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La Constitution de 1958, Toujours D'actualité ?: Place Au Débat

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DOC EN POCHE
P L A C E A U D É B AT

La Constitution
de 1958, toujours
d’actualité ?
Philippe Blachèr
Préambule
// Depuis 1791, la France a connu quinze
Constitutions et expérimenté des régimes
politiques variés. La Ve République, qui célèbre
ses 60 ans en octobre 2018, connaît une
longévité remarquable. Seule la Troisième
République a duré plus longtemps (1875-1940).
Comment expliquer le succès du régime fondé
en 1958 ? La Constitution, rédigée dans un
contexte de crise à la demande du général de
Gaulle, n’est-elle pas devenue désuète ? Ou, au
contraire, est-elle toujours d’actualité ? Quelles en
//
sont les principales articulations ?

I Une Constitution pour sauver la République

La Constitution du 4 octobre 1958 ne peut se com-


prendre sans un bref retour sur les circonstances
particulières qui ont précédé son écriture. Elle n’est
pas née d’une révolution politique. Elle a été conçue
dans la défiance à l’égard du parlementarisme et
des « mauvaises habitudes » de la « République des
députés » (Roger Priouret, Revue des deux mondes,
février 1959). Si certaines voix s’étaient élevées sous
la IIIe République pour rehausser la place de l’exécutif,
l’évolution du régime fondé en 1875 a mis en évi-
dence la fragilité d’un système politique dominé par
les assemblées. Incapables de former des coalitions
stables, inaptes à résoudre les crises et à prendre les

7
décisions qu’exigeaient les circonstances, les forces
politiques ont démontré l’inadaptation des institutions
politiques aux exigences des temps modernes.
L’absence de majorité claire et cohérente à la Chambre
des députés se retrouve dès les débuts de la IVe Répu-
blique. Elle est favorisée par le mode de scrutin légis-
latif (proportionnel) qui explique l’émiettement des
partis politiques présents au parlement. Le régime
de la Constitution du 27 octobre 1946 marque le
retour de la tradition parlementaire avec une diffé-
rence notable par rapport aux lois constitutionnelles
de 1875 : l’Assemblée nationale (qui succède à la
Chambre des députés) détient plus de prérogatives
que le Conseil de la République (qui prend la suite
du Sénat). Seuls les députés peuvent renverser le
ministère (gouvernement) et ils détiennent le dernier
mot en matière législative. Cette configuration ins-
titutionnelle produit une conséquence irréversible :
le gouvernement procède de l’Assemblée nationale.
Or l’indiscipline des parlementaires rend difficile la
définition d’une politique cohérente et stable. L’ins-
tabilité gouvernementale en découle : en douze ans
(1946-1958), vingt-deux cabinets se succèdent, le plus
souvent à la suite d’une mise en minorité à l’Assem-
blée. La déliquescence du parlement justifie, en 1958,
l’impérieuse restauration du « pouvoir d’État » selon
l’expression du général de Gaulle.

8
Préambule

Régime parlementaire et régime présidentiel


Le régime parlementaire, né en Angleterre à la suite
d’une lente évolution vers la monarchie limitée, est
celui où le gouvernement collégial se trouve placé sous
le contrôle du parlement. Plusieurs formes existent
mais la catégorie partage des points communs : est
parlementaire le régime au sein duquel le chef de
l’État (président de la République ou monarque) ne se
confond pas avec le chef du gouvernement (Premier
ministre) ; la loi est le résultat d’une collaboration entre
l’exécutif et le parlement ; l’exécutif peut dissoudre la
chambre des députés ; le gouvernement est respon-
sable devant les parlementaires.
Le régime présidentiel, né aux États-Unis, et que la
France a connu entre 1848 et 1851, fonctionne selon
une séparation stricte entre le pouvoir gouvernemental,
confié au chef de l’exécutif (le président), et le pouvoir
législatif exercé par le parlement. Aucun pouvoir n’a
de compte à rendre à l’autre.

L’écriture d’une nouvelle Constitution s’impose d’au-


tant plus que la crise du 13 mai 1958 en Algérie
menace la République. Face à l’imbroglio algérien
et devant l’incapacité des gouvernements successifs
à résoudre la crise, le président du Conseil (nom
donné au chef du gouvernement sous la IVe Répu-
blique), Pierre Pflimlin, démissionne le 28 mai 1958.
Constatant l’échec des politiques engagées sur cette
question et redoutant un nouveau « Diên Biên Phu
diplomatique » (Robert Lacoste, 1958), le président

9
René Coty propose au parlement, le 29 mai 1958,
d’investir le général de Gaulle comme chef du gou-
vernement. Le 1er juin 1958, celui-ci est choisi par les
députés (329 voix pour et 224 contre). Il sera le dernier
président du Conseil de la IVe République. Le 2 juin,
il demande et obtient les « pleins pouvoirs ». Il peut
de la sorte gouverner par décrets afin de régler, dans
l’urgence, la crise algérienne. Son second objectif est
d’écrire une nouvelle Constitution pour changer de
République. Le régime politique qui en est issu concilie
deux traditions héritées de l’histoire : la démocratie
parlementaire et le bonapartisme.

I Une Constitution
pour changer de République
La loi constitutionnelle du 3 juin 1958 déroge aux
dispositions sur les modalités de révision de la Consti-
tution de 1946 et donne au gouvernement du géné-
ral de Gaulle le droit de modifier en profondeur les
institutions politiques afin de passer de la IVe à la
Ve République. Depuis les années 1930, un courant
révisionniste, composé de juristes et d’élus politiques
de gauche (Léon Blum) et de droite (André Tardieu),
plaide en faveur de la fin du régime d’assemblée.
Chez les députés, une commission de la réforme de
l’État constate, en 1934, l’incapacité du parlement à
donner au gouvernement les moyens de coordonner
ses politiques. Les membres de la commission (dont
Millerand, Tardieu, Blum, Raynaud) préconisent de

10
Préambule

réhabiliter l’exécutif. À cet effet, ils proposent de


restaurer la fonction du chef de l’État en élargissant
le collège électoral pour l’élection présidentielle et en
augmentant le périmètre des prérogatives présiden-
tielles. Des juristes soutiennent ces initiatives. Parmi
eux, le professeur de droit René Capitant propose
un changement radical de l’équilibre des institutions.
Favorable à un renforcement des pouvoirs constitu-
tionnels du peuple et partisan de la puissance pré-
sidentielle, il déplore la confiscation de l’expression
de la souveraineté nationale par la Chambre des
députés. Sa pensée constitutionnelle a pour objectif
de concilier l’efficacité et la stabilité des institutions.
Dans un ouvrage intitulé La réforme du parlemen-
tarisme (1934), il considère que l’évolution moderne
des régimes politiques tend vers la concentration du
pouvoir au profit de l’exécutif. Plus précisément, il
estime que l’initiative des lois doit être confiée au
gouvernement. Car « gouverner, ce n’est plus agir
dans le cadre des lois existantes ; gouverner, c’est
diriger cette législation elle-même ; gouverner, en
un mot, c’est légiférer ».
Ces idées réformistes sont reprises par le général de
Gaulle et par Michel Debré, nommé garde des Sceaux
en juin 1958 et chargé de coordonner la rédaction de
la nouvelle Constitution. Proche du général, Debré
milite pour l’avènement d’un véritable régime parle-
mentaire moderne, c’est-à-dire dirigé par l’exécutif.
Dans deux ouvrages, Refaire la France. L’effort d’une

11
génération (1945) et Ces princes qui nous gouvernent :
lettre aux dirigeants de la nation (1957), il a proposé
de supprimer le cumul entre la fonction de ministre
et celle de parlementaire, de remplacer le scrutin à
la proportionnelle par le scrutin majoritaire pour les
élections nationales, de confier au Premier ministre
la direction de la politique nationale. Le général de
Gaulle a eu, pour sa part, au moins deux occasions
d’exposer ses idées constitutionnelles : à Bayeux, le
16 juin 1946, et à Épinal, le 29 septembre 1946. Dans
ces deux discours, il a dessiné un régime politique à la
fois démocratique et efficace. La démocratie implique
le respect du suffrage universel et de la séparation
des pouvoirs. L’efficacité implique que les grandes
décisions soient prises par l’exécutif et qu’une cou-
pure nette sépare la direction gouvernementale du
parlement. De Gaulle invite, à cet effet, à renforcer les
pouvoirs du chef de l’État (qu’il qualifie de « pouvoir
d’arbitrage ») et à rendre l’institution présidentielle
autonome par rapport aux assemblées parlementaires.
L’écriture de la Constitution s’est déroulée, en trois
mois au sein d’un comité consultatif constitutionnel,
dans le respect des règles démocratiques. Le peuple
français a ensuite adopté, par le référendum consti-
tuant du 28 septembre 1958, la Constitution qui sera
promulguée le 4 octobre. Ce texte a été rédigé pour
remplir un double objectif : renforcer l’exécutif, en
particulier l’institution présidentielle ; rationaliser le
travail du parlement.

12
Préambule

❱ Affiches électorales officielles à Paris, quelques semaines


avant le référendum constituant du 28 septembre 1958.
© Photo by Keystone-France/Gamma-Keystone via Getty Images

I Une Constitution
pour gouverner efficacement
Dans la Constitution de 1958, tout est fait pour per-
mettre à l’exécutif bicéphale (dirigé par le président
de la République et le Premier ministre) de gouver-
ner en disposant, en cas de besoin, de ressources
politiques et juridiques pour imposer ses décisions.
Le parlement, dont les membres ne peuvent plus

13
simultanément appartenir au gouvernement (art. 23
de la Constitution), apparaît affaibli dans l’exercice de
ses prérogatives par rapport aux régimes antérieurs.
Des mécanismes encadrent minutieusement le travail
parlementaire et limitent l’influence des assemblées.
C’est ce que l’on appelle le « parlementarisme ratio-
nalisé » (voir chapitre 2).
La limitation de ce qui relève du domaine de loi en
est une illustration importante. Pour la première fois,
le législateur ne peut plus intervenir sur toutes les
matières : il n’est plus souverain. Sa compétence
est limitée par l’article 34 de la Constitution à des
matières fondamentales (les droits civiques et les
libertés publiques, le droit pénal, le droit fiscal et
financier, le droit électoral). À l’inverse, l’article 37
confie au pouvoir réglementaire (donc au gouverne-
ment qui l’exerce) le soin d’intervenir dans toutes les
autres matières : libre de faire tout ce qui ne relève
pas du domaine de la loi, l’exécutif dispose d’un
domaine d’intervention très vaste. Le Conseil consti-
tutionnel est d’ailleurs créé afin de veiller à ce que
le parlement n’empiète pas sur le domaine d’action
du gouvernement.
De plus, la Constitution assure à l’exécutif la maî-
trise de la procédure législative. Si le parlement vote
toujours formellement la loi, c’est désormais le gou-
vernement qui l’initie. Il possède l’initiative des pro-
jets de loi et le Premier ministre peut accélérer les
discussions parlementaires ou décider d’y couper

14
Préambule

court par l’utilisation du fameux article 49-3 (qui ne


sera profondément révisé qu’en 2008). En cas de
résistance parlementaire, le président de la Répu-
blique peut prononcer la dissolution de l’Assemblée
nationale (art. 12) ou déclencher un référendum
législatif (art. 11). En somme, l’exécutif a les moyens
de gouverner et d’imposer, en cas de difficultés, ses
décisions.

I Une Constitution
ou des Constitutions de 1958 ?
Le texte constitutionnel pensé en 1958 pour res-
taurer l’exécutif a bénéficié d’un contexte favorable
pour déployer ses potentialités. Les évènements poli-
tiques du début des années 1960 ont contribué à
en consolider l’économie générale. Le général de
Gaulle a réussi à ancrer le leadership présidentiel dès
les premiers mois de son existence en utilisant les
techniques constitutionnelles mises à sa disposition
(voir chapitre 1). Mais surtout, le père fondateur du
régime enracine le présidentialisme par la réforme
constitutionnelle du 6 novembre 1962 : en instaurant
l’élection directe par le peuple du président de la
République, le général de Gaulle assure la légitimité
démocratique de ses successeurs.
La Ve République reprend les éléments classiques
du régime parlementaire, même si l’importance
de l’élection présidentielle et du pouvoir présiden-
tiel imprime au régime le caractère d’un régime

15
« semi-présidentiel » (Maurice Duverger). Le gou-
vernement est responsable devant le parlement (ce
qui était une condition imposée par la loi constitu-
tionnelle du 3 juin 1958). La direction de la politique
nationale résulte en pratique d’une collaboration entre
l’exécutif et les assemblées parlementaires (la loi est
toujours votée par le parlement). Mais, à la différence
d’un « pur » régime parlementaire, ce ne sont plus
les élections législatives qui fondent la légitimité des
gouvernants. Le fait que le président de la République
soit élu au suffrage universel et doté d’importants
pouvoirs imprime au régime de la Ve République une
configuration à mi-chemin entre le régime parlemen-
taire et le régime présidentiel.
Depuis 60 ans, les institutions de la France ont prouvé
leur capacité à s’adapter à des situations nouvelles.
Ayant permis de surmonter les crises sociales (comme
celle de Mai-68 ou les émeutes dans les banlieues
en 2005), d’assurer les alternances politiques au som-
met de l’État, d’affronter les cohabitations, d’intégrer
les exigences de la construction européenne, d’amé-
nager d’importantes réformes comme la décentrali-
sation territoriale ou le quinquennat présidentiel, de
maintenir le fonctionnement régulier des pouvoirs
publics sous l’état d’urgence (entre 2015 et 2017),
la Constitution de 1958 perdure dans un contexte
évolutif (voir chapitre 4).
Le texte de la Constitution a pourtant connu 24 révi-
sions depuis 1960. Ces transformations ont été

16
Préambule

❱ Michel Debré, ministre de la Justice, appose le sceau officiel


de l’État français sur le texte original de la Constitution de
la Ve République dans le grand hall de son ministère à Paris
le 7 octobre 1958. À sa gauche, Jacques Soustelle, ministre
de l’Information.
© Photo by Keystone-France/Gamma-Keystone via Getty Images

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accompagnées par des interprétations qui modifient
le sens des dispositions constitutionnelles. L’exemple
de la portée de son Préambule en est une illustration.
Ce dernier, placé en tête de la Constitution, débute
par la formule : « Le peuple français proclame solen-
nellement son attachement aux droits de l’homme et
aux principes de la souveraineté nationale tels qu’ils
ont été définis par la Déclaration de 1789, confirmée
et complétée par le préambule de la Constitution
de 1946 […] ». S’appuyant sur ces mots, le Conseil
constitutionnel, dans sa décision du 16 juillet 1971,
en déduit que le législateur doit respecter les décla-
rations de droits car elles sont dotées d’une valeur
constitutionnelle (voir chapitre 3). Dès lors, le juge
s’engage dans le contrôle de la constitutionnalité
des lois et il justifie la légitimité de son intervention
en s’appuyant sur la volonté constituante du peuple
français. Cet exemple témoigne de la plasticité des
articles de la Constitution. Il permet de comprendre
pourquoi un même texte juridique peut subir des
interprétations variées.
En fondant, en 1958, un régime politique qui restaure
le pouvoir d’État tout en s’inscrivant dans la tradition
de la démocratie parlementaire (voir chapitre 5), le
général de Gaulle a donné à la France des institutions
solides et modernes. Les changements institution-
nels et politiques favoriseront les adaptations du
régime tout en le transformant en profondeur. Si
nous vivons toujours sous la Constitution de 1958,

18
Préambule

la Constitution en 2018 ne ressemble plus à celle


pensée par le père fondateur. Cet ouvrage propose
d’en mesurer les principales évolutions à l’heure où
une nouvelle réforme constitutionnelle présentée
en 2018 devrait toiletter les institutions politiques et
juridictionnelles sans remettre fondamentalement en
cause la Ve République.

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