SOMMAIRE
INTRODUCTION……………………………………………………………………………………………….P 2-3
I-LITTERATURE ET SOCIETE : APPROCHES CONSTRUCTIVISTES……………………….P 4
II- LA FEMME DANS LA LITTERATURE AFRICAINE A TRAVERS QUELQUES
OUVRAGES………………………………………………………………………………………………………P 4-7
III- RECONSTITUTION D’UNE IMAGE A L’ERE POSTCOLONIALE : REGARD SUR LA
FEMME MODERNE…………………………………………………………………………………………..P 7
1-LE MYTHE DE LA FEMME DE MENAGE COMME CAUSE DU CELIBAT……………….P 8
2-BEAUTE ET INTELLIGENCE : ETERNELS ENNEMIS………………………………………..P 8
3-MARIAGES DES ’’GRANDES DAMES’’ : ETERNEL CHEMIN DE CROIX………………..P 8-9
CONCLUSION…………………………………………………………………………………………………...P 9
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INTRODUCTION
Lorsqu’on parle généralement de littérature Africaine, on est toujours tenté à ne se
limiter rien que sur la littérature négro-africaine d’expression française, qui est fort
dominée par les auteurs d’Afrique de l’ouest, centrale et quelques auteurs des
territoires d’outre-mer, qui ont marqué la littérature transnationale par une sorte de
syncrétisme lié à une oralité profonde et culturelle. Mais sous cet angle, on risquerait
de falsifier ou encore de modifier le visage et la diachronie de celle-ci, en excluant tous
ceux qui ont d’une manière ou d’une autre contribué à l’expression de l’Afrique en
d’autres langues.
D’une manière générale, la littérature Africaine peut se subdiviser sur un classement
ternaire, frottée par une tradition orale qui s’est aussi fortement imposée ; il y a eu
entre autre la littérature africaine écrite par les occidentaux en langues occidentales, la
littérature africaine écrite par les Africains en langues occidentales, la littérature
Africaine écrite par les Africains en langues africaines. Mais que ce soit l’une ou l’autre
de ces différents types de littérature, il faut savoir que la femme est resté un
personnage atypique, et son image est aussi diverse que les auteurs eux-mêmes. Par cet
itinéraire d’abord très appuyé sur la langue de départ, qui est le français, on peut
parfois remarquer une sorte d’acculturation chez certains écrivains africains ; la
littérature africaine représente donc la réalité en fonction de la perception du pays de
la langue d’origine : elle est donc une construction puisqu’elle est élaborée à partir des
conditions socio-culturelles et même parfois cognitives. Ceci qui peut parfois aboutir à
une représentation fantasmatique, due à la difficulté rencontrée par l’écrivain africain,
sur le plan lexical par exemple à traduire les concepts, et les réalités typiquement
africaines par lesquels le français ne lui offre aucun matériau.
En fonction de la société dans laquelle l’auteur se trouve, la réalité ressort toujours en
fonction du regard du spécialiste, mais l’image de la femme a été présentée par les
auteurs africains, ou plus précisément ceux de la littérature française, écrite sous forme
d’un dénominateur commun. Le dénominateur commun désigne de facto un ensemble
de constellations et de représentations liées au type de société et qui offre aux auteurs
une certaine représentation de la femme. On peut donc se poser la question de savoir
comment la femme est-elle présentée dans la littérature africaine. L’image de la femme
telle que présentée par les auteurs est- elle une description, une projection ou une
construction ? Partant du postulat selon lequel la littérature et la société sont deux
mondes intimement liés, des lieux où les auteurs puisent généralement leur
inspiration, leur motivation, leur environnement empirique, l’on peut
fondamentalement prendre l’œuvre littéraire comme une construction. L’œuvre
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littéraire étant un produit de la société, qui ressort une réalité, on se demande si cette
réalité est une découverte ou une invention. Autrement dit, l’œuvre littéraire peut-elle
refléter la réalité ou alors elle la construit ? Couramment l’on pourrait tout d’abord
comprendre la construction comme une création, une fabrication planifiée,
intentionnelle, et même arbitraire en partie.
La représentation de la réalité se construit selon les conditions concrètes biologiques,
cognitives et socioculturelles, qui élaborent aux individus sociaux dans leur
environnement social et naturel. Par ailleurs il ne faudra tout de même pas extrapoler
en assimilant la construction (ou constructivisme) au réalisme, en tant que courant
littéraire, ce qui sera une sorte d’analogie évidente et facile. Pourtant les deux réalités
ne sont pas très éloignées, sauf que le réalisme répond à une philosophie de la création
et de l’écriture littéraire, un courant de pensée, voire même un mouvement, un
paradigme ; alors que le constructivisme, théorie de la construction, peut se manifester
chez tout auteur, à toutes les époques, mais reste tout de même un paradigme.
Plusieurs interrogations, qui se consacrent sur la relation existante entre le réalisme et
le constructivisme, sont qualifiées par Weber de questions traditionnelles et certaines,
telles que : La réalité est-elle une invention ou une découverte ? L’outil de
communication (média) reflète-t-elle la réalité ou bien elle la construit ? Représentons-
nous quelque chose ou sommes-nous à priori des constructions ? Enfin la réalité est-
elle construite ou bien illustrée ? Telles sont les questions qui pourraient d’une
manière ou d’une autre nous amener à mener des réflexions sur les produits issues
essentiellement des créations littéraires et artistiques.
Le but de cet article n’est pas d’étudier toutes les ouvres littéraires africaines
d’expression française, ou encore tous les personnages féminins de la littérature
africaine, mais présenter à travers certains ouvrages essentiels qui pourrons nous
ressortir la femme africaine, puisqu’il s’agit d’elle, dans diverses sociétés africaines –
modernes et patriarcales-, les héroïnes et leurs rapports avec les évènements du récit.
Nous espérons démontrer cela à partir d’une analyse constructiviste, qui nous
montrera comment une œuvre est d’abord une construction sociale avant d’être une
peinture de la société dans laquelle l’auteur(e) vit et veut nous faire vivre. Une dernière
partie va tenter de démontrer la reconstitution de cette image qui réapparait autre,
dans une société africaine influencée désormais par la mondialisation et l’émancipation
des idées à l’ère postcoloniale. Ceci pour montrer l’éloignement de cette fixité qui a
longtemps renfermé les auteurs dans ce carcan qui n’est rien d’autres que le
colonialisme. A la fin il sera question d’éluder un certain nombre de pratiques obscures
qui jusque-là restaient méconnues dans la sphère littéraire.
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I-LITTERATURE ET SOCIETE : APPROCHES CONSTRUCTIVISTES
Le lien entre la littérature et la société est aujourd’hui devenu incontestable. Mais ce
lien peut parfois se heurter à la conception des genres. Ainsi que ce soit la littérature
féministe, souvent qualifié de littérature sexuée ou même de littérature sexiste, ou
encore un autre type de littérature, les genres répondent le plus souvent à un système
lié à la vie de l’auteur et son milieu de vie. Les genres sont des constructions sociales, si
l’on s’en tient à l’affirmation de Simone de BAUVOIR, une figure du féminisme en
France, « on ne naît pas femme ; on le devient ». À cette assertion, on se demande ce
qu’on entend par construction sociale et comment elle procède. L’image de la femme
est donc d’après BAUVOIR un résultat au lieu d’être une réalité figée et stable.
La représentation de la réalité se construit selon les conditions concrètes biologiques,
cognitives et socioculturelles projetant aux individus sociaux dans leur environnement
social et culturel les représentations de la réalité.
Pour rester dans le sillage de la littérature africaine, on considère que les auteurs
Africains –hors mis le sexe- présentent la femme en fonction des unités externes ou
internes à celles-ci et les structures sociales qui peuvent façonner leur regard lors de la
construction de l’image de la femme dans leurs œuvres.
L’œuvre littéraire peut donc être compris du point de vue constructiviste, comme
instrument de la construction sociale, comme l’affirmait Stefan WEBBER en divisant le
constructivisme.
On ne va pas ignorer la touche du féminisme, qui a aussi marqué la littérature africaine
et surtout postcoloniale. Ce mouvement, qui a envahi toutes les sphères littéraires du
monde, a permis aux auteures de s’insurger contre la pensée traditionaliste et
classique. Malgré la présence de certaines Auteures de la Migritude, les représentations
discursives des femmes, ou encore des femmes africaines, dans les œuvres littéraires
peuvent s’articuler autour des structures et les conditions de créations ainsi que les
faits sociaux. À partir de ces éléments constitutifs et constructifs, on se demande
comment les œuvres littéraires peuvent-elles contribuer à cette mise en scène de
l’autre, soit la femme ? Mais si la femme est restée présenter comme l’autre, c’est peut
être due au faite que la société dans laquelle elle vie, la longtemps exclue la sphère de
décisions et des responsabilités, ce qui influence le pinceau des artistes. Nous tenterons
à ressortir l’appréhension du statut de la femme dans la littérature Africaine à partir de
quelques ouvrages. Mettre en exergue la construction de la réalité ainsi que sa
reconstitution.
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II- LA FEMME DANS LA LITTERATURE AFRICAINE A TRAVERS QUELQUES
OUVRAGES
Nous avons choisis ici deux ouvrages pour notre étude parce qu’ils illustrent la vie des
femmes africaines dans différents types de société : les sociétés traditionnelles
patriarcales et les sociétés modernes. Nous verrons que malgré l’univers dans lequel
l’auteur met la femme, il présente toujours celle-ci sous une forme qui peut être
qualifiée de stéréotypée. Ainsi, le roman de Calixthe BEYALA, Les honneurs perdus et
l’ouvrage de Francis BEBEY, puisque ces deux nous ressortent la femme dans différents
types de sociétés, nous aiderons à dévoiler cette réalité. La présence de plusieurs
stéréotypes s’identifie à travers l’analyse de quelques personnages : le stéréotype de la
Mère merveilleuse, celle qui accepte et sacrifie tout, celui de la fille urbaine qui vit dans
une société moderne qui contraste souvent avec la prostituée et non pas celle éclairée
après avoir embrassé la culture occidentale et moderne. On pourra donc retrouver
dans Les honneurs perdus plusieurs images.
L’histoire d’une jeune fille au nom de Saïda, seule fille d’une famille musulmane et
vivant dans un bidonville de la ville de Douala, présente une sorte d’exclusion de la
femme dans la société. Surtout dans une culture très patriarcale ou elle grandit, les
hommes dirigent les familles et les affaires publiques. Ici, le fait de naître fille est
comme une malédiction, car la femme étant réservée seulement aux tâches ménagères
et destinée au mariage. Mais l’arrivée de Saïda dans une société moderne (Paris)
transforme le mode de vie de celle-ci et elle devient une « prostituée », puisqu’elle
cherche entre temps un toit en vain et perd sa virginité qu’elle avait gardée pendant
près de 50ans, au profit d’une vie désordonnée, malsaine pour quelques sous ou un
moyen de survie. Saïda présente l’image d’une femme qui n’a pas de valeur, dont le
destin est scellé dès la naissance parce qu’elle vit dans une société musulmane et
patriarcale où la préférence des fils est dominante et désavantageuse pour les filles ; les
filles ne sont pas importantes parce qu’elles appartiennent au sexe féminin. On a
d’autres stéréotypes dans le roman comme : la mère de Saïda- une femme ratée parce
qu’elle n’accouche pas de fils d’une part, d’autre part les femmes serveuses dans les
grands restaurants de la ville, prostituées, mais qui affichent une image dualiste :
méprisables mais admirées. Une fille intellectuelle (par la maîtrise de l’anglais en tant
que des intellectuels à cette époque-là), mais prostituée par son identité de laisser
faire, et résistant toutefois au patriarcat.
Du côté de Francis BEBEY, qu’on a tenté parfois d’appeler le romancier de la femme, le
droit de la jeune fille d’aimer et de choisir librement son époux, son désir de sortir de la
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bassesse –ou encore de son complexe d’infériorité et de sexe faible- de son origine pour
chercher des satisfactions matérielles dans un monde où le matérialisme devient de
plus en plus grande valeur de l’existence, l’angoisse des vieilles mères vis-à-vis de
l’inconduite de la jeune génération « écervelée », la jalousie, l’infidélité, la promiscuité
constituent le fil qui tisse la vie des personnages féminins dans l’œuvre de BEBEY.
Dans Le fils d’Agatha MOUDIO par exemple, la femme se retrouve parfois partagée
entre 2 traditions, deux monde ; ce qui fait d’elle un personnage ambivalent. Mais c’est
la femme moderne que l’auteur voudrais peut être nous montrer avec l’image d’une
femme infidèle, rejetée par toutes les belles-mères qui apprennent souvent que leur fils
ont en projet de marier celle-ci. Mais le faite qu’Agatha n’a pas conçu la qualifie de
femme stérile. En effet, si la mère de MBENDA s’est vivement opposée à la relation
amoureuse entre son fils et Agatha ce n’est pas parce qu’elle traine une réputation de
fille libre, mais parce qu’elle croit qu’elle est stérile ; La femme stérile est encore un
stéréotype très ancré dans les sociétés africaines et traditionnelles au point où sa
situation est une malédiction, comme d’ailleurs on préfèrerait une femme infidèle et
féconde qu’une femme stérile. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre la relation entre
Agatha et le chasseur Blanc aux « dents en Or » qui lui fait un enfant métis dont le
roman porte son nom. Enfin il faut aussi voir la femme chez BEBEY comme une femme
qui affiche envers la religion un caractère dévot. Tante Princesse dans La poupée
d’Ashanti nous fournit un exemple des filles qui vont à l’église avec des intentions
douteuses. Pourtant cette dévotion latente pourrait nous dérouter et éloigner de la
construction que l’auteur nous prépare afin d’appréhender l’image de la femme. Elle
est la femme d’un polygame, M. TETEYA, mais vit « hors des murs » et fait la chasse aux
hommes. Elle va à l’église, pas pour prier, ni écouter la bonne parole, elle y va pour
repérer des hommes. On dit qu’elle est une femme de l’extérieur, voire une hypocrite
qui trompe l’homme et Dieu. Par ailleurs l’image de cette femme est celle de la femme
libre, hors du patriarcat, éclairée, mais une femme qui n’est pas différente d’un «
chiffon social ».
Tout compte fait, toutes ces représentations de la femme dans ces ouvrages
susmentionnés ne nous ont pas éloignés de ces constellations constituant le
dénominateur commun de ces auteurs Africains. Il en ressort que l’image de la femme
est une construction sociale, plus encore une sorte fiction qui découle de la perception
de la société par les auteurs. A la suite de cette analyse on peut dégager les images
suivantes : une femme pleine d’angoisse, soumise, opprimée, prostituée, infidèle ; du
côté des sociétés modernes. On a aussi une femme qui n’a pas de lettre dans la main,
rejetée lorsqu’elle n’attend pas d’enfants, une erreur de la nature, car le pire c’est de
naître fille voire même une « créature de Satan », pour les femmes stérile ou qui
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n’accouche que des filles : conception liée à la pensée traditionaliste. C’est cette vision
du monde qui trahit cette écriture littéraire construite à partir de ces constellations
mentionnées plus haut. Toutefois quel que soit l’image de la femme présentée par les
auteurs on peut dire que la femme reste la médiatrice conflictuelle entre le nouveau et
l’ancien. C’est ainsi que d’autres affirment parfois que : « Une femme c’est comme un
sentier. Quand tu t’y engages, il ne faut pas penser à ceux qui l’ont emprunté avant toi,
ni à ceux qui pourraient y passer après toi ou encore en même temps que toi ». L’œuvre
littéraire est considérée ici comme moyen de communication de transmission et
d’information sur la société, donc l’auteur nous renseigner d’avantage sur les rapports
entre les différents éléments constitutifs de la société traditionnelle. Mais il faudrait
s’interroger sur l’image de la femme dans la société postcoloniale, qui apparait comme
le corolaire de la première suscitée.
III- RECONSTITUTION D’UNE IMAGE A L’ERE POSTCOLONIALE : REGARD SUR LA
FEMME MODERNE.
En Afrique ou Cameroun, le célibat des femmes d’une certaine catégorie demeure une
réalité qui n’a pas suscité jusque-là beaucoup d’interrogations chez les acteurs de la
plume, mais qui perdure de plus en plus dans nos sociétés modernes. Celui-ci (célibat)
s’installe progressivement chez les femmes de nos jours; certainement à cause du
contact immédiat avec la culture occidentale, où le statut de la femme de ménage ou
femme au foyer a totalement laissé la place à celui de femme émancipée, dirigeante et
responsable. Et ce choc des cultures a tendance à influer ou dominer les valeurs
traditionnelles africaines, car étant mondialisées, elles subissent la présence
incontestée de l’occident en nous par le biais des médias ou même de l’étude de leur
philologie accrue dans les programmes scolaires africains.
Ce problème n’a certainement pas laissé indifférent l’auteure Léontine LONGBOU
FOPA. En effet, elle ressort dans son roman le statut de la femme célibataire en Afrique,
à travers l’histoire de Delphine AYISSI, jeune femme dotée d’un physique ingrat mais
d’une intelligence exceptionnelle qui lui permettra d’intégrer le prestigieux corps de la
magistrature. Dès lors, elle se lancera dans un long combat pour devenir épouse et
cesser d’usurper le titre de Madame.
Appelez-moi Madame Oumarou est ce livre qui met les pleins phares sur les problèmes
tant obstrués par certains auteurs, mais qui méritent d’être invités aux débats actuels.
Le mariage n’étant pas forcément une fin en soi mais lorsque sa quête est assimilée à
un chemin de croix, c’est là où se pose le problème. Ainsi, quels peuvent être les causes
de ce célibat dans la société Africaine/Camerounaise ? Quels sont les facteurs
favorisant les conditions d’une telle situation ? Ces questions permettront de parcourir
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cet aspect du roman de l’auteure camerounaise L.L. FOPA dans une perspective socio-
culturelle.
1-Le mythe de la femme de ménage comme cause du célibat
La conception du rôle de la femme chez les traditionnalistes fait d’elle un être à côté de
son mari pour l’accompagner dans les taches que celui-ci ne devrait pas accomplir.
Cette conception est restée longtemps dans l’imaginaire collectif de l’Africain,
totalement attaché à ses traditions, ce qui fait que ce nouveau statut de plus en plus
émergent dans nos sociétés est considéré comme une menace, voire un danger.
Certainement un danger. Si la femme n’est plus destinée aux tâches ménagères dans le
foyer, mais plutôt à des fonctions administratives, bureaucratiques, ce n’est pas non
plus l’homme qui les accomplira aussi. Bien sûr, on trouvera une ménagère dans le coin
pour la situation, mais elle ne remplacera jamais l’épouse. L’homme étant très jaloux de
sa posture de chef de famille, de décideur ou de capitaine solitairene laissera sous
aucun prétexte sa place à sa femme, à son épouse. La femme émancipée, bureaucrate,
magistrat, qui prend des décisions dures au quotidien, face à de grands hommes,
pourrait avoir tendance à prolonger son métier dans le foyer conjugal. Elle fait peur. Il
faut donc l’éviter pour avoir un foyer en paix, dans la tranquillité.
2-Beauté et intelligence : éternels ennemis
A côté du statut professionnel, qui fait obstacle au mariage, on retrouve aussi dans le
roman un autre aspect : la beauté physique. Naturellement, le portrait physique d’une
femme est toujours le premier atout, tandis que la jugeote, l’intrinsèque, viennent le
plus souvent après plusieurs contacts oraux ou buccaux. Par ailleurs, plusieurs
observations ont montré que les personnes d’une intelligence sans pareils sont souvent
dotées d’un physique ingrat, dont parle L.L. FOPA. En effet la nature ne peut pas tout
vous offrir. Le mariage entre les deux est donc impossible, et l’on a le plus souvent à
faire à une relation complémentaire. Complémentarité lorsque le statut social vient
compenser le vide du physique.
3-Mariages des ’’grandes dames’’ : Eternel Chemin de Croix.
A côté du célibat, il y a son corollaire le mariage qui n’existe qu’après la mort du célibat,
dont on fait les funérailles chez le maire ou à l’église. Les ‘’grandes
dames’’[16] trouvent difficilement un conjoint en Afrique/Cameroun à cause de
certains mythes, que j’ai évoqués plus haut. Ce statut crée un blocage chez les
potentiels prétendants –aventuriers ou non- et éloigne le mariage vers des sphères très
lointaines. Le mariage de celles-ci est donc similaire à une souffrance vaine ou alors un
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chemin de croix. Certaines femmes se verront même en train d’usurper le titre parce
qu’elles veulent être madame à tout prix, comme c’est le cas dans le roman avec
Delphine AYISSI, l’héroïne.
On constate donc que le mariage des femmes haut-gradées, bureaucrates, modernes est
un véritable combat permanent, étant donné que plusieurs facteurs socio-culturels
empêchent la victoire contre lui. C’est sans doute ce que l’auteure veut ressortir dans ce
roman avec cette main portant une alliance, qui apparaît sur la première de couverture.
CONCLUSION
Nous avons toujours été intrigué par le qualificatif d’africaine qu’on applique à la
littérature produite en langue française par des Noirs d’Afrique. Nous avons toujours
cherché à savoir ce qu’il y avait derrière ce mot, ce qu’il fallait entendre par ce mot. Et
notre curiosité nous a permis de faire les trois remarques suivantes :
Seules les œuvres des Noirs sont qualifiées d’africaines ; les auteurs sont africains mais
aussi parfois antillais ou même américains : dans ce dernier cas il s’agit de traductions.
Tout commence avec le mouvement de la « négritude » qu’auraient fondé un peu avant
la deuxième guerre mondiale les inévitables Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire et
Léon Gontran Damas.