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Cours L'inconscient

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L’inconscient

Cours

Sommes-nous gouvernés par notre inconscient ?

Introduction :

À première vue, le mot « inconscient » fait référence à une qualification négative, qui
renvoie au domaine de tout ce qui échappe à la conscience, en sorte que l'inconscient est le non-
conscient, le résultat d'une distraction ou d'une absence - l’automatique, l’irréfléchi, voire
l’involontaire ; Les réflexes, les automatismes, les habitudes échappent également presque
toujours à la conscience. L'inconscient se manifeste aussi par le fait qu'il incarne ce qui est ignoré
et le contradictoire en nous.
Mais l'inconscient se voit aussi pourvu d'une réalité propre, comme lieu non seulement de ce qui
n'est pas conscient, mais aussi comme origine d'un principe de fonctionnement de la pensée.
L'inconscient désigne alors une réalité psychique possédant un mode de fonctionnement et des
caractéristiques propres : ici, se dévoile en moi une intention latente, une stratégie qui se déploie
avec une logique réelle mais sans me demander mon avis. Dans ce cas, l’inconscient renvoie à la
découverte freudienne d’une pensée souterraine, de ce moi en moi qui me détermine, et
appartient au champ de la psychanalyse.

Cette notion d'inconscient psychique suggère qu'il y aurait une part d'ombre en chacun de nous,
ce qui fait rebondir la question de la souveraineté de la conscience cartésienne : sommes-nous
transparents à nous-mêmes, ou bien y a-t-il entre moi et moi une opacité ? Si autre chose que moi
est à l'origine de ma vie intérieure et de ma pensée, que devient alors la notion de sujet libre ?

1- L'INCONSCIENT, UNE HYPOTHESE NECESSAIRE ET LEGITIME :

Si la conscience admet des degrés et des niveaux variables d'intensité, nous n'avons pas en
permanence une conscience immédiate et lucide de ce que nous sommes. Lorsque la lumière
diminue d'intensité, par exemple, la pupille de nos yeux se dilate sans que nous nous en rendions
compte. Ce type de phénomènes relève de ce que l’on peut appeler “ l’inconscient physiologique
“. Comment Freud a-t-il été amené à forger cette hypothèse de l'inconscient ? Qu'est-ce qui
caractérise au juste l'inconscient ? Comment Freud décrit-il la personnalité et que devient, dès
lors, la question du sujet et de la conscience ?

A- La révolution Freudienne :
Quels sont les acquis et les conséquences de la théorie freudienne quant à la question du sujet et
de la subjectivité ? En quoi consiste le caractère révolutionnaire de la psychanalyse ?
La psychanalyse, une blessure narcissique :

Pourquoi la découverte de l’inconscient a-t-elle suscité, comme nous allons le voir plus loin, une
« levée générale de boucliers » (Freud, Introduction à la psychanalyse, chap.18) ?

Freud prétend que sa découverte a infligé un troisième démenti à "l'égoïsme naïf de l'humanité",
à la suite de celui infligé par Copernic et Darwin qui, eux aussi, ont rencontré avant lui une
hostilité comparable. Que nous apprend finalement la psychanalyse, qui nous dérange tant ?
« Ce que j’aime, dans la psychanalyse, c’est la déception : on se serait cru plus intéressant. De là
une amertume…qui m’a toujours paru le goût même de la vérité. J’aime la psychanalyse comme
j’aime la bière, peut-être, et pour les mêmes raisons : ce goût de mort et de réel. Déception, donc,
et vérité » (André Comte-Sponville, Une éducation philosophique, p.269).

La notion d’inconscient psychique fait apparaître une nouvelle conception de l’homme.


En effet, l’essentiel de l’homme réside dans l’inconscient. D’abord, la conscience perd les
privilèges qu’elle avait acquis depuis Descartes. Contrairement à toute la tradition philosophique
antérieure (excepté avec Nietzsche), le psychisme, l’esprit, sont plutôt du côté de l’instinct, de
l’obscur, que de la pensée claire . La plupart des états mentaux se passent sans qu’on en soit
conscient (alors que pour Descartes, l’esprit est tout entier conscience : "nous ne pouvons avoir
aucune pensée de laquelle nous ne sommes pas conscients, au moment où elle est en nous"). Ce
qui est vraiment nouveau, c’est l’hypothèse d’une vie mentale non consciente qui détermine tous
nos actes, toute notre vie.
La psychanalyse constitue donc le « troisième démenti » infligé à la « mégalomanie humaine »
(Freud, Introduction à la psychanalyse, chap.18) : elle montre que le moi n'est pas maître dans sa
propre maison et que ce dernier est "réduit à se contenter de renseignements rares et
fragmentaires sur ce qui se passe, en dehors de sa conscience, dans sa vie psychique". La
psychanalyse est une authentique procédure de la démystification, la conscience cessant « d’être
le mieux connu pour devenir elle-même problématique »

B) L'HISTOIRE DE LA LIBIDO ET LE DESTIN DES PULSIONS :


Freud montre que l'accès à la conscience se paie au prix fort d'un renoncement aux pulsions
destructrices de la civilisation par l'enfant qui vient de naître. Ces pulsions ne peuvent être
détruites mais elles doivent être maîtrisées. La conscience est cette instance qui se trouve
contrainte à négocier des compromis plus ou moins provisoires et tordus entre les pulsions et la
réalité. Freud entend décrire la situation réelle de l'individu à travers le destin de notre vie
psychique dans son ensemble.

B.1) Principe de plaisir et principe de réalité :


Dans son livre Psychanalyse des contes de fées, Bruno Bettelheim commente le célèbre conte
des " Trois petits cochons". Le plus petit des trois cochons construit sa maison en paille, à la va-
vite. Son seul souci (principe de plaisir) est de consacrer le moins de temps possible à un travail
ennuyeux - l'édification d'un abri -, pour aller dès que possible jouer et manger. Le second petit
cochon consacre plus de temps et d'énergie à se protéger contre les menaces de la vie,
symbolisées par le loup : sa maison sera en bois, plus résistante. Seul le troisième - le dernier -
prend la réalité au sérieux : soigneusement construite en briques, sa demeure résistera aux
assauts de la bête féroce. Pour y parvenir, il lui aura fallu, contrairement à ses petits frères, faire
l'effort de différer la réalisation de ses désirs immédiats, la sacrifier provisoirement au principe
de réalité. Il en sera récompensé : il échappe au triste sort réservé aux deux petits, mais, passant
par la cheminée et tombant dans la marmite, c'est le loup qui sera contre toute attente dévoré.
Bettelheim montre que les trois petits cochons, en réalité, n'en font qu'un, qu'ils forment un
même personnage à trois stades de son évolution : au moment où le troisième petit cochon - le
plus vieux - mange le loup, il avale par là même les deux frères plus petits, il les récupère, les
intègre en lui, dévoilant ainsi la morale de l'histoire : il faut savoir surmonter l'enfance, dépasser
le dangereux principe de plaisir; c'est en étant lucide, en tenant compte de la réalité, telle qu'elle
est, sans chercher à la fuir, que l'on peut parvenir à la maîtriser. Chez Freud, le principe de plaisir
signifie que le psychisme tend à maintenir un niveau d'excitation aussi bas que possible.
L'ensemble de l'activité psychique a pour but de procurer du plaisir et d'éviter le déplaisir. Le
principe de réalité, modification du principe de plaisir, exprime la nécessité de prendre en
compte la réalité extérieure. Il est un accommodement nécessaire du principe de plaisir au monde
extérieur. Pour ce faire, le principe de réalité retarde la satisfaction du désir - de la pulsion !

B.2) Pulsions et libido :


Pour Freud, le fond de la réalité vivante, y compris humaine, est composé d'instincts, de pulsions
ou de désirs qu'il regroupe sous le terme générique de "libido". La libido est l'énergie constituée
par l'ensemble des pulsions d'ordre sexuel. La libido est à La sexualité ce que la faim est à la
nutrition. Qu'est-ce qu'une pulsion ? Une pulsion est d'abord une excitation organique, localisée
dans une zone corporelle : par exemple, la source d'une pulsion sexuelle peut se situer à l'endroit
des organes génitaux, mais aussi dans une zone érogène quelconque. Une pulsion est ensuite une
poussée qui provient de l'intérieur de l'organisme et non du monde extérieur, de sorte qu'elle ne
peut être supprimée par une action de fuite : sa poussée est constante et tend vers la satisfaction..
Freud distingue deux types de pulsions : pulsion de vie, ou Eros, et pulsion de mort, ou de
destruction, ou Thanatos. La pulsion de vie est constituée des pulsions du moi (pulsions
d'autoconservation qui visent à la conservation de l'individu et qui tendent à satisfaire les besoins
nécessaires à la survie de l'individu : exemple de la faim et de la soif) et des pulsions sexuelles
(qui tendent à la conservation de l'espèce et qui visent la reproduction). Or, de l'enfance à l'âge
adulte, cette libido possède une histoire, elle suit une évolution qui la conduit à traverser trois
grandes époques : le "stade oral", le "stade sadique-anal", « le stade phallique », puis la période
dite de "latence".
Le complexe d’Œdipe naît au stade phallique de découverte de la différence des sexes. Pour le
garçonnet comme pour la fillette, la mère est le premier objet d’amour.. Attirance de l’enfant
pour le parent du sexe opposé et agressivité envers le parent de même sexe. Chez le petit garçon,
il y a coexistence de plusieurs désirs antagonistes : il admire son père et cherche à l’imiter, il est
amoureux de sa mère (il désire la posséder totalement, l’avoir tout entière pour lui) et considère
son père comme un obstacle; il le hait, il souhaite sa mort ou sa disparition (“Quand je serai
grand, j’épouserai ma maman. - Et ton papa ? - Il ne sera plus là”). L’enfant en vient à penser
que son père lui en veut de tels désirs et est animé des mêmes sentiments hostiles à son égard. Il
vit dans l’angoisse du châtiment. L’enfant n’a d’autre solution que de supprimer ces désirs
dangereux. La solution est le refoulement des désirs. Ces désirs, bannis dans sa conscience,
continuent néanmoins de subsister dans son psychisme, constituant désormais une partie
inconsciente. Ce qui subsiste pour la conscience, ce sont deux interdits : l’interdit du meurtre du
père et l’interdit de l’inceste (aspect conscient du surmoi); embryon de la conscience morale
humaine. Mais c’est le désir pour sa mère, toujours agissant du fond de l’inconscient où il se
tapit, qui alimentera les amours de l’adulte : l’homme, en chaque femme qu’il aime, cherche le
substitut de sa mère.

La psychanalyse accorde donc une place primordiale à la vie affective et à la sexualité dans la
constitution de la personnalité, et ce à partir de l’observation et de la thérapeutique des névroses.
Le moi comporte ainsi des mécanismes qui consistent à filtrer et à sélectionner les pulsions et les
désirs. Il reste à mieux comprendre ce que recouvre le terme freudien d’inconscient et à quel type
de réalité il renvoie.

B-LE MOI ET SES DEFENSES :

Freud va découvrir que de nombreux conflits sont à l'œuvre en chacun de nous et que le
refoulement est à l'origine du moi. Il ébauche ainsi une théorie de la genèse de la conscience et
du psychisme.

A.1) Résistance et mécanismes de défense :


Freud découvre qu’au cours du traitement, tout se passe comme si une partie de la personnalité
du malade opposait une résistance à la guérison. La résistance désigne les moyens mis en œuvre
par le sujet pour empêcher son désir inconscient de se faire reconnaître. En clair, le concept de
résistance désigne tout ce qui, chez l'analysé, s'oppose à la prise de conscience. On entend par
défense la réaction par laquelle le sujet refoule une représentation insupportable ou réprime un
désir qui lui semble menacer son équilibre psychique. Les défenses sont en partie inconscientes.
Les défenses font partie des mécanismes courants dans la formation de la personnalité et
l'évolution tout au long de la vie. Les principales défenses sont le refoulement, la sublimation, la
projection, le déni, le clivage, etc.

A.2) Le transfert :
Au cours du traitement, un rapport privilégié s’installe entre le psychanalyste et le patient : le
transfert. Au lieu de se souvenir le patient se conduit envers son thérapeute comme il s’est
conduit dans son enfance par rapport à des personnes de son entourage. Il y a déplacement sur
l’analyste de l’amour, de la haine, des émotions, des fantasmes éprouvés par le patient dans son
enfance à l’égard de ses parents ou de ses proches; le transfert vient actualiser, dans la relation
analyste-patient, toutes sortes de situation conflictuelles refoulées.

2) LE SYSTEME DE L’INCONSCIENT FREUDIEN ET SES DIFFICULTES :

Quel statut Freud confère-t-il à cette notion d'inconscient qui est la pierre angulaire de la
psychanalyse ? En quoi consiste cette innovation psychanalytique dont l’inconscient est l’objet et
l’enjeu ? Quels sont les acquis et les conséquences de la théorie freudienne quant à la question du
sujet et de la subjectivité ?

B) LA PSYCHANALYSE EN QUESTION : L’INCONSCIENT, UN SOLEIL NOIR ?


Si le freudisme représente incontestablement un acquis irréversible, la psychanalyse connaît, de
nos jours, une époque de " vaches maigres " qui est le résultat direct des nombreux assauts
critiques que la psychanalyse a subis du vivant même de Freud et surtout après sa mort en 1939,
- critiques qui sont liées aux difficultés posées par l'hypothèse d'une pensée inconsciente.
L’hypothèse de l’inconscient est-elle si nécessaire que Freud le prétend ? Ne serait-ce pas une
nouvelle illusion ? Qui plus est, postuler l’existence en nous d’une pensée inconsciente n’est-ce
pas compromettre gravement la liberté?

B.1) La psychanalyse, une théorie totalitaire (la critique de Karl Popper) :

Nous avons vu que Freud affirme explicitement que la psychanalyse est une théorie scientifique.
Or dans Conjectures et réfutations (1953), Karl Popper se demande quand on doit conférer à une
théorie un statut scientifique.
Pour Popper, ce qui fait la scientificité d'une hypothèse ou d'une théorie, c'est au contraire le
risque pris à l'infirmer (car confirmer est toujours possible). Le critère de la scientificité d'une
théorie réside donc dans la possibilité de l'invalider, de la réfuter, ou de la tester. C’est la
falsifiabilité qui est le critère de démarcation entre une vraie science et une pseudo-science.
Seules peuvent être qualifiées de scientifiques les théories à la fois réfutables et non encore
réfutées. Toute théorie est, en effet, provisoire. La démontrer, c’est tenter de la falsifier, c’est
élaborer les conditions de la découverte de faits capables de l’infirmer. Le critère de scientificité
d’une théorie réside dans la possibilité de l’invalider, de la réfuter ou encore de la tester. La
falsifiabilité désigne donc la capacité d’une théorie scientifique de se soumettre à une méthode
critique sévère, comportant des tests expérimentaux cruciaux susceptibles de la réfuter. Popper
constate que le critère majeur de la scientificité d'une théorie, celui de l'infirmation possible, n'est
pas applicable à la psychanalyse. En effet, comment avoir accès à l'inconscient? On ne peut par
définition y accéder, si ce n'est le psychanalyste lors de la cure. Si l'inconscient était accessible,
ce serait alors quelque chose de conscient, ou bien, il ne serait pas irréductible à la conscience.
La psychanalyse est infalsifiable. En effet, chaque fois que quelqu'un critique le concept
d'inconscient, il se voit aussitôt classé parmi les "rationalistes" dont les présupposés
philosophiques s'opposent à un concept nouveau (tout comme ils ont pu s'opposer dans le passé à
l'idée de vide ou de force à distance). La psychanalyse fonctionne donc à l'instar d'un processus
immunitaire, interdisant à toute objection extérieure de pénétrer dans le système. La
psychanalyse est donc irréfutable/infalsifiable : rien ne pourra jamais l'infirmer, la contredire;
alors que selon Freud le fait que tout puisse être subsumé sous cette théorie est le signe de
l'hyper-scientificité de la psychanalyse, il est selon Popper le signe de sa non scientificité.
Ce qui pour Freud est une force est donc pour Popper le point faible de la psychanalyse. La
psychanalyse est ainsi un système herméneutique irréfutable. Ce qui caractérise, selon Popper,
un énoncé métaphysique ou idéologique, c’est l’impossibilité d’établir à son endroit un protocole
d’expérience susceptible de le réfuter. Or la psychanalyse n’est pas une science: les théories
psychanalytiques “sont purement et simplement impossibles à tester comme à réfuter. Il n’existe
aucun comportement humain qui puisse les contredire”

B.2) Sartre et la critique de l'inconscient : la mauvaise foi

Sartre est un de ceux, avec Alain, qui s'est fortement opposé à l'hypothèse de l'inconscient. Selon
lui, croire à la réalité de l'inconscient, c'est rejeter ce qui pourtant est fondamental à l'homme : la
liberté. Mais c'est également une attitude radicalement humaine, que l'on peut qualifier de fuite,
d'angoisse, devant cette trop grande liberté .Il va donc montrer que l'hypothèse de l'inconscient
n'est pas nécessaire, même pour expliquer certains aspects ambigus et complexes du
comportement humain, et qu'elle est plutôt une notion non seulement contradictoire mais aussi
immorale, car elle nie toute liberté et par là empêche toute responsabilité envers nos actes. Ce qui
est intéressant, c'est que Sartre explique à l'intérieur même d'une philosophie de la conscience, en
gardant le postulat de l'immédiateté de la conscience, des comportements que Freud explique par
le recours à l'inconscient. Pour Sartre, ces comportements vont en effet pouvoir s'expliquer par
"la mauvaise foi" qui manifeste simplement le fait que l'homme est une conscience et donc un
être ambigu. Sartre reproche donc à Freud deux choses :
(1) D’avoir voulu supprimer la mauvaise foi en brisant l’unité du psychisme. Pour Sartre, le
processus de refoulement se fait consciemment, et c’est un processus de mauvaise foi. En effet,
la censure est consciente de la tendance à refouler (sinon, comment saurait-elle ce qu’il lui faut
refouler ?) mais précisément pour ne plus en être consciente. La censure n’est donc pas une force
aveugle. La conscience enveloppe, même si c’est de façon obscure, une compréhension du but à
atteindre qui est simultanément désiré et défendu, voire refoulé.
(2) D’avoir développé un déterminisme psychique, ce qui détruit la liberté humaine. Nous avons
vu en effet que l’idée majeure de la psychanalyse, c’est qu’il y aurait un inconscient actif, qui
conditionnerait, à l’insu du sujet, ses comportements. Ainsi, le sujet agirait en fonction de
tendances qui le meuvent inconsciemment. Le sujet se trouve déresponsabilisé. Or, pour Sartre,
ces tendances se réalisent avec mon concours : je leur prête une efficience, par une perpétuelle
décision sur leur valeur. C’est donc à l’aspect humiliant, et non libérateur, de la psychanalyse,
que s’oppose Sartre.

3-Liberté et connaissance de soi

A- La liberté comme nécessité comprise

La position de Sartre est très proche de celle de Spinoza. Même si Spinoza n'emploie jamais
le terme d'inconscient, la notion d'inconscient renvoie à une illusion de la conscience, telle
que Spinoza l'a décrite : j'ai conscience de mon acte, mais j'ignore les causes de mon émotion
: «Les hommes se croient libres pour cette seule cause qu’ils sont conscients de leurs actions
et en même temps ignorants des causes qui les déterminent». L'inconscient est déductible du
rejet de l'illusion psychologique de liberté. Celle-ci réside en la croyance selon laquelle la
liberté serait un libre décret de la volonté. Le libre arbitre consiste à croire que le sujet est
cause première de son acte, que l'homme est un «empire dans un empire» et échappe aux lois
naturelles. Or tout ce qui existe est soumis à la nécessité naturelle. L'inconscient doit être
compris en référence à l'inconnu du corps.
Ce sont donc des mouvements inconnus du corps et des pulsions inconscientes qui nous
poussent à agir tout en nous faisant croire que nous en décidons librement, alors même que la
décision est la conséquence de l'acte et non sa cause.
Par exemple, lorsque nous parlons en rêve, sans pouvoir contrôler l’émission ou
l’agencement de ce mots, c’est parce que ceux-ci relèvent de processus corporels et mentaux
complètement indépendants de notre conscience, nous ne faisons alors que répéter
confusément des choses que nous avons appris à dire. Nous cédons à des impulsions venant
de très loin, dont l’origine nous échappe. Spinoza nous explique que rien ne prouve qu’il en
soit autrement lorsque nous ne rêvons pas : nos actes se situent dans le contexte défini par le
réseau complexe de déterminations qui préexistent à l'exécution de ces actes. C’est la même
loi de répétition qui fonctionne. Exemple de déterminations ou de mécanismes : ceux qui
commandent l’apprentissage d’une langue, lorsque nous mettons en place des automatismes
que nous réactivons chaque fois que nous parlons sans même y penser.

B- La conquête de la liberté et la revalorisation du sujet :


La psychanalyse n'aurait-elle donc d'autre intérêt que de conférer un aspect scientifique à la
notion tragique de destin, et de s'opposer à une vision éthique de l'homme? N'est-elle qu'une
figure moderne du destin tragique?
Non, car elle pour tâche de nous libérer de ce destin. Le souvenir enfoui ne nous condamne à
la répétition des mêmes symptômes que dans la mesure où il est méconnu par la conscience.
La tâche de l'analyse psychologique est de le faire remonter à la clarté de la conscience, en
pleine lumière, de faire en sorte qu'il soit reconnu. C'est dans le souvenir que se trouve le
secret de la rédemption. «Apprendre c'est se ressouvenir», écrivait déjà Socrate dans le
Ménon.
Les moyens de la psychanalyse sont la parole, en tant qu'elle confère aux fonctions de
l'individu un sens. L'individu va ainsi réordonner ses souvenirs passés, donner un sens à son
histoire. Cette réappropriation par le sujet de son histoire s'opère par le moyen d'une parole
échangée, confrontée à un autre. Loin d'être un détracteur de la conscience, Freud vise plutôt
à une extension de celle-ci : «ce que veut Freud, c'est que l'analysé, en faisant sien le sens qui
lui était étranger, élargisse son champ de conscience, vive mieux et finalement soit un peu
plus libre et, si possible, un peu plus heureux» (Ricœur, De l’interprétation).
Par le discours, Freud nous enseigne la possibilité d'une mise en place d'un éclairement et
d'une redistribution des désirs du Moi : «le Je advient où le ça était », en ce sens que le sujet
émerge à la place de la confusion et de l'obscurité des désirs inconscients. Le Je accède ainsi
à la lumière de la conscience par le travail de la parole.

CONCLUSION :
Peut-on à la fois admettre la liberté de l’homme et l’existence de l’Inconscient?
La reconnaissance qu'il y a en nous une part d'ignorance, d'aveuglement, de lâcheté, de
mauvaise foi est la première étape d'une vraie liberté, non pas de cette liberté illusoire qui
prétend tout maîtriser et affirme l'existence d'un sujet imaginaire, mais de celle qui se
reconnaît dans les limites de ses déterminismes. Le "Je" doit devenir une subjectivité
réfléchissante, capable de délibération et de volonté. Le sujet freudien est un sujet libre, doué
de raison, mais dont la raison vacille à l'intérieur d'elle-même. C'est de sa parole et de ses
actes, et non de sa conscience aliénée, que pourra surgir l'horizon de sa propre guérison.
Autrement dit, le sujet freudien n'est possible que parce qu'il pense l'existence de son
inconscient. De même, il n'est libre que parce qu'il accepte de relever le défi de cette liberté
contraignante et qu'il en reconstruit la signification. Pour qu'un sujet puisse accéder à son
inconscient, encore faut-il qu'il soit conscient de l'existence de cet inconscient et de son
universalité. La théorie de Freud et de ses disciples ne sacrifie donc pas la notion de Sujet.
Elle lui donne, au contraire, une extension remarquable. L'inconscient est le cœur même, le
ressort intime de notre être. Que désigne alors, au bout du compte, l’inconscient ? C’est tout
ce qui pourrait être conscient, en droit, mais qui ne peut l’être, en fait, le refoulement et la
résistance s’y opposant. L’inconscient est un inconscient psychique : comme un esprit sans
esprit, une pensée sans pensée, un sujet sans sujet. De sorte que l’inconscient est la vérité de
l’esprit, dont la conscience ne serait que la pointe ultime, toujours menacée, ou le sommet,
toujours à conquérir. Ainsi la psychanalyse est-elle la seule doctrine psychologique de la fin
du XIXe siècle à avoir associé une philosophie de la liberté à une théorie du psychisme. Elle
devrait donc, dans ces conditions, être capable, aujourd'hui encore, d'apporter une réponse
humaniste à la barbarie d'une société uniformisante qui tend à réduire l'homme à une
individualité narcissique, immergée dans le culte de soi et toujours en quête d'un effacement
du rêve et de l'inconscient.

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