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Reflexion Maison Médeterrannée

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Extrait du livre "Architecture Traditionnelle Méditerranéenne" - Chapitre 2 : Les Formes Architecturales

Chapitre 2 : LES FO RMES ARCHITEC TURALES

La maison que je désire,


que la mer la voie
et que des arbres couverts de fruits
lui fassent la cour

Joan Salvat-Papasseit

CONCEP TS ET CRITERES

Le parcours dans le bâti de l’espace méditerranéen, dans lequel vont nous amener les deux chapitres
qui suivent, exige, ne fût-ce que très succinctement, quelques précisions sur les choix spatiaux,
temporels ou sémantiques, faits dans le cadre de l’étude.

Devant la riche panoplie de termes (1) pour désigner l’architecture dont s’occupe cet ouvrage,
traditionnelle (2) offre un équilibre raisonnable entre la précision du cadre que définit le terme et la
dose d’ambiguïté que tous les autres qualificatifs obligent à accepter. En outre, il permet d’évoquer
facilement un milieu et des pratiques sociales, économiques ou constructives déterminées. L’idée de
transmission, avec les qualités implicites de permanence, de respect, d’héritage, de répétition, semble
convenir aux caractères essentiels de cette architecture, aussi bien qu’aux pratiques de ceux qui la
créent et la perpétuent, par cette tradition, de génération en génération.

En Méditerranée, on peut parler autant de famille élargie que de maison élargie

Quant au sujet architectural, c’est la maison (3) qui a été retenue. Cela dit, l’étude se réfère souvent à
l’importance et au sens de tous les autres types de bâtiments (4), constructions ou espaces qui
complètent (5) l’ensemble du lieu bâti méditerranéen. La reconnaissance, par exemple, du puits (6)
comme élément fondamental de la vie– survie ! – des communautés traditionnelles du Bassin reste
tout à fait intacte, bien qu’il ne soit pas possible de dépasser la sphère de la maison dans ce projet.
Dans ce sens, en Méditerranée, de la même façon que l’on peut parler de famille élargie, on peut aussi
bien parler de maison élargie car le puits, le pigeonnier, le four... peuvent être considérés comme une
extension de la maison. On n’insistera cependant jamais assez sur l’importance de ce canevas– riche,
dense, fondamental tant pour la survie que pour la plénitude de la vie des sociétés traditionnelles–
constitué par la grande diversité de constructions dites, souvent injustement, auxiliaires-. C’est aussi
cette architecture qui est le plus souvent en danger car, parfois discrète, parfois désuète ou
abandonnée, parfois presque fondue ou rongée par le paysage (comme c’est le cas des systèmes
d’irrigation, de maîtrise de l’eau), elle devient presque inexistante et par conséquent sa destruction
presque imperceptible.

L’extraordinaire étendue territoriale concernée, le nombre et la variété des constructions auxiliaires


constituent à eux seuls le sujet d’un grand ouvrage et rendent incontournable la décision adoptée.
D’autre part, la maison reste toujours le noyau essentiel et central où sont enregistrés les gestes,
éléments, circonstances de la vie des populations. Elle cumule en soi une telle richesse d’informations,
dépassant la stricte enceinte architecturale, qu’elle permet une lecture non seulement des formes, mais
des gestes, non seulement de ses espaces intimes, mais des paysages et des lieux qu’elle définit par sa
présence.

Ces lieux nous amènent à parler de deux milieux, rural et urbain, sur lesquels limites et définitions ne
font pas toujours l’unanimité. La théorisation sur ce point n’étant ici ni utile ni transcendantale pour
l’étude, nous retenons pour rural –par opposition à urbain– l’ensemble des formes et actions liées à la
vie en campagne (7), et pouvons ajouter : là où la population est rattachée majoritairement à l’agro-

Ce projet est financé par le programme MEDA de l'Union Européenne. Les opinions exprimées dans le présent document ne reflètent pas nécessairement la position de l'Union
Européenne ou de ses Etats membres.
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Extrait du livre "Architecture Traditionnelle Méditerranéenne" - Chapitre 2 : Les Formes Architecturales

pastoral. Les différences entre ces deux milieux ayant été, en Méditerranée, beaucoup plus nettes dans
la société traditionnelle que dans la nôtre, où la métropolisation ou la « rurbanisation » par exemple,
avec leur occupation confuse et diffuse de l’espace, vident de sens, en grande partie, le débat. D’autre
part, il faut tenir compte du fait que le milieu physique dit rural n’accueille plus de nos jours, dans de
nombreuses situations, des populations paysannes, mais des habitants associés aux secteurs secondaire
et tertiaire, dont la vie et les activités sont davantage rattachées au pôle de production-consommation
(ville/métropole) qu’au milieu de résidence. En fait, ce milieu est absorbé incessamment par une
urbanisation toujours avide d’espace.

La définition de la période de temps couverte par l’étude s’est faite sur un critère d’usage plutôt que
sur un critère historique, les dates rigides se révélant impertinentes dans ce grand espace aux multiples
temps. L’ensemble immobilier considéré est donc un parc habité, vivant et exploité par la population
de nos jours, quand bien même il est parfois au seuil de l’abandon.

Le parc usité et parvenu jusqu’à nous est souvent bâti entre le XVIIIe siècle et le premier tiers du xxe,
bien que de nombreux cas soient antérieurs à ce palier. Le Moyen Age apparaît souvent dans les
racines d’un nombre important de ces constructions. D’ailleurs, les techniques constructives qu’on y
emploie ont une permanence qui peut remonter à l’époque médiévale, voire à l’Antiquité. Et si l’image
du bâti a souvent moins de deux ou trois siècles, ses fondements ou autres éléments, parfois peu
visibles, en ont bien davantage. Les notions de transmission, de présence et de permanence au long du
temps s’imposent à nous dans ce parc.

Pour tracer la fin du segment de temps considéré, nous avons cherché à nous en tenir aux arts de bâtir
préindustriels (8). Cette notion est à entendre de deux manières : un bâti construit à partir des
ressources locales en matériaux, un bâti qui ne profite pas des facilités de transport contemporaines
des matériaux lourds et qui leur est donc antérieur. Cette frontière à partir des manières de produire
plutôt qu’à partir du temps suppose qu’aujourd’hui encore de petites poches où les pratiques et
organisations demeurent très peu altérées peuvent être encore répertoriées.

Le bâti retenu n’aura donc pas, à l’origine, de traces des matériaux contemporains standardisés dans
tout l’espace, dans tous les milieux : ciment, blocs de mortier, béton armé. Mais bien sûr, le parc
ancien, faisant l’objet d’interventions quotidiennes d’entretien ou de modifications, connaît l’emploi
de ces matériaux nouveaux mixés ou en substitution de ceux de la tradition. Puisque plusieurs cultures
techniques cohabitent, les problèmes de compatibilité au plan des performances, du coût, comme au
plan esthétique ont été pris en compte.

L’architecture traditionnelle qui nous occupe est celle, en général, que l’on ne retrouve pas dans les
livres d’histoire de l’architecture, bien que désormais elle ait fait rêver, qu’elle ait inspiré ou séduit
bon nombre de grands architectes (9) qu’elle a alimentés en fraîcheur et idées innovatrices, et bien
qu’elle abrite toujours des centaines de milliers de familles d’un bout à l’autre de la Méditerranée.
Malgré son importance historique, géographique, culturelle, sociale et économique, elle reste trop
souvent ignorée, méconnue (10), hélas, de l’architecture « sans papiers ». Exclue. Quand elle bénéficie
d’une classification, c’est souvent dans le pittoresque qu’elle est classée.

On mesure par conséquent que l’ensemble de l’architecture abordée ici intéresse un segment de temps
très important qui, combiné à un vaste espace fortement anthropisé et métissé, représente un univers
quantitativement énorme et qualitativement complexe et divers.

L'architecture traditionnelle était,


il y a seulement quelques petites dizaines d'années,
l'« architecture » de ce Bassin

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Extrait du livre "Architecture Traditionnelle Méditerranéenne" - Chapitre 2 : Les Formes Architecturales

Il ne s’agit pas, dans cette étude, de présenter une panoplie de modèles méditerranéens, mais surtout, à
travers une connaissance analytique globale (11) de l’architecture traditionnelle, d’étudier ses
transformations, de proposer des stratégies et des outils pour contribuer à assurer son présent et
garantir son futur. L’inventaire et l’analyse se sont adaptés à ces objectifs, comme à la réduction
qu’imposent toujours les groupages, surtout à l’échelle présente. Cela signifie que le sujet architectural
a été abordé par toutes ses facettes, plus comme un être vivant et dynamique que comme un objet
formel (12). Ainsi nous évitons la lourdeur et la complexité, inutiles ici, d’une classification trop
formelle et rigide, qui conviendrait sûrement davantage à une étude de recherche typologique (13). Il
s’agit donc de grouper, pour gérer, comprendre et expliquer– sans renoncer a priori à aucune
perspective– tout le matériel répertorié, plutôt que de classifier pour réussir un exercice académique de
classification.

Dans cette idée, il faut considérer comme un tout le présent texte et le CD qui l’accompagne. En effet,
la conjugaison de ces deux supports (de ces deux possibilités de complexité et densité de
l’information) permet d’une part une vision générale de lecture et d’approche faciles à travers ce texte,
et d’autre part la possibilité de plonger soi-même dans une vaste banque d’informations permettant à
chacun de refaire son parcours propre, nuancé et particulier, et son analyse de cette architecture riche
et diverse.

D’ailleurs, ceci décharge le texte de tout dogmatisme et offre tout le matériel disponible– traité et
présenté de façon systématique– permettant une réflexion aussi libre qu’ouverte qui devrait contribuer
à stimuler un avenir riche en recherches et interventions, visant à revitaliser ce volumineux potentiel
qu’est l’architecture traditionnelle méditerranéenne.

Dans le même sens, il faut signaler que l’enquête a été toujours pensée et menée de façon très ouverte
afin de laisser s’exprimer avec le maximum de plénitude la « régionalité », la localité, la nuance, dont
l’étude peut ainsi bénéficier. Le souci étant de laisser émerger, sans contraintes formelles, la féconde
civilisation que la diversité méditerranéenne a toujours produite. Cela oblige nécessairement à une
généreuse flexibilité dans le traitement des données et dans la présentation, et, bien sûr, à une certaine
complicité de la part du lecteur. Surtout de l’œil du lecteur qui, dans un ouvrage délibérément imagé,
peut devenir instrument de connaissance et approcher certaines des qualités de notre Bassin que seules
les images réussissent à transmettre.

Une dernière précision, celle-ci d’ordre grammatical, doit être encore faite. En effet, on a choisi
l’utilisation de l’article au singulier pour exprimer l’architecture ou la maison méditerranéenne. Cela
pourrait sembler contradictoire vu la grande variété culturelle et expressive du Bassin et être jugé
réducteur. On comprendra bien que l’article au singulier ne revient pas à parler « d’une seule » forme
architecturale méditerranéenne en tant qu’objet unique, mais d’un corpus varié et divers d’expressions
architecturales. En effet, le recul et l’échelle de ce travail d’une part, et l’avantage de communication
de ce choix, d’autre part, le justifient aisément, loin de préciosités théoriques.

Il faut aussi comprendre dans ce même sens l’utilisation du verbe au présent. Le document traçant un
périmètre autour de l’architecture traditionnelle et ses temps, l’utilisation de cette forme du verbe ne
devrait pas produire d’équivoques. En revanche, la proximité que l’on atteint par le verbe au présent
aide à rappeler que, il y a quelques dizaines d’années seulement, l’architecture traditionnelle
méditerranéenne était l’« architecture » de ce Bassin. Toujours habitée par des millions de
Méditerranéens, elle est une réalité quotidienne. Ajoutons encore qu’il existe une certaine déformation
de l’architecture traditionnelle méditerranéenne, souvent représentée sous quelques modèles «
exotiques » ou « exceptionnels ». Elle appartient pourtant, malgré quelques exemples pouvant être
trompeurs, au monde du normal et du quotidien avec ses caractères d’humilité, de discrétion. Ces
qualités sont d’ailleurs son grand capital pour envisager son futur avec espoir.

Pour faciliter la lecture et fournir l’information de la façon la plus étalée possible, la décision a été
prise de séparer matériaux et techniques des typologies. L’analyse et la présentation des typologies se
refèrent globalement aux matériaux et techniques pour éviter la dislocation de l’approche typologique.

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Extrait du livre "Architecture Traditionnelle Méditerranéenne" - Chapitre 2 : Les Formes Architecturales

Le chapitre suivant permettant de rentrer en détail dans les matériaux, arts de bâtir et savoir-faire,
ceux-ci devant être approchés comme une seule unité.

L'habitat épars représente un solide réseau de structuration du territoire

UNE FAÇO N DE VIVRE, DE MULTIPLES FAÇONS D’HABITER

Le Méditerranéen aime la vie en communauté, en partenariat, l’entraide, signalions-nous dans la


présentation de l’espace méditerranéen. L’analyse des typologies confirme clairement cette
caractéristique.

Habitat é pars, habitat groupé , le voisinage toujours présent

En effet, plus de 80 % des typologies s’organisent en groupements (hameaux, villages, villes) et moins
de 20 % des typologies seulement correspondent à des habitats épars. Bien entendu, cette répartition
entre habitats épars et groupé peut varier sensiblement selon les régions. Si l’on pouvait (nous n’avons
pas disposé de ces données) appliquer un critère démographique quantitatif à cette analyse, le ratio de
la population habitant en système groupé ou en système épars serait à peu près de 9 à 1. Il faudrait
tenir compte aussi d’un certain nombre de faux épars. Ce serait par exemple le cas, au Moyen Age, des
habitations satellisées sur une seigneurie, aux alentours d’un château. Cela aboutissait parfois à la
naissance d’habitat groupé. Aujourd’hui encore, il n’est pas difficile de voir en plaine et sur les
coteaux du Maghreb ce type de villages diffus (du point de vue des paramètres occidentaux) qui
apparemment ne présentent pas de cohésion. Simple mirage car un tissu immatériel d’origine tribale
organise l’espace et les relations.

La Méditerranée, c’est aussi la famille. C’est la grande famille, la famille élargie. C’est la famille-clan.
C’est la famille support et relais. Ce sens de famille élargie dépasse parfois les liens de parenté, avec
l’inclusion de serviteurs, d’employés ou d’apprentis. Selon les cas, ils pourront être saisonniers
(pendant le temps des moissons, mais aussi lors des campagnes de construction), temporels ou
permanents. Cette structure familiale va contribuer, et pour beaucoup, au façonnement des espaces de
l’habitation, mais aussi à la relation spatiale entre eux ou même entre ces espaces et la voirie.

Le Méditerranéen habite en général « sa » maison. En effet, plus des trois quarts des typologies
présentées accueillent une seule famille. Cette famille pouvant être du type élargi, avec donc plusieurs
fils mariés habitant la même maison. En milieu rural et dans des relations de métairie, propriétaires et
métayers peuvent habiter respectivement le premier étage et le rez-de-chaussée de la même maison.
Parfois, les typologies accueillant plusieurs maisons constituent cependant des « agglomérats bâtis et
d’habitation » où une grande familiarité préside à la vie quotidienne. Dans les sites urbains, où la
maison à plusieurs logements est beaucoup plus présente qu’en milieu agricole, un certain lien
immatériel se noue entre ceux qui partagent une même maison : en général, elle change peu de
locataires, qui occupent souvent pendant plusieurs générations les lieux.

La présence d’eau associée à la qualité de la terre et la possibilité des échanges ont été les deux
vecteurs les plus déterminants dans l’occupation du Bassin. Dans le deuxième cas, le groupement,
l’organisation– où l’urbanité était norme et besoin– a généré depuis l’Antiquité le florissement de
villes commerciales tout au long du littoral méditerranéen, comme le réseau de villes continentales,
connectées aux grands axes des caravanes qui reliaient la Méditerranée aux civilisations et aux grands
marchés des trois immenses continents qui l’entourent. Continents d’où sont partis certains des grands
courants culturels du Bassin : rappelons à titre d’exemple les cultures arabo-musulmane ou turco-
ottomane. C’est ainsi que depuis des millénaires la carte du Bassin s’est vu parsemée de villes
historiques, dont certaines sont devenues de nos jours de grandes métropoles (Istanbul, Le Caire,
Athènes...). D’autres ne conservant que des ruines en témoignage d’un âge d’or périmé (Ephèse,
T ipasa...).

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Extrait du livre "Architecture Traditionnelle Méditerranéenne" - Chapitre 2 : Les Formes Architecturales

Cependant, il ne faut pas penser que l’habitat épars est marginal ou inapproprié (entre 15 % et 20 %
des typologies présentées). Il constitue au contraire une forme d’habitat fondamental dans la
colonisation, la structuration, l’exploitation et la domestication du territoire. Dans certaines régions, il
se présente comme un solide réseau d’unités fortement tramées, conformant un « paysage fini » où
l’équilibre bâti-cultivé-habité est précis, exact et souvent imbriqué. Le régime de la propriété du sol et
de sa transmission ainsi que l’organisation sociale sont des vecteurs déterminants de la syntaxe
territoire-maison et maison-maison, mais aussi de la morphologie de celle-ci.

Ajoutons que l’habitat épars, occupant le milieu rural, donc en général celui accueillant les populations
les plus traditionnelles, souvent à l’écart ou retranchées d’un certain nombre d’événements ou de
courants, reste un témoin qui cumule sans altérations notables des temps et des gestes qui remontent
souvent bien loin dans l’histoire.

Quant à son implantation selon les paysages, une grande partie (les trois quarts) des typologies
colonise les plaines, les plateaux et les collines. C’est d’ailleurs dans ces paysages que l’on retrouve
les meilleures terres pour l’agriculture, pour l’élevage, les grands cours d’eau, les grands axes de
communication et donc d’échanges, et également la discrétion nécessaire à une protection efficace
contre les dangers arrivant de la mer. Cela contribue au fait que la côte accueille un nombre bien
moins important de typologies (entre 15 % et 20 % du total), ce qui est d’ailleurs en relation avec le
poids de l’activité économique rattachée à la pêche. Enfin, la moyenne/haute montagne accueille un
nombre encore moins important de typologies et évidemment de populations (de l’ordre de 5 %). Son
importance est quand même significative dans un Bassin qui par son nom semblerait, au premier
abord, tributaire exclusif de la mer. Réserve d’eau, donc d’une importante source de vie et d’énergie,
de bois, de pâturages, souvent porte vers les continents profonds, fournisseuse de bétail et de ses
produits dérivés, mais aussi de main-d’œuvre, la montagne méditerranéenne joue un rôle déterminant,
en particulier pour les vastes plaines de son Bassin et en général pour tout le Bassin lui-même.

L’habitat épars est présent dans tous les pays méditerranéens. Il est associé au milieu rural (autant pour
les populations à faibles et moyens revenus que pour la bourgeoisie agricole). La taille et le type de
l’exploitation agraire ou du troupeau auront une grande influence sur la définition, la morphologie et la
syntaxe de ses espaces. Fréquemment cependant, bien qu’un riche répertoire typologique puisse être
repéré, une structure constructive semblable de la maison est reconnaissable tant chez le paysan
modeste que pour la famille aisée. Les besoins défensifs dans certains cas, et toujours la culture et
l’histoire s’ajouteront aux matériaux disponibles, aux techniques/savoir-faire, au climat, pour
composer, à partir du geste local aussi bien que de l’individuel– celui-ci profond, architectural –,
l’espace bâti.

Trois solutions pour un style d’habite r : la maison élémentaire, la maison compacte , la maison
composée

Dans l’habitat épars, trois grands groupes, selon le degré de spécialisation des espaces, peuvent être
répertoriés.

La maison élémentaire, avec une quasi-absence ou très faible spécialisation des espaces partagés par
habitants, animaux et stockage agricole. C’est l’expression de la pièce polyvalente qui n’accueille
cependant en durée qu’une partie limitée de la vie, celle-ci se déroulant la plupart du temps dehors.
Elle pousse à une étroite et permanente relation des personnes avec leur environnement, le plein air.
Elle présente majoritairement un plan au sol nettement rectangulaire et dans la plupart des cas, elle ne
dispose que du rez-de-chaussée. Pour la couvrir, on trouve aussi bien la toiture à deux pentes, à une
pente, la couverture plate ou la voûte, en majorité la voûte en berceau. Les façades présentent en
général des ouvertures rares et limitées. La quintessence de cette maison permet de retrouver sous des
typologies diverses des façons semblables d’investir l’acte d’habiter. La maison élémentaire est
souvent le noyau à partir duquel une évolution de la maison a lieu. Cette évolution, complémentaire en
partie de la morphologie et du système constructif du noyau initial, présente diverses solutions.

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Extrait du livre "Architecture Traditionnelle Méditerranéenne" - Chapitre 2 : Les Formes Architecturales

Dans ce groupe peuvent être considérées des maisons que l’on pourrait appeler primitives. Bien que
aussi simples que celles que l’on vient de décrire, surtout à cause de leur forme (souvent arrondie) ou
de leurs systèmes constructifs, certaines ont des difficultés pour évoluer et se développer. Elles
représentent en général un modèle statique qui perdure dans le temps sans changements sensibles et
qui, sans évoluer, arrive à son extinction.

La maison compacte intègre logement et espaces spécifiques destinés à l’économie productive. Elle
représente sans doute le groupe le plus nombreux. Dans la plupart des cas, elle se présente avec un rez-
de-chaussée plus un ou deux niveaux, et il est très fréquent qu’elle y ajoute encore des combles
habitables ou en tout cas utiles aux activités productives. On la trouve autant en habitat épars que
groupé.

Le plan au sol a tendance (bien qu’il ne soit pas possible d’en déduire une règle) à devenir moins
rectangulaire et à s’approcher du carré, bien que des plans irréguliers, surtout dus aux contraintes
topographiques, soient aussi possibles. Dans ce type, la surface au sol est nettement plus importante
que pour la maison élémentaire. La définition d’espaces spécifiques et les activités et hiérarchies qui
leur sont associées contribuent à cet agrandissement du plan et du volume. La couverture en pente est
très fréquente. Cependant, dans les régions à faible pluviométrie, la toiture plate ou très légèrement
inclinée est bien présente. Le traitement des façades peut proposer des exemples très variés, depuis des
typologies très massives avec une composition inexistante jusqu’aux façades soigneusement
ordonnancées et généreuses en ouvertures, modénatures, faîtages...

La maison composée ou complexe, constituée de plusieurs bâtiments, chacun avec un usage spécifique
bien défini. La maison prend ici souvent une nette hiérarchie formelle sur les autres bâtiments,
tendance qui s’accentue au fur et à mesure vers une claire singularisation, bien qu’il ne soit pas rare
que la force de l’unité formée par les différents corps bâtis et soudés nuance, dans certains cas, cette
affirmation. Dans le cas de la maison composée, les bâtiments peuvent se présenter en mitoyenneté ou
carrément séparés, aussi bien sur un même alignement qu’avec une disposition approximativement
radiale ou parfois selon une disposition géométrique et fonctionnelle. Dans ce dernier cas, c’est le
poids des critères de rationalisation productive qui impose cette rigueur. Si dans l’exemple précédent
la maison est conçue finie, la maison composée peut tout aussi bien ajouter des bâtiments d’une façon
plus organique, au fur et à mesure qu’une augmentation du volume ou de la diversité des activités
productives a lieu.

La maison complexe répondra aux besoins des grandes exploitations, parfois très spécialisées. Le
nombre de bâtiments spécifiques composant cette unité avec leur nom correspondant peut être très
variable, selon la diversité des activités productives de l’exploitation. Dans ce groupe, on retrouvera de
vrais « complexes productifs », souvent mono spécialisés (vin, huile...), qui exigent une réponse
précise de l’architecture pour chaque activité et modèle productif.

La topographie, la taille des exploitations, le rendement des sols ou la dominante productive vont
générer une occupation plus ou moins dense du territoire et une complexité plus ou moins importante
du bâti.

Mais bien evidemment, dans l’espace méditerranéen, cette apparente netteté dans le groupage est sur
le terrain, même sur des petits territoires, extrêmement sujette aux nombreuses variantes et nuances
qu’imposent les paramètres cités auparavant. C’est là justement que les monographies et les études
locales prennent toute leur importance et leur valeur, permettant l’approche dans le détail et la
précision, qui seule peut compléter la connaissance nécessaire à la sauvegarde et la mise en valeur de
la diversité méditerranéenne, l’actif sans doute le plus important de notre Bassin. Son essence même.

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Extrait du livre "Architecture Traditionnelle Méditerranéenne" - Chapitre 2 : Les Formes Architecturales

LA MAISO N MEDITERRANEENNE, LIEU BATI, LIEU VECU

Se ule au milieu du paysage, recherchant toujours une position de guet, la maison tend à se constituer
un espace intime et propre, parfois très explicite, comme dans les maisons à cour ou à jardin avec des
clôtures plus ou moins importantes, parfois en générant un espace à forte personnalité entre les
différents corps du bâti ou les différents bâtiments, basculant dans ce cas entre le patio et la cour
intérieure. Espace parfois moins matérialisé aussi, limité par les différents bâtiments qui le définissent,
à la fois articulation, passage et communication entre ceux-ci et cour domestique qu’habitants,
volailles et petit bétail peuvent partager. Parfois encore, souvent pour les maisons compactes, cet
espace proche n’a ni clôture ni périmètre le définissant apparemment. Matériellement moins intime
que les autres, il y est malgré tout toujours présent, bien que presque immatériel : des arbres, un banc
de fortune, une charrue, un sol plus damé dénoncent sa présence. Les gestes humains le recréent et le
définissent sans interruption. Puissamment délimité ou subtilement insinué, cet espace existe toujours.

Patio, cour, jardin, treille , de l’apprivoisement à l’insinuation de l’e space dome stique

Si nous avons signalé le patio, la cour ou le jardin, c’est parce que ce sont là trois expressions, avec
leurs nuances formelles et locales, d’un fait méditerranéen par excellence : la vie en plein air autant
que sous toit, l’architecture de terre, de pierre ou de bois autant que de lumière, d’ombre ou de
parfums. Le dedans et le dehors. Sûrement aussi, le féminin et le masculin, car si la maison est surtout
l’espace de la femme, la rue est surtout l’espace de l’homme. Une rue, ordonnant le bâti et en méme
temps résultat de l’action constructive, est toujours un grand espace de convivialité et de relations
autant que de circulation. Dans certaines régions, elle devient une continuité plastique de la maison et
il est fréquent que cet espace rapproché accueil-le des activités aussi bien artisanales ou commerciales
que strictement sociales. La maison, en Méditerranée, déverse souvent sur l’extérieur. Ce sont parfois
des pièces particulières qui occupent un petit bâtiment à côté : c’est le cas des cuisines ou des fours à
pain construits à l’extérieur, autant accolés à la maison que nettement séparés. Mais ce sont aussi les
activités commerciales, artisanales ou productives qui empiètent très souvent sur cet espace commun.

Dans le même sens, il existe un autre espace typiquement méditerranéen qui aide à la transition et à
l’intime relation entre intérieur et extérieur. C’est ce que l’on pourrait appeler l’architecture de
l’ombre. Cet espace appelé génériquement porche ou portique – qu’il soit bâti en dur, à l’aide d’un
portique, d’arcades ou matérialisé par le végétal, souvent avec des treilles, des jasmins, des rosiers –
est un lieu d’une grande signification et d’une grande importance. Son microclimat, mais aussi sa
capacité à tempérer le brutal contraste lumineux méditerranéen entre le dedans et le dehors en un
espace très présent et très cher aux habitants de notre Bassin. Un espace qui attache le plein extérieur à
l’intérieur clos.

Patio, cour et jardin déclinent autant de façons d'a pprivoiser l'espace extérieur

Le patio, la cour et le jardin sont souvent confondus ou traités comme des variantes d’une même
définition d’un certain espace. Mots utilisés souvent sans distinction, auxquels on octroie trop
légèrement le même sens laminant la diversité culturelle dont ils sont surtout l’expression. Et pourtant,
ces trois espaces déclinent bien trois manières de les penser, de les vivre, de les investir. Trois façons
d’apprivoiser l’extérieur.

Acceptant les exigences de synthèse et de réduction qu’implique cet ouvrage, il faut concéder la
dénomination de patio à l’espace appelé comme tel dans la maison d’origine arabo-musulmane. C’est
ce mot qui exprime certainement le mieux les qualités définissant cet espace. S’y ajoute la réalité
d’abriter des millions de personnes dans des dizaines de villes (médinas) à maisons à patio en
Méditerranée. Architecture toujours vivante, riche de ses qualités, mais hélas aussi menacée.

Ce projet est financé par le programme MEDA de l'Union Européenne. Les opinions exprimées dans le présent document ne reflètent pas nécessairement la position de l'Union
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Extrait du livre "Architecture Traditionnelle Méditerranéenne" - Chapitre 2 : Les Formes Architecturales

Le patio désignerait à la fois le centre et le cœur du logement et de la vie familiale. Mot sans
synonyme. Echelle humaine devenue espace irremplaçable, généré par le bâti que lui seul rend
possible. Espace à habiter. Puits de vie. Espace actif, recueilli et intime. Dedans et dehors. Sol et ciel
devenus lieu, proportion, architecture.

Ce patio peut se présenter de façon plus ou moins simple : sans arcades au rez-de-chaussée, les murs
(ou les murs et portiques élémentaires) délimitant alors cet espace central, ou avec des arcades sur un,
deux, trois ou quatre côtés. Lorsque cette arcature est présente, la richesse des espaces augmente avec
la création d’une transition entre le dedans et le patio.

La qualité, la densité et l’exubérance vitales de cet espace sont telles que la maison n’a à coup sûr plus
besoin que d’une entrée sur la façade. Tout est condensé et tourné sur ce point central de la maison.
Cette entrée, toujours en chicane, garantit l’intimité intérieure.

Bien que parfois, d’un point de vue morphologique ou même fonctionnel, la cour soit très près du
patio, on peut y repérer des différences qui lui confèrent un caractère propre et distinct. De façon
schématique, la cour présente deux solutions principales : espace limité en majorité par les différents
corps d’une maison ou espace défini par la maison et des murs. C’est-à-dire un espace plus ou moins
généré par le bâti, plus ou moins tracé par la clôture. Dans les deux cas, les activités productives
conditionnent l’échelle. Ainsi le troupeau, les produits, modes de production ou engins agricoles
seront au moins aussi importants que l’échelle humaine pour sa définition. Espace moins dense que le
patio, allégée par la présence animale, agricole et productive, plus souvent limitée par des murs que
par des bâtiments, la cour est plutôt l’extérieur confiné.

On retrouve un peu partout en Méditerranée la maison à cour avec toutes les variantes et formalités
possibles. Dans les régions à influence arabo-musulmane, elle bascule souvent vers le patio et prend
au contraire un caractère articulé et fonctionnel dans la Méditerranée nord et occidentale. Cette cour
peut se présenter plus ou moins timidement ouverte, peut se répéter, générer des espaces particuliers,
selon la complexité et les dimensions du bâti dont elle fait partie.

Si dans le patio, complètement, ou dans la cour, partiellement, l’espace était confiné par le bâti, dans le
jardin ce n’est plus le cas. Jardin et maison sont juxtaposés, s’additionnent, chacun pouvant
théoriquement exister par lui-même. Tous deux ensemble, couplés, constituant une autre variante pour
créer et habiter l’unité duale, intérieur/extérieur. Si pour le patio c’était la maison arabo-musulmane
qui décrivait très bien cet espace, pour le jardin, c’est la maison turque qui le décline le mieux et
conjugue précisément ce tout qu’est la maison à jardin. La culture surtout les croyances religieuses
détermineront un jardin plus ou moins intime, réservé et à l’abri, ou perméable au regard étranger.
Selon les régions, ce jardin mettra davantage l’accent sur la recréation d’un espace de jouissance ou
bien sur celle d’un espace dévolu à la productivité.

Accolé en général à une façade de la maison, le jardin est assez grand, car il représente une importante
surface de production domestique. Des plantes de toutes sortes et en toutes saisons sont cultivées, sous
une grande variété d’arbres fruitiers où ne manquent presque jamais les agrumes. T outefois, il est aussi
un espace de plaisir, les fleurs aux belles couleurs et aux délicats parfums y sont toujours
généreusement représentées. C’est la moitié d’un tout bâti, celle-ci végétale.

Maison et jardin sont le fruit d’une addition, vient-on de dire. Addition, mais totalité achevée dans
l’espace et dans le temps : on ne saurait imaginer ces maisons autrement (bien que des processus de
transformation nous imposent malheureusement le contraire). Cette typologie, constituée d’un
intérieur et d’un extérieur soudés, contribue à façonner des paysages urbains absolument particuliers,
avec une importante densité de verdure et un allègement notoire de la densité du bâti.

Ce geste d’apprivoisement et de délimitation d’un espace proche et particulier, ayant à la fois un sens
intime et sécurisant, existe aussi bien dans les constructions légères que dans les établissements

Ce projet est financé par le programme MEDA de l'Union Européenne. Les opinions exprimées dans le présent document ne reflètent pas nécessairement la position de l'Union
Européenne ou de ses Etats membres.
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Extrait du livre "Architecture Traditionnelle Méditerranéenne" - Chapitre 2 : Les Formes Architecturales

mobiles des populations nomades. Dans ce dernier cas, cet espace est aussi bien créé avec le flaj
(grand tissu rectangulaire des nomades) que tout simplement avec quelques épineux.

Défense, culture, histoire, matériaux, savoir-faire, climat


composeront à partir du geste local aussi bien que de l'individuel
– celui-ci profond, architectural – l'espace bâti

Avec toujours des nuances – combien de fois n’avons-nous pas insisté jusqu’ici sur l’importance
décisive de la diversité et des tonalités méditerranéennes, et pourtant nous allons encore y revenir ! –
on serait donc devant deux conceptions de l’espace global habité : celle qui met la parcelle extérieure
aux mêmes titre et rang que les autres espaces habités (patio ou cour intérieure définis par des
bâtiments et cour clôturée dont le mur ne permet pas le regard à l’intérieur), donc un espace fermé à
l’extérieur, et celle avec une définition plus ou moins matérielle de cette cour où la clôture, tracé des
confins domestiques, qui définit un espace clairement perméable au regard, ouvert à l’extérieur (ici,
l’espace est principalement dépendant des activités productives agro-pastorales).

Dans le premier cas, l’espace non couvert devient souvent le cœur (14) de la maison, ou tout au moins
un centre important d’activités. Dans le second cas, bien qu’il continue à être important car le
Méditerranéen vit beaucoup en plein air, il n’a pas du tout le rôle de centre de gravité, et n’occupe pas
le rang de l’espace précédent.

Dans tous les cas, une même nécessité : être en contact permanent avec l’extérieur. Cela n’est pas
exclusif de notre Bassin, cette réalité également présente chez de nombreux peuples autour de la
planète prenant en Méditerranée les singularités que les cultures, histoires et paysages ont fortement
modelées.

La pré sence de venue maison, ou l’habitat nomade

C’est probablement les populations nomades qui ont le plus fortement pratiqué cette alliance avec la
nature. Le récit historique, en majorité produit au Nord et en Occident, a trop souvent présenté les
populations nomades, habitant en majorité les régions Sud et orientales, sous l’angle de l’exotisme et
du manque de rigue ur. De ce fait, son architecture, son urbanisme– osons-nous dire –, ses techniques
et matériaux de construction n’ont pas été considérés sérieusement comme tels. Parfois même,
nomadisme et misère ont été associés imprudemment, alors que souvent c’était bien le contraire. Rien
de plus irréel aussi que l’identification faite parfois entre nomadisme et bohème ou aventure. Les
mouvements, les directions, les étapes, tout est précisément défini et observé, dans un paysage ne
permettant pas l’erreur. Sous la légèreté et l’apparente fragilité d’une tente, s’abrite une culture dense
et séculaire des grands espaces.

La maison de poil des populations arabo-musulmanes ou la otag, la tente, chez les anciens T urcs
auront anticipé des façons d’habiter que l’on va retrouver dans l’architecture des maisons en dur des
populations sédentarisées. Otag deviendra plus tard oda, la chambre ou pièce. Chez les Berbères du
Maroc, on appelle la tente taxamt (ou takhamt) et on utilise le mot akham (ou axxam) pour désigner la
maison ou la demeure. Voilà deux exemples aux deux extrêmes du Bassin, pour illustrer cette
transmission.

L’architecture des nomades– la tente – et son « urbanisme » et implantation dans la formation des
campements sont aussi finement réglés que dans n’importe quel hameau ou n’importe quelle maison.
Même les teintes sont strictement respectées, car ces couleurs permettront de reconnaître de loin
l’appartenance d’un campement.

La tente des nomades, aujourd’hui très peu nombreux en Méditerranée, représente le type d’habitat
préparé et bâti exclusivement par les femmes : c’étaient elles qui préparaient la matière première, la

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Européenne ou de ses Etats membres.
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Extrait du livre "Architecture Traditionnelle Méditerranéenne" - Chapitre 2 : Les Formes Architecturales

laine, elles qui produisaient les éléments, tissage des flaj, qui bâtissaient, en la montant et démontant à
chaque déplacement, elles aussi qui l’entretenaient, la réparaient, la renouvelaient.

Présence devenue maison. Mode de vie supérieur et signe de noblesse chez les Arabes, occupant un
rang mineur chez les T urcs ou les Berbères, l’habitat nomade nous guide dans le dialogue architecture-
paysage. On dirait en effet que la tente est accueillie par le paysage. Elle s’y étale doucement, s’y
accroche solidement.

Moins fréquentes que l’habitat nomade, quelques types d’habitations que nous pouvons appeler
mobiles, aujourd’hui définitivement disparues, pouvaient être rencontrées en Méditerranée. C’était en
général des maisons en fibres végétales et bois, facilement démontables et pouvant être transportées à
dos d’animal sur des distances en tout cas plus modestes que celles des déplacements nomades.

Néanmoins le désir et la nécessité de se fixer et de créer son lieu sont une constante presque générale
du Bassin.

L'architecture méditerranéenne s'exprime autant à travers la terre,


la pierre ou le bois qu’à travers la lumière, l'ombre ou le parfum

Le bâti en dur. Maison e t racines. La fondation de lieu.

Le bâti en dur méditerranéen répond majoritairement à cet esprit de fondation. Presque 40 % des
typologies inventoriées correspondent à des maisons à un seul niveau, le rez-de-chaussée (RC). Au
début, on pourrait dire que c’est le plein air « légèrement modifié ». Presque trois quarts du total
correspondent à des maisons ne dépassant pas deux niveaux (RC+1). Un cinquième seulement du total
dépassant ce volume qui se répartit entre RC+2 et RC+3 ou même au-delà. Les niveaux
intermédiaires, assez courants, restent cependant discrètement répandus. Ce petit pourcentage des
typologies RC+3 ou plus cumule quand même un fort pourcentage de la population car il représente,
en fait pour la plupart, les typologies villageoises. Le milieu villageois/urbain, où la pénurie de sol –
facteur accentué sur les paysages à fortes pentes – favorise la construction en hauteur, ajoutée aux
critères défensifs, a pris le parti de compacter au sein d’une enceinte plus ou moins définie, pour se
défendre d’un ennemi tant humain (pillages, razzias...) que naturel (désert). L’étalement au sol reste
cependant une caractéristique importante.

Il se fait pour les deux tiers des typologies, un plan à géométrie régulière, dont plus de la moitié sur un
plan rectangulaire. Un tiers seulement des typologies présente des figures irrégulières. T rès souvent,
en milieu rural, des contraintes topographiques imposent cette irrégularité ; parfois aussi, des
imbrications dues à des transmissions de propriété et à des contraintes rurales de parcellaire, la règle
tendant vers la régularité et l’ordonnance. L’angle est aussi la norme générale, les formes arrondies,
bien que présentes, étant bien plus exceptionnelles. Elles témoignent de modèles et types plus
archaïques, aujourd’hui très peu présents.

La diversité des solutions quant à la distribution intérieure des espaces est grande. Cette diversité
s’exprime aussi bien dans les maisons à un seul niveau, qu’elles soient élémentaires ou plus
complexes, que dans celles à plusieurs niveaux, au moment de l’utilisation et de la hiérarchisation de
ceux-ci. Une grande quantité de facteurs se combinent pour engendrer telle ou telle solution. La
diversité de cultures, les activités productives associées, mais aussi la maîtrise constructive
privilégieront certaines formules. On peut déjà, en amont, distinguer deux grands groupes : les
typologies dont la distribution se fait par l’extérieur et celles où elle se fait par l’intérieur de la maison.

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Extrait du livre "Architecture Traditionnelle Méditerranéenne" - Chapitre 2 : Les Formes Architecturales

Présence devenue maison, sous la légèreté et l’apparente fragilité d'une tente


s'abrite une culture dense et séculaire des grands espaces

Le premier groupe présente toute une gradation, directement depuis l’extérieur, jusqu’au portique plus
ou moins transparent. Certaines typologies de ce groupe évoluent (et non pas « sont transformées »,
bien que cela existe aussi) en fermant cet espace de distribution extérieur et en l’intégrant
définitivement comme un espace intérieur, dans lequel de nouvelles activités viennent se greffer en
plus du rôle de distribution. Certaines maisons à cour ou les maisons à patio procéderaient des deux
groupes. En effet, bien que la distribution ait lieu physiquement à l’extérieur, elle se déroule dans un
espace intime et privatif, centre de la maison– indiscutable pour le patio, plus subtil pour la cour,
surtout lorsqu’elle n’est qu’en partie clôturée.

Cela nous amène à isoler deux sous-groupes pour les maisons distribuées par l’intérieur : celles qui
s’organisent à partir d’un espace central et celles qui présentent une organisation linéaire. Cette
schématisation impliquant des hésitations de groupement pour certaines typologies ayant des solutions
hybrides.

Depuis un espace central, on trouve la maison à patio, déjà citée, et toutes les maisons à sofa central,
les lebanese houses. La disposition des travées détermine souvent une centralité à partir d’une
configuration basilicale soulignant la hiérarchie de la nef centrale– ce serait par exemple le cas de la
masia en Catalogne avec la sala en tant qu’espace central.

L’organisation linéaire se fait tantôt par le centre, tantôt sur un des côtés. Cet axe sert souvent à relier
directement et franchement deux espaces extérieurs : la rue et le jardin (ou la cour) collé à la façade
postérieure.

Les espaces intérieurs ont, selon les cultures, une tendance soit à la polyvalence et à une recréation
constante, soit à une spécialisation beaucoup plus nette. La pièce de la maison arabo-musulmane ou
oda de la maison turque illustre le premier cas ; pour le deuxième cas, on peut penser aux espaces
d’une maison villageoise de Provence par exemple.

La Méditerranée, aux hivers moins chauds qu’on l’imagine souvent, accorde une grande importance au
feu. Le feu, la cheminée– qu’ils soient pour cuisiner ou pour chauffer, parfois le même, parfois distinct
– centrent souvent en hiver ou par nuits fraîches l’espace de séjour. Ils imprègnent parfois, par des
cheminées en façade ou sur le toit, importantes, le caractère extérieur de la maison. Dans les maisons
plus sommaires, un simple trou en toiture assure l’évacuation des fumées.

Mis à part l’habitat troglodytique, sur lequel nous aurons l’occasion de revenir, la maison
méditerranéenne ne se caractérise pas par la construction systématique de sous-sols
(niveaux donc les murs pérymetriques ne sont pas apparents). Seulement 15 % des typologies
disposent de ce niveau (certainement plus fréquents sont les niveaux à demi enterrés, présentant une
seule façade apparente, les autres étant accolées au terrain). Ce niveau de sous-sol est bien sûr parfois
d’une grande importance dans l’activité productive (conservation de produits alimentaires) associée à
la typologie. Encore faut-il rappeler que le besoin de maîtriser et stocker soigneusement l’eau a produit
en Méditerranée un métier : celui de creuser des puits, des mines d’eau, des citernes. Enfin 5 % de
typologies disposent d’un entresol, niveau intermédiaire entre le rez-de-chaussée et le premier étage.

En ce qui concerne la surface occupée au sol, on constate une riche gradation. En habitat épars, une
proportion significative, 35 % des typologies, ne dépasse pas 50 m2, tandis qu’un autre tiers se situe
entre 150 m2 et 300 m2. Les grandes demeures de la bourgeoisie agricole pouvant aller au-delà. En
habitat groupé, la répartition se fait presque uniformément sur toutes les strates retenues. Il est aussi
fréquent que la surface d’une même typologie présente des variations importantes, s’adaptant aux
caractéristiques démographiques, sociales et productives de la famille. Dans les médinas arabo-

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Extrait du livre "Architecture Traditionnelle Méditerranéenne" - Chapitre 2 : Les Formes Architecturales

musulmanes, on retrouve un bon exemple où il est parfaitement possible de reconnaître le même


modèle dans la maison familiale modeste ou dans la demeure aisée ou noble.

En fait, dans l’architecture traditionnelle méditerranéenne, les typologies inventoriées et correspondant


à des classes sociales que l’on pourrait qualifier de façon très élémentaire d’aisées ou très aisées
représentent tout juste le quart du total. La grande masse, à peu près deux tiers, correspondant à la
large fourchette des agriculteurs, éleveurs, commerçants et artisans, et le reste à des catégories plus
démunies.

La maison méditerranéenne se veut solide et a vocation de permanence. La maison signifie le lieu, ne


dit-on pas aussi, pour se reférer à la maison, « le lieu et le feu »?

Le Méditerranéen s’investit dans la construction de sa maison. En grande majorité l’habitat en dur est
un habitat permanent (les neuf dixièmes des typologies inventoriées correspondraient à ce groupe).
Cependant la présence d’une culture méditerranéenne associant la maison d’été et celle d’hiver est
également importante. Rappelons à titre d’exemple les villes du M’Zab algérien. Dans ce cas, que l’on
retrouve aussi dans tout le Maghreb et ailleurs, des différences nettes peuvent s’observer entre les
typologies d’été et d’hiver. Ces différences dépassant même les traits strictement morphologiques,
pour nuancer la rigidité des comportements quotidiens. C’est souvent le climat qui pousse à l’adoption
de cette stratégie de l’habitat saisonnier. Il ne faut pas oublier que, dans les régions où les écarts
saisonniers du climat sont importants tout comme les écarts de température en été, une organisation
spatiale saisonnière se produit dans la même maison, avec une « transhumance domestique » à la
recherche des niveaux les plus frais ou les plus chauds, selon la saison. Ainsi l’été la terrasse devient
un lieu privilégié pour dormir.

Ceci dit, il faut rappeler que le paysage méditerranéen est parsemé de constructions auxiliaires pour
l’activité agricole et pastorale. Nous disons bien auxiliaires dans ce cas, car la grande majorité de ces
constructions ne peuvent être considérées comme habitat saisonnier, n’étant utilisées pratiquement que
pour la journée. En général ces constructions sont de dimensions réduites (servant d’abri temporel des
personnes ou à garder quelques outils, parfois aussi du bétail) et se moulent si bien au paysage qu’elles
en deviennent une référence. Une autre caractéristique intéressante est la simplification aussi bien
formelle que constructive. Ainsi par exemple, dans des régions où la règle est la toiture à deux pentes,
ces constructions en prennent en général une seule et les voûtes deviennent souvent de fausses voûtes.
Ces constructions sont d’autre part toujours une leçon d’efficacité et de durabilité extrêmes, car
construites dans la plupart des cas avec des matériaux dont on ne pourrait même pas dire qu’ils sont
transportés, approvisionnés, mais ramassés à portée de la main. Dans le cas de la pierre, utilisant bien
souvent les cailloux collectés dans les terrains de labour. Il existe cependant des habitats répondant à
cette condition d’habitation temporelle, dans des régions aux terrains de culture loin des villages ou
lors des pratiques de transhumance.

Le bâti lége r, ou la ré affirmation de l’enracinement

La vocation de permanence, de fondation de lieu de la maison méditerranéenne n’est pas exclusive de


la maison en dur.

Dans le passé, de vastes régions du littoral ou même des plaines intérieures étaient occupées par des
marais. Sur ces territoires autant d’eau que de terre (le terramare), la pierre faisait défaut et le sol
n’acceptait pas mécaniquement de lourdes charges. Son humidité ne conseillait pas, d’autre part, des
matériaux constructifs à forte capillarité. En revanche le roseau y était en général très abondant.

Ce milieu bien particulier a favorisé, d’un bout à l’autre de la Méditerranée, l’apparition d’un habitat
léger, parfois palafittique, parfaitement adapté aux conditions environnementales et aux ressources
disponibles : des maisons plus ou moins légères, simples et d’une longévité moyenne. Cette dernière
caractéristique et l’assèchement progressif des zones marécageuses méditerranéennes ont effacé

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Extrait du livre "Architecture Traditionnelle Méditerranéenne" - Chapitre 2 : Les Formes Architecturales

lentement les traces de ce type de maisons. Cependant, aujourd’hui encore, dans quelques régions
seulement et par des populations limitées, des maisons légères continuent d’être bâties et habitées.

On pourrait penser que cette architecture est à l’opposé de celle en dur et « impérissable ». Parfois elle
est classée avec les tentes. Pourtant cette légèreté n’est que matérielle. Conceptuellement, elle est une
maison aussi enracinée que celle en dur. En réalité, dans le cas de ces maisons légères, cet
enracinement est renouvelé et réaffirmé régulièrement. En effet, la fragilité des matériaux utilisés
implique de rebâtir totalement la maison tous les trois ou cinq ans ! C’est le cas, par exemple, des
communautés de pêcheurs habitant toujours ce type de maisons dans le delta du Nil, au bord du lac
Borolos.

Evolution et dé finition

En Méditerranée la maison est en majorité conçue/finie dès sa naissance. Cela veut dire qu’el-le
s’adapte et à la fois prévoit ce à quoi elle doit satisfaire et comment. Les agrandissements qui n’ont
pas de relation avec l’idée d’évolution à partir d’un noyau élémentaire seraient d’une autre nature. On
pourrait donc parler de typologies définitives et de typologies évolutives. Le premier groupe
représentant 85 % des typologies et le deuxième 15 %. Il faut toutefois signaler que les typologies
évolutives se développent selon un schéma qui en général est fort prévisible. De ce point de vue donc,
elles pourraient être considérées comme définitives, dont la construction s’étalerait sur un temps
ouvert. L’évolution de la maison se faisant davantage en horizontal qu’en vertical, bien que cette
dernière formule ne soit pas exceptionnelle.

L’in-construction de l’habitat, ou l’habitat troglodytique

Il existe dans presque tous les pays méditerranéens des habitats troglodytiques. Dans certains, ils
continuent d’être habités (T unisie, Espagne...) et dans quelques-uns de ces pays des programmes sont
menés pour les réhabiliter et y récupérer des conditions convenables d’habitation. Bien que par sa
singularité il représente un type d’habitat significatif de la région, il abrite une population mineure en
nombre, aussi bien pour le total du Bassin que pour chacun des pays concernés.

Ces habitats troglodytiques se présentent selon trois grands groupes : les typologies utilisant un creux
naturel et refermant celui-ci par un mur, telle une façade, ce serait le cas en Palestine, en T unisie, en
Espagne…, celles qui creusent complètement, en horizontal, l’habitation et dont les seuls éléments
apparents sont la porte d’entrée et la cheminée, ce serait le cas de Guadix en Espagne… et enfin la
typologie qui creuse les pièces en horizontal à partir d’un puits vertical, tel un patio, ce serait le cas de
Matmata en T unisie.

Ce type d’habitat, complète invagination du logement, négatif, dans le sens sculptural du mot, du
procédé constructif, profite au maximum des qualités et surtout des constantes thermiques qu’offre le
sol et pourrait être considéré, dans certains cas– surtout celui de Matmata– comme évolutif. Ses
qualités hygrothermiques spécifiques font que, mis à part les habitats cités, d’autres « in-constructions
» de ce même type sont utilisées exclusivement comme caves pour l’élaboration et la conservation
d’aliments.

La maison troglodytique, « in-construction » du logement dans les zones arides,


profite des qualités et constantes thermiques du sol

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Extrait du livre "Architecture Traditionnelle Méditerranéenne" - Chapitre 2 : Les Formes Architecturales

LA MAISO N MEDITERRANEENNE, SO UCIS ET ACTIVITES, ESPACES ET CULTURES

Le s soucis dé fensifs

Les soucis défensifs ont souvent façonné l’architecture au sein d’un Bassin, nous l’avons dit, soumis
de tous temps aux guerres, invasions, pillages..., ceci ayant imposé certaines expressions
architecturales plus radicales dans les périodes historiques et les régions les plus mouvementées,
tournant presque au formalisme lorsque la sécurité a été un fait plus ou moins acquis.

La Méditerranée présente une grande variété de formules pour incorporer la notion de défense au
bâtiment. Un groupage peut être fait selon trois critères : la maison étant elle-même l’élément défensif
(la maison-tour), la maison incorporant cet élément défensif (maison à tour) et la maison incorporant
des stratégies morphologiques de défense, sans qu’elles correspondent à des éléments de défense au
sens strict. Volumes et matériaux utilisés fournissent parfois un camouflage parfait à la maison ou à
des villages entiers.

Là aussi ce groupage est à prendre dans un sens très synthétique qui aide cependant fort bien à
comprendre les grandes expressions architecturales pour satisfaire un même besoin. Ainsi, pour la
maison tour, la gradation se fera depuis le recroquevillement d’une maison compacte aux ouvertures
minimums, hautes et étroites, jusqu’à la tour, stricto sensu. Dans le premier cas, c’est l’adaptation de
la maison type aux besoins défensifs, dans le deuxième cas, c’est presque adapter l’habiter à un
volume spécifiquement défensif. Quant à la maison à tour, la tour signifiera avec une importance plus
ou moins grande cet élément défensif, caractérisant pleinement la maison ou s’y insinuant
discrètement. Certaines maisons turques illustreraient bien le troisième groupe.

Il est évident que ces dispositions sont prises en grande majorité dans la maison éparse. L’habitat
groupé ayant recours à la défense collective, que ce soit moyennant des enceintes ou des implantations
difficiles à repérer ou difficiles d’accès.

Dans un sens moins matériel, il faut parler également de la défense/protection de l’intimité domestique
et, spécialement dans certaines cultures, de celle de la femme. L’architecture traditionnelle présente là
aussi un éventail de formules, depuis le frach des nomades, passant par les façades aveugles des
médinas ou les moucharabiehs des maisons arabo-musulmanes ou turques.

Le s activités productives

La ségrégation humains/animaux est généralement la règle. Pourtant, dans un premier cas, dans les
types les plus primitifs correspondant aux territoires les plus enclavés et aux sociétés les plus
traditionnelles, on trouve les animaux et leur propriétaire partageant toujours le même espace couvert
habité. Beaucoup plus fréquemment, animaux et habitants partagent la même enceinte, les animaux
dans une cour, les humains dans des pièces autour de la cour. Troisième cas de figure : le même
bâtiment accueille les deux catégories, mais avec une séparation soit au même niveau, soit à deux
niveaux différents. Enfin, quatrième variante, humains et animaux sont hébergés dans des bâtiments
séparés. La séparation habitant/animaux pouvant être interprétée comme un indice de développement
social et/ou des activités productives.

Les trois quarts des typologies associent des activités productives liées à l’agriculture, un quart au
commerce ou à l’artisanat, un tiers à l’élevage et l’agropastoral et un dixième à la pêche. Certaines, et
c’est bien fréquent, associent plusieurs des activités décrites. 40 % n’associent pas d’autres activités
essentielles à la maison que l’habitation.

Ces activités occupent différents espaces selon les typologies. Une tendance générale dans la maison
compacte est l’affectation du rez-de-chaussée aux activités productives. Ceci est évidemment assez
logique surtout pour des activités commerciales et artisanales qui permettent une connexion directe et
facile entre la rue et l’atelier ou commerce, mais l’est aussi pour le gros bétail et pour les charrues ou

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Extrait du livre "Architecture Traditionnelle Méditerranéenne" - Chapitre 2 : Les Formes Architecturales

autres outils agricoles. La même situation se produit pour les typologies associées aux activités de la
mer. Dans ces cas l’activité productive marquera clairement les paramètres géométriques des espaces
mais aussi sa relation avec le reste des espaces de la maison. A l’extrême opposé, sous le toit ou même
en terrasse, il est cependant un autre espace, dans certaines régions et typologies, rattaché directement
aux activités productives. En effet, le niveau sous-toit est souvent employé pour le stockage et séchage
de légumes ou fruits et, parfois aussi et en même temps, utilisé pour l’élevage d’animaux de basse-
cour. Dans la maison composée, ces activités productives bénéficient de bâtiments ou corps du bâti
spécifiquement destinés à chaque activité. Ils sont conçus très particulièrement pour s’accoupler
exactement aux besoins exigés par l’activité productive correspondante, et cela singularise dans
certains cas l’expression architecturale. Quant à la terrasse, elle est un lieu typiquement méditerranéen
d’une grande richesse pour ce qui est des activités qu’elle accueille. La terrasse en Méditerranée, c’est
beaucoup plus que la couverture de la maison, c’est le séchoir des fruits autant que du linge, c’est la
pièce d’été, c’est l’extérieur privé mais aussi un lieu de sociabilité, parfois passage et communication,
capteur d’eau de pluie, poste de guet d’horizons et de rêves... Un espace autant fini qu’infini, recréé
par hommes et femmes, qui constitue la vie sur un niveau exclusif. Dans certaines typologies sans
terrasse au sens conventionnel du terme, la couverture plane en terre remplit parfois pratiquement la
même richesse de fonctions que la terrasse conventionnelle.

La terrasse, lieu typiquement méditerranéen,


est bien davantage que la couverture de la maison

Avant d’en arriver à la ségrégation plus nette des dernières étapes, en milieu rural, une grande
plasticité, et si l’on ose dire promiscuité, avait lieu entre paysage, bâtiments, personnes et animaux.
Dans le même sens, intérieur et extérieur étaient si intimement liés, ne serait-ce que par le soleil
envahissant la maison, portes et fenêtres ouvertes, de bonne heure le matin, ou par l’ombre de la
maison s’étalant sur le sol au couchant, qu’ils n’existaient que comme un tout. Le franchissement
continu et répété de ces espaces au long de la journée les couturait en un unique espace à habiter, si
commun dans toute la Méditerranée. Le climat, nous l’avons signalé, modulant, selon la latitude et
l’altitude, l’intensité de cette caractéristique.

Deux cultures, deux attitudes, de ux espace s à habite r

Deux grands courants culturels génèrent deux manières de penser, de créer et récréer, d’habiter
l’espace bâti : ce que nous appelons la culture « debout » et la culture « assise » (15). Nous nous
référons à deux univers culturels habitant l’espace de deux façons complètement différentes. D’une
part la région sud et orientale de la Méditerranée, correspondant à la zone d’influence arabo-
musulmane, judaïque et turque, et d’autre part la région nord et ouest, correspondant à l’arc latin, les
pays balkaniques et la Grèce.

Un geste, une position du corps par rapport au sol, de la vie par rapport à l’œil, qui peut tout changer,
qui remet en question les échelles, la spécificité ou polyvalence des espaces, la contiguïté,
l’ameublement, l’encombrement ou le dégagement des lieux habités.

La vie au sol dans la région sud-orientale n’a pas besoin de grands meubles, et donc tous les espaces se
recréent à chaque instant, chaque jour, selon les besoins. C’est l’exemple des « meubles » intégrés aux
murs des maisons du M’Zab en Algérie, dégageant tout l’espace qu’ils définissent. Dans la région
nord-ouest, l’utilisation de la chaise oblige l’incorporation de la table, signifiant des espaces qui se
voient occupés de meubles et d’objets, et donc d’autant de ségrégations et barrières au champ visuel.
Cette occupation des lieux par l’ameublement a aussi des effets sur la perception des volumes et sur la
lumière.

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Extrait du livre "Architecture Traditionnelle Méditerranéenne" - Chapitre 2 : Les Formes Architecturales

LA CONSTRUCTIO N DE L’ARCHITECTURE TRADITIO NNELLE MEDITERRANEENNE

L’é quilibre entre capacités, ressources, besoins... e t plaisir

Nous avons dit que l’architecture traditionnelle utilise, sauf exceptions, les matériaux locaux. Il n’est
pas étonnant qu’avec l’importante présence de la pierre, surtout calcaire presque partout dans le
Bassin, ce soit ce matériau qui participe comme élément principal à 60 % des typologies retenues. Ce
pourcentage augmenterait significativement pour les constructions auxiliaires ; et il est pratiquement
de 100 % pour les terrasses et aménagements du paysage agricole. Combinée à la rareté d’autres
matériaux dans certaines régions, la pierre peut être le constituant unique des murs, des
franchissements, de la toiture, ce qui démontre l’efficacité des techniques et savoir-faire traditionnels
qui ont su résoudre multitude de problèmes avec un seul matériau et très souvent avec les seules deux
mains comme outil. Evidemment, là où la pierre est le plus utilisée, c’est dans la construction des
murs.

La terre, sans autre traitement que l’amassage (10 %), et la brique crue ou cuite interviennent à elles
trois dans presque 30 % des typologies. C’est aussi dans les murs que ces matériaux seront le plus
présents, autant cependant que dans les couvertures plates et certains franchissements. Des solutions
mixtes (pierre/terre, pierre/brique) sont présentes dans 8 % des typologies. Les végétaux (bois
structurel exclu), tels le chaume, la paille, en tant que matériau principal d’un élément constructif, se
retrouvent à peine sur 5 % des typologies.

D’un point de vue structurel, la solution la plus couramment adoptée est celle des murs porteurs où
reposent des franchissements horizontaux, aux portées en général courtes, formés par des poutres de
bois et une large gamme de solutions pour ce qui est des entre-poutres et de la dalle. Les différents
types de voûtes sont une autre solution fréquente, surtout pour les plafonds des caves et des rez-de-
chaussée. La pierre, la brique et le coulage de mortiers chargés d’agrégats sont utilisés pour les
construire. Les arcs diaphragmes, présents un peu partout, représentent une solution pratique qui
permet de combiner des portées courtes et des grands espaces, ces arcs devenant des murs porteurs
percés. Des cas qui ne sont pas exceptionnels permettent des portées considérables, correspondant en
général aux demeures ou bâtis agricoles importants et dans des régions disposant de bonnes forêts.
Dans les plaines du Maghreb, par exemple, on peut encore trouver la solution des espaces de type «
hypostyle ». En effet grâce à une « forêt » de piliers de bois, on arrive à obtenir des surfaces au sol
importantes, couvertes avec toiture plate en terre damée, et à avoir la perception d’un espace intérieur
important, malgré la hauteur intérieure modeste.

Pour ce qui est des toitures, plusieurs solutions sont présentes. La toiture inclinée (en majorité en tuile
à deux versants), est le système utilisé dans 56 % des typologies inventoriées et la toiture plate dans 38
%, dont 22 % avec une toiture plate en terre, 12 % avec une finition à la chaux, et 4 % avec des
carrelages, ce qui signifie 16 % de typologies où la toiture est la terrasse proprement dite. La toiture
inclinée en terre représente tout juste 4 %, 3 % pour les toitures inclinées en paille ou chaume, et quant
aux coupoles, voûtes, leur choix ne représente que 6 %.

Pour les structures de ces toitures, la même solution générique que pour un franchissement horizontal
est adoptée dans les plates, alors que pour les inclinées la solution la plus fréquente est celle des
chevrons appuyés sur deux murs porteurs pour les toitures à une pente ou sur mur porteur et poutre
faîtière pour celles à deux pentes. Une gamme imaginative de variantes, autour des fermes, fausses
fermes ou encore des solutions mixtes, complète le répertoire. La tuile de terre cuite étant le matériau
le plus utilisé pour ces toits, bien que des pierres comme le schiste soient aussi utilisées, surtout en
montagne.

Ce projet est financé par le programme MEDA de l'Union Européenne. Les opinions exprimées dans le présent document ne reflètent pas nécessairement la position de l'Union
Européenne ou de ses Etats membres.
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L'architecture traditionnelle méditerranéenne,


c'est l'exubérance de l'essentiel, la splendeur de la vitalité

L’utilisation des voûtes est présente presque partout, bien qu’avec des densités différentes. La coupole
est en revanche plus circonscrite à des régions sud et est, et moins répandue dans le Bassin. Là où son
utilisation est plus présente, elle combine avec imagination les variantes et profils. Ces typologies
représentent l’une des images médiatiques de la Méditerranée ayant le plus de succès bien qu’elles ne
soient qu’une discrète minorité.

Une majorité (75 %) importante des typologies utilise un revêtement extérieur. Le plus employé est le
mortier à base de chaux (45 %), ceux à base de plâtre et de terre (15 % chacun) représentent le reste.
Rares sont les placages de pierre ou céramique. Les 25 % restants n’ont pas de revêtements ou, dans
un faible pourcentage, occasionnellement. Parfois ce revêtement extérieur ne couvre pas tous les murs.
Dans certains cas seulement la façade principale, dans d’autres la façade la plus exposée à la pluie et
aux vents. A l’opposé, ce revêtement peut recouvrir toute la maison, toiture inclue. C’est le cas des
revêtements légers, tel le chaulage. C’est l’image stéréotypée d’une prétendue essence de
l’architecture méditerranéenne. Pourtant, au niveau chromatique, ce n’est pas le blanc qui l’emporte,
mais certainement les jaunes des ocres et les gris bleuâtre de la terre et du calcaire, et toute une gamme
de pastels qui vont des rougeâtres et rosés aux verts, bleus... qui renforcent pour les couleurs aussi la
diversité de ce Bassin.

Pour les revêtements intérieurs, les mêmes possibilités que pour l’extérieur se répètent. Il faut
cependant ajouter les faïences sur les murs et les céramiques sur les sols, avec une profusion, une
beauté et une maîtrise importantes dans certaines régions.

Dans beaucoup de cas, la maison méditerranéenne et sa construction sont nettement essentielles. De ce


fait, sa construction est très rapide. Cette surprenante rapidité (d’une semaine à six ou huit pour la
plupart des typologies) dérive de trois circonstances fondamentales : la simplicité du bâti que la
lumière, l’ombre et la présence remplissent et décorent, la contrainte de la période disponible entre,
par exemple, moissons et période des pluies, et l’organisation précise des matériaux nécessaires et du
chantier à l’avance, de façon systématique et programmée, ce qui démontre la réflexion (loin d’une
spontanéité trop souvent chantée) de l’acte constructif et architectural. Ajoutons encore que l’entraide
et la coopération entre voisins, familiers ou villageois étaient souvent la norme.

Sur cette terre d’accueil mais aussi d’émigration, les mouvements de population, avec parfois les
fortunes accumulées pendant les années d’expatriation, ont produit au cours du XIXe et au début du
XXe siècle une quantité importante d’architecture pour fortunés. On la retrouve dans les régions d’où
sont partis le plus grand nombre d’émigrants vers l’outre-mer : l’Egée, le Portugal, l’Espagne. Cette
architecture se devant d’exprimer le nouveau statut de ces nouveaux riches a choisi des signes
néoclassiques, ou a forcé l’ornementation et sa profusion. Importée souvent des Amériques ou des
Indes, elle a été appelée au Portugal l’architecture des Brasileiros et en Espagne celle des Indianos ou
Americanos.

Dans ce Bassin morcelé en Etats, l’architecture n’a pas tenu compte des frontières et c’est une
constante de retrouver le même type dans deux ou plusieurs pays, voisins ou non. C’est ainsi qu’en
T urquie on appellera maisons grecques un même type qu’en Grèce on désignera par maisons turques.
A l’autre bout de la Méditerranée, des expressions architecturales étonnamment semblables peuvent
être rencontrées entre l’Alentejo portugais et l’Extremadura espagnole ou entre l’Andalousie, au sud
de l’Espagne, et le Maghreb.

On a dit souvent que l’architecture traditionnelle montre les traces des cultures et des populations. Non
seulement les traces des gestes matériels (activités productives, démographie...) mais aussi les traces
de la culture et des croyances. Sur deux façades (principale et secondaire) d’une maison, deux portes

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d’échelle et de traitement bien différents, l’une grande et noble pour les hommes, l’autre petite et
humble pour les femmes, par exemple, nous racontent un long chapitre de culture et société. Des
dessins aux vives couleurs, sur les murs des maisons musulmanes à Nablus, ou une statue de saint
dans une rue à Malte ou en Andalousie, ou encore un petit bout de palmier cloué sur la porte d’entrée
d’une maison d’un village catalan nous disent un voyage à La Mecque, la foi catholique ou les
invocations et protections contre les mauvais esprits. C’est certainement parce que la maison
traditionnelle est une peau de ses populations et non pas un monument qu’elle transpire les joies autant
que les misères les espoirs autant que les craintes, de ses habitants.

Mais l’énorme capital qu’est cette architecture n’est pas épargné par les dangers, et sa santé provoque
des inquiétudes fondées. Les résultats des enquêtes et analyses menées offrent des données souvent
préoccupantes, à moins que des interventions coordonnées et efficaces ne soient mises en œuvre
rapidement. Ces résultats, au-delà des imprécisions en termes absolus qu’il faut accepter par l’échelle
du projet, montrent par contre une tendance qui reflète assez justement la réalité des choses.

On peut estimer à 10 % les typologies atteintes gravement, soit par l’abandon soit par une pression
impossible à assimiler. 60 % se trouveraient dans une situation balançant entre la régression et la
stagnation, donc une réelle dévitalisation. Seulement 30 % ne seraient pas soumises à des dangers
significatifs ou se trouveraient sur une voie de revitalisation. Cela si-gnifie en tout cas que presque les
trois quarts de ce capital et de ce potentiel méditerranéens se trouvent dans une impasse dangereuse.

LES SITES, UN OUTIL PO UR L’ETUDE

La Méditerranée est un paysage parsemé de hameaux et de villages. La vie villageoise, est un élément
essentiel de ce Bassin. Les villes moyennes complètent ce spectre urbain, clavé comme une voûte par
les grandes villes, souvent historiques, aujourd’hui devenues dans certains cas d’énormes métropoles,
mais qui conservent toujours des quartiers dont les architectures témoignent de l’histoire et de la
tradition.

Ces villages, ces villes, ces quartiers représentent des centres de pouvoir et de décision à différentes
échelles. Ils témoignent des initiatives et des sensibilités. On peut y lire rêves, frustrations, erreurs et
réussites collectives. C’est là que la maison, la typologie, vit dans toute son intensité et souvent son
drame, son quotidien, farci de passé, trop souvent vide de futur. C’est là seulement, sur le terrain, que
les événements prennent une dimension réelle et que les projets deviennent exigeants, difficiles et
complexes.

C’est pour toutes ces raisons que les équipes de travail locales ont retenu pour chaque pays quelques
sites significatifs où l’on pouvait retrouver les typologies répertoriées et étudiées dans leur contexte
réel, mais aussi où l’on pouvait rencontrer politiques, concepteurs, usagers, associations, écoles,
entrepreneurs, artisans... et connaître réalisations, programmes et projets. Cet échantillon, d’un total de
soixante et onze sites divers et répartis dans tout le Bassin, tous les paysages, représentant des
situations très variées, permet de dégager des tendances et les grandes familles de pressions et
réactions.

Nous employons ici le mot site dans un sens large pour simplifier les dénominations, dans le souci de
rendre plus facile le parcours suivi. Site inclut donc autant les ensembles architecturaux (urbains ou
ruraux) que les espaces bâtis, en sachant bien que l’on chevauche là le paysage culturel. L’effort de
synthèse pour éviter d’apporter à chaque ligne des nuances qui rendraient lourde, parfois impraticable
la lecture est nécessaire. Notre revendication de la diversité et des tonalités restant intacte. Dans ce cas,
le détail et les données géographiques, économiques ou cartographiques contenues dans le CD seront
d’une grande utilité, nous les croyons indispensables. Site nous paraît donc exprimer correctement,
sans contradictions majeures autant la cité, le village qu’un espace rural à l’habitat épars.

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La vie villageoise est un élément essentiel du Bassin

On a retenu la qualification de sites significatifs pour signifier qu’ils avaient été choisis, parmi un
grand nombre de possibilités, par les partenaires locaux, du fait de leurs qualités et capacités à résumer
et présenter des traits et caractéristiques aidant à illustrer tout particulièrement les analyses de ce
travail : aussi bien les typologies que les processus ou les interventions. Car quand on dit que
l’architecture traditionnelle représente un capital énorme, c’est vrai tant par sa valeur patrimoniale
dans le sens le plus large que par l’immense parc qu’elle constitue, avec ses milliers de villages et ses
milliers de maisons éparses, et leurs paysages. C’est pour cela qu’il faut surtout prendre la sélection
faite comme un modeste échantillon du riche et dense univers des sites méditerranéens de
l’architecture traditionnelle.

Les sites retenus se repartissent dans le paysage à raison d’un quart en bord de mer, deux tiers en
plaine, plateau, colline et moins d’un dixième en moyenne et haute montagne. Concernant leur
population, on trouvera deux sites choisis parmi des villes de plus d’un million d’habitants, jusqu’à 25
sites retenus parmi des villages de moins de 5 000 habitants.

Si, sur le total des sites, l’agriculture, l’élevage et la pêche signifiaient à eux trois les trois quarts des
activités principales traditionnelles, aujourd’hui de nouvelles activités émergent et déplacent celles-ci.
Le tourisme et l’industrie représentent, pour 58 des 71 sites, des activités nouvelles émergentes.

Si l’on considère la santé de ces sites, la tendance théorique est plus favorable que pour les typologies
elles seules. Fait logique si l’on tient compte du fait que le site bénéficie globalement de certains
dynamismes et mécanismes qui ne favorisent pas forcément et en particulier l’architecture
traditionnelle du lieu. Néanmoins, une situation de stagnation est signalée sur 45 % des sites retenus.

C’est toujours avec les sites que l’on constate à nouveau les grandes différences entre les rives nord-
occidentale et sud-orientale. Différences de ressources économiques et humaines, d’expérience, de
formations spécifiques et de complicité d’une population sensibilisée et pouvant s’investir davantage
dans ces questions. Les différences existent aussi quant aux procédures administratives et à la
décentralisation, et quant à la marge de manœuvre et d’autonomie des pouvoirs locaux. Ce qui ne
signifie pas que des interventions pertinentes se produisent seulement sur une rive, car d’importants
projets sont mis en œuvre depuis des années sur les rives sud et est. Il faut ajouter à ces différences
structurelles les différences morphologiques des sites, leur état de conservation ainsi que leurs
potentialités et possibilités de réaction.

On peut constater aussi une tendance à l’augmentation des collaborations entre les deux rives, prenant
appui sur les sites, ce qui devrait permettre des échanges très souhaitables et bénéfiques.

Les sites retenus offrent un large éventail de possibilités et surtout une sérieuse expérience pour le
futur et pour la continuité du travail conjoint qui vient d’être entamé.

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Extrait du livre "Architecture Traditionnelle Méditerranéenne" - Chapitre 2 : Les Formes Architecturales

Notes :
(1) Sans rentrer dans l’exposé et l’analy se, impossibles ici, des différentes approches que des auteurs de disciplines diverses ont menés,
il reste utile de rappeler quelques-uns de ces termes : architecture populaire, vernaculaire, traditionnelle, primitive, anonyme, sans
architectes, spontanée,... La liste pouvant être longue et parsemée de termes tantôt fort pertinents, tantôt fort ambigus. Il faudrait avertir sur la
perversité de l’usage que l’on fait souvent du mot traditionnel en lui faisant correspondre sy stématiquement les sens d’archaïque ou désuet,
ce qui est faux et surtout dangereux, pour les corollaires malsains que cela peut engendrer, dans le domaine de la sauvegarde et de la
réintégration de l’architecture traditionnelle.
Libérés de topiques encombrants, il est utile de rappeler les propos de Jean Cuisenier : « Le fait tradition n’est pas exclusif des
temps passés et reculés, mais combien de pratiques sociales contemporaines répondent à une expression de la tradition populaire » , Jean
Cuisenier, La Tradition populaire, PUF, 1995.

(2) Tradition, du latin traditio, du verbe tradere qui signifie transmettre, remettre « ... la tradition constructive est à l’architecture ce que
la tradition orale est à la littérature... » exprime graphiquement Ortiz de Ceballos, Le Val d’Aran. Contenido de un paisaje. Cuadernos de
Arquitectura, 116.

(3) Le savoir-faire traditionnel s’est investi aussi dans les bâtiments publics (écoles, hôpitaux, marchés, caravansérails, barrages,...) et
religieux (mosquées, églises, tombeaux,...), produisant une architecture d’une grande beauté et sensibilité, et très efficace.

(4) L’espace méditerranéen est riche de constructions complémentaires. Citons à titre non exhaustif les puits, cabanes, moulins,
citernes, séchoirs, pigeonniers...

(5) Il va de soi que sont toujours présentées, indissociées et répertoriées, les unités constituées par une ou plusieurs maisons et différents
bâtiments associés à l’économie productive.

(6) Le puits était souvent la première construction que l’on entreprenait, car elle seule, selon les régions, pouvait permettre et garantir
l’établissement et la permanence dans les lieux. Albert Demangeon considère que l’eau represénte l’un des quatre facteurs (eau, défense,
activités productives, traditions ethniques) déterminants pour expliquer le groupement et la dispersion des maisons. A. Demangeon,
Problèmes de géographie humaine, A. Colin, 1947.

(7) Pierre George, Précis de géographie rurale, Presses universitaires de France, Paris, 1978.

(8) Selon les pay s, selon que l’on examine l’espace urbain ou l’espace rural, la limite de production du bâti préindustriel a des périodes
différentes : à partir du dernier tiers du XIXe siècle pour les grandes villes européennes, après le deuxième conflit mondial dans l’ensemble
de la zone ouest, après les indépendances au Sud et à l’Est méditerranéen, parfois épargné lui-même dans les années contemporaines.

(9) Parmi lesquels Le Corbusier, Wright, Sert, Aalto, Tange, Mies van der Rohe.

(10) « Considérée à tort comme architecture mineure par rapport à l’architecture des architectes, l’étude comparée de l’architecture
vernaculaire nous permet de reconnaître tous les aspects de la structure de l’espace construit avec plus de vérité, et moins d’emphase, parce
que le vécu y est beaucoup plus important. » Pr. Frédéric Aubry , Introduction à l’architecture vernaculaire, S. Guindani, U. Doepper, PPUR,
1990.

(11) Il ne faudrait pas confondre global et exhaustif. La vocation de ce projet n’ay ant jamais été de se substituer à la précision, au détail
et à l’échelle des excellentes monographies locales, existantes ou futures. Ce qui serait d’ailleurs impossible. En revanche l’approche globale
met en valeur ces localités, ces diversités, en les reliant dans ce grand habitat commun qu’est l’espace méditerranéen.

(12) Cette proposition pourrait rejoindre, de façon générique, celle de J. Robert, dans le sens d’une pluralité de critères de catalogage et
de compréhension du bâti. J. Robert, La Maison agricole. Essais de classification et définitions.

(13) Cela n’exclut pas qu’au cours de l’étude, les propositions et expériences menées sur le terrain de la classification par des auteurs
comme A. Demangeon, G. Aymonimo, A. Rossi, G.C. Argan, R. Grassi, parmi d’autres, ont été d’une grande utilité et toujours une
référence.

(14) Peut-être faudrait-il parler de matrice, car espace féminin par excellence et générateur de la vie du foy er.

(15) Ce qu’André Ravereau définit avec autant de richesse que de simplicité, pour la culture assise, comme « l’autre hauteur de la vie » .
La Casbah d’Alger, et le site créa la ville, A. Ravereau, Sindbad, 1989.

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Chapitre 2 - Fiche s Typologiques : ESPACES À HABITER. GES TES DE VIE

Les pages qui suivent tentent d’illustrer le discours qui jusqu’ici a essayé d’évoquer les traits
significatifs et caractéristiques tant des façons d’habiter que des espaces à vivre des territoires
méditerranéens. La variété est si grande et les nuances si nombreuses et importantes que ce chapitre ne
saurait être approché en plénitude sans le concours du CD qui accompagne cet ouvrage. La
présentation qui suit conserve le schéma à entrées multiples et la vision polyédrique de l’expression
traditionnelle d’une architecture méditerranéenne. Elle a davantage vocation explicative et descriptive
de faits et de gestes que volonté classificatrice de modèles ou d’objets. Dans la sélection des exemples
il ne faut chercher ni la singularité ni le cas exceptionnel. Au contraire c’est la normalité, le courant, le
quotidien qui ont guidé le choix. Bien entendu l’application de ces qualités est plus ou moins
pertinente selon le degré de vitalité actuel des différentes typologies. Autre contrainte acceptée
volontiers dans le choix : la présence ici ou là de tous les territoires ayant participé au projet CORPUS.
Cela a été nécessaire pour assurer une bonne distribution géographique des exemples, mais aussi pour
éviter le poids abusif des plus grands viviers, ou plus médiatisés, d’architecture traditionnelle. Cela a
aussi contribué tant à une attitude de pondération et de reconnaissance qu’à un bon équilibre
thématique, surtout pour le lecteur. Quant au nombre des exemples choisis, il a été fonction du
minimum nécessaire à illustrer graphiquement les idées exposées et du maximum d’espace disponible
que la taille de l’ouvrage et l’équilibre entre les différents chapitres nous permettaient.

C’est une invitation à une randonnée dans les plans et dessins, relevés et tracés aujourd’hui car la règle
jadis étant le geste direct sur chantier. C’est aussi une dégustation. Si elle réussit à éveiller l’intérêt et
la curiosité du lecteur pour une navigation dans la base informatique, une partie importante des
objectifs de ce travail, tout comme l’appétit pacifique et intellectuel de ce nouveau navigateur
méditerranéen, seront sans doute satisfaits.

« Au long des années, je suis devenu un homme de partout. J’ai parcouru des continents, j’ai
seulement un lien profond : la Méditerranée. Je suis un Méditerranéen, très fortement. »

Le Corbusier

IMPLANTATIO N SUR LE TERRITO IRE

« La Méditerranée n’a jamais été un paradis offert gratuitement à la jouissance de l’humanité. Ici il a
fallu tout construire, souvent avec plus d’efforts qu’ailleurs. » Avec ces mots, Fernand Braudel nous
situe dans la réelle tessiture du Bassin, où souvent habitat groupé et habitat épars ont été perçus en
antagonistes, comme d’ailleurs ville et campagne, et où toujours leur harmonisation n’est pas un fait
(ville radiale médiévale dans la vallée du M’zab, Ghardaïa, Algérie (1) et habitat épars dans le
Maestrat, Communauté de Valencia, Espagne (2)). Si le travail fourni sur les campagnes a permis la
naissance des premières villes et en a assuré le soutien, c’est la vitalité, l’essor et le rayonnement des
villes qui ont captivé les gens depuis l’Antiquité et ont façonné une image particulière de notre Bassin.
Laissons donc parler la pensée de différents Méditerranéens de tous temps qui ont approché avec des
perceptions diverses ce fait important qu’est la fondation de lieu.

« Celle que l’on appelle la ville est la principale communauté parmi toutes les autres, celle qui les
comprend toutes, suffisante, qui a tout pour y vivre bien » (Aristote).

« Lors de la fondation d’une ville, le choix d’un lieu sain sera la première des choses [...] après avoir
choisi des champs fertiles qui puissent la soutenir, ouvert les chemins, trouvé les rivières voisines ou
des ports ouvrant sur la mer,... » (Vitruve).

« L’homme est fait de façon naturelle pour la société ou la République, comme le démontre Aristote,
d’où il faut conclure que la formation de villes est incontournable à la vie de l’homme » (Saint
Thomas d’Aquin).

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Extrait du livre "Architecture Traditionnelle Méditerranéenne" - Chapitre 2 : Les Formes Architecturales

« Les habitants de la campagne se limitent au strictement nécessaire et n’ont pas les moyens d’aller au-
delà, tandis que les gens des villes s’occupent de satisfaire les besoins créés par le luxe et de
perfectionner leurs habitudes et leurs mœurs. La vie paysanne a dû précéder celle des villes. En effet,
l’homme pense d’abord à ce qui est nécessaire et doit se le procurer avant d’aspirer au bien-être » (Ibn
Khaldoun).

« La petitesse de cette patrie [la ville] immédiate ne nous sépare pas du monde, plutôt elle nous aide
mystérieusement à pénétrer dans les grands horizons de notre temps – l’Europe et la communauté
mondiale – allant au-delà des frontières les plus récentes des États nationaux » (L. Benevolo).

Paysage bouleversé en quelques décennies. Villes devenues métropoles. De grands réajustements


restent à faire, où l’architecture traditionnelle peut contribuer positivement et activement autant
comme un actif que comme une idée et un esprit. Comme un grand capital.

TO UTES HAUTEURS POSSIBLES

« Depuis l’apparition des premières formes archétypiques, l’habitat humain n’a cessé de se
différencier en une multiplication de typologies, chacune étant le fruit des processus de
perfectionnement culturel et d’adaptation à l’environnement, longs et laborieux. Cette multiplicité est
le produit le plus représentatif du monde spirituel et matériel de l’homme [...] chacun de ces
organismes a en soi-même une signification et une valeur culturelle allant au-delà du simple fait
esthétique et constructif. » Si cela est effectivement ainsi partout, dans la superficie somme toute assez
modeste du Bassin, les propos de Giancarlo Cataldi s’appliquent avec une densité et une intensité sans
égales.

La planche succincte d’exemples, qui ne prétend être davantage que le seuil du CD, montre déjà une
large gradation de réponses au souci de l’habiter et une riche diversité de langages et d’expressions
pour formuler et matérialiser l’habitat. Que ce soit en milieu rural et en habitat épars (Alella,
Catalogne, Espagne (1)) ou en habitat groupé et milieu urbain (Rashid en Egypte (2) ou Provence en
France (3)), les traces des métissages culturels, omniprésents en Méditerranée, comme les empreintes
et dépôts de chaque époque sont évidents (influences ottomanes en Afrique du Nord pour Rashid). Les
différences sont également nettes : si les pièces ont une grande polyvalence, dans la maison turque («
il est possible de s’asseoir, s’allonger, se laver, manger, même cuisiner dans chaque pièce » décrit
Reha Günay), il n’en est pas du tout ainsi par exemple pour la masia en Catalogne ou pour l’immeuble
en Provence, où les pièces sont strictement spécialisées.

Cette riche diversité démontre d’ailleurs que, dans la société de l’information et de consommation
actuelle, quelques modèles seulement sont médiatisés comme synthèse méditerranéenne, ce qui de
toute évidence est inexact et non souhaitable. Nombreuses seraient les personnes qui ne localiseraient
pas en Méditerranée certaines des typologies documentées, tant elles sont loin des stéréotypes
médiatiques. Fixés jusqu’à l’exagération sur l’élémentaire maison cubique chaulée, on oublie des «
miracles historiques », selon les mots d’Henry Glassie, comme c’est le cas de l’architecture
traditionnelle méditerranéenne turque dont on retrouve les traces à Rashid.

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Extrait du livre "Architecture Traditionnelle Méditerranéenne" - Chapitre 2 : Les Formes Architecturales

MAISO N ELEMENTAIRE

La maison refuge, la maison rangement, la maison toute simple et accueillant tous et tout s’adapte
parfaitement à une vie qui se déroule en grande partie en plein air pour des familles avec peu de biens.
Le module de base. La travée unique. Dès les premiers temps de la sédentarisation, on retrouve ce type
de maison. En Macédoine, des traces de maisons élémentaires anciennes de plus de huit mille ans, au
plan carré, aux angles bien arrondis, ont été retrouvées. Les formes nettement circulaires du toit
végétal conique existent toujours. La tendance au plan rectangulaire a été dans la plupart des cas un
pas dans son évolution. Les petites dimensions de la maison élémentaire permettent qu’elle présente
toutes les solutions en couverture : plate, conique, inclinée à un ou plusieurs versants, voûtée,... La
ségrégation personnes/animaux a apporté un changement significatif. Le tableau de Giovanni
Se gantini, Les Deux Mères (1889), nous raconte avec force cette promiscuité et complicité de tous les
habitants, personnes ou animaux, dans l’exiguïté de cet espace de base et minime que signifiait la
maison élémentaire. Aujourd’hui encore, bien qu’exceptionnellement, des scènes voisines peuvent être
retrouvées en quelques endroits du Bassin.

Dans les exemples ci-après, on peut voir une maison élémentaire dans la région d’Ouarsenis en
Algérie (1) qui, bien que ne disposant que d’une seule pièce, donc d’espace unique, commence à se
structurer et les activités localisées hiérarchisent et contribuent à définir une répartition intérieure de
l’espace global, mais encore immatériellement. La deuxième maison, dans les îles Baléares (2),
présente une unité spatiale sans équivoque. Dans ce deuxième cas on peut surtout constater
qu’élémentaire ne signifie pas forcément évolutif, ce type étant pour ainsi dire fini et fermé, sans, en
général, solution de développement.

MAISO N CO MPACTE/CO MPLEXE

Deux mots pour nuancer une même étape dans le développement de l’habiter. Les deux correspondent
à la maison aux espaces spécialisés, à une nette ségrégation personnes/animaux, bien que le partage
des espaces dans un même volume soit possible et compose la plupart du temps ensemble des
fonctions productives et résidentielles.

Dans la maison compacte, ces fonctions sont grou-pées et s’inscrivent dans un volume sans
discontinuité, parfois accidenté mais se projetant au sol comme une unité connexe et lisible. Certes la
frontière entre un bâtiment sans équivoque et un « groupe » à une unité centrale avec des adjonctions
est parfois subtile et compliquée. Cette métamorphose des structures originelles, par exemple
médiévales, est bien signalée par J. Miguel del Rey. L’idée de la maison compacte est bien illustrée
par l’expression populaire « sous un même toit » où tous les espaces spécialisés, toutes les fonctions,
tous les habitants et tous les produits trouvent leur place.

Bien que complexe soit utilisé souvent comme le pas suivant à élémentaire, ce mot est ici employé
comme une nuance de compacte. En effet, lorsque cette notion unitaire et de compacité « éclate », la
spécialisation se renforce par un étalement des volumes, souvent en discontinuité, parfois créant un «
ensemble » continu dont les dimensions dépassent l’« échelle maison » et génèrent une unité tant
d’habitation que de production. C’est en fait un « complexe ». Réponse au « régime des grandes
exploitations avec leur besoin de main-d’œuvre », comme constate P. Deffontaines, et que l’on
retrouve dans les plaines andalouses comme dans les vignobles du Languedoc.

Dans les exemples ci-après, maisons compacte à Murtosa, Portugal (1) ; maison compacte/complexe
dans le Lubéron, France (2) ; maison complexe avec « éclatement » des bâtiments à Montoro,
Córdoba (3) et maison complexe à Ain Lakova, Maroc (4).

Ce projet est financé par le programme MEDA de l'Union Européenne. Les opinions exprimées dans le présent document ne reflètent pas nécessairement la position de l'Union
Européenne ou de ses Etats membres.
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Extrait du livre "Architecture Traditionnelle Méditerranéenne" - Chapitre 2 : Les Formes Architecturales

MAISO N A PATIO

Depuis l’Antiquité le patio apparaît ou se transfère dans toutes les grandes civilisations
méditerranéennes. En effet ce west ed-dar (le centre de la maison) des peuples arabo-musulmans a
déjà centré la maison en Mésopotamie, en Egypte, en Phénicie, en Etrurie, chez les Grecs et les
Romains (dont la domus, probablement déjà héritière de synthèses indo-européennes, laissera
l’influence de son code dans le Moyen-Âge tant latin qu’arabo-musulman)... Patio qui a d’ailleurs été
une référence de tout premier ordre pour les grands architectes du XXe siècle et que Mies van der
Rohe notamment incorpore avec sagesse. Le parcours que chacune de ces maisons, à différentes
époques, a fait pour y parvenir n’a pas été certes le même : peut-être depuis le iwan probablement
anatolien pour les Etruriens, ou dans le sillage des millénaires maisons d’Ur pour la maison grecque à
Priène. L’expression finale à laquelle chaque culture est parvenue pour exprimer ce cœur domestique a
été aussi teintée de toutes les couleurs. Il reste cependant une même vocation, un même esprit, un
même sentiment que les mots de Georges Marçais pour-raient nous faire approcher : « On est chez soi
dans la maison, on est chez soi dans la cour, avec un morceau de ciel qui n’appartient qu’à vous. » Le
patio ne cache rien, il met en valeur l’intimité et se connecte avec le ciel, le spirituel, le cosmos. Il
défend l’intériorité autant que, dans l’Antiquité, il aidait à créer l’espace rassurant, domestiqué, dans
un paysage aux mille horizons inconnus et toujours secoués.

Les deux exemples ci-après, maison de la Casbah d’Alger et maison à Chefchaouen (Maroc), nous
montrent deux traits importants. Dans le cas de la Casbah (1), la force de la tradition et des mœurs
locales où, bien que l’on puisse retrouver des traces et gestes turcs, c’est le local qui l’emporte au
moment de modeler la maison qui, sous la contrainte d’espace du site, grimpe avec grâce et singularité
vers le ciel. Dans le cas de l’exemple du Maroc (2), cette architecture que l’on pourrait appeler d’aller
et retour, transitant entre le Maghreb et l’Andalousie, nous montre, harmonieusement composées,
couplées jusqu’à qua siment se fondre, toutes les traces de ces riches métissages méditerranéens.

MAISO N A COUR

Ce n’est pas un hasard si une langue précise comme le français n’a pas hésité à accueillir le mot patio
pour nuancer cet écart, parfois très subtil, parfois très net qui existe entre cour et patio. On retrouve
toujours la même vocation de confiner un morceau d’extérieur et de le rendre particulier, mais le
résultat est nettement moins dense et certainement plus ambigu. Certains aspects déterminent et
renforcent ces différences :

– l’échelle qui déforme autant les matérialités (corps du bâti, bâtis/individus,... que les immatérialités
(regards, voix,...),

– la position parfois décentrée de la cour par rapport au bâti (ce qui complique, voire empêche, la
relation d’égalité et d’équilibre entre les différents espaces et individus),

– la présence d’une clôture (c’est-à-dire l’absence de la continuité du mur à habiter, comme Hassan
Fathy définissait les pièces entourant le patio),

– la promiscuité et la quantité des activités (agricoles, productives) qui s’y déroulent comme celle des
individus (personnes, animaux) qui y cohabitent (ce qui génère une modulation toute différente et
singulière),

– et finalement le traitement de cet espace, du point de vue de sa composition comme de sa texture.

La cour, aussi bien dans l’exemple de la ferme à Chypre (1) (où la clôture, plus que le bâti, devient
décisive pour dessiner la cour) que dans la maison en Jordanie (2) (maison à cour quasi-patio), reste

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Extrait du livre "Architecture Traditionnelle Méditerranéenne" - Chapitre 2 : Les Formes Architecturales

une expression très commune dans toutes les régions et un geste sans équivoque de la volonté
d’apprivoiser l’extérieur et de récréer un espace propre. Même dans les constructions légères,
également dans les nomades, ce besoin se manifeste et diverses solutions sont mises en œuvre pour y
satisfaire. La cour reste certes l’évolution du geste primitif que tout homme essayait, à l’aide de
quelques cailloux, branches,... pour rendre personnel un morceau de l’anonyme espace total.

MAISO N A JARDIN

Malgré les pluies maigres et irrégulières de beaucoup de zones du Bassin aux paysages souvent
assoiffés, le jardin, les arbres, les fleurs et l’exubérance de couleurs et parfums domestiqués ont été
depuis l’Antiquité associés à l’habitat méditerranéen de façon plus ou moins excellente ou discrète.
Depuis les jardins de Babylonie, que les Grecs considérèrent comme l’une des Sept Merveilles du
monde, en passant par les jardins tant parfumés que productifs de la maison égyptienne, par ceux
accolés au péristyle romain ou par les grands jardins des villas d’été des pachas ou des raïs dans le
Maghreb, la maison méditerranéenne apprivoise d’abord l’espace, puis le Méditerranéen y répand
couleurs et arômes. L’économie traditionnelle trouve dans ce jardin, souvent plus grand en surface que
la maison, la jouissance, une efficace régulation bioclimatique, mais aussi sa survie. Des légumes, des
végétaux, des plantes qui guérissent et toujours des fruits étoffent et complètent cette oasis
particulière.

La maison à jardin de Mugla, T urquie (1), ci-après, et en général la maison turque déclinent
parfaitement cette notion de jardin complet dans ses fonctions et généreux en beauté et en exubérance.
La maison s’élance sur le jardin à travers son sofa qui ouvre la maison tous azimuts sur celui-ci.

Ce n’est sûrement pas un hasard si c’est en T urquie que cette maison à jardin, qu’elle soit modeste ou
noble, s’exprime avec plénitude. Les influences des civilisations situées au-delà de la Méditerranée
orientale n’y sont pas pour rien. Les jardins de soie des tapis, les beaux carrelages floraux ou les
miniatures coloriées des livres médiévaux perses, où la maison à jardin représente le « paradis », nous
indiquent une source généreuse. Soliman le Magnifique, sous la direction de qui une remarquable
synthèse des traditions turques, islamiques et européennes a été produite par ses artistes et penseurs,
écrivait : « ... si tu espères être admis au jardin du Paradis pour y trouver l’amour et la grâce. »

MAISO NS HIVER/ETE

« L’été, la tente est trop chaude, les flij donnant de l’ombre mais n’arrêtant pas la chaleur. Aussi les
semi-nomades la plient et lui préfèrent une hutte légère faite de diss sur une carcasse de branchages, le
khoçç. Ainsi avons-nous rencontré près de Bir Amir 17 khoçç de la fraction des T rarma installés là au
mois d’août, alors que nous les avions trouvés vingt kilomètres à l’est et sous la tente, fin mars. » Ces
quelques lignes d’André Louis illustrent richement cette minutieuse adaptation de la maison
méditerranéenne aux saisons mêmes. Depuis l’Antiquité, nombre de documents ont décrit la maison
d`été, la maison de campagne, souvent contrepoint des mondes rural et urbain. Pline écrivait dans ses
Epistolae : « ... Pas de protocole, pas d’impertinents à la porte, tout est tranquille et calme, la bonté du
climat rendant le ciel plus serein et l’air plus pur, je sens mon corps plus sain et mon esprit plus libre...
» Bien que très loin du cadre luxueux de T usci décrit par l’historien romain, les exemples de Ghardaïa
en Algérie (1. 2.) et de Sfax en T unisie (3. 4) nous ramènent aussi à une ambiance où le calme, la
jouissance et un certain relâchement des mœurs et de la rigidité urbaines sont fortement présents et
rendent le moment de cette transhumance saisonnière attendu et désiré.

Notons dans le cas de Ghardaïa la déformation que subit le plan de la maison d’été. Installée en plein
cœur de la palmeraie, que les mozabites ont créée en faisant pousser depuis le premier jusqu’aux plus
de sept cent mille palmiers actuels, la maison s’adapte et surtout se profile à travers ces palmiers en les
respectant, les intégrant souvent dans le patio. Ils deviennent ainsi des habitants à part entière, chéris et
gâtés.

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Extrait du livre "Architecture Traditionnelle Méditerranéenne" - Chapitre 2 : Les Formes Architecturales

Dans le cas de Sfax, la maison d’été, en campagne, loin de la protection de la médina et dans ce cas de
ses remparts rassurants, prend elle-même la forme d’une forteresse. Son nom en arabe, bordj, renvoie à
cette idée de fortification. Son volume compact, ses façades quasiment closes autant que ses
franchissements voûtés définissent sans ambiguïté cette idée. Dans les deux cas, bien que porté à la
surface minimale, le patio reste omniprésent.

MAISO N ET DEFENSE

Même si nous ne disposions pas de récits historiques, l’architecture traditionnelle méditerranéenne à


elle seule nous permettrait de reconnaître une histoire du Bassin bien jalonnée d’invasions et de
bouleversements, tant le souci défensif y est présent partout et en tous temps.

Une grande variété de solutions a été mise en œuvre pour tenter de garantir la sûreté et la défense de la
maison ou de la ville. Depuis l’Antiquité, les remparts ont été un recours, toujours utilisé ; c’est la
ville/protection, sous ses différentes formes selon les civilisations et les époques. Le seul groupement
devenait déjà rassurant. Quand il s’agissait de l’habitat épars, il tendait à devenir maison forteresse.
Dans les deux cas le camouflage et une certaine inaccessibilité contribuaient à la performance. Il n’est
pas rare de retrouver (surtout en bord de mer) des villages dédoublés, à l’intérieur pour les temps des
pirateries, sur le littoral pour les temps d’un certain calme. Le guet restant toujours présent,
conditionnant beaucoup d’emplacements comme façonnant nombre de typologies.

Mais si se recroqueviller sur soi-même dans la ville fortifiée ou dans la maison forteresse a été le geste
et la stratégie répétés des sociétés sédentaires, ils ne sont pas pour autant les seuls. Les sociétés
traditionnellement nomades portent un regard tout à fait différent sur la question. Dans son Histoire
des T urcs, Jean-Paul Roux décrit clairement cette autre option : « Fascinés par la vie sédentaire, c’est
plutôt contre son attraction, lourde pour eux de périls, qu’ils ont dû se raidir. On le vit dès le VIIIe
siècle, quand Bilge Kaghan, désireux de bâtir une ville et de s’y enfermer, céda non sans peine aux
abjurations de son conseiller T onyukuk, qui jugeait que les villes étaient une menace pour la pérennité
de l’empire. »

Dans les exemples ci-après, maison-tour à Vathia, Mani, Grèce (1), et ferme avec tour médiévale à
Huerta de Murcia, Espagne (2).

MAISO N EVO LUTIVE/DEFINITIVE

Deux cheminements dans la conception et la matérialisation de la maison : l’un embryonnaire et


l’autre complet. En effet, on retrouve en Méditerranée autant la maison qui à partir d’une matrice
élémentaire de base évolue par la multiplication de celle-ci, que la maison naissant finie et complète
selon le modèle correspondant (exemples d’Acco, Israël (3) et Bodrum, T urquie (4)). Dans le premier
cas, elle tend à compléter un certain programme ou état définitif qui en général n’est pas dépassé et qui
est bien autre chose que l’agrandissement d’une maison. Dans le deuxième cas, elle va difficilement
suivre des modifications significatives.

Ce terme évolutif peut prendre selon les cas des caractères ambigus, voire équivoques. Les deux
exemples ci-après nous montrent deux cheminements aux différences sensibles. Dans le cas du
Makrinari à Chypre (1), on passe d’un module de base à une seule travée, à la surface discrète et à
l’espace non spécialisé, à un espace qui se spécialise au fur et à mesure, qui multiplie ses travées, qui
augmente sensiblement sa surface au sol et qui, sans modifier l’« étalon » des travées, au moyen d’arcs
diaphragmes, parvient à réussir la libération de grands espaces et donc en quelque sorte la disparition
de la multiplication du module de base. Il ne s’agit donc pas là exclusivement de multiplier une unité,
mais de générer un nouvel ensemble à habiter qui comporte de nouveaux espaces, de nouvelles
fonctions aussi bien que de nouvelles techniques. « D’un espace à usage non différencié, qui assure et

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assume toutes les fonctions (...), le type base, on sépare peu à peu les fonctions que l’homme a
considéré progressivement qu’il devait séparer, octroyant à chacune un espace propre... » explique G.
Caniggia.

Quant à la maison de Safsafat au Maroc (2), c’est le déroulement d’un tout acquis culturellement et
traditionnellement qui naît et se produit au fur à mesure des besoins et des possibilités à partir d’un
module de base : la bit (chambre ou pièce) se multiplie, sans changement ni du module ni des travées,
conservant subtilement dans cette multiplication sa polyvalence , et elle remplace petit à petit la
clôture par des murs à habiter, renfermant la cour non plus par de la maçonnerie mais par de la vie,
elle aussi multipliée.

MAISO N NO MADE/TRO GLO DYTIQ UE

En arabe on peut désigner les nomades par l’épithète rahâla dont la racine signifie se déplacer. C’est
bien l’idée exprimée par A. Louis : « la tente est l’élément mobile par excellence, l’habitation des
terres de parcours. » Ibn Khaldoun écrivait : « ... il vit sous la tente, il élève des chameaux, il monte à
cheval, il transporte sa demeure d’une localité à l’autre, il passe l’été dans le tell et l’hiver dans le
désert,... » Pour le nomade, seul ce mode de vie mérite d’être vécu. La vie villageoise étant pour lui,
tel un emprisonnement, une certaine dégradation spirituelle et matérielle. Aux yeux des nomades,
selon Ahmed Najah, les villageois sont perçus comme des « souris domestiques ». La tente, formée
par de longues bandes tissées et cousues par les femmes, est dressée à l’aide de poteaux de bois et
tendue à l’aide de cordes nouées à des piquets enfoncés dans le sable. L’intérieur est divisé à l’aide de
tapis ou de sacs de provisions en deux espaces, hommes et femmes.

Si la tente est la légèreté (ici tente et campement en Palestine (1)), la présence éphémère bien que
ponctuellement reproduite chaque saison, l’habitat troglodytique signifie le plus intime des
accouplements de l’homme à la terre, la « tanière », traduction du mot jhar par lequel est désignée la
maison à Matmata. Entre les deux, un riche parcours d’habitats (huttes à branchages, habitats semi-
troglodytiques,...) parsème le cheminement du nomadisme à la sédentarisation où deviennent
perceptibles tant le tâtonnement que la résistance à abandonner un mode de vie cher.

Le plan d’une maison à Matmata, T unisie (2), avec ses trois parties fondamentales, l’entrée, le Bassin
et les pièces, illustre la grande spécialisation et la profusion d’espaces autour du mihres (sa traduction,
mortier, évoque sa morphologie) où plusieurs des pièces sont même suivies d’une alcôve ou d’une
salle pour les réserves. Dans les régions où ces habitats sont investis par des populations totalement
sédentarisées, un aménagement soigné et confortable est bien présent.

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