L'incinération Des Déchets en Île-de-France:: Considérations Environnementales Et Sanitaires
L'incinération Des Déchets en Île-de-France:: Considérations Environnementales Et Sanitaires
en Île-de-France :
Considérations
environnementales et sanitaires
Décembre 2005
Etude réalisée par Jean-Philippe CAMARD (ORS) et Antoine FRANCONI (Deur, IAURIF)
© IAURIF, décembre 2005
Sommaire
Contexte de l’étude 11
Objectifs, déroulement de l’étude 13
3
Incinération et santé
La pollution historique 81
Les mâchefers d’incinération d’ordures ménagères 82
Les REFIOM 82
Le cas des dioxines et furannes 83
L’impact des émissions et des retombées atmosphériques 84
L’impact dans les sols 89
Conclusion 91
Evaluation de l’exposition 97
Les différentes voies d’exposition 97
Influence des polluants sur l’importance de l’exposition 98
Connaissance de l’exposition des populations 98
Existence de populations sensibles 101
L’impact de l’incinération sur les voies d’exposition aux polluants 103
La part de l’incinération dans la pollution de l’air 103
La part de l’incinération dans la pollution des sols 111
La part de l’incinération dans la pollution de la chaîne alimentaire 117
Données sur la contamination de l’Homme 133
Les métaux 133
Les dioxines 135
Les effets sanitaires de l’incinération 143
L’impact de l’incinération sur les maladies respiratoires 145
L’impact de l’incinération sur la reproduction et le développement 147
L’impact de l’incinération sur les cancers 150
Conclusions 153
Conclusion :
bilan de l’incinération en Île-de-France : propositions, recommandations 203
Bibliographie 211
Annexes 227
4
Liste des tableaux
5
Incinération et santé
6
Liste des figures
7
Incinération et santé
8
Sigles
9
Incinération et santé
10
Contexte
Contexte de l’étude
L’incinération est le mode de traitement des déchets qui mobilise le plus l’attention et suscite le
plus d’inquiétude, à tout le moins d’interrogations, sur des possibles effets sur la santé humaine.
Ces effets ont en particulier été mis en avant dans les études consacrées à l’émission de
polluants organiques persistants (POPs), notamment les dioxines, lors de la combustion des
déchets.
Les avis et recommandations émis par ces documents concernent plus particulièrement :
- l’amélioration de la connaissance des émissions (identification des principales sources,
mesures fréquentes et en continu, choix de polluants traceurs),
- l’amélioration des connaissances sur l’exposition des individus (développement d’outils de
modélisation notamment),
- la mise en place d’une surveillance sanitaire des populations riveraines de sites émetteurs de
pollution (développement d’études épidémiologiques, estimation du niveau d’imprégnation
des populations exposées, évaluation du risque encouru par des populations particulièrement
sensibles (enfants, femmes enceintes).
11
Incinération et santé
Travaux en cours
En 2004, l’InVS a mis en place une démarche nationale d’expertise sur l’exposition de la
population aux dioxines. Parmi les missions que s’est fixée l’expertise figurent :
• la faisabilité d’une étude d’exposition aux dioxines à travers le dosage dans les liquides
biologiques ;
• la proposition d’axes de recherche, notamment épidémiologiques, sur les impacts
sanitaires pour les populations résidant à proximité des incinérateurs.
La relation entre l’incidence des cancers à proximité des incinérateurs de douze départements
français sera étudiée grâce à l’existence de registres des cancers dans ces départements. Bien
que l’Île-de-France ne dispose pas de registres des cancers, le cas de l’ancien incinérateur de
Vaux le Pénil, en Seine-et-Marne, sera pris en compte dans cette expertise dans la mesure où
cette installation a rejeté avant sa fermeture des quantités importantes de dioxine (voir plus loin
dans le rapport).
Les données relatives aux valeurs d’émissions et à la mise aux normes des incinérateurs
sont celles qui concernent l’année 2004. En conséquence, certaines d’entre-elles risquent
d’être obsolètes et dépassées à la date de publication du document, eu égard à
l’avancement des travaux de modernisation, en cours, sur certaines installations.
12
Introduction
13
14
Introduction
Les déchets ménagers génèrent des pollutions et sont à l’origine de risques sanitaires pouvant
provenir de deux sources :
Le traitement du déchet en vue de son élimination par les procédés que sont :
- l’incinération, source d’émissions atmosphériques (poussières et gaz), de résidus solides
(REFIOM1, mâchefers) et de rejets liquides, associée dans l’esprit du public à une pollution
toxique,
- la mise en décharge, source d’une contamination possible du sol et des eaux souterraines et
de nuisances pour les riverains,
- le compostage, qui produit un matériau fertilisant utilisable en agriculture mais qui peut
aussi contribuer à contaminer les sols et induire des risques pour les personnels des usines
de compostage et, dans une moindre mesure, pour les populations environnantes de ces
sites.
Dans cette étude, il ne sera pas fait mention du risque associé au déchet comme tel, puisqu’il
concerne surtout les professionnels appelés à le manipuler (éboueurs ou trieurs par exemple).
Dans ce domaine, une réglementation particulière et des moyens de protection adaptés au
personnel sont mis en oeuvre. S’agissant du traitement des déchets, seul le risque associé à
l’incinération sera traité ici. Les possibles effets du compostage sur la santé humaine ont été
abordés dans une précédente étude (IAURIF, ORS, 2004), et fait l’objet récemment d’une note
synthétique (IAURIF, ORS, 2005), de même sue les risques sanitaires liés à l’enfouissement des
déchets (IAURIF, ORS, 2005 à paraître).
1
Résidus de l’épuration des fumées de l’incinération des ordures ménagères.
15
Incinération et santé
Objectif de l’étude
L’objectif de ce document est de réunir les éléments d’information disponibles afin de tenter
d’apporter des réponses aux interrogations suivantes :
- Quels sont les polluants émis par l’incinération ?
- Que sait-on aujourd’hui de leurs effets sur la santé ?
- Quelle est la situation de l’incinération en Île-de-France au regard, notamment, du risque
sanitaire qu’elle est susceptible de faire courir à la population ?
Une analyse des données disponibles dans la littérature permettra d’identifier l’ensemble des
substances dangereuses pour l’homme issues de l’incinération des déchets ; de quantifier, autant
que le permettent les sources bibliographiques, les flux de polluants émis par les incinérateurs
franciliens ; de qualifier l’environnement autour de chaque incinérateur, en terme de population
et d’occupation du sol.
En revanche, cette démarche n’a l’objectif ni de quantifier l’exposition, ni d’évaluer, à fortiori,
le risque sanitaire pour les populations vivant à proximité ou directement sous le panache des
incinérateurs. Son objectif est avant tout d’attirer l’attention des pouvoirs publics et des
décideurs sur la place de l’incinération des déchets en Île-de-France, l’état de son parc au regard
de la réglementation, les flux de polluants émis et les enjeux sanitaires qu’ils représentent pour
les populations et les activités humaines potentiellement exposées aux retombées
atmosphériques générées par cette activité.
Si elle n’évalue pas le risque, la démarche engagée devrait cependant permettre de vérifier la
plausibilité d’une exposition (en fonction des usages des milieux contaminés ou susceptibles de
l’être, de l’existence de voies d’exposition potentielles). Elle permettrait également de
caractériser les populations concernées pour orienter les éventuels choix en matière d’évaluation
des risques et/ou d’études épidémiologiques et d’identifier les milieux (air, eau, sol, végétaux et
animaux) pour lesquels il serait nécessaire de disposer d’information sur leur contamination.
16
Introduction
17
18
Première partie :
Caractères et contexte de
l’incinération en Île-de-France
19
20
Généralités sur l’incinération
21
Incinération et santé
Tab. 3 : Incinération des ordures ménagères et des DIB2 en France, en 2000 et 2002
Quantités incinérées (en Kt) Part de l’incinération dans le traitement
Années 2000 2002 2000 2002
Ordures ménagères 10 186 10 789 42,2% 44,4%
Déchets des entreprises 826 982 7,6% 9,1%
Sources : ADEME, ITOM, 2002
2
Déchets industriels banals
22
Généralités sur l’incinération
L’incinération est un mode de traitement des déchets qui consiste à les brûler à haute
température (entre 850 et 1000°C). Elle est également appelée traitement thermique. Elle se
différencie selon qu’il y ait ou non, lors de la combustion, récupération d’énergie. Aujourd’hui
les incinérateurs modernes valorisent l’énergie produite sous forme de chaleur et/ou
d’électricité.
Le traitement thermique des déchets permet de réduire de 70% leur masse et de 90% leur
volume (tableau 1).
Les informations les plus récentes présentées ici sur le parc des incinérateurs franciliens
concernent les années 2002, 2003 et 2004. Comme mentionné précédemment, certaines sont
susceptibles de ne plus être valides au moment de la diffusion du rapport. C’est le cas
notamment de la mise aux normes en cours d’un certain nombre d’unités, ainsi que des valeurs
d’émissions des polluants dont il est à prévoir une réduction consécutive à l’amélioration des
performances de l’ensemble du parc.
… et en Île-de-France
En Île-de-France, le principal mode de traitement utilisé pour les déchets ménagers est
l’incinération (66%). Par ailleurs, plus de 70% des déchets ménagers collectés à Paris et en
petite couronne sont incinérés (Tableau 4).
L’impact de l’incinération des déchets sur la santé est un débat d’actualité. C’est un sujet
sensible en France, notamment en région capitale, compte tenu de l’importance du parc des
incinérateurs et de la vétusté d’un certain nombre d’entre eux. Le débat s’est amplifié
récemment à la suite de la fermeture de l’incinérateur de Gilly-sur-Isère (département de la
23
Incinération et santé
Paris–petite 2 220 738 72,3% 615 168 20% 203 192 6,6% 34 126 1,1% 3 073 224
couronne
Seine et Marne 220 705 39,7% 172 518 31,1% 64 408 11,6% 97 661 17,6% 555 292
Yvelines 444 414 72,4% 35 913 5,6% 70 657 11,5% 62 455 10,2% 613 439
Essonne 324 777 58,6% 63 720 11,5% 65 742 11,9% 99 557 18 553 796
Val d’Oise 302 524 58,9% 128 097 24,9% 43 387 8,4% 39 840 7,8% 513 848
Total 3 513 157 66,2% 1 015 416 19,1% 447 385 8,4% 333 637 6,3% 5 309 595
Tab.5 : Source principale des métaux et des composés de gaz acides dans les déchets
ménagers
Plastiques Cartons Putrescibles Métaux Papiers Verre Incombustibles DMS3
Bore X X X
Cadmium X X X
Chrome X X X X
Cobalt X X X
Cuivre X X X
Manganèse X X X X
Mercure X X X
Nickel X X X
Plomb X X X
Zinc X X X
Chlore X X X
Soufre X X X X X
Fluor X X X X X
Source : SFSP, d’après POLDEN 1995
Tab. 6 :Teneur moyenne des métaux lourds des ordures ménagères (En mg/kg de MS)
Pb Cd Hg Cr Cu Ni Zn Bo Co Mn As Mo Se
795 4,3 2,9 183 1 048 48 1 000 14 113 412 5,1 1,0 0,02
Source : POLDEN, 1995
3
Déchets ménagers spéciaux
24
Généralités sur l’incinération
Les constituants des déchets contiennent des micropolluants reconnus pour leur toxicité. Grâce à
la multiplication des analyses destinées à caractériser les déchets ménagers pour les besoins des
collectes sélectives, leur composition chimique est aujourd’hui mieux connue, notamment les
teneurs en métaux lourds, éléments traces organiques et constituants des gaz acides (ADEME,
1997). Les déchets ménagers spéciaux (DMS) qui concentrent tous les déchets toxiques rejetés
par les ménages (piles, médicaments, huile de vidange, batteries…), ne contribuent
majoritairement qu’aux teneurs en manganèse, mercure et zinc et, de façon insignifiante, pour
les autres métaux dans la mesure où ils ne représentent qu’une faible proportion des ordures
ménagères.
Le tableau 5 liste les constituants des déchets ménagers dans lesquels la présence des
micropolluants métalliques, de chlore, de fluor et de soufre a été détectée (d’après les résultats
de la campagne nationale sur la caractérisation des déchets lancée par l’Ademe en 19935) ; le
tableau 6 fournit les teneurs moyennes en métaux lourds des déchets.
Les plastiques et les métaux (comme il fallait s’y attendre pour ces derniers) en sont la source
principale. Le verre contient du chrome, du manganèse et du plomb issus des colorants
essentiellement (SFSP, 1999). Le chlore provient des plastiques (entre 50 et 75%, issu
principalement du PVC), le soufre des incombustibles non classés, le fluor des papiers et
cartons pour plus de la moitié des quantités présentes.
La combustion des ordures ménagères en présence d’air dans les incinérateurs les transforme en
gaz, tandis que les éléments incombustibles (métaux, minéraux, verre) et les fractions imbrûlées
4
Les émissions de dioxines excédaient fortement les normes réglementaires ; elles ont conduit à des
mesures aussi radicales que la destruction de cheptel et de plantes fourragères dans l’environnement de
l’usine (voir plus loin).
5
MODECOM : Méthode de caractérisation des ordures ménagères (Ademe, 1993).
25
Incinération et santé
des déchets (consécutives à l’état de fonctionnement des fours) subsistent sous la forme de
résidus solides. Ainsi, l’incinération d’une tonne d’ordures ménagères évacue dans l’atmosphère
entre 680 et 730 kg de gaz contenant 65 à 70% d’azote, 5 à 10% d’oxygène, 5 à 10% de dioxyde
de carbone issu de la combustion des déchets organiques et des plastiques, 10 à 20 % de vapeur
d’eau, des poussières, du fluor, du chlore, du monoxyde de carbone, des métaux lourds, des
oxydes d’azote. Il reste 250 à 350 kg de résidus incombustibles, une fraction immobilisée dans
les fours (mâchefers), l’autre piégée dans les systèmes d’épuration des fumées (cendres
volantes, cendres sous-chaudière, gâteau de filtration).6
L’incinération réduit le volume des déchets mais ne détruit pas totalement ses polluants
7
(micropolluants métalliques et organiques , gaz acides). Au contraire, elle les concentre dans les
gaz de combustion (fumées) et, dans une moindre mesure, dans les résidus incombustibles de
fond de four (mâchefers).
Les fumées (ou gaz) issues de la combustion véhiculent une grande partie des polluants
contenus initialement dans les déchets (tableaux 5 et 6). En l’absence d’épuration avant leur
évacuation à l’air libre, les gaz contiendraient (ADEME, 1997 ; Bicocchi, 1998) entre :
8
- 1 500 et 5 000 mg/Nm3 de poussières (également dénommées particules dans lesquelles se
concentrent la plus grande partie des métaux et les polluants organiques persistants (POPs),
- 1 000 mg/Nm3 d’acide chlorhydrique (HCl) en moyenne,
- 50 à 250 mg/Nm3 de soufre (SO2)
- 300 mg/Nm3 de NOx,
- 2,10-6 à 10-4 mg/Nm3 de Poly-chloro-dibenzo-dioxine/furannes (PCDD/F),
- 10 à 20 mg/Nm3 de plomb (Pb),
- 1,2 mg/Nm3de cadmium (Cd),
- 0 à 200 mg/Nm3 d’Hydrocarbure aromatique polycyclique (HAP),
- 0,8 à 1,5 mg/Nm3 de mercure (Hg).
6
La combustion des déchets dans les fours s’effectue à une température comprise entre 800 et 1000° C. La turbulence
des gaz qui s’échappent de la masse incandescente des déchets entraîne des particules solides sous la forme de
poussières, aussi dénommées cendres volantes, représentant entre 5 et 12% des résidus incombustibles.
7
Sauf les PCDD/F, détruits en grande partie par des températures de combustion supérieures à 850°C maintenues au
moins pendant 2 secondes
8
Nm3 : Débit volumétrique des gaz rapporté à des conditions normalisées de température (0°C) et de pression (1,013
bar).
26
Généralités sur l’incinération
Sachant que l’incinération d’une tonne de déchets induit un flux de 5 800 Nm3 de gaz de
combustion, les quantités moyennes émises par tonne de déchets incinérés seraient de :
- 19 kg de poussières,
- 5,8 kg d’HCl,
- 2 kg de SO2,
- 2,6 kg de NOx,
- 480 g de Pb,
- 36,5 g de Hg,
- 0,29 mg de PCDD/F.
En fond de four, les produits imbrûlés (mâchefers) représentent 240 kg par tonne de déchets
incinérés en moyenne, dans lesquels se concentre également une fraction des métaux lourds ;
leur impact sur le milieu ne sera effectif que dans le cas de leur recyclage, notamment en voirie
routière.
La réglementation prescrit de traiter les fumées d’un incinérateur avant leur sortie dans
l’atmosphère. Le procédé consiste à récupérer les poussières, les métaux lourds sous forme
particulaire ou gazeuse, les composés organiques et les gaz acides qu’elles contiennent. Une fois
récupérés, ces éléments vont former ce qu’il est convenu d’appeler les résidus de fumées
d’incinération des ordures ménagères (REFIOM) qui regroupent des produits de neutralisation
des gaz, des mélanges de cendres volantes, gâteaux de filtration issus du lavage des fumées et
sels divers (figure 1). Tous ces résidus sont très toxiques et concentrent l’essentiel des métaux
lourds présents dans les fumées. Leur volume est fonction du procédé d’épuration mis en œuvre
(tableau 7) et des performances épuratoires des installations (selon que les incinérateurs
respectent ou non les dernières normes dans ce domaine). De part leur toxicité, les REFIOM
sont évacués en décharge de classe I après neutralisation de leurs éléments polluants
(vitrification).
27
Incinération et santé
28
Généralités sur l’incinération
La partie des polluants qui se retrouve dans la fraction incombustible laissée en fond de four
(mâchefers) est soit neutralisée par l’enfouissement des mâchefers quand la solubilité des
métaux qu’ils contiennent est élevée, soit traitée quand leur faible lixiviation permet le
recyclage des mâchefers.
La mise en œuvre de la réglementation sur l’incinération s’est faite progressivement sur trois
décennies (tableau 6). Les principales étapes sont présentées ci-dessous.
La première limitation imposée aux émissions remonte à 1972 et a concerné les poussières
(instruction technique du 6 juin 1972 relative aux installations d’incinération de résidus
urbains, fixant les teneurs maximales admissibles de 0,15 à 1 g/ Nm3 de poussières en fonction
des capacités horaires des fours). Elle a été remplacée, une quinzaine d’années plus tard, par
l’arrêté du 9 juin 1986 qui, en même temps qu’il abaissait le seuil pour les poussières,
normalisait les émissions de HCl, des métaux lourds particulaires (la totalité) et gazeux (pour
certains seulement : Cd et Hg). L’arrêté du 25 janvier 1991 renforce encore les normes,
étendues aux effluents liquides et fixe un seuil pour le SO2. La circulaire du 24 février 1997
étend aux UIOM les dispositions de l’arrêté du 10 octobre 1996 relatif à l’incinération et à la
coincinération des déchets dangereux. Cette disposition impose pour la première fois aux
incinérateurs de déchets ménagers un seuil d’émission pour les dioxines et furannes.
La dernière réglementation en date (arrêté ministériel du 20 septembre 2002 modifié), outre
les métaux lourds, les dioxines et furannes, normalise les rejets de dioxyde d’azote et de
monoxyde de carbone dans les gaz d’émission.
29
Incinération et santé
Procédé Neutralisation des gaz réalisée Injection de lait de chaux dans Injection de réactif basique
après dépoussiérage en les fumées, d’où : (1) en poudre dans les fumées.
pulvérisant d’eau les fumées neutralisation des gaz acides Nécessité d’abaisser la
dans tour de lavage avec par formation de sels de température des gaz en
appoint de lait de chaux. calcium correspondants ; (2) dessous de 140°C avant
Produits de neutralisation condensation des métaux injection. Les REFIOM sont
évacués avec les eaux de lourds sur les particules des composés de poussières
lavage ; les résidus solides du sels ; (3) la captation des initiales, des produits de la
dépoussiérage constituent les particules solides issues de la réaction des acides avec le
cendres volantes. combustion (cendre) et du réactif et de réactif en excès.
traitement par un filtre
approprié.
Performance Un tel procédé présente une Haut rendement de captation Utilise soit la chaux, soit la
bonne captation des composés pour les métaux lourds (Hg et soude comme réactif. Mise
halogénés, mais il en résulte Cd) ; bonne neutralisation du en œuvre simple et peu
de nombreux nouveaux rejets SO2 ; absence de rejets coûteuse ; pas de rejets
(liquides chargés en sels, et liquides et possibilité liquides. Les inconvénients
difficulté de traiter les métaux d'adjonction de charbon actif sont une consommation
lourds et les dioxines). pour améliorer les élevée de réactif, une
Rendement supérieur aux performances pour le Hg et les exploitation peu souple, peu
traitements sec ou semi-sec. dioxines. Cette voie présente adaptée aux évolutions
par contre l'inconvénient de réglementaires, une
nécessiter de grandes quantités inadaptation aux grosses
de chaux. unités.
Source : SFSP, 1999
30
Généralités sur l’incinération
Hg 0,05 0,05
0,38(2) 0,2(3)
Cd+Tl 0,05 0,05
6,4 5,0
Sb+As+Pb+Cr+Co
+ + 0,5 0,5(6)
+Cu+Mn+Ni+V+Sn
1,3(4) 1,0(5)
Dioxines et furannes 0,1 0,1
Métaux, COT, gaz et acides : exprimés en mg/Nm3 – Pour les dioxines : en ng/Nm3 I-TEQ
Source : SFSP, 1999
(1) Pour les installations existantes dont la capacité nominale est supérieure à 6 t/h ou pour toutes les
nouvelles installations. Cette valeur est égale à 400 mg/m3 pour les installations existantes de capacité
nominale inférieure ou égale à 6 t/h.
(2) Limite pour Hg+Cd, sans prise en compte de Tl.
(3) Même chose que pour (2).
(4) 6,4 pour Pb+Cr+Co+Cu+Ni+Sn, et de 1,3 pour As (Sb + Mn + Vn ne sont pas pris en compte).
(5) 5,0 pour Pb+Cr+Cu+Mn, et de 1,0 pour Ni+As.
(6) pour les métaux suivants : Sb+As+Pb+Cr+Co+Cu+Mn+Ni+V+Sn.
31
Incinération et santé
32
Généralités sur l’incinération
S’agissant des gaz rejetés, plus particulièrement SO2, NOx (oxydes de soufre et d’azote
respectivement), les composés organiques volatils non méthanisables (COVNM), CH4, CO,
CO2, N2O, NH, la part de l’incinération des déchets excède à peine 2% du total des émissions au
plan national pour le dioxyde et l’oxyde de carbone et reste en dessous de cette valeur pour les
autres éléments (elle est nulle pour NH3).
L’apport des métaux lourds par l’incinération des déchets (avec ou sans récupération d’énergie)
est variable. Il dépend essentiellement de l’ancienneté des installations et de la nature des
déchets incinérés (selon que ces derniers aient été triés ou non). Il est élevé pour le mercure et le
cadmium, modéré pour le zinc et le plomb, négligeable pour les autres métaux.
Selon les chiffres de cet organisme, l’impact de l’incinération serait prédominant dans la
production de PCDD/F (68% des émissions), dans celle des PCB, notamment à cause de
l’incinération des DIS, et insignifiant pour les HAP.
33
Incinération et santé
L’impact sur l’homme et les milieux sera développé plus en détail dans les 2ème et 3ème parties.
Limiter l’impact des incinérateurs revient donc à intervenir sur cinq éléments :
- le tri à la source des déchets et leur contrôle à l’entrée des incinérateurs,
- les émissions gazeuses, en les épurant conformément aux dernières spécifications
réglementaires, notamment pour les dioxines et furannes ;
- les REFIOM (cendres volantes, cendres sous chaudières, sels de neutralisation des acides
contenus dans les fumées), en les collectant et en évitant leur mélange avec les mâchefers,
en les éliminant en décharge de classe I après leur inertage ;
- les effluents issus du lavage des fumées, en cas de traitement par voie humide, en les
épurant avant leur rejet dans le milieu ;
- les mâchefers, en appliquant strictement la réglementation de leur éventuel recyclage en
technique routière (en substitution aux granulats).
En amont de l’incinération, la qualité des déchets entrant dans les fours va également influer sur
la nature et le volume des émissions polluantes selon qu’ils ont été triés ou non, débarrassés ou
non des fractions toxiques représentées notamment par les déchets ménagers spéciaux.
9 Voici ce qui est écrit en conclusion de ce rapport : « les nouvelles valeurs limites d’émissions atmosphériques
des UIOM que vient d’adopter l’UE (la directive de décembre 2000), permettent d’atteindre des niveaux de
risque très faibles. Il importe d’autant plus dans ces conditions, que les quelques installations de grande
capacité supérieures à 6 t/h, qui n’ont pas respecté à temps [ … ] l’arrêté ministériel du 25/01/91 se mettent
en conformité dans les plus brefs délais … »
34
Les rejets de l’incinération
des déchets en Île-de-France
35
Incinération et santé
Tonnage (X1000 t) 18,5 4,4 4,5 0,4 1,5 0,5 24,5 5,3
6000000
5000000
4000000
3000000
2000000
1000000
0
1994 1996 1998 2000 2002 Année
sélectives
36
Les rejets de l’incinération des déchets en Ile-de-France
Déchets ménagers
Production
En 2002, 66% des déchets ménagers étaient voués à l’incinération en Île-de-France. Depuis une
décennie, ce taux est en légère mais constante augmentation, concomitante de la réduction de la
mise en décharge, qui a chuté de moitié pendant la même période, passant de 40 à 19 %
(ORDIF, 2004).
Sur le total des ordures ménagères résiduelles (qui n’ont pas été recyclées), incluant la grande
majorité des déchets encombrants, plus des trois quarts sont incinérés.
37
Incinération et santé
Non classé
6%
Fermentescible et
assimilé
30%
Recyclables sec
64%
Non classé
4%
Fermentescible et
assimilé
38%
Recyclable sec
58%
38
Les rejets de l’incinération des déchets en Ile-de-France
Composition
La composition des déchets ménagers est éminemment variable : elle dépend du mode de vie
des individus, des catégories socio-professionnelles, du contexte (urbain, suburbain, rural).
D’une façon générale, les déchets ménagers franciliens sont riches en matériaux d’emballages
(recyclables secs), notamment en zone agglomérée centrale (figure 3).
39
Incinération et santé
Une fraction des DIB est incinérée dans certaines UIOM de la région. Les quantités sont faibles,
mais difficiles à estimer précisément. L’ORDIF (2003), suite à une enquête auprès des
exploitants d’UIOM, les évaluaient à quelques 300 000 tonnes, soit 8,5% du total des déchets
incinérés cette année là. L’enquête sur les installations de traitement des ordures ménagères
(ITOM) de l’ADEME pour l’année 2000 (Ademe, 2002) indiquait onze UIOM franciliennes qui
recevaient entre 1 et 29% de DIB ; l’unité de Rungis, quant à elle, traitait 40% de DIB produits
par le Marché d’intérêt national de Rungis.
La très grande partie des DIB non recyclés aboutit en décharge ; leur contribution à la pollution
atmosphérique par le biais de l’incinération est donc négligeable.
L’Île-de-France en produit annuellement autour de 600 000 tonnes. Tous ne sont pas éliminés
dans la région qui en reçoit et détruit elle-même une fraction en provenance du reste de la
France.
En 2000, environ 150 000 tonnes de DIS étaient incinérées en Île-de-France dans deux unités
qui leur sont spécialement dédiées (à Compans et Limay).
Les mâchefers de DIS présentent une toxicité plus élevée que les mâchefers d’ordures
ménagères (voir plus loin les tableaux 22 et 23 et la figure 19) qui requiert, comme pour les
REFIOM, leur stockage en décharge de classe I.
40
Les rejets de l’incinération des déchets en Ile-de-France
41
Incinération et santé
Source : IAURIF
42
Les rejets de l’incinération des déchets en Ile-de-France
Annuellement, la région incinère quelques 3,8 millions de tonnes de déchets (tableau 12), dont
une fraction marginale de déchets industriels banals. S’y ajoute, comme on l’a vu, l’incinération
des déchets industriels spéciaux, celle d’une fraction des boues d’épuration et des déchets
d’activité de soins à risques.
Fin 2005, l’Île-de-France disposait, sur son territoire, de dix neuf usines d’incinération
d’ordures ménagères (figure 4) totalisant 562,1 tonnes/heure/an de capacité nominale,
représentant 15% du total des unités du parc national d’incinérateurs et le cinquième de ses
capacités totales d’incinération. En Île-de-France, l’incinération est une activité étroitement
insérée dans le tissu urbain (à l’exception de quelques incinérateurs situés en zone plus rurale ou
suburbaine). Leur nombre et leur localisation font qu’une part importante de la population
francilienne se trouve située dans leur voisinage ainsi que certaines activités agricoles, telles les
cultures vivrières, la grande culture et l’élevage.
43
Incinération et santé
Figure 5
44
Les rejets de l’incinération des déchets en Ile-de-France
Les premières usines ont été construites au cours des décennies 50 et 60 (figure 5), destinées à
l’incinération des ordures ménagères de l’agglomération centrale (les usines de Saint Ouen, Issy
les Moulineaux et Ivry, qui totalisent près de 60% de la capacité totale actuelle10). C’est pendant
les deux décennies qui suivent que seront construits la plupart des incinérateurs franciliens,
essentiellement en petite couronne, avec deux exceptions que sont l’usine du SIDOMPE à
Thiverval-Grignon et celle de Montereau. Les dernières unités à être construites l’ont été entre
1995 et 2003, toutes en grande couronne ; deux usines ont été reconstruites, celles de Créteil et
de Vaux-le-Pénil ; d’autres usines ont eu leurs capacités de traitement augmentées par
l’adjonction de lignes de four supplémentaires, notamment celles d’Argenteuil, Thiverval-
Grignon, Saint Thibault des Vignes ; enfin, les unités de compostage et d’incinération de
Sammoreau, Ozoir la Ferrière et Coulommiers ont, quant à elles, été arrêtées compte tenu de
leur vétusté.
10
A la fin du XIXème siècle, les unités d’Issy-les-Moulineaux, de Saint Ouen et de Romainville, broyaient
les ordures. En 1912, elles furent converties en UIOM. L’unité actuelle d’Issy-les-Moulineaux date de
1965, celle d’Ivry de 1969. L’usine de saint Ouen actuelle a remplacé en 1990 l’unité mise en service en
1954. L’unité de Romainville a été transformée en centre de tri et de transfert des déchets.
45
Tab. 13. Etat de la mise au norme des incinérateurs franciliens en 2004
46
Les rejets de l’incinération en Ile-de-France
Toutes les usines sont équipées de fours classiques à grille, à l’exception de celles de Guerville
et de Monthyon qui utilisent la technologie du lit fluidisé (dans cette dernière unité sur un seul
four de 4t/h). Le traitement des fumées se fait pour 78% des capacités par voie humide, 17% par
voie semi-humide et 5% par voie sèche. Toutes les usines valorisent la chaleur produite, à
l’exception de celle de Montereau.
En 2002, la mesure des émissions de Pb, Cr, Cu, Mn, Ni, As réalisée dans le cadre du suivi
initié par le Ministère de l’environnement et du développement durable (MEDD) a montré des
dépassements de la norme (fixée à 0,5 mg/m3 selon l’arrêté ministériel de septembre 2002, qui
sera opposable à partir du 28 12 2005) sur les incinérateurs de Saint Thibault (un four de 8t/h),
Guerville (un four), Massy (un four), et Ivry (les deux fours), totalisant 117, 5 t/h, soit 21,6%
des capacités de l’époque. Les autres installations émettaient moins de 0,35 mg/m3 de ces
éléments. S’agissant de Hg et Cd, aucun dépassement n’avait été enregistré cette année là
(figure 6).
11
Début 93, les incinérateurs aux normes en Ile-de-France desservaient 50% de la population ; fin 94 ils
en desservaient 63% et 90% au 30 juin 1996. Généralement, le respect de cet arrêté permet de limiter les
émissions de PCDD/F entre 1 et 15 ng/m3 (Incinération et santé – Exposition aux dioxines de la
population vivant à proximité des incinérateurs ; AFSSA, InVS, p. 26).
47
Incinération et santé
Figure 6a : Somme des émissions de Pb, Cu, Cr, Mn, Ni, As en sortie de cheminée des
UIOM franciliennes (valeurs 2002, en mg/NM3)
mg 4,8
0,9
0,8
0,8
0,7 0,6
0,6
0,6 0,6
Seuil réglementaire opposable en 2005
0,5 0,5 0,5
0,4 0,4
0,4 0,3
0,3
0,3 0,3
0,3 0,3 0,3
0,2
0,2 0,2 0,2 0,2
0,2 0,1 0,1 0,1 0,1
0,1 0,1 0,1 0,1 0,1
0,1 0,1 0,1
0,1 0,1 0,1 0,1 0,0 0,0 0,1
0,0 0,0
0
lle
l
n
on
rd
s
is
s
ne
sy
y
sy
y
ui
us
ne
lle
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ue
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Ru
r
rc
V
rtl
ue
b/
A
St
r
M
Th
r
Ca
Sa
hi
Ca
V
G
/T
St
0,12
mg
0,10
0,10
0,08
0,08
0,07
0,06
0,06 0,06
0,05
0,05 0,05
0,04
0,04 0,04 0,04 0,04
0,04 0,04 0,04 0,03 0,03 0,03
0,03 0,03 0,03 0,03
0,03
0,02 0,02 0,02 0,02
0,02 0,02 0,02 0,02
0,02 0,02
0,01
0,01
0,01 0,01
0,01 0,01 0,01
0,00
0,00
0,00
e*
on
ry
n
rd
s
s
y
ne
sy
l
sy
is
t
ui
us
ne
le
yo
ss
ue
ng
Iv
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ill
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rte
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r/P
V
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O
r/S
rv
Ru
M
rc
rtl
b/
A
St
M
Th
Ca
ue
Sa
hi
Ca
V
G
/T
St
48
Les rejets de l’incinération en Ile-de-France
Les mesures réalisées en 2003 indiquent des dépassements de seuils pour le plomb, le chrome,
le cuivre, le manganèse, le nickel et l’arsenic pour les incinérateurs de Montereau, de Massy et
de Sarcelles ; des dépassements de seuils de Hg+Cd pour Massy, Créteil et Monthyon.
En 2003, La mesure des teneurs de PCDD/F en sortie de cheminée a porté sur 17 incinérateurs
(n’ont pas été mesurés Guerville et Vaux le pénil, de même que le four de 9 t/h d’Argenteuil),
soit une capacité de 525 t/h reparties en 38 lignes de fours. Sur ce total, des dépassements du
seuil de 0,1 ng/m3 ont été constatés sur sept incinérateurs (plus un four de l’unité de Saint-Ouen
l’Aumône ; figure 7), totalisant 66,9% de la capacité de traitement mesurée. Les concentrations
les plus élevées provenaient de l’incinérateur d’Argenteuil, notamment sa ligne la plus ancienne,
qui a affiché des valeurs de 11,4 ng/m3, des unités du SYCTOM et de l’usine de Massy
(figure 7).
49
Incinération et santé
1,4
1,3 1,3
Seuil
1,2
réglementaire 1,1 1,1
opposable en 1
1
2005
0,8
0,8
0,7
ng/m3
0,6
0,5 0,5
0,4
0,3
0,2 0,2
0,2
0,1 0,1 0,1 0,1 0,1 0,1 0,1 0,1 0,1 0,1 0,1 0,1 0,1 0,1 0,1 0,1 0,1 0,1 0,1 0,1
0
Villejust
Vaux le Pénil
Guerville
St Ouen l'Aumône
Argenteuil
Car/Poissy
Rungis
Sarcelles
St/Thib/Vnes
Massy
Car/Seine
Thiv-Gon
Créteil
Monthyon
Issy
Ivry
das
St Ouen
Vert le Grd
Montereau
50
Les rejets de l’incinération en Ile-de-France
A terme, devront être améliorées les performances des incinérateurs de Sarcelles, Massy,
Guerville, Thiverval-Grignon et les trois unités du Syctom.
Soit : 560 X 7 500 = 4 200 000 tonnes de déchets incinérés/an. En réalité, selon les enquêtes
réalisées auprès des maîtres d’ouvrage, la quantité totale incinérée est moindre, et ce pour de
multiples causes : variabilité du pouvoir calorifique inférieur (PCI) des déchets, surcapacité de
certaines unités au regard des productions de déchets, arrêts techniques ou dysfonctionnement
des fours.
Pour la simplicité de l’exercice, c’est la capacité nominale des incinérateurs qui sera considérée
pour les différentes estimations présentées dans les pages qui suivent. Cette capacité équivaut à
la production 2 436.107 de m3 (un peu plus de 24 milliards de m3 ) de gaz de combustion par an,
si l’on additionne les volumes de gaz rejetés par toutes les cheminées des incinérateurs en
opération en Île-de-France.
51
Incinération et santé
Eléments Teneurs minimales Teneurs maximales Volume des gaz émis Quantité min. Quantité max.
Tab. 16 : Estimation des quantités totales de polluants contenus dans les cendres volantes
produites par les incinérateurs franciliens
Zn Pb Cu Sn Mn Cd Cr Ni As Hg Total PCDD/F
Teneur (mg/kg)* 20385 6626 1002 592 475 317 263 64 20 28 29 772 4,3.10-8
Quantité 759,2 246,78 37,32 22,05 17,69 11,81 9,8 2,38 0,74 1,04 1 108,84 160,19
minimale émise
Quantité 2530,8 822,61 124,4 73,5 58,97 39,36 32,65 7,95 2,48 3,48 3 696,18 533,96
maximale émise
* Selon, POLDEN (1998), in « l’incinération des déchets et la santé publique », SFSP, p.235
Quantités de métaux en tonnes ; quantités de PCDD/F en grammes
Les quantités minimales et maximales de métaux lourds sont calculées à partir des quantités minimales et
maximales de cendres émises figurant dans le tableau précédent (colonnes 5 et 6, première ligne).
52
Les rejets de l’incinération en Ile-de-France
Si les incinérateurs franciliens laissaient librement échapper leurs gaz sans dépollution, les
quantités de polluants libérés seraient assez conséquentes (tableau 15).
Les métaux lourds libérés sont pour l’essentiel concentrés dans les poussières, qui retiennent
également des PCDD/F. Une estimation des quantités des différents métaux libérés et de
PCDD/F peut-être réalisée à partir de la composition moyenne des cendres volantes récupérées
par le lavage des fumées (SFSP, 1999).
Ainsi, calculé sur la base de la composition des cendres volantes, la totalité des incinérateurs
franciliens auraient rejeté dans le milieu, en l’absence d’une épuration préalable des fumées,
entre 1 100 et 3 600 tonnes de métaux lourds et entre 160 et 530 grammes de PCDD/F (tableau
16).
Le même calcul, fait sur la base des quantités de cendres volantes produites par l’incinération
d’une tonne de déchet12, aboutit à un chiffrage sensiblement différent. Les quantités minimales
et maximales annuelles de métaux lourds seraient d’environ 1 700 et 3 100 tonnes,
respectivement; celles de PCDD/F de 256 et 451 grammes, respectivement. Ces chiffres doivent
cependant être regardés comme des ordres de grandeur.
Le lavage et le dépoussiérage des fumées permettent de piéger une grande partie de cette
pollution sous forme solide (cendres) ou liquide (effluents résultant du lavage des fumées
contenant des acides en solution, des métaux lourds, des sels) et sa neutralisation ultérieure
(enfouissement en décharge de classe I pour les cendres, épuration des eaux de lavage avant leur
rejet dans le milieu), une condition nécessaire pour éviter son transfert dans l’environnement.
Mais en dépit d’un taux d’abattement important de la pollution, l’incinération en rejète une
partie, si minime soit-elle, dans l’atmosphère, qui va s’ajouter aux polluants des émissions
industrielles, routières et mêmes agricoles dans le cas de dispersion des pesticides. «La présence
de divers polluants dans le milieu atmosphérique [ … ] résulte de processus naturels (remise en
suspension de particules par le vent, activité volcanique …) et anthropiques (industries diverses,
trafic automobile, usines d’incinération, chauffage domestique) [ … ] En milieu urbain, l’étude
physico-chimique des retombées atmosphériques est particulièrement intéressante car les
sources locales et fixes jouent un rôle prépondérant dans les apports de métaux traces à
l’atmosphère » (Azimi et al, conférence AERMC – MATE, Lyon, 2001).
12
A raison de 17 à 30 kg de cendres produites par tonne de déchet incinérée, on aboutit pour l’Ile-de-
France à une fourchette pour ce matériau comprise entre 59 500 et 105 000 tonnes/an.
53
Incinération et santé
Cendres
47 4110 12618,6 762,6 40,66 205,3 83 221 16 571,3 463,3 551 27 3,53 12 1,045 3,11 1718
volantes (1)
Cendres ss
23 828,2 5296,6 2200 1,795 223,5 60 35 9,49 249,5 656,7 837 43 0,44 20,7 1,955 2,30 256.,8
chaudière (1)
« Gâteau » (1) 36 4168 13271,76 1368 378 222,87 81 210 15,8 618,5 845,1 507 57 2,14 13,1 1,681 6,05 17768,0
Cendres
15 à 28 6626 20385 1002 28 263 64 317 20 592 475 4301
volantes (2)
"Gâteau"(2) 8 à 13 9039 18750 1145 119 344 142 425 29 1140 1411 17769
Ana : nombre d’analyses – (A) : COT, en % - (B) : imbrûlés, en % Métaux lourds, en mg/kg de matière sèche –
PCDD/F, en ng/kg de MS
Sources : (1), MATE/TIRU (1997) – (2), POLDEN, 1998, in « l’incinération des déchets et la santé publique »,
SFSP, 1999, p.235 – (3) une seules analyse par catégorie
Sous-produit Procédé Total Ratio sous- Total sous Teneur métaux Cd, Total
incinéré produit produit Cr, Cu, Hg, Ni, Pb, Zn métaux
(tonne) (kg/t)) (tonne) (mg/kg) (tonne)
54
Les rejets de l’incinération en Ile-de-France
Les déchets ménagers détruits par incinération le sont généralement à proximité ou à l’intérieur
du tissu urbain, ce qui permet de récupérer l’énergie produite, et justifie ce mode d’élimination
en zone agglomérée. C’est le cas de l’Île-de-France, où les incinérateurs des première et
deuxième générations se situent dans un contexte fortement urbanisé.
L’épuration des fumées retient la majeure partie de la pollution dans les rejets solides que sont
les REFIOM et les effluent de lavage des fumées (dans le cas du procédé de traitement par
voie humide). Les mâchefers, qui représentent la fraction incombustible des déchets, retiennent
également une partie des polluants.
L’inertage des REFIOM et leur confinement en CET de classe I séquestre cette pollution dans
des conditions qui évitent son transfert dans le milieu. Les mâchefers, produits en plus grande
quantité, ont une charge polluante moindre et peuvent faire l’objet d’un recyclage en technique
routière.
On peut tenter d’évaluer pour l’Île-de-France, les quantités de métaux lourds et de PCDD/F
piégées annuellement dans les REFIOM. Partant des concentrations de ces éléments (tableau
17) et des données suivantes :
- tonnage/an incinéré d’ordures ménagères (et de DIB) : 4 100 000 (égal à la capacité
nominale totale d’incinération du parc francilien (ORDIF, 2003)13,
- estimation de la quantité moyenne de mâchefers produite par tonne de déchets incinérés :
240 kg, (SFSP 1999, p. 43),
- quantité d’OM incinérées par voie humide : 3 274 500 tonnes,
- quantité d’OM incinérées par voie semi-humide et sèche : 825 500 tonnes,
- estimation de la quantité moyenne de REFIOM/tonne produite par voie humide : 25 kg (20
kg de cendres volantes + 5 kg de « gâteau », SFSP, 1999, p. 44),
- estimation de la quantité moyenne de REFIOM/tonne produite par voie semi-humide et
sèche : 30 kg (25 kg de cendres volantes + 5 kg de cendres sous chaudière),
on obtient une production annuelle pour l’Île-de-France de 106 227 tonnes de REFIOM (tableau
18).
13
Dans un récent rapport, l’ORDIF (2005) évalue à 4 089 000 tonnes les capacités techniques
d’incinération des unités franciliennes (p. 29), dont 95% réellement utilisées (p. 37).
55
Incinération et santé
100
90
80
70
60
En tonnes
50
40
30
20
10
0
Paris Seine-et- Yvelines Essonne Hauts-de- Seine-St- Val-de- Val-d'Oise
Marne Seine Denis Marne
Tab. 19 : Métaux lourds rejetés dans l’atmosphère par les incinérateurs franciliens (en
tonnes)
56
Les rejets de l’incinération en Ile-de-France
Les REFIOM (cendres et gâteau) ne représentent que 2,6% des déchets mais séquestrent ou
immobilisent quelques 3 000 tonnes de métaux lourds évacués en décharge de classe I.
Des données sur les polluants gazeux (dioxyde de soufre, oxydes d’azote) et les particules
proviennent de l’inventaire des émissions réalisé en 2000 par Airparif pour le compte de la
DRIRE dans le cadre du Plan de protection de l’atmosphère (PPA).
Les particules
Les émissions de particules, toutes sources confondues, s’élèvent à un peu plus de vingt mille
tonnes en Île-de-France (DRIRE Île-de-France/AIRPARIF, 2000). Ce sont les secteurs des
transports routiers et des procédés de production qui en sont les principaux émetteurs.
L’incinération des déchets émet 292 tonnes de particules en Île-de-France (figure 8), ce qui
représente un peu moins de 2 % des émissions totales.
Métaux lourds
Les valeurs extraites des données du Ministère de l’environnement et du développement durable
(MEDD) pour les incinérateurs franciliens donnent les tonnages sortis des cheminées en 2000,
2002, 2003 et 2004 (tableau 19). Globalement, on constate une légère décroissances des
quantités rejetées en l’espace de quatre ans.
A eux seuls, les trois unités du Syctom rejettent 57% des métaux lourds émis par les
incinérateurs de la région.
57
Incinération et santé
Tonnes 3,2
2,2
2,0
1,5
1,5
1,3 1,3
1,0
1,0
0,8
0,6
0,5 0,5
0,5 0,4 0,4
0,3 0,3 0,3
0,2 0,3
0,2 0,2
0,1 0,1 0,2 0,2 0,2
0,1 0,1 0,1 0,1
0,0 0,0 0,0 0,1 0,0 0,0 0,1
0,0
y
ry
sy
sy
s
on
is
ne
rd
n
au
t
s
ui
us
ne
le
ss
ill
yo
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ng
Iv
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O
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M
te
rc
rtl
V
b/
ue
St
M
Th
Ca
on
Sa
hi
Ca
V
G
M
/T
St
Source : MEDD, 2002 – 2003. In mesures annuelles nationales d’émissions des UIOM
4000
3500
3000
2500
En kg
2000
1500
1000
500
0
Paris Seine-et- Yvelines Essonne Hauts-de- Seine-St- Val-de- Val-d'Oise
Marne Seine Denis Marne
58
Les rejets de l’incinération en Ile-de-France
Cette quantité représente un peu plus de la moitié de celle qui serait rejetée selon les seuils de
l’arrêté 2002 (soit 14,5 tonnes14). L’utilisation des meilleures technologies disponibles (que
préconise la réglementation) permet un abaissement des seuils d’émission en deçà de ceux fixés
par les textes (en dépit de quelques dépassements de norme, comme on l’a vu).
Par incinérateur, les quantités émises sont représentées dans la figure 9 pour les années 2002 et
2003.
Si l’on confronte les émissions de métaux lourds par les incinérateurs en 2002 avec le total des
émissions de métaux lourds en Île-de-France, toutes sources confondues mesurées par le
CITEPA (2004), on constate qu’elles représentent, pour le total de Pb+Cr+Cu+Ni+As+Hg+Cd,
9% des quantités émises, mais près de 40% des émissions de mercure et de cadmium.
En conclusion, en terme d’exposition des populations et pour les métaux lourds, l’impact des
incinérateurs modernes apparaît comme faible.
Une comparaison régionale de la répartition des émissions fait ressortir le poids des
départements du Val de Marne, des Hauts de Seine et de l’Essonne (figure 10) où sont localisées
les plus importantes UIOM de la région.
14
Seuils de l’arrêté de 2002 pour les métaux lourds : Cd = 0,05 mg/Nm3, Hg = 0,05 mg/Nm3 ; total autres métaux
lourds = 0,5 mg/ Nm3 - Total des déchets incinérés : 4,1 millions de tonnes/an. Volume de fumées émises = 2378.107.
Total cadmium+ mercure émis = 2,4 t/an. Total autres métaux lourds = environ 12 t/an
59
Incinération et santé
8 7,18
8
7
7
6 5,14
6
5 4,2
5
4 3,34
4 2,91
2,58 2,5
3 2,1 2,03
3 1,9 1,9 2,01 1,8
2 1,4 1,35 1,37 1,49 1,5
1,12 1,2
2 0,92 0,8 0,8
0,5 0,6 0,66 0,6 0,6
1 0,2 0,09 0,14 0,21 0,29 0,31
1
0
ry
y
on
sy
s
y
l
t
e
on
rd
s
is
u
n
ui
us
ne
lle
ill
ss
s
ea
ue
ng
Iv
eG
Is
as
y
ei
i-G
rte
ilj
r/P
rv
/V
er
th
O
Ru
r/S
M
rc
V
rtl
A
ue
t
St
M
ib
Th
Ca
on
Sa
Ca
V
G
M
/T
St
800
700
600
500
400
300
200
100
0
total métaux 2000 (kg) total métaux 2001 (kg) total métaux 2002 (kg)
4,00
3,00
2,00
1,00
0,00
2000 2001 2002 2003
Guerville Arteuil St/Thib/Vnes Viljust
60
Les rejets de l’incinération en Ile-de-France
La pollution émise par incinérateur, rapportée à 1000 tonnes de déchets incinérés, qui reflète le
taux d’épuration des fumées, est représentée dans la figure 11 ci-contre.
On rappelle, selon les mesures de 2002, qu’il y a eu dépassement de la norme pour Pb, Cr, Cu,
Mn, Ni, As, pour les incinérateurs de Massy (l’un de ses fours), Ivry (les deux fours), Guerville
(un four) et Saint Thibault (un four), alors qu’aucun dépassement n’était constaté pour le
mercure et le cadmium.
Les variations du total des émissions depuis 2000 montrent pour un certain nombre
d’incinérateurs des baisses des quantités de métaux lourds émises (figure 12). Une variation
importante est constatée pour l’incinérateur de Carrières-sur-Seine qui a divisé par un facteur de
5 ses émissions.
Un autre groupe d’incinérateurs montre une variation des émissions en dent de scie, mais
cependant en baisse entre 2000 et 2003 (figure 13).
61
Incinération et santé
Source : Berthier, F. et Vanlaer, H., d’après les données du CITEPA/UNECE, déc. 2003
160
Capacité d'incinération (t/h)
140
120
100
80
60
40
20
0
0 5 10 15 20 25
Emission de PCDDF (gr)
15
Voir annexe 4
62
Les rejets de l’incinération en Ile-de-France
63
Tab. 21 : Flux de PCDD/F des UIOM franciliennes, en grammes par an
respect respect
Commune C/T/h 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 norme 2003 norme 2004
St/Thib/Vnes 8 1,11 0,59 NIL 1,81 0,63 0,035 0,035 Oui Oui
12 2,82 2,45 NIL 1,98 2,03 0,05 0,05 Oui Oui
Monthyon 7 0,03 0,03 0,03 0,09 0,03 0,03 0,06 Oui Non
7 0,03 0,03 0,03 0,03 0,03 0,03 0,06 Oui Non
4 1,11 10,09 2,63 0,89 3,04 Non Non
Montereau 4,2 0,01 Oui Oui
Carrières/Seine 9,5 0,33 0,04 0,04 0,12 0,04 0,04 0,04 Oui Oui
9,5 0,95 0,04 0,25 0,04 0,04 0,04 0,04 Oui Oui
Carrières/Pssy 7,5 0,03 0,03 0,03 0,03 0,03 0,03 Oui Oui
7,5 0,03 0,03 0,03 0,03 0,03 0,03 Oui Oui
Thiverval- 10,1 0,44 0,09 0,09 0,18 0,18 0,35 0,26 Non Non
Grignon 10,1 0,18 0,31 0,18 0,31 0,18 0,22 0,22 Non Non
0,06 Oui
14,7 0,13 0,13 0,13 0,06 0,06 0,19 Non
Guerville 4 0,35 0,035 0,087 0,05 0,02 Non Oui
4 0,26 0,035 0,26 0,035 0,035 Non Non
4 1,25 0,05 0,05 0,02 Non Oui
Massy 5,5 1,87 1,77 0,31 0,53 1,65 Non Non
5,5 1,1 1,51 0,31 0,07 Non Non
Villejust 6 3,05 0,03 0,03 0,03 0,03 0,03 0,03 Oui Oui
8 0,035 0,035 0,035 0,035 0,03 0,035 Oui Oui
Vert le Grand 14 0,06 0,06 0,06 0,06 0,06 0,06 Oui Oui
14 0,06 0,06 0,06 0,06 0,06 0,06 Oui Oui
Issy 19 3,8 1,9 1,07 1,15 1,9 1,4 0,41 Non Non
19 0,33 1,32 0,99 2,81 1,07 4,3 Non Non
19 0,91 1,07 1,24 1,4 1,82 2,31 2,4 Non Non
19 1,32 1,57 1,49 1,15 4,79 2,15 3,3 Non Non
St Ouen 28 2,07 1,46 1,7 1,95 2,07 1,22 2,19 Non Non
28 1,7 2,44 1,46 1,7 1,95 2,56 3,65 Non Non
28 2,31 1,83 1,34 1,34 1,34 1,34 1,46 Non Non
Créteil 15 0,42 0,065 0,065 0,065 0,065 Oui Oui
15 0,42 0,065 0,065 0,065 0,065 Oui Oui
2 0,38 0,009 Oui ?
Rungis 8,5 1,03 0,04 0,04 0,04 0,04 0,04 0,04 Oui Oui
8,5 0,37* 1,51 0,04 0,04 0,04 0,04 Oui Oui
Ivry 50 3,91 9,79 3,48 3,04 3,26 2,39 5,22 Non Non
50 4,57 3,7 4,57 3,48 4,35 3,26 4,13 Non Non
Argenteuil 7,5 2,93 1,47 0,26 1,4 1,99 1,1 0,23 Non Non
7,5 1,7 1,83 0,81 0,65 1,89 3,7 0,95 Non Non
9 0,39 0,27 0,23 0,27 0,23 Non Non
Sarcelles 10 0,43 2,22 0,7 0,7 0,3 0,22 0,35 Non Non
10 1,22 0,43 1,13 0,96 0,78 0,09 0,39 Non Non
St Ouen 0,09 Non
l’Aumône 10,5 0,27 0,55 0,09 0,068 0,5 0,05 Oui
10,5 0,14 0,09 0,14 0,045 0,18 0,09 0,09 Non Non
Vaux le Pénil 16 0,035 Oui Oui
562,1 42,245 36,645 25,152 26,838 34,665 25,244 35,5
Non encore construit ou non opérationnel Pas de mesure
64
Les rejets de l’incinération en Ile-de-France
Les émissions atmosphériques de PCDD/F pour l’année 2000 en Île-de-France, toutes sources
confondues, représentaient 101,27g (CITEPA, 2004). Si l’on met en perspective cette valeur
avec les quantités de dioxines émises cette même année par l’ensemble des incinérateurs
franciliens et mesurées dans le cadre du suivi instauré par le MEDD, la part de l’incinération
serait de 24,6%. Il existe une bonne corrélation entre la capacité d’incinération des départements
et les émissions départementales de PCDD/F, comme l’indique la figure 14.
Les valeurs des émissions de PCDD/F par les incinérateurs franciliens depuis 1998 figurent
dans le tableau 21.
En l’espace de six ans, on constate une réduction d’un peu plus une fois et demi du flux total de
PCDD/F (figure 15). La comparaison des valeurs totales annuelles entre elles n’est pas
significative dans la mesure où, dans la période considérée, les points d’émissions (les UIOM en
l’occurrence) ne sont pas constants (début de fonctionnement de Carrières sous Poissy et Vert le
Grand en 1999 ; début de Créteil en 2000). En outre, certaines années, des incinérateurs n’ont
pas fait l’objet de mesures.
La variation du flux observée sur les lignes de fours ayant fait l’objet de mesures annuelles
régulières, soit un total de capacités d’incinération de 388 t/h, montre une augmentation du flux
en 2003 avec un total, cette année là, supérieur au total de l’année 2000.
La décroissance globale des émissions, constatée entre 1998 et 2003, est la conséquence logique
de la mise aux normes progressive des incinérateurs. On rappellera que sans épuration des
fumées, les incinérateurs franciliens émettraient entre 160 et 530 grammes/an de PCDD/F.
Une fois la totalité des incinérateurs aux normes, le flux annuel de PCDD/F en Île-de-France
issu de l’incinération des déchets ne devrait pas excéder 2,4 grammes. Cette valeur devra être
atteinte à compter du 28 décembre 2005, date limite fixée par la loi pour le respect de la norme
des 0,1 ng par tous les incinérateurs.
65
Incinération et santé
Grammes
45
40
35
30
25
20
15
Flux 1998 Flux 1999 Flux 2000 Flux 2001 Flux 2002 Flux 2003
Figure 16 : Flux de PCDD/F dans les rejets atmosphériques des UIOM franciliennes
(valeurs 2003, en mg par 10 000 tonnes de déchets incinérés)
mg
300
266,7
250
200
150
121,6
101,8
100 75,3 81,3
50 29,0
20,7
2,9 3,2 5,3 5,6 5,7 5,7 5,7 5,8 6,3 8,9
0
n
is
on
l
s
ry
n
ne
au
rd
sy
y
ui
us
ne
le
yo
ue
ss
s
ng
Iv
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Is
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i-G
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r/P
O
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Ru
r/S
te
M
rc
V
rtl
b/
A
St
M
Th
on
Ca
Sa
hi
Ca
V
/T
St
Source
: MEDD, In mesures annuelles nationales d’émissions des UIOM
66
Les rejets de l’incinération en Ile-de-France
Les concentrations en ng/m3 émises en 2003 par les incinérateurs figurent dans la partie du
rapport traitant de la réglementation (voir ci-avant).
Le flux de PCDD/F émis par unité de déchets incinérés (figure 16), permet d’identifier ceux des
incinérateurs dans lesquels l’abattement des rejets de dioxines est le moins performant. En 2003,
l’incinérateur d’Argenteuil a rejeté le plus de dioxines par 10 000 tonnes incinérées (267 mg),
suivi des incinérateurs d’Issy, Massy, Saint-Ouen, Ivry, Thiverval-Grignon, Sarcelles.
Le MEDD vient de rendre disponible les valeurs d’émissions de dioxines pour l’année 2004 des
IUOM au plan national. S’agissant des incinérateurs franciliens, 20 lignes de four, totalisant
185,9 t/h (soit 32,9% de la capacité totale d’incinération de la région), ont émis des dioxines à
des concentrations inférieures ou égales à la norme de 0,1 ng. Huit incinérateurs ne respectent
pas encore la norme, dont les incinérateurs du SYCTOM.
Les résultats des mesures incluent également celles du four de 4 t/h de l’incinérateur de
Monthyon, réalisées depuis 2000 (ces résultats n’étaient disponibles antérieurement). Celles-ci
affichent des valeurs élevées : 6,4 et 27,2 ng en 2000, 58 ng en 2001, 15,1 ng en 2002, 5,1 en
2003, 17,5 et 13,3 ng en 2004.
Les premières analyses disponibles pour la nouvelle usine de Vaux-le-Penil indiquent que cette
dernière respecte la norme de 0,1 ng/m3.
Le total des dioxines émises pour les UIOM franciliennes s’élevait à 35,96 grammes contre
25,24 grammes en 2003, pour une capacité d’incinération aux normes sensiblement identique.
67
Incinération et santé
Figure 17 : Emissions (en tonnes) de SO2 en Île-de-France liées à l’incinération des déchets
500
450
400
350
300
250
200
150
100
50
0
Paris Seine-et-Marne Yvelines Essonne Hauts-de-Seine Seine-St-Denis Val-de-Marne Val-d'Oise
2500
2000
1500
1000
500
0
Paris Seine-et- Yvelines Essonne Hauts-de- Seine-St- Val-de-Marne Val-d'Oise
Marne Seine Denis
68
Les rejets de l’incinération en Ile-de-France
Dans le cas des mâchefers, on ne peut pas parler de pollution « rejetée » dans le milieu au même
titre que les émissions atmosphériques. En effet, c’est à l’occasion de leur valorisation en
technique routière qu’il existe une possibilité de contamination des sols. On parlera plus ici de
risque de transfert de pollution (à la suite du recyclage du matériau) que de rejet de pollution
comme tel.
Comme pour le REFIOM, une fraction de la pollution des déchets se concentre dans les
mâchefers ainsi que l’indique leur composition chimique (tableau 22 et 23).
16
MIOM :Mâchefers d’Incinération d’Ordures Ménagères
MIDIS : Mâchefers d’Incinération des déchets Industriels Spéciaux
69
Incinération et santé
Tab. 23. Moyenne des analyses en ETM et POP dans les MIOM et MIDIS
Pb Zn Cu Hg Cr Ni Cd As Sn Mn Ba V Sb Tl COT(A) (B)
(1) 2015,96 2117,58 1244,7928,84 457,08 105,75 16,5411,69150,33 1007,38 985,2931,671,0216,27 2,22 2,42 9,18
(2)3501,50 11726,00 7875,003,00 1263,00 4245,0084,0031,00499,50 1420,00 338,0046,500,1210,50 2,25 1,97 313,15
(1) Mâchefers d’OM – (2) Mâchefers de DIS – (A) Imbrûlés à 500°C – (B) PCDD/F, en ng/kg de MS
Données en mg/kg de MS, sauf pour PCDD/F. Source : MATE/TIRU, 1997
1007 985
1000 457 338
106
0
Pb Zn Cu Cr Ni Mn Ba
150 500
100
84
80
60 47
mg
40 29 31 32
17 16
20 12 11
3 1 0 2 2
0
Hg Cd As Sn V Sb Tl COT
70
Les rejets de l’incinération en Ile-de-France
Des analyses de MIOM et MIDIS en provenance de huit incinérateurs dont les trois unités du
SYCTOM (46 analyses au total) ont été réalisées à la demande du MEDD (MATE/TIRU,
1997). Les valeurs moyennes figurent dans le tableau 23.
La figure 19, qui en est issue, indique des teneurs beaucoup plus élevées pour la majorité des
éléments dans les MIDIS, notamment pour le zinc, le cuivre et le nickel.
Bien que moins chargés en éléments polluants que les REFIOM par unité de poids, les
mâchefers d’incinération d’ordures ménagères produits en Île-de-France représentent près de
6 000 tonnes de métaux lourds.
De par leurs propriétés mécaniques et leur texture, les mâchefers sont largement utilisés dans les
travaux publics après traitement préalable. Ceux classés maturables et valorisables (classes M et
V définies par l’arrêté de 1994) peuvent être recyclés en technique routière pour la réalisation
des sous-couches et des talus selon certaines conditions et prescriptions. Ils sont susceptibles, de
ce fait, de transférer une partie de leur pollution métallique dans le milieu.
71
Incinération et santé
Valorisable <5% <5% <0,2 <10 <1 <2 <1,5 <10 000 <1 500
Mâturable <5% <10% <0,4 <50 <2 <4 <3 <15 000 <2 000
Stockable >5% >10% >0,4 >50 >2 >4 >3 >15 000 >2 000
72
Les rejets de l’incinération en Ile-de-France
La préparation des mâchefers avant leur recyclage consiste à retirer les fractions imbrûlées des
déchets et les fractions métalliques ferreuses et non ferreuses grossières qu’ils contiennent et qui
représentent 0,5% du tonnage ; à les conditionner mécaniquement et à les soumettre (pour les
mâchefers « M ») à une lixiviation de trois à six mois sur des aires appropriées (aires de
maturation des mâchefers).
l’Île-de-France dispose de 6 plates-formes de maturation totalisant 710 000 tonnes de
capacité/an (ADEME, 2002).
La Seine et Marne et le Val d’Oise sont les départements les plus gros consommateurs de
mâchefers comme l’indique la figure 20.
73
Incinération et santé
Seine et Marne
38% Yvelines
12%
Essonne
Paris 10%
0% Val de marne
4%
Tab. 27 : Valeurs moyennes de PCDD/F dans les mâchefers (En ng I – TEQ/kg de MS)
France France Japon
Nombre d’échantillons 5 5 39
Minimum 4,0 4,66 0,7
Maximum 20,6 11,3 1 500
Moyenne 9,2 7,64 200
Source : Bartet, 2001
74
Les rejets de l’incinération en Ile-de-France
Mâchefers et dioxines
Dans le tableau 27, il apparaît que les valeurs des mesures sur les mâchefers réalisées en France
et au Japon sont discordantes. On suppose que les fortes valeurs des mâchefers du Japon sont
dues à un mélange de ces derniers avec des cendres sous chaudière.
On notera que les valeurs moyennes présentées dans les tableaux 22 et 23 sont du même ordre
de grandeur que celles du tableau 27 : 9 ngI-Teq/kg de MS.
Globalement, les teneurs en PCCD/F des mâchefers sont faibles comparées aux émissions
solides de l’incinération (cendres volantes, cendres sous chaudière, « gâteau » de filtration dans
le cas de traitement par voie humide). Elles le sont également par rapport à d’autres types de
matériaux (tableau 28). Les PCDD/F issues de l’incinération des déchets se concentreraient
surtout dans les cendres volantes (85%) ; les fumées en retiendraient 10%, les mâchefers 5%
(INSERM, 2000).
On notera la relative forte charge des boues d’épuration et les teneurs plus élevées dans les sols
forestiers comparées aux sols industriels. La même source indique pour des sols urbains des
teneurs pouvant aller de 1000 à 100 000 ng I-TEQ/Kg de sol selon que l’on se trouve
respectivement à proximité d’incinérateurs ou dans un site industriel.
75
Incinération et santé
76
Les rejets de l’incinération en Ile-de-France
S’agissant des PCDD/F, et au regard des expérimentations réalisées, l’impact sur le milieu serait
limité. Quand aux métaux lourds, des observations pluriannuelles sur chaussées expérimentales
réalisées à Hérouville, dans le Val d’Oise (Drouadaine et Badreddine, 2003), indiquent un
relargage rapide des métaux lourds inférieur au potentiel mesuré lors des test de lixiviation en
laboratoire, et une stabilisation au bout de trois années. Les expérimentations ont également fait
ressortir une meilleure rétention des métaux dans la matrice des mâchefers quand ceux-ci
avaient subi un traitement aux liants hydrauliques ou hydrocarbonés.
Conclusions
L’élimination des déchets ménagers en Île de France dépend pour les deux tiers de
l’incinération. Cette situation, si elle a permis de maîtriser la gestion d’une production de
déchets élevée, a contribué à figer quelque peu la diversification des filières de traitement. En
effet, si la mise en décharge a été réduite ces dernières années, c’est essentiellement en faveur
de l’incinération, cependant que le tri et le compostage croissaient modérément.
77
Incinération et santé
unités du SYCTOM qui représentent à elles seules 45% des capacités, le respect de l’échéance
du 28 décembre 2005 pour l’émission de dioxines en deçà du seuil apparaît problématique pour
certaines unités.
78
Deuxième partie
79
Incinération et santé
Tab. 30 : Part des principaux polluants issus des émissions atmosphériques imputable à
l’incinération
Selon le CITEPA,
fort impact de
PCB 4,67 Pas de données
l’incinération des
DIS dans la
production de PCB
Selon le CITEPA,
HAP 16,40 Pas de données peu d’impact de
l’incinération
SO2 80 000,00 1 500,00 1,88
NOx 164 610,00 7 030,00 4,27
Métaux lourds, HAP, SO2, NOx : valeurs en tonnes
PCDD/F et PCB : valeurs en grammes. Valeurs de l’année 2000 pour les métaux lourds, PCDD/F, PCB et
HAP. Valeurs 2003 pour NOx et SO2. Pour métaux lourds et POP, les valeurs IDF proviennent du
CITEPA (inventaire départementalisé des émissions de polluants atmosphériques en France en 2000,
avril 2004) ; les valeurs de l’incinération pour métaux lourds proviennent des analyses d’émissions des
incinérateur du MEDD.
80
Bilan de l’impact de l’incinération des déchets
Ce bilan concerne les compartiments Air et Sol. Pour l’air, il consiste à mettre en perspective la
pollution totale engendrée par l’activité industrielle avec la contribution de l’incinération à cette
pollution. Pour ce compartiment, l’on ne dispose pas de valeurs historiques des émissions
imputables à l’incinération dans la mesure où les flux de métaux lourds et de PCDD/F émis par
cette activité font l’objet de contrôles annuels depuis seulement 1997.
S’agissant du compartiment Sol, il a été comparé l’apport des mâchefers en métaux (qui
correspond à l’apport de l’incinération, sachant que les REFIOM aboutissent en décharges de
classe I, dans lesquelles les éléments toxiques sont normalement neutralisés ) aux autres apports
(apports agricoles ; retombées atmosphériques, dont un dixième provient de l’incinération).
Pour le sol, l’estimation de la pollution historique peut-être tentée. Il est possible, par
l’utilisation de ratios et de valeurs moyennes de concentration des polluants, d’estimer les
quantités recyclées des sous-produits issus de l’incinération avant 2004 et partant, d’évaluer
celles de leurs éléments toxiques.
En Île-de-France, les premiers incinérateurs ont été construits au tout début des années soixante.
Le parc s’est ensuite progressivement étoffé avec la construction de nouvelles unités et
modernisé. Les étapes de cette aventure industrielle ont été brièvement décrites dans la première
partie et représentées graphiquement dans la figure 5.
Depuis le fonctionnement de la première usine on peut tenter d’évaluer les quantités de déchets
qui ont alimenté les fours et le tonnage des sous produits qui en est sorti.
Ainsi, en supposant que les fours ont fonctionné à saturation de leurs capacités nominale (ce qui
semble plausible), 90,5 à 100 millions de tonnes d’ordures ménagères auraient été incinérées de
1965 à 2004 en Île-de-France. La production de mâchefers qui en a résulté correspondrait à une
vingtaine de millions de tonnes ; celle des REFIOM à environ 3,5 millions de tonnes.
La réalité du tonnage des REFIOM produits est plus difficile à appréhender, dans la mesure où
la quantité de cendres volantes et ou de résidus de lavage des fumées dépend de l’imposition des
81
Incinération et santé
procédés de dépoussiérage des fumées par les réglementations successives (on peut supposer
que ces quantités étaient moins importantes après l’introduction de l’arrêté de janvier 1991).
Dans le cas présent, le taux de REFIOM a été pris égal 0,4% par tonne de déchets incinérée pour
toute la période considérée.
Les REFIOM
De par leur toxicité et leur forte solubilité, ces sous-produits sont classés comme des DIS. Ils
aboutissent logiquement en décharge de classe I. Logiquement, car ici encore des écarts à une
gestion dans les règles de l’art de ces matériaux peuvent avoir eu lieu, notamment leur mélange
82
Bilan de l’impact de l’incinération des déchets
avec les mâchefers et leur enlèvement avec ces derniers, ou leur stockage « temporaire » sur le
site des incinérateurs17.
Le calcul du total des émissions de métaux lourds et de dioxines émises est moins évident dans
la mesure où l’importance des flux rejetés a varié en fonction des dispositions réglementaires
successives : celles des arrêtés du 6 juin 1972 et du 9 juin 1986, et surtout l’arrêté du 25 janvier
1991, de la circulaire Lepage (25 février 1997), de l’arrêté du 20 septembre 2002.
Depuis leur entrée en fonction, les incinérateurs franciliens ont rejeté dans les airs des quantités
de PCDD/F qu’il est impossible d’évaluer faute de suivi des émissions. Ce suivi, on l’a vu, a
débuté en 1997 à une fréquence annuelle (6 heures/an) sur tous les incinérateurs en
fonctionnement sur le territoire national et concerne également, rappelons-le, les métaux lourds.
17 bien que l’arrêté ministériel du 9/06/86 stipule que tout mélange de mâchefers et de cendres soit traité en
décharge, une enquête de la DRIRE en 1987 indiquait que dans la plupart des incinérateurs, cendres et
mâchefers étaient mélangés au niveau de la fosse d’extinction des mâchefers, valorisés en technique routière
ou mis en décharge (« L’épuration des fumées et l’élimination des résidus » ; exposé de Melle Perrier-Rosset. Journées
d’étude, traitement et élimination des déchets ; ENPC, 9 et 10 octobre 1990)
18 Une note récente du MEDD (avril 2005) mentionne qu’un certain nombre d’incinérateurs ne pourra pas
83
Incinération et santé
La généralisation au plan national des mesures de concentration des PCDD/F en sortie de four
confirme, en 2003, les rejets encore élevés de certains incinérateurs franciliens (figure 16). Les
incinérateurs d’Argenteuil, d’Issy-les-Moulineaux, de Massy et de Saint-Ouen sont ceux qui
émettent les plus forts taux par 10 000 tonnes incinérées (par ordre décroissant). En quantités
totales émises, les unités qui excèdent un gramme annuel sont par ordre croissant Argenteuil
(4,8 g), Saint-Ouen (5,12g), Ivry (5,65g), Issy-les-Moulineaux (6,93g).
Au regard des concentrations, les dépassement de la norme ont concerné 19 lignes de four sur
38 mesurées (totalisant, on l’a vu, 66,9% des capacités mesurées en 2003). Les valeurs trouvées
s’établissent entre 0,8 et 11,4 ng/m3 (Moyenne : 1,89 ; Médiane : 1,3 ; Ecart type : 2,47), sans
commune mesure avec les émissions des incinérateurs aujourd’hui arrêtés de Vaux le pénil ou
de Gilly sur Isère (voir ci-après). En tout état de cause, les unités dépassant les normes devront
se conformer, comme l’ensemble des incinérateurs français, à l’arrêté ministériel de septembre
2002, et ce avant le 28 décembre 2005, sous peine d’un arrêt de leur fonctionnement passé cette
échéance.
Le tableau 30 indique la part des principaux polluants issus des émissions atmosphériques
imputable à l’incinération en Île-de-France.
L’incinération des déchets représente moins du dixième du total des émissions atmosphériques
de plomb, de chrome, de cuivre, de nickel, d’arsenic, de mercure et de cadmium. Elle participe
de manière insignifiante aux émissions de particules et d’HAP et contribue relativement peu à
celles des oxydes d’azote.
84
Bilan de l’impact de l’incinération des déchets
L’impact est fort pour le cadmium et le mercure, pour lesquels l’incinération fournit près de
40% des émissions. La baisse d’environ de moitié des quantités depuis 1990 est en grande partie
imputable, selon le CITEPA, au tri sélectif des déchets (notamment des DMS) et aux progrès
réalisés dans le traitement des fumées. Bien que ne disposant pas de valeurs des émissions de
PCB de l’incinération, cette dernière contribuerait majoritairement, toujours selon les
observations du CITEPA, aux émissions totales de la région.
85
Incinération et santé
86
Bilan de l’impact de l’incinération des déchets
Le flux des PCDD/F issu de l’incinération est également élevé puisque il représente près du
quart des émissions en Île-de-France. Ce constat est à l’origine du programme annuel de suivi
des émissions atmosphériques des incinérateurs, indépendamment de leurs capacités. La
réduction drastique des émissions de dioxines/furannes est une priorité des pouvoirs publics en
matière de santé environnementale compte tenu de la nocivité avérée de ces composés.
L’Île-de-France est particulièrement concernée par cette réduction. La région a généré en 2000
le cinquième des émissions nationales19 de dioxines/furannes (selon données CITEPA, 2000), et
la mise aux normes de sept de ses principaux incinérateurs qui totalisent 66% des capacités du
parc n’était pas encore réalisée fin 2004. Une fois cette mise aux normes effective, elle
permettra de ramener en dessous de 2,4 grammes par an la contribution de l’incinération à la
production de PCDD/F, et ce à compter de 2006.
- de l’activité sidérurgique, qui se répartit en Île-de-France sur six sites principaux, et qui
participe également à l’émission de dioxines (DRIRE, 2002) ;
- de la consommation de divers types de combustibles pour la production d’énergie (centrales
thermiques au fioul, au charbon, au bois) ;
- de l’incinération des boues de STEP et des DIS (cependant réduite en Île-de-France) ;
- de la circulation automobile ;
- de la production de fumées d’origine urbaines (cheminées), rurale (brûlage de végétaux),
humaine (tabac).
19Les émissions nationales décroissent rapidement : de 526 g en 2000 elles sont passées à 380 g en 2002 ; les
prévisions de 2003 indiquent 281 g (CITEPA, analyse sectorielle, février 2004). Pour les comparaisons, nous
nous sommes tenus à l’année 2000 faute de données totales régionales plus récentes.
87
Incinération et santé
Mâchefers(a) 836 400 1 686,15 382,20 1 041,14 88,45 24,12 13,83 3 235,89
Boues d'épuration(b) 41 865 6,5 2,24 17,65 1,12 0,11 0,14 27,76
(b)
Effluents d’élevage 125 271 0,65 1,47 9,72 0,95 0,11 0,04 12,94
Compost(b) 72 639 9,05 5,61 3,97 3,54 0,05 0,11 22,33
(b)
Engrais 56 951 0,11 8,66 0,35 0,58 0,01 0,86 10,57
Retombées atmosphériques© 33 4,3 48 9,35 0,55 95,2
(a) valeur extraite du tableau 24, moins 15% de refus – Le calcul des quantités de ML a été fait à partir des
valeurs moyennes MATE/TIRU (1997) du tableau 23
(b) IAURIF et ORS, 2004
(c) (c) Azimi et al, 2003
Boues d'épuration
16%
Effluents d’élevage
8%
Compost
13%
Retombées Engrais
atmosphériques 6%
57%
88
Bilan de l’impact de l’incinération des déchets
Les retombées atmosphériques des polluants issus de l’incinération rejoignent le sol par
gravité à plus ou moins longue distance des incinérateurs selon que les éléments sont émis en
phase gazeuse ou particulaire. La faible contribution de l’incinération à la pollution métallique
« tous éléments » conduit, en toute logique, à un impact faible sur les sols et la biomasse.
Le Piren-Seine (Azimi et al, 2003) fournit des estimations de retombées atmosphériques pour
quelques métaux. Le tableau 31 confronte les valeur émises et les retombées pour le plomb, le
chrome, le cuivre, le nickel et le cadmium.
On ne dispose pas de données générales sur les retombées atmosphériques des POPs. Des
concentrations de PCDD/F ont été mesurées ponctuellement par le SIOM de Villejust dans les
communes de Marcoussis, Villebon, Orsay, Les Ulis et Lonjumeau sur des échantillons de sol et
de végétaux. Les concentrations trouvées sur 22 prélèvements s’échelonnent de 0,1 à 9.3 ng/kg
de matière sèche. Ces valeurs sont conformes aux concentrations observées dans les sols urbains
en France, comprises entre 0,2 et 17 ng/kgMS (AFSSA/INERIS, 1999) et restent dans la limite
des valeurs mesurées autour d’incinérateurs (cf. tableau infra)
Hormis les retombées atmosphériques, dont il semble tout au moins pour les PCDD/F qu’elle ne
contribueraient pas à la pollution de l’environnement des UIOM, l’impact de la pollution des
sols par l’incinération des déchets provient essentiellement des REFIOM et des mâchefers. Les
premiers sont stockés en décharge de classe I, dans la perspective d’en neutraliser les éléments
polluants ; en ce qui les concerne, les risques de transfert dans le milieu peuvent être considérés
comme nuls dans la mesure où les sites d’enfouissement, qui répondent à des normes sévères,
sont exploités dans les règles de l’art. Les seconds servent dans les travaux public pour la
fabrication de sous-couches routières et de remblais avec, dans ce cas, des risques de transfert
de polluants dans le milieu.
89
Incinération et santé
Remblais,
autres
90
Bilan de l’impact de l’incinération des déchets
contribution des activités agricoles à la pollution des sols par rapport à celle des retombées
atmosphériques issues des activités industrielles et urbaines qui représentent près de 60% de
cette pollution (figure 22).
Le cas des mâchefers est à dissocier des autres intrants dans la mesure où leur usage, réduit à la
construction de chaussées et de remblais routiers, les confine dans des structures bien délimitées
et imperméabilisées, qui évite leur mélange avec le sol encaissant. Seuls les mâchefers
présentant un faible potentiel de relargage de leurs métaux lourds dans l’environnement sont
recyclés. Ce qui signifie, qu’en dépit des fortes teneurs affichées comparées à celles des intrants
agricoles et des retombées atmosphériques du tableau 32, les métaux lourds des mâchefers sont
peu transférés dans les sols, comme l’indique les expérimentations réalisées sur chaussées (cf.
supra), et ce transfert est encore limité par leur traitement préalable aux liants hydrauliques.
Conclusion
Deux éléments doivent être considérés si l’on veut apprécier l’impact des incinérateurs de
déchets sur l’environnement d’Île-de-France : l’importance du parc et sa capacité d’incinération
disponible, à la fois une concentration démographique élevée et la présence d’une agriculture
développée (mais avec une faible présence de l’élevage). Une partie importante de la population
francilienne vit dans l’environnement proche d’un incinérateur, de même que s’y développe une
activité agricole. Aux deux éléments cités on pourrait également ajouter l’état de vétusté d’une
partie des incinérateurs, une mise aux normes encore inachevée, pour les NOx, le CO2 et les
PCDD/F.
91
Incinération et santé
Des progrès importants ont été réalisés dans ce domaine en Île-de-France, notamment l’arrêt
des unités de moins de 6 t/h ou leur remplacement par des unités plus modernes. Des
améliorations restent encore à effectuer, et les exemples récents de dysfonctionnement des
incinérateurs de Vaux le Pénil (aujourd’hui remplacé par une unité moderne), de Villejust
(aujourd’hui aux normes), ou encore de Gilly sur Isère viennent rappeler la nécessité d’être
vigilant.
92
Troisième partie
Incinération et santé
93
94
Impact sanitaire de l’incinération
Le traitement thermique des déchets ménagers entraîne, comme on l’a vu, le rejet
atmosphérique de nombreux composés chimiques. Tous les polluants émis ne peuvent pas être
pris en compte lors d’une évaluation du risque sanitaire. En pratique, seuls quelques polluants
appelés « traceurs » sont considérés. Ce sont les particules, les dérivés halogénés polycycliques
(dioxines, furannes et PCB), le cadmium, le mercure et le plomb (SFSP, 1999 ; ADEME, 2002).
Dans d’autres études, les auteurs examinent davantage de polluants. Il s’agit, en plus des
précédents, du nickel, de l’arsenic et du chrome (Institut Universitaire d’hygiène et de santé
Publique, 2001), de l’acide chlorhydrique, du dioxyde de soufre (Glorennec et al, 2001) et du
manganèse (ASTEE, 2003).
Ces polluants sont choisis en tant que traceurs car :
- les connaissances sur leur nocivité sont disponibles et il existe des valeurs toxicologiques de
référence les concernant (voir annexe),
- les quantités de polluants émises sont importantes,
- les polluants sont représentatifs de leur catégorie (polluants organiques ou inorganiques), de
leur voie d’exposition (inhalation ou ingestion ou les deux), de leurs effets sanitaires
(cancérogènes ou systémiques) et de leur présence sous forme particulaire ou gazeuse.
Tous ces polluants ont une toxicité et des effets sur la santé humaine qui ont été établis. Le
danger propre à chacune de ces substances est décrit en annexe.
Dans cette partie sont présentés les modes d’exposition potentiels de la population aux
émissions des incinérateurs et une synthèse des connaissances disponibles, sur l’impact sur la
santé de riverains d’incinérateurs.
95
Incinération et santé
96
Impact sanitaire de l’incinération
Evaluation de l’exposition
Les polluants issus de l’incinération des déchets se dispersent dans l’atmosphère puis se
déposent sur les sols et produits cultivés. L’exposition des personnes vivant aux alentours d’une
unité d’incinération émettant des polluants dans l’atmosphère peut se produire par inhalation ou
par ingestion de poussières (contacts mains-bouche). Il s’agit là d’une exposition directe. Elle
peut être également indirecte par l’ingestion d’aliments cultivés et consommés localement
(cultures maraîchères, potagers, jardins familiaux et ouvriers) contaminés par des retombées
atmosphériques et par le transfert de polluants depuis le sol vers les végétaux. Les animaux
peuvent également être atteints lorsqu’ils consomment les végétaux ou lorsqu’ils ingèrent de la
terre en paissant (SFSP, 1999).
La figure 23 montre les possibles voies d’exposition à la pollution engendrée par un émetteur,
en l’occurrence une usine d’incinération.
97
Incinération et santé
contaminent les végétaux consommés localement par l’Homme ou l’animal. Les animaux ainsi
contaminés peuvent alors atteindre l’Homme, par la consommation de viande, de lait ou d’œufs.
Exposition cutanée
En population générale, l’exposition cutanée est considérée comme négligeable.
L’exposition de populations vivant près d’incinérateurs d’ordures ménagères est différente selon
les polluants considérés. La plupart du temps, il semble évident que c’est l’inhalation des rejets
qui va être la principale source d’exposition. C’est le cas par exemple des particules, du dioxyde
de soufre ou encore de l’acide chlorhydrique. Dans ce cas, un impact sur les individus se
produira à chaque fois qu’il y aura une exposition à la substance, et à terme des pathologies
pourront survenir. En revanche, certains polluants tels que les dioxines, les PCB et certains
métaux lourds ont la propriété de s’accumuler dans les êtres vivants (bio-accumulation),
végétaux et animaux, et vont ainsi être transférés le long de la chaîne alimentaire (SFSP, 1999).
Dans ce cas, c’est l’alimentation et donc l’ingestion d’aliments : végétaux, animaux ou produits
issus d’animaux comme le lait ou les œufs qui va être prépondérante dans l’exposition. Par
exemple, l’exposition totale des personnes aux dioxines est à 90 – 95% due à l’alimentation.
Un autre critère à prendre en considération est la propriété physico-chimique du polluant. Les
dioxines par exemple sont lipophiles et se fixent dans les tissus adipeux. Elles peuvent ensuite
être excrétées par le lait du fait de leur affinité avec les matières grasses. Ceci explique
l’importance de la consommation de lait et produits laitiers dans l’exposition totale à ces
polluants et le rôle de l’allaitement maternel (notamment pour le premier enfant) dans
l’exposition totale des nourrissons.
98
Impact sanitaire de l’incinération
biomarqueurs dans les milieux biologiques des individus (sang, urine, cheveux notamment), soit
par l’emploi de capteurs individuels portés par des sujets.
Les inconvénients de ces mesures sont que :
- peu de polluants peuvent être mesurés ;
- les appareils de mesure sont souvent encombrants et socialement assez peu acceptables, ce
qui peut entraîner une modification des activités des individus ;
- il peut être difficile de différencier l’origine des polluants dont on mesure les concentrations
La mesure de l’exposition peut aussi être indirecte, et généralement elle est réalisée soit par des
relevés ponctuels des niveaux de polluants dans l’atmosphère sur des sites fixes placés à
proximité des populations exposées - le niveau d’exposition des sujets est alors déduit des
niveaux mesurés par chaque appareil - soit par la modélisation de la dispersion des polluants
(voir annexe). Dans le premier cas, les avantages sont de pouvoir disposer de mesures en
continu de quelques indicateurs. Un inconvénient posé par ce type d’approche, est la
représentativité des niveaux relevés sur les sites de mesure par rapport à l’exposition réelle des
sujets. Cette représentativité dépend de la technique de mesure, du calibrage des appareils, de la
fréquence des relevés, du nombre et de la situation des sites, des indices pris en compte
(moyennes journalière, maxima horaires…).
La modélisation va, par l’intermédiaire d’un modèle de transport et de diffusion atmosphérique
de polluant, mettre en relation différents paramètres d’émission caractérisant la source avec des
paramètres météorologiques et géographiques locaux. Ainsi, dans un espace géographique
quadrillé et une période donnée, il permet d’estimer les concentrations moyennes de polluant en
chaque point du maillage (Guzzo, 1996).
99
Incinération et santé
Pour estimer l’impact des retombées atmosphériques sur les sols, sur les végétaux ou encore
estimer le passage des polluants depuis le sol vers la chaîne alimentaire, des logiciels de
modélisation multimédia sont utilisés (Bonnard, 2001). Le plus utilisé est le modèle CalTox.
Pour les ingestions directes, le modèle convertit, en fonction de divers paramètres, le dépôt à la
surface du sol en concentration des polluants dans les poussières du sol. Puis en fonction de
divers facteurs d’exposition, dont la quantité moyenne de poussières de sol ingérée, il calcule la
dose moyenne quotidienne de polluant ingérée par un sujet exposé. L’ouvrage de référence de
l’US-EPA de 1996 « Exposure factors handbook » indique une quantité moyenne de sol ingéré
par un adulte de 50 mg/j de sol soit pour une personne de 70 kg : 7,14.10-4 kg/kg de poids
corporel et par jour. Pour un enfant, cette quantité sera plus importante du fait du contact main-
bouche plus fréquent.
Sont ensuite calculées les concentrations dans les média d’exposition, soit les environnements
au contact de l’homme (sol superficiel, viande, légumes…) grâce aux données sur les
utilisations du site (mode d’alimentation du bétail, types de cultures…).
A partir de ces concentrations dans les produits locaux et des paramètres humains d’exposition
(temps passé sur le site, consommation de produits provenant de la zone d’étude…) le modèle
permet, in fine, de quantifier la dose journalière, moyennée sur la période d’étude, en mg/jour
par kilo de poids corporel.
Afin de connaître ce que consomme la population française, différentes enquêtes peuvent être
utilisées. Certaines apportent des informations sur l’autoproduction des ménages. Les
principales sont :
100
Impact sanitaire de l’incinération
Le risque de développer une pathologie suite à une exposition n’est pas le même pour tous les
individus. Il existe des groupes à risque particuliers dits « sensibles », soit par excès
d’exposition, soit par susceptibilité accrue.
L’exposition accrue peut être liée :
- au lieu de résidence (habiter à proximité d’une source de pollution),
- au temps passé sur le lieu d’exposition (il y aura une différence entre des personnes dont
l’activité est éloignée de cette zone et des personnes y résidant en permanence : non actifs,
enfants pour qui le lieu de garde ou l’établissement scolaire est dans la zone, personnes à
mobilité réduite…),
- à l’activité physique et à des comportements particuliers. Par exemple, les enfants ont une
activité physique plus élevée que les adultes et respirent donc plus (à poids égal) de
polluants. Les enfants, surtout en bas âge, ont un portage main-bouche élevé et ingèrent
donc une quantité plus importante de polluants que les adultes. Cette particularité est
101
Incinération et santé
d’autant plus conséquente que les enfants passent plus de temps que les adultes au niveau du
sol,
- à un mode de consommation particulier (consommation de produits végétaux ou animaux
produits localement ou issu d’un jardin potager, consommation plus importante de lait pour
les enfant ou les adolescents, consommation de lait maternel pour les nourrissons).
102
Impact sanitaire de l’incinération
Les niveaux d’exposition aux contaminants présents dans les milieux (air, eau, sol,
alimentation) et émis par l’incinération des déchets diffèrent selon que l’on se situe dans une
zone rurale, urbaine ou industrielle, du fait essentiellement de la présence d’autres émetteurs
que l’incinération : circulation automobile, industries, agriculture… Par ailleurs, on observe
également des niveaux différents selon les performances des incinérateurs.
A titre d’information, les niveaux de fond mesurés en Île-de-France, pour quelques indicateurs,
sont donnés ci-après dans la description de chaque élément.
Les métaux
Les niveaux de fond
En Île-de-France, les niveaux moyens annuels en fond urbain mesurés par AIRPARIF entre
2001 et 2004 figurent dans le tableau ci-dessous
La part de l’incinération
Rappelons que si la contribution de l’incinération dans les émissions totales de
Pb+Cr+Cu+Ni+As+Hg+Cd ne représente que 9% de la totalité de ces métaux émis dans
l’atmosphère en Île-de-France, cette part est de près de 40% pour les seuls mercure et cadmium
(cf. première partie).
Concernant l’immission (i.e la teneur du polluant dans l’air), la part de l’incinération dans la
pollution métallique de l’atmosphère est difficile à connaître notamment parce que de
nombreuses sources ponctuelles ou diffuses peuvent être présentes dans la même zone (SFSP,
1999). L’idéal serait d’avoir à disposition des mesures réalisées avant la mise en route de
l’incinérateur - ou après l’arrêt de son activité - et des mesures en routine effectuées pendant
l’exploitation afin de pouvoir faire des comparaisons.
103
Incinération et santé
104
Impact sanitaire de l’incinération
La SFSP (1999), cite une étude comparant des concentrations de quelques métaux, mesurées à
une distance de 3 km de la cheminée d’un incinérateur d’ordures ménagères avant et après sa
fermeture, dans laquelle ressort une diminution des teneurs en mercure (0,07 à 0,03 ng/m3), en
cadmium (0,35 à 0,28 ng/m3), en plomb (6,2 à 5,6 ng/m3) et en zinc (26 à 22 ng/m3). En
revanche, les auteurs de l’étude constatent une augmentation pour le chrome (15 à 19 ng/m3).
Par ailleurs, ces mesures apparaissent très faibles, y compris celles réalisées durant
l’exploitation, et ne correspondent pas aux valeurs enregistrées dans une autre étude, dans
laquelle des mesures autour d’une UIOM située dans une zone industrielle indiquent des
concentrations de 18 ng/m3 pour Cd, 160 ng/m3 pour Pb et 270 ng/m3 pour Zn.
Les particules
Les niveaux de fond
En Ile-de-France, les niveaux moyens annuels en fond urbain mesurés par AIRPARIF entre
2001 et 2004 sont les suivants :
105
Incinération et santé
Belgique 86 129
Luxembourg 47 54 77
106
Impact sanitaire de l’incinération
Il est intéressant de constater que les communes éloignées des sources ont des concentrations en
particules similaires à celles des communes plus proches. Autour de l’incinérateur d’ordures
municipales par exemple, les teneurs sont de 21 µg/m3 pour les PM10 et 18 µg/m3 pour les PM2,5
contre respectivement 22 µg/m3 et 18 µg/m3 dans la commune exempte d’un incinérateur.
L’analyse de la composition des particules en certains éléments métalliques et non métalliques a
permis d’estimer la contribution des incinérateurs pour la concentration de PM2,5 à moins de
3%.
Dans une étude menée en Australie autour d’un incinérateur de boues d’épuration urbaines, les
concentrations de particules mesurées autour de l’incinérateur montraient également des teneurs
comparables à celles obtenues dans une zone sans sources de pollution particulières (Gray et al,
1994).
La part de l’incinération
La part des émissions de SO2 attribuable à l’incinération en Île-de-France est de 2%. Dans les
études précédemment citées (Shy, 1995 ; Hazucha et al, 2002 et Gray et al, 1994) des mesures
de SO2 indiquent des concentrations de 10,6 µg/m3, 7,1 µg/m3 et 6,6 µg/m3 respectivement
autour des incinérateurs de déchets médicaux, municipaux et industriels.
La comparaison avec les concentrations mesurées dans les villes sans incinérateur montre
qu’elles sont du même ordre de grandeur : 9,5µg/m3, 6,6µg/m3 et 5,3µg/m3 en moyenne
journalière.
Dioxines et furannes
Les niveaux de fond
Ces polluants sont rarement mesurés dans l’air où leurs concentrations sont en général très
faibles. Les résultats disponibles montrent qu’il existe une amplitude très importante entre des
teneurs mesurées en différents contextes (rural, urbain, proche d’une source émettrice), mais
également sur un même site. Ainsi, dans son article de synthèse, Seta (2000) indique des
107
Incinération et santé
concentrations dans l’air ambiant pouvant aller de 3 fg/m3 à 5 000 fg/m3. Dans le détail, des
différences apparaissent en fonction de trois situations bien spécifiques : milieu rural, milieu
urbain et milieu proche d’une source (Nominé, 1999). En Europe, des informations fournies par
la commission européenne (European Commission, 1999) indiquent des teneurs de dioxines
dans l’air allant de 1 à 110 fg/m3 en zone rurale, de 0 à 810 fg/m3 en zone urbaine et de 6 à
1 600 fg/m3 sur sites proches d’une source polluante (Tableau 35).
En Île-de-France, des mesures réalisées en 2004 par AIRPARIF sur huit sites dont quatre à
proximité d’incinérateurs (Sarcelles, Massy, Saint-Ouen et Argenteuil) indiquaient chez ces
derniers des valeurs comprises entre 0,04 et 1,14 pg I TEQ/m3, assez semblables aux mesures
réalisées en 1997 dans l’air de l’agglomération parisienne.
La part de l’incinération
Les concentrations en dioxines dans l’air relevées autour d’incinérateurs ou de sources
polluantes sont cohérentes avec les valeurs citées ci-dessus. Assez paradoxalement les
incinérateurs semblent avoir, d’une manière générale, un faible impact sur les teneurs en
PCDD/F de l’atmosphère. En effet, les valeurs mesurées sont globalement du même ordre de
grandeur que celles correspondant à des zones témoins (c’est à dire sans incinérateur)
représentant les mêmes différences selon qu’il s’agisse d’un milieu rural, urbain et industriel.
Ainsi, Caserini et al (2004) rapportent des analyses effectuées en Italie autour de trois
incinérateurs (le premier situé en zone rurale, le deuxième en zone industrielle et le troisième
caractérisant une situation intermédiaire). Autour du premier site, les teneurs mesurées en
PCDD/F étaient de 22 à 125 fg I-TEQ m3, du même ordre de grandeur que les mesures réalisées
avant la construction de l’incinérateur.
Sur le second site qui comprenait un incinérateur non équipé des « meilleures techniques de
traitement des fumées », les teneurs mesurées se sont révélées les plus élevés : de 144 à 337 fg
I-TEQ m3. L’auteur précise cependant que ces niveaux sont représentatifs des sites industriels
(ce qui semble cohérent avec les résultats de Lohman).
108
Impact sanitaire de l’incinération
Quant-au troisième incinérateur, celui équipé des « meilleures techniques de traitement des
fumées ». les mesures dans son environnement ont montré des teneurs qui s’échelonnaient de 10
à 67 fg I-TEQ m3.
A Taiwan, des mesures réalisées autour d’un incinérateur indiquaient des concentrations de
PCDD/F allant de 58 à 127 fg I-TEQ m3 (Cheng et al, 2003).
Plusieurs études révèlent des niveaux de dioxines plus importants l’hiver que l’été (Hippelein et
al, 1996 ; Cheng, op. cit). Par exemple, à Taiwan, une étude réalisée autour d’un incinérateur
indiquait des concentrations de PCDD/F allant de 188 à 348 fg I-TEQ m3 l’hiver et de 56 à 166
fg I-TEQ m3 l’été (Chang, 2003).
Une étude menée aux Etats-Unis (Lorber, 1998) a évalué les teneurs dans l’air de dioxines à une
distance allant de 1,8 à 3 km autour d’un incinérateur ayant fonctionné de 1983 à 1994. Les
émissions annuelles de cet incinérateur sur la période d’activité sont estimées à 1 000 grammes,
représentant près d’un dixième de l’ensemble des dioxines émises aux Etats-Unis toutes sources
confondues ! Malgré ces fortes émissions, des concentrations mesurées à deux périodes
différentes et à 2 km sous le vent de l’incinérateur s’élevaient respectivement à 170 et 350 fg I-
TEQ m3, c’est à dire à des niveaux caractéristiques de situations industrielles. Cependant,
l’auteur signale que ces teneurs mesurées sous le vent, comparées au niveau de fond urbain
estimé à 50 fg I-TEQ m3, mettent en évidence l’impact de l’incinérateur.
Au total
Les niveaux de dioxines mesurés dans l’atmosphère autour d’incinérateurs apparaissent peu
éloignés des niveaux de fond (i.e sans incinérateur) observés dans des contextes comparables
(milieu rural, urbain). La date de construction de l’incinérateur, et par conséquent le degré de
dépollution de ses fumées, a une influence sur les concentrations dans l’air. On notera
également que les teneurs en dioxines se caractérisent par une saisonnalité marquée (niveaux
bien plus important en hiver).
109
Incinération et santé
Tab. 36 : Eléments traces métalliques dans les sols (en mg/kg de terre fine)
Sols ordinaires Anomalies modérées Fortes anomalies
Tab. 37 : Teneurs limites admissibles des sols récepteur de boues d’épuration et VCI (en
mg/kg de matière sèche)
France(1) Communauté Pays Bas(3) Suède (4) VCIusage sensible (5)
Européenne(2)
A B C
Cadmium 2 3 0,8 20 12 0,4 20
110
Impact sanitaire de l’incinération
La part de l’incinération
Des analyses de sols ont été réalisées autour d’incinérateurs ou de sites industriels. Collet et al
(1998) ont mesuré les concentrations en plomb et en cadmium dans une zone de 7 x 9 km autour
d’un incinérateur en Ecosse. Les niveaux s’étendent de 11 à 82 mg/kg de sol pour le plomb et de
0,03 à 0,17 mg/kg de sol pour le cadmium.
La distribution spatiale des résultats pour le plomb montre une réduction des teneurs en relation
avec l’éloignement de la source, prouvant ainsi l’impact de l’incinérateur. De plus, la
comparaison entre les résultats observés pour le plomb avec les niveaux prédits par
modélisation des contaminations dues à l’incinérateur montre une bonne corrélation, preuve
supplémentaire du rôle de l’incinérateur dans cette contamination. Cette corrélation n’a pas été
retrouvée pour le cadmium.
Dans le cadre d’une étude sur le risque de contamination des sols par les éléments traces
métalliques, Mench et Baize (2004) signalent cinq situations aboutissant à une contamination
plus marquée du sol et à un danger plus grand de contamination des végétaux cultivés (et donc,
par voie indirecte, des consommateurs de ces produits). Parmi ces situations sont citées :
- les sols à proximité d’installations polluantes telles que les incinérateurs,
- les jardins familiaux à proximité d’agglomérations ou d’un site industriel émetteur. L’auteur
indique que la contamination de ces jardins peut être importante s’ils sont anciens et
présents depuis longtemps dans l’agglomération.
111
Incinération et santé
Tab. 38 : Concentration en PCDD/F (en pg I-TEQ/g de sol) dans les sols de quelques pays
européens
Tab. 39 : Concentrations de fond en PCDD/F (en pg I-TEQ/g de sol) relevées dans la littérature
112
Impact sanitaire de l’incinération
D’autres travaux montrent des résultats contradictoires. Ainsi, un rapport de l’InVS (2003) cite
une étude réalisée en Espagne dont l’objectif était de déterminer une éventuelle variation
temporelle (entre 1996 et 1997) des niveaux de métaux dans le sol autour d’un incinérateur
ancien. Outre le fait de ne pas avoir montré d’évolution particulière, les analyses indiquent des
niveaux moyens de 9,7 mg/kg pour l’arsenic, 0,4 mg/kg pour le cadmium, 17,7 mg/kg pour le
chrome, 0,1 mg/kg pour le mercure et 54,2 mg/kg pour le plomb. Ces valeurs sont en deçà des
valeurs limites établies dans le cadre de l’épandage de boues d’épuration (Tableau 37).
Une autre comparaison des teneurs en métaux dans les sols a été réalisée par Llobet et al (2002)
autour d’un incinérateur, également en Espagne (province de Tarragone). Des premières
mesures avaient été effectuées en 1994 et 1997, avant l’adaptation de l’unité aux normes
européennes en 1997 qui a entraîné une réduction de ses émissions polluantes. De nouvelles
analyses du sol réalisées en 1999 indiquaient une réduction pour le seul cadmium (baisse de
21%) et pour le plomb (baisse de 54%). Du fait du maintien des niveaux des autres métaux, les
auteurs concluaient donc au rôle très vraisemblable d’autres sources d’émission pour ces
derniers dans la même zone.
Dans la même région, des analyses de sols ont été réalisées autour de sites industriels, en site
urbain et en site supposé non pollué (Nadal et al, 2004). Excepté les niveaux plus élevés de
chrome et de vanadium du site industriel, aucune différence n’est constatée en comparaison
avec le site non pollué.
Conclusion
De nombreuses études montrent que les teneurs en métaux dans les sols proches d’incinérateurs
sont en deçà des valeurs limites établies par la réglementation. Par ailleurs, l’influence des
incinérateurs n’y est pas mise en évidence de façon claire et systématique.
Les dioxines
113
Tableau 40 : Teneurs en dioxines dans le sol à proximité d’incinérateurs
Bibliographie Lieu Localisation Nb Année Concentration. Commentaires
prélèvements Pts mesure échantillon (ng ITQ/kgms
Domingo 2000 S. Adria del 3 km autour de 24 1999 Min : 1,33 Niveaux plus élevés mais différences pour les
Besos, Barcelone l’incinérateur Max : 54,23 médianes non significatives
Espagne Médiane : 14,41
Moyenne :11,85
Domingo, 1999 Montcada, 24 1996 Min : 0,28 Pas de relation entre les niveaux de dioxines et
Barcelone Max 44,30 la direction des vents dominants
Espagne Médiane : 3,52
Moyenne :6,91
114
Tableau 40 (suite)
Bibliographie Lieu Localisation Nb Année Concentration. Commentaires
prélèvements Pts mesure échantillon (ng ITQ/kgms
Jimenes, 1996
UIDAS Sur trois lignes 16 Min : 0,7 Pas d’impact de l’UIDAS
parallèles au sens du Max : 11,4
Madrid, Espagne
vent dominant, une
dans l’axe et les
autres à 1 km de part
et d’autre
Deister , 1991 UIDIS Jusqu’à 750 m 10 Min : 0,2 Pas d’impact de l’UIDIS
Max : 8,86
Allemagne
115
Incinération et santé
La part de l’incinération
D’après Nominé (1999), 80% des dioxines sorties des cheminées rejoindraient le sol.
Cependant, les résultats des nombreuses analyses de sol réalisées autour d’incinérateurs
indiquent des teneurs n’excédant pas 160 ng I-TEQ/kg de matière sèche. A titre de comparaison,
la valeur de constat d’impact (VCI) pour les sols d’usage sensible est de 1 000 ng I-TEQ/kg.
Comme pour les métaux, les conclusions des différentes études menées autour d’incinérateurs
sont contradictoires (Tableau 40). En effet, dans certains cas, un impact direct sur les
concentrations de dioxines dans les sols peut être rattaché aux émissions d’une source de
pollution (Fernandes et al, 1994 ; Sandalls et al, 1992) ou spécifiquement d’un incinérateur
(Liem et Theelen, 1997 ; Llobet et al, 1998 ; Lorber et al, 1998 ; Abbot et al, 1997) ; les
concentrations s’apparentent le plus souvent, dans ces cas là, au bruit de fond des zones
urbaines. L’exemple de l’incinérateur américain indique que même en présence d’émissions
démesurées en quantité, l’impact reste faible à proximité du site, ce qui amène à conclure que
moins de 2% seulement des dioxines tomberaient dans un rayon de 3 km, accréditant la thèse
d’une exportation à longue distance possible de la pollution.
Dans d’autres cas, aucune relation n’est identifiée y compris lorsque les mesures sont réalisées
sous les vents dominants de l’installation (Schumacher et al, 1998 ; Kurz et al, 1993 ; Deister et
Pommer, 1991 ; Jimenes et al, 1996).
Dans son analyse bibliographique (sur laquelle nous nous sommes appuyés), Nominée (1999)
apporte des indications essentielles dans le cas d’une analyse de dioxines dans le sol autour
d’une source de pollution. Parmi elles citons :
- l’effet mémoire du sol. Les dioxines étant persistantes dans les sols, il faut s’assurer que sur
le lieu de prélèvement aucune autre pollution (épandage agricoles, brûlage de déchets,
lessivage de toiture en zone urbaine…) n’ait déjà contaminé le sol,
- l’effet cumulatif sur plusieurs années implique que les dioxines ont plus de probabilité de se
déposer sous les vents dominants,
- les résultats comparant les dépôts observés et leur prévision par modélisation sont souvent
décevants. Dans le même sens, Keck (2004) indiquait lors d’un colloque sur les POP en
2004 que les modèles de dispersion et de retombées des polluants fournissent souvent des
résultats différents de ceux mesurés, notamment pour les dioxines. L’auteur cite le cas d’un
116
Impact sanitaire de l’incinération
incinérateur où les taux de dioxines mesurés dans le sol, l’herbe, les légumes et le lait de
vache sont identiques dans toute la zone en périphérie de l’installation et similaires à des
échantillons de mêmes matériaux provenant de zones non exposées. L’influence de
l’incinérateur n’est donc pas perceptible, ce qui est en contradiction avec une modélisation
réalisée auparavant.
- Les niveaux dans les sols autour d’incinérateurs n’étant pas excessivement plus élevés que
dans les zones témoins, les retombées de dioxines ne semblent pas se produire à proximité
du site mais certainement plus loin.
En Île-de-France, des analyses de sol ont été réalisés en 1998 dans un rayon de 5 km, sur une
quinzaine de sites, autour de l’incinérateur de Villejust. La concentration moyenne est de 5,2 ng
I-TEQ/kMS avec des valeurs minimales et maximales de 1,88 et 9,3 ng.
Des mesures dans les sols réalisées en 2003 et 2004 dans le voisinage des incinérateurs de
Carrières-sur-Seine et Thiverval-Grignon indiquaient des valeurs comprises entre 16,55 et 57
ng I-TEQ/kMS (DRIRE, 2004).
Dans cette partie nous abordons la contamination des végétaux naturels tels que l’herbe,
pouvant être destinés au fourrage et donc être consommés par les animaux, celle des végétaux
cultivés destinés à l’alimentation humaine et des animaux ainsi que la contamination des
produits issus d’animaux tels que le lait de vache et les œufs.
117
Tableau 41 : Concentrations en Pb, Cd et Hg dans quelques aliments
Produits Plomb Cadmium Mercure
Nb Teneur Valeur Valeur Nb Teneur Valeur Valeur Nb Teneur Valeur Valeur
d’échan- En µg/kg recom - règlem- d’échan- En µg/kg recom - règlem- d’échan- En µg/kg recom - règlem-
tillons mandée entaire tillons mandée entaire tillons mandée entaire
118
Impact sanitaire de l’incinération
En zone polluée
Mench (2004) apporte des indications concernant des analyses réalisées dans des jardins
familiaux et dans des zones agricoles subissant des retombées atmosphériques de sites polluants
alentours. Dans le cas des jardins, les concentrations relevées dans ceux situés à proximité de
sites polluants, sont bien plus importantes que dans des zones témoins non polluées. La plupart
des analyses dépassent les valeurs réglementaires notamment pour le cadmium avec 91% de
dépassements dans le cas des laitues et 93% pour les carottes (tableau 42).
La littérature ne mentionne pas de données sur la contamination en métaux de végétaux cultivés
autour d’incinérateurs.
119
Tableau 42 : Concentrations médianes et maximales en Cd, Pb et Zn dans quelques légumes cultivés dans des jardins
situés à proximité d’un site métallurgique comparées à celles de jardins témoins et pourcentage d’analyse dépassant la
valeur réglementaire (en mg/kg de MS)
Cd Pb Zn
Témoins Contaminés dépassement Témoins Contaminés Dépassement Témoins Contaminés
(% ) (% )
Concentration en mg/kg de
matière sèche
Carotte 0,18 – 0,64 2,02 – 5,4 93 0,29 – 0,76 2,37 – 5,29 26 29 - 40 53 - 146
Poireau 0,21 – 0,24 2,51 – 5,37 84 0,50 – 0,92 4,04 – 10,8 61 35 - 40 95 – 410
Radis 0,35 – 0,44 3,23 – 6,8 45 0,69 – 1,08 4,42 – 32,9 36 43 - 91 239 – 890
Concentration en mg/kg de
matière fraîche
Laitue 0,015 – 0,02 0,11 – 1,5 91 0,115 – 0,35 0,30 – 1,83 50 2,8 – 3,4 7,5 – 28
Concentration en mg/kg de
matière brute
Pomme de terre 0,07 – 0,11 0,67 – 1,4 66 <0,03 <0,03 – 0,51 40
120
Tableau 43 Teneurs en dioxines mesurées dans des végétaux cultivés autour d’incinérateurs
Bibliographie Lieu Localisation Nb Année Concentration. Commentaires
prélèvements pt échantillon (ng ITQ/kgms
121
Tableau 43 (suite)
Bibliographie Lieu Localisation Nb Année Concentration. Commentaires
prélèvements pt échantillon (ng ITQ/kgms
Deister , 1991 UIDIS Jusqu’à 750 m 15 Min : 0,7 Pas d’impact de l’UIDIS
Max : 8,8
Allemagne Les zones de dépôt maximum ne
correspondent pas aux prévisions faites au
moyen d’un modèle gaussien
122
Impact sanitaire de l’incinération
Des données recueillies dans le cadre du plan de surveillance des denrées alimentaires de la
Direction générale de l’alimentation (DGAl) indiquent des concentrations dans certains fruits et
légumes pour l’année 1999. Celles-ci sont exprimées en poids de matière sèche (et non frais) et
en TEQOMS.
Les doses s’échelonnent de 0,01 ng TEQOMS/kg de matière sèche à 0,1 ng TEQOMS/kg. Pour les
salades, les concentrations sont plus élevées et vont de 0,1 à 2,97 ng TEQOMS/kg.
Excepté pour le maximum observé pour les salades, les valeurs rencontrées sont en deçà du
seuil d’alerte défini par l’OMS pour les végétaux destinés à la consommation humaine, qui est
de 0,4 ng TEQOMS/kg de matière sèche. En effet, pour les végétaux, les valeurs réglementaires
concernent uniquement ceux destinés à l’alimentation des animaux.
123
Incinération et santé
Tableau 44 : Teneurs de fond en Pb, Cd et Hg mesurées dans certains produits carnés, le lait et les œufs
Produits carnés
Sources : (1) Source : Decloitre, 1998 ; (2) Ministère de l’agriculture, 2001 ; (3) Ministère de l’agriculture, 2002
124
Impact sanitaire de l’incinération
Nous n’aborderons pas ici la contamination des animaux aquatiques, même si elle peut être
importante, à la fois en métaux et en dioxines.
Les métaux
Niveaux de fond
Les données issues des plans de contrôle de la Direction générale de l’alimentation ainsi que de
l’étude de Decloitre (1998) indiquent des concentrations inférieures aux valeurs réglementaires
(tableau 44).
125
Incinération et santé
126
Impact sanitaire de l’incinération
Les dioxines
En France, les résultats des contaminations moyennes fournies par l’Afssa (2000) sont
quasiment identiques (ils sont exprimés en équivalent OTAN et doivent donc être majorés de
50%).
Les concentrations s’échelonnent de 0,16 pg TEQ(OTAN)/gramme de matière grasse pour le porc
à 0,80 pour le bœuf. Dans le lait, les teneurs sont de 0,65 pg TEQ(OTAN)/gramme de MG pour le
lait et de 1,51 dans les œufs.
Toutes ces valeurs sont inférieures aux seuils fixés par la réglementation européenne (tableau
45).
127
Incinération et santé
Tab. 46 : Valeurs guides pour le lait et les produits laitiers (SFSP, 1998)
Concentration
En pg/g de matière grasse
5 Limite maximale autorisée dans le lait et les produits laitiers
commercialisés
3 Valeur d’intervention entraînant une recherche des sources et
leur réduction rapide
<1 Objectif à atteindre pour l’ensemble du lait et des produits
laitiers de grande consommation
128
Impact sanitaire de l’incinération
Les mesures réalisées autour d’incinérateurs français indiquent des concentrations de dioxines
plus élevées lorsque le lait est recueilli à moins de 5 km de la source. Le maximum observé est
de plus de 8 pg/g de matière grasse dans un lait provenant d’un producteur situé à 2 km d’un
incinérateur. Par ailleurs, les seuils d’alerte et d’interdiction de commercialisation sont dépassés
pour plusieurs analyses (figure 24 et 25).
On constate cependant une forte disparité puisque les mesures à moins de cinq kilomètres
s’étendent de 0,11 à 8,37 pg/g de matière grasse (figure 23) contre 0,23 à 1,67 en zone plus
éloignée (5-10 km ; figure 25).
A Gilly sur Isère (voir ci-après), les concentrations ont atteint 20 pg/g de matière grasse dans la
zone la plus touchée par les retombées de l’incinérateur, dont les émissions dépassaient
largement les normes actuelles
20
Règlement (CE) N° 2375/2001 du Conseil du 29 novembre 2001 modifiant le Règlement (CE) N°
466/2001 de la Commission portant fixation de teneurs maximales pour certains contaminants dans les
denrées alimentaires.
129
Incinération et santé
Figure 24 : Résultats des mesures de dioxines dans le lait recueilli (producteur, tournée) à une distance de
moins de 5 km autour d’usines d’incinération d’ordures ménagère françaises en fonctionnement en 2003.
8
En
pg/ 7
g
de 6
M
G 5
4
Seuil de retrait
3
Seuil d'alerte
2
0
Analyses
Figure 25 : Résultats des mesures de dioxines dans le lait recueilli (producteur, tournée) à une distance entre 5
et 10 km autour d’usines d’incinération d’ordures ménagère françaises en fonctionnement en 2003.
1,8
1,6
1,4
1,2
En pg/g de MG
0,8
0,6
0,4
0,2
Analyse s
Source : MEDD (seules les analyses pour lesquelles la distance était précisée ont été représentées). En cas de seuil de
retrait atteint, le producteur est indemnisé par l’exploitant de l’usine.
130
Impact sanitaire de l’incinération
En France, des exemples de pollution massive par les PCDD/F concernent généralement des
incinérateurs de moins de 6 tonnes/heure pour lesquels la réglementation, jusque dans un passé
récent, n’était pas aussi restrictive que celle imposée aux grosses unités.
131
Incinération et santé
Suite aux fortes émissions de l’ancienne usine, des analyses de PCDD/F sur végétaux, lait,
viande et œufs de huit exploitations agricoles de communes situées dans son voisinage,
révélèrent des taux de dioxines inférieurs aux normes admises, sauf pour la viande et le lait
d’une ferme située sur la commune où était implanté l’incinérateur ; par mesure de précaution
huit communes ont été déclarées polluées et un troupeau de 80 vaches abattu. Une autre série
d’analyses provenant d’échantillons de sols, d’œufs, de sang humain réalisés dans la commune
de Maincy, sous le vent de l’incinérateur et à moins de 2 km de celui-ci a révélé des fortes
teneurs de dioxines (cf. ci-dessous, p. 194). En 2004, les évènements ont pris un tournure
judiciaire par le dépôt de plaintes de particuliers. L’implication dans ce dossier de la
municipalité de Maincy, une commune limitrophe de Vaux le Pénil, a contribué à sensibiliser
l’opinion francilienne sur l’incinération des déchets et les risques potentiels encourus.
Précédant le cas de Vaux le Penil, l’usine d’incinération de Villejust, en Essonne, avait déjà
mobilisé l’attention des médias, toujours sur la question des dioxines et furannes. En novembre
1997, une analyse sur un four de l’unité en question, réalisée dans le cadre du suivi des
émissions d’UIOM en France par le MEDD, relevait un taux de dioxines/furannes de 107,7
ng/m3, soit mille fois supérieur à la norme actuelle. Ce résultat, dont la presse s’était fait l’écho,
avait conduit le SIOM, maître d’ouvrage de l’usine, à arrêter son fonctionnement par précaution
et à préciser les conditions dans lesquelles avaient été réalisées les mesures qui, selon lui,
expliquaient ce mauvais résultat. Selon le SIOM donc, le four incriminé ne se trouvait pas en
équilibre thermique puisqu’il était arrêté depuis plusieurs jours et avait été rallumé dans le but
d’effectuer les mesures de suivi du MEDD. Des analyses réalisées en avril 1998 par l’APAVE,
diligentées par le syndicat, indiquaient sur le même four des valeurs beaucoup plus basses (11,7
ng). Pour appuyer son affirmation d’une usine non polluante s’agissant des dioxines et furannes,
le syndicat avait fait conduire une campagne de dosages de sols, de végétaux (voir ci-avant),
d’air ambiant sous vents dominants, de lait de vache et de viande dans différentes communes
proches de l’incinérateur. Les résultats se sont révélés conformes aux normes. Le four a été mis
aux normes en 1999. Les mesures annuelles effectuées depuis cette date indiquent toutes des
valeurs respectant le seuil de 0,1 ng.
132
Impact sanitaire de l’incinération
Les métaux
Niveaux de fond
Les concentrations en plomb dans le corps humain peuvent être estimées à partir de plusieurs
milieux biologiques. Il peut s’agir du sang, et la plombémie est l’indicateur qui mesure le taux
de ce métal dans ce cas précis, des cheveux, de l’urine et des os. Dans les faits, c’est la
plombémie qui est la plus fréquemment utilisée.
La plombémie moyenne des Français a considérablement chuté au cours des dernières années,
suite à l’interdiction du plomb dans l’essence ayant entraîné un diminution de sa concentration
dans l’atmosphère. En 1995, la plombémie moyenne à Paris était de 68 µg/l de sang (Miquel,
2001). A titre de comparaison, dans le cadre de la surveillance du saturnisme infantile en
France, un niveau de plombémie inférieur à 100 est considéré comme une absence de
contamination.
En 1997, la plombémie moyenne pour l’Île-de-France était de 46 µg/l de sang pour la
population générale et de 40 µg/l de sang pour les enfants, population particulièrement sensible.
Enfin, la plombémie varie d’une région à l’autre et s’étend de 34 µg/l de sang en Alsace à
51,2 µg/l de sang pour le Centre (Miquel, 2001).
133
Incinération et santé
Les concentrations dans les cheveux de cadmium et de mercure autour de l’incinérateur étaient
respectivement de 0,12 µg/g et 0,53µg/g. Ces niveaux sont inférieur à ceux rencontrés en
situation urbaine (0,2 pour le cadmium et 0,9 pour le mercure). Les concentrations dans le sang
étaient de 0,6 µg/l pour le cadmium, 6 µg/l pour le mercure et 29,4µg/l pour le plomb. Là
encore, l’auteur souligne des niveaux moins élevés que ceux rencontrés en situation urbaine.
La concentration de mercure dans les cheveux à également été mesurée dans l’étude de Kurttio
et al (1998). Celle-ci est doublement intéressante, car les analyses ont été réalisées avant le
démarrage d’un incinérateur en 1984 puis dix ans après (l’évolution est donc connue) et à
plusieurs distances de l’incinérateur. Les teneurs médianes étaient en 1984 de 0,5µg/g et de
0,8µg/g en 1994 (augmentation de 60%). Par ailleurs, l’auteur indiquait des augmentations de
0,35 µg/g de cheveux chez des ouvriers de l’incinérateur (n=11), de 0,16µg/g chez les individus
situés à 2km de l’incinérateur (n=45), de 0,13 µg/g entre 2 et 4 km (n=38) et seulement de 0,03
à 5km. (n=30).
Les concentrations en mercure sont donc plus importantes à proximité de l’incinérateur même si
comme le signale l’auteur, les niveaux n’impliquent pas de risque sanitaire particulier, et
décroissent avec l’éloignement de la source.
De même, une comparaison entre les niveaux de plomb et de cadmium dans le sang
d’adolescents vivant à proximité d’incinérateurs et d’adolescents vivant en zone rurale montre
des valeurs plus élevées pour les premiers (Staessen, 2001).
Les dioxines
La mesure directe de l’exposition aux PCDD/F est beaucoup plus utilisée. Les dioxines sont
liposolubles et vont donc se retrouver dans les graisses de différents tissus. Chez l’homme, les
indicateurs utilisés sont le lait maternel, le sang et d’autres tissus adipeux. Un certain nombre de
facteur influencent la concentration en polluant. Chez les femmes qui allaitent par exemple, les
concentrations seront plus faibles à partir du deuxième enfant puisque une partie des dioxines
aura été excrétée durant le premier allaitement. Ce critère devra donc être pris en compte. La
corpulence est aussi un facteur à considérer. En effet, plus la masse graisseuse est importante et
plus les dioxines sont diluées.
134
Impact sanitaire de l’incinération
Niveau de fond
En Europe, une étude effectuée par l’OMS (1996) indiquait des concentrations moyennes de
dioxines dans le lait humain des Etats membres de l’Union européenne pour la période 1992-
1993 de 17,7 pg TEQ/g de matière grasse (MG) en milieu rural, 19,2 pg TEQ/g de MG en
milieu urbain et de 24 pg TEQ/g de MG en milieu industriel.
En France, une étude menée à Paris sur 15 femmes (Gonzales et al, 2000) révélait une
concentration moyenne de 20,1 pg TEQ/g de MG.
Plus récemment, dans une étude menée par l’InVS et l’ADEME en 1998-1999 sur 244
échantillons de lait, la concentration moyenne de dioxine était de 16,5 pg I-TEQ/g de MG.
Si on applique une majoration de 20% telle que l’indique le rapport d’expertise de l’INSERM
(2000) la concentration moyenne est alors de 19,8 pg I-TEQOMS/g de MG.
135
Incinération et santé
Figure 26 : Teneur en PCDD/F (en pg/g de matière grasse) dans le lait maternel
(données regroupées) dans différents pays
Egypte 22,8
France 18,8
Italie 12,7
Espagne 11,9
Ukraine 10,0
Suède 9,6
Finlande 9,4
Russie 8,9
Roumanie 8,9
Norvège 7,3
Irlande 6,9
Hongrie 6,8
Croatie 6,4
Bulgarie 6,1
Australie 5,7
Brésil 3,9
0 5 10 15 20 25
136
Impact sanitaire de l’incinération
Enfin, une comparaison des teneurs médianes dans plusieurs pays (Fréry, 2004) montre des
niveaux particulièrement élevés en France (figure 26).
Cependant, une étude portant sur 20 échantillons de lait recueillis dans ou à proximité d’une
région industrielle de Belgique indiquaient des concentrations élevées. Les valeurs
s’échelonnaient de 16 à 52,1 pg/g de MG avec une moyenne à 29,4 pg/g de MG. Après
l’inclusion de trois PCB « dioxine-like », les teneurs se situaient entre 22,2 et 100,2 pg/g de MG
avec une moyenne à 40,8 pg/g de MG (Focant et al 2002).
137
Incinération et santé
138
Impact sanitaire de l’incinération
Niveaux de fond
Seta et al (2000) indiquent des niveaux de fond de dioxines recueillies dans le sang de la
population générale de plusieurs pays et publiés dans la littérature. Pour les PCDD/F, les teneurs
moyennes s’échelonnent de 12 pg/I-TEQ/g de lipides à Hanoi (Viêt Nam) à 49 pg/I-TEQ/g de
lipides en Finlande.
L’expertise de l’INSERM (2000) fournit également des données de concentrations moyennes de
dioxines dans le sang pour les population de trois pays : la Finlande, l’Allemagne et l’Espagne.
En Allemagne, des mesures sont effectuées depuis 1988. Ce suivi permet de mettre en évidence
une diminution régulière des teneurs en dioxine au cours des années. Toutes ces données sont
résumées dans le tableau 47.
139
Incinération et santé
Figure 27 : Concentration moyenne de PCDD/F dans le plasma de sujets espagnols (en pg I-TEQ/g
de MG)
28,3 28,7
29
28
27 26,4
26 25,5
25
24
23
< 1 km d'un 3-5 km d'un Habitants dans Habitants dans
incinérateur incinérateur une zone une zone
industrielle urbaine
Dioxines 37,9
40
35
30 24,1
23,9 23,8
25
20
15
10
5
0
Zone non Présence UIOM UIOM
polluée sidérurgie I d R
PCB
12 10,8
10
8 7
6,3 6,4
6
4
2
0
Zone non Présence UIOM UIOM
polluée sidérurgie I d R
140
Impact sanitaire de l’incinération
Dans l’étude de Deml et al (1996), les concentrations de dioxines ont été mesurées chez des
personnes vivant sous le vent dominant d’un incinérateur. Parmi elles, certaines consommaient
exclusivement des produits issus de leur jardin sans que pour autant soient notées de plus fortes
concentrations en dioxines.
Par ailleurs, les concentrations moyennes chez les personnes demeurant sous le vent dominant
n’étaient pas différentes de celles vivant ailleurs.
De même, Schumacher et al (1999) ne montrent pas de différence entre les concentrations en
dioxines dans le sang d’individus vivant à proximité d’un incinérateur de ceux en étant éloignés
(Figure 26).
Inversement, en Belgique, Fierens (2005) note des concentrations en dioxines et en PCB plus
élevées chez des personnes vivant à proximité d’un incinérateur situé en zone rurale par rapport
à une zone non polluée alors que pour d’autres cas d’exposition potentielle importante, les
concentration sont identiques (Figure 27). Le risque de surexposition en zone rurale est limité
aux personnes consommant des aliments d’origine animale produits sur place. Fierens indique
qu’aucune surexposition liée à la consommation de produits d’origine végétale n’est mise en
évidence.
En France, dans une étude publiée en 1990 et portant sur huit individus, la moyenne observée
est de 32 pg TEQ/g de MG.
Des concentrations en PCDD/F ont été évaluées dans et autour de la ville de Taragone
(Schumacher, 1999). Les valeurs s’échelonnaient de 13,4 à 69,4 pg TEQ/g de MG avec une
141
Incinération et santé
moyenne de 31 pg TEQ/g de MG. Les niveaux étaient plus élevés en secteur industriel que dans
le centre ville. Cependant, cette différence n’est pas significative.
142
Effets sanitaires de l’incinération
143
144
Impact sanitaire de l’incinération
Des études ont montré que les incinérateurs, spécialement les anciennes installations, pouvaient
contribuer à la contamination locale des sols et de la végétation par des composés organiques et
inorganiques émis par les cheminées. De même, le lait de vaches provenant de fermes situées à
proximité d’incinérateurs a révélé des teneurs élevées de dioxines, parfois largement au-dessus
des limites réglementaires comme à Gilly sur Isère.
Selon les polluants, les populations vivant à proximité des incinérateurs, dans un environnement
supposé contaminé, sont potentiellement exposées par inhalation d’air et la consommation de
nourriture. Ainsi, de nombreuses études ont été menées sur les populations vivant autour des
incinérateurs. La plupart d’entre elles concernent l’impact des dioxines et furannes, notamment
sur la survenue de cancers. D’autres traitent des effets de l’incinération sur la reproduction ou
les anomalies à la naissance. Plus rarement, ce sont les pathologies respiratoires qui ont été
analysées.
Les polluants-indicateurs émis par l’incinération représentent tous des dangers, c’est à dire une
nocivité intrinsèque. Certain d’entre eux sont d’ailleurs classés par le Centre international de
recherche sur le cancer (CIRC) comme cancérogène pour l’homme (Annexes 3 et 4).
Cependant, le danger ne signifie pas pour autant qu’il y ait un risque, qui représente la
possibilité qu’apparaisse un problème de santé après l’exposition à l’agent dangereux.
Cette partie de l’étude fait une revue bibliographique, nécessairement incomplète, des risques de
l’incinération pour la santé de populations exposées aux retombées. La description des dangers
rattachés aux polluants-indicateurs figure en annexe.
En France, une étude de cohorte21 publiée en 1984, s’est penchée sur l’impact de la pollution
atmosphérique à proximité d’un incinérateur de déchets ménagers et industriels sur les
symptômes respiratoires (Zmirou et al, 1984). Ces derniers étaient évalués à partir de la
consommation de médicaments à visée respiratoire dans trois groupes d’individus : un groupe
21
Classiquement, ce type d’étude consiste à suivre, sur une période plus ou moins longue, un groupe de
personnes exposées à un facteur de risque et un groupe non exposé ou moins exposé (cas de la pollution
atmosphérique où une exposition nulle n’existe pas). L’apparition de symptômes ou de maladies est
ensuite comparée dans chaque groupe. Il faut que les groupes exposés et moins exposés soient les plus
comparables possibles pour les principaux facteurs de confusion (âge, sexe, catégories
socioprofessionnelles…).
145
Incinération et santé
située en zone exposée (distance moyenne de 200 mètres de l’incinérateur), un autre groupe en
situation intermédiaire (à 1 km), le dernier groupe en zone considérée comme non exposée (à 2
km et en dehors des vents dominants).
Les résultats montrent une consommation médicamenteuse plus importante chez les individus
de la zone la plus exposée. Les auteurs observent également une diminution de la consommation
en relation avec l’éloignement de la source.
Des limites de l’étude sont cependant signalées par les auteurs. Les principales sont la non
connaissance de la composition des déchets incinérés, variables tant en quantité qu’en qualité, la
non prise en compte des déplacements quotidiens des personnes habitant les différentes zones et
l’absence de connaissance des niveaux de pollution. De plus, les différences de niveaux
d’exposition ont été déterminées selon l’hypothèse de l’existence d’un gradient dépendant de la
proximité géographique de la source d’émission.
Les auteurs soulignent donc qu’il serait hasardeux de conclure à une relation causale entre
l’incinérateur et les symptômes respiratoires.
Aux Etats-Unis, la capacité pulmonaire et les symptômes respiratoires de trois groupes vivant
l’un à proximité d’un incinérateur de déchets médicaux, le deuxième au voisinage d’un
incinérateur municipal et le troisième près d’un incinérateur de déchets industriels ont été
comparés à trois groupes témoins c’est à dire « non exposés » (Shy et al, 1995). Les niveaux de
pollution particulaire (PM 2,5 et PM 10) étaient similaires dans les différents groupes.
Les résultats indiquent qu’il n’y a pas de différence significative dans les symptômes
respiratoires chroniques et aigus entre les personnes exposées et celles non exposées.
La capacité pulmonaire (capacité vitale forcée, volume d’expiration forcé en 1 sec) de cette
même cohorte a été suivie durant 3 ans (Hazucha et al, 2002). Il n’a pas été mis en évidence de
différences significatives entre les différents groupes.
Dans une étude transversale22, Gray et al (1994) ont étudié la prévalence de l’asthme et des
allergies, la fréquence des symptômes et les différents degrés de sévérité de la maladie
asthmatique parmi des enfants habitant deux régions sous l’influence d’incinérateurs de boues et
22
Il s’agit en quelque sorte d’une photographie d’une population à un instant donné. Ces études
permettent de connaître la fréquence d’une pathologie dans des groupes d’individus exposés et non
exposés à un facteur. Parfois, ces études se concentrent sur un lieu géographique bien délimité.
146
Impact sanitaire de l’incinération
parmi des enfants non exposés. Les polluants mesurés étaient les oxydes d’azote, les particules,
le dioxyde de soufre et l’ozone.
Les résultats indiquent des concentrations de polluants dans l’atmosphère identiques dans les
régions exposées et dans la zone de contrôle. Par ailleurs, il n’a pas été mis en évidence de
différences significatives pour les symptômes et pathologies étudiés.
En conclusion, les résultats des différentes études ne permettent pas actuellement d’établir un
lien de causalité entre le fait de résider près d’un incinérateur et le développement de
pathologies respiratoires aiguës ou chroniques.
Les effets de l’incinération sur la reproduction sont évalués, notamment, par la probabilité de
naissances multiples (de jumeaux en particulier) ou par la probabilité d’une proportion plus
élevée de naissances féminines (baisse du ratio des sexes en faveur des filles).
Concernant les naissances multiples, les résultats sont contradictoires. Une étude de cohorte,
regroupant l’ensemble des naissances des hôpitaux du centre de l’Ecosse entre 1975 et 1983,
indique une évolution des taux de naissances de jumeaux significativement plus élevés,
notamment dans deux zones sous influence d’incinérateurs (de 7,3/1000 à 16/1000 et de
12,4/1000 à 19,9/1000) (Lloyd et al, 1988).
En Suède, une augmentation de naissances de jumeaux a été observée entre 1973 et 1990. Une
étude de cohorte regroupant toutes les naissances de jumeaux pendant cette période a donc été
constituée. Puis, dans cette population, les périodes avant et après la construction de 14
incinérateurs répartis dans le pays ont été comparées. Contrairement à l’étude écossaise, les
résultats n’indiquent pas d’augmentations significatives de naissances multiples autour des
incinérateurs (Hakan 1998).
L’association entre le lieu de résidence proche d’un incinérateur et la baisse du ratio des sexes
en faveur des filles a été suggérée suite à l’observation de naissances féminines beaucoup plus
élevées dans la zone la plus polluée par les retombées de dioxines après l’accident de Seveso.
147
Incinération et santé
Le ratio des sexe à la naissance correspond aux naissances de garçons par rapport aux
naissances de filles x 100. Celui-ci est logiquement supérieur à 100 car naturellement, il y à plus
de naissances de garçons que de filles. Dans le centre de l’Ecosse, le ratio des sexes des
naissances entre 1975 et 1983 dans des zones sous l’influence de deux incinérateurs a été
analysé (même cohorte que celle citée par Lloyd et al en 1988). Des zones plus ou moins
exposées aux retombées ont été définies à l’aide d’une modélisation cartographique. Les
résultats indiquent une association significative entre des naissances plus élevées de filles et le
fait d’habiter dans la zone identifiée a priori comme probablement la plus polluée (ratio des
sexes de 89 et 90). En revanche, dans les secteurs d’exposition intermédiaire, aucune
augmentation n’a été mise en évidence (Williams et al, 1992).
Les résultats publiés concernant les effets sur le développement de l’enfant (anomalies à la
naissance, effets sur le développement neurologique, faible poids à la naissance…) ne sont pas
tous concordants et ne permettent pas d’incriminer l’incinération dans l’apparition de ces effets.
Une étude de cohorte a été menée en France dans les communes de moins de 50 000 habitants
de la Région Rhône-Alpes. Au total, les naissances de 194 communes exposées ont été
comparées avec celles de 2 678 communes « non exposées » (Cordier et al, 2004).
Sur l’ensemble des anomalies congénitales recensées, toutes n’étaient pas significativement plus
fréquentes chez les personnes exposées par rapport à celles non-exposées. Cependant, les
résultats signalent une fréquence accrue de certaines anomalies : les fentes faciales (RR=1,30
[1,06 ; 1,59])et les dysplasies rénales (RR=1,55 [1,10 ; 2,20]). Les auteurs précisent toutefois
que l’étude comporte des biais incitant à une interprétation prudente des résultats.
En Hollande, une augmentation des fentes faciales a été constatée localement après l’ouverture
d’une installation de combustion chimique. Afin de vérifier l’hypothèse suggérant la
responsabilité de l’usine, une étude de cohorte a été menée pour comparer l’évolution de
l’incidence des fentes faciales dans deux cliniques, une située dans une zone exposée à l’usine et
l’autre non, durant 10 ans (1961 à 1969). Dans la clinique exposée, entre 1963 et 1965, une
augmentation importante et significative du taux d’incidence est observée puisque ce dernier
passe de 2,4 fentes faciales pour 1000 naissances à 7,1. Un tel accroissement n’a pas été noté
dans la clinique non exposée. Les auteurs concluent en la forte possibilité de la relation entre les
fentes faciales et l’installation de combustion de produits chimiques (Ten Tusscher et al, 2000).
Dummer et al (2003) ont étudié le risque de mort fœtale tardive (à environ 28 semaines de
gestation), de néomortalité et d’anomalie congénitale létale autour d’incinérateurs et de
148
Impact sanitaire de l’incinération
Enfin, dans l’étude de Staessen et al (2001), les enfants vivant près d’un incinérateur atteignent
la maturité sexuelle plus tard que la normale. Rappelons que cette étude, qui comparait les
niveaux de plomb et cadmium dans le sang d’adolescents vivant à proximité d’incinérateurs et
d’adolescents vivant en zone rurale, montrait des valeurs plus élevées chez les premiers.
Conclusion
Dans les études épidémiologiques concernant la reproduction et le développement, l’ensemble
des auteurs incitent à la prudence quant à l’interprétation de leurs résultats. En effets, plusieurs
critères tels que la faiblesse des données (études rares) et des estimations peu précises des
expositions ne permettent pas d’établir de causalité entre les incinérateurs et les effets décrits.
Davantage d’études dans ce domaine apparaissent donc nécessaires notamment pour
l’amélioration de la connaissance des expositions.
149
Incinération et santé
A l’inverse des études précédentes, deux études de type transversal ne montrent ni augmentation
du risque de cancer du poumon à proximité d’incinérateurs ni diminution du risque en fonction
de l’éloignement de la source (Elliott et al , 1992 ; Michelozzi et al, 1998).
Dans ces deux derniers travaux, les auteurs avaient également analysé le risque de cancer du
larynx. Les résultats ne montrent aucune association avec l’incinération.
Cancer du foie
L’étude de cohorte anglaise d’Elliott et al (1996) montre une augmentation faible du risque de
cancer du foie associée au fait d’habiter dans un rayon de 1 km d’un incinérateur (RR=1,29
[1,10 ; 1,51]. Les auteurs qui signalaient la possibilité d’un défaut de classification de diagnostic
des cancers ont renouvelé l’étude qui a confirmé l’excès de risque de cancer du foie (Elliott et
al, 2000).
L’étude transversale de Michelozzi et al (1998) ne met pas en évidence de relation entre
incinération et cancer du foie.
23
Ces études comparent deux groupes : les cas, c’est à dire les sujets atteint de la maladie, et les témoins
c’est à dire des sujets indemnes. La comparaison porte sur l’importance de l’exposition au facteur de
risque.
150
Impact sanitaire de l’incinération
En Italie, une étude de type cas témoin réalisée autour d’un incinérateur de déchets industriels,
montre un excès de risque significatif de STM dans un rayon de 2 km autour de l’unité avec une
diminution rapide de ce risque en fonction de l’éloignement de la source (Comba et al, 2003).
Dans l’étude de Viel et al (2000), une association positive significative entre lymphomes non-
hodgkinien (LNH) et l’exposition à l’incinérateur de Besançon est également mise en évidence.
De même que pour les STM, une seconde étude a été réalisée afin de vérifier l’hypothèse d’une
augmentation du risque de LNH en relation avec l’exposition aux dioxines. Une modélisation a
permis la détermination de 4 zones d’exposition plus ou moins importantes. Les résultats
indiquent un risque plus élevé de LNH dans la zone la plus affectée par les retombées par
rapport à la zone la moins exposée et prise comme référence (OR=2,3 [1,4 ; 3,8].
L’augmentation n’apparaît pas pour les expositions intermédiaires. (Floret et al, 2003).
151
Incinération et santé
Les résultats sur Besançon publiés par Floret et al (2003) ont incité le MEDD à demander au
Comité de la prévention et de la précaution (CPP) un examen de cette publication afin d’émettre
le cas échéant, des recommandations sur la conduite à tenir pour la surveillance autour des
incinérateurs.
L’examen du document par le CPP n’apporte pas réellement de réponse. Le rapport commis à
cet effet (CPP, 2004) indique que « l’ensemble des arguments passés en revue ne permet pas de
conclure que les dioxines émises par l’UIOM de Besançon sont responsables de cet excès mais
ne permet pas non plus d’exclure formellement cette possibilité. L’explication globale de
l’excès de cas reste problématique ».
En 2003, l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement (AFSSE) avait également
demandé à un expert24 d’examiner cette étude. Celui-ci soulignait la rigueur de la démarche et
que le principal résultat - une association entre une exposition plus élevée aux émissions de
dioxine et les LMNH - résistait à un examen critique.
24
Commentaire effectué à l’invitation de l’AFSSE par Tony Fletcher, Maître de Conférences en
Epidémiologie Environnementale à la « London School of Hygiene and Tropical Medicine »
152
Impact sanitaire de l’incinération
Conclusion
Cette revue des principales études épidémiologiques indique l’hétérogénéité des résultats sur
l’impact de l’incinération dans la survenue de certaines pathologies. Ces discordances sont dues
à plusieurs facteurs. Il s’agit :
1) de la difficulté de définir de manière précise des niveaux d’exposition
Cette difficulté est liée principalement à l’absence de données précises sur l’installation :
caractéristique des déchets incinérés, type de polluant et quantités émises, voies de migration
depuis la source vers les différents compartiments de l’environnement (eau, air, sol, chaîne
alimentaire).
Les caractéristiques techniques des sources d’émission sont également des variables importantes
à considérer. Or ces variables ne sont pas toujours connues.
De même, la localisation de l’installation peut influencer les résultats. En général, les
incinérateurs sont situés dans des zones industrielles proches d’autres installations ou en zone
urbaine. De ce fait, il est difficile d’établir la part de l’incinération dans l’impact sanitaire
observé par rapport aux autres sources de pollution (autres industries, circulation routière…).
Le lieu de résidence est souvent la variable utilisée pour estimer l’exposition des personnes.
Mais le plus souvent, les personnes se déplacent dans la journée et ne sont donc pas exposées
constamment à la source de pollution. De plus, les études prenant en compte le lieu de résidence
ne sont pas comparables entre elles dans la mesure où d’autres facteurs locaux interviennent :
direction du vent, topographie…
L’utilisation de mesures biologiques (sang, urine, cheveux…) permet d’avoir une meilleure
définition de l’exposition individuelle. Cependant, cette méthode présente des limites. Peu de
polluants peuvent être mesurés et les techniques sont en général coûteuses.
Enfin, le délai entre l’exposition et le diagnostic de maladies chroniques est en général long,
pouvant entraîner une mauvaise classification des expositions si une partie de la population
étudiée a quitté la zone. De même, des personnes peuvent provenir de régions beaucoup plus
polluées.
153
Incinération et santé
Bien que de nombreuses études aient été publiées sur l’incinération et la santé, les différentes
méthodologies qu’elles mettent en œuvre (analyse transversale, de cohorte, cas-témoin) et la
variabilité des pathologies étudiées les rendent difficilement comparables. De ce fait, et malgré
l’existence de résultats montrant des augmentations significatives de risques, ceux ci sont
globalement inconsistants et aucun facteur causal n’a pu être établi entre un indicateur de
pollution émis par l’incinérateur et un impact sanitaire.
154
Quatrième partie
155
156
Les incinérateurs franciliens et leur environnement
Dans cette partie de l’étude, il nous a paru intéressant de caractériser l’environnement proche
dans lequel se situent les incinérateurs franciliens. Si les cartes où est mentionnée leur
localisation géographique sont légion (à l’image de la figure 4 dans le présent rapport), celles
qui les montrent dans leur contexte géographique semblent ne jamais avoir été réalisées.
Les dix-neuf cartes qui suivent ont pu être effectuées grâce aux nombreuses données dont
dispose l’IAURIF sur l’environnement, l’économie, la démographie, l’occupation du sol d’Île-
de-France. Leur présentation a été jugée opportune dans la mesure où l’impact de l’incinération
sur son environnement soulève de plus en plus d’interrogations, notamment en ce qui concerne
la santé des populations vivant sous le panache des usines. Les nombreuses études sur le sujet
(cf. la 3ème partie) montrent qu’il existe une réelle préoccupation sur le lien possible entre
incinération et risque sanitaire, bien qu’aucune, comme on l’a vu, ne l’ait clairement mis en
évidence.
La présentation qui suit a un objectif plus modeste : celui de caractériser l’environnement
autour de chacun des incinérateurs franciliens dans un rayon de 5 km, en fournissant un certain
nombre d’informations qui pourront servir de base à des études épidémiologiques, à l’image de
celle menée présentement par l’InVS au plan national, qui prend en compte un incinérateur
francilien.
Les cartes et les chiffres qui figurent ci-après ne constituent que la première étape d’une
démarche qui vise à prendre en compte le bien-être et la santé des populations situées dans
l’environnement immédiat d’activités industrielles polluantes dont fait partie le traitement des
déchets, plus particulièrement l’incinération. Elle s’inscrit, comme on l’a vu, dans un contexte
qui accorde une place de plus en plus grande aux effets sanitaires des nuisances sur la
population, tant au plan alimentaire qu’environnemental (cadre de vie, exposition aux diverses
pollutions).
Les cartes qui sont présentées ont pour objet de caractériser uniquement l’environnement autour
des unités, représenté par les concentrations de population et l’occupation des sols – dont l’eau
et les surfaces agricoles.
Cette représentation ne préjuge en rien d’un possible lien de cause à effet entre l’état du milieu
et l’installation. En effet, la diffusion aérienne d’éléments particulaires et gazeux, tels ceux émis
par les UIOM, obéit à une dynamique complexe, mal connue, dans laquelle les conditions
météorologiques jouent un rôle déterminant. L’impact de cette diffusion va très certainement au
delà des périmètres considérés. Aucun lien de causalité entre cette exposition et les altérations
de l’état de santé des populations n’a été à ce jour clairement établi ; il peut être supposé sans
157
Incinération et santé
1400000
1200000
1000000
800000
600000
400000
200000
0
au
l
ille
s
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il
n
sy
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M
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C
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on
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ST
on
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g
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G
Ar
tl
ST
M
r
Ve
158
Les incinérateurs franciliens et leur environnement
pouvoir être prouvé, comme l’indique la majorité des études épidémiologiques qui se sont
penchées sur cette question (cf. la troisième partie du rapport). En outre, il est impossible, dans
un contexte fortement industrialisé et urbanisé, de discriminer l’action spécifique de
l’incinération sur la santé de celle des autres activités (circulation automobile, autres industries
émettrices).
En Île-de-France, jusqu’au milieu des années 90, le traitement par incinération concerne
les déchets des zones urbaines…
Les cartes traduisent en chiffres ce qui en Île-de-France est une évidence : la concentration des
incinérateurs en zone agglomérée. L’incinération en milieu urbain s’explique pour plusieurs
raisons : le manque d’espace qui prohibe l’enfouissement ; relativement moins de matière
fermentescible dans les déchets (notamment la fraction issue de l’entretien des espaces verts) ce
qui rend problématique le compostage et la valorisation du compost ; des débouchés assurés de
l’énergie produite par l’incinération sous forme de chaleur ou par cogénération.
Le graphique ci-contre, qui concerne la population dans un rayon de 5 km autour des
incinérateurs, indique qu’un peu plus du quart des unités se situe en zone urbanisée très dense
avec un maximum pour les unités du SYCTOM. Toute la zone agglomérée centrale et la proche
banlieue sont desservies par un réseau d’incinérateurs dont la construction s’est échelonnée
jusque vers le milieu des années 80. Seules les unités les plus excentrées situées à Villejust
(Essonne), Thiverval-Grignon (Yvelines), Saint Thibault des Vignes (Seine et Marne) sont
situées en zone moins peuplée (moins de 120 000 habitants pour chaque incinérateur). La
plupart valorisent l’énergie, soit par cogénération, soit sous forme de chaleur. L’incinérateur de
Montereau constitue une exception. Cette unité, dont la destruction est programmée, est la plus
rurale des usines franciliennes, et de surcroît ne valorise pas l’énergie.
Les raisons qui peuvent justifier l’incinération en milieu urbain énoncées ci-avant peuvent être
invoquées pour réfuter, a contrario, l’incinération en milieu rural.
Les cinq dernières unités construites en Île-de-France depuis 1997 à Guerville, Monthyon,
Carrières sous Poissy, Vert le Grand, se situent toutes dans un contexte rural à faible densité de
population (de 80 000 habitants à moins de 10 km pour le CIT de Monthyon à 460 000 habitants
159
Incinération et santé
pour le CIT de Vert le Grand). Toutes valorisent l’énergie sous forme d’électricité, auto
consommée et vendue à EDF.
Dans les pages qui suivent est décrit, pour chaque usine d’incinération, le contexte
environnemental dans lequel elle se situe. L’espace concerné est celui délimité par un rayon de
5 km autour de l’installation.
- L’occupation du sol, détaillée en onze postes (bois, cultures, eau, autre rural, urbain
ouvert, habitat individuel, habitat collectif, activités, équipements, transports, chantiers
et divers).
- La densité de population.
- Le nombre d’établissements scolaires et hospitaliers.
Les mesures relatives à la direction des vents sont fournies pour chaque usine (rose des vents).
Dans la plupart des cas, les stations de mesures sont situées en dehors du site d’implantation de
l’usine ; c’est alors la station la plus proche qui est prise en compte
Les fiches incluent également quelques éléments techniques de l’usine considérée qui
complètent ceux déjà fournis dans le rapport
N’est pas décrit dans le présent atlas l’environnement des usines d’incinération et de
compostage de Coulommiers et d’Ozoir-la-Ferrières, aujourd’hui définitivement arrêtées. Elles
étaient dotées chacune d’un four de faible capacité (moins de 6t/h) ; leur fonctionnement a duré
une trentaine d’années.
Les usines sont identifiées par les communes sur lesquelles elles sont implantées (ex : l’usine
d’incinération d’Argenteuil). La présentation des fiches est faite par ordre alphabétique (nom de
la commune d’implantation)
160
Les incinérateurs franciliens et leur environnement
161
Les incinérateurs franciliens et leur environnement
163
Les incinérateurs franciliens et leur environnement
165
Les incinérateurs franciliens et leur environnement
167
Les incinérateurs franciliens et leur environnement
169
Les incinérateurs franciliens et leur environnement
Population 70 100
Effectif Nombre
Collèges 8
Lycées 2 777 4
Répartition du MOS En Ha En %
Terres labourées 2 804 36
Surfaces en herbes à caractères agricoles 223 3
Vergers, pépinières 41 +
Maraîchage 3 +
Eau 258 3
Parcs de loisirs 0 0
Parcs ou jardins 210 3
Jardins familiaux 26 +
Jardins de l’habitat 260 3
Terrains de sport en plein air 45 +
Habitat
Collectif 141 2
Individuel 940 11
Equipement d’enseignement 34 +
Equipement de santé 2,4 +
171
Les incinérateurs franciliens et leur environnement
173
Les incinérateurs franciliens et leur environnement
Performances épuratoires
Hg+Cd (mg/m3) As+Ni (mg/ m3) Pb+Cr+Cu+Mn (mg/ m3)) PCDD/F (ng/ m3))
Four 1 0,0318 0,009 0,465 1,1
Four 2 0 031 0 009 0 465 15
175
Les incinérateurs franciliens et leur environnement
177
L’usine d’incinération de Montereau-Fault-Yonne (77)
Mode d'occupation du sol dans un rayon de 5 km
autour de l'incinérateur de Montereau
Valence-en-Brie Echouboulains Montigny-Lencoup
Laval-en-Brie
Salins
Vernou-la-Celle-sur-Seine
Forges L C
Courcelles-en-Bassée
Saint-Germain-Laval
La Grande-Paroisse C
C
320 40
L 10%
>8 m/s
8% [4;8]
Varennes-sur-Seine Barbey 300 60
6% [1;4]
Cannes-Ecluse 4% [0;1]
280 2% 80
0%
260 100
200 160
180
Dormelles Thoury-Férottes Montmachoux
Légende
Densité de population dans un rayon de 5 km Limite communes
autour de l'incinérateur de Montereau Limite 5 km
Valence-en-Brie Echouboulains L Lycées
Montigny-Lencoup
C Collèges
Laval-en-Brie 2
% Incinérateurs
Mos en 11 postes
Vernou-la-Celle-sur-Seine Salins BOIS
Forges
CULTURES
EAU
Courcelles-en-Bassée
Saint-Germain-Laval AUTRE RURAL
URBAIN OUVERT
HABITAT INDIVIDUEL
La Grande-Paroisse
HABITAT COLLECTIF
ACTIVITES
Montereau-Fault-Yonne
EQUIPEMENTS
2
% Marolles-sur-Seine TRANSPORTS
CHANTIERS ET DIVERS
Densité en hab/ha
- de 25
Varennes-sur-Seine Barbey 25 - 50
Cannes-Ecluse
50 - 75
75 - 100
100 - 300
> à 300
w
Ville-Saint-Jacques La Brosse-Montceaux
Esmans
Noisy-Rudignon
179
Les incinérateurs franciliens et leur environnement
181
Les incinérateurs franciliens et leur environnement
183
Les incinérateurs franciliens et leur environnement
185
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187
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191
Les incinérateurs franciliens et leur environnement
193
Les incinérateurs franciliens et leur environnement
195
Incinération et santé
500 m. 180
196
Les incinérateurs franciliens et leur environnement
Sur la page précédente sont présentés les résultats d’une autre série de mesures de dioxines et de
furannes réalisées toutes dans la commune de Maincy sur des échantillons de sols et d’œufs de
poule, prélevés sous le vent et à l’intérieur d’un rayon de 2 km de l’incinérateur.
L’imprégnation sanguine en dioxines a été également mesurée chez dix volontaires résidant
depuis au moins 25 ans à moins de 2 km de l’incinérateur (Pirard et al, 2005).
Des concentrations témoins en provenance de sites plus éloignés (entre 5 et 8 km) ou situés hors
du panache, ont fourni des valeurs plus basses (médiane de 6 valeurs de 3 et de 7,7 pg
respectivement pour les sols et les œufs ), caractéristiques de sols ruraux (forêts, pâturages).
Les résultats des mesures montrent clairement l’impact de l’orientation du panache dans les
concentrations mesurées (plus fortes concentrations dans la direction du vent, soit au NE de
l’incinérateur, vers Maincy). Pour les sols, selon les auteurs, les concentrations se situent toutes,
à l’exception d’une, sous la limite des 40 pg/MS qui autoriserait une utilisation agricole des
terres sauf de l’élevage, notamment l’aviculture, qui est déconseillée aux résidents de Maincy.
Aucune corrélation avec le type de chauffage domestique pratiqué dans le secteur (chauffage au
bois, au gaz naturel ou à l’électricité) n’a été mise en évidence avec les concentrations de
dioxines mesurées.
S’agissant des œufs, ceux récoltés à moins de 2 km de l’incinérateur présentent des teneurs
significativement plus élevées en dioxines que les œufs des sites témoins avec, comme le notent
les auteurs, une assez bonne corrélation avec les valeurs de dioxines des sols.
197
Les incinérateurs franciliens et leur environnement
199
Les incinérateurs franciliens et leur environnement
201
202
Conclusion
203
204
Conclusion
Propositions, recommandations
I. Au terme de cette étude, un constat peut être dressé qui résume la situation de
l’incinération en Île-de-France, le contexte urbain dans lequel elle se situe, son impact
environnemental passé et actuel. De ce constat, il sera dégagé quelques idées-forces
sous forme de recommandations vers lesquelles devrait s’orienter ce mode de traitement
des déchets.
La place de l’incinération en Île-de-France, l’état de son parc, l’impact de ses rejets sur
l’environnement permet les constats suivants :
II. Compte tenu du contexte francilien, la pérennité de l’incinération semble assurée à long
terme, du moins aussi longtemps que la mise en œuvre de politiques de réduction des
déchets se fera attendre et que le tri (notamment celui des déchets organiques) ne se
développe réellement et ne gagne en efficacité. Le parc des incinérateurs franciliens,
vieillissant, a entamé sa modernisation dans le courant des années 90 en parachevant sa
mise en conformité avec l’arrêté du 25 janvier 1991, en remplaçant les unités obsolètes
205
Incinération et santé
III. Cet effort a conduit a une nette réduction de la pollution générée par les incinérateurs
comme l’atteste, s’agissant des émissions particulaires, les données communiquées
annuellement par le MEDD. Bien que la part des émissions de mercure et de cadmium
de l’incinération soit loin d’être négligeable (elle représenterait 40% de toutes les
émissions), elle est insignifiante pour les métaux pris dans leur totalité, de même que
pour les émissions gazeuses : SO2, NOx, les composés organiques volatils non
méthanisables, CH4, CO, CO2. Les huit tonnes de Pb+Cr+Cu+Mn+Ni+As+Hg+Cd
émises en 2002 par les incinérateurs franciliens représenteraient un peu moins du
dixième de toutes les émissions métalliques, selon les chiffres produits par le CITEPA
(2004), la même année.
Si l’incinération contribue de manière significative aux émissions de dioxines, elle n’en
représente pas la source principale. Si l’on confronte les émissions totales de ces
composés en Île-de-France (CITEPA, op. cit.) à celles des seuls incinérateurs, selon les
analyses annuelles communiquées par le MEDD, celles-ci n’y contribueraient qu’à
hauteur de 25% en 2003. A côté des incinérateurs, d’autres sources fixes et diffuses
rejettent des PCDD/F en Île-de-France : usines sidérurgiques, raffineries, centrales
thermiques, diverses combustions (combustion de bois, brûlage de câbles …).
S’agissant des HAP et des PCB, l’importance des émissions serait insignifiante pour les
premiers et légèrement plus marquée pour les seconds eu égard à l’incinération des DIS
(cependant assez marginale en Île-de-France).
IV. A court terme, les rejets atmosphériques particulaires des incinérateurs seront encore
réduits (par l’entrée en application, fin 2005, à tous les incinérateurs de l’arrêté de
septembre 2002). Cette diminution des émissions conduit à leur concentration dans les
REFIOM, stockés dans les centres d’enfouissement techniques de classe I de
206
Conclusion
207
Incinération et santé
Dans ce document, nous avons tenté, à l’aide d’un système d’information géographique,
d’établir une description de la zone d’influence des incinérateurs (rose des vents la plus proche
du site, type d’habitat, mode d’occupation du sol, densité de population). Cette zone d’un rayon
de 5 km a été choisie après une revue de la littérature indiquant des dépôts de polluants
négligeables au delà de cette distance.
Cet exercice présente de nombreuses limites :
- nous n’avons pas utilisé de modélisation afin de déterminer précisément la zone de
retombée des polluants émis. Cependant, quelques publications font état d’une
discordance entre des teneurs en polluants estimée par modélisation et les niveaux
réellement mesurés sur le terrain. Par ailleurs, on peut douter de la précision d’une
modélisation de retombée de cheminée en milieu urbain dense, influencée par de
nombreux facteurs.
208
Conclusion
Recommandations
D’un point de vue sanitaire, il ne s’agit pas ici d’émettre des recommandations déjà diffusées
par de nombreuses institutions (CPP, INSERM notamment).
Cependant compte tenu des constats réalisés dans cette étude : ancienneté de quelques
incinérateurs dont certains ne sont pas encore aux normes, localisation d’installations en milieu
rural (auto-consommation de produits alimentaires)…, il apparaît aujourd’hui nécessaire d’avoir
une meilleure connaissance des risques sanitaires encourus par les Franciliens.
209
Incinération et santé
Les risques se rattachent à une exploitation passée. Des effets sanitaires sont donc susceptibles
d’apparaître aujourd’hui. C’est pourquoi, la mise en œuvre d’une campagne de caractérisation
des sols, des produits agricoles (cultures et produits de l’élevage) autour des incinérateurs pour
les métaux lourds et les POPs devrait être lancée.
Mais les risques sont également induits par le fonctionnement actuel et futur des incinérateurs.
Des effets sanitaires pourraient alors apparaître sur le long terme. Pour cette raison, les mesures
réalisées dans les sols et les produits agricoles autour des UIOM devraient être régulières et
pérennes. Enfin, une surveillance sanitaire de la population vivant autour des incinérateurs
pourrait être envisagée notamment grâce à la mise en place d’un registre des cancers en Île-de-
France, projet actuellement en cours.
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Incinération et santé
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226
Annexe
227
Annexe 1 : Liste des incinérateurs franciliens p. 227
Annexe 2 : Les valeurs toxicologiques de référence p. 229
Annexe 3 : Classifications internationales des substances
vis à vis du risque cancérigène p. 237
Annexe 4 : Dangers associés aux principaux polluants
émis par l’incinération p. 239
Annexe 5 : La modélisation p. 255
Annexe 6 : Unités de masse p. 257
Annexe 7 : Sarcome des tissus mous p. 259
Annexe 8 : Lymphome non hodgkinien p. 261
228
Annexe 1
229
230
Annexe 2
Principes
Dans le processus d’évaluation des risques, il est déterminé la relation dose-effet qui indique la
gravité des effets liés aux produits toxiques incriminés.
Il existe deux catégories bien distinctes de relation dose-effet selon que l’effet est
« déterministe », comportant un seuil ou de type « probabiliste », sans effet de seuil. Dans ce
cas, en effet, il existe une probabilité minime mais non nulle, qu’un effet se produise si une
seule molécule pénètre dans le corps humain.
Dans le cas des effets déterministes, il s’agit d’effets aigus ou chroniques, non cancérigènes,
non génotoxiques, non mutagènes, qui vont apparaître lorsqu’une certaine dose de contaminant
est atteinte. Afin de déterminer le seuil en deçà duquel il n’y a pas d’effets nocifs chez l’homme,
on utilise des données expérimentales obtenues chez l’animal. Ces expérimentations permettent
de déterminer une dose sans effet nocif observé, la DSENO25. Elle représente le plus fort niveau
d’exposition n’ayant pas entraîné d’effets pathogènes observables.
Par précaution, la valeur de la DSENO est pondérée par un coefficient de sécurité
(habituellement égal à cent) afin de prendre en compte les facteurs d’incertitudes induits par
l’extrapolation de l’animal à l’homme, les différences de susceptibilités au sein de l’espèce
humaine, l’inadéquation de la durée de l’étude et de la voie d’exposition.
Le calcul effectué permet de déterminer des valeurs toxicologiques de références (VTR) établies
par des instances qui peuvent être internationales ou nationales. Les principales sont, par
exemple, pour l’Europe : l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et l’Institut national de
Santé publique et d’Environnement des Pays Bas (RIVM) ; pour l’Amérique du Nord, l’US
EPA (Agence américaine pour la protection de l’Environnement), l’Agency for Toxic
Substances and Disease Registry (ATSDR), ou encore Health Canada. A ces instances sont
associées des agences spécialisées telles que le Centre International de Recherche sur les
Cancers (CIRC) et l’International Programme on Chemical Safety (IPCS).
En France, comme en Europe en général, lorsque l’exposition est par voie orale (exposition par
ingestion), la valeur toxicologique de référence est dénommée « dose journalière admissible »
25
Traduction de NOAEL (Non Observed Adverse Effect Level)
231
Incinération et santé
ou DJA (en Anglais : Acceptable daily intake ou ADI) ou « dose journalière tolérable » (DJT).
En Amérique du Nord, on parlera de « Reference dose » (RfD) et de « Minimal Risk Level »
(MRL).
Les valeurs toxicologiques de référence (VTR) sont exprimées en masse de substance par
kilogramme et de poids corporel. Elles représentent l’estimation de la quantité de substance
qu’un individu peut ingérer sans effet néfaste.
Lorsque l’exposition est par voie respiratoire (par inhalation), l’OMS parle de « Concentration
admissible dans l’air » ou CMA. L’US EPA établit des « Reference Concentrations » ou RFC et
l’Agence for Toxic Substances and Diseases Registry des MRL.
L’ATSDR propose des VTR pour des durées d’exposition différentes : aiguë (1 à 14 jours),
subchronique (15 à 364 jours) et chronique (365 jours et plus).
Pour les substances sans effet de seuil (substances cancérigènes par exemple), on détermine un
excès de risque unitaire (ERU). Il peut être pour la voie orale (ERUO), cutanée (ERUc)ou par
inhalation (ERUi). Il correspond à l’excès de décès par cancer attendu dans une population
donnée à la suite d’une exposition d’une unité de d’agent toxique pendant une vie entière
(estimée à 70 ans). Pour une exposition orale ou cutanée, l’ERU s’exprime en mg/kg/j, c’est à
dire la probabilité pour un individu de contracter un cancer s’il est exposé chaque jour, pendant
70 ans, à 1mg/kg de poids corporel de produit toxique. Pour une exposition respiratoire, l’ERU
s’exprime pour une concentration de 1 µg d’agent toxique dans 1 m3 d’air respiré. Par exemple,
un ERU de 2x10-6 / (µg/m3) signifie qu’une exposition d’un million de personnes pendant 70
ans à une concentration de 1µg/m3 d’un polluant x est susceptible d’entraîner deux cas de décès
par cancer pendant cette période.
Les excès de risque unitaire sont calculés à partir d’études expérimentales sur animaux exposés
à des doses élevées d’agents toxiques. Différents modèles sont utilisés pour extrapoler les
résultats obtenus à fortes, faibles ou très faibles doses. Les modèles sont choisis pour intégrer un
facteur de sécurité maximale pour la santé humaine.
232
Annexe 2
Les agents toxiques reconnus comme cancérigène devraient être, en toute logique, bannis, ce qui
paraît impossible. Le risque nul n’existant pas, les calculs vont déterminer un risque acceptable
correspondant à une valeur limite de l’agent toxique dans l’environnement.
233
Substances Teneurs maximales VTR pour des effets avec seuil VTR pour des effets sans seuil Classification risque
autorisées dans les aliments cancérigène
et l’eau (Union européenne) Ingestion Inhalation Ingestion Inhalation
• •
-3 -1
Arsenic Eau potable : 50 µg/l MRL aiguë = 5.10 - ERUo = 1,5 (mg/kg/j) ERUi = 4,3.10-3(µg/m3)-1 Classe A (EPA, 1998)
inorganique mg/kg/j (ATSDR, 2000) (US EPA, 1998) (US EPA, 1998) Groupe 1 (CIRC, 1987)
• MRL = 3.10-4 mg/kg/j • ERUi = 1,5.10-3(µg/m3)-1
(ATSDR, 2000) (OMS, 1999)
• RfD = 3.10-4 mg/kg/j
(US EPA, 1993)
• DHTP = 15µg/kg
(OMS, 1994)
Cadmium Eau potable : 5 µg/l • MRL = 2.10-4 mg/kg/j - - ERUi = 1,8.10-3(µg/m3)-1 Classe B1 (EPA, 1992)
• Chair de poisson : entre (ATSDR, 1999) (EPA, 1999) Groupe 1 (CIRC, 1993)
0,05 et 0,1 mg/kg de poids à • RfD (eau) = 5.10-4
l’état frais, selon l’espèce * mg/kg/j (EPA, 1994)
• Crustacés : 0,5 mg/kg de • RfD
poids à l’état frais * (alimentation) = 1.10-3
mg/kg/j (EPA, 1994)
• DHTP = 7.10-3 mg/kg
(OMS, 1996)
Chrome Eau potable : 50 µg/l • RfD = 3.10-3 mg/kg/j • MRL = 1.10-3 mg/m3 Cr VI : ERUi = 1,2.10- Composés du chrome VI :
2
pour le chrome VI (EPA, pour le Cr VI en aérosol (µg/m3)-1 (EPA, 1998) groupe 1 (CIRC, 1990).
1998) (ATSDR, 2000) Cr VI : ERUi = 4.10-2(µg/m3)-1 Composés du chrome III :
• RfD = 1,5 mg/kg/j pour • MRL = 5.10-6 mg/m3 (OMS, 2000)) groupe 3 (CIRC, 1990).
le chrome III (EPA, 1998) pour le Cr VI particulaire Composés du chrome VI
(ATSDR, 2000) (inhalation) : groupe A (EPA,
• RfC = 8.10-6 mg/m3 1998)
pour le Cr VI en aérosol Composés du chrome VI
(EPA, 1998) (orale) : groupe D (EPA,
• RfC = 1.10-4 mg/m3 1998)
pour le Cr VI particulaire Composés du chrome III :
(EPA, 1998) groupe D (EPA, 1998)
234
Substances Teneurs maximales VTR pour des effets avec seuil VTR pour des effets sans seuil Classification risque
autorisées dans les aliments cancérigène
et l’eau de boisson (Union Ingestion Inhalation Ingestion Inhalation
européenne)
Dioxine • Lait de vache et produits • DJT = 1 à 4 pg TEQ/kg/j - 2,3,7,8-TCDD - 2,3,7,8-TCDD :
laitiers : 3 pg PCDD/F-TEQ/g de (OMS) RUo = 5.10-3 (pg Classe B2 (EPA)
graisse • MRL aiguë = 200 pg TEQ/kg/j)-1 (EPA, 2000) Classe 1 (CIRC)
• Viandes et produits à base TEQ/kg/j (ATSDR, 1999)
de viandes, huiles et graisses de • MRL subchronique = 20
ruminants (bovins et ovins) : 3 pg TEQ/kg/j (ATSDR, 1999)
pg PCDD/F-TEQ/g de graisse
• MRL chronique = 1 pg
• Viandes et produits à base TEQ/kg/j (ATSDR, 1999)
de viandes, huiles et graisses de
volailles et de gibier d’élevage : • Absorption quotidienne
2 pg PCDD/F-TEQ/g de graisse admissible = 0,006 pg/kg/j
• Viandes et produits à base
de viandes, huiles et graisses de
porcs : 1 pg PCDD/F-TEQ/g de
graisse
• Foie et produits dérivés : 6
pg PCDD/F-TEQ/g de graisse
• Chair de poisson et produits
de la pêche et produits dérivés :
4 pg PCDD/F-TEQ/g de graisse
• Œufs de poules et
ovoproduits : 3 pg PCDD/F-
TEQ/g de graisse
• Huile végétale : 0,75 pg
PCDD/F-TEQ/g de graisse
• Huile de poisson destinée à
l’alimentation humaine : 2pg
PCDD/F-TEQ/g de graisse **
Acide - RfC = 2.10-2 mg/m3 (EPA, - - -
chlorhydrique 1995)
235
Substances Teneurs maximales VTR pour des effets avec seuil VTR pour des effets sans seuil Classification risque
autorisées dans les cancérigène
aliments et l’eau (Union Ingestion Inhalation Ingestion Inhalation
européenne)
Manganèse Eau potable : 50 µg/l RfD = 1,4.10-1 mg/kg/j • MRL = 4.10-5 mg/m3 - - Classe D (EPA)
(EPA, 1996) (ATSDR, 1997)
• RfC = 5.10-5 mg/m3 (EPA,
1993)
• VG: 0,15 µg/m3 (OMS,
1999)
Mercure • Eau potable : 1 µg/l Hg et composés Hg et composés inorganiques - - • Mercure et composés
inorganiques : • VG = 1 µg/m3 (OMS, 1999) inorganiques : groupe 3
• Poisson* : 0,1 mg/kg de DJT = 6.10-4 mg/kg.j (OMS,
poids à l’état frais * 1989) • MRL = 0,2 µg/m3 (ATSDR, • Méthylmercure :
1999) groupe 2B (IARC, 1993)
Chlorure mercurique :
• RfC = 3.10-4 mg/m3 (EPA, • Méthylmercure :
• MRL = 2.10-3 mg/kg.j 1995) classe C (US EPA 1995).
(ATSDR, 1999)
• RfD = 3.10-4 mg/kg.j
(EPA, 1995)
Méthylmercure :
• RfD = 10-4 mg/kg.j
(EPA, 1995)
• MRL = 3.10-4 mg/kg.j
ATSDR, 1999)
• DJT = 4.10-4 mg/kg.j
(OMS, 1989)
Acétate de phénylmercure :
• RfD = 8.10-5 mg/kg.j
(EPA, 1996)
Nickel Eau potable : 50 µg/l • RfD = 2.10-2 mg/kg.j • MRL = 2.10-4 mg/m3 • Métal (OMS, 1999) : • Sulfure de Ni :
Composés solubles (EPA, (ATSDR, 1997) RUi = 3,8.10-4 (µg/m3)-1 Classe A (EPA)
1991) • Sulfure de Ni (EPA, 1991) : • Poussière de
raffinerie Classe A
RUi = 4,8.10-1 (mg/m3)-1 (EPA)
• Poussière de raffinerie • Ni carbonyl : Classe
(EPA, 1991) : B2 (EPA)
236 RUi = 2,4.10-1 (mg/m3)-1
Substances Teneurs maximales VTR pour des effets avec seuil VTR pour des effets sans seuil Classification risque
autorisées dans les cancérigène
aliments et l’eau (Union Ingestion Inhalation Ingestion Inhalation
européenne)
Plomb • Eau potable : 25 µg/l (10 • DHT = 25 µg/kg par • VG = 0,5 µg/m3 (OMS, - - • plomb et ses dérivés
µg/l à partir du 25 décembre semaine (OMS, 1993) 1999) inorganiques Groupe 2B
2013) (EPA)
• RfD : 10-7 mg/kg/j
• Chair de poisson : entre (EPA, 1991) • Groupe B2 (OMS)
0,2 et 0,4 mg/kg de poids à
l’état frais, selon l’espèce *
• Mollusques bivalves : 1,5
mg/kg
Dioxyde de • VG = 50 µg/m3 (OMS,
1999)
soufre
* Règlement CE N° 221/2002 de la Commission du 6 février 2002 modifiant le règlement CE n°466/2001 portant fixation des teneurs maximales pour certains contaminants
dans les denrées alimentaires.
** Règlement CE N° 2375/2001 de la Commission du 29 novembre 2001 modifiant le règlement CE n°466/2001 portant fixation des teneurs maximales pour certains
contaminants dans les denrées alimentaires.
237
238
Annexe 3
Première catégorie : substances que l’on sait être cancérogènes pour l’homme. On dispose de
suffisamment d’éléments pour établir l’existence d’une relation de cause à effet entre
l’exposition de l’homme à de telles substances et l’apparition d’un cancer.
Deuxième catégorie : substances devant être assimilées à des substances cancérogènes pour
l’homme. On dispose de suffisamment d’éléments pour justifier une forte présomption que
l’exposition de l’homme à de telles substances peut provoquer un cancer. Cette présomption est
généralement fondée, 1) sur des études appropriées à long terme sur l’animal, 2) sur d’autres
informations appropriées.
Troisième catégorie : substances préoccupantes pour l’homme en raison d’effets cancérogènes
possibles mais pour lesquelles les informations disponibles ne permettent pas une évaluation
satisfaisante. Il existe des informations issues d’études adéquates sur les animaux, mais elles
sont insuffisantes pour classer la substance dans la deuxième catégorie.
239
Incinération et santé
240
Annexe 4
Les particules
D’un point de vue biologique et sanitaire, les particules ultra-fines sont sans doute les plus
préoccupantes du fait que leur petite taille leur confère une aptitude particulière à pénétrer
profondément dans l’arbre respiratoire (figure…). Des effets à court terme sur les appareils
respiratoire et circulatoire ont été mis en évidence lors d’études expérimentales récentes :
modifications du rythme cardiaque (exposition contrôlée de chiens, Godleski et al. 2000), de la
241
Incinération et santé
242
Annexe 4
De nombreuses études épidémiologiques révèlent une relation entre l’exposition aux particules
et la morbidité respiratoire mais aussi avec la mortalité quotidienne totale, pour cause
respiratoire et cardiovasculaire (Dockery 2001). De tels liens sont par exemple retrouvés dans
des études menées en Europe (Katsouyanni et al. 2001, Atkinson et al. 2001, Le Tertre et al.
2002), en Nouvelle-Zélande (McGowan et al. 2002) et en Amérique du Nord (Daniels et al.
2000).
A plus long terme (plusieurs années d’exposition) les études sont plus rares. Certaines suggèrent
cependant une association entre une exposition à des teneurs relativement modérées de
particules et une augmentation de la morbidité cardiorespiratoire et par cancer du poumon.
(Dockery, 1993 et Pope 1995).
On regroupe sous cette appellation, des milliers de composés organiques dont la structure est
voisine. Les principales sont donc les polychlorodibenzo-p-dioxines (PCDD), les
polychlorodibenzofuranes (PCDF) et les PCB. Il existe 75 PCDD et 135 PCDF. Sur ces 210
molécules, 17 présentent une toxicité avérée (7 PCDD et 10 PCDF) et sur ces 17, la plus toxique
est la Tétrachloro-2,3,7,8 dibenzo-para-dioxine.
Dans les milieux, les différentes molécules toxiques sont en mélange et chacune d’entre elles ne
représente pas la même toxicité. Afin de déterminer la charge toxique d’un mélange, un
indicateur a été développé au niveau international, c’est « l’équivalent toxique » ou TEQ. Sa
construction est la suivante. En premier lieu, il est estimé pour chacun des congénères un
coefficient de toxicité, le TEF (Toxicity Equivalence Factor). Celui-ci a été développé à partir
de 1977 et représente une fraction de la toxicité de la molécule de référence, la Tétrachloro-
2,3,7,8 dibenzo-para-dioxine, appelée également dioxine de SEVESO à laquelle est attribuée la
valeur 1.
243
TEF (Toxicity Equivalence Factor) définis par l’OMS pour les Hommes et les
mammifères
Congénère TEF
Dioxines
2,3,7,8-TCDD (Seveso) 1
1,2,3,7,8-PentaCDD 1
1,2,3,4,7,8-HexaCDD 0,1
1,2,3,6,7,8- HexaCDD 0,1
1,2,3,7,8,9- HexaCDD 0,1
1,2,3,4,6,7,8-HeptaCDD 0,01
OctoCDD 0,0001
Furannes
2,3,7,8-TetraCDF 0,1
1,2,3,7,8-PentaCDF 0,05
2,3,4,7,8-PentaCDF 0,5
1,2,3,4,7,8-HexaCDF 0,1
1,2,3,6,7,8-HexaCDF 0,1
1,2,3,7,8,9-HexaCDF 0,1
2,3,4,6,7,8-HexaCDF 0,1
1,2,3,4,6,7,8-HeptaCDF 0,01
111,2,3,4,7,8,9-HeptaCDF 0,01
OctaCDF 0,0001
PCB
3,4,4’,5-TetraCB (81) 0,0001
3,3’,4,4’-TetraCB (77) 0,0001
3,3’,4,4’,5-PentaCB (126) 0,1
3,3’,4,4’,5,5’-HexaCB (169) 0,01
2,3,3’,4,4’-PentaCB (105) 0,0001
2,3,4,4’,5-PentaCB (114) 0,0005
2,3’,4,4’,5-PentaCB (118) 0,0001
2,3,4,4’,5-PentaCB (123) 0,0001
2,3,3’,4,4’,5-HexaCB (156) 0,0005
2,3,3’,4,4’,5-HexaCB (157) 0,0005
2,3’,4,4’,5,5’-HexaCB (167) 0,00001
2,3,3’,4,4’,5,5’-HeptaCB 0,0001
(189)
Source: Martin Van den Berg, 1998
244
Annexe 4
Les TEF varient de 0,001 à 1. Le coefficient 1 correspond à la plus forte toxicité (dioxine de
Seveso).
En 1978, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a réévalué les TEF en ajoutant 12 PCB
nommés PCB « dioxin-like ».
En second lieu, on définit, grâce aux coefficients, des quantités d’équivalent toxiques (TEQ :
Toxic Equivalent Quantity). Elles sont calculées en faisant la somme des quantités des 17
composés contenus dans le mélange multipliées par leurs coefficients de toxicité respectifs.
Impact sanitaire
Les dioxines et les furannes sont solubles dans les matières grasses. Ils peuvent donc
s’accumuler dans les tissus des organismes vivants, y compris les humains (notamment dans les
graisses et le lait).
La chloracné ou acné chlorique qui est une affection dermatologique est l’effet le plus souvent
observé en milieu professionnel mais aussi à Seveso chez les personnes situées dans la zone la
plus fortement atteinte. Les autres effets comprennent des modifications sensorielles, des
nausées, des céphalées, une perte de l’ouïe, des troubles du sommeil, une fatigue…
Effet cancérigène
Les nombreuses études épidémiologiques menées dans ce domaine ont essentiellement concerné
des populations exposées à des niveaux de dioxines très élevés que ce soit accidentellement
(Bernard, 2002 ; Bertazzi, 2001) ou professionnellement (fabrication de pesticides) (Becher,
1998 ; Steenland, 2001 ; Lynge, 1998).
Les vétérans de la guerre du Viêtnam ayant été exposé à « l’agent orange », un mélange utilisé
comme défoliant et contaminé par les dioxines ont également fait l’objet de nombreuses études
(Akhtar, 2004 ; Kramárová, 1998).
Enfin des études épidémiologiques ont aussi porté sur les population vivant à proximité
d’incinérateurs de déchets ménagers (Menese, 2004 ; Ma, 2002 ; Domingo, 2002 ; Viel, 2000 ;
Zmirou, 1984).
245
Incinération et santé
Dans la majorité des études, des excès de risque sont observés pour tous cancers confondus
(INSERM, 2000). Un accroissement de certains type de cancers (foie, brocho-pulmonaire, le
sarcome des tissus mous et les lymphomes non hodgkinien) est cependant plus souvent
retrouvé.
La Tétrachloro-2,3,7,8 dibenzo-para-dioxine est classée "cancérogène certain" par le Centre
International de Recherche sur le Cancer (CIRC) depuis 1997 (voir annexe 1).
Cependant, il convient de préciser que les résultats des études ne sont pas tous concordants et
que leur interprétation est rendue difficiles par l’intervention de nombreux autres facteurs. Par
exemple, pour les professionnels, ces derniers ne sont pas exposés uniquement aux dioxines
mais à d’autres produits chimiques pouvant être également responsables de la survenue de
cancer. De plus les augmentations de risque trouvées sont en général faibles, de l’ordre de 1,4,
c’est-à-dire qu’une personne subissant une forte exposition (dans ces études, les niveaux
d’exposition sont de 100 à 1 000 fois plus élevés que pour la population générale) voit sa
probabilité d’avoir un cancer augmentée de 40%.
Concernant les autres formes de dioxines, elles sont toutes classées dans le groupe 3 du CIRC
(substances inclassables pour ce qui concerne leur cancérogénicité).
Au niveau international, deux approches existent pour estimer le risque des dioxines en fonction
de leur dose.
Pour l’OMS, les substances ne sont pas des cancérogènes complets c’est-à-dire génotoxiques
mais des promoteurs. Cela signifie qu’elles favorisent le développement de cancers. Les
dioxines et furannes n’ont donc pas une action directe mais, en favorisant la multiplication
cellulaire, elles contribuent à accélérer l’action d’autres substances cancérigènes.
Partant de ce principe, l’OMS considère donc qu’il existe un seuil en dessous duquel la
population générale et notamment les individus sensibles sont protégés. Ce seuil est déterminé à
partir de résultats obtenus lors d’études expérimentales auxquels sont appliqués des facteurs de
sécurité pour être appliquée à l’Homme. Ces facteurs de sécurité entraînent en générale la
division par 1 000 de la dose obtenue en expérimentation animale.
246
Annexe 4
Les études épidémiologiques montrent des résultats parfois non concordants et sont donc sujets
à discussion. Comme dans le cas des cancers, de nombreux problèmes d’ordre méthodologique
apparaissent (expositions de la population à des polluants multiples, doses d’exposition faible,
manifestations pathologiques non spécifiques aux dioxines et donc causalité difficile à
démontrer).
Les résultats indiquent des relations positives pour des populations exposées à des niveaux de
HAPC élevés liés à l’activité professionnelle (Dimich-Ward, 1996) ou à une contamination
importante de l’environnement et de la chaîne alimentaire suite à une activité industrielle
(Revich, 2001 ; Rylander, 2000). Dans ces études, les auteurs observent des taux plus élevés
d’avortements spontanés et d’accouchements prématurés pour les populations fortement
exposées (Revich, 2001). Une association avec un poids à la naissance plus faible est rarement
retrouvée (Revich, 2001 ; Dimich-Ward, 1996) au contraire de Rylander (2000) qui montre dans
une étude suédoise ce type d’effet même si c’est l’exposition aux POPs en général qui était
considérée.
L’étude de Dimich-Ward (1996) montre des risques plus élevés de développer des anomalies
congénitales pour les descendants des travailleurs d’une scierie où le bois était traité au
chlorophényl. Cordier et al. (2004) ne mettent pas en évidence d’effets sur les anomalies
congénitales « en général » chez des populations vivant alentours de centres d’incinération
d’ordures ménagères. En revanche, une relation significative est retrouvée pour les becs de
lièvre et les dysplasies rénales.
247
Incinération et santé
Concernant la diminution de la fertilité, les risques mis en évidence sont très faibles et d’autres
facteurs non pris en compte pourraient intervenir dans la relation (Heacock, 1998).
Enfin, concernant les effets sur le développement, plusieurs études ont été menées chez des
nourrissons et en milieu scolaire (Vreugdenhil, 2004 et 2003 ; Koopman-Esseboom, 1996). Les
résultats indiquent un effet des PCB et dioxines sur le développement des nourrissons. Mais
l’âge joue un rôle important et, à partir de 18 mois, il semble que les PCB et les dioxines n’aient
aucune influence. L’allaitement, et donc la possibilité du transfert de dioxines vers le
nourrisson, est aussi un facteur associé à un moindre développement intellectuel.
Le plomb, le cadmium et le mercure ont une toxicité pour l’homme reconnue. Ils sont mal
éliminés par notre organisme et ont un effet cumulatif. Des effets nocifs sur la santé peuvent
donc survenir plusieurs années après le début de l’exposition.
Après avoir été absorbés, ils sont distribués dans le corps par la voie sanguine. Certains organes
comme le foie et le rein sont, de par leur forte irrigation sanguine et leur bonne perméabilité, des
sites d’accumulation et de concentration. Les os et les dents sont également des sites de
stockage. Certains composés métalliques comme le methylmercure ont la capacité de traverser
la barrière hémato-encéphalique, filtre chargé de protéger le cerveau des toxines que transporte
le sang. Le système nerveux devient alors un organe cible de concentration de ces composés
toxiques. Cette barrière hémato-encéphalique n’est pas complètement développée à la naissance.
C’est pourquoi les nouveau-nés et les enfants sont des populations plus à risque.
Le plomb
Les sources d’exposition au plomb sont multiples : air, eau, sol et alimentation. Pour les adultes,
l’eau et les aliments fournissent l’essentiel des apports alors que pour les enfants, l’ingestion de
poussières et sols contenant du plomb sont aussi une source importante. Le plomb ingéré est
transporté dans l’organisme par le sang. Il se diffuse alors dans de nombreux organes : cerveau,
foie, poumon, rate, reins et moelle osseuse et dans les os.
248
Annexe 4
Les cancers
La dangerosité du plomb vis-à-vis des cancers n’est pas clairement démontrée. Le CIRC le
classe dans le groupe 2B c’est-à-dire « potentiellement cancérogène pour l’homme ».
Saturnisme
La quantité de plomb non éliminée par l’organisme peut provoquer une intoxication (aiguë ou
chronique) appelée saturnisme. Le saturnisme aigu est rare mais peut se produire dans le cas
d’une intoxication accidentelle. Les symptômes sont une violente douleur intestinale avec
constipation et des troubles neuropsychiques. Les symptômes liés au saturnisme chronique sont
249
Incinération et santé
En France, le dépistage du saturnisme infantile est recommandé chez les enfants entre 6 mois et
6 ans vivant dans des habitats anciens, ayant des proches exposés professionnellement ou pour
leurs loisirs, vivant à proximité d’entreprises sources ou vivant dans des zones alimentées par
des eaux acides.
Au-delà de 0,1 mg/l et selon la valeur de la plombémie, des procédures d’enquête
environnementale, de diagnostic et de traitement sont recommandés.
250
Annexe 4
Le mercure
Impact sanitaire
Le mercure est un élément dont la toxicité est variable suivant sa forme chimique :
• mercure élémentaire Hg0,
• mercure minéral ou inorganique
• mercure organique dont le méthylmercure
Le méthylmercure est très toxique et agit essentiellement sur le système nerveux (troubles
sensoriels, troubles nerveux). Chez la femme enceinte, il passe la barrière placentaire et entre
dans le système circulatoire du fœtus. Pour la population générale, la concentration moyenne de
mercure dans le sang est de 3 µg/l (Miquel). Les risques commenceraient à partir de 10 ou 20
µg/L. L’exposition au mercure repose en grande partie sur l’alimentation et sur les produits de
la mer en particulier (Jarup, 2003). Des accidents se sont produits dans différents pays : au
Japon où 20 000 personnes vivant autour de la baie de Minamata ont été contaminées entre
1956 et 1967 par du mercure organique concentré dans les poissons et coquillages péchés sur
place, en Iraq (1971-1972) par la consommation de semences contaminées sous forme de pain,
au Ghana, dans les îles Seychelles (Myers, 1997) et dans les îles Faroe (Rice, 2000)
(Tchounwou, 2003).
Les cancers
Le méthylmercure est classé dans le groupe 2B (cancérogène possible pour l’homme) par le
CIRC.
Le mercure métallique et les composés inorganiques ont été classés dans le groupe 3 (non
classable quant à sa cancérogénicité pour l’homme).
251
Incinération et santé
De tels effets ont été observés en milieu professionnel, suite notamment à l’inhalation de
mercure métallique (très volatil) et chez des populations exposées à des teneurs importantes de
mercure organique suite à la consommation d’aliments contaminés.
L’exposition prénatale (in utero) au méthylmercure a également des effets sur le développement
neuro-moteur de l’enfant, et entraîne un retard psychomoteur (Myers, 1997 et 2003).
Effets rénaux
Avec les troubles neurologiques, les troubles rénaux sont le principal effet d’une exposition au
mercure. Dans ce cas, c’est le mercure inorganique qui est en cause.
La plupart des données disponibles se rapportent à des études menées soit en milieu
professionnel, soit lors d’accidents soit sur des populations localisées en des lieux où la
contamination environnementale est importante ou qui ont des comportements (consommation
importante de poisson) les conduisant à une ingestion importante de mercure. Les données se
rapportant à une exposition de la population générale et à des doses faibles sont lacunaires.
Le cadmium
Impact sanitaire
L’absorption d’une faible quantité de cadmium est suivie de troubles gastro-intestinaux
(nausées, vomissements, diarrhées). Ces troubles peuvent, dans les cas sévères, se compliquer
d’une déshydratation grave. Le cadmium s’accumule principalement dans les reins. Il ne peut
pas franchir la barrière placentaire. Comme pour le mercure, c’est l’alimentation et surtout les
fruits de mer qui est la principale source de contamination.
Les reins sont l’organe cible du cadmium et les maladies rénales sont donc un des principaux
effets d’une exposition au cadmium. A long terme, elle entraîne l’apparition d’une néphropathie
irréversible pouvant évoluer vers une insuffisance rénale. Ces résultats sont observés en milieu
professionnel mais aussi pour des expositions environnementales pour des populations vivantes
à proximité de sites émetteurs telle que la fabrication de batterie (Hellstrom 2001 ; Jarup 2000).
Pour des niveaux d’exposition faibles, les effets rénaux semblent faibles et réversibles (Hotz
1999).
L’atteinte rénale causée par le cadmium permet (par des mécanismes non clairement identifiés)
une fuite de calcium et de phosphore par les urines. Les conséquences sont l’apparition
252
Annexe 4
Les cancers
Le CIRC a classé en 1993 le cadmium comme cancérogène chez l’homme (groupe 1). Des
études épidémiologiques menées en milieu professionnel ont notamment montré une
augmentation des cancers pulmonaires en relation avec l’inhalation de cadmium (Sorahan,
1997). Une augmentation des cancers de la prostate a également été mise en évidence chez des
professionnels bien que pour ce type de cancer, les résultats semblent plus contradictoires
(Sorahan, 2004 ; Verougstraete, 2003).
Le nickel
Impact sanitaire
Le nickel peut provoquer par contact cutané une réaction allergique (eczéma). Celle-ci a été
constatée pour des contacts quotidiens d’objets usuels tels que des bijoux, pièces de monnaies et
ustensiles divers. Un contact au sel de nickel peut provoquer une dermite : la gale du nickel.
Lors de l’inhalation de fortes doses et sur de longues périodes, on observe des l’apparition de
pathologies respiratoires.
Les cancers
Un risque plus élevé de cancers respiratoires a été constaté chez des ouvriers travaillant dans des
usines de production de nickel. Il semble que seuls certains composés soient cancérigènes. Le
CIRC a d’ailleurs classé le nickel comme cancérigène possible (groupe 2B) sans pouvoir pour
autant dire quelle forme pose un risque. Dans une étude menée chez des ouvriers norvégiens,
253
Incinération et santé
quatre formes de nickel ont été étudiées. Les résultats indiquent une relation entre cancer et le
nickel sous sa forme hydrosoluble (Grimsrud 2002).
Le rôle causal du nickel dans la survenue de cancers est d’autant plus difficile a identifier que le
nickel n’est jamais pur et qu’il contient d’autres composés tels que l’arsenic qui est lui même
cancérigène.
L’arsenic
Impact sanitaire
L’organe cible de l’arsenic est la peau et les principaux effets observés sont une hyper-kératose
et hyper-pigmentation. Des atteintes cardiovasculaires ont également été observées
fréquemment en milieu professionnel et chez des populations ayant ingérées de l’arsenic présent
dans l’eau de boisson (Ng 2003 ; Yu 2002 ; Wu 1989).
cancers
Le rôle de l’arsenic inorganique dans la survenue des cancers pulmonaires et cutanés est bien
établi. Le CIRC le classe dans le groupe 1 (cancérigène pour l’homme).
Le chrome
Impact sanitaire
Il existe deux formes du chrome ; Le chrome trivalent et le chrome hexavalent ou chrome VI.
En milieu professionnel, on observe un impact d’une exposition aux dérivés de ces deux
éléments sur le tractus respiratoire se manifestant notamment par une irritation et des
démangeaisons nasales, une diminution de la fonction pulmonaire. Le chrome et ses dérivés
(surtout le chrome VI) peuvent avoir un effet sensibilisant et entraîner de l’asthme ou des
dermatites. Un contact cutané peut aussi impliquer de l’éczéma sur les points de contact (mains
et avant bras).
Le chrome, lorsqu’il est inhalé, entraîne des troubles gastro-intestinaux (crampes, ulcères,
gastrites…).
254
Annexe 4
cancers
L’inhalation de chrome est liée à un accroissement des cancers pulmonaires chez des ouvriers.
Dans ces études, même si le risque accru semble évident, le ou les composés en cause ne
peuvent être identifiés. En revanche, l’accroissement concernant davantage les ouvriers
occupant certaines tâches, il est fort probable que ce soit le chrome hexavalent qui soit en cause.
Ce dernier est classé comme cancérogène certain par le CIRC (groupe 1).
Manganèse
Généralités
Le manganèse est un élément essentiel à l’homme. Cependant, à des doses élevées, il induit des
effets toxiques.
En milieu professionnel, des troubles psychologiques et neurologiques ont été observés. Pour
des populations vivant à proximité d’usines émettrices ou consommant une eau fortement
contaminée, des relations entre la concentration de manganèse dans l’air et des troubles
respiratoires et neurologique ont été trouvées (Kondakis 1989). Pour des niveaux d’exposition
faibles mesurés en milieu professionnel et a fortiori pour la population générale, de tels effets,
notamment neurologiques, ne sont pas retrouvés (Myers 2003, Deschamps 2001 ; Vieregge
1995).
Acide chlorhydrique
L’acide chlorhydrique, pour des expositions chroniques, est responsable par inhalation de
l’irritation des voies respiratoires.
Le dioxyde de soufre
Le dioxyde de soufre est très soluble dans l’eau, ce qui limite sa pénétration dans les voies
respiratoires profondes. Il est en effet absorbé à 85-99% par les muqueuses du nez et du tractus
respiratoire supérieur. Une faible fraction peut néanmoins se fixer sur les particules et atteindre
les voies respiratoires inférieures.
255
Incinération et santé
Pour une exposition à des teneurs très élevées (de l’ordre du mg/m3), la réponse chez l’homme
se manifeste en quelques minutes par une diminution de la fonction respiratoire, un
accroissement de la résistance des voies aériennes et l’apparition de symptômes tels que la toux
et les sifflements.
Pour des niveaux de concentrations plus faibles (teneurs ambiantes), le SO2 est associé à une
augmentation de la morbidité et de la mortalité respiratoire et cardio-vasculaire.
Ces effets sont observés chez des personnes prédisposées telles que les asthmatiques ou
souffrant de maladies pulmonaires sous-jacentes.
256
Annexe 5
La modélisation
Il existe de nombreux modèles de dispersion atmosphériques. Ils sont soit stochastiques soit
déterministes. Les modèles stochastiques permettent de prédire les concentrations d’un polluant
dans une situation particulière. Pour cela, ils utilisent des données sur la qualité de l’air relevées
dans une situation particulière et prédisent les concentrations dans un milieu quelconque ayant
les mêmes caractéristiques que celui dans lequel les données ont été relevées. Les modèles
déterministes établissent pour chaque situation, des chaînes de cause à effet entre des données
d’émissions et de la situation météorologique et les concentrations. Il est ainsi possible de
modéliser plusieurs scénario en faisant varier les critères tels que, par exemple, la vitesse du
vent.
Dans la pratique, ce sont ces derniers modèles qui sont utilisés. Ils peuvent être regroupés en
plusieurs classes.
Ce sont les modèles gaussiens, les modèles eulériens et les modèles lagrangiens.
Les modèles gaussiens sont les plus utilisés. Ils ont été développés pour calculer la dispersion
d’un panache à partir d’une source ponctuelle [Hanna, 1982]. Ils sont dérivés de deux modèles,
celui de Pasquill et celui de Doury. Ce type de modèle permet de prédire des concentrations au
sol de rejets gazeux non réactifs ou de particules solides, pour des distances de 200 mètres à 10
kilomètres de la source. Ce modèle a pour avantage de ne nécessiter que de peu de données
d’entrée. En revanche, il a pour inconvénient de ne pas prendre en compte le relief si ce n’est
sous la forme d’un coefficient de rugosité au sol qui fera la différence par exemple entre une
zone urbanisée ou une zone de plaine. Par ailleurs le modèle Pasquill est plus adapté aux vents
forts alors que le modèle de Doury est mieux adapté aux vents faibles.
Dans beaucoup d’études traitant des émissions d’UIOM, c’est le logiciel POLAIR qui est
utilisé. Ce logiciel est dérivé du modèle de Doury.
Les différentes méthodes décrites ci-dessus ont pour objectif de déterminer une zone où il est
possible d’avoir la connaissance la plus précise possible des niveaux de polluant dans les
différents milieux afin d’estimer au mieux l’exposition des personnes résidant dans cette zone.
257
258
Annexe 6
Unités de masse
259
260
Annexe 7
Introduction
Les sarcomes des tissus mous (STM) représentent moins de 1% de l'ensemble des tumeurs
malignes de l'adulte avec 1000 nouveaux cas environ par an en France. Tous les âges sont
concernés avec un sexe ratio équilibré. Il n'existe pas de prédominance géographique ou
ethnique.
Les sarcomes des tissus mous sont définis comme les tumeurs malignes développées aux dépens
du tissu conjonctif commun extrasquelettique et de ses variétés spécialisées : tissu adipeux, tissu
musculaire strié, vaisseaux et système nerveux périphérique. En sont exclus les sarcomes des
viscères et des os qui posent des problèmes diagnostiques, thérapeutiques et évolutifs différents,
de même que les tumeurs du tissu lymphoïde et du système nerveux central.
Epidémiologie
Facteurs environnementaux
Radiations ionisantes
L'incidence des sarcomes des tissus mous, principalement des histio-fibrosarcomes, survenant
dans ou en bordure de champs d'irradiation, chez des patients traités pour un cancer du sein, de
l'ovaire, du testis, d'un lymphome hodgkinien ou non hodgkinien, est 8 à 50 fois supérieure à
celle des sarcomes sporadiques. Le délai médian d'apparition de ce type de sarcome de pronostic
sombre est de 8 ans (plus court de 2 à 4 ans chez les patients présentant les prédispositions
261
Incinération et santé
Agents infectieux
Si le risque de développer un sarcome de Kaposi est très élevé dans la population infectée par le
virus HIV, d'autres virus comme le herpès-virus 8 et l'Epstein-Barr virus pourraient être
impliqués dans la génèse de certains sarcomes (1).
Divers
Le développement de sarcomes des tissus mous a été rapporté sur des lésions traumatiques
(chocs, brûlures, ulcères cutanés), en regard de matériel prothétique orthopédique ou d'implants
mammaires à base de silicone. Aucune étude rétrospective sérieuse n'est venue confirmer un
lien de causalité entre ces différents éléments et la survenue de ces tumeurs mésenchymateuses.
Enfin, l'intoxication tabagique n'augmente pas le risque de développer un sarcome (1).
Diagnostic
Localisation
La répartition anatomique des sarcomes des tissus mous est très large pouvant intéresser
n'importe quelle partie de l'organisme. Toutefois ils sont plus fréquents dans les masses
musculaires des membres, au niveau de la paroi thoracique, du médiastin et du rétropéritoine.
Par ordre de fréquence décroissante, ils intéressent : les membres inférieurs (50%), les régions
profondes du tronc (médiastin et rétropéritoine) (20%), les membres supérieurs (15%), la paroi
du tronc (10%), la tête et le cou (5%). A peu près les trois quarts des sarcomes sont profonds,
situés sous l'aponévrose superficielle.
262
Annexe 8
Les lymphomes non hodgkiniens constituent des tumeurs cancéreuses se développant dans les
ganglions lymphatiques et parfois dans différents organes (rate, foie, etc.). On les distingue de la
maladie de Hodgkin, beaucoup moins fréquente et caractérisée par la présence de certaines
cellules anormales dans les ganglions lymphatiques (les cellules de Sternberg).
Se développant à partir d'une catégorie particulière de globules blancs (les lymphocytes, d’où le
nom de la maladie), les lymphomes non hodgkiniens présentent deux caractéristiques
principales.
On sait cependant que les personnes dont les défenses immunitaires sont affaiblies (après un
traitement immunosuppresseur ou lors d’une maladie auto-immune telle que certaines
pathologies inflammatoires rhumatologiques) ont un plus fort risque de développer un
lymphome non hodgkinien. Certains virus peuvent aussi faciliter l'apparition de cette maladie
263
Incinération et santé
Le traitement des lymphomes repose essentiellement sur la chimiothérapie mais dans certains
cas une intensification thérapeutique (chimiothérapie à très fortes doses ou irradiation de
l'ensemble du corps) avec autogreffe de cellules, une radiothérapie, des injections d'interféron
ou d'anticorps monoclonaux sont proposés. Le taux de survie à 5 ans s’est considérablement
amélioré et dépasse 50 % en France [3].
264