Parcours : Écrire et combattre pour l’égalité
Œuvre : Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la
citoyenne, 1791
POSTAMBULE
Sous l’ancien régime, tout était vicieux, tout était coupable ; mais ne pourrait-on pas
apercevoir l’amélioration des choses dans la substance même des vices ? Une femme
n’avait besoin que d’être belle ou aimable ; quand elle possédait ces deux avantages,
elle voyait cent fortunes à ses pieds. Si elle n’en profitait pas, elle avait un caractère
5 bizarre, ou une philosophie peu commune qui la portait aux mépris des richesses ;
alors elle n’était plus considérée que comme une mauvaise tête. La plus indécente se
faisait respecter avec de l’or, le commerce des femmes était une espèce d’industrie
reçue dans la première classe, qui, désormais, n’aura plus de crédit. S’il en avait
encore, la révolution serait perdue, et sous de nouveaux rapports, nous serions
10 toujours corrompus. Cependant la raison peut-elle se dissimuler que tout autre
chemin à la fortune soit fermé à la femme que l’homme achète comme l’esclave sur
les côtes d’Afrique ? La différence est grande, on le sait. L’esclave commande au
maître ; mais si le maître lui donne la liberté sans récompense, et à un âge où l’esclave
a perdu tous ses charmes, que devient cette infortunée ? Le jouet du mépris ; les
15 portes mêmes de la bienfaisance lui sont fermées ; « Elle est pauvre et vieille, dit-on,
pourquoi n’a-t-elle pas su faire fortune ? » D’autres exemples encore plus touchants
s’offrent à la raison. Une jeune personne sans expérience, séduite par un homme
qu’elle aime, abandonnera ses parents pour le suivre ; l’ingrat la laissera après
quelques années, et plus elle aura vieilli avec lui, plus son inconstance sera
20 inhumaine ; si elle a des enfants, il l’abandonnera de même. S’il est riche, il se croira
dispensé de partager sa fortune avec ses nobles victimes. Si quelque engagement le
lie à ses devoirs, il en violera la puissance en espérant tout des lois. S’il est marié,
tout autre engagement perd ses droits.