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Critique de la théorie du P.C.F. sur le C.M.E.

CAPMON
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DANS LA PETITE COLLECTION MASPERO

86, 87. J.-P. Vernant, Mythe et pensée chez les


Grecs I et II
88, 89, 90. Victor Serge, L'an I de la Révolution
russe I, II et III, suivi de La ville en danger
91. Partisans, Pédagogie : Education ou mise en
condition ?
92, 93. Jean Daubier, Histoire de la révolution
culturelle prolétarienne en Chine I et II
95. Maurice Dommanget, La Jacquerie
96, 97. Karl Marx et Friedrich Engels,
Le Syndicalisme I et II : Contenu et signification
des revendications
98. Paul M. Sweezy et Ch. Bettelheim, Lettres sur
quelques problèmes actuels du socialisme
99. Louis Althusser, Lénine et la philosophie, suivi de
Marx et Lénine devant Hegel
101, 102. Che Guevara, Œuvres V et VI : Textes inédits
103. E.J. Hobsbawm, Les bandits
104, 105. J. Danos et M. Gibelin, Juin 36
109. Partisans, Sport, culture et répression
106. Partisans, Libération des femmes
111. Gérard Chaliand, Juliette Minces, L'Algérie
indépendante
113, 114. Basil Davidson, L'Afrique ancienne I et II
115, 116. Victor Serge, Vie et mort
de Léon Trotsky I et II
117. Jean Benoît, Staline
118. P. Salama, J. Valier, Une introduction à
l'économie politique
119. Ch. Bettelheim, Révolution culturelle et
organisation industrielle en Chine
120, 121, 122, 123. Karl Marx, Friedrich Engels,
Le parti de classe I, II, III et IV
124. Jacques Rancière, Lire « Le Capital » III
125. Roger Establet, Pierre Macherey, Lire
« Le Capital » IV
126. Critiques de l'économie politique, L'inflation
127. Claude Prulhière, Québec ou Presqu'Amérique
128. Pierre Jalée, L'exploitation capitaliste
129. Guy Caro, La médecine en question
130. Paulo Freire, Pédagogie des opprimés
131, 132. Karl Marx, Friedrich Engels, Le mouvement
ouvrier français I et II
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etite collection maspero


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©François Maspero, Paris, 1976.


ISBN 2-7071-0825-1
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Introduction

La direction du P.C.F. affirme que sa stratégie a pour


fondement une théorie scientifique : la théorie du capi-
talisme monopoliste d'Etat, développée essentiellement
à partir de 1966, à laquelle est venue s'ajouter une ana-
lyse de la crise de ce même capitalisme monopoliste
d'Etat.
Cette théorie, censée prolonger, pour la compréhen-
sion du fonctionnement du capitalisme depuis la Seconde
Guerre mondiale, les principales analyses de Marx, a
une double fonction. Il s'agit d'abord d'une justification
de la politique du P.C.F., même si, comme nous le ver-
rons, cette justification n'est pas exempte de contradic-
tions. Il s'agit ensuite, à l'heure où les références à
l'U.R.S.S., «patrie du socialisme », même si elles sont
maintenues, deviennent moins crédibles, de faire croire,
notamment aux militants du P.C.F., que la direction est
armée d'une théorie scientifique.
L'objet de ce travail est de montrer que la théorie du
P.C.F. du C.M.E. (capitalisme monopoliste d'Etat) et
de sa crise peut être caractérisée comme une falsifica-
tion du marxisme et une falsification non gratuite, c'est-
à-dire qui a des objectifs politiques bien précis. Nous
pensons que ce travail de démonstration est important.
En effet, depuis un an, la direction du P.C.F. ne cesse
l'affirmer qu'à l'encontre du Parti socialiste jamais elle
l'acceptera de venir au gouvernement pour mettre en
œuvre une politique de collaboration de classes, d'austé-
rité pour les travailleurs et de pure et simple gestion du
système capitaliste.
Ces déclarations, qui ont l'objectif, parmi d'autres, de
faire croire que la direction du P.C.F. souhaite la destruc-
ion de l'ordre bourgeois, peuvent déjà, dans un premier
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temps, être doublement mises en contradiction. En


contradiction d'abord avec le Programme commun lui-
même, dont nous avons déjà montré que, bien loin d'être
un programme de transition au socialisme, il n'était
qu'un programme de collaboration de classes, ne pou-
vant conduire la classe ouvrière qu'à la défaite 1 En
contradiction ensuite avec l'attitude du P.C.F. dans les
luttes, la grève des P.T.T. en automne 1974 étant, en ce
domaine, un modèle du genre : refus de la généralisation
de la lutte, notamment à l'ensemble de la fonction
publique, sur les revendications unifiantes des postiers,
négociations présentées comme un objectif en soi, refus
de poser le problème de chasser Giscard-Chirac et de
fixer comme perspective un gouvernement des organi-
sations ouvrières.
Mais la dénonciation du Programme commun comme
programme bourgeois et de la veulerie de la direction
du P.C.F. dans les luttes ne suffit pas. Pour mieux mas-
quer sa politique, qui n'est pas moins une politique de
collaboration de classes que celle du P.S., le P.C.F. fait
référence à la théorie marxiste et prétend que sa théorie
du C.M.E. se situe dans ce cadre. C'est pourquoi il est
important de se placer également sur ce terrain et de
dénoncer les falsifications des théoriciens du P.C.F.
Ce travail avait déjà été commencé dans les n 6 et
7-8 de Critiques de l'économie politique. Il s'agit ici
de le reprendre, de le compléter sur des points importants
et de voir comment le P.C.F. a analysé les derniers
développements de la crise.
Trois remarques préalables s'imposent cependant :
1. Cf. J. VALIER, La Solution du P.C.F. à la crise du capita-
lisme : le Programme commun. Incohérence ou collaboration de
classes ?, Document Rouge, sept. 1974, où nous avions essayé de
montrer que le Programme commun ne pouvait avoir pour
débouché que l'affrontement violent non préparé et/ou la gestion
loyale du capitalisme.
2. Cf. les articles de : R. ANDOCHE, «La Théorie de la surac-
cumulation-dévalorisation », Critiques de l'économie politique,
n° 6 ; C. NELSON, «Le P.C.F. et l'économie politique », C.E.P.,
n° 7-8.
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PREMIÈRE REMARQUE. Il doit être clair que nos cri-


tiques porteront sur l'analyse même faite par le P.C.F.
du C.M.E. et de sa crise, non sur l'expression de C.M.E.
Cette dernière peut parfaitement être utilisée pour carac-
tériser le nouveau type de fonctionnement qu'allait
connaître le capitalisme à partir de la Seconde Guerre
mondiale, à condition de préciser que ce fonctionnement
se situe dans le cadre du stade impérialiste et de la crise
générale du capitalisme ouverte en 1914, tels que les ont
décrits Lénine... et à condition, bien sûr, de procéder
à une analyse de ce fonctionnement radicalement dif-
férente de celle du P.C.F.
DEUXIÈME REMARQUE. Nous serons souvent amené,
même si c'est une tâche fastidieuse, à souligner l'exis-
tence dans les écrits du P.C.F. de nombreuses contradic-
tions et escroqueries intellectuelles. Il est important, en
effet, de comprendre le sens et la signification de ces
contradictions et escroqueries qui peuvent dérouter le
lecteur et permettent aux militants du P.C.F. de se
défendre face à la critique d'une de leurs thèses en utili-
sant une autre thèse par ailleurs contradictoire, ou de se
convaincre que la théorie du C.M.E. prolonge les prin-
cipales analyses de Marx et de Lénine.
Nous rencontrerons ainsi, et nous le ferons remarquer
de façon systématique :
—des affirmations explicitement contradictoires ;
— des affirmations contradictoires avec des idées qui
remettent en cause implicitement ces affirmations ;
— un mélange de références correctes aux principaux
acquis du marxisme... et de glissements et d'escroqueries
à partir de textes de Marx et de Lénine, à qui l'on prête
des idées qu'ils n'ont pas eues ou dont on utilise les
concepts, mais en leur donnant un sens différent !
Nous serons d'ailleurs ainsi conduit à rétablir la vérité,
à chaque fois que cela sera nécessaire, et à montrer la
signification et «l'intérêt » pour la direction du P.C.F.
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de ces déformations et falsifications. Sans insister davan-


tage pour le moment, on notera simplement qu'il est de
toute évidence avantageux pour une direction qui trahit
les intérêts de la classe ouvrière de masquer sa politique
de collaboration de classes sous un langage et des théo-
ries qui font référence, même de façon tronquée, au
marxisme.
TROISIÈME REMARQUE.Le lecteur ne trouvera pas ici
un exposé critique exhaustif de la théorie du C.M.E.
et de sa crise.
En particulier, un certain nombre de points importants
seront peu ou ne seront pas traités ici. Il s'agit, par
exemple, des analyses présentées :
— sur l'internationalisation du capital (où la concep-
tion de l'économie capitaliste mondiale comme somma-
tion de C.M.E. mériterait pourtant une sévère cri-
tique 3 ;
— sur les rapports entre pays capitalistes développés
et pays coloniaux et semi-coloniaux, ainsi que sur la
conception de la révolution dans ces pays (où il faudrait
critiquer les applications récentes de la théorie menché-
viko-stalinienne de la révolution par étapes) ;
— sur l'articulation des stades et des phases dans
l'histoire du système capitaliste4 ;
— sur les problèmes agricoles.
Nous n'avons retenu que deux grandes questions, mais
qui sont au cœur de l'analyse faite par le P.C.F. du
C.M.E. et de sa crise, et de la critique qu'on doit en
faire :
1. Nous analyserons la théorie de la suraccumula-
tion-dévalorisation du capital, présentée par le P.C.F.
3. Sur ce point, cf. notamment C. LEUCATE, « Internationali-
sation du capital et impérialisme », C.E.P., n° 20.
4. Ibid. et C.E.P., n° 21.
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comme le noyau central de son explication du C.M.E.


Nous verrons en quoi elle est une falsification du mar-
xisme et le rôle de cette falsification par rapport à la
pratique du P.C.F.
2. Nous montrerons que la méthode d'analyse du
P.C.F. consiste à partir non pas de la reproduction
d'ensemble du capital et de ses contradictions, mais des
monopoles, envisagés comme une simple excroissance du
mode de production capitaliste, comme une simple ver-
rue qui viendrait enlaidir le visage du capitalisme. Nous
verrons que cette méthode conduit, d'une part, à nier
l'existence dans le C.M.E. de la tendance à la péréqua-
tion des taux de profit et donc de la loi de la valeur, et,
d'autre part, à occulter le capital comme rapport social
d'exploitation. Nous préciserons les diverses formes que
prend cette occultation dans les analyses faites sur la
démocratie avancée, les nationalisations, l'union anti-
monopoliste, ou encore la crise du C.M.E. et les propo-
sitions récentes faites par le P.C.F. pour lutter contre
la crise.
Entre l'ensemble de ces analyses, nous montrerons
qu'il existe une certaine cohérence dans la falsification
et le révisionnisme théoriques, et nous chercherons à
découvrir les liens qui existent entre ces analyses et la
pratique de collaboration de classes du P.C.F.
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La théorie de la suraccumulation-
dévalorisation du capital
et le fonctionnement du C.M.E.
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Puisque les théoriciens du P.C.F. y font explicitement


référence, il nous faut, tout d'abord, présenter briève-
ment la théorie de la suraccumulation exposée par Marx
dans le chapitre xv du livre III du Capital (« Le Déve-
loppement des contradictions internes de la loi de baisse
tendancielle du taux de profit »).
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1.LathéoriedeMarxdela suraccumulation

A. La baisse du taux de profit, cause de la suraccumu-


lation

1. On sait que le développement de la force produc-


tive du travail, dans le mode de production capitaliste,
s'exprime à la fois par un développement de l'accumu-
lation du capital, c'est-à-dire une augmentation de la
masse de capital (c + v : capital constant + capital
variable) et de la masse de plus-value, et par un accrois-
sement de la composition organique du capital (c/v).
Cette hausse de la composition organique du capital est
elle-même au cœur de l'explication de la baisse tendan-
cielle du taux de profit ( , ou encore : .
Par conséquent, le développement de la force produc-
tive du travail, dans le mode de production capitaliste,
suscite des facteurs contradictoires, puisque, en même
temps qu'elle s'exprime par un développement de l'ac-
cumulation du capital, elle s'accompagne d'une hausse
de la composition organique du capital et d'une baisse du
taux de profit qui vient imposer une limite au dévelop-
pement de l'accumulation du capital.
Le taux de profit est en effet l'aiguillon de la produc-
tion capitaliste, dont le but est la mise en valeur du
capital au degré maximum, et sa baisse va donc entraî-
ner l'existence d'une pléthore de capital, d'une surac-
cumulation du capital. Cette pléthore, note Marx, naît
des mêmes conditions qui provoquent une «surpopula-
tion relative » : les deux phénomènes, nés des mêmes
conditions, se complètent.
Liés à la baisse du taux de profit apparaissent donc un
«excès de population » et une pléthore de capital :
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«Surproduction de capital, non de marchandises singu-


lières — quoique la surproduction de capital implique
toujours surproduction de marchandises —, signifie donc
simplement suraccumulation de capital 1 »
Cette surproduction de capital, qui, précise encore
Marx, «ne signifie jamais autre chose que surproduction
de moyens de production —moyens de travail et sub-
sistances —pouvant exercer la fonction de capital, c'est-
à-dire susceptibles d'être utilisés pour exploiter le travail
à un degré d'exploitation donné 2» et qui apparaît avec
la baisse du taux de profit, inclut celle des marchandises
qui se manifeste par une discordance entre les dimen-
sions restreintes de la consommation sur une base capi-
taliste et l'augmentation de la production.
2. Pour mieux faire comprendre ce qu'est cette surac-
cumulation du capital, Marx prend l'hypothèse d'une
suraccumulation absolue, c'est-à-dire d'une situation
où :
a) la surproduction est générale à tous les secteurs
de production ;
b) l'impossibilité est totale d'accroître la plus-value
absolue ou la plus-value relative.
Dans ces conditions, «si le capital accru ne produisait
qu'une masse de plus-value tout au plus égale et même
moindre qu'avant son augmentation, il y aurait surpro-
duction absolue de capital ; c'est-à-dire que le capital
augmenté C + ∆C ne produirait pas plus de profit ou
même en produirait moins que le capital C avant qu'il
ne s'accroisse de ∆C. Dans les deux cas se produirait une
forte et brusque baisse du taux général de profit ». Il y
aurait une «surproduction absolue » de capital d'un
montant égal à ∆C.
1. K. MARX, Le Capital, livre III, chap. xv, Editions sociales,
t. 6, p. 264.
2. Ibid., p. 268.
3. Ibid., p. 264. Souligné par nous.
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3. Bien entendu, cette suraccumulation du capital est


liée à l'existence même du mode de production capita-
liste.
Cette liaison se manifeste d'une double façon.
a) Lorsque Marx parle de surproduction absolue, il
s'agit :
— d'une surproduction de capital et non de moyens de
production : plus précisément, il n'y a surproduction de
moyens de production que parce que ceux-ci font office
de capital, c'est-à-dire sont utilisés pour mettre en valeur
la valeur ;
— d'une surproduction de marchandises, non de pro-
duits.
Par conséquent, explique Marx, on ne produit pas trop
de moyens de production par rapport à la nécessité
d'employer toute la population, de permettre une baisse
du temps de travail et d'accroître la production pour
répondre aux besoins, on ne produit pas trop de produits
par rapport aux besoins de la population, « on produit
périodiquement trop de moyens de travail et de subsis-
tances pour pouvoir les faire fonctionner comme moyens
d'exploitation des ouvriers à un certain taux de profit.
On produit trop de marchandises pour pouvoir réaliser
et convertir en capital neuf la valeur et la plus-value
qu'elles recèlent dans les conditions de distribution et de
consommation impliquées par la production capitaliste,
c'est-à-dire pour accomplir ce procès sans explosions se
répétant sans cesse ».
Bref, « on ne produit pas trop de richesse. Mais on
produit périodiquement trop de richesse sous ses formes
capitalistes, contradictoires ».
b) L'existence même de cette suraccumulation du
capital nous permet de comprendre le « caractère limité

4. Ibid., p. 270.
5. Ibid. Souligné par nous.
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et purement historique, transitoire, du système de pro-


duction capitaliste ».
Plus précisément, explique Marx, le but de la pro-
duction capitaliste est la mise en valeur du capital au
degré maximum, l'obtention du taux de profit le plus
élevé. Pour atteindre ce but, le capitaliste utilise des
méthodes qui tendent à promouvoir un développement
illimité de la production, un développement inconditionné
de la productivité sociale. Mais ces méthodes suscitent
une baisse du taux de profit. On voit donc que le moyen
utilisé pour mettre en valeur le capital au maximum (le
développement inconditionné de la productivité sociale)
entre en conflit perpétuellement avec la fin elle-même (la
mise en valeur au degré maximum) puisqu'il suscite une
baisse du taux de profit. Il apparaît donc :
— d'abord, que « la véritable barrière de la produc-
tion capitaliste, c'est le capital lui-même » ;
— ensuite, que si « le mode de production capitaliste
est un moyen historique de développer la force produc-
tive matérielle et de créer le marché mondial correspon-
dant, il représente en même temps une contradiction per-
manente entre cette tâche historique et les rapports de
production sociaux qui lui correspondent ».
C'est pourquoi, en définitive, l'existence même de la
suraccumulation périodique du capital et les contradic-
tions qu'elle révèle nous montrent que le mode de pro-
duction capitaliste n'est pas un mode de production
absolu, « mais un simple mode historique de produc-
tion 9D.

4. Comment la suraccumulation peut-elle, du moins à


titre provisoire, être surmontée ?

6. Ibid., p. 255. Souligné par nous.


7. Ibid., p. 263.
8. Ibid.
9. Ibid., p. 272.
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Marx envisage que la contradiction entre la fin et les


moyens dont nous avons parlé «cherche une solution
dans l'extension du champ extérieur de la production »,
qu'il s'agisse d'exportation de marchandises ou d'expor-
tation de capital.
Mais, ajoute-t-il, cela ne saurait suffire à résoudre la
contradiction, et ce sont, dès lors, les crises périodiques .
de surproduction qui vont provisoirement résoudre la
contradiction et la suraccumulation.

B. Les crises de surproduction, solution périodique et


provisoire à la suraccumulation du capital
Un préalable s'impose ici. Il est clair, pour nous, que
les passages que Marx consacre, dans le livre III du
Capital, aux crises de surproduction et à la dévalorisation
du capital posent de très nombreux problèmes, qui sont
loin d'être résolus. La compréhension et l'approfondis-
sement de ces problèmes sont une nécessité absolue pour
les marxistes révolutionnaires, s'ils veulent analyser avec
sérieux la crise qui touche aujourd'hui le capitalisme.
La brève présentation que nous allons faire, dans les
pages qui suivent, a un objectif beaucoup moins ambi-
tieux. Il s'agira simplement d'un résumé, mais qui nous
suffira pour apprécier, par la suite, les falsifications du
P.C.F.
1. «Périodiquement, explique Marx, le conflit des fac-
teurs antagoniques se fait jour dans des crises. Lés crises
ne sont jamais que des solutions violentes et momen-
tanées des contradictions existantes, de violentes érup-
tions qui rétablissent pour un instant l'équilibre
rompu »
Plus précisément, si l'on se situe toujours dans l'hypo-
thèse de Marx de surproduction absolue de capital, où
10. Ibid., p. 258.
11. Ibid., p. 262.
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C + ∆C ne produit pas plus de profit ou produit moins


de profit que C, la solution à la suraccumulation et à
la baisse du taux de profit va se manifester à travers la
crise, et se trouve ainsi définie par Marx : «Le simple
énoncé du conflit qu'il s'agit d'aplanir contient déjà la
manière de le résoudre. La solution implique une mise
en sommeil et même une destruction partielle de capital
d'un montant de valeur équivalent à tout le capital addi-
tionnel ∆C ou au moins à une fraction de ce dernier »
Dans le cadre de l'hypothèse de départ d'impossibilité
d'accroître la plus-value, la mise en sommeil/destruction
du capital est la seule solution, qu'il s'agisse de capital
constant ou de capital variable (chômage dans ce der-
nier cas).
Ainsi, les crises aboutissent à des fortes et brutales
dépréciations ou dévalorisations du capital, qui servent
donc de remède périodique et provisoire à la suraccumu-
lation et à la baisse du taux de profit : «La dépréciation
périodique du capital existant est un moyen immanent
au mode de production capitaliste d'arrêter la baisse du
taux de profit »
2. Il nous faut ici préciser beaucoup plus largement
comment Marx définit la dévalorisation du capital et
comment il montre qu'elle est, à l'occasion des crises,
un remède à la suraccumulation, car nous avons là,
comme nous le verrons, l'un des points de départ des
falsifications du P.C.F.
Deux points méritent à cet égard d'être soulignés :
a) Pour Marx, la dévalorisation du capital signifie
simplement la diminution de valeur du capital :
«Accroissement et dévalorisation sont des termes qui se
comprennent tout seuls. Ils ne signifient rien d'autre que
ceci : par suite de circonstances économiques générales
quelconques —car il ne s'agit pas du destin particulier
12. p. 266.
13. Ibid. p. 262.
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d'un quelconque capital privé —, du capital existant voit


sa valeur augmenter ou diminuer ; ils signifient donc que
la valeur du capital avancé à la production s'accroît ou
décroît, abstraction faite de sa mise en valeur grâce au
surtravail qu'il emploie . »
On notera qu'en soulignant que dévalorisation signifie :
baisse de valeur « abstraction faite de la mise en valeur »,
Marx oppose dévalorisation à accroissement de valeur,
et non à mise en valeur : la dévalorisation n'est donc pas
synonyme d'absence de mise en valeur.
Après avoir ainsi défini la dévalorisation, Marx donne
toute une série d'exemples qui viennent confirmer et
illustrer sa définition.
Ainsi, lorsqu'il parle des conséquences de la dévalori- -
sation du capital constant fixe en fonction (machines en
fonction) sur le taux de profit, il entend simplement
baisse de la valeur des machines utilisées, due soit à
l'existence de machines plus perfectionnées, soit au fait
que les mêmes machines sont maintenant produites à
meilleur marché. Il écrit, par exemple : « Quand l'outil-
lage, l'équipement des bâtiments, le capital fixe en géné-
ral ont acquis une certaine maturité, de sorte qu'ils
demeurent inchangés pour un temps assez long, au moins ;
dans leurs éléments fondamentaux, il se produit une
dévalorisation semblable par suite de perfectionnements
dans les méthodes de reproduction de ce capital fixe.
La valeur des machines, etc., diminue alors, non qu'elles
soient rapidement supplantées ou dépréciées dans une
certaine mesure par des machines nouvelles, plus produc-
tives, mais parce qu'elles peuvent maintenant être repro-
duites à meilleur compte »
De même, lorsque Marx parle des conséquences de la
dévalorisation du capital variable en fonction sur le taux
de profit, il entend simplement baisse de la valeur de
la force de travail, liée à la baisse de la valeur des mar-
14. Ibid., chap. VI, t. 6, p. 128. Souligné par nous.
15. Ibid., p. 131.
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chandises nécessaires à la reproduction de la force de


travail.
Décidément, la dévalorisation du capital signifie bien,
pour Marx, baisse de la valeur et n'est pas synonyme
etabsence de mise en valeur.
b) Si l'on veut maintenant être plus précis, on peut
distinguer deux cas où Marx parle du rôle joué par la
dévalorisation du capital, ainsi définie :
1 cas : la dévalorisation du capital est le produit
d'une lutte au niveau de la tendance à la baisse du taux
de profit. La diminution de valeur du capital contribue
alors à transformer la baisse du taux de profit en simple
tendance.
Cette diminution peut être le produit de moyens mis
en œuvre par la bourgeoisie : par exemple, la politique
d'exploitation des pays coloniaux ou semi-coloniaux,
dans la mesure où elle permet l'achat de matières pre-
mières ou de subsistances à bon marché et suscite donc
une baisse de la valeur du capital constant et/ou du
capital variable ; par exemple, également, les interven-
tions de l'Etat ayant pour objet l'accélération du proces-
sus de concentration/centralisation du capital, donc la
disparition d'un certain nombre de capitaux.
Mais la diminution de valeur peut aussi être le fruit
du développement de la force productive du travail elle-
même. Marx écrit, à cet égard : «L'augmentation de la
force productive (qui, par ailleurs, nous l'avons men-
tionné, va toujours de pair avec une dépréciation du
capital existant) ne peut directement accroître la gran-
deur de la valeur du capital que si, en élevant le taux de
profit, elle augmente l'élément de valeur du produit
annuel qui est reconverti en capital. S'il s'agit de la force
productive du travail, le résultat ne peut se produire
(car cette force productive n'a directement rien à voir
avec la valeur du capital existant) qu'en tant qu'elle
entraîne une élévation de la plus-value relative ou encore
une réduction de la valeur du capital constant, donc que
si les marchandises entrant soit dans la reproduction de
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la force de travail, soit dans les éléments du capital


constant sont produites à meilleur marché. Or ces deux
conséquences impliquent une dévalorisation du capital
existant et vont de pair avec la réduction du capital
variable par rapport au capital constant. Toutes deux
entraînent la baisse du taux de profit et toutes deux la
ralentissent »
Marx précise donc que le développement de la force
productive du travail et l'augmentation de la composi-
tion organique du capital, en même temps qu'ils suscitent
la baisse du taux de profit, sécrètent des phénomènes
qui viennent la contrecarrer. Ces phénomènes se
ramènent à une dévalorisation du capital :
— soit dévalorisation du capital variable : baisse
de la valeur de la force de. travail qui entraîne une
augmentation du taux de plus-value (pl/v) par le méca-
nisme de la plus-value relative, et qui va donc contre-
carrer la baisse du taux de profit ;
— soit dévalorisation du capital constant : la hausse
de c/v, prise au niveau physique, que Marx appelle
composition technique du capital, signifie une augmenta-
tion plus importante de la masse matérielle de machines
que du nombre d'ouvriers. Mais elle peut signifier une
baisse du temps de travail socialement nécessaire pour
produire les machines elles-mêmes : parce que l'on uti-
lise davantage de machines perfectionnées par rapport
au nombre d'ouvriers, le temps de travail nécessaire pour
produire les machines elles-mêmes diminue. La valeur
unitaire de chaque machine diminue, le capital constant
est dévalorisé. La baisse de la valeur unitaire de
machines signifie que la composition-valeur du capital
(c/v en termes de valeurs globales, non en termes phy-
siques), si elle augmente, augmentera moins que la
composition technique. Ce phénomène va donc égale-
ment contrecarrer la baisse du taux de profit.
16. Ibid., chap. xv, t. 6, p. 261. Souligné par nous.
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2 cas : la dévalorisation du capital est le produit d'une


lutte contre la baisse effective du taux de profit. La
diminution de valeur du capital sert alors de « remède »
à la suraccumulation : c'est la dévalorisation qui se
manifeste lors des crises périodiques, à travers la mise
en sommeil dune partie du capital constant et/ou
variable, ou à travers sa destruction, et qui permet
d'arrêter la baisse du taux de profit.
La crise, en effet, suscite une baisse de la masse en
valeur du capital, liée soit à la destruction et à la mise
en sommeil d'un certain nombre de capitaux, soit à la
baisse de la valeur unitaire. Elle permet, de ce fait,
d'empêcher la poursuite de la baisse du taux de profit.
La dévalorisation du capital apparaît bien comme une
solution, périodique et provisoire, à la suraccumulation.
3. Cela dit, la mise en sommeil n'affecte pas tous les
capitaux de la même façon.
Marx précise que la mise en sommeil va se répartir
entre les capitaux particuliers en fonction de la concur-
rence : la perte « ne se répartit nullement de manière
uniforme entre les capitaux particuliers : c'est la concur-
rence qui opère la répartition. Et, dans cette lutte, la
perte se répartit fort inégalement et sous les formes les
plus diverses, selon les avantages particuliers de chacun
et les positions qu'il s'est assurées : ainsi un capital sera
mis en sommeil, un autre complètement détruit, un troi-
sième ne subira qu'une perte relative ou ne connaîtra
qu'une dépréciation passagère, e t c . ».
Plus précisément encore, la baisse du taux moyen de
profit aiguise la concurrence : chaque capitaliste va
ressentir la baisse du taux moyen de profit et tenter de
la faire disparaître pour lui, en cherchant à ce que ce
soient les autres qui subissent la mise en sommeil et
la dépréciation.
Plusieurs solutions peuvent intervenir :

17. Ibid., p. 266.


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ACHEVÉ D'IMPRIMER EN FÉVRIER 1976


SUR LES PRESSES DE L'IMPRIMERIE
LABALLERY ET C - 58500 CLAMECY
DÉPÔT LÉGAL : 1 TRIMESTRE 1976
NUMÉRO D'IMPRESSION : 18186
PREMIER TIRAGE : 10000 EXEMPL.
ISBN 2-7071-0825-1
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