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Liberté et contrainte : un équilibre nécessaire

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Liberté

Cours

Suis-je libre si je suis contraint ?

Introduction :

La contrainte est ce qui se présente à l’individu et auquel il doit répondre impérativement. Il


serait alors évident de dire que s’il est contraint, l’individu ne peut plus prendre de décision
libre. Pourtant, il semblerait que l’on peut quand même parler de liberté si ce n’est au moins de
degrés de liberté. La contrainte, bien qu’elle soit un frein à la liberté, n’en est pas pour autant
sa négation. La contrainte peut tout au contraire être la condition même de la liberté qui ne
pourrait pas exister sans limitation. La contrainte doit être tout d’abord rendue consciente puis
acceptée. Parfois même, elle est mise de façon autonome par l’être humain qui comprend que
sa liberté naturelle est mise en danger par l’absence totale de règles. Ainsi, comme le dit Kant
dans la préface de la Critique de la raison pure, la liberté est semblable à une colombe « La
colombe légère qui, dans son libre vol, fend l’air dont elle sent la résistance, pourrait s’imaginer
qu’elle volerait bien mieux encore dans le vide. ».
Ainsi décrite par un raisonnement absurde, la colombe s’imagine voler mieux sans
résistance mais le problème c’est que dans le vide, elle ne volerait pas du tout, son vol serait
inutile voire même impossible.

La contrainte est-elle une négation de ma liberté ou me permet-elle d’exprimer cette liberté ?

I. L’homme n’est pas aussi libre qu’il ne le pense (son corps, ses passions, ses
rapports sociaux et politiques l’enchaînent et le contraignent)

En supposant que la liberté c’est de faire ce que l’on veut quand on le désire, c’est confondre la
volonté libre de choisir de façon consciente grâce à notre raison et notre analyse et le « je
veux » du désir. Souvent, les choix humains sont eux-mêmes déterminés par d’autres facteurs
que la volonté libre, à savoir nos passions ou les différents déterminismes sociaux et physiques.

A) Être esclave de son corps

La liberté peut être considérée dans son rapport avec le corps : c’est une liberté de
mouvement d’abord. L’homme est différent des plantes ou des choses du monde, il peut se
mouvoir dans l’espace. Peut-être qu’une des choses les plus difficiles pour un prisonnier c’est
qu’il perd avant tout sa liberté de mouvement. On pourrait alors se demander ce qui se
passerait si un individu perd ses capacités physiques (s’il devient handicapé, aveugle etc.). Il
semblerait que l’individu soit avant tout entièrement obnubilé par cette liberté qu’il vient de
perdre et ses capacités physiques qui ont diminuées. Sa pensée devient elle-même enchaînée
par ces idées.
À une échelle plus universelle, n’est-ce pas le cas lorsque le corps réclame la satisfaction de
ses besoins ? La pensée est-elle encore libre quand l’individu a faim, froid ou sommeil ?
Pour Platon dans Le Gorgias, « le corps est le tombeau de l’âme ». Ce qu’il entend par cette
phrase c’est que l’âme ne peut pas atteindre la vérité, elle ne peut pas être libre temps qu’elle
est enfermée dans le corps. Le corps est sujet à la corruption, aux besoins et aux passions.
Toutes ces choses distraient l’âme de sa quête de la vérité. Il faut dès lors se détacher des
choses sensibles, se concentrer sur sa raison pour pouvoir être libre et sage.

B) La classe sociale déterminante


Le corps n’est pas la seule chose matérielle et sensible qui enchaîne et emprisonne
l’homme. Le travail peut aussi être une forme de contrainte lorsqu’il est effectué par les
ouvriers. Les ouvriers sont exploités par les bourgeois. Mais la contrainte n’est pas seulement
matérielle, elle devient aussi spirituelle avec une reproduction des schémas de domination dans
la société.
Les bourgeois et les ouvriers sont déterminés par leur catégorie sociale elle-même
dépendante de ce que Marx appelle l’infrastructure.
L’infrastructure c’est tous les moyens de production et le capital humain répartis dans la
société. Les bourgeois détiennent les machines et les outils et décident de leur besoin en capital
humain. Il y a donc de prime abord une mainmise de la bourgeoisie suite à son moyen de
production. Si la bourgeoisie décide, c’est elle qui va prendre la plus grande partie du gain et
avec l’argent, elle pourra détenir les médias, les universités, les partis politiques, les personnes
savantes qui vont produire du savoir et des idées dans la société (c’est la superstructure). Ces
idées sont issues directement de la bourgeoisie et vont guider et influencer bourgeois et
prolétaires de sorte à toujours permettre à la bourgeoisie de garder le pouvoir.

Un individu ouvrier n’est donc pas libre. Il est enchaîné à son travail qu’il ne peut pas quitter et
il est entraîné à rester dans sa catégorie sociale par les idées véhiculées par la bourgeoisie.

C) Le déterminisme naturel.

Le déterminisme est l’idée selon laquelle la nature est régie par des lois selon lesquelles les
mêmes causes produisent les mêmes effets. Le déterminisme à proprement parler comme lois
physiques qui régissent l’univers est apparu au XVIIème siècle avec l’avancée de la physique.
Lorsque l’on va à l’encontre de ce déterminisme, nous ne pouvons pas avancer ou nous
accomplir. Nous dépensons notre énergie dans le vide. Il suffit d’imaginer un enfant qui essaye
par tous les moyens corporels de voler. Il aura beau agiter ses bras, il ne pourra pas s’envoler. Il
en est de même pour les comportements humains décrits plus haut : ils sont déterminés et
nous n’y pouvons rien.
C’est dans ce sens que Spinoza dira que l’homme ignore les causes des actions qui le
déterminent et c’est pourquoi il se sent libre. Le libre-arbitre est donc une illusion. Le libre-
arbitre est la capacité à pouvoir discerner, choisir entre deux possibilités sans contraintes
extérieures. Si l’homme est déterminé à faire tel ou tel chose c’est qu’il ne peut pas user d’un
libre-arbitre. La liberté chez Spinoza n’est pas la capacité à choisir mais plutôt à respecter
l’ordre des choses et à agir en conformité avec son essence, son conatus.

II. La contrainte n’empêche pas toute forme de liberté


Ce n’est pas parce que l’homme est contraint ou déterminé qu’il n’a pas de liberté. La
liberté est bien ce qui le distingue de l’animal mais contrairement à une liberté absolue
théorique, la liberté s’inscrit dans les règles qui cherchent à la préserver.

a) Il n’y a pas de liberté absolue


(Texte 2 de Merleau-Ponty)

L’homme pense souvent avoir une liberté immédiate et absolue, cette liberté s’exprimerait
par le fait d’avoir une conscience immédiate des choses et donc de pouvoir choisir entre deux
options de façon rationnelle et volontaire. Or l’homme n’est pas qu’une « conscience
pensante » comme pourrait le penser Descartes. Il n’existe pas indépendamment du monde
dans lequel il est né et il évolue. Le monde n’est pas qu’une idée flottante avec des concepts
absolus à titre d’exemple la liberté pour les Idéalistes ou uniquement matière qui nous
contraint (doctrine matérialiste). L’homme est bien un être-au-monde avec un corps et une
conscience. Son expérience n’est pas théorique et spirituelle mais elle est en permanence
affectée par le monde sensibles et les implications de ce monde. Ainsi, ses décisions ne sont pas
suspendues dans le vide mais elles sont reliées à une situation qui l’a menée où il est. Le choix
n’est pas purement libre mais il n’est pas purement conditionné non plus parce qu’après tout, il
reste contingent. D’ailleurs, le monde prend un aspect différent selon les choix de l’homme, qui
le modifie, transforme le monde à sa façon autant que le monde modifie l’homme. Sinon ne
pourrions-nous pas supposer que nous serions tous pareils ? Merleau-Ponty, philosophe
phénoménologue, considère que tout individu existe et fait l’expérience singulière et subjective
du monde. Les phénomènes (les situations, choses etc.) dont il fait l’expérience ne peuvent être
décrits qu’à travers cette expérience subjective. Il est donc inconcevable de vouloir séparer
l’expérience spirituelle de celle matérielle.

b) La conscience morale nous rappelle notre liberté

Sous l’effet de la contrainte, l’homme suppose premièrement qu’il n’a pas le choix. Son
instinct le pousse à prendre une décision en faveur de sa survie. Dans le dilemme énoncé dans
La critique de la raison pratique, Kant en 1784 introduit la question de la morale et de son
implication dans les preuves de notre liberté. Si la liberté semble être un concept flou, elle
devient clair quand l’homme est face à une situation contraignante. En effet, le dilemme de
Kant est le suivant : Un prince ordonne à un homme de dénoncer un homme honnête (donc de
mentir) au risque de mourir s’il ne le fait pas. L’homme se retrouve face à deux options. Il peut
soit mentir et rester en vie soit dire la vérité et mourir.

Si l’homme choisit instinctivement de sauver sa vie, il n’empêche qu’il sait que le choix
moral à prendre est de dire la vérité. Cette possibilité morale qui s’offre à lui, lui rappelle son
devoir moral. Or justement l’homme a la possibilité de choisir c’est-à-dire qu’il peut aller contre
son instinct de survie ! (N’est-ce pas une différence avec l’animal ?). Par ailleurs, s’il choisit de
ne pas écouter sa conscience morale, cela voudrait dire qu’il perd en conformité et en
autonomie. Il n’a pas respecté la règle morale que sa propre conscience morale lui a donnée.
L’homme n’est réellement libre que quand il décide de repousser ses désirs pour se conformer
à la loi morale. Il est autonome et agit selon son libre-arbitre dans ce cas.

c) Les règles protègent la liberté.


Texte 3 de Rousseau

Si les hommes acceptent la contrainte c’est parce qu’ils savent qu’elle peut leur être
bénéfique. En effet, une loi encadre les hommes et les empêche de dépasser certaines limites
qui peuvent leurs être nocives. Plutôt que de vivre dans une situation de peur permanente avec
la possibilité de perdre leur liberté à tout jamais et d’être soumis, les hommes doivent au
contraire gagner en autonomie et être les auteurs de leurs propres règles. C’est pourquoi le
pouvoir politique doit découler d’eux. Il repose sur eux par le contrat social. Les individus
acceptent librement et volontairement de se soumettre à l’autorité de l’État. L’individu qui
adhère à l’État comprend que sa liberté est garantie par les lois et qu’il a alors un devoir
juridique envers ces lois de les respecter lui-même pour garantir la liberté des autres.

III. La liberté est avant tout un processus de libération

a) La liberté n’est pas un saut mais un processus continu.

Nous associons souvent le fait d’être libres avec la possibilité de prendre une décision
indépendante et individuelle à un moment précis comme si notre liberté se limite à un instant
bien déterminé. Or si nous voulons prendre en considération le moment de la prise de décision,
il est clair que la décision ne pourra être qu’influencée par nos expériences et notre vécu
passés ; plus précisément par la conscience que nous avons d’une chose ou encore notre
instinct et nos désirs. Mais la liberté ne peut pas se réduire à un moment. Si l’on veut qu’une
décision soit libre alors il faut que tout ce qui nous mène à cette décision soit éclairé. C’est-à-
dire que l’homme doit guider sa vision, son attention sur les choses qui constituent le monde et
se forger une opinion au fur et à mesure. Ce n’est que lorsqu’il y aura mis du discernement et
de l’attention qu’il peut à ce moment faire un choix libre. Ainsi, la liberté est un processus lent,
c’est comme le dit Iris Murdoch philosophe anglaise dans La souveraineté du Bien, une « tâche
minuscule et continue s’accomplissant par bribes. »

b) Toute activité mérite une prise de conscience.

L’homme est un sujet conscient, libre et agissant. Sa conscience lui permet de former un
langage (qui consiste à formuler des concepts pour se représenter les choses dont il a
conscience) mais aussi d’agir sur le monde pour le transformer à son image. En effet, si l’animal
construit sa maison, elle ne change jamais d’apparence alors que le produit du travail de
l’homme est infini et dépend de sa propre conscience du monde. Cette idée est visible de façon
claire dans l’art, deux œuvres ne se ressemblent pas. La conscience de l’homme lui permet de
prendre du recul par rapport à l’immédiateté, à ses désirs mais aussi aux situations auxquelles il
doit faire face. Si la conscience permet à l’homme de produire des choses subjectives qui le
reflètent c’est parce qu’elle est preuve de sa liberté. Mais pour réussir à le faire, l’homme doit
d’abord se détacher ou se libérer de tout ce qui le contraint. Le travail n’est pas toujours une
image de soi et de ce que l’on veut transmettre, il est souvent aliénant et rend l’homme
étranger à lui-même. Le travail mécanique qui ne demande aucune réflexion ou encore
l’exploitation des ouvriers ou des salariés sont bien les exemples d’un travail qui rend l’homme
esclave. Pour retrouver sa condition humaine d’être conscient et libre, l’homme doit d’abord
prendre conscience de sa situation et se révolter si possible.

c) La liberté consiste à accéder à la connaissance de soi

Être libre, c’est un processus de libération. Il faut d’abord se libérer de ses pulsions et pour
se faire, il faut apprendre à se connaître. C’est ce que prônent les Stoïciens avec l’ascétisme qui
consiste à maîtriser ses désirs pour se détacher de ceux qui ne dépendent pas de nous et
peuvent nous causer du tort et ne garder que les désirs qui dépendent de nous et donc que
nous pouvons diriger comme bon nous semble. C’est en acceptant l’ordre des choses et du
monde (certaines choses dépendent de nous, d’autres non) que nous pouvons effectivement
avoir un impact sur le monde. Être libre c’est avant tout connaître et se libérer de ce qui
m’empêche de l’être.
C’est cette même idée qui est courante chez tous les Anciens (Antiquité Grecque) où la liberté
n’est pas le pouvoir de faire un choix mais c’est le processus par lequel l’homme comprend sa
place dans le monde organisé, le Cosmos, et l’accepte pour commencer à vivre en harmonie
avec lui-même. En conséquent, l’être qui est le plus libre et heureux est le sage car c’est lui qui
a atteint le plus haut degré de connaissance du monde et de son fonctionnement et il ne prend
plus de décision qui va à l’encontre de ce monde-là. Son âme n’est donc plus troublée de ne pas
pouvoir agir, il a atteint l’ataraxie et il est heureux.

La liberté est double réponse, c’est une libération premièrement des illusions de la
connaissance (je crois que je suis entièrement libre) pour atteindre une connaissance véritable
du monde (je comprends que le monde fonctionne selon un certain ordre). La liberté est
ensuite une réponse aux peurs des choses nécessaires (mort, maladie…) que nous pensons
pouvoir vaincre et qui nous soumettent et nous empêchent d’atteindre la paix intérieure.

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