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Vit 6

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II.

Les vitamines
E. Grasset
6. Les vitamines

La nomenclature peut, au début, prêter à


es vitamines sont des sub- confusion car, à côté des dénominations chi-

L stances organiques, sans


valeur énergétique propre, qui
sont nécessaires à l’organisme
miques des molécules, des notations abrégées
sous forme de lettre sont également utilisées.
De même les unités sont parfois exprimées en
et que l’homme ne peut synthétiser en unités internationales. La nomenclature utili-
quantité suffisante. Elles doivent être four- sée est indiquée dans le tableau I.
nies par l’alimentation. Treize substances Il est habituel de regrouper les vitamines
répondent à cette définition. Il s’agit d’un selon leur solubilité et d’opposer les vita-
groupe de molécules chimiquement très mines liposolubles aux vitamines hydroso-
hétérogènes. Ce sont des substances de lubles. Cette classification correspond à des
faible poids moléculaire. propriétés différentes. Schématiquement les
Certaines d’entre elles ont des structures vitamines liposolubles sont absorbées en
proches de celles d’autres composés orga- même temps que les graisses et seront stoc-
niques : sucres pour la vitamine C, hor- kées. Par contre, à l’exception de la vitami-
mones stéroïdes pour la vitamine D, por- ne B12, les vitamines hydrosolubles ne sont
phyrines pour la vitamine B12. pas stockées de manière prolongée et les
apports excédentaires sont excrétés dans les
urines.

DÉFINITION
ET NOMENCLATURE
GÉNÉRALITÉS
Éthymologiquement, « amines nécessaires
à la vie », les vitamines ont en fait des struc- ➛ Comment ont été reconnues les
tures variées et ne sont pas toutes des diverses vitamines ? Comment ont été
amines. Contrairement aux nutriments habi- analysées leurs fonctions ?
tuels utilisés pour la production d’énergie ou La première étape a consisté à identifier
incorporés au cours de la synthèse des des carences cliniques chez l’homme (scor-
constituants de l’organisme (glucides, acides but, béri-béri) ou chez l’animal et à montrer
aminés ou acides gras essentiels), les besoins que ces signes de carence pouvaient être
quotidiens en vitamines ne sont que de prévenus ou supprimés par l’administration
quelques fractions de microgramme à d’une substance organique. Il s’agissait
quelques milligrammes. Ceci est dû au fait donc d’étudier des « vitamino-défi-
que la plupart agissent comme des coen- ciences ». Certains signes cliniques de vita-
zymes ou des cofacteurs au cours des réac- mino-déficiences ont été mieux identifiés
tions enzymatiques. A la différence des chez l’homme du fait de l’apparition des
oligo-éléments, ce sont des substances orga- techniques d’alimentation artificielle (paren-
niques. Les vitamines doivent être apportées térale exclusive prolongée) qui ont permis
en faible quantité dans l’alimentation. de préciser les besoins. Alors que les défi-
Quelques vitamines font exception car il ciences spontanées étaient rares et asso-
existe pour elles d’autres sources pouvant ciaient souvent des carences multiples, des
remplacer les apports alimentaires : exposi- omissions isolées d’une vitamine dans un
tion de la peau aux ultra-violets solaires pour mélange nutritif artificiel utilisé au long
la vitamine D, synthèse à partir du trypto- cours ont permis de préciser les consé-
phane pour la niacine, synthèse par la flore quences d’une vitamino-déficience pure et
microbienne digestive pour la vitamine K. les apports nécessaires.

135
E. Grasset

Molécule Abréviation Unité usuelle


VITAMINES HYDROSOLUBLES
Thiamine Vitamine B1 mg
Riboflavine Vitamine B2 mg
Acide pantothénique Vitamine B5* mg
Pyridoxine Vitamine B6 mg
Niacine Vitamine PP
Vitamiou B3* mg
Acide folique Vitamine B 9 µg
Cobalamine Vitamine B12 µg
Acide ascorbique Vitamine C mg
Biotine Vitamine H ou B8 µg
VITAMINES LIPOSOLUBLES
Rétinol Vitamine A unité internationale
1 UI = 0,3 µg
Calciférol Vitamine D unité internationale
1 UI = 0,025 µg
Tocophérol Vitamine E unité internationale
1 UI = 1 mg acétate
dl alpha-tocophérol
Phytoménadione Vitamine K1 µg
Phylloquinone
* Attention, dénomination à éviter car aux USA vitamine B3 = acide pantothénique.

L’étude de certaines maladies métabo- de synthèse a pu être perdue ou acquise plus


liques a également permis de bien mieux ou moins tôt au cours de l’évolution. Ainsi,
connaître les fonctions de certaines vita- la possibilité de synthèse de la vitamine B12
mines : il s’agit des « vitamino-dépen- en utilisant le cobalt est limitée aux bacté-
dances ». Sous alimentation normale, il ries. Par contre la possibilité de synthèse de
existe des anomalies cliniques ou biolo- la vitamine C (acide ascorbique) à partir du
giques qui disparaissent grâce à un apport glucose semble n’avoir été perdue que beau-
très important d’une vitamine. Ceci peut coup plus tard, chez les primates et le
être dû à une anomalie de l’enzyme, par cochon d’Inde : le rat ne pourrait donc pas
exemple diminution de l’affinité pour le être utilisé pour étudier l’effet d’une caren-
coenzyme dérivé de la vitamine, ou à ce. L’utilisation de souches microbiennes
d’autres anomalies telles qu’une modifica- dépourvues de la possibilité de synthèse de
tion de la biodisponibilité ou du métabolis- certaines vitamines et dépendant donc
me de la vitamine. d’elles pour leur croissance est le principe
Avoir besoin d’une vitamine correspond à sur lequel reposent les méthodes bactériolo-
l’équivalent d’une maladie métabolique : giques de dosage des vitamines.
l’organisme n’est pas capable de synthétiser Les principales fonctions des vitamines et
une substance qui devient essentielle et limi- les conséquences cliniques d’une carence
tante. Toutes les espèces n’ont pas forcément sont très schématiquement rappelées dans le
besoin des mêmes vitamines. La possibilité tableau II.

136
6. Les vitamines

Tableau II
Principales fonctions des vitamines
Conséquences cliniques d’une carence

Molécule Fonctions (exemples) /


Conséquence clinique d’une carence
Thiamine céto-acides déshydrogénases (ex. pyruvate déshydrogénase) sous forme de
thiamine pyrophoshate
Béri-Béri, encéphalopathie alcoolique (Gayet-Wernicke)
Riboflavine oxydo-réductions (mitochondrie)
catabolisme sous forme de FMN et de FAD
Lésions muqueuses et cutanées (lèvres, bouche, langue...).
Acide pantothénique métabolisme acétyl et autres acyl sous forme de coenzyme A
Anomalies neurologiques, paresthésies (?)
Pyridoxine métabolisme des acides aminés (décarboxylation, transamination)
Anomalies cutanées, crises convulsives
Niacine oxydo-réduction (NAD, NADP)
Pellagre (dermatite photosensible, troubles neurologiques)
Acide folique métabolisme groupements méthyl, synthèse des acides nucléiques (avec
vit. B12)
Anémie mégaloblastique
Cobalamine métabolisme groupements méthyl synthèse acides nucléiques (avec ac.
folique)
Anémie mégaloblastique
Acide ascorbique réactions d’oxydo-réduction, hydroxylation
Scorbut, Maladie de Barlow (nourrisson)
Biotine carboxylases biotine-dépendantes
Dermatite, alopécie
Rétinol synthèse de la rhodopsine (vision), multiplication et division cellulaire
Xérophtalmie (carence majeure), diminution adaptation à la vision noc-
turne
Calciférol métabolisme phosphocalcique sous forme 1,25(OH)2 vitamine D (calci-
triol)
Rachitisme, ostéomalacie
Tocophérol anti-oxydant
Anémie hémolytique du prématuré, neuropathie avec ataxie (malabsorp-
tion majeure)
Phytoménadione carboxylation post-traductionnelle des protéines (facteurs de coagulation)
Phylloquinone Maladie hémorragique du nouveau-né

137
E. Grasset

MÉTABOLISME DES Les mécanismes d’absorption sont de


connaissance beaucoup plus récente, les
VITAMINES progrès en ce domaine étant largement liés
au progrès des méthodes d’études. En effet,
en accord avec le caractère limité des
➛ Absorption besoins quotidiens, beaucoup de sytèmes de
Les sites d’absorption des vitamines sont transports actifs ont une très grande affinité
précisés dans le tableau III. Comme la plu- (micromole ou moins) mais une capacité
part des nutriments, beaucoup de vitamines maxima de transport limitée. Il faut donc
hydrosolubles sont surtout absorbées au travailler à des concentrations faibles et uti-
niveau de l’intestin proximal. Certaines liser des méthodes sensibles (utilisation
vitamines ont un site d’absorption unique d’isotopes radioactifs). Comme un système
(vitamine B12 : iléon terminal) ce qui a des de diffusion passive coexiste souvent avec
conséquences cliniques importantes. le sytème de transport actif, en cas d’étude

Tableau III
Absorption digestive des vitamines : quel site ou quelle fonction pour quelle vitamine ?

Estomac vitamine B12


Foie
Stockage vitamine B12
Sécrétion biliaire vitamines liposolubles
Pancréas exocrine vitamine B12
vitamines liposolubles
Intestin grêle vitamines liposolubles
(absorption, resynthèse)
Jéjunum acide folique
Iléon terminal vitamine B12
absorption des acides biliaires (pool nécessaire à l’absorption des
vitamines liposolubles)
Flore microbienne présente synthèse de la vitamine K et de la biotine
Système lymphatique
Fonctionnel vitamines liposolubles

à concentration trop élevée (par exemple l’absorption des vitamines peut mettre en
10-4, 10-3 M), le sytème de transport actif jeu des étapes successives spécifiques et
est saturé et masqué par une diffusion lar- limitantes ; une perturbation peut entraîner
gement prépondérante. En cas d’étude in une malabsorption et donc une carence.
vitro, la possibilité d’accumulation intra- L’absorption des vitamines liposolubles
entérocytaire contre un gradient de concen- est très liée à celle des lipides dont elle suit
tration n’est plus visible. Ces mécanismes les différentes étapes (hydrolyse intralumi-
de transport sont résumés dans le nale sous l’action de la lipase pancréatique
tableau IV. Ce tableau illustre également après émulsification par les sels biliaires,
l’importance du métabolisme intraluminal absorption, réestérification, incorporation
et entérocytaire de ces vitamines. Ceci n’a dans les lipoprotéines, excrétion dans la
pas qu’un intérêt théorique : la digestion et lymphe sous forme de chylomicron). Leur

138
6. Les vitamines

Tableau IV
Absorption digestive des vitamines : étapes spécifiques au niveau de l’intestin

Vitamine Transport spécifique Métabolisme


Ac. ascorbique Actif couplé au sodium
Thiamine Actif faible capacité Hydrolyse de thiamine-phosphate
Niacine Actif couplé au sodium Hydrolyse des nucléotides avant
absorption
Pyridoxine Diffusion passive Phosphorylation intracellulaire
(forme libre) (accumulation des formes phosphorylées)
Biotine Actif couplé au sodium Biotine libérée de biocytine par
biotinidase (pancréas, intestin)
Ac. folique Actif couplé au H+ Hydrolyse des formes conjuguées
(ptéroyl-polyglutamate)
Ac. folique + lait Absorption avec protéine Hydrolase (bordure en brosse intestinale)
de liaison
Cobalamine Actif Liaison avec transcobalamine II
liaison avec facteur avant sortie
intrinsèque préalable
Pyridoxine Phosphorylation avant sortie
Vitamine A rétinol Réestérification après absorption
Béta-carotène clivage en rétinal (carotène dioxygénase)

absorption sera diminuée en cas de malab- (phosphorylation, liaison à l’enzyme...). Les


sorption des lipides et sensible aux modifi- vitamines anti-oxydantes (vitamines C et E)
cation des lipides ingérés (par exemple sont actives sous leur forme naturelle.
l’utilisation de triglycérides à chaîne
moyenne dont l’absorption préférentielle ➛ Distribution Stockage, élimination
vers le sang portal est préservée en cas Le tableau VI résume les données
d’anomalie de la digestion va augmenter concernant la distribution et le stockage des
l’absorption des vitamines liposolubles et vitamines. Schématiquement ces caractéris-
l’orienter également vers le sang portal et le tiques varient entre deux extrêmes : cer-
foie). L’absorption intestinale de la vita- taines vitamines hydrosolubles (vitamine C,
mine E est moins efficace que celle des thiamine) ne peuvent pas être stockées. Un
autres vitamines liposolubles (moins de la apport régulier est indispensable. La vitami-
moitié est absorbée). Ceci explique qu’en ne C est absorbée au niveau du jéjunum par
cas de malabsorption sévère des lipides, la un mécanisme de transport actif, couplé au
carence en vitamine E peut être au premier sodium, similaire à celui décrit pour le glu-
plan. Ceci explique aussi, dans ce cas, la cose mais distinct de celui-ci. Ce mécanis-
nécessité de complémentation systématique. me est saturable. Il est apparu chez les
espèces qui ne peuvent synthétiser la vita-
➛ Formes actives mine C. Il existe également un système de
Les formes actives sont représentées dans réabsorption active au niveau du tubule
le tableau V. Schématiquement les vita- rénal, système lui aussi saturable. L’élimi-
mines subissent souvent une transformation nation se fait surtout sous forme d’ascorbate
avant de remplir les fonctions de coenzyme et d’oxalate. Néanmoins comme la forma-

139
E. Grasset

Tableau V
Vitamines : formes actives

Molécule Formes actives


Thiamine Thiamine diphosphate
(Thiamine pyrophosphate, PP)
Riboflavine Flavine Mononucléotide (FMN)
Flavine Adénine Dinucléotide (FAD)
Acide pantothénique Coenzyme A
Acyl-Carrier Protein (ACP)
Pyridoxine Phophate de pyridoxal
Niacine Nicotinamide Adénine Dinucléotide (NAD+)
NAD Phosphate (NADP+)
Acide folique Tétrahydrofolate
Cobalamine Méthylcobalamine
Déoxyadénosylcobalamine
Acide ascorbique Acide ascorbique
Biotine Enzyme à carboxybiotine
Rétinol Rétinol (régulation expression génique)
Rétinal (rhodopsine)
Acide rétinoïque (glycosylation)
Calciférol 1,25-dihydroxycholécalciférol
1,25(OH)2D3
Tocophérol D-alpha-tocophérol + autres dérivés
Phytoménadione Hydroquinone (vitamine K réduite)
Phylloquinone

140
6. Les vitamines

Tableau VI
Vitamines : distribution, stockage

Molécule Distribution
Thiamine Phosphorylée : 3/4 (globules rouges et leucocytes +++)
Libre : 1/4 (plasma, concentration faible)
Organes : forme phosphorylée
Pas de stockage
Riboflavine Liée aux protéines plasmatiques (FMN) intracellulaire (érythrocytes >
plasma, tissus ; surtout sous forme de FAD)
Demi-vie intracellulaire longue en cas de carence d’apport, déplétion diffi-
cile à réaliser chez l’homme
Acide pantothénique Coenzyme A intratissulaire (muscle, cœur, foie, taux bien conservés grâce
à un système d’accumulation intracellulaire active)
Pyridoxine Phosphate de pyridoxal (foie, muscle ; demi-vie longue)
Niacine NAD et NADP dans les cellules sanguines et tissus (foie)
Synthèse à partir du tryptophane+++
(tryptophane dioxygénase, 60 mg Trp ➛ 1 mg Niacine)
Acide folique CH3-Tétrahydrofolate, lié aux protéines plasmatiques, érythrocytes > plas-
ma
Stockage hépatique (formes non méthylées) mais cycle entéro-hépatique
majeur+++
Cobalamine PLASMA : après absorption liaison à transcobalamine II (TC II, t1/2=1,5 h) ;
90 % liée à TCI, t1/2= 7-10 j) ;
TCIII (t1/2= 5 mn) permets retour vers le foie, stocks hépatiques suffisants
pour plusieurs mois+++, cycle entérohépatique
Acide ascorbique Plasma : libre+++ et liée à l’albumine, concentration dans les leucocytes,
pas de stockage
Biotine Plasma : libre et liée
Tissus : enzyme à carboxybiotine
Rétinol Rétinol lié à Retinol Binding Protein
Stockage hépatique (rétinyl-palmitate) dans gouttelettes lipidiques
Calciférol Plasma : 25(OH)2D3 (t1/2 3 semaines)
Tocophérol Lipoprotéines plasmatiques membranes cellulaires (t1/2 varie de quelques
jours à 3 mois selon les tissus)
Phytoménadione Liaison aux lipoprotéines plasmatiques (VLDL), cycle entéro-hépatique+++
Phylloquinone

141
E. Grasset

90

80

70

% excrété inchangé
60

50

40

30

20

10

0
0 200 400 600 800 1 000 1 200 1 400 1 600 1 800 2 000
Posologie (mg/jour)

Figure 1.
Relation entre l’élimination urinaire de vitamine C et la dose ingérée, effet de doses élevées
(d’après Kallner A, Hartman D, Hornig et al. Am J Clin Nutr 1979 ; 32 : 530-9)

tion d’oxalate est très limitée, l’ingestion de un coenzyme. L’holoenzyme, qui possède
fortes doses de vitamine C entraîne surtout l’activité complète résulte de l’association
une augmentation de son excrétion sous d’un apoenzyme, protéique, et d’un coenzy-
forme inchangée (figure 1). Dans certains me qui lui est lié. Si le coenzyme est lié par
tissus comme les glandes surrénales, la une liaison covalente, il sera dénommé
concentration d’acide ascorbique est supé- « groupement prosthétique ». Un coenzyme
rieure à celle du plasma. peut jouer un rôle de cosubstrat : il subira
L’autre extrême est représenté par des vita- exactement la réaction inverse de celle que
mines telle que la vitamine B12, que l’orga- subit le substrat (réactions d’oxydo-réduc-
nisme peut stocker de manière importante. Il tion : NAD, transamination : phosphate de
faudra des mois de carence d’apport (régime pyridoxal).
végétalien strict) pour épuiser les réserves. L’étude du mécanisme de la décarboxyla-
Alors que les excès de vitamines hydro- tion du pyruvate permet de bien illustrer les
solubles sont souvent éliminées par voie fonctions des vitamines et leur rôle en
urinaire, ce n’est pas le cas des vitamines pathologie (figure 2).
liposolubles, en particulier de la vitamine Le complexe enzymatique de la pyruvate-
A qui est stockée, ce qui contribue à la déshydrogénase catalyse la transformation
toxicité potentielle de doses excessives. du pyruvate, CH3-CO-COOH, en acétyl-
Coenzyme A. Cette enzyme localisée au
niveau de la mitochondrie contrôle donc
l’accès des métabolites du glucose au cycle
RÔLE PHYSIOLOGIQUE de Krebs. En fait cette réaction met en jeu
3 enzymes successives et 5 coenzymes dont
DES VITAMINES 4 sont, chez l’homme, des dérivés de vita-
mines : thiamine pyrophosphate (TPP dérivé
de vitamine B1), flavine-adénine-dinucléoti-
➛ Fonction coenzymatique de (FAD, dérivé de la vitamine B2), coen-
De nombreux enzymes nécessitent une zyme A (dérivé de l’acide pantothénique),
autre molécule de faible poids moléculaire : nicotinamide dinucléotide (NAD, dérivé de

142
6. Les vitamines

Pyruvate-déshydrogénase

CH3 - CO-COOH+ H+ + TPP ➛ Enz - CHOH - CH2 + CO2

Pyruvate-déshydrogénase

CHOH - CH2 + Acide lipoïque ➛ TPP + CH3 - CO - Ac lip - Enz

Dihydrolipoyl transacétylase

CH3 -CO - Ac lip - Enz + CoA - SH ➛ CoA - S - CO - CH3

Dihydrolipoyl transacétylase
Dihydrolipoyl déshydrogénase

Enz - Acide lipoïque oxydé Enz - Acide lipoïque réduit


+ ➛ +
Enz - FAD Enz - FADH2

Dihydrolipoyl déshydrogénase
Enz - FADH2 + NADH2 ➛ Enz - FAD + NADH + H+

Figure 2
Décarboxylation oxydative du pyruvate. Intervention des coenzymes dérivés
des diverses vitamines au sein du complexe pyruvate-déshydrogénase.

la vitamine PP) et acide lipoïque qui, lui, formes : phylloquinone (vitamine K1) obte-
n’est pas une vitamine. nue à partir des plantes et ménaquinone
Le NADP intervient dans le cycle des (vitamine K2) d’origine bactérienne. La
pentoses (génération de NADPH), dans la ménadione (vitamine K3) est d’origine syn-
synthèse et l’élongation des acides gras (uti- thétique. Cette vitamine est indispensable
lisation du NADPH) au maintien de niveaux normaux de certains
La pyridoxine (vitamine B6) est un bon facteurs de coagulation : facteurs II, VII, IX
exemple de vitamine fonctionnant comme et X (prothrombine, proconvertine, facteur
coenzyme. La forme active est le phosphate anti-hémophilique B, facteur Stuart). Ces
de pyridoxal synthétisé grâce à la pyri- facteurs sont synthétisés par le foie sous
doxal-kinase présente dans la plupart des forme inactive. La transformation en dérivés
tissus. C’est le cofacteur des décarboxylases actifs nécessite une étape post-translation-
et des transaminases. Il doit être présent au nelle : transformation des résidus glutamine
voisinage immédiat des sites catalytiques en gamma-carboxyglutamate par une car-
des enzymes car la première étape de ces boxylase dépendant de la vitamine K. Ces
réactions est la création d’une base de fonctions gamma-carboxyglutamate porteurs
Schiff entre sa fonction aldéhyde et le grou- de deux carboxyles (charges négatives) sont
pe alpha-aminé de l’acide aminé (figure 3) ; très nombreuses au niveau de la prothrom-
les trois autres liaisons du carbone pourront bine et expliquent son interaction avec l’ion
alors faire l’objet de transamination ou de Ca++. D’autres protéines qui lient le calcium
décarboxylation. Il intervient également subissent la même réaction : l’ostéocalcine,
dans d’autres réactions (désaminases, aldo- synthétisée par les ostéoblastes, subit la
lase...). même gamma-carboxylation.
La vitamine K se présente sous deux

143
E. Grasset

N – APOENZYME zyme. Elle agit comme anti-oxydant liposo-


luble. Il existe de nombreux isomères de
CH tocophérol possédant une chaîne latérale dif-
férente. Par ordre d’activité décroissante ce
AA1 AA2 sont le D-alpha-tocophérol, le D-béta-toco-
H
RC – COO- phérol, le D-gamma-tocophérol, le D-delta-
tocophérol. Le standard (1 UI) correspond à
N 1 mg d’acétate de DL-alpha-tocophérol. Les
tocophérols sont lipophiles et fonctionnent
CH
comme des antioxydants puissants, aussi bien
dans les membranes cellulaires qu’au niveau
RC – COO-
des lipoprotéines plasmatiques. Le mécanis-
N me de l’effet antioxydant, par réaction avec
un ion peroxyde, est illustré dans la figure 4.
Comme les réactions de peroxydation inter-
CA1 CA2 viennent au niveau des doubles liaisons des
NH2 acides gras, les besoins en vitamine E aug-
CH2
mentnent en cas d’ingestion de grandes quan-
HO tités d’acides gras poly-insaturés.
CH2 – (P) + APOENZ – NH2
De même que la figure 2 (pyruvate
déshydrogénase), la figure 4 montre que
Figure 3 plusieurs vitamines contribuent souvent à la
même voie métabolique ou fonction. Ainsi
Rôle du phosphate de pyridoxal au cours de la
transamination d’un acide alpha-aminé. L’acide la vitamine E, le béta-carotène et l’acide
aminé 1 (AA1) ascorbique sont tous les trois des anti-oxy-
est transformé en céto-analogue 1, dants. Comme ils sont plus ou moins hydro-
le céto-analogue 2 en acide aminé philes (la vitamine E est la molécule la plus
lipophile des trois), ils agissent en synergie
au niveau des divers composants de l’orga-
➛ Transport de protons et d’électrons nisme. D’autres enzymes nécessitants des
L’acide ascorbique agit comme anti-oxy- oligo-élements (sélénium, zinc) sont égale-
dant. Il s’agit d’un agent réducteur qui, sous ment mises en jeu au cours des réactions
forme oxydée, est transformé en acide d’oxydo-réduction.
déhydro-ascorbique. L’acide ascorbique est
un donneur d’équivalent réduit. L’acide ➛ Fonctions de type hormonal
déhydro-ascorbique ainsi formé peut servir Vitamine D et vitamine A agissent selon
de source de vitamine. Du fait de son un mécanisme similaire à celui des hor-
potentiel d’oxydo-réduction, l’acide ascor- mones stéroïdiennes : liaison à un récepteur
bique est capable de réduire l’oxygène cytosolique puis à un récepteur nucléaire,
moléculaire et les cytochromes a et c. modification de la synthèse protéique. Ainsi
La vitamine C est nécessaire au cours de la vitamine D est une prohormone. La vita-
différentes réactions : hydroxylation de la mine D3 subit une hydroxylation en posi-
proline (formation du collagène), dégrada- tion 25 au niveau des microsomes hépa-
tion de la tyrosine, synthèse de la noradré- tiques pour former le 25(OH)D3, forme cir-
naline (dopamine béta-hydroxylase). culante principale. Une hydroxylation sup-
plémentaire en 1,25(OH)2D3, calcitriol, peut
➛ Stabilisation des membranes être effectuée au niveau des mitochondries
La vitamine E représente une exception du tubule rénal. Cette réaction est sous
car on ne lui connaît pas de fonction de coen- contrôle hormonal. Le calcitriol se lie au

144
6. Les vitamines

CH3 – apparition de manifestations cliniques ;


Alpha-tocophérol – apparition de lésions anatomo-cliniques
OH
irréversibles.
R
La durée de la phase infraclinique est
CH3 variable et dépend largement des possibilités
O
CH3
de stockage par rapport aux besoins quo-
tiens. Vitamine B12 et vitamine A peuvent
ROO* mono-dehydro-ascorbate
être stockées abondamment dans le foie, il
Peroxyde faudra une carence d’apport prolongée (mois
ROOH acide ascorbique
chez le nouveau-né, années chez l’adulte)
pour épuiser ces réserves. Dans d’autres cas
CH3 (vitamine C, thiamine), quelques semaines
Alpha-tocophéryl
Alpha-tocophérol seront suffisantes.
O*
Certaines carences produisent des
R tableaux cliniques assez spécifiques
CH3
(tableau II) d’autres non (troubles cutanés
O
communs aux vitamines du groupe B). Mal-
CH3
gré leur rôle central dans le métabolisme
Figure 4 cellulaire, des carences en certaines vita-
Réduction d’un radical peroxyde au sein d’un mines ne s’expriment paradoxalement que
acide gras par l’alpha-tocophérol (vitamine E). par des signes non spécifiques et sans
L’alpha-tocophéryl ainsi formé est réduit en caractère majeur de gravité (par exemple :
alpha-tocophérol par oxydation de l’acide ascor- acide pantothénique).
bique (vitamine C)
La recherche de signes biologiques de
carence en vitamine peut faire appel à deux
niveau de nombreux tissus à un récepteur types d’approche : mesurer directement le
de la même catégorie que les récepteurs sté- niveau de vitamines ou de métabolites dans
roïdiens. Ce récepteur augmente la trans- un pool représentatif ou mesurer une fonc-
cription de plusieurs protéines dont des pro- tion qui dépend d’une vitamine.
téines à forte affinité pour le calcium (Cal- Par exemple l’acide folique et ses dérivés
cium Binding Proteins) au niveau de la peuvent être mesurés dans le plasma et les
peau, des os mais surtout de l’intestin. Il érythrocytes, en effet une anémie mégalocy-
stimule l’absorption digestive du calcium. taire n’apparaîtra qu’à un stade de carence
beaucoup plus avancé. Inversement, pour la
vitamine B1 (thiamine) des mesures fonc-
tionnelles effectuées in vitro et in vivo sont
PHYSIOPATHOLOGIE très sensibles. In vivo, il s’agira de la mesure
des taux plasmatiques d’acide pyruvique et
d’acide lactique (taux qui s’élèvent en cas
➛ Histoire naturelle d’une vitamino-défi- d’apport de glucose, cf. figure 2). In vitro, il
cience s’agit de la mesure de l’activité transcétolase
La constitution d’une carence passe par sur sang entier ou érythrocytes. Il est pos-
plusieurs étapes : sible de mesurer cette activité avec ou sans
– diminution des réserves (diminution pro- addition de thiamine pyrophosphate. En cas
gressive du pool de l’organisme, il n’existe de déficience, l’addition de thiamine pyro-
pas de signes cliniques ou biologiques) ; phosphate exogène entraînera une augmenta-
– apparition de signes biologiques (par tion importante de cette activité, de plus de
exemple diminution d’une activité enzyma- 20 %. Ceci montre que le taux de vitamine
tique) ; est bien le facteur limitant.

145
E. Grasset

➛ Mécanismes étudier, dans une population, les apports qui


permettent de normaliser certains critères
➛ Réduction de l’apport ou diminuer certaines pathologies. Les cri-
Les vitamines sont apportées par l’ali- tères fonctionnels utilisés seront importants
mentation. En principe le besoin minimum pour définir les besoins : 10 mg d’acide
obligatoire correspond au remplacement des ascorbique permettent d’éviter l’apparition
pertes. Par exemple, en supposant que 85 % d’un scorbut alors que 60 mg par jour
de l’acide ascorbique est absorbé et en seront nécessaires pour obtenir chez 95 %
mesurant un turn-over quotidien (mesures de la population des taux plasmatiques
isotopiques) de l’ordre de 40 à 50 mg chez supérieurs à 4 ou 6 mg/l selon les âges. Ce
l’adulte, on aboutit à une recommandation type de discussion sur les méthodes qui ont
de l’ordre de 60 mg par jour. permis d’aboutir à des recommandations
A côté de cette méthode factorielle nutritionnelles adaptées à l’ensemble d’une
(apports = pertes x coefficient d’absorption population se retrouve pour de nombreux
+ marge de sécurité), une autre approche éléments. Lors d’une évaluation individuel-
pour définir les besoins minimum s’appuie le, un patient peut ingérer une quantité infé-
sur des données épidémiologiques. Ces rieure à ces recommandations destinées à
apports conseillés doivent satisfaire les couvrir la majorité d’une population et ne
besoins de la très grande majorité (95 % présenter aucune déficience. Des recom-
soit + 2 DS par rapport aux besoins moyens mandations ont été établies pour différents
qui conviendraient à 50 % de la population). pays. Un exemple est indiqué dans le
Les méthodes épidémiologiques consistent à tableau VII.
Tableau VII
Apports recommandés pour la population française (CNRS – CNERNA, 1992) :
apports conseillés pour les femmes adultes (donné à titre d’exemple)

Molécule Abréviation Apports recommandés

VITAMINES HYDROSOLUBLES
Thiamine Vitamine B1 1,3 mg
Riboflavine Vitamine B2 1,5 mg
Acide pantothénique 10 mg
Pyridoxine Vitamine B6 2 mg
Niacine Vitamine PP 15 mg
Acide folique Vitamine B 9 300 µg
Cobalamine Vitamine B12 3 µg
Acide ascorbique Vitamine C 80 mg
VITAMINES LIPOSOLUBLES
Rétinol Vitamine A 800 µg
Calciférol Vitamine D 10 µg = 400 UI
Tocophérol Vitamine E 18 UI = 12 mg
dl alpha-tocophérol
Phytoménadione Vitamine K1 35 µg
Phylloquinone
Ces recommandations concernent l’ensemble d’une population, il existe donc une marge de sécurité importante ;
pour un individu particulier des apports plus faibles peuvent être suffisants.

146
6. Les vitamines

Comme la notion de besoin minimum opti- départ, pour compenser les pertes liées à
mal pour une population dépend du critère certains procédés technologiques tels que la
utilisé pour estimer son statut, que les études stérilisation.
épidémiologiques sont lourdes et longues et Il est évident que la possibilité de surve-
enfin qu’une population est faite de groupes nues de carence d’apport dépend des para-
hétérogènes, il existe de nombreuses discus- mètres suivants : abondance de la vitamine
sions concernant l’intérêt potentiel ou non de dans des aliments très variés, capacité de
certaines supplémentations. synthèse bactérienne ou à partir d’autres
Les principales sources alimentaires sont sources, importance du stockage par rapport
rassemblées dans le tableau VIII. Il est aux besoins quotidiens.
généralement admis qu’une alimentation
diversifiée apporte les vitamines néces- ➛ Malabsorption
saires. Il peut ne plus en être de même en Les carences en vitamines sont souvent
cas de traitement médicamenteux ou de les conséquences de malabsorptions diges-
maladie diminuant l’absorption ou augmen- tives. Ceci a deux conséquences : en cas de
tant les besoins. Certains pays comme les déficience vitaminique (anémie macrocytai-
États-Unis supplémentent presque systéma- re, diminution des facteurs de la coagulation
tiquement les aliments courants (vitamines limitée aux facteurs vitamine K-dépen-
du groupe B pour les farines, vitamine D dants...) il faudra rechercher une anomalie
pour le lait), d’autres comme la France, digestive. Inversement, certaines anomalies
autorisent dans certains cas, la restauration digestives devront faire prévoir un risque
au niveau du taux présent dans l’aliment de accru de déficience (tableau III).

Tableau VIII
Vitamines : distribution, stockage

Vitamine Sources alimentaires


Thiamine Écorces de céréales, levures, viandes
Riboflavine Plantes (légumes à feuilles vertes), viandes, abats, lait....
Acide pantothénique Jaune d’œuf, plantes, viandes dont abats, levures...
Pyridoxine Nombreux aliments
Niacine Écorces de céréales, levures, viandes
60 mg de tryptophane ➛ 1 mg niacine
Acide folique Nombreux aliments (mais thermolabile) (levures, abats, légumes verts crus)
Cobalamine Viandes (dont foie)
produits fermentés
Acide ascorbique Fruits, légumes, certains abats
Biotine Nombreux aliments
Rétinol Vitamine A : beurre et produits de substitution (enrichis), foie, poissons
Béta-carotène : carottes, légumes verts, fruits
Calciférol Huiles de poissons
(UV ➛ synthèse cutanée +++)
Tocophérol Huiles végétales
Phytoménadione Légumes verts (choux, épinards)
Phylloquinone (bactéries du tube digestif +++)

147
E. Grasset

➛ Autres mécanismes malies du système nerveux central telles les


Influence des pathologies sur ces besoins, spina bifida.
exemples de l’acide folique et de la vitami- Des signes cliniques de déficience de
ne E. carence en vitamine E peuvent s’observer
L’acide folique (acide ptéroylglutamique) dans deux circonstances : chez le prématuré
n’est que peu stocké. En cas de carence et en cas de malabsorption digestive majeu-
d’apport les stocks seront épuisés après re des lipides (a-béta-lipoprotéinémie).
quelques mois. Les précurseurs apportés par Chez le prématuré, cette carence se tra-
l’alimentation sont sous forme de polygluta- duit par une anémie liée à une diminution
mates. Des conjuguases, dont une présente de la durée de vie des hématies. En cas d’a-
au niveau de la bordure en brosse des enté- béta-lipoprotéinémie, les anomalies neurolo-
rocytes de l’intestin grêle, permettent son giques (ataxie et rétinopathie) sont au pre-
absorption sous forme de monoglutamate. Il mier plan.
existe un système de transport intestinal En dehors de ces déficiences manifestes,
spécifique, cotransport activé par les gra- de nombreux autres travaux sont en cours
dients d’ion H+. (Ce mécanisme a été bien concernant les relations entre vitamine E et
étudié car il intervient également dans l’ab- pathologie. Une des voies les plus actives
sorption de certains médicaments utilisés en repose sur l’hypothèse suivante : certaines
chimiothérapie : les antifoliques comme le lipoprotéines (LDL) seraient d’autant plus
méthotrexate). Comme de plus il existe un athérogènes qu’elles seraient oxydées, leur
cycle entéro-hépatique, les quantités qui phagocytose par les macrophages étant le
sont absorbées chaque jour sont supérieures point de départ des mécanismes conduisant
aux quantités ingérées. Ainsi même si l’ap- à la formation des lésions athéromateuses.
port quotidien n’est que de Dans ce cas, la vitamine E pourrait dimi-
50 µg, c’est un minimum de 150 µg qui nuer ce phénomène initial en agissant au
devra être réabsorbé. Le fait qu’il existe niveau des lipoprotéines circulantes.
plusieurs étapes mettant en jeu l’entérocyte
et l’existence de ce cycle explique qu’une ➛ Relations entre une vitamine et les
maladie digestive avec lésion du grêle autres composants de l’alimentation :
comme la maladie coéliaque entraînera plus exemples de la niacine et de la biotine
rapidement une déficience qu’une simple La niacine présente une particularité
carence d’apport. remarquable : elle peut être synthétisée à
En liaison avec la vitamine B12, l’acide partir du tryptophane (environ 60 mg de
folique intervient dans la synthèse de tryptophane correspond à 1 mg de niacine).
l’ADN. Certaines conditions caractérisées Une carence particulière a été observée en
par un renouvellement cellulaire rapide cas d’alimentation très pauvre en viande et
comme une anémie hémolytique chronique comprenant essentiellement du maïs : la
(par exemple drépanocytose homozygote pellagre associant dermatite, diarrhée et
avec destruction accélérée des globules démence. La raison en est simple :
rouges nouvellement formés) augmentent – le maïs est très pauvre en tryptophane ;
les besoins en acide folique. L’administra- – la nicotinamide présente dans le maïs
tion d’une supplémentation devient alors est complexée et est très mal absorbée.
habituelle. Une autre circonstance se carac- La biotine est le coenzyme de plusieurs
térise par une synthèse cellulaire accrue : la carboxylases (transfert de groupement CO2).
grossesse. Il semble exister des arguments Elle est fixée sur les résidus lysine des
concordants pour penser que l’existence en enzymes sous forme de biocytine, 1-N-car-
début de grossesse au moment de l’organo- boxy-biotine. Malgré la rareté des défi-
genèse d’une carence maternelle en acide ciences, cette vitamine a fait l’objet de nom-
folique augmente le risque de certaines ano- breuses études pour les raisons suivantes :

148
6. Les vitamines

– Elle a fourni un exemple de relation CARACTÉRISTIQUES DE


entre alimentation et statut vitaminique : le
blanc d’œuf contient une glycoprotéine QUELQUES VITAMINES
thermosensible qui complexe la biotine,
l’avidine. L’ingestion prolongée d’une gran-
de quanitié d’œuf cru a ainsi pu entraîner Les fonctions de quelques vitamines sont
des carences en biotine. détaillées ci-dessous.
– Il existe des anomalies du métabolisme
qui peuvent être corrigées par administra-
tion de biotine. L’une de ces maladies (défi- THIAMINE (vitamine B1) :
cit multiple des carboxylases par déficit en une fonction coenzymatique
biotinidase) a permis de mieux comprendre à un secteur clef du métabolisme
un mécanisme de variation de la biodisponi- énergétique
bilité des vitamines. Du fait de l’absence de
biotinidase, la biotine reste fixée au niveau La forme active est le pyrophosphate de
de radicaux lysine. L’administration par thiamine qui intervient dans les réactions de
voie orale de biotine à large dose permet de décarboxylation oxydative des céto-acides
saturer ces sites et de rendre l’excès biodis- (alpha-cétoglutarate, pyruvate, céto-ana-
ponible sous forme libre. logues des acides aminés ramifiés) et de
La biotine est synthétisée par la flore trancétolisation (cycle des pentoses).
microbienne digestive ; l’élimination est Une carence profonde en thiamine entraî-
habituellement supérieure aux apports ali- ne une limitation des réactions enzyma-
mentaires. Les très rares cas de déficits avec tiques dans lesquelles intervient le TPP avec
signes cliniques par carence d’apport ont accumulation en amont des substrats (pyru-
été observés au décours d’alimentation vate converti ensuite en acide lactique, céto-
parentérale prolongée. Il est peut-être pos- acides...). Les signes cliniques associent des
sible que les sujets hétérozygotes pour des signes généraux (asthénie, anorexie, vomis-
anomalies à type de déficit en biotinidase sements), neurologiques centraux et péri-
soient plus facilement sujets à des défi- phériques. Le béri-béri (carence d’apport au
ciences en cas de carence d’apport. cours d’une alimentation essentiellement à
base de riz décortiqué) se caractérise par
➛ Vitamine et flore microbienne : une polynévrite ou une insuffisance car-
exemple de la vitamine K diaque. L’encéphalopathie de Gayet-Wernic-
Du fait de l’existence d’une synthèse ke avec confusion, amnésie, torpeur et
microbienne dans le tube digestif et d’un signes d’atteinte cérébelleuse et motrice
stockage hépatique, la carence en réclame un traitement urgent. Elle se ren-
vitamine K est rare, sauf dans une circons- contre principalement chez l’alcoolique.
tance particulière : chez le nouveau-né, ini- Il existe, de manière exceptionnelle, des
tialement stérile et sans stockage. La surve- maladies héréditaires thiamino-dépendantes
nue de la « maladie hémorragique du nou- dont les leucinoses thiamine sensibles et les
veau-né » est prévenue par l’injection intra- acidoses lactiques congénitales thiamine
musculaire systématique de vitamine K à la dépendantes. Une très forte supplémentation
naissance. Chez l’adulte, l’association d’une en thiamine (de l’ordre de 1 g/jour) corrige
antibiothérapie prolongée et d’une alimenta- les troubles.
tion déplétée ou d’une malabsorption lipi- Les troubles métaboliques de l’acidose
dique importante peut également entraîner lactique sont la conséquence de l’accumula-
une carence. tion de pyruvate qui n’est pas décarboxylé.
L’administration de glucose en quantité
importante est donc un facteur aggravant.

149
E. Grasset

Ceci est également vrai en dehors de ces vita- ne peut être absorbée au niveau de l’iléon
mino-dépendances : les besoins en certaines terminal que si elle est liée au facteur
vitamines sont proportionnels à la quantité de intrinsèque, glycoprotéine sécrétée par le
substrat qu’elles doivent aider à transformer. corps et le fundus gastrique. En effet les
entérocytes de l’iléon terminal possèdent un
récepteur membranaire permettant la fixa-
COBALAMINE (vitamine B12) : tion du facteur intrinsèque. Pour se combi-
un métabolisme particulièrement ner au facteur intrinsèque, la cobalamine
complexe doit être libérée des protéines R grâce à
l’action des protéases pancréatiques. Enfin
La vitamine B12 est nécessaire à la mul- la vitamine B12 doit être liée à une autre
tiplication cellulaire. Ceci est particulière- protéine de transport, la transcobalamine II
ment évident au niveau de certaines cellules (TCII), avant de quitter l’entérocyte pour
à renouvellement rapide comme les cellules gagner la circulation portale. Dans le plas-
souches sanguines. Dans le cytoplasme des ma elle sera ensuite liée surtout à une autre
cellules la cobalamine est sous la forme protéine, la TCI (tableau VI), cependant
d’hydroxocobalamine. Ces formes actives que la TCIII permet le retour vers le foie de
sont la méthylcobalamine (cytoplasme) ou la vitamine B12 circulante. Le foie contient
la 5’ déoxy-adénosylcobalamine (mitochon- la majorité des stocks de vitamine B12 de
drie). La 5’ déoxy-adénosylcobalamine est l’organisme qui sont de l’ordre de 2 à 5 mg.
le coenzyme nécessaire à la conversion du Il existe un cycle entéro-hépatique avec une
méthyl-malonyl-coenzyme A en succinyl- réabsorption très efficace. Ce stockage et la
coenzyme A. La méthylcobalamine est le faiblesse des besoins journaliers expliquent
coenzyme permettant les deux réactions la rareté des signes cliniques en cas de
combinées suivantes : carence d’apport isolée.
– conversion de l’homocystéine en Ce sont les maladies digestives (gastrite
méthionine, atrophique avec achlorhydrie, gastrecto-
– conversion du méthyltétrahydrofolate mie...) qui donneront lieu à des carences
en tétrahydrofolate (figure 5). Le tétrahy- (anémie mégaloblastique et signes neurolo-
drofolate pourra être utilisé dans la synthèse giques de l’anémie de Biermer en cas de
des bases puriques et pyrimidiques. gastrique atrophique autoimmune). Le test
Le métabolisme de la vitamine B12 est de Schilling consiste :
particulièrement complexe. La vitamine – à saturer l’organisme par une injection
B12 ingérée est liée à des protéines dont les de vitamine B12,
« protéines R » sécrétées dans la salive. Elle – à administrer ensuite par voie orale une

HS – (CH2)2 – HCH2 – COOH H3C – S – (CH2)2 – HCH2 – COOH


homocystéine cystéine

Méthionine synthase
(coenzyme : méthylcobalamine)

Méthyl – H4 folate H4 folate

Figure 5
Inter-relation entre l’acide folique et la vitamine B12 lors des transfert de radicaux méthyl

150
6. Les vitamines

dose traceuse (marquage radioactif au malisé par l’administration concomittante


niveau du cobalt) de vitamine B12, combi- per os de facteur intrinsèque.
née ou non au facteur intrinsèque. Comme En raison de la complexité du métabolis-
l’organisme a été saturé, l’excrétion urinaire me de la vitamine B12, les anomalies pos-
de vitamine B12 marquée permettra d’éva- sibles sont nombreuses. Les principales sont
luer l’absorption digestive. En cas d’anoma- résumées dans le tableau IX.
lie du grêle distal (résection intestinale,
maladie de Crohn) ce test ne sera pas nor-

Tableau IX
Principales anomalies du métabolisme de la vitamine B12

I CARENCE D’APPORT
Régime végétarien strict (végétalien) excluant tout produit d’origine animal
Carence générale d’apport (la carence en folate apparaîtra d’abord), alcoolisme chronique (carence +
malabsorption)

II ABSORPTION ANORMALE
II1 Absence de sécretion de facteur intrinsèque
Gastrite atrophique auto-immune, maladie de Biermer
Autres gastrites atrophites
Gastrectomie
Très rares : absence congénitale de facteur intrinsèque ou facteur intrinsèque anormal
II2 Atteinte de l’absorption intestinale
Atteinte (maladie de Crohn, maladie coéliaque étendue, sprue tropicale) ou absence de l’iléon termi-
nal
Médicaments (PAS)
Très rare : malabsorption congénitale (syndrome d’Imerslund-Grasbeck, la malabsorption persiste
même après administration de vit. B12 liée au facteur intrinsèque)
II3 Autres atteintes digestives
Insuffisance pancréatique externe (pas de clivage de la vitamine B12 liée à protéine R)
Syndrome de Zollinger-Ellisson (pH trop acide)
Pullulations microbiennes, infestation par Botriocéphales (captent préférentiellement la vitamine B12)

III UTILISATION ANORMALE


III1 Anomalie enzymatique congénitale (enzymes vit. B12-dépendants)
Méthylmalonyl-Co mutase,
méthylTHF-homocystéine méthyltransférase...
III2 Séquestration intratissulaire
Augmentation de TCI ou TCIII (syndromes myéloprolifératifs) ou de TCII (maladies hépa-
tiques)
III3 Absence de protéine de transfert (TCII)
III4 Stockage anormal +/- excrétion augmentée
Maladie hépatique

151
E. Grasset

RETINOL (vitamine A) : loppés comme médicaments utilisés en der-


des fonctions multiples matologie, rhumatologie et cancérologie.
à différents niveaux de la cellule Des travaux importants sont également en
cours sur la relation entre l’ingestion de
La vitamine A, rétinol, appartient à la béta-carotène et l’épidémiologie de certains
famille des rétinoïdes (rétinol, rétinal, acide cancers épithéliaux. Outre sa fonction de
rétinoïque) actuellement très étudiés. Dans précurseur de la vitamine A, cette molécule
les végétaux elle est surtout présente sous présente également des propriétés anti-oxy-
forme d’un précurseur le béta-carotène qui dantes.
est constitué de deux molécules de rétinol Le premier signe de déficit en rétinol est
réunies au niveau de l’extrémité de leur un retard à l’adaptation à la vision nocturne.
chaîne carbonée. La vitamine A est absor- C’est cette adaptation qui intervient dans la
bée en même temps que les lipides. Le vie courante lorsque l’on vient de croiser la
béta-carotène doit d’abord être hydrolysé nuit une voiture dont les phares vous ont
par un enzyme de la bordure en brosse pour ébloui. A un stade plus avancé apparaissent
être transformé en rétinal qui sera ensuite des anomalies cytologiques de la conjoncti-
réduit en rétinol dans l’entérocyte. Le réti- ve puis, au maximum xérophtalmie et cécité
nol, estérifié par des acides gras, sera absor- (tiers monde).
bé avec les lipides dans les chylomicrons et La vitamine A, liposoluble, est stockée
stocké dans le foie. Le rétinol libre est dans le foie. Un excès ne sera pas éliminé
transporté dans le plasma lié à une protéine dans les urines. Les capacités des transpor-
de transport spécifique, la Retinol Binding teurs plasmatiques et cellulaires peuvent
Protein (RBP). Dans les cellules périphé- être dépassées. Cette vitamine devient alors
riques il se fixe également sur une protéine toxique.
intracellulaire (CRBP). Une toxicité aiguë est observée surtout
La vitamine A présente principalement chez le nourrisson après des doses uniques
deux fonctions : maintien de la vision par la importantes (supérieures à 100 mg soit
synthèse de la rhodopsine, régulation de 300 000 UI) et se traduit par des signes
l’expression génétique et de la différencia- d’hypertension intracranienne. Une toxicité
tion cellulaire (activité commune à l’acide chronique peut être observée en cas d’in-
rétinoïque). gestion répétée de doses au moins supé-
La rhodopsine, pigment présent au niveau rieures à 10 fois les doses recommandées
des bâtonnets de la rétine, résulte de l’as- (> 14 000 UI chez l’enfant). Elle entraîne
semblage de l’opsine et d’un isomère du des anomalies cutanées, neurologiques,
rétinal. hépatiques. Ceci explique que la supplé-
L’activité de régulation génétique s’exer- mentation en vitamine A des aliments et la
ce au niveau du noyau par un mécanisme dispensation des médicaments qui la
similaire à celui des corticoïdes (récepteur contiennent soit réglementées pour éviter
cytoplasmique puis récepteur nucléaire). Par des surdosages intempestifs. Enfin l’admi-
ailleurs la vitamine A intervient dans les nistration de doses importantes doit égale-
phénomènes de glycosylation. Des dérivés ment être évitée chez la femme enceinte en
des rétinoïdes ont été synthétisés et déve- raison de sa tératogénicité potentielle.

152
6. Les vitamines

B ibliographie

Ouvrages généraux :
Lehninger A.L. Principles of biochemistry. New York : Worth Publishers, 1982.
Murray RK., Granner D.K., Mayes P.A., Rodwell V.W., éditeurs. Harper’s biochemistry, 22e édition.
Norwalk : Apppleton & Lange, 1990.

Références specialisées :
Bender D.A. Nutritional biochemistry of the vitamins. Cambridge : Cambridge University Press, 1992.
CNRS-CNERNA. Apports nutritionnels conseillés pour la population française. 2e éd. Paris : Tec &
Doc Lavoisier, 1992.
Munnich A., Ogier H., Saudubray J.M., éditeurs. Les vitamines. Aspects métaboliques, nutritionnels et
thérapeutiques. Paris : Masson, 1987.
Shils M.E., Young V.R., éditeurs. Modern nutrition in health and disease, 7e éd. Philadelphia : Lea &
Febiger, 1988.

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