Godard : Photographie et Fiction à Sarajevo
Godard : Photographie et Fiction à Sarajevo
6 | 2022
Photographie document(aire) et fiction
Édition électronique
URL : [Link]
DOI : 10.4000/focales.1038
ISSN : 2556-5125
Éditeur
Presses universitaires de Saint-Étienne
Référence électronique
Sophie Raimond, « Remontage(s) photographique(s) chez Jean-Luc Godard : documenter l’invisible et
fictionnaliser le document à Sarajevo », Focales [En ligne], 6 | 2022, mis en ligne le 01 juin 2022,
consulté le 12 juin 2022. URL : [Link] ; DOI : [Link]
10.4000/focales.1038
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Remontage(s) photographique(s) chez Jean-Luc Godard : documenter l’invisible ... 1
Remontage(s) photographique(s)
chez Jean-Luc Godard : documenter
l’invisible et fictionnaliser le
document à Sarajevo
Sophie Raimond
1 Quelques mois avant le tournage d’À bout de souffle, en avril 1959, Jean-Luc Godard
s’enthousiasme de la puissance plastique du cinéma ethnographique de Jean Rouch. En
préambule de sa critique euphorique de Moi, un noir, Godard rappelle que « tous les
grands films de fiction tendent au documentaire, comme tous les grands documentaires
tendent à la fiction1 » Cet aphorisme signale l’intérêt précoce du cinéaste pour
l’inquiétude documentaire qui sourd du cinéma de fiction et la puissance conceptuelle
et poétique des œuvres de « vérité » qui reposent sur le document. En 1992, les
premiers massacres à Bijeljina aimantent le regard inquiet et engagé de Godard vers la
Bosnie-Herzégovine. Le cinéaste est alors en pleine création des Histoire(s) du cinéma,
vaste œuvre d’emprunts et de remplois, achevée en 1998, qui interroge les conditions
de la salvation d’un art, le cinéma, entré depuis l’après-guerre dans un mouvement de
déréliction, pour avoir renoncé tout à la fois à la vocation documentaire de son héritage
photographique et à la puissance historique, conceptuelle et critique du choc entre
deux images qu’autorise l’invention du montage cinématographique. Dans un entretien
à Strasbourg avec André S. Labarthe, Godard rappelle en 1995 la nécessité de restaurer
la dimension historiographique et prophétique de l’image qui s’est éteinte « à l’époque
des camps », lorsque « le cinéma de fiction n’a pas su récupérer son frère le
documentaire » et qu’« Abel n’a pas récupéré Caïn, ou inversement 2 » L’analyse
esthétique de Godard à l’orée des années 1960 se double, dans le tournant du XXIe siècle,
d’une lecture critique et politique des convergences du document(aire) et de la fiction.
2 En réponse à la réactivation à Sarajevo d’une politique de la double disparition
(extermination des corps et effacement des mémoires), le cinéaste explore, par le
montage de photographies documentaires, les potentialités du cinéma à rétablir sa
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Jean-Luc Godard, For Ever Mozart, 80’, 35 mm, 1996, couleur [27’17’’]
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Djamila, seule du trio à survivre aux exactions serbes, prend en charge le récit de la
victime, déplacée dans le contexte de l’Algérie. La parole trouée du témoin – une partie
du propos de Djamila est inaudible –, la difficulté à dire l’événement quand on y a
participé et que les vainqueurs ont effacé la portée de la voix des vaincus, enjeu central
de Notre Musique, trouve une première réponse esthétique dans For Ever Mozart. Biljana
accède au régime de visibilité que lui offre la fiction par l’intervention de la
photographie de Delahaye dans le montage et le déplacement de son témoignage vers
celui d’un autre personnage, porte-parole des « sans parts9 » ou des sans-voix. Godard
documente le réel inouï dont est témoin le survivant et produit une analogie entre la
Bosnie des années 1990 et l’Algérie des années 1960, l’une et l’autre touchée par une
guerre civile.
8 En retour, la photographie documentaire fait aussi vaciller l’ordre de la fiction. Elle
fonctionne comme un insert qui désigne la genèse de l’œuvre, le versant « réel » de la
création et son enjeu éthique. Elle inscrit également l’ensemble du film dans une
tension vers le document et interroge les possibilités de représentation de la guerre. La
zone de combat des troupes serbes dans For Ever Mozart est convoquée à l’image par un
décor qui repose sur l’indirection et la feinte, et non sur une logique de
« présentation ». Godard tourne ces scènes dans sa maison familiale à Anthy sur la rive
française du lac Léman. Il renonce ainsi au principe du film-témoin et s’en remet à la
puissance de la fiction, dans une volontaire abstraction de la guerre qui caractérise la
scène d’exécution de Camille et Jérôme. Le document de Delahaye rétablit le réel dans
le film, selon ce même art de l’ellipse. La célèbre définition de la guerre dans L’Espoir de
Malraux est récitée par des comédiens qui se succèdent sur une scène de théâtre en
ouverture du film. Godard la reformule en accentuant la violence du parallélisme entre
l’arme et le corps : « La guerre, c’est simple : c’est faire entrer un morceau de fer dans
un morceau de chair10. » La photographie du corps meurtri de Biljana, comme le récit
de Djamila, illustrent, par une volontaire irruption du réel dans la fiction, la cruelle
simplicité de l’aphorisme de Malraux.
9 Par ailleurs, l’ultime déplacement par la fiction de la photographie de Biljana est
provoqué par la voix de l’oncle Vicky lors de l’échange mystérieux de l’image. Vitalis
explique hors champ à Camille la construction du Faust, poème dramatique
fragmentaire de Fernando Pessoa, dont nous sont parvenus les seuls écrits
préparatoires. L’acte IV du projet dramaturgique de Pessoa est consacré à la « guerre de
l’intelligence avec l’action » et l’acte V se dénoue sur la « défaite de l’intelligence 11 ». La
photographie de Biljana fonctionne alors comme le référent visuel du texte de Pessoa.
La puissance de destruction qui sévit à Sarajevo repose sur la même violence que les
massacres convoqués par le poète. La photographie, empreinte sensible, épreuve
tautologique d’un réel capturé dans son inscription lumineuse, désigne un référent (la
violence de la guerre et Biljana) qui ne peut être contesté. Le document connaît
cependant un nouveau régime de signification : il est mis à l’épreuve d’une ouverture
de son champ référentiel et devient emblématique d’une épopée de l’échec de la pensée
et du désastre.
10 Le cliché de Delahaye circule dans deux autres métrages du cinéaste. Dans chacune de
ces occurrences, Godard atténue l’immoralité de la proximité entre le photographe et
Biljana, dont les larmes et le sang sont affichés au premier plan, par des stratégies de
retrait de cette image « sensibilisée par l’événement12 ». Il en augmente également le
cadre référentiel par le jeu du montage. Dans Histoire(s) du cinéma, un fragment
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Jean-Luc Godard, Histoire(s) du cinéma. Chapitre 3a : La Monnaie de l’absolu, 26’, betacam SP, couleur,
1998 [1’56]
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22 Il s’agit d’un plan qui devait figurer dans la dernière partie du film d’Eisenstein,
consacrée à la célébration rituelle des morts le 2 novembre 1931. Ce photogramme
documentaire n’apporte aucune résolution stable au conflit des deux images qui l’ont
précédé. Godard invite à une relance du sens, avec une troisième image qui évoque la
mort, celle des victimes de la guerre à Sarajevo, comme celles des armées fédérées à
Richmond, et célèbre dans l’illusion du masque la double nature de l’image
photographique et cinématographique, entre attestation du réel (document) et
expérience de sortie du réel (fiction).
23 Par le transfert de sens d’un signifiant à l’autre, Godard acquiesce ainsi aux « deux
possibilités de l’image24 », à son ambivalence qui se matérialise dans le mouvement
instauré entre le document et la fiction et leur résolution incertaine dans une troisième
image. Plein cadre, trois images reprennent ce mouvement ternaire dans la suite de
l’exposé : une photographie de reportage prise le 11 juin 1998 de réfugiés albanais
fuyant le conflit du Kosovo ; une reproduction d’un fragment de « La fuite en Égypte »
de Giotto ; une photographie de reportage de James Nachtwey, prise en 1992 en
Somalie, d’une mère tenant à bout de bras son enfant mort de la famine dans un
linceul.
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24 Les deux premières images forment un nouveau diptyque procédant du même principe
de contrariété que l’association des ruines de Richmond et de l’icône mariale :
photographie document et peinture biblique, histoire contemporaine et récit des
évangiles. Godard accentue cette dualité en titrant les images : « Kosovo » et « Égypte ».
À la dissimilitude géopolitique, s’ajoute l’inversion des directions que suggèrent les
figures peintes ou photographiées. Les réfugiés albanais guident leur monture vers la
gauche de la photographie, la Vierge et le Christ vers la droite du cadre de la peinture.
Les deux plans transgressent ainsi l’axe des 180° imposé par la technique du champ-
contrechamp. L’esthétique du faux raccord et de l’interstice ouvre de nouveau à une
troisième image, document pathétique qui synthétise, dans l’arrêt de la mort, la fuite et
l’exil des opprimés.
25 Le cinéaste construit ainsi une éthique de la citation documentaire, nécessaire
témoignage de la violence du réel par le cinéma, appareil archivistique et
métamorphique. « On voit alors qu’en vérité, la vérité a deux visages », conclut Godard,
reprenant le premier vers d’un poème de Mahmoud Darwich25 sur la condition du
Palestinien errant. Dans cet exposé sur les possibilités combinatoires du document et
de la fiction, Godard met à l’épreuve la chronologie des faits avérés ou légendaires et
autorise la métaphore à opérer son travail de rapprochement entre le réel, dont
témoigne la photographie documentaire, et le surréel, que figure la peinture sacrée.
Cette séquence filmée à Sarajevo, qui exclut volontairement la Bosnie-Herzégovine de
son montage, ouvre la capitale bosniaque à tous les contre-champs guerriers qui s’y
résument. Cette leçon de cinéma présente, dans une série dissonante d’images
contraires, la marche funèbre des condamnés à mort, victimes de l’histoire. Leur
plainte universelle et commune s’élève dans la troisième image mentale que génère la
métaphore ou la disjonction de deux plans et dont Godard dessine les contours par
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l’insertion au montage d’une image tierce, qui défie les frontières du régime
documentaire et de l’ordre de la fiction.
26 La séquence sur le champ-contrechamp interroge les pouvoirs de l’image et du
montage dans Notre Musique. Poursuivant l’exploration de l’alliance poétique du
document et de la fiction qui s’exerce dans le montage de Je vous salue Sarajevo et de For
Ever Mozart, l’exposé de Godard opère un démontage/remontage du document
photographique par l’association avec une image qui relève du mythe, de la légende ou
du sacré. Godard transporte dans le territoire de la fiction la photographie
documentaire et légende le document par une œuvre fictionnelle. Modifiant dans sa
dimension matérielle et immatérielle la photographie à visée documentaire, le cinéaste
en déstabilise le régime de ressemblance. Le montage-palimpseste permet au
spectateur de s’extraire de l’hypnose dans laquelle une image homogène le place.
L’obscénité de la violence du réel est tenue à distance par la puissance intertextuelle
des traces photographiques qu’actualise le montage : les pleurs de Biljana dénoncent la
défaite de la pensée européenne selon Pessoa ; les victimes bosniaques de Bijeljina
composent le trio de spectres d’une pièce de Beckett ; l’explosion d’un obus à Sarajevo
autorise le récit d’une Algérienne qui se remémore l’accident dont elle a été victime ; la
fuite en Égypte de la Sainte Famille offre un miroir protecteur aux Albanais fuyant le
Kosovo.
27 L’ambivalence ontologique de l’image, entre document et fiction, actualisation et
disparition du référent, dont le processus est augmenté par le rapprochement de
plusieurs images, s’impose comme puissance critique d’une « reconfiguration des
données du sensible26 » par un art de l’indétermination, de la contrariété et de la
variation du réel. Plaidant pour un montage ambigu et conflictuel, Godard trace des
failles d’irréel dans l’image photographique. Le montage déréalise la photographie de
reportage, introduit une deuxième image, pour qu’en jaillisse une troisième d’entre les
contraires. L’automate cadavérique qui se démasque dans le film d’Eisenstein et la
Mater dolorosa somalienne qui continue tragiquement le geste de la Vierge à l’enfant de
Giotto sont emblématiques de l’entre-deux de la troisième image. Puissance de
dissolution ou de résurrection du référent, le document interroge la finitude de
l’homme, la frontière entre vie et mort.
28 Fictionnaliser le document permet à Godard d’explorer l’invisible de l’image et
l’impensable du réel, le mince cerne qui sépare la mort de la vie. Ce faisant, il érige un
monument aux massacres des innocents et répond esthétiquement aux politiques de la
double disparition, par une trace photographique qui exhausse ce qui relève de
l’« invu27 » médiatique et politique. Biljana et Djamila sont les tiers exclus de la
mémoire collective, dont le cinéaste restaure la visibilité dans un montage des
contraires qui ne reposent pas sur l’exclusion mais sur des ressemblances qui
s’établissent dans la différence. Les figures spectrales de Je vous salue Sarajevo et de Notre
Musique, référents immédiats des photographies de reportage, dénoncent par leur
présence dans la fiction les politiques génocidaires et convoquent a contrario le pouvoir
d’apparition de l’irreprésentable qu’exécutent les appareils de vision (photographie et
cinéma). Le montage cinématographique devient l’opérateur conceptuel et critique qui
exhausse les possibilités sémiotiques du cliché documentaire, cité, réapproprié et
recontextualisé : l’association d’images contraires exhibe un réel intervallaire
jusqu’alors impensé. Sarajevo, « capitale de la douleur » de l’Europe, autorise ainsi
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l’anamnèse de toutes les guerres et de tous les morts de l’histoire par la réconciliation
provisoire du document et de la fiction.
NOTES
1. Jean-Luc GODARD, « L’Afrique vous parle de la fin et des moyens. Jean Rouch. Moi, un Noir », in
Alain BERGALA éd., Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard. 1950-1984, tome 1, Paris, Cahiers du cinéma,
1998, p. 181-182.
2. Jean-Luc GODARD, « Le cinéma est fait pour penser l’impensable », Entretien avec André S.
Labarthe, le 15 décembre 1994, in Alain BERGALA éd., Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard. 1984-1998,
tome 2, Paris, Cahiers du cinéma, 1998, p. 299.
3. Jacques RANCIÈRE, « L’image intolérable », in Jacques RANCIÈRE, Le Spectateur émancipé, Paris, La
Fabrique, 2008, p. 93-114.
4. Anne BEYAERT-GESLIN, L’Image préoccupée, Paris, Hermès-Lavoisier, 2009.
5. Anne Beyaert-Geslin présente la photographie de reportage comme le genre photographique le
plus soumis à la tension entre la proximité déontologique et la distance éthique, entre la
présentation la plus significative de l’événement dont le photographe témoigne et le retrait qui lui
est commandé par « pudeur éthique » (ibid., p. 88).
6. Jacques RANCIÈRE, « L’image intolérable », in Jacques RANCIÈRE, Le Spectateur émancipé, op. cit.,
p. 93.
7. Jean-Christophe FERRARI, « Histoires de Biljana. Droit des images, devoir de reprise », in Nicole
BRENEZ, David FAROULT, Michael TEMPLE, James WILLIAMS et Michael WITT dir., Jean-Luc Godard.
Documents, Paris, Centre Pompidou, 2006, p. 372-375.
8. Ibid., p. 737.
9. Jacques RANCIÈRE, La Mésentente. Politique et philosophie, Paris, Galilée, 1995.
10. La phrase précise de Malraux est la suivante : « Manuel prenait conscience que, la guerre,
c’est faire l’impossible pour que des morceaux de fer entrent dans la chair vivante » (André
MALRAUX, L’Espoir, Paris, Gallimard, 1937, p. 109).
11. Fernando PESSOA, Œuvres, tome 6, Paris, Christian Bourgois, 1990.
12. Anne BEYAERT-GESLIN, L’Image préoccupée, op. cit., p. 19.
13. Ibid., p. 84.
14. Samuel BECKETT, Trio du Fantôme, in Quad et autres pièces pour la télévision, suivi de Gilles DELEUZE,
L’Épuisé, Paris, Minuit, 1992. La pièce Trio du Fantôme a été produite pour la première fois par la
BBC 2 en 1977 dans la mise en scène, supervisée par Beckett, de Donald McWhinnie. Elle est
également mise en scène et réalisée par Beckett, sous le titre de Geister Trio, la même année, à
Stuttgart pour la télévision allemande. Sa première diffusion en RFA par la chaîne productrice de
l’œuvre, Süddeutsche Rundfunk a lieu le 1er novembre 1977.
15. Ibid., p. 35-36.
16. Gilles DELEUZE, L’Épuisé, in Samuel BECKETT, Quad et autres pièces pour la télévision, op. cit.,
p. 55-106.
17. Ibid., p. 89.
18. « L’image est une création pure de l’esprit. Elle ne peut naître d’une comparaison mais du
rapprochement de deux réalités plus ou moins éloignées. Plus les rapports des deux réalités
rapprochées seront lointains et justes, plus l’image sera forte. » L’aphorisme de Pierre Reverdy
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extrait d’« Essai d’esthétique littéraire » paru dans la revue Nord-Sud (n o 4-5, 1917) est repris dans
le premier manifeste du surréalisme d’André Breton (André BRETON, Manifeste du surréalisme,
Paris, Gallimard, 1972, p. 31).
19. Godard reproduit deux photographies-documents : le cliché d’un déporté pris par Éric
Schwab à Buchenwald en avril 1945 et celui d’un autre détenu, épuisé, au camp de Bergen-Belsen
pris par le capitaine Edward Malindine, reproduit en première page du Monde illustré du 5 mai
1945.
20. L’une des photographies est extraite du livre d’Élias Sanbar sur l’invisibilité photographique
du peuple palestinien (Élias SANBAR, Les Palestiniens. La photographie d’une terre et de son peuple de
1839 à nos jours, Paris, Hazan, 2011, p. 286-287).
21. Gilles DELEUZE, Cinéma 2. L’Image-temps, vol. 2, Paris, Minuit, 1985, p. 234.
22. André MALRAUX, Le Miroir des Limbes II. La corde et les souris, tome 2, Paris, Gallimard, 1976,
p. 370-371.
23. Maurice BLANCHOT, L’Amitié, Paris, Gallimard, 1971, p. 51.
24. Maurice BLANCHOT, L’Espace littéraire, Paris, Gallimard, 1955, p. 351.
25. Mahmoud DARWICH, Anthologie (1992-2005), Arles, Actes Sud, 2009, p. 37.
26. Jacques RANCIÈRE, Et tant pis pour les gens fatigués. Entretiens, Paris, Amsterdam, 2009, p. 559.
27. Marie-José MONDZAIN, « Histoire et passion », Art Press +, Hors-série, no 1, 1998, p. 92.
RÉSUMÉS
Dans un geste éthique et polémique, Godard remploie la photographie documentaire ou de
reportage dans ses films. Il modifie la réalité matérielle et l’énonciation immatérielle du
document pour en ouvrir le réseau de significations et dénoncer les crimes de guerre. À travers
trois « dispositifs » photographiques, nous analyserons les enjeux de la relation entre document
et fiction dont le cinéaste restaure l’alliance originelle par une poétique de transfiguration des
traces du réel à Sarajevo.
As an ethical and polemical act, Godard reuses documentary and reportage photography in his
films. The filmmaker edits the material reality and intangible expressions found in such
documents to open a network of meanings and to denounce war crimes. Through three
photographic "devices", the article analyses the issues of the relationship between document and
fiction. The filmmaker restores this original alliance by a transfiguring imprint of traces of
reality in Sarajevo.
INDEX
Keywords : Godard Jean-Luc, Delahaye Luc, Haviv Ron, cinema, documentary, report, Sarajevo,
editing
Mots-clés : Godard Jean-Luc, Delahaye Luc, Haviv Ron, cinéma, documentaire, reportage,
Sarajevo, montage
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AUTEUR
SOPHIE RAIMOND
Sophie Raimond est Professeure Agrégée de Lettres modernes au département des Sciences de la
communication et Chercheuse associée au [Link] Méditerranée de l’Université Côte d’Azur.
Titulaire d’un DEA en Littérature comparée et d’un Doctorat en Sciences de la communication,
elle développe des recherches sur les enjeux esthétiques et politiques de l’œuvre de Jean-Luc
Godard.
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