
Magma rhyolitique

Chaleur

Manteau Magma basaltique

Figure 9 : Schéma simplifié montrant la formation des


magmas rhyolitiques au sein de la croûte continentale
(D’après Stephen A. Nelson, http://www.tulane.edu/~sanelson/eens212/earths_interior.htm).

III.4.3. Le magmatisme à l’intérieur des plaques tectoniques. Les points chauds

Une certaine activité magmatique est connue à l’intérieure des plaques tectoniques
sans relation avec les frontières et donc le mouvement des plaques. Les magmas sont dans ce
cas issus de sources ponctuelles enracinées dans le manteau inférieur appelées :
points chauds. Le magmatisme de point chaud est responsable de la formation des volcans
intraplaques, particulièrement des volcans intraplaques océaniques, comme ceux qu'on
retrouve nombreux dans le Pacifique. Le déplacement des plaques au dessous de ces points
chauds fixes conduits à la formation d’alignement d’îles volcaniques éteints (ou guyots, du
nom du Géographe A. Guyot) (figure 10) dont l’âge augmente à mesure qu’on s’éloigne du
volcan actif situé au dessus du point chaud (figure 11). Exemple : la chaîne Empereur-Hawaï.

Le magmatisme des points chauds provient de la fusion partielle de la péridotite


du manteau. Il est donc essentiellement basaltique.

14
UP4/UV2 Pétrographie

Volcans éteints Sous-marins Volcans éteints Volcan actif


(Guyots) érodés
Niveau de
la mer

Lithosphère océanique

Remontée du magma
Point chaud

Figure 10 : Point chaud et alignement de volcans éteints dû au mouvement de la


lithosphère océanique souligné par une flèche.
(D’après Stephen A. Nelson, http://www.tulane.edu/~sanelson/eens212/earths_interior.htm).

Figure 11 : Evolution des points chauds du Pacifique entre le Crétacé et l’époque


actuelle (d’après B. Mehier, Magmatisme et tectonique des plaque, Ellipses. 1995)

15
Dr CHABOU Moulley Charaf
Université Ferhat Abbas, Sétif
Institut d’Architecture et des Sciences de la Terre
Département des Sciences de la Terre
Cours de Pétrographie Endogène. 2ème année – LMD Géosciences – Semestre 4.

IV. Les roches magmatiques : Composition chimique

IV.1. Composition chimique des roches magmatiques

La composition chimique des roches magmatiques est très importante car :

 elle renseigne sur la nature des magmas qui leur donne naissance ;
 elle permet de classer les roches qui n’ont pas ou qui ont très peu de minéraux
(roches vitreuses) et donc ne peuvent pas être étudiées au microscope
polarisant.

La composition chimique d’une roche magmatique dépend de :

 la composition du magma qui lui a donné naissance ;


 la profondeur de fusion du magma ;
 l’environnement tectonique où la cristallisation du magma s’est produite
(dorsales océaniques, zone de subduction…).
 l’altération secondaire de la roche.

La composition chimique des roches magmatiques varie dans des limites assez
étroites. L’oxygène est l’élément le plus abondant en poids et en volume, suivi par le silicium
(Si). Viennent ensuite l’aluminium (Al), le fer (Fe), le magnésium (Mg), le calcium (Ca), le
sodium (Na), le potassium (K), etc. Le tableau 1 donne les pourcentages en poids des
éléments chimiques les plus importants de la croûte terrestre.

Oxydes Pourcentages
pondéraux (%)
1. Oxygène (O) 45,2 %
2. Silicium (Si) 27,2 %
3. Aluminium (Al) 8%
4. Fer (Fe) 5,8 %
5. Calcium (Ca) 5,1 %
6. Magnésium (Mg) 2,8 %
7. Sodium (Na) 2,3 %
8. Potassium (K) 1,7 %
9. Titane (Ti) 0,9 %
10. Hydrogène (H) 0,14 %
11. Manganèse (Mn) 0,1 %
12. Phosphore (P) 0,1 %

Tableau 1 : Compositions moyennes en éléments chimiques


(estimée en % pondéraux) de la croûte terrestre.

1
Pétrographie Endogène

A cause de la prépondérance de l’oxygène, les résultats des analyses chimiques d’une


roche sont ordinairement exprimés sous forme de pourcentages pondéraux d’oxydes.

Le tableau 2 donne l’intervalle des compositions chimiques en pourcentages d’oxydes


des roches magmatiques.

Oxydes Pourcentages
pondéraux (%)
SiO2 35-78
TiO2 0.05-4.0
Al2O3 5-22
MgO 0.01-30
CaO 0.5-17
FeO-Fe2O3 0.5-15
Na2O 0.3-9
K2O 0.05-10
P2O5 < 0.15

Tableau 2 : Intervalle des compositions chimiques des roches magmatiques.

On divise habituellement les éléments entre les catégories suivantes :

 Les éléments majeurs qui représentent plus de 99 % de la composition


chimique de la roche et ont des concentrations supérieures à 1 % en poids dans
les matériaux géologiques. Ce sont : SiO2, Al2O3, FeO et Fe2O3, MgO, CaO,
Na2O, K2O, TiO2.
 Les éléments mineurs pour des teneurs comprises entre 0,1 et 1 % en masses
d’oxydes. Pour les roches magmatiques les éléments mineurs typiques sont :
MnO et P2O5.
 Les éléments en traces, pour des teneurs inférieures à 0,1 %. Les teneurs en
éléments-traces sont exprimées en ppm (partie par millions) en masse
d’éléments. Pour les roches magmatiques typiques, les éléments en traces les
plus importants sont :
 Certains éléments alcalins et alcalino-terreux : Ce, Sr, Rb, Ba.
 Les Terres Rares (Lanthanides) : La, Ce, Pr, Nd, Pm, Sm, Eu, Yb, Lu...
 Les éléments de transition : Y, Zr, Nb, Ta, Ni, Cu.
 D’autres éléments de numéros atomiques élevés (Pb, U, Th).

 Les éléments majeurs sont utilisés dans la classification des roches magmatiques.
C’est aussi le seul moyen dont on dispose pour connaître la nature des roches vitreuses
(roche constituée de verre).

 Les éléments en traces sont utilisés pour rechercher l’origine des magmas et donc
remonter à la source des roches magmatiques.

La présentation des résultats suit en général l'ordre décroissant des valences des
cations : SiO2, TiO2, A12O3, Fe2O3, FeO, MnO, MgO, CaO, Na2O, K2O, P2O5, et se termine
par les éléments volatils H2O+ (vapeur d'eau obtenue à 100° Celsius), H2O– (vapeur d'eau
obtenue à plus de 100° Celsius), CO2, S, F, Cl, etc. (Tableau 3).

2
Tableau 3 : Exemple de présentation, dans une revue scientifique, des
résultats d’analyses chimiques de roches magmatiques.
UP4/UV2 Pétrographie

Remarques

 Dans le tableau des résultats des analyses chimiques, H2O+ est la vapeur d'eau obtenue
à 100°, et provient de l’eau libre qui se trouve entre les grains des minéraux ou à
l’intérieur des fissures de la roche. H2O– est la vapeur d'eau obtenue à plus 100°, et
provient de l’eau liée aux minéraux, par exemple le radical OH- dans la biotite ou la
hornblende.

 Souvent, les pourcentages des gaz et de l’eau ne sont pas donnés dans l’analyse
chimique. Dans ce cas, la quantité de tous les éléments volatils de la roche est indiqué
par la perte au feu (PAF) ou LOI (loss on ignition en anglais) : c’est la perte de
masse qui résulte de l'échauffement d'un matériau du fait du départ des espèces
volatiles ; elle est mesurée lors du chauffage de l’échantillon à haute température.

Perte au feu (%) = 100×[(masse avant chauffage) - (masse après chauffage)]/(masse avant
chauffage).

Les compositions chimiques moyennes en oxydes des principaux types de roches sont
portées dans le tableau 4.

 La composition chimique est déterminée en analysant la poudre des roches. Les


principales techniques utilisées pour déterminer le pourcentage des éléments majeurs
et en traces sont : la spectroscopie de fluorescence X (XRF) et l’absorption atomique
(AAS).

Oxydes Acide Intermédiaire Basique Ultrabasique


(Granite) (Andésite) (Basalte) (Péridotite)
SiO2 71.3 57.94 49.2 42.26
TiO2 0.31 0.87 1.84 0.63
Al2O3 14.32 17.02 15.74 4.23
Fe2O3 1.21 3.27 3.79 3.61
FeO 1.64 4.04 7.13 6.58
MnO 0.05 0.14 0.2 0.41
MgO 0.71 3.33 6.73 31.24
CaO 1.84 6.79 9.47 5.05
Na2O 3.68 3.48 2.91 0.49
K2O 4.07 1.62 1.1 0.34
H2O 0.77 1.17 0.95 3.91
CO2 0.05 0.05 0.11 0.30
P2O5 0.12 0.21 0.35 0.10

Tableau 4 : Composition chimique moyenne des principales classes de roches


magmatiques.

4
UP4/UV2 Pétrographie

IV.2. Fréquences des roches magmatiques en relation avec leur composition


chimique

La courbe de fréquence mondiale des roches, calculées sur des milliers d’analyses de
roches plutoniques et volcaniques, indique deux maximums, l’un correspondant à des roches
qui renferment 73 % de silice (granites et rhyolites), l’autre à des roches qui renferment 52 %
de silice (basaltes et gabbros) (figure 1).

Les principales caractéristiques chimiques de ces deux grands types de roches sont les
suivantes :
- la teneur en Al2O3 est sensiblement la même quelle que soit la teneur en silice ;
- les roches granitiques ont une forte teneur en SiO2 et alcalins mais une faible
teneur en fer total, CaO, MgO et TiO2 ;
- les roches basaltiques ont une faible teneur en SiO2 et alcalins mais une forte
teneur en fer total, CaO, MgO et TiO2.

Ainsi, la teneur en Al2O3 ne varie pratiquement pas des roches basiques aux roches
acides ; Fe total, CaO et MgO varient dans le même sens en diminuant des basaltes aux
granites alors que Na2O et K2O varient en sens inverse.

Figure 1 : Variation de teneur des principaux oxydes par rapport à la teneur en


silice des roches magmatiques.
(d’après J.C. Pons, La pétro sans peine 1, minéraux et roches magmatiques)

5
UP4/UV2 Pétrographie

IV.3. La norme (composition normative)

En regroupant les éléments majeurs pour construire des minéraux théoriques, de formule
fixée, on calcule une composition normative, ou norme, qui permet des comparaisons. La
norme exprime donc la composition minéralogique théorique (virtuelle) d’une roche
magmatique.

Pour établir la norme d’une roche, on doit d’abord déterminer sa composition chimique,
laquelle est donnée en pourcentage du poids en oxyde. Le principe de base est de distribuer
les éléments chimiques : Si, Al, Mg, Fe2+, Fe3+, Ca, Na, K, Ti, P entre molécules minérales
standards (quartz, orthose, albite, anorthite, néphéline, leucite, orthopyroxène, clinopyroxène,
olivine, apatite, ilménite, magnétite), suivant une procédure de calcul selon des règles
strictes : soit celles de Cross, Iddings, Pirsson et Washington (appelée norme CIPW), soit
celles de Niggli (norme moléculaire de Niggli). Ce calcul est une opération complexe qui
comporte au moins 25 étapes afin d’exprimer au mieux la composition minéralogique de la
roche. La norme est donc une composition minéralogique calculée qui aide à comparer les
roches volcaniques non cristallisées avec des roches plutoniques cristallisées et d’établir si il
existe ou non des liens pétrogénétiques entre les deux. Le tableau 5 est un exemple des
résultats de l’analyse chimique et de la norme correspondante d’une rhyolite. Les minéraux
dont la présence théoriquement n'est mise en évidence que dans le calcul de norme,
s’appellent minéraux normatifs.

 La plus connue et la plus utilisée des normes en pétrologie moderne est la norme
CIPW qui donne les minéraux normatifs en pourcentages pondéraux. Établie par
W. Cross, J.P. Iddings, L.V. Pirsson et H.S. Washington (d'où son nom) en 1903,
modifiée en 1912, cette norme anhydre ne tient pas compte de H2O présent dans la
roche. Le mode de calcul définit plus de 16 minéraux normatifs différents, aucun
minéral ne pouvant avoir des teneurs négatives (voir TP).

Oxydes Pourcentages Calcul Normatif


pondéraux (%) Minéraux Pourcentages
pondéraux
SiO2 73,3 Quartz (Qz) 33,2
TiO2 0,2 Orthose (Or) 31,7
Al2O3 13,4 Albite (Ab) 25,1
Fe2O3 1,2 Anorthite (An) 5,0
FeO 0,7 Nepheline (Ne) -
MnO 0,1 Diopside (Di) 0,8
MgO 0,3 Hypersthène (Hy)
CaO 1,1 Olivine (Ol) -
Na2O 3,0 Magnétite (Mt) 1,9
K2O 5,3 Ilménite (Il) 0,5
H2O+ 0,8 Apatite (Ap) 0,2
CO2 -
P2O5 0,1

Tableau 5 : Composition chimique et normative moyenne d’une rhyolite.

6
Dr CHABOU Moulley Charaf
Université Ferhat Abbas, Sétif
Institut d’Architecture et des Sciences de la Terre
Département des Sciences de la Terre
Cours de Pétrographie Endogène. 2ème année – LMD Géosciences – Semestre 4.

V. Les roches magmatiques : Composition minéralogique

V.1. Introduction
La composition minéralogique d’une roche magmatique est fonction de la
composition chimique du magma et de ses conditions de cristallisation. Elle s’exprime
quantitativement par le pourcentage (ordinairement en volume) des différents minéraux
réellement observés dans la roche : c’est la composition modale ou mode, évidemment
différente de la composition normative (minéraux virtuels).
La composition modale est déterminée par l’analyse macroscopique et
microscopique des roches. Il faut pour cela identifier les différents minéraux de la roche et
exprimer le pourcentage du volume occupé par chaque minéral.
Bien qu’il existe plus de mille espèces minéralogiques, les minéraux qui constituent
plus de 99 % des roches magmatiques appartiennent à 8 groupes de minéraux (principalement
des silicates et d’alumino-silicates) : quartz, feldspaths, feldspathoïdes, olivines, pyroxènes,
amphiboles, biotites (micas), oxydes de fer et de titane.
V.1.1. Le quartz (ancien terme de mineurs allemands)
Le quartz (silice, SiO2) représente environ 12 % de l’ensemble des minéraux des
roches magmatiques. C’est le minéral caractéristique des roches acides ; il est peu
représenté dans les roches intermédiaires et absent des roches basiques.
Le quartz appartient à la famille des tectosilicates. Il possède six variétés
polymorphiques, chacune cristallisant dans des conditions de pression et de température
bien définies (figure 1) : quartz α, quartz β, tridymite, cristobalite, coesite et stishovite. Le
quartz stable aux conditions de température et de pression de la surface de la Terre est le
quartz α.

Figure 1 : Champs de stabilité des diverses formes de la silice en


fonction de la température et de la pression. (D’après Stephen A. Nelson,
http://www.tulane.edu/~sanelson/eens211/tectosilictes&others.htm)
1
Pétrographie Endogène

V.1.2. Les feldspaths (de l’allemand feld, champ et spath)


Les feldspaths sont les constituants essentiels des roches magmatiques, plutoniques
ou effusives (59,5 % des minéraux des roches magmatiques). Leur composition chimique
varie avec la nature des roches : les roches acides renferment des feldspaths alcalins, les
roches intermédiaires des feldspaths alcalins et des plagioclases moyens, les roches
basiques des plagioclases calciques.
Les feldspaths appartiennent à la famille des tectosilicates. L’analyse des feldspaths
permet de les considérer comme des mélanges plus ou moins homogènes de trois
constituants élémentaires :

 KAlSi3O8 : Orthose (Or) (Sanidine ou microcline)

 NaAlSi3O8 : Albite (Ab)

 CaAl2Si2O8 : Anorthite (An)


KAlSi3O8 et NaAlSi3O8 forment une solution solide complète, appelée feldspaths
alcalins ; de la même manière, NaAlSi3O8 et CaAl2Si2O8 forment une solution solide
complète, appelée plagioclases. La composition des feldspaths est généralement
représentée dans un diagramme triangulaire : KAlSi3O8 [Orthose (Or)] - NaAlSi3O8
[Albite (Ab)] - CaAl2Si2O8 [Anorthite (An)] (figure 2).
Feldspaths alcalins

Feldspaths plagioclases
Figure 2 : Position des feldspaths dans le diagramme KAlSi3O8 - NaAlSi3O8 -
CaAl2Si2O8. (D’après Stephen A. Nelson,
http://www.tulane.edu/~sanelson/eens211/tectosilictes&others.htm)
Les feldspaths alcalins comprennent deux grands types :

o Les feldspaths potassiques (K,Na)AlSi3O8 avec faible proportion de


Na, correspondant à la série microcline-orthose-sanidine, avec un arrangement

2
Pétrographie Endogène

de plus en plus désordonné des ions Si et Al dans le réseau. L’orthose est le


feldspath potassique de basse température caractéristique des granites. Il
cristallise dans le système monoclinique. Le microcline est la forme ordonnée
du feldspath potassique stable à basse température. C’est un minéral
secondaire, cristallisant dans le système triclinique. La sanidine est la variété
du feldspath potassique de haute température, qui présente la structure la plus
désordonnée.
o Les feldspaths sodi-potassiques (Na,K)AlSi3O8 , plus riches en Na que les
précédents, sont intermédiaires entre l’orthose et l’albite. L’anorthose est en
moyenne constitué de 60% d’orthose et de 40% d’albite. C’est un minéral de
haute température fréquemment associé à la sanidine.

Les feldspaths plagioclases (feldspaths tricliniques) forment une solution solide


complète entre le pôle albite sodique (ab) et le pôle anorthite calcique (an), et peuvent
contenir une petite quantité d’orthose (figure 2). Les différentes espèces distinguées sont les
suivantes (An = anorthite = teneur en calcium) (voir aussi figure 2) :

o Albite : An0- An10 (0-10 % An)


o Oligoclase : An10-An30 (10-30 % An)
o Andésine : An30-An50 (30-50 % An)
o Labrador : An50-An70 (50-70 % An)
o Bytownite : An70-An90 (70-90 % An)
o Anorthite : An90-An100 (90-100 % An)

V.1.3. Les feldspathoïdes (de feldspath, et du grec eidos, aspect)


Les feldspathoïdes sont des alumino-silicates de Na et K, appartenant à la famille des
tectosilicates, très pauvres en silice, et qui se rencontrent dans des roches riches en Na2O et
K2O (alcalines) et pauvres en SiO2 (sous-saturées). Ces minéraux sont incompatibles avec le
quartz, et sauf rares exceptions, ils ne peuvent coexister avec ce dernier dans les roches.
Les feldspathoïdes ont une composition voisine de celle des feldspaths, mais ont une teneur
en silice plus faible.

Les principaux feldspathoïdes sont :

 La néphéline Na3K[AlSiO4] : hexagonale, essentiellement sodique, et se transforme en


albite en présence de quartz.
 La sodalite Na8Al6Si6O24Cl2 : cubique, minéral rare accompagnant la néphéline.
 La leucite KAlSi2O6 : quadratique à basse température, et cubique à haute
température, riches en potassium, et se transforme en orthose en présence de quartz.

V.1.4. Les olivines (de la couleur de l’olive)


Les olivines se rencontrent dans les roches basiques et ultrabasiques. Ils appartiennent
à la famille des nésosilicates et forment une solution solide complète allant du pôle
magnésien, la forstérite Mg2SiO4, au pôle ferrifère, la fayalite Fe2SiO4. Les intermédiaires
correspondent à l’olivine (Fe, Mg)2SiO4. L’olivine se forme à haute température, dans des
roches sans quartz, pauvres en SiO2. Les olivines magnésiennes sont les plus courantes, alors
que les olivines ferrifères, ou fayalites sont très rares. Ces dernières sont compatibles avec la
présence de quartz et se rencontrent dans des roches acides (granites, rhyolites..).

3
Pétrographie Endogène

V.1.5. Les pyroxènes (du grec puros, feu, et xenos, étranger)


Les pyroxènes sont les plus fréquents et les plus abondants des silicates
ferromagnésiens. Ils se rencontrent surtout dans les roches basiques (gabbros et basaltes). Ils
appartiennent à la famille des inosilicates.

Les pyroxènes sont pour la plupart des silicates anhydres de calcium, de magnésium
ou de fer, qui renferment dans certains cas du sodium, du lithium et plus rarement du chrome
et du titane. Ils cristallisent dans les systèmes orthorhombiques (orthopyroxènes) et
monocliniques (clinopyroxènes).

La classification des pyroxènes est fondée en grande partie sur leurs teneurs
respectives en Ca, Mg, Fe (composition chimique) et sur leurs systèmes cristallographiques,
et apparaît sur un diagramme triangulaire Ca-Mg-Fe (figure 3). On distingue ainsi :

 Les orthopyroxènes, pratiquement dépourvus de calcium, forment une série


continue entre un pôle magnésien l’enstatite Mg2Si2O6 et un pôle ferreux la
ferrosilite Fe2Si2O6. Les intermédiaires constituent les hypersthènes
(Mg,Fe)2Si2O6.

 Les clinopyroxènes, calciques, monocliniques, comprennent, d’une part la


série qui va du diopside CaMgSi2O6 à l’hedenbergite CaFeSi2O6, d’autre part
le grand groupe des augites, plus pauvres en Ca, et enfin les pigeonites, très
pauvres en calcium.

 Les pyroxènes riches en sodium Na et en lithium Li forment les


clinopyroxènes alcalins (minéraux rares), du système monoclinique avec le
spodumène LiAlSi2O6, la jadéite NaAl Si2O6 et l’aegyrine Fe3+NaSi2O6.

Figure 3 : Représentation des pyroxènes dans un diagramme triangulaire Ca-Mg-Fe.


(D’après Stephen A. Nelson, http://www.tulane.edu/~sanelson/eens211/inosilicates.htm)
4
Pétrographie Endogène

V.1.6. Les amphiboles (du grec amphibolos, ambigu)

Les amphiboles sont des silicates ferromagnésiens. Ils se rencontrent surtout dans les
roches plutoniques et métamorphiques. Ils appartiennent à la famille des inosilicates.

Les amphiboles sont pour la plupart des silicates hydroxylés (ion OH-) de fer et de
magnésium, qui renferment en grande quantité du calcium, de l’aluminium, du sodium, du
lithium ou du titane. Ils cristallisent en général dans le système monoclinique.

La classification des amphiboles est complexe et liée en grande partie aux variations
progressives des teneurs en Mg, Fe, Ca, et Na. On distingue ainsi (Figure 4) :

 Les amphiboles ferromagnésiens : de formule (Mg,Fe)7[Si8O22](OH)2, qui


n’existent que dans les roches métamorphiques.

 Les amphiboles calciques : qui peuvent être ou non alumineuses.

 Les amphiboles calciques non alumineuses, forment une série continue


entre un pôle magnésien la trémolite Ca2Mg5Si8O22(OH)2 et un pôle
ferreux la ferroactinote Ca2Fe5Si8O22(OH)2, les actinotes constituent
les termes intermédiaires Ca2(Mg,Fe)5Si8O22(OH)2. Ils n’existent que
dans les roches métamorphiques.
 Les amphiboles calciques alumineuses forment le vaste ensemble des
hornblendes, de formule (Ca,Na,K)2(Mg,Fe,Al)5Si6(Si,Al)2O22(OH,F)2.
C’est les plus communs des amphiboles et se rencontrent dans les
roches plutoniques calcoalcalines et dans les roches métamorphiques.
Signalons aussi l’existence de la hornblende basaltique, beaucoup
moins fréquente.

Figure 4 : Représentation des amphiboles dans un diagramme triangulaire Ca-Mg-Fe.


(D’après Stephen A. Nelson, http://www.tulane.edu/~sanelson/eens211/inosilicates.htm)

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Pétrographie Endogène

 Les amphiboles sodiques : forment une série continue entre la glaucophane


Na2Mg3Al2Si8O22(OH)2 et la riébeckite Na2Fe3+2Fe2+3Si8O22(OH)2. La
glaucophane est limitée aux roches métamorphiques, alors que la riébeckite
apparaît surtout dans les roches plutoniques alcalines.

V.1.7. Les micas (du latin mica, parcelle, miette)

Les micas sont des silicates hydratés, plus ou moins alumineux et presque toujours
potassiques, qui contiennent en proportion variable du fer et du magnésium. Ils appartiennent
à la famille des phyllosilicates et sont monocliniques. On distingue :

 Les micas blancs alumineux : avec principalement la muscovite


KAl3Si3O10(OH)2, et son équivalent sodique, la paragonite NaAl3Si3O10(OH)2.
Ces minéraux sont fréquents dans les roches plutoniques acides.

 Les micas noirs ferromagnésiens : représentés principalement par les biotites,


qui sont des minéraux intermédiaires entre un pôle magnésien, la phlogopite
KMg3AlSi3O10(OH)2 et un pôle ferrifère l’annite KFe3AlSi3O10(OH)2. Les
biotites sont très fréquentes dans les roches magmatiques (surtout acides et
intermédiaires).

 Les micas lithinifères, représentés par la lépidolite K(Li,Al)2AlSi3O10(OH)2,


sont présentes dans les pegmatites.

V.1.8. Les minéraux accessoires

Les minéraux accessoires comprennent :

 Les oxydes de fer et de titane :


o La magnétite Fe3O4 : système cubique. Le plus commun des minéraux
accessoires
o L’hématite Fe2O3 : système hexagonal. Il représente fréquemment le
produit d’altération de la magnétite ou forme une solution solide avec
l’ilménite dans les roches magmatiques non altérées.
o L’ilménite FeTiO3 : système hexagonal. Principal minerais de titane.
Fréquente dans une grande variété de roches volcaniques et
plutoniques.
 Le spinelle MgAl2O4 : système cubique. Fréquent dans les roches ultrabasiques
et parfois dans les basaltes.
 Le corindon Al2O3 : système hexagonal. Il est fréquent dans les roches
magmatiques riches en aluminium (Al).
 L’apatite Ca5(PO4)3(OH,F) : système hexagonal. Très fréquent dans les roches
magmatiques alcalines (granites, syénites, pegmatites et laves équivalentes).
 Le zircon ZrSiO4 : système quadratique. Il est fréquent dans les roches
magmatiques siliceuses (granites, granodiorites, syénites). Il contient souvent
des traces d’éléments radioactifs (Th et U). Ce minéral est ainsi utilisé pour
dater les roches avec la méthode U-Pb et Th-Pb.
 Le sphène CaTiSiO4(OH) : système monoclinique. Il est répandu dans de
nombreuses roches magmatiques (granites, granodiorites, syénites).

6
Pétrographie Endogène

 La pyrite FeS2 : système cubique. Elle est répandue dans diverses roches
magmatiques.
 La calcite CaCO3 : système rhomboédrique. Elle est présente dans les
carbonatites.
 La fluorine (ou fluorite) CaF2 : système cubique (minerai du fluor). Elle est
présente dans les roches magmatiques alcalines (granites, syénites,
pegmatites).

Minéral Formule chimique Roches magmatiques

Silice
Quartz, tridymite, cristobalite SiO2 Roches acides
Feldspaths
Sanidine, orthose, microcline KAlSi3O8 Volcaniques (sanidine) et plutoniques
Plagioclases
Albite NaAlSi3O8 Roches volcaniques et plutoniques,
Anorthite CaAlSi3O8 acides et basiques.
Feldspathoïdes
Népheline Na3K[AlSiO4] Roches alcalines pauvres en SiO2
Leucite KAlSi2O6
Sodalite Na8Al6Si6O24Cl2
Olivines
Fayalite Fe2SiO4 Roches acides
Forstérite Mg2SiO4 Roches basiques et ultrabasiques
Pyroxènes
Enstatite Mg2Si2O6 Roches volcaniques et plutoniques
Hypersthène (Mg,Fe)2Si2O6 // // //
Augite Ca(Mg,Fe)Si2O6 // // //
Aegyrine Fe3+NaSi2O6 Roches alcalines – granite et syénite
Spodumène LiAlSi2O6
Amphiboles
Hornblende (Ca,Na,K)2(Mg,Fe,Al)5Si6(Si,Al)2O22(OH,F)2 Roches plutoniques calcoalcalines
Riébeckite Na2Fe3+2Fe2+3Si8O22(OH)2 Roches plutoniques alcalines
Micas
Muscovite KAl2(AlSi3O10)(OH)2 Roches plutoniques acides
Biotite K(Mg,Fe)3(AlSi3O10)(OH)2 Roches magmatiques acides et inter.
Lépidolite KLi2Al(Si4O10)(OH)2 Pegmatites
Minéraux accessoires
Apatite Ca5(PO4)3(OH,F,Cl) Roches magmatiques alcalines
Corindon Al2O3 Roches magmatiques riches en Al
Sphène CaTiSiO5 Roches magmatiques alcalines
Fluorine CaF2 Roches magmatiques alcalines
Zircon ZrSiO4 Roches magmatiques siliceuses
Magnétite FeFe2O4 Grande variété de roches
Ilménite FeTiO3 magmatiques
Pyrite FeS2

Tableau 1 : Principaux minéraux des roches magmatiques.

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Dr CHABOU Moulley Charaf
Université Ferhat Abbas, Sétif
Institut d’Architecture et des Sciences de la Terre
Département des Sciences de la Terre
Cours de Pétrographie Endogène. 2ème année – LMD Géosciences – Semestre 4.

VI. Texture des roches magmatiques

VI.1. Introduction
La texture (du latin textura , tissu, assemblage), bien observable au microscope,
concerne la disposition élémentaire des minéraux, définie par leur taille (granulométrie),
leur forme et leur arrangement. Elle est sous la dépendance directe des conditions de leur
cristallisation et reflète par conséquent le déroulement de celle-ci.
VI.2. Termes relatifs à la taille et à la granulométrie des cristaux

 Texture phanéritique (ou grenue) : concerne les


roches magmatiques dont le grain est visible à l’œil
nu. La taille des minéraux varie entre 1 et 5 mm et
sont le plus souvent équigranulaires (figure 1). La
texture phanéritique indique un refroidissement lent
du magma.

 Texture aphanitique : concerne les roches


magmatiques qui ne montrent pas de cristaux visibles
à l’œil nu. La taille des minéraux, qui sont souvent
équigranulaires, est généralement plus petite que
1 mm (figure 2). La majorité des minéraux ne sont
pas visibles à l'oeil nu ni même au microscope. Les
laves, telles la rhyolite, trachyte, dacite, andésite et
basalte présentent souvent la texture aphanitique. Figure 1 : Texture phanéritique
Cette texture indique un refroidissement rapide du (grenue, holocristalline)
magma.

 Texture vitreuse : concerne les roches magmatiques


qui sont entièrement ou en grande partie constituées
de verre. La roche magmatique présente l'aspect
particulier du verre. Ces roches sont composées
principalement de quartz cryptocristallin issu d'un
refroidissement extrême du magma en surface.
L'obsidienne est l'exemple parfait d'une roche
magmatique ayant une texture vitreuse.

 Texture pegmatitique : texture d'une roche


magmatique ayant des minéraux de dimension
centimétrique, décimétrique ou exceptionnellement
métrique. La texture pegmatitique indique un Figure 2 : Texture aphanitique
refroidissement très lent du magma. (microlithique) porphyrique

1
Pétrographie Endogène

VI.3. Texture se référant au degré de cristallisation de la roche magmatique

 Roche holocristalline : roche totalement cristallisée.

 Roche holohyaline : roche entièrement vitreuse.

 Roche hypocristalline : roche composée de cristaux et de verre, les cristaux


étant plus abondant que le verre.

 Roche hypohyaline : roche composée de cristaux et de verre, la matière


vitreuse étant plus abondante que les cristaux.
VI.4. Termes utilisés se référant à la dimension absolue des cristaux

 Grains grossiers : la taille des cristaux dépasse 5 mm.

 Grains moyens : la taille des cristaux varie entre 1 et 5 mm.

 Grains fins : la taille des cristaux est inférieure à 1 mm.


VI.5. Termes utilisés se référant à la dimension relative des cristaux

 Equigranulaire : terme utilisé pour décrire la texture des roches


magmatiques dont les minéraux sont de même dimensions.
 Texture porphyrique : texture d'une
roche magmatique ayant de gros
cristaux pris dans une matrice à grains
fins (texture aphanitique) et de même
nature que celle des gros cristaux
(figure 3). Les gros cristaux, dont la
taille peut dépasser 1 cm, sont appelés
phénocristaux. Les phénocristaux
cristallisent en profondeur dans la
chambre magmatique. La montée du
magma entraîne les phénocristaux et par
la suite le magma se refroidi rapidement
sous forme de matrice à grains fins.
Cette matrice peut donc se cristalliser au
sommet de la chambre magmatique,
dans des dykes ou des sills et enfin en Figure 3 : Texture porphyrique
surface sous forme de laves. La texture
porphyrique est typique des roches
magmatiques qui ont subi deux temps de
cristallisation.

 Texture porphyritique : texture d'une roche magmatique ayant de gros


cristaux pris dans une matrice à grains moyens (texture phanéritique). À ne
pas confondre une texture porphyritique avec une texture porphyrique. La
seule différence entre ces deux textures se situe au niveau de la dimension
des grains composant la matrice. Pour une texture porphyritique la matrice
est phanéritique alors que pour une texture porphyrique la matrice est
aphanitique. C'est pourquoi une texture porphyritique ne peut pas être

2
Pétrographie Endogène

d'origine volcanique car la grosseur moyenne des minéraux composant la


matrice reflète un environnement où la température diminue plutôt
lentement.

 Texture vitrophyrique : fait


référence à une roche à cristaux
assez grands pris dans une pâte
vitreuse (figure 4).

 Texture microlitique : texture


d'une roche magmatique qui se
développe lorsque le magma se
refroidi rapidement et que les
minéraux ont peu de temps pour
se cristalliser. Les minéraux, tel
le quartz, prennent souvent la
forme de fines aiguilles qui
baignent dan une matrice à
grains très fins qui présente une
texture aphanitique. La texture
microlithique se développe le
plus souvent dans des laves de
composition basaltiques à Figure 4 : Texture vitrophyrique
andésitiques ainsi que pour des
roches pyroclastiques telles les
tufs (figure 2).

VI.6. Termes utilisés pour décrire la forme des cristaux (Tableau 1)

Tableau 1 : Termes utilisés pour décrire la forme des cristaux

Euédrique Idiomorphe Automorphe Cristaux limités par des faces


planes (nettes)

Subédrique Hypidiomorphe Subautomorphe Cristaux partiellement limités


par des faces planes (nettes)

Anédrique Allotriomorphe Xénomorphe Cristaux présentant une forme


quelconque

3
Pétrographie Endogène

VI.7. Textures se référant aux relations mutuelles entre cristaux

 Texture poecilitique : concerne les


roches magmatiques dans lesquelles un
grand cristal d’un minéral contient de
nombreux petits cristaux d’un autre
minéral (figure 5).

Figure 5 : Texture poecilitique


 Textures doléritiques :
 Texture ophitique : cette
texture se caractérise par la
présence de grands cristaux de
pyroxène (augite) englobant des
petites lattes de plagioclases
(figure 6). Fréquente chez les
dolérites et les gabbros.

 Texture subophitique :
similaire à la texture ophitique,
mais dans ce cas, les lattes de
plagioclases ne sont pas
entièrement englobées par le
Figure 6 : Texture ophitique
pyroxène.

 Texture intergranulaire :
texture dans laquelle les
interstices entre les lattes de
plagioclases sont occupées par
des minéraux ferro-magnésiens,
essentiellement du pyroxène
(augite) ou de l’olivine
(figure 7).

 Texture intersertale : similaire


à la texture intergranulaire, mais
dans ce cas les interstices entre
les lattes de plagioclases sont
occupées par du verre ou une
matière cryptocristalline. Figure 7 : Texture doléritique
intergranulaire

4
Pétrographie Endogène

VI.8. Textures directives

 Texture trachytique : se dit


de la texture présente dans les
roches volcaniques
caractérisée par des microlites
orientées suivant la direction
d’écoulement (figure 8).

Figure 8 : Texture trachytique

VI.9. Textures se rapportant au remplissage des cavités des cristaux

 Texture vacuolaire : texture d'une roche


magmatique ayant des bulles d'air ou
vacuoles (petites cavités, trous), dues à la
présence de bulles de gaz durant leur
solidification (figure 9). Ces vacuoles ont
été formées lorsque les gaz se sont
échappés d'une lave au moment de la
solidification de celle-ci. Toutes les
coulées de laves peuvent présenter une
texture vacuolaire ainsi que certaines
roches ignées pyroclastiques.
Généralement, plus la composition
chimique de la lave est acide, plus la
roche ignée volcanique résultante aura
une texture vacuolaire développée. Enfin,
la texture vacuolaire se développe surtout
Figure 9 : Texture vacuolaire
au sommet des coulées de laves là où les
gaz peuvent s'échapper.

 Texture amygdaloïdale : texture d'une roche magmatique qui montre des


vacuoles de dimensions variables mais généralement de forme circulaire ou
ovale est qui sont remplies d'un minérale secondaire tel la calcite ou le quartz.
Une texture vacuolaire peut donc se transformer lentement en texture
amygdaloïdale à mesure que des solutions riches en sels minéraux se
précipitent.

5
Pétrographie Endogène

VI.10. Termes utilisés se rapportant à l’arrangement radiale des cristaux

 Texture sphérolitique : texture d'une


roche magmatique ayant une texture
vitreuse comme l'obsidienne mais
constituée de sphères radiées appelé des
sphérolites. Les sphérolites sont
composées de minéraux en forme de
fibres le plus souvent des plagioclases, du
quartz, de la calcite et parfois des
pyroxènes (figure 10). Les sphérolites
ressemblent souvent à des flocons de
neige blanc ou gris qui tapissent les
surfaces des vitres volcaniques telle
l'obsidienne.
Figure 10 : Texture sphérolitique

 Texture variolitique : la texture variolitique est très similaire à la texture


sphérolitique. Alors que la texture sphérolitique se développe parfois dans des
laves riches en silice et particulièrement vitreuses, la texture variolitique, au
contraire, se développe dans des laves plus pauvres en silice, notamment dans
les basaltes coussinés. Dans ces cas on observe des sphères radiées (varioles)
constituées de plagioclase et/ou de pyroxène en forme de fibres avec ou sans
verre, dans un fond sombre, souvent vitreux à l'origine.

VI.11. Termes utilisés se rapportant à l’interpénétration entre cristaux

 Texture graphique : texture


d'une roche magmatique qui se
développe quand des inclusions
de quartz dans de larges cristaux
de feldspaths alcalin présentent
des formes irrégulières
ressemblant aux caractères de
l'écriture cunéiforme (figure 11).
La texture graphique se développe
le plus souvent dans des
pegmatites, des granites ou encore Figure 11 : Texture graphique
des microgranites.

 Texture myrmékitique : texture


d'une roche magmatique dans
laquelle des cristaux de
plagioclases contiennent de fins
vermicules de quartz à disposition
buissonnante (figure 12).

Figure 12 : Texture myrmékitique

6
Pétrographie Endogène

VI.12. Règles de Rosenbusch

L’ancienneté d’un minéral par rapport à un autre est déterminée en utilisant les
deux critères suivants :

1. Lorsqu’un certain minéral en renferme un autre, c’est le minéral inclus qui est
le plus ancien.
2. Les minéraux automorphes sont plus anciens que les minéraux xénomorphes
qui les entourent.

Phase
primaire

Phase
secondaire
1er minéral formé = olivine
2ème minéral formé = pyroxène

Figure 13 : Relation entre la disposition des minéraux et l’histoire de leur


formation d’après les règles de Rosenbusch.

7
Dr CHABOU Moulley Charaf
Université Ferhat Abbas, Sétif
Institut d’Architecture et des Sciences de la Terre
Département des Sciences de la Terre
Cours de Pétrographie Endogène. 2ème année – LMD Géosciences – Semestre 4.

VII. Modes de gisement des roches magmatiques

VII.1. Introduction

Le mode de gisement définit l’organisation générale des ensembles de roches


magmatiques. Il dépend de la nature et du mode de refroidissement du magma. Si le magma
refroidit en profondeur, on aura formation de roches plutoniques (refroidissement lent du
magma à grande profondeur) ou hypovolcaniques (roches formées à de faibles profondeurs ne
dépassant pas 1 km). Si le magma arrive en surface, il refroidit rapidement et on aura
formation des roches volcaniques. Dans ce cas, les roches forment des appareils variés autour
des points d’émission (volcans).

VII.2. Mode de gisement des roches plutoniques et hypovolcaniques

Dans ce cas, les roches magmatiques se mettent en place en profondeur au sein des
roches encaissantes, et n’apparaissent en surface que par le jeu de l’érosion et de la
tectonique.

Selon la relation des roches magmatiques avec les roches encaissantes, on distingue :

 Les roches concordantes, qui sont formées par l’intrusion du magma parallèlement
aux roches encaissantes. A cette classe appartient les sills, les laccolites et les
lopolites.

 Les roches discordantes lorsque les roches magmatiques recoupent les roches
encaissantes. Les dykes, les stocks et les batholites appartiennent à cette classe.

VII.2.1. Dyke (mot anglais signifiant digue)


Masse intrusive
discordante et tabulaire (en
forme de lames) (figure 1), son
épaisseur varie de quelques dyke
dizaines à quelques centaines de
mètres (épaisseur de 20 m en
moyenne). Leur longueur est
généralement très grande par
rapport à leur épaisseur. Du fait
de l’érosion, elles peuvent donner
un relief en forme de mur. En
général, les dykes sont constitués
par des roches basiques (dolérites)
et forment des groupes de corps
Figure 1 : Coupe transversale schématique d’un dyke
parallèles ou radiaux.

1
Pétrographie Endogène

VII.2.2. Sill (mot anglais équivalent à filon-couche)

Les sills ou filons-couches sont des lames de roches intrusives concordantes, dont
l’épaisseur est faible (elle varie du mètre à quelque dizaine de mètres) et la longueur pouvant
atteindre plusieurs km (figure 2). Ils sont le plus souvent composés de roches magmatiques
basiques (dolérites). Aux épontes (toit et mur), il peut y’avoir un métamorphisme de contact.
Les sills ne déforment pas les roches sédimentaires encaissantes (du fait de leur faible
épaisseur) et sont alimentés par des dykes.

Figure 2 : Coupe transversale schématique d’un sill

VII.2.3. Laccolite (G.K. Gilbert, 1877. Du grec lakkos, citerne, et lithos, pierre)

Massif de roches plutoniques en forme de grosse lentille de plusieurs km, à surface


inférieure horizontale et surface supérieure convexe vers le haut (voûte sous forme de dôme).
L’ensemble est parallèle aux roches encaissantes (figure 3).
Les laccolites ont une épaisseur grande et leur longueur est de quelque centaine de
mètres. Ils déforment les roches sédimentaires encaissantes. Ils sont constitués généralement,
par intrusion du magma acide qui, par suite de sa forte viscosité, pénètre difficilement entre
les stratifications, s’accumule dans une zone et soulève les roches du toit.

Laccolite

Centaine de mètres

Figure 3 : Coupe transversale schématique d’un laccolite

2
Pétrographie Endogène

VII.2.4. Lopolite (F.F. Grout, 1918. Du grec lopas, sorte de plat creux, et lithos,
pierre)

Massif de roches plutoniques en forme de cuvette plate (figure 4), dont les dimensions
peuvent être grandes pouvant s’étendre sur des dizaines de milliers de kilomètres carrés. La
forme des lopolites est due à l’affaissement des couches sous-jacentes sous le poids du
magma. Les lopolites sont composés en général de roches basiques et ultrabasiques.

Centaine de km

Lopolite

Figure 4 : Coupe transversale schématique d’un lopolite

VII.2.5. Batholite (E. Suess, 1892, du grec bathus, profond, et lithos, pierre)

Massif de très grandes dimensions, dont la surface est supérieure à 100 km2 et peut
atteindre plusieurs centaines de milliers de km2. Les batholites sont discordants et ont une
forme quelconque. Leur base est rarement visible (figure 5). Ils sont composés
essentiellement de granites et de roches plutoniques acides.

Les batholites alimentent souvent des massifs intrusifs de petites dimensions en forme
de cheminées qu’on appelle stocks (appelée aussi apophyse, massifs d’injection ou plugs)
(figure 5).

quelques km

Batholite
Millier de km

Figure 5 : Coupe transversale schématique d’un batholite et d’un stock

3
Pétrographie Endogène

VII.3. Mode de gisement des roches volcaniques ; les volcans.

VII.3.1. Les éruptions volcaniques

En général, les magmas produits à l’intérieur de la Terre ont tendance à remonter à la


surface car la densité du magma est inférieure à la densité du milieu solide environnant
(environ 10 % moins dense).

D’autre part, le magma contient du gaz dissous. A une certaine profondeur, la pression est
telle que le gaz dissous se sépare du magma et forme des bulles. Ces bulles ont tendance à
s’étendre lorsque la pression diminue.

 Si la partie liquide du magma à une faible viscosité, le gaz peut s’étendre facilement,
et à la surface une éruption non explosive se produit, sous forme de coulée de lave
(nom donné au magma qui s’épanche en surface. La lave se distingue du magma par
l’absence des gaz qui, avec la diminution de la pression, se séparent du magma et
s’échappent dans l’atmosphère).
 Si la partie liquide du magma à une forte viscosité, le gaz rencontre une forte
résistance de la part du liquide et ne peut s’étendre facilement. Arrivée à la surface,
une éruption explosive se produit.

Donc, en fonction de la quantité de gaz dissous dans un magma et de sa viscosité, on


distingue des éruptions : explosives et non explosives.

VII.3.1.a. Les éruptions non explosives

Les éruptions non explosives sont caractéristiques des magmas de faible viscosité, et à
faible teneur en gaz dissous. Ce sont les magmas basaltiques.
Des coulées de laves sont produits par ces éruptions et se déplacent progressivement
loin de leur cheminée éruptive à travers des pentes. Parfois, les laves s’écoulent à partir de
longues fissures (éruption fissurale).
Les coulées de laves sous-marines forment : les laves en coussins (Pillow-Lava) : il
s’agit de boules de 0,6 à 2 m sur 0,3 à 1 m qui s’empilent les unes sur les autres.
Parfois, des éruptions non explosives se produisent lorsque la viscosité du magma est
élevée mais sa teneur en gaz est très faible. Dans ce cas, la lave s’empilent sur la cheminée et
forme un dôme volcanique (figure 13).

VII.3.1.b. Les éruptions explosives

Les éruptions explosives sont caractéristiques des magmas de viscosité élevée et à


teneur importante en gaz dissous. Ce sont les magmas andésitiques et rhyolitiques.
L’explosion due au gaz dissous va briser le magma en fragments. Ces fragments
liquides vont se solidifier lorsqu’ils sont projetés en l’air et formeront les fragments
pyroclastiques. On appelle Téphras (mot grec signifiant cendre, terme employé pour la
première fois par S. Thorarinsson, volcanologue islandais, en 1954) ou Pyroclastites (du grec
puros, feu, et klastos, brisé, « débris de feu »), les produits solides projetés par les volcans.
Les projections volcaniques sont classées suivant la taille des grains de leurs éléments
constitutifs, classification proposée par R. Fisher en 1961 (tableau 1).
Les roches formées par accumulation et cimentation des téphras sont appelées : roches
pyroclastiques.

4
Pétrographie Endogène

Diamètres Dépôts non consolidés Dépôts consolidés


(mm) (Téphra) (Roches pyroclastiques)

> 64 Bombes volcaniques ou blocs Brèches volcaniques

2-64 Lapillis (du latin lapillis, petite Tufs (du grec tophos,
pierre) sorte de pierre friable)

<2 Cendres volcaniques Cinérites (du latin


cineris, cendre)

Tableau 1 : Classification des fragments pyroclastiques

 Les blocs sont des fragments angulaires qui sont déjà solidifiés avant leur projection
hors du volcan.
 Les bombes volcaniques sont des lambeaux de laves solidifiées dans l’air après
projection et prennent ainsi une forme aérodynamique. (en fuseau, en croûte de pain,
en bouse de vache, rubanée, boulets de canon…).
 Les fragments pyroclastiques arrondis, contenant souvent une forte proportion de
cavités (25 à 50 % de vacuoles), à texture bulleuse, vésiculée et poreuse sont appelée
scories (du grec skôria, écume de fer).
 Les bombes et lapillis vésiculeux ou fibreux, riches en bulles de gaz forment des
roches volcaniques vitreuses, très poreuses et de faible densité (elle peuvent flotter sur
l’eau) appelées ponces (du latin, pumex). Elles se forment à partir de fragments de
magma visqueux. Les ponces fibreuses présentent un aspect particulier dû à des bulles
très petites disposées en files.

 Le nuage de gaz et
de téphra qui
s’élève au dessus
du volcan à la suite
d’une explosion Nuage de cendre
forme une nuée
éruptive appelée
aussi nuée ardente
qui peut monter Nuée éruptive
très haut dans la
stratosphère
(jusqu’à 45 km, Dépôt de Tephra
figure 6). Les
téphras peuvent
être déplacés par
les vents puis
déposés loin du
volcan formant une
couche de téphra Figure 6 : Coupe schématique d’un volcan
ou de cendre. montrant la nuée éruptive

5
Pétrographie Endogène

 Si la colonne
d’éruption s’effondre
au dessus du volcan du
fait de sa densité
élevée, une coulée
pyroclastique se
produit, dans laquelle
gaz et pyroclastites Coulée pyroclastique Coulée pyroclastique
s’écoulent sur les
flancs du volcan à très
grande vitesse
(Figure 7). C’est les
éruptions volcaniques
les plus dangereuses.
Ces coulées sont
parfois appelées :
nuées retombantes. Figure 7 : Schéma montrant des nuées retombantes
sur les flancs d’un volcan

Si les dépôts formées par les coulées pyroclastiques sont essentiellement formées de
ponces, ces ponces peuvent se souder à chaud et former des roches magmatiques appelées :
ignimbrites (de ignis, feu, et imber, pluie).

Une forme de nuées ardentes appelées nuées descendantes est due à une explosion au
pied d’un dôme ou une aiguille de lave obstruant la cheminée volcanique (figure 8).

Nuée descendante

Figure 8 : Schéma montrant une nuée descendante


sur le flanc d’un volcan

6
Pétrographie Endogène

VII.3.2. Les édifices volcaniques (les volcans)

En fonction du mécanisme des éruptions qui dépend de la température, viscosité et


composition chimique du magma, on distingue quatre morphologies de volcans :

 Volcan-bouclier : appelé aussi type Hawaïen


 Volcan mixte ou strato-volcan : appelé aussi type Strombolien
 Cône de cendres : type Vulcanien
 Dôme volcanique : type Péléen.

Chaque morphologie de volcan est associée à un type d’éruption ou de volcanisme


caractérisé par la prédominance de laves, de gaz ou de produits solides (Tableau 2) et
(Figure 9).

Morphologie du Type Volcanisme Produits volcaniques


Volcan (Type d’éruption)

Volcan-bouclier Hawaïen Effusif Laves

Volcan mixte Strombolien Mixte Pas de prédominance


(strato-volcan)

Cône de cendres Vulcanien Explosif Gaz

Dôme volcanique Péléen Extrusif Solides

Tableau 2 : Caractéristiques des principaux édifices volcaniques

Gaz

Solide Liquide
Figure 9 : Classification des types d’éruptions volcaniques selon Geze (1964)

7
Pétrographie Endogène

VII.3.2.a. Les volcans-boucliers (Type Hawaïen) (Figure 10)

 Les volcans-boucliers sont formés par des écoulements successifs de laves (de nature
basaltique) très fluides édifiant des cônes à faibles pentes (2 à 10°).
 Les laves forment des couches successives peu épaisses (1-10 m). Le diamètre à la
base des volcans-boucliers peut atteindre 400 km.
 Les éruptions de ce type sont précédées de la montée du magma et de son
accumulation dans les chambres magmatiques.
 Les laves sont de nature basaltique à faible teneur en gaz.
 La vitesse d’écoulement des laves peut atteindre 40 à 60 km/h au maximum.
 Exemples de volcans-boucliers : les volcans Mauna Loa et Kilauea des îles Hawaii.

Coulées de lave basaltique


(1-10 m pour
chaque coulée) Pente < 5-10°

Chambre magmatique

Figure 10 : Coupe schématique d’un volcan-bouclier

Remarque : les plateaux basaltiques ou Trapps

 Certaines éruptions volcaniques non explosives s’effectuent à partir de longues


fissures : c’est le volcanisme fissural. Une importante quantité de lave de nature
basaltique s’épanche en suivant des fissures. Ces laves peuvent couvrir d’immenses
surfaces.
 Les trapps du Deccan en Inde ont recouvert une surface de plus d’un million de km2
sur plus de 3000 m d’épaisseur. Ce volcanisme a eu lieu il y’a 65 millions d’années.
 Un exemple de volcanisme fissural récent est le volcan Laki en Islande : la lave de
composition basaltique s’est épanchée en suivant une fissure de 32 km de longueur et
a recouvert une surface de 588 km2. Le volume de lave mise en place a été de 12 km3.

VII.3.2.b. Les volcans mixtes ou stratovolcans (Type Strombolien) (Figure 11)

 Les stratovolcans sont caractérisés par une alternance de coulées de laves (basalte,
andésite) avec des couches pyroclastiques (blocs, lapillis et cendres). Il y’a alternance
de phases effusives et de phases explosives. Les couches pyroclastiques peuvent
former plus de 50 % du volume des stratovolcans.
 Les pentes (10 à 35°) et les altitudes des stratovolcans sont relativement importantes.
 Les laves et les couches pyroclastiques ont une généralement une composition
andésitique à rhyolitique.

8
Pétrographie Endogène

 Etant donné la viscosité plus élevée des magmas issus des stratovolcans, ils sont plus
explosifs que les volcans-boucliers.
 Les stratovolcans possèdent un cratère à leur sommet, formé par des éruptions
explosives. Ces cratères sont parfois remplis par des coulées de lave ou dômes de lave,
parfois par une calotte glaciaire et plus rarement par un lac d’eau.
 Les périodes de repos de ces volcans peuvent durer des centaines voir des milliers
d’années, ce qui rend ces volcans particulièrement dangereux, les populations ont
tendance à s’implanter autour du volcan étant donné qu’on ne lui connaît pas
d’activité historique.
 Des petits cônes peuvent apparaître sur les flancs du cône principal et sont alimentés
par la même cheminée. Ces petits cônes sont appelés cônes adventifs (Figure 11).
 Exemples de stratovolcans : le Stromboli, une des îles Eoliennes dans la Mer
Tyrrhénienne.

Succession de coulées Cratère


de laves et de matériaux
pyroclastiques
Cône adventif

Tephra

Figure 11 : Coupe schématique d’un stratovolcan

VII.3.2.c. Les cônes de scories ou de cendres (Type Vulcanien) (Figure 12)

 Les éruptions de ces volcans sont essentiellement explosives et s’accompagnent de


projections de magmas acides visqueux saturés de gaz. Les laves sont fragmentées par
les explosions.
 Le cône est principalement constitué par des pyroclastites (bombes, lapilli et cendres),
d’où le nom donné à ce type de volcans.
 Le volume des cônes n’est pas important. L’altitude est généralement faible et ne
dépasse guère 500 m. La pente est raide, de l’ordre de 30° en moyenne.
 Ces cônes sont formés par des couches successives de pyroclastites qui différent par la
taille de leurs fragments en fonction de l’intensité des explosions.
 Les cratères au sommet des cônes ne sont visibles que chez les volcans jeunes. Ils sont
généralement érodés chez les anciens volcans.
 Si le volcan émet de la lave, elle s’écoule généralement à partir des fissures latérales et
descend en suivant les versants du cône.

9
Pétrographie Endogène

 Des cônes de cendres se forment souvent sur les flancs des stratovolcans ou près de
leur sommet.
 Les cônes de cendres se mettent en place en groupe, et l’on peut observer des dizaines
voir des centaines de cônes en une seule région.
 Exemples de cônes de cendres : le Vulcano, l’Etna et le Vésuve en Italie, le Mont
Saint Helens en Amérique du Nord, le Pinatubo dans les Phillipines.

Cratère

Couches de pyroclastites dues aux


intensités différentes des explosions
Figure 12 : Coupe schématique d’un cône de cendres

VII.3.2.d. Les dômes volcaniques ou cumulo-volcan (Type Péléen) (Figure 13)

 Les dômes volcaniques sont formés par l’extrusion de magmas visqueux acides ou
intermédiaires (trachytes, rhyolites, phonolites) très pauvres en gaz. A cause de la
forte viscosité, la lave ne s’écoule pas mais s’empile et se solidifie au dessus de la
cheminée volcanique. La vitesse de la lave est de l’ordre de 0,5 à 2 mètres par jour.
Les projections sont peu importantes. Ces extrusions présentent la forme de dômes ou
de pitons débités en prismes.

Dépôts de Sommets aigus


Téphra
Brèches

Figure 13 : Coupe schématique d’un dôme volcanique

10
Pétrographie Endogène

 Les dômes volcaniques peuvent être extrêmement dangereux car ils forment des
structures instables qui peuvent facilement s’effondrer exposant ainsi les magmas
visqueux riches en gaz à la pression atmosphérique. Une colossale avalanche se
produit formant une nuée ardente latérale ou « blast » constituée par un nuage de gaz
et de pyroclastites dévalant les pentes du volcan avec une vitesse qui peut atteindre
400 km/s et dévastant tous sur son passage (la température du nuage peut dépasser
300°C) (Exemple : éruption du Monts Saint-Helens (Etats-Unis) en 1980, figure 14).
Fumée et cendres
Ancien dôme
Altitude (m)

Bombement
Profil d’avant 1980
Dôme de lave
Magma

Temps = 0, Séisme Mv = 5
Altitude (m)

Glissement de terrain
(avalanche)

Temps = 40 secondes
Nuée éruptive
Altitude (m)

Nuée ardente latérale

Temps = 50 secondes
Altitude (m)

Profil d’avant 1980


Dépôts de l’avalanche

Temps = 60 secondes

Figure 14 : Eruption volcanique du Mont Saint-Helens (Etat de Washington, USA) le


18 mai 1980 à 8h32 (correspondant au temps 0 de la figure).
Une gigantesque avalanche commença à dévaler le versant Nord de la montagne juste avant
l’éruption. Une nuée ardente latérale (nuage dense, dans lequel la température atteignait
300°C) surgit sur le flanc Nord de la montagne avec une vitesse comprise entre 100 et 400
kilomètres/heure, et dévasta une surface d’environ 500 kilomètres carrés.

11
Pétrographie Endogène

Remarque

La classification des volcans selon les quatre types (hawaien, strombolien, vulcanien,
péléen) établie par Mercalli en 1907 n’est plus utilisée car elle est difficilement applicable. Un
même volcan peut être d’un type ou d’un autre, car le caractère de l’éruption d’un même
volcan peut changer avec le temps. Ceci se produit lorsque change la composition chimique
des magmas qui alimentent le volcan.

Exemple : le Vésuve (Italie) présente des éruptions tantôt stromboliennes, tantôt


vulcaniennes. L’éruption du volcan de la Montagne Pelée (Martinique) en 1902 a d’abord été
explosive (type Vulcanien) puis extrusive (type Péléen).

VII.3.3. Autres structures et produits volcaniques

VII.3.3.a. Cratères et Caldeiras

Le sommet des volcans est


généralement occupé par une dépression
circulaire ou elliptique de faible dimension
(diamètre < 1 km) appelée : cratère (du
grec krater, vase) formée par les explosions
volcaniques.

Les caldeiras (mot portugais


signifiant chaudron) sont de grandes
dépressions volcaniques circulaires ou
elliptiques dont le diamètre varie de
1 à 50 km. Ils sont produits par
effondrement du cône volcanique en
réponse au vide laissée par les éruptions
volcaniques dans les chambres
magmatiques sous jacentes (figure 15).
Les caldeiras sont souvent occupées par des
lacs.

Figure 15 : Etapes de formation d’une caldeira

12
Pétrographie Endogène

VII.3.3.b. Les Maars (Figure 16)

Les maars sont des


cratères dus à une éruption
phréato-magmatiques. La
rencontre de la lave et d’une Dépôts pyroclastiques
nappe phréatique, à faible
profondeur, induit la Lac
vaporisation de l’eau et une
Niveau phréatique
surpression qui va
Bords effondrés
provoquer des cycles du cratère
explosifs puis générer un
«cratère de maar». Ce Cheminée
cratère est souvent bordé par
un anneau de résidus de Corps magmatique
l’explosion (dépôts
pyroclastiques).
Figure 16 : Coupe schématique d’un maar

Les dépressions ainsi façonnées sont parfois occupées par un lac (notamment lorsque
le cratère est plus profond que le niveau phréatique).

VII.3.3.c. Sources chaudes, Geysers et fumerolles

 Les fumerolles (de l’italien fumaruolo) sont des émanations de gaz issues de fissures
ou de trous (évents) et provenant d’un corps magmatique en profondeur ou de la
vapeur produite par une eau chaude souterraine. Elles contiennent de la vapeur d’eau
(H2O), le gaz carbonique (CO2), l’azote (N2), le gaz sulfureux, l’hydrogène, l’oxyde
de carbone (CO), le chlore (Cl)… La composition des gaz des fumerolles dépend de
leur température. Suivant la température on distingue les fumerolles sèches, acides et
alcalines.

o Les fumerolles sèches ou anhydres possèdent une température élevée, entre


500 et 1000°C, et sont riches en H2, SO2, F et en composés chlorurés (HCl,
NaCl, KCl..). Elles ne contiennent pas de vapeurs d’eau.
o Les fumerolles acides possèdent une température qui atteint 300 à 500°C. Elles
contiennent des vapeurs d’eau, l’hydrogène chloruré (HCl) et l’anhydride
sulfureux.
o Les fumerolles alcalines sont caractérisées par des températures entre 100 et
300°C et sont riches en ammonium chloruré.
o Les fumerolles d’une température d’environ 100°C sont essentiellement
composées de vapeurs d’eau (90 % H2O) et sont riches en hydrogène sulfuré
(H2S) qui en se décomposant donne des dépôts de soufre (S) jaune. Ces
fumerolles sont appelées : solfatares (de l’italien solfatara).
o Les fumerolles d’une température inférieure à 100°C s’appellent mofettes
(mot italien). Elles de composent principalement de gaz carbonique et sont
souvent liées à des sources thermales.

13
Pétrographie Endogène

 Les sources chaudes ou sources thermo minérales sont des eaux chaudes qui
s’écoulent à la surface de la Terre. Elles se forment lorsque de l’eau froide de surface,
s’infiltrant en profondeur, atteignent des zones où elles s’échauffent et remontent vers
la surface par des fissures ou des failles (figure 17).

 Les Geysers (mot islandais signifiant jaillissement) sont des variétés de sources
chaudes qui émettent périodiquement de l’eau et de la vapeur sous pression. L’eau est
projetée en hauteur et peut atteindre 50 m. Sa température est proche de 100°C.
Certains geysers entrent en activité à des intervalles réguliers.

Source chaude ou Geyser


Eaux chaudes

Zone peu perméable


Eaux froides

Eaux froides
Zone perméable
Failles
Chaleur
Roches cristallines

Magma en convection

Figure 17 : Schéma d’un système de source chaude

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