Tourisme Durable à Saint-Louis
Tourisme Durable à Saint-Louis
A mes parents Mapathé SARR et Coura DIOP. Que le Paradis soit votre demeure
éternelle.
A ma chère et tendre épouse Aïcha et à ma fille Ndèye Coura, mes deux complices
(pour votre amour et votre patience). A mon fils Mohamed El Moustapha (le petit Momo),
merci pour le bonheur immense que tu procures à la petite famille (mon nouveau vrai
complice).
A ma chère Christine SALOMON alias Mémé K., pour ton amitié et ton soutien
(conseils et documentation).
A mon ami, confident et plus que cher frère Ndick FAYE (Mike, le généreux, le
véridique, le constant). Merci pour ton affection, celle de ton épouse, de tes enfants et du
quartier de Mboubane de Fatick, Mboubane la fraîcheur, fief de mes plus beaux souvenirs de
lycéen sous le citronnier en compagnie de mon ami Amath NIANG qui aimait tant me
taquiner.
A mes chers frères et sœurs, cousins et cousines. Mention spéciale à Moustapha SARR,
Alioune Badara SARR, Cheikh Tidiane SARR, Cheikh Adramé DIOP, Fatou SARR.
A l’éminent savant Cheikh Anta DIOP, l’étoile qui a éclairé le chemin pour tout jeune
chercheur désireux d’accéder à la vérité par sa propre investigation.
i
REMERCIEMENTS
Une thèse est, certes, un travail d’accomplissement individuel, mais c’est aussi une
œuvre éminemment socioprofessionnelle qui requiert, à ce propos, un appui moral et parfois
matériel dans l’entourage du doctorant. Ce soutien ne nous a pas fait défaut dans le présent
travail. Ce dernier a été réalisé avec le concours précieux et constant de plusieurs acteurs.
Sont de ceux-là :
Le professeur Boubakar LY, plus connu à l’UCAD sous le nom plus que familier « Pa-
LY », notre père spirituel. J’ai suivi plusieurs cours d’éminents professeurs, mais c’est le
professeur LY qui m’a appris la sociologie. J’ai fait mes premiers cours d’anthropologie et de
sociologie avec lui sans oublier la direction de mes mémoires de maîtrise, de Diplôme
d’Etudes Approfondies (DEA) et les premières années de ma thèse de Doctorat. Cet
honorable professeur a fait preuve d’un amour réel envers les étudiants et d’un dévouement
sans faille pour le rayonnement du département de sociologie de l’Université Cheikh Anta
DIOP de Dakar.
Le professeur Moustapha TAMBA pour les conseils et les orientations qui m’ont été
d’un grand apport. Merci pour tout professeur.
Le professeur Paul DIEDIOU, l’un des premiers à avoir corrigé mon projet de
recherche pour la thèse. Je me souviens des remarques pertinentes et des orientations éclairées
(surtout bibliographiques) qui m’ont beaucoup aidé dans la circonscription de mon champ de
recherche. Merci à vous professeur.
Le professeur Ibou SANE qui m’a toujours encouragé et conseillé d’aller jusqu’au
bout.
ii
Le professeur Lamine NDIAYE pour ses questions- rappels et ses conseils.
Le Dr Abdoul Wahab CISSE, le Dr Bouna FALL à tous les aînés de la sociologie qui
m’ont apporté leur soutien. Merci pour les conseils et observations utiles.
Les camarades de l’URIC, Bona, Henry, Alpha, Fouda, Demba, Maïmouna (ma belle-
sœur).
Mes amis de Fass (le gang pacifique) pour les moments inoubliables passés ensemble
qui m’ont permis de toujours bien récupérer, me ressourcer dans un cadre presque familial
après des journées de terrain et de recherches : David, Gabriel Moussa (mon ami gamassist),
Mbaye (Sangay) Gabriel Diaga (Robin Cook), Paul Waly (Paolo), Alphonse Ndane (mon
« chauffeur particulier», Antoine Diagne (Tony), Alphonse (Kala), sans oublier nos douces
amazones (Thérèse, Clothilde, Rose, Mame Mbacké).
Aux directeurs associés de la Zone Nord (mon grand frère Adama DIALLO et son
associé M. Cheikh Tidiane CAMARA).
iii
M. Amadou Lamine DIOP, proviseur du LEPAC.
Le grand frère et ami Mokhsine NDIAYE, merci pour les rappels et les prières dans la
simplicité.
Monsieur Jean Jacques BANCAL qui a bien voulu m’accorder des heures et surtout
répondre à mes questions avec une générosité et une disponibilité à saluer.
Madame Nafi DIEYE de l’hôtel de la Résidence qui m’a facilité les rendez-vous à
l’hôtel de la Résidence et à Sahel Découvertes.
Tous les collègues du groupe ISM avec une mention spéciale au grand frère Ibrahima
KEITA qui m’a toujours encouragé.
Le Dr Mansour SENE pour la pertinence des observations qui ont été d’excellents
conseils lors des dernières corrections.
iv
SOMMAIRE
SOMMAIRE .......................................................................................................................................... vi
Liste des tableaux ................................................................................................................................. xiii
Liste des photos .................................................................................................................................... xiv
Liste des graphiques ............................................................................................................................. xiv
INTRODUCTION GÉNÉRALE ............................................................................................................. 1
PREMIERE PARTIE : CADRES THÉORIQUE ET MÉTHODOLOGIQUE ..................................... 12
CHAPITRE I : CADRE THÉORIQUE ............................................................................................. 13
CHAPITRE II : CADRE MÉTHODOLOGIQUE ........................................................................... 135
DEUXIÈME PARTIE : TOURISME INTERNATIONAL, POTENTIALITÉS TOURISTIQUES DU
SENEGAL EN GÉNÉRAL ET DE LA COMMUNE DE SAINT-LOUIS EN PARTICULIER ....... 160
CHAPITRE III : GÉNÉRALITES SUR LE TOURISME INTERNATIONAL ET GROS PLAN
SUR LE SÉNÉGAL ........................................................................................................................ 161
CHAPITRE IV : MONOGRAPHIE DU CADRE SPÉCIFIQUE DE L’ÉTUDE - LA COMMUNE
DE SAINT-LOUIS .......................................................................................................................... 209
TROISIÈME PARTIE : PRÉSENTATION-ANALYSE ET INTERPRÉTATION DES DONNÉES
(STATISTIQUES ET REPRÉSENTATIONS SOCIALES (RÉCITS DE VIES- ENTRETIENS)) ... 238
CHAPITRE .V : TOURISME ET DÉVELOPPEMENT DURABLE DANS LA COMMUNE DE
SAINT-LOUIS : ANALYSE DU PROFIL DES ACTEURS ET DES DIMENSIONS SOCIO-
ÉCONOMIQUES DU PHÉNOMÈNE ............................................................................................ 239
III.3.Les Petites et Moyennes Entreprises (PME) jouent un Rôle important et ainsi occupe une place
importante dans l’économie de la Commune ...................................................................................... 250
Pouvez-vous me parler du rapport entre matériaux locaux et étranger utilisés dans vos travaux ? ..... 255
CHAPITRE VI : INTERPRÉTATION DES REPRÉSENTATIONS SOCIALES (RECITS ET
HISTOIRES DE VIE-TÉMOIGNAGES) ....................................................................................... 268
CONCLUSION GÉNÉRALE ............................................................................................................. 370
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES ............................................................................................ 376
Annexes ............................................................................................................................................... 386
TABLE DES MATIERES .................................................................................................................. 412
vi
GLOSSAIRE DES EXPRESSIONS EXTRA FRANCAISES
Am am : avoir
Baax : (Ku baax) : Celui qui est bon, un être bon, gentil
Barsa : Barcelone
Barsaq : L’au-delà
Cebu jaga : Riz au poisson de couleur rouge avec des boulettes de farine de poisson ou de
viande
Doli ndar : Ce sont lesrésidents de Saint-Louis venus des autres localités du pays ou même
des autres pays. Tout saint-louisien d’adoption est ndoli ndar. On les appelle ainsi par
opposition aux domu ndar qui sont eux les Saint-Louisiens de souche.
Gaal : Pirogue (Sunugaal (notre pirogue) qui a donné le nom du pays « Sénégal ».
Ganila : Pour désigner, de façon codée,les billets de dix milles (10 000) francs CFA dans ce
milieu où le paralangage est souvent utilisé (codes, signes, gestuelles) face à l’impossibilité
souvent d’utiliser le langage verbal, source de sanctions ou de menaces.
vii
Guet ndar : Langue de Barbarie (en Wolof)
Signares : Ce sont les métisses issues des mariages entre colons blancs et femmes du peuple
(c’est-à-dire les négresses Saint-Louisiennes)
Mbaax : Bonté
Mame Kumba Bang : Ancêtre, totem, esprit de la ville de Saint-Louis à l’instar de Mame
Mindiss pour Fatick, Mbossee pour Kaolack et Mame Kumba Lamba pour Rufisque.
Mbaraan : Expression wolof qui désigne l’activité d’une femme qui collectionne les amants
avec un des prétendants qui est considéré comme le véritable copain. Les autres sont utilisés à
des fins matérielles ou financières. C’est une forme de prostitution clandestine (échanges
sexe, argent, cadeaux, restaurant…).
Mbaxal : Peut signifier au sens propre riz à la patte d’arachide non grillée et au sens figuré est
synonyme de mbaraan (infidélité)
Niex : Sauce au sens propre mais ici, au sens figuré, signifie sperme
Ndar : Saint-Louis
viii
Njangane : Enfant envoyé par sa famille étudier dans une autre ville
Rokki mi rokki : Expression peul qui signifie échange « gagnant gagnant ». Ce que les
anglophones appellent « win win ».C’est le don réciproque. Phénomène qui peut être comparé
au « don » du sociologue Marcel MAUSS. Ce dernier considère le don comme une forme
archaïque de l’échange. Il é été repris par l’ethnologue Claude LEVI-STRAUSS. Il s’agit
d’une forme d’échange, c’est un don comme fait total.Chacun donne et reçoit.1
Séné gaulois : Un néologisme du milieu qui désigne un(e)Touriste (de préférence français
(e)) qui connaît bien la destination Sénégal pour y avoir séjourné au moins une fois avant le
séjour en cours.
Settlu2 : Concept wolof conçu et opérationnalisé par le Professeur Abdoulaye NIANG pour
désigner « l’observation dissimulée ».
Suxali : Développer
Topp : Suivre, accompagner (d’où le terme du sens commun, Topp tubab, pour désigner un
guide touristique ou un antiquaire)
ix
Tubey : Pantalon
Tekki : Réussir
Tukki : Voyager
Xalis : Argent
Wecett : Monnaie
Yaru : Courtois
x
GLOSSAIRE DES SIGLES ET ACRONYMES
DR : Docteur
EP : Enquête Personnelle
PR: Professeur
SL: Saint-Louis
URIC: Observatoire pour l’étude des Urgences, des Innovations et des mécanismes du
Changement social
ZN : Zone Nord
xii
Liste des tableaux
Tableau 1 : Top 20 des arrivées internationales de 2000 à 2010 (millions) ........................................ 113
Tableau 2 : Poids du tourisme comparé à d’autres branches de l’économie française en 1999 (en
milliards d’euros) (appréciation à partir de la valeur ajoutée brute, directe pour le tourisme) ............ 116
Tableau 3 : Evolution du taux d’accroissement moyen annuel des arrivées de touristes internationaux
............................................................................................................................................................. 118
Tableau 4 : Répartition des régions du monde selon les arrivées du tourisme en 2000(en %). ........... 121
Tableau 5: Répartition des régions du monde selon les recettes du tourisme en 2000(en %) ............. 121
Tableau 6: Classement des cinq premiers pays récepteurs du tourisme international en 2000............ 122
Tableau 7: Les personnes interviewées avec un guide d’entretien (individuel) .................................. 150
Tableau 8: Focus group avec l’Association des Guides et Amis du Patrimoine) ................................ 153
Tableau 9: Focus group avec des touristes .......................................................................................... 154
Tableau 10: Focus group avec les vendeurs de fruits .......................................................................... 155
Tableau 11 : Focus group avec les vendeurs d’objets d’art (antiquaires) ............................................ 156
Tableau 12 : Présentation de la population de l’enquête quantitative (questionnaire)......................... 157
Tableau 13:Evolution des arrivées internationales dans les principales destinations (NB : Les
pourcentages correspondent à la part de marché du regroupement de pays) ....................................... 173
Tableau 14: Top 20 des arrivées internationales dans le monde entre 2000 et 2010 (Millions) .......... 176
Tableau 15 : Top 20 des recettes touristiques internationales dans le monde, 2000 et 2010(Milliards de
dollars américains) .............................................................................................................................. 177
Tableau 16 : Variation des arrivées internationales entre 2000 et 2010 ............................................ 179
Tableau 17 : Part de marché des régions émettrices de voyageursinternationaux en 2000 et en 2009 180
Tableau 18: Classement des pays émetteurs en matière de dépenses touristiques à l’international .... 184
Tableau 19 : Évolution du tourisme à Saint-Louis de 1992 à 2001 ..................................................... 223
Tableau 20:Nature de l’entreprise ...................................................................................................... 243
Tableau 21: Catégorie de la structure ................................................................................................. 245
Tableau 22: Date de création de la structure selon la catégorie ........................................................... 246
Tableau 23 : Nature du Lien avec le propriétaire ................................................................................ 248
Tableau 24: provenance des produits ................................................................................................. 252
Tableau 25: Provenance des produits et bénéfice annuel ................................................................... 253
Tableau 26: Catégorie de la structure et autres investissements .......................................................... 255
Tableau 27:Menuiserie ........................................................................................................................ 257
Tableau 28: La plomberie ................................................................................................................. 258
Tableau 29: Données sur le type de main-d’œuvre (Local/Etranger) utilisée dans l’aménagement .... 259
Tableau 30 : Type de véhicule x Provenance des véhicules ................................................................ 260
Tableau 31:Type de pêche et saison .................................................................................................. 261
Tableau 32: Outils de chasse selon les endroits de chasse ................................................................. 261
Tableau 33:Articles et origines des matières premières ...................................................................... 262
Tableau 34: Paiement des taxes selon la catégorie de la structure ...................................................... 262
Tableau 35: Mobilité sociale (Père/Fils) ............................................................................................. 269
.
xiii
Liste des photos
Figure 1 :Vendeuse de fruits (île de Saint-Louis, Nord à côté de la Rosa) ......................................... 136
Figure 2: Vendeuse de colliers d’art à base de tissu wax (île de Saint-Louis, Nord devant l’hôtel de la
Résidence ............................................................................................................................................ 137
Figure 3:Bar L’embuscade café ......................................................................................................... 139
Figure 4:Devanture de la discothèque Iguane café .............................................................................. 140
Figure 5: Restaurant Bar Harmattan- (avec chambres) (île, nord)...................................................... 141
Figure 6: Nimzatt Galerie ................................................................................................................... 142
Figure 7: Conducteur de calèche ......................................................................................................... 143
Figure 8: Focus group avec le personnel du Flamengo ....................................................................... 144
Figure 9: Carton d’Invitation au dîner-débat du 21juillet 2017 sur le tourisme .................................. 183
Figure 10: Un dépôt d’ordures photographié à partir de la fenêtre d’une maison d’hôtes .................. 205
Figure 12: Reprise d’une Signare : aquarelle de l’Abbé David BOILAT ........................................... 272
Figure 13: Echanges avec BARRY « fruits » alias « Bari banana ».................................................... 311
Figure 14: PATHÉ Chaussures (Pate Dale) ........................................................................................ 313
Figure 15: L’île de Saint-Louis (vue aérienne) Figure 16 : Une colonie d’oiseaux du Nord ............. 347
Figure 16: Devanture de l’Hôtel de la Poste....................................................................................... 348
Figure 17: Des vues à partir de la chambre 219 ................................................................................. 349
Figure 18: La grande Cathédrale (Ile, sud) Figure 19: La Grande Mosquée (Nord) .................... 350
Figure 20: Le pont FAIDHERBE ....................................................................................................... 350
xiv
INTRODUCTION GÉNÉRALE
L’industrie touristique est- elle facteur de développement durable dans la Commune de
Saint-Louis ? Les activités du secteur engendrent- elles des impacts viables en termes de
croissance économique, de développement socioculturel et d’équilibre environnemental ? La
présente recherche s’articule autour de ces questions de départ auxquelles nous avons tenté de
répondre.
Les organisations touristiques sont, de nos jours, des entités dynamiques qui suscitent
un réel intérêt scientifique pour les spécialistes des sciences sociales. Une entreprise
touristique qu’elle soit un hôtel, une auberge, une résidence, une agence de voyage ou un
restaurant implique toujours à la fois plusieurs parties prenantes. Il s’agit des promoteurs, de
l’appareil Etatique, des touristes, des employés, des populations locales, des spécialistes, des
experts etc. Ce qui engendre des relations humaines. Le tourisme devient donc un objet par
excellence des sciences sociales et humaines comme la géographie, l’anthropologie,
l’économie et surtout la sociologie. Ainsi, l’intérêt scientifique de ce domaine n’est plus à
démontrer.
Le tourisme étant une activité du secteur tertiaire et non du secteur industriel classique,
l’appellation « Industrie touristique » poserait problème aussi bien au niveau terminologique
qu’empirique. Il est difficile de délimiter son champ d’investigation. En ce qui concerne le
terme « industrie », c’est un phénomène qui exige des matières premières, des moyens et un
mode de production, des acteurs qui respectent un processus de création de valeurs. Ce qu’il
est difficile de reproduire en tourisme sans tordre le cou à certains aspects. Par rapport à la
recherche empirique, le tourisme peine également à se trouver un terrain spécifique. Cette
situation est surtout constatée en sociologie. Ce qui correspond à une question qui revient :
3
Georges CAZES, Dans les turbulences de la globalisation touristique, in Tourisme, éthique et développement
de Pierre AMALOU, Hervé BARIOULET et François VELLAS, Harmattan, Paris, 2001, page 107.
4
Idem
1
quel terrain spécifique pour une sociologie du tourisme ? Une interrogation ou inquiétude qui
trouve sa raison, selon certains chercheurs, dans le fait que tout sur le fait touristique serait
déjà étudié par les environnementalistes, les géographes et les économistes.
Au-delà des réserves, évoquées un peu plus haut, le tourisme comme objet de science a
suscité beaucoup d’indignation de la part de plusieurs chercheurs classiques. Une revue des
travaux nous fait constater l’existence d’une tradition, d’une culture de dénonciation
systématique du tourisme de masse à l’échelle mondiale.
A y voir de plus près, ce n’est pas l’activité touristique en tant que telle qui est rejetée
mais plutôt sa « démocratisation ». En d’autres termes, le tourisme de masse gène. Le
tourisme pour tous dérange. Plusieurs thèses ont été soutenues par les uns et les autres, avec
de riches oppositions théoriques. Toutefois une question demeure : que reproche-t- on au
tourisme exactement ? Quels sont les griefs faits aux chercheurs du fait touristique ? Et plus
précisément, quelles sont les critiques formulées à l’endroit des spécialistes de la perspective
sociologique, des sociologues du tourisme ?
Pour aller vite, je dirai que les chefs d’accusation concernant le tourisme
international peuvent se résumer ainsi :
- Il est soupçonné d’usurper une fonction d’ethnologue. C’est un amateur
d’un exotisme de pacotille.
- On l’accuse de dévoyer l’art du voyage ; SEGALEN, BARTHES,
BOORSTIN ridiculisent les prétentions esthétiques du touriste.
- On lui reproche ses excès divers et ses comportements irresponsables (la
pollution, la profanation de monuments, la prostitution6). Il perturberait par
sa seule présence l’équilibre écologique, culturel et cultuel des pays
ensoleillés mais pauvres.
- Il n’apprend et ne retient rien de ses voyages, il succombe plus aux plaisirs
de la chair qu’au syndrome de STENDHAL. Il est rabelaisien alors qu’on le
voudrait proustien. Aussi, faut-il l’éduquer.
Cette réponse fait ressortir quelques dimensions socio-anthropologiques du tourisme. Ce
dernier est passé du détail social au construit sociologique. C’est un phénomène social
devenu un champ de recherche. Ainsi, il acquiert un nouveau statut épistémologique. Ce qui
expliquerait d’une certaine manière un pesant passé historique et même épistémologique dont
ont souffert les chercheurs spécialistes de l’objet qu’est le fait touristique. Il s’agit d’un réel
5
Rachid AMIROU, 2000, L’impossible vacance : jeu social, jeu sociétal in Le tourisme local : une culture de
l’exotisme, Paris, Edition L’Harmattan, page 15.
6
Ce que nous appelons les 3 P (Pollution-Profanation-Prostitution).
2
malaise dont souffre encore le fait social total du tourisme pour² reprendre un terme cher au
sociologue Marcel MAUSS7.
Fait polémique de par son étymologie et son emploi au sens figuré pour désigner
l’activité de l’amateur non éclairé, le tourisme a durablement souffert de connotations
futilescomme en témoignent plusieurs critiques.
Les premiers sociologues (les précurseurs) ont été considérés, par les spécialistes des
autres domaines des sciences sociales (économistes et géographes), comme « des touristes »
de la recherche, des « flâneurs », des « rodeurs ». C’est-à dire les spécialistes des « restes » et
nous dirons même des « restes des restes »8. Il faut signaler, à ce propos, que la sociologie
auparavant, s’est vu refuser un droit de cité par les spécialistes d’autres domaines du social
comme l’économie. Un rejet que le sociologue économiste Richard SWEDBERG a analysé
dans son ouvrage une histoire de la sociologie économique.
Tout milite dans leurs théories pour une suppression pure et simple du droit pour tous au
voyage. Pour eux, il faut réserver ce privilège à une élite. Ce que certains appellent les
« voyageurs parfaits ». Ces constats renvoient au tourisme comme élément de « distinction
sociale », de « reproduction sociale ». Ici nous empruntons des termes chers au sociologue
Pierre BOURDIEU 13 pour faire référence à une réalité, une manière d’appréhender le
touristique.
7
Marcel MAUSS qui a forgé le concept de « phénomène social total » pour faire ressortir le caractère complexe
des faits sociaux.
8
Terme cher à Richard SWEDBERG in Histoire de la Sociologie économique
9
Op. cit. Rachid AMIROU et Philippe BACHIMON, p. 16.
10
H. M. ENZENSBERGER, 1965, Une théorie du tourisme, in Culture ou mise en condition?, Paris, Julliard.,
cité par AMIROU et BACHIMON, en 2000, page16.
11 11
Jean BAUDRILLARD en 1970 , De la société de consommation, Paris, Denoel, idem, page 16.
12
BARTHES, 1970 (1957), Mythologies, Paris, seuil ; et 1961, Pour une psychosociologie de l’alimentation
contemporaine, Annales ESC, N°16, Paris.
13
Pierre BOURDIEU, 1979, La Distinction sociale, Paris, Minuit. Idem, page 225.
3
Ainsi, face à ces critiques, il convient encore de nous interroger avec les auteurs : quel
serait fondamentalement le modèle comportemental du touriste parfait (le « bon touriste ») ?
Et objectivement, que fait l’homme quand il pense voyager ?
Qu’est-ce qui différencie, par exemple, l’africain américain qui quitte son pays pour
découvrir l’Ile de Kounta KINTE14dans les bolongs du fleuve Gambie de son compatriote qui
fait le voyage pour rendre visite à un cousin qui réside à Serekunda toujours dans le même
pays ? Quelle est la différence entre aller rendre visite à un ami en pays Bassari à l’Est du
Sénégal et aller y passer ses congés dans un campement touristique ? En quoi venir à Saint-
Louis pour les deux rakkas du début du mois de septembre, pour contempler le pont
Faidherbe, visiter la Mosquée El Hadj Omar TALL (mosquée à la cloche) diffère-t-il de faire
un voyage simple pour un besoin ponctuel (par exemple se faire établir un extrait de naissance
pour un natif de la Commune de Saint-Louis) ?
Des questions simples qui paraissent même banales mais que nous jugeons plus
qu’intéressantes et sur lesquelles nous reviendrons plus loin et précisément dans le chapitre
réservé aux éclairages conceptuels sur le tourisme et ses déclinaisons.
Voilà une petite histoire qui renseigne, en partie, sur les difficultés que rencontre un
sociologue qui veut travailler sur le tourisme. Comme pour dire, un spécialiste du reste qui
étudie véritablement les restes du reste pour paraphraser les critiques, les détracteurs de la
sociologie du tourisme.
Une observation des manifestations du tourisme ainsi que ses implications à la fois
sociales, économiques et politiques en font un objet de recherche au même titre que les autres
faits. Il apparaît comme un phénomène scientifique nouveau. Ainsi, il n’est plus judicieux de
s’interroger sur sa scientificité. Son intérêt scientifique n’est plus à démontrer. Mieux, au-delà
de son droit de cité comme une science entière, le fait social touristique est un objet de
recherche qui revêt de nouvelles dimensions. C’est un fait qui présente de nouvelles pistes de
recherche. Il a des enjeux multidimensionnels. Les décideurs, face au défi de l’emploi, du
14
Du nom du héros acteur principal du film Roots (Racines) de Alex HALEY (publication originale 17août
1976), Ed. Doubleday.
4
développement, de la variation des facteurs de croissances socioéconomiques parient, de nos
jours, sur des structures touristiques nouvelles, sur une diversification de l’offre. Ils
considèrent le tourisme comme un passeport pour le développement. Il est selon eux une
chance15 pour les pays en voie de développement. Ces pays en retard y voient une bonne
alternative pour atteindre le niveau des pays développés16. Ces derniers y voient une nouvelle
orientation qui donne un nouveau souffle à leur développement. Les exemples sont multiples
qu’il s’agisse des pays développés ou de ceux moins développés.
Pour montrer cet intérêt touristique à l’échelle mondiale, faisons une revue de quelques
exemples à travers la Chine, quelques pays d’Europe de l’Est, du Nord et de la France avant
d’aborder la question au niveau de l’Afrique et du Sénégal en particulier (exemple de la
Commune de Saint-Louis, terrain de la présente étude).
D’abord, nous avons, comme exemple éloquent, la Chine. Un pays qui considère le
tourisme international comme une activité diplomatique. Autrement dit, les autorités chinoises
développent un tourisme pour une bonne gestion des relations extérieures. Le pays a une
vision touristique avec des buts politiques bien définis et précis. Les autorités chinoises,
pourtant hostiles au départ à l’idée d’accueillir des étrangers ont revu leur position. Elles
considèrent par la suite que, comparé aux autres secteurs tertiaires, le tourisme présente
beaucoup d’atouts. Il offre beaucoup d’avantages. Il nécessite moins d’investissements. Et de
façon concrète, l’industrie touristique garantit des résultats économiques intéressants en
termes d’emplois et d’amélioration du niveau de vie.
Les Economies en transition ne sont pas en reste. C’est le cas de plusieurs pays et
régions de la Russie. Ce sont des pays qui ont décidé, après une longue période de
communisme pur et dur, d’aller vers un capitalisme, une économie de marché. Le passage du
communisme au capitalisme ou à un nouveau modèle qui revoit les règles socialistes
correspond à la phase transitoire. Ce qui explique le concept d’économies de transition. Ces
parties du monde ont élevé au rang de priorité les programmes de développement du secteur
touristique17. Le cas en 1997, de Madame Vlasta STEPOVA, présidente de la République
Tchèque en est une parfaite illustration. Cette dernière affirmait la nécessité d’accélérer le
15
Op. cit. par Y. SARR in Les dimensions sociologiques du tourisme dans la région de Fatick, Mémoire de
Maîrise de Sociologie s/d de Boubakar LY, Département de Sociologie UCAD, FLSH de DAKAR, année 2001,
page12 (Introduction, paragraphe 2).
16
Le cas de la France, pays le plus visité au monde, de l’Espagne, pays de la Corida
17
Option politique qui renvoie à celle du Sénégal en 1969 avec le tourisme comme priorité (premier plan
quinquennal)
5
développement du tourisme en Europe centrale et occidentale pour soutenir leur croissance
économique et leur intégration dans l’Union européenne. Ce sont des pays qui ont souffert
de la pauvreté et des crises de l’après-guerre de 1939-1945. Précisons qu’il s’agit de pays
classés parmi les plus touchés de l’Europe de l’Est. C’est une partie du vieux continent qui a
subi les assauts et exactions des dignitaires extrémistes et occidentaux.
Un peu plus vers le Nord, il y a l’Irlande qui a la plus dynamique politique touristique
de la zone Europe. Le tourisme y a été lancé pour assurer un avenir aux petits ports nationaux
du Sud du pays afin de remplacer les anciennes activités de pêche sous fortes menaces.
Quant à la France, elle doit son statut de pays le plus visité au monde20 à une bonne
politique touristique. Les responsables font la promotion de la destination France à l’étranger
par l’action de Maison de France et au niveau du développement territorial par les contrats
de plan Etat-Région sur le tourisme. En guise d’exemple, il y a le plan quadriennal de 1994-
1998.
Le dernier qualificatif (« professionnalisé ») est un concept qui trouve tout son sens
dans le développement actuel de ce qu’il est convenu d’appeler la professionnalisation du
18
L’Union Européenne (UE)
19
Lilian BENSAHEL et Myriam DONSIMONI (s/d), Le tourisme, facteur de développement local, Presses
universitaires de Grenoble. 1999, page 4(Introduction).
20
Idem
21
Idem
6
sport à des fins touristiques. Cette dernière s’est développée à l’échelle mondiale et de façon
spécifique au niveau de certains pays africains comme les grands pays sportifs du Maghreb
comme la Tunisie, l’Algérie, le Maroc, de la corne de l’Afrique avec le Kenya et l’Ethiopie et
de l’Afrique au sud du Sahara comme la Côte d’Ivoire, le Nigéria et ces deux dernières
décennies, le Sénégal.
Depuis la double épopée de 2002 avec la qualification des lions du football et leur
parcours honorable en coupe d’Afrique et du monde avec respectivement une deuxième place
(finaliste) et une qualification en quart de finale, le Sénégal est devenu un peu plus connu
comme destination touristique. Les touristes viennent des quatre coins du monde pour
découvrir le pays des lions de la « teranga » (hospitalité). Le sport a été un facteur de
promotion de la destination touristique du Sénégal. Un aspect bien illustré par une photo des
lions du Sénégal de 2002 insérée dans le guide Le Baobab22.
Les années qui ont suivi ont été marquées par un flux plus consistant de visiteurs avec
plus de retombées socioéconomiques et politiques.
Dès lors, le tourisme, avec ses effets immédiats considérables, devient donc une activité
économique importante. Il doit ainsi être reconnu et valorisé comme telle. Pour qu’il se
développe, le tourisme suppose une implantation d’infrastructures lourdes. Il s’agit de voies
de communication et d’équipement hôteliers et de loisirs. C’est le point de vue de certains
spécialistes parmi lesquels nous avons S. MARTY, les co-auteurs BENSAHEL et M.
DONSIMONI et A. W. CISSE 23 . Ce dernier considère mutatis mutandis que : »La
redynamisation du tourisme peut booster l’économie locale. 24 »
Malgré cet espoir, fondé sur des hypothèses « économicistes»25, reste à vérifier, dans le
contexte de la Commune de Saint-Louis- au-delà du paradigme du développement local- si le
tourisme peut-être facteur de développement durable.
La Commune de Saint-Louis est l’un des sites de la destination Sénégal qui a capitalisé
une longue et riche histoire en termes d’expériences touristiques. C’est ce qui, entre autres
raisons, justifie son choix comme cadre de la présente étude.
22
Aba NDIAYE, Sénégal : Brousses et Baobabs.
23
Abdoul Wahab CISSE, 2012, Analyse des aspects socio-économiques et culturels du tourisme dans le cadre
du développement des collectivités locales sénégalaises : le cas de la Commune de Saint-Louis. Thèse de
doctorat d’Etat de Sociologie, sous la Direction du professeur Gora MBODJ, UGB.
24
L’auteur cité par Cheikh Saad Bou SEYE, in Ndarinfo, le dimanche 06 mai 2012.
25
Cf. Richard SWEDBERG, une histoire de la sociologie économique.
7
Il y a eu beaucoup d’initiatives dans certaines régions du Sénégal, mais le tourisme
peine à y décoller ou faire décoller la localité d’accueil. C’est le cas de la Petite Côte où se
trouve la station balnéaire de Saly construite comme un Saint-Tropez Sénégalais et où il n’y
a toujours pas de croissance durable. Le développement par le tourisme n’y est toujours pas
une réalité après presque trois décennies d’exercice à la suite d’un démarrage pourtant plus
que prometteur. Le cas de la station de Saly interpelle les acteurs et chercheurs du domaine.
Et à ce propos des questions méritent une réflexion approfondie :
8
- A la longue, au fur et à mesure que les pratiques du tourisme vont à l’encontre des
normes villageoises ou locales, les effets sociaux et culturels dégradants vont se
multipliant, ce qui engendre des conséquences sociologiques fâcheuses. C’est
l’exemple des impacts de la pratique du tourisme sur les 18-24ans de la Petite Côte du
Sénégal (Mbour et Saly), objet de nos travaux de recherche pour un mémoire de
DEA soutenu en 200326.
Toutefois, malgré toutes ces expériences et constats qui font que le tourisme connaît le
même sort que les autres domaines économiques, il ya toujours un paradoxe spécifique qui lui
est consubstantiel, congénital. C’est le fait qu’il soit considéré comme une « activité
économique particulière ». C’est- à dire une activité pas comme les autres. Un fait d’un autre
ordre.La question de son intérêt économique pour le développement s’est souvent posée mais
les réponses n’ont toujours pas été homogènes.
- le premier, moins reluisant, fait cas d’agent de déstructuration des sociétés. Avec lui,
ces dernières sont victimes d’exploitation touristique. Cette dernière perceptible à
travers des fléaux comme le tourisme sexuel, ses corollaires comme la prostitution, la
toxicomanie, des impacts négatifs comme la dégradation du tissu familial. Certains
chercheurs parlent de destruction sociale28.
- Dans le second discours, aux élans positifs, l’activité s’inscrit dans le champ du
développement durable. Ainsi, elle implique un souci écologique. Le tourisme est
considéré ici comme une activité économique durable. Il est ainsi vu comme facteur
de développement durable.
26
Youssou SARR, 2003, Approche sociologique de la pratique du tourisme sexuel à partir du cas des jeunes
âgés de 18-24ans de la Petite Côte. Mémoire DEA
27
Samir AMIN, Le Développement inégal
28
Kibicho WANJOHI, Le Tourisme en pays Massaï (Kenya) : De la destruction sociale au développement
durable, Harmattan, 2007
9
Dans cette nouvelle hypothèse, s’inscrivant dans une perspective « néoclassique »29, il
est judicieux d’en déceler les limites, de l’organiser, de le contrôler. C’est le sens de la
problématique posée par le chercheur kenyan KIBICHO(2007) qui aborde la question, en
partant de la destruction sociale au développement durable30. Une contribution importante
pour circonscrire ce travail de recherche sur les rapports entre industrie touristique et
développement durable.
Après les constats ci-dessus, le tourisme reflète ainsi, une dialectique. Il est à la fois
facteur de développement, élément dynamique du développement, mais aussi, s’il est mal
géré31, peut-être un outil de destruction sociale, de consolidation de la dépendance des pays
récepteurs du Sud vis-à-vis des pays émetteurs du Nord.32
Dans cette étude, nous voulons contribuer à la recherche sur le tourisme en posant la
problématique des rapports entre entreprises du tourisme national et international et
développement durable dans une perspective purement africaine.33 En d’autres termes, nous
ferons une sociologie des pratiques et des représentations sociales des acteurs des entreprises
du tourisme dans la Commune de Saint-Louis.Nous nous focaliserons sur l’impact du
tourisme sur le développement durable. D’où le choix du titre : Industrie touristique et
développement durable dans la Commune de Saint-Louis.
Pour atteindre nos objectifs, nous avons réparti les résultats de la présente recherche en
trois (3) Parties de deux (2) Chapitres chacune avec pour chaque chapitre cinq (5) Sections.
Ce qui donne le plan suivant :
D’abord une première partie réservée aux Cadres théorique et méthodologique où nous
avons présenté la recherche avec une précision des choix opérés du point de vue théorique (
Revue critique de la littérature-Problématique-Objectifs-hypothèses- Modèles théoriques) et
29
A ce niveau, nous devons préciser que le qualificatif « néoclassique » ne fait pas référence à la « théorie
néoclassique en tant que telle mais est utilisé pour faire allusion aux premières théories économiques dans les
années 1960, 1970 sur le tourisme faisant cas du tourisme comme « une chance de décollage pour les pays sous-
développés du Sud (sont de celles-là, les théories de R. BARETJE, de l’économiste sénégalais M. KASSE).
30
Sous - titre d’un de ses ouvrages publiés en janvier 2007 (Le Tourisme en pays Massaï (Kenya) : De
ladestruction sociale au développement durable, Harmattan, 2007.
31
Le Gouvernement du Sénégal en 1969, avec sa théorie du touriste roi » : « Considérer le touriste comme un
roi tout en l’entourant de 1000 attentions »
32
Cf. Frantz FANON, le sud bordel du Nord avec le développement du tourisme international
33
En d’autres termes, c’est que HILLALI Mimoun33 a évoqué à travers la formule « le tourisme vu du Sud ».
10
méthodologique (Techniques d’investigations, échantillonnage- recueil, traitement, analyse
des données et difficultés rencontrées).
La partie qui suit - c’est la deuxième - est réservée aux généralités sur le Tourisme
international, national et local (Saint-Louis). En d’autres termes, après un bref survol du
tourisme à l’échelle mondiale, nous avons fait un état des lieux du phénomène au Sénégal en
général et une présentation monographique du terrain spécifique de l’étude- (Commune de
Saint-Louis) en particulier.
11
PREMIERE PARTIE : CADRES THÉORIQUE ET MÉTHODOLOGIQUE
Dans cette partie nous avons répondu aux questions relatives au pourquoi et
au comment de la recherche. Autrement dit, y sont traités les cadres théorique et
méthodologique de la recherche. Le cadre théorique a porté sur une réflexion sur l’orientation
de la recherche à travers les points suivants : la revue critique de la littérature, la
problématique, les objectifs, les hypothèses, les modèles théoriques. Quant au cadre
méthodologique, c’est le lieu où s’est fait des choix en ce qui concerne les approches, les
méthodes et techniques de recherche pour le recueil et l’analyse des données.
12
CHAPITRE I : CADRE THÉORIQUE
SECTION I : LA REVUE CRITIQUE DE LA LITTERATURE
Pour cerner la problématique du développement durable par le tourisme, il est
important d’appréhender deux aspects fondamentaux qui correspondent à deux phénomènes
(développement et tourisme) qu’il faut élucider à travers un survol des travaux scientifiques
qui leur sont consacrés.
Ainsi, la revue critique des recherches antérieures, actuelles et en cours sur la question
comprend deux étapes :
- une première phase sera consacrée à une revue des théories du développement. En
d’autres termes, cette étape sera réservée à un résumé des grands thèmes de la
littérature contemporaine sur le développement en général et celui de l’Afrique en
particulier ;
- une deuxième phase nous permettra de procéder, d’abord, à une analyse des théories
générales du tourisme et ensuite à une revue critique de la littérature sénégalaise sur le
tourisme. Cette revue correspond, d’une part à une analyse des mémoires, des dossiers
de recherche et des rapports d’étude ; et de l’autre, à un survol des écrits de la presse
sur le tourisme.
Adam SMITH34, dans le sillage des classiques, considère que le développement est un
phénomène spontané et naturel inhérent à une économie libérale avec un respect des règles et
34
Adam SMITH, 1776, Recherche sur la cause de la richesse des nations, Paris, Gallimard, (1ère édition)
13
conditions du marché. Cette approche est applicable au marché du tourisme qui obéit,
actuellement, à des règles. Ces dernières sont contenues dans la Charte du tourisme.
I.3.DEPENDANCE ET DOMINATION
Dans le chapitre IV d’un de ses ouvrages sur le développement36 , Gérard AZOULEY
considère que la longue tradition critique à l’égard du paradigme libéral, aussi bien dans sa
forme développementiste que dans sa forme néo-classique traditionnelle, a suscité de
nombreuses réactions correspondant à des contributions théoriques hétérodoxes.
35
HOFFMAN, 1971, L’industrie touristique - une chance pour les pays en voie de développement, in Revue
Espaces n°5 – juillet/août 1971
36
Gérard AZOULEY, 2002, Les théories du développement. Du rattrapage des retards à l’explosion des
inégalités, PUR, pp 143-182
37
Karl MARX auteur du Capital sur l’évolution du mode de production. Idée reprise et reformulée par ENGELS
dans un autre contexte en ces termes l’expérience montre toutefois que la locomotive n’écrase pas la brouette
comme le capitalisme détruit les modes de production précapitalistes (cf la dialectique du local et du global
dans le développement de Philippe HUGON in Les nouvelles logiques du développement de Lahsen
BENMALKI et Pierre COURLE. Harmattan –Logiques Economiques.) p.37.
14
nécessaires, indépendants de leur volonté, rapports de production qui
correspondent à un degré de développement déterminé de leurs forces
productives matérielles(…). Le changement dans la base économique
bouleverse plus ou moins rapidement toute l’énorme superstructure.
C’est une approche qui peut nous aider à mettre en évidence les rapports déterminants
qui se reproduisent dans et par les transformations sociales consécutives à l’avènement du
tourisme, les forces changeantes sous lesquelles ils se reproduisent.
D’autre part, cette théorie marxiste souffre d’une lacune liée à une surestimation de
l’impact du facteur économique aux dépens des autres aspects de la vie sociale. Cette critique
est d’autant plus fondée que dans l’activité touristique, on observe une pléthore de facteurs
extra économiques. Ici, nous avons l’exemple éloquent de la demande touristique. Celle-ci
obéit le plus à des facteurs psychosociologiques (dimensions sociales et individuelles) qu’à
des raisons purement économiques.38
A la suite de ces premières conceptions, les approches néo-marxistes ont apporté des
rénovations dans la façon de penser l’économie mondiale et les effets de domination. Par
ailleurs, à travers ce qu’on peut appeler le débat soviétique, LENINE (1899) a mené une
première réflexion sur le développement du mode de production capitaliste dans une
économie sous-développée. Le débat à l’époque opposait les Narodniks à LENINE. Pour les
Narodniks39, la commune paysanne traditionnelle russe, communauté foncière fondée sur une
redistribution périodique des terres est d’essence socialiste. Cette commune ayant survécu à
l’abolition du servage en 1861, il était ainsi donc inutile aux yeux des Narodniks que la
Russie, dans son processus de développement, passe par l’étape du mode de production
capitaliste. Ils avancent la possibilité de la Russie de sauter cette étape. C’est une réaction au
déterminisme marxiste.
38
Joël RABOTEUR, 2000, Introduction à l’économie du tourisme, L’Harmattan, pp. 32-33.
39
Ils proposent le saut du stade de développement qui correspond à la commune paysanne ; les Narodniks
prônent le raccourci.
15
A la suite de MARX, LENINE voit dans le mode de production capitaliste un facteur de
développement des forces productives. Affirmant là que ce mode de production est déjà
dominant en Russie, il reconnaît, toutefois, le retard de son pays par rapport aux autres
nations.
Une analyse de cette conception du néo-marxiste LENINE comporte des limites dans la
mesure où l’auteur a surestimé les capacités du capitalisme à élever les forces productives.
Il peut être aussi reproché à LENINE le fait de croire à la possibilité d’un passage au
socialisme par le capitalisme.
Ces limites de sa théorie sont d’autant plus fondées que l’auteur est revenu sur ses
positions antérieures. Dans le livre L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme (1917),
il met l’accent sur les formes de croissance et de maturation du capital qui ont atteint,
selon son expression, un « stade monopoliste » qui n’est que le résultat de la centralisation
du capital concurrentiel.
Cette nouvelle réalité devrait encourager une « concurrence entre grands intérêts avec
des conditions monopolistes. Ces dernières vont influer sur la fixation des prix et la
réalisation des profits moyennant une augmentation des salaires et une productivité du
travail dans les pays industrialisés.
40
Gérard AZOULEY, in Les théories du développement. Du rattrapage des retards à l’explosion des inégalités,
p 155.
16
« mondialisation touristique », pour reprendre un terme de HILALI 41 , sur les économies
africaines. Dans l’un de ses ouvrages sur le tourisme international, HILALI s’est demandé si
le phénomène était « l’émissaire éclaireur de la mondialisation ? ». Le piège à déjouer dans
une telle perspective est de croire que l’Afrique doit forcément dépendre de l’Occident pour
sortir du sous-développement.
- Enfin, c’est un leurre de croire que les échanges de marchandises et des mouvements
de capitaux transmettent automatiquement la croissance.
Une bonne intégration au marché mondial ne favorise pas nécessairement le
développement. C’est tout au contraire, la création d’un surplus à partir de la production
nationale et son emploi à des fins productives internes qui permettent une accumulation
autonome de capital.
Cette position part des mêmes bases que les arguments qui justifient l’actualité du
tourisme local (Rachid AMIROU). Cette formule qu’on retrouve dans des expériences telles
que le tourisme rural intégré, l’écotourisme etc.… Le fait touristique ou l’offre touristique,
pour être plus opérationnel, devient un écoproduit. C’est-à-dire un produit qui respecte
41
Mimoun HILALI, Le tourisme international vu du Sud. Essai sur la problématique du tourisme dans les pays
en développement. p. 15.
42
Gérard AZOULEY, Idem A, p. 156
17
l’environnement. Il cesse d’être un produit dégradant pour l’univers géographique, les
environnements social et économique.
Une revue des travaux des néo-marxistes permet de constater que ces penseurs ont très
tôt émis une critique fondamentale du concept même de sous-développement. Un chercheur
comme BETTELHEIM43 a, dès 1961, critiqué l’emploi des termes « pays développés » et
« pays sous-développés ». L’auteur considère que, pour mieux représenter la réalité, il fallait
parler de « pays exploités, dominés, à économie déformée » car pour lui, ces nations ont
participé au développement du système capitaliste.
Contrairement à l’auteur du Capital, BARAN cherche à montrer que les rapports entre
ces deux types de pays ont tendance à bloquer le développement des pays sous-développés.
BARAN et SWEEZY ont, à travers leurs recherches, élaboré une base de données qui va
constituer le fondement des théories sur « l’échange inégal » produites pendant les années
1970.
43
C. BETTELHEIM 1961, Planification et croissance accélérée, Paris, Maspéro ; cité par AZOULEY, (157).
44
idem
18
Le concept opérationnel « d’échange inégal » trouve tout son sens dans l’élaboration de
la demande touristique. En effet, les grands organismes du tourisme conçoivent la demande à
partir des pays émetteurs. Les pays qui reçoivent ne font que subir le tourisme.
BARAN (1957) a réfléchi également sur la notion de « surplus potentiel » qu’il définit
comme la différence entre la production potentielle et la consommation essentielle.
Pour lui, l’idée d’un capital étranger qui peut être à l’origine du réinvestissement des
profits pour permettre le décollage ou un développement capitaliste à la périphérie n’est pas
fondée. Du même coup, ces néo marxistes considèrent que les capitalistes nationaux n’ont pas
intérêt à favoriser cet essor de l’industrie locale qui risquerait de dégrader leur statut
confortable.
45
Idem p.159.
46
Pierre Philippe REY (Maxime HAUBERT), Les sociétés civiles face au marché. Le changement social dans le
monde postcolonial. Editions KARATHALA.
47
Claude MEILLASSOUX, L’esclavage en Afrique précoloniale, Editions Maspero
48
Jean COPANS, Sociologie du développement : domaines et approches, Editions Armand COLIN, 128pages
19
Approche qui pose une problématique avec une question fondamentale : qu’est-ce qui
rend si difficile l’extension des rapports capitalistes de production et pourquoi ce processus
n’aboutit pas à un développement adéquat des forces productives ? Cette question a préoccupé
plusieurs chercheurs et a du coup suscité quelques réactions de la part des spécialistes.
Karl MARX 49 fut le premier à y apporter, bien avant, un élément de réponse dans le
cadre de son analyse historique du capital marchand. Il a étudié les mécanismes de pénétration
des sociétés indiennes et chinoises par les produits provenant de l’industrie britannique. Il a
fait le constat d’une résistance farouche développée par les producteurs locaux 50 face au
commerce anglais. Ces modes locaux étaient fondés sur la petite agriculture, l’industrie
domestique et sur des communes rurales axées sur une propriété collective du sol et
appliquant une politique de prix bas pour casser l’élan des envahisseurs.
Pour l’auteur le commerce des anglais n’a fait que dérégler, perturber, écraser
l’économie locale dans ces pays. S’il a agi de façon révolutionnaire sur le mode de
production, ce n’est qu’en détruisant par le bas prix de leurs marchandises, la filature et le
tissage, partie intégrante très ancienne de cette unité de production industrielle et agricole. Ce
qui détruit les communautés. Même ici, leur œuvre ne réussit que très progressivement. Elle
réussit encore moins en Chine où le pouvoir politique direct ne leur vient pas en aide.
Réfléchissant sur la question, Rosa LUXEMBOURG (1913) a émis l’idée d’un rapport
contradictoire entre les deux modes de production. D’une part, il y a le capitalisme qui veut
dominer les autres systèmes et, d’autre part, les structures précapitalistes qui mènent une
résistance déterminante pour ne pas succomber face aux assauts capitalistes. Selon
LUXEMBOURG, l’objectif du capitalisme était de s’approprier directement les forces
productives, de libérer des forces de travail, d’introduire l’économie marchande et de séparer
l’agriculture de l’artisanat. Ce qui servait de lit confortable pour mieux les exploiter.
49
Ces auteurs français (REY, MEILLASSOUX, COPANS) n’ont fait que revenir de façon plus approfondie sur
une question ancienne (abordée par MARX) mais actuelle. Ce qui fait dire à REY « qu’ils ne sont pas du tout des
antimarxistes » dans un entretien effectué et publié le 16mars 2016.
50
Situation identique au conflit qui opposa marchands chinois et commerçants sénégalais de Sandaga (un des
marchés de la capitale du Sénégal) même s’il faut préciser que la réaction des producteurs anglais fut plus
pratique, percutante que celle des commerçants sénégalais confinée au stade de la spéculation et de la
contestation verbale et syndicale par moment à travers les médias (radios privées locales).
20
précapitalistes pour survivre au processus de démantèlement de leurs structures. L’auteur
conclut en ces termes :
En faisant une analogie avec la question du tourisme, nous avons observé dans des
travaux antérieurs (2001) 52 cette reconversion des populations locales pour s’adapter au
tourisme. Par exemple, dans des sites touristiques comme la Commune de Foundiougne, le
village de Dionewar, des localités situées dans la région de Fatick (Sénégal) des paysans, des
pêcheurs, des éleveurs et même des écoliers se sont transformés en guides. Ils décident de
devenir accompagnateurs de touristes. Ainsi ils délaissent, du coup, les activités
traditionnelles de leur terroir. Phénomène qui engendre des changements sociaux aux
conséquences énormes et complexes. Précisons toutefois, malgré quelques mutations et
bouleversements constatés dans les zones d’implantation de l’industrie touristique, que les
positions des deux auteurs sur cette question sont discutables sur certains points.
51
Rosa LUXEMBOURG, citée par AZOULEY, p. 161.
52
Youssou SARR, 2001, Les dimensions sociologiques du tourisme dans la région de Fatick, mémoire de
maîtrise de sociologie, Département de Sociologie, FLSH/UCAD, s/d de Boubakar LY, 176 pages
21
active 53 , nous permet de renvoyer dos à dos LUXEMBOURG et REY. Leurs théories
paraissent relativement non vérifiées. Par conséquent, leurs observations s’avèrent plus ou
moins discutables. Ils n’ont pas appréhendé la question de façon effective. Ils s’en sont tenus
à quelques faits observés seulement.
Rosa LUXEMBOURG s’est limitée aux cas algérien et indien pour dire que le
capitalisme dissout nécessairement les structures traditionnelles. Du coup, même si
l’expérience de certains pays africains et de l’Inde confirme ses conclusions, il a été noté que
dans d’autres circonstances, en Russie par exemple, la commune paysanne a résisté et survécu
au contact du capitalisme.
Toujours sous le feu de la critique, il peut être fait grief à REY de vouloir affirmer, de
façon exclusive, que tous les acteurs du système traditionnel sont contraints de vendre leur
force de travail au capitalisme pour survivre.
Par ailleurs, le mérite de ces auteurs repose sur le fait que, dans la présente recherche54,
leurs travaux nous servent de références pour élucider en partie, les concepts que nous
utiliserons, même si nous ne partageons pas toutes leurs définitions. Cela s’explique à propos
par exemple, du concept de développement (durable).
Leurs analyses nous permettent de saisir sinon la signification du moins une acception
du terme sous-développement entre autres. Par exemple, pour REY, le sous-développement
correspond à une situation qui précède l’élimination des modes précapitalistes, où le
capitalisme développe les forces productives avec une extrême lenteur. Alors que dans
l’entendement de LUXEMBOURG le sous-développement (structures non capitalistes)
n’est qu’un moyen, une arme dont se sert le capitalisme pour accumuler des richesses au
niveau mondial.
Ainsi, pour l’auteur, le capitalisme crée le sous-développement pour assoir son propre
développement. Toutefois, elle précise que cette accumulation progressive repose sur une
désintégration et une assimilation des structures précapitalistes. ² Ainsi, cela peut pousser à
considérer que le sous-développement est nécessaire au développement et qu’il ne serait pas
possible de passer par le premier stade pour atteindre le deuxième. L’un explique l’autre.
53
Dans le cas du Sénégal et ce qui d’ailleurs est valable pour bon nombre de pays africains, la main d’œuvre
industrielle est de loin inférieure aux effectifs actifs dont la plupart évoluent dans les secteurs agricoles et
artisanaux s’ils ne sont pas en chômage.
54
Rappelons que la présente recherche a pour titre : Industrie Touristique et développement durable dans la
Commune de Saint-Louis.
22
La perspective socio-anthropologique met donc en évidence une double nécessité qui
paraît contradictoire : d’une part, elle vise la destruction inévitable du mode précapitaliste et
de l’autre, sa perpétuation pendant une longue période tant que la coexistence ne gêne pas le
développement, la survie du capitalisme.
Une revue des analyses économiques et surtout des thèses du courant radical et
hétérodoxe permet de constater que l’économie politique internationale est dominée par des
relations de pouvoir. En effet, les différents acteurs du système économique international sont,
à des niveaux divers, dotés de pouvoirs structurels. Pour arriver à appréhender le rôle et la
place des structures dans le processus du développement, faisons un bref survol des thèses
structuralistes.
55
La CEPAL signifie Commission Economique des Nations Unies pour l’Amérique Latine
56
C’est-à-dire des secteurs produisant des biens primaires pour l’exportation.
23
Une analyse de l’approche structuraliste nous fait constater que les auteurs de ce courant
ont comme objectif primordial de montrer que les stratégies pour mettre en valeur les
potentialités de développement des pays sous-développés, sont largement tributaires des
structures du système économique et politique mondial.
La thèse de ROSTOW nous permet, dans la présente recherche, d’étudier les rapports
entre l’état des structures touristiques et le développement du secteur touristique sénégalais58
en particulier et la croissance économique durable, le développement durable en général.
Paul PREBISCH59 émet une critique acerbe sur la domination du Brésil par les EU. La
méthodologie de PREBISCH insérée dans une perspective socio-économique ou socio-
économiciste 60, nous donnera l’opportunité d’étudier les rapports de force entre le Sénégal et
les pays développés dans le domaine du tourisme. En d’autres termes, nous verrons
l’influence des grandes structures du monde développé sur les politiques touristiques du
Sénégal.
57
W.W. ROSTOW, Les Etapes de la croissance économique : un manifeste non communiste, Paris, Le Seuil,
1970, 1ère édition 1960.
58
Précisons que dans la présente recherche, pour des problèmes de faisabilité (le temps et les moyens) quant à
toute entreprise qui consisterait à étudier toutes les régions touristiques du Sénégal, nous avons jugé plus réaliste
de nous en tenir à la Commune de Saint-Louis.
59
Ministre du plan du Brésil dans les années 1960
60
Un terme que nous empruntons au socio économiste Richard SWEDBERG ; terme employé dans l’ouvrage :
Une histoire de la sociologie économique, publié en 1994 (pour l’édition française), page 195.
24
Si nous approfondissons la réflexion, en mettant ces aspects que l’auteur a fait ressortir
sur les lignes qui précèdent, en lien avec le phénomène social du tourisme, nous nous
apercevons qu’une telle conception a le mérite de permettre une meilleure compréhension de
la formulation de la demande touristique.
En effet, la société occidentale a produit une classe sociale des loisirs (leisure class)
pour parler comme le sociologue américain Thorstein VEBLEN. Cette classe a accumulé des
richesses et procède maintenant à leur consommation de façon ostentatoire. Après la société
d’accumulation, c’est l’ère de la société de consommation. Le capital laisse ainsi place au
loisir.
Le tourisme des occidentaux dans les pays du Sud est une illustration éloquente de cette
réalité. Par conséquent, nous pouvons affirmer à la suite de FURTADO, que le tourisme
africain en général et sénégalais en particulier est une conséquence de l’accumulation des
pays riches du centre.
Toujours dans le même sillage que ROSTOW, les travaux de (A) LEWIS avec H. W.
SINGER, de Paul PREBISCH et de Celto FURTADO donnent une vision de la
problématique du développement (ou du sous-développement) par les structures qui offrent à
tout analyste du tourisme (du fait touristique), des outils pour mieux comprendre la place des
structures dans la croissance économique en général et le développement touristique en
particulier.
25
autocentré. Une problématique de venue très actuelle de nos jours avec le cas de la sortie de la
Grande Bretagne de l’Union Européenne (UE) afin de mieux se développer de façon
autocentrée. C’est ce qui est communément appelé le Brexit61.
Des positions qu’il faut relativiser au même titre que doit l’être, d’ailleurs, la
déconnexion du monde. Cette dernière proposition qui peut être source de disparition pure et
simple. Ce qui constitue un grand risque. La formule du philosophe Tariq RAMADAN 62
l’illustre bien en ces : pour se développer, il faut s’ouvrir. C’est la théorie
du décloisonnement. Autrement dit, on ne peut se développer en évoluant en vase clos.
Par ailleurs, même si l’idée de la France comme pays intermédiaire nous paraît
discutable, vu le statut actuel de ce pays qui ne cesse de rivaliser avec les super puissances du
moment, les travaux de FRANCK et de AMIN ont la force de créer un espace de réflexion
sur les rapports Nord/Sud. Ces derniers caractérisent le tourisme africain, le façonnent et
dans le cadre de notre étude, le tourisme sénégalais à travers les impacts des organisations
touristiques sur le développement de la Commune de Saint-Louis. Aussi, faut-il affirmer que
l’idée de développement autocentré, transposée dans le domaine de la recherche en tourisme,
correspond à une nouvelle pratique désignée sous le vocable de tourisme local pour parler
comme les co-auteurs Rachid AMIROU et Philippe BACHIMON63.
61
Singifie «Bretain exit »(sortie de la Grande Bretagne de l’UE).
62
Tariq RAMADAN, lors d’un entretien sur les ondes de RFM (Radio Futur Média), une station radio privée
sénégalaise, le 3 septembre 2006 de 10h à 12h GMT interrogé par le journaliste Alassane Samba DIOP.
63
C’est le titre de leur ouvrage publié en mars 2002 sous l’intitulé : Le tourisme local : une culture de
l’exotisme ; préfacé par Michel MAFFESOLI
26
I.7. LA CONTRIBUTION D’ARGHIRI EMMANUEL : THEORIE DU SYSTEME
MONDE
Avec ARGHIRI Emmanuel, on assiste à l’opposition centre-périphérie/système monde.
Cet auteur théorise le succès de la mondialisation. En se distinguant des positions
structuralistes, ARGHIRI Emmanuel considère qu’à la place des structures, c’est le niveau
bas des salaires qui explique la fuite des capitaux. C’est ce que Gérard AZOULEY exprime
en ces termes : (…) tant que les taux de salaire à la périphérie resteront bas, les gains de
productivité qui y sont dégagés seront transférés au centre par l’intermédiaire de prix bas64.
Ce processus que décrit AZOULEY correspond en fait à un transfert des bénéfices des
activités de la périphérie vers le centre. La principale conséquence est l’intensification de la
fracture entre centre et périphérie en ce qui concerne les revenus des habitants.
Pour Emmanuel ARGHIRI, c’est la théorie des coûts comparatifs qui explique
l’échange inégal. En effet, les salaires sont plus bas dans les PVD 65 ; donc par voie de
conséquence, le taux d’exploitation des salariés est plus élevé. Contrairement à ses devanciers
qui proposent la suppression du mode capitaliste, l’auteur dit préférer le développement dans
le capitalisme au sous-développement dans le socialisme marxiste.
La théorie du système monde se caractérise, en définitive, par une analyse très globale
de l’influence de l’économie capitaliste sur le Tiers-monde et son développement. Elle
apporte des nuances sur la théorie radicale en introduisant la notion de semi-périphérie. Les
NPI (Nouveaux Pays Industrialisés) de l’Asie (Les Dragons) étaient à l’époque (vers les
années 1970), les meilleurs exemples de ce changement de tendance.
Par ailleurs, une autre spécificité de la thèse de l’auteur est son optimisme quant au fait
que les technologies s’améliorent quelles que soient les cultures.
Le travail d’ARGHIRI nous donnera des indicateurs opératoires pour cerner quelques
questions liées aux échanges internationaux dans le tourisme sénégalais dans un contexte de
mondialisation ou globalisation touristique66. Ce qui est d’autant plus actuel dans une ère de
64
Gérard AZOULEY Les théories du développement : du rattrapage des retards à l’explosion des inégalités. p.
170.
65
PVD : Pays en Voie de Développement
66
Pour reprendre un terme cité par Gilles CAIRE et Monique ROUILLET-CAIRE dans un article publié sous le
titre « Tourisme durable et mondialisation touristique : Une analyse critique de l’AGCS » 3 novembre 2003.
AGCS signifie Accord général sur le commerce des services, signé à Marrakech en 1994), notamment pour les
Pays en développement.
27
tourisme de masse avec une forte démocratisation67. De ce qui précède, il s’avère que nous
pourrons, à la suite de l’auteur, faire des comparaisons entre les structures touristiques du
Sénégal et celles du Nord par rapport à leur fonctionnement mais aussi à propos du revenu des
acteurs. Ce dernier aspect va nous édifier sur les retombées de l’activité touristique pour les
populations locales, elle permettra également de voir au niveau général si l’argent du tourisme
permet de développer l’économie sénégalaise et plus précisément celle de la Commune de
Saint-Louis. L’industrie touristique est-elle facteur de développement durable ?
Une analyse des idées de l’auteur nous permet de dire qu’il a d’une part raison de
prôner la voie endogène pour se développer. En effet, si l’on fait un survol historique de la
marche des Etats, on se rend compte du fait que tel a été le développement de tous les pays
devenus prospères même si l’accumulation de leurs capitaux doit beaucoup à la spoliation des
ressources extérieures. Œuvre des puissances occidentales, cette spoliation a souvent eu lieu
en Afrique.
67
Tout le monde a droit au tourisme, au loisir après onze mois de durs labeurs.
68
Une reformulation de la question de recherche de la présente thèse.
69
Joseph Ki-ZERBO (s/d), 1992, La natte des autres. Pour un développement endogène en Afrique. Karthala,
22-24, boulevard Arago, 75013 Paris.
70
Idem (in préface de J.KI-ZERBO, p. VI.)
71
Idem
28
Joseph KI-ZERBO va même jusqu’à refuser une démocratie importée ou prêt-à-
porter selon son expression. Pour KI-ZERBO, dormir sur la natte des autres c’est comme
si l’on dormait par terre 72 . Autrement dit, l’Afrique ne peut pas se développer avec le
modèle (sur la natte) des pays occidentaux. Pour l’auteur, « le développement n’est pas une
course olympique »73. L’Afrique doit penser sa propre voie de développement. C’est l’auto-
développement. Pour l’auteur, on ne peut pas demander aux autres de développer l’Afrique.
C’est à l’Afrique de se développer elle-même. La formule qui va suivre l’illustre bien : On
ne développe pas on se développe. 74 Formule devenue une sorte de devise. Il faut la
relativiser cependant face à certaines interprétations radicales qui enferment dans une sorte de
méfiance et de défiance face aux opportunités du global75.
Cette contribution de KI -ZERBO nous est d’un grand apport pour la vérification de
l’hypothèse générale de la présente recherche faisant état du fait que les difficultés du
tourisme sénégalais en général et Saint-Louisien en particulier s’expliquent par une faible
implication des populations locales dans la conception, l’élaboration et l’application des
politiques touristiques.76
29
locaux à son élaboration. Les organisations touristiques de la Commune de Saint-Louis ne
sont pas exception à la règle.
Au-delà de l’ouverture avec les échanges aux niveaux humains, des populations, des us
et coutumes, de la culture, des valeurs, il ya le volet technologique. Ce dernier aspect a
fortement été au centre des questions du développement.
L’auteur considère que l’Afrique subit une violence technologique qui est le fait de
l’Occident. L’intérêt de la recherche de ce spécialiste des sciences sociales réside dans le fait
qu’il met en relation la violence des technologies occidentales qui ne cessent d’aliéner
l’Afrique et le développement de cette dernière. L’auteur considère que l’Afrique ne se
développera pas avant une bonne maîtrise des normes de la civilisation technicienne. Pour
Sidiki DIAKITE, elle (l’Afrique) doit donc désormais repenser son développement en tenant
compte de cette réalité.
Selon DIAKITE, toute spécificité qui ne peut épouser les exigences de la technologie
est facteur de retard dans la marche vers le développement :
30
(…)Il ne faut pas voir dans nos propos le rejet implicite total des
technologies occidentales, car, utilisées à bon escient, elles peuvent être un
moyen de développement et de libération pour les peuples du Tiers Monde.
Toutefois elle comporte des dangers qu’il est difficile d’écarter : c’est que
née à l’étranger, cette technologie peut véhiculer des modes de vie et de
pensée dangereux pour la personnalité africaine.82
Cette idée peut être comparée à une affirmation du philosophe suisse d’origine
égyptienne Tariq RAMADAN 83 qui dénonce tout patriotisme qui consiste à s’exclure du
concert des civilisations pour évoluer en vase clos. C’est la thèse du décloisonnement. Pour
se développer, il faut s’ouvrir nous dit RAMADAN.
La technologie étant un fait social universel, toute initiative, toute action, toute attitude
qui s’en démarque cesse d’être opérationnelle dans le contexte de l’universel pour parler
comme L. S. SENGHOR.
L’ouvrage de S. DIAKITE nous est d’un grand apport eu égard à ce que les analyses
de l’auteur comportent des tendances utiles quant à l’étude des rapports entre tourisme et
environnement. En effet, cette perspective fait ressortir la place de l’infrastructure, de la
technologie dans le processus du développement. Si l’on circonscrit cette réalité (le règne du
fait technologique) dans le cadre du tourisme (qui est une activité nécessitant une occupation
de l’espace, donc un aménagement, un recours aux technologies pour le marketing des
produits), il sera important de voir le rôle, la place et l’impact des technologies sur la
construction et le fonctionnement des structures touristiques.
Toutefois, cette analyse de DIAKITE S. peut être relativisée si l’on se réfère à d’autres
contributions. C’est ainsi qu’on notera la position de l’intellectuelle malienne Aminata
TRAORE84. Elle considère que la technologie, malgré son importance qu’on ne peut nier,
n’est pas suffisante pour le rattrapage du retard. Elle plaide pour une humanisation des
rapports :
(…) Depuis plus de 40 ans, l’Afrique cherche sa voie, mais en vain. Elle est
dans l’impasse. (…) Or l’Afrique est la seule à détenir les remèdes à ses
maux. Plus que de capitaux, de technologies et d’investisseurs étrangers,
82
Sidiki DIAKITE, Violence technologique et développement. Point de vue. L’Harmattan, 1985. P.17.
83
Tariq RAMADAN, lors d’un entretien sur les ondes de RFM (Radio Futur Média), une station radiophonique
privée sénégalaise, le 3 septembre 2006 de 10h à 12h GMT interrogé par le journaliste Alassane Samba DIOP.
84
Aminata TRAORE est écrivain et ancienne ministre malienne de la culture. Elle s’est fait remarquer par ses
interventions musclées dans les débats sur la mondialisation. Ouvrage phare : Le viol de l’imaginaire, Librairie
Athène fayard et Actes Sud, 2002. Actes Sud Fayard)
31
elle a besoin de retrouver cette part d’elle-même qui lui a été dérobée : son
humanité.85
Toutefois, une analyse plus fine de la position de l’auteur fait constater qu’elle ne prône
pas l’identité pour s’enfermer, mais plutôt pour mieux s’ouvrir- Un point de vue qui est
proche de celui du philosophe Tariq RAMADAN. C’est le sens d’ailleurs du passage qui suit :
Des penseurs appelés « afro pessimistes » ont donné leurs positions sur la question. Ce
courant est représenté par des auteurs comme Axelle KABOU, D. Etounga MANGUELLE,
Barthélemy KOTCHY etc.
Pour ces auteurs, l’échec de l’Afrique trouve sa cause dans sa culture. La culture
africaine est incapable, selon eux, de se remettre en cause pour s’adapter au monde moderne
en permanente mutation.
A ce propos, Axelle KABOU émet l’idée suivante : La culture africaine est la petite
vieille par laquelle le scandale est arrivé87.
Axelle KABOU et les autres afro pessimistes sont partis d’une critique de
l’ethnophilosophie 88 et mettent en cause le relativisme culturel des intellectuels africains.
Ainsi, ils lui préfèrent l’évolutionnisme89. Pour ces chercheurs, l’Afrique doit s’ouvrir.
Elle n’est pas différente des autres. Elle doit arrêter de s’enfermer sur elle-même. Le salut de
l’Afrique ne se trouve pas, selon ces évolutionnistes, dans la recherche de solutions
endogènes. En cela, ils se démarquent de la position de J. KI-ZERBO qui considère que le
développement de l’Afrique sera endogène ou ne sera pas90.
85
A. TRAORE, Le viol de l’imaginaire, Arles, Paris, Actes sud, Fayard, 2002, 206 pages.
86
Idem, apocryphe.
87
Axelle KABOU, Et si l’Afrique refusait le développement. Harmattan, 1991, 208pages.
88
Ethnophilosophie= philosophie d’un peuple, d’une ethnie
89
Ces auteurs estiment que les civilisations vu l’état actuel du monde doivent être hiérarchisées et celles du bas
doivent se hisser au niveau de celles du haut.
90
Opinion citée à la page précédente
32
Contrairement aux particularistes, pour les afro pessimistes, la voie endogène n’était pas
le meilleur choix pour le développement de l’Afrique. Il fallait selon eux s’ouvrir aux autres.
En d’autres termes, ces chercheurs sont pour des solutions plus opérationnelles avec une
connexion au monde global au-delà du local. Une position qui a suscité beaucoup de
réactions.
Faisons nôtre un des commentaires du sociologue Boubakar LY sur les travaux de ces
auteurs :
Ces auteurs estiment que l’Afrique a privilégié les valeurs du terroir, les
héros, les résistants, le retour à la nature plutôt que de développer la
technologie. Pour ces penseurs, l’Afrique a fait un mauvais choix qui a
justifié l’échec de l’ajustement structurel.91
A l’issue de leurs investigations, ces auteurs ont recensé une liste de valeurs, de formes
mortes qui ont empêché le développement. C’est la convivialité et le refus épidermique de
conflit ouvert, le goût de la fête, la prodigalité, l’importance de la religion, le refus de la
tyrannie du temps, le culte du chef entre autres.
Par ailleurs, comme c’est le cas avec les autres, ces auteurs ne sont pas exempts de
reproches à propos de leurs travaux. En effet, pour reprendre un constat du sociologue
Boubakar LY94, tous ces auteurs se sont simplement contentés de faire des critiques sans
faire de propositions concrètes. Les solutions sont très générales et du coup théoriques. En
d’autres termes, les critiques gagneraient à être plus constructives.
91
Notes tirées du cours du professeur Boubakar LY sur Valeurs culturelles et management, DEA/ISM de Dakar,
2004/2005
92
Ce que D. E. MANGUELLE désigne sous l’appellation « enflure du surnaturel »
93
Idée qui rappelle la position du savant égyptologue Cheikh Anta DIOP évoquant l’attitude de l’intelligentsia
africaine, qui affirmait, lors d’une conférence tenue à Niamey en 1984, que «(…) souvent , l’ex colonisé
ressemble un peu à cet esclave du XIX siècle qui, libéré, va jusqu’au pas de la porte et revient par ce qu’il ne
sait plus où aller ; depuis le temps qu’il a perdu sa liberté, depuis le temps qu’il a acquis des réflexes de
subordination, depuis le temps qu’il a appris à penser à travers son maître (…)».
94
cf. cours Valeurs culturelles et management, DEA/ISM /2004-2005 du Professeur Boubakar LY.
33
La déconstruction, pour parler comme le philosophe Jacques DERIDA n’a de sens que
si elle est suivie d’un travail de reconstruction. C’est-à-dire une déconstruction constructive.
Dans la perspective sociologique, cette approche méthodologique correspondrait au
constructivisme de Pierre BOURDIEU. Ainsi, ces auteurs afro pessimistes sont victimes de
failles méthodologiques.
Les penseurs de l’Ecole de Dakar considèrent, dans le même ordre d’idées que ceux qui
précèdent (les afropessismistes), qu’il ne peut y avoir de solution généralisée mais plutôt une
étude des problèmes au cas par cas. En d’autres termes, il faut dans ce travail, tenir compte de
l’environnement immédiat de chaque structure.
Pour Bassirou TIJANI et Amadou GAYE, les auteurs ont une orientation relevant plus
de la moralité que de l’économie ou de la technique ou encore de la pratique, du management.
Au demeurant, ce sont des philosophes qui utilisent des arguments trop moraux un peu en
déphasage avec la réalité socio-économique.
95
Le Premier (Cheikh Anta DIOP) a réfléchi sur les fondements culturels d’un Etat fédéral d’Afrique et le
second sur le consciencisme et le devoir d’unité de l’Afrique
96
Savant sénégalais qui a fait des recherches approfondies ayant abouti à des résultats historiques et
révolutionnaires parmi lesquels nous pouvons retenir la découverte de l’origine de l’homme avec l’Afrique
comme berceau de l’humanité, la falsification de l’histoire etc.
97
Homme politique ghanéen, un grand leader africaniste (un des chantres du panafricanisme) qui fut premier
président de la République du Ghana.
34
d’une langue africaine parmi les langues nationales. Ce qui permettrait afin de faire tomber
les barrières entre les cultures africaines. Pour lui la langue est le premier véhicule de la
culture, du développement et de l’intégration.
Ce que les dirigeants de l’Allemagne ou de la France n’ont pas dit pour créer et
promouvoir avec intelligence l’Union Européenne. Certains leaders africains ont essayé
contre ces séparatistes pessimistes de fonder des fédérations. C’est le cas de la fédération du
Mali qui regroupait l’actuel Etat du Mali et le Sénégal. Malheureusement elle n’a pas su
résister aux influences d’un voisinage qui a œuvré subtilement pour sa disparition. Voilà
pourquoi les micro- Etats de la balkanisation sont restés aux dépens de l’érection du continent
comme un grand ensemble qui allait traiter de façon équilibrée avec les grandes puissances.
En somme, l’une des remarques les plus partagées sur la question du développement
c’est le fait que les théories ne cessent de se renouveler. Le débat est riche avec l’émergence
à chaque étape de nouvelles logiques qui méritent une observation attentive.
98
Félix Houphouët BOIGNY, premier président de la République de côte d’Ivoire post indépendante
35
macro-économique. C’est une nouvelle logique qui repose sur le fait que l’analyse doit tenir
compte de sa complexité. Il est multidimensionnel. Pour les coauteurs ABDELMALKI et
Claude COURLET99 :
D’une part, par rapport au contenu, la thèse qui y est développée, offre des pistes
nouvelles pour mieux appréhender l’éventail des choix et des trajectoires possibles
d’évolution, sur les plans socio-économique, technique et institutionnel, dans les pays du
Tiers Monde actuel. De riches contributions contenues dans ce livre offrent un tableau de bord
et proposent une nouvelle catégorisation. Il y sera désormais question de districts, clusters,
systèmes locaux d’innovation, etc. Ces nouvelles catégories donnent des raisons d’espérer
contrairement aux statistiques catastrophiques100 des institutions internationales qui exhibent
un Tiers-Monde marginal.Par rapport au tourisme, c’est ce qui correspond à un certain
discours qui voit dans cette industrie un passeport pour le développement, vu les fortes
devises véhiculées au niveau macroéconomique. Certains vont jusqu’à avancer, de façon
précipitée pour ne pas dire imprudente, que le tourisme est une chance101 pour les pays du
tiers-monde.
D’autre part, l’ouvrage se trouve dans le plan élaboré par les auteurs. En effet, la
conception d’ensemble et les étapes successives de l’ouvrage traduisent à la fois les
préoccupations de la recherche mais en même temps celles du développement proprement dit.
99
L. ABDELMALKI. et C. COURLET, 1996, Les nouvelles logiques du développement, L’Harmattan/Logiques
économiques, 415 pages, cf. apocryphe pour la citation.
100
Nous reprenons le qualificatif utilisé par l’auteur
101
Cf. HOFFMAN, cité à la page 2.
36
Par ailleurs, le développement est un processus à travers lequel il est noté la présence
de deux forces de destruction créatrices que sont l’évolution naturelle et le développement
économique (G. AZOULEY 2002)102.
PASSET 103 réfute l’idée d’un développement durable qui, nous dit-il, serait perdu
d’avance dans la mesure où il s’agit d’une destruction créatrice. Pour AZOULEY,
l’harmonisation de ces deux forces est l’objectif du développement durable.
L’une des forces des théories sur le développement durable, en ce qui concerne la
présente recherche, c’est qu’elles portent des instruments permettant de mieux comprendre la
notion de tourisme durable. C’est l’industrie touristique comme facteur de développement
durable qui y est soutenue comme théorie. Cette dernière correspond à la responsabilisation
de l’activité touristique. Les organisations touristiques, leurs acteurs et l’ensemble des parties
prenantes sont face à une exigence morale, une responsabilité. Au principe de symétrie des
devoirs entre générations, vient se substituer un principe de responsabilité. Cette dernière est à
la fois sociétale et environnementale107.
102
G. AZOULEY ., 2002, Les théories du développement…, p. 315
103
R. PASSET, 1979, L’Economique et le vivant, Paris, Economica, cité par AZOULEY (2002) in Les Théories
du développement, p. 315
104
Idem
105
Idem, p 316
106
Idem
107
C’est le concept de responsabilité Sociétale et Environnementale (RSE)
37
Reprenant le philosophe Hans JONAS108, PASSET considère que le respect de la vie
présente et future s’inscrit dans l’existence même de la vie. Un autre principe déterminant du
développement durable est d’éviter d’ériger les critères économiques et financiers en valeur
au détriment du social et de l’écologique. Ce qui fait dire à BARTOLI109 que (…) le social
doit être aux commandes, l’écologie constitue une conditionnalité nouvelle et l’économique,
si important soit-il…doit être ramené à son rôle d’instrument.
L’atout du concept de développement durable est son apport (la notion de durabilité)
dans le nouveau paradigme du développement qui, cependant, reste encore à forger.
Rappelons, à ce niveau, que cette problématique qui conjugue le respect des exigences
écologiques, de la justice sociale et de l’efficacité économique n’est pas entièrement nouvelle.
Elle était déjà la préoccupation de certains chercheurs dans les années 1970. Ces derniers
mettaient en cause le mode de développement économique classique. Ainsi, ils posaient le
problème de la survie de la planète.
En définitive, on retiendra que le débat sur le développement est loin d’être clos. Les
théories se succèdent. Elles se corrigent les unes les autres. C’est le cas d’ailleurs au niveau
des théories sur le tourisme.
108
Jonas HANS, 1990, Le principe responsabilité ; une éthique pour la civilisation technologique, Paris, Cerf.
109
H. BARTOLI, Repenser le développement, Paris, Unesco-Economica, 1999. Cité par AZOULEY (p.316).
110
Le tourisme : une épistémologie spécifique en quête de paradigmes »); in « Loisir et Société/Leisure and
Society », Presses de l’Université du Québec.(article)
38
d’urbanistes ânonnant les mêmes remarques ressassant les mêmes
exemples.111
La problématique du tourisme quel que soit l’angle sous lequel elle est abordée, est en
étroite relation avec celle du changement. Ce qui est valable d’ailleurs pour la question du
développement. Ainsi, d’une manière ou d’une autre, l’activité touristique a toujours un effet
déstructurant par rapport au système en place. Cette perturbation s’opère aux niveaux
environnemental, économique et social ou sociologique. Pour respecter cette tendance, nous
ferons le survol des approches environnementalistes, économiques et sociologiques pour
expliquer les différentes dimensions du fait touristique.
Cette approche a été surtout adoptée par les géographes. Ces derniers se sont ainsi
intéressés à l’occupation de l’espace par les organisations touristiques et à la distribution
spatiale des flux touristiques au niveau mondial. Ce qui correspond à deux aspects
fondamentaux du fait touristique à savoir la notion d’espace touristique d’une part
et d’internationalisation du tourisme de l’autre.
Les terres des paysans sont confisquées pour des projets touristiques et des
hôtels construits en infraction du code du bâtiment et sans avoir prévu des
égouts. Ainsi, les eaux usées partent directement dans la mer sans traitement
préalable : la viabilité de la pêche est menacée à cause de la contamination
des poissons.
39
Ce passage d’O’GRADY a le mérite d’avoir attiré l’attention de l’observateur sur le
drame écologique qui est l’une des résultantes fâcheuses du tourisme. Autrement dit, l’auteur
fait état des effets dégradants de l’aménagement touristique qui entraîne un déséquilibre du
système écologique des zones d’accueil. Non seulement les eaux usées polluent la mer mais
elles dégradent en plus la viabilité d’une activité phare porteuse de retombées importantes
qu’est la pêche. Des conséquences qui peuvent être partagées par une localité comme Saint-
Louis, cadre de cette étude, qui est entourée d’eau.
Toutefois, il peut être fait grief à l’auteur d’avoir fait tabla rasa des retombées positives
de l’activité touristique. Sur ce point, il faut constater que même si l’est noté des dégâts
causés par les activités, la construction de structures hôtelières permet d’offrir des emplois au
jeunes mais également d’embellir le site occupé. Ce qui est source d’opportunités comme
l’attrait des flux d’investisseurs. O’GRADY oublie ou plutôt ignore par ailleurs que les
infrastructures ne sont pas toujours construites n’importe comment, du moins pour ce qui
concerne des pays comme le Sénégal. Ici, nous avons la SAPCO Sénégal113 (ex SAPCO) qui
gère l’aménagement des zones touristiques. Même s’il faut relativiser la supervision des
aménagements, force est de reconnaître que les organisations s’implantent suivant un plan
défini et réglementé par la SAPCO Sénégal. Le problème de l’écart entre croissance par le
tourisme à travers des aménagements et niveau de sauvegarde de l’équilibre du système
écologique se pose toujours. En d’autres termes, le développement des organisations
touristiques avec de fortes rentrées d’argent ne s’accompagne-t-il pas d’une dégradation de
l’environnement local ?
113
Société d’Aménagement et de Promotion des Zones Touristiques
114
Gonzalo Aguirre PEREZ, 2003, « Amérique latine : Respecter les souhaits des groupes indigènes » in
Tourisme, éthique et développement (s/d de VELLAS…), p. p. 237 - 241
115
Op.cit.
40
recherche, les richesses environnementales de la Commune de Saint-Louis sont-elles
sauvegardées, allouées de façon équilibrée pour impulser l’implantation et le fonctionnement
des organisations touristiques ? S’agit-il de nouvelles pratiques ou seulement d’un nouveau
discours ? Face à ces questions, certains acteurs et spécialistes voire autochtones doutent de la
sincérité de ce nouveau discours éthique.
Cette idée est fort justement véhiculée dans ces lignes : la recherche, que proclament de
nombreux gouvernements, de l’équilibre entre croissance économique et protection des
ressources naturelles, est le plus souvent vaine116.
Toujours selon l’auteur, l’utilisation des terres des zones touristiques de l’Amérique
latine ne tient pas compte des règles locales qui régissent le rapport à la terre. Cette dernière
est pour la conscience collective indigène comme une mère. Les promoteurs touristiques,
nous dit l’auteur, ignorent souvent la sagesse indigène 117 qui voudrait que l’on traite la terre
avec les mêmes égards que l’on a envers sa mère. Cette vision a un double sens. D’abord par
rapport à la spiritualité, la terre est sacrée dans la mesure où tout naît en son sein et finit par y
retourner ; pour ce qui concerne le second aspect, un respect de la terre, une relation
harmonieuse avec la nature permet d’avoir un environnement sain, un système écologique
équilibré.
L’article de Gonzalo Aguirre Pérez contient des éléments qui ouvrent de nouvelles
pistes de recherches. Ces dernières permettraient de cerner l’un des aspects du développement
durable par le tourisme, à savoir le caractère non dégradant de l’activité sur le plan
écologique118. C’est le tourisme durable.
116
Gonzalo Aguirre PEREZ, 2003, « Amérique latine : Respecter les souhaits des groupes indigènes » in
Tourisme, éthique et développement (VELLAS).
117
Un terme emprunté à l’auteur
118
Rappelons que la question du développement durable repose sur un triptyque (il doit être viable sur le plan
économique, sain sur le plan social et non dégradant du point de vue écologique)
119
Cité par Gonzalo Aguirre PEREZ, Amérique latine : respecté les souhaits des groupes indigènes. In François
VELLAS et Al, Tourisme, Ethique et développement. Paris l’’Harmattan, p. 237.
41
Par ailleurs, nous noterons que ces deux auteurs, même s’ils nous offrent des axes
pertinents de réflexions (la variable écologique et ses corollaires), sont vulnérables à la même
critique adressée à l’analyse d’O’GRADY. Ils ont sous-estimé le côté positif du tourisme.
Autrement dit, ces auteurs sont partis de préjugés discutables pour appréhender la question
des impacts de l’industrie du tourisme.
Pour Dora VALAYER le fait que les devises des touristes soient considérées comme
représentant un apport considérable à l’économie locale n’est que partiellement fondé. Pour
elle, les devises utilisées pour les besoins artificiels créés reviennent en grande partie aux
investisseurs120.
Une petite anecdote, un détail qui en dit long toutefois sur l’état des choses, c’est la
réaction de l’enquêtée quand je lui ai promis de repasser pour une prochaine étape de
l’enquête : « Priez pour que je trouve quelque chose avant votre prochain passage. Ce n’est
pas du travail. »
120
Tourisme Ethique et Développement (VELLAS et Al): article de Dora VALAYER (Des effets négatifs du
tourisme), p. 69.
121
Environ 43 à 86 US $
122
Un point de vue proche de celui d’une prostituée thaïlandaise citée dans la troisième partie de cette recherche
(récits de vie) qui a fini par arnaquer un de ses maris anglais pour s’emparer de tous son argent afin de construire
sa maison, lancer un business qui va la sauver du business de la nuit.
42
Sous un autre angle, à la suite de ce témoignage avec tant d’autres abondant dans le
même sens, nous constatons que malgré l’importance des mannes financières qui
accompagnent les flux touristiques, les retombées ne sont toujours pas valablement senties au
niveau des zones d’accueil. Les populations locales ne profitent pas assez des retombées du
tourisme. Et pourtant, une fois l’achat du séjour fait, le visiteur peut se permettre un grand
défoulement. Ce que Frantz FANON a désigné sous le vocable de bordel de l’Occident pour
parler des destinations touristiques d’Afrique. D’où l’intérêt du passage suivant :
Ainsi, ni les voyagistes encore moins leur clientèle ne seraient en mesure de contrôler,
s’ils le voulaient, l’utilisation et la redistribution des sommes payées à l’achat. Certains de
ces pays, marché du tourisme, ont pris conscience du fait que les sommes versées par les
touristes ne favorisent pas le développement socioéconomique à l’échelle locale autant
qu’elles le pourraient ou le devraient. Il est souvent noté quelques élans de croissance mais
cette dernière n’est ni régulière encore moins durable. La courbe de croissance du tourisme et
développement par l’industrie touristique évolue en dents de scie. Les recettes ne sont pas
distribuées de façon équitable d’après les enquêtes préliminaires faites auprès de spécialistes
et personnes - ressources comme acteurs clés. Un spécialiste du développement qui a travaillé
sur le tourisme a avancé la même idée : l’argent du tourisme retourne au pays du touriste124.
En Gambie125, la décision a été prise de refuser l’accueil d’un tourisme à forfait, le plus
sécurisant pour les voyageurs. On paie tout à l’avance, sans se soucier de la distribution de cet
argent aux divers prestataires. Les clients devront désormais aller eux-mêmes à la recherche
de leur nourriture avec l’espoir, pour les petits restaurateurs de voir revenir à leur profit ce qui
pourrait jusqu’alors aller dans les bénéfices des hôteliers internationaux. Cela n’est pas du
123
Op. cit. p. 56. Dora VALAYER, in Tourisme, éthique et développement (in VELLAS et al).
124
Moustapha SARR, lors d’une pré-enquête en janvier 2010(il est l’auteur d’un mémoire intitulé Les
potentialités touristiques de la région de Saint-Louis, mémoire de fin de formation à l’Ecole Nationale
d’Administration et de magistrature (ENAM).
125
Pays anglophone positionné sous forme d’enclave à l’intérieur du Sénégal
43
goût de la clientèle ni des voyagistes : d’ailleurs le nombre de touristes a connu une chute
dans cette destination.
Dans ce sillage, Paul MERLIN a développé l’idée selon laquelle les habitants sont les
premiers à supporter les conséquences économiques négatives du tourisme. Outre l’élévation
du prix des terrains et des logements126, déjà évoquée, il faut mentionner les impôts locaux
plus importants. Les prix alimentaires et autres en hausse en saison touristique, etc.
Ces inconvénients ont cependant leur contrepartie telle que l’amélioration des services
publics, les possibilités d’embauche, au moins pour des emplois temporaires ou saisonniers.
Herijaona RANDRIAMANANTENASOA considère qu’un investissement dans la
conservation, la sauvegarde de la nature accompagnée de retombées sur les communautés
locales permet d’asseoir un écotourisme durable. L’auteur cite le cas du parc d’Andasibe-
Mantadia qu’il assimile à un exemple de réussite, un véritable havre de paix. Pour lui, on
attend de l’écotourisme qu’il assouvisse la passion de touristes pour la nature sur les bases
d’une durabilité qui repose sur la capacité à pouvoir exploiter rationnellement le potentiel
touristique. Comme le dit l’auteur, la responsabilité sociale est une notion primordiale dans
le développement de l’écotourisme. Pour ce qui est des effets sur les communautés d’accueil,
RANDRIAMANANTENASOA affirme que ces dernières ne doivent pas payer les coûts de
cette sauvegarde du capital qu’est la nature.
Trois mérites sont à signaler dans le travail de cet auteur ; d’abord il a fait des
recherches sur un cas concret et intéressant, le parc d’Andazibe- Mantadia, ensuite il a fait
ressortir la notion d’investissement dans la conservation 127 et enfin il s’est intéressé aux
retombées sur les communautés locales.
126
Phénomène observé dans les destinations touristiques du Sénégal telles que les stations de Saly, Mbour,
Nianing, Cap Skiring.
127
Une forme de tourisme de patrimoine identique à ce qui s’est fait au village de Nguiguelah à l’entrée de Saint-
Louis même s’il faut reconnaître que cette expérience n’a pas été un succès sur le long terme, faute de suivi et
surtout de vision claire au début.
44
La position de cet ingénieur technologue forestier malgache 128 constitue, dans une
certaine mesure, une réaction à l’encontre des idées développées par O’GRADY, GONZALO
A. PEREZ et LEFF. Pour RANDRIAMANANTENASOA, l’environnement naturel et
l’univers social ont longtemps été banalisés par le développement de l’activité touristique. Ce
constat du chercheur justifie sa satisfaction quant aux nouvelles orientations qu’il dit avoir
observées dans la pratique touristique :
Une autre étude de cas intéressante est le travail de l’indonésien Gede ARDIKA sur
l’archipel indonésien. Il a forgé le concept de tourisme consultatif qui lui a permis de cerner
les impératifs environnementaux du phénomène.
Pour l’auteur, les pays en développement (PED) ont compris qu’il faut :
128
RANDRIAMANANTENASOA, Auteur d’un article intitulé Madagascar : un modèle
d’écotourisme (2003), in VELLAS, Tourisme, éthique et développement 6 pages), p.251
129
Idem
130
Terme que nous empruntons à E. DURKHEIM, dans Les Règles de la méthode sociologique (1894) plus
précisément au chapitre 2 où il propose d’écarter de la science toute prénotion.
131
Gede ARDIKA, 2003, « Indonésie : pour un tourisme communautaire » dans Tourisme, éthique et
développement, Paris, L’Harmattan, p.p. 261;264.
45
Le géographe HILLALI Mimoun a réfléchi sur les résultats du contact entre l’industrie
touristiques, ses activités, les pratiques de ses acteurs et les réalités locales. Pour l’auteur,
croire pouvoir vulgariser les activités touristiques dans les pays en développement est une
utopie. C’est aller vers l’impasse. Car, nous dit-il, aussi bien en ce qui concerne les valeurs
socioculturelles, les croyances, les aspects spirituels, les considérations éthiques et la vie
économique, le décalage entre le Nord et le Sud est énorme.
Mimoun HILLALI a produit un essai sur la problématique du tourisme dans les pays en
développement132 dont les conclusions sont d’une grande portée pour mieux appréhender le
phénomène du tourisme dans le tiers monde. Pour Mimoun HILLALI, le tourisme peine à
s’adapter dans les pays 133en développement. Ses problèmes d’implantation s’expliquent en
partie, selon l’auteur, par des fléaux comme la famine et les épidémies qui sévissent encore
dans le continent.
Le tourisme n’est plus, ainsi, une priorité pour les autorités qui sont confrontées à
d’autres réalités telles que l’autosuffisance alimentaire, l’éducation, l’alphabétisation.
Malheureusement, d’après l’auteur, les promoteurs étrangers ignorent cette réalité en voulant
mettre en avant l’aménagement touristique aux dépens de la préparation psychologique et
socioculturelle des autochtones. C’est ce qu’il souligne dans le passage suivant :
L’auteur a lancé ainsi, un appel pour un tourisme respectueux des peuples et de leur
culture. Mimoun HILLALI, chercheur du Sud a pour objectif d’inviter les acteurs du
tourisme international à une redécouverte mutuelle des valeurs universelles du voyage. Ces
132
Sous-titre de l’ouvrage dont le grand titre est : Le tourisme international vu du Sud
133
Le tourisme international vu du sud : essai sur la problématique du tourisme dans les pays en développement,
cf. apocryphe
46
valeurs ont pour base le respect des différences. Il s’agit d’un dialogue entre le Nord et le
Sud à propos du Sud à travers un questionnement subtil de Charles CHRISTIANS: que
diredece qui se dit au « Nord » à propos du « Sud » ?134 Pour ce dernier le tiers monde en
général et l’Afrique en particulier doit participer à l’élaboration des politiques touristiques de
sa destination. Il considère que la multuculturalité doit devenir une transculturalité. Ainsi
le tourisme serait une entreprise facteur de dialogue des diversités culturelles. Un nouvel
échange, un nouveau rapport de force qui aboutirait à l’élaboration d’une nouvelle culture
touristique internationale. Les détracteurs de l’auteur parlent d’utopie, mais ce dernier parle
d’utopie135. Ainsi, le tourisme pourra être un facteur de développement équitable et mieux
durable.
134
Charles CHRISTIANS in Avant-propos « Tourisme international vu du Sud(…) de M. HILLALI
135
Extrait de l’avant propos Problématique du tourisme international vu du Sud (avant propos de Charles
CHRISTIANS
136
Wanjohi KIBICHO, Tourisme en pays Maasai(Kenya) : De la destruction sociale au développement durable,
janvier 2007, Editions Harmattan. 4ème de couverture.
137
Wanjohi KIBICHO, Tourisme en pays Maasai(Kenya) : De la destruction sociale au développement durable,
janvier 2007, EditionsL’Harmattan
47
C’est cette conciliation des acteurs divers dans le pays maasaï qui fait l'objet du travail
de Wanjohi KIBICHO. II a donc eu l'ambition de rechercher les modalités les plus pratiques
pour rendre appropriée la notion d'aire protégée.
Ainsi, dans cet ouvrage, l’auteur cherche à analyser comment le concept de durabilité
peut être appliqué au tourisme de safari. Il fournit une évaluation de la nouvelle forme de
tourisme qui s'est développée dans cette région : le tourisme communautaire. Bien que dans
son livre l’auteur prenne le pays maasaï comme terrain d'étude, son propos peut s'appliquer
aussi à d'autres zones touristiques dans le pays et même de façon plus élargie dans tous les
sites touristiques d’Afrique, celles du Sénégal y comprises.
Cette thèse nous a permis de mieux comprendre les logiques des échanges entre les
touristes et les populations autochtones qui monnayent leurs atouts personnels à la rencontre
des visiteurs. Les résultats de cette recherche nous serviront de repère pour une meilleure
connaissance du phénomène et surtout une meilleure utilisation de notre grille d’analyse des
données sur le tourisme dans la Commune de Saint-Louis.
Une autre recherche utile à la présente problématique est l’article des coauteurs Jean –
Jacques CROUTSCHE et Michel ROUX sur la question des risques liés à l’industrie du
tourisme dans un pays développé comme la France. Ces auteurs sont revenus sur le niveau
faible des considérations environnementales dans la politique des entreprises touristiques. La
responsabilité des organisations à ce propos est fortement recommandée par l’Union
européenne.
L’Union européenne par son livre vert et par une résolution de son Conseil qui demande
aux Etats membres de promouvoir le développement durable ; la France par sa Loi de 2001
sur les Nouvelles Régulations économiques qui fait obligation aux sociétés cotées de publier
un rapport de gestion ; la France toujours, fin 2002, par la mise en place du Conseil national
48
du Développement Durable- CNDD…). Ces investissements éthiques ne constituent, encore,
que 3% à 4% de la masse globale des placements réalisés en France.
Ces pourcentages faibles des investissements éthiques font que les organisations de l’industrie
touristique s’exposent à la critique des agences de régulations et surtout de la société
civile.C’est une prise de conscience progressive que font les milieux du tourisme pourtant
indexés par les sociétés civiles comme des agents pollueurs. C’est dans ce sens que les co-
auteurs ont posé une question pertinente qui mérite des réflexions :
Abondant dans le sens que les auteurs141 cités ci-dessus, Samir AMIN142 considère que
tout investissement permet d’accroître les revenus qui à leur tour accroissent le stock de
138
Jean-Jacques CROUTSCHE et Michel ROUX, Risques et tourisme : vers un modèle causal d’évaluation de
l’impact des risques sur le comportement des touristes. Pp 63-70.
139
H. HOFFMANN, juillet-août 1971, L’industrie touristique- une chance pour les pays en voie de
développement. Revue Espaces n°5.
140
P. DEFFERT et R. BARETJE, Aspects économiques du tourisme. Collection Administrative, Nouvelle
Edition Berger-Levrault, 1972 (p.p.314-325).
49
capital. Ce qui ainsi fait sauter le goulot d’étranglement des ressources en capital et libère
les forces potentielles pour financer l’industrialisation des pays dits sous-développés.
L’auteur évoque le cas de l’Asie où les premières expériences du tourisme ont été
fortement caractérisées par ces défaillances comme il le constate dans le passage suivant :
« Les débuts du développement du tourisme en Asie du Sud-est présentent de nombreux
exemples flagrants de tels abus de pouvoir… » 144
141
DEFFERT et BARETJE
142
Samir AMIN, 1971, L’Afrique de l’Ouest bloquée : l’économie politique de la colonisation, 1880-1970,
Edition de Minuit, 233 pages, p. 53.
143
S/d Pierre AMALOU, Hervé BARIOULET, François VELLAS p.p. 78;80.
144
Idem p. 77
145
Titre de l’ouvrage collectif des co-auteurs Pierre AMALOU, Hervé BARIOULET, François VELLAS (Sous
la direction de VELLAS), Tourisme, éthique et développement, L’Harmattan, Paris, France, 303 pages.
146
Jean- Marie JOLY, « Privilégier l’être humain » in Tourisme, éthique et développement, s/d Pierre
AMALOU, Hervé BARIOULET, François VELLAS (Harmattan), page 23.
50
prédateur ou bien de nouer des partenariats durables de développement commercial et faisant
ainsi de l’être humain le centre de l’action économique.
La première option est précaire dans la mesure où elle mène à l’impasse alors que le
second choix garantit l’atteinte durable de l’objectif. C’est tout le sens du concept de
durabilité que nous cernons dans ce travail à travers les activités touristiques de la Commune
de Saint-Louis. Un aspect important à retenir entre autres à propos des travaux de Jean-Marie
JOLY est la nuance introduite au niveau du couple conceptuel besoin et désir. Pour l’auteur,
le besoin réduit l’autre à nous -mêmes (c’est l’égoïsme retrouvé dans la première option citée
plus haut) alors que le désir reflète l’humanité de l’homme comme le dit JOLY il (le désir)
fait accéder à l’altérité, à l’infini.
Une autre idée à retenir concernant la pensée de JOLY est le rôle et la place de l’Etat.
Pour lui, sans Etat fort et sans dirigeant ou manager éthique pas d’entreprise touristique
viable. Il y aura deux mondes dont l’un exploitera sans cesse l’autre. Comme il l’affirme
justement en ces termes :
Pierre BOURDIEU a introduit la Théorie domination. Théorie qui constitue une sorte
de prolongement de la théorie économique de la dépendance. Pour Bourdieu, le tourisme est
un élément de distinction et de domination sociale. Sa pensée invite les spécialistes et
147
Jean – Marie JOLY, « Privilégier l’être humain » in Tourisme, éthique et développement (s/d Pierre
AMALOU, Hervé BARIOULET, François VELLAS, L’Harmattan, 2001) p. 23.
148
HILLALI Mimoun, ouvrage du même titre.
51
praticiens du tourisme à comprendre qu’il ya un décalage entre les réalités sociales et les
discours politiques sur le tourisme. C’est dans ce sens qu’il parle de l’infantilisation 149 des
acteurs locaux. A ces derniers est vendu un tourisme dit sain, respectueux de la dignité de tous
dans une micro société égalitaire, la société touristique. Ce qui pour lui est un rêve, une
chimère. En d’autres termes, l’auteur a conçu une forme de réplique sociologique de la
théorie économique de la dépendance chère à Samir AMIN.
Des scènes insolites sont souvent observées comme ce fut le cas dans le roman satirique
de l’écrivain Saint-Louisienne Aminata SOW FALL151. La romancière y relate le cas d’un
ministre qui décida de nettoyer la ville en expulsant les mendiants craignant qu’ils nuisent à
l’expansion du tourisme. A leur tour, ces nécessiteux de la rue décident alors de se mettre en
149
cf. terme emprunté à Tariq RAMADAN (qui l’a utilisé lors de sa conférence en 1999 à Lyon avec comme
thème : « Pour une réforme de l’éducation islamique ».
150
Le premier MORIN parle de « nouvelle colonisation de l’âme » et le second FANON parle de nouveau bordel
de l’Occident. Op.cit. par Youssou SARR in Les dimensions sociologiques du tourisme dans la région de Fatick,
2001, Mémoire de maîtrise, UCAD, pp. 22-23.
151
Aminata SOW FALL, La grève des bàttu, Edition les Nouvelles Editions Africaines, 1979, 131pages.
52
grève et de désorganiser la cité. Ce roman conforte l’argumentaire relatif à la nécessité
d’impliquer les populations locales dans l’élaboration des politiques touristiques. Cela est
valable quelle que soit la catégorie sociale. Même les couches sociales supposées les plus
faibles peuvent faire échouer la plus ambitieuse des initiatives. Ce qui est une réalité pour le
développement de l’industrie du tourisme.
Pour fermer la page de la revue portant sur les impacts sociologiques du tourisme,
faisons nôtre les paroles de Cecil RAJENDRA152 :
152
Poète malaysien cité par Ron O’ GRADY dans son article Des droits des populations locales in VELLAS et
Al, 2001, Tourisme éthique et développement. Harmattan. p. 77.
53
AYARI 153 est revenue sur la crise du tourisme africain. A la suite d’une consultation des
carnets de devises du tourisme dans les zones africaines de langue française, elle a remarqué
que celles-ci font le plein de touristes. Cela même en saison des pluies. Toutefois le paradoxe
est que malgré cette forte affluence, les destinations de l’Afrique francophone connaissaient
une crise sans précédent.
Dans les années 1990-2000, le Maghreb et l’Afrique noire ont été touchés par cette
crise. Aujourd’hui encore au lendemain de ce qu’il est convenu d’appeler le printemps arabe
et la recrudescence des conflits postélectoraux en Afrique subsaharienne avec un climat social
tendu font perdurer ces crises. C’est le cas de la guerre civile au Burundi, en Côte d’Ivoire, en
République Démocratique du Congo(RDC), etc.
153
Citée par Youssou SARR, les dimensions sociologiques du tourisme dans la région de Fatick, mémoire de
maîtrise, s/d de M. Boubakar LY, département de sociologie UCAD, année 2010-2001(page 23).
154
Olivier DEHOORNE (al),Le tourisme dans les îles et littoraux tropicaux : usages des lieux et enjeux de
développement.Avril-Août 2008
54
désillusions d’un espace touristique mondial sans frontières, les faits,
souvent dramatiques ont fait prendre conscience aux touristes la complexité
d’un monde où les guerres n’ont jamais cessé.
A côté du fléau des guerres, il ya les attentats ciblés. Ce qui est communément appelé
terrorisme. C’est le cas de l’explosion dans une discothèque de Bali en Indonésie en 2002. Il
ya les attentats à l’arme blanche de Charm El Chair en Egypte. L’attentat du 11 septembre
2001 avec l’attaque des tours jumelles américaines reste un évènement qui a fortement donné
un coup d’arrêt à l’épanouissement de l’industrie mondiale du tourisme. Les modes
opératoires vont de l’explosion à la voiture piégée en passant par l’arme blanche si ce n’est
purement et simplement la kalachnikov pour atteindre la victime à bout portant.
Ces crimes et risques ne sont pas un apanage de ces seules parties du monde. En plus
des continents africain et asiatique, l’Amérique est une destination très affectée par ces
problèmes. Une illustration de cet état de fait est le cas évoqué par le journaliste français
Antoine MAXIMY, réalisateur d’un documentaire d’évasion j’irai dormir chez vous 155 . Il
s’agit d’une histoire de tentative d’enlèvement par une tueuse de touristes en Bolivie. C’est
une dame qui a la cinquantaine. Son mode opératoire est de se présenter en flic et d’inviter la
cible (future victime) à la suivre au commissariat. C’est ainsi qu’elle s’empare des objets de
valeur de sa victime. En cas de contestation de cette dernière ou d’un refus d’obtempérer, elle
utilise la méthode force : l’assassinat. Heureusement que le journaliste qui n’est pas novice
sur le terrain, a compris et décliné l’invitation.
Et ce qui est plus préoccupant, c’est que malgré l’intervention de la police avec une
retransmission en direct à la télévision nationale, l’un des fils de la « fausse » flic s’est
présenté le lendemain chez les hôtes d’Antoine pour lui parler. Par chance, le journaliste était
absent. Et le fils de l’hôte lui a fait le compte rendu. Ce qui a précipité le départ du journaliste
routard de la zone.
Un autre fait qui prouve cette insécurité est la recrudescence des fusillades entre gangs
de quartiers, et même entre policiers et gangs armés. Le même journaliste réalisateur a vécu
une scène en Colombie en plein tournage. Des évènements qui ne concourent pas à rassurer
les demandeurs de séjours touristiques. Ce qui plombe les tendances en termes de flux
touristiques vers ces destinations pourtant prisées pour leur original exotisme. Un autre aspect
155
Antoine de MAXIMY, j’irai dormir chez vous, en Bolivie. (Film documentaire- chaine
Voyage)
55
est la nouvelle occupation de l’espace. De nouveaux aménagements accompagnés de
nouvelles périphéries sont opérés.
Par ailleurs, il est à noter quand même dans les récits de visiteurs une certaines
particularité de zones qui se sont distinguées par leur hospitalité. Ce sont les exemples du
Maroc au Maghreb et du Sénégal en Afrique de l’Ouest. Cette dernière dont la culture de
l’accueil est bien ancrée dans une de ses Communes : la ville de Saint-Louis. C’est la teranga.
Les journalistes Samba Oumar FALL, Mohamadou SAGNE et Amath Sigui NDIAYE
ont fait un compte rendu157 de la visite du Président Macky SALL à Saly le 30 novembre
2013. Selon eux, dans son discours, le Président sénégalais a fait part de sa vision qui consiste
à faire du tourisme un levier du développement durable. Il a décliné un important programme
de promotion avec quelques axes :
156
Op. cit. page précédente
157
Compte rendu de Samba oumar FALL (et Al), Ecrit par Bouba SOW, samedi 30 novembre 2013 à
16h53. Macky SALL décidé de faire du tourisme un levier de développement
56
- Mbodiene, Pointe Sarène, Joal, Saly futur des projets prévus pour repositionner le
tourisme sur la Petite Côte
- Des autoroutes, nouvelles stations touristiques…Un investissement de 1000 milliards
de FCFA à rentabiliser
- Des mesures pour éviter de faire du visa158 un frein au tourisme
- L’agence de promotion du tourisme sera remise en marche
- Stopper la baisse des arrivées de touristes et l’érosion côtière, chercher des
financements…
- Recueillir toutes les difficultés des professionnels du secteur
- Elaborer un plan de sauvegarde pour Saly avec 1milliard de FCA destiné à embellir la
station balnéaire.
- Un accompagnement prévu pour la destination Casamance
- Mise en place d’un programme Qualité (pour rendre la police touristique plus présente
et plus opérationnelle)
158
Le visa qui est considéré comme certains enquêtés comme responsable de la baisse des arrivées.
159
idem
160
Amadou SOW (étudiant), avril 2011, Que reste-il de l’hospitalité saint-louisienne ?Dans le numéro 001 de La
Voix des Etudiants ! - CAMPUS BI (38pages), pp.26-29.
57
Y. S. (employé dans une société pétrolière de la place)161
J’ai fait une partie de mon cursus à Saint-Louis. Je logeais chez ma tante
paternelle. A la même époque, il avait trois autres élèves comme moi qui
logeaient dans la maison mais qui n’avaient pas du tout de liens avec la
famille. Nous occupions la même chambre. Nous partagions tout. Moi j’étais
au lycée technique André PAYTAVIN. Les autres, dans l’enseignement
général, à Charles de gaulle. C’est vrai qu’aujourd’hui, je n’ai que le
contact d’un seul parmi eux, qui est enseignant. Pour les autres, je ne sais
plus ce qu’ils sont devenus mais je ne garde que de bons souvenirs d’eux. Je
n’ai jamais constaté un traitement particulier en ma faveur, sous prétexte
que je suis membre de la famille, par rapport aux autres. Au contraire, ma
tante semblait leur porter plus d’attention qu’à nous qui étions de la famille.
Elle disait toujours que nous ne savions pas si demain nous ne serions pas
dans la même situation que ces élèves. C’est vrai que cette femme- paix à
son âme- était d’une générosité légendaire. Mais, depuis sa mort, il n’ya
plus d’élève dans sa maison. Ses filles se sont mariées et les garçons ont leur
propre famille.
- Le statut de famille d’accueil, objet de fierté
Beaucoup d’élèves sont passées dans notre maison. Garçons comme filles.
Certains sont des étudiants, jusqu’à présent. L’année dernière nous avions
encore avec nous un bachelier hébergé dans la maison, de la 6ème au bac. Il
yen a que je ne connais même pas, parce que je suis jeune. Mais mon père
me parle d’eux souvent. J’ai rencontré aussi des gens, lors du Gamou de
Tivaouane 163 , qui me disent qu’ils ont été à la maison. Pour certains, je
n’étais même pas née ou bien j’étais très jeune. Mais quand nous nous
retrouvons, ils se souviennent. Tous nos voisins du quartier les connaissent.
La fille qui vous a servi le dîner, hier soir, est une élève qui est venue
poursuivre ses études ici. Nous partageons la même chambre, depuis qu’elle
est arrivée ici, il ya trois ans. Elle vient du village de Mboumba, au Fouta.
C’est le village d’origine de mon père. D’ailleurs, beaucoup de ceux qui
sont passés ici sont originaires du village ou des villages environnants. ( ..)
Notre demeure, c’est aussi la maison des parents, amis et voisins du
161
Propos recueilli par A. SOW, étudiant en lettres, (UGB)dansLa voix des étudiants en 2011.
162
Il en est devenu le nouveau parrain.
163
C’est le Mawloud, cérémonie religieuse d’une des confréries musulmanes de Sénégal organisée à Tivaouane,
ville du marabout Elhaj Malick SY.
58
village. J’ai ma grande sœur à Leona (NDLR : autre quartier de la ville) qui
héberge aussi un des élèves et un talibé.
- La solidarité et l’hospitalité (teranga) comme carte de visite
Il peut même arriver que la personne hébergée et prise en charge ne soit pas originaire
du même village que le chef de maison. Certains soutiens en termes de logement relèvent
simplement du hasard des contacts ou amitiés de circonstance. A Saint-Louis, tout le monde
pouvait trouver un toit. C’était la capitale de l’hospitalité. Un phénomène chanté par la star
de la musique sénégalaise Youssou NDOUR ancien ministre de la culture et du tourisme et
actuel conseiller spécial du président de la République :
164
Youssou NDOUR dans Saint-Louis, 1996, une chanson dédiée à ladite ville.
165
Op.cit. p.73 (A. SOW, étudiant en lettres, (UGB)dansLa voix des étudiants en 2011.)
59
Ces passages font ressortir le sens des relations sociales dans le Saint-Louis du passé.
Cette cité communautariste n’a pas su résister au changement social. Avec la crise actuelle,
les liens sociaux ne sont plus les mêmes. L’entraide est devenue une exception à Saint-Louis.
L’hospitalité est devenue plus théorique que réelle. Elle se meurt. Une sociologie critique de
la ville de Saint- Louis montre qu’elle est devenue une ville qui vit un tiraillement entre
tradition et modernité.Cette étude nous permet de saisir la nouvelle représentation sociale que
se fait le saint-louisien moyen de l’autre, de l’étranger. Le contexte de crise combiné à
d’autres facteurs, explique ces changements.
Des quartiers sales, des personnes pressées, stressées, par moment arrogantes (à
l’opposé de la légendaire courtoisie du ndar ndar bon teint), tel est le nouveau décor de
Saint-Louis.Un constat qui est en déphasage avec les paroles du musicien sénégalais Youssou
NDOUR166 dans une de ses chansons dédiée au tourisme sénégalais.
Mbalit mi Salte bi day yakh te dey tah be ken du beug nieuw sunu rew.
Nanu setat sunu bop
Les tas de déchets, les ordures détruisent l’image de notre pays et feront que
personne ne voudra venir visiter notre pays. Faisons un travail
d’introspection pour mieux correspondre à ce que nous véhiculons comme
image.
Ces passages constituent un appel à plus d’assainissement pour une meilleure
organisation de la destination touristique du Sénégal.Quand nous interpellons les autochtones,
exceptéquelques-uns, le discours est le même :
166
M. Youssou NDOUR auteur d’une chanson dédiée au tourisme. Il est devenu lui-même ministre du tourisme
du président Macky SALL.
60
Ce discours qui traduit une mentalité teinte de chauvinisme méprisant l’altérité est
perceptible dans les propos de certains notables et communicateurs modernes comme
traditionnels. Dans une de ses émissions phares, ndar ragn qui veut dire Saint-Louis en
lumière, le notable et comédien Alioune Badara DIAGNE plus connu sous le nom
de Golbert revient sur les maux de la cité. Il parle des défauts des ndar ndar,domu ndar de
l’hypocrisie qui règne dans la cité, du manque de générosité, de la délinquance, du
vagabondage de tout genre, du manque de patriotisme des saint - louisiens installés dans les
autres pays et même autres régions du pays comme Dakar, Thiès etc.
Analysant les prises de position du journaliste et la perception de son travail par les
différents auditeurs, le point de vue d’un enseignant affecté à Saint-Louis depuis une décennie
est à partager.
Monsieur N. 167:
C’est une émission qui fait des révélations trop audacieuses. Parfois le
discours est choquant, blessant pour les étrangers qui résident à Saint-Louis
(…) Et quand il termine ou même dans son style imagé, l’auditeur averti
comprendra toujours que le journaliste jette l’anathème sur autrui. C’est
cet autre qui est venu d’ailleurs, de loin le responsable qui serait le
responsable du mal Saint-Louisien.
Les mots de l’enseignant Monsieur N. sont une sorte d’alerte qui attire l’attention de
l’auditeur désireux de comprendre sa frustration à travers des propos souvent audibles dans
une émission radio :
167
Interrogée par Amadou SOW (la voix de l’étudiant avril 2011)
168
Par opposition au saint-louisien de souche (domu ndar)
61
depuis l’arrivée dessaloum saloum169 et baol baol170. On les a bien reçus et maintenant ils ont
détruit notre ville. Ils ne sont pas civilisés.171
Un autre commentateur averti avec une bonne culture générale et cette fois-ci Saint-
Louisien de souche, romancier et conteur a donné ce point de vue:
Nous Saint-Louisiens nous croyons être au-dessus des autres. Nous nous
croyons plus beaux que le reste du monde. Ce qui explique aujourd’hui notre
retard. Les autres nous ont dépassés depuis belles lurettes172. Il est l’heure
de nous départir de nos grands défauts.
Des propos qui rappellent la phrase d’un éminent formateur en
psychopédagogie originaire de Saint-Louis aux initiales YD173 qui disait :
Nous Saint-Louisiens avons un défaut majeur qui nous fait perdre beaucoup
de choses : nous nous croyons supérieurs aux autres, ce qui ne favorise pas
une confiance mutuelle dans le vivre ensemble.
Recueillir de tels propos sur Saint-Louis, à Saint-Louis et de la part de Saint-Louisiens
de souche (ndomu ndar), est un signe de changement ou d’un début de mutations. Les faits
relatés, s’ils sont vérifiés, sonnent l’ère d’un changement social total si l’on sait que ce qui
faisait l’identité de la ville c’était l’acceptation de l’étranger. C’était l’hospitalité. On ne se
sent plus, comme avant, chez soi à Saint-Louis. La crise socioéconomique et les conditions
sociales difficiles (chômages, pauvreté, promiscuité ambiante) ont eu raison de la teranga
(hospitalité). Cette belle carte de visite qui a fait les heures de gloires de la belle signare
qu’est la ville tricentenaire de Saint-Louis est devenue un vain mot.
169
De la région centrale de Kaolack (ancien Saloum)
170
De Diourbel (Touba, Mbacké etc.)
171
Entretien effectué le 15juin 2017.
172
Entretien effectué en mars 2017.
173
Entretien réalisé en 2007.
174
Directeur de la Compagnie du fleuve et du bateau « Bou El Mogdad », gestionnaire d’hôtels.
62
sénégalais »175. Dans un entretien, BANCAL a fait un diagnostic du secteur à Saint-Louis.
Dans cet entretien il est revenu sur plusieurs points :
- La sécurité
- La santé
- La communication
- La règlementation
- Le soutien, l’accompagnement de l’Etat
- La formation des guides
- Une comparaison de Dakar avec Saint-Louis (développement du tourisme d’affaire
- L’insalubrité des plages
- L’informel, la clandestinité
- La faible capacité d’accueil (ce qui rappelle l’avis du directeur d’hôtel M. DIOP.
- Un problème de gestion, de management
- Impliquer l’université (formation et études, recherches)
- Nécessité d’une réforme
- Développer l’évènementiel (revoir l’agenda culturel)
Marie Caroline CAMARA 176 considère Saint-Louis comme un label en ces termes :
« Saint-Louis est une marque ».177Dans une entrevue, elle a mis en exergue :
- La particularité de Saint-Louis
- Des actions à mener pour développer Saint-Louis à travers le tourisme et la culture.
- A l’instar des journalistes, des étudiants doctorants ont contribué aux recherches sur le
fait social du tourisme.
Pour elle,
« Saint-Louis est une ville de culture. L’agenda culturel est très riche, tous les jours il
s’y passe quelque chose(…) La culture il yen a à chaque coin de rue à Saint-Louis178. »
- Implication de tous (Il faut faire en sorte que tout le monde se sente concerné, car
souvent les gens se disent, à tort bien sûr, que le tourisme ne rapporte qu’aux hôteliers.
175
In African Business Journal, numéro spécial Saint-Louis 2017(page 34).
176
Présidente de l’Association « Entre Vues » , gestionnaire de Maison d’hôtes.
177
African Business Journal, page 30.
178
Idem, page 31
63
Les populations n’ont pas la connaissance de l’impact économique du tourisme sur la
région et sur le pays)179
- Promouvoir un tourisme de type interne :
promouvoir le tourisme interne est d’une importance capitale, il faut apprendre aux gens et plus
particulièrement aux enfants à découvrir leur région, leur culture et la richesse de leur pays avant
d’aller à la découverte d’un autre pays.180)
Driss Ben JELLOUN 181 propose de faire de Saint-Louis une grande destination du
tourisme de découverte.
Au début des années 1990 quand on a lancé le festival de jazz, il fallait un produit
d’appel au niveau de la région afin de diversifier encore plus l’offre touristique du
Sénégal qui était amplement dominée par le tourisme balnéaire.
Ben JELLOUN a également insisté sur l’importance du partenariat avec les autres
institutions et établissement de la région.
En marge du festival de jazz, beaucoup d’autres évènements sont organisés par nos
partenaires comme l’université, le CRDS, ex IFAN et les galeries. Ces activités
parallèles permettent de montrer toute la diversité culturelle de la région et donnent
une dimension beaucoup plus spéciale et unique à Saint-Louis.
Le festival de jazz est un succès dans la mesure où selon Ben JELLOUN, l’évènement
se développement progressivement avec plus d’acteurs bénéficiaires des retombées et une
durée qui augmente d’année en année :
Le festival qui durait 2jours, voire 3jours auparavant, s’est étalé sur 8jourscette
année (2017). La prise en charge et le cachet des artistes étrangers, qui pour la
plupart nous viennent des Etats – Unis, nous posent souvent d’énormes
problèmes….
(…) aujourd’hui, ceux qui gagnent le plus du festival de jazz ce sont les hôtels,
les bars, les restaurants. Les réservations sont faites des mois à l’avance et
affichent complet avant, pendant et même une semaine après la fin du festival.
179
idem
180
idem
181
Secrétaire général du Festival de jazz Saint-Louis de 1993 à 2017(25ans)
64
I.2.6. LITTERATURE SENEGALAISE SUR LE TOURISME (THESES-MEMOIRES
ET AUTRES TRAVAUX DE RECHERCHE
I.2.6.1. DES THESES
La littérature sur l’industrie du tourisme et du voyage compte beaucoup de thèses.
Dans cette partie de la revue, nous ferons un survol de quelques travaux de spécialistes des
sciences sociales (économistes, géographes et sociologues etc.).
L’économiste Moustapha KASSE182 a réfléchi sur les impacts des activités du tourisme
sur les économies en Afrique. Il a mené ses recherches en insistant spécifiquement sur les
facteurs non maîtrisables de la demande touristique. Ces derniers (facteurs non maîtrisables)
qui, dit-il, influent sur son élasticité. L’auteur a classé ces facteurs qui font varier la demande
touristique en quatre catégories :
- Premier facteur : les mesures politiques économiques qui concernent les ressortissants
des zones émettrices ou plus précisément des pays clients. En guise d’illustration, nous
citerons le cas de la crise de l’énergie des années 1970 qui entraîna immédiatement une
compression des flux de touristes alors que la hausse du prix des produits pétroliers a
eu comme conséquence presque immédiate un accroissement et des déplacements et de
leur coût.
- Deuxième facteur : les crises politiques qui exercent une forte influence sur la
demande. Pour prouver cette sensibilité de la demande aux crises politiques, il ya le cas
de la crise du Moyen-Orient des années 1970. Ainsi, un danger de guerre, un acte
terroriste 183 , un putch militaire compriment pour un moment les mouvements
touristiques. Pour consolider ce point de vue de Moustapha KASSE, nous avons la
récente crise politique ukrainienne avec le détachement de la Crimée, important site
touristique sur la frontière entre l’Ukraine et la Russie, qui du coup voit son taux de
fréquentation chuter avec seulement 1/6ème de ses effectifs respectifs de visiteurs en
2014184.
- Troisième facteur : les éléments subjectifs et fortuits, par exemple, Saint-Louis qui
peut brandir son statut de berceau de l’hospitalité (la teranga en wolof), Paris,
« capitale de la culture », « des droits de l’homme », de la démocratie etc.
182
KASSE Moustapha, 1976, Tourisme international : évaluation de l’impact sur le développement des
économies africaines. Thèse de Doctorat, p.p. 119, 120, 121(fascicule 1).
183
Citons le cas du 11 septembre 2001qui a tout bouleversé dans l’organisation du tourisme international
184
Cf. Info télévision France 24, reportage du 02-08-2014.
65
- Quatrième facteur : l’environnement sociogéographique qui s’explique par les
conditions sanitaires et de sécurité idéale influe sur la demande. Pour le volet sanitaire,
l’exemple de l’annonce pendant les années 1970 d’un cas de choléra en Espagne
entraîna une baisse de 10% 185 du volume total des flux touristiques. Actuellement,
certains pays de l’Afrique de l’Ouest ne font plus rêver avec le virus d’EBOLA. Quant
à la sécurité, nous avons des régions du monde comme le Proche Orient (Gaza, Israel,
Irak), l’Afrique de l’Est (Somalie), foyers de tensions avec des attaques terroristes, des
attentats à la bombe, des enlèvements, ne drainent plus de touristes comme avant.
La géographe Bineta SENE DIOUF186 dans une étude de a situation géographique du
tourisme au Sine Saloum et en Gambie, soutient que le tourisme renforce l’essor
infrastructurel des zones à vocation touristique. Ainsi, il stimule le développement
économique de ces dernières. Pour elle le tourisme peut-être un facteur de renforcement du
décalage économique entre le littoral et le continental.
185
Cité par Moustapha KASSE, Tourisme international :…. Thèse d’Etat fascicule 1.
186
Bineta Sène DIOUF, 1987, cf. conclusion de Etude géographique du tourisme au Sine Saloum et en
République de Gambie. Cité par Y. SARR, 2001, in Lesdimensions sociologiques du tourisme dans la région de
Fatick. Mémoire de Maîtrise, s/d de B. LY. (p. 26).
187
- idem (Tourisme local)
188
P. AMALOU, H. BARIOULET et F. VELLAS, 2003, Tourisme, Ethique et Développement, Editions
L’Harmattan, 303 pages.
66
développement et leurs peuples. En d’autres termes, il s’agit de recommandations fortes
portant sur l’importance vitale d’investir dans et pour l’être humain, dans un monde sans pitié pour
les plus faibles et qui tend à les broyer189.
L’enseignant - chercheur, le Dr CISSE194 dans une recherche sur l’analyse des aspects
socioéconomiques et culturels du tourisme dans le cadre du développement des collectivités
locales sénégalaises avec un focus sur Saint-Louis insiste sur l’implantation de grandes unités
industrielles génératrices de recettes fiscales pour booster le tourisme et l’économie locale.
Dans ses conclusions, il affirme que le secteur touristique est un bon tremplin pour relancer
l’économie de la Commune de Saint-Louis. Ses conclusions nous ont permis de comprendre
l’importance des infrastructures (lythome) dans le développement du tourisme local.
189
Idem page 9
190
Didier MASURIER, Imaginaires et idéologies du tourisme international, l’exemple du Sénégal, (thèse de
doctorat d’anthropologie, Université de paris V, 1994)
191
idem
192
Laurence HAYAT, mémoire de maîtrise.
193
Youssou SARR, 2002-2003, Approche sociologique de la pratique du tourisme sexuel à partir du cas des
jeunes âgés de 18à 24ans de la Petite Côte du Sénégal. Mémoire de DEA s/D du Pr Boubacar LY, Département
de Sociologie de l’UCAD, 63pages.
194
Abdoul Wahab CISSE, 2012, Analyse des aspects socio-économiques et culturels du tourisme dans le cadre
du développement des collectivités locales sénégalaises : Le cas de la Commune de Saint-Louis,Thèsede
doctorat d’Etat es lettres de Sociologie UGB.
67
Le Dr DIOMBERA195(2010) a fait des travaux sur le développement du tourisme sur le
littoral sénégalais de la Petite Côte à la Basse Casamance. Il a travaillé sur l’aménagement et
ses incidences sur les aspects socioéconomiques. Une particularité de sa thèse a été l’analyse
des oppositions entre développement touristique et équilibre ou respect de l’environnement
géographique.
Une recherche sur les changements sociaux engendrés par le tourisme dans le village de
Dionewar. Dans ce mémoire de maîtrise, l’auteur a insisté sur les effets pervers du tourisme
dans ce village de la Petite Côte sénégalaise. En effet, les enfants désertent l’école élémentaire
pour aller à la rencontre des touristes. Ces derniers au lieu de les démotiver les encouragent
par de petits cadeaux comme. Cadeaux qui peuvent être des appâts dangereux pour ces jeunes
qui risquent de tomber un jour entre les mains d’un pédophile ou d’un délinquant.
NDOUR(1984) 197 dans une recherche sur le tourisme au Cap Vert de 1972 à 1982,
mémoire de maîtrise Dakar, Université Cheikh A. DIOP, 1984.
Nini DIOUF, quant à elle, a fait une recherche sur les mariages mixtes entre sénégalais
(es) et touristes français (ses). Dans ses résultats, il ressort clairement que l’une des retombées
non négligeables du tourisme constitue les unions scellées à l’occasion des rencontres
amoureuses nées avec le contact entre touristes et populations locales de Mbour et de Saly.
195
Mamadou DIOMBERA, 2010, Aménagement et gestion touristique durable du littoral sénégalais de la Petite
Côte et de la Basse Casamance, Thèse de doctorat en Tourisme, Saint-Louis (Sénégal) : UGB. 343 pages.
196
Moustatpha SARR, Les potentialités touristique de la région de Saint-Louis, Mémoire del’Ecole Nationale
d’Administration et de Magistrature (ENAM))
197
Timack NDOUR, 1984, Le tourisme au Cap Vert de 1972 à 1982, mémoire de maîtrise Dakar, Université
Cheikh A. DIOP, 164 pages.
68
HAYAT(2006), dans un travail ethnologique, a mis en exergue le phénomène de la
rencontre entre « l’imaginaire occidentale » et celle locale. Et dans cette investigation,
l’auteur a montré les différences au niveau des représentations et des attentes. Ce que l’auteur
désigne sous le vocable de rencontre de deux imaginaires198 du tourisme à Saly.199
Cette dernière recherche nous a permis de recueillir des informations sur les impacts
sociaux, culturels et économiques du tourisme sur le village de Saly Portudal. C’est une
station balnéaire située à environ quatre-vingt (80) kilomètres de Dakar. Dans cette recherche,
nous avons axé nos analyses sur les conséquences de l’activité touristique sur la société de la
Petite Côte. Un ensemble de dérives ont été listées : la prostitution des jeunes, la dégradation
des valeurs culturelles, la confiscation des terres des paysans autochtones, la perturbation des
pêcheurs avec une occupation de la zone côtière qui a été aménagée en plage sablonneuses
pour répondre aux exigences de l’industrie du tourisme.
198
Un terme identique à celui de Rachid AMIROU in Imaginaire du tourisme culturel, Paris pUF (1999).
199
L. HAYAT, Tourisme à Saly-Portudal (Sénégal) ou la rencontre de deux imaginaires ». 2005-2006) /
mémoire de Maîtrise en Ethnologie (2005-2006) s/d Roger RENAUD, Université Paris VII- Denis Diderot. U. F.
Anthropologie, Ethnologie, Science des religions.
200
Youssou SARR, 2000-2001, Les dimensions sociologiques du tourisme dans la région de Fatick, mémoire de
maîtrise de sociologie sous la direction de Boubakar LY maitre de conférences, 176pages.
201
Youssou SARR, 2002-2003, Approche sociologique de la pratique du tourisme sexuel à partir du cas des
jeunes âgés de 18à24 ans de la Petite Côte du Sénégal. (s/d de Boubakar LY, Maître de conférences, 63pages.
69
Il ya aussi le besoin de distinction sociale et de différenciation 202 à ajouter à ces
aspects soulevés par SALOMON. Par exemple, le jeune qui se met en couple avec une
occidentale se croit différent des autres. Ainsi, en prenant cette décision, il se distingue du
coup des autres jeunes. Et en poussant la réflexion, avec une observation des rapports sociaux
autour de sa personne, la nouvelle considération dont il jouit, les témoignages des membres de
la famille font de lui une fierté pour des proches
202
Des concepts chers à Pierre BOURDIEU
203
Une option arbitraire dans la mesure où nous considérons Jacques BUGNICOURT comme un africain, « sénégalais bon
teint », un « dakarois », n’est-ce pas lui qui disait quelques mois avant sa mort : « Dakar, je l’aime, je ne le quitterai jamais»,
cité in Jacques BUGNICOURT, hommages, témoignages, reconnaissance. La bataille des idées : ses ultimes combats.
Cahiers d’étude du milieu et d’aménagement du territoire. Responsable de la publication : Mohamed SOUMARE, Liberty
MHLANGA, Mohamed NACIRI, Raphael NDIAYE. 2015, Page 40.
204
Jacques BUGNICOURT, Entretiens avec Makoto KATSUMATA Ph. D. International Peace Research
Institute, Meiji Gakui University, JAPAN, Fecai, Tokyo, 13 février.
205
Jacques BUGNICOURT, Entretiens avec Makoto KATSUMATA Ph. D. International Peace Research
Institute, Meiji Gakui University, JAPAN, Fecai, Tokyo, 13 février
70
Ainsi, il convient de nous poser les questions suivantes : c’est quoi donc le
développement endogène ? À partir de quel moment, peut-on parler de développement
endogène ? Jacques BUGNICOURT répond en ces termes :
SECTION II : PROBLEMATIQUE
Le tourisme est- il facteur de développement durable ? Considéré comme une industrie,
ce secteur regroupe des activités et des services qui lui sont spécifiques. Ce sont les
entreprises touristiques. Une analyse économiciste,207 permet de constater qu’à l’instar des
autres industries, celle du tourisme a son marché avec une demande et une offre. Ces deux
variables déterminent et régulent le fonctionnement du marché touristique. Les opérateurs du
domaine ont tendance à agir sur les prix de la destination en fonction des flux touristiques
d’une part et des offres et services offerts par la destination de l’autre.
C’est un phénomène de société qui agit sur les niveaux économique, social et
environnemental. Il «constitue aujourd’hui une activité économique à part entière avec
laquelle les politiques de développement se mettent à compter. C’est dans ce sens que la
revue « L’entreprise » (juillet-août 1999) titrait en première page : «Tourisme, sport, loisirs :
les business qui marchent» et parlait à ce sujet, des « plus beaux et gros gisements de profit
206
idem
207
Pour parler comme Richard SWEDBERG, qui forge ce terme et l’utilise dans Histoire de la Sociologie
économique.
71
du prochain siècle 208 ».C’est le phénomène des « paris sur structures nouvelles 209» fondés
sur le tourisme avec une floraison d’initiatives individuelles ou collectives qui reposent sur les
activités touristiques ou récréatives (du loisir). Ce sont de nouvelles formes d’organisations,
les entreprises touristiques.
Dans la présente recherche, il se pose le problème des rapports, des interactions qui
existent entre ce fait social, c’est-à-dire le tourisme et le développement durable. C’est une
étude de l’impact des entreprises touristiques sur le développement socio-économique et
politique des zones d’accueil. C’est une réponse à la question : Quel est l’impact du tourisme
sur la croissance ? Son action sur l’économie avec la circulation des devises, les
concentrations humaines, les contacts sociaux et l’univers géographique avec la construction
de réceptifs, la pêche sportive, la chasse (tourisme cynégétique), lui assigne le statut d’un
phénomène social total pour reprendre une expression du sociologue Marcel MAUSS. Edgar
MORIN utilise l’expression de « fait humain total ».
La théorie du développement par le tourisme est une nouvelle formule présentée comme une
alternative au développement classique fondé sur une spécialisation extrême de la production. Cette
dernière qui reposait exclusivement sur l’exploitation agricole et minière est remplacée par un
nouveau modèle. Ce dernier est fondé sur l’industrie de la culture, du tourisme, une civilisation des
loisirs.
Depuis des décennies, le tourisme a cessé d’être un secteur d’activités marginal. Il est devenu un
grand pôle d’activités. Il génère d’importantes ressources. Il mobilise un nombre considérable d’agents
de production. Il est ainsi assimilable sur plusieurs dimensions, aux grandes industries ou complexes
économiques des sociétés modernes. On assiste ainsi à d’importantes mutations lisibles à travers la
208
Liliane BENSAHEL, Myriam DONSIMONI, le tourisme, facteur de développement local, dans
l’introduction qui a pour sous - titre : « L’activité touristique, facteur du développement économique » page 3 de
l’ouvrage collectif Le tourisme, facteur de développement local (s/d de Liliane BENSAHEL et Myriam
DONSIMONI)
209
Une expression empruntée à François Perroux cité par les co-auteurs
72
forte concentration de la demande touristique et la diversification de la consommation avec la
découverte de nouvelles destinations. Ce qui engendre des retombées importantes en termes de
devises.
210
Moustapha KASSE, 1976, « Tourisme international : évaluation de l’impact sur le développement des
économies africaines », Thèse d’état, fascicule I, page 28.
73
d’accueil. Ainsi donc, ce pays à la porte de l’Afrique de l’Ouest est un objet intéressant pour
la recherche sur le phénomène. Il convient ici de se poser un certain nombre de questions:
Quels sont les facteurs socio-économiques et politiques qui expliquent cette nouvelle
tendance du tourisme international ? Qu’est-ce qui a fait de l’Afrique une nouvelle destination
qui occupe une grande part dans la formulation de la demande touristique internationale ?
Par ailleurs, il est important de préciser que le tourisme constitue pour ces pays une
entreprise qui véhicule un volume appréciable de devises. En ce sens, il constitue pour eux un
espoir. Idée qui rassure et ceci d’autant plus qu’en toute apparence il n’est pas affecté, selon
certains économistes, par la détérioration ruineuse des termes de l’échange211.
H. HOFFMAN212 considère le tourisme comme une activité qui donne aux pays sous-
développés la chance de combler leur retard par rapport au pays développés. Position qui converge
avec celle des co-auteurs DEFFERT et BARETJE213. Pour eux, le tourisme n’est plus un fait
ordinaire mais plutôt une activité économique rentable avec des retombées socioéconomiques
importantes.
Mais cela suffit-il pour y voir un espoir de décollage ou une formule alternative de
développement ? Les devises générées profitent-elles réellement aux zones d’accueil ? Si l’on
sait que les grands complexes touristiques sont concentrés entre les mains des ressortissants
des pays émetteurs de l’Occident ou entre celles de leurs alliés, les retombées sur les
destinations sont-elles durables?
Et même s’il est noté, actuellement, un certain degré d’implication des nationaux dans
les activités avec l’émergence d’une nouvelle classe de promoteurs autochtones, une question
reste posée : cela suffit-il pour faire du tourisme un « passeport » pour le
développement (local) comme se sont interrogés certains penseurs parmi lesquels nous avons
Emmanuel De KADT214 ?
211
Position discutable aujourd’hui si nous nous référons aux conséquences des attentats terroristes du 11
septembre aux EU mais aussi celles de la crise financière de 2009.
212
HOFFMAN, 1971, « L’industrie touristique - une chance pour les pays en voie de développement », in Revue
Espaces n°5 – juillet/août 1971
213
P. DEFFERT et R. BARETJE, 1972, Aspects économiques du tourisme, collection administrative, Nouvelle
Edition Berger-Levrault, (p.p.314-325)
214
Emmanuel De KADT, 1979, tourisme, passeport pour le développement ? Economica, p.p. 3-75
74
Depuis des décennies, le tourisme s’est taillé une place de choix dans l’économie
mondiale. Cette position a été en constante progression. Même s’il faut noter un coup d’arrêt
avec de profondes perturbations notées depuis 2001 qui ne cessent de s’accentuer davantage
de nos jours avec le vent de terrorisme qui n’épargne aucune partie du monde. Les évolutions
du phénomène touristique s’accélèrent. Les concentrations s’accentuent. Les activités et
pratiques se développent et se diversifient. Tout cela aboutit à la formation de grands pôles à
tendances monopolistiques.
Ce constat est valable pour le Sénégal dont la population n’a pas été bien préparée à
recevoir des touristes. La question fondamentale à se poser, à propos du Sénégal en général
et la Commune de Saint-Louis en particulier, est celle de savoir si le développement par le
tourisme est-il durable ? Ces interrogations, constats et théories que nous venons de faire de
façon rapide, nous permettent d’appréhender l’ampleur, la complexité, bref la totalité du
phénomène touristique à l’époque actuelle. Ce caractère multidimensionnel du fait touristique
rend vaine toute réticence ou interrogation ayant trait à l’intérêt scientifique de son étude215.
Dès lors, une approche sociologique des aspects liés aux activités touristiques est un
objectif scientifique vers lequel on peut tendre. Aujourd’hui, nous assistons à la mise au point
de politiques de développement touristiques. C’est l’œuvre des Etats et des grandes
entreprises de tourisme. Ces dernières correspondent aux compagnies de transport, aux
chaînes hôtelières, aux restaurants, aux agences de voyages, etc.
Ainsi, il apparaît qu’à l’instar de la science économique qui étudie le fait touristique, la
sociologie est devenue incontournable pour mieux accéder à la vérité de ce fait social. La
demande touristique a connu une évolution spectaculaire. Elle est devenue plus complexe.
Elle présente des produits, des circuits, des acteurs, un environnement spécifique. Ce qui
implique des pratiques, des représentations sociales. Tous ces aspects sont riches du point de
vue de la recherche. Ils suscitent une curiosité scientifique. Il ya beaucoup de zones non
215
Contrairement à la position de certains anthropologues qui considèrent les spécialistes du tourisme comme
des « touristes » de la recherche.
75
explorées. Il y est décelé beaucoup d’espaces vides, des questions de recherche, des
insatisfactions, des problèmes, des problématiques qui n’autorisent plus un désintérêt de la
sociologie.
Notre terrain étant la Commune de Saint-Louis, nous ferons une sorte de sociologie du
fait touristique dans cette localité à travers trois dimensions, la conception (demande et
offre), les pratiques (les activités), les perceptions et représentations sociales. Autrement dit,
nous avons fait une sociologie des pratiques et des représentations sociales des acteurs des
entreprises de l’industrie du tourismed’où l’intitulé de la présente recherche pour une thèse :
Industrie touristique et développement durable dans la Commune de Saint-Louis.Dès lors, il
convient de nous interroger à propos du cadre de l’étude. En d’autres termes, c’est répondre à
la question : pourquoi le Sénégal en général et la Commune de Saint-Louis en particulier?
Ce choix se justifie par le fait qu’avec la crise politique qui sévit dans certains pôles
touristiques comme la Côte d’Ivoire (guerre civile, crises), mais aussi l’insécurité qui règne
dans des zones touristiques comme le Kenya (récurrence des attentats anti-américains), le
Sénégal devient l’une des destinations principales de l’Afrique. Une paix et une sécurité
relative y règnent. Ce qui constitue un atout dans la mesure où ces deux conditions sont
nécessaires pour un tourisme durable.
Dans son Rapport de politique générale de 1969, le gouvernement sénégalais avait élevé
le tourisme au rang de priorité. La formule phare était de faire du tourisme une activité
primordiale. C’est tout le sens de la formule: le tourisme figure dans nos options prioritaires
(…) 216 .Ainsi, la fin de la première décennie qui a suivi l’indépendance coïncide avec les
premiers balbutiements du tourisme sénégalais. C’est l’époque des premières expériences.
Donc, il est noté que l’intensité de l’activité touristique au Sénégal en général et dans la
216
Discours du gouvernement sénégalais de 1969. Premier plan quinquennal.
76
Commune de Saint-Louis en particulier est l’aboutissement d’un long processus. Ce dernier a
été amorcé depuis l’époque coloniale en passant par l’aube des indépendances.
Voilà pourquoi nous avons fait, à travers cette recherche, un diagnostic du tourisme
sénégalais de façon générale et de la ville de Saint-Louis en particulier sur un axe temporel
allant de la période coloniale à nos jours. Pour plus de précisions, il s’agit d’une approche
sociologique des rapports entre tourisme et développement durable. Autrement dit, c’est la
réponse à la question centrale annoncée dans les lignes qui précèdent : en quoi l’industrie du
tourisme avec ses entreprises peut elle être considérée comme un facteur de développement de
la Commune de Saint-Louis du Sénégal de façon durable ?
D’abord, le tourisme est une activité qui connaît une croissance plus forte que la
moyenne (le nombre de voyages touristiques internationaux est passé de 170 millions en 1970
à 698 millions en 2000 et devrait atteindre à l’horizon 2020, 1milliard 600000 218 .Comme
autre constat, notons à la suite des co-auteurs, que l’activité touristique est forcément à cheval
sur l’environnemental, le culturel et l’économique. Cela eu égard à ce qu’elle est par nature, et
ce dans la plupart des cas, territorialisée.
Une troisième raison repose sur le fait que les flux touristiques entraînent une
concentration des populations sur des périodes restreintes – le temps d’une saison – sur des
espaces limités et souvent caractérisés par un équilibre fragile (côtes, sites historiques, petites
îles etc.), cette cohabitation peut générer des conflits d’usage entre locaux et touristes en ce
qui concerne l’eau, la chasse, l’agriculture, les routes.
Ainsi, selon les spécialistes et promoteurs, pour parer à toutes ces éventualités, en
déphasage net avec un tourisme durable et responsable, il faut un aménagement mesuré,
217
« Le tourisme peut-il être un élément de développement durable ? », 2004, par Gilles CAIRE et Monique
ROUILLET-CAIRE in Tourisme-durable. net
218
cf. statistiques de l’OMT, 2000.
77
équitable (concertation entre promoteurs et populations locales). A ce niveau, il est important
de nous demander si le tourisme permet le renouvellement des ressources environnementales
sur lesquelles il s’appuie ? Ces ressources sont-elles menacées par les activités des
entreprises touristiques dans le territoire de la Commune? Les risques de dégradation de
l’environnement sont-ils contrôlés ? Les pollutions sont-elles limitées ? L’entreprise
touristique est-elle saine, propre, attentive à limiter ses déchets ? A-t-elle un projet
d’aménagement paysager visant à préserver l’équilibre de l’écosystème ?
Par ailleurs, du fait qu’elle s’exerce dans la proximité (activité de « contact ») l’activité
touristique est source de mutations socioculturelles. Autrement dit, elle porte en puissance des
capacités à produire des changements sociaux, à déstructurer les sociétés locales et à
homogénéiser les cultures et les modes de vie pour reprendre G. CAIRE et M. ROUILLET-
CAIRE219.
Enfin, le tourisme doit laisser de l’espace à ce qu’aimeront nos enfants pour parler
comme Jean VIARD et préserver le droit de voyage aux générations futures, leur droit à la
découverte et à la connaissance d’une planète diverse naturellement et culturellement.Le
secteur est enfin étroitement lié aux systèmes de valeurs. Ce que résume la conception de C.
LUCQUE qui affirme que parler de tourisme c’est parler de la nature, du jugement moral, de la
beauté, de l’amour, de l’amitié, de la vérité, de la réalité, de l’obligation.
Ainsi, étudier le tourisme, c’est, s’intéresser aux influences des activités de ses
entreprises sur l’environnement global (macro) et spécifique (micro) de la Commune. Il s’agit
de l’identification, l’organisation et l’évaluation des effets physiques, écologiques,
esthétiques, sociaux et culturels d’un équipement ou d’une décision (technique, économique
ou politique). L’ensemble des procédés destinés à déterminer et à prévoir l’effet que peuvent
avoir, sur la santé et le bien-être de l’homme, les projets de lois, les politiques, les
programmes et les projets divers ainsi qu’a interpréter et à communiquer les résultats obtenus.
Il nécessite aussi de faire un travail permanent de suivi et d’évaluation.
78
localité donnée (ici Saint-Louis)? Le milieu qui abrite les activités favorise-t-il cette vitalité ?
Quelles sont les influences des pratiques ? Quelles sont les impacts des représentations
sociales des acteurs ? Le tourisme est-il réellement intégré dans l’économie locale ? Le cas
échéant, quel est son rôle en tant qu’élément constitutif de cette économie ? A- t-il un impact
positif sur l’économie, le développement local ? Par rapport à la rentabilité, l’industrie
touristique, avec les entreprises créées permet-elle aux employés de vivre décemment ?
Permet-elle aux gérants de réceptifs, aux propriétaires d’accumuler un capital. Est-elle pour
les élus une opportunité de développement de leur Commune ? Si oui, ce développement est-il
durable ? C’est tout le sens de la présente recherche.
Pour ce qui concerne son adaptabilité, sa souplesse, l’entreprise a-t-elle diversifié son
produit pour bien tenir face aux aléas (climat, sécurité, ressources etc)? Quant à la vision à
long terme, nous verrons si l’entreprise touristique procède à une bonne planification ? Si les
managers ont-ils une vision proactive ? En d’autres termes, ont-ils une maîtrise parfaite de
l’avenir de leur structure ? Les organisations touristiques sont-elles menacées par leur
environnement concurrentiel?
79
SECTION III :LES OBJECTIFS DE RECHERCHE
Pour arriver à saisir l’objet de notre étude, nous nous sommes fixé un objectif général et
des objectifs spécifiques.
- Evaluer les impacts économiques (les entrées en termes de devises générées, les emplois
générés) de l’activité touristique sur le développement local en particulier et sur le
développement national en général ; étudier le circuit de l’argent du tourisme, son
réinvestissement ;
- Appréhender les impacts sociologiques : les incidences sur les structures et relations
sociales, les stratégies des acteurs, leurs logiques pour parler comme CROZIER sur les
valeurs socioculturelles etc.
220
Premier plan quinquennal de 1969
80
SECTION IV : LES HYPOTHESES DE RECHERCHE
IV.1. HYPOTHESE GENERALE
Une carence des ressources humaines sur les exigences du développement durable et sur
le plan technique entraîne un faible impact du tourisme sur le développement.
81
V.2. UNE SOCIOLOGIE COMPREHENSIVE AVEC DES RECITS DE VIE
(DILTHEY-MONNEROT- WEBER)
A ce niveau, nous avons essayé de comprendre les individus en plus des analyses
statistiques avec les tableaux et graphiques. Pour nous ces analyses n’ont pas suffit. Les faits
sociaux ne sont pas que des choses pour nous démarquer un peu de DURKHEIM. Ne
partageant pas entièrement le rationalisme durkheimien, nous allons dans le sillage de
DILTHEY, MONNEROT et WEBER. N’est-ce pas le premier qui disait : la nature on
l’explique mais la vie de l’âme on la comprend221. Influencé par DILTHEY, MONNEROT
provoquait DURKEIM avec sa formule célèbre : « les faits sociaux ne sont pas des choses ».
Ainsi, ils ne peuvent être expliqués mais seulement compris.
221
Op cit par Youssou SARR in Les dimensions sociologiques du tourisme dans la région de fatick, 2000-2001,
Mémoire de maîtrise de Sociologie s/d de M. Boubakar LY, Maître de conférences, UCAD, pp28-29.
82
passage des professeurs Kurt KRAPF et Walter HUNZIKER222, auteurs de multiples travaux
sur la question, considérés comme les fondateurs de la recherche touristique pour qui, le
tourisme est :
Les touristes sont des visiteurs séjournant au moins 24 heures et dont les
motifs de voyage peuvent être regroupés en deux catégories : les loisirs qui
relèvent de tout ce qui est agréments, vacances, santé, études, religion et
sports) et la deuxième catégorie qui intègre les affaires, la famille, la
mission, la réunion.
(…) Quant aux excursionnistes ce sont selon les participants de la
Conférence de Rome, les visiteurs temporaires dont le séjour ne dépasse pas
24 heures dans le pays visité. Cette acception concerne également les
voyageurs en croisière.223
De nos jours, cette définition de l’UIOOT, devenu l’OMT en 1975 est la plus usitée
dans l’étude des flux touristiques mondiaux. C’est dans cette optique que s’élaborent la
222
Le premier est économiste suisse auteur d’une contribution en 1966, thèse d’agrégation : La consommation
touristique : une contribution à la théorie de la consommation. Traduit de l’allemand par René BARETJE, Aix -
en -ProvenceCentre d’Etudes du Tourisme, 1964, 112pages (Volume 21Numéro 3 pp588-589).
Quant au second, Dr HUNZIKER, il est également professeur suisse chercheur spécialiste du tourisme. Auteur
de « problèmes actuels de la science touristique », The tourist Review, Vol. 6 Issue : 4, pp. 197-205, http ;
//doi.org/10.1108/eb059681. Il est aussi directeur du séminaire touristique à l’Ecole suisse des hautes études
économiques et administratives de St- Gall, Berne.
223
Source Organisation Mondiale du Tourisme (OMT)
83
demande et l’offre. Ainsi, l’offre touristique d’un pays est appréhendée à travers une
estimation du nombre de chambres et de lits qui préfigure la mesure du nombre de jours
(séjour) et de nuits (nuitées) que le touriste passe dans une destination touristique. Cette
définition est opérationnelle dans la mesure où elle rend mieux compte de l’actualité de
l’activité touristique.
Le mérite de cette définition réside dans le fait qu’elle prend en considération plusieurs
types de tourisme même s’il faut reconnaître qu’elle est utilisée dans l’étude d’un aspect du
tourisme : l’économie. Cette façon de définir le fait touristique nous permet de mieux cerner
la dimension économique du phénomène. Par rapport à notre étude qui porte sur l’un des
grands pôles touristiques du Sénégal la Commune de Saint-Louis (Vallée du fleuve), la
perspective économique nous servira d’outil d’évaluation des retombées économiques du
tourisme. Cela en termes de réalisation de réceptifs, d’infrastructures, d’aménagements etc.
VI.1.2.TOURISME BALNEAIRE
Forme la plus classique, le tourisme balnéaire se développe dans les zones situées au
bord de la mer. Il est pratiqué en zone côtière. Elle consiste en un séjour de courte durée (une
semaine le plus souvent) dans un club de vacances ou un hôtel confortable. En plus de la
grande côte du Cap Vert avec la ville de Dakar, du village de Saly est le principal bénéficiaire
de ce tourisme mais d’autres localités de la Petite Côte sont également très prisées, telles que
Mbour, Toubab Dialaw, Somone, Nianing ou Mbodiène ; la partie Nord du Sénégal est une
station touristique balnéaire prisée avec ses nombreuses étendues d’eaux (mer et fleuve avec
des plages sablonneuses dont la plus célèbre est le site de l’Hydrobase avec ses dimensions
attrayantes. Le Sénégal est vendu comme une destination à vocation balnéaire. Ce type de
tourisme représente 54% des réceptifs sénégalais.
84
VI.1.4. TOURISME EQUITABLE
Comment consommer les atouts touristiques sans épuiser toutes les potentialités afin
que les générations futures puissent jouir du droit à un environnement sain, riche de façon
durable ?
Cette conception du tourisme qui se fonde sur la durée (ou le durable), l’équité (ou
l’équitable) peut connaître une décomposition avec de nouvelles acceptions ou déclinaisons.
C’est ainsi que nous parlerons de tourisme équitable, expression qui se réfère au commerce dit
équitable où prévaut le juste prix des produits ou services, une démarche qui assure des
retombées économiques pour les gens de la communauté leur permettant ainsi de jouir
également des richesses de leur ressources. Mais également juste dans les rapports, les
investissements et le partage dans les gains générés par les secteurs du tourisme. Ce qui
facilite l’intégration des acteurs. D’où le tourisme intégré activité réservée aux gens intégrés
dans la communauté.
224
Le tourisme en pays Maasai… (W. KIBICHO) et Le tourisme international vu du Sud (M. HILLALI)
85
VI.1.7. TOURISME SOLIDAIRE
Le tourisme solidaire introduit un élément humain dans les rapports Nord / Sud et la
solidarité envers les gens du sud dans un élan de relations d’égal à égal et un souci de partage
de sentiments, de générosité, d’humanisme de fair play et de sagesse.
Ainsi, nous parlerons de tourisme social : un mouvement social qui fait la promotion de
l’accessibilité au tourisme pour tous dans les conditions respectueuses des visiteurs et des
visités en apprenant sur la société, coutume, savoir-faire, règle de vie etc. A partir de cet
apprentissage interculturel, l’activité devient de plus en plus durable. C’est le tourisme
durable, forme de tourisme qui préserve à long terme le patrimoine naturel culturel et
social225, contribue de manière positive et équitable à la croissance économique, ainsi qu’à
l’épanouissement des individus vivant, travaillant ou séjournant dans les zones touristiques et
leur périphérie. C’est aussi l’écotourisme, une forme de voyage responsable dans les espaces
naturels qui contribue à la protection de l'environnement et au bien-être des populations
locales
Dès lors, le tourisme deviendra un facteur de développement durable qui repose une
grande dimension éthique. Le tourisme éthique propose des voyages limitant les impacts
sociaux, environnementaux et économiques du tourisme de masse. Tourisme dit sauvage pour
reprendre un qualificatif utilisé souvent par Jean ZIEGLER226 à propos des rapports entre
capitalisme et tiers monde. Le tourisme devenu avec cet élan capitalistique un business avec
l’implication d’homme d’affaire en quête perpétuelle de profits d’après leurs détracteurs
parmi lesquels nous citerons des auteurs comme Frantz Fanon, ou Samir Amin227 dans une
certaine mesure. Il s’agit d’un tourisme reposant sur une approche homo oeconomicus ou
tourisme d’affaires.
225
L'écotourisme est une forme de voyage responsable dans les espaces naturels qui contribue à la protection de
l'environnement et au bien-être des populations locales
226
ZIEGLER parlait de capitalisme sauvage (interview sur les ondes de RFI entre les années 2000-2010)
227
Respectivement auteurs des ouvrages Les damnés de la terre (FANON) et Développement inégal (AMIN)
86
nationaux, les séminaires, les conférences, les missions, etc. Phénomène relativement nouveau
comparé aux formes du tourisme classique 228 qui diversifie l’activité touristique qui
reposaient exclusivement sur le balnéaire.
Toutefois, la plupart des musées se trouvent à Dakar, Musée Théodore MONOD d’art
africain ou à Gorée, Musée Historique du Sénégal. Le tourisme de patrimoine repose
largement sur le phénomène de la culture. Ainsi, il convient de définir la culture qui, dans son
sens le plus large, la culture est considérée comme l'ensemble des traits distinctifs, spirituels
et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle
englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l'être
humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances. »
Avec le tourisme, nous assistons à une rencontre faisant passer de pays à pays et d’homme
à homme la richesse humaine réciproque et les vraies exactitudes des jugements après corrections et
compréhension. C’est à ce prix-là, nous dit l’auteur que l’essai de Mimoun HILLALI peut nous
introduire à l’âme et aux sentiments profonds des acteurs du Sud au regard du tourisme
international.
Ce point de vue est appuyé par les travaux de Philippe d’IRIBARNE229 sur les relations
entre traditions et gestion des entreprises modernes. En d’autres termes, l’autre a mené des
recherches sur l’enracinement du fonctionnement des entreprises et des économies dans la
diversité des institutions et des cultures. Pour ce polytechnicien français :
228
Tourisme classique balnéaire avec la formule : « Sun-sea-sex-sand » c’est-à-dire le soleil-la mer-le sexe-la
plage (sable).
229
P. d’IRIBARNE, La logique de l’honneur : Gestion des entreprises et traditions nationales, 2002, Paris,
éditions du Seuil
87
le vil nous font vivre dans un univers bien différent de celui où s’affrontent
outre – atlantique, l’avidité du gain et la passion de l’honnête, ou encore des
prudentes démarches qui conduisent les Néerlandais à accorder leurs
volontés. A discerner les ressorts de chaque culture, on découvre ce qu’y ont
de spécifique les moteurs de l’efficacité.230.
Par ailleurs, parlant de patrimoine culturel, il convient de revenir sur les menaces de
disparition qui pèsent sur dix (10) endroits, sites qui sont de véritables richesses pour
l’humanité.
230
Idem, 4ème de couverture
231
Youssou SARR, 2002-2003, Approche sociologique de la pratique du tourisme sexuel à partir du cas des
jeunes âgés de 18 à 24ans de la Petite Côte du Sénégal, s/d de Boubakar LY, Maître de conférences,
Département de Sociologie, UCAD de DAKAR/SENEGAL, 63 pages.
88
Trois types de commerce du corps humain sont observables dans le tourisme dit
sexuel à l’échelle mondiale: la prostitution « classique », les voyages à but sexuel et les
dangereux copinages aux effets complexes.
- La prostitution « classique » :
Dans une thèse sur le tourisme qui a fait l’objet d’une publication232, Sébastien ROUX
a fait une étude sociologique critique du tourisme sexuel en Thaïlande. Dans ce travail, il a
théorisé ce qu’il est convenu d’appeler « les économies de la prostitution ». Ses mots de
l’auteur résument bien son approche et confirment encore l’importante du fléau.
Ce sont des voyages organisés à des fins sexuelles. Le phénomène est plus pratiqué par
des touristes parrainés par des agences de voyages américaines comme G&F Tours,
Philippines Adventure Tours, Big Apple Oriental Tour. Ces structures seraient au nombre de
vingt-cinq (25) en 1995 selon Business Week. Des voyages qui mettent en danger des enfants
sélectionnés comme offre de cette demande sexuelle de touristes qui se déplacent pour
découvrir les « pratiques sexuelles d’un autre pays ».
232
Sébastien ROUX, 2011, No money no honey: économies intimes du tourisme sexuel en Thaïlande. Paris,
Editions La Découverte.
89
Des voix s’élèvent progressivement contre ces pratiques qui détruisent l’avenir
d’enfants vierges. Parmi les défenseurs de ces enfants malheureux qui fustigent cette forme de
tourisme plus que déshumanisant, figure Claire BRISSET qui s’indignait dans les colonnes
du Monde Diplomatique en 1996 :
90
Face à la durée de vie des mariages qui est souvent courte (les touristes cherchent juste
une jolie fille comme compagne le temps d’une évasion), les jineteras finissent par se
prostituer, être toujours à la chasse de touristes. Seul recours pour maintenir leur train de vie.
Fait observable sur l’île voisine de Saint-Domingue. Ainsi le phénomène devient une
désillusion comme c’est le cas à Saly avec toutes les conséquences en termes de destruction
sociale, de dégradation des mœurs et de risques sanitaires énormes.
Les clients du tourisme sexuels sont classés dans deux catégories : les occasionnels et
les habitués ou assidus.Les occasionnels sont des personnes normales : aux pratiques
sexuelles non déviantes (normales), des travailleurs, de bons maris (bonnes femmes) selon
leurs conjoints(es), des pères modèles pour leurs enfants. Ce sont des touristes qui profitent
d’une opportunité face à une population pauvre, jeune, prête à tout pour de l’argent. Ces
amateurs sexuels enfreignent les lois de leurs propres pays une fois dans une destination dont
les autorités sont moins regardantes. Ces néophytes du sextour expérimental anonymes (des
quidams) sont pour la plupart ivres (alcooliques ou drogués). Ainsi, c’est sous l’emprise de la
toxicomanie qu’elles s’activent. Dans ce contexte de gueule de bois avec un porte - monnaie
rempli et au taux de change souvent favorable (devises), le touriste se croit tout permis.
Une autre catégorie est celle des assidus, les spécialistes qui font le voyage pour du
sexe. Ils comptent beaucoup de pédophiles agressifs et des sex addicts. Ils sont clients des
pays du tiers monde où les législations sont presque inexistantes en matière de protection des
enfants et des personnes vulnérables. Certains pays de l’Afrique de l’Ouest offre plus
d’opportunités aux pédophiles avec le phénomène des enfants de la rue, des mendiants etc. Il
ya des destinations de l’Amérique Latine, de l’Asie qui sont spécialisées dans ce domaine.
Pour plus de précision sur la cartographie du tourisme sexuel, faisons le repérage de ses
terrains les plus célèbres.
91
VI.1.11.2.LE TOURISME SEXUEL EN AFRIQUE: FOCUS SUR DIX (10) GRANDES
DESTINATIONS233
Ø Dix destinations caractérisées chacune par un type de pratique
Un fléau qui gangrène le tourisme africain est une de ses formes qui prend de plus en
plus de l’envergure. C’est le tourisme sexuel. Dix stations touristiques sont
considérées comme la destination des pratiquants de cette forme de tourisme
dépravant les mœurs des populations autochtones. Une lecture des qualificatifs donnés
à chacune d’elles renseignent sur la pratique des acteurs dans ses localités célèbres du
tourisme international.
- GRAND BAIE, « La partouzeuse » (ILE MAURICE) avec des rencontres et des
pratiques collectives en déphasage avec les us et coutumes locales.
- CAP TOWN, « L’Homosexuelle (AFRIQUE DU SUD) qui est le théâtre de rendez-
vous entre acteurs du tourisme qui s’adonnent à des pratiques sexuelles de personnes
du même genre.
- BANJUL, « La pédophile » (GAMBIE) est une ville qui voit sa jeunesse non encore
majeure prise en otage par les visiteurs touristes du troisième âge en quête de deuxième
jeunesse.
- SALY, « L’allumeuse » est le fief du racolage permanent effectué à la fois par des
hommes et des femmes qui guettent systématiquement le passage des touristes234. Ce
sont des scènes contre lesquelles luttent la police et la gendarmerie sans beaucoup de
difficultés.
- KAMPALA, « La délurée » (OUGANDA) à peine sorti de la guerre civile, ce pays
longtemps handicapé par des années de luttes fratricides a misé sur le tourisme comme
un des piliers de son développement pour rattraper son retard économique. Toutefois, à
l’instar des autres destinations du tourisme sexuel, la capitale Kampala est un autre
défouloir pour routards sexuels. Sa population à majorité jeune est victime des effets
pervers du tourisme. De jeunes filles ougandaises à peine sortis de l’adolescence sont
jetées entre les mains de touristes sex addicts. Ce qui fait de Kampala une station du
tourisme sexuel par excellence.
- MOMBASA, « L’effrontée » (KENYA) qui compte des jeunes récidivistes qui
fournissent à la police le prétexte de fréquenter les plages pour subvenir aux besoins de
leur famille. Le danger de contamination des maladies sexuellement transmissibles y
233
Raoul MBOG a fait une Classification et information décriées par certains internautes (cf. annexes réactions
10 grandes destinations du Tourisme sexuel en Afrique) in www.slateafrique.com
234
Un phénomène que nous avons étudié en 2002 dans un mémoire de DEA.
92
est à un degré élevé dans la mesure où des jeunes confient que certains touristes qui ne
lésinent pas sur leur porte-monnaie exigent en contre partie des rapports non protégés.
- HAMMAMET, « L’opulente » (TUNISIE) avec ses installations et infrastructures de
luxe, la ville est devenue une destination privilégiée des touristes sexuels. Ces derniers
y trouvent de jeunes guides hommes et femmes prêts à monnayer leur corps au profit
de visiteurs très vieux. Ces derniers qui marchent affichant une certaine fierté. Un
spectacle célèbre de la ville est la fameuse danse du ventre qui est l’œuvre de
charmantes dames dans les cabarets qui serpentent la localité.
- KRIBI, « La libertine » (CAMEROUN) est le fief du libertinage de tout genre.
Hommes et femmes y sont à la merci du touriste. C’est un moment de grand
vagabondage sexuel dont est accros certains touristes. A la tombée de la nuit, les
visiteurs se bousculent pour admirer les plus belles offres de la station à savoir les
jolies filles et les jeunes éphèbes qui stationnent aux alentours des restaurants, cabarets
etc. c’est une sorte de côte d’azur africaine avec toutes sortes de dérives et de délires.
- MARRAKECH, « La perverse » (MAROC), comme son nom l’indique, c’est les lieux
par excellence de tout libertinage allant de la pédophilie à l’homosexualité en passant
par l’échangisme. Les managers des ONG comme touche pas à mon enfant ont fait
beaucoup d’effort dans la lutte contre ce fléau mais en vain. Ils imputent leur échec
aux autorités qui selon eux, sont moins regardantes par peur de chasser les touristes
avec un risque de créer une mauvaise image de la ville. Marrakech est victime du joug
de l’économie sur les valeurs.
- NOSY BE, « La pudique » (MADAGASCAR), est une île où officiellement le
tourisme sexuel est interdit sur la Grande Ile et puni d’une amende de 3à 10 millions
d’ariarys (de 715 à 3500 euros), assortie de 5 à 10 ans de prison.
Malgré ces efforts, une fois la nuit tombée, la première destination de Madagascar se
transforme en plaque tournante du commerce sexuel.
Ø Analyse des réactions suscitées par cette classification au niveau des acteurs et
internautes
Au même titre que tous les peuples, sur des questions portant sur l’honneur, leur
dignité, les africains ont apprécié différemment la cette classification des
destinations qui ternit selon eux l’image du tourisme africain. La même
indignation a également été observée à la suite de certaines publications aux titres
93
provocateurs tels que les suivants : Le tourisme sexuel fait des ravages en
Afrique ; Ruby,l’Escort-girl qui décontenance le Maroc ; La tentation du X ou
encore Le nudisme, une tradition africaine ?
Nous nous sommes permis de modifier quelques aspects de leur discours que nous
avons jugé, de façon arbitraire, anecdotiques ou accessoires, sans pour autant biaiser le fond,
le sens de la réaction.
COPPOLACORNEH (25/07/2011 à 10h54) : quel est le but de cet article ?donner des
indications à ceux qui ignoreraient où aller ???? Une interrogation qui interpelle certain
« entremetteurs » et « informateurs » à la solde des pratiquants de cette forme de tourisme. A
la suite de COPPOLACORNEH, le participant du nom ATTAB, à la signature « La poule qui
crie…» critique et moins inquiet dans sa comparaison (Afrique-Occident) a dit ceci :
Ce qui m’épatera toujours, c’est votre manie à dénoncer vos propres crimes
en nous faisant croire que nous en sommes coupables. Trouvez-vous des
sexshop, des boîtes d’échangisme, des lieux de dépravation chez nous en
Afrique comme en Europe ou en Amérique ? NON !!! Vous qui parlez de
235
www.slateafrique.com
236
idem
94
tourisme sexuel et semblez être si bien informé, à qui jetterez-vous la
pierre ? Vous nous déformez pour prétendre plus tard nous redresser à coup
de lois et de conseils payants. Vous parlez de pédophilie et distribuez dans
vos écoles des préservatifs aux enfants de 12ans à peine. Vous voyez
toujours la paille dans l’œil des autres mais jamais l’arbre qui est dans le
vôtre. Nos peuples commencent à comprendre que vos fameuses valeurs
appliquées aux autres peuples ne sont qu’un moyen détourné de plus pour
mieux nous assujettir tout en faisant main basse sur toutes nos richesses
(Iraq, Libye, Afghanistan).
Une intervention similaire est celle de la personne qui a soumis un commentaire sous le
nom de KHAMROG237.
Cher Monsieur, je me suis laissé dire que ce site se voulait une référence en
matière d’informationssur l’Afrique. Eh bien cet article notamment fait
mentir cette prétention (trahir, contrecarrer cet objectif). Il rassemble tout
ce que l’info n’est pas censée être (colportage, racolage, ragots de
bars…vous parlez de villes dont vous ne savez manifestement rien (en
disant) qu’elles sont des destinations du sexe. Il est clair pourtant que vous
n’en avez la moindre idée. (…) Kampala par exemple n’est sans doute un
bordel à ciel ouvert que dans votre imagination. En réalité pour y avoir
bossé comme journaliste permettez-moi de vous dire qu’elle est tout sauf
237
www.slateafrique.com
95
cela. Certes comme dans de nombreuses villes le sexe s’y vend et s’y achète
(comme à Paris, New York, Montréal)…) ; mais de là à en faire une ville-
sexe… Dommage que vous tombiez si bas, si vite !
Des participants sur fond de sentimentalisme et d’affect, ont jugé les propos de l’auteur
« choquants ». Nous avons repris ici les mots de l’internaute SARI238.
Le participant SARI a laissé s’exprimer une certaine émotivité dans son intervention de
sorte qu’il n’a pas terminé son discours. Ce qui attire l’attention sur la logique de l’honneur
qui guide souvent le point de vue des acteurs à la fois sujet et ou objet dans la mesure où l’on
parle de leur terroir, du chez eux. Ainsi, pour ce genre d’exercice, il faut un travail
d’objectivation, de distanciation (BOURDIEU) afin de rester du point de vue méthodologique
et épistémologique neutre, irréprochable. L’absence de « retenue » en s’armant de cette
attitude intellectuelle plus ou moins neutre a conduit à certaines dérives perceptibles à travers
un de type de réactions spéciales pour ne pas dire violente. Même si nous comprenons son
amertume face à un texte qui dénigre son cher continent, c’est ce que nous avons observé avec
l’internaute du nom d’Abd ESSALAM, à la signature Salam (qui signifie paix en arabe).
238
www.slateafrique.com
96
les mêmes, encore moins le sens : « l’enfer ce sont les autres ». ABD ESSALAM n’y va pas
par quatre chemins en prônant la méthode forte. Pour lui les criminels méritent le fouet. Sans
procès. C’est le « fouet socratique », version africaine. Le « fouet –fétiche » qui « éduque »
tout décadent et « éradique » tous les maux dont souffre la cité ! Adoptant un point moins
virulent, pour ne pas dire conciliant, le participant à la signature POINT DE VUE TR239… a
émis les idées suivantes :
239
www.slateafrique.com
97
Pour le participant du nom de MAROCANALYSE 240 , il faut que les « africains
ouvrent les yeux ». C’est le sens de sa signature sous forme de cri : « ouh la la ouvrez les yeux
mes amis africains ».
240
www.slateafrique.com
98
MAROCANALYSE ((07/08/2012 à 03h40)
Bien sûr que nous avons Pigalle le bois de Boulogne et bois de Vincennes et
bien d’autres endroits ! C’est le plus vieux métier du monde ! Moi je vis au
Maroc et ce que je vois aujourd’hui, ce ne sont les plus les étrangers qui
ratissent les rues, les cafés, les boîtes de nuit, les bungalows de plage et les
hôtels spécialisés mais bel et bien les gens du cru ! Récemment je voyais à
la sortie d’un lycée des vieux messieurs en djellabas blanches collecter les
téléphones de très jeunes demoiselles ! Ils n’avaient rien d’étrangers ! Les
hommes et les femmes sont les mêmes dans tous les pays du monde, les bons
les mauvais. Personnellement je ne supporte plus ce rapport d’argent
systématique dans les rapports hommes-femmes. Mais ce climat n’est plus
l’apanage des européens, en premier lieu les pays du golf sont devenus
dealers. Ce qui est triste, c’est que l’amour le vrai amour, est devenu
pratiquement impossible à trouver ! Notre problème de société occidentale
orientale asiatique ou autre vient du fait que l’on ne peut plus rêver ! Nous
sommes dans un monde où seul l’argent est roi. Mais de grâce ne mettaient
pas la tête dans le sable, qui ne dit mot consent, les tabous la loi du silence a
été brisée par la loi sur la famille au Maroc, les affaires de viols incestes
brutalité les divorces viennent en public (sont rendus publics) et on découvre
l’étendue des dégâts ! Alors je suis pour en parler même maladroitement,
mais pour en parler il faut prendre conscience (du fait que) cela n’arrive pas
qu’aux autres.
Les lignes qui précèdent attirent l’attention sur le besoin de diagnostic surtout
d’introspection pour tous. Pour l’internaute, le tourisme sexuel est un phénomène de société,
un fait social qui n’épargne aucune partie du globe. C’est toute l’humanité qui est concernée.
L’auteur du commentaire invite les africains à diversifier leurs grilles d’analyse consistant à
jeter l’anathème sur l’Occident. Ce qui de fait blanchit les autres (l’Orient, l’Asie) mais aussi
l’Afrique la victime qui ne serait pas exempte de reproche selon l’internaute.
Une autre catégorie de participants au forum munis d’une approche plus scientifique
avec plus de questions, d’analyses que de jugements de valeurs hâtifs en appel à une
recherche plus fouillée sous forme de monographie afin de trouver les véritables racines du
mal pour l’éradiquer efficacement. Est de ceux-là l’internaute LAYE qui a soumis la
contribution suivante :
241
www.slateafrique.com
99
Qui combattent ? (combien, comment, quel moyen, quel résultat ?)
%(Pourcentages) de cas punis et impunis ? Exemples concrets de cas punis,
impunis. Comment combattre …? Qu’est-ce qui fait que le phénomène
augmente ou en tout cas ne tend pas à disparaître ? Comment agir si l’on
veut agir ?... :-
Cette intervention de LAYE est à notre avis une bonne valeur ajoutée à la recherche sur
les causes, les manifestations, les conséquences sociales et enjeux de certaines formes du
tourisme reposant sur des échanges sexe-argent.
En définitive, une constante à relever, malgré les causes d’une certaine façon africaine,
c’est la forte responsabilité de l’Occident dans le mal du tourisme en Afrique selon la majorité
des participants à ce forum en ligne. Un constant qui se recoupe avec la théorie de l’ancien
PDG d’ELF et écrivain Loïk LEFLOCH-PRIGENT 242 auteur de Carnets de route d’un
africain perceptible dans les phrases suivantes : Il ya beaucoup de problèmes en Afrique et les
causes ne sont pas que d’origine africaine. Il yen a beaucoup qui viennent d’ailleurs,
notamment de l’Occident. L’auteur n’a pas blâmé que l’Occident, il a poussé la provocation
avec une touche spéciale en indexant certains dirigeants africains en précisant qu’il en connait
un qui se était servi comme un pape donnait la part de la panthère (lion) à table, un autre qui
s’accroche au pouvoir un autre encore qui lui en veut parce qu’il lui a demandé de ne plus se
représenter aux élections.
Des aspects qui ne sont pas directement liés au tourisme mais qui sont symptomatiques
de la gouvernance des affaires à l’africaine. Cette dernière qui est elle-même l’outil de gestion
de l’industrie touristique avec tous ses manquements qui restent les mêmes d’une organisation
à une autre et cela partout dans le continent.
242
Invité du journal Afrique du 27/06/2017
243
Op.cit
100
C’est Saint-Louis ! disent certains pratiquants. Un témoignage a attiré notre attention. C’est
celui de l’enquêté MKB :
Ce qui est fort comme témoignage avec trois mots clés qui ont une résonnance
particulière : amitié - parenté – unité ou égalité. Pour clore le volet sur la parenté honorifique
avec la France, un autre témoignage d’une personne ayant un nom catholique mais de
confession musulmane reste un bon indicateur sur cette logique d’honneur d’une majeure
partie des populations qui revendiquent cette parenté historique avec la France :
244
Homme blanc
245
Les signares occupent tout le décor socio culturel de Saint-Louis. Tout évènement de valeur sollicite au moins
deux signares pour son podium et cela va des fêtes sociales comme les mariages, au rendez-vous scientifiques et
académiques (dîner- débat- remise de diplôme etc.).
101
concepts objet de ce sous-titre est de répondre à une préoccupation majeure : quelle est la
frontière entre espaces culturels et espaces touristiques ?
Avec le fait que le tourisme, plus précisément l’activité touristique associe, entre autres,
trois éléments socio anthropologiques à savoir l’Homme, la culture et la nature dont les
affinités sont spéciales, l’harmonie fragile. L’histoire des « révolutions, des évolutions et ou
des continuités », pour parler comme HILLALI, des différentes régions du monde, a permis
par approche comparative d’appréhender les étapes du développement des civilisations. Si la
science, avec l’écriture, renseigne sur le passé et le présent en nous permettant de découvrir et
mieux de consigner les valeurs socioculturelles d’un pays, d’une région ou d’un continent249,
seul l’espace grâce aux reliques fondamentales que constituent les objets fabriqués, façonnés
qui lui donnent forme a conservé les archives de l’histoire des nations.
Il convient ainsi donc d’étudier dans les sociétés dites traditionnelles le rôle des espaces
culturels². Les œuvres et les arts sont porteurs de message et de valeurs des sociétés et
civilisations antiques avec leurs monuments et sites archéologiques250, les gravures rupestres,
les survivances de l’artisanat ancien. Ces objets et faits culturels constituent les grandes
potentialités du tourisme culturel. Ce type de tourisme repose sur l’héritage culturel et l’usage
social d’un milieu à partir de savantes combinaisons entre « culture et patrimoine », « le droit
à la mémoire et à la continuité ».
246
Mimoun HILLALI in Le tourisme international vu du Sud: Essai sur la problématique du tourisme dans les
pays en développement (chapitre 4).
247
idem
248
Idem, chapitre 4, page161, 1ère ligne du paragraphe 2.
249
Cf. résultats des travaux de l’égyptologue sénégalais Cheikh A. DIOP sur ce la « la nation nègre et ses
cultures »
250
Cf. Youssou SARR in « Les dimensions sociologiques du tourisme dans la région de Fatick », mémoire de
maîtrise 2000-2001, s/d du Pr Boubakar LY, département de sociologie de UCAD de Dakar (sous-titre sur les
potentialités touristiques)
102
La rencontre entre les hommes d’horizons divers a engendré le phénomène social de
l’interpénétration culturelle. Cette dernière issue des premiers contacts de civilisations
« formes élémentaires » du tourisme - pour parler comme DURKHEIM251- à l’occasion des
voyages, des invasions, des guerres, des exodes et des alliances a développé chez l’Homme le
sens de l’observation reposant sur la curiosité, le besoin d’apprentissage et la nécessité de
comparaison ;de l’analyse (instinct de sécurité ou attrait du gain) et de la recherche (esprit de
découverte et besoin d’évolution).Avant de définir l’espace touristique, faisons nôtre ce
passage significatif de HILLALI252 :
251
Emile DURKHEIM, Les formes élémentaires de la vie religieuse,
252
Mimoun HILLALI, « J’ai mal à mon Afrique », texte inédit. Cité à la page 164 in Le tourisme international
vu du Sud...
253
A ce niveau, l’auteur cite Jean DUVIGNAUD, Le don de rien, Paris, Stock, 1977, p.303
103
parfaitement. En substance, il s’agit de redorer le blason des « barbares, des non civilisés »
afin de rassurer le futur visiteur déjà « civilisé », le touriste tout en consolant, en berçant pour
le motiver le futur « accueilliste ». C’est comme si l’espace touristique est devenu une sorte
de no man’s land. Un espace de synthèse, de métissage culturel, une « nouvelle organisation »
pour reprendre un terme de BACON254 où tous partagent les mêmes valeurs.
C’est la nouvelle « cité » ou « nation » du tourisme. Il est constaté que ce qui est
brandit comme demande ou offre, résultante d’une conception occidentale, n’est du reste
qu’une reprise plate 255 du passé africain jadis rangé par les premiers ethnologues dans la
barbarie par opposition à la civilisation dont est dépositaire l’autre partie du monde différente
de l’Afrique.
Ainsi donc, pour concevoir le tourisme, pour l’épanouissement du fait touristique, il faut
inviter l’Occident dans le passé de l’Afrique. Il faut faire l’apologie de l’Afrique « non
civilisée ». En d’autres termes, si l’on y voit de plus près, ces pratiques culturelles ont
subi une mise en état de touristicité256 pour adopter un concept cher à Rachid AMIROU.
L’espace touristique serait construit presque à partir du virtuel pour ne pas dire du
néant. Comme qui dirait de l’irréel tiré du réel et vice versa. En un mot le « réel de l’irréel »
pour paraphraser une pensée de Michel MAFFESOLI qui s’est inspiré à son tour de Max
WEBER en suivant son conseil : comprendre le réel à partir de l’irréel. En sa qualité de
préfacier de l’ouvrage des co-auteurs Rachid AMIROU et Philippe BACHIMON sur le
tourisme local257, MAFFESOLI est revenue sur cette préoccupation centrale : le tourisme est-
il un phénomène d’usage ou une vocation par essence ?
254
Francis BACON a utilisé le terme de novum organum pour dire nouvelle organisation
255
Par exemple quand sur un dépliant ou un guide du routard, nous lisons « organisation de séances de lutte
traditionnelle, de « ndeup » (cf. présentation de la région de Dakar dans le chapitre 2 (cadre méthodologique) de
la 1ère partie (section 1) de la présente recherche.) ou de « simb » jeu « du faux lion ».
256
Co-auteur avec BACHIMON Philippe du livre Le tourisme local, 2000, Harmattan237pages
257
Rachid AMIROU et Philippe BACHIMON, Le tourisme local, 2000, Edition Harmattan, à la préface, p. 9.
104
tourisme revêt, au demeurant, une dimension sociale totale. Le fait touristique doit être cerné
dans sa totalité d’autant plus qu’il présente les caractéristiques d’un fait social total258.
Que nous réserve l’avenir ? Qui aurait prédit, il y a cinquante ans, une
quelconque postérité touristique aux gorges inaccessibles ou aux cascades
de glace. Nos descendants passeront ils leurs journées dans les arbres.
Fréquenteront-ils assidument les marécages ? Se promèneront-ils dans les
mangroves ? Délaisseront-ils totalement leur environnement pour se
regrouper dans les bulles artificielles ? Iront-ils sur d’autres planètes ou
chercheront-ils à jouir de l’apesanteur dans un quelconque ressort flottant
dans l’espace ? Pratiqueront-ils le « tourisme virtuel » (DEWAILLY, 1997).
Achèteront-ils des souvenirs touristiques qu’on placera dans leur cerveau, à
l’instar de Doug QUAID, héros du film de science-fiction « Total Recall »
dePaul Verhoeven ? Nul ne doute que les pratiques touristiques ne sont pas
figées et qu’elles évolueront notablement, ce qui aura pour conséquence de
modifier la localisation du tourisme.259
A partir de ce moment-là, le marché touristique devient spécial avec des produits
multiples.260Une dimension que nous avons étudiée dans un de nos travaux de recherche en
2001 sur le Sine Saloum, région de Fatick.
258
Concept emprunté de Marcel MAUSS, l’un des pères de la sociologie française, neveu du précurseur Emile
DURKHEIM
259
Op.cit.STOCKM (Coordination), 2003,-Le Tourisme. Acteurs, lieux et enjeux, Paris, Belin
édit., coll. Belin sup. Géographie, Licence-IUT, pp.107. ..304.
260
Youssou SARR, 2001, Les dimensions sociologiques du tourisme dans la région de Fatick, Mémoire de
Maîtrise, sous la direction de Boubakar LY, Maître conférence de Sociologie, Faculté des lettres et sciences
humaines de l’UCAD, 146 pages.
105
C’est une industrie qui a recours à des méthodes de diversification spéciales pour ne pas
dire « osées », « révolutionnaires ». Nous avons le cas de Las Vegas au Etats Unis où tout est
fait pour le loisir, jusqu’aux extravagances les plus incroyables. KIBICHO wanjohi évoque
dans sa recherche les changements sociaux engendrés par le tourisme en terres masai avec le
risque même de déstructuration, tellement on a poussé l’imagination aux confins de la
« touristicité » pour parler comme les co-auteurs AMIROU BACHIMON dans une réflexion
sur le tourisme local. Selon ces derniers, « le tourisme est une histoire de diversification, de
mise en valeur, en bref, « une culture de l’exotique » sous-titre au demeurant, de leur
261
ouvrage . Le touriste cherche « l’exotique », il désire « l’ailleurs », il « a soif de l’infini »
pour reprendre un terme cher au père de la sociologie française, Emile DURKHEIM262.
Les conditions du marché touristique sont importantes pour toute étude du phénomène
du tourisme. La demande touristique subit l’influence d’autres éléments du marché que sont
les prix et l’offre.
261
R. AMIROU et P. BACHIMON, 2000, Le tourisme local : une culture de l’exotique.
262
Cité in idem, p. 10 (préface).
263
Avec le développement des TIC, l’offre devient un construit relevant de l’imaginaire.
106
Outre l’offre, le marché touristique désigne également la demande qui est le fait de la
zone émettrice ou pays de départ des touristes. La demande et l’offre sont les deux volets
essentiels du marché touristique.
Comme tout marché, le marché touristique est soumis aux prix et à leurs variations.
Face au prix, le touriste n’adopte pas toujours une attitude rationnelle face au prix. La
demande peut être rendue inélastique 264 par plusieurs facteurs par rapport au prix. Par
exemple une hausse des tarifs d’une station de ski n’empêche pas le retour des habitués. Au
même moment une enquête du SEATM265de février 1997 donne comme résultat que 47% des
personnes interrogées affirment qu’elles iraient plus à la montagne si les prix étaient revus à la
baisse.
Plusieurs explications peuvent être adoptées face une telle évolution de comportement
observé au niveau de ces deux acteurs clés que sont « l’habitué » qui revient malgré la hausse
du prix et « l’enquêté » qui est un prospect, en d’autres termes un client potentiel qui n’attend
qu’une baisse des prix pour acheter un ticket : sacrifices financiers pour s’approprier une
situation privilégiée, effet d’imitation, absence de transparence, propagande masquée,
chuchotée…266
Toutefois, le rôle joué par le prix reste fondamentale dans les mobiles qui président au
choix d’une destination touristique.
264
Ici nous faisons référence au terme « élasticité » qui est une notion économique permettant de décrire l’intensité ou non de
réaction d’une grandeur à l’égard des évolutions d’une autre grandeur. On parle « de demande inélastique au prix
(inélasticité –prix de la demande) si le niveau de la demande n’est pas sensible aux variations du prix des
produits.
265
SEATM (Service d’Etude et d’Aménagement Touristique de la Montagne) en France.
266
Le Tourisme un phénomène économique, (Pierre PY), p.39.
107
VI.2. 5. LES FACTEURS PHYSIOLOGIQUES ET PSYCHOSOCIOLOGIQUES QUI
INFLUENCENT LA CONSOMMATION TOURISTIQUE
Deux types de facteurs à la fois physiologiques et psychosociologiques font du tourisme
un besoin élémentaire. La consommation touristique permet de satisfaire ces deux manques
que sont le besoin d’équilibre et le besoin de différenciation.
267
Spécialiste du loisir et auteur de Vers une civilisation du loisir ?, Le Seuil, Paris, 1962
268
Abraham Maslow, auteur de la pyramide des besoins
269
Pierre BOURDIEU, 1979, La distinction, critique sociale du jugement. Paris, Les Editions de minuit,
670pages.
108
richesse et du prestige y afférent. C’est une affaire de classe. N’est pas touriste qui veut,
même si le phénomène touristique est devenu une affaire de masse.
Dès lors, le tourisme est le symbole d’une appartenance à une catégorie sociale d’une
part et d’affirmation personnelle, de volonté de puissance vis-à-vis d’autrui.
Cet aspect symbolique du loisir n’a pas disparu aujourd’hui. Les « dépenses
ostentatoires » se manifestent dans l’achat ou la construction de résidences
secondaire 271 (parfois peu ou partiellement occupées) dans des sites
privilégiés, telles la Côte d’Azur ou les grandes stations de sport d’hiver.272
Toutefois cette dimension de différenciation est à analyser avec un peu de répartie, de
relativité. C’est la raison pour laquelle, nous avons fait nôtre le passage suivant de Pierre PY
qui donne un condensé qui permet de relativiser les choses :
270
Thorsten VEBLEN, The theory of the leisure class, Macmillan, Chicago, 1899 (traduction française aux
editions Gallimard, Paris, 1970).
271
Une pratique courante sur la petite côte du Sénégal et surtout au niveau de la station de Saly.
272
Pierre PY, le tourisme un phénomène économique, p. 45.
273
Op.cit. p.45.
109
VI.2.6.INFLUENCE DES FACTEURS POLITIQUES
Par facteurs politiques, il faut entendre deux ordres de faits : les actions volontaires de
l’Etat ou de ses démembrements (administrations, entités locales etc..) et les évènements ou
incidents dont les effets sont ou peuvent être des risques pour la sécurité des touristes.
Toutefois, il faut préciser que dans certains contextes où le tourisme a constitué une
menace pour l’équilibre sociale et sociétal, les pouvoirs publics n’ont pas hésité à réduire ou
interdire la pratique touristique dans leur localité.
Pour les cas de soutien du secteur, nous avons des cas de mesures pas directement liées
au tourisme mais qui comprennent des effets induits profitables au secteur. Sont de ces
options politiques les suppléments de congés qui peuvent aller jusqu’à une semaine de repos
payés, des politiques volontaristes, destinées à faire profiter les couches défavorisées du luxe
qu’est le loisir, les vacances. Plusieurs options ont été développées pour matérialiser ces
encouragements de natures diverses communément appelés « aides à la personne » :
- En 2000, les Aides aux vacances, avec l’allocation d’un montant de 913millions de
francs français (139,2 d’euros). La répartition était faite suivant des critères de
ressources par les caisses d’allocations familiales.
- Comme autre aide, nous avons les Chèques de vacances créés par l’ordonnance du 26
mars 1982. Cette dernière a été modifiée par la loi n° 99-584 du 12 juillet 1999. Avec
la modification, il ya eu élargissement du bénéfice des chèques délivrés aux entreprises
de moins de 50 salariés. En France, un montant total de quelque 4,5 milliards de francs
(690 millions d’euros)274 a été émis en 2000 par l’Association Nationale des Chèques
de Vacances (ANCV). Cette dernière a une vocation plus grande dans la mesure où elle
subventionne le tourisme social et associatif. Pour preuve, entre 1994 et 2000, elle a
dépensé 140 millions de francs (21,3millions d’euros) en plus de la rénovation
d’équipements.
- « aides à l’achat d’un titre de transport », pour précision, il s’agit du billet de chemin
de fer de congé annuel
274
Idem p. 46
110
- Comme autre forme de soutien des couches démunies en France, il ya les « aides des
communes aux colonies de vacances ou aux voyages du troisième âge ».
Les résultats de ce volontarisme des pouvoirs publics ont été d’une grande importance.
En effet, avec un budget de l’ordre de 1,5million d’euros et avec des partenaires au nombre de
173 parmi lesquels il faut noter les entreprises privées du tourisme, les associations, la SNCF,
les collectivités locales, etc…) la Bourse Solidarité Vacances a aidé à 10 052 personnes de
partir en vacances en 2000 et avait tablé sur 20 000 en 2002 même si cet objectif n’a pas été
atteint à cause du grand terrorisme qui a secoué le monde le 11septembre 2001 avec l’attaque
des tours jumelles de New York. Le problème d l’insécurité a été un facteur bloquant pour
l’élan touristique. Aspect qui sera étudié en profondeur dans les lignes qui vont suivre avec la
question de l’insécurité.
Jugée importante par les observateurs et spécialistes, l’action des pouvoirs publics peut
à l’inverse des cas de promotions cités ci-dessus contribuer au ralentissement du
développement de la consommation touristique ou à son orientation suivant les motifs. Ces
derniers qui sont souvent de deux catégories. D’une part certains pays qui pour des raisons
culturelles, de sécurité intérieure évitent tout développement de tourisme en leur sein.
Pour protéger leurs citoyens contre les invasions venant de l’extérieur, des pays
comme la Chine ont toujours limité l’accueil de touristes et en même temps interdit leurs
citoyens de s’adonner à certains déplacements hors de leurs frontières si ce ne sont pas des
voyages relevant des missions officielles.
Cette politique a prévalu dans cette partie du monde, l’empire du milieu, de 1948 à
1955. L’objectif était de préserver les nationaux de l’influence occidentale jugée néfaste pour
la civilisation chinoise. Ainsi, tout contact avec les ressortissants de l’Occident était
strictement interdit s’il n’est pas sévèrement contrôlé. La seule petite ouverture concernait les
111
citoyens des autres démocraties populaires qui partageaient à peu près les mêmes doctrines
politiques. Ces déplacements bien qu’autorisés et tolérés étaient fortement encadrés. Ce qui
justifiait leur la faiblesse des effectifs de visiteurs.
Un nouveau vent d’ouverture a été noté à partir de 1955. A partir de cette date, dans les
pays du CAEM des débuts de politiques de tourisme ont été enregistrés de façon timide. Les
pays les plus en vogue étaient des Républiques de l’Est comme la Roumanie et la Bulgarie.
Ainsi, la délivrance d’autorisations de sortie a été plus facile.
L’année 1958 marque les débuts du tourisme individuel avec les citoyens des pays de
l’ouest. Et toujours dans ce contexte environ 75 à 91% des vacanciers étaient ressortissants
des pays socialistes. Parmi les pays qui encourageaient ces séjours touristiques chez eux nous
pouvons citer le cas des pays l’Europe centrale et orientale comme la Hongrie et la Pologne.
Au même moment, des pays limitrophes comme l’Albanie étaient fermés à toute activité
touristique.
En dehors de ces rejets avec des politiques ouvertes de non autorisation de tourisme, il
ya des régimes politiques 275 qui par leurs agissements à l’encontre de la quiétude de la
sécurité des citoyens ont engendré la désaffection du tourisme étranger. La destination souffre
de l’image ternie du pays qui fait que les demandeurs de séjour lui préfèrent d’autres
destinations plus calme avec une image plus reluisante.
Après cette première catégorie de pays, nous avons d’autre part des pays dont les
mobiles qui sous-tendent la restriction de la promotion touristique sont d’ordre
environnemental (protection de l’environnement) ou sanitaire (Epidémies). Ainsi les Etats
peuvent aller jusqu’à sortir certains territoires de la carte touristique ou limiter leur
fréquentation.
Au Kenya en Afrique de l’Est, existe la réserve d’Embesoli, une aire protégée afin
d’éviter que le tourisme ne déstructure l’environnement.
275
C’est le cas du Chili du Général Pinochet.
112
avec le plus grand nombre de visites par an dans le classement des pays du tourisme
international. Ce qui est confirmé dans le tableau suivant.
113
- Les années 1990 avec la guerre du golfe, le choix des destinations en conflit a
sensiblement baissé. Cela a concerné au premier chef des pays comme l’Irak et le
Koweit, l’Egypte, la Tunisie etc.
En guise d’illustration, les voyagistes français ont enregistré le 1er février 1989, le
chiffre énorme de 18 000 annulations individuelles et celles d’une cinquantaine de groupes.
Ce qui correspond à 60 à 100% de perte sur les ventes facturées et surtout une chute de
l’activité de 70 à 95%.
Dans la même mouvance, la Turquie, Israel et le Maroc ont reçu les effets de la crise du
golf.
114
- Les attentats de Nairobi au Kenya ont fait retarder voire annuler des réservations pour
la destination.
- Le terrorisme ambiant à la corne de l’Afrique (Somalie, Erythrée etc.) avec des
groupuscules armés qui tuent dans les rues
- L’Algérie avec sa situation politique tendue n’est pas en reste. Depuis l’époque de sa
décolonisation sanglante avec le Front de Libération Nationale (FLN) jusqu’à son
indépendance et surtout la période post- indépendance avec plusieurs évènements
malheureux ce pays du Maghreb n’a pas su profiter du tourisme malgré son énorme
potentiel. Les agissements du Front Islamique du Salut (FIS) à l’occasion d’une crise
post-électorale, les assassinats des présidents SADATE et BOUDIAF, en plus du
récent printemps arabe avec la chute du Raïs Hosny MOUBARAK sont un ensemble
de faits qui ont freiné le développement du tourisme en Algérie et en Egypte.
276
Cf. Statistiques Organisation Mondiale du Tourisme (OMT) 2002.
115
Tableau 2 : Poids du tourisme comparé à d’autres branches de l’économie française en
1999 (en milliards d’euros) (appréciation à partir de la valeur ajoutée brute, directe
pour le tourisme)
Construction 55,4
Tourisme 23,1
Industrie automobile
19,8
Industrie
Textile 55,4
277
op cit par P. PY
116
1965, les recettes au titre du tourisme international auraient atteint 477,3 milliards de dollars
en 2000. Ce qui fait une progression de 4015%.
Ce développement du tourisme à l’échelle mondiale, quoi que spectaculaire, doit être
appréhendé à l’aide d’analyses fines. Même si le tourisme international a connu une
croissance fulgurante depuis la période qui a suivi la seconde guerre, la vitesse de croissance a
connu un ralentissement. Ce que reflètent bien les statistiques du tableau ci-dessous :
117
Tableau 3 : Evolution du taux d’accroissement moyen annuel des arrivées de touristes internationaux
Années (intervalles) 1960- 1969 1970-1979 1980-1989 1990-1995 1996-2000 2011
Arrivées (pourcentages) 8,7% 7,1% 4,3% 4,8% 4,3 4,4%
Source : Statistiques OMT (2000). Données reprise in Le Tourisme un phénomène économique de Pierre PY(p.26)
118
Une particularité des statistiques du tableau à ne pas négliger est la croissance des
flux, l’augmentation du nombre de touristes internationaux à l’année 2011 (4,4%). Par
rapport à la décennie précédente, c’est-à-dire celle qui part de 1996, l’année 2011 a connu une
nette amélioration. Cette dernière devient très spontanée même si nous la comparons au taux
de l’année 2010.
L’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT) a prévu pour la première fois une
augmentation de touristes en 2012 dont l’effectif allait dépasser le milliard. Il est vrai que le
taux a diminué un peu malgré ce chiffre symbolique.
Le continent européen dépasse pour la première fois de son histoire une population de
502,3 millions de visiteurs. En autres explications de ce flux, il faut retenir la désaffection des
voyageurs jadis habitués des destinations de la partie Nord de l’Afrique communément
appelée le Maghreb et de l’Asie de l’Ouest.
Pour l’Afrique, malgré la croissance enregistrée dans sa partie subsaharienne (6,2%),
il a été noté une stagnation avec le poids de la crise des pays du Maghreb. Son tourisme a
chuté de 9,9%. De façon agrégé, le continent africain a vu ses flux touristiques stagner à un
taux de croissance de 0,2% en 2011alors que 2010 présentait un taux de 8,4%.
Les causes principales de ce changement de destination résident dans révolutions
((printemps arabe, terrorisme) et conflits régionaux (les incidents récurrents entre les Corées).
La France reste le pays le plus visité au monde avec 80 millions de touristes278. L’Asie
et l’Asie du Sud - Est a connu un boom avec une augmentation respective de visiteurs de
6,1% et 10,4%.
L’Amérique du Sud n’est pas en reste avec en 2011 une très bonne année vu le chiffre
de 10,1% de visiteurs internationaux.279
Ø La consommation touristique, un phénomène évolutif : -l’évolution des
comportements et des mentalités
La consommation touristique a connu beaucoup d’évolutions liées aux transformations
socioculturelles er économiques. Les congés payés ont été formalisés avec plus de faveurs, il
ya eu une segmentation du séjour avec la réduction de la durée. Ces éléments ajoutés à
l’augmentation du pouvoir d’achat, ont sensiblement boosté les statistiques. Un autre facteur
non négligeable est le développement du tourisme d’affaires avec les séminaires, les voyages
d’affaires qui a joué un grand rôle.
278
idem
279
Source : statistiques OMT (25mars 2012).
119
Cet ensemble de facteurs était déterminant dans un contexte d’évolution des comportements
et des mentalités décrit par Joffre DUMAZEDIER et repris par Pierre PY en ces termes :
L’évolution des mentalités, quant à elle, est le fruit de l’émergence des
valeurs nouvelles qui s’articulent autour de trois points :
- La valorisation sociale de soi par une expression bien plus libre ; plus
spontanée et plus ambitieuse du corps, du rêve et de l’imaginaire ;
- L’établissement d’une nouvelle relation à autrui, ni égoïste ni individualiste,
mais qui passe par un nouveau rapport entre, d’une part, individualité et,
d’autre part, groupements ou institutions (familles, entreprises). Les formes
imposées sont plus douces, plus souples et relèvent davantage du choix des
individus ;
- L’apparition d’un nouveau rapport à la nature, qui sous-entend la
possibilité de la transformer mais non de la violer. On la respecte pour elle
–même et pour nous-mêmes, comme cadre de vie. 280
Ces passages de PY, reprenant la pensée de DUMAZEDIER, font ressortir les nouvelles
métamorphoses du travail et la nouvelle société du loisir, du temps libre, des vacances. Des
changements qui ont fort justement été évoqués lors des actes de Besançon de décembre
1999281.
Autant de maximes, de valeurs, de nouvelles façons d’être en termes de comportements,
de savoir-vivre bref de mentalités du visiteur, du touriste moderne relatés par Martine
BRETON-GIRARD dans la description suivante :
Aujourd’hui, le touriste devient sportif, un tantinet aventurier. Il veut du sur
mesure à tout moment, au gré de ses humeurs ou à celles de la capricieuse
météo. Il évolue avec son temps. Un temps résolument tourné vers la nature.
Désormais, il (le touriste) part à la recherche d’une autonomie, d’un plaisir
et d’une certaine vitalité. Il refuse les conformismes pour développer sa
singularité. Il rejette les formules d’adhésion l’embrigadement. Il veut du
loisir actif, faire des choses et se remettre en forme. Il veut partir loin (mais
momentanément) de la foule et tenter de vivre une expérience rare. Ainsi
l’explosion des phénomènes de fun et de glisse illustre fort bien cette
évolution.282
Ø Une activité concentrée spatialement
Le tourisme international est fortement concentré spatialement. Ce fait est
observable dans les tableaux suivants.
280
Pierre PY, page 48.
281
J. DUMAZEDIER et A. M. GREEN les métamorphoses du travail et la nouvelle société du temps libre. Actes des
Neuvièmes Rencontres sociologiques de Besançon, décembre 1999, L’Harmattan, Paris-Montréal, 2000.
282
V. LORET(A), Génération Glisse. Dans l’eau, l’air, la neige…La révolution du sport des années fun, coll.
«Mutations », Autrement, Paris, 1995.
120
Tableau 4 : Répartition des régions du monde selon les arrivées du tourisme en 2000(en
%).
Tableau 5: Répartition des régions du monde selon les recettes du tourisme en 2000(en
%)
121
Ce qui signifie donc que le tourisme est essentiellement une activité réservée aux pays
développés qui en tirent tous les profits. Les pays en développement quant à eux ne
bénéficient que d’environ 30% des dépenses touristiques mondiales. Une tendance bien
représentée dans le tableau suivant :
122
Louis jazz), séjours de recherche ou d’études, bains linguistiques, stage d’initiation à
diverses formes d’art ou d’artisanat, tourisme religieux (les deux rakkas de Saint-Louis
organisés au mois de septembre de chaque année à la gloire du marabout de Touba qui
a prié dans le bureau du gouverneur).
- Le tourisme sportif
Ici il faut noter les sports nautiques, les sports d’hiver, le golf, le vélo, le tennis,
l’équitation, la lutte etc…
- Le tourisme industriel c’est un mode d’activité scientifique et technique qui vise à
découvrir des musées ou des entreprises, certaines œuvres spectaculaires comme la cité
des arts et de l’Industrie à Paris, le Centre de conférence Abdou DIOUF, le monument
de la Renaissance, la case à impluvium de Basse Casamance ou même phénomènes
spéciaux (le lac qui devient rose au LAC ROSE dans le village de Niaga juste dans
l’arrière-pays de la Commune de Rufisque).
- Le tourisme ludique avec la fréquentation de parcs de loisirs, des cabarets, de salles de
jeux, de casinos…
- Le tourisme de rencontre, de santé, d’affaires.
- Diversification des pratiques
Le domaine touristique est au même titre que tous les autres de la vie et des activités
envahi par les innovations techniques et technologique. A cela s’ajoute l’évolution notée au
niveau des mentalités. Ce qui a engendré une diversification des pratiques. L’innovation est
observable au niveau des sports dits « californiens ». Ces derniers se démarquent des autres
activités de par leur origine géoculturelle. C’est un ensemble de sports non codifiés avec un
culte de l’effort minimum, de l’esthétique avec un arsenal approprié en matière d’installation
matérielle de dernière génération : planche à voile, fun board, surf, rafting, parapente,
monoski, moto verte, ultra- léger motorisé, VTT, surf des neiges.
De manière générale, ce qu’il est convenu d’appeler les « nouvelles glisses » (le surf des
neige, patinettes, monoski connaissent un succès grandissant de nos jours. Et cela depuis les
années 1996-97. Déjà à cette époque 11,5% des skieurs les pratiquaient avec une montée
sensible des chiffres à 30% des stations ayant un aménagement spécifique à ces activités.
Toujours dans cet élan de diversification, il ya la multiplication des parcs de loisirs,
avec des parcs à thèmes, les parcs aquatiques. Avec l’innovation technologique, des
aqualand font maintenant partie du décor des stations touristiques qui développe un
marketing haut de gamme.
- Segmentation de la clientèle
123
Il s’agit de la typologie des touristes en tenant compte de :
- Leur comportement
- Leurs besoins
- Et de leurs attentes
Dès 1985, l’approche par le comportement (behavioriste) a été utilisée dans une enquête
réalisée par la société Détente avec les typologies suivantes : autonomes, ouverts, verts,
bronzés, pépés baladeurs, jouisseurs, jeunes classiques, indéracinables.
Nous ferons nôtre les résultats d’une étude plus récente réalisée en 2000 sur des groupes
de touristes français.284
Cette dernière-née permet de faire une illustration avec le modèle français, (permettons
nous de les appeler « homotourismus » 285 français) permet de dégager six (6) groupes de
touristes :
Ils sont moins jeunes (65ans et plus), parisien et fortunés font du tourisme toute
l’année dans des résidences secondaires286.
Ces touristes sont de tous les âges, de professions intermédiaires et supérieures avec des
revenus relativement élevés. Ils se déplacent le plus souvent l’été à l’étranger en choisissant
les hébergements marchands. Par rapport à 1994, c’est le groupe qui connaît le plus de hausse.
Il s’agit de groupes formés de familles plutôt nombreuses, d’ouvriers qui vont peu
mais pour un long voyage l’été dans des destinations où ils trouvent des hébergements
marchands économiques en Bretagne, Languedoc –Roussillon et dans des pays étrangers.
284
Source : direction du Tourisme/Sofres, in Observatoire national du tourisme, typologie de la demande
touristique des français. 1994-1998, coll. « Analyse et perspectives du tourisme », n°63 février 2000.
285
Nous nous sommes permis ce néologisme pour signifier l’homme touriste ou l’homme touristique.
286
Types fréquents dans la station de Saly du Sénégal où l’on compte des résidences
124
Ce sont des individus apriori aisés, célibataires et parisiens. De grands voyageurs qui se
déplacent tout le long de l’année mais avec des séjours de courtes durées. Et ils préfèrent leurs
résidences secondaires.
Types de touristes qui préfèrent l’été dans des hébergements marchands. Ils sont
souvent de familles nombreuses d’ouvriers, de commerçants, d’artisans de 35 à 49ans adeptes
des vacances de longue durée.
Par rapport la période de référence de 1994, c’est la cohorte qui connaît la plus
importante décroissance. Agés de 65ans et plus ou de 25-34ans, il s’agit de personnes venues
du Sud de la France vont essentiellement dans leur famille du Nord.
Ce sont de jeunes étudiants qui pour changer d’environnement après les longues
périodes de cours quittent les zones rurales pour une escapade en famille, entre amis ou à
l’hôtel. Toutefois, ce sont des séjours de courtes durées.
Le secteur du tourisme, différent des autres industries, qui ont des in put (matières
premières bien identifiées et définies (par exemple SUNEOR, ne peut travailler sans arachide,
SOCAS, la tomate, etc.), alors que le tourisme part d’un assemblage de services, de
demandes, d’offre de prestations spéciales287 pour ne pas dire hybrides voire imaginaires…
Conscient du fait que les organisations touristiques sont dans leur majorité le fruit
d’initiatives, de projets visant à commercialiser des rêves, des besoins a priori inaccessibles,
nous avons décidé d’opter pour le concept d’entreprise.
287
Echanges avec le Dr Abdoul Wahab CISSE, spécialiste du tourisme en 2014 (nous avons appliqué la
méthode de l’observation dissimulée (settlu) du professeur Abdoulaye NIANG).
125
Ainsi, l’entreprise touristique sera étudiée dans ses interactions avec le développement
durable. Parlant de rêve, d’idéal, d’imaginaire, les investigations permettront de faire ressortir
le sens des pratiques, les représentations sociales des acteurs de cette entreprise au visage
spécial et aux réalités plus ou moins originales.
288
Chercheur américain qui a théorisé « l’observation à distance rapprochée ».
289
Abdoulaye NIANG, Settlu ou l’observation « dissimulée » : une technique traditionnelle d’observation du
social qui ne perturbe pas son objet. In AFRISOR (Afrique- Sociétés-Recherche) Revue des Sciences sociales et
humaines- ISSN 0851-1772, n°1, février 2000.p. 156.
290
Cf Terrains et théories de l’enquête qualitative. Textes d’appui.(sous-titre de la partie 2) De l’ateliers
méthodologique régional sur les sciences sociales en Afrique organisé par le CODESRIA, les du 2 au
5novembre 2004.
126
C’est une des préoccupations de jean VIARD quand il disait que: »… le tourisme
doit «laisser de l’espace à ce qu’aimeront nos enfants ….. ».291
L’accord évident entre observateurs et spécialistes sur les rapports entre tourisme et
changement social, il n’en est pas pour autant pour ce qui concerne les appréciations, les
représentations des acteurs en termes d’impacts positifs ou négatifs.
Un bon nombre d’experts en tourisme reconnaissent que cette industrie devenue une
multinationale par excellence, génère des effets positifs sur l’économie des pays en
développement 293 . Toutefois, l’évaluation des impacts sur les structures sociales n’est pas
n’est pas aussi honorable que celle des retombées sur le tissu économique. Les conséquences
sociales sont souvent fâcheuses. Ce que d’ailleurs exprime bien HILALI Mimoun :
(…) les perturbations introduites dans les modes de vie et les mutations
« sourdes », mais soupçonnables, apparues dans les systèmes socioculturels
de ces pays n’ont encore révélé leur secret. …). Un certain flou persiste (…).
294
De ces débuts à une période récente, le tourisme a été vu comme une activité à fortes
avantages économiques sans une réelle prise en compte des interférences qui existent entre
l’économique et le social. En d’autres termes, entre le « matériel quantifiable » et le « culturel
déductible » et leurs effets mutuels il ya beaucoup de mutations à observer et évaluer à leur
291
Op. cit.
292
Mimoun HILALI,Le tourisme international vu du sud. Essai sur la problématique du tourisme dans les pays en
développement. Page 84 (notes de bas de pages19)
293
Idée proche de celle de Moustapha KASSE, Thèse d’Etat en 1976 (Tourisme international : Evaluation de
l’impact sur les économies africaines.
294
Mimoun HILLALI, Le Tourisme international vu du Sud…. page 85.
127
juste valeur. Les flux touristiques en même temps qu’ils véhiculent des devises, sont porteurs
de changement socioculturel qui est la résultante à la fois de l’implantation de l’activité
touristique et par les cohortes de visiteurs qui se déplacent à cette occasion.
Pour cerner toutes les questions posées dans notre problématique et à la lumière des théories
développées, des concepts élucidés dans les passages précédents, nous avons jugé utile de
fonder notre démarche et surtout notre approche théorique295 sur des choix méthodologiques
et dans un cadre opératoire bien déterminé.
Ces stratégies ont été observées à différents niveau de développement des activités de
l’industrie touristique : les stratégies des groupes hôteliers, des stratégies des petites et
moyennes entreprises, de l’apport des technologies qui ont un impact considérable.
Le management des organisations touristiques sur le long terme que cela soit en Europe
ou en Amérique est fortement influencé par une similitude entre les pratiques des groupes
hôteliers internationaux. Au lieu de promouvoir la propriété ou la franchise c’est-à-dire
l’obtention d’une licence d’exploitation, c’est le management qui est développé.
Dans ces zones touristiques tout est ou presque incertain. C’est une zone de droit
précaire si ce n’est le non droit. Il ya entre autres causes, la jeunesse des institutions
politiques. Des institutions qui sont reconnaissables à leur criarde instabilité. Les indicateurs
macro-économiques sont inexistants par du fait surtout de l’absence de statistiques.
295
Modèles développés par des chercheurs qui ont eu à réfléchir sur le phénomène ou sur des aspects similaires
128
A côté de ces difficultés non favorables à l’épanouissement d’une activité de type
touristique qui demande plus de stabilité, d’ordre social, de maîtrise des indicateurs, d’une
bonne tenue des données statistiques, il ya des spéculateurs fonciers qui exproprient les
populations locales de leur terre.
Un phénomène qui est encouragé par des investisseurs ressortissants de pays comme le
Brésil et la Russie.
Face à ces difficultés, les hôteliers ont élaboré et développé des stratégies qui leur
permettent de rentabiliser leurs investissements :
- C’est ainsi qu’ils adaptent les financements obtenus par dette au projet. Ce qui leur a
permis de développé beaucoup de solutions. Les projets sont financés à hauteur de 50%
du montant total. Le reste assuré par les fonds propres. Ce qui est un facteur de
limitation des risques. Et du coup cette mesure stratégique permet de maximiser les
chances de réussite de l’initiative. C’est un business modèle qui réunit les facteurs clés
de succès.
- Toutefois, il est à préciser que vu les difficultés citées plus haut (instabilité politique,
l’absence ou la non tenue des statistiques…) rendent difficiles la maximisation du
retour sur investissement. Rappelons que la dette dans les pays dits émergents est
difficile à obtenir d’abord et encore plus difficile à rentabiliser.
- Ces obstacles font que la stratégie dans le choix de la zone d’implantation est de fermer
l’option sur les pays qui ont de bonnes relations avec le pays d’origine. Ce qui facilite
le lobbying pour développer une bonne affaire. C’est tout le sens de l’implantation du
groupe français ACCOR en Afrique francophone (la langue, la culture, l’histoire). Les
géants du tourisme américain HILTON et SHERATON ont choisi la zone de
l’Amérique latine. Quant à l’Espagnol SOL MELIA, il a suivi les opportunités liées à
la proximité linguistique et culturelle pour se positionner toujours en Amérique latine.
- Un autre axe stratégique repose sur le développement en franchises, filiales, antennes
pour des multinationales qui ont une industrie opérant dans plusieurs domaines
d’activités stratégiques. Ne pouvant pas tout embrasser, elles confient des niches,
présentant des facteurs clés de succès, à des compagnies locales. Le risque c’est de se
retrouver dans une situation où les normes, valeurs ou croyances voire éthique des
affaires présentent des différences.
129
- L’une des stratégies les plus fructueuses reposent sur une troisième voie qui réunit les
intérêts des investisseurs et locaux. Une option stratégique qui peut être déclinée sous
deux angles : le premier c’est celui du développement en gestion ou contrat de
management et le deuxième choix c’est celui de la location.
- Comme dernière formule, il ya les joint-ventures, solution intermédiaire entre le
management et la propriété. Option qui présente moins de risque et souvent pratiquée
avec réussite
- DES VOYAGISTES
Les voyagistes sont une catégorie d’acteurs dont les stratégies ont connu un tournant
décisif en 1990, suite à l’éclatement de la guerre du Golf. Avec ce violent et surprenant
évènement, les flux aériens ont chuté. Les chiffres d’affaires des agences de voyage ont
périclité avec des stations d’accueil comme la Tunisie, le Maroc dont le secteur touristique a
enregistré des reculs sans précédents. Ces pays jadis cités comme des modèles de
développement par le tourisme ont vu leurs acquis disparaître.
Cette période de crise a remplacé une belle époque, avec un produit touristique en
général et le voyage comme « vache à lait » si nous nous référons à l’outil stratégique qu’est
la matrice BCG296. Le voyage était générateur de beaucoup de devises. Il y avait beaucoup de
réservations. Ce qui faisait que les programmations des voyages, des flux relevaient plus de
la spontanéité pour ne pas dire de caprices que d’une véritable ingénierie du voyage. Il n’y
avait pas de management réel du voyage.
Le constat était valable pour le marketing qui était presque inexistant. Il n’y avait pas
beaucoup de risques. Les politiques promotionnelles étaient un peu pauvres. Les agences
touristiques spécialisées du voyage, étaient dans ce contexte moins vigilant par rapport aux
actions de leurs commerciaux sur la terre. Elles dépensaient sans compter et avec légèreté lors
de leurs campagnes de promotion.
Ainsi donc, c’était un lot de faiblesse : équipes parfois trop fournies avec une pléthore
d’acteurs qui faisaient plus office de figurants sur le terrain. Une présence nombreuse qui
renseigne sur les lacunes préjudiciable à une bonne gestion des ressources humaines.
- DES PETITES ET MOYENNES ENTREPRISES
Les stratégies des PME sont étudiées à travers une analyse des choix stratégiques
potentiels. La stratégie étant une expression
296
La matrice BCG du nom du cabinet Boston Consulting Group qui répartissait les produits d’une entreprise en
quatre catégories : les vedettes, les vaches à lait, les produits dilemmes et les poids morts.
130
Nous reviendrons sur les questions liées au management du tourisme dans la troisième
partie (analyse des résultats) afin de voir ce que l’enquête a révélé sur le management du
tourisme dans la Commune de Saint-Louis.
- DE LA PROBLEMATIQUE DE L’ECOTOURISME
Un défi difficile à relever ou du moins encore compliqué dans la mesure où, les
statistiques les plus récentes montrent que le tourisme avec ses voyages, ses déplacements à
l’échelle globale (voitures, avions, essence, gasoil, kérosène, etc) occupe 5% de la pollution
de la couche d’Ozone. Une autre statistique fait cas de 20% de parts réservées à
l’écotourisme. 297 Ce qui est difficile à atteindre comme objectif dans la mesure où
l’écotourisme ne signifie pas absence de pollution mais plutôt moins de pollution. On
consomme moins. La question de l’éthique se pose. Déclare t on tout ce que l’on consomme ?
Et le touriste qui va en vacance trouvera t- il intéressant qu’on le prive de consommation
ostentatoire. Ce qui est l’une des constantes du tourisme de masse. C’est le défoulement du
collectif. On se permet presque tout tant qu’on ne lésine pas sur son porte-monnaie. C’est le
défoulement des nantis. Ce que MORIN 298 appelle le bordel des pays occidentaux pour
désigner les destinations touristiques en zone sous - développée.
Une autre dimension de l’écotourisme qui interpelle le chercheur est le rapport aux
populations locales. Si nous prenons l’exemple des populations autochtones kenyanes, les
massai ou les pygmées de la forêt camerounaise ou encore les Bassari de l’Est du Sénégal,
pour une bonne activité touristique selon l’entendement des organisateurs de circuits dans ces
localités que nous venons de citer, il faut montrer au visiteur la vie authentique de ces
groupes. Il faut ainsi lui permettre de prendre des photos, de les observer de près, de les
toucher, de vivre avec eux, le temps d’un séjour. Tout cela est souvent organisé sans l’avis
des autochtones, sans étude des retombées socioéconomiques sur les zones d’accueil. Dans
297
Emission Eléments Terre, France 24 du 30avril 2017.
298
Op cit
131
cette rencontre, il ya trois dimensions : l’intérêt des entreprises comme les agences de voyage,
les tours opérators, les avantages pour les guides et accompagnateurs et les incidences sur les
autochtones.
Une analyse des pratiques et des impacts fait ressortir de réels déséquilibres. Le
tourisme ne fait qu’enrichir les pays émetteurs. Ces derniers définissent les politiques
touristiques en fonction de leur objectifs et surtout en préservant leurs intérêts, la bonne
marche de leurs affaires, le succès de leur business. Il arrive souvent que les promoteurs
ignorent le repos biologique des espèces animales qui servent de gibier de subsistance pour
les pygmées en organisant un circuit de tourisme cynégétique avec la chasse sportive. Cette
dernière est une activité qui dérègle tout l’équilibre du système écologique de
l’environnement de ces populations autarciques.
Et pire, il peut arriver que l’on « parque » des personnes qui perturberaient le bon
déroulement d’une évasion touristique. Pour la petite histoire, nous retiendrons le fameux
voyage de l’ancien président américain Georges W. BUSH, en période de campagne
électorale, candidat à sa propre succession dans les années 2000 au Sénégal sur l’île de Gorée.
A cette occasion, les autorités sénégalaises avaient pris des dispositions spéciales afin de
garantir la sécurité du premier des américains et un bon déroulement de la visite. C’était
d’interdire aux populations de bouger comme elles le souhaitaient. Des itinéraires leur étaient
tracés avec des limites à ne pas franchir. Une mesure qui avait créé un climat social tendu
avec beaucoup de contestations de part et d’autre. Société civile, partis politiques et d’autres
citoyens bien avertis avaient dénoncé cette mesure qui symbolisait pour eux un manque de
considération pour le peuple sénégalais. Certains allaient jusqu’à parler de non-respect des
droits des citoyens d’être libres de mouvement.
Des situations pareilles sont souvent vécues dans la Station de Saly. 299 Il suffit de
remonter aux années 1990-2000. Ce sont des périodes fastes du tourisme de la Petite Côte où
le business avait une incidence ancrée sur les aspects socioéconomiques et culturels de la
destination. Ce qui faisait que la gendarmerie était toujours présente sur les lieux. Sa mission
était de faire respecter toute activité qui pourrait gêner les touristes. Ce qui permettait de faire
fonctionner le secteur en assurant une paix aux touristes. Les flux augmentaient. Ainsi, les
signes d’un véritable changement social commençaient à naître avec des voyages, des
299
Nous même avons été témoin de quelques descentes de la gendarmerie avec des mouvements de panique des
racoleurs de tout bord.
132
maisons en construction, des mariages mixtes et un élan important de métissage de la
population. C’était l’âge d’or du tourisme de la Petite Côte d’après certains nostalgiques.
Toutefois, après les années 2000, face à l’avancée de l’érosion marine, la destruction
progressive des structures et infrastructures hôtelières, la fermeture de certaines d’entre elles,
la crise mondiale, le terrorisme, la délinquance etc., autant de fléaux ont contribué à la chute
du tourisme. Le développement spontané qui avait fait la gloire de cette station dénommée le
Saint- Tropez ou la Côte d’Azur du Sénégal n’a pas été durable. Les analystes imputent les
causes à l’absence de bonne politique touristique. Ce qui correspond à l’avis d’un ancien
animateur de l’ancien hôtel Savana, devenu agent de la SAPCO Sénégal à la suite de la
fermeture de l’hôtel et d’un bref passage à l’hôtel Les flamboyers comme adjoint du
directeur :
300
Entretien effectué le 27 septembre 2017
301
Mamadou DIOMBERA, Le développement touristique et l’occupation des espaces littoraux : quels enjeux
pour les territoires de la petite Côte sénégalaise ? Article, les études caribéennes 26décembre 2013, (36-Avril
2017 : La plaisance : développement touristique vs protection du littoral (Hors dossier) Laboratoire de
recherches en sciences sociales, Département Tourisme, Université Assane SECK, Ziguinchor, Enseignant-
Chercheur, [email protected]
302
Youssou SARR, 2003, Approche sociologique de la pratique du tourisme sexuel à partir du cas des jeunes
âgés de 18-24ans de la petite Côte du Sénégal (Mbour-Saly), mémoire pour l’obtention du Diplôme d’études
Approfondies (DEA) de sociologie, UCAD de Dakar, 67 pages.
133
nationale du tourisme ». 303 Ce qui, selon le spécialiste, aurait permis de faire un saut
quantitatif et non moins qualitatif identique à l’exploit du Japon qui est passé en deux années
(de 2013à 2015) d’un chiffre de 10millions à 20 millions de touristes par an304.
Une décision« appréciée positivement avec une opportunité réelle de rassurer les
organisations du tourisme international qui avaient commencé à douter de la pertinence
d’intégrer la petite côte dans leurs programmes prévisionnels » d’après une analyse des
propos de M. Nicolas FORGET, directeur général de l’hôtel Palm Beach305.
303
Dr Ibrahima FAYE, spécialiste tourisme japonais, « Au Sénégal, il faut une autorité nationale du tourisme »
Cité par Aly Diab DIOP, Tokyo(Japon), in http://lesoleil.sn/diaspora/item/49821. Repris le 17mai 2016 par
Success Story (online).
304
Op. cit.
305
Idem M. FORGET, par ailleurs membre du Comité de gestion de la station balnéaire de Saly portudal
134
CHAPITRE II : CADRE MÉTHODOLOGIQUE
Un esprit de méthode est le trait fédérateur de toute recherche qui se veut scientifique.
Dans la présente recherche, nous avons fait usage de méthodes et techniques appropriées, bien
choisies, pour recueillir les bonnes informations, les traiter, les classer et les analyser pour
dégager des résultats fiables.
L’instrument utilisé a été le guide d’entretien. Ces échanges ont concerné les personnes-
ressources, acteurs responsables du secteur (administrateurs et chercheurs). Cinq(5) thèmes
ont été dégagés :
- Ainsi, avec les prostitués (hommes et femmes), nous avons insisté sur les raisons de la
pratique de la prostitution, le choix des clients, la tarification, les retombées financières;
- Avec les guides, les thèmes ont surtout porté sur les conditions de travail, la
collaboration avec les réceptifs, les retombées en terme d’argent,
135
- Quant aux vendeurs d’objets d’art, ils ont été interviewés avec les thèmes suivants :
conditions d’exercice du métier, la nationalité de la clientèle, la situation financière,
rapports avec le secteur touristique.
I.1.2. L’observation « dissimulée » ou « settlu »
Nous avons également eu recours à la technique d’observation et spécifiquement du
settlu 306 ou observation dissimulée en restant naturel avec une démarche reposant sur deux
catégories : le sens et l’attention. Et à ce propos, nous avons recueilli des données auprès des
professionnelles de la nuit (femmes de la nuit), des restaurateurs et même de certaines
personnes ressources du milieu.
Source : photos prise par Babacar SOW (alias Baba) (juillet 2017)
306
Une technique d’observation empruntée au sociologue sénégalais, le professeur Abdoulaye NIANG dans un
article intitulé « SETTLU » OU L’OBSERVATION « DISSIMULEE » : une technique traditionnelle
d’observation du social qui ne perturbe pas son objet in AFRISOR (Afrique-Sociétés-Recherche), revue des
Sciences Sociales et Humaines- ISSN 0851-1772, N°1, février 2000, pp.156-191.
136
I.1.3. L’observation participante
Figure 2: Vendeuse de colliers d’art à base de tissu wax (île de Saint-Louis, Nord devant
l’hôtel de la Résidence
C’est une méthode reposant sur une immersion comprise comme un mixte
d’observation et de participation. C’est un savant dosage qui correspond à une posture du
chercheur qui opère un déplacement permanent le long d’un continum tendu entre deux pôles.
Il a la possibilité d’adopter une infinité de rôles intermédiaires.
137
Réfléchissant sur le rôle du chercheur, les sociologues américains de l’école de Chicago
ont dégagé trois types d’implications ou d’observation participante qui correspondent à trois
sortes d’implications du chercheur sur le terrain :
Reconnaissons que malgré l’importance de cette attitude qui consiste à entrer en contact
avec l’objet étudié, l’observation participante comporte beaucoup de biais si certaines
questions ne sont pas posées et réglées : comment s’impliquer ? S’impliquer jusqu’à quel
niveau ? Quels rôles jouer ?
Les réponses à ces questions nous ont conduit dans plusieurs parcelles du terrain avec
des rôles en fonction du contexte avec comme méthode dominante celle de l’observation
participante active.
C’est ainsi que nous avons été au fastfood Chez Zahi où nous avons joué un rôle de
client fidèle, friand de cheese burger et en même temps ami du gérant qui est d’origine
libanaise.
Nous avons fréquenté le restaurant Ali Ngoné Ndiaye comme ami de la patronne des
lieux mais aussi comme admirateur du fameux poulet yassa307.
Nous avons été au Flamengo, restaurant du style du Lagon de Dakar. Une animation y
est assurée par un artiste à chaque soirée. Dans ce réceptif la tâche nous a été facilitée dans la
mesure où nous avons joué la carte du fan de Souleymane FAYE qui était à l’époque l’artiste
le plus fréquent sur les lieux.
Au bar Embuscade, nous avons cultivé une relation amicale avec l’un des gardiens-
videurs qui pratiquait le Kayak et à son départ pour la France, pour suivre sa jeune femme
française, j’ai saisi l’opportunité de poursuivre la collaboration avec son successeur qui par
307
Plat sénégalais à base de riz, poulet et sauce d’oignon.
138
hasard heureux a été un des lutteurs champion de mon quartier de résidence à Saint-Louis et
qui a toujours bénéficié de mon soutien à l’occasion de ses combats.
Source : Photo prise par M. Babacar SOW, alias Baba (juil 2017)
Pour la discothèque Iguane café, l’introduction m’a été facilitée par un entretien
informel que j’ai eu avec un des vendeurs du bar (barman) croisé dans une clinique de la
place. Cette méthode est identique à celle du settlu. En plus de cet échange, j’ai eu à faire une
descente sur les lieux un samedi soir. Cette immersion m’a permis d’observer, de plus près,
certaines pratiques de ce milieu touristique fréquenté par une forte communauté européenne.
139
Figure 4:Devanture de la discothèque Iguane café
140
Figure 5: Restaurant Bar Harmattan- (avec chambres) (île, nord)
Nous nous sommes adressé au responsable du syndicat qui nous a, par la suite, introduit
auprès de ses collègues de bureau. Ce qui nous a permis de recueillir leurs avis sur
l’organisation du bureau, le rôle et la place du syndicat, les rapports avec l’Etat, les autres
partenaires, l’agenda culturel et touristique de la ville de Saint-Louis, sur le fonctionnement
du secteur, les acquis, les forces, les faiblesses, les expériences etc... Ainsi, cette première
entrée a été une opportunité pour faire la connaissance de quelques guides et antiquaires.
Les guides et antiquaires nous ont également donné leurs opinions sur le phénomène.
Les entretiens (focus group) ont plus porté sur l’organisation des circuits touristiques, leur
métier (guide –antiquaire), les difficultés liées au bon fonctionnement de leurs activités, le
rapport aux touristes, les retombées du secteur sur leur développement personnel et
professionnel etc. A ce niveau, nous avons fréquenté les boutiques et galeries d’art comme
celle de Nimzatt Galerie.
141
Figure 6: Nimzatt Galerie
Les conducteurs de calèches ont été également interrogés. Ce sont des acteurs
importants si l’on sait que la destination de Saint-Louis offre plus un tourisme de patrimoine.
Ainsi, pour la découverte de la riche culture de la Commune de Saint-Louis, les échanges
avec les conducteurs de calèches ont été importants.
142
Figure7: Conducteur de calèche
143
Figure8: Focus group avec le personnel du Flamengo
- Identification de l’enquêté
- Identification de la structure
- Le type de rapport avec la structure
- Le tourisme et ses impacts (Avec des sous-rubriques portant sur la consommation, le
chiffre d’affaires, la fiscalité, l’architecture et la construction des structures, les
Activités corollaires comme le transport, la pêche sportive, la chasse sportive,
144
l’artisanat, les rapports tourisme et environnement social, tourisme et environnement
géographique).
SECTION II. HISTOIRE DE LA RECHERCHE
A ce niveau, il est question de retracer les différentes étapes de notre recherche. Ainsi,
nous avons fait un survol récapitulatif allant de la recherche documentaire à l’enquête
proprement dite avec l’administration des outils de collecte en passant par la phase
exploratoire, la pré-enquête et la définition des cibles. Les résultats de l’enquête ont été
traités et analysés pour dégager des tendances lourdes qui nous ont permis de vérifier les
hypothèses et d’atteindre nos objectifs de recherche.
Dans une première phase, nous avons lu des ouvrages généraux sur le tourisme ainsi
que plusieurs articles de presse, qu’elle soit locale ou internationale.
Une seconde phase a consisté à consulter des documents, des travaux plus spécifiques à
notre sujet (rapport tourisme et développement). Ainsi ont été mises à contribution les
bibliothèques universitaires de Dakar (UCAD) et de l’UGB de Saint-Louis, celle du CRDS,
de l’IFAN UCAD, des départements de Sociologie de Dakar et de Saint-Louis, la
médiathèque du CESTI. Nous y avons trouvé des thèses, des mémoires, des articles de presse
(revues et coupures de journaux), des ouvrages d’un grand intérêt pour la présente recherche.
Nous devons préciser qu’un type de recherche beaucoup sollicité a été celle à travers le
net avec une multitude de sites web308 spécialisés dans le domaine traité. Cette technique nous
a permis de faire des analyses et décryptages de vidéos. Ce que nous appellerons une
recherche vidéographique qui nous a fourni des éléments sur l’Asie (la Thaïlande par
exemple), la destination de Saint-Domingue, le Brésil etc.
308
Cf. bibliographie (partie réservée aux documents électroniques).
145
II.2. LES ENTRETIENS EXPLORATOIRES (UNE APPROCHE
QUALITATIVE DE TYPE EXPLORATOIRE)
Les entretiens exploratoires
Il s’agit des échanges que nous avons eus avec des personnes ressources après les
premières lectures que nous avons effectuées une fois en possession d’ouvrages généraux
portant sur le tourisme, le développement durable, la ville de Saint-Louis. Nous nous sommes
entretenu avec l’inspecteur régional du tourisme, le secrétaire général de la mairie de Saint-
Louis, un agent de sécurité dans un hôtel de la place (Ville Nord), le directeur de l’hôtel du
Rogniat Nord 309 , le syndicat d’initiative, des gérants de restaurant et administrateurs de
structures touristiques, un guide, un vendeur d’objets d’art etc.. Les entretiens étaient focalisés
sur les généralités sur le tourisme à Saint-Louis, ses retombées, ses conséquences fâcheuses,
l’organisation du secteur etc.
II. 3. La pré–enquête
La pré-enquête s’est déroulée du mois d’avril 2011 au mois de mai de la même année.
L’objectif était de tester nos outils de collecte (Le questionnaire et le guide) afin de revoir les
questions mal posées, les thèmes mal formulés. Cette simulation nous a permis de
reconstruire les instruments de collecte avec la reformulation ou la suppression purement et
simplement de certaines rubriques.
Dans cette recherche nous nous sommes confronté d’abord à des lacunes relatives à
l’absence de statistiques fiables. Une autre particularité réside dans la manipulation de
concepts nouveaux (Industrie touristique avec la notion d’industrie qui a supplanté celle
d’activité et celle de développement durable qui introduit le concept de durabilité. Ce qui
engendre de nouvelles préoccupations si l’on sait que le tourisme est une activité
territorialisée qui dégrade à la fois le social, les ressources, l’environnement etc.). Ainsi, nous
avons opté pour l’enquête exploratoire. Cette dernière convient aux faits nouveaux que sont
l’industrie touristique et la durabilité.
309
Ici précisons que nous avons eu l’opportunité de nous entretenir avec trois directeurs du Rogniat (l’ancien, le
sortant qui a remplacé et son successeur actuel occupant du poste)