Aa4762cf FR
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Dynamiques de l’urbanisation
africaine 2022
LE RAYONNEMENT ÉCONOMIQUE DES VILLES
AFRICAINES
Cahiers de l’Afrique de l’Ouest
Dynamiques
de l’urbanisation africaine
2022
Ce document, ainsi que les données et cartes qu’il peut comprendre, sont sans préjudice du statut de tout territoire, de
la souveraineté s’exerçant sur ce dernier, du tracé des frontières et limites internationales, et du nom de tout territoire,
ville ou région.
Les noms des pays et territoires utilisés dans cette publication conjointe suivent la pratique de l’Union africaine.
L’utilisation de ce contenu, qu’il soit numérique ou imprimé, est régie par les conditions d’utilisation suivantes : https://www.oecd.org/fr/conditionsdutilisation.
La Commission économique
pour l’Afrique des Nations Unies
Créée en 1958 par le Conseil économique et social développement économique et social de ses États membres,
(ECOSOC) des Nations Unies, la CEA est l’une des cinq d’encourager l’intégration régionale et de promouvoir la
commissions régionales et a pour mandat d’appuyer le coopération internationale pour le développement de l’Afrique.
Avant‑propos
L’urbanisation est l’une des transformations les plus pro‑ sont considérables. Le rapport souligne l’importance d’in‑
fondes que connaîtra le continent africain au xxie siècle. vestir dans une meilleure planification des grands centres
Depuis 1990, le nombre de villes y a doublé, passant de urbains. Il montre également qu’il est nécessaire de s’ap‑
3 300 à 7 600. Leur population cumulée a augmenté de puyer sur les villes petites et moyennes pour accélérer la
500 millions de personnes. Les villes africaines connaissent création d’emplois, améliorer la productivité et l’accès aux
la croissance la plus rapide du monde ; elles sont les services ; tout en développant la connectivité et les grappes
plus jeunes et sont en constante évolution. Au cours des urbaines au service de l’intégration économique. Il plaide
prochaines décennies, leur impact sur le paysage éco‑ pour des politiques urbaines plus coordonnées et pour la
nomique, social et politique sera probablement profond. pleine intégration du rôle économique des villes dans la
L’urbanisation induit des opportunités exceptionnelles planification du développement national. Enfin, il montre
pour accélérer les progrès vers les objectifs de dévelop‑ que les pouvoirs locaux doivent bénéficier de plus de capa‑
pement durable de 2030 des Nations Unies et l’agenda de cités fiscales et administratives pour jouer le rôle qui doit
développement 2063 de l’Union africaine (UA). Elle peut être le leur en matière développement économique.
stimuler l’intégration continentale par la mise en œuvre de Les projections des Nations Unies indiquent que
la Zone de libre‑échange continentale africaine (ZLECAf). les villes africaines compteront 900 millions d’habitants
Pour les décideurs africains, la croissance urbaine repré‑ supplémentaires d’ici à 2050, et qu’elles accueilleront les
sente d’importants défis de planification, de gestion et deux tiers de la population du continent. Cette expansion
de financement, tant au niveau local qu’au niveau natio‑ induit une demande de planification, de gestion et de fi‑
nal. En Afrique comme ailleurs, la perception négative nancement des infrastructures et services publics. Elle
des externalités de l’urbanisation et de son impact sur appelle des stratégies d’emploi, de numérisation et de
le développement prévaut. Cette perception a entravé technologies vertes, pour améliorer la compétitivité tout
les processus politiques à même de faire de l’urbanisa‑ en garantissant la neutralité climatique et la durabilité. Les
tion un élément central des stratégies de développement plans nationaux de développement doivent reconnaître
du continent. le rôle important des villes en termes de croissance éco‑
Sur la base de données issues de 2 600 villes de 34 pays, nomique, de renforcement de la résilience, de réponse au
le rapport montre que l’urbanisation contribue à l’amé‑ changement climatique et de soutenabilité. Des politiques
lioration des performances économiques et du niveau de cohérentes sont nécessaires pour garantir l’efficacité des
vie. Dans la plupart des dimensions socio‑économiques, stratégies nationales au niveau local.
les villes africaines obtiennent des résultats nettement Cependant, relever les défis de la croissance urbaine
supérieurs aux pays au sein desquels elles se situent. En africaine offre aussi l’opportunité d’envisager un avenir
outre, l’écart entre leurs performances et les moyennes urbain qui pourrait ne pas s’inscrire dans le sillage des
nationales est supérieur à celui de nombreuses autres ré‑ Amériques, de l’Asie, de l’Europe et du reste du monde.
gions du monde. Au cours des 30 dernières années, elles Les villes du XXIe siècle seront différentes de celles du
ont réussi à maintenir leurs avantages économiques par XXe. Les villes africaines, particulièrement les petites et
rapport aux zones rurales, tout en accueillant 500 millions les moyennes, sont nettement moins ancrées dans des
d’habitants supplémentaires. Cette performance mécon‑ modèles de développement à forte intensité carbone
nue mérite d’être soulignée. Elles fournissent de meilleurs que celles de nombreuses autres régions. Dans le même
emplois ainsi qu’un meilleur accès aux services et aux temps, d’importants investissements dans les infrastruc‑
infrastructures à plusieurs centaines de millions de per‑ tures urbaines doivent encore être réalisés et la population
sonnes. Les retombées positives profitent également aux des villes africaines est principalement jeune. Il s’agit là
zones rurales qui bénéficient de la proximité des villes. de bases importantes sur lesquelles de nouveaux modèles
Cependant, des obstacles économiques et financiers plus climatiquement neutres, plus inclusifs et plus vivables
entravent la valorisation du potentiel économique et social pourraient être construits.
des villes. Beaucoup trop de personnes sont restées sur le Si ce rapport propose sans doute l’analyse de don‑
bord du chemin. Il est urgent d’adopter de nouvelles ap‑ nées la plus complète à ce jour sur les performances
proches adaptées aux dynamiques locales. Les défis à venir économiques des villes africaines, il met aussi en lumière
la nécessité de disposer de données supplémentaires une connaissance approfondie des contextes locaux. De
et d’analyses plus poussées pour étayer l’élaboration meilleures données et des évidences sont nécessaires pour
des politiques publiques. Les nouveaux défis, comme nourrir des processus décisionnels plus tournés vers l’ave‑
la reprise post‑pandémie de COVID‑19 et les nouvelles nir, plus transparents et plus inclusifs. Façonner l’avenir
échelles d’intervention économique et politique – Zone de des villes africaines, donc de leurs populations, de leurs
Libre‑Échange Continentale Africaine, gouvernance ur‑ territoires, de leurs pays, est l’affaire de toutes les parties
baine, développement régional – exigeront de plus en plus prenantes, à tous les niveaux.
Remerciements
Table of contents
AVANT‑PROPOS...........................................................................................................................................................................4
REMERCIEMENTS.......................................................................................................................................................................6
SIGLES ET ABRÉVIATIONS........................................................................................................................................................13
RÉSUMÉ....................................................................................................................................................................................14
CHAPITRE 1
UNE NOUVELLE PERSPECTIVE DE L’ÉCONOMIE URBAINE AFRICAINE........................................................ 18
LES VILLES AFRICAINES OBTIENNENT DE MEILLEURS RÉSULTATS QUE LES ZONES RURALES
DANS DE NOMBREUX DOMAINES........................................................................................................................................ 23
Les niveaux de revenu et de consommation sont plus élevés dans les villes que dans les zones rurales.......................................23
Les taux d’emploi sont plus faibles dans les villes qu’en zones rurales, mais le sous‑emploi est moins répandu...................... 27
Les taux élevés de chômage rural sont compensés par le faible nombre d’heures travaillées................................................... 29
La proportion des travailleurs ayant des emplois qualifiés est plus élevée en ville...................................................................... 31
Le niveau d’éducation est plus élevé dans les villes qu’en zones rurales.................................................................................. 33
Les entreprises des villes sont plus innovantes......................................................................................................................... 35
Le déploiement des infrastructures est plus efficace en ville..................................................................................................... 36
Les piliers de l’économie formelle sont plus développés dans les villes..................................................................................... 39
Les rapports de dépendance et taux de fécondité sont plus bas dans les villes....................................................................... 40
Les villes petites et moyennes enregistrent de bonnes performances....................................................................................... 41
Les moyennes masquent de fortes hétérogénéités entre villes et au sein des villes................................................................... 41
ESTIMATION DES GAINS DE PIB DUS À L’URBANISATION................................................................................................ 42
En Afrique, l’urbanisation est responsable de près d’un tiers de la croissance du produit intérieur brut (PIB) par habitant......... 45
LES VILLES ONT CONSERVÉ LEUR AVANTAGE RELATIF, EN DÉPIT DU FAIT QUE LEUR TAILLE A TRIPLÉ
DEPUIS 1990............................................................................................................................................................................ 47
Les économies urbaines africaines n’ont enregistré que peu de changements mesurables au cours des 30 dernières années.49
LES ZONES RURALES BÉNÉFICIENT DE LA PROXIMITÉ DES VILLES............................................................................. 51
Les villes petites et moyennes servent de centre urbain pour les zones rurales........................................................................ 51
Les zones rurales situées à proximité des villes obtiennent de meilleurs résultats que les zones rurales isolées........................ 52
Les petites villes situées à proximité de grandes villes obtiennent de meilleurs résultats dans certains domaines..................... 54
NOTES...................................................................................................................................................................................... 55
RÉFÉRENCES.......................................................................................................................................................................... 55
ANNEXE 1.A. TABLEAUX........................................................................................................................................................ 57
CHAPITRE 2
GRAPPES URBAINES, CONNECTIVITÉ ET INTÉGRATION ÉCONOMIQUE EN AFRIQUE............................... 66
LA NÉCESSITÉ CROISSANTE DE RELIER LES VILLES ENTRE ELLES.............................................................................. 70
LES GRAPPES URBAINES SONT LES PILIERS D’UN GRAND NOMBRE D’ÉCONOMIES FLORISSANTES.................... 70
Les grappes urbaines diffèrent par leur taille, leur configuration et leur fonction........................................................................ 71
L’urbanisation favorise l’émergence de grappes urbaines en Afrique........................................................................................ 72
LA RÉDUCTION DES BARRIÈRES FRONTALIÈRES FACILITERA LE DÉVELOPPEMENT DES ÉCONOMIES
URBAINES................................................................................................................................................................................ 77
Les coûts transfrontaliers, même minimes, peuvent entraîner des réductions importantes du commerce interurbain................ 78
LA ZLECAF CRÉE UNE BASE POUR L’INTÉGRATION ÉCONOMIQUE RÉGIONALE......................................................... 82
Les économies urbaines profiteront de l’intégration économique continentale.......................................................................... 82
Les villes représentent de grands marchés de consommation et bénéficieront de la diminution des barrières commerciales.... 84
Un bon réseau ferroviaire est indispensable pour relier les villes au sein des grappes............................................................... 90
NOTES...................................................................................................................................................................................... 92
RÉFÉRENCES.......................................................................................................................................................................... 93
ANNEXE 2.A. TABLEAUX........................................................................................................................................................ 95
CHAPITRE 3
ANCRER LE RÔLE DES VILLES DANS LA PLANIFICATION ÉCONOMIQUE NATIONALE............................... 98
POURQUOI LES GOUVERNEMENTS NATIONAUX DEVRAIENT‑ILS INTÉGRER LES VILLES DANS PLANS
ÉCONOMIQUES NATIONAUX ?............................................................................................................................................. 101
La productivité urbaine est essentielle à la croissance économique et à la création d’emplois................................................ 101
Les politiques économiques nationales ont un impact spatial important, qu’il s’agit d’anticiper.............................................. 102
Les investissements urbains sont d’ampleur variable, sporadiques et doivent être coordonnés.............................................. 103
CONSIDÉRATIONS POUR L’ÉLABORATION DE POLITIQUES NATIONALES SUR LE RÔLE ÉCONOMIQUE
DES VILLES............................................................................................................................................................................ 104
Lorsqu’elles grandissent, les villes deviennent plus productives, mais font également face à des contraintes majeures.......... 106
Le rayonnement économique des villes dépend des emplois qu’elles créent.......................................................................... 106
Le capital humain contribue significativement à la productivité urbaine................................................................................... 108
L’infrastructure est essentielle pour le développement urbain................................................................................................. 110
Les institutions et l’environnement réglementaire ont un impact sur la productivité urbaine.................................................... 111
La forme urbaine est importante pour le fonctionnement des villes, mais les données empiriques sur le sujet sont limitées.... 111
Les marchés fonciers sont susceptibles d’avoir un impact considérable sur la productivité urbaine, mais les preuves
empiriques sont rares............................................................................................................................................................ 113
Ce qui importe le plus dépend des besoins et des complémentarités propres au contexte.................................................... 114
LE SYSTÈME URBAIN STIMULE LA PRODUCTION ET INFLUENCE LES INÉGALITÉS RÉGIONALES......................... 114
INTÉGRER L’URBANISATION À LA PLANIFICATION ÉCONOMIQUE NATIONALE : UN CADRE STRATÉGIQUE.......... 116
Ciblage sectoriel pour une urbanisation riche en emplois....................................................................................................... 118
Des villes productives............................................................................................................................................................. 119
Un système spatial national connecté.................................................................................................................................... 120
Financer la mise en œuvre des politiques et coordonner les politiques urbaines et économiques........................................... 122
NOTES.................................................................................................................................................................................... 123
RÉFÉRENCES........................................................................................................................................................................ 124
CHAPITRE 4
LE RÔLE DES GOUVERNEMENTS LOCAUX DANS LA POLITIQUE DE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE.... 128
LES GOUVERNEMENTS LOCAUX JOUENT UN RÔLE MAJEUR DANS LE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE.......... 131
UNE APPROCHE TERRITORIALE EST NÉCESSAIRE POUR OPTIMISER LE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE
URBAIN................................................................................................................................................................................... 132
LA CROISSANCE ÉCONOMIQUE LOCALE REQUIERT UNE DÉCENTRALISATION PLUS APPROFONDIE
ET À UN RENFORCEMENT DES CAPACITÉS..................................................................................................................... 133
L’environnement institutionnel des gouvernements locaux d’Afrique s’améliore...................................................................... 133
Plus de décentralisation est nécessaire.................................................................................................................................. 134
CONCEVOIR ET METTRE EN ŒUVRE DES POLITIQUES À L’ÉCHELLE GÉOGRAPHIQUE APPROPRIÉE................... 135
La fragmentation administrative augmente l’importance de la coordination métropolitaine..................................................... 135
Les modèles de gouvernance métropolitaine varient sensiblement......................................................................................... 137
PLANIFICATION STRATÉGIQUE POUR LE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE LOCAL................................................. 140
Les plans stratégiques ne sont efficaces que s’ils sont alignés sur les décisions de financement........................................... 142
L’auto‑apprentissage améliore la qualité des politiques de développement économique local................................................ 142
LE CONTENU DES POLITIQUES DE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE LOCAL........................................................... 143
Les paquets de mesures politiques coordonnées sont plus efficaces que les mesures ponctuelles........................................ 143
Encourager le développement économique local en valorisant les avantages concurrentiels des villes................................... 145
Les politiques doivent s’attacher à soutenir le bon type de spécialisation locale..................................................................... 146
Les économies locales sont susceptibles de se développer grâce à la production de « variétés reliées »................................ 147
Les établissements d’études supérieures sont des moteurs essentiels du développement économique local........................ 150
NOTES.................................................................................................................................................................................... 152
RÉFÉRENCES........................................................................................................................................................................ 152
CHAPITRE 5
FINANCER L’URBANISATION DE L’AFRIQUE : ACCROÎTRE LA CAPACITÉ FISCALE
DES VILLES AFRICAINES.................................................................................................................................... 154
LA DÉCENTRALISATION FISCALE EN AFRIQUE................................................................................................................ 159
LE MANQUE DE RECETTES DES GOUVERNEMENTS LOCAUX LIMITE LEUR CAPACITÉ À INVESTIR....................... 160
INSTRUMENTS DE FINANCEMENT DES GOUVERNEMENTS LOCAUX.......................................................................... 164
Transferts et subventions....................................................................................................................................................... 164
Ressources propres............................................................................................................................................................... 168
Le financement par emprunt.................................................................................................................................................. 174
NOTES.................................................................................................................................................................................... 178
RÉFÉRENCES........................................................................................................................................................................ 178
CHAPITRE 6
L’URBANISATION EN AFRIQUE : PERSPECTIVES DES RESPONSABLES POLITIQUES ET EXPERTS........ 182
JEAN PIERRE ELONG MBASSI
Quelles sont les politiques nationales et locales qui permettent aux administrations locales de jouer un rôle plus
important dans le développement socio‑économique de l’Afrique ?..................................................................................... 184
TAIBAT LAWANSON
Que faire des « vies en attentes » des jeunes urbains en Afrique?......................................................................................... 190
S.E. ALBERT M. MUCHANGA
L’Union africaine au cœur de la transformation urbaine de l’Afrique pour un partage de la prospérité................................. 194
EDGAR PIETERSE
Implications politiques de l’urbanisation africaine.................................................................................................................. 197
YVONNE AKI‑SAWYERR
Un moteur de développement ? Le défi de faire de Freetown un moteur de croissance....................................................... 202
NOTES.................................................................................................................................................................................... 203
RÉFÉRENCES........................................................................................................................................................................ 204
Cartes
Carte 2.1. Grappes urbaines en Afrique���������������������������������������������������������������������������������������������������������������������������������� 68
Carte 2.2. Grappes urbaines compactes��������������������������������������������������������������������������������������������������������������������������������� 74
Carte 2.3. Grappes urbaines étendues������������������������������������������������������������������������������������������������������������������������������������ 75
Carte 2.4. Grappes urbaines compactes en Afrique de l’Ouest���������������������������������������������������������������������������������������������� 76
Carte 2.5. Zones accessibles en 90 minutes depuis Brazzaville (COG)���������������������������������������������������������������������������������� 78
Carte 2.6. La configuration du réseau routier africain avec la longueur des routes symbolisant la durée du trajet
et les couleurs reflétant le potentiel du marché atteignable, avec et sans délai aux frontières������������������������������ 80
Carte 2.7. Flux des exportations urbaines intra‑africaines de plus de 10 millions USD���������������������������������������������������������� 86
Carte 4.1. Zones bâties et juridictions des collectivités territoriales à Accra, Ghana����������������������������������������������������������� 136
Carte 4.2. Les municipalités et les préfectures dans le District Autonome du Grand Lomé, Togo��������������������������������������� 139
Graphiques
Graphique 1.1. Nombre moyen d’années de scolarité des habitants de 18 à 29 ans, selon la taille des villes���������������������� 20
Graphique 1.2. Salaires horaires dans les villes et zones rurales, 2010‑19���������������������������������������������������������������������������� 24
Graphique 1.3. Dépenses annuelles de consommation des villes et zones rurales par habitant, 2010‑19���������������������������� 24
Graphique 1.4. Répartition des habitants des zones rurales et urbaines par quintile de richesse����������������������������������������� 26
Graphique 1.5. Taux de possession d’une voiture et d’un motocycle par ville����������������������������������������������������������������������� 27
Graphique 1.6. Taux d’emploi des personnes âgées de 18 à 49 ans������������������������������������������������������������������������������������� 28
Graphique 1.7. Taux d’emploi par sexe dans certaines villes sélectionnées�������������������������������������������������������������������������� 28
Graphique 1.8. Les résidents urbains travaillent plus d’heures et ont plus de chances d’être salariés��������������������������������� 30
Graphique 1.9. Composition de l’économie rurale et urbaine par type d’occupation������������������������������������������������������������ 31
Graphique 1.10. Proportion des travailleurs occupant des emplois qualifiés et non qualifiés����������������������������������������������� 32
Graphique 1.11. Proportion des travailleurs occupant un emploi qualifié, par pays et taille de ville�������������������������������������� 33
Graphique 1.12. Niveau d’éducation des zones rurales et des villes�������������������������������������������������������������������������������������� 34
Graphique 1.13. Part des habitants ayant bénéficié d’une éducation secondaire ou supérieure������������������������������������������� 35
Graphique 1.14. Innovation et activités d’exportation des entreprises en fonction de la taille des villes������������������������������� 36
Graphique 1.15. Accès aux services��������������������������������������������������������������������������������������������������������������������������������������� 37
Graphique 1.16. Part des ménages ayant accès à l’électricité, par pays et taille de ville������������������������������������������������������ 38
Graphique 1.17. Part des habitants ayant accès à l’électricité et à l’eau courante privée dans certaines villes
sélectionnées������������������������������������������������������������������������������������������������������������������������������������������������ 38
Graphique 1.18. Part des habitants vivant dans un ménage ayant un compte en banque, un titre de propriété
pour une maison et un acte de naissance���������������������������������������������������������������������������������������������������� 39
Graphique 1.19. Part des habitants vivant dans un ménage ayant un compte en banque���������������������������������������������������� 40
Graphique 1.20. Rapport de dépendance et taux de fécondité dans les zones rurales et urbaines�������������������������������������� 41
Graphique 1.21. Augmentation en points de pourcentage des emplois qualifiés lorsque la taille d’une ville augmente
de 10 %�������������������������������������������������������������������������������������������������������������������������������������������������������� 43
Graphique 1.22. Évolution des résultats clés au cours du temps dans les villes et zones rurales����������������������������������������� 48
Graphique 1.23. Évolution de la proportion des emplois qualifiés des femmes et des hommes au cours du temps,
par taille de ville�������������������������������������������������������������������������������������������������������������������������������������������� 49
Graphique 1.24. Évolution du taux de possession d’une voiture et répartition de la richesse par taille de ville�������������������� 50
Graphique 1.25. Distance et taille de la ville la plus proche à la population rurale����������������������������������������������������������������� 52
Graphique 1.26. Part des travailleurs qualifiés en zone rurale en fonction de la distance à la ville la plus proche���������������� 53
Graphique 1.27. Autres résultats des zones rurales en fonction de la distance à la ville la plus proche�������������������������������� 54
Graphique 2.1. Nombre de villes africaines et distance qui les sépare���������������������������������������������������������������������������������� 72
Graphique 2.2. Réduction estimée du commerce interurbain dans les villes d’Afrique due aux coûts frontaliers����������������� 82
Graphique 2.3. Composition des exportations des pays africains hors Afrique et intra‑Afrique�������������������������������������������� 83
Graphique 2.4. Variation estimée des exportations intra‑africaines liée à la ZLECAf, par principaux secteurs��������������������� 84
Graphique 2.5. Urbanisation et importation des produits manufacturés�������������������������������������������������������������������������������� 85
Graphique 2.6. Longueur de route par habitant et par superficie������������������������������������������������������������������������������������������� 87
Graphique 2.7. Rapport de sinuosité (en haut) et rapport de distance (en bas) par pays������������������������������������������������������ 88
Graphique 2.8. Relation entre le rapport de sinuosité et le rapport de distance�������������������������������������������������������������������� 90
Graphique 3.1. Salaires urbains et ruraux dans six pays africains���������������������������������������������������������������������������������������� 102
Graphique 3.2. Proportion des emplois industriels et agricoles par région, 2000‑19����������������������������������������������������������� 107
Graphique 3.3. Pourcentage des entreprises identifiant l’inadéquation des compétences des travailleurs comme
un obstacle majeur��������������������������������������������������������������������������������������������������������������������������������������� 109
Graphique 3.4. Accès des villes à l’électricité, à l’eau et à l’assainissement, par région����������������������������������������������������� 110
Graphique 3.5. Forme des villes et impact sur la densité de population������������������������������������������������������������������������������ 112
Graphique 3.6. Primauté urbaine moyenne non pondérée de 54 pays africains, 1970‑2015����������������������������������������������� 115
Graphique 3.7. Quatre domaines où les villes et la planification économique nationale sont liées�������������������������������������� 117
Graphique 4.1. Part des gouvernements locaux dans le total des investissements publics������������������������������������������������ 135
Graphique 4.2. Nombre de zones économiques spéciales en Afrique, 2018����������������������������������������������������������������������� 144
Graphique 4.3. Nombre d’incubateurs d’entreprises dans les pays d’Afrique subsaharienne, 2018���������������������������������������������147
Graphique 4.4. L’Espace Produit des exportations marocaines, 2018��������������������������������������������������������������������������������� 149
Graphique 5.1. Investissements publics moyens des gouvernements infranationaux par habitant������������������������������������� 156
Graphique 5.2. Recettes des gouvernements infranationaux����������������������������������������������������������������������������������������������� 160
Graphique 5.3. Recettes des gouvernements infranationaux des pays africains����������������������������������������������������������������� 161
Graphique 5.4. Investissements des gouvernements infranationaux����������������������������������������������������������������������������������� 162
Graphique 5.5. Dépenses des gouvernements infranationaux��������������������������������������������������������������������������������������������� 163
Graphique 5.6. Transferts en pourcentage des recettes totales des gouvernements infranationaux����������������������������������� 164
Graphique 5.7. Part des transferts conditionnels et inconditionnels à destination des villes africaines������������������������������� 166
Graphique 5.8. Qualité des transferts financiers des gouvernements nationaux aux gouvernements locaux��������������������� 167
Graphique 5.9. Transferts financiers aux gouvernements infranationaux, par habitant�������������������������������������������������������� 168
Graphique 5.10. Recettes fiscales des gouvernements infranationaux en pourcentage des recettes fiscales
des gouvernements nationaux������������������������������������������������������������������������������������������������������������������� 170
Graphique 5.11. Recettes fiscales des gouvernements infranationaux�������������������������������������������������������������������������������� 171
Graphique 5.12. Frais et redevances d’utilisation en part des recettes des gouvernements infranationaux����������������������� 173
Graphique 5.13. Dettes des gouvernements infranationaux en pourcentage des dettes publiques������������������������������������ 175
Graphique 6.1. Classement des pays en 2012, 2015 et 2018 selon la qualité de l’environnement institutionnel national�������185
Graphique 6.2. L’autonomie financière des collectivités territoriales d’Afrique accuse un sérieux retard par rapport
aux moyennes mondiales����������������������������������������������������������������������������������������������������������������������������� 186
Graphique 6.3. Vue d’ensemble de la capacité en ressources humaines de la municipalité de Dire Dawa, Éthiopie���������� 188
Graphique 6.4. Refonte de l’assainissement������������������������������������������������������������������������������������������������������������������������� 199
Tableaux
Tableau annexe 1.A.1. Principales sources utilisées dans ce rapport������������������������������������������������������������������������������������ 57
Tableau annexe 1.A.2. Taille de ville – proportion de travailleurs qualifiés – élasticité par pays�������������������������������������������� 58
Tableau annexe 1.A.3. Évolution sur la durée en fonction de la catégorie de taille des villes, 2000‑2020���������������������������� 60
Tableau annexe 1.A.4. Évolution de la répartition des occupations en fonction de la taille des villes dans le temps����������� 61
Tableau annexe 1.A.5. Distance de la ville la plus proche et résultats pour les zones rurales����������������������������������������������� 62
Tableau annexe 1.A.6. Distance d’une ville de plus de 1 million d’habitants et résultats des villes��������������������������������������� 63
Tableau annexe 1.A.7. Élasticité des salaires en fonction de la taille des villes��������������������������������������������������������������������� 63
Tableau annexe 1.A.8. Différentiels de salaire par catégorie de taille de ville������������������������������������������������������������������������ 64
Tableau annexe 2.A.1. Grappes urbaines compactes������������������������������������������������������������������������������������������������������������ 95
Tableau annexe 2.A.2. Grappes urbaines étendues��������������������������������������������������������������������������������������������������������������� 96
Tableau 3.1. Littérature sur les facteurs contribuant aux performances économiques des villes des pays
en développement�������������������������������������������������������������������������������������������������������������������������������������������� 105
Tableau 3.2. Questions prioritaires de politique nationale à l’intention des responsables politiques����������������������������������� 117
Tableau 5.1. Institutions de développement nationales pour le développement local���������������������������������������������������������� 176
Encadrés
Encadré 1.1. Données utilisées dans ce chapitre������������������������������������������������������������������������������������������������������������������� 23
Encadré 1.2. Comment les indicateurs clés de ce chapitre sont‑ils calculés ?���������������������������������������������������������������������� 25
Encadré 1.3. Pourquoi les indicateurs ne sont‑ils présentés que pour quelques villes ?������������������������������������������������������� 29
Encadré 1.4. L’impact économique de la COVID‑19 sur les villes africaines�������������������������������������������������������������������������� 30
Encadré 1.5. Qu’entend‑on par « économies d’agglomérations » ?��������������������������������������������������������������������������������������� 43
Encadré 1.6. Estimation des économies d’agglomération en Afrique������������������������������������������������������������������������������������ 46
Encadré 1.7. Hypothèses formulées pour évaluer l’effet de l’urbanisation sur le PIB������������������������������������������������������������ 47
Encadré 2.1. Identifier les grappes urbaines��������������������������������������������������������������������������������������������������������������������������� 73
Encadré 2.2. Analyser l’ensemble du réseau routier principal en Afrique������������������������������������������������������������������������������� 79
Sigles et abréviations
Résumé
L’urbanisation a amélioré l’accès aux services, aux consommation durables, tels que les voitures et les
infrastructures et aux opportunités économiques de réfrigérateurs, ont peu ou pas augmenté.
centaines de millions d’individus
Les zones rurales bénéficient de la proximité des
La population urbaine de l’Afrique a triplé depuis 1990. villes
Mais même si elles comptent 500 millions d’habitants
supplémentaires, les villes ont continué d’enregis‑ Les villes permettent aux habitants et aux entreprises
trer de bonnes performances par rapport aux zones des zones rurales d’accéder aux services, aux infrastruc‑
rurales. Dans les zones urbaines et rurales, l’évolution tures et aux marchés. L’intégration de l’économie rurale
de la plupart des indicateurs a suivi les tendances natio‑ dans les chaînes de valeur urbaines‑rurales encourage
nales et l’écart entre villes et campagnes est resté à peu l’innovation et la diversification dans les zones rurales.
près constant. Les villes ont donc réussi à intégrer des Il n’est donc guère surprenant que les zones rurales
millions de personnes sans déclin perceptible de leur situées à proximité des villes tendent vers de meil‑
performance économique globale ou des conditions leurs résultats que celles qui sont plus éloignées. Par
de vie. Ainsi, entre 1990 et 2020, environ 390 millions exemple, la part des ménages ruraux disposant d’un
d’habitants des villes ont été connectés au réseau élec‑ compte en banque est deux fois plus élevée à moins
trique. Même si les villes ne sont pas à la hauteur à de 5 kilomètres d’une ville qu’au‑delà de 30 kilomètres.
bien des égards, l’urbanisation a amélioré l’accès aux Depuis 1990, le nombre des villes africaines a plus
services, aux infrastructures et aux opportunités éco‑ que doublé, passant de 3 300 à 7 600. Des milliers de
nomiques pour des centaines de millions d’individus. nouvelles agglomérations ont vu le jour, souvent dans
Face à une croissance démographique specta‑ des zones rurales à forte densité de population. Ces
culaire, les villes africaines ont maintenu une bonne villes permettent aux habitants et aux entreprises des
performance économique par rapport au reste de leurs campagnes d’accéder aux services et aux infrastruc‑
pays, ce qui est une prouesse en soi. Toutefois, mal‑ tures alors que, sans elles, le centre urbain le plus
gré les avantages qu’elle offre, l’urbanisation n’a pas proche serait très éloigné. L’urbanisation a donc faci‑
entraîné une transformation durable des villes. Les lité la transformation économique et sociale des zones
économies n’ont connu qu’une croissance lente depuis rurales ; l’émergence d’un grand nombre de petites
les années 1990, et les indicateurs clés de l’économie villes a rapproché les zones rurales et urbaines. Pour
urbaine se sont améliorés tout aussi lentement. La part plus des deux tiers (68 %) de la population rurale
des emplois qualifiés dans les villes, par exemple, est d’Afrique, la ville la plus proche compte moins de
restée stable et les taux de possession de biens de 50 000 habitants.
Réaliser le potentiel économique des villes d’investir dans les grands centres urbains, mais éga‑
africaines lement de renforcer les villes petites et moyennes qui
sont les pôles socio‑économiques des communautés
L’urbanisation est une opportunité pour l’Afrique
rurales environnantes.
La nouvelle série d’indicateurs démontre les avantages
considérables de l’urbanisation pour les individus et les
Les grappes urbaines créent de nouvelles
opportunités de développement pour les
entreprises. Si un changement d’échelle de l’urbanisa‑
économies urbaines
tion est – en soi ‑ porteur d’inconvénients, ces derniers
sont compensés par les opportunités économiques et Partout en Afrique, des grappes urbaines émergent.
l’amélioration du niveau de vie que les villes génèrent. Tant que les taux d’urbanisation étaient faibles, les
Les gouvernements doivent considérer l’urbanisation agglomérations étaient éloignées les unes des autres ;
comme une opportunité à saisir. Ils doivent la gérer jouant surtout le rôle de centres administratifs natio‑
dans le but de faire profiter de ses avantages au plus naux et de portes d’accès à l’exportation des ressources
grand nombre de personnes possible. Ceci suppose vers les marchés mondiaux. Le nombre et la taille des
villes augmentant, ces dernières se retrouvent plus lisations économiques différentes. Les politiques
près les unes des autres. En 2015, l’Afrique comptait nationales efficaces sont celles qui en tiennent
31 grappes urbaines de plus de 2.5 millions d’habitants compte et prennent des mesures ciblées correspon‑
dans un rayon de 100 km, et 6 de plus de 10 millions de dant aux besoins propres à chaque ville, dépendant
résidents urbains dans un rayon de 250 km. de leur rôle dans l’économie nationale.
Au sein de ces grappes, les centres urbains pro‑ 4. Les politiques nationales relatives aux villes doivent
fitent économiquement de la proximité les uns des faire l’objet d’une bonne coordination entre les
autres. Les petites villes peuvent ainsi attirer des indus‑ différents niveaux du gouvernement et entre sec‑
tries spécialisées et jouer des rôles économiques qui teurs pour qu’elles se renforcent mutuellement. En
seraient autrement réservés aux grandes villes. Toutes outre, les politiques nationales doivent garantir que
les villes proches les unes des autres ne fonctionnent les gouvernements locaux disposent des moyens
cependant pas en tant que système économique inté‑ (fiscaux et autres) pour jouer un rôle actif dans le
gré. Pour que cela soit le cas, elles ont besoin de bonnes développement économique.
infrastructures permettant de les relier et de faciliter 5. Afin de concevoir des politiques ciblées pour les
les échanges. villes et de s’adapter à l’évolution des contextes, les
Certaines des grappes urbaines les plus impor‑ gouvernements ont besoin de données à jour sur
tantes s’étendent sur plusieurs pays. Elles devraient l’état des économies urbaines. Ce rapport montre
bénéficier de la réduction des barrières commer‑ comment des indicateurs infranationaux solides
ciales consécutive à la mise en place de la Zone de peuvent contribuer à une meilleure compréhen‑
libre‑échange continentale africaine (ZLECAf). La ZLE‑ sion des villes. Les systèmes statistiques nationaux
CAf devrait par ailleurs grandement bénéficier à des doivent être améliorés pour être en mesure de
villes n’appartenant pas aux grappes urbaines trans‑ produire des statistiques actualisées pouvant être
frontalières. La réduction des barrières au commerce désagrégées au niveau infranational.
intra‑africain profitera au secteur marchand des villes
et réduira les prix pour leurs consommateurs. Quoi Il faut doter les gouvernements locaux de capacités
qu’il en soit, les opportunités offertes par la mise en et de responsabilités accrues pour qu’ils puissent
œuvre de la ZLECAf doivent être accompagnées d’in‑ soutenir le développement économique
vestissements dans les infrastructures transfrontalières
À mesure que la taille des villes augmente, les gouver‑
et d’autres mesures visant à promouvoir le commerce.
nements locaux jouent un rôle plus déterminant dans
le développement économique. De tous les niveaux de
Les plans nationaux de développement doivent se
gouvernement, ce sont les gouvernements locaux qui
focaliser sur l’économie urbaine
connaissent le mieux leur ville et qui sont le mieux à
L’avenir économique de l’Afrique réside dans ses villes. même de définir des politiques qui correspondent aux
Les stratégies nationales de développement doivent besoins locaux. Ils sont en outre plus directement res‑
refléter les opportunités offertes par l’urbanisation et ponsables de leurs actes devant la population locale et
inclure des mesures pour les mettre à profit. Quatre ont un intérêt marqué pour les bonnes performances
domaines prioritaires sont particulièrement importants : de leur ville. Pourtant, dans la plupart des pays afri‑
1. Il faut créer chaque année un grand nombre d’em‑ cains, les gouvernements locaux ont une faible capacité
plois pour les jeunes urbains dont le nombre ne administrative et des responsabilités qui ne sont pas
cesse de croître. Les gouvernements doivent sou‑ clairement définies. Il leur est difficile de mettre en
tenir les secteurs qui créent des emplois dans les œuvre des politiques de développement économique
zones urbaines. efficaces. Il est donc essentiel de décentraliser des
2. La performance d’une économie est déterminée par compétences et de renforcer les capacités locales afin
sa productivité. Pour améliorer la productivité des que les gouvernements locaux soient à même de soute‑
zones urbaines, les gouvernements doivent investir nir efficacement le développement économique.
dans les villes, promouvoir la croissance de secteurs Les gouvernements locaux africains doivent
à forte productivité, tels que l’industrie et les ser‑ accorder la priorité au développement économique
vices marchands. Ils doivent supprimer les obstacles dans leurs politiques. Dans de nombreuses écono‑
à la création et au développement des entreprises mies à croissance rapide (notamment en Chine), les
urbaines. gouvernements locaux considèrent le développement
3. Chaque pays possède un système urbain spécifique, économique comme leur responsabilité première. Ils
constitué de villes de différentes tailles aux spécia‑ construisent des infrastructures, font la promotion
de leur ville auprès des investisseurs, établissent des De nouvelles sources de financement pour les
liens entre entreprises et universités, développent des gouvernements locaux sont indispensables
projets fonciers pour accueillir de nouvelles activités et
aident les entreprises dans leurs démarches adminis‑ Les gouvernements locaux disposent de ressources
tratives. Fournir des niveaux de soutien similaires aux financières extrêmement limitées. La part des res‑
économies locales en Afrique permettrait de stimuler sources propres dans leurs budgets est faible et les
la croissance économique. transferts financiers en provenance d’autres niveaux de
Les gouvernements locaux qui souhaitent définir gouvernement sont limités et souvent irréguliers. En
des stratégies de développement économique local outre, la grande majorité des gouvernements locaux n’a
peuvent se fonder sur plusieurs principes : pas accès au crédit pour financer des investissements,
• Les paquets de mesures concertées regroupant même si ces derniers offrent des rendements élevés.
des interventions coordonnées sont plus efficaces Ceci explique pourquoi les gouvernements locaux ont
que des mesures isolées. Les stratégies efficaces de du mal à développer leurs capacités administratives. Ils
développement économique local sont celles qui manquent également souvent de ressources propres
englobent plusieurs secteurs d’intervention ainsi pour investir, même lorsque ces investissements seraient
que des acteurs gouvernementaux et non gouverne‑ économiquement et socialement bénéfiques et produi‑
mentaux. raient à long terme une hausse des recettes fiscales.
• Les avantages concurrentiels varient en fonc‑ Il n’existe pas de solution unique pour répondre
tion du lieu. La réussite de nombreuses stratégies aux besoins de financement des gouvernements
de développement économique local repose sur locaux. Il revient aux gouvernements nationaux d’ac‑
l’identification et l’exploitation de ces avantages croître leur soutien financier aux gouvernements
concurrentiels spécifiques. locaux ; de les doter d’une plus grande stabilité fiscale ;
• Les politiques de développement économique local de leur permettre ainsi de s’engager à long terme,
visant à renforcer les secteurs et les activités exis‑ notamment sur des investissements majeurs dans les
tantes ont plus de chances de réussir que celles qui infrastructures. Les gouvernements locaux, quant à
espèrent attirer des secteurs économiques entière‑ eux, doivent générer davantage de ressources propres
ment nouveaux. Les gouvernements locaux doivent en améliorant leurs recettes fiscales et en développant
travailler avec les entreprises locales pour mieux de nouvelles sources de revenu. Dans de nombreux
connaître les opportunités économiques sur les‑ pays, il faudra pour cela accorder aux gouvernements
quelles fonder leurs politiques. locaux des pouvoirs fiscaux accrus.
• Les villes contribuent à la diversification économique Toutefois, même une hausse significative des
des économies nationales grâce à leurs différentes transferts et des recettes fiscales ne permettra sans
spécialisations économiques. La plupart des pays doute pas de répondre aux besoins d’investissement
hautement diversifiés ne sont pas uniformes sur des villes africaines. Les gouvernements nationaux et
le plan économique. En général, ils comptent de locaux doivent travailler ensemble pour que ces der‑
nombreuses villes à spécialisations économiques niers puissent recourir au financement par emprunt et
distinctes qui contribuent ensemble à créer une éco‑ soient ainsi à même d’investir dans les infrastructures.
nomie diversifiée. Une première étape consisterait à accorder des prêts
• Les universités et autres institutions d’enseignement aux gouvernements locaux par le biais de fonds publics
supérieur peuvent être des sources d’innovation d’investissement. Il s’agit là d’une source de finance‑
et d’entrepreneuriat. Il faut les encourager à tra‑ ment à part entière. Pour les gouvernements locaux, le
vailler en étroite collaboration avec les entreprises recours à ces fonds est également l’occasion d’acqué‑
locales, par exemple en proposant des programmes rir une expérience du financement par emprunt ; cette
d’enseignement qui correspondent aux besoins des expérience étant susceptible de leur permettre d’accé‑
entreprises ou en créant des incubateurs d’entreprises. der à d’autres formes de crédit.
Résumé
Une nouvelle perspective de l’économie urbaine africaine
Le débat politique sur l’urbanisation en Afrique a long‑ le sous‑emploi y est moins répandu : les travailleurs
temps souffert d’un manque de données fiables. Ce urbains enregistrent en effet 30 % d’heures de travail
chapitre présente de nouvelles évidences, fondées sur de plus que les travailleurs ruraux. La part des tra‑
des données recueillies auprès de plus de 4 millions vailleurs ayant des emplois qualifiés atteint environ
d’individus issus de 2 600 villes, dans 34 pays différents, 50 % pour les hommes et 25 % pour les femmes dans
et travaillant tant dans l’économie formelle que dans les grandes villes et les villes moyennes, contre seule‑
l’économie informelle. En associant les individus avec ment 18 % et 11 %, respectivement, en zones rurales.
leur lieu d’habitation à partir de leurs coordonnées, il • Les villes facilitent l’accès aux services et aux
est désormais possible de décrire les villes africaines infrastructures. Les enfants des grandes villes
d’une manière beaucoup plus détaillée. reçoivent en moyenne près de cinq années d’éduca‑
• Ces données montrent que l’urbanisation de l’Afrique tion de plus que les enfants des zones rurales. Dans
a contribué d’une manière significative à l’améliora‑ les grandes villes, 80 % des ménages sont connectés
tion des résultats économiques et du niveau de vie. au réseau électrique, contre 20 % seulement en zones
Au sein de leur pays, ce sont les villes qui enregistrent rurales. Plus de la moitié des ménages des grandes
les meilleurs résultats dans la plupart des catégories. villes disposent d’un compte en banque alors que ce
1
Dans les grandes villes, les salaires horaires sont taux ne s’élève qu’à 20 % dans les campagnes.
deux fois plus élevés que ceux des zones rurales et
Graphique 1.1. Nombre moyen d’années de scolarité des habitants de 18 à 29 ans, selon la taille des villes
Années
10
0
Zones rurales 10 000 - 50 000 50 000 - 250 000 250 000 - 1 000 000 1 000 000+
Catégories de taille de ville
Note Auteurs sur la base des enquêtes EDS portant sur diverses années entre 2010 et 2019 pour les pays suivants : AGO, BEN, BFA, BDI, CIV, CMR, COD, COM,
GAB, GHA, GIN, KEN, LBR, LSO, MDG, MLI, MOZ, MWI, NAM, NGA, RWA, SEN, SLE, TCD, TGO, TZA, UGA, ZAF, ZMB, ZWE.
Source Calculs de l’OCDE/Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest (CSAO) à partir des données EDS (1990‑2019[1]) et Africapolis (OCDE/CSAO, 2018[2]).
• Les taux de fécondité dans les grandes villes sont la croissance de la population urbaine causée par
inférieurs de 37 % à ceux des zones rurales ; et la diffé‑ l’urbanisation a également profité aux résidents des
rence entre leurs rapports de dépendance (le rapport villes en expansion.
entre la population en âge de travailler et celle trop • Les villes sont porteuses d’économies d’agglomé‑
jeune ou trop âgée pour travailler) est encore plus ration. Les entreprises et les travailleurs des villes
élevée. Or, des rapports de dépendance moins élevés sont plus productifs que ceux des zones rurales ;
signifient de meilleurs niveaux de Produit intérieur quant aux entreprises et travailleurs des villes rela‑
brut (PIB) par habitant car chaque habitant en âge tivement grandes, ils sont plus productifs que ceux
de travailler doit subvenir aux besoins de moins des villes relativement petites. Quand les personnes
d’habitants qui ne sont pas en âge de travailler. migrent des zones rurales vers les zones urbaines et
• Les villes petites et moyennes obtiennent en moyenne que les villes grandissent, la productivité de l’éco‑
des résultats moins bons que les grandes villes, mais nomie augmente. Un calcul rapide suggère que la
nettement meilleurs que les zones rurales. Pour la hausse de productivité − due à la croissance des
plupart des indicateurs, l’écart entre les zones rurales économies d’agglomération provoquée par l’urbani‑
et les petites villes (de 10 000 à 50 000 habitants) est sation − représente 0.33 point de pourcentage de la
supérieur à l’écart entre les petites et les grandes croissance du PIB par habitant en Afrique. Cela cor‑
villes (celles de plus d’un million d’habitants). respond à 29 % de la croissance annuelle moyenne
• L’urbanisation profite également aux zones rurales du PIB en Afrique entre 2001 et 2020.
qui, grâce aux villes, accèdent aux marchés, aux • Les leviers de développement économique, comme
infrastructures et aux services. La proximité des villes l’accès à l’électricité, à l’éducation et aux services ban‑
est fortement corrélée à de meilleurs résultats dans la caires, ont progressé dans les villes, conformément
plupart des dimensions analysées dans ce chapitre. aux tendances nationales. Mais si les villes obtiennent
Avec l’émergence de près de 4 500 nouvelles villes partout de meilleurs résultats que les zones rurales,
africaines entre 1990 et 2015, des millions d’habitants les indicateurs clés de l’économie urbaine n’ont que
des campagnes ont pu accéder aux opportunités faiblement augmenté depuis les années 90. La part
économiques, aux services et aux infrastructures des des emplois qualifiés est restée constante. De même,
villes voisines. la part des ménages qui possèdent des biens de
• Depuis 1990, les villes africaines ont vu leur popula‑ consommation durables, comme un réfrigérateur ou
tion croître d’environ 500 millions d’habitants, sans une voiture, n’a, au mieux, que faiblement augmenté.
pour autant perdre leurs avantages économiques, ni L’urbanisation offre des avantages économiques
leur avance en matière d’infrastructures ou de four‑ majeurs en permettant aux habitants des villes d’ac‑
niture de services. L’urbanisation a ainsi amélioré la céder à de meilleurs emplois et de meilleurs services.
qualité de vie de millions de migrants ruraux dans les Toutefois, des efforts supplémentaires s’imposent si
villes. Comme les grandes villes ont tendance à obte‑ l’on veut que les villes deviennent les moteurs d’une
nir de meilleurs résultats que les villes plus petites, croissance économique durable.
Les données sur les villes africaines et leurs écono‑ l’amélioration des résultats économiques et des niveaux
mies sont limitées en comparaison des autres régions de vie. S’il est indéniable que les villes font face à des défis
du monde. Les villes africaines sont souvent perçues majeurs, le chapitre montre qu’elles obtiennent, dans la
comme surpeuplées, embouteillées et peu produc‑ plupart des dimensions, des résultats nettement meil‑
tives ; et l’urbanisation rapide comme une menace ou, leurs que le reste du pays où elles se situent. Souvent,
au mieux, comme un problème à résoudre. Ce chapitre l’écart entre la performance des villes et les moyennes
questionne cette perception. Il montre que l’urba‑ nationales est beaucoup plus important en Afrique
nisation est bénéfique pour l’Afrique et contribue à que dans de nombreuses autres régions du monde.
Ce chapitre présente de nombreux nouveaux entre grandes villes et petites villes tend à être plus
indicateurs basés sur un ensemble de sources de faible que celui entre petites villes et zones rurales.
microdonnées contenant des millions d’observations Si la population urbaine de l’Afrique a augmenté
individuelles. Le Tableau annexe 1.A.1 donne un aperçu d’environ 500 millions d’habitants entre 1990 et 2020,
général des pays concernés. Ces indicateurs sont les villes africaines continuent d’enregistrer de bonnes
construits en utilisant une définition uniforme de ce qui performances. Pour la plupart des dimensions mesu‑
constitue une ville fournie par la base de données Africa rables, les écarts entre zones rurales et urbaines sont
polis. Une définition uniforme est indispensable pour restés largement stables sur la période. L’urbanisation
obtenir des indicateurs comparables ; la définition de la a fortement stimulé les résultats économiques et le
ville varie parfois considérablement d’un pays à l’autre. niveau de vie, permettant à des centaines de millions
Les données incluent des individus, choisis indépen‑ de personnes de quitter des zones rurales écono‑
damment de leur statut professionnel, travaillant dans le miquement moins performantes pour bénéficier de
secteur informel ou formel. Les indicateurs fournissent meilleures opportunités dans les villes. Cependant,
donc une moyenne représentative de l’économie for‑ il n’est pas certain que les économies urbaines se
melle et informelle, sans faire de distinction entre les transforment rapidement. Par exemple, les taux d’équi‑
deux. Le chapitre montre des écarts importants et sys‑ pement en biens de consommation durables, tels que
tématiques entre les résultats moyens des villes et ceux les réfrigérateurs, est resté stable ou n’a connu qu’une
des zones rurales, comme entre les résultats moyens de faible hausse au cours des trois dernières décennies.
villes de différentes tailles. Malgré ces tendances claires, Les avantages de l’urbanisation profitent également
il est important de garder à l’esprit que l’Afrique est un aux zones rurales. Dans ces dernières, la proximité des
continent hétérogène présentant de larges variations villes est corrélée à de meilleurs résultats. Par exemple, le
en termes de niveau de revenu et de niveau de vie. Les niveau moyen d’éducation et la part des emplois qualifiés
moyennes présentées dans ce chapitre indiquent donc dans les zones rurales déclinent fortement à mesure que
des tendances générales, mais peuvent cacher des la distance avec la ville la plus proche augmente. Avec
variations entre villes de taille égale. Ces différences l’émergence de près de 5 000 nouvelles villes africaines,
ne peuvent être examinées en détail dans le cadre d’un entre 1990 et 2020, des millions d’habitants des campagnes
chapitre, mais ne sont pas négligeables pour autant. ont pu accéder aux opportunités économiques, aux ser‑
Ce chapitre, s’appuie sur des travaux connexes vices et aux infrastructures fournis par les zones urbaines.
pour élaborer des évaluations quantitatives des villes Si ce chapitre montre que les villes africaines
des pays en développement sur la base de microdon‑ enregistrent de bons résultats dans le contexte de
nées géocodées, notamment Henderson et al. (2019[3]), leur pays, il est clair qu’elles doivent relever des défis.
OCDE/Commission européenne (2020[4]) et Gollin et al. Beaucoup de villes africaines manquent de planifica‑
(2021[5]). Les données utilisées dans ce chapitre sont tion, d’infrastructures et de services publics suffisants,
antérieures à la pandémie de COVID‑19. Au moment de en comparaison avec d’autres régions du monde. Elles
la rédaction de ce rapport, il n’était pas encore possible sont confrontées à des niveaux croissants de pollution et
de prévoir si cette pandémie aurait des effets durables menacées par le changement climatique. Le coût élevé
sur les villes africaines (voir aussi Encadré 1.4). des activités commerciales limite la compétitivité de
Les emplois disponibles dans les villes africaines leurs économies et les villes africaines ne connaissent
exigent des compétences plus élevées et sont générale‑ pas les transformations rapides observées dans d’autres
ment mieux rémunérés que dans les zones rurales. Les économies émergentes, comme la Chine. Il incombe
infrastructures y sont meilleures et les services plus aux gouvernements africains de relever ces défis s’ils
largement disponibles. Les habitants des villes bénéfi‑ veulent que leurs villes atteignent les niveaux de déve‑
cient d’une meilleure éducation, et les taux de fécondité loppement enregistrés dans d’autres régions du globe.
et rapports de dépendance y sont inférieurs à ceux des En dépit des défis auxquels font face les villes
zones rurales. Le sous‑emploi est moins répandu car africaines, les données montrent clairement que l’ur‑
les travailleurs urbains travaillent plus longtemps et banisation africaine apporte d’importants bénéfices
sont plus susceptibles d’avoir un emploi formel que économiques et sociaux. Reconnaître ce fait est une
les travailleurs ruraux. En outre, les grandes villes condition préalable à une gestion efficace de la croissance
obtiennent généralement de meilleurs résultats que les urbaine. Si les défis doivent être relevés, ils ne doivent
petites villes dans la plupart des dimensions. La part pas servir d’argument pour contenir l’urbanisation que
des entreprises qui investissent dans la recherche et connaît l’Afrique. Son urbanisation rapide constitue
développement (R&D), par exemple, augmente consi‑ une opportunité unique. Les gouvernements doivent
dérablement avec la taille des villes. Cependant, l’écart concentrer leurs efforts pour en tirer le meilleur parti.
Les indicateurs clés présentés dans ce chapitre se basent les résultats économiquement pertinents. Les données
sur quatre bases de données. La méthodologie retenue EDS sont géoréférencées (elles fournissent les coor‑
pour le traitement de ces données est décrite au sein de données géographiques des répondants), ce qui permet
l’Encadré 1.2. Les quatre bases de données utilisées pour d’associer les individus aux villes définies par Africapolis.
construire ces indicateurs sont les suivantes :
Living Standard Measurement Study (LSMS)
Africapolis
Les données des enquêtes Living Standard Measurement
Africapolis (OCDE/CSAO, 2018[2]) est une base de don‑ Study (LSMS), (en français Étude de mesure des niveaux
nées géospatiale complète et homogène sur les villes. Elle de vie), (Banque mondiale, 2008‑2019[6]) constituent un
se base sur une définition uniforme des zones urbaines autre ensemble de microdonnées géoréférencées. Elles
et couvre 7 721 villes africaines, de plus de 10 000 habit‑ fournissent des informations sur la situation économique
ants en 2015. Elle fournit des estimations de population au des ménages et sont donc tout à fait pertinentes pour ce
niveau des agglomérations individuelles, une géolocalisa‑ chapitre. Cependant, la couverture des pays reste limitée
tion systématique et des données relatives à la superficie (les enquêtes géocodées ont pu être utilisées pour six pays
et au développement de ces agglomérations depuis 1950. uniquement entre 2008 et 2019) et la taille des échantillons
Les villes sont définies comme des zones bâties contiguës relativement faible (moins de 100 000 ménages au total). En
(avec des écarts de moins de 200 mètres séparant les bâti‑ outre, les bases de données LSMS contiennent davantage
ments) comptant au moins 10 000 habitants. d’éléments spécifiques aux pays que les données EDS et
sont donc moins comparables entre pays.
Enquêtes Démographiques et de Santé (EDS)
Enterprise Surveys
Les Enquêtes Démographiques et de Santé (EDS) (en
anglais, Demographic and Health Surveys ou DHS) (EDS, Les Enterprise Surveys ou enquêtes sur les entreprises
1990‑2019[1]) constituent la source de données la plus com‑ (Banque Mondiale, 2010‑2019[7]) contiennent des infor‑
plète concernant les individus en Afrique. Depuis 1990, mations sur les entreprises individuelles, notamment les
près de 150 enquêtes ont été réalisées dans 32 pays, rassem‑ caractéristiques clés de leurs activités commerciales, leurs
blant des informations sur plus de 4 millions de personnes. employés et les obstacles auxquels elles sont confrontées.
Comme leur nom l’indique, les données EDS ne portent pas Contrairement aux données EDS et LSMS, elles ne sont pas
uniquement sur les résultats économiques, bien qu’elles géoréférencées ; il n’est donc pas possible d’associer les
fournissent une quantité considérable d’informations sur entreprises avec les villes au sein desquelles elles se situent.
Les villes africaines obtiennent des zones urbaines. L’Afrique ne fait pas exception.
de meilleurs résultats que les zones rurales Les salaires horaires moyens des six pays pour les‑
dans de nombreux domaines quels des données sont disponibles (Éthiopie, Mali,
Malawi, Nigéria, Tanzanie et Ouganda) s’élèvent à
Les niveaux de revenu et de consommation sont 0.51 USD dans les zones rurales et 1.03 USD dans les
plus élevés dans les villes que dans les zones rurales villes relativement grandes (plus de 250 000 habitants),
soit pratiquement le double (Graphique 1.2). Cet écart
Partout dans le monde, la productivité des travailleurs salarial se reflète directement dans plusieurs indica‑
et des entreprises tend à être plus élevée dans les teurs du niveau de vie, tels que la consommation et la
villes que dans les zones rurales ; ce qui se traduit par richesse, mais aussi dans d’autres résultats, tels que la
des salaires moyens plus élevés pour les travailleurs possession d’actifs, présentés ci‑dessous.
Graphique 1.2. Salaires horaires dans les villes et zones rurales, 2010‑19
USD
1.2
1.0
0.8
0.6
0.4
0.2
0
Zones rurales 10 000 - 50 000 50 000 - 250 000 250 000 - 1 000 000 1 000 000+
Catégories de taille de ville
Note Moyennes basées sur des données des pays suivants: ETH, MLI, MWI, NGA, TZA et UGA pour 2010‑19, USD 2010.
Source Calculs OCDE/CSAO fondés sur LSMS (Banque mondiale, 2008‑2019[6]) et Africapolis (OCDE/CSAO, 2018[2]).
L’écart des niveaux de consommation entre les De plus, les rapports de dépendance sont plus faibles
zones rurales et urbaines est encore plus important que dans les zones urbaines que dans les zones rurales. Pour
l’écart des salaires horaires (Graphique 1.3), en parti‑ 100 habitants en âge de travailler, les villes comptent
culier l’écart entre les petites villes et les zones rurales. environ 30 personnes inactives en raison de leur âge
Plusieurs facteurs sont responsables de cette différence. (personnes trop jeunes ou trop âgées pour travailler) de
Comme expliqué ci‑après, le nombre d’heures travail‑
lées est nettement plus élevé dans les zones urbaines que
moins que dans les zones rurales. Cela implique qu’un
pourcentage plus élevé de la population des villes tra‑
3
dans les zones rurales, ce qui implique que les différences vaille ; les niveaux moyens de revenu par personne y
de salaire total entre les zones rurales et urbaines sont sont donc plus élevés et les niveaux de consommation
plus importantes que les différences de salaire horaire. supérieurs pour un niveau de rémunération donné1.
Graphique 1.3. Dépenses annuelles de consommation des villes et zones rurales par habitant, 2010‑19
USD
1 000
800
600
400
200
0
Zones rurales 10 000 - 50 000 50 000 - 250 000 250 000 - 1 000 000 1 000 000+
Catégories de taille de ville
Note Données portant sur les pays suivants : ETH, MLI, MWI, NGA, TZA et UGA pour 2010‑19, en USD 2010.
Source Calculs OCDE/CSAO fondés sur LSMS (Banque mondiale, 2008‑2019[6]) et Africapolis (OCDE/CSAO, 2018[2]).
La plupart des indicateurs mentionnés dans ce chapitre à la ville et en utilisant les pondérations fournies
sont fondés sur les microdonnées des enquêtes EDS et par les enquêtes EDS et LSMS. Cette opération est
LSMS, qui sont appariées aux différentes villes définies par répétée pour chaque vague d’enquêtes. Les moyennes
Africapolis (voir Encadré 1.1 pour une description des dif‑ annuelles sont créées pour les villes couvertes par plu‑
férentes bases de données). Pour obtenir ces indicateurs, sieurs vagues d’enquêtes à différentes.
la méthode suivante a été employée : 3. Les moyennes par catégorie de taille de ville sont
1. Les individus et/ou ménages couverts par les enquêtes créées en faisant la moyenne de toutes les moyennes
EDS et LSMS sont appariés aux zones bâties des pour cette catégorie de taille pour tous les pays dis‑
villes telles que définies par Africapolis, en fonction ponibles entre 2010 et 2019. Les villes sont pondérées
de leur localisation. Cette étape est compliquée par de manière à ce que chaque ville ait la même influence
le fait que les enquêtes EDS et LSMS n’utilisent pas sur la moyenne de sa catégorie de taille, indépendam‑
des définitions homogènes des zones urbaines et ment de sa population ou du nombre d’enquêtes dont
appliquent un décalage aléatoire de 2 ou 5 kilomètres, elle a fait l’objet au cours de la période. De même, les
respectivement, aux coordonnées des ménages afin moyennes des zones rurales sont créées en calcu‑
de préserver l’anonymat des personnes interrogées. lant la moyenne des zones rurales pour tous les pays
Pour contourner ce problème, un ménage est assigné couverts. La zone rurale de chaque pays a la même
à une ville s’il est défini par EDS ou LSMS comme un influence sur la moyenne rurale, indépendamment de
ménage urbain et si une ville correspondant à la défi‑ sa population.
nition d’Africapolis se situe dans la zone d’incertitude. Contrairement aux données EDS et LSMS, les données
De même, les ménages qui sont définis par EDS ou des Enterprise Surveys ne sont pas géolocalisées. Ces
LSMS comme étant ruraux mais qui ont une probabilité données indiquent si l’entreprise se situe dans une ville
supérieure à 50 % d’être en réalité situés dans la zone comptant entre 50 000 et 250 000 habitants, entre 250 000
bâtie d’une ville selon Africapolis sont affectés à cette et 1 million d’habitants ou plus de 1 million d’habitants,
ville2. Au total, les observations de EDS et LSMS ont pu souvent sans identifier précisément cette ville. Comme
être appariées avec environ un tiers des 7 721 villes de il n’est pas possible d’apparier les entreprises aux villes
la base de données Africapolis. Tous les autres ménages individuelles, les moyennes des entreprises ont été cal‑
ont été considérés comme ruraux. culées en fonction des catégories de taille de ville fournies
2. Les moyennes au niveau de chaque ville sont calculées par les Enterprise Surveys, en utilisant les pondérations
en faisant la moyenne de tous les individus assignés d’échantillonnage fournies, sans autre traitement.
Des différences frappantes sont observées entre pauvre est de 33 % en zones rurales, contre seulement
zones rurales et urbaines en ce qui concerne la répar‑ 2 % dans les grandes villes de plus de 1 million d’ha‑
tition de la richesse. Alors qu’en moyenne, seulement bitants (Graphique 1.4)3. Ce différentiel de richesse
4 % de la population rurale appartient au quintile le s’exprime aussi par la propriété de biens spécifiques :
plus riche d’un pays, cette part est de 30 % dans les par exemple, 18 % des habitants des villes de plus de
villes de 10 000 à 50 000 habitants et 59 % pour les 1 million d’habitants font partie d’un ménage possé‑
villes de plus de 1 million d’habitants. À l’inverse, dant une voiture, contre seulement 3 % dans les zones
la part des habitants appartenant au quintile le plus rurales.
Graphique 1.4. Répartition des habitants des zones rurales et urbaines par quintile de richesse
100 %
80 %
60 %
40 %
20 %
0%
Zones rurales 10 000 - 50 000 50 000 - 250 000 250 000 - 1 000 000 1 000 000+
Catégories de taille de ville
Note Données portant sur diverses années entre 2010 et 2019 pour les pays suivants : AGO, BEN, BFA, BDI, CIV, CMR, COD, COM, GAB, GHA, GIN, KEN, LBR, LSO, MDG, MLI,
MOZ, MWI, NAM, NGA, RWA, SEN, SLE, TCD, TGO, TZA, UGA, ZAF, ZMB, ZWE. Les données concernant les quintiles de richesse sont basées sur l’indice de richesse d’EDS.
Source Calculs OCDE/CSAO fondés sur EDS (1990‑2019[1]) et Africapolis (OCDE/CSAO, 2018[2]).
Comme mentionné plus haut, les moyennes inter‑ de nombreuses villes, ce chiffre n’est pas représentatif.
pays ne reflètent pas les hétérogénéités entre pays. Par Au Cap (Afrique du Sud), 49 % des ménages possèdent
exemple, 18 % des habitants des grandes villes vivent une voiture, contre moins de 3 % pour Kisii (Kenya)
dans un ménage qui possède une voiture, mais pour (Graphique 1.5).
Voiture Motocycle
100 %
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Note Le pourcentage correspond au nombre de personnes qui vivent dans un ménage possédant une voiture ou un motocycle. Comme la taille des ménages varie selon les
pays, cet indicateur n’est pas représentatif du taux de propriété de voitures/motocycles par habitant. Voir Encadré 1.3 pour plus de précisions sur la manière dont les villes du
graphique ont été sélectionnées.
Source Calculs OCDE/CSAO fondés sur EDS (1990‑2019[1]) et Africapolis (OCDE/CSAO, 2018[2]).
Les taux d’emploi sont plus faibles dans les villes des hommes et 60 % des femmes ont un emploi ou
qu’en zones rurales, mais le sous‑emploi est moins travaillent à leur compte (Graphique 1.6). Les taux d’em‑
répandu ploi sont généralement plus élevés pour les hommes
que pour les femmes, mais les différences entre les
Les salaires plus élevés dans les villes ne se traduisent villes varient considérablement d’un pays à l’autre. Le
pas par des taux d’emploi plus élevés. En effet, les taux Graphique 1.7 montre que les villes d’Afrique du Nord
d’emploi urbains sont légèrement inférieurs à ceux des en particulier présentent des taux d’emploi très faibles
zones rurales. Pour les habitants des villes âgés de 18 à pour les femmes, alors que dans d’autres villes, comme
49 ans, les taux moyens d’emploi se situent entre 79 % Accra (Ghana), Antananarivo (Madagascar) et Lomé
et 82 % pour les hommes et entre 58 % et 61 % pour (Togo), le taux d’emploi des femmes est presque aussi
les femmes. Dans les zones rurales, en revanche, 85 % élevé que celui des hommes.
Hommes Femmes
80 %
60 %
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Zones rurales 10 000 - 50 000 50 000 - 250 000 250 000 - 1 000 000 1 000 000+
Catégories de taille de ville
Note Données portant sur diverses années entre 2010 et 2019 pour les pays suivants : AGO, BEN, BFA, BDI, CIV, CMR, COD, COM, GAB, GHA, GIN, KEN, LBR, LSO, MDG,
MLI, MOZ, MWI, NAM, NGA, RWA, SEN, SLE, TCD, TGO, TZA, UGA, ZAF, ZMB, ZWE. Individus de 18 à 49 ans.
Source Calculs OCDE/CSAO fondés sur EDS (1990‑2019[1]) et Africapolis (OCDE/CSAO, 2018[2]).
7
Graphique 1.7. Taux d’emploi par sexe dans certaines villes sélectionnées
Hommes Femmes
100 %
80 %
60 %
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Encadré 1.3. Pourquoi les indicateurs ne sont‑ils présentés que pour quelques villes ?
La méthode décrite au sein de l’Encadré 1.2 permet d’appa‑ sont pas représentatives. Dans de nombreux cas, ce sont
rier les observations provenant des bases de données EDS des quartiers majoritairement pauvres ou riches qui ont
et LSMS aux 2 600 villes d’Afrique. Cependant, dans la plu‑ été enquêtés. Ce n’est que si le nombre de sites d’échan‑
part des cas, le nombre d’observations n’est pas suffisant tillonnage est élevé qu’il est probable que les sites soient
pour obtenir des statistiques fiables pour une ville donnée. représentatifs de la ville dans son ensemble. Pour éviter
En effet, les données EDS et LSMS ne sont pas expressé‑ de fournir une image erronée, les données d’une ville ne
ment collectées pour faire l’objet d’une analyse désagrégée sont prises en compte que si l’on a enquêté un minimum
a un tel niveau géographique. Les deux enquêtes se base de 500 personnes issues de 250 ménages différents vivant
sur un échantillonnage par conglomérats, qui ne sélec‑ dans au moins 50 endroits différents de cette ville. Dans
tionne pas les répondants aléatoirement dans toutes les ce cas, il est beaucoup moins probable que les résultats
zones. Ainsi, les zones d’échantillonnage (aussi nommées dépendent de l’emplacement des zones d’échantillonnage.
conglomérats ou grappes) sont sélectionnées de manière Des données détaillées au niveau des villes pour toutes
aléatoire et seulement 20 à 30 ménages vivant au sein les villes seront mises à la disposition des chercheurs et
d’une zone tirée sont enquêtés. Par conséquent, une ville analystes intéressés. Pour y accéder, veuillez contacter
type comprend des données correspondant à 150 indivi‑ [email protected].
dus (dont de nombreux enfants) provenant de 30 ménages Il est important de noter que l’erreur d’échantil‑
différents dans un quartier étroitement défini de cette ville. lonnage pour les villes analysées individuellement est
Ainsi, si les données contiennent des informations nettement moins préoccupante lorsque les moyennes sont
concernant plusieurs centaines de personnes vivant au calculées par catégorie de taille de ville. Dans ce cas, l’er‑
d’une ville donnée, elles ne suffisent pas pour créer des reur d’échantillonnage s’annule et les indicateurs obtenus
moyennes fiables au niveau de la ville car les individus pour chaque catégorie de taille de villes ont une précision
n’ont été échantillonnés que dans certaines zones de la beaucoup plus élevée que les indicateurs correspondant
ville. Par conséquent, les données de nombreuses villes ne aux villes prises individuellement.
Les taux élevés de chômage rural sont compensés jusqu’à 49 heures pour les habitants des villes de plus
par le faible nombre d’heures travaillées de 1 million d’habitants, soit une différence de 39 %. Le
taux d’emploi élevé des zones rurales masque un sous‑
S’il est vrai que le taux d’emploi des villes est légèrement emploi important : les habitants de ces zones travaillent
inférieur à celui des zones rurales, cela est largement moins d’heures qu’ils ne le pourraient s’ils avaient le
compensé par la différence du nombre d’heures tra‑ choix ; cela est largement dû au caractère saisonnier du
vaillées. En moyenne, les habitants des campagnes travail agricole. De plus, la part des travailleurs salariés
en emploi travaillent 36 heures par semaine contre est nettement plus élevée dans les grandes villes.
Graphique 1.8. Les résidents urbains travaillent plus d’heures et ont plus de chances d’être salariés
60 50 %
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25 25
Catégories de taille de ville
Note Moyennes basées sur des données concernant ETH, MLI, MWI, NGA, TZA et UGA pour 2010‑19.
Source Calculs OCDE/CSAO fondés sur LSMS (Banque Mondiale LSMS, 2008‑2019[6]) et Africapolis (OCDE/CSAO, 2018[2]).
La pandémie de COVID‑19 a fait de nombreuses victimes jusqu’à 60 % de leur revenu en 2021 (ONU‑Habitat, CEA,
en Afrique. Outre son impact sur la santé publique, qui FENU and CGLU Afrique, 2020[10]). Cette baisse est partic‑
n’a pas encore été clairement mesuré, la pandémie a eu ulièrement inquiétante si l’on considère la capacité fiscale
des conséquences économiques majeures. Les personnes des gouvernements locaux déjà faible avant le début de la
s’activant dans le secteur informel ont perdu en moy‑ pandémie (voir Chapitres 4 et 5).
enne 7.7 % de leur revenu en raison des confinements, Ce rapport a été rédigé pendant la pandémie, à un
le plus souvent sans bénéficier d’aucun programme de moment où l’on ne saisissait pas encore pleinement les
protection sociale (OIT, 2021[8]). En Afrique, le nombre d’in‑ conséquences de celle‑ci. S’il est possible que son impact
dividus menacés par l’insécurité alimentaire a également économique soit transitoire, on ne peut exclure des effets à
augmenté de 60 %, pour atteindre plus de 100 millions long terme sur les économies urbaines, dus soit à une crise
(Banque Mondiale, 2021[9]). économique durable, soit à une modification des modes
La crise économique a eu des conséquences drama‑ d’urbanisation. Ce rapport se base sur des données allant
tiques sur les finances publiques. Selon les prévisions, jusqu’à 2019. Les statistiques qui y sont discutées ne ren‑
la pandémie réduira les recettes publiques de l’Afrique dent donc pas compte de l’impact de la pandémie.
de 5 %, et les gouvernements locaux pourraient perdre
La proportion des travailleurs ayant des emplois En Afrique, l’agriculture représente l’occupation
qualifiés est plus élevée en ville dominante au sein des zones rurales, représentant
près de 60 % de l’ensemble des travailleurs. Les pays
Dans le monde entier, les zones urbaines ont des éco‑ urbanisés ont généralement des taux d’emploi agricole
nomies plus complexes que les zones rurales. Les villes plus faibles. Cependant, la vente, les postes manuels
des économies émergentes sont souvent des centres qualifiés, les services, les activités professionnelles et
d’activité industrielle alors que celles des économies techniques et les postes de cadres dominent dans les
avancées tendent à dépendre des services. À l’inverse, villes, quelle que soit leur taille. Au total, ces activités
les zones rurales sont beaucoup plus largement dépen‑ représentent presque la moitié des emplois dans les
dantes de l’agriculture et des industries extractives et zones urbaines (Graphique 1.9). Même dans les petites
la part des emplois qualifiés et du secteur des services villes, de moins de 50 000 habitants, seule 16 % de la
y est plus faible. Toutefois, particulièrement dans les main‑d’œuvre s’active dans l’agriculture. Bien entendu,
pays à revenu élevé, l’agriculture tend à n’employer ce chiffre ne prend pas en compte l’importance indi‑
qu’une faible proportion des individus, même dans les recte de l’agriculture avec une part considérable de
zones rurales. Dans un pays moyen de l’OCDE, seuls la main‑d’œuvre de ces villes qui s’active dans des
7 % des travailleurs des zones rurales sont en emploi
9
secteurs qui dépendent de l’agriculture, comme le
dans l’agriculture (OCDE, 2021). commerce ou la transformation de produits agricoles.
100 %
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Zones rurales 10 000 - 50 000 50 000 - 250 000 250 000 - 1 000 000 1 000 000+
Catégories de taille de ville
Note Auteurs sur la base des enquêtes EDS portant sur diverses années entre 2010 et 2019 pour les pays suivants : AGO, BEN, BFA, BDI, CIV, CMR, COD, COM, GAB, GHA,
GIN, KEN, LBR, LSO, MDG, MLI, MOZ, MWI, NAM, NGA, RWA, SEN, SLE, TCD, TGO, TZA, UGA, ZAF, ZMB, ZWE.
Source Calculs OCDE/CSAO fondés sur EDS (1990‑2019[1]) et Africapolis (OCDE/CSAO, 2018[2]).
Les catégories professionnelles fournies par qualifiés est nettement moins importante dans les
EDS peuvent être classées en emplois qualifiés et zones rurales. Chez les hommes, moins de 20 % des
non qualifiés. Il s’agit là d’une classification approxi‑ travailleurs des zones rurales occupent un emploi qua‑
mative, certes, étant donné le manque de détails dans lifié, contre 50 % environ dans les villes moyennes et
les catégories professionnelles disponibles, mais elle grandes. La part des femmes occupant un emploi qua‑
révèle une tendance claire : la proportion des emplois lifié est généralement plus faible, mais la tendance est
la même : 11 % des femmes ont des emplois qualifiés les deux sexes, la proportion des personnes qualifiées
dans les zones rurales alors que cette part est comprise dans les grandes villes est d’environ 2.5 fois celle des
entre 20 % et 25 % dans les villes, selon leur taille. Pour zones rurales.
1
Graphique 1.10. Proportion des travailleurs occupant des emplois qualifiés et non qualifiés
Hommes Femmes
100 %
80 %
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25 25
Catégories de taille de ville
Note Auteurs sur la base des enquêtes EDS portant sur diverses années entre 2010 et 2019 pour les pays suivants : AGO, BEN, BFA, BDI, CIV, CMR, COD, COM, GAB,
GHA, GIN, KEN, LBR, LSO, MDG, MLI, MOZ, MWI, NAM, NGA, RWA, SEN, SLE, TCD, TGO, TZA, UGA, ZAF, ZMB, ZWE. Les catégories des enquêtes EDS ont été réparties
en occupations qualifiées/non qualifiées comme suit : les occupations qualifiées sont les tâches professionnelles, techniques, d’encadrement et de bureau et le travail manuel
qualifié ; les occupations non qualifiées sont la vente, l’agriculture, le travail ménager et domestique, les services et le travail manuel non qualifié.
Source Calculs OCDE/CSAO fondés sur EDS (1990‑2019[1]) et Africapolis (OCDE/CSAO, 2018[2]).
Le Graphique 1.11 montre le rapport entre la part sont davantage sujettes au bruit d’échantillonnage et
des emplois qualifiés et le lieu d’habitation (urbain/ donc moins précises que les chiffres agrégés, les ten‑
rural) par pays. Si les estimations au niveau des pays dances décrites se vérifient dans la plupart des pays.
Graphique 1.11. Proportion des travailleurs occupant un emploi qualifié, par pays et taille de ville
Zones rurales 10 000 - 50 000 50 000 - 250 000 250 000 - 1 000 000 1 000 000+
70 %
60 %
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Note Données portant sur diverses années entre 2010 et 2019. Les catégories des enquêtes EDS ont été réparties en occupations qualifiées/non qualifiées comme suit :
les occupations qualifiées sont les tâches professionnelles, techniques, d’encadrement et de bureau et le travail manuel qualifié ; les occupations non qualifiées sont la vente,
l’agriculture, le travail ménager et domestique, les services et le travail manuel non qualifié.
Source Calculs OCDE/CSAO fondés sur EDS (1990‑2019[1]) et Africapolis (OCDE/CSAO, 2018[2]).
Le niveau d’éducation est plus élevé dans les villes différence entre hommes et femmes est un peu moins
qu’en zones rurales importante dans les villes d’une certaine taille : l’urba‑
nisation est donc favorable à l’éducation des femmes.
La part élevée d’emplois qualifiés dans les villes s’ex‑ Il est important de préciser que ces chiffres concernent
plique, en partie, par les niveaux d’éducation plus l’ensemble de la population de 18 ans et plus et non
élevés. Alors qu’en moyenne 42 % de la population des les diplômés actuels. Comme indiqué ci‑dessous, les
zones rurales des pays étudiés n’a bénéficié d’aucune niveaux d’éducation sont en hausse en Afrique, dans
éducation, cette part n’est que de 13 % dans les grandes les zones urbaines et rurales. Le niveau d’éducation
villes. De même, le nombre moyen d’années de scolarité moyen de l’ensemble de la population est donc plus
varie entre 4 ans pour les femmes des zones rurales et faible que celui des jeunes adultes.
près de 10 ans pour les hommes des grandes villes. La
12 100 %
10 80 %
8
60 %
6
40 %
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25 25
Catégories de taille de ville
Note Auteurs sur la base des enquêtes EDS portant sur diverses années entre 2010 et 2019 pour les pays suivants : AGO, BEN, BFA, BDI, CIV, CMR, COD, COM, GAB, GHA,
GIN, KEN, LBR, LSO, MDG, MLI, MOZ, MWI, NAM, NGA, RWA, SEN, SLE, TCD, TGO, TZA, UGA, ZAF, ZMB, ZWE. Répondants âgés de 18 ans et plus.
Source Calculs OCDE/CSAO fondés sur EDS (1990‑2019[1]) et Africapolis (OCDE/CSAO, 2018[2]).
Partout dans le monde, les villes attirent les l’urbanisation. L’éducation a des effets positifs consi‑
personnes éduquées. Ainsi, la différence de niveau dérables sur l’accès à l’emploi, sur la santé et sur
d’éducation entre villes et campagnes pourrait s’expli‑ d’autres aspects du bien‑être tout au long de la vie
quer par le fait que les personnes les plus éduquées (OCDE, 2021[11]); ses bienfaits économiques et sociaux
tendent à s’installer en ville. Cependant, les données persisteront pendant des décennies. En conséquence,
ne confirment pas cette hypothèse. Bien que les indi‑ cela implique également qu’une grande partie des
vidus migrants des campagnes vers les villes âgés de avantages économiques de l’amélioration actuelle des
18 à 29 ans qui sont arrivés en ville à 18 ans ou plus niveaux d’éducation des enfants dans les villes afri‑
bénéficient en moyenne de 3 à 3.5 ans de scolarité de caines ne se matérialiseront que dans les années à venir.
plus que leurs homologues ruraux du même âge res‑ Malgré les avantages qu’offrent les villes en
tés à la campagne, ils demeurent moins éduqués que matière d’accès à l’éducation, il est important de sou‑
les personnes de 18 à 29 ans qui ont grandi en ville. ligner que certaines villes font mieux que d’autres. Le
Pour toutes les catégories de taille de ville, le niveau Graphique 1.13 montre qu’il existe de fortes disparités
d’éducation des habitants nés dans une ville et n’ayant de niveau d’éducation entre les villes de tailles diffé‑
jamais déménagé est supérieur à celui des ruraux qui rentes. Certaines villes réussissent beaucoup mieux
y sont arrivés à 18 ans ou plus. L’écart important entre que d’autres à proposer une éducation secondaire à
les niveaux d’éducation des villes et celui des zones leurs habitants, et ont un taux d’éducation secondaire
rurales n’est donc pas principalement expliqué par une excédant facilement les 50 %, alors que celui‑ci reste
migration sélective, mais plutôt par un accès facilité à inférieur à 20 % dans d’autres villes. Ces hétérogénéités
l’éducation dans les villes et à la plus grande impor‑ en termes de résultats se retrouvent dans de nombreux
tance de l’éducation dans les économies urbaines. autres domaines et nous rappellent que les politiques
L’impulsion donnée à l’éducation par l’urbanisa‑ publiques sont importantes et que les avantages de
tion est sans doute l’un des principaux avantages de l’urbanisation ne se matérialisent pas automatiquement.
100 %
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Note Répondants âgés de 18 ans et plus.
Source Calculs OCDE/CSAO fondés sur EDS (1990‑2019[1]) et Africapolis (OCDE/CSAO, 2018[2]).
Les entreprises des villes sont plus innovantes Si les données internationales suggèrent que les
entreprises innovantes exportent davantage (Bustos,
Les entreprises des grandes villes sont plus suscep‑ 2011[12]) et que les grandes villes dépendent large‑
tibles d’être engagées dans des activités innovantes, ment des exportations (Marin et al., 2020[13]), cette
telles que la création de nouveaux produits ou amé‑ tendance ne se reflète pas dans les données pour les
liorations (Graphique 1.14). Dans les villes petites à villes africaines (Graphique 1.14). Cela est peut‑être dû
moyennes, de moins de 250 000 habitants, environ 8 % à l’importance disproportionnée de l’exportation des
des entreprises apportent de nouvelles améliorations matières premières dans l’ensemble des exportations
à leurs produits alors que cette part est deux fois plus africaines. Les producteurs de matières premières
élevée dans les villes de plus de 1 million d’habitants. sont généralement situés dans les zones rurales ou les
Comme l’innovation est un moteur essentiel de la petites villes, ce qui contrebalance l’effet positif sur les
hausse de productivité, les activités plus innovantes des exportations exercées par les activités innovantes des
grandes villes contribuent à leur meilleure productivité. grandes villes.
Proportion des entreprises qui innovent Proportion des entreprises qui exportent
20 %
16 %
12 %
8%
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Moins de 250 000 250 000 - 1 000 000 1 000 000+
Catégories de taille de ville
Source Calculs OCDE/CSAO fondés sur LSMS (Banque mondiale, 2008‑2019[6]) et Africapolis (OCDE/CSAO, 2018[2]).
En outre, par rapport aux entreprises des villes de diverses infrastructures industrielles spécialisées, par
moins de 250 000 habitants, les entreprises des villes exemple les câbles pour données à haut débit. Or la
de 250 000 à 1 million d’habitants comptent une pro‑ productivité des travailleurs et des entreprises aug‑
portion d’employés ayant bénéficié d’une éducation mente lorsqu’ils bénéficient de ces infrastructures.
secondaire supérieure de 7 points de pourcentage; En Afrique, une forte différence est observée
contre 11 points de pourcentage de plus pour les entre‑ entre le niveau des infrastructures urbaines et rurales,
prises des villes de plus de 1 million d’habitants. Cela comme le montre, par exemple, la part des ménages
correspond au résultat précédemment mentionné, qui ont accès à l’électricité, à l’eau courante et aux
selon lequel la part des emplois qualifiés est plus élevée réseaux de télécommunication. Les différences les plus
dans les grandes villes que dans les petites. prononcées concernent l’électricité : moins de 20 % des
ménages ruraux ont accès à l’électricité, contre 58 % pour
Le déploiement des infrastructures est plus efficace les villes de moins de 50 000 habitants et 80 % pour les
en ville villes de plus de 1 million d’habitants. L’accès à l’eau cou‑
rante sur parcelle varie entre 7 % en zones rurales, 25 %
Les villes du monde entier disposent de meilleures
dans les petites villes et 33 % dans les grandes villes4. À
infrastructures que les zones rurales, car les infrastruc‑
l’inverse, la couverture et la possession de téléphones
tures peuvent être fournies plus efficacement aux
portables sont très répandues : 63 % des ménages pos‑
résidents urbains qu’aux résidents ruraux. La densité
sèdent un téléphone portable en zone rurale, contre 85 %
de population étant plus élevée en ville, davantage
dans les petites villes et 94 % dans les grandes villes.
de personnes peuvent bénéficier d’un investissement
Par ailleurs, l’écart entre zones rurales et villes (de
donné en infrastructures. La fourniture d’infrastruc‑
toutes tailles) est nettement supérieur à l’écart entre
tures aux habitants des villes coûte donc moins cher,
petites et grandes villes. Les différences entre zones
y compris le coût par habitant d’infrastructures
rurales et petites villes, en ce qui concerne la part des
essentielles telles que les transports et les télécom‑
ménages ayant accès à l’électricité, à l’eau et aux télé‑
munications. La forte densité des villes, en habitants
phones portables, respectivement, sont deux fois plus
comme en entreprises, leur permet de proposer des
élevées que celles entre petites et grandes villes. Cette
infrastructures qui ne seraient pas viables en zones
tendance se vérifie pour de nombreux autres résultats
rurales, comme les réseaux de métro, les aéroports et
analysés au sein de ce chapitre.
15
Graphique 1.15. Accès aux services
Connexion au réseau électrique Eau courante sur parcelle Possession d’un téléphone portable
100 %
80 %
60 %
40 %
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2 2 2
Catégories de taille de ville
Note Auteurs sur la base des enquêtes EDS portant sur diverses années entre 2010 et 2019 pour les pays suivants : AGO, BEN, BFA, BDI, CIV, CMR, COD, COM, GAB, GHA,
GIN, KEN, LBR, LSO, MDG, MLI, MOZ, MWI, NAM, NGA, RWA, SEN, SLE, TCD, TGO, TZA, UGA, ZAF, ZMB, ZWE.
Source Calculs OCDE/CSAO fondés sur LSMS (Banque mondiale, 2008‑2019[6]) et Africapolis (OCDE/CSAO, 2018[2]).
Il est important de noter que le Graphique 1.15 L’accès à l’eau courante sur parcelle varie large‑
montre des différences générales entre les zones ment en fonction du pays. Le Graphique 1.17 montre
rurales et les villes de différentes tailles, mais qu’il n’est la proportion de la population qui a accès à l’eau et
pas représentatif des pays individuels. Une ventilation à l’électricité dans un certain nombre de villes. Alors
de l’accès à l’électricité par catégorie de taille de ville et que l’accès à l’électricité est largement répandu dans la
par pays (Graphique 1.16) indique que la majorité des plupart des grandes villes, l’accès à l’eau courante sur
ménages des moyennes et grandes villes ont accès à parcelle varie largement d’une ville à l’autre. Si plus de
l’électricité. En revanche, les taux d’électrification des 80 % des habitants d’Addis Abeba (Éthiopie) ont accès
petites villes varient largement d’un pays à l’autre et les à l’eau courante sur parcelle, cette part est à peine
taux d’électrification des zones rurales sont inférieurs à supérieure à 10 % à Accra (Ghana). Des différences simi‑
50 % dans la plupart des pays. laires sont observées entre les villes de toutes les tailles.
16
Graphique 1.16. Part des ménages ayant accès à l’électricité, par pays et taille de ville
Zones rurales 10 000 - 50 000 50 000 - 250 000 250 000 - 1 000 000 1 000 000+
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Note Données portant sur diverses années entre 2010 et 2019 et sur 2008 pour l’Égypte.
Source Calculs OCDE/CSAO fondés sur EDS (1990‑2019[1]) et Africapolis (OCDE/CSAO, 2018[2]).
Graphique 1.17. Part des habitants ayant accès à l’électricité et à l’eau courante privée dans certaines villes 17
sélectionnées
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Note Lagos, une des plus grandes villes d’Afrique, présente un des taux les plus faibles d’accès à l’eau courante : 33 % des ménages ont recours à des forages privés et 57 %
d’entre eux utilisent des packs d’eau (de l’eau conditionnée dans des petits sacs en plastique). Voir (Danert et Healy, 2021[14]), ainsi que NPC et ICF (2019[15]) pour plus de détails.
Source Calculs OCDE/CSAO fondés sur EDS (1990‑2019[1]) et Africapolis (OCDE/CSAO, 2018[2]).
Les piliers de l’économie formelle sont plus fois supérieure dans les villes de différentes tailles par
développés dans les villes rapport zones rurales. De même, près de la moitié des
habitants des zones urbaines sont propriétaires de leur
Les données disponibles ne permettent pas de mesurer maison, contre moins de 20 % en zones rurales. En outre,
l’ampleur relative de l’économie formelle et de l’éco‑ les habitants des villes ont plus de chances de détenir
nomie informelle dans les zones rurales et urbaines. un acte de naissance ou d’être enregistrés auprès des
Toutefois, les villes ont tendance à remplir davan‑ autorités, même si l’écart est moins important ici. Si
tage les conditions nécessaires à leur transition vers aucun de ces facteurs ne suffit à lui seul à permettre
l’économie formelle. La proportion des personnes le passage à l’économie formelle, l’absence de l’un
qui disposent d’un compte en banque est deux à trois d’entre eux peut cependant entraver cette transition.
Graphique 1.18. Part des habitants vivant dans un ménage ayant un compte en banque, un titre de propriété 1
pour une maison et un acte de naissance
Individus vivant dans un ménage Ayant un titre de propriété Ayant un acte de naissance
ayant un compte en banque pour une maison
Oui Oui, mais ne figure pas Enregistré mais sans acte de naissance
sur le titre de propriété Ayant un acte de naissance
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2 2 2
Catégories de taille de ville
Note Auteurs sur la base des enquêtes EDS portant sur diverses années entre 2010 et 2019 pour les pays suivants : AGO, BEN, BFA, BDI, CIV, CMR, COD, COM, GAB, GHA,
GIN, KEN, LBR, LSO, MDG, MLI, MOZ, MWI, NAM, NGA, RWA, SEN, SLE, TCD, TGO, TZA, UGA, ZAF, ZMB, ZWE.
Source Calculs OCDE/CSAO fondés sur EDS (1990‑2019[1]) et Africapolis (OCDE/CSAO, 2018[2]).
Les services bancaires en ligne ont rendu acces‑ plus de 80 % des habitants des grandes villes africaines
sible les comptes en banque à une large catégorie de comme Lagos (Nigéria), Kampala (Ouganda) et Addis
personnes qui n’avaient précédemment pas accès aux Abeba (Éthiopie) faisaient partie d’un ménage doté
institutions financières. Le Graphique 1.18 présente d’un compte en banque. Cependant, il existe encore de
une moyenne pour les années 2010‑19, mais la part des grandes villes comme Conakry (Guinée), où moins d’un
ménages disposant d’un compte en banque est proba‑ tiers des résidents vivent dans un ménage qui possède
blement sous‑estimée par rapport à la réalité actuelle. un compte bancaire.
Comme le montre le Graphique 1.19, en 2016 et 2018,
Graphique 1.19. Part des habitants vivant dans un ménage ayant un compte en banque
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Source Calculs OCDE/CSAO fondés sur EDS (1990‑2019[1]) et Africapolis (OCDE/CSAO, 2018[2]).
Les rapports de dépendance et taux de fécondité (environ 2,1 naissances par femme), un pays peut
sont plus bas dans les villes passer rapidement d’un rapport de dépendance relati‑
vement élevé à un rapport de dépendance relativement
L’Afrique a de loin le rapport de dépendance le plus élevé faible car la baisse du taux de fécondité fait rapidement
de toutes les régions du monde. En 2015, en moyenne, baisser le rapport de dépendance des jeunes, alors qu’il
100 personnes en âge de travailler (entre 15 et 64 ans) faut des décennies pour qu’elle se traduise par des rap‑
avaient à leur charge 80 personnes trop jeunes ou trop ports de dépendance des personnes âgées plus élevés.
âgées pour travailler. Dans d’autres régions du globe Dans les 32 pays pour lesquels les données sont
ce rapport varie entre 47 et 55 personnes inactives en disponibles, la moyenne des taux de fécondité des
raison de leur âge pour 100 personnes en âge de tra‑ grandes villes était de 3.7 naissances par femme entre
vailler (ONU DAES, 2019[16]). Ce rapport de dépendance 2010 et 2019, contre 5.9 naissances en zones rurales
élevé est principalement expliqué par un taux de nata‑ (Graphique 1.20, panneau de gauche). Pour l’ensemble
lité élevé en l’Afrique : les enfants y représentent plus de l’Afrique, le taux de fécondité est passé de 6.2 en 1990
de 90 % de la population dépendante alors que dans à 4.4 en 2020 (ONU DAES, 2019[16]). Cette tendance à la
d’autres parties du monde, plus de la moitié de la popu‑ baisse a été relativement uniforme pour les zones rurales
lation dépendante est constituée de personnes âgées. et pour les villes, quelle que soit leur taille, l’écart entre
Des rapports de dépendance bas augmentent le zones rurales et villes restant relativement constant sur la
PIB par habitant et améliorent le niveau de vie car la durée. Si le taux de fécondité est le facteur qui influence le
production produite par la population active doit être plus le rapport de dépendance, ce dernier est également
partagée entre une population inactive moins nom‑ affecté par l’exode rural. L’écart important entre le rapport
breuse. Si l’on fait l’hypothèse d’un taux d’emploi de dépendance (Graphique 1.20, graphique de gauche)
constant et d’une productivité du travail constante, une des zones rurales et celui des petites villes (de 10 000 à
baisse du rapport de dépendance – de 80 à la moyenne 50 000 habitants), qui ne se reflète pas dans les taux de
mondiale d’environ 50 – permettrait d’augmenter le fécondité (Graphique 1.20, graphique de droite), pour‑
PIB par habitant de 20 %. Les rapports de dépendance rait indiquer que les migrants ruraux n’emmènent pas
pourraient encore diminuer, car les rapports de dépen‑ leurs enfants avec eux lorsqu’ils partent pour de petites
dance des jeunes élevés portent en eux les germes d’un villes (peut‑être parce qu’elles sont situées à proximité
dividende démographique. Si les taux de fécondité de leurs foyers ruraux). Une analyse plus approfondie
baissent pour atteindre le seuil de renouvellement serait nécessaire afin de confirmer cette hypothèse.
2
Graphique 1.20. Rapport de dépendance et taux de fécondité dans les zones rurales et urbaines
120 % 6
100 % 5
80 % 4
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40 % 2
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Catégories de taille de ville
Note Auteurs sur la base des enquêtes EDS portant sur diverses années entre 2010 et 2019 pour les pays suivants : AGO, BEN, BFA, BDI, CIV, CMR, COD, COM, GAB, GHA,
GIN, KEN, LBR, LSO, MDG, MLI, MOZ, MWI, NAM, NGA, RWA, SEN, SLE, TCD, TGO, TZA, UGA, ZAF, ZMB, ZWE. Contrairement au processus décrit à l’Encadré 1.2, ces
données ont été obtenues en établissant la moyenne de toutes les observations provenant d’une enquête EDS portant sur une catégorie de taille de ville, sans d’abord établir la
moyenne par ville.
Source Calculs OCDE/CSAO fondés sur EDS (1990‑2019[1]) et Africapolis (OCDE/CSAO, 2018[2]).
Les villes petites et moyennes enregistrent de d’ouvrir davantage d’écoles secondaires, ou des écoles
bonnes performances secondaires plus spécialisées, mais il s’agit là de gains
relativement mineurs par rapport aux avantages obte‑
Un des résultats récurrents les plus notables des don‑ nus lorsque l’on atteint la taille requise pour ouvrir
nées décrites est la bonne performance des villes une école secondaire. De nombreux autres résultats
moyennes et petites. Dans presque tous les domaines peuvent être soumis à des effets de seuil semblables,
mesurables, même les petites villes présentent des par exemple la viabilité d’un marché spécialisé ou de
résultats nettement meilleurs que ceux des zones l’ouverture d’une succursale bancaire.
rurales. Les petites villes tendent, certes, à moins bien Toutefois, tous les avantages de l’urbanisation ne
réussir que les grandes villes, mais l’écart entre petites sont pas sujets à des seuils. Certains de ces avantages
et grandes villes est généralement beaucoup moins continuent de s’accumuler à mesure que la taille des
important que celui entre petites villes et zones rurales. villes et leur densité de population augmentent. Les
Ces résultats montrent que, dans bien des cas, grandes villes ont, par exemple, des économies plus
une activité économique, un service public ou une complexes parce qu’on peut y pratiquer des activités
infrastructure nécessite une taille ou une densité de plus spécialisées. Or cette complexité augmente avec
population minimum. Une fois le seuil requis atteint, la taille des villes, sans être sujette à des seuils évidents.
toute population supplémentaire ne facilite que faible‑
ment l’activité économique, la fourniture de services Les moyennes masquent de fortes hétérogénéités
publics ou d’infrastructures. Par exemple, une ville de entre villes et au sein des villes
10 000 habitants disposera de suffisamment d’élèves
pour qu’une école secondaire y fonctionne de manière Ce chapitre présente principalement des moyennes par
efficace. Dans des villes plus grandes, il sera possible catégorie de taille de ville afin de mettre en avant des
constantes que l’on peut retrouver à travers l’Afrique. mel et le secteur informel. Les statistiques présentées
Bien que ces moyennes soient significatives et impor‑ ici regroupent généralement les deux secteurs, quand
tantes, elles ne présentent qu’une image partielle de la bien même les conditions économiques et sociales sont
situation et ne reflètent pas les variations considérables nettement plus favorables dans le secteur formel. De
qui existent entre villes et au sein de ces dernières. même, le lieu d’habitation au sein d’une ville impact
Comme expliqué précédemment, il y existe de fortes considérablement le niveau de vie. Les habitants des
disparités entre les villes avec de nombreuses villes qui bidonvilles ont souvent un accès bien plus limité aux
obtiennent de bons résultats dans certains domaines, services et aux infrastructures que les personnes vivant
mais pas dans d’autres. Au sein des villes, les diffé‑ dans des logements conventionnels. Là encore, ces dif‑
rences entre habitants riches et pauvres sont plus férences n’ont pas fait l’objet d’analyses en raison du
importantes que les différences moyennes entre villes. manque de données transnationales qui permettent
En raison du manque de données correspondantes, une analyse quantitative rigoureuse.
ce rapport n’analyse pas le fossé entre le secteur for‑
Estimation des gains de PIB dus Ce « triage » des travailleurs et des entreprises est
à l’urbanisation commun dans la plupart des pays, y compris en Afrique.
Comme indiqué plus haut, les migrants des campagnes
La plupart des villes sont porteuses d’« économies d’ag‑ vers les villes bénéficient en moyenne d’entre 3 et
glomération » considérables (OCDE, 2015[17]). Ce terme 3.5 années de scolarité de plus que les habitants des
englobe une série de facteurs qui, lorsque des activités zones rurales d’un âge similaire qui ne migrent pas en
économiques ont lieu à proximité les unes des autres, ville. En moyenne, une augmentation de 10 % de la
y améliorent la productivité, les salaires et l’innova‑ taille d’une ville correspond est associée à une hausse
tion (Encadré 1.5). Les villes, notamment les grandes de 0.3 points de pourcentage de la part de travailleurs
villes, sont les principales bénéficiaires des économies occupant un emploi qualifié. Le Graphique 1.21 montre
d’agglomération en raison de la forte densité de leurs le rapport entre la taille des villes et la part des emplois
activités économiques. qualifiés selon les pays. Le graphique montre, pour
Les niveaux de productivité des villes africaines chaque pays, la hausse estimée de la proportion des
sont plus élevés que ceux des zones rurales ; ceux des emplois qualifiés qu’entraîne une hausse de 10 % de la
villes relativement grandes sont supérieurs à ceux des taille d’une ville, ainsi que l’intervalle de confiance de
villes relativement petites. Cela se répercute sur le 95 % applicable à cette estimation. Pour la plupart des
niveau des salaires (Graphique 1.2) et du PIB. Si cette pays, le coefficient estimatif se situe entre 0.1 et 0.6 :
constatation tend à suggérer que l’urbanisation contri‑ cela signifie que la proportion des travailleurs qualifiés
bue à de meilleurs résultats économiques, il ne s’agit augmente en moyenne de 0.1 à 0.6 points de pourcen‑
pas d’une preuve irréfutable. Une autre explication tage lorsque la taille d’une ville augmente de 10 %.
possible est que les villes, plus particulièrement les Les niveaux élevés de productivité dans les villes
grandes villes, attirent les industries ou les travailleurs ne sont pas uniquement dû au « triage ». Même en
les plus productifs et les industries les plus avancées, tenant compte du niveau d’éducation des travailleurs,
un processus que les économistes appellent « biais de des caractéristiques personnelles telles que le sexe et
sélection » (en anglais sorting). Si ce « biais de sélec‑ l’âge, ainsi que des particularités des industries au sein
tion » était la seule explication de la bonne performance desquelles ils travaillent, les travailleurs des grandes
des villes, l’urbanisation ne profiterait pas aux écono‑ villes sont plus productifs que ceux des petites villes,
mies nationales puisque les industries et les travailleurs qui, à leur tour, sont plus productifs que ceux des zones
productifs implantés dans les villes seraient tout aussi rurales (Tableau annexe 1.A.7 et Tableau annexe 1.A.8).
productifs s’ils restaient à la campagne. Selon cette Ainsi, les données suggèrent que les villes africaines,
explication, l’urbanisation n’influencerait que la loca‑ toute comme les villes du reste du monde, sont sources
lisation des entreprises et travailleurs productifs, sans d’économies d’agglomération.
améliorer le niveau de productivité globale d’une éco‑
nomie nationale.
Graphique 1.21. Augmentation en points de pourcentage des emplois qualifiés lorsque la taille d’une ville
augmente de 10 %
2.0
1.0
0.0
-1.0
-2.0
M
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R
O
O
D
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CO
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CM
ET
KE
AG
LS
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NA
CO
Note Hausse estimée de la part des postes qualifiés au sein d’une ville lorsque sa taille augmente de 10 %. Les catégories des enquêtes EDS ont été réparties en occupations
qualifiées/non qualifiées comme suit : les occupations qualifiées sont les tâches professionnelles, techniques, d’encadrement et de bureau et le travail manuel qualifié ; les
occupations non qualifiées sont la vente, l’agriculture, le travail ménager et domestique, les services et le travail manuel non qualifié. Voir Tableau annexe 1.A.2 pour plus de détails
sur les spécifications applicables à cette estimation.
Source Calculs OCDE/CSAO fondés sur EDS (1990‑2019[1]) et Africapolis (OCDE/CSAO, 2018[2]).
Le terme « économies d’agglomération » décrit une série 70 études provenant de pays en développement, Grover,
de facteurs qui, grâce à la proximité des activités économi‑ Timmis et Lall (2021[19]) concluent que l’ampleur des écon‑
ques, améliorent la productivité, les salaires et l’innovation. omies d’agglomération dans les pays à revenu faible et
Ce sont les villes, surtout les grandes villes, qui bénéficient intermédiaire est à peu près similaire et même légèrement
le plus des économies d’agglomération en raison de la supérieure à celle des pays à revenu élevé.
forte densité des activités économiques qu’elles hébergent. Les leviers des économies d’agglomération ont déjà été
Selon la plupart des études empiriques, une hausse de discutés par Marshall (1890[20]) qui mettait en lumière trois
10 % de la taille ou de la densité de population entraîne une facteurs que l’on continue de considérer comme détermi‑
hausse de productivité de 0.2 % à 0.5 %, les estimations les nants : « partager », « apparier » et « apprendre » (Puga,
plus fiables optant souvent pour un chiffre proche de 0.2 % 2010[21]). Au‑delà, d’autres explications ont été proposées et
(Combes et Gobillon, 2015[18]). Dans une méta‑analyse de la question fait encore l’objet de recherches actives.
En Afrique, l’urbanisation est responsable de près accrue des villes due à leur taille contribue à hauteur
d’un tiers de la croissance du produit intérieur brut de 0.11 points de pourcentage6.
(PIB) par habitant Plusieurs limites sont à noter. Sur le plan
économétrique, l’ampleur estimée des économies d’ag‑
Si l’on connaît l’ampleur des économies d’aggloméra‑
glomération est sujette à un niveau d’incertitude élevé
tion, il est possible d’estimer l’effet de l’urbanisation
en raison des problèmes conceptuels abordés au sein
sur le PIB. La principale mesure des économies d’ag‑
de l’Encadré 1.6 et du bruit statistique. L’élasticité de
glomération est ce que l’on appelle l’élasticité de la
la productivité en fonction de la taille de la ville – de
productivité en fonction de la taille de la ville. Ce terme
0.03 – appliquée à notre estimation rapide est relative‑
indique combien la productivité augmente lorsque la
ment faible par rapport à des estimations comparables
taille de la ville augmente. Pour évaluer l’effet de l’urba‑
pour des pays développés (voir Grover, Timmis et Lall
nisation de l’Afrique sur son PIB, l’élasticité moyenne
(2021[19]). À titre de comparaison, si l’élasticité de la pro‑
a été calculée, en fonction de leur taille, des villes de
ductivité en fonction de la taille de ville était deux fois
cinq pays africains, l’Éthiopie, le Malawi, le Nigéria, la
plus élevée – une estimation qui se placerait dans la
Tanzanie et l’Ouganda (voir Encadré 1.6). En moyenne,
tranche supérieure de celles de Grover, Timmis et Lall
il est estimé que la productivité du travail5 augmente
(2021[19]) –, la contribution de l’urbanisation à la crois‑
de 0.3 % lorsque la population urbaine augmente de
sance annuelle du PIB par habitant serait de 0.56 points
10 % (voir la spécification 2 du Tableau annexe 1.A.7).
de pourcentage, soit 50 % du total de la croissance
Ces chiffres peuvent être appliqués à la croissance
moyenne annuelle du PIB par habitant entre 2001 et 2020.
observée des zones urbaines et rurales pour obtenir
D’un point de vue conceptuel, il n’est pas possible
une première approximation de son impact sur le PIB.
de saisir toutes les conséquences de l’urbanisation. Les
Pour l’ensemble de l’Afrique, le processus d’ur‑
estimations ne fournissent que l’effet des gains de pro‑
banisation actuel apporte une contribution annuelle
ductivité dus aux économies d’agglomération sur le PIB.
de 0.33 points de pourcentage à la croissance du PIB
Elles ne tiennent pas compte des autres conséquences
par habitant, même sans tenir compte des avantages
de l’urbanisation, par exemple le fait qu’elle entraîne
additionnels, à long terme et secondaires, de l’urba‑
des modifications structurelles de l’économie ou
nisation (par exemple, en raison de l’amélioration de
qu’elle modifie les caractéristiques de la main‑d’œuvre
l’éducation des enfants dans les villes). Cela représente
(parce que les enfants des zones urbaines bénéficient
29 % de la croissance annuelle moyenne totale du PIB
d’une plus longue scolarité que ceux des zones rurales
par habitant en Afrique de 2001 à 2020. Ainsi, même si
par exemple). De plus, les estimations ne portent que
l’on ne tient pas compte des effets secondaires liés aux
sur la productivité et ne tiennent pas compte des exter‑
niveaux d’éducation plus élevés des habitants des cam‑
nalités négatives dues à la croissance urbaine, comme
pagnes, l’urbanisation contribue significativement à la
les embouteillages ou l’exposition croissante à la pol‑
croissance du PIB par habitant en Afrique.
lution. Ces estimations ne saisissent donc pas le plein
L’effet de l’urbanisation sur le PIB peut être divisé
impact de l’urbanisation, surtout à plus long terme.
en deux composantes. Premièrement, l’urbanisation
Considérées ensemble, ces réserves impliquent
fait augmenter la part de la population qui vit dans
que les estimations ci‑dessus ne représentent, au
les zones urbaines plus productives au lieu des zones
mieux, qu’une fourchette approximative des gains éco‑
rurales moins productives. Cette modification de la
nomiques à moyen terme de l’urbanisation. Elles ne
répartition de la population entraîne une hausse des
doivent pas être considérées comme des prédictions
niveaux nationaux du PIB et donc du PIB moyen par
exactes, ni comme reflétant l’ensemble des impacts
habitant. Deuxièmement, les villes deviennent plus
économiques et sociaux de l’urbanisation. Il semble
productives du fait de l’arrivée de travailleurs supplé‑
cependant probable que ces chiffres sous‑estiment les
mentaires parce que les niveaux de productivité des
bienfaits à long terme de l’urbanisation, en particu‑
grandes villes sont supérieurs à ceux des petites. D’un
lier si l’on considère les niveaux nettement plus élevés
point de vue quantitatif, la première composante repré‑
d’éducation dont les habitants des villes bénéficient
sente les deux tiers environ de la croissance prévue du
par rapport à ceux des campagnes : les bienfaits de
PIB par habitant, contre un tiers pour la seconde com‑
l’éducation affecteront les économies africaines pen‑
posante. La part croissante d’individus vivant dans des
dant de nombreuses décennies, même si leur impact
villes plus productives augmente le PIB par habitant de
est difficile à saisir.
0.22 points de pourcentage, alors que la productivité
Plusieurs méthodes ont été développées pour estimer En dépit de ces limites, ces données permettent d’évaluer
les économies d’agglomération (voir Combes, Duranton les économies d’agglomération selon Combes, Duran‑
et Gobillon (2010[23]) pour un aperçu). Toutes requièrent ton et Gobillon (2008[24]) si elles sont associées aux zones
un nombre important de données détaillées concernant urbaines, selon la méthode décrite dans l’Encadré 1.2.
les entreprises et/ou les travailleurs. La méthode la plus Plusieurs simplifications sont effectuées par rapport
courante, basée sur les travaux de Combes, Duranton et à Combes, Duranton et Gobillon (2008[24]) pour faire face
Gobillon (2008[24]), utilise les données individuelles des au manque de données disponibles. Premièrement, les
travailleurs – provenant par exemple d’enquêtes sur la informations sur les travailleurs sont limitées aux infor‑
population active – pour estimer la relation entre la pro‑ mations disponibles dans la base de données LSMS, et il
ductivité et la taille des villes. Dans un premier temps, n’est pas possible d’inclure les effets fixes des travailleurs
les effets fixes de la productivité par ville sont estimés dans l’estimation. Le nombre d’individus dans les don‑
en contrôlant par un ensemble de facteurs, y compris les nées qui se déplacent d’un endroit à l’autre est trop faible
caractéristiques des travailleurs (par exemple âge, sexe et pour identifier des effets fixes de ville. Deuxièmement,
éducation) ainsi que leurs effets fixes, leur occupation et une spécification en une étape est utilisée plutôt qu’une
leur secteur. Dans un second temps, les effets fixes prédits approche en deux étapes parce qu’elle donne des résultats
des villes sont régressés sur la taille ou la densité de la plus stables étant donné le faible nombre d’observations.
population, en utilisant éventuellement une stratégie de Finalement, en raison du manque de données sur les villes
variable instrumentale pour obtenir une variation exogène africaines, les variables de contrôle de zone sont limitées à
de ces facteurs. quelques indicateurs géographiques.
La seule base de données au niveau individuel entre En raison de ces limitations, deux spécifications prin‑
pays contenant les informations requises pour l’Afrique cipales sont estimées. Le Tableau annexe 1.A.8 présente
est la base de données LSMS, décrite dans l’Encadré 1.1. les coefficients d’estimation correspondant aux écarts de
Par rapport aux sources de données généralement utilisées productivité par catégorie de taille de ville pour toutes
pour évaluer les économies d’agglomération, comme les observations, les observations rurales servant de
les enquêtes sur la population active, les données LSMS référence. Le Tableau annexe 1.A.8 présente les estima‑
présentent plusieurs limites, notamment le faible nom‑ tions des élasticités selon la taille des villes en utilisant
bre d’observations, le manque d’informations détaillées uniquement les observations urbaines. Toutes les observa‑
concernant les occupations et industries et les mesures tions sont pondérées de sorte que chaque ville ait le même
de variables clés, comme les salaires, sont peu précises. poids dans les estimations.
Encadré 1.7. Hypothèses formulées pour évaluer l’effet de l’urbanisation sur le PIB
Estimer l’effet de l’urbanisation sur le PIB sur la base de 50 000 habitants est supérieur de 21 % lorsque l’on
l’élasticité de la productivité en fonction de la taille de la contrôle les caractéristiques individuelles et celles des
ville requiert un certain nombre d’hypothèses, formulées entreprises.
ci‑après : • À partir d’une population de 10 000 habitants, l’élastic‑
• La population de chaque ville augmente selon le taux ité de la productivité en fonction de la taille de la ville
de croissance annuel de la population observé entre est de 0.03, selon les estimations de la spécification 2 du
2000 et 2010. Si une ville n’existait pas en 2000, on Tableau annexe 1.A.7. Autrement dit, si la population
suppose que sa population augmente au taux de crois‑ d’une ville augmente de 10 %, sa productivité aug‑
sance moyen des villes, soit 3.5 %. La population rurale mente de 0.3 %. La productivité rurale reste constante.
de chaque pays est supposée croître au taux de crois‑ • Les variations de la productivité du travail se traduis‑
sance annuel moyen de la population rurale du pays ent par des variations du PIB par habitant8.
concerné en 2000 et 20107. Sur la base de ces hypothèses, il est possible d’estimer
• Toute croissance de la population urbaine a lieu au sein les niveaux du PIB par habitant des villes de toutes tailles
des villes existantes. Aucune nouvelle ville n’émerge et par rapport à celui des zones rurales. Une fois ces niveaux
les villes ne fusionnent pas entre elles. établis, il est facile d’obtenir les niveaux totaux du PIB avec
• Les villes de 10 000 habitants ont des niveaux de pro‑ ou sans hausse de la population et d’estimer la croissance
ductivité supérieurs de 18 % à ceux des zones rurales. moyenne du PIB par habitant causée par la croissance
Il s’agit d’une estimation prudente, basée sur les démographique urbaine et rurale précédemment mention‑
estimations du Tableau annexe 1.A.8, qui indiquent née. Ces estimations ne dépendent pas du niveau initial du
que le niveau de productivité des villes de 10 000 à PIB. Le taux de croissance prédit sera toujours le même.
Les villes ont conservé leur avantage relatif, meilleures infrastructures. Si un indicateur évolue au
en dépit du fait que leur taille a triplé niveau national, les tendances correspondantes pour
depuis 1990 les zones rurales et urbaines connaissent généralement
une évolution parallèle.
L’une des réussites les plus méconnues des villes afri‑ Le Graphique 1.22 montre l’évolution de la part des
caines au cours de ces 30 dernières années est leur habitants connectés au réseau électrique et bénéficiant
performance constamment meilleure que celle des zones de l’eau courante sur parcelle, le nombre moyen d’an‑
rurales, et cela en dépit du fait qu’elles ont absorbé un nées de scolarité et la proportion des habitants faisant
grand nombre de migrants ruraux. En 1990, l’Afrique partie de ménages dotés d’un compte en banque. Trois
comptait 3 300 villes d’une moyenne de 57 000 habitants. des quatre résultats clés affichent une nette tendance à
En 2015, ces villes comptaient plus de 140 000 habitants la hausse pour tous les territoires, les plus grandes villes
en moyenne ; en 2020, elles atteindront probablement préservant en général leur avantage sur les villes moins
une moyenne de 170 000 habitants. En outre, 4 900 nou‑ grandes et les zones rurales. L’accès à l’eau courante sur
velles villes à population moyenne de 22 000 habitants parcelle constitue une exception à cette tendance géné‑
sont apparues pendant cette période. Pendant toute ralement positive. La part des habitants faisant partie
cette période de croissance démographique extrê‑ de ménages qui ont accès à l’eau courante sur leur
mement rapide, les villes ont réussi à préserver leurs parcelle a fortement baissé dans les villes à la fin des
performances supérieures à la moyenne. Depuis 1990, années 90 et au début du millénaire. Elle s’est cepen‑
elles affichent toujours une part plus élevée d’emplois dant stabilisée depuis, restant constante, alors que les
qualifiés, des niveaux de richesse supérieurs et de villes continuaient de connaître une forte croissance.
Graphique 1.22. Évolution des résultats clés au cours du temps dans les villes et zones rurales
Zones rurales 10 000 - 50 000 50 000 - 250 000 250 000 - 1 000 000 1 000 000+
22
Connexion au réseau électrique Eau courante sur parcelle
80 % 80 %
60 % 60 %
40 % 40 %
20 % 20 %
0% 0%
1990 2000 2010 2020 1990 2000 2010 2020
8
40 %
6
4
20 %
2
0 0%
1990 2000 2010 2020 1990 2000 2010 2020
Note Des tendances temporelles ont été élaborées en soustrayant la moyenne nationale aux estimations au niveau des villes provenant des enquêtes EDS individuelles afin de
prendre en compte le fait que la liste des pays qui font l’objet de ces enquêtes varie d’une année à l’autre. Pour obtenir des valeurs pertinentes sur l’axe vertical, la moyenne des
enquêtes EDS de tous les pays pour toutes les années a été ajoutée. Enfin, la moyenne des moyennes annuelles par catégorie de taille de ville en compartiments de cinq ans
(1990‑94, 1995‑99, 2000‑04, 2005‑09, 2010‑14, 2015‑19) a été calculé afin de réduire le bruit.
Source Calculs OCDE/CSAO fondés sur EDS (1990‑2019[1]) et Africapolis (OCDE/CSAO, 2018[2]).
Cette tendance stable suggère que l’urbanisation absorber cette croissance, sans baisse mesurable du
a été positive pour la croissance économique et l’amé‑ niveau de vie, a permis à plusieurs centaines de mil‑
lioration du niveau de vie. Même si la performance lions de personnes d’occuper de meilleurs emplois et
relative des villes est restée constante, l’urbanisation a de bénéficier d’un meilleur accès aux services et aux
apporté une contribution majeure à l’amélioration du infrastructures dans les villes. Les chiffres absolus
niveau de vie. Les villes ont été en mesure d’absorber constituent un autre moyen de montrer les réalisations
les migrants ruraux ainsi que la croissance naturelle de des villes africaines. En trente ans, de 1990 à 2020, près
leur population tout en continuant d’obtenir de bons de 390 millions d’habitants ont été raccordés au réseau
résultats par rapport au contexte national. Alors que électrique9. En 2020, environ 270 millions de citadins de
la population urbaine est passée de moins de 190 mil‑ plus qu’en 2000 vivent au sein d’un ménage qui dispose
lions de personnes en 1990 à 570 millions en 2015 et d’un compte en banque.
à environ 700 millions en 2020, la capacité des villes à
Les économies urbaines africaines n’ont enregistré aux zones rurales, les villes n’ont pas joué ce rôle de
que peu de changements mesurables au cours des moteurs du changement10.
30 dernières années Le pourcentage des travailleurs qualifiés dans les
différentes catégories de taille de ville est resté pratique‑
Dans les pays à croissance rapide, ce sont les villes qui
ment constant (Graphique 1.23)11. Bien que l’on observe
sont les moteurs de la modernisation de l’économie. En
une modeste croissance de la proportion de certaines
Chine, par exemple, l’urbanisation s’est accompagnée
activités, qui pourrait signaler le passage à une économie
d’une expansion rapide du secteur manufacturier dans
plus avancée (par exemple, dans les activités profes‑
les villes, suivie d’un passage à des activités à plus forte
sionnelles/techniques/managériales et de services), la
valeur ajoutée. En Afrique, et cela en dépit de la persis‑
répartition de cette croissance est homogène, sans crois‑
tance des bonnes performances des villes par rapport
sance disproportionnée des villes (Tableau annexe 1.A.4).
23
Graphique 1.23. Évolution de la proportion des emplois qualifiés des femmes et des hommes au cours du temps,
par taille de ville
Zones rurales 10 000 - 50 000 50 000 - 250 000 250 000 - 1 000 000 1 000 000+
Femmes Hommes
60 % 60 %
50 % 50 %
40 % 40 %
30 % 30 %
20 % 20 %
10 % 10 %
0% 0%
1990 2000 2010 2020 1990 2000 2010 2020
Note Des tendances temporelles ont été élaborées en soustrayant la moyenne nationale aux estimations au niveau des villes provenant des enquêtes EDS individuelles afin de
prendre en compte le fait que la liste des pays qui font l’objet de ces enquêtes varie d’une année à l’autre. Pour obtenir des valeurs pertinentes sur l’axe vertical, la moyenne des
enquêtes EDS de tous les pays pour toutes les années a été ajoutée. Enfin, la moyenne des moyennes annuelles par catégorie de taille de ville en compartiments de cinq ans
(1990‑94, 1995‑99, 2000‑04, 2005‑09, 2010‑14, 2015‑19) a été calculé afin de réduire le bruit.
Les catégories des enquêtes EDS ont été réparties en occupations qualifiées/non qualifiées comme suit : les occupations qualifiées sont les tâches professionnelles, techniques,
d’encadrement et de bureau et le travail manuel qualifié ; les occupations non qualifiées sont la vente, l’agriculture, le travail ménager et domestique, les services et le travail
manuel non qualifié.
Source Calculs OCDE/CSAO fondés sur EDS (1990‑2019[1]) et Africapolis (OCDE/CSAO, 2018[2]).
En outre, d’autres sources de données indiquent est restée à peu près constante, même si la part des
elles aussi l’absence d’une modernisation significative entreprises qui se conforment aux normes de qualité
des économies urbaines. Des données au niveau des internationale a diminué de 5 points de pourcentage.
entreprises indiquent qu’entre 2010 et 2020, la part des De même, rien n’indique que les disparités de
entreprises engagées dans la R&D a diminué de plus de richesse ou de revenu s’accroissent, comme on pourrait
10 points de pourcentage. Sur la même période, la part des s’y attendre dans un scénario où les villes seraient à la
entreprises engagées dans des activités d’exportation tête d’une transformation économique. Les économies
émergentes connaissent en effet souvent une hausse largement stable ces 30 dernières années, tant dans les
des inégalités de revenu lorsque les niveaux de revenu villes que dans les zones rurales. Par exemple, le taux
augmentent, inégalités qui se remettent à baisser quand moyen de possession d’une voiture n’a pratiquement
les pays approchent du statut de pays à haut revenu pas changé, ni dans les villes de différentes tailles ni
(conformément à la célèbre courbe de Kuznets). La dans les zones rurales (Graphique 1.24)12. La propor‑
hausse des inégalités dans les économies émergentes tion des personnes qui possèdent un réfrigérateur a
a généralement une forte dimension spatiale, car les augmenté d’environ 10 points de pourcentage dans
niveaux de revenu au sein des villes divergent de ceux les villes comme à la campagne mais reste en dessous
des zones rurales (voir par exemple, Yang, 1999[25]). des 50 %, même dans les grandes villes. Seule la part
Pourtant, en Afrique, rien ne prouve l’existence d’un tel des personnes possédant une télévision a connu une
schéma. Les changements de répartition de la richesse hausse significative, de 20 à 30 points de pourcentage.
y ont été modestes. Cette croissance correspond à une tendance générale
À l’image de cette tendance, les taux de posses‑ touchant aussi bien les villes que les zones rurales.
sion de biens de consommation durables sont restés 24
Graphique 1.24. Évolution du taux de possession d’une voiture et répartition de la richesse par taille de ville
Zones rurales 10 000 - 50 000 50 000 - 250 000 250 000 - 1 000 000 1 000 000+
15 % 60 %
10 % 40 %
5% 20 %
0% 0%
1990 2000 2010 2020 1990 2000 2010 2020
Note Des tendances temporelles ont été élaborées en soustrayant la moyenne nationale aux estimations au niveau des villes provenant des enquêtes EDS individuelles afin
de prendre en compte le fait que la liste des pays qui font l’objet de ces enquêtes varie d’une année à l’autre. Pour obtenir des valeurs pertinentes sur l’axe vertical, la moyenne
des enquêtes EDS de tous les pays pour toutes les années a été ajoutée. Enfin, la moyenne des moyennes annuelles par catégorie de taille de ville en compartiments de cinq
ans (1990‑94, 1995‑99, 2000‑04, 2005‑09, 2010‑14, 2015‑19) a été calculé afin de réduire le bruit. Source Calculs OCDE/CSAO fondés sur EDS (1990‑2019[1]) et Africapolis
(OCDE/CSAO, 2018[2]).
Ces tendances suggèrent une conclusion nuancée. des villes montre l’ampleur des défis de la transfor‑
D’une part, elles montrent clairement les avantages mation systémique. Pour que les villes deviennent les
considérables de l’urbanisation africaine, qui sont sus‑ moteurs d’un développement économique durable,
ceptibles de se poursuivre. D’autre part, l’absence de d’autres mesures politiques sont nécessaires, comme
changement significatif dans la structure économique nous le verrons dans les chapitres suivants.
Les zones rurales bénéficient de la proximité La proximité des villes facilite l’accès des
des villes entreprises aux infrastructures, aux services et aux
opportunités commerciales mentionnées précédem‑
Les villes sont essentielles pour le fonctionnement des ment. Cela réduit les coûts d’exploitation et offre des
économies rurales. En fonction de leur taille et de leur possibilités de développement commercial. Les zones
proximité, les villes jouent des fonctions différentes rurales situées à proximité des villes peuvent plus
pour les zones rurales. Pour les zones rurales, les villes facilement profiter des infrastructures essentielles
servent de points d’entrée vers des économies plus reposant sur la connexion à de grands réseaux, comme
connectées et plus diversifiées ; elles fournissent des les transports et l’électricité. Ces avantages se reflètent
marchés où les producteurs agricoles peuvent vendre dans la structure de l’économie des zones rurales
leurs produits et les ménages ruraux peuvent accéder à concernées, qui influence à son tour le niveau de vie
des services et acheter des produits de première néces‑ des résidents des zones rurales.
sité13. Ces dernières décennies, le centre de gravité du
système alimentaire du continent africain s’est déplacé Les villes petites et moyennes servent de centre
des campagnes vers les villes et agglomérations. urbain pour les zones rurales
Aujourd’hui, les villes offrent aux producteurs agri‑
coles d’une région donnée de plus grandes meilleures L’urbanisation rapide de l’Afrique modifie le paysage
opportunités commerciales ; elles jouent aussi le rôle urbain mais aussi les zones rurales. Entre 1990 et 2015,
de nœuds pour le commerce et les marchés alimen‑ le nombre des villes africaines a plus que doublé,
taires. Elles constituent des nœuds de transport qui passant de 3 319 à 7 721, de nombreuses villes ayant
permettent l’accès aux réseaux de transport des biens émergé dans des zones rurales à forte densité de popu‑
et des personnes. Les fournisseurs de services intellec‑ lation. Avec l’émergence de nouvelles villes, de plus
tuels et financiers – comme les banques, comptables, en plus de ménages ruraux vivent à proximité d’une
avocats et ingénieurs – tendent à s’établir en ville. ville. En effet, 50 % des résidents ruraux vivent dans un
Même si les entreprises rurales ne recourent à ces ser‑ rayon de 14 km d’une ville, et 90 % d’entre eux dans un
vices qu’occasionnellement, ils n’en restent pas moins rayon de 47 km. Moins de 1.5 % des résidents ruraux
indispensables pour une entreprise moderne. Ces ser‑ vivent à plus de 100 km de la ville la plus proche. Le
vices sont souvent présents dans des villes moyennes, Graphique 1.25 montre la distribution de la population
comme les capitales régionales, qui fournissent les ser‑ rurale en fonction de la distance à la ville la plus proche.
vices requis à une vaste zone rurale environnante. La proximité croissante des zones urbaines permet à
Les grandes villes, quant à elles, assurent des une proportion croissante de résidents ruraux d’accé‑
fonctions spécialisées utiles pour certaines entreprises der aux services et aux équipements qu’offrent les villes.
rurales. Elles servent de point d’entrée vers les mar‑ La plupart des ménages ruraux vivent près de villes
chés étrangers et accueillent souvent les sièges locaux petites ou moyennes. Pour plus de deux tiers des rési‑
de sociétés multinationales. Elles jouent fréquemment dents ruraux, la ville la plus proche compte entre 10 000
le rôle de centre financier national et sont générale‑ et 50 000 habitants, et pour plus de 20 % d’entre eux, elle
ment dotées d’un grand aéroport et, le cas échéant, compte entre 50 000 et 250 000 habitants (Graphique 1.25,
d’un port. En général, la plus grande ville d’un pays panneau de droite). À l’inverse, moins de 10 % de la popula‑
est aussi sa capitale. Avoir accès au gouvernement peut tion rurale vit près d’une ville de plus de 250 000 habitants.
être utile pour obtenir des contrats publics et influer Ces chiffres mettent en lumière l’importance des villes
sur les législations. Les grandes villes tendent aussi à petites et moyennes, où vivent plus de 250 millions
abriter les fournisseurs les plus spécialisés et offrent de d’Africains (44 % du total de la population urbaine).
grands marchés de clients potentiels. Pour une large majorité des ménages ruraux, ces villes
constituent le centre urbain le plus proche.
25
Graphique 1.25. Distance et taille de la ville la plus proche à la population rurale
Répartition de la population rurale en fonction Taille de la ville la plus proche à la population rurale
de la distance à la ville la plus proche
20 %
5.1 %
15 % 4.4 %
10 %
5% 22.4 %
0% 68.4 %
0 km 50 km 100 km 150 km
Note Auteurs sur la base des enquêtes EDS portant sur diverses années entre 2010 et 2019 pour les pays suivants : AGO, BEN, BFA, BDI, CIV, CMR, COD, COM, GAB, GHA,
GIN, KEN, LBR, LSO, MDG, MLI, MOZ, MWI, NAM, NGA, RWA, SEN, SLE, TCD, TGO, TZA, UGA, ZAF, ZMB, ZWE.
Source Calculs OCDE/CSAO fondés sur EDS (1990‑2019[1]) et Africapolis (OCDE/CSAO, 2018[2]).
Les zones rurales situées à proximité des villes 30 km environ, la proportion se stabilise alors autour
obtiennent de meilleurs résultats que les zones de 13 %. Ainsi, la proportion des travailleurs qualifiés
rurales isolées dans les zones rurales proches des villes représente
près du double de celle des zones rurales isolées.
Les avantages que les zones rurales tirent de la proxi‑
Les personnes vivant à plus de 50 km de la ville
mité des villes apparaissent clairement lorsque l’on
la plus proche, soit moins de 10 % des personnes
examine leurs résultats en fonction de leur distance
étudiées, n’apparaissent pas sur le graphique. À ces
avec la ville la plus proche. Le Graphique 1.26 montre
distances, le rapport entre la distance de la ville et les
la part des travailleurs qualifiés des zones rurales en
variables de résultat devient instable et commence à
fonction de leur distance avec la ville la plus proche,
fluctuer. Cela s’explique en partie par le faible nombre
comptant au moins 10 000 habitants. Dans les zones
de personnes habitant à cette distance des villes. Les
rurales situées juste à l’extérieur des villes, la part des
données ne contiennent donc qu’un nombre limité
travailleurs qualifiés est de 22 %, soit moins de la moi‑
d’observations, ce qui augmente le bruit statistique des
tié de la moyenne de la part des travailleurs qualifiés
estimations. Cependant, cela peut aussi indiquer que
dans les villes, mais tout de même 4 points de pourcen‑
les zones rurales isolées ont souvent des économies
tage de plus que la moyenne des zones rurales. Cette
distinctes, qui ne correspondent pas aux tendances
part diminue à mesure que la distance avec la ville
générales.
la plus proche augmente. Lorsque la distance atteint
Graphique 1.26. Part des travailleurs qualifiés en zone rurale en fonction de la distance à la ville la plus proche
25 %
20 %
15 %
10 %
Intervalle de confiance 95 %
5%
0%
0 km 10 km 20 km 30 km 40 km 50 km
Distance à la ville la plus proche
Des tendances similaires peuvent être obser‑ l’augmentation de la distance à la ville la plus proche,
vées pour une d’autres résultats. Le Graphique 1.27 mais dont l’ampleur varie fortement d’un résultat à
montre le rapport entre la distance avec la ville la l’autre. Alors que la part des ménages disposant d’un
plus proche et des résultats tels que le nombre moyen compte en banque est divisée par trois lorsque l’on
d’années d’éducation, le niveau de richesse et l’ac‑ passe d’une distance de 1 km à 50 km, la baisse relative
cès aux services et aux infrastructures. Pour tous ces de la part des ruraux possédant un téléphone portable
résultats, on observe une relation décroissante avec est bien plus faible.
Graphique 1.27. Autres résultats des zones rurales en fonction de la distance à la ville la plus proche
Résultat moyen pour les zones rurales en fonction de la distance de la ville la plus proche d’au moins 10 000 habitants 27
Nombre moyen d’années de scolarité Quintile supérieur de richesse Ayant un compte en banque
5 12 % 25 %
4 10 % 20 %
8%
3 15 %
6%
2 10 %
4%
1 2% 5%
0 0% 0%
0 10 20 30 40 50 km 0 10 20 30 40 50 km 0 10 20 30 40 50 km
Ayant un téléphone portable Connecté au réseau électrique Ayant l’eau courant sur parcelle
80 % 25 % 8%
20 %
60 % 6%
15 %
40 % 4%
10 %
20 % 2%
5%
0% 0% 0%
0 10 20 30 40 50 km 0 10 20 30 40 50 km 0 10 20 30 40 50 km
La distance par rapport à la ville la plus proche obtiennent dans certains domaines de meilleurs résul‑
(quelle que soit sa taille) est, de loin, le facteur prédictif tats et que les zones rurales proches des villes tendent à
le plus important de la situation socioéconomique. En être plus densément peuplées que les zones rurales iso‑
outre, la proximité de villes moyennes (entre 50 000 et lées, les avantages de la proximité des villes persistent
250 000 habitants), tout comme celle de grandes villes même si l’on tient compte de la densité de population
(de plus de 1 million d’habitants), est corrélée à de des zones rurales. Cela suggère que les villes offrent
meilleurs résultats, même en contrôlant la distance aux des avantages distincts qui n’apparaissent pas lorsque
villes les plus proches. Les avantages de la distance par le même nombre de personnes vivent à proximité les
rapport aux villes de différentes tailles sont cumulatifs. unes des autres dans un environnement rural (Tableau
Si l’on compare deux résidents ruraux qui vivent à une annexe 1.A.5 et Tableau annexe 1.A.6).
distance de 20 km d’une petite ville, mais à 100 km et
200 km, respectivement, d’une grande ville (de 1 mil‑ Les petites villes situées à proximité de grandes
lion d’habitants), le résident le plus proche de la grande villes obtiennent de meilleurs résultats dans
ville sera certainement avantagé. certains domaines
Les avantages de la proximité des villes sont
Les zones rurales ne sont pas les seules à profiter de
cumulatifs, quelle que soit la densité des zones rurales
la proximité des villes. Les villes petites et moyennes
concernées. Bien que les zones rurales plus denses
proches des grandes villes obtiennent elles aussi de cié d’une éducation secondaire ou supérieure. Cela
meilleurs résultats que les villes petites et moyennes pourrait indiquer que les villes petites et moyennes
éloignées des grandes villes, même si des corrélations profitent d’un meilleur accès à l’éducation offerte dans
statistiquement significatives sont observées pour les grande villes voisines. En revanche, la performance
moins de résultats. Le nombre moyen d’années d’édu‑ des petites villes ne dépend pas de la proximité des
cation est plus élevé dans les villes petites et moyennes villes moyennes. Seule la proximité des grandes villes,
proches des grandes villes, ce qui est notamment dû de plus de 1 million d’habitants, est systématiquement
à la proportion plus élevée d’habitants ayant bénéfi‑ corrélée à de meilleurs résultats (Tableau annexe 1.A.6).
Notes
1 Les données concernant les salaires et la consommation sont calculées sur la base des données LSMS, qui contiennent des observations pour
30 000 individus seulement répartis dans six pays. Ces estimations sont donc beaucoup moins précises que la majorité des autres estimations de ce
chapitre, qui se fondent sur plus de 4 millions d’observations collectées au sein des enquêtes EDS dans 32 pays.
2 Cette probabilité a été calculée en faisant correspondre les zones bâties définies par Africapolis avec la distribution spatiale de la population selon la
grille de population de WorldPop (WorldPop[27] ; Linard et al., 2012[26]).
3 Cette statistique se fonde sur une classification de l’indice EDS de richesse des ménages en quintiles de richesse. Comme certains chercheurs cri‑
tiquent cet indice, qui sous-estimerait la richesse des ménages ruraux, il est possible que ces chiffres sous-estiment les niveaux de richesse des zones
rurales par rapport à ceux des zones urbaines.
4 Voir OCDE (2021[29]) pour une discussion des défis de gouvernance liés à la fourniture d’infrastructures d’eau.
5 La productivité du travail est représentée par les salaires, comme c’est souvent le cas dans la littérature sur le sujet.
6 Il est estimé que le PIB par habitant des villes augmentera de 0.22 points de pourcentage. Étant donné que près de la moitié de la population africaine
vit dans les villes, cela contribue à hauteur de 0.11 points de pourcentage à la croissance globale du PIB par habitant.
7 Les moyennes de 2000 à 2010 sont utilisées car elles sont plus fiables que les données des périodes ultérieures. En l’absence de recensements, les
données démographiques récentes sont souvent basées sur des projections et tendent à sous-estimer l’urbanisation.
8 Cette hypothèse implique que la croissance de la productivité totale des facteurs (PTF) due aux économies d’agglomération est identique à celle de
la productivité du travail et que le taux d’emploi et le stock de capital ne sont pas affectés par l’urbanisation.
9 Au début des années 1990, 62 % des 190 millions de résidents urbains étaient connectés au réseau électrique ; à la fin des années 2010, cette part
était passée à 72 % des 700 millions de citadins.
10 Au début des années 2000, 23 % des 290 millions de citadins vivaient dans un ménage doté d’un compte en banque ; à la fin des années 2010, cette
proportion était passée à 48 % de 700 millions de citadins.
11 Bien qu’il puisse sembler qu’il y a des tendances différenciées pour la part des travailleurs qualifiés masculins dans les villes de 250 000 à 1 million
d’habitants et dans les villes de plus de 1 million d’habitants, le Tableau annexe 1.A.4, en annexe, montre que ces tendances ne sont pas significatives
(autrement dit, elles sont statistiquement impossibles à différencier du hasard).
12 Cela n’est pas en contradiction avec le fait que les niveaux de motorisation au niveau national ont augmenté, car les gens se sont déplacés des zones
rurales avec de faibles taux de motorisation vers les villes avec des taux de motorisation plus élevés.
13 À mesure que les pays se développent, l’importance des petites villes où se tiennent des marchés décline pour les producteurs agricoles en raison
de l’émergence de grossistes, qui rendent les marchés locaux moins incontournables. Simultanément, à mesure qu’augmente le niveau de vie et le
revenu disponible des populations rurales, ces villes prennent de l’importance en tant que lieux d’achat de biens.
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1257/aer.89.2.306. [25]
Note Ce tableau contient les pays pour lesquels des microdonnées étaient disponibles pendant au moins une partie de la période de 2010 à 2019. La plupart des tableaux
et graphiques de ce chapitre sont fondés sur les données de ces pays. Lorsque des données additionnelles et/ou différentes ont été utilisées ceci a été indiqué dans les notes
figurant sous chaque tableau/graphique.
Tableau annexe 1.A.2. Taille de ville – proportion de travailleurs qualifiés – élasticité par pays
(0.0166)
(0.0419)
(0.0156)
(0.0305)
(0.0253)
(0.0183)
(0.0156)
(0.0910)
(0.0137)
(0.0448)
(0.0191)
(0.0339)
(0.0110)
(0.0434)
(0.0725)
(0.0305)
(0.0222)
(0.0314)
(0.0204)
(0.00794)
(0.0208)
(0.0210)
(0.0315)
(0.0342)
(0.0367)
(0.0120)
(0.0202)
(0.0121)
(0.0158)
(0.0284)
Constante 0.135**
(0.0427)
N 2 349
Note Hausse estimée de la part des postes qualifiés d’une ville lorsque sa taille augmente de 1 %. Les écarts types sont entre parenthèses. Les seuils de significativité statistique
de 5 %, 1 % et 0.1 % sont indiqués respectivement par *, **, ***.
Tableau annexe 1.A.3. Évolution sur la durée en fonction de la catégorie de taille des villes, 2000‑2020
(Ville 10 k-50 k)×Année 0.00539 -0.000728 -0.00597* -0.00124 0.00916* 0.00212 -0.00424
(Ville 50 k-250 k)×Année 0.0199 0.00215 -0.00417 -0.00224 0.00957 0.00124 -0.00391
(Ville 250 k-1 M)×Année 0.0231 -0.000905 -0.00512 -0.00297 0.0115 0.00542 -0.00612
(Ville >1 M)×Année 0.00453 -0.00434 -0.00159 -0.00192 0.00824 -0.00106 -0.00605
Effets fixes pays OUI OUI OUI OUI OUI OUI OUI
Note Toutes les variables dépendantes sont des moyennes au niveau des villes, disponibles dans les enquêtes EDS de 2000 à 2020. « Villes de 10 k à 50 k » à « Villes >1 M+ »
correspondent à une série de variables muettes indiquant si une ville faisait partie de la catégorie de taille correspondante en 2000. Les zones rurales constituent la catégorie
de référence omise. Les écarts‑types sont clustérisés au niveau des pays entre parenthèses. Les spécifications 2 et 3 utilisent des moyennes pour les répondants masculins
uniquement. Les seuils de significativité statistique de 5 %, 1 % et 0.1 % sont indiqués respectivement par *, **, ***.
Tableau annexe 1.A.4. Évolution de la répartition des occupations en fonction de la taille des villes dans le temps
Tendance linéaire 0.00206* 0.000786* 0.00190 -0.000240 0.000570 0.00219* 0.00116 0.00303*
Ville de 10 k-50 k 0.0776*** 0.0164*** 0.0412* -0.322*** 0.00812 0.0315** 0.101*** 0.0357**
Ville de 50 k-250 k 0.0642*** 0.00919 0.0619*** -0.395*** 0.00437 0.0491* 0.117*** 0.0585***
Ville de 250 k-1 M 0.0515*** 0.0162* 0.0660** -0.479*** 0.00719 0.0556* 0.172*** 0.0477*
Ville >1 M 0.0975*** 0.0261*** 0.101*** -0.517*** 0.00487 0.0443* 0.165*** 0.0525**
(Ville de 10 k-50 k)×Année -0.000205 -0.000312 0.00109 -0.00428 0.0000204 0.00139 -0.000743 -0.00175*
(Ville de 50 k-250 k)× Année 0.000857 0.000636 -0.000896 -0.00302 0.000505 0.000986 -0.000595 -0.00249
(Ville de 250 k-1 M)× Année 0.00288* -0.000120 -0.000834 -0.000504 0.000670 0.000658 -0.00264 -0.00199
(Ville >1 M)×Année 0.000164 -0.000232 -0.00245 0.00173 0.000673 0.00239 -0.00217 -0.00156
Effets fixes pays OUI OUI OUI OUI OUI OUI OUI OUI
Note Toutes les variables dépendantes sont des moyennes au niveau des villes, disponibles dans les enquêtes EDS de 2000 à 2020. « Villes de 10 k à 50 k » à « Villes >1 M+ »
correspondent à une série de variables muettes indiquant si une ville faisait partie de la catégorie de taille correspondante en 2000. Les zones rurales constituent la catégorie
de référence omise. Les écarts‑types sont clustérisés au niveau des pays entre parenthèses. Les seuils de significativité statistique de 5 %, 1 % et 0.1 % sont indiqués
respectivement par *, **, ***.
(0.0212) (0.0205) (0.00221) (0.00220) (0.00247) (0.00254) (0.00365) (0.00381) (0.00176) (0.00140) (0.00134) (0.00166)
Log distance de la ville la plus -0.139*** -0.112*** -0.00824** -0.00610* -0.0101** -0.00344 -0.00359 -0.000782 0.00320 0.00163 -0.00245 -0.00447**
proche de plus de 50 k habitants
(0.0254) (0.0295) (0.00278) (0.00278) (0.00304) (0.00312) (0.00286) (0.00293) (0.00219) (0.00218) (0.00152) (0.00141)
Log distance de la ville la plus 0.111* 0.116** 0.00243 0.00193 -0.000907 0.000439 -0.00331 -0.00335 -0.00487 -0.00155 0.000574 0.000681
proche de plus de 250 k habitants
(0.0441) (0.0409) (0.00347) (0.00354) (0.00616) (0.00644) (0.00547) (0.00552) (0.00364) (0.00295) (0.00224) (0.00236)
Log distance de la ville la plus -0.173*** -0.176** -0.00638 -0.00491 -0.0152* -0.0149 -0.0107 -0.0105 -0.00329 -0.00366 -0.00675* -0.00893**
proche de plus de 1 M habitants
(0.0486) (0.0544) (0.00380) (0.00397) (0.00715) (0.00769) (0.00653) (0.00653) (0.00228) (0.00204) (0.00278) (0.00297)
Distance du port le plus proche -0.344** -0.313* -0.0165 -0.0143 -0.0165* -0.00910 -0.0206** -0.0153** -0.000277 0.00365 -0.00507 -0.00378
(0.119) (0.129) (0.00977) (0.0101) (0.00724) (0.00769) (0.00625) (0.00551) (0.00216) (0.00232) (0.00382) (0.00450)
Log population dans un rayon 0.122*** 0.00756* 0.0228*** 0.0322*** 0.0140*** 0.0122**
de 10 km
(0.0265) (0.00302) (0.00469) (0.00517) (0.00363) (0.00397)
Log population dans un rayon -0.0373 -0.00267 -0.00144 -0.0146* -0.00479 -0.0120**
(0.669) (1.274) (0.0588) (0.104) (0.0402) (0.132) (0.0475) (0.0931) (0.0166) (0.0654) (0.0222) (0.0521)
N 2 140 291 2 140 291 2 525 596 2 525 596 2 614 059 2 614 059 2 613 871 2 613 871 2 614 177 2 614 177 2 615 091 2615091
Tableau annexe 1.A.5. Distance de la ville la plus proche et résultats pour les zones rurales
Note L’échantillon comprend tous les individus ruraux sondés couverts par les enquêtes EDS en Afrique entre 2010 et 2019. Les écarts‑types sont clustérisés au niveau des pays‑années entre parenthèses. Les seuils de
significativité statistique de 5 %, 1 % et 0.1 % sont indiqués respectivement par *, **, ***.
Chapitre 1 Une nouvelle perspective de l’économie urbaine africaine
Chapitre 1 Une nouvelle perspective de l’économie urbaine africaine
Tableau annexe 1.A.6. Distance d’une ville de plus de 1 million d’habitants et résultats des villes
Log distance de la ville la plus -0.0564** -0.0242** -0.0145 -0.0312** -0.0163 -0.0189* -0.0107
proche de 1 million d’habitants
Log population dans un rayon 0.0443 0.0166 0.0122 0.0186 0.00465 0.0435*** 0.0120
de 10 km
Log population dans un rayon 0.00396 -0.00633 0.00233 -0.00448 -0.00697 -0.0346* -0.00442
de 50 km
Effets fixes pays-années OUI OUI OUI OUI OUI OUI OUI
Note Les écarts‑types sont entre parenthèses. Les seuils de significativité statistique de 5 %, 1 % et 0.1 % sont indiqués respectivement par *, **, ***.
Tableau annexe 1.A.7. Élasticité des salaires en fonction de la taille des villes
(0.024) (0.027)
R ajusté
2
0.810 0.819 0.811 0.819
Note Les variables de contrôle individuelles incluent les variables suivantes : âge, âge au carré, sexe, éducation, taille du ménage, heures de travail et occupation. Les variables
contrôles géographiques incluent les variables suivantes : variable de contrôle pour zones de végétation et distance de la ville la plus proche de plus de 1 million d’habitants. Les
écarts‑types sont clustérisés au niveau des villes. Résidents urbains uniquement. Les écarts‑types sont entre parenthèses. Les seuils de significativité statistique de 5 %, 1 % et
0.1 % sont indiqués respectivement par *, **, ***.
(0.050)
(0.047)
(0.050)
(0.076)
Observations 16 359
R2 ajusté 0.786
Contrôles individuels X
Contrôles géographiques X
N 16 359
Note Les variables de contrôle individuelles incluent les variables suivantes : âge, âge au carré, sexe, éducation, taille du ménage, heures de travail et occupation. Les variables
contrôles géographiques incluent les variables suivantes : variable de contrôle pour zones de végétation et distance de la ville la plus proche de plus de 1 million d’habitants. Les
écarts‑types sont clustérisés au niveau des villes. Résidents urbains uniquement. Les écarts‑types sont entre parenthèses. Les seuils de significativité statistique de 5 %, 1 % et
0.1 % sont indiqués respectivement par *, **, ***.
Résumé
Les grappes urbaines, sources de développement économique
Note Une définition complète des grappes urbaines est fournie dans Encadré 2.1.
Source Calculs OCDE/CSAO basés sur OpenStreetMap (2021[1]) et OCDE/CSAO (2018[2]).
• Alors que l’on assiste à la formation de grappes et des investissements importants sont nécessaires.
urbaines à travers l’Afrique, les liens écono‑ De toutes les régions du monde, c’est en Afrique que
miques entre elles restent fragiles. La plupart sont la densité des routes est la plus faible, qu’il s’agisse
encore très jeunes et il faut du temps pour que les du nombre de kilomètres de route par région ou
liens économiques se développent. Cependant, par habitant.
l’infrastructure inadaptée et les barrières au com‑ • Il est essentiel d’améliorer les infrastructures de
merce transfrontalier sont deux autres facteurs qui transport interurbain dans les grappes urbaines, car
entravent l’établissement de liens économiques plus ce n’est que si les villes qui les constituent sont effi‑
étroits entre les villes qui forment ces grappes. cacement interconnectées qu’elles peuvent entraîner
• Les frictions frontalières, même les plus insi‑ des répercussions économiques positives, telles
gnifiantes, peuvent avoir un effet néfaste sur le que des économies d’agglomération dites « par
commerce interurbain. Un modèle de gravité des emprunt » et des économies de réseau. L’efficacité
échanges commerciaux interurbains basé sur le d’une infrastructure urbaine repose avant tout sur
principal réseau routier africain montre que ces fric‑ la mise en place d’un bon réseau de transport au
tions – qui affectent les villes différemment – limitent sein des grappes urbaines. Parce qu’elle dessert un
fortement le commerce des grandes villes d’Afrique grand nombre d’usagers et d’entreprises, le coût par
centrale situées à proximité de frontières internatio‑ habitant d’une infrastructure interurbaine tend à être
nales mais éloignées d’autres marchés intérieurs. plus faible que dans d’autres parties du pays, alors
• Les villes seront les grandes bénéficiaires de la zone que le nombre d’usagers potentiels y est plus élevé.
de libre‑échange continentale africaine (ZLECAf). Le • Le réseau routier africain varie d’un pays à l’autre. Ce
commerce africain, grand exportateur de matières chapitre présente de nouvelles mesures permettant
premières vers d’autres régions du monde, ne génère de le caractériser dans son ensemble, notamment sa
que des bénéfices indirects pour les économies complexité, sa linéarité ou sa sinuosité. Bénéficiant
urbaines. Le renforcement du commerce intra‑ d’une géographie naturelle favorable, certains pays,
africain devrait bénéficier aux secteurs essentielle‑ comme l’Égypte, se sont dotés d’un réseau étendu de
ment urbains, tels que les l’industrie et les services connexions directes entre les villes. À l’inverse, dans
marchands. En outre, les villes représentent de des pays montagneux comme le Rwanda, seules
grands marchés de consommation. Une réduction quelques connexions indirectes relient les villes
des droits de douane et autres barrières commer‑ entre elles.
ciales devrait générer un surplus important pour les • Pour qu’un système de transport soit efficace, il doit
consommateurs, en entraînant une baisse du prix être multimodal. L’infrastructure routière ne peut,
des biens de consommation. à elle seule, satisfaire tous les besoins des grappes
• La réduction des barrières commerciales, bien que urbaines émergentes. Les pays africains doivent
nécessaire, ne permet pas, à elle seule, de renfor‑ investir dans le transport ferroviaire. L’expérience
cer le commerce intra‑africain entre les villes. De de la Chine montre que ces investissements peuvent
bonnes liaisons de transport sont une condition être particulièrement rentables, même lorsque les
préalable aux échanges économiques interurbains, niveaux de revenu des pays sont faibles.
La nécessité croissante de relier les villes dizaines de kilomètres les unes des autres. Dans d’autres
entre elles cas, elles peuvent s’étendre sur des centaines de kilo‑
mètres et englober plusieurs grandes villes ainsi que
Les villes sont des carrefours d’échange de mar‑ de multiples villes plus petites et intermédiaires (par
chandises, de capitaux et de connaissances. Plus exemple, le corridor Ibadan‑Lagos‑Accra‑Abidjan).
elles grandissent, plus elles bénéficient d’économies Ensuite, ce chapitre évalue les coûts commerciaux
d’échelle, les grandes étant généralement plus pro‑ des frontières supportés par les villes en s’appuyant
ductives que les petites (voir Chapitre 1). Cependant, sur un modèle de gravité des échanges commerciaux
même les grandes villes ne bénéficient pas d’écono‑ interurbains ; avant d’examiner les possibilités d’une
mies d’échelle dans tous les domaines nécessaires pour meilleure intégration des villes grâce à la ZLECAf.
maximiser leurs performances. De nombreuses villes Enfin, le chapitre fournit une analyse des politiques
parmi les plus prospères du monde, font partie d’une nécessaires pour relier les villes entre elles, en insistant
grappe urbaine ; ceci n’est pas surprenant. Ces grappes sur le rôle des infrastructures. S’il est possible d’iden‑
permettent aux entreprises d’accéder à un écosystème tifier des grappes urbaines en fonction de la proximité
économique de clients, de fournisseurs, d’investisseurs entre les différentes villes, cette proximité ne garantit
et d’innovateurs plus vaste que celui d’une ville seule. pas l’établissement de liens économiques entre elles.
Appartenir à une grappe est intéressant pour les villes La mise en place de politiques publiques est essentielle
moyennes ne disposant pas d’une masse économique à la création de telles connexions, tout comme le sont
suffisante pour attirer les grandes industries. les investissements en infrastructure.
L’urbanisation sans précédent de l’Afrique modi‑
fie sa géographie humaine. La population urbaine
augmente tout comme celle de villes de toutes tailles Les grappes urbaines sont les piliers
et par conséquent de grappes urbaines. Autrefois, les d’un grand nombre d’économies florissantes
villes étaient trop petites et trop éloignées les unes
des autres pour que s’établissent d’étroites relations Si la mise en relation de villes de différents pays est
économiques. À mesure qu’elles se développent, tant importante pour l’économie de ces villes, elle l’est aussi
en taille qu’en nombre, de plus en plus de villes sont pour l’intégration économique régionale. Des liens
situées à proximité d’autres grandes villes (OCDE/ économiques étroits avec les villes d’un même pays
CSAO, 2020[3]). Ces grappes urbaines émergentes sont toutefois tout aussi importants. Le Chapitre 1 a
sont une opportunité de bâtir des économies inter‑ montré qu’en Afrique, les grandes villes obtiennent de
connectées qui, par leur taille, peuvent avoir une meilleurs résultats que les plus petites et que la proxi‑
portée internationale. mité des villes profite aux zones rurales dans bien des
Cependant, aujourd’hui, les interactions écono‑ domaines. Ce schéma, que l’on peut observer à travers
miques entre villes restent faibles, même lorsqu’elles le monde, repose sur plusieurs facteurs : un apparie‑
réunies en grappes. Un grand nombre de ces grappes ment de l’offre et de la demande de main d’œuvre que
sont récentes et ont besoin d’un certain temps facilite l’élargissement des marchés du travail; une plus
d’ajustement. Pour autant, les obstacles tels que l’in‑ grande spécialisation des entreprises dans les grandes
suffisance d’infrastructures et les frontières, entravent villes ; une diffusion plus rapide des connaissances ;
les connexions économiques entre les villes. Certaines une prestation plus efficace des services publics ; et
des principales grappes émergentes s’étendent sur une meilleure utilisation des infrastructures (OCDE,
plusieurs pays. Les interactions en leur sein restent 2015[4]).
entravées par les obstacles à la libre circulation Toutes les villes ne peuvent pas être de grandes
des personnes, des marchandises, des capitaux et des métropoles. Et pourtant, même les villes intermé‑
idées. La ZLECAf pourrait être une réponse. diaires peuvent assumer les fonctions d’une plus
Ce chapitre étudie les opportunités offertes par grande ville et en tirer les mêmes avantages en créant
l’établissement de liens entre villes africaines voisines. des économies d’agglomération dites « par emprunt »
Il montre tout d’abord comment l’urbanisation crée (Meijers et Burger, 2016[5]) ainsi que des économies de
des grappes urbaines, un phénomène courant dans réseau. Leur productivité augmente alors, tout comme
d’autres régions du monde mais relativement récent leurs chances d’attirer des entreprises. Tel est le cas,
dans la majeure partie de l’Afrique. Ces grappes, de par exemple, de Francfort (Allemagne), qui occupe la
tailles et de configurations différentes, ne regroupent 495e position au classement des plus grandes villes
parfois que quelques villes intermédiaires à quelques du monde, et compte moins de 1 million d’habitants
(Commission européenne, 2020[6]). Cette ville figure Beaucoup d’avantages liés à l’intégration éco‑
pourtant parmi les plus grands centres financiers nomique des villes contribue au développement de
mondiaux, son aéroport se classe au quinzième rang chacune d’entre elles ; l’activité économique globale
mondial pour sa fréquentation et elle abrite la troi‑ augmente, plutôt que de simplement être redistribuée
sième plus grande foire internationale du monde. d’une ville à l’autre. Le fait que Francfort possède un
Aucune de ces ressources économiques ne serait grand aéroport international, loin de nuire aux villes
viable si Francfort n’était pas étroitement intégrée à voisines, leur offre une connectivité mondiale excep‑
une grappe urbaine polycéphale de villes qui longe le tionnelle à laquelle une ville intermédiaire n’aurait
Rhin et s’étend de la Suisse à l’Allemagne de l’Ouest, normalement pas accès. De même, la productivité des
à l’est de la France et jusqu’aux Pays‑Bas. Composée villes du Delta de la Rivière des Perles est renforcée
principalement de villes intermédiaires de moins de par la proximité de centres industriels puissants qui
1 million d’habitants, cette région est l’une des plus donnent aux entreprises la possibilité d’accéder à un
riches d’Europe, des plus peuplées et des plus impor‑ réseau de fournisseurs et de clients sans pareil.
tantes de la sphère économique. Grâce à l’économie
interconnectée de la région, bon nombre de ses villes Les grappes urbaines diffèrent par leur taille,
intermédiaires hébergent des activités économiques leur configuration et leur fonction
à forte valeur ajoutée, généralement associées aux
seules grandes villes. La morphologie des grappes urbaines et les connexions
Les grappes souffrent moins que les grandes villes fonctionnelles des villes qui les composent peuvent
des effets négatifs associés aux niveaux de population prendre de multiples formes. À l’échelle locale, les villes
élevés, ce qui leur confère un atout supplémentaire. séparées seulement par quelques kilomètres forment
À titre d’exemple, les terrains ont tendance à être moins souvent des zones urbaines fonctionnelles. Les villes
rares parce que les grappes couvrent une plus grande appartenant à une zone urbaine fonctionnelle gardent
superficie qu’une seule ville de population équivalente. une apparence de villes indépendantes mais fonc‑
Même si les grappes ne peuvent pas reproduire tous les tionnent économiquement comme une seule et même
avantages économiques des très grandes villes, elles ville disposant, par exemple, d’un marché du travail
peuvent néanmoins être aussi productives, et souffrent local intégré. À plus grande échelle, les villes créent
de moins d’inconvénients, tels que le prix élevé du fon‑ des grappes aux tailles, configurations et échelles
cier et les problèmes de congestion. variables. Il peut s’agir de quelques villes intermé‑
Il existe des grappes urbaines, de tailles et diaires relativement proches les unes des autres. Il peut
de configurations diverses. La côte nord‑est des aussi s’agir d’une mégalopole s’étendant sur plusieurs
États‑Unis en est un exemple notoire, englobant centaines de kilomètres, composée de multiples villes
Boston, New York, Philadelphie et Washington D.C. et comptant plusieurs millions d’habitants. Une grappe
Le delta de la Rivière des Perles en Chine en est une urbaine peut être monocentrique, avec une ville cen‑
jeune – mais très vaste – comprenant Guangzhou, trale principale entourée d’un grand nombre de villes
Foshan, Shenzhen et Dongguan. Grâce à l’urbanisation plus petites, ou polycentrique, avec plusieurs villes de
rapide que connaît la Chine, cette région, à l’origine taille semblable. Les villes peuvent former un corridor
un système polycentrique de villes, est devenue l’ag‑ le long de la côte, d’une route principale ou d’une voie
glomération urbaine la plus grande du monde, avec navigable intérieure. Elles peuvent être réparties régu‑
près de 50 millions d’habitants. Cela dit, les petits lièrement selon les réseaux commerciaux historiques,
groupes de villes peuvent aussi avoir une importance ou être dispersées, sans schéma précis.
majeure pour leur pays. Les deux villes principales Les économies des grappes urbaines sont tout
de la grappe d’Øresund – Copenhague (Danemark) et aussi variées. Les villes peuvent dépendre de la même
Malmö (Suède) – comptent à elles deux une population industrie, se spécialiser dans des activités différentes,
de moins d’1 million d’habitants. Cette grappe n’en est mais connexes, ou avoir des économies fondamen‑
pas moins essentielle à l’économie danoise et suédoise. talement distinctes les unes des autres. Souvent, les
Quelque 20 000 personnes traversent chaque jour le grappes se sont constituées autour d’une concentra‑
pont d’Øresund pour aller travailler dans la ville située tion d’industries de nos jours obsolètes. Ceci peut créer
de l’autre côté du détroit d’Øresund, les villes et leur des difficultés dans la mesure où les formes urbaines
région contribuant à hauteur de 27 % au Produit inté‑ anciennes ne sont pas nécessairement adaptées aux
rieur brut (PIB) cumulé du Danemark et de la Suède structures économiques émergentes. Cependant,
(OCDE, 2012[7]). dans de nombreux cas, les grappes urbaines sont des
29
de grappes. prochaines années.
Distance médiane entre villes voisines (axe de gauche) Nombre de villes africaines (axe de droite)
km
100 10 000
80 8 000
60 6 000
40 4 000
20 2 000
0 0
50 55 60 65 70 75 80 85 90 95 00 05 10 15
19 19 19 19 19 19 19 19 19 19 20 20 20 20
Les grappes urbaines diffèrent en fonction de urbains vivent dans des villes de plus de 30 000 habi‑
leur taille et de leur densité. Certaines sont denses ‑ tants, situées à moins de 100 kilomètres les unes des
villes situées à proximité les unes des autres ‑ mais ne autres par la route. Une grappe urbaine « étendue »
comportent que peu de villes. D’autres regroupent est une région qui rassemble au moins 10 millions de
un grand nombre de villes situées relativement loin résidents urbains vivant dans des villes de plus de
les unes des autres. Enfin, un petit nombre réu‑ 30 000 d’habitants, situées à moins de 250 kilomètres
nissent un grand nombre de villes proches les unes les unes des autres par la route. Une grappe urbaine
des autres. étendue peut comprendre une ou plusieurs grappes
Une grappe urbaine « compacte » est défini urbaines compactes. Une définition détaillée est don‑
comme une région où au moins 2.5 millions de résidents née dans l’Encadré 2.1.
Dans ce chapitre, les grappes urbaines sont identifiées en 2.5 millions d’habitants (y compris leur propre popu‑
fonction de la distance qui sépare les villes qui les com‑ lation). Les villes répondant à ces critères et situées à
posent et de la taille de leur population combinée. Deux moins de 100 kilomètres par la route les unes des autres
définitions permettent de les différentier. La première appartiennent à la même grappe. Les villes qui ne rem‑
identifie les petites grappes formées de villes situées plissent pas ces conditions mais qui se trouvent à moins de
à proximité les unes des autres. La seconde identifie les 60 minutes de trajet d’une ville qui, elle, les remplit, appar‑
grappes plus grandes formées de villes potentiellement tiennent elles aussi à la même grappe.
plus éloignées les unes des autres. Une ville peut appar‑
tenir à une petite ou à une grande grappe, aux deux ou à Grappes urbaines « étendues »
aucune. Cependant, une même ville ne peut pas appartenir Ensemble de villes de plus de 30 000 habitants situées à
à plusieurs petites ou grandes grappes. moins de 250 kilomètres les unes des autres par la route, et
dont la population urbaine totale est supérieure à 10 mil‑
lions d’habitants (y compris leur propre population).
Définition des grappes urbaines
Les villes répondant à ces critères et situées à moins de
250 kilomètres par la route les unes des autres appar‑
Grappes urbaines « compactes »
tiennent à la même grappe. Celles qui ne remplissent pas
Ensemble de villes de plus de 30 000 habitants situées à ces conditions mais qui se trouvent à moins de 60 minutes
moins de 100 kilomètres les unes des autres par la route, de trajet d’une ville qui, elle, les remplit, appartiennent
et dont la population urbaine totale est supérieure à elles aussi à la même grappe.
L’Afrique compte actuellement 31 grappes et comprend, entre autres, Lagos, Ibadan et Cotonou.
urbaines compactes et 6 grappes urbaines étendues Bien que ces trois villes soient les seules à compter une
(Carte 2.2 et Carte 2.3). C’est en Égypte, le long du Nil et population supérieure à un million d’habitants, la région
sur son delta, que s’étend la plus importante ; l’un des n’héberge pas moins de 33 millions de résidents urbains.
rares exemples de grappe urbaine compacte à très forte Au Nigéria, l’ensemble constitué d’Onitsha, Uyo et Port
population. Elle abrite 82 millions de résidents urbains, Harcourt, est la troisième plus grande grappe compacte
soit plus de 80 % de la population totale égyptienne. avec 23 millions d’habitants urbains. Il existe d’autres
En plus du Caire, elle comprend six villes de plus d’un grappes urbaines compactes autour de Johannesburg,
million d’habitants. La deuxième plus grande grappe Kisumu, Addis‑Abeba et Kinshasa, qui abritent chacune
compacte se situe à cheval entre le Nigéria et le Bénin au moins 9 millions de résidents urbains.
Note Voir l’Encadré 2.1 portant sur la définition des grappes urbaines.
Source Calculs OCDE/CSAO fondés sur OpenStreetMap (2021[1]) et OCDE/CSAO (2018[2]).
Note Voir l’Encadré 2.1 portant sur la définition des grappes urbaines.
Source Calculs OCDE/CSAO fondés sur OpenStreetMap (2021[1]) et OCDE/CSAO (2018[2]).
La plus grande grappe urbaine étendue englobe étendue. Quelle que soit la définition choisie, la plupart
les villes d’Afrique de l’Ouest de Kumasi (Ghana) des villes égyptiennes font partie de la grappe, mais
à l’ouest, Kano (Nigéria) au nord et Port Harcourt aucune ville située dans d’autres pays n’est suffisam‑
(Nigéria) à l’est. Elle accueille une population urbaine ment proche pour y appartenir.
de 83 millions d’habitants et comprend 15 villes de plus La grappe Nairobi‑Kisumu‑Kampala, en Afrique
d’un million d’habitants. En son sein, plusieurs grappes de l’Est, compte 36 millions de résidents urbains et six
urbaines compactes peuvent être identifiées ; ceci villes de plus d’un million d’habitants. Les trois grappes
témoignant de la nécessité de prendre en compte diffé‑ suivantes, situées en Afrique du Sud, au Maroc et en
rentes échelles. À l’inverse, la population de la grappe Algérie, comptent toutes moins de la moitié d’habi‑
englobant le Caire reste pratiquement inchangée, que tants. Une liste complète des grappes des Carte 2.2 et
l’on utilise la définition de grappe urbaine compacte ou Carte 2.3 est présentée au sein de l’Annex 2.A.
Un grand nombre des grappes présentées ci‑après ceux rencontrés dans les grappes mondiales les plus
sont encore en pleine expansion. Si la population des prospères. Le développement de ces liens dépendra de
villes d’Afrique de l’Ouest continue d’augmenter d’en‑ l’ensemble des politiques publiques, conçues pour ren‑
viron 50 % tous les dix ans (le rythme observé ces forcer les liens interurbains, qui seront mises en place
dernières décennies), la grappe Lagos‑Accra‑Kano à tous les niveaux de gouvernement.
s’étendra pour inclure Abidjan (Côte d’Ivoire) et ras‑ Les Carte 2.2 et Carte 2.3 illustrent la nature
semblera plus de 115 millions de résidents urbains. changeante de l’urbanisation en Afrique. La moitié
Sur la même période, neuf autres grappes compactes des grappes urbaines sont situées à l’intérieur des
devraient voir le jour, ce qui portera le total à 39 terres et devraient développer des spécialisations éco‑
en Afrique. nomiques différentes de celles des grappes urbaines
Il est important de préciser que les grappes sont côtières. Elles pourront, par exemple, se concentrer
identifiées sur la base des distances qui séparent les sur les marchés intérieurs et continentaux plutôt que
villes les composant, et non sur la base de leurs rela‑ de s’orienter vers les marchés mondiaux, plus diffi‑
tions fonctionnelles. Beaucoup de ces grappes sont ciles d’accès. La croissance des grappes urbaines
encore émergentes et les réseaux de transport interur‑ à l’intérieur des territoires offre des opportunités
bains sont bien souvent déficients. Tout laisse à penser de diversification et d’intégration des économies
que ces nouvelles grappes ne disposent pas encore de africaines, favorisant un développement territorial
liens économiques, culturels et sociaux semblables à plus équilibré.
Note Voir l’Encadré 2.1 portant sur la définition des grappes urbaines.
Source Calculs OCDE/CSAO fondés sur OECD/SWAC OpenStreetMap (2021[1]) et OCDE/CSAO (2018[2]).
La réduction des barrières frontalières aussi la diversité des biens échangés. Le transfert du
facilitera le développement des économies commerce informel vers l’économie formelle suite à la
urbaines réduction des barrières commerciales pourrait présen‑
ter des avantages supplémentaires2.
Certains des plus grandes grappes urbaines, particu‑ Outre les coûts monétaires et non monétaires
lièrement en Afrique de l’Est et en Afrique de l’Ouest, des passages aux frontières, l’émergence d’un marché
sont transfrontalières et s’étendent sur deux pays ou unique panafricain est compliquée par les obstacles
plus. Leur développement économique est entravé aux investissements transfrontaliers et aux flux de
par les barrières commerciales. Cependant, même les capitaux, ainsi que les cadres juridiques et réglemen‑
villes qui ne se trouvent pas directement sur une fron‑ taires (Banque mondiale, 2020[10]). Alors que les droits
tière sont soumises aux coûts économiques associés de douane sont souvent perçus comme des obstacles
aux barrières au commerce intra‑africain. majeurs au commerce, nombre de ces mesures dites
En Afrique, les échanges transfrontaliers sont « derrière les frontières » sont essentielles pour per‑
soumis à de nombreux coûts monétaires et non moné‑ mettre le libre‑échange entre les pays et pour favoriser
taires, dont les droits de douane, les redevances et le développement d’un marché intégré (de Melo et
parfois même les pots‑de‑vin. Exportateurs et importa‑ Tsikata, 2014[11]).
teurs doivent se soumettre à des formalités complexes Les frictions frontalières divisent les villes fron‑
et sont bien souvent confrontés à des délais longs talières et empêchent l’émergence d’une zone urbaine
et imprévisibles. La Banque mondiale estime qu’en fonctionnelle unique. Les sections d’une même ville
Afrique subsaharienne, l’exportation d’une cargai‑ séparées par une frontière fonctionnent comme des
son d’une valeur de 50 000 USD nécessite des délais villes plus petites, générant par conséquent moins
moyens de 97 heures aux frontières1, sans compter les d’économies d’agglomération que ne le ferait la ville
72 heures supplémentaires à prévoir pour l’obtention qui ne serait pas divisée. Dans de nombreuses villes
et le traitement des documents nécessaires. Les frais frontalières, il est difficile – voire impossible – pour
associés aux formalités douanières, tels que les rede‑ les résidents de trouver un emploi de l’autre côté de
vances, les frais d’assurance et les pots‑de‑vin (droits la frontière et pour les petits commerçants d’y vendre
de douane exclus), s’élèvent en moyenne à 777 USD. leurs marchandises.
Les délais et les coûts des procédures d’importation Brazzaville (République du Congo, 1.6 million
sont encore plus élevés que ceux des exportations d’habitants) et Kinshasa (République démocratique du
(Banque mondiale, 2019[8]). Congo, 7.3 millions d’habitants), sont deux des plus
Quantifier l’impact des barrières commerciales grandes villes frontalières du monde. Elles ne sont
et identifier les plus déterminantes d’entre elles est séparées que par le fleuve Congo. Sans les délais au
toujours une tâche difficile ; elle l’est encore plus en passage de la frontière, la quasi‑totalité de Kinshasa
Afrique. Une grande partie des échanges intra‑africains serait accessible du centre de Brazzaville en moins de
sont informels et n’apparaissent pas dans les statis‑ 90 minutes. Sans les frictions aux frontières et autres
tiques officielles. Une étude quantitative des échanges obstacles, les économies des deux villes seraient pro‑
entre le Bénin et le Nigéria, par exemple, a montré bablement étroitement intégrées, d’autant que les
que le volume d’importations informelles non enre‑ langues parlées dans les deux pays se recoupent.
gistrées du Nigéria vers le Bénin était pratiquement L’élimination de ces obstacles sera d’autant plus per‑
égal à celui des importations enregistrées, alors que le tinente si le projet de pont entre les deux villes (prévu
nombre d’exportations non enregistrées du Bénin vers en 2028) se concrétise. Un tel investissement, associé
le Nigéria était cinq fois plus élevé que celui des expor‑ à des politiques facilitant la mobilité et le commerce,
tations enregistrées (Bensassi, Jarreau et Mitaritonna, permettrait aux deux villes de fusionner. Au moment
2018[9]). Comme il y a peu de chevauchement de pro‑ de l’ouverture prévue du pont, la zone urbaine com‑
duits entre les biens échangés de manière formelle et binée de Kinshasa et de Brazzaville devrait être la
informelle, les statistiques officielles sous‑estiment non troisième plus grande agglomération africaine (plus
seulement l’ampleur du commerce intra‑africain, mais de 10 millions d’habitants).
Note Les zones vertes représentent les zones accessibles en 90 minutes depuis le centre de Brazzaville (isochrone). Les zones urbaines de Brazzaville et Kinshasa sont repré-
sentées en bleu et violet. La frontière séparant la République du Congo de la RDC apparaît en rouge.
Source Calculs OCDE/CSAO fondés sur Nelson et al. (2019[12]) et OCDE/CSAO (2018[2]).
À plus grande échelle, les frontières divisent les deux destinations est supposé dépendre de leur acti‑
grappes urbaines. Elles réduisent le potentiel com‑ vité économique ou de la taille de leur population
mercial des villes et les empêchent de développer et du temps de trajet entre elles3. Ces deux facteurs
les interdépendances économiques que permettent permettent de prédire le volume des échanges com‑
de bonnes connexions entre villes voisines. Elles merciaux entre deux villes. Pour simuler l’effet des
empêchent l’émergence d’économies d’agglomération frictions aux frontières, le modèle introduit un délai
dites « par emprunt » et d’économies de réseau qui de franchissement d’une frontière, pouvant aller
contribuent normalement à une hausse des niveaux de jusqu’à 1 000 minutes, et modélise la contraction des
productivité dans les grappes urbaines bien connec‑ échanges interurbains qui en résulte, par compa‑
tées (voir ci‑après). raison à une situation où les frontières peuvent être
franchies sans obstacle.
Les coûts transfrontaliers, même minimes,
Le modèle n’évalue les frictions frontalières qu’en
peuvent entraîner des réductions importantes
termes de coûts temporels. Mais ces derniers peuvent
du commerce interurbain
représenter des coûts monétaires, réglementaires ou
Les effets des frictions frontalières sur le commerce de tout autre type, encourus par les entreprises. Les
peuvent être simulés à l’aide d’un modèle de gra‑ coûts temporels modélisés sont approximatifs et ne
vité. Dans ce modèle, le volume des échanges entre prétendent pas refléter de manière réaliste la diversité
des situations. Les frictions auxquelles les entreprises une frontière sont colorées en gris clair. Dans un scé‑
sont confrontées dépendent non seulement du pays nario sans délais aux frontières (carte de gauche), les
avec lequel elles traitent, mais aussi de leur taille et de villes de pays différents sont plus proches les unes
leur secteur d’activité. des autres, ce qui reflète l’absence de friction dans
La Carte 2.6 représente le réseau routier afri‑ les déplacements. En revanche, la prise en compte de
cain, avec et sans délais aux frontières. La longueur délais aux frontières (carte de droite sur laquelle un
de chaque segment correspond au temps requis pour délai de franchissement de frontière de 1 000 minutes
se rendre d’un endroit à l’autre par la route, et non la est ajouté) augmente les distances entre les pays. Les
longueur de la route4. Elle déforme donc le continent pays deviennent « insulaires » dans le sens où les temps
en figurant le temps nécessaire pour se rendre d’une de déplacement à l’intérieur d’un même pays sont bien
ville à l’autre. Les routes sont colorées différemment plus courts que ceux nécessaires pour se rendre dans
en fonction de la population urbaine accessible dans les pays voisins ; ceci reflétant les difficultés des dépla‑
un temps de trajet de dix heures. Celles qui traversent cements et des échanges transfrontaliers.
Grâce aux progrès informatiques, il est désormais possible si la distance entre une ville et un nœud de transport est
d’analyser le réseau routier reliant la majorité des villes inférieure à 10 km. Pour préserver la configuration géogra‑
d’Afrique de plus de 30 000 habitants (ainsi que toutes phique du réseau, les intersections des routes en dehors
les villes de plus de 100 000 habitants). Après avoir extrait d’une ville sont considérées comme des nœuds sans habi‑
d’OpenStreetMap les données disponibles sur les routes tants. Le réseau simplifié ainsi obtenu préserve la structure
principales (autoroutes, routes nationales et principaux du réseau routier d’origine en représentant chaque axe
axes routiers), un algorithme a été développé pour assigner routier par un lien unique contenant des informations sur
les villes au réseau routier et pour compléter les tronçons la longueur et la vitesse de déplacement du tronçon routier
de routes non répertoriés dans OpenStreetMap (il existe d’origine.
encore certaines zones non couvertes par OpenStreetMap, Une fois les données routières transformées en
rendant les données imparfaites). une représentation de réseau de ce type, il est possible
Chaque ville de plus de 100 000 habitants est repré‑ d’appliquer des méthodes d’analyse de réseau pour en
sentée par un nœud du réseau qui est relié par des arêtes identifier les caractéristiques. La représentation du réseau
correspondant aux routes principales. Chaque aggloméra‑ des villes d’Afrique et des routes qui les relient sera parta‑
tion urbaine de plus de 100 000 habitants est affectée à ses gée avec les chercheurs sur demande. Merci de contacter
coordonnées routières les plus proches. Ensuite, les agglo‑ [email protected] pour accéder à ces données. De plus
mérations urbaines de moins de 100 000 habitants sont amples détails sur la méthodologie, et des analyses supplé‑
affectées à leurs coordonnées routières les plus proches mentaires, sont disponibles dans Prieto Curiel et al. (2021[13]).
80
marché atteignable, avec et sans délai aux frontières
34
Moins de 10 millions de personnes 10 - 20 millions de personnes 20 - 30 millions de personnes
30 - 40 millions de personnes Plus de 40 millions de personnes Route transfrontalière
Réseau sans délai aux frontières Réseau avec délai aux frontières
Même limités, les retards aux frontières plus élevée que celle du Ghana, deuxième pays le plus
entraînent des réductions considérables des volumes peuplé d’Afrique de l’Ouest. Ceci explique pourquoi la
prédits du commerce interurbain. Cependant, majeure partie des échanges interurbains prédits au
les effets varient fortement d’une région à l’autre Nigéria sont domestiques. Selon la modélisation, les
(Graphique 2.2). Le principal déterminant dans la coûts frontaliers ne réduiraient la totalité des volumes
modélisation de l’impact des retards aux frontières des échanges commerciaux interurbains dans le pays
sur les villes est leur localisation. S’il s’agit de villes que de quelques points de pourcentage. En revanche,
proches de grandes villes situées de part et d’autre pour les pays environnants, le Nigéria représente
d’une frontière, mais loin d’autres grandes villes du un marché potentiel important. Les frictions fronta‑
même territoire, l’impact des coûts frontaliers estimé lières réduisent fortement leur potentiel de commerce
est considérable. En revanche, s’il s’agit de villes interurbain, et l’impact prédit des coûts frontaliers
situées près de grandes villes du même pays, et loin pour ces pays est élevé.
de villes situées de l’autre côté d’une frontière, l’im‑ La situation de l’Afrique australe est quelque peu
pact des coûts frontaliers estimé est faible. Pour tenir comparable à celle de l’Afrique de l’Ouest, en ce que la
compte des différences d’infrastructure, le modèle région est dominée par un seul grand pays (l’Afrique
utilise les temps de trajet entre les villes, calculés à du Sud), pour lequel l’impact des coûts frontaliers est
partir des liaisons routières réelles, et non les dis‑ faible car la plupart des échanges interurbains prédits
tances géographiques. sont domestiques. À l’inverse, les coûts frontaliers pour
Les frictions frontalières sont particulièrement d’autres pays sont nettement plus élevés. Eswatini et le
importantes pour les villes des pays d’Afrique centrale. Lesotho en particulier sont confrontés à des coûts fron‑
La région comprend deux pays enclavés et compte de taliers élevés. Cependant, ces deux états sont si petits
nombreuses grandes villes situées près de frontières qu’ils n’exercent pratiquement aucune influence sur la
et loin des autres centres urbains domestiques. Tel est moyenne régionale. En moyenne, les coûts frontaliers
le cas de Bangui, Brazzaville, N’Djaména et Kinshasa, en Afrique australe n’entraînent que de faibles réduc‑
respectivement capitales et villes principales de la tions du commerce interurbain.
République centrafricaine, de la République du Congo, Par rapport à la plupart des autres régions, les
du Tchad et de la République démocratique du Congo. coûts frontaliers modélisés sont relativement faibles
Ces quatre villes figurent parmi les plus grandes villes en Afrique du Nord. En raison de la géographie de
frontalières du monde. En l’absence de barrières au la région, la plupart des villes d’Afrique du Nord font
commerce international, les partenaires commerciaux partie de grappes urbaines nationales relativement
naturels de ces villes seraient situés de l’autre côté éloignées des villes des pays voisins. Le modèle pré‑
des frontières limitrophes. Les coûts frontaliers ont dit donc de faibles volumes d’échanges commerciaux
cependant un impact significatif sur les échanges com‑ transfrontaliers, même en l’absence totale de coûts
merciaux prédits. frontaliers. Considérant que les échanges transfronta‑
Dans l’ensemble, les coûts frontaliers se font moins liers prévus seraient de toute façon mineurs, les effets
ressentir dans les pays d’Afrique de l’Est, mais n’en des coûts frontaliers sur les volumes commerciaux pré‑
restent pas pour autant moins importants. Le Kenya, dits sont faibles.
le Rwanda, le Mozambique et l’Ouganda, abritent des Le Graphique 2.2 présente la réduction des
grappes urbaines transfrontalières. L’Éthiopie est le échanges interurbains estimée dans chaque région.
deuxième pays le plus peuplé d’Afrique. Ses voisins, Il s’agit d’un aperçu des tendances générales et non
le Soudan, l’Érythrée, Djibouti et la Somalie, pos‑ de prédictions au sens propre du terme. Les résultats
sèdent tous de grands centres urbains à proximité des dépendent des spécifications du modèle et des para‑
grandes villes éthiopiennes. En l’absence de frictions mètres sélectionnés. Il est probable que les tendances
frontalières, ces villes seraient naturellement des par‑ commerciales réelles diffèrent de celles du modèle,
tenaires commerciaux. mais du fait de la disponibilité limitée d’informations
L’Afrique de l’Ouest présente un tableau inégal. systématiques sur le commerce interurbain africain,
La région est dominée par le Nigéria, pays nettement il est impossible de vérifier et de quantifier l’éventuel
plus peuplé que ses voisins ; sa population est six fois degré de divergence.
80 %
Centre
60 %
40 %
20 %
0%
0 2 4 6 8 10 12 14 16
Note Coût des frontières internationales en heures (axe horizontal) contre le rapport entre le commerce total et le commerce sans coût transfrontalier (axe vertical). Une descrip-
tion détaillée de la méthodologie employée pour calculer les coûts frontaliers est présentée dans Prieto Curiel et al. (2021[13])
Source Calculs OCDE/CSAO fondés sur OECD/SWAC OpenStreetMap (2021[1]) et OCDE/CSAO (2018[2]).
La ZLECAf crée une base pour l’intégration 2020[15]). Outre la réduction des droits de douanes,
économique régionale l’accord contient une annexe portant sur les barrières
non tarifaires (BNT) telles que les retards douaniers
La ratification de l’accord de libre‑échange continen‑ et administratifs, les barrières liées aux normes tech‑
tal africain (ZLECAf) aura des effets importants sur niques et sanitaires, et les mesures non tarifaires sur
les villes d’Afrique. À travers le monde, les villes sont les importations, qui auront un impact encore plus
des pôles de transport et d’échanges internationaux de important que la simple réduction des droits de douane
biens et de services. Comme indiqué au Chapitre 1, les (Abrego et al., 2019[16] ; UA & CEA, 2020[15]).
villes africaines remplissent ce rôle à un degré moindre La ZLECAf réunira un marché de 2.5 trillions de
que celui attendu compte tenu de leurs avantages éco‑ dollars pour une population de 1.35 milliard de per‑
nomiques par rapport aux zones rurales. La ZLECAf sonnes sur un continent qui a été fragmenté par des
offre aux villes l’opportunité de développer leurs frontières, confronté à de multiples obstacles entravant
économies en renforçant les liens économiques inter‑ la connectivité interne, et dont la majorité des expor‑
nationaux qui les unissent, et, dans le même temps, de tations dans les secteurs des matières premières est
devenir les piliers de l’intégration régionale. destinée à la demande en dehors de la région (UA &
L’accord fondateur de la ZLECAf, entré en vigueur CEA, 2020[15] ; CEA, 2022[17] ; ONU DAES, 2019[18]).
le 30 mai 2019, a été signé par 54 des 55 États membres
Les économies urbaines profiteront de l’intégration
de l’Union africaine (UA) et ratifié par 30 d’entre eux ;
économique continentale
le démantèlement des droits de douane a débuté en
janvier 2021. L’accord prévoit la suppression des droits Les villes africaines ont été affectées par la structure
de douane sur 90 % des biens échangés d’ici à 2025, commerciale historique du continent. Les exportations
ainsi qu’une réduction des droits de douane sur 7 % de de ressources naturelles, peu génératrices d’emplois,
biens supplémentaires sur 10 à 13 ans dans la majorité ont évincé les emplois urbains. Les barrières commer‑
des pays concernés. La modalité du commerce des ser‑ ciales ont entravé la compétitivité des exportations
vices fera l’objet de négociations en 2022 pour étendre de biens produits dans les villes (Gollin, Jedwab et
la portée de l’accord (Tralac, 2020[14] ; UA & CEA, Vollrath, 2015[19] ; Graff, 2018[20]).
La ZLECAf peut contribuer à changer la donne général (Graphique 2.3). Le renforcement du com‑
en stimulant les échanges intra‑africains de biens et merce intra‑africain devrait permettre aux villes de
de services à valeur ajoutée, tels que les produits de jouer un rôle plus important dans la production des
haute compétence et de haute technologie, les pro‑ biens commercialisés.
duits alimentaires et les produits manufacturés en
36
Graphique 2.3. Composition des exportations des pays africains hors Afrique et intra‑Afrique
Produits de base Alimentation Produits spécialisés et haute technologie Autre produits manufacturés
100 %
80 %
60 %
40 %
20 %
0%
La Commission économique des Nations Unies de transport (hausse de 8.4 milliards USD), les métaux
pour l’Afrique (CEA) (CEA, 2022[17]), estime que le com‑ (hausse de 8.1 milliards USD), les machines (hausse de
merce dans les secteurs économiques urbains devrait 7.6 milliards USD), les produits chimiques (hausse
connaître une forte croissance grâce à la mise en œuvre de 5.5 milliards USD), les autres produits alimentaires
de l’accord ZLECAf (Graphique 2.4). L’industrie (à (hausse de 2.8 milliards USD) et les textiles (hausse de
l’exception des secteurs énergétiques et miniers) repré‑ 2 milliards USD). L’alimentation et l’agriculture repré‑
sente 66 % de la croissance prévue d’ici à 2040 à travers sentent 20 % de la croissance des exportations prévue
le continent. Les 10 premiers secteurs les plus rentables dans le cadre de l’accord ZLECAf (CEA, 2022[17]), avec des
en USD sont les secteurs manufacturiers, basés géné‑ implications pour les petites villes et villes moyennes,
ralement dans les villes principales et intermédiaires, dont une grande partie de la valeur ajoutée provient de
parmi lesquels figurent : les véhicules et le matériel ces secteurs (Henderson et Kriticos, 2018[22]).
Milliards USD
70
60
50
40
30
20
10
0
Scénario haute ambition Scénario intermédiaire Scénario faible ambition
Source CEA (2022[17]), State of Urbanization Report 2021. Cities: Gateways for Africa’s Regional Economic Integration.
Les villes représentent de grands marchés grandes villes sont les principaux marchés de consom‑
de consommation et bénéficieront de la diminution mation, en raison de leurs revenus plus élevés et de
des barrières commerciales la taille de leur population (Gadzala, 2017[23] ; Oxford
Economics, 2020[24]). Les ménages des zones urbaines
Les villes représentent d’importants marchés de consomment davantage d’aliments transformés et
consommation pour les biens échangés, notamment les de produits manufacturés et dépensent plus pour le
produits manufacturés et denrées alimentaires. Elles logement (CEA, 2017[25]). Les pays les plus urbanisés
abritent les classes moyennes émergentes, dont les importent davantage de produits manufacturés par
niveaux de revenus permettent d’importantes dépenses habitant (Graphique 2.5). La réduction des barrières
de consommation. La taille de la classe moyenne afri‑ commerciales intrarégionales offre aux exportateurs
caine fait l’objet de débat. Il ne fait cependant aucun africains la possibilité de profiter pleinement de cette
doute qu’elle est très majoritairement urbaine. Les demande urbaine croissante (CEA, 2017[25]).
38
Graphique 2.5. Urbanisation et importation des produits manufacturés
0
0% 20 % 40 % 60 % 80 % 100 %
Urbanisation (% de la population)
Lorsque les coûts des biens échangés dimi‑ l’Afrique du Sud, le Nigéria, l’Égypte, le Maroc et le
nuent, les consommateurs profitent de la baisse des Sénégal (Carte 2.7). Les augmentations des expor‑
prix (Melitz et Trefler, 2012[27]). Les urbains, princi‑ tations intra‑africaines prévues dans le cadre de la
paux consommateurs de biens échangés, en sont les ZLECAf prolongent cette tendance ; les trois écono‑
premiers bénéficiaires (University of Alberta, Canada, mies les plus puissantes en termes de PIB (Égypte,
2017[28]). Selon les prévisions, la ZLECAf devrait avoir Nigéria et Afrique du Sud) devraient – selon les pro‑
un impact majeur sur le commerce de denrées ali‑ jections – ensemble – représenter de 44 % à 47 % du
mentaires, dépense centrale du budget des ménages total des exportations intra‑africaines (CEA, 2022[17]).
pauvres urbains. Les entreprises urbaines bénéficient Ces pays abritent certaines des plus grandes agglomé‑
également de la baisse du coût des importations. Il rations urbaines d’Afrique ‑ Johannesburg, Le Caire,
existe donc un potentiel croissant pour le commerce Lagos ‑ qui devraient conserver leur statut de centres
intra‑africain interentreprises et les chaînes de valeur de gravité régionaux dans le cadre de la ZLECAf.
régionales émergentes, lié à la ZLECAf (CEA, 2022[17]). Les échanges commerciaux sont bien plus nom‑
Les grandes villes qui disposent déjà d’un impor‑ breux entre pays limitrophes qu’entre pays plus
tant secteur commercial tireront le plus grand bénéfice éloignés les uns des autres (Carte 2.7). Le nord et le
de l’intégration commerciale intra‑africaine. Selon sud de l’Afrique sont chacun dominés par des carre‑
la théorie du commerce international et de la nou‑ fours d’échanges régionaux (l’Égypte et l’Afrique du
velle économie géographique, la production tend Sud respectivement), alors que les grappes urbaines
à se concentrer lorsque les frais de transport et les en Afrique de l’Est et de l’Ouest comptent de multi‑
coûts commerciaux diminuent. Les entreprises se ples pôles commerciaux et ont tendance à être plus
regroupent pour profiter des économies d’agglomé‑ fragmentées par les frontières nationales. L’Afrique
ration surtout si elles peuvent facilement atteindre les centrale, quant à elle, est largement contournée par les
marchés transfrontaliers avec leurs biens et services flux commerciaux régionaux (CEA, 2022[17]). Toutefois,
(Fujita, 2007[29]). Déjà aujourd’hui, la plupart des expor‑ les pays enclavés d’Afrique centrale ont tout à gagner
tations intra‑africaines de biens urbains se concentrent de la ZLECAf, car l’absence de ports les rend plus
dans quelques grands pôles commerciaux, à savoir dépendants du commerce intra‑africain (CEA, 2022[17]).
Carte 2.7. Flux des exportations urbaines intra‑africaines de plus de 10 millions USD
39
Source ICT TradeMap (exports), OCDE/CSAO (2018[2]), Africapolis (base de données) ; Statistiques portant sur les années : 2015‑19 (moyenne).
Les grandes villes ne seront pas les seules béné‑ la réduction des barrières commerciales n’est pas la
ficiaires de l’intégration commerciale régionale. Cette seule mesure nécessaire. L’infrastructure de transport
dernière permet aux petites villes de desservir les joue un rôle essentiel dans la connexion des villes entre
marchés régionaux à mesure que les barrières com‑ elles. Dans de vastes régions d’Afrique, cette infrastruc‑
merciales diminuent. Les petites villes pourront jouer ture est insuffisante ; y compris en comparaison avec
un rôle important dans les filières agroalimentaires en d’autre pays au niveau de développement similaire. Ceci
approvisionnant les entreprises de transformation des augmente les temps et les coûts de déplacement des per‑
aliments situées dans les grandes villes ; elles pourront sonnes et marchandises, rend les voyages imprévisibles.
tirer parti de la demande alimentaire croissante des La littérature fournit de nombreuses évidences
villes plus importantes ; elles pourront à terme tirer théoriques et empiriques à ce sujet et atteste de l’im‑
avantages du développement du cybercommerce et de portance que représentent les coûts de transports
réseaux de petites et moyennes entreprises. pour les économies urbaines (Storeygard, 2016[30]).
Quelque 41 millions d’Africains habitent dans Bien qu’il reste à définir dans quelle mesure la qua‑
des villes de petite ou moyenne taille pour lesquelles lité de l’infrastructure influe sur les coûts de transport
la grande ville la plus proche, de 300 000 habitants ou (Banque mondiale, 2008[31]), la nécessité d’investir dans
plus, se trouve dans un pays limitrophe. Parmi ces popu‑ les infrastructures en Afrique ne fait aucun doute. De
lations, 16 millions environ vivent dans des villes de toutes les régions du monde, c’est le continent africain
tout au plus 50 000 habitants. Si les obstacles au com‑ qui compte le moins de kilomètres de route par habi‑
merce international entravent le commerce interurbain, tant et par superficie (Graphique 2.6).
km
3 000
2 500
2 000
1 500
1 000
500
0
Australie et Amérique Asie Amérique Asie de l’Est Asie Amérique Moyen-
Europe Afrique
Océanie du Nord centrale du Sud du Sud-Est du Sud centrale Orient
Partout dans le monde, les grappes urbaines pros‑ cibler les secteurs les plus rentables et de coordon‑
pères bénéficient toutes d’infrastructures de transport ner leur action avec d’autres politiques publiques (FIT,
de qualité reliant les villes entre elles. La circulation 2018[33]). Si les grands investissements routiers relèvent
rapide, bon marché et pratique des personnes, des des gouvernements nationaux, ils doivent être reliés à
marchandises et de l’information entre les villes facilite l’infrastructure locale, dont la responsabilité incombe
l’émergence d’économies interconnectées créatrices bien souvent aux gouvernements infranationaux. Il est
d’économies d’agglomération et d’économies de donc indispensable de coordonner les investissements
réseau qui, à leur tour, nourrissent un cercle vertueux avec les politiques de secteurs autres que celui des
attirant de nouvelles entreprises. transports ; en particulier l’aménagement du territoire
Les grappes urbaines émergentes identifiées pré‑ (voir Chapitre 4).
cédemment permettent de repérer les régions où les Un manque de coordination entre les secteurs
investissements dans les infrastructures de transport politiques et les niveaux de gouvernement peut entraî‑
peuvent générer de hauts rendements. Du fait de la ner des conséquences inattendues. Au XXe siècle, les
densité de la population et de l’activité économique, autoroutes des pays riches ont souvent été construites
les routes et les voies ferrées peuvent y bénéficier à travers des zones bâties, sans tenir compte des
d’un grand nombre d’utilisateurs ; le nombre d’usa‑ conséquences au niveau local. Cela a conduit à une
gers potentiels étant bien plus élevé dans les villes dégradation des villes et des quartiers entiers ont
qu’en milieu rural. Contrairement aux zones rurales, été virtuellement détruits, avec des répercussions
les investissements dans les transports, dans une ligne économiques et sociales sur plusieurs dizaines d’an‑
ferroviaire de banlieue par exemple, peuvent donc être nées (Lewis, 2017[34]). Des infrastructures de transport
économiquement viables en ville. interurbain mal connectées aux réseaux locaux de trans‑
Toutefois, les infrastructures de transport interur‑ port peuvent également entraîner des engorgements
bain ne seront profitables que si elles sont mises en de circulation, ou rendre les trajets en train inefficaces
place par des structures de gouvernance à même de si les gares ne sont pas facilement accessibles.
L’analyse de réseau utilisée ci‑dessus pour identifier les nécessaire de faire des détours par d’autres villes. Le rap‑
grappes urbaines permet de développer de nouvelles port de distance en tient compte en calculant le rapport
mesures pour le réseau routier des pays africains. Ces entre la distance par la route et la distance géographique
mesures sont basées sur la relation entre la distance de toutes les villes d’un pays, qu’elles soient ou non reliées
géographique séparant deux villes et la distance réelle par une route directe. La moyenne nationale de ce rapport
de trajet en empruntant les routes principales qui relient est influencée par deux facteurs, à savoir la sinuosité des
les villes. routes existantes et la mesure dans laquelle le réseau rou‑
Le rapport de sinuosité permet de quantifier dans tier oblige à effectuer des détours par d’autres villes plutôt
quelle mesure les routes d’un pays adoptent une voie que de relier directement deux villes données.
directe ou effectuent des détours pour contourner des obs‑ Ces deux paramètres sont étroitement liés aux condi‑
tacles naturels, tels que des rivières ou des montagnes. Ce tions géographiques. Il est plus facile de relier par une
rapport est appliqué à deux villes directement reliées par route directe des villes situées en plaine, qu’aucun obstacle
une route. Si la route est parfaitement rectiligne, la distance de taille ne sépare, que des villes séparées par une chaîne
géographique est égale à la distance de trajet et le rapport de montagnes. Ainsi, le Rwanda, l’un des pays d’Afrique
entre les deux villes est de 1. Plus la route est sinueuse et les plus montagneux, affiche les rapports les plus élevés
plus la distance de trajet entre les villes est longue, plus le sur ces deux indices. De plus, le niveau de revenu est un
rapport augmente. Il est possible, en mesurant le rapport facteur déterminant de l’état du réseau routier. Il n’est
pour toutes les paires de villes directement reliées par une donc pas surprenant de constater que certains des pays
route, de calculer le rapport de sinuosité moyen par pays. les plus développés d’Afrique, comme l’Algérie, l’Égypte
Le rapport de distance est un rapport similaire qui et l’Afrique du Sud, présentent les rapports route/distance
tient également compte du fait que de nombreuses villes géographique les plus faibles, indiquant que la plupart
ne sont pas reliées par une route directe. Plutôt que de des villes de ces pays bénéficient de connexions rou‑
se rendre directement d’une ville à l’autre, il est parfois tières directes.
Graphique 2.7. Rapport de sinuosité (en haut) et rapport de distance (en bas) par pays 41
Rapport de sinuosité
1.5
1.4
1.3
1.2
1.1
0
BE A
MA A
A
N
N
F
N
BWN
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GMA
TGR
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EG
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ZM
LB
TU
SE
TZ
CA
KE
SL
SS
NE
GN
GA
GI
LB
D
LS
Rapport de distance
2.0
1.9
1.8
1.7
88 1.6
DYNAMIQUES DE L’URBANISATION AFRICAINES 2022 © OCDE/Nations unies 2022
1.5
1.2
BE A
MA A
A
N
N
F
N
BWN
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AG A
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B
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Rapport de distance
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1.8
1.7
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1.5
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1.3
1.2
1.1
1.0
0
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GN
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LB
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RW
CA
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BE
D
LS
TC
SD
GA
SE
GI
SS
Note On détermine le rapport de sinuosité en calculant le rapport entre la longueur moyenne d’une route et la distance moyenne entre les
points de départ et d’arrivée d’une route. Il mesure la sinuosité d’une route (c.‑à‑d. son degré de déviation par rapport à une ligne droite). Le
rapport de distance est le rapport de la distance moyenne d’un trajet entre deux villes par le réseau routier principal et la distance géographique
qui sépare ces deux villes. Le rapport de distance souligne la sinuosité des routes et démontre qu’un grand nombre de villes ne bénéficient pas
d’une connexion routière directe, nécessitant le passage par d’autres villes (voir Prieto Curiel et al. (2021[13]) pour davantage d’informations).
Source Calculs OCDE/CSAO basés sur OpenStreetMap (2021[1]) et OCDE/CSAO (2018[2]).
Le Graphique 2.8 illustre la relation entre le rapport sont reliées entre elles par des routes directes, quoique
de sinuosité et le rapport route/distance géographique. relativement sinueuses et détournées. On retrouve égale‑
Certains pays, comme la Somalie, affichent un taux ment ce schéma dans les pays où de nombreuses villes
réseau‑distance élevé mais un rapport de sinuosité faible. sont reliées entre elles par plusieurs routes, comme en
En effet, dans ces pays, les routes sont relativement Égypte. Il se peut que certaines de ces routes soient des
droites, mais de nombreuses villes qui ne sont pas reliées autoroutes modernes qui relient les villes directement,
par des routes directes, ce qui implique des détours par réduisant ainsi le rapport route/distance géographique,
d’autres villes. Inversement, d’autres pays affichent un alors que d’autres routes, plus anciennes et moins rec‑
rapport de sinuosité relativement élevé, mais un taux tilignes, existent en parallèle, augmentant le rapport
réseau‑distance faible, indiquant que de nombreuses villes de sinuosité.
42
Graphique 2.8. Relation entre le rapport de sinuosité et le rapport de distance
Rapport de sinuosité
1.5
RWA
1.4
1.3
DJI GNQ
LSO MLI GAB
GNB COG COD
1.2 LBR BDI
CMR ETH
SLE GIN
GMB SDN MRT CAF
MWI NGA TZA
NER ZWENAM UGA
1.1 EGY TCD MOZ AGO
DZA BWA TGO GHA ERI SOM
MAR LBY CIV
BFA SWZ ZMB
ZAF
TUN BEN KEN SEN
0
0 1.2 1.4 1.6 1.8 2.0
Rapport de distance
Note Pour une description détaillée de la méthodologie utilisée, se reporter à Prieto Curiel et al. (2021[13])
Source Calculs OCDE/CSAO basés sur OpenStreetMap (2021[1]) et OCDE/CSAO (2018[2]).
Un bon réseau ferroviaire est indispensable est l’illustration. Dès le milieu des années 1990, alors
pour relier les villes au sein des grappes que son PIB annuel par habitant était de 1 100 USD,
la Chine a massivement investi dans son réseau fer‑
Les grappes urbaines ont été identifiées en fonction roviaire ; puis s’est tournée vers des lignes à grande
des liaisons routières existantes entre les villes. Cette vitesse au milieu des années 2000, alors que son PIB par
méthode a été adoptée car le transport routier est de habitant s’élevait à 2 400 USD. Aujourd’hui, la plupart
loin le mode de transport majoritaire. Toutefois, le che‑ des pays africains dépassent ou atteignent ces niveaux
min de fer est un mode de transport essentiel pour les de revenus. Pour éviter une dépendance excessive au
grappes urbaines. Dans de nombreux pays, le trans‑ transport routier, ils doivent accroitre leurs investisse‑
port ferroviaire représente plus de 50 % des trajets ments ferroviaires urbains et interurbains.
interurbains sur des distances de plusieurs centaines Les avantages du transport ferroviaire sont les
de kilomètres (L.E.K., 2019[35]). C’est par exemple le cas suivants.
en Corée où plus des deux tiers des trajets reliant la Premièrement, ils ont une capacité de transport
capitale Séoul à Busan, deuxième ville du pays situées de passagers largement supérieure à celle des réseaux
à environ 330 kilomètres, sont effectués en train routiers. Ceci est important dans les villes très peuplées
(Matsumoto, Morichi et Acharya, s.d.[36]). où les routes sont encombrées et l’espace limité. Les
Parfois jugé non prioritaire, le chemin de fer peut chemins de fer à double voie peuvent transporter plus
pourtant s’avérer très rentable. L’exemple chinois en de 50 000 passagers par heure (RATP, 2017[37]) ; alors que
la capacité maximale d’une voie unique d’autoroute est les distances habituelles à l’intérieur des grappes
d’environ 2 000 véhicules par heure (National Roads urbaines ; les aéroports étant souvent situés loin des
Authority, 2012[38]). Même les autoroutes à grande cir‑ centres villes et les procédures d’embarquement fasti‑
culation ne transportent pas plus de 20 000 véhicules dieuses allongent la durée du trajet.
par voie par jour, et donc bien moins que le nombre de Troisièmement, l’empreinte écologique du transport
passagers qu’une voie ferrée peut transporter en une ferroviaire est plus faible. Les émissions de carbone par
heure seulement. passager‑kilomètre en train sont de 3 à 24 % inférieures
Deuxièmement, les chemins de fer modernes sont au transport routier en voiture individuelle (Department
bien souvent le mode de transport le plus rapide entre for Business, Energy and Industrial Strategy, 2020[39]).
les villes ; même en tenant compte des temps de dépla‑ Par ailleurs, le transport ferroviaire génère des quanti‑
cement vers et depuis les gares. Les trains atteignent tés bien plus faibles de polluants atmosphériques que
des vitesses beaucoup plus élevées que les voitures et le transport routier ; avantage essentiel dans les zones
ne sont pas gênés par la circulation. La vitesse opéra‑ urbaines à forte densité de population plus gravement
tionnelle d’un grand nombre de lignes à grande vitesse touchées par les problèmes de pollution atmosphérique
– y compris le premier train à grande vitesse d’Afrique que d’autres parties du pays.
qui assure la liaison Tanger‑Casablanca au Maroc Quatrièmement, le développement ferroviaire
(Encadré 2.4) – dépasse les 300 kilomètres à l’heure. améliore la sécurité routière et diminue la mortalité
Des trains dont la vitesse opérationnelle serait au sur les routes. L’Afrique compte pour plus de 23 %
moins deux fois inférieure peuvent eux aussi permettre des décès par accident de la route dans le monde, soit
d’économiser un temps considérable par rapport aux 27.5 décès pour 100 000 habitants (Banque mondiale,
liaisons routières encombrées. Par ailleurs, le voyage 2019[40]). 3.3 % des décès en Afrique seraient dus à des
en train est plus rapide que le voyage en avion sur accidents de circulation.
Encadré 2.4. Le train à grande vitesse est un mode de transport essentiel pour de nombreuses
grappes urbaines
Le Tōkaidō Shinkansen japonais, la plus ancienne Al‑Boraq, la première ligne ferroviaire à grande
ligne ferroviaire à grande vitesse au monde, relie vitesse d’Afrique, relie Tanger à Casablanca
l’une des plus grandes mégalopoles de la terre
La première ligne ferroviaire à grande vitesse d’Afrique
La ligne à grande vitesse Tōkaidō Shinkansen, au Japon, a été ouverte en 2018 au Maroc, et relie Tanger à Rabat
est la plus ancienne du monde et l’une des plus pros‑ et Casablanca. Elle utilise en partie une ligne ferroviaire
pères. Elle relie Tokyo, Nagoya, Kyoto et Osaka, les plus existante modernisée et en partie une ligne à grande
grandes villes de la mégalopole Taiheiyō Belt, dont les vitesse nouvellement construite qui permet d’atteindre des
zones urbaines abritent quelque 60 millions d’habitants vitesses d’exploitation de 320 kilomètres à l’heure. L’ou‑
au total. Lors de son inauguration en 1964, ses trains attei‑ verture de ces 323 kilomètres de voie ferrée a permis de
gnaient des vitesses allant jusqu’à 210 kilomètres à l’heure. réduire le temps de trajet entre Tanger et Casablanca de
Par la suite, la ligne a été modernisée pour permettre aux 4 h 45 min à 2 h 10 min, soit environ la moitié du temps
trains de circuler à des vitesses atteignant 285 kilomètres à nécessaire pour effectuer le même trajet en voiture.
l’heure. Aujourd’hui, deux heures et demie suffisent pour La ligne ferroviaire propose des connexions toutes les
effectuer les 515 kilomètres qui séparent Tokyo et Osaka. 30 minutes aux heures de pointe, et toutes les heures pen‑
Si la vitesse d’exploitation du Tōkaidō Shinkansen est dant les heures creuses.
aujourd’hui dépassée par de nombreux autres systèmes Au cours des 16 premiers mois de son exploitation,
ferroviaires à grande vitesse, la fréquence de ses trains et 3 millions de passagers ont emprunté la ligne. Les plans
le nombre de passagers transportés restent remarquables. d’extension prévoient la construction de nouvelles voies à
En 2016, 365 trains transportant 455 000 passagers par grande vitesse le long des tronçons actuellement exploi‑
jours circulaient quotidiennement sur la ligne. Pour tés sur des voies anciennes modernisées, ainsi que la
accroître la capacité et réduire les temps de trajet, le Japon construction d’une ligne ferroviaire à grande vitesse entre
construit actuellement une ligne à suspension magnétique Marrakech et Agadir. En outre, une extension du réseau
(maglev) le long du même couloir, pour des trains capables ferroviaire à Casablanca est prévue, afin d’améliorer les
de circuler à 500 kilomètres à l’heure. Dans un premier liaisons entre la gare ferroviaire et la zone métropoli‑
temps, cette ligne reliera Tokyo à Nagoya, avant qu’elle ne taine environnante.
soit potentiellement prolongée jusqu’à Osaka.
Notes
1 Ces retards peuvent survenir aux frontières ou dans d’autres endroits, comme les entrepôts, où les formalités d’exportation ont lieu et où les
marchandises sont contrôlées.
2 Peu d’informations systématiques sont disponibles sur l’impact des barrières commerciales sur le commerce à petite échelle. Cela est dû en partie à
la nature informelle d’une grande partie de ce commerce (Bensassi, Jarreau et Mitaritonna, 2018[9]) et en partie à la grande diversité des produits, des
frontières traversées et de la taille des cargaisons. En outre, les coûts encourus peuvent prendre des formes variées, y compris les délais prolongés
et la nécessité de verser des redevances ou des pots‑de‑vin.
3 Pour plus d’informations techniques sur le modèle, se reporter à (Prieto Curiel et al., 2021[13])
4 Les temps de trajet sont estimés sur la base de la longueur et de la classification des routes (p. ex., route principale, route secondaire) fournies par
OpenStreetMap.
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izawol.378. [28]
Grappes urbaines de plus de 2.5 millions de résidents urbains dans un rayon de distance de trajet de 100 kilomètres
Johannesburg ‑Soshanguve‑Evaton centre 15 830 000 19 970 000 112 2 55 388 4 141
Ville de Maputo‑Municipalité de de Manhiça‑Ville de Boane 2 836 000 3 167 000 10 1 5 240 1 012
Note Voir l’Encadré 2.1 pour davantage d’informations concernant la définition des grappes urbaines.
Source Calculs OCDE/CSAO basés sur OpenStreetMap (2021[1]) et OCDE/CSAO (2018[2]).
Grappes urbaines de plus de 10 millions de résidents urbains sur un rayon de distance de trajet de 250 kilomètres
Population Population Nombre Villes de plus Superficie totale Zone bâtie totale
Nom de la grappe
urbaine totale totale de villes de 1 million d’habitants de la grappe (en km2) (en km2)
Ouest‑africain 83 903 000 139 017 000 821 12 321 499 19 169
Afrique des Grands Lacs 35 589 000 57 522 000 151 6 155 281 26 862
Note Voir l’Encadré 2.1 pour davantage d’informations concernant la définition des grappes urbaines.
Source Calculs OCDE/CSAO basés sur OpenStreetMap (2021[1]) et OCDE/CSAO (2018[2]).
Résumé
Ancrer le rôle des villes dans la planification économique nationale
Les gouvernements nationaux doivent ancrer la poli‑ qualifiées augmentent les économies d’aggloméra‑
tique urbaine dans la planification économique, ces tion que les villes peuvent générer.
deux facteurs étant étroitement liés. Les villes génèrent • Les infrastructures, locales et nationales, sont essen‑
la majeure partie de la croissance économique et de la tielles. Si tout démontre l’importance première d’un
création d’emplois dans presque tous les pays. Leurs approvisionnement électrique stable, les transports,
performances économiques jouent un rôle crucial dans les technologies de l’information et de la communi‑
la réussite de l’économie nationale, et ce rôle devrait cation (TIC), l’eau et l’assainissement, ont également
s’accroitre avec l’urbanisation croissante. Ce chapitre un impact important sur les performances écono‑
présente des considérations utiles pour les politiques miques. Une hausse significative des investissements
sur le rôle économique des villes. Il propose également publics est nécessaire ; mais elle ne sera efficace
un cadre thématique et des recommandations1 poli‑ que si elle est opérée dans le cadre d’une coordina‑
tiques pour intégrer rôle des villes dans la planification tion intersectorielle et entre les différents échelons
économique nationale. de gouvernement.
Il est important de mettre en place des politiques • Des institutions efficaces et un environnement
ciblées et cohérentes pour les villes car de nom‑ réglementaire stable donnent aux entreprises la
breuses politiques nationales ont des effets diversifiés visibilité dont elles ont besoin pour réaliser des
investissements. Ils permettent, entre autres, d’ob‑
dans l’espace et impactent différemment les villes et
tenir des financements et d’acquérir des terrains, de
les zones rurales. Il incombe aux gouvernements de
faire respecter les contrats et de protéger les innova‑
tenir compte de cette diversité et de veiller à ce que
tions. Ils sont essentiels pour que les entreprises se
les politiques nationales soient adaptées aux villes à
développent et soient plus productives.
croissance rapide. Le développement urbain nécessite
• La forme urbaine affecte de nombreux ressorts des
des investissements importants et implique de multi‑
économies d’agglomération ; par exemple l’accès à
ples acteurs et sources de financement. Des plans de
l’emploi ou la proximité des entreprises les unes par
développement nationaux bien conçus permettent de
rapport aux autres. Cependant, il existe peu d’études
coordonner une multiplicité d’acteurs et d’objectifs
empiriques rigoureuses sur l’importance de ce fac‑
afin que le développement économique des villes béné‑
teur dans les villes Africaines ; des recherches plus
ficie du soutien requis.
approfondies sont nécessaires.
Le nombre et la qualité des emplois créés par les
Les villes africaines doivent fournir des emplois
centres urbains et le niveau de productivité de leurs à une population toujours croissante. Les gouverne‑
travailleurs et de leurs entreprises déterminent leur ments doivent donc faciliter une urbanisation porteuse
contribution à l’économie. S’ils veulent renforcer la d’emplois. La multiplication des emplois dans des sec‑
performance économique des villes, les responsables teurs peu productifs, tels que les services non qualifiés,
politiques doivent considérer que : risque de freiner la productivité. Pour éviter cela, la
• En moyenne, les plus grandes villes sont les plus pro‑ croissance de la production industrielle et des services
ductives. Cependant, leurs coûts de transaction et de marchands, ainsi que d’autres secteurs capables de
la vie élevés réduisent leur compétitivité économique générer une croissance de l’emploi et de la producti‑
et le niveau de vie de la population. Ceci est le symp‑ vité, est essentielle.
tôme de « déséconomies d’agglomération » causées Investir dans les villes les plus productives, y
par un manque de planification et d’investissement. compris les villes principales, devrait constituer une
• Le capital humain est un déterminant majeur de priorité afin de maximiser les économies d’agglomé‑
la productivité, en particulier dans les villes. Les ration. Dans le même temps, les inégalités spatiales
travailleurs des grandes agglomérations ont généra‑ doivent être corrigées par des investissements dans les
lement des niveaux de compétences plus élevés que villes petites et moyennes, ainsi que dans les transports
ceux des petites villes. Les populations hautement interurbains. Enfin, le capital humain et la protection
sociale doivent être érigés au rang de priorité. Les intégré. Des ensembles complets et cohérents de
politiques sectorielles doivent répondre aux spécifi‑ politiques sont plus efficaces que les politiques prises
cités locales et favoriser la mobilité de l’emploi entre isolément ; ils favorisent les complémentarités et
les villes. évitent les goulets d’étranglement. Les politiques
Au‑delà des politiques spécifiques, les gouverne‑ publiques doivent être coordonnées entre secteurs et
ments nationaux doivent garantir un cadre politique niveaux de gouvernement.
Elles offrent les infrastructures dont ont besoin les croissante, contrairement aux zones rurales, où la
grandes entreprises pour opérer de manière efficace. demande de main‑d’œuvre agricole ne connaît, au
Elles peuvent créer des emplois pour une population mieux qu’une faible croissance. 43
1.2
0.8
0.6
0.4
0.2
0
Éthiopie Mali Malawi Nigéria Tanzanie Ouganda
Note Données de 2010 à 2019. En raison des différences de méthodes d’enquête entre pays, il n’est pas possible de comparer le niveau des salaires des différents pays, mais
l’écart salarial entre villes et campagnes au sein d’un pays donné a été systématiquement estimé.
Source Calculs de l’OCDE/CSAO fondés sur LSMS (Banque mondiale, 2008‑2019[3]) et Africapolis (OCDE/CSAO, 2018[1]).
Les avantages des villes pour une économie à rendement élevé. L’Afrique doit exploiter l’avan‑
moderne résident dans le fait que les entreprises et tage de la productivité urbaine dès maintenant, en
les travailleurs y sont plus productifs et gagnent des investissant dans les villes et des infrastructures plus
salaires plus élevés (économie d’agglomération). efficaces (Venables, 2018[5]). Une planification faible
Toutefois, l’urbanisation ne s’opère pas au détriment doublée de peu d’investissements dans les villes
des revenus ruraux ; c’est généralement l’inverse qui engendre des pertes de productivité. Ceci est parti‑
se produit. Quand l’offre de main‑d’œuvre agricole culier vrai dans les économies en développement qui
diminue en raison de l’urbanisation, les salaires ruraux peinent à faire émerger un secteur manufacturier
augmentent, les investissements en capital dans le performant. La fragmentation et la mauvaise connec‑
secteur agricole sont plus rentables, la productivité tivité des villes africaines provoquent une mauvaise
augmente. En outre, l’urbanisation peut réduire le chô‑ allocation du travail et réduit la productivité (Banque
mage rural et la fragmentation des terres agricoles ; mondiale, 2020[6]).
ces deux facteurs étant corrélés à une faible produc‑
tivité agricole (Desiere et Jolliffe, 2018[4]). Enfin, la Les politiques économiques nationales
demande alimentaire urbaine croissante peut augmen‑ ont un impact spatial important,
ter le niveau des revenus des zones rurales. qu’il s’agit d’anticiper
C’est au plus fort du processus d’urbanisation,
lorsque la migration des campagnes vers les villes est Les politiques économiques et initiatives sectorielles
la plus intense, que s’opère le passage d’une agricul‑ nationales ont un impact spatial important et souvent
ture à faible rendement vers des industries et services durable ; les politiques territorialement indifférenciées2
peuvent s’avérer coûteuses. Une perspective spa‑ ou involontaires doivent être soigneusement évaluées
tiale du développement tient compte du système et maîtrisées.
urbain national, de la répartition de la population et
des activités dans le territoire, et de leur rôle dans le Les investissements urbains
développement socioéconomique. Le développement sont d’ampleur variable, sporadiques
urbain dépend de la trajectoire choisie. De nombreuses et doivent être coordonnés
villes africaines ont été établies pendant la période
Les arguments économiques en faveur de l’investisse‑
coloniale pour faciliter la production et l’exportation
ment dans les villes sont convaincants. La population
des ressources naturelles et des produits agricoles. Les
urbaine de l’Afrique devrait pratiquement doubler au
villes ont perduré et grandi, même lorsque les activi‑
cours des deux prochaines décennies3 ; d’ici 2025, les
tés extractives et les systèmes de transport sur lesquels
villes africaines produiront déjà près des deux tiers du
elles reposaient (par exemple les lignes de chemins
PIB et une part encore plus importante de la croissance
de fer) ont perdu en importance. Dans une certaine
du PIB (MGI, 2011[9]). Selon la Banque africaine de déve‑
mesure, le stock d’infrastructures dont ces villes ont
hérité au moment de l’indépendance, l’inertie de la loppement (BAfD), « Des infrastructures de mauvaise
migration et de la croissance qui s’est poursuivie dans qualité réduisent jusqu’à 2 % le taux de croissance
les périodes suivantes leur ont permis de subsister, moyen par habitant en Afrique » et nuisent gravement
même après qu’elles aient perdu leurs avantages éco‑ aux « entreprises ayant une forte valeur ajoutée, de
nomiques initiaux (Jedwab et Moradi, 2016[7]). grands potentiels d’emploi et des liens importants avec
L’enseignement à tirer est clair : les politiques éco‑ d’autres secteurs » (BAfD, 2018, pp. 83‑84[10]). Même
nomiques ont des impacts spatiaux solides et durables. si l’Afrique serait la région du monde bénéficiant le
La politique industrielle constitue un autre excellent plus de l’amélioration des infrastructures, ses villes
exemple. Historiquement, les politiques industrielles pâtissent encore d’un manque criant de planification
des économies en développement ont encouragé les et d’investissements. Ceci se traduit par exemple, par
exportations et la substitution de produits nationaux le coût élevé de l’électricité qui réduit la compétiti‑
aux importations. Lorsque les industries de haute vité des entreprises. Les entreprises africaines paient
technologie nécessitant des travailleurs hautement entre 0.07 USD et 0.10 USD de plus le kWh d’électri‑
qualifiés ont pris une place privilégiée, la croissance cité que les entreprises d’Asie de l’Est et du Sud. Le
s’est progressivement concentrée dans quelques déficit d’investissement annuel total en infrastructures,
grands centres urbains, en particulier dans les zones pour l’ensemble de l’Afrique, est estimé entre 67.6 et
côtières, comme cela a été le cas en Corée (Fullerton, 107.5 milliards USD, un chiffre qui ne fera qu’aug‑
1997[8]). En Afrique, le mouvement d’industrialisation menter avec la progression de l’urbanisation. Les
par substitution des importations, mené par l’État au infrastructures stratégiques, comme les ports, les auto‑
début de la période postcoloniale, a coïncidé avec une routes, les réseaux de communication numérique et
croissance rapide de la population urbaine, en parti‑ les zones économiques spéciales (ZES) ont une portée
culier dans les plus grandes villes, où se concentraient géographique nationale, mais jouent un rôle particu‑
les emplois. On comptait peu d’autres centres de crois‑ lièrement important pour les économies urbaines. Les
sance industrielle en dehors de la capitale ou des villes transports, l’énergie et les TIC, qui représentent 70 %
principales car les infrastructures et les capacités en des investissements nationaux en infrastructures, sont
ressources humaines restaient limitées. essentiels à la performance économique des villes
Les politiques relatives à des secteurs qui peuvent (CEA, 2018b[11]).
sembler plus éloignés des villes, comme l’agriculture Tous les investissements n’ont pas le même
et la production alimentaire, peuvent avoir un impact impact. Pour maximiser leur efficacité, ils doivent être
marqué sur les villes, soulignant l’importance d’une soigneusement planifiés et coordonnés. Les investisse‑
approche spatiale du développement. Les interven‑ ments en capital – logements, bâtiments commerciaux,
tions destinées à améliorer la productivité agricole, usines et infrastructures – sont durables et immobiles.
par exemple, peuvent favoriser l’émergence de petites La valeur de chacun dépend des autres. Tous les inves‑
et moyennes villes dynamiques qui tirent parti des tisseurs, y compris les ménages, les chefs d’entreprise
chaînes de valeur alimentaires domestiques dans la et les administrations publiques, doivent donc être au
région agricole ciblée. Les relations entre politiques courant de ce que font les autres (Collier, 2017, p. 14[2]).
économiques et impacts spatiaux ne sont cependant Il en va de même entre les niveaux de gouverne‑
pas toujours linéaires. Leurs conséquences voulues ment. Par exemple, l’efficacité d’un investissement du
ministère du commerce dans une Zone Économique Considérations pour l’élaboration de politiques
Spéciale peut dépendre d’investissements parallèles nationales sur le rôle économique des villes
dans les infrastructures routières reliant la ZES à un Le Chapitre 1 a montré que les villes africaines sont pro‑
port, gérés par le ministère des transports. ductives, et que la productivité du travail y augmente
La coordination horizontale et verticale entre en moyenne de 0.3 % lorsque la population augmente
entreprises, secteurs économiques et niveaux de gou‑ de 10 %. Les villes sont bénéfiques à bien d’autres
vernement est donc essentielle pour maximiser les égards. Cependant, le potentiel de ces villes n’est pas
complémentarités. La coordination est également pleinement exploité ; d’importantes insuffisances per‑
importante au sein d’un même secteur, par exemple le sistent en termes de logement, d’infrastructures et de
logement. La problématique du logement repose sur qualité des emplois. Cette section analyse des options
une multitude de facteurs (foncier, financement, com‑ de politiques nationales destinées à maximiser le rôle
pétences, etc.) et a de nombreux effets multiplicateurs économique des villes.
(emplois, moyens de subsistance, revenus, impôts sur L’urbanisation et la croissance économique sont
la propriété). Selon une estimation, la mise à disposi‑ étroitement liées mais la relation entre les deux est
tion de crédits hypothécaires à long terme, calculés sur complexe et non linéaire. Toutes les villes ne présentent
la valeur de 80 % de la maison la moins chère, pour‑ pas le même niveau de performance économique ; les
rait potentiellement créer 1.3 million d’emplois dans le mesures requises pour stimuler le développement
secteur de la construction en Afrique (CAHF, 2017[12]), économique peuvent varier d’une ville à l’autre. De
ce qui entraînerait une hausse importante des recettes nombreux facteurs contribuent à la productivité urbaine
fiscales. Cependant, il arrive souvent que les dépenses et déterminent si une ville atteindra son potentiel pro‑
publiques d’investissement proviennent de budgets ductif. Les types d’interventions et d’investissements
qui ne sont pas ceux qui bénéficient des revenus de dépendent donc du contexte, des opportunités et des
ces investissements. Sans coordination adéquate entre faiblesses spécifiques à chaque agglomération. La
les secteurs, des investissements publics rentables littérature empirique concernant les facteurs qui déter‑
peuvent ne pas être réalisés, car les décideurs ne minent la productivité des villes africaines est à la fois
prennent en compte que les coûts incombant à un seul vaste et préliminaire, surtout si l’on considère la com‑
budget, sans tenir compte des revenus qui reviendront plexité des facteurs en jeu et la difficulté que présente
à un autre budget. la mesure précise de leurs effets. Néanmoins, il est pos‑
sible d’affirmer avec une relative certitude que certains
facteurs ont un impact significatif sur la capacité des
villes à réaliser leur potentiel productif.
Si la littérature sur la productivité des villes est abondante, (PNUD), le Programme des Nations Unies pour les établis‑
les études concernant les villes africaines et plus générale‑ sements humains (ONU‑Habitat), ainsi que les think tanks
ment les villes des pays en développement sont limitées. Brookings Institution et International Growth Centre,
Le tableau ci‑après présente une vue d’ensemble de la lit‑ notamment. Il comprend également des études empi‑
térature portant sur les déterminants du développement riques qui mesurent l’impact de divers facteurs sur la
économique des villes des pays en développement et ser‑ performance économique des villes (mesurée par la pro‑
vira de base aux discussions de cette section. ductivité des entreprises, les salaires, le PIB, l’emploi ou
Le tableau comprend des rapports d’organisations la transformation structurelle), spécifiques aux villes ou à
internationales comme la BAfD, la Banque mondiale, la des secteurs typiquement urbains, comme la production
Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique industrielle. Il n’a pas été possible de dresser une liste
(CEA), le Fonds monétaire international (FMI), l’OCDE, le exhaustive de ces études ; l’accent a donc été mis sur les
Programme des Nations Unies pour le développement études relativement récentes.
Tableau 3.1. Littérature sur les facteurs contribuant aux performances économiques
des villes des pays en développement
Capital humain Asmal et al. (2020[13]) ; Barro (2001[14]) ; Calderón et Servén (2010[15]) (2010[16]) ; Calderón et al.
(2011[17]) ; Chauvin et al. (2017[18]) ; Chen et Dahlman (2004[19]) ; Commission on Growth and
Development (2008[20]) ; Dinh et al. (2012[21]) ; Dollar, Hallward‑Driemeier et Mengiste, (2005[22]) ;
Hasan et. al. (2017[23]) ; Isaksson (2007[24]) ; Kim et Loayza (2019[25]) ; Lall et al. (2017[26]) ;
Newman et al., (2016[27]) ; Page et al. (2020[28]) ; Quintero et Roberts (2018[29]) ; ONU‑Habitat (2020[30]) ;
Wei et Hao (2011[31]) ; Banque mondiale (2004[32]) ; Banque mondiale (2009[33]) ; York et Fraser (1989[34])
Infrastructure nationale Amirtahmasebi (2016[35]) ; Andres, Biller et Dappe (2015[36]) ; Asmal et al. (2020[13]) ; BAfD, OCDE
et PNUD (2016[37]) ; Banque mondiale (2004[32]) ; Banque mondiale (2009[33]) ; Banque mondiale
(2013[38]) ; Boopen (2006[39]) ; Calderón et Servén (2010[15]) ; Calderón et Servén (2010[16]) ; Calderón,
Moral‑Benito et Servén (2011[17]) ; Chen et Dahlman (2004[19]) ; Collier (2016[40]) ; Combes et Gobillon
(2015[41]) ; Commission on Growth and Development (2008[20]) ; Escribano, Guasch et Pena (2010[42]) ;
Hulten (1996[43]) ; Isaksson (2007[24]) ; Lipscomb, Mobarak et Barham (2013[44]) ; McCulloch et Zileviciute
(2017[45]) ; Newman et al. (2016[27]) ; Njoh, (2009[46]) ; Page et al. (2020[28]) ; Paunov et Rollo (2015[47]) ;
Quintero et Roberts (2018[29]) ; Seethepalli, Bramati et Veredas (2008[48]) ; York et Fraser (1989[34])
Infrastructure urbaine Arnold, Mattoo et Narciso (2006[49]) ; Aterido et Hallward‑Driemeier (2007[50]) ; Aterido, Hallward‑
Driemeier et Pagés (2007[51]) ; Asmal et al. (2020[13]) ; Bacon et Kojima (2016[52]) ; BAfD, OCDE et PNUD
(2016[37]) ; Banque mondiale (2009[33]) ; Banque mondiale (2013[38]) ; Bastos et Nasir (2004[53]) ;
Collier (2016[40]) ; Commission on Growth and Development (2008[20]) ; Dethier, Hirn et Straub (2010[54]) ;
Dollar, Hallward‑Driemeier et Mengiste (2005[22]) ; Escribano et Guasch (2005[55]) ; Escribano, Guasch
et Pena (2010[42]) ; Hasan et. al. (2017[23]) ; Hommann et Lall ; Iimi (2011[56]) ; Kriticos et Henderson
(2019[57]) ; Lall, Henderson et Venables (2017[26]) ; Mensah (2018[58]) ; Metropolis (2019[59]) ; Page et al.
(2020[28]) ; Peters, Vance et Harsdorff (2010[60]) ; Rijkers, Söderbom et Loening (2010[61]) ; CEA (2018[62])
Environnement Acemoglu, Johnson et Robinson (2001[63]) ; Banque mondiale (2004[32]) ; Bastos et Nasir (2004[53]) ;
réglementaire Commission on Growth and Development (2008[20]) ; Dethier, Hirn et Straub (2010[54]) ;
Hallward‑Driemeier, Wallsten et Xu (2006[64]) ; Isaksson (2007[24]) ; Kriticos et Henderson (2019[57]) ;
McMillan et Rodrik (2011[65]) ; McMillan, Rodrik et Verduzco‑Gallo (2014[66]) ; Newman et al. (2016[27]) ;
Page et al. (2020[28]) ; Rodrik, Subramanian et Trebbi (2004[67])
Corruption Aterido, Hallward‑Driemeier et Pagés (2007[51]) ; Banque mondiale (2004[32]) ; Bastos et Nasir (2004[53]) ;
Commission on Growth and Development (2008[20]) ; Dethier, Hirn et Straub (2010[54]) ; Escribano
et Guasch (2005[55]) ; Fisman et Svennson (2007[68]) ; Hallward‑Driemeier, Wallsten et Xu (2006[64]) ;
Newman et al. (2016[27])
Composition du secteur Abdel‑Rahman et Fujita (1990[70]) ; BAfD, OCDE et PNUD (2016[37]) ; Asmal et al. (2020[13]) ; Commission
économique on Growth and Development (2008[20]) ; Gollin, Jedwab et Vollrath (2016[71]) ; Henderson et Kriticos
(2018[72]) ; Isaksson (2007[24]) ; Kriticos et Henderson (2019[57]) ; McMillan et Rodrik (2011[65]) ; McMillan,
Rodrik et Verduzco‑Gallo (2014[66]) ; ONU‑Habitat (2010[73]) ; ONU‑Habitat (2020[30]) ; Page et al.
(2020[28]) ; York et Fraser (1989[34])
1 Les finances publiques ne sont pas incluses ici, bien qu’elles soient fréquemment mentionnées dans les rapports à ce sujet en tant que condi‑
tion préalable au succès économique des villes. Les finances, dont il est question au Chapitre 5, ont pour rôle de faciliter les autres facteurs. De
même, la bonne gouvernance est mentionnée dans de nombreux rapports et facilite, elle aussi, les autres facteurs.
Lorsqu’elles grandissent, les villes deviennent croissance de la population urbaine constitueraient une
plus productives, mais font également face réponse économiquement et socialement néfaste au
à des contraintes majeures problème des coûts élevés dans les villes. Ce sont des
Les économies d’agglomération rendent les grandes investissements plus nombreux et plus efficaces qui
villes plus productives que les petites. Cette tendance sont nécessaires. Le développement urbain a souvent
est vérifiée au niveau mondial, l’est aussi en Afrique. précédé la planification, ce qui a conduit à des agglomé‑
Cependant, une partie de ce gain de productivité est rations sans réseaux routiers connectés et sans services
perdue en Afrique, en raison de coûts de fonctionne‑ publics adéquats. L’occupation des sols est souvent
ment plus élevés des villes. Les villes africaines sont inefficace et socialement ségréguée : les quartiers cen‑
plus chères que celles des pays ayant un niveau de traux intéressants restent peu développés tandis que
revenu comparable, avec un écart pouvant atteindre des zones à forte densité de population, comme les
31 % (Nakamura et al., 2016[74]). La main‑d’œuvre bidonvilles, sont mal desservies par les infrastructures
industrielle est plus coûteuse en Afrique que dans les de base. Les gains d’efficacité potentiels de la densité
pays à niveau de revenu semblable d’autres régions du ne sont pas exploités en raison d’une mauvaise planifi‑
globe ; peu de pays africains semblant avoir un avan‑ cation de l’occupation des sols, d’une gestion foncière
tage de faible coût de la main‑d’œuvre pour soutenir inadéquate et de règles de zonage rigides. Il en résulte
la compétitivité dans le secteur manufacturier (Gelb une inefficacité urbaine croissante, qui se traduit par
et al., 2020[75]). En raison de l’insuffisance d’investisse‑ des hausses insoutenables du coût de la vie, y compris
ment face à la croissance démographique rapide, de pour les trajets domicile‑travail, un coût excessif du
nombreuses villes africaines connaissent un dévelop‑ logement par rapport au revenu, des coûts de transac‑
pement urbain fragmenté, des problèmes de logement tion élevés pour les activités commerciales, sans parler
et un manque de transports efficaces et abordables, d’un taux de chômage en hausse (CEA, 2017[77]). Ces
réduisant parfois l’accessibilité des travailleurs aux coûts et ce manque d’équipements collectifs réduisent
les gains nets des économies d’agglomération et de
emplois. Ainsi, à Nairobi, les passagers de la compa‑
la densité urbaine ; ils peuvent dissuader les entre‑
gnie des Matatu (minibus privés) ne peuvent accéder
prises et les travailleurs qualifiés de s’installer dans les
qu’à 4 % des emplois en 30 minutes ou moins, 10 % en
grandes villes (Grover, Lall et Timmis, 2021[76]).
45 minutes ou moins et 20 % en une heure ou moins.
Dans les villes ougandaises, 70 % des travailleurs
rejoignent leur lieu de travail à pied, souvent sur de Le rayonnement économique des villes dépend
des emplois qu’elles créent
longues distances (Grover, Lall et Timmis, 2021[76]).
La hausse des coûts urbains fait partie intégrante Les travailleurs des villes africaines sont plus suscep‑
des économies d’agglomération. Au fur et à mesure tibles d’occuper des emplois qualifiés et sont moins
qu’une ville se développe, en fonction du type et des exposés au risque de sous‑emploi que leurs homo‑
caractéristiques de ses activités économiques et de la logues ruraux. Plus de la moitié des hommes et plus
technologie dominante en matière de production et des trois quarts des femmes qui y travaillent occupent
de connectivité, elle atteint un cap où les coûts et les cependant des emplois non qualifiés (Chapitre 1).
nuisances commencent à l’emporter sur les avantages L’importance du secteur informel et le chômage sont
d’une taille croissante. Or, en Afrique, de nombreuses d’autres préoccupations majeures. La création d’un
villes atteignent prématurément ce cap. Cela s’explique plus grand nombre d’emplois décents constitue donc
par le fait que leur croissance ne s’accompagne pas d’in‑ une priorité politique4. Le Chapitre 1 a montré que la
vestissements proportionnels dans les infrastructures composition sectorielle des emplois urbains est restée
et le logement et manque souvent d’une planification stable au cours des deux dernières décennies. Malgré
adéquate. La plupart des villes principales d’Afrique quelques progrès récents, les changements structu‑
sont relativement petites en comparaison internatio‑ raux globaux dus à l’urbanisation n’ont souvent pas
nale, mais en raison de la vitesse et de l’ampleur de favorisé la croissance autant qu’ils auraient pu le faire ;
l’urbanisation dans un contexte de faibles revenus et la plupart des travailleurs qui ont quitté l’agriculture
d’infrastructures inadéquates, la croissance urbaine ont trouvé des emplois dans des activités de services
continue augmente les coûts urbains et accentue les à faible productivité, principalement dans le secteur
problèmes de congestion qui doivent être atténués informel (McMillan, Rodrik et Verduzco‑Gallo, 2014[66]).
(Henderson et Kriticos, 2018[72]). Dans d’autres régions du globe, l’industrie a
Considérant les avantages de l’urbanisation, pré‑ largement contribué à la création d’emplois produc‑
sentés au Chapitre 1, des politiques visant à limiter la tifs en ville ; or dans les villes africaines, ces résultats
sont mitigés. La part des emplois industriels formels chiffre avait stagné à 7.2 % en Afrique entre 1990 et
dans l’ensemble des chaînes de valeur n’est que de 2010 et décliné en Amérique latine et dans les Caraïbes
10 % en Éthiopie et au Sénégal, ou 20 % en Afrique au cours de la même période. Bien que le niveau des
du Sud, contre plus de 35 % dans des pays comme le activités industrielles en Afrique soit faible par rapport
Bangladesh, le Brésil, la Chine, l’Inde et la Malaisie à d’autres régions, cette hausse des emplois manufac‑
(Banque mondiale, 2020[6]). Ils ont légèrement pro‑ turiers constitue une rupture dans la tendance longue
gressé ces dernières années (Graphique 3.2). Cette à la désindustrialisation documentée pour la période
progression n’est pas anodine si l’on considère que ce 1960–2011 (Kruse et al., 2021, p. 8[78]).
44
Graphique 3.2. Proportion des emplois industriels et agricoles par région, 2000‑19
50 %
40 %
30 %
20 %
10 %
0%
2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018
Dans le passé, la création d’emplois dans les villes réalisation du potentiel économique des villes et à la
n’a pas toujours été une priorité. L’une des questions transformation structurelle de l’économie nationale.
centrales de la politique économique nationale est La nouvelle génération de politiques industrielles
de fixer des priorités d’investissement public. Cela est encourageante. Elle peut être porteuse d’une
implique de mobiliser des ressources, même limitées, renaissance des emplois manufacturiers. Les entre‑
pour soutenir des secteurs économiques stratégiques prises industrielles, en particulier celles du commerce
susceptibles de stimuler la croissance et la création d’exportation, ne sont pas nécessairement riches en
d’emplois décents. Les villes n’ont pas toujours figuré emplois, même lorsqu’elles réussissent.
parmi les secteurs économiques prioritaires ciblés par Un basculement est intervenu dans les années
la planification nationale du développement en Afrique, 2010, lorsque l’Afrique semble avoir rattrapé une partie
les emplois urbains décents demeurant une lacune de son retard. Les pays classés comme exportateurs de
critique des politiques nationales (CEA, 2017b[80]). Pour produits manufacturés ont augmenté leur production
tant, les politiques ciblant les secteurs économiques mais la part de l’emploi dans le secteur manufacturier
créateurs d’emplois productifs seront essentielles à la a diminué. Dans le même temps, les exportateurs de
produits non manufacturés ont augmenté l’emploi, Les villes peuvent prendre des mesures pour sou‑
mais pas la productivité. Dans le cas de l’industrialisa‑ tenir le développement des entreprises, notamment en
tion des exportateurs de produits non manufacturés, la améliorant le climat général des affaires et en suppri‑
demande domestique – qui a augmenté en raison d’une mant les obstacles tels que l’accès aux financements et
augmentation des revenus agricoles, des dépenses à la technologie pour les petites et micro‑entreprises
publiques et des transferts extérieurs – a probable‑ (Bartik et Sotherland, 2019[85]). La formalisation des
ment élargi le marché des produits manufacturés (de marchés fonciers peut aider les petites entreprises à
moindre qualité) (Diao et al., 2021[81]). trouver des emplacements en ville pour développer
Si un secteur manufacturier fort est important leur activité. Il est également possible de stimuler la
pour le développement économique de l’Afrique, il productivité des micro‑ et petites entreprises en sim‑
n’est pas suffisant. Des services modernes et échan‑ plifiant les processus réglementaires, en encourageant
geables, qui tendent à se concentrer en ville – TIC, l’accès aux financements (pour les entreprises du sec‑
tourisme, transports, logistique – et la production teur informel comme formel) et en améliorant l’accès
agro‑industrielle5, sont généralement des secteurs au développement des compétences et des capacités, y
qui ont le potentiel de stimuler la productivité et les compris l’apprentissage tout au long de la vie pour les
emplois urbains (Newfarmer, Page et Tarp, 2019[82]). Ces cadres comme pour la main‑d’œuvre.
secteurs sont cruciaux car il n’est pas certain que les
pays africains puisse suivre le chemin des pays d’Asie Le capital humain contribue significativement
de l’Est et du Sud, fortement dépendants de l’indus‑ à la productivité urbaine
trie à haute intensité de main‑d’œuvre. Les pays d’Asie
de l’Est et du Sud‑Est disposant toujours d’avantages Il ne fait aucun doute que le capital humain, en parti‑
comparatifs importants dans ces secteurs, il est difficile culier l’éducation et les compétences, joue un rôle dans
pour d’autres pays d’en reproduire les stratégies. la performance économique urbaine. (Tableau 3.1).
En Afrique, l’emploi dans le secteur manufac‑ Plusieurs études suggèrent même que le capital
turier urbain est le fait des petites entreprises qui humain est encore plus important que les infrastruc‑
absorbent de la main‑d’œuvre mais n’augmentent tures et d’autres facteurs essentiels. Une étude portant
pas leur productivité. Inversement, la part de l’emploi sur 115 pays en développement (Kim et Loayza, 2019[25])
des grandes entreprises diminue, alors que leur part montre que, entre 1994 à 2014, les améliorations appor‑
de production augmente. Cette observation concorde tées à l’éducation ont été ‑ de loin ‑ l’élément le plus
avec celles de Diao et al. (2021[81]), qui notaient qu’en déterminant de la croissance totale de la productivité
Éthiopie et en Tanzanie, les grandes entreprises ont des facteurs (près de la moitié) ; devant l’innovation,
connu une croissance de la productivité sans augmen‑ l’efficacité du marché, les infrastructures et les institu‑
tation de l’emploi, tandis que les petites entreprises tions. Une autre étude portant sur 88 pays, dont 30 en
ont absorbé des travailleurs sans augmentation de la Afrique (Calderón, Moral‑Benito et Servén, 2011[17]),
productivité. Quoi qu’il en soit, il semble difficile d’aug‑ démontre que le capital humain l’emporte sur les
menter la taille des entreprises. Les micro‑entreprises infrastructures pour prédire le PIB par travailleur.
(moins de 20 employés) et les petites entreprises (entre Quintero et Roberts (2018[29]) constatent, dans une étude
21 et 50 employés) deviennent rarement des entre‑ portant sur 16 pays d’Amérique latine et des Caraïbes,
prises moyennes (entre 51 et 100) ou grandes (>101). que le capital humain a un impact plus important sur
En Éthiopie, par exemple, 97 % des emplois formels les salaires urbains que la densité et la connectivité
dans le secteur manufacturier sont créés par des entre‑ avec d’autres marchés urbains.
prises moyennes et grandes (Mukim, 2016[83]). Dans ce Le Chapitre 1 montre que le niveau d’éducation
pays, seules 7 % des entreprises comptant entre 10 et est plus élevé dans les villes que dans les zones rurales,
30 travailleurs, en comptaient plus de 50 dix ans plus et qu’il augmente avec la taille des villes. Les travail‑
tard. Ceci suggère une mortalité élevée des entreprises leurs des grandes villes ont davantage d’opportunités
et une taille moyenne obstinément faible des petites pour acquérir de nouvelles compétences et élargir
entreprises (Shiferaw et Bedi, 2013[84]). Les petites leur expérience professionnelle ; il s’agit là d’atouts
entreprises ont tout intérêt à s’installer en ville pour durables pour ces travailleurs, y compris s’ils démé‑
les mêmes raisons que les grandes entreprises, notam‑ nagent dans d’autres villes (La Roca et Puga, 2017[86]).
ment une base de clientèle importante et concentrée, Tout ce qui précède mène à formuler deux implica‑
l’accès aux produits et aux services et l’accès à la tions politiques majeures : 1) les investissements dans
main‑d’œuvre. les compétences des travailleurs ont des rendements
individuels et sociétaux considérables ; et 2) les obsta‑ l’acquisition de compétences, car l’impact des compé‑
cles à la croissance urbaine et donc à l’accumulation tences sur les salaires des travailleurs est plus élevé
du capital humain, tels que l’offre de logements ou la dans les zones urbaines que dans les zones rurales.
fourniture de services urbains, devraient être suppri‑ En Afrique, les niveaux d’éducation dans les villes
més (Glaeser et Xiong, 2017[87]). ont considérablement augmenté ces trois dernières
Les compétences amplifient les économies décennies. Dans les villes de plus de 1 million d’habi‑
d’agglomération, et les économies d’agglomération tants, le nombre d’années de scolarité des personnes
encouragent l’accumulation de compétences, car elles de 18 à 29 ans est passé d’une moyenne de 6.5 ans
conduisent à des salaires plus élevés pour les travailleurs à plus de 9 ans entre 1990 et 2010 (voir Chapitre 1).
qualifiés dans les villes (Glaeser et Resseger, 2010[88] ; La Cette évolution devrait avoir un impact positif durable
Roca et Puga, 2017[86]). Des études empiriques montrent dans les décennies à venir, étant donné les avantages
que les travailleurs qualifiés, dotés de bonnes compé‑ économiques et sociaux d’une meilleure éducation
tences non techniques et d’une bonne expérience, tout au long de la vie. Des efforts supplémentaires
profitent le plus de leur présence dans les grandes sont cependant nécessaires pour que le nombre de
villes en gagnant des salaires plus élevés (Bacolod, travailleurs qualifiés augmente. Comme le montre le
Blum et Strange, 2009[89] ; Kriticos et Henderson, Graphique 3.3, la pénurie de travailleurs qualifiés est
2019[57]). Par conséquent, les travailleurs des zones toujours citée comme une contrainte majeure pour
rurales qui migrent vers les villes investissent dans les entreprises.
45
Graphique 3.3. Pourcentage des entreprises identifiant l’inadéquation des compétences des travailleurs comme
un obstacle majeur
70 %
60 %
50 %
40 %
30 %
20 %
10 %
0%
NGA
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Source (Banque Mondiale, 2010‑2019[90]) dernière année disponible, par pays ; graphique des auteurs.
L’augmentation du nombre de travailleurs qua‑ Les travailleurs moins formés profitent de cette com‑
lifiés profitera également aux travailleurs moins plémentarité de différentes manières. Ils apprennent
qualifiés, y compris ceux de l’économie informelle, de leurs interactions avec les travailleurs éduqués et
car leurs tâches sont complémentaires. Un plus grand deviennent plus productifs ; les travailleurs éduqués
nombre de travailleurs qualifiés tend à améliorer les innovent et créent de nouveaux emplois dont béné‑
perspectives d’emploi et le salaire des travailleurs non ficient aussi ceux qui le sont moins ; les travailleurs
qualifiés (Eeckhout, Pinheiro et Schmidheiny, 2014[91]). éduqués qui gagnent des revenus plus élevés achètent
davantage de biens de consommation et services pro‑ le plus clairement reconnu pour son rôle dans la pro‑
duits localement, ce qui crée des emplois pour les ductivité des villes en développement. En Afrique, c’est
travailleurs moins éduqués ; enfin, une réduction du le besoin d’un approvisionnement fiable en électricité
nombre de travailleurs peu qualifiés fait grimper les qui a été le plus documenté (Straub, 2008[94]). Dans une
salaires de ces derniers (Winter, 2020[92]). étude portant sur 26 pays africains, Escribano, Guasch
et Pena (2010[42]) montrent que l’électricité est le fac‑
L’infrastructure est essentielle teur le plus déterminant de la productivité totale des
pour le développement urbain facteurs des entreprises. Mais si l’importance de l’élec‑
tricité est bien documentée, il est souvent difficile de
Les avantages de l’urbanisation dépendent large‑ distinguer les effets des différents types d’infrastruc‑
ment des infrastructures et des institutions (Turok et tures car leurs efficacités respectives sont étroitement
McGranahan, 2013[93])6. Si le Chapitre 1 a montré que corrélées les unes avec les autres. En outre, les besoins
les villes offrent un meilleur accès aux infrastructures les plus urgents en infrastructures varient d’une
que les zones rurales, et que les grandes villes font ville à l’autre et, à mesure que les raccordements au
mieux que les petites, de nombreuses villes africaines réseau électrique se généralisent, notamment dans les
sont encore en retard par rapport à celles d’autres grandes villes, où environ 80 % des ménages ont accès
régions du monde en matière de services urbains de à l’électricité (Graphique 3.4), il sera de plus en plus
base (Graphique 3.4). important de réduire les écarts d’accès à d’autres types
L’infrastructure urbaine, plus que tous les autres d’infrastructures, notamment l’eau, l’assainissement,
facteurs, à l’exception du capital humain, est le facteur les transports et les TIC.
46
Graphique 3.4. Accès des villes à l’électricité, à l’eau et à l’assainissement, par région
100 %
80 %
60 %
40 %
20 %
0%
Afrique Asie de l’Est Union européene Amérique latine et Asie du Sud Moyennes
et Pacifique Caraïbes mondiales
Source Indicateurs du développement dans le monde (WDI) (Banque mondiale[79]) ; graphique des auteurs.
De nombreuses études insistent sur l’importance si l’on considère, d’une part que les villes africaines
du transport urbain pour la connectivité des travailleurs sont marquées par la prédominance du secteur abrité
et des entreprises et contribue à créer des économies et la difficulté de créer des emplois dans les activités
d’agglomération (BAfD/OCDE/PNUD, 2016[37] ; Lall, exposées plus productive ; et que d’autre part la dépen‑
Henderson et Venables, 2017[26] ; Page et al., 2020[28] ; dance aux importations pour de nombreux intrants
Banque mondiale, 2013[38] ; Kriticos et Henderson, nécessaires à la production urbaine est importante.
2019[57]). Certains rapports traitent plus particulièrement Cependant, force est de constater que les principaux
du rôle des transports en commun (Collier, 2016[40] ; rapports sur les villes africaines ne mentionnent géné‑
Banque mondiale, 2013[38] ; ONU‑Habitat, 2020[30]). Si ralement pas qu’il faut s’attaquer aux barrières au
les arguments théoriques en faveur de l’importance commerce ; un sujet qui devrait être plus mis en avant
des transports sont clairs, les travaux empiriques sur dans le discours de développement sur le sujet.
le rôle des transports intra‑urbains sont moins nom‑ Enfin, la capacité des entreprises à accéder au
breux. Néanmoins, les données empiriques existantes financement, qui est étroitement liée à l’environnement
montrent généralement l’effet marqué de divers élé‑ institutionnel, est un facteur de performance écono‑
ments des infrastructures de transport (public). mique des villes dont l’importance a été amplement
Les infrastructures nationales, et non uniquement démontrée (Tableau 3.1). Les difficultés d’accès aux
celles des villes, sont importantes elles aussi7. Ceci est financements sont particulièrement contraignantes
particulièrement vrai pour les infrastructures de trans‑ pour les petites entreprises (Aterido, Hallward‑
port, car les villes productives doivent pouvoir être Driemeier et Pagés, 2007[51]) et constituent également
connectées aux marchés extérieurs (voir Chapitre 2). une contrainte majeure pour de nombreux gouver‑
D’autres éléments de l’infrastructure nationale, tels nements locaux (voir Chapitre 5). Elles entravent
que la production d’électricité et le réseau de télécom‑ l’expansion des entreprises et empêchent les gouver‑
munications, sont également fondamentaux ; ils sont nements locaux d’investir dans les infrastructures.
souvent des conditions préalables à la mise en place
de bonnes infrastructures intra‑urbaines. La fourniture La forme urbaine est importante
d’infrastructures constitue un autre domaine politique pour le fonctionnement des villes,
où les responsabilités nationales et locales convergent mais les données empiriques sur le sujet
et doivent être coordonnées.
sont limitées
S’il est vrai que l’impact de la forme urbaine fait entre deux points pris au hasard dans une ville donnée
l’objet d’un intérêt croissant de la part des chercheurs est calculée et standardisée par rapport à la superficie
et des décideurs politiques, nombre des facteurs qui la totale de la ville8 ; de sorte qu’elle ne reflète pas sim‑
composent restent difficiles à mesurer d’une manière plement la taille de la ville. Plus une ville est compacte,
systématique. En la matière, les données empiriques plus la distance moyenne entre deux points situés à l’in‑
fiables sont rares, particulièrement dans les pays en térieur de celle‑ci est faible. Le Graphique 3.5 montre
développement. Le travail d’Harari (2020[96]) fait excep‑ l’extension urbaine de cinq villes africaines de plus de
tion. Il montre que les villes indiennes dont la forme 1 million d’habitants présentant la distance moyenne la
urbaine est plus compacte ont une croissance démo‑ plus longue entre deux points et celle des cinq villes
graphique plus élevée et que l’accessibilité et la qualité présentant la distance moyenne la plus petite. Deux
de vie y sont meilleures. La base de données Africapolis tendances se dégagent : la forme des villes où les dis‑
(OCDE/CSAO, 2018[1]) contient des données sur l’exten‑ tances sont élevées n’est pas ronde et leur structure
sion urbaine des villes africaines en 2015. Elle peut urbaine est discontinue, avec de nombreux intervalles
servir à étudier la forme urbaine en appliquant une entre les zones bâties. A l’inverse, les villes où les
méthodologie semblable à celle de Angel, Parent et distances moyennes sont faibles sont plus rondes et
Civico (2010[97]) et Harari (2020[96]). La distance moyenne contiennent moins d’intervalles entre zones bâties.
Suhag, Égypte Alexandrie, Égypte Gisenyi, Rwanda Al-Mansura, Égypte Asyut, Égypte
Population : 3.7 millions Population : 6.6 millions Population : 1 million Population : 2 millions Population : 1.3 millions
S : 37.55 / nS : 3.67 S : 35.07 / nS : 3.14 S : 23.2 / nS : 2.35 S : 13.9 / nS : 2.32 S : 12.56 / nS : 2.25
1 2 3 4 5
1 2 3 4 5
Note La rangée supérieure montre la forme des cinq villes africaines de plus de 1 million d’habitants où la distance moyenne entre deux points de leur territoire (ajustée en
fonction de la superficie) est la plus grande. La rangée inférieure montre la forme des cinq villes africaines de plus de 1 million d’habitants où la distance moyenne entre deux
points de leur territoire (ajustée en fonction de la superficie) est la plus petite. Il est possible de télécharger sur africapolis.org l’extension urbaine de toutes les villes africaines. S est
un disconnected index (littéralement, indice déconnecté) qui montre la distance moyenne entre deux points aléatoires dans la ville. nS est un disconnected index normalisé défini
comme S divisé par le rayon du cercle de surface équivalente, c’est‑à‑dire le rayon d’un cercle ayant la même surface que la zone bâtie. Plus de la valeur de nS est élevée, plus
l’extension urbaine de la ville est déconnectée.
Source Calculs OCDE/CSAO fondés sur OCDE/CSAO (OCDE/CSAO, 2018[1]), sur la base de Angel, Parent et Civico (2010[97]), ainsi que Harari (2020[96]).
Au‑delà de l’agencement urbain plus ou moins dense. Toutefois, ce régime est économiquement inef‑
compact, de nombreuses autres dimensions de la ficace. Selon une estimation, si l’on convertissait tous
forme urbaine ont un impact sur la productivité et le les terrains relevant du régime mailo de Kampala en
fonctionnement des villes. Le développement axé sur terrains loués à bail, les revenus urbains réels agré‑
le transport (transport‑oriented development ou tran‑ gés augmenteraient de 2 % en l’absence d’économies
sit‑oriented development (TOD), en anglais) est un de localisation et de 6.7 % en présence d’économies
instrument permettant d’améliorer l’accessibilité et de de localisation, ce qui bénéficierait particulièrement
réduire les embouteillages ; y compris en orientant la aux travailleurs non qualifiés. La formalisation de ces
construction de logements et de locaux commerciaux terrains permettrait de les utiliser pour des usages
principalement le long des corridors de transport. plus productifs et augmenterait les revenus. Mais, en
Lorsque les administrations locales n’ont pas la capa‑ dépit des effets bénéfiques considérables de la hausse
cité de mettre en œuvre des TOD, il est important, de leurs revenus, les résidents quittant les terrains
pour limiter les coûts futurs de construction des à régime mailo y perdraient cependant si on ne leur
infrastructures, qu’elles empêchent, à court terme, les proposait pas des solutions alternatives de logement
constructions non planifiées sur des terrains qui seront moins chères (Bernard, Bird et Venables, 2016[99]).
nécessaires pour les futurs corridors de transport
(Angel, 2011[98]). Les marchés fonciers sont susceptibles
Des formes urbaines productives et vivables d’avoir un impact considérable sur la productivité
peuvent également résulter de la création de quar‑ urbaine, mais les preuves empiriques sont rares
tiers denses et bien desservis dans des lieux centraux.
La densité encourage les interactions qui à leur tour Le bon fonctionnement des marchés fonciers est une
nourrissent l’innovation et les économies d’agglomé‑ autre condition préalable à l’utilisation efficace des
ration. Les quartiers denses ont toutefois besoin de sols. Le foncier est, de loin, le facteur de production le
bonnes infrastructures pour être viables et fonctionner plus précieux des villes (OCDE, 2017[100]). Les marchés
efficacement. Des politiques d’urbanisation assorties fonciers sont les principaux mécanismes d’affectation
d’investissements produisant des transports publics des sols à leur usage le plus productif. Leur fonction‑
efficaces et des espaces publics de qualité créeront nement est un facteur déterminant du développement
des quartiers hautement productifs et attrayants d’une économique des villes. Sans marchés fonciers opéra‑
densité de plus de 50 000 habitants au km2. A l’inverse, tionnels, les mauvaises affectations des terres à des
des densités similaires dans un bidonville mal desservi usages moins productifs persisteront, empêchant une
limitent la productivité et entraînent de mauvaises transformation structurelle de l’économie, qui requiert
conditions de vie. généralement des changements importants de l’uti‑
Il est également important de créer des quartiers lisation des sols urbains. Par exemple, en Éthiopie,
d’affaires et des zones industrielles permettant aux « la difficulté à acquérir des terres empêche souvent
entreprises de s’installer à proximité de leurs clients, les entreprises de 4 à 5 employés de se développer
fournisseurs et concurrents. Dans de nombreux cas, le en entreprises de plus de 10‑15. Cela nécessiterait un
zonage à usage unique ou à usage restrictif et le zonage espace de travail plus grand, connecté à des services
excessif, lorsqu’ils sont mal gérés, créent plus d’incon‑ abordables et fiables, ainsi que des réseaux de trans‑
vénients que d’avantages. Ces approchent encouragent port fiables vers les marchés d’intrants et de produits.
l’étalement urbain, augmentent les distances de La plupart des petites entreprises sont installées au
déplacement et réduisent l’accessibilité. Lorsque les domicile du propriétaire ou dans de petits ateliers. »
règlementations en matière d’occupation des sols sont (Dinh et al., 2012, p. 67[21]).
restrictives, même si les terrains sont disponibles et Les marchés fonciers doivent être bien régulés car
planifiés, le développement devient fragmenté, empê‑ ils sont sujets à des imperfections, notamment d’im‑
chant les entreprises de se regrouper et de s’agrandir portantes asymétries d’information et des monopoles
et limitant donc leur compétitivité. potentiels. L’informalité empêche tant l’émergence
Il n’est pas simple d’améliorer la forme urbaine des marchés fonciers que leur réglementation effi‑
et, souvent, des arbitrages doivent être faits. Par cace. La délivrance de titres de propriété et la mise
exemple, les ménages à faible revenu et peu qualifiés en place de cadastres et de registres fonciers actua‑
de Kampala se concentrent sur des terrains qui font lisés représentent des conditions préalables au bon
l’objet d’un régime foncier coutumier, dit mailo, car fonctionnement des marchés fonciers. Les analyses
ils sont abordables et bénéficient d’un réseau social empiriques à ce sujet ne sont cependant pas unanimes :
certaines données préliminaires indiquent que les titres du point de vue de leur impact, de leur calendrier et
de propriété encouragent une activité économique de leur emplacement bénéficieront de synergies plus
productive (Bernard, Bird et Venables, 2016[99] ; Field, bénéfiques que des investissements isolés. Les facteurs
2007[101]), quand d’autres études ne trouvent aucun sont interdépendants, s’influencent mutuellement et
impact (Brasselle, Gaspart et Platteau, 2002[102] ; Galiani influencent la performance économique des villes.
et Schargrodsky, 2010[103] ; Andreasen et al., 2020[104]).
Do et Iyer (2008[105]) soulignent de façon assez
convaincante que (p. 531) : « Les économistes s’ac‑ Le système urbain stimule la production
cordent généralement sur le fait que de meilleures
et influence les inégalités régionales
institutions de droit foncier améliorent les résultats
Un indice de primauté urbaine très élevé9 inquiète sou‑
économiques … Cependant, les preuves empiriques
vent les décideurs politiques, qui souhaitent déplacer
concernant l’importance de la délivrance de titres fon‑
la croissance de la population urbaine vers d’autres
ciers officiels ne sont pas concluantes, tant en ce qui
villes et stimuler la productivité à travers un système
concerne l’effet global de la propriété de tels titres,
urbain. Si la primauté en Afrique a été historique‑
que les aspects des droits fonciers qui s’avèrent cru‑
ment élevée, elle a diminué à mesure que le revenu
ciaux. » L’absence d’évidences empiriques à ce sujet
par habitant et le nombre et la taille des villes secon‑
ne signifie pas qu’il n’est pas important. Elle montre
daires ont augmenté. En 2015, la part moyenne de la
plutôt combien il est difficile de mesurer et de quan‑
population urbaine habitant dans la plus grande ville
tifier l’impact des marchés fonciers. S’agissant d’un
des pays africains était comparable à la moyenne mon‑
sujet prioritaire pour les experts (par exemple Lall,
diale et légèrement inférieure aux moyennes d’Asie et
Henderson et Venables, 2017[26]), le manque d’évi‑
d’Amérique latine10.
dences empiriques est préoccupant et d’autres études
Même si la primauté urbaine n’est plus aussi
à ce sujet sont nécessaires.
exceptionnellement élevée en Afrique, il n’en faut pas
moins soutenir un développement urbain équilibré
Ce qui importe le plus dépend des besoins
et des complémentarités propres au contexte permettant aux villes de toutes les tailles de réaliser
leur plein potentiel. La taille des villes africaines secon‑
Les questions abordées ci‑dessus portent sur certains daires correspond maintenant à celle des villes
des facteurs les plus importants déterminant la pro‑ d’autres parties du monde. Cependant, elles n’ont pas
ductivité des villes africaines. Il ne s’agit pourtant pas nécessairement les mêmes fonctions économiques
d’une liste exhaustive des questions que les décideurs et administratives. En théorie, les grandes villes ont
politiques doivent traiter. L’importance relative des des avantages productifs associés à la diversité, tan‑
différents facteurs varie en fonction des villes, des sec‑ dis que les économies des villes petites et moyennes
teurs économiques et des acteurs de l’économie. Ainsi, sont plus spécialisées. Les entreprises à forte valeur
la performance des entreprises relativement grandes ajoutée technologique et celles ayant besoin d’une
dépend davantage de l’accès à l’électricité, du niveau main‑d’œuvre qualifiée tendent à se regrouper dans
de corruption et l’environnement réglementaire, alors les grandes villes. En revanche, les entreprises des
les petites entreprises sont plus préoccupées par l’ac‑ industries plus traditionnelles ou dont les activités et
cès aux financements ou les coupures d’eau (Aterido, les lignes de produits sont standardisées ou encore
Hallward‑Driemeier et Pagés, 2007[51] ; Aterido et celles qui nécessitent beaucoup de main‑d’œuvre ou de
Hallward‑Driemeier, 2007[50] ; Iimi, 2011[56]). place tendent à profiter des économies de localisation
Nombre des questions abordées ci‑dessus sont et à se regrouper dans les villes petites et moyennes
complémentaires, l’efficacité d’une mesure politique (Duranton, 2015[106] ; CEA, 2018[62]). Les villes plus petites
dans un domaine dépendant en partie de mesures peuvent constituer des centres d’activité pour les zones
prises dans d’autres domaines. Par exemple, l’efficacité rurales environnantes et contribuer à leur développe‑
d’une planification urbaine destinées à accroître la den‑ ment économique (Chapitre 1). Elles peuvent aussi
sité du bâti dans les lieux centraux, repose sur le bon accueillir le siège d’agences gouvernementales et
fonctionnement des marchés fonciers et la capacité des universités ou autres institutions d’enseignement
à fournir des infrastructures. Des mesures politiques supérieur, proposant d’autres possibilités de dévelop‑
complémentaires et des investissements cohérents pement économique.
48
Graphique 3.6. Primauté urbaine moyenne non pondérée de 54 pays africains, 1970‑2015
50 %
40 %
30 %
20%
10 %
0%
1970 1980 1990 2000 2010 2015
Si les villes principales d’Afrique sont aussi les particulier dans les petits pays qui ont moins d’oppor‑
plus productives, elles souffrent cependant d’exter‑ tunités de diversifier leur système urbain national. Les
nalités négatives. L’insuffisance des investissements politiques relatives au marché du travail, la mobilité de
dans les infrastructures et la faiblesse des institutions la main‑d’œuvre et les infrastructures de connectivité
face à la croissance urbaine les empêchent de profi‑ joueront un rôle (Duranton, 2015[106]).
ter pleinement de la concentration de la population. La croissance démographique des petites villes
Cela augmente les coûts de la vie pour les travailleurs de moins de 50 000 habitants doit être examinée de
comme pour les entreprises et a un impact négatif sur près. Elles représentent près du quart de la population
la productivité. Ni le fait de négliger les villes princi‑ urbaine de la région, et leur potentielle contribution à
pales ni le fait de retarder les investissements dans la productivité économique mérite d’être considérée.
les villes intermédiaires ne constituent une solution. En raison de leur proximité avec les zones rurales, elles
Les deux types de villes sont nécessaires, ainsi qu’un pourraient jouer un rôle important dans la réduction de
ensemble de solutions politiques pratiques telles que la la pauvreté rurale, d’autant plus que dans de nombreux
création de ZES (CEA, 2017[77]). Il convient de promou‑ pays, l’agriculture et les activités connexes repré‑
voir des villes intermédiaires stratégiquement choisies sentent une part importante de l’économie (Henderson
afin de soulager la pression exercée sur les villes prin‑ et Kriticos, 2018[72]). Comme indiqué au Chapitre 1, les
cipales, d’offrir des options aux entreprises en matière zones rurales bénéficient de la proximité des villes.
d’implantation et de faciliter la mobilité des facteurs Dans le cadre des réseaux urbains et des zones métro‑
et la mobilité entre villes de différentes tailles : cela politaines, les petites villes pourraient profiter des
est indispensable pour une croissance dynamique de économies d’agglomération des grandes villes voisines,
la productivité. tout en évitant les coûts urbains fortement croissants
Beaucoup de pays africains ont des populations (Camagni, Capello et Caragliu, 2016[107]). Ce potentiel
faibles et un nombre limité de grandes villes. Sur 54 dépendra de leur connectivité au système urbain plus
pays, 14 n’ont aucune ville dont la population est com‑ large, ainsi que de la densité et de l’intensité des liens
prise entre 300 000 et 1 million d’habitants, et 22 n’en qu’elles entretiennent avec les économies rurales.
ont qu’une. Trois priorités politiques se dessinent : 1) La connectivité régionale est, elle aussi,
améliorer l’environnement des affaires dans les villes déterminante puisque les frontières peuvent limi‑
de taille moyenne ; 2) renforcer la place des villes dans ter significativement les échanges commerciaux
la valorisation du potentiel économique de leur envi‑ (Chapitre 2). L’intégration du commerce régional est
ronnement régional, y compris agroalimentaire ; et 3) susceptible d’améliorer la production urbaine et de
combattre la fragmentation en renforçant le rôle de cer‑ bénéficier aux consommateurs des villes. Dans un sys‑
taines villes au sein des systèmes urbains régionaux, en tème régional intégré, les villes sont moins limitées
par leur taille ou leur fonction. Des grappes urbaines économique dans les villes – à savoir les institutions,
régionales sont déjà en train d’émerger ; des politiques les infrastructures et le capital humain – est néces‑
d’intégration régionale doivent soutenir le développe‑ saire, mais pas suffisant, pour assurer une croissance
ment des villes au sein d’un système urbain régional durable. Des arbitrages politiques et des choix dif‑
plus vaste. ficiles doivent être faits. Les villes productives font
Les dynamiques de connectivité et d’aggloméra‑ partie d’un système urbain plus vaste, dans lequel elles
tion peuvent accroître les inégalités, et des politiques sont complémentaires ou concurrentes. De même, des
nationales stratégiques sont susceptibles de traiter ce compromis doivent être trouvés entre productivité et
problème. Au début de la formation des aggloméra‑ emploi. En théorie, les villes à forte productivité sont
tions urbaines, les entreprises peuvent s’installer dans aussi celles où les salaires et le taux d’emploi sont éle‑
des régions ou localités spécifiques en raison des avan‑ vés (Lobo, Bettencourt et West, 2011[110]). En pratique,
tages qu’elles procurent (infrastructures de base, ports l’impact de la productivité sur les salaires et l’emploi
abrités, ressources naturelles, accès aux marchés). dépend de l’intensité en main‑d’œuvre des secteurs
Avec le temps, ces avantages initiaux suscitent un pro‑ actifs et de leur capacité à rester compétitifs. Le soutien
cessus d’auto‑renforcement qui conduit à l’émergence politique à des secteurs ou à des sites spécifiques relève
de pôles ou d’agglomérations industrielles fortes, mais donc d’une décision stratégique fondée sur une large
aussi à des disparités régionales entre les zones à forte gamme de considérations : équilibre entre croissance
concentration industrielle et le reste du pays. et équité spatiale, spécialisation des villes et potentiel
Toutefois, il est peu probable qu’un simple inves‑ des travailleurs et des entreprises à se déplacer d’une
tissement dans les infrastructures permette d’inverser ville à l’autre.
la situation de régions en retard et d’attirer des entre‑ Si la productivité urbaine est un phénomène local
prises, en particulier dans des secteurs déjà bien limité dans l’espace, on ne saurait trop insister sur ses
établis dans d’autres régions dominantes (Deichmann implications au niveau national. Les performances
et al., 2005[108] ; Schroeder, Lall et Schmidt, 2015[109]). économiques des villes jouent un rôle croissant dans
Il est peu probable que l’industrie manufacturière les résultats nationaux et régionaux. Il est donc essen‑
standard, déjà concentrée dans les grandes agglomé‑ tiel d’associer les politiques économiques nationales
rations, se déplace vers les sites périphériques ou les aux processus de planification urbaine et spatiale.
villes plus petites. Une approche possible des stra‑ Les acteurs publics et privés doivent coordonner des
tégies de développement alternatives réside dans le ressources limitées afin de soutenir les activités sus‑
renforcement des liens entre zones rurales et urbaines. ceptibles de stimuler la croissance et de faciliter le
Le développement des villes et régions périphériques processus de transformation structurelle de l’économie
devrait passer par la suppression des obstacles à la tout au long du processus de développement. Compte
mobilité des facteurs et permettre la migration interne tenu du coût de l’inaction, il est essentiel d’agir rapide‑
de la main‑d’œuvre surnuméraire vers des lieux où les ment. Les villes et l’urbanisation font partie intégrante
opportunités de création d’emplois et de réduction de de la transformation structurelle et doivent être prises
la pauvreté sont meilleures. Il serait également néces‑ en compte dans la planification économique natio‑
saire d’investir dans les capacités locales de production nale. Les plans nationaux de développement (National
en fonction de leurs avantages concurrentiels, ainsi Development Plans ou NDP) devraient reconnaître et
que dans le capital humain et les services sociaux, afin soutenir le rôle économique des villes. La Commission
d’élever le niveau de vie là où les possibilités d’emplois économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA)
productifs sont rares. (2018[62]) propose un cadre dans lequel quatre points
d’entrée sont identifiés pour que les villes jouent un
rôle de premier plan dans la planification économique
Intégrer l’urbanisation à la planification
nationale : a) le ciblage sectoriel, b) la productivité
économique nationale : un cadre stratégique
urbaine, c) le système spatial national et d) la coordina‑
La performance économique d’un pays dépend de la tion et le financement. Une synthèse de ce cadre ainsi
performance économique de ses villes. Établir les fac‑ que les recommandations politiques générales qui y
teurs économiques fondamentaux de la croissance sont associées sont présentées ci‑dessous.
Graphique 3.7. Quatre domaines où les villes et la planification économique nationale sont liées
Tableau 3.2. Questions prioritaires de politique nationale à l’intention des responsables politiques
• Quels secteurs économiques sont susceptibles de créer des emplois en ville • Quel niveau d’investissement dans les infrastructures urbaines est requis
et de promouvoir une transformation structurelle ? pour que les villes créent de nombreux emplois ?
• Quels secteurs économiques sont susceptibles de créer des emplois verts • À quels investissements et programmes urbains accorder la priorité
en ville ? pour tirer profit des avantages économiques des villes tout en respectant
• Quels secteurs économiques urbains disposent d’un potentiel de croissance les priorités nationales de développement ?
dans le cadre de la ZLECAf ? • Quels aspects de la gestion des villes ont besoin de soutien et/ou
• Quels secteurs économiques sont susceptibles de créer de bons emplois de coordination au niveau national ?
destinés spécifiquement aux femmes, aux jeunes et à d’autres populations • Quelle doit être la priorité des villes : fidélisation des entreprises,
défavorisées ? croissance ou start‑ups ?
• Quels secteurs économiques sauront mobiliser et exploiter la demande • Quels obstacles spécifiques les petites et très petites entreprises
urbaine de croissance du secteur national ? doivent‑elles affronter ?
• Comment les villes peuvent‑elles ajouter de la valeur aux produits ruraux • Où sont les opportunités de hausse de productivité dans l’économie
grâce à des liens en aval et en amont ? informelle ?
• Où les entreprises et les chaînes d’approvisionnement sont‑elles
susceptibles de se situer ?
• Quels sont les investissements urbains requis spécifiquement
pour les secteurs créateurs d’emplois prioritaires ?
• Où, dans le système spatial national, les investissements • Quel rôle attribuer à quel niveau de gouvernement ?
sont‑ils susceptibles de créer la croissance économique la plus durable • Quels pouvoirs juridiques les gouvernements régionaux et locaux doivent‑ils
et la plus rentable ? avoir pour atteindre leurs objectifs ?
• Quels investissements sont nécessaires pour encourager la croissance • Quels mécanismes peut‑on créer à travers le processus de plan
économique des villes moyennes ? de développement national pour coordonner les nombreux acteurs publics
• Où, dans le réseau national, les secteurs économiques ciblés vont‑ils créer et privés qui contribuent au développement des villes ?
la croissance ? • Quels mécanismes peut‑on créer ou renforcer pour coordonner
• Quelles villes demandent quels types d’intervention pour soutenir la planification économique (y compris la mise en œuvre de la ZLECAf)
les secteurs économiques ciblés (en combinant ciblage spatial et sectoriel) ? et la planification urbaine et spatiale ?
• Comment les ZES et les parcs industriels peuvent‑ils exploiter leurs atouts • Comment peut‑on mieux soutenir les autorités sous‑nationales
géographiques existants pour devenir plus compétitifs et faciliter pour leur permettre d’administrer les villes d’une manière conforme au plan
la propagation de leurs effets positifs au reste de l’économie de développement national ?
et de la société ? • Au sein des villes et du système spatial national, les investissement publics
• Comment les connexions peuvent‑elles au mieux soutenir les chaînes et privés sont‑ils bien coordonnés et comment peut‑on améliorer cette
de valeur et un système productif de villes complémentaires ? coordination ?
• Quelles sont les stratégies réalistes pour promouvoir le développement • Comment les villes peuvent‑elles mieux exploiter les contributions
des zones à faible densité de population et isolées ? du secteur privé aux investissements ?
• Quel impact la ZLECAf peut‑elle avoir sur la répartition des villes par taille, • Comment les recettes publiques potentielles provenant des villes
les emplois urbains et la croissance ? peuvent‑elles être mieux utilisées pour des investissements publics urbains ?
• De quelles ressources fiscales régionales et locales les gouvernements
ont‑ils besoins pour atteindre leurs objectifs ?
Ciblage sectoriel pour une urbanisation riche infrastructures, les technologies et les compétences,
en emplois ainsi que le rôle potentiel de l’intégration régionale
et des ZES, jouent un rôle primordial dans la mise en
L’Afrique a besoin d’une croissance durable et riche œuvre de ces politiques et la configuration de l’espace
en emplois. La croissance relativement soutenue de urbain. La création d’emplois urbains devrait devenir
son PIB ces dernières années a été largement pauvre un thème central de ces priorités.
en emplois. Les pays africains ont besoin d’accroître
2. Combler le fossé entre le marché du travail
leur productivité, tout en élargissant les possibilités
formel et informel non manufacturier
d’emplois décents ; certaines tensions peuvent exister
en améliorant les compétences
entre ces deux objectifs. Trouver un bon équilibre entre
les deux, qui tienne compte des réalités économiques Les travailleurs de l’économie informelle ont un accès
nationales, est un défi politique important11 (BAfD, limité aux compétences et aux opportunités de forma‑
2018[10]). L’une des principales fonctions de la planifi‑ tion. La petite taille de la plupart des entreprises du
cation économique nationale consiste à allouer des secteur informel et leurs profits plutôt faibles signi‑
ressources aux secteurs qui stimuleront une croissance fient que leurs propriétaires ont moins de ressources à
durable, productive et riche en emplois, tout en tirant investir dans leurs employés. Les micro‑entrepreneurs
partie des économies d’agglomération. manquent souvent de temps et de ressources. Pour
stimuler la productivité du secteur informel, il faudra
Recommandations politiques mettre en place des formations et un enseignement pro‑
fessionnel financés par les pouvoirs publics, ainsi que
1. Créer suffisamment d’emplois décents,
des possibilités d’apprentissage tout au long de la vie,
en donnant la priorité aux secteurs ayant un fort
conformément aux Objectifs de développement durable
impact sur l’emploi urbain et un potentiel
(ODD). Le temps de formation rémunéré pendant les
de productivité élevé
heures de travail constitue une mesure reconnue qui
Les différents secteurs ont des taux de productivité et contribue à encourager l’égalité des sexes car ce sont
d’emploi variables et des préférences différentes en généralement les femmes qui assurent le travail non
matière de localisation urbaine. Les pays africains12 ont rémunéré au sein des familles et des ménages, au détri‑
adopté une nouvelle génération de politiques indus‑ ment des heures de travail rémunérées.
trielles ; les pays à faible revenu optant avant tout
3. Améliorer la capacité des entreprises à créer
pour l’industrie légère (alimentation, textile, chaus‑
des emplois et à stimuler la productivité,
sure, etc.), alors que les pays à revenu intermédiaire
en supprimant les obstacles à la fourniture
d’Afrique du Nord et d’Afrique australe optent pour d’infrastructures et de services et en modifiant
des activités à forte valeur ajoutée et plus intenses en les réglementations urbaines et foncières
technologie (Yong, 2014[111]). Les politiques adoptées ces
Les difficultés d’accès au crédit et d’autres obstacles,
dernières années en Éthiopie, au Kenya, au Ghana et
notamment technologiques, empêchent les petites
au Mozambique indiquent que ces pays mettent à nou‑
et très petites entreprises de devenir des entreprises
veau l’accent sur l’exportation de produits agricoles et
de taille moyenne ou grande. Il convient de s’atta‑
horticoles à forte valeur ajoutée et sur des secteurs à
quer à ces problèmes pour libérer la capacité de ces
forte intensité de main‑d’œuvre, tels que l’habillement,
entreprises à créer des emplois, tout en augmentant
le textile, le cuir et les produits en cuir, par le biais de
la taille moyenne des entreprises et leur productivité.
zones de traitement des exportations, de parcs indus‑
La suppression des obstacles qui limitent la crois‑
triels, d’incitations financières, de renforcement des
sance des entreprises, même petites, dans les secteurs
capacités, de développement de clusters et d’inves‑
non‑échangeable à faible technologie tels que le
tissements publics directs. La promotion des services
commerce de détail, les transports, le bâtiment et les
marchands, notamment la finance, le traitement de
services alimentaires pourrait libérer leur potentiel
données, les télécommunications et le développe‑
de croissance, avec des effets importants sur l’emploi
ment de logiciels, suscite également un intérêt accru.
au niveau global.
Les initiatives de certains pays riches en ressources
ciblent le développement de chaînes de valeur natio‑ 4. Saisir les opportunités de croissance et d’emploi
nales dans des industries émergentes ou nouvelles, en dans les industries non traditionnelles :
mettant en relation les entreprises locales et les inves‑ une autre voie de transformation structurelle
tisseurs étrangers du secteur des ressources naturelles Investir dans les industries non traditionnelles et dans
(Page, 2017[112]). Les investissements ciblés dans les le secteur des services associés peut avoir un effet
multiplicateur sur le secteur productif, comme les grand au niveau des ménages, car une part plus impor‑
technologies de l’information, la finance et les services tante des membres du ménage occupent un emploi
professionnels (Newfarmer, Page et Tarp, 2019[82]). Ces salarié dans les villes, par rapport aux zones rurales.
secteurs sont essentiels pour la compétitivité des sec‑ Il reste cependant un long chemin à parcourir pour
teurs productifs, y compris la production industrielle, que les villes africaines réalisent leur plein potentiel
où les intrants du secteur des services représentent productif et échappent au piège de l’équilibre de bas
une part considérable de la valeur totale des produits, niveau, associé à une faible productivité. Pour créer
en particulier ceux destinés à l’exportation. des villes productives, il faut de bonnes politiques et
5. Maximiser l’effet durable sur l’emploi de bons plans, ainsi que des ressources adéquates et
du secteur de la construction en tirant parti la capacité institutionnelle requise pour les mettre en
des investissements dans les infrastructures œuvre. Il est particulièrement difficile de gérer la crois‑
et le logement sance urbaine dans un contexte d’urbanisation rapide,
de manque de capitaux et de capacités insuffisantes. Les
Pour libérer le potentiel du secteur du logement, il faut
pays africains doivent donner la priorité aux investisse‑
supprimer les obstacles affectant les compétences, le
ments fondés sur le rendement économique et trouver
financement des logements, les terrains et les maté‑
des solutions politiques pragmatiques, menant à des
riaux de construction, notamment le ciment et l’acier.
améliorations progressives, lorsque les ressources et
Outre la création d’emplois, les investissements dans la
les capacités le permettent.
construction et les infrastructures durables, dès le début
du processus, permettront de réaliser d’importantes
Recommandations politiques
économies d’énergie et de renforcer la résilience. On
estime que les villes africaines compteront 900 millions
1. Améliorer la compétitivité des villes grâce
de nouveaux habitants d’ici trente ans, et que deux tiers
à la fourniture d’infrastructures et de services,
des zones urbaines en 2050 n’existent pas encore. Les
au bénéfice des entreprises et des travailleurs
villes africaines devront donc construire deux fois plus
d’infrastructures en un tiers du temps qu’il aura fallu Les infrastructures y compris l’électricité, les commu‑
pour construire les infrastructures existantes (Collier, nications, l’eau et les transports urbains, affectent la
2017[2]). Investir dans les villes offre un grand poten‑ productivité des entreprises urbaines13. Il faut donner
tiel d’emplois, notamment dans les emplois verts et le la priorité à la connectivité dans le développement des
développement durable. villes en mettant en place des systèmes de transport
multimodaux et abordables. En l’absence d’un système
6. Promouvoir les matières premières d’origine de transport multimodal accessible, les distances et
nationale pour les entreprises urbaines, les coûts excluent une grande partie des travailleurs
en particulier dans des secteurs du bassin d’emploi, tandis que le nombre croissant
tels que la transformation alimentaire de voitures privées accroît la congestion, la pollu‑
La part des aliments achetés dans le commerce de tion atmosphérique et les émissions de gaz à effet de
détail moderne (par exemple les supermarchés) est serre (GES). Des transports publics efficaces profitent
en forte hausse. Le secteur présente un potentiel de à la productivité des entreprises, car ils permettent de
création d’emplois importants dans la fabrication et contrer les externalités négatives de la densité urbaine
les services alimentaires ; si l’on renforce l’intégration et réduisent ainsi le coût de l’emploi urbain (Venables,
de la chaîne de valeur agroalimentaire domestique. La 2018[5]). Les ZES permettent à court terme de propo‑
valeur ajoutée et l’efficacité peuvent être accrues en ser aux entreprises un environnement commercial
renforçant l’intégration économique du système inter‑ compétitif, lorsqu’il n’est pas financièrement possible
médiaire entre la production et la consommation. En de moderniser l’infrastructure de toute une ville. Ces
outre, en réduisant le coût des aliments dans les villes, ZES doivent être intégrées au marché du travail urbain
des chaînes de valeur alimentaires efficaces peuvent pour profiter des gains de productivité des villes.
contribuer à accroître la compétitivité urbaine de l’in‑
2. Promouvoir les villes comme centres
dustrie manufacturière.
d’innovation et de compétitivité
varient d’un pays à l’autre, certains d’entre eux ayant elles facilitent ou empêchent la proximité et la connecti‑
pour objectif d’acquérir des « capacités de production vité entre acteurs économiques et si elles augmentent ou
traditionnelles », d’autres se tournant vers les ser‑ réduisent les économies d’agglomération et le bien‑être.
vices, d’autres encore soutenant de nouveaux types En outre, les réglementations relatives à l’aménagement
de production industrielle avancée par l’intermédiaire urbain doivent être réactives et favoriser un développe‑
d’entrepreneurs locaux (Naudé, 2019[113]). Dans tous ment graduel et durable, au lieu de restreindre ou de
les cas, l’innovation et les améliorations technolo‑ retarder l’exploitation de terrains urbains par des indivi‑
giques jouent un rôle important. Dans des conditions dus ou des ménages. Les règlementations doivent aussi
favorables, les villes facilitent l’accès des entreprises être pratiques, et être accompagnées par les capacités
à la technologie, aux compétences, aux capitaux et nécessaires pour surveiller et faire respecter les règles
aux marchés. Elles produisent de nouvelles idées et d’aménagement urbain.
servent d’incubateurs pour les entreprises innovantes. 5. Renforcer la capacité des administrations locales
Le développement de ce rôle nécessite un effort coor‑ à proposer suffisamment de terrains bien
donné entre les différents niveaux de gouvernement et planifiés, constructibles et dotés des services
un engagement entre les secteurs public et privé. Les requis au sein d’un réseau d’infrastructures
gouvernements nationaux doivent investir dans l’édu‑ et de rues connectées
cation et les technologies, notamment l’informatique et
Le financement peut constituer un obstacle à la mise
les communications, cultiver le rôle des villes en tant
en place d’infrastructures de bonne qualité et suffi‑
que liens essentiels avec les ZES et les universités, et
samment denses. Cependant, il est essentiel de fournir
en tant que portes d’accès au commerce et aux inves‑
l’espace et les démarcations requis pour permettre le
tissements directs étrangers (IDE). Les gouvernements
développement des rues et des infrastructures à venir,
doivent aussi donner la priorité aux fonctions d’« incu‑
pour accompagner la densification de la ville et sa
bateurs » et de centres d’innovation des grandes villes.
croissance économique. Les villes africaines sont 23 %
3. Promouvoir des systèmes efficaces de gestion plus fragmentées que celles d’Asie et d’Amérique latine
foncière (Page et al., 2020, p. 7[28]), ce qui augmente les temps
Les bons systèmes de gestion foncière favorisent le de trajet et le coût des infrastructures. Les mesures
développement durable des villes ainsi que la confiance d’incitation doivent encourager l’aménagement inter‑
dans les institutions et la gouvernance. Des marchés calaire et décourager la spéculation. Les terrains
fonciers mal gérés représentent un obstacle fonda‑ viabilisés doivent être configurés de manière à assurer
mental au développement durable de nombreuses une bonne connectivité et permettre une densification
villes africaines (Lall, Henderson et Venables, 2017[26]). progressive. Lorsque les agglomérations ne sont pas
Par ailleurs, le manque d’accès à des terrains indus‑ dotées d’une configuration de base ni d’un réseau de
triels bien desservis est un goulot d’étranglement pour rues, la fourniture de services peut, à terme, coûter
la croissance des entreprises (Dinh et al., 2012[21]). Il jusqu’à 12 fois plus cher (Campbell, 2018[114]).
est courant que plusieurs personnes revendiquent 6. Promouvoir un cadre institutionnel efficace
un même terrain ; la spéculation et des titres de pro‑ pour gouverner et coordonner les grandes villes
priété qui ne sont pas en règle empêchent souvent un au niveau métropolitain
développement compact et connecté. En tant qu’actifs De nombreuses grandes villes ont besoin d’un méca‑
essentiels, les terres sont aussi associées au pouvoir et à nisme de coordination des investissements dans les
la corruption, et une gestion sous‑optimale peut miner infrastructures (notamment les transports), ainsi que
la confiance dans les institutions et la gouvernance. de politiques et règlementations relatives à l’aménage‑
4. Promouvoir des règlementations relatives ment urbain et du territoire au niveau métropolitain.
à l’aménagement urbain et à l’occupation À mesure que les grandes agglomérations se déve‑
des sols favorisant l’efficacité des villes loppent, elles ont besoin d’un cadre qui prévienne la
Les processus et règlementations relatifs à l’aménage‑ concurrence inopportune entre juridictions, encou‑
ment urbain, à l’utilisation des sols et au zonage ne doivent rage la prestation efficace de services et finance les
pas être contraignants. Ces règlementations ne doivent infrastructures et services métropolitains.
pas limiter le choix des entreprises et des ménages en
Un système spatial national connecté
matière d’emplacement, déterminé par le rapport coût/
bénéfice calculé par l’entreprise ou le ménage. Il s’agit Les politiques économiques, qu’elles soient fiscales,
d’évaluer la configuration spatiale des villes pour voir si monétaires ou commerciales, influencent la localisation
des investissements et des activités économiques et secteur d’activité donné, ainsi que de la diffusion du
contribuent à façonner le système spatial national. savoir et des compétences propres au ZES. À court et
Mais les interactions entre politiques économiques moyen terme, il est important d’investir dans les villes
et résultats spatiaux ne sont souvent pas pleinement principales et les grandes villes qui continueront à être
comprises ou anticipées. Les politiques économiques des moteurs de croissance.
qui ne tiennent pas compte de la dimension spatiale, La taille de nombreuses villes principales
tout comme une planification spatiale totalement d’Afrique n’est pas importante en comparaison inter‑
séparée des réalités économiques et sociales, peuvent nationale. Toutefois, elles grandissent vite et disposent
entraîner des conséquences coûteuses pour le déve‑ de très peu de moyens. Il est donc probable qu’elles
loppement à long terme. Cela est vrai, par exemple, souffriront durablement d’un déficit d’investissements
pour les priorités sectorielles et les décisions de locali‑ qui aura un impact négatif sur le PIB national. La
sation concernant les ZES et les complexes industriels. hausse de leurs coûts de transaction et la congestion
Ouvrir de nouvelles régions à l’exploitation minière ou des infrastructures de transport, sont des problèmes
à des projets agricoles de grande envergure, ou encore qui doivent être réglés (Henderson et Kriticos, 2018[72]).
investir dans des corridors de transport pour encou‑ Il est important d’optimiser leur capacité produc‑
rager les échanges avec les pays voisins, tout cela a tive tout en investissant dans les villes intermédiaires
des implications spatiales qui doivent être soigneu‑ et les infrastructures de connectivité. Améliorer les
sement évaluées et gérées. Il est essentiel de diriger connexions économiques entre les villes et les centres
les investissements vers les secteurs et les aggloméra‑ de croissance émergents, est le meilleur moyen de
tions urbaines où le rendement économique est le plus créer progressivement un système urbain fonctionnel.
élevé, tout en gérant les compromis entre efficacité
2. Améliorer la connectivité économique
et équité spatiale ; ceci afin d’établir des systèmes de
et physique des petites villes dans le cadre
villes efficaces et connectés permettant une croissance
de sous‑systèmes urbains et de régions
durable. La mise en place d’un système connecté de
plus vastes
villes est un processus lent dont le rythme dépend
Le grand nombre de petites villes impose d’en
de la trajectoire choisie. Un système spatial national
renforcer le rôle de pourvoyeur de services et de
connecté, répondant aux besoins d’aujourd’hui, repose
transformation de produits agricoles. Les grandes
sur la mise en œuvre durable de politiques cohé‑
villes sont plus productives que les petites, mais ces
rentes dans tous les secteurs (OCDE/ONU‑Habitat/
dernières peuvent devenir des moteurs de croissance ;
UNOPS, 2021[115]).
à condition de valoriser leurs avantages spécifiques
Recommandations politiques en termes d’équipements, de qualité de vie et de spé‑
cialisation économique. Ce rapport montre que les
économies rurales proches des villes sont plus per‑
1. Cibler des emplacements avec des politiques
formantes que celles qui en sont plus éloignées. Pour
sectorielles, en fonction des économies
la majorité des ruraux, la ville la plus proche compte
d’agglomération spécifiques
moins de 50 000 habitants. Les petites villes sont
Les industries privilégient des types d’emplacement
donc essentielles pour améliorer l’accès des popu‑
différents selon qu’elles bénéficient davantage des éco‑
lations rurales aux services, aux infrastructures et
nomies de localisation ou d’urbanisation. Les industries
aux marchés.
à production standardisée, particulièrement celles qui
bénéficient des économies de localisation14, profitent 3. Promouvoir la mobilité de la main‑d’œuvre
de relocalisations dans des villes où se concentrent les La productivité du travail et les salaires varient d’un
activités économiques d’un même secteur, particulière‑ endroit à l’autre, reflétant les différences de produc‑
ment dans les villes moyennes ou petites où les coûts tivité des industries et des entreprises. Les niveaux
urbains restent faibles. Les villes principales et grandes de productivité augmenteraient si les travailleurs se
villes peuvent alors se spécialiser dans des indus‑ déplaçaient des zones à faible productivité vers celles
tries et services offrant des économies d’urbanisation où la productivité est élevée. Ceci peut être cependant
(Henderson, 2010[116]). Les ZES doivent être reliées aux compliqué par une multitude de facteurs : politique
villes pour que les entreprises qui y sont situées bénéfi‑ migratoire, priorité accordée à certains territoires,
cient d’un accès aux bassins d’emplois et aux marchés coût élevé du logement et les nuisances pouvant
de produits et d’intrants. Elles bénéficient également annuler l’attrait de salaires plus élevés (Glaeser et
des avantages spécifiques à la concentration d’un Xiong, 2017[87]).
4. Investir dans des infrastructures de connectivité deux points d’entrée pour améliorer la mobilisation des
pour renforcer les liens entre villes et marchés ressources. Indépendamment des instruments finan‑
régionaux ciers, un important transfert de ressources nationales
De nombreuses villes sont géographiquement désavan‑ s’impose pour répondre aux besoins d’investisse‑
tagées, situées loin des ports maritimes et des marchés ment en infrastructures15. La plupart des instruments
internationaux. Des transports rapides et efficaces fiscaux sont entre les mains des administrations cen‑
n’en sont que plus indispensables. La connectivité est trales et les infrastructures urbaines (routes, transports
essentielle, tant pour la compétitivité des exportations publics, etc.). Ils requièrent des investissements devant
que pour le prix des importations (un des facteurs qui être consentis avant d’augmenter les recettes fiscales
rend les villes africaines disproportionnément chères). publiques associées. Il est donc essentiel d’accorder la
Aujourd’hui, « les coûts de transaction commerciale en priorité aux villes lors de la planification économique
Afrique sont les plus élevés du monde », ce qui entrave le et l’établissement des budgets au niveau national pour
commerce interrégional (Graff, 2018, p. 2[117]). L’Afrique réaliser le potentiel de croissance de l’urbanisation.
est également très en retard en matière de logistique 2. Répondre au manque de capacités techniques
et de connectivité numérique (bien que cette dernière et institutionnelles lors de la préparation
s’améliore). Or, la connectivité numérique peut réduire et de la gestion des projets urbains
le coût des transactions entre secteurs économiques, Les villes africaines ne disposent pas des capacités
permettre une meilleure inclusion financière, amélio‑ nécessaires à la préparation de projets bancables et
rer l’accès à l’information sur les marchés et ouvrir à leur mise en œuvre en respectant les coûts et les
des opportunités dans le secteur en pleine croissance délais. Les petites villes devraient être en mesure de
des services en ligne. Les coûts du commerce trans‑ mettre en commun leurs ressources et leur expertise et
frontalier sont trop importants ; améliorer l’intégration de regrouper plusieurs projets. Pour mettre en œuvre
commerciale régionale est indispensable pour la pro‑ des projets conjoints (transports publics, réseaux rou‑
duction et la consommation urbaines (voir Chapitre 2). tiers, etc.), différentes modalités de financement et
structures de gouvernance devraient être mises à dis‑
Financer la mise en œuvre des politiques position des villes au sein d’une grappe urbaine ou
et coordonner les politiques urbaines d’une région. Enfin, il est important de compléter les
et économiques
mégaprojets (comme les lignes de chemin de fer régio‑
La mobilisation de ressource financière est essentielle. nales, les ports et les projets énergétiques) par de petits
La mise en œuvre efficace des plans économiques projets localisés (amélioration du logement, initiatives
nationaux dépend de la capacité à allouer et à per‑ économique local), afin que les communautés locales
mettre l’absorption de ces ressources entre les secteurs profitent des retombées des mégaprojets.
économiques et les niveaux de gouvernement de 3. Coordonner les investissements publics et privés
manière cohérente. Le manque de coordination est un La coordination entre les gouvernements, les entreprises
problème majeur qui est à l’origine de nombreux pro‑ et les ménages est indispensable. Les villes produisent
grammes d’investissement urbains peu cohérents et de des externalités, et les investissements sont discontinus
villes dysfonctionnelles. dans le temps et dans l’espace, ce qui crée un besoin
inhérent de coordination. En définissant des investis‑
Recommandations politiques sements prioritaires dans sa planification économique,
le gouvernement peut donc attirer des investissements
1. Mobiliser les ressources domestiques privés et ceux des ménages16. Lorsque les acteurs du
aux niveaux urbain et national pour répondre secteur public et du secteur privé coordonnent leurs
aux besoins d’investissement en infrastructures investissements, les entreprises suivent les infrastruc‑
des villes tures et les travailleurs suivent les entreprises, ce qui
Les villes ont besoin d’investissements massifs mais crée une dynamique vertueuse pour la croissance éco‑
génèrent également des ressources importantes. Les nomique. Lorsque les investissements publics sont
instruments pour accéder à ces ressources existent ; accompagnés d’investissements privés, le rendement
leur application nécessite des cadres de bonne des investissements publics augmente et crée une
gouvernance et une capacité de gestion financière infra‑ base économique de revenus et de services locaux.
nationale. La récupération des plus‑values foncières Des investissements coordonnés dans les infrastruc‑
et la mise à contribution du secteur privé constituent tures, le logement et l’emploi ont des retombées
économiques nettement supérieures à la somme de doivent être découragées ; enfin, il est important de se
leurs composantes. Certains exemples montrent déjà doter de l’autorité et des ressources humaines requises
que les pays peuvent accéder plus rapidement à de pour superviser une multitude de parties prenantes,
nouveaux secteurs économiques en coordonnant les particulièrement au niveau infranational.
ressources du secteur privé et du secteur public. C’est 5. Produire des données économiques et sociales
le cas, par exemple, de l’Éthiopie, qui a réussi à accéder spatialement désagrégées pour étayer
au marché mondial des fleurs coupées. Le gouverne‑ les politiques, notamment les politiques
ment et le secteur privé se sont réunis régulièrement de planification économique et d’investissement
au plus haut niveau pour identifier les obstacles et les
Pour aborder les questions et options de politiques
résoudre, ont tenu un registre public des actions et ont
évoquées dans ce chapitre, pour adapter les mesures
suivi de près les progrès accomplis (Page, 2017[112]).
recommandées au contexte, il est nécessaire de dis‑
4. Assurer la coordination verticale poser de données fiables et géographiquement
(entre les niveaux national, infranational désagrégées. Il faut à cet effet créer des unités spa‑
et sectoriel) et la coordination horizontale tiales standardisées. La désagrégation spatiale des
(entre ministères, départements et agences) données économiques demande du temps et des res‑
tout au long du cycle des politiques publiques sources. Elle doit commencer par des statistiques de
Un mécanisme permettant de coordonner les poli‑ base, telles que les chiffres de l’emploi. Les données
tiques économiques avec les politiques urbaines et sur l’emploi par secteur et par ville, ainsi que la répar‑
spatiales est nécessaire. Par exemple, la mise en œuvre tition des entreprises de différentes tailles en fonction
de la ZLECAf peut créer des emplois dans le secteur de leur emplacement, sont importantes pour identifier
marchand, mais des interventions sont nécessaires les villes présentant un potentiel de création d’emplois
pour renforcer la compétitivité des zones urbaines où et d’entreprises. Les données sur les embouteillages, le
se situent les entreprises de ce secteur. Les mécanismes marché foncier et le logement sont, elles aussi, impor‑
correspondants dépendent du contexte et ne peuvent tantes pour suivre les tendances des coûts urbains et
donc faire l’objet de préconisations, mais dans tous les détecter des failles dans les économies d’agglomé‑
cas, la séquence des activités doit être soigneusement ration. Quant aux données sur les investissements
définie ; le partage des informations et des ressources urbains par rapport à la croissance urbaine et aux
doit être encouragé ; la duplication des rôles et des mesures sur l’accès aux services, elles sont néces‑
responsabilités ou des mandats doit être évitée, la saires pour suivre l’évolution de la capacité des villes
confusion, la concurrence malsaine et la rivalité insti‑ à répondre à la croissance urbaine et à la demande des
tutionnelle entre ministères, départements et agences entreprises et des ménages.
Notes
1 Sur la base de ce qui avait été proposé par la Commission économique pour l’Afrique (CEA) de l’ONU (CEA, 2018[62]).
2 Les politiques « spatialement neutres» (space‑neutral) évitent délibérément d’être liées à un endroit ou spécifiques à un lieu. Dans un scénario qui ne
tient pas compte du territoire (space‑blind), les responsables politiques ou planificateurs ne tiennent pas pleinement compte des effets spatiaux de
leurs décisions sur le commerce, l’industrie et les investissements concernés.
3 Selon les données « World Urbanization Prospects » du Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies (ONU DAES, 2018[121]).
4 Le chômage des jeunes est particulièrement alarmant. Il varie de 13 % à Abidjan à 49 % à Johannesburg (Metropolis, 2019[59]).
5 Par exemple, celle des fleurs coupées.
6 Comme résumé dans le Chapitre 1.
7 Ici, les infrastructures urbaines désignent les infrastructures présentes dans les villes, y compris les connexions aux services publics. Les infrastruc‑
tures nationales désignent les infrastructures qui dépassent les limites géographiques des villes (par exemple le réseau national d’électricité) ou qui
sont mesurées au niveau national.
8 Elle est normalisée par rapport au rayon d’un cercle contenant la même superficie que la ville.
9 La primauté urbaine désigne la concentration de la population urbaine d’un pays dans une seule ville.
10 Selon la base de données Urban Centre Database (Florczyk, 2019[119]), 40 % de la population des villes africaines vit dans la ville principale, contre
44 % en Asie et 49 % en Amérique latine.
11 L’élasticité de la croissance par rapport à l’emploi de la Corée au début de son développement et de sa transition économique était de 0.7. Selon
l’estimation de la BAfD pour la période 2000‑14, un total de 18 pays sur 47 dans l’échantillon correspondant (38 %) avaient une élasticité de l’emploi
par rapport au PIB de 0.41 ou moins. Un total de 20 autres pays (43 %) avaient une élasticité de 0.41 à 1.00 (BAfD, 2018[10]).
12 Au moins 26 pays africains disposent de stratégies nationales d’industrialisation et 19 de ces stratégies ciblent les industries manufacturières légères
(BAfD et al., 2017).
13 Voir Chapitre 1.
14 Les économies de localisation sont les avantages productifs dont bénéficient les entreprises en raison du regroupement en pôles d’expertise secto‑
riels. Les économies d’urbanisation sont les avantages productifs dus au regroupement d’un ensemble diversifié d’entreprises de différents secteurs.
Les économies d’urbanisation sont élevées dans les grandes villes, mais les villes moyennes peuvent bénéficier d’économies de localisation sans
encourir les mêmes coûts que les grandes villes.
15 « African cities are dependent on central transfers for more than 80 % of their operating revenues, and local government revenues have been esti‑
mated to account for less than 1 % of GDP. » (Les villes africaines dépendent de transferts centraux pour plus de 80 % de leurs recettes d’exploitation
et on estime que les revenus des administrations locales représentent moins de 1 % du PIB) (Venables, 2018, p. 93[5] ; Foster et Briceno‑Garmendia,
2010[118]). Le budget par habitant des villes métropolitaines d’Afrique s’élève à 177 USD, alors qu’il est de 1 359 USD en Asie et de 1 053 USD en
Amérique latine et Caraïbes. Le budget par habitant des villes relativement prospères de Durban et Johannesburg s’élève, quant à lui, à 911 USD et
681 USD, respectivement (Metropolis, 2019[59]).
16 Il s’agit du crowding in (effet d’attraction), situation dans laquelle les dépenses publiques entraînent une augmentation des investissements privés.
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Résumé
Le rôle des gouvernements locaux dans la politique de développement économique
• Les villes se distinguent les unes des autres à bien des • La population urbaine de l’Afrique a augmenté de
égards. Elles assument des rôles différents au sein 4.7 % par an depuis 2000. En raison de cette croissance
de l’économie nationale, sont spécialisées dans des rapide, les villes s’étendent dans les territoires des
secteurs différents, ont une main‑d’œuvre aux profils gouvernements locaux voisins et sont de plus en plus
de compétences différents, sont desservies par des fragmentées. Le nombre de collectivités territoriales
infrastructures particulières et ont des dotations natu‑ crée des difficultés de coordination et de cohérence.
relles différentes. C’est pourquoi il est essentiel de Il en résulte un étalement urbain non maitrisé, des
concevoir et d’adapter, à tous les niveaux de gouverne‑ réseaux de transport inefficaces et congestionnés,
ments, des politiques de développement économique des niveaux de productivité faibles. Des accords de
en tenant compte de la situation de chaque ville pour gouvernance métropolitaine sont nécessaires afin
en assurer l’efficacité. d’assurer la coordination des politiques entre les gou‑
• Les gouvernements locaux sont des acteurs essen‑ vernements locaux au sein d’une même zone urbaine.
tiels du développement économique. Idéalement, ils Des autorités compétentes au niveau métropolitain,
jouent un rôle central dans la mise en œuvre des pro‑ peuvent disposer de capacités administratives néces‑
grammes nationaux de développement économique saires pour assurer la planification d’infrastructures
et mènent des politiques de développement écono‑ complexes, la prestation de services publics et la four‑
mique local permettant de renforcer la croissance. niture d’équipements collectifs.
Cependant, les politiques publiques locales sont sou‑ • Une planification stratégique efficace permet de coor‑
vent plus axées sur la prestation de services que sur donner les politiques entre les secteurs et assure la
le développement économique. De plus, les gouver‑ cohérence sur la durée. Elle permet de définir des
nements nationaux ne reconnaissant pas toujours la objectifs communs entre les parties prenantes et
centralité des autorités locales dans la mise en œuvre déterminer les mesures politiques pour atteindre ces
des politiques économiques nationales. objectifs. Cependant, tous les plans stratégiques ne
• Développer la capacité des gouvernements locaux sont pas efficaces. Les engagements non financés sont
et accroitre la décentralisation sont deux mesures une des principales raisons pour lesquelles les plans
indispensables pour accélérer et améliorer la qualité stratégiques ne sont pas mis en œuvre. Il est donc
de la croissance économique. Malgré d’importants indispensable d’associer la planification stratégique au
efforts de décentralisation ces dernières décennies, processus de décision budgétaire. La valeur de la pla‑
les capacités administratives et fiscales des gouver‑ nification stratégique s’étend au‑delà des plans qu’elle
nements locaux africains restent faibles. En moyenne, génère. Elle permet aux administrations et aux par‑
seulement 14.1 % des dépenses de personnel dans le ties prenantes externes de se former dans le domaine
secteur public leurs sont allouées et ils ne sont respon‑ du soutien à l’économie locale, donc de renforcer les
sables que de 11 % des investissements publics. Ces capacités des secteurs public et privé. Pour tirer parti
pourcentages sont inférieurs à la moitié de la moyenne de ces avantages, les administrations doivent s’effor‑
mondiale. Ils sont également largement inférieurs à cer de mener une planification stratégique en interne.
la moyenne des pays à revenu faible et intermédiaire • Les politiques de développement économique doivent
de la tranche inférieure hors Afrique. De nombreux trouver un juste équilibre. Elles doivent être alignées
gouvernements locaux ne disposent pas du personnel sur les priorités des politiques économiques natio‑
qualifié et du budget nécessaires pour mener des poli‑ nales, tout en s’adaptant au contexte local. S’il est
tiques de développement économique efficaces. Cela a impossible de fournir un modèle de stratégies appli‑
un effet néfaste sur les investissements, la mobilisation cable à tous les contextes, cinq principes de base sont
des recettes publiques, la productivité et l’attrait des à retenir pour concevoir des politiques de développe‑
villes auprès des investisseurs étrangers. Les consé‑ ment économique local :
quences sont ressenties non seulement au niveau local 1. Les paquets de politiques publiques coor-
mais aussi au niveau national. données sont plus efficaces que les initiatives
isolées. Les politiques de développement écono‑ activités qui engendrent de la valeur ajoutée pour
mique local performantes touchent de nombreux l’économie locale est important et contribue à une
domaines, et veillent à ce que toutes les condi‑ plus grande diversification au niveau national. Les
tions nécessaires au développement économique économies nationales les plus diversifiées ne pré‑
sont réunies. Les politiques isolées sont rarement sentent pas une diversité économique spatialement
capables de supprimer tous les goulots d’étrangle‑ uniforme. En général, elles sont composées d’un
ment et échouent souvent. grand nombre de villes aux spécialisations uniques
2. La politique de développement économique local qui créent une économie nationale diversifiée.
doit identifier et exploiter les avantages concur- 4. Au niveau local, il est plus facile de stimuler le
rentiels d’une ville ; en particulier pour les villes développement économique à partir d’une acti-
économiquement en retard. Pour attirer des acti‑ vité économique existante que de favoriser la
vités économiques, les villes doivent identifier les création d’activités économiques entièrement nou‑
spécificités qui les distinguent de leurs concurrents velles. Les stratégies qui encouragent l’innovation
et les exploiter dans le cadre de leurs politiques de dans les secteurs économiques existants, et qui
développement économique. Dans de nombreux tendent à optimiser la valeur ajoutée de ces acti‑
cas, les avantages concurrentiels peuvent résulter vités économiques, ont plus de chances de réussir
de complémentarités et de synergies avec des villes que celles qui visent à attirer de nouveaux secteurs.
voisines. Les villes doivent tenir compte de leurs Cette approche centrée sur l’existant nécessite de
forces et faiblesses, mais aussi de leur situation au travailler avec le secteur informel qui représente
sein du contexte national et régional. une large fraction de l’activité économique des
3. La spécialisation permet aux villes de réaliser des villes africaines.
économies d’échelle et d’accroître leur producti‑ 5. Les universités et autres établissements
vité. Elle est particulièrement importante pour les d’enseignement supérieur sont des acteurs
villes petites et moyennes qui n’ont pas la masse essentiels car ils créent une main‑d’œuvre qua‑
économique nécessaire pour accueillir un grand lifiée et sont une source d’innovation. Beaucoup
nombre d’industries d’envergure. Cependant, tous de stratégies de développement économique local
les types de spécialisation ne facilitent pas le déve‑ réussies intègrent les contributions des universi‑
loppement économique. Se spécialiser dans des tés et établissements d’enseignement supérieur.
Les gouvernements locaux jouent un rôle des gouvernements locaux. Aucun des deux niveaux ne
majeur dans le développement économique peut efficacement soutenir l’économie sans que l’autre
intervienne. Ainsi, seules les autorités centrales ont la
Les gouvernements locaux sont des acteurs centraux du capacité de mener à bien de grands projets d’investis‑
développement économique. Ils connaissent l’économie sement, comme un aéroport international. Mais au‑delà
locale mieux que tout autre niveau de gouvernement, de ce type de projets transformateurs de grande enver‑
entretiennent des liens étroits avec les opérateurs, sont gure, le développement économique passe également
à même d’adapter les politiques aux avantages concur‑ par la formation de travailleurs qualifiés, la conception
rentiels et aux goulots d’étranglement locaux. Toutefois, d’un réseau routier intra‑urbain efficace ou l’attribution
peu d’entre eux utilisent tous les outils dont ils disposent rationnelle de terres aux entreprises ; autant de fonc‑
à cet effet. Ils doivent donc s’investir davantage. tions relevant des gouvernements locaux.
Cependant, les rôles des gouvernements nationaux De surcroît, les gouvernements nationaux s’ap‑
sont également importants et complémentaires de ceux puient sur les gouvernementaux locaux pour mettre
en œuvre de nombreux programmes nationaux de préférable de se contenter de se concentrer sur peu d’ac‑
développement (éducation, infrastructures, commerce, tivités. Avant d’entreprendre les actions abordées dans
etc.). Ainsi, un programme d’appui financier aux petites le présent chapitre, les gouvernements locaux doivent
entreprises pour soutenir l’investissement en capital évaluer les ressources administratives et fiscales dont ils
pourrait être mieux administré par les gouvernements disposent et établir des priorités en conséquence.
locaux que par les autorités centrales. Si le programme Les gouvernements locaux peuvent soutenir le
est un succès, il peut attirer des dizaines, voire des cen‑ développement économique de nombreuses manières,
taines de milliers de demandes. Or une administration mais toutes les interventions politiques ne sont pas
nationale serait bien vite dépassée si elle devait traiter et appropriées dans tous les contextes. L’intention de ce
donner suite à toutes ces demandes, et il est sans doute chapitre n’est pas de présenter un modèle de politiques
plus efficace que les administrations locales soient char‑ de développement économique local. Il présente plu‑
gées de les traiter. En outre, les administrations locales tôt des principes permettant d’élaborer des politiques
ont une meilleure connaissance des entreprises locales de développement économique local et il en analyse
et sont donc plus à même de juger du bien‑fondé d’une la pertinence. Le secteur informel représentant une
demande que l’administration nationale. grande part de l’activité économique des villes afri‑
La plupart des pays africains sont fortement cen‑ caines, il est essentiel d’appliquer ces principes aussi
tralisés. Les niveaux de responsabilité et de ressources bien au secteur formel qu’au secteur informel pour
des gouvernements locaux y sont moins élevés que pouvoir élaborer des politiques de développement éco‑
dans d’autres pays aux niveaux de revenus compa‑ nomique local efficaces.
rables. Cette situation restreint leur capacité à mener Un simple chapitre ne suffit pas à couvrir un sujet
des politiques de développement économique et a aussi aussi vaste que celui des politiques de développement
un impact négatif sur le développement. Approfondir économique local. Le lecteur peut se référer en particu‑
la décentralisation est donc nécessaire à la croissance lier à la série de formations élaborée par ONU‑Habitat
économique nationale. et EcoPlan International (2005[1]), qui contient des
Ce degré élevé de centralisation doit être pris orientations à destination des praticiens, ou à l’enquête
en compte dans l’évaluation des options possibles. Si sur la mise en œuvre du développement économique
des gouvernements locaux dotés de faibles capacités local réalisée par CGLU Afrique (2018[2]), qui porte sur
essaient de faire trop de choses à la fois, ils risquent la situation actuelle de la politique de développement
de disperser leurs ressources. Dans ce cas, il peut être économique local en Afrique.
Une approche territoriale est nécessaire même du continent. Les politiques sectorielles doivent
pour optimiser le développement être coordonnées car leur influence dépend les unes des
économique urbain autres, tout autant que des caractéristiques propres à
une ville ou une région. Plutôt que d’appliquer les poli‑
Les villes sont différentes les unes des autres à bien tiques sectorielles uniformément, l’approche territoriale
des égards : secteurs d’activité, niveaux d’éducation et utilise des paquets de politiques intersectorielles à diffé‑
de compétences, qualité des d’infrastructures, interac‑ rentes échelles géographiques.
tions économiques avec d’autres villes. Certaines sont Fondée sur les enjeux spécifiques locaux, l’ap‑
proches d’une grande métropole, tandis que d’autres proche territoriale répond également au fait que les
sont d’importants marchés pour les hinterlands ruraux conséquences d’une politique donnée peuvent être
ou sont situées à proximité de ressources naturelles sensiblement différentes d’un endroit à l’autre. Prenons
importantes. D’autres encore sont des centres de com‑ par exemple le cas d’une politique d’amélioration de la
merce transfrontalier à longue distance. Toutefois, ces connectivité de villes peu accessibles situées à proxi‑
spécificités sont susceptibles de changer. Les profils mité de grand centres urbains. Il se peut que deux villes,
économiques des villes peuvent évoluer rapidement situées dans une zone métropolitaine, réunissent appa‑
tant le rythme de l’urbanisation africaine est élevé. remment les conditions nécessaires pour bénéficier de
La diversité des contextes locaux et les différentes ce type de politique. L’une peut abriter d’importants
échelles d’interactions économiques et sociales néces‑ groupes défavorisés coupés des emplois parce diffici‑
sitent une approche territoriale des politiques publiques. lement accessibles, donc en proie à un cercle vicieux
Ces dernières doivent être conçues et ciblées sur les ter‑ de privation sociale. L’autre peut abriter des résidents
ritoires concernés par une question, allant de l’échelle aisés pour qui le manque d’accessibilité ou l’isolement
d’un quartier à celle d’une métropole, d’un pays ou sont en fait perçus comme souhaitables. Dans le cas de
la première ville, une accessibilité améliorée pourrait du gouvernement central, alors que les gouvernements
renforcer la qualité de vie, alors que dans le cas de la locaux seraient en charge de la construction et du fonc‑
deuxième, elle risquerait de la dégrader. Une politique tionnement des écoles. Une gouvernance efficace à tous
territorialement indifférenciée et qui ne prend pas en les échelons est indispensable aux stratégies territoria‑
considération l’impact qu’elle peut avoir sur des villes lisées (OCDE, 2019[3]). Les gouvernements nationaux
ou régions différentes pourrait entraîner des investisse‑ doivent donc mettre en place des politiques adaptées
ments inefficaces et aggraver la situation dans certaines aux territoires et à leurs différences. Comme l’a rappelé
circonstances. le Chapitre 3, les politiques urbaines n’échappent pas à
Les gouvernements locaux sont des opérateurs cette règle (voir aussi OCDE/ONU‑Habitat, 2018[4]).
essentiels à la mise en œuvre de politiques territoriali‑ Même territorialisées et différenciées, les poli‑
sées. Ils connaissent le milieu, les acteurs, les entreprises tiques nationales ne peuvent que compléter, et non se
et les établissements d’enseignement locaux. En collabo‑ substituer aux gouvernements locaux. Il est peu pro‑
rant entre eux, les gouvernements locaux sont aussi en bable que les autorités centrales soient en mesure de
mesure d’appliquer des politiques à différentes échelles parvenir seules à une différenciation suffisante des
géographiques, selon la question à traiter. Ils sont sou‑ politiques. Il s’agit en partie d’une simple question de
vent mieux placés que les autorités centrales pour cibler capacité. Les administrations nationales seraient rapide‑
les politiques dans le contexte local, identifier les parties ment dépassées si elles devaient élaborer des politiques
prenantes pertinentes et coordonner les actions entre spécifiques à chaque ville et région d’un pays. Les
elles. Plus la décision politique est proche des spécifici‑ contraintes informationnelles peuvent être encore plus
tés locales, plus ces avantages sont importants. lourdes. Il est plus difficile pour les ministères centraux
De nombreux problèmes ne peuvent être traités d’appréhender les contextes que pour les administra‑
par les gouvernements locaux seuls. Souvent, plusieurs tions locales. Les fonctionnaires centraux vivent dans
niveaux de gouvernance doivent s’impliquer dans la la capitale, à distance des autres villes, ils manquent de
résolution des problèmes qui relèvent de leur mandat. contacts locaux, et leur travail leur commande de traiter
Ainsi, une politique de formation professionnelle pour‑ l’ensemble des villes et régions, plutôt que de se concen‑
rait nécessiter une législation‑cadre et un financement trer sur un lieu spécifique.
aux ressources et de bénéficier de meilleures presta‑ Néanmoins, la plupart des pays africains ont un degré
tions de services de la part des gouvernements locaux. d’autonomie infranational (régional et local) exception‑
Si le manque de ressources reste critique, l’envi‑ nellement bas, même en comparaison avec d’autres
ronnement institutionnel des gouvernements locaux pays ayant des niveaux de revenu analogues (OCDE/
s’est amélioré. En 2012, seuls sept pays africains CGLU, 2019[5]). La majorité des pays d’Afrique a adopté
avaient un environnement institutionnel favorable ou des réformes de décentralisation dans les années 1990 et
plutôt favorable aux gouvernements locaux, contre 2000 (Crawford et Hartmann, 2008[9]) ; tout en adoptant
16 pays en 2018. Néanmoins, la qualité institutionnelle des mesures de déconcentration (Riedl et Dickovick,
reste défavorable ou plutôt défavorable dans 34 pays, 2010[10])1. Malgré ces efforts, les pays africains restent
et l’environnement institutionnel de certains pays a fortement centralisés. Dans les 14 pays pour lesquels des
même régressé (CGLU Afrique/Cities Alliance, 2018[7]). données sont disponibles, les gouvernements locaux
Des améliorations ont été observées en particulier ne sont responsables que de 11 % de la totalité des
dans le domaine du renforcement des capacités, ainsi investissements publics (Graphique 4.1). En revanche,
que dans l’élaboration de cadres de suivi et d’évalua‑ les gouvernements locaux de pays à faible revenu et à
tion de la performance des gouvernements locaux. En revenu moyen inférieur en dehors de l’Afrique sont res‑
revanche, le caractère favorable des cadres législatifs ponsables de 34 % de l’ensemble des investissements
s’est légèrement détérioré du fait de réformes consti‑ publics, ce qui correspond à peu près à la moyenne
tutionnelles moins favorables et du report de réformes mondiale. Cette situation peut en partie s’expliquer par
planifiées pour renforcer le rôle des pouvoirs locaux. le fait que la plupart des États africains n’ont acquis
leur indépendance que dans les années 1950 et 1960.
Plus de décentralisation est nécessaire Il est possible que la consolidation du gouvernement
national ait été un enjeu prioritaire et que la décentrali‑
Malgré des améliorations de l’environnement institu‑ sation ait été une préoccupation moins urgente.
tionnel, l’aptitude des gouvernements locaux africains à Compte tenu de ces lacunes fiscales et administra‑
concevoir et mettre en œuvre des politiques de dévelop‑ tives, de nouvelles réformes sont indispensables. Pour
pement économique local est contrainte par le manque autant, même dans le cadre actuel, les gouvernements
de ressources administratives et fiscales (tant au niveau locaux peuvent jouer un rôle plus important. Rodríguez‑
des ressources propres que des transferts financiers en Pose et Tijmstra (2007[11]) soutiennent que, malgré leurs
provenance des gouvernements centraux). Tant que les contraintes de capacité, la plupart des administrations
pouvoirs locaux ne disposeront pas des éléments de des grandes villes africaines réunissent les conditions
base d’une administration moderne (technologies de nécessaires pour adopter des politiques de dévelop‑
l’information et de la communication (TIC), personnel pement économique local. Les administrations plus
formé pour les utiliser), ils ne seront pas en mesure de petites sont confrontées à des contraintes de capacité
mettre en place des politiques efficaces. Il est indispen‑ plus sévères, mais elles peuvent souvent progresser
sable de leur fournir des ressources et de développer vers des politiques de développement économique plus
leurs capacités. Les administrations apprennent en efficaces en faisant du développement économique un
agissant ; c’est pourquoi même les gouvernements à objectif politique prioritaire.
faible capacité administrative devraient tenter d’élabo‑ Le renforcement des capacités fiscales est l’étape
rer des politiques de développement économique local la plus importante pour permettre aux gouvernements
s’ils en ont la possibilité. locaux de mener des politiques de développement éco‑
La raison pour laquelle les ressources des gouver‑ nomique plus actives. Le Chapitre 5 du présent rapport
nementaux locaux sont nettement inférieures à celles examine cette question en profondeur et fournit des
des gouvernements nationaux tient au fait que les pays exemples de la façon dont les gouvernements natio‑
les plus riches ont tendance à être plus décentralisés que naux peuvent utiliser des fonds publics pour fournir
les pays plus défavorisés (Bodman et Hodge, 2010[8]). des ressources aux gouvernements locaux.
Graphique 4.1. Part des gouvernements locaux dans le total des investissements publics
Pays africains et pays non africains à moyen revenu sélectionnés
80 %
60 %
40 %
20 %
0%
nin
ie
ud
rde
a
ie
roc
da
ce
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bo
Jo
Ou
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Ca
Île
Afr
Note Tous les pays africains pour lesquels des données sont disponibles et les économies émergentes sélectionnées sont représentés, pour 2016 ou pour la dernière année
disponible
Source OCDE/CGLU (2019[12]), World Observatory on Subnational Government Finance and Investment.
Carte 4.1. Zones bâties et juridictions des collectivités territoriales à Accra, Ghana 51
Zone bâtie Grand Accra (région administrative) Limites des districts
Note Les zones bâties comportant plus de 10 000 habitants (2015) apparaissent en rouge ; les limites des districts apparaissent sous forme de lignes bleues et la région admi-
nistrative de Grand Accra est colorée en vert.
Source Délimitations administratives fournies par le Ghana Statistical Services (GSS) à travers la plateforme Humanitarian Data Exchange (https://data.humdata.org/dataset/
ghana-administrative-boundaries), zones bâties obtenues auprès de Africapolis (www.africapolis.org).
La fragmentation administrative dans les zones ne pas dégrader la qualité de l’environnement au sein
métropolitaines rend la coordination des politiques de la nouvelle zone résidentielle.
importante pour plusieurs raisons. En premier lieu, Dans la pratique, les municipalités coordonnent
de nombreuses politiques exigent que soient mises en le plus souvent leurs politiques dans les domaines de
œuvre un certain nombre de mesures dans plusieurs l’occupation des sols et de l’aménagement urbain, de
unités administratives. Cela concerne en particulier la politique de développement économique et de la
les infrastructures de transports et l’occupation des planification des transports. Un manque de coordi‑
sols, mais également le développement économique nation peut créer des goulets d’étranglement et des
(OCDE, 2015[15]). Par exemple, le succès d’un projet de dysfonctionnements (congestion accrue, longs trajets
construction de logements planifié à grande échelle domicile‑travail, schémas d’occupation des sols inef‑
ne sera assuré que si les résidents sont en mesure de ficaces) obérant la performance économique d’une
trouver des emplois corrects dans un temps de trajet zone métropolitaine. Ces effets négatifs s’aggravent
raisonnable. En pratique, cela peut signifier que l’em‑ au fur et à mesure que la fragmentation administrative
placement du complexe résidentiel doit être coordonné augmente. Pour les pays de l’OCDE, les estimations
avec la modernisation des routes et la création d’une montrent que les zones métropolitaines avec un haut
liaison de transport rapide par bus, traversant plu‑ degré de fragmentation ont des niveaux de productivité
sieurs municipalités pour atteindre le centre‑ville. Par inférieurs de 6 % en moyenne (Ahrend et al., 2014[16]).
ailleurs, il peut être nécessaire de limiter les activités Une deuxième raison justifiant la nécessité d’une
d’un site industriel dans une municipalité voisine pour coordination entre les gouvernements locaux, au sein
des zones métropolitaines, est la création d’économies Une troisième raison justifiant une coordination
d’échelle dans les prestations de services. De nombreux entre les municipalités réside dans la nécessité d’éviter
services publics fournis par les collectivités locales les politiques dites « du chacun‑pour‑soi » de la part
peuvent l’être à moindre coût lorsqu’ils sont opérés à des gouvernements locaux. Ce terme décrit des poli‑
une certaine échelle. Il peut être moins coûteux pour tiques ayant pour objectif d’avantager une collectivité
plusieurs collectivités locales de se regrouper pour gérer locale aux dépens d’une autre. Par exemple, un gou‑
les déchets ou l’approvisionnement en eau, plutôt que de vernement local peut éventuellement tenter d’assainir
développer chacune leurs propres solutions. Travailler un bidonville sans offrir en contrepartie à ses habi‑
dans un cadre stable plutôt que sur une base ponctuelle tants d’autres solutions de logement. Cette décision a
peut faciliter l’établissement d’une telle coopération. De pour conséquence le déplacement des occupants de ce
plus, ce type de coopération peut contribuer à améliorer bidonville vers d’autres parties de la zone métropoli‑
la qualité de l’administration locale ; des administrations taine sans en résoudre le problème, non seulement en
locales dotées d’une capacité administrative impor‑ portant préjudice aux habitants des bidonvilles affectés,
tante, peuvent offrir des services spécialisés aux petites mais aussi en créant des problèmes pour les collectivi‑
administrations voisines qui n’ont pas la capacité de les tés vers lesquelles ils sont déplacés. Une coopération
assumer seules. Beaucoup de pays de l’OCDE utilisent accrue des gouvernements locaux dans une région
de tels modèles de prestation de services administratifs métropolitaine réduit la probabilité qu’ils s’engagent
asymétriques ; ce qui explique les différences de capa‑ dans de telles politiques mutuellement préjudiciables.
cités administratives entre collectivités locales.
L’OCDE utilise le concept de zones urbaines fonction‑ quotidiennement vers le noyau urbain. Bien que ces seuils
nelles pour proposer une définition harmonisée des zones soient nécessairement arbitraires, ils fournissent une bonne
urbaines et donner une indication de l’échelle dans laquelle approximation de l’étendue de la zone urbaine économi‑
la gouvernance métropolitaine a le plus d’importance. quement intégrée.
Une zone urbaine fonctionnelle se compose d’un noyau L’application de la définition nécessite des données
urbain et d’une zone de flux pendulaires (OCDE, 2012[17]). sur les flux de migration pendulaires, qui ne sont pas
Le noyau urbain est une zone bâtie de manière contiguë, disponibles dans de nombreux pays. Dans ces cas, il est
ayant une densité de population d’au moins 1 500 habi‑ possible d’effectuer une approximation de l’étendue de
tants par kilomètre carré et une population d’au moins zones autour d’un noyau urbain, en se basant sur des dis‑
50 000 habitants. La zone intéressée par les flux pendulaires tances de mobilité pendulaire types et sur la répartition de
réunit toutes les municipalités environnantes, à partir des‑ la population autour d’un noyau urbain (Moreno‑Monroy,
quelles au moins 15 % de la population active se déplace Schiavina et Veneri, 2021[18]).
Les modèles de gouvernance métropolitaine Cette solution peut se révéler efficace dans certains cas.
varient sensiblement L’Afrique du Sud a instauré des gouvernements métro‑
politains dans six villes, en fusionnant une multitude
Il n’existe pas de dispositif unique de meilleure gouver‑
de gouvernements locaux. Cette réorganisation s’ins‑
nance pour assurer la coordination des politiques entre
crivait dans le cadre d’une réforme de décentralisation
les gouvernements locaux et les autres niveaux de gou‑
vernement. La solution la plus simple pour remédier à ayant pour ambition d’éliminer la ségrégation spa‑
la fragmentation administrative consisterait à fusionner tiale dans les villes, héritage de l’Apartheid (Pieterse,
les collectivités locales en unités plus grandes corres‑ 2017[19]). Cependant, de telles réformes restent rares.
pondant mieux à l’empreinte réelle de la zone urbaine. L’expérience montre que de nombreux pays peinent
à instaurer des gouvernements métropolitains unifiés est efficace lorsque tous les acteurs manifestent de l’in‑
efficaces, car les fusions se heurtent à la résistance térêt à travailler ensemble et a l’avantage d’être une
des parties prenantes, notamment des politiciens, des forme de coopération souple permettant de s’adapter
administrations et de la population. Dans ces cas, il rapidement aux nouveaux enjeux. Toutefois, la coopé‑
est essentiel de mettre sur pied des dispositifs insti‑ ration volontaire n’est pas efficace si les acteurs ne sont
tutionnels en mesure de coordonner les politiques en pas disposés à coopérer, en raison d’intérêts politiques
l’absence d’une autorité métropolitaine unifiée. ou personnels divergents. En outre, elle laisse toutes
Lorsque les fusions de gouvernements locaux sont les responsabilités juridiques entre les mains des col‑
impossibles ou peu souhaitables, il faut trouver d’autres lectivités locales et ne contribue guère à surmonter les
solutions. Normalement, ces solutions impliquent des goulets d’étranglement en matière de capacité au sein
accords de coordination portant sur un nombre limité des administrations locales. Dans les domaines de poli‑
de domaines politiques relevant des responsabilités des tique publique où les gouvernements locaux disposent
gouvernements nationaux, en particulier s’agissant de d’une capacité administrative insuffisante, il peut être
politique d’aménagement du territoire et de transport plus efficace de déléguer des responsabilités à une
(Ahrend, Gamper et Schumann, 2014[20]). À l’échelle autorité métropolitaine dédiée. Une telle décision per‑
internationale, il existe un large éventail d’accords ins‑ met de renforcer la capacité administrative nécessaire
titutionnels assurant la coordination des politiques : pour exécuter des fonctions avancées − une planifi‑
organes de coordination « non contraignants » ser‑ cation d’infrastructure complexe, par exemple − plus
vant de forums d’échange entre décideurs locaux, ou facilement que ne le feraient les gouvernements locaux
encore autorités métropolitaines prenant en charge (voir l’OCDE (2015[15]) pour une réflexion approfondie
certaines fonctions des gouvernements locaux (OCDE, sur la manière de structurer des mécanismes de coo‑
2015[15]). Les structures décisionnelles de ces organes, pération statutaires).
leurs responsabilités juridiques et leur capacité fiscale Au‑delà de la multitude des approches et du large
et d’investissement varient sensiblement. Comme le éventail d’avantages et d’inconvénients associés à cha‑
montrent Haas et Wani (2019[21]), toutes les approches cune d’entre elles, l’expérience montre qu’un certain
comportent des avantages et des inconvénients. Le degré de coordination au niveau métropolitain est
bon choix d’un arrangement institutionnel est subor‑ préférable. Des études portant sur les pays de l’OCDE
donné à une variété de facteurs, notamment les ont montré que les zones métropolitaines dotées d’au‑
responsabilités des gouvernements locaux, leur capa‑ torités responsables de la coordination de politiques
cité administrative, la taille de la zone métropolitaine et affichent des niveaux d’étalement urbains plus faibles
sa fragmentation en plusieurs collectivités territoriales. et que les résidents y sont plus satisfaits des systèmes
L’une des caractéristiques les plus importantes de transports publics d’environ 12 points de pourcen‑
des dispositifs régissant la gouvernance métropoli‑ tage. Les avantages d’une meilleure coordination des
taine est la différence entre la coopération volontaire politiques se traduisent également par des niveaux de
et la coopération obligatoire. La première s’appuie sur productivité plus élevés car l’existence d’une autorité
des mécanismes qui facilitent l’échange et la coopéra‑ métropolitaine réduit d’environ 50 % la « pénalité de
tion entre les gouvernements locaux, mais qui ne les productivité » liée à la fragmentation administrative
contraignent pas à trouver une position commune. Elle (OCDE, 2015[22]).
À Lomé, capitale du Togo, l’application d’un certain drainage dans les quartiers sujets aux inondations, à élar‑
nombre de mesures institutionnelles importantes a contri‑ gir les routes et à revitaliser les quartiers centraux.
bué au développement cohérent de la zone métropolitaine. En 2019, Le District Autonome du Grand Lomé a été créé
Depuis 2010, plusieurs documents stratégiques ont été par le gouvernement national. Il s’agit d’un gouvernement
rédigés pour orienter les politiques publiques. La Straté‑ métropolitain qui est responsable du territoire des 13 muni‑
gie de développement urbain du Grand Lomé à l’horizon cipalités de la zone du Grand Lomé (Carte 4.2). Sa couverture
2030 présente une vision commune du développement de s’étend sur une superficie de 425 kilomètres carrés, qui
la zone métropolitaine. L’intention du Schéma directeur héberge environ 2.4 millions d’habitants. L’administration
d’aménagement et d’urbanisme (SDAU) du Grand Lomé récemment instaurée est responsable de l’assainissement,
est d’orienter le développement urbain et les investisse‑ de la protection de l’environnement, de la planification
ments publics. Disposant d’un budget de 177 milliards XOF spatiale et urbaine, du développement économique, ainsi
(soit environ 320 millions USD), ce plan vise à améliorer le que la construction et de la gestion des écoles.
Carte 4.2. Les municipalités et les préfectures dans le District Autonome du Grand Lomé, Togo
Adetikope
Legbassito
Togble
Zanguera
Agoenyive
Vakpossito
Be est
Aflao Aflao Be ouest
Sagbado Gakli
Be centre Baguida
Amoutive
Pour financer ses opérations, le District Autonome du est désigné(e) par le gouvernement national, tout comme
Grand Lomé peut prélever des impôts (notamment des la moitié des membres du conseil municipal. Seule l’autre
impôts fonciers) et reçoit une part des recettes provenant moitié des membres du conseil municipal est désignée par
d’autres droits et taxes. En outre, il a le pouvoir de contrac‑ les 13 municipalités qui relèvent de sa compétence. Si cet
ter des emprunts pour financer des investissements. Le arrangement garantit un alignement politique étroit de
gouverneur du District Autonome du Grand Lomé, rang l’autorité métropolitaine avec le gouvernement national, il
de ministre, participe aux réunions du Cabinet. Il ou elle limite sa responsabilité envers la population locale.
Source République Togolaise (2019[24]), Loi No. 2019‑018 du 15/11/19 Portant attributions et fonctionnement du District Autonome du Grand Lomé ;
Jeune Afrique (2016[25]), Togo : le ministre de l’Urbanisme veut améliorer les conditions de vie des habitants de Lomé, https://www.jeuneafrique.com/
mag/363545/politique/togo-ministre-de-lurbanisme-veut-ameliorer-conditions-de-vie-habitants-de-lome/ ; French China (2013[26]), Togo : un schéma
directeur pour faire du Grand-Lomé un pôle d’ attraction en 2030, (http://french.china.org.cn/foreign/txt/2013-12/03/content_30776701.htm) ; District
Autonome du Grand Lomé, https://dagl.tg/.
Planification stratégique pour le des efforts de ces acteurs se complètent, ce qui signifie
développement économique local que les actions d’un seul acteur optimisent les actions
d’un autre. Inversement, l’inaction d’un acteur peut
La planification stratégique est probablement l’activité la créer un goulot d’étranglement rendant une autre poli‑
plus importante pour développer des politiques de déve‑ tique inefficace, même si elle est par ailleurs bien conçue.
loppement économique local performantes. Des plans Les paquets de politiques publiques sont donc plus effi‑
stratégiques efficaces sont garants d’une cohérence caces que des initiatives politiques individuelles (voir
politique entre les départements des gouvernements ci‑après). La planification stratégique est un outil qui
et les parties prenantes externes, et ce dans la durée peut aider à formuler et à coordonner de tels ensembles.
(ONU‑Habitat, EcoPlan International, 2005[27]). Cependant, Son objectif est de créer une compréhension com‑
ce n’est pas seulement le plan lui‑même qui compte. Le mune de la situation présente, de définir des objectifs
processus de planification est tout aussi important car communs à toutes les parties prenantes et de prendre
il donne l’occasion de définir des objectifs communs, les dispositions nécessaires pour atteindre ces objectifs.
d’apprendre à connaître l’économie locale et de mettre Pour remplir ces fonctions, la planification straté‑
en relation les parties prenantes. La présente section offre gique doit être un processus collaboratif dans lequel
un bref aperçu de l‘importance que revêt la planification toutes les parties prenantes sont représentées, plutôt
stratégique pour le développement économique local. qu’un processus descendant dans lequel un gouver‑
Le développement économique est le fruit des nement local présente une stratégie sans donner aux
efforts que déploient une multitude d’acteurs, dont autres parties prenantes la chance de l’influencer. Il est
des entreprises privées, différents niveaux de gou‑ particulièrement important d’être à l’écoute de l’éco‑
vernement et divers départements au sein d’un même nomie informelle dont les représentants sont souvent
gouvernement, d’autres organisations publiques et sous‑représentés dans le processus décisionnel malgré
semi‑publiques telles que des universités et des bail‑ la place importante qu’ils occupent dans les économies
leurs internationaux ainsi que la société civile. Nombre des villes africaines.
Encadré 4.3. Mise en œuvre et évaluation des politiques de développement économique local
au Botswana
En 2010, le Botswana a lancé le Projet de planification et évaluation a conclu que les districts pilotes avaient pour la
de mise en œuvre du développement économique local plupart bien progressé dans la mise en place de stratégies
(projet DEL). L’objectif du projet était de créer un Cadre de développement économique local. Les deux principaux
national de développement économique local et de mettre goulets d’étranglement étaient l’articulation des stratégies
en place les institutions nécessaires, aux niveaux national de développement économique local avec les processus
et local, pour élaborer et mettre en œuvre les politiques administratifs existants et leur mise en œuvre.
régissant le DEL. Le projet couvrait huit dimensions, dont L’évaluation a mis en exergue le besoin de lier le pro‑
le développement des capacités, la création de lignes cessus de planification au processus d’élaboration des
directrices pour orienter la planification du DEL et la mise politiques. Les stratégies de développement économique
en place de systèmes permettant de financer l’application local les mieux conçues seront inefficaces si elles ne sont
des politiques du DEL et de coordonner l’action des par‑ pas mises en œuvre. S’assurer que les stratégies de déve‑
ties prenantes aux niveaux national et local. Les éléments loppement économique local sont bien appliquées doit
du projet ont été introduits à l’échelle nationale, mais les être un aspect essentiel du processus de planification.
huit dimensions du projet n’ont été généralisées que dans Une implication potentielle de cet argument pourrait être
quatre districts. qu’il est préférable de limiter le champ d’application d’une
En 2018, les résultats du projet DEL dans les quatre stratégie de développement économique local si, de cette
districts pilotes ont été évalués (Ogwang, 2018[28]). Cette façon, elle a plus de chances d’être appliquée.
Source Ogwang (2018[28]), Local Economic Development Project Evaluation. Final Report.
L’éventail de politiques que doit couvrir la plani‑ des collèges techniques, construire un parc industriel
fication stratégique locale dépend des responsabilités et s’engager dans une promotion ciblée pour attirer les
des gouvernements locaux. Dans bien des cas, la pla‑ investissements directs étrangers. De telles politiques
nification de l’occupation des sols et le transport font ne peuvent être mises en œuvre en une seule fois, et les
partie des politiques les plus importantes que couvrent initiatives ponctuelles ont toutes les chances d’échouer.
les plans stratégiques. Il n’est pas surprenant que la pla‑ Un plan stratégique qui oriente les politiques sur une
nification stratégique L’éventail de politiques que doit période d’au moins cinq à dix ans permet de garan‑
couvrir la planification stratégique locale dépend des tir une cohérence des politiques, indispensable pour
responsabilités des gouvernements locaux. Dans bien mener des politiques de développement local avancées.
des cas, la planification de l’occupation des sols et le Le recours à cette planification stratégique à long
transport font partie des politiques les plus importantes terme permet aux entreprises de se projeter dans le
que couvrent les plans stratégiques. Il n’est pas surpre‑ futur. Dans de nombreux cas, un environnement poli‑
nant que la planification stratégique relève souvent de tique prévisible est l’un des facteurs les plus importants
la responsabilité des autorités métropolitaines et serve dans les décisions d’investissement des entreprises. Une
d’outil de coordination des politiques entre les collecti‑ entreprise sera plus encline à investir dans un nouveau
vités territoriales (OCDE, 2015[15]). Cependant, d’autres siège régional, par exemple, si elle sait que l’emplace‑
politiques (développement des compétences, cadres ment choisi est relié à un réseau de transports publics
réglementaires) peuvent être tout aussi importantes. qui se développera progressivement au fil des ans. Un
Outre la coordination des politiques par diffé‑ plan stratégique efficace qui guide le développement des
rents acteurs, la planification stratégique permet de infrastructures sur de longues périodes peut apporter
garantir la cohérence des politiques dans la durée. De cette certitude. Il peut ainsi avoir des effets écono‑
nombreuses années peuvent s’écouler avant que les miques positifs avant même que les premières mesures
politiques publiques produisent leurs effets. Si une ville qu’il prévoit ne soient amorcées. Bien entendu, cet effet
fait le choix stratégique d’encourager la croissance éco‑ positif n’apparaît que si les entreprises ont confiance
nomique dans un secteur donné, elle peut investir dans dans la réalisation des mesures prévues. La confiance
des infrastructures spécifiques, développer de nou‑ du public dans la volonté des gouvernements locaux à
veaux programmes de formation en collaboration avec adhérer à leurs propres plans est donc indispensable.
Encadré 4.4. Coordination des politiques avec des acteurs externes en dehors du processus
de planification stratégique
Au‑delà du processus de planification stratégique, les comptent principalement sur leur pouvoir de convocation.
gouvernements locaux disposent d’un vaste ensemble Ils peuvent mettre en place des plateformes pour per‑
d’options pour faciliter les mesures coordonnées par plu‑ mettre aux acteurs de dialoguer (à l’instar de tables rondes
sieurs acteurs. Dans certains cas, les gouvernements locaux d’entreprise), organiser des auditions et des consultations
peuvent recourir à des mesures incitatives pour garantir la et utiliser leurs contacts et relations pour présenter les
coordination et la coopération entre les parties prenantes. acteurs les uns aux autres. Il est important de noter que
Les approbations de financement ou réglementaires la coordination des politiques est un processus à double
peuvent être subordonnées à la coopération de plusieurs sens. Elle peut également impliquer que les gouverne‑
acteurs entre eux. Par exemple, les gouvernements locaux ments locaux ajustent leurs politiques pour être plus en
ne peuvent investir dans des infrastructures qui profitent phase avec d’autres acteurs. Dans bien des cas, les gouver‑
principalement à une entreprise industrielle que si celle‑ci nements locaux doivent consulter des parties prenantes
s’engage à coopérer avec un collègue technique voisin lors de l’élaboration de politiques et ajuster leurs décisions
dans le cadre d’un programme de formation profession‑ en fonction des retours d’information recueillis lors du
nelle. Néanmoins, et ce souvent, les gouvernements locaux processus de consultation.
Les plans stratégiques ne sont efficaces que s’ils connaissance de ces potentialités que les agents de la
sont alignés sur les décisions de financement fonction publique ; mais même eux ne sont souvent pas
au courant des nouvelles opportunités. Hausmann et
Quel que soit le contexte, la planification stratégique et
Rodrik (2003[29]) affirment que les entrepreneurs sous‑
les décisions fiscales doivent être étroitement alignées,
investissent dans l’apprentissage économique parce
car la plupart des politiques ne peuvent être appliquées
qu’ils ne récoltent qu’une fraction de la valeur de la
que si un financement suffisant est disponible (OCDE,
découverte d’une nouvelle opportunité économique, alors
2019[3]). Les engagements non financés dans les plans
que la majeure partie de cette valeur profite à la société.
stratégiques sont une raison majeure de leur échec.
L’importance que revêt le développement de la
Il est donc essentiel que le processus de planification
capacité administrative sur les politiques économiques
stratégique et le processus décisionnel budgétaire
donne au processus de planification stratégique une
soient liés l’un à l’autre, dans le but d’aligner la plani‑
autre valeur qui va au‑delà des plans qu’il produit. Le
fication stratégique sur les décisions de financement.
processus de planification est l’occasion pour les déci‑
Les décisions financières étant toujours politiques,
deurs politiques d’apprendre à connaître l’économie
les plans stratégiques doivent refléter les priorités des
locale. Les connaissances acquises à travers ce proces‑
principaux bailleurs de fonds. Si ce n’est pas le cas,
sus sont déterminantes pour bien d’autres décisions
il est peu probable que les décisions financières cor‑
politiques autres que celles directement associées au
respondent aux plans stratégiques. Il est important de
plan stratégique. Aussi, les gouvernements locaux
garder à l’esprit que la planification stratégique ne vise
doivent tendre à produire des plans stratégiques en
pas à remplacer les décisions des gouvernements. La
interne et faire appel le moins possible à une expertise
planification stratégique a plutôt pour objectif de trou‑
extérieure. En externalisant la préparation des plans à
ver des solutions efficaces pour mettre en œuvre les
des consultants, on renonce à bon nombre d’opportu‑
priorités politiques des gouvernements et de les ali‑
nités d’apprentissage.
gner sur les objectifs des autres parties prenantes.
Maximiser la valeur de l’apprentissage associé
au processus de planification stratégique est une autre
L’auto‑apprentissage améliore la qualité des
raison d’impliquer largement les parties prenantes
politiques de développement économique local
externes, telles que les entreprises et les universités.
La planification stratégique contribue également à une Ceci aidera non seulement les responsables locaux à
dimension, souvent sous‑estimée, du processus d’éla‑ recueillir plus d’informations sur l’économie locale,
boration des politiques : le processus d’apprentissage mais créera également une opportunité d’apprentis‑
de ce qui est efficace. Bien que les décideurs locaux sage pour les parties prenantes. Cela peut par exemple
soient en général bien informés sur tout ce qui a trait à donner à des entreprises la possibilité d’anticiper avec
leurs villes, il est peu probable qu’ils possèdent toutes plus de précision les priorités politiques, d’en savoir
les connaissances requises leur permettant de prépa‑ plus au sujet de la recherche appliquée que mène
rer des stratégies de développement économique local une université de proximité ou de collaborer avec des
efficaces. Ils peuvent ne pas avoir conscience de toutes entreprises d’autres secteurs. Chacune de ces activités
les facettes de l’économie de leur ville, ni de toutes les peut déboucher sur de nouveaux partenariats ou des
opportunités et des conditions requises pour les exploi‑ innovations dont la valeur commerciale renforcera
ter. Les entrepreneurs ont tendance à avoir une meilleure l’économie locale.
Encadré 4.5. Les zones économiques spéciales en tant qu’outils pour des interventions
politiques multidimensionnelles
Les zones économiques spéciales (ZES) sont un outil pour investissements et facilitent l’émergence de clusters éco‑
mettre en œuvre des paquets de politiques publiques nomiques. Bien que particulièrement populaires en Asie,
coordonnées dans des zones géographiquement limitées. où plus de 4 000 d’entre elles ont été créées, des rapports
Ces dernières bénéficient de conditions juridiques éco‑ de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le
nomiques plus favorables que le reste du pays, disposent développement (CNUCED (2019[31]) font état de l’implan‑
d’une infrastructure modernisée et sont gouvernées par tation de seulement 237 ZES en Afrique, principalement
une administration performante. Les ZES attirent des concentrées au Kenya, en Éthiopie et au Nigéria.
53
Graphique 4.2. Nombre de zones économiques spéciales en Afrique, 2018
70
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50
40
30
20
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Bien que la législation cadre pour les ZES doive être La performance des ZES en Afrique est plus miti‑
établie par les gouvernements nationaux, une ZES peut gée. Dans son analyse détaillée sur les ZES en Afrique,
être un instrument précieux pour les gouvernements Farole (2011[33]) souligne un facteur de réussite qui revêt
locaux. En Chine, le pays qui utilise le plus de ZES, c’est une importance particulière d’un point de vue infranatio‑
le gouvernement national qui autorise les municipalités nal. De nombreuses ZES ont échoué parce qu’elles étaient
au niveau préfectoral à créer une ZES. Un gouvernement situées loin des infrastructures existantes ou ciblaient des
local désigne un comité administratif, qui gère la ZES en industries pour lesquelles la base de compétences néces‑
son nom, par exemple, en fournissant de l’infrastructure saire n’était pas disponible. Pour éviter ces lacunes, le
et en réglementant l’utilisation des terres. Ces ZES, gérées lieu d’implantation des ZES doit être décidé non pas en
localement, ont largement contribué au développement fonction de considérations politiques mais de l’endroit où
économique au tout début de la transition économique de elles sont susceptibles de compléter les avantages écono‑
la Chine dans les années 1990, même si leur impact s’est miques existants.
affaibli au cours des décennies suivantes (Wang, 2013[32]).
L’industrie du tourisme est particulièrement tributaire des locaux dans le développement du tourisme, et les encou‑
avantages absolus, car la plupart des touristes recherchent rage à davantage s’investir dans son expansion. En
des expériences inédites que nulle autre partie du monde particulier dans la coordination des actions publiques et
est en mesure de leur offrir. Le ministère du Tourisme privées et la planification stratégique. Le document guide
sud‑africain a publié un guide à l’intention des gouver‑ également les gouvernements locaux en matière de four‑
nements locaux leur expliquant comment développer une niture d’infrastructures, d’élaboration d’une stratégie de
industrie touristique (Department of Tourism, 2010[35]). Ce marque pour valoriser et promouvoir le territoire, ainsi
document décrit le rôle important des gouvernements que de gestion du capital naturel.
Source Department of Tourism (2010[35]), The South African Tourism Planning Toolkit for Local Government, https://tkp.tourism.gov.za/Documents/Tou-
rism%20Planning%20Toolkit%20for%20Local%20Government.pdf.
Les politiques doivent s’attacher à soutenir le bon à se développer car l’activité économique dominante
type de spécialisation locale évince toutes les autres. Une forme extrême de ces spé‑
cialisations est ce que l’on appelle les « monovilles »,
Les économies africaines sont particulièrement
organisées autour d’un unique employeur, comme une
dépendantes des activités extractives, ce qui les rend
grande mine.2
vulnérables aux chocs extérieurs et limite le potentiel
Les spécialistes du développement régional pré‑
de croissance à valeur ajoutée. C’est pourquoi l’Union
conisent généralement la spécialisation dans une
africaine souligne l’importance de la diversification
gamme d’activités bénéficiant de leur proximité sans
dans ses priorités stratégiques (AUDA‑NEPAD, 2021[36]).
pour autant nécessairement dépendre exclusivement
Cette politique est étayée par des évidences montrant
les unes des autres. Ainsi, un cluster d’entreprises pro‑
qu’à des niveaux de revenus faibles et moyens les pays
duisant des emballages pour des aliments transformés
dont les exportations sont plus diversifiées sont plus
peut bénéficier de la proximité d’un cluster de transfor‑
avancés (Cadot, Carrère et Strauss‑Kahn, 2012[37]).
mation alimentaire implanté dans la même ville, tout
En revanche, au niveau infrarégional, les évi‑
en ayant d’autres clients que ces entreprises. Une spé‑
dences empiriques suggèrent que la spécialisation
cialisation à plusieurs niveaux d’une chaîne de valeur
locale est associée à une meilleure performance écono‑
permet à une ville d’acquérir une plus grande part de la
mique (Kemeny et Storper, 2014[38] ; Hidalgo, 2021[39]).
valeur ajoutée d’un secteur qu’une spécialisation dans
Ceci est particulièrement vrai pour les villes moyennes
qui n’ont la masse économique nécessaire pour sou‑ une seule activité. En outre, la diversité des activités
tenir une gamme diversifiée d’activités dans une connexes permet à une ville de d’adapter plus facile‑
multitude de clusters. Sans spécialisation, ces villes ment son économie aux aléas économiques.
ne peuvent pas réaliser les économies de localisation Il est important que les villes établissent leurs
qui découlent de la concentration d’un grand nombre propres profils économiques. En se concentrant sur
d’entreprises œuvrant dans des activités de même les avantages concurrentiels spécifiques qui les dis‑
type et situées à proximité les unes des autres. À l’in‑ tinguent des autres villes (voir ci‑avant), elles peuvent
verse, les grandes villes sont plus à même de soutenir éviter d’entrer en concurrence avec d’autres villes du
des secteurs multiples de taille suffisante et sont donc même pays. Si différentes villes se spécialisent dans
moins tributaires de la spécialisation. des activités différentes, la spécialisation locale peut
Toutefois, toutes les formes de spécialisation locale contribuer à la diversification nationale. En fait, il est
ne sont pas avantageuses. Les villes spécialisées dans rare de trouver un pays « uniformément diversifié ».
une seule activité économique, comme l’extraction de Les pays dont l’économie nationale est diversifiée sont
ressources, sont exposées à des chocs importants si généralement diversifiés parce que beaucoup de leurs
la demande diminue. De plus, elles peinent souvent villes ont des spécialisations distinctes.
Les incubateurs d’entreprises sont des organisations qui cas, les incubateurs fournissent également un financement
aident les startups à relever les défis associés à la création initial de démarrage.
d’une entreprise. En général, ils fournissent des bureaux et Au cours des dernières années, un nombre croissant
d’incubateurs d’entreprises se sont installés en Afrique
des services administratifs, tels que des services de secré‑
subsaharienne. En 2018, David‑West, Umukoro et Onuoha
tariat et comptabilité. Souvent, ils proposent également
(2018[40]) recensaient 196 incubateurs d’entreprises dans
des formations sur les aspects essentiels de la gestion toute l’Afrique subsaharienne. Des preuves anecdotiques
d’une entreprise et facilitent les liens avec les universités suggèrent que depuis le nombre d’incubateurs continue
pour soutenir le développement de produits. Dans certains d’augmenter (Tibaingana, 2019[41]).
54
Graphique 4.3. Nombre d’incubateurs d’entreprises dans les pays d’Afrique subsaharienne, 2018
40
35
30
25
20
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Source David‑West, Umukoro et Onuoha (2018[40]), Platforms in Sub‑Saharan Africa: startup models and the role of business incubation,
http://dx.doi.org/10.1108/jic-12-2016-0134.
À l’échelle mondiale, les incubateurs d’entreprises sont de bureaux. Moins de 10 % d’entre eux offrent aux startups
principalement gérés par les gouvernements en tant qu’ins‑ d’autres formes de soutien que l’on rencontre fréquemment
truments de développement économique local. En Afrique, dans les incubateurs dans d’autres parties du monde. Pour
en revanche, la plupart des incubateurs d’entreprise sont faire des incubateurs existants des outils plus efficaces de
gérés par des organismes privés. Seuls 6 % des incubateurs développement économique local, les gouvernements
identifiés par David‑West, Umukoro et Onuoha (2018[40]) locaux pourraient travailler avec les opérateurs privés
sont des initiatives du secteur public, et environ deux‑tiers d’incubateurs d’entreprises afin d’améliorer l’éventail de
sont gérés par le secteur privé. L’inconvénient de cette ini‑ soutien offert aux jeunes entreprises. La forte augmentation
tiative privée, par ailleurs précieuse, est que la plupart des des incubateurs d’entreprises administrés par des orga‑
incubateurs se concentrent exclusivement sur la fourniture nismes privés indique à quel point la demande est importante.
Source David‑West, Umukoro et Onuoha (2018[40]), Platforms in Sub‑Saharan Africa: startup models and the role of business incubation.
Les économies locales sont susceptibles activités économiques existantes (Asheim, Boschma et
de se développer grâce à la production Cooke, 2011[42]). Un secteur économique a beaucoup plus
de « variétés reliées » de chances de s’étendre progressivement à des activités
qui lui sont connexes que d’émerger dans un domaine
De nombreuses politiques de développement écono‑ totalement différent. Il est facile pour une entreprise de
mique local, en Chine, dans l’Union européenne et au se diversifier en utilisant des méthodes de production
Mexique, par exemple, encouragent l’émergence de ce existantes et sans recours important à l’innovation. A
que l’on appelle des « variétés reliées ». Ces activités l’inverse, se lancer dans une activité totalement nouvelle
économiques requièrent des capacités (en particulier nécessite d’acquérir des compétences, de constituer
en termes de connaissances) similaires à celles des un nouveau réseau de fournisseurs et de consentir
d’importants investissements en capital. Les entre‑ aider les entreprises à se lancer dans la production de
prises ont souvent du mal à opérer de tels changements. ces « variétés reliées ».
C’est pourquoi, des politiques de développement éco‑ Se focaliser sur les « variétés reliées » limite le
nomique local qui encouragent l’émergence de variétés champ des possibles des politiques de développe‑
reliées d’activités économiques ont plus de chances de ment local. Une ville ou région faiblement développée
réussir que les politiques qui tentent d’attirer des sec‑ peut avoir un nombre très limité de champs d’activité
teurs économiques totalement nouveaux. reliés dans lesquels son économie peut se développer.
Pour identifier des « variétés reliées » susceptibles Pour que les villes puissent se développer rapidement,
de recueillir un soutien public, les gouvernements locaux elles doivent se lancer dans des activités économiques
peuvent recourir à l’approche d’auto‑ apprentissage sans rapport avec leurs activités actuelles. Cependant,
décrite plus haut. Ils pourront – en concertation avec les comme cela est plus difficile à réaliser, les gouverne‑
entreprises, les universités et autres parties prenantes ‑ ments locaux ont rarement les ressources et la capacité
identifier des potentiels susceptibles d’être valorisés en de gérer seuls une telle transition. Pour y parvenir, un
s’appuyant sur les structures économiques existantes. effort concerté entre les gouvernements nationaux et
Ensemble, ils pourront définir des politiques, décider les gouvernements locaux − impliquant une série de
de mesures – relevant d’acteurs publics et privés – pour mesures politiques coordonnées − s’impose.
Les politiques de développement économique local, axées diversité de « l’Espace Produit » des villes, des régions et
sur les variétés reliées, sont influencées par la théorie de des pays. Ces travaux ont permis d’élaborer des méthodes
la complexité économique et l’approche de l’ « Espace cherchant à déterminer les gammes de produits les plus
Produit » (Product Space en anglais) (Hidalgo, 2021[39]). favorables à l’expansion des économies de production
Cette approche mesure la parenté des produits à partir (CNUCED, 2015[45]). Cependant, ces approches demandent
de données qui permettent d’identifier le pourcentage d’être étayées par des données détaillées, et l’applicabilité
de probabilité qu’ils proviennent de la même économie des résultats obtenus à un processus décisionnel concret
(Hidalgo et al., 2007[43]). Si deux produits sont générale‑ doit encore être validée. À l’heure actuelle, les processus
ment produits par la même économie, ils sont reliés l’un à d’auto‑apprentissage économique sont susceptibles de
l’autre. À l’inverse, si deux produits ne proviennent pas de produire des solutions politiques plus efficaces que les
la même économie, ils sont indépendants l’un de l’autre. approches quantitatives.
L’approche « Espace Produit » permet également de mesu‑ « L’Espace Produit » est une méthode de visualisation de
rer le degré de diversification de l’économie locale. En la parenté des produits provenant d’une économie. Il s’agit
combinant ce paramètre à une mesure rendant compte d’une représentation en réseau de tous les produits fabri‑
à quel point les produits fabriqués par l’économie locale qués à l’échelle mondiale, où les produits qui proviennent
sont « communs », il est possible d’obtenir une mesure généralement de la même économie sont reliés les uns aux
de la complexité économique, directement associée au autres. En superposant les produits provenant d’une éco‑
taux de croissance prévu de son Produit intérieur brut nomie sur l’univers mondial des produits, il est possible de
(PIB) (Hidalgo et Hausmann, 2009[44]). Plus la diversité et visualiser le degré de diversification d’une économie et de
la rareté des produits fabriqués par une économie locale montrer son potentiel d’expansion dans la production de
sont grandes, plus son économie est complexe et plus la produits reliés. L’exemple ci‑après (Graphique 4.4) est une
croissance attendue de son PIB est élevée. illustration de l’« Espace Produit » global. Chaque point
Par conséquent, la théorie de la complexité écono‑ représente une catégorie de produits, ceux qui sont prin‑
mique quantifie deux indicateurs de l’activité économique, cipalement exportés par le Maroc apparaissant en couleur.
essentiels à toute politique de développement économique Les deux classes de produits les plus communément expor‑
local. La parenté mesure la probabilité qu’une activité tés par le Maroc sont les textiles (en vert) et les produits
économique soit bien établie dans une ville, alors que la agricoles (en jaune). Les catégories de produits qui sont
complexité indique dans quelle mesure ladite activité éco‑ couramment produites par le même pays sont reliées entre
nomique contribuera au développement économique de elles. En général, un pays a tendance à élargir ses activi‑
la ville. Des chercheurs universitaires ont consacré beau‑ tés dans la production de catégories de produits reliés à
coup de temps et d’efforts à mesurer la complexité et la certaines des catégories de produits qu’il produit déjà.
55
Graphique 4.4. L’Espace Produit des exportations marocaines, 2018
Note Chaque point représente une catégorie de l’« Espace Produit » global, les produits généralement exportés par un même pays étant reliés
les uns aux autres. Les points de couleur représentent les produits disproportionnellement exportés par le Maroc. Les points gris représentent
l’univers complet des produits exportés globalement.
Source Harvard Growth Lab (2021[46]), Atlas of Economic Complexity (Atlas de la Complexité économique), https://atlas.cid.harvard.edu/.
Un grand nombre d’études ont porté sur « l’Espace Pro‑ économique et les produits manufacturés ont tendance à
duit » des économies africaines ces dix dernières années, ne pas être reliés, ce qui limite les possibilités de diversifi‑
pour identifier les opportunités de diversification et de cation fondées sur les capacités de production existantes.
développement économique. En voici quelques exemples : En raison de l’ampleur des données requises, il
Hidalgo (2011[47]), Abdon et Felipe (2011[48]), Ulimwengu et n’existe aucune étude sur « l’Espace Produit » sur les villes
Badibanga (2012[49]), Hausmann et al. (2014[50]), Bam et De africaines. Toutefois, il est probable que la complexité et
Bruyne (2018[51]), El‑Haddad (2020[52]), Goldstein (2020[53]). la diversité des économies urbaines soient supérieures à
La plupart d’entre elles confirment que l’agriculture et celles des zones rurales. Balland et al. (2020[54]) démontrent
l’exploitation minière sont les deux principales catégories qu’aux États‑Unis, la complexité économique a été plus
de produits. Lorsque des opportunités de diversification élevée dans les villes que dans les zones rurales au cours
existent, elles ont tendance à être liées à ces deux secteurs. des 150 dernières années. Il est probable que la complexité
Et pourtant, dans la plupart des pays africains, « l‘Espace et le potentiel de diversification des zones urbaines soient
Produit » présente un faible niveau de complexité supérieurs à la moyenne nationale.
Les établissements d’études supérieures sont influence vertueuse n’est pas automatique. Pour avoir
des moteurs essentiels du développement un impact positif, les universités doivent transférer des
économique local compétences utiles à l’économie locale et mener des
recherches en rapport avec les activités des entreprises
Outre les entreprises et les gouvernements, les uni‑ locales. Ce point est crucial si l’on considère l’inadé‑
versités et autres établissements d’études supérieures quation des compétences en Afrique subsaharienne ;
sont les acteurs externes les plus importants dans les en particulier chez les jeunes travailleurs. D’après
processus de développement économique local. En Bandara (2018[55]), seuls 10 % des jeunes possèdent des
contribuant à la formation d’une main‑d’œuvre hau‑ qualifications correspondant au travail qu’ils exercent,
tement qualifiée, ils peuvent représenter une source 55 % d’entre eux étant surqualifiés et 34 % n’ayant pas
importante d’innovation (Encadré 4.9). Toutefois cette reçu une formation suffisante.
Depuis le début des années 2000, l’Algérie renforce les liens la Malaisie, où les établissements d’enseignement supé‑
entre ses universités et ses entreprises. Les universités ont rieur agissent plus souvent au nom des gouvernements
étudié la possibilité de collaborer avec les entreprises dans locaux et jouissent généralement d’une plus grande auto‑
le cadre d’ateliers et de conférences et ont mis davantage nomie. Les universités algériennes coopèrent davantage
l’accent sur l’enseignement des compétences entrepre‑ avec les grandes sociétés qu’avec les petites et moyennes
neuriales. Traditionnellement, les universités algériennes entreprises (PME), alors que ces dernières occupent
n’ont jamais participé à de telles activités, ce qui constitue une place prépondérante dans de nombreux contextes
un changement de paradigme. locaux.
Ce processus a été impulsé par le gouvernement Pour renforcer les liens entre les universités et les
national. Bien que les établissements d’enseignement économies locales, les activités d’enseignement et de
supérieur soient disséminés à travers le pays, ils agissent recherche doivent être davantage en phase avec les
principalement au nom du gouvernement national et ne besoins des entreprises locales. Pour cela, il faut que les
s’engagent que très rarement avec les acteurs locaux. universités disposent d’une plus grande autonomie pour
Cette stratégie contraste avec celle des économies en déve‑ initier une coopération avec le secteur privé, et que les gou‑
loppement et émergentes telles que l’Inde, l’Indonésie et vernements locaux coordonnent davantage leurs actions.
Source Saad, Zawdie et Malairaja (2008[56]), The triple helix strategy for universities in developing countries: the experiences in Malaysia and Algeria ;
Saad et al. (2010[57]), Mapping the diverse roles of universities in supporting innovation: Opportunities and challenges for Algeria, Indonesia, Malaysia and
India ; Baaziz (2019[58]), Towards a new paradigm of “coopetitiveness” in emerging countries: Case of the Algerian Entrepreneurial Ecosystems.
Valoriser les universités pour le développement écono‑ tional. Les universités collaborent plus étroitement avec
mique local, tel est l’objectif du modèle « triple hélice » les entreprises et mènent des recherches ciblées sur les
qui a vu le jour au milieu des années 1990 (Etzkowitz et besoins de ces dernières. Parallèlement, elles s’impliquent
Leydesdorff, 1995[59]). Les systèmes d’innovation clas‑ davantage dans la commercialisation de leurs inven‑
siques sont linéaires, les universités étant responsables tions et les subventions accordées par les entreprises
de la recherche de base, commercialisée ensuite par locales viennent renflouer leurs ressources financières.
les entreprises. Selon le modèle classique, les systèmes Les gouvernements locaux et régionaux servent
d’innovation sont nationaux, et les interactions entre d’intermédiaires entre les entreprises et les univer‑
les universités et les entreprises limitées. À l’inverse, le sités, favorisant une plus étroite collaboration entre
modèle triple hélice favorise les interactions continues ces deux entités. Ils offrent des incitations, octroient
entre les universités et les entreprises au niveau infrana‑ des subventions à la recherche et créent des postes
universitaires dédiés au transfert de technologies. En hélice en Afrique subsaharienne est entravée par le
outre, ils construisent et gèrent des infrastructures, manque général d’interactions entre les acteurs. Les
telles que des incubateurs d’entreprises rattachés aux intérêts des gouvernements étant bien trop éloignés
universités. Les gouvernements peuvent aussi recourir des activités de recherche des universités, le rôle de
à des mesures coercitives pour imposer la coopéra‑ ces dernières dans le développement économique est
tion. Ces mesures peuvent consister à conditionner un sous‑estimé, et les entreprises préfèrent s’approvision‑
financement à une coopération entre les universités et ner en technologie et en services de conseil auprès
les entreprises ou à n’autoriser certaines activités com‑ d’acteurs étrangers plutôt que d’universités nationales.
merciales que si elles incluent un volet recherche. Un changement de paradigme, reconnaissant la valeur
Alors que l’approche triple hélice a fait son che‑ de telles interactions, s’impose. En outre, les gouverne‑
min en Afrique du Nord (voir l’Encadré 4.9), elle reste ments, les universités et les entreprises doivent mettre
rare en Afrique subsaharienne. D’après Saad et Zawdie en place une capacité institutionnelle pour renforcer
(2011[60]), la mise en œuvre réussie du modèle triple les liens nécessaires à de véritables collaborations.
Encadré 4.10. Le rôle de l’Université de Stanford dans la création de la Silicon Valley, 1940‑60
La Silicon Valley en Californie est le pôle de compétitivité le industriel rassemblait 11 000 employés et son succès en a
plus célèbre au monde. Et pourtant, dans les années 1930, fait un modèle pour les générations suivantes d’incubateurs
rien ne laissait entrevoir son importance à venir. La région d’entreprises et de parcs industriels dans le monde entier.
abritait plusieurs sociétés d’électronique relativement insi‑ Au fur et à mesure que le nombre de sociétés d’élec‑
gnifiantes, et l’Université de Stanford était une université de tronique augmentait autour de l’Université de Stanford,
taille moyenne qui menait un programme de recherche en cette dernière formait de plus en plus de diplômés. Entre
ingénierie électrique tout aussi insignifiant. L’histoire de son le début des années 1950 et le début des années 1960, le
émergence démontre le rôle déterminant que peuvent jouer nombre de doctorats en génie électrique avait presque
les universités dans le développement économique local. triplé, passant d’une moyenne de 13 à 37 par an. À la fin
Au début de la Seconde Guerre mondiale, l’armée a large‑ des années 1950, Stanford avait également mis en place
ment financé l’Université de Stanford pour qu’elle intensifie un programme de cours du soir pour former les employés
son programme de recherche en électronique. Néanmoins, des sociétés locales après leur journée de travail. Ce pro‑
ce n’est pas l’apport de financements supplémentaires, mais gramme était extrêmement précieux pour les petites et
une nouvelle forme de coopération entre l’université et les moyennes entreprises qui ne disposaient pas de res‑
entreprises qui a joué un rôle crucial dans l’émergence de sources suffisantes pour instaurer leur propre programme
la Silicon Valley. Frederick Terman, doyen du département de formation dans une industrie qui se caractérisait par
d’ingénierie et, par la suite, vice‑recteur de l’Université la rapidité de son évolution technologique. En retour,
de Stanford, disait de l’université et de l’industrie locale Stanford utilisait l’accès à son programme comme un outil
qu’elles formaient une « communauté d’intérêts » (Saxe‑ pour attirer plus de sociétés dans la région.
nian, 1978[61]). Il encourageait la faculté à « être sensible aux À la fin des années 1950, la région était déjà deve‑
activités créatives des industries environnantes » (Saxenian, nue le principal site de l’industrie de l’électronique et des
1978[61]), allant jusqu’à utiliser ses contacts professionnels semi‑conducteurs. La disponibilité de travailleurs qualifiés
pour attirer de nouvelles sociétés dans la région. En retour, dans le domaine du génie électrique dépassait celle de
l’université a commencé à recevoir d’importantes donations toutes les autres régions. Ce n’était pas uniquement l’Uni‑
et des contrats de recherche provenant de sociétés voisines, versité de Stanford, mais tout le système d’enseignement
qui compensaient le déclin du financement public à la fin supérieur de la région, y compris de nombreux collèges
de la guerre de Corée et au début des années 1950. C’est moins prestigieux, qui consacraient leurs efforts pédago‑
à cette époque que fut créé le parc industriel de Stanford giques au secteur. Alors que le réseau de fournisseurs et
– l’un des premiers parcs industriels des États‑Unis – sur de clients gagnait en complexité et que l’industrie du capi‑
un terrain voisin de l’Université. L’Université de Stanford tal‑risque naissait, les avantages à opérer dans la région
en gérait scrupuleusement l’accès. Les baux immobiliers augmentaient. À l’époque, les spin‑offs d’entreprises éta‑
étaient accordés à des conditions financières très favo‑ blies prenaient de l’amplitude, renforçant davantage la
rables, mais uniquement aux sociétés considérées comme dynamique positive des créations d’entreprises.
étant profitables aux activités de l’université. En 1961, le parc
Les avantages d’une telle agglomération ont créé un apporté au développement économique local. C’est en se
cycle vertueux qui a perduré pendant plusieurs dizaines focalisant sur les liens université‑industrie, jugeant le suc‑
d’années. La région reste l’un des endroits les plus pro‑ cès des entreprises alentour comme indispensable à son
ductifs au monde. Bien que l’Université de Stanford ne soit propre succès, que l’Université de Stanford a contribué à
pas l’unique facteur de cette belle réussite, la Silicon Valley créer l’un des exemples les plus remarquables de dévelop‑
n’aurait pas existé sans le solide appui que l’université a pement économique local (Adams, 2009[62]).
Source Adams (2009[62]), Follow the Money: Engineering at Stanford and UC Berkeley During the Rise of Silicon Valley, http://dx.doi.org/10.1007/
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Notes
1 Le terme « déconcentration » décrit la distribution des pouvoirs aux administrations locales qui restent sous le contrôle du gouvernement central plutôt
que sous celui de gouvernements élus à l’échelon local.
2 Le terme « monoville » est né des économies à planification centralisée de l’ex-Union soviétique, où les villes étaient construites autour d’un seul
complexe industriel.
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Ce chapitre montre que les gouvernements locaux ont une capacité fiscale
extrêmement faible. Ils sont en effet fortement tributaires des transferts
d’argent des gouvernements nationaux, collectent peu de recettes propres
et, à quelques exceptions près, n’ont pas accès au financement par emprunt.
Ce chapitre analyse les instruments disponibles pour améliorer la capacité
fiscale des gouvernements locaux et montre l’importance du financement
par emprunt pour financer les infrastructures et les services favorables à
la croissance.
Chapitre 5 Financer l’urbanisation de l’Afrique : Accroître la capacité fiscale des villes africaines
Résumé
Améliorer la capacité d’investissement des villes africaines
Des infrastructures et des services publics inadéquats Ces 30 dernières années, de nombreux pays africains
freinent le développement économique des villes. La ont pris des dispositions en faveur de la décentralisation
croissance urbaine rapide requiert des investisse‑ fiscale et d’une plus grande autonomie locale. Mais des
ments massifs ‑ à tous les niveaux de gouvernement efforts supplémentaires sont nécessaires pour renforcer
‑ pour maintenir et améliorer le niveau actuel d’in‑ la capacité fiscale et administrative des gouvernements
frastructures et de services. L’Agenda 2063 de l’Union locaux. Ce chapitre montre que la capacité fiscale locale
africaine et l’Agenda de développement durable 2030 des pays africains est faible, même par rapport à d’autres
des Nation Unies (Assemblée générale des Nations pays à revenu similaire. Les gouvernements infranatio‑
Unies, 2015[1] ; Commission de l’Union africaine, 2015[2]) naux des pays africains à revenu moyen inférieur ont des
confirment cette ambition. Une infrastructure est plus dépenses moyennes annuelles par habitant de 180 USD
efficace si elle est mise en place lorsque la croissance contre 542 USD pour les pays non africains à revenu
urbaine est en cours et que les villes s’étendent. C’est moyen inférieur. La moyenne des pays de l’OCDE est,
donc maintenant qu’il faut investir. Une fois qu’une quant à elle, de 6 097 USD (OCDE/CGLU, 2019[3]).
zone urbaine est stabilisée, il est nettement plus coû‑ La différence est tout aussi élevée en ce qui
teux de la modifier en la dotant d’infrastructures. concerne les dépenses d’investissement et les recettes
Le dynamisme économique des villes africaines des collectivités locales. Ces dernières comptent pour
crée les ressources nécessaires pour investir davan‑ 16 % des recettes publiques totales, pour une moyenne
tage dans les services publics et les infrastructures. mondiale de 25 %1. Les investissements des gouverne‑
De nombreux gouvernements infranationaux peinent ments infranationaux ne représentent que 19 % des in‑
pourtant à mobiliser ces ressources et à les utiliser de vestissements publics totaux, pour une moyenne mon‑
manière productive. Ils n’ont pas la capacité requise diale de 37 % ; 47 USD par habitant par an en Afrique
pour lever les fonds nécessaires aux investissements contre 313 USD en moyenne mondiale (Graphique 5.1).
susceptibles de générer une croissance économique
supplémentaire et d’améliorer les résultats sociaux.
Les besoins d’investissements sont particulièrement
élevés, les capacités fiscales particulièrement faibles.
56
Graphique 5.1. Investissements publics moyens des gouvernements infranationaux par habitant
USD PPA
1 400
1 200
1 000
800
600
400
200
0
Afrique Europe de l'Est Amérique Moyenne Asie-Pacifique Europe Amérique du Nord
et Asie Centrale latine mondiale
Note En raison du manque de données disponibles, seuls les pays suivants sont inclus dans la moyenne africaine : AGO, BEN, BDI, CPV, ETH, KEN, MAR, MUS,
NGA, RWA, SEN, TUN, TZA, UGA, ZAF. Les données de la région « Moyen‑Orient et Asie de l’Ouest » n’ont pas été incluses car le nombre d’observations corres‑
pondantes n’a pas été considéré comme représentatif. Cette région a été prise en compte dans la moyenne mondiale. Année de référence : 2016.
Source Base de données World Observatory on Subnational Government Finance and Investment (SNG WOFI) de l’OCDE/CGLU Afrique (OCDE/CGLU, 2019[3]).
Actuellement, les transferts de l’État représentent recettes fiscales, tarifaires et domaniales, grâce à la
58 % du budget des gouvernements infranationaux croissance économique que les investissements gé‑
africains (OCDE/CGLU, 2019[3]). Ils ont plusieurs avan‑ nèrent. L’augmentation future des revenus peut alors
tages potentiels. Ils peuvent être ciblés sur les besoins être mobilisée pour accroitre le financement du dé‑
des gouvernements locaux et conférer la même capaci‑ veloppement socio‑économique local. Les ressources
té fiscale aux régions riches et pauvres d’un même pays. propres facilitent enfin l’accès au financement par
S’ils s’inscrivent dans un cadre institutionnel stable, ils emprunt, en augmentant la capacité de rembourse‑
offrent un niveau élevé de stabilité et de prévisibilité. ment et l’indépendance financière.
Cependant, ils ont aussi des inconvénients. La plupart Le financement par emprunt est un instrument
sont conditionnels et affectés à un objectif donné, ce essentiel pour les investissements dans les infrastruc‑
qui limite l’autonomie financière des gouvernements tures, car les gouvernements locaux doivent consentir
locaux qui en bénéficient. En outre, la distribution des des dépenses initiales importantes qu’ils ne peuvent
transferts de l’État peut s’avérer imprévisible et irré‑ financer à l’aide de budgets récurrents. De nombreux
gulière, ce qui complique la planification et la gestion projets d’investissement qui généreraient d’impor‑
à long terme (ONU‑Habitat, 2015[4]). Par rapport aux tantes retombées économiques et sociales ne sont pas
ressources propres, ils encouragent moins les gou‑ entrepris parce que les gouvernements locaux n’ont
vernements locaux à investir dans le développement pas accès aux crédits requis pour les financer.
économique, à garantir l’efficacité des dépenses et à Il est essentiel d’augmenter la capacité des gouver‑
promouvoir la transparence. De plus, le niveau de ces nements locaux africains à accéder au financement par
transferts peut être lié à des considérations politiques emprunt. En Afrique, la dette publique infranationale
partisanes (CGLU Afrique, Cities Alliance, 2018[5]). ne représente que 4 % du total de la dette publique, et
Pour accroître les opportunités d’investissement et une grande partie de celle‑ci est émise par des États
réduire la dépendance à l’égard des transferts de l’État, fédérés ou des gouvernements régionaux et non par
les gouvernements locaux africains doivent exploiter des gouvernements locaux (OCDE/CGLU, 2019[3]). Ces
la richesse générée par les villes en augmentant leurs derniers ont plusieurs options pour accéder au finan‑
ressources propres. Les impôts locaux ‑ impôt foncier, cement par emprunt : les banques commerciales, les
redevances d’utilisation payées par les usagers des emprunts auprès de banques de développement na‑
services publics et des infrastructures ‑ représentent tionales et internationales et les marchés de capitaux.
d’importantes sources de revenu pour les gouverne‑ De nombreux gouvernements locaux ne sont pas à
ments locaux dans de nombreuses régions du monde. même de remplir les conditions formelles et informelles
Les ressources propres présentent de nombreux avan‑ pour accéder aux marchés obligataires et/ou n’ont pas
tages. Elles augmentent les revenus, elles encouragent l’autorité institutionnelle requise pour émettre des
les collectivités locales à stimuler la croissance écono‑ obligations. Les directives de la Banque africaine de
mique, elle renforcent leur redevabilité en établissant développement (BAfD) sur les finances infranatio‑
un lien direct entre la performance de la dépense et le nales (Guidelines on Subnational Finance) sont conçues
niveau des impôts locaux. pour permettre aux gouvernements locaux de lever
Les ressources propres créent également un rap‑ des capitaux et d’accéder aux crédits, en particulier
port direct entre l’augmentation des investissements les financements de la BAfD et d’autres institutions de
publics et l’augmentation des revenus dérivés des financement du développement.
Ces dernières décennies, les villes africaines ont connu se poursuivre et l’on estime que la population urbaine
une croissance démographique de plus de 4 % par an, totale atteindra 1.5 milliard en 2050 (ONU DAES, 2019[7]).
leur population ayant pratiquement doublé entre 2000 De tels taux de croissance représenteraient un défi pour
et 2015 (OCDE/CSAO, 2018[6]). Cette croissance devrait n’importe quel gouvernement local, et encore plus pour
les gouvernements locaux dont les capacités adminis‑ locaux doivent jouer un rôle plus actif dans le dévelop‑
tratives et financières sont limitées. Les collectivités pement économique. Comme l’a montré le Chapitre 4,
locales doivent fournir des infrastructures et des ser‑ les gouvernements locaux peuvent contribuer d’une
vices à une population toujours plus nombreuse. Même manière significative à la croissance économique de
la satisfaction des besoins de base nécessite des inves‑ leur ville en optant pour des politiques de développe‑
tissements massifs : routes, écoles, établissements de ment économique local appropriées. Le succès de ces
santé, réseaux d’électricité, d’eau et d’assainissement, politiques ne dépend pas uniquement des montants
systèmes de gestion des déchets. investis, il repose également sur la capacité à réaliser
Pour être à même d’accompagner sur la durée la des investissements favorisant la croissance. Les gou‑
croissance et le développement économique de leurs vernements locaux sont les mieux placés pour fournir
villes, les gouvernements locaux doivent pouvoir puiser de nombreux services et infrastructures au niveau local.
dans la richesse que ces villes produisent. Le Chapitre 1 Grâce à leur connaissance du contexte local, ils sont à
a souligné le rôle des villes africaines dans la croissance même de cibler les dépenses sur les domaines priori‑
économique de leur pays. Il a aussi mis en lumière taires, donc de répondre aux besoins les plus pressants
l’impact positif de l’urbanisation sur les performances (Kis‑Katos et Sjharir, 2014[8] ; Faguet, 2004[9] ; Tiebout,
économiques et la qualité de vie des petites villes et des 1956[10]). Pourtant, alors qu’elles font sans doute face aux
zones rurales. Le maintien et le renforcement de ces besoins de dépenses les plus importants (Encadré 5.1),
avantages nécessitent un investissement continu que ce sont les collectivités locales qui ont les plus faibles
les gouvernements locaux ne peuvent réaliser sans res‑ capacités fiscales2. Non seulement leurs revenus et leurs
sources fiscales et humaines supplémentaires. dépenses sont très faibles en valeur absolue, mais leur
Au‑delà de la fourniture de services et d’in‑ capacité fiscale est également très faible par rapport à
frastructures aux résidents locaux, les gouvernements l’ensemble des dépenses publiques de leur pays.
Le déficit d’infrastructures est défini comme la différence de la moitié de ces montants sont liés à des améliorations
entre les investissements requis et les investissements réels et à des besoins au niveau urbain (ICA, 2018[11] ; CGLU,
disponibles dans un secteur donné. S’il est impossible de 2010[12] ; BAfD/OCDE/PNUD, 2016[13]). Les secteurs ayant le
calculer avec précision ce déficit, il est possible de donner plus besoin d’investissements sont l’électricité, l’approvi‑
un ordre de grandeur approximatif des investissements sionnement en eau et l’assainissement, les technologies de
requis. Les estimations du déficit d’infrastructures de l’information et de la communication, les routes et les trans‑
l’Afrique varient entre 52 et 92 milliards USD par an. Près ports aériens, ferroviaires et maritimes (BAfD, 2018[14]).
Les arguments en faveur d’un rôle fort des gou‑ lorsqu’il s’agit d’investir dans des infrastructures
vernements locaux dans l’investissement dans les majeures, comme les liaisons ferroviaires entre villes
infrastructures et la fourniture de services publics n’im‑ ou les aéroports. En plus de soutenir financièrement
pliquent pas que les autres niveaux de gouvernement les projets, les gouvernements nationaux jouent un
doivent être considérés comme moins importants. rôle essentiel de coordination des différents acteurs
Les gouvernements nationaux jouent un rôle essentiel gouvernementaux et agences chargées de la planifi‑
que les gouvernements locaux ne peuvent remplir ; cation et du financement des investissements urbains.
comme la stabilisation de l’économie et la redistribu‑ Enfin, il leur incombe de veiller à ce que les gouverne‑
tion des revenus pour atténuer la pauvreté et réduire ments locaux agissent en conformité avec les exigences
les inégalités (Oates, 1972[15] ; Musgrave, 1959[16]). Les légales, notamment les normes et principes concernant
gouvernements nationaux sont également essentiels les dépenses publiques.
Outre leur faible capacité fiscale, les gouverne‑ Ce chapitre offre un aperçu de la situation fiscale
ments locaux africains sont confrontés à deux autres en Afrique, en comparaison avec d’autres régions du
contraintes par rapport aux autres gouvernements monde. Il analyse les principaux instruments de finan‑
locaux du monde. Premièrement, ils sont fortement cement disponibles pour renforcer la capacité fiscale
dépendants des transferts financiers du gouverne‑ des gouvernements locaux. Il aborde la question des
ment national et ne disposent que de peu de ressources transferts de l’État, ainsi que les principaux instruments
propres. Deuxièmement, à quelques exceptions près, pour générer des ressources propres. En conclusion, il
ils n’ont pas accès au financement par emprunt. Cela présente les avantages potentiels du financement par
limite leur potentiel de financement, même si les inves‑ emprunt et discute les principaux goulets d’étran‑
tissements ont un rendement social, environnemental glement auxquels les gouvernements locaux sont
ou économique élevé et entraîneront une augmentation confrontés pour y accéder.
significative des recettes fiscales à l’avenir.
Encadré 5.2. Inclure les gouvernements locaux dans les projets de développement urbain
Dans plusieurs pays, les programmes des années 70 et 80 faveur de la décentralisation comme base pour accroître les
visant à améliorer la fonctionnalité et l’habitabilité des villes compétences des gouvernements locaux et leur accorder une
ont été renouvelés par des programmes ayant pour objectif marge de manœuvre. Ils ont tous deux pour objectif premier
supplémentaire de développer les niveaux décentralisés de d’améliorer la prestation de services publics. Dans le cas de
gouvernement, comme les municipalités et les provinces. la Tunisie, le programme vise également à améliorer l’accès
Ces programmes supportaient divers domaines de la gestion des quartiers défavorisés aux services et aux infrastructures.
locale par la formation, le développement d’outils et d’études, Voici quelques exemples d’actions promues par le pro‑
et parfois par la création d’institutions locales de financement. gramme PACASEN au Sénégal :
Au Sénégal, le Programme d’Appui aux communes • Améliorer les ressources financières des gouverne‑
et agglomérations du Sénégal (PACASEN) a été mis en ments locaux et encourager une allocation transparente.
place en 2018 et conçu dans la continuité des précédents • Renforcer la capacité des gouvernements locaux à gérer
programmes de développement urbain (PAC et PRECOL). les projets de développement urbain, qu’il s’agisse d’in‑
De même, en Tunisie, le Programme de développement frastructures ou de prestations de services.
urbain et de la gouvernance locale (PDUGL) a été créé sur • Améliorer la participation de la société civile à tous les
une base similaire après deux autres programmes urbains niveaux du programme et dans les projets urbains.
financés par la Banque mondiale. Ces deux programmes ont des objectifs qui combinent le
Ces programmes visent à renforcer la capacité des gou‑ renforcement des capacités administratives et financières des
vernements locaux, en utilisant la législation existante en gouvernements locaux et la fourniture de services urbains.
Source Plus d’informations sur ces projets sont disponibles dans les sources suivantes : PACASEN : Banque mondiale (2021[19]), AFD (2018[20]) et
Agence de Développement Local au Sénégal (2014[21]) ; PRECOL : http://www.adl.sn/programme/precol.
L’Observatoire mondial des finances et de l’inves‑ pour les pays africains sont limitées. Plus de la moitié
tissement des collectivités territoriales (SNG WOFI) de des 29 pays africains étudiés par le SNG WOFI ne dis‑
l’Organisation de coopération et de développement posent pas de données fiscales de base ; et lorsque ces
économiques (OCDE) et de Cités et Gouvernements dernières sont disponibles, elles sont généralement de
Locaux Unis (CGLU) a compilé des données sur les mauvaise qualité (OCDE/CGLU, 2019c[18]).
recettes et dépenses des gouvernements infranatio‑ En Afrique, les recettes des gouvernements infra‑
naux pour 29 pays d’Afrique, ainsi que pour 106 pays nationaux représentent 16 % des recettes publiques et
d’autres continents. La plupart des pays d’Afrique seulement 4 % du PIB national. Or, la moyenne mon‑
figurent parmi les moins décentralisés sur le plan fiscal diale pour ces indicateurs est respectivement de 25 % et
‑ en dépenses comme en recettes – tant en pourcentage 8.5 % (Graphique 5.2). Les dépenses des gouvernements
des recettes et des dépenses publiques qu’en pourcen‑ infranationaux en pourcentage des dépenses publiques
tage du Produit intérieur brut (PIB). Ce chapitre analyse sont également faibles. Elles représentent 16 %, contre
ces données. Il est cependant important de noter que une moyenne mondiale de 24 % (Graphique 5.5)
les données financières infranationales disponibles (OCDE/CGLU, 2019[3]).
70 % 25 %
60 %
20 %
50 %
15 %
40 %
30 % 10 %
20 %
5%
10 %
0% 0%
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Note En raison du manque de données disponibles, seuls les pays suivants sont inclus dans la moyenne africaine : BEN, BWA, BDI, CIV, CPV, ETH, KEN, MAR, MUS,
MWI, NAM, NGA, RWA, SEN, SWZ, TUN, TZA, UGA, ZAF, ZWE. Années de référence : 2016.
Sources (OCDE/CGLU, 2019[22] ; OCDE/CGLU, 2019[3] ; OCDE/CGLU, 2019[18]).
Il existe de grandes différences entre les recettes et publiques s’élèvent à 48 % dans les États fédéraux, contre
dépenses infranationales entre les pays africains à système 10 % dans les États unitaires.
fédéral et ceux à système unitaire. Comme dans d’autres Les données disponibles ne permettent pas de venti‑
parties du monde, les États fédéraux d’Afrique sont fisca‑ ler plus précisément les recettes et dépenses à différents
lement beaucoup plus décentralisés que les États unitaires. niveaux des gouvernements infranationaux. Toutefois,
Les recettes infranationales moyennes en tant que part l’écart important entre les États fédéraux et unitaires est
des recettes publiques totales pour les trois États fédé‑ principalement dû au rôle que jouent les États au sein des
raux d’Afrique figurant dans les données (Afrique du Sud, pays fédéraux. Les différences entre pays fédéraux et uni‑
Éthiopie et Nigéria) sont de 49 %, contre 10 % dans les taires sont, en revanche, relativement mineures pour ce
États unitaires (Graphique 5.3). De même, les dépenses qui est du rôle des gouvernements infranationaux (OCDE/
moyennes infranationales en pourcentage des dépenses CGLU, 2019[3]).
70 %
60 %
50 %
40 %
30 %
20 %
10 %
0%
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Note En raison du manque de données disponibles, seuls les pays suivants sont inclus dans la moyenne africaine. Recettes : BEN, BWA,
BDI, CPV, CIV, ETH, KEN, MAR, MUS, MWI, NAM, NGA, RWA, SEN, SWZ, TUN, TZA,UGA, ZAF, ZWE. Dépenses : AGO, BEN, BWA, BDI,
CPV, ETH, KEN, MAR, MOZ, MUS, NAM, NGA, RWA, SEN, SWZ, TUN, TZA, UGA, ZAF, ZWE. Année de référence : 2016.
Sources (OCDE/CGLU, 2019[22] ; OCDE/CGLU, 2019[3] ; OCDE/CGLU, 2019[18]).
80 % 50 %
40 %
60 %
30 %
40 %
20 %
20 %
10 %
0% 0%
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Note En raison du manque de données disponibles, seuls les pays suivants sont inclus dans la moyenne africaine : AGO, BEN, BDI, CPV, ETH, KEN, MAR, MUS, NGA,
RWA, SEN, TUN, TZA, UGA, ZAF. Année de référence : 2016.
Sources (OCDE/CGLU, 2019[22] ; OCDE/CGLU, 2019[3] ; OCDE/CGLU, 2019[18]).
USD PPA
70% 1400
60% 1200
50% 1000
40% 800
30% 600
20% 400
10% 200
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Note En raison du manque de données disponibles, seuls les pays suivants sont inclus dans la moyenne africaine : AGO, BEN, BWA, BDI, CPV, ETH, KEN, MAR, MOZ,
MUS, NAM, NGA, RWA, SEN, SWZ, TUN, TZA, UGA, ZAF, ZWE. La moyenne indiquée sur le panneau de droite ne comprend pas les pays à revenu élevé. Année de
référence : 2016.
Sources (OCDE/CGLU, 2019[22] ; OCDE/CGLU, 2019[3] ; OCDE/CGLU, 2019[18]).
La pandémie de COVID‑19 n’a fait qu’aggraver l’état des la fermeture des zones commerciales et des chantiers de
recettes et des dépenses décrit ici. Depuis mars 2020, les construction), mais aussi aux mesures de soutien mises
gouvernements locaux se sont retrouvés en première ligne en place par les gouvernements locaux pour protéger les
de la réponse à la crise sanitaire. La pression accrue sur entreprises contre l’instabilité économique.
les services publics locaux et les faibles performances éco‑ Les dépenses ont été concentrées sur les réponses
nomiques ont conduit à un appauvrissement général des immédiates à la crise, l’achat d’équipements de protection et
finances locales. le renforcement des établissements de santé. Ces besoins
Les gouvernements locaux devaient perdre jusqu’à sont devenus prioritaires par rapport aux projets d’inves‑
60 % de leurs recettes en 2021 (ONU‑Habitat, CEA, FENU tissement à long terme et aux infrastructures planifiées. En
and CGLU Afrique, 2020[23]). Cela était principalement dû conséquence, les dépenses d’investissement des gouverne‑
à la diminution de l’activité économique résultant des ments locaux ont chuté de 63 % au début de la pandémie
confinements et des mesures préventives (par exemple (ONU‑Habitat, CEA, FENU and CGLU Afrique, 2020[23]).
Note Pour plus d’informations sur les mesures prises par les gouvernements locaux de plusieurs pays africains, consulter le site de CGLU Afrique
(CGLU Afrique, 2020[24]).
Source (ONU‑Habitat, CEA, FENU and CGLU Afrique, 2020[23]).
Instruments de financement des toire national, des régions les plus riches aux régions
gouvernements locaux les plus pauvres. Ils permettent de garantir une qualité
minimale de prestation de services publics et de fourni‑
Les sections suivantes présentent les principales ture de biens publics.
sources de financement auxquelles les gouvernements Dans la plupart des régions du monde, cette pra‑
locaux peuvent accéder. Il s’agit des transferts financiers tique des gouvernements nationaux est la méthode la
des gouvernements nationaux, des ressources propres plus commune pour financer les autorités infranatio‑
perçues directement et du financement par emprunt. nales. C’est particulièrement le cas en Afrique, où 58 %
L’emprunt est souvent utilisé pour financer les inves‑ des revenus des autorités infranationales sont obtenus
tissements publics, car l’augmentation attendue des sous cette forme5 (Graphique 5.6).
recettes fiscales résultant d’un investissement public Les transferts du gouvernement national peuvent
efficace peut être utilisée pour rembourser la dette sans être financés de différentes façons, par l’impôt ou
devoir renoncer à d’autres dépenses publiques futures. d’autres sources. Ils peuvent provenir d’impôts natio‑
naux (taxes sur les importations et les exportations ou
Transferts et subventions taxes sur l’extraction des ressources naturelles). Les
impôts levés au niveau local, comme certains impôts sur
Les transferts sont l’outil le plus communément utilisé les entreprises et le foncier, peuvent également donner
par les gouvernements centraux pour financer les auto‑ lieu à des transferts, lorsqu’ils sont centralisés et que
rités locales. Ils financent souvent les services locaux les gouvernements nationaux les redistribuent aux gou‑
et d’autres fonctions statuaires des gouvernements vernements locaux6 (ONU‑Habitat, 2015[4]). Les recettes
locaux. Ces moyens ont généralement pour objectif redistribuables aux entités décentralisées qui ne sont
de permettre aux gouvernements locaux de s’acquit‑ pas financées par des impôts comprennent l’aide au
ter des tâches qui leur ont été confiées par l’État. Ils développement, les crédits d’institutions publiques ou
peuvent également réduire les inégalités spatiales, car
61
privées, ainsi que des revenus de permis, licences, frais
ils ne dépendent généralement pas des recettes fiscales d’utilisation, redevances, amendes, etc. qui ne font pas
locales et redistribuent donc les richesses sur le terri‑ partie des attributions des gouvernements locaux.
Graphique 5.6. Transferts en pourcentage des recettes totales des gouvernements infranationaux
70 %
60 %
50 %
40 %
30 %
20 %
10 %
0%
Amérique Europe de l'Est Asie-Pacifique Moyenne Europe Amérique latine Afrique
du Nord et Asie centrale mondiale
Note En raison du manque de données disponibles, seuls les pays suivants sont inclus dans la moyenne africaine : BEN, BWA, CIV, CPV, ETH, KEN, MAR, MUS, MWI
NAM, NGA, RWA, SEN, SWZ, TUN, TZA, UGA, ZAF, ZWE. Année de référence : 2016.
Source (OCDE/CGLU, 2019[22] ; OCDE/CGLU, 2019[3] ; OCDE/CGLU, 2019[18]).
Les transferts « inconditionnels » ne sont pas Il existe deux types de transferts inconditionnels : les
directement liés à une dépense spécifique, ce qui donne « dotations de péréquation » et les « dotations géné‑
aux autorités locales le pouvoir discrétionnaire de les rales ». Les dotations de péréquation sont utilisées par
allouer comme elles l’entendent (ONU‑Habitat, 2015[4]). les gouvernements nationaux pour redistribuer les
recettes des régions relativement riches aux régions Les « dotations d’investissement » représentent
relativement pauvres, ce qui compense les inégalités un type particulier de transferts conditionnels. Elles
fiscales au sein du pays. Le gouvernement national de sont allouées pour financer des infrastructures (routes,
la Zambie, par exemple, redistribue 5 % de l’impôt sur réseaux d’eau et d’assainissement). En l’espèce, c’est
le revenu selon une formule fondée sur la population le gouvernement national qui identifie les besoins
et les niveaux de pauvreté (OCDE/CGLU, 2019[22]). À en infrastructures et qui alloue les fonds nécessaires.
l’inverse, les dotations générales sont allouées à parts Parfois, les dotations d’investissement dépendent d’un
égales aux gouvernements locaux, dans l’intention accord de cofinancement. Cet accord s’assure que
de soutenir leurs activités, sans nécessairement tenir le gouvernement local ou d’autres parties prenantes
compte des différences de richesse entre régions. Ces contribuent au financement d’un projet ou prenne en
transferts sont fondés sur des caractéristiques géné‑ charge l’entretien des infrastructures. De telles dota‑
rales du gouvernement local, comme la population ou tions peuvent, par exemple, intervenir dans le cas de
la taille du territoire. la construction d’un réseau de transports en commun :
Les transferts « conditionnels », ou subventions, le gouvernement national, en collaboration avec des
quant à eux, sont des transferts destinés à financer des banques de développement et d’autres partenaires,
activités spécifiques. Ils peuvent financer un niveau mini‑ finance la construction à condition que le gouvernement
mum de services dans un secteur donné ou encourager local contribue au financement et à la coordination des
les mesures en faveur d’objectifs nationaux, tels que la opérations du réseau.
réduction de la pauvreté ou l’éducation de groupes spé‑ La gestion des transferts et dotations, qu’ils soient
cifiques de la population (ONU‑Habitat, 2015[4]). Ils sont conditionnels ou inconditionnels, nécessitent des don‑
souvent liés à des critères d’évaluation afin que l’argent nées permettant de répartir les ressources entre les
soit dépensé conformément à des objectifs précis. gouvernements locaux. Les transferts conditionnels
Certaines données disponibles montrent que les projets pour l’éducation, par exemple, peuvent se baser sur le
bénéficiant de transferts conditionnels enregistrent de nombre d’étudiants résidant dans une ville. Les données
meilleurs résultats que les autres (Baird et al., 2013[25]). requises pour les dotations de péréquation sont plus
Ils ont cependant un désavantage potentiel : ils restrei‑ complexes car les formules d’allocation peuvent porter
gnent l’autonomie des gouvernements locaux à définir sur de multiples dimensions (CGLU Afrique, 2014[28]).
eux‑mêmes leurs dépenses prioritaires (Oates, 1972[15] ; Il est cependant possible de calculer des dotations de
Kis‑Katos et Sjharir, 2014[8] ; Besley et Coate, 2003[26]). péréquation simples en s’appuyant sur des statistiques
Cela peut créer des « investissements non désirés » disponibles dans la plupart des pays, par exemple les
qui ne bénéficient pas du soutien des gouvernements niveaux de pauvreté au niveau infranational. L’Enca
locaux (Boadway et Shah, 2007[27]). dré 5.5 donne un exemple d’un tel système de transfert.
Le gouvernement national du Cameroun distribue les L’efficacité du système de transferts est aussi limitée
impôts par un système appelé « centimes additionnels par les critères de redistribution. Basée exclusivement sur
communaux » (CAC), où le taux est fixé par la loi : les gou‑ la population, la formule utilisée pour répartir les transferts
vernements locaux reçoivent 10 % de l’impôt sur le revenu ne tient pas compte des différences entre les juridictions
des personnes physiques, de l’impôt sur les sociétés, de en ce qui concerne les niveaux d’infrastructure et les dota‑
la taxe à valeur ajoutée (TVA), des licences commerciales tions en capital. Les différences de coûts ne sont pas non
et de l’impôt sur les jeux, et 25 % de l’impôt foncier et des plus prises en compte : par exemple, le coût supplémen‑
redevances. C’est le Fonds Spécial d’Équipement et d’In‑ taire de la prestation de services dans les zones reculées
tervention Communale (FEICOM) qui reçoit ces montants ou dans les centres urbains à forte densité n’est pas pris
et qui les redistribue aux municipalités en fonction de la en compte. La somme de ces éléments peut conduire à des
taille de leur population. situations dans lesquelles les transferts de CAC sont inver‑
Ce cadre garantit que les transferts sont transparents, sement corrélés aux besoins.
prévisibles et qu’ils arrivent dans les délais. L’efficacité du L’exemple du Cameroun montre que les transferts ne
système est cependant limitée par la répartition peu claire peuvent réussir que s’ils concilient prévisibilité et trans‑
des compétences entre les différents niveaux de gouver‑ parence avec des formules de redistribution qui prennent
nement. Cela rend difficile pour les gouvernements locaux en compte les besoins des différentes juridictions. Les
de remplir leurs mandats et permet au gouvernement transferts doivent en outre être liés à des compétences
national de définir les priorités des gouvernements locaux clairement définies confiées au niveau de gouvernement
(Banque mondiale, 2012[29]). qui les reçoit.
Bien que les données systématiques sur les dif‑ sont plus fréquemment utilisés que les transferts incon‑
férents types d’allocation soient rares, les données ditionnels (Graphique 5.7) (CGLU Afrique, 2014[28]).
disponibles montrent que les transferts conditionnels
62
Graphique 5.7. Part des transferts conditionnels et inconditionnels à destination des villes africaines
7%
14 %
Villes ne recevant pas de transferts
19 %
Villes recevant surtout ou seulement
des transferts inconditionnels
Villes recevant surtout ou seulement
des transferts conditionnels
60 % Villes recevant une part égale
de transferts conditionnels
et inconditionnels
Note Cette analyse porte sur 153 villes de 40 pays. Les auteurs ont tiré les données de ce graphique du rapport de CGLU Afrique. Des informations supplémentaires
sur les transferts conditionnels, inconditionnels et en capital sont disponibles dans les profils de pays compilés par le SNG WOFI (OCDE/CGLU, 2019[22]). Année de
référence : 2018.
Source CGLU Afrique (2014, p. 15[28]).
Les transferts sont un mécanisme efficace de de services publics n’est possible que si un financement
financement des gouvernements locaux, quel que soit régulier est assuré pour mettre en place et maintenir les
le niveau de capacité administrative. Ils sont particuliè‑ structures administratives correspondantes. La régu‑
rement importants pour les gouvernements locaux qui larité et la prévisibilité sont également déterminantes
n’ont pas la capacité administrative ou institutionnelle lorsqu’il s’agit d’accéder à des crédits pour financer des
requise pour lever eux‑mêmes des fonds. Toutefois, la projets d’infrastructures : les bailleurs de fonds sont
capacité administrative est cruciale car elle permet de réticents face à des emprunteurs dont le revenu n’est ni
veiller à ce que les transferts soient dépensés de manière stable ni prévisible.
efficace et efficiente. Les transferts peuvent jouer un Deuxièmement, les transferts doivent être trans‑
rôle déterminant de renforcement des capacités admi‑ parents quant à leur montant et à leurs destinataires. Ils
nistratives locales. Selon des données concernant la sont en effet souvent distribués par le biais de proces‑
Tanzanie et le Bénin, ils ont un effet multiplicateur sur sus administratifs complexes, ce qui complique le suivi
les recettes locales en améliorant la capacité des admi‑ et l’évaluation des dépenses. Une plus grande transpa‑
nistrations locales à lever des impôts ; ils améliorent en rence peut améliorer le contrôle indépendant et limiter
outre la prestation de services, ce qui encourage l’ob‑ la corruption (Olken et Pande, 2012, pp. 502‑504[35]).
servation volontaire des obligations fiscales (Caldeira et Dans de nombreux cas, les gouvernements infra‑
Rota‑Graziosi, 2014[30] ; Masaki, 2018[31]). Ces évidences nationaux africains souffrent de transferts irréguliers et
contrastent avec les études menées dans les pays à imprévisibles. Les City Enabling Environment Ratings
revenu élevé qui indiquent que les transferts décou‑ (CEE, évaluation de l’environnement institutionnel des
ragent les gouvernements locaux à lever leurs propres villes et collectivités territoriales d’Afrique)7 en four‑
impôts (Zhuravskaya, 2000[32] ; Mogues et Benin, 2012[33] ; nissent des indicateurs qualitatifs. Sur une échelle de
Correa et Steiner, 1999[34]). 1 à 4, seuls 2 pays (sur les 53 sondés) obtiennent la note
Pour être efficaces, les systèmes de trans‑ la plus élevée, correspondant aux pays où ces transferts
ferts doivent répondre à certaines normes de base. sont réguliers, prévisibles, établis en fonction d’une
Premièrement, des garanties institutionnelles sont formule transparente et sans restriction d’utilisation
nécessaires pour assurer la régularité et la prévisibilité (Graphique 5.8) (CGLU Afrique, Cities Alliance, 2018[5]).
des transferts. Les gouvernements locaux doivent pou‑ Dans l’ensemble, seuls 7 pays remplissent les condi‑
voir planifier leurs investissements à long terme sur la tions nécessaires pour garantir la qualité et l’efficacité
base des flux de recettes futures. De même, la fourniture des transferts (avec un score de 3 ou 4).
63
Graphique 5.8. Qualité des transferts financiers des gouvernements nationaux aux gouvernements locaux
City Enabling Environment Ratings
4%
10 % Note 1: Transferts inexistants ou erratiques et irréguliers des ressources.
Note Ces données proviennent du rapport Évaluer l’environnement institutionnel des collectivités locales en Afrique de CGLU Afrique et Cities Alliance, 3e édition (voir
source ci‑dessous).
Source CGLU Afrique et Cities Alliance (2018[5]).
Bien que les transferts des gouvernements natio‑ sont également faibles par rapport aux pays à niveau de
naux constituent le principal moyen de financement des revenu similaire. Par exemple, le transfert moyen par
gouvernements locaux, les montants concernés restent habitant pour les pays non africains à revenu intermé‑
limités (Graphique 5.9). Les gouvernements infra‑ diaire de la tranche inférieure est de 282 USD, contre
nationaux d’Afrique reçoivent en moyenne 159 USD 103 USD par habitant pour les pays africains correspon‑
64
par habitant, alors que la moyenne mondiale est de dants (OCDE/CGLU, 2019[3]).
1 124 USD par habitant. Les transferts des pays africains
USD PPA
2 000
1 800
1 600
1 400
1 200
1 000
800
600
400
200
0
D
Mo N
A
Z
A
A
M
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R
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BF
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NA
ye
Note Année de référence : 2016. En USD à parité de pouvoir d’achat (PPA).
Source (OCDE/CGLU, 2019[22] ; OCDE/CGLU, 2019[3] ; OCDE/CGLU, 2019[18]).
Ressources propres dans les villes à croissance rapide où la valeur des ter‑
rains augmente rapidement (Encadré 5.6). Si le recours
La capacité fiscale limitée des gouvernements nationaux, à ce type de financement a été couronné de succès
l’insuffisance et l’irrégularité des transferts, l’ampleur dans de nombreuses économies émergentes (comme
et la croissance des besoins d’investissements, tout la Corée du Sud, le Brésil, l’Inde et la Colombie), il
indique que les gouvernements locaux doivent lever n’a jusqu’à présent été utilisé que de manière limitée
davantage de ressources propres (Paulais, 2012[36]). Leur en Afrique. Cela est dû en partie à la complexité des
capacité à le faire dépendra du cadre institutionnel, régimes fonciers dans de nombreux pays africains et à
en particulier de la répartition des compétences entre la faiblesse des banques de données foncières.
échelons de gouvernement, des capacités administra‑ Les ressources propres présentent plusieurs avan‑
tives et fiscales des municipalités et de la disponibilité tages. Premièrement, elles augmentent la redevabilité
d’instruments permettant un suivi des dépenses et des des gouvernements locaux vis‑à‑vis de la population
projets. Un pays doté de gouvernements locaux bien locale. En effet, le paiement des impôts locaux est plus
établis et dont l’autorité est reconnue par les citoyens facilement observable par les résidents que les transferts
sera en meilleure posture pour lever des fonds qu’un des gouvernements nationaux. De plus, le lien entre le
pays où les institutions locales sont contestées. paiement des impôts et la fourniture de services locaux
Il existe plusieurs instruments de financement étant plus étroit, l’utilisation des ressources propres
autonomes pour les gouvernements locaux ; les recettes des gouvernements locaux fait l’objet d’un examen plus
fiscales, tarifaires et domaniales locales sont les plus attentif que les transferts. Une redevabilité efficace a
communes. Le financement fondé sur la valorisation aussi des effets de rétroaction, pouvant entraîner une
foncière est un mécanisme de financement qui peut hausse des recettes, grâce à une confiance accrue de
générer des recettes supplémentaires, en particulier la population dans les gouvernements locaux. Lorsque
les citoyens observent et comprennent l’impact de demander des comptes aux gouvernements locaux, à la
leurs impôts sur les services locaux, ils sont davantage fois par le biais d’élections équitables, mais aussi par
disposés à y contribuer (Rantelangi et Majid, 2018[40] ; le biais de la planification et de la budgétisation parti‑
Kassa, 2021[41]). Tel n’est cependant le cas que si les gou‑ cipatives, de réunions avec les citoyens, de conseils de
vernements locaux mettent en place des mécanismes surveillance, référendums, comités d’usagers ou audits
de redevabilité efficaces et que les habitants peuvent sociaux (ONU‑Habitat, 2015[4]).
La récupération des plus‑values foncières (land value cap‑ bénéfices publics. En conjonction avec une bonne gou‑
ture) est un outil financier qui permet aux communautés de vernance et des principes d’urbanisation sains, elle peut
récupérer et de réinvestir les augmentations de la valeur constituer un outil complet pour permettre aux gouver‑
foncière résultant d’investissements publics et de mesures nements d’encourager les mesures financières, sociales
gouvernementales telles que le zonage de terres agricoles et environnementales positives. Malgré ces avantages, les
en terrains urbains. Les outils habituels de récupération mécanismes de valorisation foncière ne sont que rarement
des plus‑values foncières incluent les impôts fonciers, les utilisés, peut‑être parce qu’il s’agit d’un concept peu connu
baux fonciers, les taxes d’impact (impact fees, perçues pour ou parce que la capacité institutionnelle et la volonté poli‑
la fourniture d’infrastructures), les contributions des pro‑ tique requises font défaut.
moteurs (des accords négociés entre les promoteurs et les Pour recourir davantage à la récupération des plus‑va‑
pouvoirs publics), la réaffectation des terres (la restructu‑ lues foncières, il faudrait relever plusieurs défis. Une mise
ration de terrains et la nationalisation de certains pour la en œuvre réussie exige une compréhension approfondie
fourniture de l’infrastructure) et les impôts sur les plus‑va‑ des facteurs complexes en jeu, y compris de la maturité des
lues foncières (payables par les propriétaires fonciers dont marchés fonciers, des règlementations relatives à l’utilisa‑
la propriété a pris de la valeur suite à l’amélioration des tion des sols, des politiques d’investissement, des cadres
infrastructures ou de l’environnement urbain). juridiques favorables, des structures financières et de gou‑
La récupération des plus‑values foncières se fonde sur vernance, ainsi que du contexte local et des droits fonciers
l’idée selon laquelle l’action publique doit produire des traditionnels.
Note Ce texte est tiré de l’imprimé de l’OCDE cité ci‑dessous, « Building a Global Compendium on Land Value Capture ».
Sources (OCDE, 2022[37] ; Germán, 2018[38] ; Berrisford, Cirolia et Palmer, 2018[39]).
Le deuxième avantage des ressources propres l’absence de méthodes avancées de collecte de don‑
réside dans le fait qu’elles incitent les gouvernements nées. Ils peuvent alors prévoir si les citoyens seront à
locaux à s’investir dans le développement écono‑ même de payer et trouver des méthodes efficaces pour
mique, car la croissance économique entraînera une établir le montant des impôts et taxes en se fondant sur
hausse des recettes fiscales locales. En revanche, une ces informations. De même, les gouvernements locaux
bonne performance économique n’a pas d’effet sur les sont capables d’identifier les citoyens qui sont le plus
transferts financiers à destination des gouvernements dans le besoin et d’allouer leurs dépenses sociales en
locaux ; dans le cas des transferts de péréquation, elle conséquence (Galasso et Ravallion, 2005[42] ; Galiani et
peut même les réduire. Gertler, 2008[43] ; Alatas et al., 2012[44] ; Alderman, 2002[45]).
Les avantages informationnels des gouvernements Les ressources propres améliorent la prestation
locaux constituent un troisième argument en faveur de services et le développement des infrastructures.
des ressources propres. Les autorités locales ont une Des recherches menées en Tanzanie, en Zambie et au
meilleure compréhension de l’économie, des ménages Ghana (Hoffman et Gibson, 2005[46] ; Otoo et Danquah,
et des entreprises de leur juridiction. Ils peuvent ainsi 2021[47]) ont montré que l’autonomie fiscale a un effet
mieux identifier les sources de recettes et les façons de bénéfique direct sur la qualité de la prestation de ser‑
les mobiliser. Les fonctionnaires locaux peuvent, par vices et sur les montants qui lui sont alloués. L’Angola a
exemple, déterminer le revenu des ménages même en mis en place des prestataires de services indépendants
pour l’approvisionnement en eau et l’assainissement CEE montrent que dans 42 % des pays africains, les
en 2002, et en 2010, l’accès global aux services d’assai‑ gouvernements locaux n’ont aucune prise sur les res‑
nissement dans les zones urbaines était passé de 59 % sources propres (CGLU Afrique, Cities Alliance, 2018[5]).
à 86 % (Fonds africain de développement, 2007[48] ; Les gouvernements locaux ont besoin des capa‑
USAID, 2010[49]). cités administratives et des ressources humaines
Pour tirer parti des avantages de la décentra‑ pour déployer et gérer efficacement leurs ressources
lisation fiscale (responsabilité accrue, incitation au propres. Dans le cas de l’imposition fiscale, ils ont
développement économique et connaissances locales), besoin de connaissances administratives approfondies
des changements institutionnels et une amélioration des et de compétences pratiques pour identifier les services,
capacités locales sont nécessaires. De nombreux gou‑ biens ou catégories de ménages à imposer. Cela néces‑
vernements locaux africains font face à des contraintes site formation et investissements indispensables pour
institutionnelles et légales qui limitent leur capacité à garantir l’efficacité de l’impôt et atteindre son objectif :
lever des ressources propres et à fonctionner de manière améliorer les recettes locales.
autonome, notamment parce qu’ils n’ont pas le droit
de créer de nouveaux impôts ou redevances ou encore Impôts
d’en déterminer le niveau (CGLU Afrique, 2014[28]).
La réticence des gouvernements nationaux à Les impôts sont un instrument clé que les administra‑
l’égard de la décentralisation et de l’autonomie fiscale tions locales peuvent utiliser pour rapporter des recettes,
est motivée par plusieurs facteurs. L’autonomie fiscale mais les gouvernements infranationaux d’Afrique ont
est souvent perçue comme une perte de pouvoir poli‑ de faibles pouvoirs d’imposition et ont de grandes diffi‑
tique, en particulier dans les pays où les responsables cultés à lever des impôts (BAfD/OCDE/PNUD, 2015[51] ;
du gouvernement national et des gouvernements locaux CGLU Afrique, 2014[28]). Les gouvernements infranatio‑
se disputent les compétences (Bahl et Bird, 2008[50]). naux africains ne collectent que 4 % des recettes fiscales
Cette concurrence peut être encore aggravée dans les des gouvernements nationaux (Graphique 5.10) et les
contextes où l’assiette fiscale est faible et où les gouver‑ recettes fiscales des gouvernements infranationaux
nements nationaux considèrent donc l’impôt comme ne génèrent que 24 % de l’ensemble des recettes des
une source de revenus légitime pour répondre à leurs gouvernements infranationaux, contre une moyenne
obligations. Les gouvernements nationaux peuvent mondiale de 33 % (Graphique 5.11). Les municipalités,
également être sceptiques quant à la capacité adminis‑ bien qu’elles créent la majeure partie de la richesse
trative des collectivités locales à imposer et à collecter imposable, ne bénéficient que d’une faible part du total
des impôts. Ceci explique pourquoi les évaluations des impôts nationaux.
65
Graphique 5.10. Recettes fiscales des gouvernements infranationaux en pourcentage des recettes fiscales des
gouvernements nationaux
60 %
50 %
40 %
30 %
20 %
10 %
0%
Afrique Amérique latine Moyenne mondiale Europe Europe de l'Est Asie-Pacifique Amérique du Nord
et Asie centrale
Note En raison du manque de données disponibles, seuls les pays suivants sont inclus dans la moyenne africaine : BEN, CIV, CPV, ETH, KEN, MAR, MUS, MWI, RWA,
SEN, SWZ, TUN, TZA, UGA, ZAF. Année de référence : 2016.
Source (OCDE/CGLU, 2019[22] ; OCDE/CGLU, 2019[3] ; OCDE/CGLU, 2019[18]).
100 %
80 %
60 %
40 %
20%
0%
N
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Note En raison du manque de données disponibles, seuls les pays suivants sont inclus dans la moyenne africaine : En pourcentage des recettes du gouvernement
infranational : BEN, BWA, CIV, CPV, ETH, KEN, MAR, MUS, MWI, NAM, NGA, RWA, SEN, SWZ, TUN, TZA, UGA, ZAF, ZWE ; pour l’indicateur des recettes fiscales en
pourcentage des recettes fiscales publiques totales, voir Graphique 5.10. Année de référence : 2016.
Source (OCDE/CGLU, 2019[22] ; OCDE/CGLU, 2019[3] ; OCDE/CGLU, 2019[18]).
Les impôts les plus couramment utilisés par les « transparents » dans leur application et leur utilisation.
gouvernements locaux sont les impôts sur la propriété, La clarté de ce qui est taxé et la manière dont le mon‑
sur les ventes et sur les entreprises. La fiscalité foncière tant sera dépensé augmente la volonté des citoyens de
présente des atouts qui confirment son efficacité éco‑ s’y conformer et accroît la responsabilité des gouver‑
nomique : une base non mobile et son adéquation au nements locaux dans la fourniture des services publics
contexte local (ONU‑Habitat, 2016, pp. 192‑215[52]). Elle auxquels ils se sont engagés (Bird et Bahl, 2008, p. 9[55]).
représente l’ensemble des recettes fiscales des gouver‑ Les recettes fiscales perçues par les gouvernements
nements locaux en Eswatini, en Mauritanie et à Maurice ; locaux doivent être prélevées exclusivement auprès des
plus de 80 % au Maroc (OCDE/CUA/ATAF, 2020[53]). résidents et des entreprises locales, afin d’éviter que les
L’efficacité des impôts en tant qu’instruments de fonctionnaires locaux ne taxent une population envers
financement des gouvernements locaux dépend de plu‑ laquelle ils ou elles ne sont pas redevables (Bird, 2010[56]).
sieurs conditions. Pour être « équitables », ils doivent La mise en place d’une fiscalité locale effi‑
traiter les différents groupes de manière juste. Pour être cace nécessite un investissement dans les capacités
efficaces, ils ne doivent pas fausser les activités écono‑ humaines et techniques ainsi qu’une volonté politique.
miques, ce qui signifie qu’ils ne doivent pas entraîner Les défis les plus courants auxquels sont confrontés les
de modifications profondes dans le comportement des gouvernements locaux concernent l’identification de
entreprises ou des individus, à moins qu’il ne s’agisse l’assiette fiscale, la collecte des impôts et l’application
d’un objectif explicite (par exemple une taxe sur les du paiement8.
cigarettes destinée à combattre le tabagisme). En outre, L’identification de l’assiette fiscale nécessite des
il ne faut pas que les assiettes fiscales non mobiles informations sur le chiffre d’affaires des entreprises
connaissent de fortes fluctuations au gré des aléas (impôt sur les sociétés) ou sur la propriété foncière et la
de l’économie (nécessité de recettes fiscales stables). valeur des terrains (impôts sur la propriété et foncier).
Enfin, la mise en œuvre des impôts doit être « écono‑ De nombreux gouvernements africains ne disposent pas
mique », donc générer de faibles coûts administratifs et de données en la matière, du fait du caractère largement
de mise en conformité (Evans, 2003[54]). Ils doivent être informel de leurs économies et de cadastres manquants
ou obsolètes (Gordon et Li, 2009[57] ; Skinner, 1991[58]). de Lagos en matière de collecte de l’impôt sur la pro‑
L’enquête de CGLU Afrique, portant sur 153 villes, a priété depuis 1999 ont permis de multiplier par cinq
montré qu’environ 23 % des villes ne disposent pas des ses recettes, pour atteindre plus d’un milliard de dol‑
instruments requis pour collecter des données sur la lars en 2011 (IGC, 2018[59]). La BAfD finance un projet
propriété foncière (CGLU Afrique, 2014[28]). Lorsque ces de ressources propres en Côte d’Ivoire, intitulé « Projet
systèmes existent, ils sont souvent peu performants ou pilote d’appui à la mobilisation des ressources propres
incomplets (OCDE/CUA/ATAF, 2020[53]). des communes de Côte d’Ivoire » (PAMREC), qui infor‑
Pour améliorer la capacité des gouvernements matisera la collecte des impôts et devrait permettre, au
locaux à collecter les données requises et vérifier le minimum, de doubler les revenus locaux après trois ans
respect des obligations fiscales, il faut investir dans des d’application (BAfD, 2022[60]).
formations et des infrastructures informatiques adap‑ Les gouvernements locaux doivent être habilités
tées. Malgré leur coût, l’amélioration des systèmes de à tester différentes méthodes de collecte des recettes
collecte de données et des niveaux de contrôle cor‑ pour trouver des solutions équitables et efficaces (Bird
respondants peuvent s’avérer rentables lorsqu’ils et Bahl, 2008[55]). Cela peut se faire, par exemple, en leur
entraînent une hausse significative des revenus muni‑ accordant plus de liberté pour définir l’assiette fiscale
cipaux. À titre d’exemple, les réformes administratives (Encadré 5.7).
C’est généralement la valeur des propriétés imposables réduire les coûts et à classer les propriétés d’une manière
qui sert de base pour calculer les impôts sur le patri‑ plus équitable, fondée sur leurs caractéristiques objectives.
moine. Or, les enquêtes foncières nécessaires pour évaluer Le système de points consiste en une méthodologie
les propriétés en vue de la perception de l’impôt foncier mixte prenant en considération la surface du bâtiment et
impliquent souvent un processus long et coûteux. Cette les caractéristiques principales qui déterminent sa valeur :
méthode aboutit aussi fréquemment à une évaluation peu emplacement, accès aux services et qualité du bâtiment
fiable du bien, en raison du manque général de données (Grieco et al., 2019[61]). Dès la première année de sa mise
sur les transactions immobilières en Afrique. en œuvre, le registre fiscal a plus que triplé, passant de
Un système de points élaboré en 2018 par le départe‑ 30 134 propriétés enregistrées à plus de 97 413 (Freetown
ment des évaluations de Freetown en Sierra Leone vise à City Council, 2021[62]).
Accorder davantage de compétences fiscales aux plus, ces cadres, et les règlementations spécifiques qui
gouvernements locaux présente l’avantage supplé‑ structurent les impôts locaux, sont nécessaires pour
mentaire de renforcer la responsabilité financière, et prévenir les situations dans lesquelles les citoyens et
d’améliorer leur compétence financière (Bahl et Bird, les entreprises sont sujets à des systèmes fiscaux com‑
2008[50]). À cette fin, il est possible d’inscrire la fiscalité plexes et difficiles à comprendre, qui risquent d’avoir
locale dans des cadre de référence nationaux transpa‑ un effet dissuasif, désavantageux pour l’économie.
rents, où les gouvernements nationaux déterminent des
fourchettes de taux d’imposition et définissent la ten‑ Frais et redevances d’utilisation
dance générale des compétences fiscales locales. Un tel
cadre contribuera à éviter certains problèmes comme la Les frais et redevances d’utilisation sont pour les admi‑
double imposition, l’évasion fiscale et l’excès de concur‑ nistrations locales un moyen efficace de collecte des
rence fiscale9 (Fjeldstad, Chambas et Brun, 2014[63]). De recettes. Contrairement aux impôts, ces recettes sont
proportionnelles à l’utilisation des services publics direct avec la prestation fournie. Elles sont donc souvent
par leurs usagers. Les habitants qui n’utilisent pas les mieux acceptées que les impôts (ONU‑Habitat, 2015[4]).
services publics ne paient généralement pas de frais Les gouvernements locaux africains ont géné‑
d’utilisation. Ainsi, ce type de paiement est souvent ralement plus de pouvoir sur les frais et redevances
plus facile à mettre en œuvre que les impôts. Pour de d’utilisation que sur les impôts, mais ces derniers ne
nombreux services, par exemple les transports, il est représentent que 3.5 % de leurs recettes (Graphique 5.12).
relativement facile de mettre en place des contrôles pour Souvent, l’incapacité à financer l’investissement ini‑
éviter la fraude. En outre, ces recettes sont plus trans‑
parentes que les impôts parce qu’elles sont en rapport
tial nécessaire à la fourniture d’un service ou d’une
infrastructure explique la faiblesse de ce type de recettes. 67
Graphique 5.12. Frais et redevances d’utilisation en part des recettes des gouvernements infranationaux
20 %
16 %
12 %
8%
4%
0%
Afrique Europe de l'Est Asie-Pacifique Amérique latine Moyenne mondiale Europe Amérique du Nord
et Asie centrale
Note En raison du manque de données disponibles, seuls les pays suivants sont inclus dans la moyenne africaine : BEN, BWA, CIV, CPV, ETH, KEN, MAR, MUS, MWI,
NAM, RWA, SWZ, TUN, TZA, UGA, ZAF, ZWE. Année de référence : 2016.
Source (OCDE/CGLU, 2019[22] ; OCDE/CGLU, 2019[3] ; OCDE/CGLU, 2019[18]).
Plusieurs obstacles entravent leur déploiement. cette tâche impossible. Ces difficultés sont exacer‑
Premièrement, les frais d’utilisations ne sont appli‑ bées si la confiance dans les autorités et dans la façon
cables que si l’on peut proposer un service efficace. dont les recettes collectées seront dépensées est faible
Souvent, l’incapacité à financer l’investissement initial (Fjeldstad, 2004[64]).
requis pour proposer un service ou une infrastructure Malgré ces limites, les frais et redevances d’utilisa‑
expliquent le manque des recettes correspondantes. tion peuvent constituer un moyen efficace de financer
Deuxièmement, il peut être difficile de décider du niveau les investissements et leur entretien, en particulier
adéquat des frais d’utilisation pour garantir l’entretien s’ils sont associés au financement par emprunt. Pour
et le remboursement des investissements, particulière‑ contourner les difficultés évoquées ci‑dessus, ces ser‑
ment si l’on tient compte de la capacité des usagers à vices sont parfois externalisés à des organismes privés
payer. Troisièmement, même s’il est généralement plus chargés de proposer le service et de percevoir les frais
facile de collecter des frais d’utilisation que des impôts, d’utilisation correspondants (Encadré 5.8).
des défis politiques ou administratifs peuvent rendre
Plutôt que de fournir eux‑mêmes des services ou des inves‑ Une condition essentielle pour garantir la qualité et
tissements, les gouvernements locaux peuvent déléguer l’efficacité des services fournis par le secteur privé est une
ces tâches à des acteurs du secteur privé en leur accordant réglementation adéquate qui fournit les bonnes incitations
le droit de récupérer, grâce à des frais d’utilisation, le coût aux prestataires de services privés. Sans cela, le presta‑
de ces services ou de ces investissements d’infrastructures. taire de services privés peut risquer de réduire la qualité
Cela peut alléger la charge financière des gouvernements du service ou d’en augmenter le prix pour maximiser ses
et garantir des investissements qui ne seraient pas réalisés bénéfices. Cela est particulièrement le cas en l’absence
autrement. Toutefois, s’appuyer sur le secteur privé pour de concurrents extérieurs et lorsque des contrats à long
la fourniture de services ou d’infrastructures comporte terme protègent le prestataire contre la concurrence. Il est
des risques. donc indispensable de limiter les services privés à des sec‑
La délégation de la fourniture de services publics à teurs qui peuvent être adéquatement réglementés et qui
des entreprises privées à but lucratif peut se justifier par fournissent des gains d’efficacité.
l’effet positif de la réduction des coûts qui y sont asso‑ En plus de la difficulté à définir les catégories de services
ciés. L’entreprise sera incitée à améliorer sa rentabilité qui se prêtent à la privatisation, des difficultés peuvent aussi
en gérant le projet de manière efficace et en proposant survenir lorsque les différentes parties prenantes ne com‑
un service de bonne qualité et fiable (CGLU Afrique, prennent pas bien les coûts ou les bonnes méthodes de
2014[28] ; Boubakri, Cosset et Guedhami, 2005[65] ; Ogaboh prestation de services. Il peut alors être difficile de fournir
et Nkpoyen, 2010[66]). Cependant, ces gains d’efficacité des incitations adaptées et les organismes privés risquent
ne sont pas acquis et une entreprise privée peut s’avérer d’abuser de leur position, d’augmenter les coûts ou de sacri‑
moins efficace pour la fourniture de services que le sec‑ fier la qualité. En conséquence, le service sera soit de qualité
teur public, particulièrement lorsque ceux‑ci fonctionnent moindre, soit trop cher, soit hors de portée d’une grande
déjà bien. partie de la population, soit tout cela à la fois (Grout, 2009[67]).
Note Rao (2015[68]) décrit de plus amples détails sur différents modèles de prestation de services, avec des études de cas.
Sources ONU‑Habitat (2015[4]) ; Gadenne et Singhal (2014[69]).
Graphique 5.13. Dettes des gouvernements infranationaux en pourcentage des dettes publiques
45 %
40 %
35 %
30 %
25 %
20 %
15 %
10 %
5%
0%
Afrique Europe de l'Est Amérique Moyenne Asie-Pacifique Europe Amérique
et Asie centrale latine mondiale du Nord
Note Les dettes brutes comprennent les passifs suivants : monnaie et dépôts, obligations, emprunts, assurances, pensions et garanties standard, autres dettes. La
plupart des titres de créance sont évalués aux prix du marché. Seuls les pays suivants sont inclus dans la moyenne africaine : KEN, MAR, NGA, RWA, SEN, TZA, UGA,
ZAF. Année de référence : 2016.
Source Base de données SNG WOFI de l’OCDE/CGLU (2019[3]).
Les restrictions légales imposées par les gouver‑ de gestion du prêt) ou fournir une garantie implicite
nements nationaux et les difficultés de structuration ou explicite de remboursement en cas de défaut des
financière et de solvabilité perçue ou réelle sont autant partenaires nationaux ou internationaux. Les autorités
de facteurs qui expliquent pourquoi les administra‑ peuvent prouver leur capacité de remboursement grâce
tions locales n’ont pas facilement accès au crédit et à la stabilité de leur revenu, une analyse coût/bénéfice
n’y recourent pas souvent pour financer des investis‑ du projet à financer ou un engagement politique expli‑
sements publics. Seules 6 % des villes africaines sont cite à rembourser la dette (fondé, par exemple, sur le
autorisées par la législation nationale à accéder aux remboursement de dettes antérieures). Cependant, les
marchés financiers de manière indépendante (CGLU gouvernements locaux n’ont souvent pas la capacité de
Afrique, Cities Alliance, 2018[5]). démontrer des flux de revenus suffisamment stables ;
Les contraintes institutionnelles, tant explicites entre autres parce que les transferts du gouvernement
qu’implicites, limitent l’accès au crédit des gouverne‑ central sur lesquels ils comptent pour le remboursement
ments locaux. Les contraintes explicites comprennent ne sont pas prévisibles ou ponctuels. Même lorsque
généralement des lois qui leur interdisent d’accéder les gouvernements locaux remplissent les conditions
au crédit ou qui exigent une autorisation préalable du nécessaires à l’obtention d’un prêt, ils peuvent ne pas
gouvernement national. Les contraintes implicites se être en mesure de fournir les documents nécessaires en
trouvent dans leurs documents d’établissement, qui sont raison d’un manque de capacité administrative.
souvent antérieurs aux politiques de décentralisation et Selon une enquête de CGLU Afrique (2014,
n’ont jamais été remis à jour (CGLU Afrique, 2014[28]). Pour p. 30[28]), jusqu’à 30 % des villes africaines n’utilisent
améliorer l’accès des gouvernements locaux au crédit, aucun instrument de gestion financière moderne. Les
les lois et règlements gouvernant leur fonctionnement registres de la population, des revenus et du foncier,
doivent être mis à jour, en créant des cadres institu‑ pourtant incontournables pour estimer l’assiette fiscale
tionnels structurés qui permettent un accès régulé aux et évaluer les recettes futures, sont souvent obsolètes,
marchés financiers et aux prêts privés (BOAD, 2015[70]). ce qui limite également leur capacité à lever des fonds.
Même lorsque les gouvernements locaux sont Un autre risque affectant généralement le crédit est
autorisés à recourir au financement par emprunt, ils l’instabilité politique (ONU‑Habitat, 2015[4]). Les gouver‑
n’y ont pas forcément accès. Pour obtenir un crédit, un nements nationaux doivent mettre au point des normes
emprunteur doit démontrer sa capacité à rembourser et des règles cohérentes, assorties d’audits réguliers,
l’intégralité de la somme (le capital) ainsi que les com‑ pour faciliter l’accès au financement par emprunt et
missions correspondantes (les taux d’intérêt et les frais encourager son utilisation efficace.
Prêts des institutions de développement ces institutions, l’Urban Development Bank of Nigéria
(UDBN), réunit toutes ces compétences. Quant à la
Pour les gouvernements locaux d’Afrique, la principale Caisse des Prêts et de Soutien des Collectivités Locales
source de crédit sont les prêts des institutions de déve‑ (CPSCL) de Tunisie, elle est aussi responsable de l’allo‑
loppement (CGLU Afrique, 2014[28]). Ce sont souvent des cation de subventions pour le compte de l’État.
organismes nationaux qui sont chargés d’allouer ces Grâce aux conditions avantageuses qu’elles pro‑
prêts, notamment les banques nationales de développe‑ posent, les banques de développement et les fonds
ment et les fonds d’investissement publics spécialisés d’investissement publics nationaux sont une solution
dans le financement des gouvernements locaux. Ils sont d’intérêt pour le financement des projets de dévelop‑
détenus par l’État et se financent par la dette souve‑ pement urbain. Parmi les projets réussis de l’UDBN,
raine, les bailleurs de fonds et les marchés financiers. on compte la réfection des parkings municipaux, la
Le Tableau 5.1 liste quelques‑uns des organismes actifs modernisation des marchés locaux et la fourniture de
de ce type en Afrique. services (Urban Development Bank, 2021[71]). Au Maroc,
Outre le rôle de fournisseurs de crédit, ces entités le Fonds d’Équipement Communal (FEC) a récemment
ont souvent d’autres objectifs, tels que le renforcement signé un accord avec l’Agence française de développe‑
des capacités des gouvernements locaux, le soutien de ment (AFD) pour fournir des infrastructures durables
l’accès des organismes publics aux marchés financiers (AFD, 2021[72]).
et la promotion des partenariats public/privé. L’une de
Maroc Fonds d’Équipement Communal (FEC), CDG Développement (holding de la Caisse de Dépôt et de Gestion)
Les bailleurs de fonds et les banques de déve‑ prêts ont cependant tendance à être à court terme
loppement ont aussi un rôle à jouer lorsqu’il s’agit de et motivés par la nécessité de régulariser des bud‑
proposer des emprunts aux gouvernements locaux. La gets avec des problèmes ponctuels de trésorerie,
municipalité de Dakar, au Sénégal, a élaboré un tel pro‑ plutôt que destinés à des investissements publics
jet en 2015, doté d’un financement de 10 milliards XOF (CGLU Afrique, 2014[28] ; CGLU, 2010[12]). Dans certains
(15.2 millions EUR) de la Banque Ouest Africaine de cas, des échéances plus longues sont accordées à des
Développement (BOAD) et de l’AFD, pour construire projets urbains, mais uniquement pour quelques sec‑
des routes urbaines et des parkings (BOAD, 2015[70]). teurs et projets spécifiques, comme le financement de
Pour accroître leur capacité à soutenir les gouverne‑ ZES, de grands centres énergétiques et de données.
ments locaux, les bailleurs de fonds internationaux Les banques sont généralement peu enclines à prendre
ont parfois levé des fonds en monnaie locale. En 2008, des risques et à accorder des prêts à des autorités qui
par exemple, une émission d’obligations de l’AFD à ne disposent pas de bonnes cotes de solvabilité ni de
la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) preuves de performance financière. Des obstacles aux
d’Abidjan a levé 40.1 millions USD, qui ont servi à finan‑ prêts privés peuvent également être imposés par la
cer, par l’intermédiaire de sa filiale PROPARCO, des législation nationale. Pour limiter la dette publique et le
gouvernements locaux (Paulais, 2012[36]). risque que des entités publiques fassent défaut, les gou‑
vernements peuvent en effet établir des règles strictes
Prêts privés interdisant ou limitant l’accès aux crédits privés (Bird,
2011[73]).
Les banques commerciales peuvent également contri‑ Il est essentiel pour les investisseurs de com‑
buer au financement des gouvernements locaux. Ces prendre le risque de défaillance qu’encourt tout
investissement. Les notations de crédit et les contrôles agences privées. Les auto‑évaluations, comme celles
de solvabilité par des agences de notation privées ou établies par l’Institut de la gestion déléguée (IGD)
d’autres sociétés privées peuvent s’avérer utiles à cet (Garnache et Van De Vyver, 2008[74]), constituent une
égard. Les villes dont les systèmes de gestion financière autre option pour démontrer sa solvabilité. Une alter‑
sont peu performants peuvent toutefois rencontrer native utile est le programme PEFA, un système établi
des difficultés à accéder aux systèmes de notation des en 2001 par des bailleurs (voir Encadré 5.9).
Émission d’obligations
en particulier le cas lorsque ces obligations sont émises
L’émission d’obligations sur les marchés financiers dans des juridictions étrangères dont le système juri‑
constitue la troisième source de crédit. Les obligations dique est différent.
ont généralement des échéances plus longues que de Dans certains cas, les gouvernements natio‑
nombreux prêts commerciaux, mais les gouvernements naux sont peu enclins à accorder aux gouvernements
locaux africains n’y ont pas souvent recours. Dans locaux l’autorité requise pour émettre des obliga‑
nombre de pays, les marchés obligataires sont peu déve‑ tions et/ou les empêchent de le faire. Ces contraintes
loppés et les gouvernements locaux n’ont ni la capacité affectent également les gouvernements locaux qui ont
de remplir les exigences, formelles ou non, pour y accé‑ la capacité de se conformer aux exigences requises.
der, ni l’autorité institutionnelle requise pour émettre De nouvelles exigences et modifications législatives,
des obligations. Les exigences formelles peuvent créer adaptées au contexte donné, sont nécessaires pour
des écarts de capacité entre les gouvernements locaux développer les marchés obligataires et permettre aux
et les grands investisseurs, dans la mesure où les fonc‑ gouvernements locaux d’accéder aux investissements.
tionnaires des gouvernements locaux ne saisissent pas Le cas de Kampala est particulièrement frappant. Cette
pleinement la portée des engagements auxquels ils ville a obtenu une bonne cote de solvabilité nécessaire
souscrivent lorsqu’ils émettent des obligations. C’est pour émettre des obligations sur le marché obligataire
(notation investment‑grade), mais le Kampala City Act, L’émission d’obligations par les gouvernements
2010, a imposé des restrictions, limitant le montant des locaux ne constitue donc pas une solution facile.
obligations que la ville peut émettre à 10 % des recettes Toutefois, si l’on veut trouver davantage de ressources
générées en un an par la municipalité. Sans amende‑ pour financer l’urbanisation, la question de l’accès à ce
ment de la loi pour augmenter ce seuil, la ville ne peut type de marché pour les institutions spécialisées dans
émettre les obligations requises (Gorelick, 2018[77]). le financement des villes mérite d’être approfondie. La
L’État de Lagos, au Nigéria, est un exemple réussi Caisse des Prêts et de Soutien des Collectivités Locales
d’émission d’obligations. Entre 2008 et 2011, il a émis (CPSCL) de Tunisie offre un autre exemple. Elle n’a béné‑
des obligations pour financer les transports, les zones ficié qu’une seule fois de l’émission d’obligations, mais
d’emploi et les autoroutes, autant de secteurs jugés n’a pas continué à solliciter le marché. Ceci est princi‑
prioritaires. Le succès de ces obligations a montré palement dû à la disponibilité des ressources publiques
la disponibilité de l’épargne intérieure et la volonté à (ressources accordées à des conditions concession‑
investir. Depuis, l’État de Lagos continue d’émettre des nelles), plus faciles à mobiliser et moins coûteuses, mais
obligations à l’intention des investisseurs nigérians. qui continuent de dépendre du gouvernement central.
Notes
1 La plupart des données de ce chapitre concernent les gouvernements infranationaux, qui englobent les gouvernements régionaux et locaux, une
ventilation plus précise n’étant pas disponible.
2 Par capacité fiscale, on entend ici l’aptitude de ce niveau de gouvernement à percevoir des recettes de manière autonome.
3 Cette charte internationale a été ratifiée par 17 des 55 pays africains. Les derniers à la ratifier, le Togo et le Rwanda, l’ont signée en 2019 (Union Afri-
caine, 2014[79]).
4 Ni l’un ni l’autre ne sont représentatifs de l’ensemble des pays africains. Maurice est une île et l’Afrique du Sud, où 69 % de tous les investissements
publics sont délégués aux gouvernements infranationaux, est un des rares États fédéraux d’Afrique.
5 Dans la base de données SNG WOFI de l’OCDE/UCLG, les transferts sont définis comme suit : « transfers to subnational governments from the
national government (representing the great majority) but also from higher levels of government (state or regional governments) and from international
organisations (e.g. European Union structural funds, international aid, etc.). They comprise current and capital expenditure grants […] » (les transferts
aux gouvernements infranationaux provenant du gouvernement national – en grande majorité – mais aussi de gouvernements d’États ou de régions
et d’organisations internationales, par exemple fonds structuraux de l’Union européenne et aide internationale ; ils comprennent les transferts pour
dépenses d’exploitation et d’investissement). Il est important de noter que les recettes fiscales partagées ne sont pas incluses dans cette définition
(OCDE/CGLU, 2019, p. 68[18]).
6 Ces transferts sont aussi désignés par le terme « impôts partagés ».
7 Depuis 2012, CGLU Afrique et Cities Alliance ont étudié 53 pays africains pour mieux comprendre l’environnement institutionnel dans lequel évoluent
les collectivités locales du continent. Les évaluations CEE consistent à « examiner les conditions institutionnelles créées par les différents pays en
faveur des initiatives et de l’action de leurs gouvernements locaux et sous-nationaux respectifs » (CGLU Afrique, Cities Alliance, 2018, p. 7[5]). Ces
évaluations prennent en compte les domaines suivants : gouvernance locale, autonomie financière, efficacité locale et environnement institutionnel
national. La dernière édition (la troisième) est parue en 2018 et se trouve sur le site de CGLU Afrique. Le Chapitre 6 du présent rapport inclut une
contribution de Jean-Pierre Elong M’bassi, qui explique plus en détail ces critères d’évaluation.
8 L’imposition repose sur une assiette fiscale définie par l’administration ; elle peut, par exemple, se composer du revenu des citoyens, de la valeur
foncière, des bénéfices des entreprises ou de transactions imposables.
9 La concurrence fiscale peut être positive puisqu’elle motive les gouvernements locaux à vérifier que les dépenses publiques sont efficaces et que les
coûts encourus par les habitants sont limités. Mais une concurrence non régulée peut entraîner un nivellement par le bas, une mauvaise prestation de
services, des infrastructures de moindre qualité et moins de rigueur dans l’application des règles et normes (Wilson, 1999[78]).
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Les villes africaines abriteront bientôt la majorité de la L’amélioration du cadre de mise en œuvre de la
population du continent et les estimations prévoient politique de décentralisation
qu’à l’horizon 2050 elles compteront 950 millions de
plus d’habitants (OCDE/CSAO, 2020[1]). Ces villes pro‑ Dans tous les pays africains qui la mettent en œuvre, la
duisent dès à présent environ 60 % du Produit intérieur politique de décentralisation est envisagée comme une
brut (PIB) du continent, si bien que le devenir écono‑ modalité pour enraciner la démocratie et améliorer la
mique de l’Afrique est de plus en plus lié à l’attractivité, gouvernance des affaires publiques, grâce à une relation
à la performance économique et au bon fonctionne‑ plus directe entre les contributions des citoyens sous
ment de ses villes et territoires. forme d’impôts et taxes et les services que leur rendent
Les politiques de décentralisation ont donné en contrepartie les collectivités publiques. Il est postulé
aux villes et aux zones rurales un rôle plus important que les collectivités publiques de proximité sont plus effi‑
à jouer dans le développement socio‑économique de caces que les administrations nationales quand il s’agit
l’Afrique. Ces politiques reconnaissent les collecti‑ de répondre aux besoins et attentes des populations.
vités territoriales comme des autorités publiques de Malgré cette reconnaissance formelle des autorités
proximité dotées d’une autonomie administrative et locales face aux attentes des populations (participation
financière, qui leur donnent la capacité de définir et à la gestion de leurs propres affaires, accès aux ser‑
mettre en œuvre des politiques publiques locales, en vices essentiels), et en dépit des lois et règlements de
application des politiques nationales, ou en considéra‑ transferts de compétences, les administrations natio‑
tion des contextes spécifiques justifiables de politique nales continuent d’assurer les missions relevant des
locale différentiées. collectivités locales. Elles le font à travers les représen‑
La volonté politique de décentralisation a été tants des ministères sectoriels sur le terrain, ce qui a
affirmée au plus haut niveau par les chefs d’État et de pour effet de prolonger la pratique du travail en silo
gouvernement de l’Union Africaine lors de la confé‑ aux niveaux infranational et local ; une pratique décriée
rence tenue en juin 2014 à Malabo, Guinée Équatoriale, au niveau national. Cette situation fragilise l’autonomie
par l’adoption de la Charte africaine des valeurs et prin‑ des collectivités sur la conduite des affaires locales.
cipes de la décentralisation, de la gouvernance locale Elle peut entraîner une crise de confiance entre les
et du développement local, en tant qu’instrument de autorités publiques locales et les populations. Cette
l’Union africaine. L’adoption de cette Charte a montré crise de confiance peut s’élargir à l’ensemble des auto‑
que les plus hauts responsables de l’Afrique apprécient rités publiques (locales, comme nationales), et nourrir
à sa juste mesure la contribution des villes et zones une crise générale de la gouvernance. Cette absence
rurales à la transformation structurelle du continent d’amélioration de la décentralisation est le plus grand
africain, et qu’ils souhaiteraient que cette contribu‑ obstacle à une plus grande contribution des collecti‑
tion soit amplifiée pour renforcer le développement vités territoriales au développement socio‑économique
socio‑économique au sein du continent Africain. de l’Afrique.
Quatre grands enjeux doivent être considérés En collaboration avec Cities Alliance, CGLU
pour que la contribution des collectivités territoriales Afrique a entrepris d’évaluer, tous les trois ans depuis
puisse être à la hauteur des résultats attendus : 1) le 2012, l’environnement institutionnel mis en place
renforcement du cadre de mise en œuvre de la poli‑ par les États africains en faveur des initiatives et des
tique de décentralisation ; 2) l’organisation des relations actions des collectivités territoriales (CGLU Afrique,
financières entre les gouvernements nationaux et les 2018[2]). En 2018, il a été estimé que l’environnement
collectivités territoriales ; 3) l’amélioration des perfor‑ institutionnel créé par le gouvernement national était
mances des administrations et l’augmentation de leurs « favorable » ou « plutôt favorable » aux initiatives des
effectifs, en nombre et en qualité ; 4) l’impératif de la villes et collectivités territoriales dans 16 sur 53 pays,
planification pour renouveler la trajectoire du dévelop‑ alors que 37 pays étaient classés parmi les pays ayant
pement socio‑économique du continent porté par les un environnement institutionnel « globalement défavo‑
collectivités territoriales. rables » ou « pas du tout favorables » (Graphique 6.1).
En d’autres termes, beaucoup reste à faire pour que la
volonté politique de décentralisation exprimée au plus politiques publiques sur le terrain grâce à l’adoption
haut niveau ne devienne une réalité. Cet effort doit por‑ de la perspective territoriale en complément de l’ap‑
ter sur la clarification des compétences et des fonctions proche sectorielle privilégiée jusqu’ici. Mais cet effort
entre les autorités publiques nationales et les autorités doit aussi offrir l’opportunité aux collectivités terri‑
publiques territoriales ; la promotion d’une gouver‑ toriales de s’ouvrir aux partenariats en coopération
nance coopérative entre le niveau national et le niveau décentralisée, y compris dans le cadre de programmes
territorial à travers la mise en œuvre effective du prin‑ de solidarité intercommunale, ou de programmes de
cipe de subsidiarité; une meilleure coordination des coopération décentralisée transfrontière.
75
Graphique 6.1. Classement des pays en 2012, 2015 et 2018 selon la qualité de l’environnement institutionnel national
Source (CGLU Afrique, Cities Alliance, 2018[3]), Évaluer l’environnement institutionnel des villes et collectivités territoriales en Afrique.
Après le Moyen Orient et l’Asie occidentale, l’Afrique est la deuxième région du monde où la part des collectivités
territoriales en pourcentage du revenu public et en pourcentage du PIB est la plus faible: 12.3 % et 3.3 % respective‑
ment (Graphique 6.2).
Graphique 6.2. L’autonomie financière des collectivités territoriales d’Afrique accuse un sérieux retard par
rapport aux moyennes mondiales
73
Recettes des gouvernements infranationaux,
pourcentage du total des recettes publiques
et pourcentage du PIB (2013)
Source: UCLG
Banque mondiale
Source (Mo Ibrahim Foundation, 2018, p. 41[4]) Public Service in Africa, 2018 Ibrahim Forum Report.
Les collectivités territoriales ont classiquement répondre avant tout aux besoins de l’État. Il n’est donc
deux sources de revenus: les transferts financiers pas surprenant que les performances de la fiscalité
de l’État conséquence de la dévolution de certaines locale ne soient pas au niveau requis puisque ce n’est
compétences précédemment exécutées par l’État ; et pas principalement sur ces performances que sont
les ressources propres en vertu de l’application du évalués les personnels des administrations fiscales.
principe de la libre administration et de l’autonomie C’est pourquoi les collectivités territoriales franco‑
financière des collectivités territoriales. phones questionnent le principe d’unicité de caisse et
Dans la plupart des pays africains, la mise en demandent que leur soit reconnus des pouvoirs plus
œuvre de la décentralisation est déséquilibrée par le importants dans l’élaboration, la gestion et le recouvre‑
fait que le transfert des compétences ne va souvent ment des impôts, taxes et redevances.
pas de pair avec le transfert des ressources correspon‑ Les experts estiment qu’il faut investir environ
dantes. Les règles de transferts financiers de l’État sont 80 milliards USD par an au cours des 10 à 15 prochaines
globalement imparfaites voire illisibles, et les transferts années dans les villes africaines pour pouvoir tirer
et les montants alloués sont imprévisibles, donc diffi‑ profit du potentiel économique du continent, accueil‑
ciles à intégrer dans les programmations budgétaires lir dans de bonnes conditions une population urbaine
annuelles. Elle est encore plus compliquée lorsque le croissante, et diminuer de manière significative le
leadership des collectivités locales n’a pas la même déficit accumulé d’infrastructures et d’équipements
couleur politique que celle des dirigeants au niveau urbains. Il est attendu des collectivités territoriales
national. qu’elles contribuent à cet effort à hauteur de 25 mil‑
C’est pourquoi les associations nationales de liards USD par an sur leurs budgets. De tels volumes
collectivités territoriales demandent que soit précisé financiers sont nettement plus élevés que leurs res‑
à l’avance la part des ressources de l’État qui leurs sources propres. Par ailleurs, si les investissements
sont allouées. Elles demandent que la clé de réparti‑ en infrastructures et équipements urbains sont indis‑
tion soit la plus objective et démocratique possible ; et pensables à la croissance, la création d’emplois et
que les procédures de transfert des ressources soient l’amélioration des conditions de vie, ils s’amortissent
transparentes. Elles militent pour la création de fonds sur le long terme. Le recours à l’emprunt, au marché
gérés paritairement qui permettraient d’améliorer financier, ou à des partenariats public/privé est donc
la performance et la prévisibilité des subventions. incontournable. C’est pourquoi CGLU Afrique a créé
Elles demandent enfin l’instauration de contrats État‑ l’Agence Territoriale Afrique qui est un véhicule finan‑
Régions précisant le partage des responsabilités et les cier permettant aux villes et territoires d’accéder à
flux financiers. l’emprunt et au marché financier.
La capacité des collectivités territoriales à mobi‑
liser des ressources propres est fonction de la marge Améliorer les performances des administrations
d’autonomie que leur fixent les lois et règlements pour des collectivités territoriales.
prélever les impôts, taxes et redevances, fixer leur
Ces collectivités sont sous‑administrées et sous‑
assiette, et procéder à leur recouvrement. De ce point
encadrées. Elles souffrent d’une insuffisance chronique
de vue, la situation des collectivités territoriales diffère
de capacités ; pas assez de personnels, pas assez quali‑
et dépend souvent de la culture administrative héritée
fiés, pas assez payés. Une enquête conduite par Cities
de la colonisation.
Alliance sur un échantillon de 16 villes a montré que le
Dans les pays francophones, L’unicité de caisse
taux d’encadrement est de 1.4 agent pour 1 000 habi‑
(toutes les ressources des collectivités locales sont
tants ; ce taux devrait être au moins trois fois plus
versées au Trésor Public) limite l’autonomie financière
important. Dans les pays développés il est de 36 agents
locale. Ainsi, une collectivité peut avoir des ressources
pour 1 000 habitants (Cities Alliance, 2017[5]). L’enquête
au Trésor sans pouvoir en disposer parce que l’État
montre également que les salaires des cadres diri‑
les aura affectées à une autre utilisation. Enfin, dans la
geants des administrations territoriales sont inférieurs
majorité des cas, la définition de l’assiette et le recouvre‑
de 20 à 30 % à ceux de leurs homologues de l’adminis‑
ment des impôts et taxes relèvent de l’administration
tration centrale ou du secteur privé.
fiscale nationale, dont les principales missions sont de
Graphique 6.3. Vue d’ensemble de la capacité en ressources humaines de la municipalité de Dire Dawa, Éthiopie
1%
7%
120
45
29 245
Hiérarchie
1 145 704
Source (Cities Alliance, 2017[5]), Human Resources Capacity Benchmarking, A Preliminary Toolkit for Planning and Management in Africa.
Les recrutements reposent trop souvent sur les Selon les estimations actuelles, le taux de crois‑
relations politiques et personnelles, plus que sur le sance moyen annuel de la population urbaine africaine
mérite ou la compétence. La politisation des pratiques devrait être de 4 à 7 % d’ici 2050, soit un doublement
de recrutement, la faible capacité managériale, le dans les 20 prochaines années. Une telle croissance
manque de capacités dans la préparation et la struc‑ sur une si longue période est inédite dans l’histoire
turation, ainsi que dans la modélisation technique et humaine. Elle appelle à une mise en perspective stra‑
financière des projets, sont autant de facteurs qui tégique des cinq fonctions principales attendues des
expliquent le faible niveau de performance des admi‑ collectivités territoriales : 1) assurer la sécurité alimen‑
nistrations territoriales. taire ; 2) planifier et construire ; 3) fournir des services
Il est urgent d’accorder à la gestion des ressources de base ; 4) entretenir et maintenir les infrastructures,
humaines l’attention qu’elle mérite. La décentralisation les équipements et les services de base ; 5) administrer
ne donnera pas les résultats attendus tant que cette et assurer la gouvernance.
question ne sera pas sérieusement traitée. L’Académie La crise de la COVID‑19 a mis en évidence la fra‑
africaine des collectivités territoriales (ALGA) a été gilité des stratégies de développement trop centrées
mise en place par CGLU Afrique pour relever ce sur l’insertion des collectivités territoriales dans l’éco‑
défi. Dans ce cadre, l’Observatoire des Ressources nomie mondiale. Elle a mis en lumière les limites du
Humaines des Collectivités Territoriales permet de modèle basé sur des ponctions trop importantes de
définir des référentiels de performance managériale ressources naturelles assorties de rejets nocifs. Les
des administrations. Tous les trois ans, il publie un rap‑ villes et territoires d’Afrique veulent rejeter ce modèle
port sur l’état des ressources humaines dans les villes pour se tourner vers un développement plus durable et
et territoires d’Afrique, dans le but d’ancrer une culture plus respectueux des écosystèmes naturels. Pour assu‑
d’évaluation et de comparaison des performances des rer une résilience optimale et être socialement inclusive
gouvernements infranationaux africains. et équitable, cette piste doit privilégier l’économie cir‑
culaire dont l’empreinte écologique est plus faible.
L’impératif de la planification Les villes petites et intermédiaires, beaucoup moins
enchâssées dans l’économie dominée par les énergies
La vitesse de la croissance urbaine nécessite de dis‑ fossiles, sont particulièrement bien placées pour amor‑
poser de plus données pour anticiper les besoins des cer ce virage vers un modèle plus respectueux de la
citoyens et planifier les réponses à ces besoins. Or, la nécessaire cohabitation entre les êtres humains et les
plupart des collectivités territoriales n’ont pas de ser‑ autres espèces. Ceci passe par la relocalisation de la
vices statistiques ou de planification. Les systèmes production au plus près des lieux de consommation,
statistiques sont conçus pour répondre aux besoins des des modes de production plus économes en ressources
administrations nationales. Ils n’ont pas la granularité naturelles, une diminution de consommation en général.
suffisante pour appréhender les dynamiques locales. L’Afrique est sur le point de devenir le premier
La base de données Africapolis va sans doute dans la foyer de peuplement humain du monde. Engager la
bonne direction mais elle ne doit être cantonnée dans bifurcation des modèles de production et de consom‑
les seuls milieux universitaires, de la recherche ou mation de l’humanité dans une trajectoire plus durable,
des organisations internationales. S’il est vrai qu’on telle est la responsabilité historique qui revient aux
ne peut correctement gérer ce qu’on ne sait pas bien collectivités territoriales et aux autres acteurs du conti‑
mesurer, alors les données et les outils de suivi sont le nent Africain.
socle de la planification stratégique.
Taibat Lawanson
Professeure au Département de l’aménagement et de la gouvernance urbains à l’Université de Lagos, Nigéria
Que faire des « vies en attentes » des jeunes urbains en Afrique?
Quelles sont vos perspectives quand vous êtes jeune et leurs relations sociales en dehors des cadres écono‑
pauvre ? Comment vous y prenez‑vous pour échapper miques et familiaux dominants. Cette période d’attente
à l’extrême pauvreté ? Comment vous saisissez‑vous de peut être marquée par l’innovation ou par la disrup‑
la promesse d’un « lendemain meilleur » ? En Afrique, tion. L’Afrique a, au cours des 20 dernières années,
où environ 450 millions de personnes sont âgées de assisté à l’occurrence simultanée de ces deux facteurs,
15 à 34 ans (Rocca et Schultes, 2020[6]), les jeunes se sous la forme d’une vague d’innovations de la part des
déplacent vers les villes où ils perçoivent de meilleures jeunes ainsi que sous la forme de mouvements de pro‑
opportunités (Lawanson, 2018[7]). testation également dirigés par les jeunes, beaucoup
Même si en moyenne les jeunes valides perçoivent de ces manifestations prenant une tournure violente.
la migration vers la ville comme un rite de passage à Les conflits suscitent une autre forme de « vie en
l’âge adulte, il y a de fortes chances qu’ils ne possèdent attente ». Les villes africaines sont fortement touchées
ni l’éducation ni les compétences nécessaires pour par les migrations induites par les conflits, forcées
satisfaire leurs espoirs (Min‑Harris, 2009[8]). En Afrique, ou volontaires. ; en particulier celles des jeunes gens.
plus de 100 millions d’enfants en âge d’être scolarisés (Institute of Migration, 2020[13]). Même si un grand
ne vont pas à l’école, un chiffre qui a considérablement nombre de pays disposent de camps pour les personnes
augmenté en raison de la COVID‑19 (UNICEF, 2020[9]). déplacées internes (PDI), les conditions particuliè‑
Rien qu’en Afrique du Sud, en juillet 2021, plus de rement brutales qui y règnent poussent les jeunes à
400 000 enfants avaient abandonné l’école au cours des chercher ailleurs des moyens de subsistance indépen‑
16 mois précédents (UNICEF, 2021[10]). dants. En général ils se tournent vers les villes où ils
Si les jeunes ne possèdent pas les compétences espèrent trouver de meilleures opportunités et un envi‑
requises, les seules opportunités qui leur sont offertes ronnement plus sûr. Lagos, Johannesburg, Monrovia
se limitent aux marges de la vie urbaine, à des emplois et Nairobi ont vu l’arrivée de centaines de milliers
précaires et à des logements dans des établissements de jeunes à la recherche de sécurité et de moyens de
informels. Même parmi les jeunes les plus éduqués, subsistance. Mais leurs compétences sont souvent
des millions d’étudiants du premier cycle universi‑ incompatibles avec la vie urbaine, ils sont de facto pré‑
taire sont incapables d’accéder à des emplois dans le disposés à une vie marginalisée et aux vulnérabilités
secteur formel. Au Nigéria, par exemple, les jeunes qu’elle induit.
diplômés peuvent rester sans travail pendant dix ans
et sont obligés d’accepter des petits « boulots » pour Les « vies en attente » sont une menace urbaine
survivre (Kazeem, 2020[11]).
Les pays africains présentent un risque élevé de conflit
Les « vies en attente » civil, dû à trois facteurs de stress : la grande propor‑
tion de jeunes, la rapidité de la croissance urbaine et
Quelle que soit leur origine sociale, la plupart des jeunes les niveaux exceptionnellement faibles d’accès aux res‑
Africains ne peuvent prétendre participer pleinement sources (Cincotta, Engelman et D., 2003[14]). À l’heure
et indépendamment aux privilèges et responsabi- actuelle presque 16 millions de jeunes Africains sont
li
tés associées à la vie adulte. Les inégalités socio‑ au chômage, cette incidence étant en général plus éle‑
économiques dans les zones urbaines, ainsi que vée dans les zones urbaines (Mo Ibrahim Foundation,
l’hostilité inhérente à l’égard de l’informel dans de nom‑ 2019[15]). Par ailleurs, les femmes sont les plus néga‑
breuses villes, rendent leur présence « hors‑la‑loi », tivement affectées car il est bien plus facile pour les
les obligeant à constamment se battre contre l’antago‑ hommes de trouver du travail, même à compétences et
nisme institutionnel et la marginalisation pour survivre. expériences égales (Igbohor, 2017[16]).
Alcinda Honwana (2013[12]) qualifie cette situation Un chômage élevé chez les jeunes menace la sta‑
de « Waithood », ou « vie en attente », c’est‑à‑dire une bilité nationale, car l’incapacité d’assurer un niveau
période d’arrêt prolongée au cours de laquelle l’accès de vie digne mène à l’agitation et l’impatience, assor‑
des jeunes gens à l’âge adulte social est retardé ou refusé. ties de conséquences désastreuses d’un point de vue
De ce fait, ils n’ont d’autre choix que d’assurer leurs socio‑économique et politique. Ceci est mis en évi‑
moyens de subsistance en improvisant et de développer dence dans la littérature analysant les motifs de la
violence civile. Les théories de la frustration‑agression cible d’organisations criminelles, alors que les jeunes
et de la privation relative suggèrent que les individus femmes et les filles sont attirées par la prostitution
deviennent agressifs lorsqu’ils sont confrontés à des juvénile, les mariages précoces, les grossesses pré‑
obstacles latents ou réels qui, dans la vie, entravent coces et la traite des êtres humains.
leur trajectoire vers le succès, particulièrement lorsque Ce cercle vicieux risque de se perpétuer pendant
leurs besoins matériels élémentaires ne sont pas satis‑ bien des générations.
faits (Moller, 1968[17]). Ce type de ressenti s’est exprimé
ces dernières années à Sahr, à Khartoum, à Dakar, à Tirer parti de la technologie pour surmonter la « vie
Tunis, au Caire, à Kampala, à Lagos et à Ouagadougou, en attente »
pour ne citer que quelques villes, sous forme de mani‑
Les jeunes entrepreneurs sont nombreux dans les
festations contre la mal‑gouvernance, le chômage des
micro, petites et moyennes entreprises. Ils sont plus
jeunes, la brutalité des forces de l’ordre, le coût élevé
enclins à employer leurs pairs (OIT, 2020[22]). Les liens
de la vie.
de réciprocité, de solidarité et d’attention qu’ils entre‑
Curieusement, l’éducation est un facteur
tiennent envers les plus vulnérables les poussent à
important dans la façon dont ces protestations se
s’aider eux‑mêmes et les autres, comme ce fut le cas
déroulent. Par exemple, le mouvement de protesta‑
durant la crise de la COVID‑19 (Diepeveen, Tant et
tions « #FeesMustFall » en Afrique du Sud en 2015, ou
Bailey‑Athias, 2021[23]). Les projections économiques
« #End SARS » au Nigéria en 2020, étaient menés par
officielles reconnaissent rarement ces communautés
des jeunes éduqués et soutenus par un militantisme et
solidaires.
des débats s’appuyant sur les médias sociaux (Agbor,
Les jeunes instruits ont exploré la possibilité
Taiwo et Smith, 2012[18]). Bien qu’elles soient arrivées
de se tourner vers des opportunités génératrices de
à effectivement paralyser la vie économique dans les
revenus en ligne. Même si les femmes sont moins nom‑
villes touchées, la plupart des manifestations n’étaient
breuses à travailler dans les technologies numériques
pas violentes. Il n’en a pas été de même en ce qui
(Toesland, 2018[24]), de plus en plus d’entre elles
concerne les destructions et le brigandage commis par
s’orientent vers ce secteur comme alternative à une car‑
les militants armés du groupe Niger Delta, par l’organi‑
rière dans les grandes entreprises, dont les politiques
sation terroriste Al‑Shabab, le groupe terroriste Boko
en matière de mariage et de procréation pénalisent
Haram et par d’autres groupes extrémistes et organi‑
souvent les femmes (Matotoka, 2021[25]).
sations criminelles (Honwana, 2015[19]). Souvent, ces
Les emplois technologiques vont de la création
groupes radicaux recrutent des écoliers qui ont faim ou
d’applications, les monnaies numériques, les médias
cherchent simplement à être protégés (UNICEF, 2020[9]).
sociaux, ou encore le gig work (travail à la demande). Ce
La violence structurelle est également une menace
faisant, nombreux sont les jeunes en mesure de s’inves‑
lorsque les villes maintiennent les populations dans la
tir dans l’économie mondiale et gagner suffisamment
misère et la vulnérabilité matérielle (Bornstein, 2005[20]).
d’argent pour s’en sortir. Cependant, cela implique
Ce sont les enfants issus de l’immigration qui vivent
des dépenses liées aux données et aux équipements, et
dans des bidonvilles et des implantations sauvages
peut se révéler frustrant si les gouvernements adoptent
qui sont les plus exposés. Dans de nombreuses villes,
des politiques arbitraires.
ils sont oubliés et sont coupés des services sociaux et
Les restrictions imposées sur les transactions
de l’éducation ; ce qui les laisse en proie à de multi‑
de crypto‑monnaie et la mise à l’index de Twitter au
ples menaces et met en péril à la fois leur bien‑être et
Nigéria ont paralysé les investissements étrangers
celui de la ville. Les jeunes déplacés internes contri‑
directs dans l’industrie Fintech (industrie englobant les
buent à l’expansion des bidonvilles, augmentant le
technologies financières). Elles ont eu des effets directs
nombre de personnes sans abri. Ils sont également
négatifs sur des millions de jeunes Nigérians qui
responsables de l’émergence de nouveaux bidonvilles,
gagnent leur vie dans ce secteur. Toutefois, beaucoup
lorsque leurs cabanes temporaires situées en péri‑
d’entre eux ont trouvé le moyen de contourner léga‑
phérie urbaine deviennent des habitations insalubres
lement ces restrictions et de continuer leurs activités,
(Roberts et Lawanson, 2021[21]). Leurs compétences
privant ainsi le Nigéria des taxes et des frais de tran‑
étant incompatibles avec la vie urbaine et en l’absence
saction qui autrement auraient été perçus (Baydakova,
de mécanismes de sécurité sociale, leurs perspectives
2021[26]).
d’avenir se limitent à devenir des petits commerçants,
De la même façon, la politique du gouverne‑
manœuvres ou travailleurs du secteur informel des
ment interdisant les mototaxis a sérieusement affecté
transports. Les jeunes hommes et les garçons sont la
le secteur du transport à Lagos. Le système de transit l’interdiction des mototaxis ou même des politiques des‑
rapide par bus, financé par le gouvernement de l’État tinées à accroître la responsabilité environnementale.
de Lagos ne peut transporter que 200 000 passagers L’Union africaine s’est dotée d’un objectif ambi‑
par jour (BRT Data, 2021[27]), c’est‑à‑dire moins de 10 % tieux : « que les villes d’Afrique recyclent au moins
de tous les trajets de la ville. C’est pourquoi les navet‑ 50 % des déchets qu’elles produisent d’ici à 2023 »
teurs privilégient le secteur informel − minibus (Danfo), (PNUE, 2018[31]). Les communautés à faibles revenus
tricycles (keke) et mototaxis (okada) – comme principal vivant dans les villes sont les recycleurs les plus actifs
moyen de transport. Des sociétés, dirigées par des qui soient. La collecte des plastiques leur procure
jeunes (dont Max et Gokada) ont formalisé les okada ; des emplois, leur donne accès à l’éducation pour les
par la création d’une application, la normalisation des enfants et même à la dignité. De facto, ces communau‑
tarifs, le profilage et la formation des conducteurs, le tés montrent qu’elles sont capables de soutenir des
suivi des motos et du comportement des conducteurs. politiques environnementales (Racapé, 2019[32] ; Global
Ces mesures ont renforcé la sécurité et amélioré les Opportunity Explorer, 2018[33]). Toutefois, le ramassage
revenus de nombreux conducteurs. Néanmoins, en de déchets est une activité illégale dans bien des villes,
février 2020, le gouvernement a interdit les mototaxis dont Lagos et Johannesburg (Harrisberg, 2019[34]). Dans
dans la plupart des régions de l’État, mettant à pied des ces villes l’État a tenté de restructurer le secteur, de
entreprises s’acquittant de leurs impôts et employant privatiser ou d’accroître les investissements étrangers.
des milliers de personnes ; entreprises qui ont investi Les communautés impliquées dans le recyclage n’ont
plus de 200 millions USD dans l’économie de Lagos jamais été reconnues ni impliquées dans la chaîne de
(Oluka, 2020[28]). Cette interdiction a eu pour effet d’ac‑ valeur de la gestion des déchets.
croître l’afflux d’okada dans la ville, constituant une Les politiques de réduction de la pauvreté et
source facile d’emploi de migrants non éduqués et d’appui à la jeunesse ont également tendance à être
sans papiers. Elle est aussi à l’origine d’une dérégula‑ « tokénistes ». Les programmes de développement
tion du secteur ainsi que d’affrontements violents entre économique ne sont pas inclusifs et n’offrent pas
des conducteurs d’okada non formés et les forces de d’opportunités à tous. En fait, les programmes d’in‑
l’ordre (Baer Arnorld, 2013[29]). tervention sociale qui se concentrent sur l’offre de
prestations sociales concrètes, telles que des denrées
Le déficit de gouvernance alimentaires gratuites, des transferts en espèces ou des
emplois à court terme et à durée d’occupation précaire,
Dans de nombreuses villes africaines, les aspirations sont loin d’offrir des perspectives de conditions de vie
des dirigeants en matière de développement écono‑ sûres et durables. Souvent, l’importance accordée à
mique sont souvent déconnectées des réalités tangibles la formation professionnelle s’opère au détriment de
des jeunes résidents. Le lien entre les migrations des la création de petites entreprises, de l’accès au capi‑
jeunes et l’urbanisation n’est pas bien compris et les tal et aux compétences nécessaires pour développer
réponses des pouvoirs publics sont souvent inadé‑ ces petites entreprises. Les entreprises dirigées par
quates ou inefficaces (Amare et al., 2021[30]). Nombreux des jeunes restent donc perpétuellement en marge de
sont les pays signataires du Nouvel Agenda Urbain des l’économie.
Nations Unies (New Urban Agenda, NUA, en anglais)1. Lorsque l’opinion publique se soulève contre les
Cet agenda les engage à assister les migrants, les décisions prises par le gouvernement, les autorités
réfugiés et les personnes déplacées dans des zones municipales et nationales ne perdent pas de temps
d’installation urbaines, et à les aider à accéder à un pour recourir à la violence plutôt qu’au dialogue. La
niveau de vie convenable et à des emplois produc‑ conséquence de cette attitude est que les personnes
tifs et décents. À vrai dire, une grande proportion de instruites choisissent de partir à l’étranger, provo‑
migrants sont sans papiers et ne peuvent accéder à ces quant une fuite des cerveaux, pendant que les autres
aides, quel que soit l’endroit où elles sont disponibles. s’engagent sur des routes migratoires dangereuses
De plus, l’absence de données complique l’intégration et illégales. 45 % de Nigérians adultes (Connor et
urbaine des migrants par des interventions ciblées. Gonzalez‑Barrera, 2019[35]) désirent quitter leur pays.
Les politiques qui ne reconnaissent pas le conti‑ Cette proportion est en hausse depuis le mouvement
nuum formel‑informel détruisent les moyens de de protestation « #End SARS » en 2020 (Ishaku, 2021[36]).
subsistance des pauvres en milieu urbain. Les lois et Il y a plus de professionnels qualifiés et de scientifiques
règlementations qui criminalisent les activités écono‑ formés en Afrique qui travaillent à l’étranger que sur
miques informelles manquent de vision, qu’il s’agisse de le continent (Woldegiorgis et Scherer, 2019[37]). Depuis
2015, 13 584 médecins formés en Afrique travaillent formation aux enfants des bidonvilles et des camps
aux États‑Unis . En 2017, 9 946 exerçaient au Royaume de déplacés internes, ainsi qu’en instaurant des filets
Uni (Irune, 2018[38]). de sécurité pour faciliter l’intégration urbaine, et en
tenant compte de la dynamique sexospécifique de la
En marche vers un meilleur avenir pour la jeunesse vulnérabilité des citadins. De plus, les programmes
africaine dont la vocation est d’améliorer les conditions de vie
dans les camps et de promouvoir la rénovation urbaine
Un avenir meilleur n’est possible que si les autorités
doivent se concentrer sur les améliorations in situ de la
accordent la priorité à la jeunesse urbaine. Le dévelop‑
santé et du bien‑être.
pement économique des villes et pays africains peut être
Les politiques de développement en faveur des
renforcé en impliquant toutes les catégories de jeunes.
plus démunis doivent spécifiquement cibler l’emploi
Pour cela, des données précises, fiables et désagrégées
et l’émancipation des jeunes, valoriser le potentiel des
sont nécessaires. Des décisions économiques et de
organisations de solidarités et des forces libératrices
développement claires et cohérentes doivent être prises,
de la technologie. Si les entreprises dirigées par les
et une étude des liens multisectoriels doit être menée
jeunes détiennent les connaissances, les compétences,
pour atténuer les conséquences négatives inattendues.
le mentorat et les ressources financières adéquats,
Le faible intérêt pour la coproduction des poli‑
elles peuvent aider les économies à se développer et
tiques publiques explique peut‑être l’échec de
offrir des perspectives d’emploi (BAfD, 2021[39]). Il
nombreuses politiques dans cette région du monde. Le
est essentiel de soutenir délibérément les activités
concept des biens communs urbains et le potentiel de
économiques informelles, notamment en créant des
conception et de développement collaboratifs doivent
possibilités de développer et de formaliser ces activités.
être reconnus et élargis. L’inclusivité découlera de ce
L’avenir de l’Afrique appartient aux jeunes. Les
processus, tout comme les espaces civiques sûrs et acces‑
jeunes continueront de migrer vers les villes et vers
sibles de participation et de contestation non violente.
des horizons plus lointains. Que ces « vies en attente »
Le recours à la planification et l’aménagement
soient une opportunité ou une menace dépend de la
urbains sera déterminant pour mettre fin aux dispari‑
manière dont elles sont encadrées. Il incombe aux gou‑
tés socio‑économiques. Ces solutions doivent donner
vernements municipaux de veiller à ce que l’expérience
la priorité aux besoins des enfants et des jeunes. Par
urbaine de cette majorité démographique soit sûre,
exemple, en prévoyant d’offrir une éducation et une
inclusive et économiquement gratifiante.
L’adoption de l’Agenda 2063 en janvier 2015 à Le rôle de la Commission de l’Union africaine dans
Addis‑Abeba, à l’occasion du 24e sommet des chefs la réalisation du programme de développement
d’État et de gouvernement de l’Union africaine (UA), urbain de l’Afrique
atteste clairement de l’engagement des dirigeants
L’appui de la Commission aux États membres tend à conce‑
africains à bâtir une société unie, pacifique, durable,
voir des politiques et des institutions qui encouragent
inclusive et prospère dans les prochaines décennies.
la croissance urbaine et renforcent la cohésion sociale.
Cet Agenda, schéma directeur d’une transformation
Les principaux domaines d’action sont les suivants :
socio‑économique de l’Afrique, place l’urbanisme au
cœur de l’élan continental vers une société cohésive où
Concevoir et investir dans des villes durables et
chaque citoyen a un rôle à jouer et profite des fruits
résilientes
de cette transformation. Porté par cette vision, l’amé‑
nagement urbain est un catalyseur de changements Investir dans des villes durables permet de relever les
structurels qui optimisera la croissance et créera des défis structurels qui font obstacle au développement
emplois de qualité, en particulier pour les femmes et de l’Afrique. Le travail de la Commission avec les États
les jeunes. membres et les communautés économiques régionales
Entre 2000 et 2016, malgré la crise environne‑ consiste à soutenir la conception et l’application de
mentale mondiale, l’Afrique a connu une période de politiques favorisant la croissance urbaine et inver‑
performance économique sans précédent, affichant sant la tendance à la hausse de la vulnérabilité et de
un taux de croissance moyen de 4.6 %. Toutefois, la l’inégalité. L’appui des politiques en faveur de la pla‑
croissance s’est limitée à des enclaves économiques, nification urbaine durable se focalise sur les régimes
sans accélération de la diversification économique sou‑ fonciers et les droits de propriété, avec pour intention
haitée qui pourrait résoudre les défis structurels de la de développer une croissance urbaine efficace ainsi
pauvreté et de l’inégalité. En Afrique, le taux de crois‑ que le renforcement des capacités des institutions
sance anticipé au titre de l’Agenda 2063 − susceptible qui gouvernent les droits de propriété ; cette initiative
d’impulser la prospérité du continent, à la lumière de pouvant aider à accélérer la réalisation du programme
ses immenses ressources naturelles − reste en deçà des de transformation productive de l’Afrique. Ainsi, la
7 % escomptés. gestion de la croissance rurale‑urbaine servira de cata‑
Selon les prévisions, la diversification de l’activité lyseur pour atteindre l’Aspiration 1 de l’Agenda 2063
économique et une transition de l’agriculture de sub‑ vers une Afrique prospère ayant pour fondements une
sistance à des secteurs productifs tels que l’agriculture croissance inclusive et un développement durable.
transformée, l’industrie manufacturière et les services L’Afrique est dotée de 60 % des terres arables du
de haute qualité devraient être les moteurs de cette monde. L’affectation de quantités appropriées de terres
transformation. La croissance démographique rapide à l’agriculture sera décisive pour stimuler la trans‑
et dynamique, qui appelle à des politiques appropriées, formation agricole de l’Afrique, en vue de nourrir la
rend d’autant plus urgent le besoin d’une planification population africaine et de devenir le grenier du monde
urbaine stratégique. Les projections de la Banque afri‑ dans les décennies à venir. Cette démarche peut trans‑
caine de développement indiquent que la proportion former les économies africaines, grâce à la valorisation
d’habitants des villes devrait passer de 40 % de la tota‑ des ressources naturelles, de la fabrication, de l’indus‑
lité de la population recensée en 2000 à 50 % et 65 % en trialisation et de la valeur ajoutée, tout en optimisant la
2030 et 2060, respectivement. productivité et la compétitivité. Plus important encore,
L’Agenda 2063 définit clairement la voie à suivre la diversification économique, par le biais d’un déve‑
pour aboutir à des résultats positifs dans des domaines loppement industriel accéléré, sera cruciale pour créer
tels que la pauvreté, la paix et la sécurité, la pros‑ un nombre massif d’emplois de qualité dont a besoin la
périté, l’environnement et l’intégration régionale, population jeune d’Afrique et pour réduire fortement
qui appellent tous à l’élaboration de politiques, de la pauvreté et les inégalités généralisées. Par ailleurs,
programmes et de projets stratégiques pour des éta‑ la gestion urbaine durable jouera un rôle décisif dans
blissements urbains et humains durables. le renforcement des chaînes de valeur régionales déjà
en place et dans la conception de nouvelles chaînes. Garantir la paix et la sécurité grâce à une croissance
Développer des agro‑industries et des entreprises urbaine durable
agroalimentaires compétitives, durables et inclusives
La paix et la sécurité sont des conditions préalables à
en Afrique peut être un moyen d’optimiser la crois‑
l’Agenda 2063. Au cours des dernières années, la ques‑
sance économique et la sécurité alimentaire.
tion du foncier est devenue un sujet politique sensible.
Accélérer l’intégration régionale en gérant plus Des questions telles que les droits de propriété et la
efficacement la migration interne répartition équitable sont devenues des obstacles à
la paix et à la prospérité. Dans les années à venir, la
La libre circulation des personnes et le droit d’établis‑ gestion foncière accélérera les conflits si des mesures
sement constituent l’un des piliers fondamentaux du politiques préventives concernant l’urbanisation rurale
programme d’intégration de l’Afrique en vue de la réa‑ ne sont pas prises à temps. Certains conflits en cours
lisation de la Communauté économique africaine. Pour concernent l’eau, les terres et la dégradation de l’en‑
la Commission de l’Union africaine, garantir la libre vironnement et appellent des actions stratégiques. Le
circulation des personnes et le droit d’établissement changement climatique ne fera qu’exacerber ces pro‑
facilitera la mobilité de la main‑d’œuvre qualifiée entre blématiques, provoquant des migrations des zones
pays. Le programme d’urbanisation facilitera la libre rurales aux zones urbaines et des tensions et désac‑
circulation de la main‑d’œuvre, ainsi que la délivrance cords au sujet de la répartition des espaces vitaux pour
des permis de travail aux citoyens africains indépen‑ le logement, l’agriculture et le pastoralisme. Les efforts
damment de leurs compétences, religion, ethnicité et de la Commission pour promouvoir une croissance
nationalité. Le travail de la Commission avec les États urbaine durable constituent une base pour la bonne
membres est de réviser les codes nationaux de l’em‑ gouvernance et la responsabilité au sein des pays
ploi conformément aux protocoles de la Communauté africains. Il s’agit d’une composante essentielle à l’ins‑
économique régionale (CER) et d’assurer que les tauration d’une société cohésive qui œuvre en faveur
droits des travailleurs migrants accueillis dans les du bien‑être de tous ses membres, qui se bat contre
pays hôtes sont bien protégés. À cet effet, une action l’exclusion et la marginalisation, qui crée un sentiment
concertée harmonisera les lois nationales en conflit d’appartenance, qui inculque la confiance et offre à
avec les traités régionaux et abordera la question des ses membres la possibilité d’une mobilité ascendante.
droits de résidence et d’établissement des migrants. Pour garantir la paix et la sécurité en Afrique, condi‑
Cela implique de modifier la législation nationale, les tion préalable à une croissance inclusive et durable, la
instruments réglementaires et les pratiques adminis‑ Commission aidera les États membres à mettre en place
tratives, et d’aligner les intérêts politiques nationaux des mécanismes capables de prévenir ou de résoudre
sur les objectifs et ambitions régionaux à long terme immédiatement les conflits intercommunautaires.
que certains États membres ne considèrent peut‑être
pas encore comme une priorité. Encourager la durabilité environnementale et
L’urbanisation jouera un rôle déterminant dans renforcer la résilience et la réduction des risques
l’accélération de l’intégration régionale. Les acteurs
des économies locales seront plus étroitement liés à La durabilité environnementale, le renforcement de
leur homologues régionaux grâce à l’amélioration de la la résilience et de la réduction des risques sont autant
production locale et régionale et des chaînes d’appro‑ de composantes majeures du développement durable,
visionnement, et aussi grâce aux transferts des biens, telles qu’inscrites dans l’Aspiration 1 de l’Agenda 2063.
des personnes et de l’information. Une urbanisation La vision de l’Afrique est de parvenir à une situation
stratégiquement planifiée ouvre la voie à des niveaux où les ressources naturelles sont gérées durablement,
d’agglomération plus élevés et à une spécialisation les sociétés consomment et produisent des biens et
économique accrue entre les pays. Parallèlement, des services de manière durable et où la biodiversité
l’augmentation de la productivité urbaine et du pouvoir est totalement préservée. Il est prévu d’avoir recours
d’achat élargira les opportunités de développement à des pratiques et de mettre en place de nouvelles
du commerce intra‑africain. La croissance rapide de technologies permettant d’utiliser efficacement les
la population urbaine, l’augmentation de la densité ressources en eau ainsi que les systèmes de produc‑
urbaine et la diversification des activités économiques tion faibles en carbone et climato‑résilients, dans un
contribueront à intensifier les interactions spatiales et, souci de réduire autant que possible la vulnérabilité
ainsi, à créer des conditions favorables à l’intégration du continent aux risques climatiques et aux catas‑
régionale. trophes naturelles qui y sont associées. Dans le cadre
des efforts que déploie le continent pour aboutir à la un sentiment d’appartenance et de propriété, et la réa‑
durabilité environnementale, les pays de l’Afrique ont lisation de l’égalité de genre permettra aux femmes
signé l’Accord de Paris sur le climat et l’Union africaine et aux filles d’être pleinement incluses dans tous les
a adopté un Programme d’action en vue de l’applica‑ domaines et d’occuper des postes de leadership, à tous
tion du Cadre de Sendai pour la réduction des risques les niveaux décisionnels. Les populations ont un rôle
de catastrophes. La dimension urbaine de ces deux capital à jouer dans la mise en œuvre de l’Agenda, et il
engagements figure en premier plan dans le Nouvel est essentiel d’instaurer des institutions et des proces‑
Agenda Urbain des Nations Unies qui souligne que les sus qui le permettent. Dans le même temps, le Nouvel
villes et les établissements humains sont confrontés à Agenda Urbain des Nations Unies reconnaît le rôle
des menaces inédites. Les modes de consommation et des villes et des établissements humains en tant que
de production non durables, la perte de biodiversité, la plateformes de collaboration dans lesquelles le secteur
pression exercée sur les écosystèmes, la pollution, les public, le secteur privé et la société civile s’engagent
catastrophes naturelles et d’origine humaine, ainsi que à travailler à une vision commune. Des institutions et
le changement climatique et les risques qui y sont liés, des mécanismes solides garantiront les capacités de
mettent à mal les efforts visant à mettre fin à la pauvreté contrôle et de contre‑pouvoir à l’ensemble des acteurs
dans toutes ses dimensions. Les tendances démogra‑ urbains. Le Nouvel Agenda Urbain des Nations Unies
phiques des villes peuvent jouer un rôle essentiel dans s’engage à renforcer la gouvernance urbaine et à
les efforts d’atténuation et d’adaptation liés au chan‑ élargir les plateformes inclusives, conformément aux
gement climatique et dans l’utilisation des ressources politiques nationales, et a promis d’aider les gouverne‑
et des écosystèmes. La durabilité et la résilience des ments infranationaux et locaux − selon qu’il convient
territoires seront directement touchées par la manière − à assumer le rôle central qui leur revient dans le
dont les zones urbaines sont planifiées, financées, amé‑ renforcement du dialogue entre les diverses parties
nagées, construites, gouvernées et gérées, et ce bien prenantes. Les opportunités de dialogue seront fon‑
au‑delà des limites des aires urbaines. dées sur des approches sensibles à l’âge et au genre,
regroupant tous les segments de la société. Hommes
Bâtir des structures de gouvernance urbaine et femmes, enfants et jeunes, personnes âgées et
personnes handicapées, personnes autochtones et
L’approche de l’urbanisation adoptée par l’Agenda communautés locales, réfugiés et personnes déplacées
2063 préconise une perspective de développement internes et migrants, quel que soit leur statut migra‑
axée sur l’être humain, qui envisage la création d’une toire, seront invités à participer au dialogue, sans
société socialement cohésive. Dans cette société, l’en‑ distinction d’origine, de religion, d’appartenance eth‑
gagement civique aidera à donner à tous les habitants nique ou de statut socio‑économique.
Edgar Pieterse
Directeur du Centre africain pour les villes à l’Université du Cap, Afrique du Sud
Implications politiques de l’urbanisation africaine
Il est bien établi que l’urbanisation africaine est la Cette analyse est antérieure à l’action politique
plus rapide du monde. Il est aussi bien connu que concertée menée dans les années 1990, sous l’impulsion
90 % de la croissance urbaine mondiale sera concen‑ de plusieurs agences de développement internatio‑
trée en Afrique et en Asie entre 2021 et 2050. Au cours nales en faveur d’un transfert de pouvoirs politiques et
des deux prochaines décennies, l’évolution de l’urba‑ fonctionnels élargis des gouvernements centraux vers
nisation sera confrontée à de grands défis. Ces défis le niveau local. Au début des années 1990, l’action vers
comprennent le changement rapide des technolo‑ la décentralisation coïncidait avec le développement de
gies numériques qui conditionneront la compétitivité deux discours : d’une part la durabilité environnementale,
relative des économies nationales et régionales, les sujet dont il est tenu compte dans les plans de l’Agenda
catastrophes climatiques plus intenses et plus fré‑ 21 local, et d’autre part le développement participatif,
quentes, les changements de nature du travail et des qui doit être inscrit dans les mécanismes institutionnels
catégories professionnelles ; auxquels viennent s’ajou‑ au niveau municipal, pour permettre à la société civile
ter les atermoiements des politiques et les tentations et aux citoyens de se faire entendre. Depuis la fin des
extrémistes et populistes de certaines franges de la années 1990 et le début des années 2000, les donateurs
population. En somme, tous les ingrédients sont réunis multilatéraux insistent sur la nécessité de ces réformes,
pour créer l’incertitude et être source de conflits. pour accéder au financement par l’emprunt ou à des
La pandémie de COVID‑19 a donné un avant‑goût allégements de dettes. Le fait est que les expériences de
de ce que ces convulsions pourraient signifier en décentralisation menées en Afrique se sont soldées par
termes de vie quotidienne, de bouleversements écono‑ des résultats inégaux (Pieterse et Smit, 2014[41]), dans le
miques, de tensions politiques et de pressions sur des contexte plus large du développement du multipartisme.
infrastructures et des institutions publiques précaires2. La littérature s’accorde à dire que la décentrali‑
Ces pressions exogènes sont susceptibles d’augmenter sation a été souvent plus creuse que substantielle. Les
en fréquence et en impact, soulevant des interrogations gouvernements locaux ont été créés par la loi, mais ces
sur les réformes politiques et institutionnelles suppo‑ niveaux de gouvernement ont rarement reçu les pou‑
sées être à même d’anticiper et de répondre de manière voirs, les fonctions et les capacités fiscales nécessaires
proactive. Dans la plupart des pays africains, compte pour prendre le contrôle de leurs territoires. Ils ne
tenu du retard des politiques de décentralisation sont en fait que des prolongements administratifs des
démocratique et de la nécessité de renforcer l’efficacité ministères nationaux, et la plupart des infrastructures
des politiques urbaines nationales, un certain nombre et services urbains sont planifiés, mis en œuvre et gérés
d’innovations institutionnelles pourraient aider les par les entreprises publiques nationales qui écartent les
gouvernements à se préparer à ce qui les attend. processus politiques locaux. Rien n’est fait pour remé‑
dier à ces discordances institutionnelles, en partie parce
Réformes constamment retardées qu’un bon nombre de gouvernements nationaux ont
réalisé que leurs adversaires politiques trouveraient leur
Il y 50 ans, Richard Stren, l’un des plus anciens obser‑
plus solide appui électoral dans les villes. Il est donc poli‑
vateurs de la politique et de la gouvernance urbaines, a
tiquement nécessaire de maintenir les gouvernements
fait l’observation ci‑après :
locaux, en particulier dans les villes, dans une position
« L’une des critiques les plus répandues des politiques
de faiblesse et de ne pas leur octroyer de ressources.
urbaines en Afrique est qu’elles sont dépourvues
d’homogénéité, qu’elles sont confuses et ne sont pas
formulées de façon cohérente… Les planificateurs Les politiques urbaines nationales peuvent‑elles
physiques travaillent rarement avec des économistes, changer la donne ?
les ministères chargés de l’urbanisme n’existent pas,
et même des problèmes bien précis comme le loge-
Dans ce contexte politique, il est important de prêter
ment et les transports urbains touchent l’ensemble
des négociations gouvernementales avant que rien ne attention à l’adoption de politiques urbaines nationales
puisse être sérieusement envisagé. Le clivage fonc- (PUN) dans de nombreux pays africains. Selon les don‑
tions et compétences entre les gouvernements locaux nées disponibles les plus récentes, 23 pays africains se
et le gouvernement central laisse une large marge de
sont dotés de PUN et un certain nombre d’autres sont
manœuvre, de conflit, et de juxtaposition au niveau des
politiques urbaines. » (Stren, 1972[40]). en train de le faire (ONU‑Habitat, 2021[42]).
Innovations institutionnelles, suite à l’Accord de sionnement en énergie, en passant par des systèmes
Paris sur le climat de 2015 et l’adoption de l’Agenda de mini‑réseaux renouvelables, se prêtent également
2030 fixant les Objectifs de développement durable à des échelles d’organisation et de distribution moins
(ODD), ces politiques sont assimilées à des mécanismes larges, plutôt que de dépendre des réseaux nationaux.
permettant de faciliter une convergence intergou‑ À l’avenir, la compétitivité économique régionale
vernementale autour d’objectifs liés au climat et au dépendra de plus en plus d’une compréhension appro‑
développement économique. Les PUN peuvent donc fondie des offres endogènes d’un territoire donné. Elle
devenir l’espace politique où se décide les investisse‑ nécessitera également la mise en place d’infrastruc‑
ments en infrastructures nécessaires à une croissance tures de soutien et d’une intermédiation sur le marché
à faible intensité carbone adaptés aux contraintes ter‑ du travail pour mettre en valeur les potentiels et atouts
ritoriales d’un pays donné. En d’autres termes, une régionaux. Compte tenu de la dimension centrale
stratégie énergétique renouvelable à grande échelle doit qu’occupent les pôles économiques des villes‑régions,
répondre aux besoins économiques, par exemple ceux particulièrement en Asie et en Europe, les nouvelles formes
des grands pôles régionaux. Elle doit aussi séquencer de diplomatie et d’engagement économique des villes‑
les investissements en tenant compte des contraintes régions sont de plus en plus importantes. Les villes‑régions
tout en garantissant l’impact économique le plus élevé. d’Afrique devront composer avec ces impératifs et
Simultanément, elle doit promouvoir des technologies créer l’échafaudage politique et institutionnel néces‑
énergétiques à petite échelle et à coût faible, susceptibles saire. Ce sont précisément ces nouveaux impératifs
d’être exploitées par les communautés elles‑mêmes. de coordination infrarégionale et régionale et de tra‑
La Politique urbaine nationale peut orienter la vail en réseau qui doivent être inscrits dans les PUN.
mise en œuvre d’un tel programme d’investissement Une autre échelle – hyperlocale – aura une impor‑
en infrastructures spatialement différenciées, tout en tance croissante à mesure que les prestations de services
définissant ce que cela signifie pour les relations les dif‑ et l’infrastructure sous‑jacente évolueront vers des
férents niveaux de gouvernement et la politique fiscale. technologies propres, une utilisation efficace des maté‑
Par ailleurs, une PUN permettra de mieux aligner les riaux et une plus grande intensité de main‑d’œuvre.
investissements dans les infrastructures, de dévelop‑ Ceci est essentiel dans la plupart des villes africaines. Il
per les synergies les plus rentables, dans la perspective y est possible de repenser les systèmes d’infrastructure
d’une transformation structurelle et de la promotion et les prestations de services connexes à l’intersection
d’une industrialisation verte (Lopes, 2019[43]). Pour être des principes de l’économie circulaire, de la techno‑
précis, il s’agit d’un rôle potentiel que pourraient assu‑ logie numérique, des impératifs d’aménagement du
mer les PUN en Afrique. Il reste à savoir si elles le font territoire et de création d’emploi ; tout en renforçant
ou non. Il est encore trop tôt pour se prononcer. les entreprises sociales au sein des communautés
concernées. Ces opportunités concernent en particu‑
Nouvelles échelles de coordination lier les quartiers les plus pauvres où plusieurs types de
systèmes de fortune ont compensé l’incapacité de l’ad‑
La nouvelle ère appelle à un recalibrage des échelles
ministration locale à fournir des services abordables
auxquelles les économies et l’action collective sont orga‑
et cohérents. Le défi est de créer de nouveaux cadres
nisées. La pandémie de COVID‑19 a mis en évidence
d’engagement et de négociation, pour repenser et
la vulnérabilité des chaînes de valeur mondialisées.
concevoir des systèmes de prestation de services (par
Cette prise de conscience rejoint la critique environ‑
exemple, l’électricité, l’eau, l’assainissement, l’enlève‑
nementale des chaînes d’approvisionnement à longue
ment des déchets et la fourniture de logements), ainsi
distance. En réponse à cette critique, les échelles régio‑
que des services qui structurent les espaces communs
nales de l’organisation logistique sont revenues sur la
en intégrant des espaces publics, une infrastructure
table des politiques, avec des arguments convaincants.
verte et en améliorant la qualité de l’air.
Il est plus facile d’optimiser des systèmes de mobilité
Il est intéressant d’examiner une illustration de la
à faible émission de carbone si l’échelle territoriale
manière dont les services d’assainissement peuvent être
de l’approvisionnement en matières premières, de
réinventés, non seulement pour satisfaire les besoins
la valorisation, du conditionnement et de la distribu‑
de base, mais aussi pour respecter les principes régis‑
tion est physiquement plus limitée. Il est aussi plus
sant l’économie circulaire et améliorer les résultats en
aisé de gérer et de coordonner des ressources natu‑
matière de santé publique. Cet exemple s’appuie sur
relles rares, telles que l’eau, quand leur planification et
une étude menée par la Water Research Commission
leur gestion opérationnelle sont fonction des bassins
(Afrique du Sud) et la Toilet Board Coalition. Le
versants régionaux. De nouvelles formes d’approvi‑
Graphique 6.4 résume le potentiel de réorganisation est la nécessité de renforcer les entreprises sociales au
de la base technologique de l’assainissement dans les sein de ces communautés pour assurer le maintien et
ménages pauvres. Des capteurs numériques installés l’exploitation des systèmes. Cela permettra de réduire
dans les systèmes produisent des données sanitaires le coût pour les ménages participants et de créer des
préventives vitales. Les matières et résidus des toilettes opportunités de nouvelles formes de travail dans un
peuvent être évacués dans des flux de déchets biolo‑ contexte où les possibilités d’emploi formel sont rares.
giques ; ces derniers pouvant être traités pour soutenir Des logiques de conception similaires peuvent être
les économies agricoles. Ce qui n’est pas mentionné ici appliquées à d’autres secteurs.
Source (Akinsete et al., 2019, p. 8[44]), The Sanitation Economy Opportunity for South Africa, https://www.susana.org/_resources/documents/default/3-3692-7-1568622624.pdf.
De nouvelles politiques grâce à l’innovation problèmes les plus pressants auxquels sont confron‑
tées les zones urbaines dans le contexte local, devrait
Ces nouvelles échelles de coordination doivent com‑ être confiée à un groupe de réflexion ou à un centre de
poser avec un monde urbain en proie à des risques recherche urbain d’une université locale. Un tel point
environnementaux extrêmes et à de profondes inéga‑ nodal devra assumer les fonctions suivantes :
lités socio‑économiques. Il n’est pas certain que les • La « recherche fondamentale » (collecter et analyser
acteurs politiques en place verront un alignement entre les données) : en vue de créer une base de données
leurs propres intérêts et l’expérimentation de nou‑ factuelles crédible sur les différents systèmes de la
velles formes de planification et de coordination. Il sera région‑urbaine ou la région‑ville correspondante.
dans l’intérêt des gouvernementaux locaux organisés, Si l’on dispose de suffisamment de ressources, ce
de concert avec les organisations de la société civile, type de travail progressif devrait prendre la forme
le milieu universitaire et le secteur privé, d’organiser d’observatoires dotés des capacités géospatiales et
des forums où ces nouvelles opportunités politiques et des interfaces publiques requises.
de développement pourront être discutées. Les gou‑ • La « recherche‑action » : sur des sujets identifiés
vernements nationaux, quant à eux, œuvreront pour par des acteurs locaux du secteur public, de la
harmoniser les engagements des ODD avec les CDN société civile et du secteur privé, pour concrétiser
(Contributions déterminées au niveau national), en et faire progresser un plan stratégique à moyen et
termes d’objectifs de réduction des émissions carbone long terme coproduit de manière participative. Ce
et de stratégies d’industrialisation verte conformes aux plan peut s’inscrire dans le cadre des planifications
impératifs de la Zone de libre‑échange continentale territoriales et environnementales formelles, statu‑
africaine. Cela peut être l’occasion d’offrir une ouver‑ tairement requises.
ture à la croissance inclusive, à l’emploi, à la réduction • La « recherche translationnelle » : qui nécessite
des inégalités et à l’amélioration de la durabilité un examen et une analyse des objectifs de déve‑
environnementale. La différence, par rapport aux pers‑ loppement mondiaux (par exemple, ODD, Nouvel
pectives antérieures concernant ces interdépendances, Agenda Urbain des Nations Unies), continentaux
réside dans le fait qu’il est désormais acquis qu’une (Agenda 2063) et nationaux en vue de leur appli‑
telle approche a de profondes implications spatiales, cation à l’échelle locale. Cette tâche permettra de
en particulier dans un contexte d’urbanisation rapide. renforcer les priorités locales, et d’affiner les hypo‑
C’est pour cette raison qu’il est essentiel de thèses des cadres de mise en œuvre qui découlent
reconnaître la valeur des systèmes d’innovation. Ces de ces impératifs politiques plus larges.
systèmes peuvent être déployés pour tenter de com‑ • L’ « expérimentation et le prototypage » : dont le but
prendre comment adapter des technologies et des est de découvrir les mécanismes pratiques d’appli‑
cadres réglementaires aux défis politiques et matériels cation des orientations politiques globales ; dans les
spécifiques des villes d’Afrique. En d’autres termes, domaines de la résilience, de l’adaptation au chan‑
comme indiqué ci‑dessus, ce qui demande à être gement climatique, de la résolution des conflits, etc.
changé a bien été compris, mais l’éternelle question On ne saurait trop insister sur l’importance de tester
demeure : comment renverser le statu quo ? de nouvelles idées, car la plupart des idées poli‑
Les méthodes habituelles d’action sont défen‑ tiques prometteuses s’échouent sur les contraintes
dues par de puissants intérêts particuliers, par des règlementaires et institutionnelles.
comportements profondément ancrés, des préfé‑ • L’« intermédiation de connaissances » : par le
rences, des normes institutionnelles et des sanctions biais de processus de coproduction et d’échange
dont il est difficile de se défaire car ils relèvent de la entre parties prenantes dans une ville ou une zone
loi de la puissance politique3. Les « solutions » géné‑ spécifique où une recherche‑action ou une expéri‑
riques devront être adaptées aux contextes locaux pour mentation est menée. Ces processus sont cruciaux
avoir une chance d’être adoptées, d’avoir un impact pour générer une véritable innovation en rela‑
et d’être durables. Cela soulève la question suivante : tion avec l’identification de solutions qui peuvent
Qui sera responsable d’adapter les idées novatrices de fonctionner efficacement dans le contexte local,
développement urbain aux dynamiques locales ? Les adaptées de manière appropriée pour refléter les
laboratoires d’expérimentations urbaines peuvent en sensibilités culturelles et les conditions uniques
prendre la responsabilité. (Parnell et Pieterse, 2015[45]).
Dans l’idéal, la responsabilité d’instaurer des Ces différentes fonctions impliquent que de tels
plateformes de recherche et de discussion, sur les centres de recherche urbains comprennent un spectre
varié de compétences académiques et professionnelles dans les villes et agglomérations africaines. Les formes
permettant de travailler dans un cadre de systèmes d’organisation politiques actuelles et leur logique de
ouverts, fondamentalement interdisciplinaire. Ils direction et de contrôle ne sont tout simplement plus
doivent aussi disposer d’une capacité d’action trans‑ appropriées. De nouvelles dynamiques spatiales s’im‑
disciplinaire, qui implique l’articulation et la synthèse posent pour définir des politiques et des stratégies
de connaissances académiques, tacites, profession‑ permettant de relever les défis. Une nouvelle généra‑
nelles et intuitives. La recherche transdisciplinaire est tion de capacité d’innovation à l’échelle urbaine est
une interdisciplinarité axée sur les problèmes menée nécessaire, soutenue par les ressources et la confiance
avec, et non pour, des acteurs sociétaux. dont elle a besoin pour faciliter les conversations diffi‑
L’Afrique traverse une période de profondes ciles portant sur la transition vers un avenir urbain plus
mutations sociales, politiques, technologiques et intégré, durable et équitable.
démographiques qui se manifestent particulièrement
Yvonne Aki‑Sawyerr
Maire de Freetown, Sierra Leone
Un moteur de développement ? Le défi de faire de Freetown un moteur de croissance
La population de Freetown est aujourd’hui d’environ communautés des quartiers informels pour identifier
1.5 million d’habitants, soit dix fois plus qu’à l’indé‑ et soutenir les mesures à prendre pour améliorer leur
pendance de la Sierra Leone en 1961. Durant la guerre capacité de préparation aux catastrophes, en particu‑
civile qui a frappé le pays dans les années 1990, une lier contre les risques liés aux inondations annuelles.
grande partie de la population a fui vers la capitale. On Nous avons également travaillé à renforcer la géné‑
a construit sur des terrains auparavant inutilisés pour ration de recettes de la municipalité, en prenant les
le logement ‑ et la majorité s’est définitivement instal‑ initiatives nécessaires pour instaurer un régime de fis‑
lée. La ville s’est étendue pour faire face à cet afflux, calité foncière numérique et à points. Une initiative a
sans toutefois s’appuyer sur une quelconque stratégie été proposée pour faire en sorte que la charge fiscale
urbaine ou plan. Malgré ce manque de planification, soit répartie plus équitablement et que le prélève‑
depuis déjà deux décennies, la ville contribue à plus ment des impôts soit plus efficace : autant de mesures
d’un quart du produit intérieur brut (PIB) national, qui devraient permettre de quintupler les revenus et
selon un rapport de la Banque mondiale de 2019, réaf‑ qui pourraient soutenir d’autres améliorations dont
firmant l’importance de Freetown en tant que moteur bénéficieraient les résidents urbains. Cependant,
de croissance potentiel du pays. cette initiative a été reportée jusqu’à nouvel ordre, en
Cela dit, en raison d’un manque de planification premier lieu en raison de la suspension par le gouver‑
urbaine, les villes risquent de devenir des goulots nement central de la collecte des impôts fonciers en
d’étranglement faisant obstacle à la croissance, soit un 2020 et, en second lieu, et ce plus récemment, en raison
défi majeur auquel la ville doit faire face. Malgré l’im‑ d’une résistance institutionnelle interne.
portance économique nationale de Freetown, la ville Enfin, tout en reconnaissant que les défis que
est mal desservie, surpeuplée et vulnérable aux risques posent la planification urbaine et le logement appellent
naturels ; autant de défis qui ne feront que croître à une intervention soutenue sur le long terme, nous
dans les décennies à venir en raison de l’accroisse‑ avons déployé de grands efforts pour améliorer la
ment démographique de la Sierra Leone et des impacts condition des quartiers informels ainsi que pour
du changement climatique qui seront plus vivement coordonner et améliorer les normes et efforts de plani‑
ressentis par les habitants. La ville connaît déjà une fication. Ces efforts ne pourront être mis à profit que si
pénurie chronique de logements abordables et de et quand l’aménagement du territoire et la délivrance
terrains. Selon les dernières estimations, le déficit de des permis de construire seront transférés du minis‑
logements serait de 166 000 unités, et pourrait même tère des Terres, du Logement et de l’Aménagement
atteindre 280 000 unités au cours des deux prochaines du territoire aux gouvernements locaux. Par ailleurs,
décennies. Un nombre considérable d’habitants vivent l’initiative du gouvernement de créer un diplôme de
au sein des plus de 70 quartiers informels de la ville qui maîtrise en aménagement urbain à l’Université de
sont éloignés des services de base, souvent situés dans Njala ne fera que conforter ces objectifs, et confirmer
des zones à risque exposées aux inondations. l’importance accordée à ce domaine critique.
Depuis mon élection en tant que Maire en mars L’accent que nous mettons sur le développement
2018, le Conseil municipal de Freetown a pris des humain vise à créer des emplois, améliorer l’accès à
mesures concertées pour améliorer les conditions de l’éducation, développer les compétences des résidents
ces zones. L’agenda Transform Freetown (transformer et aider les personnes handicapées vivant dans ces
Freetown) (2019‑22), élaboré suivant un processus zones à relever les défis auxquels elles sont confrontées.
de consultation interactive, a identifié quatre clusters Beaucoup de Freetoniens s’en remettent à l’économie
prioritaires – la résilience, le développement humain, informelle pour assurer leur revenu quotidien. Leur
la santé et la mobilité urbaine – à travers lesquels nous condition de vie a été bouleversée par la pandémie de
canalisons nos interventions. COVID‑19, qui a entraîné dans son sillage des mesures
La résilience englobe trois domaines – la gestion du type couvre‑feu et une réduction du nombre de pas‑
de l’environnement, la mobilisation de revenus, et la sagers dans les transports publics et privés. La création
planification urbaine, qui comprend les logements. d’emplois formels dans le secteur du tourisme – un sec‑
Depuis 2019, nous avons travaillé de très près avec les teur reconnu aussi bien par le gouvernement central
que par l’agenda Transform Freetown comme étant un bon fonctionnement de la ville n’est pas membre du
potentiel domaine de croissance – a aussi été sensible‑ parti politique au pouvoir. En Sierra Leone, où les
ment touchée par la pandémie. loyautés et les clivages politiques sont particulière‑
La santé, l’eau et l’assainissement sont les trois ment prononcés, cette situation continue à provoquer
composantes du troisième groupe de priorités d’une des blocages.
ville saine. L’amélioration de l’accès aux services tels Malgré le transfert des pouvoirs énoncé dans
que l’approvisionnement en eau et l’élimination effi‑ le 2004 Local Government Act (Loi de 2004 sur l’ad‑
cace des déchets sont essentiels au développement ministration locale), ces mesures ne se sont toujours
d’un environnement plus favorable et propice à l’épa‑ pas matérialisées. Les ministères compétents de l’ad‑
nouissement économique des citoyens. S’inscrit dans ministration centrale − par exemple, le ministère des
ce cadre le cluster mobilité urbaine, dont le but est Administrations locales et du Développement rural et
de décongestionner le quartier d’affaires par le biais le ministère des Terres, du Logement et de l’Aména‑
d’ambitieux projets de transport public tels que l’ini‑ gement du territoire − ont pour mission de fixer les
tiative Freetown Cable Car (initiative Téléphérique de orientations générales des politiques. Pour autant, le
Freetown). Sur la base d’un examen d’études compa‑ manque de dialogue, de coordination et d’engagement
rables, le système de téléphérique de Freetown peut politique ne font que retarder et entraver l’application
servir de connecteur inclusif pour les communautés effective des politiques et décisions proposées.
souffrant de sous‑investissements dans des régions Le Conseil municipal de Freetown mène un
et/ou difficilement accessibles. Des plans sont égale‑ nombre d’initiatives croissant pour stimuler la trans‑
ment en cours pour revitaliser le quartier des affaires, formation économique de la ville. La planification est
financés par un partenariat de ville à ville avec Zurich une partie essentielle de tout effort de développement
(Suisse). Ce financement soutiendra techniquement d’une ville. Cependant, à Freetown, il est impossible
et financièrement un programme de promotion de la d’en assurer effectivement la réalisation, lorsque la poli‑
marche à pied en améliorant les voies piétonnes, en tique influence les initiatives. Ce sont les Freetoniens
réintroduisant l’éclairage publics et des aires de sta‑ eux‑mêmes qui, plus que d’autres, en ressentent les
tionnement sous surveillance. conséquences. En dernier ressort, ils se tournent vers
Cependant, pour concrétiser tous ces chan‑ la ville dans l’espoir d’y trouver de meilleurs services,
tiers, le conseil municipal ne peut agir et réussir seul. un encombrement moindre et des initiatives capables
Nous devons œuvrer en étroite collaboration avec les d’atténuer les vulnérabilités climatiques et d’améliorer
ministères, les départements et les agences de l’admi‑ les opportunités économiques. Freetown a toujours le
nistration centrale si l’on veut mener des interventions potentiel de devenir un moteur de croissance mais, à
cohérentes et communes. Or, cette démarche constitue l’instar de bon nombre d’initiatives en Sierra Leone, un
le plus grand obstacle à la transformation de Freetown manquement à concrétiser les plans envisagés − sur‑
d’un moteur de croissance potentiel en un moteur de tout en ce qui concerne la planification urbaine et la
croissance réel. Comme c’est le cas dans bien d’autres délivrance de permis de construire − continue de frei‑
villes d’Afrique − entre autres Dakar et Kampala − le ner les ambitions de la ville.
représentant d’un parti politique élu pour assurer le
Notes
1 Aussi Nouveau Programme pour les villes des Nations Unies (https://habitat3.org/wp-content/uploads/NUA-French.pdf)
2 Se reporter à l’analyse du Bureau régional pour l’Afrique du PNUD (2021) Analysing long‑term socio‑economic impacts of COVID‑19 across diverse
African contexts, United Nations Development Programme, Johannesburg, qui apporte une réflexion réaliste et nuancée.
3 Ces dynamiques sont présentées ailleurs : Pieterse, E (2018[45]), “The Politics of Governing African Urban Spaces”, International Development Policy /
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