31. La Ve République s’enracine.
Après-gaullisme et alternance politique
I/ Les années Pompidou
1) Les élections
Si de Gaulle part, la droite reste forte au travers de son successeur autoproclamé, Georges
Pompidou, qui apparait cependant plus ouvert sur la question européenne. Ni le centre, ni le
parti communiste ne parvienne à en se rapprocher des gaullistes, qui survivent à leur chef.
2) Débloquer la société
Pompidou rallie plus de centristes et de radicaux, et tente de tenir compte des transformations
du monde du travail impulsé par 68, avec un poids plus important des syndicats dans
l’entreprise et de la législation du travail. Les socialistes se refondent en juin 1971 autour de
François Mitterrand. La construction européenne se poursuit, avec l’arrêt du veto français et le
référendum sur l’élargissement du marché commun le 23 avril 1972, même si les Français
apparaissent divisés.
3) Les temps difficiles
La droite semble en perte de vitesse, d’où un changement de premier ministre pour un gaulliste
plus traditionnel, Messmer. Mais la gauche, étant parvenu à s’unir autour d’un Programme
commun, est de plus en plus une menace. La majorité présidentielle recule aux législatives de
mars 1973. La situation internationale, avec l’irruption du choc pétrolier, dû en grande partie au
changement de politique économique des Etats-Unis mais aussi à leur soutien militaire à Israël,
fait craindre des problèmes d’approvisionnement en pétrole. A l’intérieur, la grève et
l’occupation d’une entreprise horlogère de Besançon, LIP, passionne la France et rappelle que
mai 68 n’est pas très loin, dans un contexte de montée du chômage et de fermeture
d’entreprises dans le pays. (Colloque du cinquantaine organisé par Jean-Paul Barrière, et film
LIP l’imagination au pouvoir).
II/ La présidence de Valéry Giscard d’Estaing
1) A la recherche d’un consensus
La mort de Georges Pompidou relance le processus électoral. Cette fois la gauche est unie et
présente François Mitterrand. A droite c’est le contraire puisque Chaban-Delmas et Giscard
d’Estaing partent séparément. C’est ce dernier qui convainc le plus les électeurs de droite, et il
remporte in extremis la victoire face à Mitterrand le 19 mai. Le nouveau président est un libéral
de centre-droit et souhaite marquer son mandat par des réformes, il renforce le poids du
Conseil constitutionnel, qui prend plus de plus dans l’examen des lois. Impactant davantage
l’opinion, l’abaissement de la majorité à 18 ans est voté le 5 juillet 1974. Enfin la grande loi
sociale de son mandat est la loi Veil du 17 janvier 1975. Fruit de mai 1968 et du renouveau du
féminisme en France, c’est la mobilisation militante, notamment au sein du MLAC, rassemblant
médecins, membre du Planning familial et féministes qui pousse le gouvernement, pourtant
largement conservateur, à cette loi. Le divorce est aussi facilité mais les libéraux n’entendent
pas toucher à l’économie.
2) Le poids de la crise
La majorité présidentielle est ainsi divisée sur les projets du chef de l’Etat. Jacques Chirac
démissionne ainsi le 25 août. Le nouveau Premier ministre, Barre, est partisan de l’austérité. Dès
lors les gaullistes, regroupés autour de Chirac, vont s’opposer au gouvernement qui doit recourir
au 49.3. Les divisions à droite s’accentuent tandis ce que la gauche ne parvient pas à mettre à
jour le Programme commun. Cela sauve la majorité, et la gauche ne brille pas aux élections
législatives de 1978. Tendance notable, le parti socialiste devance désormais le Parti
Communiste. Le président ralentit les réformes pour plaire aux conservateurs mais sa rencontre
avec Brejnev le 19 mai 1980 lui attirent les foudres de ceux-ci.
III/ L’alternance de gauche
1) La gauche l’emporte
L’élection présidentielle de 1981 est à nouveau contestée. Au premier tour le 26 avril, Mitterrand
rattrape le président sortant, alors que le parti communiste, en net recul, est devancée par
Jacques Chirac. Le second tour voit François Mitterrand, qui joue pourtant la modération,
obtenir le soutien des communistes et même d’une partie des gaullistes, contre Giscard. Il est
élu président le 10 mai. Premier président socialiste de la Ve République, Mitterrand met fin au
règne de la droite. L’affaiblissement du parti communiste lui permet de se passer d’eux au
gouvernement. Il dissout ensuite l’assemblée, et les législatives confirmeront la tendance à
l’hégémonie socialiste, qui obtient plus que la majorité. Le pari de Mitterrand de siphonner les
communistes semble réussi, d’autant que les électeurs de droite le rejoignent dans ce calcul.
2) De « l’état de grâce » à la rigueur
Dans le nouveau gouvernement Mauroy le président a fait un geste et laissé aux communistes
quelques sièges. Mitterrand lance des réformes sociales, comme l’abolition de la peine de mort,
mais surtout touchant à l’économie. Le SMIC est un peu augmenté, et quelques entreprises
sont nationalisés. Contrairement à ce qu’un ministre de Giscard avait affirmé, les chars russes
n’ont pas occupé la place de la Concorde suite à son élection. Le nouveau président tente au
contraire une politique de relance du capitalisme. Cependant les capitalistes ne suivent pas et
investissent ailleurs. L’augmentation du chômage et l’affaiblissent des finances forcent
Mitterrand à changer de cap. C’est le tournant de la rigueur. Dès 1982 les salaires sont bloqués
et le 21 mars 1983 est annoncée « le tournant de la rigueur ». Le changement de Premier
ministre en juillet 1984 et le départ des communistes acte la rupture des promesses sociales du
président, provoquant la colère croissante de l’électorat populaire.
3) La cohabitation
Aux élections législatives de mars 1986, l’opposition n’a qu’une majorité de justesse, du fait de
l’introduction de la proportionnelle. Elle permet aussi à un nouveau parti, le Front National, de
percer. Après son échec en Algérie, Jean-Marie Le Pen profite du retour de la crise économique
pour relancer le thème de la préférence nationale face au chômage. A l’inverse les
communistes, discrédités et affaiblis par Mitterrand, ne parviennent plus à convaincre du
socialisme d’autant que l’URSS est dans une mauvaise passe. Malgré le pari du préside, la
droite passe et c’est la cohabitation avec Chirac. Après l’austérité, le gouvernement prend le
tournant libéral international. Le président parvient à se faire réélire le 21 mai 1988 mais son
crédit politique est usé, malgré des Premiers ministres de gauche, d’autant que les difficultés
économiques et sociales s’accumulent dans les années 90. Dernier acte majeur de Mitterrand,
le référendum sur l’UE est approuvé de justesse par référendum le 20 septembre 1992. Aux
législatives de 1993 la droite revient en force et en 1995 devient Chirac devient président et
Juppé Premier ministre. Voulant appliquer la rigueur au secteur public et la Sécurité sociale, la
réforme Juppé échoue face au mouvement social. Aux nouvelles élections du 1er juin, la
cohabitation s’inverse et Jospin devient Premier ministre.