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Évaluation des Risques de l'Agenda 2063

Risques en anglais
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© 2015 Fondation pour le Renforcement des Capacités en Afrique

2, Fairbairn Drive, Mt Pleasant, Harare, Zimbabwe


ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

CONTENTS

ACRONYMES vii

RÉSUMÉ1

Cinq facteurs de risque pays 2


Nature de l’État postcolonial 2
Politiques concurrentielles 2
Violence politique 3
Développement social lent 3
Cinq facteurs de risque régionaux et continentaux 4
Intégration régionale lente 4
La ZLEC 5
Mobilisation insuffisante des ressources 5
Architecture africaine de paix et de sécurité 6
Quatre facteurs de risques mondiaux 6
Commerce et économie 6
Géopolitique et finance 7
Environnement8
Technologie8
Stratégies d’atténuation pour l’Agenda 2063 8
Renforcer les capacités de l’État pour une gouvernance efficace 9
Renforcer le capital humain 9
Mettre l’accent sur le commerce et la politique industrielle 9
Former une nouvelle coalition pour la croissance 10
Donner un sens à l’intégration régionale 10
Développer les capacités diplomatiques africaines 10

CHAPITRE 1 : INTRODUCTION 12

CHAPITRE 2 : MÉTHODOLOGIE D’ÉVALUATION DU RISQUE 17

CHAPITRE 3 : LE PAYSAGE AFRICAIN POSTCOLONIAL REVISITÉ 20

iii
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

CHAPITRE 4 : IMPACT DES TENDANCES AFRICAINES ET MONDIALES SUR


L’AGENDA 2063 33

CHAPITRE 5 : AVIS DES PERSONNES INTERROGÉES : SYNTHÈSE 44

CHAPITRE 6 : AVIS DES PERSONNES INTERROGÉES : LE PROFIL DE RISQUES


DE L’AFRIQUE 51

CHAPITRE 7 : STRATÉGIES D’ATTÉNUATION POUR L’AGENDA 2063 59

RÉFÉRENCES65

ANNEXE 1 : ÉVALUATION DES RISQUES 69

ANNEXE 2 : ANALYSE SWOT DE L’AGENDA 2063 73

ANNEXE 3 : LISTE DES PERSONNES INTERROGÉES 80

ANNEXE 4 : QUESTIONS POSÉES AU COURS DES ENTREVUES 82

Figures

1 Matrice d’évaluation du risque 18


2 Populations africaine et mondiale, 2013 et 2050 34
3 Pénétration de l’Internet en Afrique par rapport au reste du monde, 2014 42

Tableau

1 Qui devrait faire quoi? 63


iv
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

ACRONYMES
ACBF Fondation pour le Renforcement des Capacités en Afrique
APSA Architecture africaine de paix et de sécurité
BAD Banque africaine de développement
BRICS Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud
CEA Communauté économique africaine
CEA Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique
CEDEAO Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest
CER Communauté économique régionale
COMESA Marché commun de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe
CUA Commission de l’Union africaine
DDR Démilitarisation, démobilisation et réintégration
EAC Communauté de l’Afrique de l’Est
FMI Fonds monétaire international
IDE Investissement direct étranger
NEPAD Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique
OCDE Organisation de coopération et de développement économiques
OMC Organisation mondiale du commerce
OMD Objectifs du Millénaire pour le développement
ONG Organisation non-gouvernementale
ONU Organisation des Nations unies
OUA Organisation de l’Unité africaine
PIB Produit intérieur brut
PIDA Programme de développement des infrastructures en Afrique
SADC Communauté de développement de l’Afrique australe
UA Union africaine
UE Union européenne
ZLEC Zone de libre-échange continentale

v
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

RÉSUMÉ

L’Agenda 2063 traduit une vision transformatrice de l’Union africaine (UA) de bâtir « une
Afrique intégrée, prospère et paisible, portée par ses propres citoyens et représentant une force
dynamique sur la scène internationale » (CUA 2014). Lors de la 24ème session ordinaire de
l’Assemblée de l’UA, à l’occasion de la célébration du 50ème anniversaire de l’Organisation
de l’Unité africaine, les chefs d’État et de gouvernement ont adopté à Addis-­Abeba en jan-
vier 2015 l’Agenda 2063 en tant que Charte collective permettant d’orienter inexorablement
le continent vers une croissance et un développement meilleurs au cours des cinq prochaines
décennies. La Charte se veut non seulement une vision mais également dans un cadre normatif
et stratégique de transformation du continent sur la base d’un agenda programmatique de cinq
plans décennaux. L’Agenda programmatique se fonde sur sept aspirations :

• une Afrique prospère basée sur la croissance inclusive et le développement durable.

• Un continent intégré, politiquement uni et reposant sur les idéaux du panafricanisme.

• Une Afrique de la bonne gouvernance, la démocratie, du respect des droits de l’homme, la


justice et la primauté du droit.

• Une Afrique paisible et sécurisante.

• Une Afrique dotée d’une identité culturelle, de valeurs et d’une éthique fortes.

• Une Afrique dont le développement est porté par les populations, reposant essentiellement
sur le potentiel de sa jeunesse et de ses femmes.

• Une Afrique qui soit un acteur et partenaire mondial fort et influent.

Ces aspirations devraient trouver une ex- La manière dont l’Afrique formule ses ré-
pression pratique dans des objectifs tels ponses au développement et celle dont ses
qu’un niveau et une qualité de vie élevés, pays et ses populations planifient un avenir
des logements modernes et habitables, des collectif et une destinée commune sur la base
économies transformées et des emplois ainsi de la vision et de la logique programmatique
qu’un secteur agricole moderne. L’accent est de l’Agenda 2063, comportent donc des
mis également sur la promotion des valeurs risques, des menaces et des opportunités. Le
démocratiques, des institutions capables et continent est enfermé dans une dialectique
un leadership fort, l’égalité totale des sexes complexe qui demande plus de réactivité et
et une jeunesse responsabilisée ; une Afrique de responsabilité de la part des Etats africains
qui ne dépend plus de l’aide mais qui soit à et des institutions intergouvernementales dans
même de financer sa propre croissance et ses le traitement des problèmes de croissance
buts et objectifs de développement. et de développement, une dialectique qui

1
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

surviendra également dans le contexte inter- continent ont atteint des taux de croissance
national où les coûts de l’échec des politiques, réels au cours des dix dernières années, les
les déficits de ressources et de matériel, un économies de bon nombre d’entre eux sont
faible leadership politique et la paralysie ins- encore sous-développées et caractérisées par
titutionnelle sont amplifiés. La présente étude un secteur privé faible et une forte dépen-
examine les facteurs de risque – internes et dance à l’égard des ressources naturelles. Par
externes à l’Afrique – qui pourraient compro- ailleurs, en dépit d’une classe moyenne et un
mettre la vision de l’Agenda 2063, le cadre de marché consommateurs en croissance, beau-
transformation et le programme de planifica- coup de pays restent vulnérables à l’extrême
tion au cours des cinq prochaines décennies. pauvreté, un développement social faible et
L’analyse de ces facteurs est accompagnée de une mauvaise éducation.
l’examen des forces, faiblesses, opportunités
et menaces qui pourraient influer sur chacune Politiques concurrentielles
des sept aspirations de l’agenda. Tout en
n’écartant pas des éléments de force majeure D’après un grand nombre de personnes inter-
(changement climatique et catastrophes na- rogées, des politiques concurrentielles et la
turelles), nous estimons que bon nombre de démocratisation n’ont pas répondu assez aux
facteurs de risque se présentent comme des élans intégrateurs nécessaires à la gestion des
caractéristiques structurelles inhérentes à tra- diversités.
vers le continent mais constituent également
des facteurs déterminants dans la définition L’acceptation générale de processus élec-
et l’élaboration du paysage continental et son toraux libres et équitables n’a pas tenu la
système interétatique. promesse d’une démocratie participative et
représentative. On constate plutôt une ten-
dance préoccupante où les élections servent à
Cinq facteurs de risque pays renforcer le pouvoir de ceux qui gouvernent,
empêchant ainsi des changements généra-
Nature de l’État postcolonial tionnels au gouvernement par une politique
concurrentielle. Les constitutions ainsi que
De l’avis général, bon nombre d’Etats des institutions participatives et représenta-
postcoloniaux en Afrique sont assaillis par tives, qui devraient conférer la légitimité pour
la violence et l’instabilité, exacerbées par la stabilité politique, sont souvent affaiblis
la mauvaise gouvernance et responsabilité, par l’impunité.
l’abus des ressources publiques, l’ethnicité
politisée et des failles sectaires grandissantes. En outre, la tendance à centraliser le pouvoir
La nature et l’évolution de l’État post- et l’autorité a entravé le développement de
colonial africain a été « un albatros sur le systèmes d’administration locale qui pour-
développement de l’Afrique. » Le continent raient autrement renforcer la participation
est composé d’une grande diversité d’États populaire et une meilleure offre de services.
et de sociétés avec une variation structurelle Le risque majeur est que l’Afrique connaisse
prononcée dans le développement politique et un retour timide de formes de militarisme,
économique, l’histoire et la culture. Qui plus de styles de leadership autocratiques, de
est, il y a certains aspects où la diversité des la politique basée sur le népotisme et des
paysages économiques, sociaux et politiques changements de gouvernement inconstitu-
pourrait constituer des risques et des me- tionnels. Les progrès réalisés au cours des
naces plus importants. Si plusieurs pays du vingt dernières années en matière de systèmes

2
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

multipartites et d’élections compétitives l’intégrité déjà fragile du système étatique


n’ont pas nécessairement fait de l’État post- africain.
colonial africain un Etat plus stable, efficient
et responsable. Si les conflits en cours constituent encore
une menace à la stabilité de bon nombre de
Malgré des efforts nationaux, régionaux et régimes africains, il existe également des si-
continentaux courageux visant à mettre en tuations post-conflit où la sécurité étatique et
place des mécanismes anticorruption et des civile pose un sérieux problème. Dans beau-
codes de conduite, la corruption dans le sec- coup de ces environnements, les institutions
teur public reste un défi persistant à travers étatiques et politiques sont encore faibles,
le continent. Cette pratique ancrée dans des avec souvent des problèmes de désarmement,
systèmes de favoritisme qui, en retour, sont de démobilisation et de réintégration des
intégrés dans des institutions étatiques faibles forces rebelles. La présence de contingents
et des formes omniprésentes d’activité éco- rebelles assez importants et incontrôlés ont
nomique informelle alimentant des réseaux encouragé la criminalité, le banditisme et les
clientélistes. activités extrémistes. A cet égard, la multipli-
cation des ressources nécessaires reste un défi
Les gouvernements et les sociétés doivent majeur pour assurer la relance et la recons-
déclarer une « guerre morale » à la corrup- truction des pays affectés.
tion, laquelle a également infecté le monde
des affaires. Sans institutions fortes, le sys- Développement social lent
tème clientéliste se perpétuera – ­affaiblissant
la primauté du droit et la capacité de l’État Les faibles niveaux de développement social
à générer des revenus, faire appliquer les ont bloqué la croissance et le développe-
contrats et assurer les droits de propriété. Ces ment du continent. Six des 10 économies
insuffisances constituent de graves risques, à croissance rapide du monde se trouvent
quand on sait notamment que les investis- en Afrique. Cependant, beaucoup de pays
seurs nationaux et étrangers s’attendent à de accusent un retard par rapport au reste du
la cohérence dans les politiques publiques et monde, notamment ceux d’Afrique subsaha-
la clarté dans les lois et règlements. rienne considérés les moins développés.

Violence politique Les progrès du développement et la réduction


de la pauvreté ont été fortement freinés par la
Face à la violence politique chronique, le maladie et le risque du VIH/sida et d’Ebola.
niveau de risque devient excessivement (L’Afrique australe paie le plus lourd tribut
plus complexe en raison des formes variées de la pandémie du VIH/sida car la moitié des
qu’elle revêt en Afrique. En dépit de la forte personnes contaminées en Afrique se trouve
baisse des guerres interétatiques au cours dans cette région.)
des vingt dernières années, les risques liés
à la violence politique découlent de sources Les pays ayant de faibles niveaux de déve-
multiples : conflits internes, situations post loppement et de ressources humaines courent
conflit, troubles et révoltes politiques, actions le grave risque de pénurie de compétences
étatiques violentes, terrorisme et fondamen- de leur main-d’œuvre, ce qui amoindrit la
talisme religieux, prolifération des armes et productivité. Si l’importance de la croissance
insurrections militantes. Ces facteurs, indi- économique et du marché de consommateurs
viduellement ou collectivement, menacent en expansion n’est plus à démontrer dans le

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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

changement des fortunes des pays africains, Le grave risque associé à la géographie est
beaucoup d’entre eux devront faire face à qu’il a un effet négatif sur les interactions
d’autres conséquences involontaires telles que économiques et les flux commerciaux formels
l’urbanisation rapide mettant la pression sur le en plus d’avoir fait le lit d’une vaste culture
logement, l’emploi, la santé, l’éducation et les d’activités transfrontalières informelles dont
transports. Il s’y ajoute la croissance specta- la contrebande, la criminalité, le trafic de per-
culaire de la population de jeunes et le risque sonnes, de stupéfiants et la piraterie.
de voir ces derniers affronter un avenir sombre
fait de pauvreté, du phénomène des sans-abri Intégration régionale lente
et du chômage, au moment où l’efficience des
services sociaux est mise à l’épreuve. Les progrès irréguliers des longues discus-
sions autour de l’intégration régionale ont
entravé cette dernière. Il y a eu des débats
Cinq facteurs de risque régionaux et fructueux sur les définitions, les stratégies,
continentaux le diagnostic et les réalisations mais il n’y
a guère de preuves que la quantité de réso-
Les risques identifiés dans l’axe d’un pays lutions et de décisions prises par les Etats
ne peuvent être résolus par un seul pays. Par membres au plan régional se déclineront en
conséquent, l’intégration régionale reste un politiques nationales de planification et de
bien public important à poursuivre avec plus développement.
de vigueur. La géographie constitue un défi
majeur à cette intégration dont les obstacles Bien que la création de la zone de libre-
bien connus comprennent de mauvais in- échange continentale (ZLEC) puisse aider à
frastructures et réseaux de transports à travers revigorer l’intégration régionale, les adhésions
les régions, une faible connectivité technolo- multiples aux communautés économiques ré-
gique qui renchérit les coûts des transactions gionales (CER) se sont traduites par l’absence
des biens et services et les frais élevés de faire d’orientation et de cohérence des politiques et
des affaires à travers des frontières difficiles par différents stimuli régionaux imprimant le
doublées de procédures et réglementations rythme et l’ordre de l’intégration. Le risque
douanières lourdes qui entravent les échanges est en définitive qu’une intégration viable et
intra régionaux. efficace dépendra de l’engagement et du sa-
crifice que les membres voudront consentir
Le problème de la géographie comporte des pour le bien de la région y compris d’hono-
implications particulières pour les pays afri- rer leurs obligations légales et de faire face à
cains enclavés dont le potentiel d’exportation leurs fonctions essentielles.
dépend directement des régimes d’infrastruc-
tures et des politiques de leurs voisins côtiers. Le risque que comporte cet ensemble de défis
À cette combinaison de risques géogra- est que les pays sont amenés à poursuivre leurs
phiques, il convient d’ajouter les nombreuses intérêts nationaux et protéger leur souveraine-
restrictions de visas et d’immigration, les lois té. Mais ils représentent également différentes
et les politiques qui rendent difficile et sou- capacités étatiques et dispositions idéologiques.
vent discriminatoire le passage des frontières. À cet égard, l’intégration régionale est souvent
Cette « géographie de la différence » entraîne perçue davantage comme un fardeau et un coût
des tarifs élevés, de nombreuses barrières non et permet de comprendre pourquoi la traduction
tarifaires et la corruption dans les services des politiques et accords régionaux dans les
d’immigration, de sécurité et des douanes. législations nationales reste si problématique.

4
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

Le danger pour l’Agenda 2063 est que le fait de faibles. Même si beaucoup de pays africains
privilégier les intérêts nationaux et les objectifs ont pu élargir leur assiette fiscale et introduire
souverains pourrait freiner le développement des instruments générant des recettes tels que
d’un nouveau type de panafricanisme fondé sur la taxe sur la valeur ajoutée, ils peinent encore
plus de solidarité et une identité commune. à générer des ressources pour stimuler le dé-
veloppement. La faiblesse de l’épargne et des
La ZLEC marchés financiers sous-développés (permet-
tant d’attirer des investissements étrangers)
Dans quelle mesure la ZLEC (dont la création accentuent les besoins de financement au ni-
est prévue à l’horizon 2017) entraînera des veau national.
volumes importants d’échanges commerciaux
intra régionaux ? Bien que l’accord de libre- La difficulté à mobiliser des ressources pour
échange tripartite entre l’EAC, la SADC et le le financement des projets de l’Agenda 2063
COMESA soit très prometteur, il est encore est encore plus déconcertante. Espérer que
loin de catalyser le lancement de la ZLEC en les besoins de l’Afrique liés à l’offre, notam-
deux ans. ment en matière d’infrastructures, seraient
satisfaits par les forces du marché, a été une
Tout aussi préoccupant a été le suivi inadé- grosse erreur. Il faut un effort concerté pour
quat avec des politiques et programmes de recapitaliser les institutions africaines comme
rationalisation et d’harmonisation entre les la Banque africaine de développement (BAD)
CER et l’UA, en dépit de l’adoption en 2007 et la Banque de développement de l’Afrique
d’un protocole dans ce sens. Sur cette toile de australe ; mettre en place des formes alterna-
fond, l’Agenda 2063 vise à réaliser la trans- tives internes et externes de financement du
formation structurelle du continent à travers développement et s’attaquer aux flux finan-
la libre circulation des personnes, des capi- ciers illicites qui sortent du continent.
taux, des biens et services par l’accroissement
des échanges et des investissements entre les À défaut de ces mesures, le risque est grand
pays. Le risque est de voir ces objectifs ne de voir même les gros projets identifiés dans
pas se réaliser si l’on tient compte des expé- le premier plan décennal de l’Agenda ne pas
riences régionales et continentales avortées. connaître un début d’exécution. Deux sources
mondiales alternatives de financement du
Il est donc grand temps pour l’Afrique d’al- développement à long terme sont dispo-
ler au-delà des cadres ambitieux, des grandes nibles : la Banque des BRICS nouvellement
conceptualisations et des matrices de planifica- créée et la Banque asiatique de financement
tion difficiles d’application. Elle devrait plutôt des infrastructures. Toutefois, il est peu pro-
se concentrer sur ce qui est réalisable afin que bable que l’Afrique obtienne ce qu’elle veut
ce que l’on appelait projets « passe-partout » pour les besoins du PIDA : 68 milliards USD
puissent lier davantage les personnes, les biens pour les projets prioritaires jusqu’en 2020 et
et services à travers les régions en se fondant 300 milliards USD jusqu’en 2040. Le risque
sur les moyens mis à la disposition des CER. de financement est que le coût de développe-
ment des réseaux d’infrastructures en Afrique
Mobilisation insuffisante des ressources reste excessivement élevé et la solution de
facilité serait de tendre vers des opportunités
Après la crise financière mondiale, la mobili- « bancables » liées à l’exploitation accrue
sation de ressources, les rentrées de capitaux des produits de base, les industries extrac-
et l’aide aux pays en développement restent tives offrant des rendements d’échelle plus

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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

intéressants pendant que le prix des produits la résilience. Le premier secteur est que les
de base reste élevé. Etats membres de l’UA détiennent encore
l’autorité suprême et le pouvoir de décision
Architecture africaine de paix et de dans des questions sérieuses. La Commission
sécurité de l’UA fonctionne donc sur l’ordre de ces
Etats et n’a pas la compétence d’agir de façon
Le niveau d’institutionnalisation de l’Ar- autonome dans des situations nécessitant des
chitecture africaine de paix et de sécurité recours urgents en matière de maintien de la
(APSA) en vue d’une meilleure coordination, paix ou de résolution des conflits. Ensuite, les
harmonisation et normalisation résume le Etats membres sont souvent directement im-
dernier ensemble de risques. Il est important pliqués dans les violations ou le non-respect
de le savoir car la réussite de l’architecture des principes pour lesquels l’UA été créée
ne dépend pas entièrement de l’UA, mais (droits de l’homme, démocratie, bonne gou-
également d’une vaste panoplie d’acteurs qui vernance et caractère sacré de la vie). Enfin,
pourraient constituer potentiellement le ré- l’institutionnalisation de l’architecture conti-
gime sécuritaire du continent. nuera à souffrir du déficit de capacités et de
l’incapacité des Etats membres à faire face à
Bien qu’un protocole d’entente sur la paix et leurs obligations financières, ce qui a renforcé
la sécurité entre l’UA et les CER ait été signé la dépendance de l’architecture à l’égard des
en 2008, l’architecture manque toujours d’éla- financements extérieurs et soulevé des ques-
boration et d’objet. Si dans une grande mesure tions sur son appropriation et sa pérennité.
l’accord est normatif et basé sur des principes
, il semble y avoir des divergences sur la pra-
tique, notamment sur des sujets importants Quatre facteurs de risques
comme le respect des droits de l’homme et des mondiaux
libertés, le caractère sacré de la vie, les stra-
tégies appropriées de prévention des conflits, Après la fin de la guerre froide, il a semblé que
le respect des normes démocratiques, la bonne le monde deviendrait plus paisible et prospère
gouvernance et la primauté du droit. En outre, en raison de la promesse de multipolarité et la
les conflits internes que connaît l’Afrique sou- reconnaissance de la nécessité d’une meilleure
lèvent d’importantes questions quant à la prise gouvernance mondiale et coopération interna-
en compte des principes essentiels tels que tionale dans la gestion d’un nombre grandissant
« la sécurité humaine » et la « responsabilité de problèmes transnationaux. Quatre facteurs
de protection ». En réalité, il a été souvent externes qui se chevauchent quelque peu pour-
reproché au Conseil de paix et de sécurité de raient impacter l’Agenda 2063.
l’UA d’ignorer les graves situations où ces
principes sont en jeu ou menacés, dans des Commerce et économie
cas de génocide, de crimes contre l’humanité
et, aujourd’hui, du fléau rampant des change- La dépendance de l’Afrique à l’égard des
ments de gouvernement inconstitutionnels et produits primaires comme source de recettes
des gouvernants voulant un troisième mandat. d’exportation laisse le continent vulnérable
face aux caprices du marché et à l’évolution
Trois secteurs de risques continueront des conditions atmosphériques. La volatilité
d’affaiblir la demande d’une coopération insti- des cours des produits et les pertes correspon-
tutionnalisée de l’architecture et exacerberont dantes des termes de l’échange, en constituent
les défis de la mise en œuvre, l’efficacité et le risque. Le boom actuel des produits n’est

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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

pas soutenable, bon nombre de producteurs par la mondialisation ; ses populations n’ont
africains de pétrole ayant ressenti les effets pas reconfiguré leurs horizons sociaux, éco-
consécutifs à la baisse spectaculaire du prix nomiques et politiques. A cause des vastes
du pétrole. La mauvaise performance com- espaces non gouvernés, elles ont plutôt eu à
merciale de l’Afrique reflète son incapacité lutter contre des pratiques malhonnêtes, le
à trouver des financements à faible taux d’in- crime organisé, les rivalités ethniques et sec-
térêt ou à construire des réseaux de transport taires, la pauvreté et le chômage élevés et une
et de logistique efficients, des capitaux et un population de jeunes en croissance et agitée.
capital humain. La faiblesse du secteur privé Le risque majeur pour le continent est l’ab-
est également une préoccupation, de même sence de mécanismes d’adaptation pour faire
que l’inaptitude du continent à soutenir la face aux mutations mondiales et systémiques,
concurrence sur les marchés mondiaux. Les au moment où la gouvernance mondiale
mauvaises infrastructures des technologies assiste à la prolifération de structures de dé-
de l’information et des services financiers, cision et de sphères d’autorité dans lesquelles
l’absence de capacité institutionnelle, la cor- il est à peine présent en tant qu’acteur ma-
ruption et les formalités douanières lourdes jeur et même son identité en tant que région
expliquent le coût élevé des transactions. contestée.

Au terme du cycle d’Uruguay, les pays afri- L’échec de la gouvernance mondiale est ré-
cains ont été confrontés à des obligations pété dans les défis urgents de développement
exigeantes en matière de commerce multilaté- de l’Afrique et ses relations dépendantes et
ral mais ils ont pu avoir un accès quelque peu asymétriques avec les pays développés. Ces
meilleur aux marchés où ils ont joui de cer- lacunes ont été aggravées par l’instabilité
tains avantages. En outre, les préférences et macro-économique et l’incapacité à éradiquer
avantages sur les produits et les quotas qu’ils la pauvreté. En outre, la combinaison des
ont eus dans le cadre de régimes préférentiels inégalités sociales, la corruption rampante et
tels que les accords de Lomé et de Cotonou de des systèmes politiques instables ont rendu
l’UE ont été érodés de manière substantielle encore plus difficile l’adoption de politiques
en raison de l’obligation de compatibilité et économiques et publiques en vue de relever
de réciprocité de l’OMC. Mais c’est le cycle les défis externes.
de Doha (lancé en 2001), mettant l’accent sur
les résultats de développement, qui ne leur L’Afrique est confrontée à d’autres risques
a octroyé aucun avantage, notamment dans de développement car elle dépend d’une
l’amélioration des capacités à commercer combinaison de quatre types de ressources
et à s’attaquer à d’autres contraintes liées financières, lesquelles se sont toutes amenui-
à l’offre. L’Afrique court le risque d’une sées avec la crise financière mondiale : aide
marginalisation continue dans le commerce publique au développement, investissements
car le protectionnisme des pays développés, directs étrangers, épargne nationale et allége-
notamment dans l’agriculture, a entravé son ment de la dette. Il a été noté, en particulier,
potentiel de croissance des exportations. que les économies développées continuent
de vivre des crises financières et de liquidités
Géopolitique et finance et que le dollar américain continue de perdre
de la valeur en tant que devise majeure.
L’Afrique n’a pas su tirer profit des L’Afrique fait donc face non seulement à la
changements rapides intervenus dans l’in- baisse des niveaux d’aide et des investisse-
formation, les biens et les idées entrainés ments mais également à celle des termes de

7
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

l’échange et de l’accès aux marchés. Ces in- Technologie


certitudes, au même titre que les conditions de
financement plus strictes, mettent davantage La faible base technologique et scientifique
la pression sur les ressources budgétaires. du continent l’empêche de créer et de mettre
en place des secteurs productifs capables de
Environnement développer l’industrie et de promouvoir l’em-
ploi, même si l’Afrique fait partie des plus
La dégradation de l’environnement constitue riches en ressources naturelles.
un des plus grands risques externes en rai-
son de ses effets, du coût socio-économique Les établissements d’enseignement supérieur
et de la difficulté à adopter des mécanismes et de recherche ont rarement été des vecteurs
d’atténuation et d’adaptation. L’Agenda 2063 de l’innovation scientifique et technologique
doit s’attaquer au risque du changement cli- ni des sources d’inspiration à même de relier
matique en plaçant les économies « vertes » cette innovation aux demandes socio-écono-
et « bleues » au centre de son programme de miques et culturelles nationales. Ces lacunes
transformation. Le continent est déjà en butte sont dues en partie aux limites financières –
au spectre des pertes considérables de biodi- les investissements dans le renforcement des
versité et d’écosystèmes, des crises de l’eau capacités de recherche et de développement
et de l’insécurité alimentaire grandissante, en en sciences et technologies sont, tout compte
raison essentiellement du caractère erratique fait, les plus faibles du monde.
et insoutenable de l’extraction des ressources
naturelles. Le risque pour l’Afrique est que La marginalisation mondiale de l’Afrique
les sources internationales et multilatérales se traduit également dans ses infrastructures
de financement pour le climat ne seront pas scientifiques et technologiques peu déve-
disponibles, à moins de mettre en place des loppées, ce qui rend ses marchés largement
initiatives hardies et des mesures assertives. tributaires des biens et produits manufacturés
essentiellement en Europe, aux États-Unis et,
D’après la BAD, l’Afrique aura besoin de de plus en plus, en Chine.
20 à 30 milliards USD au cours des 20 pro-
chaines années pour financer les interventions Les implications pour l’Agenda 2063 sont
d’adaptation de base, le transfert de techno- assez flagrantes : ses projets présenteront des
logies, la réduction des émissions de gaz à besoins en innovation et en capital humain
effet de serre et le renforcement de capacités qualifié que les institutions africaines seront
institutionnelles à tous les niveaux. La pré- incapables de satisfaire.
occupation est que la position commune de
l’UA sur le changement climatique ne sera
que déclaratoire, incapable qu’elle est de pré- Stratégies d’atténuation pour
senter un front commun sur des mécanismes l’Agenda 2063
durables pour l’ensemble du continent. Le
problème connexe est de savoir comment les Le profil de risque de l’Afrique est par
fonds pour le climat sont distribués, compte conséquent révélateur des défis auxquels le
tenu du constat de la Banque mondiale (2013) continent est confronté. La morale qu’on en
selon lequel moins d’un tiers des finance- tire, encore une fois, est l’importance de la
ments pour l’adaptation et l’atténuation a été gouvernance à tous les niveaux. Pour l’es-
octroyé entre les pays qui en avaient le plus sentiel, si la qualité de la vie politique du
besoin. continent a connu quelque amélioration, c’est

8
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

grâce aux réformes démocratiques, à la libé- croissance économique pourrait être compro-
ralisation politique, au constitutionnalisme mis par la pauvreté persistante, l’instabilité
grandissant, à la société civile renaissante, chronique et la faible espérance de vie à cause
aux élections multipartites et la résurrection des épidémies. Les investissements publics
des législatures. Ces changements ont été dans l’éducation et la santé entraînent des
concomitants aux élans renouvelés vers l’inté- effets distributifs qui profitent directement à
gration de l’Afrique et l’élaboration de cadres ceux qui se trouvent au bas de la pyramide
opérationnels visant à parfaire les structures, sociale, les femmes notamment. L’éducation
les institutions et les processus d’intégration. a des effets cognitifs et non cognitifs sur la
productivité et autres impacts tels que l’es-
Renforcer les capacités de l’État pour une pérance de vie et la fécondité, tandis que les
gouvernance efficace gains découlant de la santé permettent une
longue vie active et une main-d’œuvre de
L’amélioration des capacités de l’État sera qualité et qui produit plus. L’autonomisation
un processus à long terme. Les pathologies juridique des citoyens et un meilleur accès
postcoloniales vont persister dans beaucoup à la santé et l’éducation pourraient faire
de pays où la promesse démocratique est reculer la pauvreté mais nécessiteront des
menacée. Par conséquent, il y a quatre in- changements profonds dans l’État et la so-
terventions essentielles nécessaires au ciété, notamment si l’on veut mieux gérer les
renforcement des capacités étatiques. La pre- défis démographiques.
mière est de renforcer les capacités juridiques
et réglementaires permettant à l’État de dé- Mettre l’accent sur le commerce et la
finir et d’appliquer les règles d’interaction politique industrielle
sociale et économique, garantissant ainsi la
primauté du droit et plus de certitude. La deu- Il faut une nouvelle approche privilégiant une
xième est de générer des capacités techniques politique industrielle efficiente, capable de re-
pour la mise en place de cadres stratégiques lancer la croissance industrielle, les résultats
et législatifs favorables au développement du des exportations et la compétitivité. Une po-
secteur privé sur des fondations macro-éco- litique garantissant l’allocation optimale des
nomiques stables. La troisième est de faire ressources. Il s’y ajoute l’importance critique
agir les capacités extractives et fiscales de de développer les capacités nationales dans
l’État afin de lever des recettes et de mobiliser les fonctions entrepreneuriales, de gestion et
les sources nationales pour le développement techniques stratégiques. La politique indus-
et le bien-être collectif. Enfin, relever les ca- trielle africaine devrait offrir des incitations
pacités administratives de l’État, promouvoir spéciales afin de créer beaucoup de petites et
et attirer des compétences multisectorielles moyennes entreprises comme centres d’inté-
en gestion et le professionnalisme pour une rêt majeur de la politique et catalyseurs de la
fonction publique efficace. création d’emplois. Cette approche présup-
pose l’appropriation africaine de l’industrie à
Renforcer le capital humain travers des partenariats public-privé créatifs
et des coentreprises soigneusement calibrées
Les échecs de la gouvernance et des marchés entre les sociétés locales et étrangères.
ont concouru aux faibles investissements
dans la santé et l’éducation avec des répercus- Il est tout aussi important pour les Etats afri-
sions sur l’emploi et la croissance. Qui plus cains de reprendre les créneaux perdus du
est, tout profit futur qui proviendrait de la fait des pressions externes de la libéralisation

9
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

des marchés : y parvenir leur permettrait de l’état du continent et identifier la politique gé-
procéder aux interventions nécessaires en nérale et les paramètres stratégiques à même
appui à l’industrialisation. Il importe à cet de susciter plus de responsabilité et un inté-
égard d’élaborer des mécanismes régionaux rêt direct dans la poursuite des objectifs de
appropriés afin de promouvoir le commerce, l’Agenda.
le financement du développement et les
infrastructures. La libéralisation devrait se Donner un sens à l’intégration régionale
concentrer sur le plan interne pour déverrouil-
ler les complémentarités du commerce intra L’Agenda 2063 doit accorder une plus
régional. grande attention à l’harmonisation, la coor-
dination et bâtir la confiance entre les CER
Former une nouvelle coalition pour la et l’UA. À moins d’un effort concerté pour
croissance combler le vide institutionnel au sein de
l’UA sur les domaines essentiels de l’intégra-
Trouver et promouvoir des « solutions afri- tion (agriculture, développement industriel,
caines aux problèmes africains » requiert la environnement, paix et sécurité, transport,
participation de ce que l’on pourrait appeler capital humain, etc.), il est très peu probable
la « coalition de l’Agenda 2063 », capable que ces préoccupations de politique générale
d’entraîner une adhésion continentale pour soient entendues aux niveaux étatique et
la croissance et le développement à large régional. Il faut donc des structures et sys-
assise et inclusifs et de « verrouiller » tèmes qui accompagnent la mise en œuvre
l’appropriation de la vision chez ceux qui des politiques à ces échelons subsidiaires. Il
s’intéressent à l’avenir du continent. Le importe d’asseoir une meilleure coordination
processus consultatif et participatif qui a par l’UA, la CUA, l’Agence du NEPAD,
sous-tendu la création de l’Agenda dégage les CER, la CEA et la BAD afin de lever les
les principaux éléments d’institutionnalisa- obstacles, en rendant l’intégration régionale
tion d’une telle coalition constituée des Etats plus significative dans la vie des Africains
membres, du secteur privé, de la société et en garantissant l’émergence d’un modèle
civile, la diaspora, la jeunesse, des médias, d’une véritable « intégration régionale de
des femmes, des groupes confessionnels, développement. »
d’anciens chefs d’État, d’intellectuels, d’ex-
perts en planification, etc. La coalition doit Développer les capacités diplomatiques
être organisée avec un leadership solide africaines
engagé à l’égard du cadre de transformation
de l’Agenda. Avec 200 millions d’Africains L’Afrique doit adopter une approche plus
âgés de 15 à 24 ans, il est important qu’elle nuancée de ses engagements internationaux,
sème très tôt les graines de l’identité afri- en examinant d’un œil critique comment
caine et de l’intégration. tirer profit des opportunités de croissance et
de développement et attirer des financements
La coalition de l’Agenda 2063 pourrait être en vue de s’attaquer aux effets externes tels
le vecteur de l’apprentissage des politiques et que le changement climatique. Ce raffinement
d’un débat plus élaboré autour des dilemmes doit se fonder sur la formation de partenariats
de la croissance et du développement de internationaux revisités qui deviendront des
l’Afrique tout en ancrant ces derniers dans mécanismes de pilotage destinés à l’aider à
un contexte panafricain. La discussion doit relever les défis de sa croissance, sa sécurité
produire un nouveau discours et des idées sur et son développement.

10
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

Ces mécanismes doivent soigneusement ali- tout en mettant en place des systèmes de
gner le commerce extérieur, le financement suivi et d’évaluation opérationnels, sans oc-
du développement et l’allégement de la dette culter l’équilibre régional et l’équité. Tout
sur les initiatives stratégiques découlant de ceci nécessitera le renforcement de capaci-
l’Agenda 2063. Leur finalité est de garantir la tés diplomatiques musclées et spécialisées,
mobilisation de ressources, la coopération et capables de faire avancer l’Afrique des cou-
l’appui aux cadres régionaux et continentaux lisses au centre de la scène internationale.

11
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

1
INTRODUCTION

L’Agenda 2063 traduit une vision transformatrice de l’Union africaine (UA) de bâtir « une
Afrique intégrée, prospère et paisible, portée par ses propres citoyens et représentant une force
dynamique sur la scène internationale » (CUA 2014). A l’occasion de la célébration du 50e
anniversaire de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), les chefs d’État et de gouvernement
se sont réunis en janvier 2015 à Addis-­Abeba lors de la 24e session ordinaire de l’Assemblée
de l’UA. L’objet immédiat de la rencontre a été l’adoption de l’Agenda 2063 en tant que charte
collective permettant d’orienter inexorablement le continent vers une croissance et un dévelop-
pement meilleurs au cours des cinq prochaines décennies. La charte traduit non seulement une
vision mais également dans un cadre normatif et stratégique de transformation du continent sur
la base d’un agenda programmatique de cinq plans décennaux. Cet agenda programmatique se
fonde sur les sept aspirations ci-après (Annexe 2):

• une Afrique prospère basée sur la croissance inclusive et le développement durable.

• Un continent intégré, politiquement uni et reposant sur les idéaux du panafricanisme.

• Une Afrique de la bonne gouvernance, la démocratie, du respect des droits de l’homme, la


justice et la primauté du droit.

• Une Afrique paisible et sécurisante.

• Une Afrique dotée d’une identité culturelle, de valeurs et d’une éthique fortes.

• Une Afrique dont le développement est porté par les populations, reposant essentiellement
sur le potentiel de sa jeunesse et de ses femmes.

• Une Afrique qui soit un acteur et partenaire mondial fort et influent (CUA 2014).

Ces aspirations devraient trouver une ex- propre croissance et ses buts et objectifs de
pression pratique dans des objectifs tels développement.
qu’un niveau et une qualité de vie élevés,
des logements modernes et habitables, des Cette vision de transformation, les aspirations
économies transformées et des emplois et objectifs fondamentaux qui la sous-tendent,
ainsi qu’un secteur agricole moderne. L’ac- reflètent et s’appuient sur une longue his-
cent est mis également sur la promotion des toire d’une vaste expérience de planification
valeurs démocratiques, des institutions ca- et de cadres stratégiques. Parmi ces derniers
pables et un leadership fort, l’égalité totale on note le Plan d’action de Lagos, le Traité
des sexes et une jeunesse responsabilisée d’Abuja, le Nouveau Partenariat pour le
ainsi qu’une Afrique qui ne compte plus sur développement de l’Afrique (NEPAD), le
l’aide mais qui soit à même de financer sa Programme détaillé de développement de

12
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

l’agriculture africaine, le Programme de dé- renouveau institutionnel dans les structures


veloppement des infrastructures en Afrique de la gouvernance mondiale indique donc le
(PIDA), le Programme minimum d’intégra- fonctionnement erratique historique, les in-
tion et autres. suffisances et les imperfections des systèmes
de règles et des organisations qui régissent
L’Afrique a cependant été victime d’un les relations internationales actuelles et qui,
paradoxe en matière de planification et de dans un sens, ont concouru à l’état actuel du
politiques : plus on adoptait des cadres, plus continent. Cette situation coïncide avec les
leurs résultats et efficacité étaient dictés par changements tectoniques qui ont accompagné
la loi des rendements décroissants. On admet la fin de la guerre froide et inauguré une ère
sans fard aujourd’hui que les plans « post- in- d’interdépendance planétaire qui, paradoxale-
dépendance ont donné de modestes résultats ment, a aggravé les clivages et divisions entre
pour ce qui est de l’objectif primordial de les pays, notamment les moins développés en
transformation structurelle. L’échec des plans marge de l’économie politique internationale
était largement imputable aux ruptures dans (Le Pere and Ikome 2012).
la planification, lesquelles découlaient de
l’instabilité politique, des faiblesses institu- Dans ce contexte, la gouvernance mondiale
tionnelles et bureaucratiques, de la mauvaise est devenue une métaphore d’inégalité, d’ex-
étude et mise en œuvre et des objectifs trop clusion et de domination et plante le cadre
ambitieux » (UA/CEA 2015:6). Ces points de général du sous-développement permanent
référence sont importants car elles forment un des pays du Sud. Bon nombre des 35 pays les
prédicat à partir duquel la réussite, ou autre, moins développés du continent font face à la
de l’Agenda 2063, sera jugée et évaluée en perspective d’une expansion économique sta-
fonction des paysages systémiques africains gnante avec de profondes répercussions sur
et mondiaux en mutation et les défis qu’ils le bien-être collectif, la stabilité politique et
présentent. les moyens de subsistance, de même que sur
la capacité des Etats et gouvernements afri-
L’Afrique connaît depuis les années 90 cains à s’y attaquer. Les élans mutuellement
une évolution rapide des environnements renforçant de la croissance économique et du
continental et mondial dont les dimensions changement structurel sont faiblement articu-
systémiques et les caractéristiques structu- lés dans la politique et la pratique, rendant le
relles ont des implications majeures pour paysage social tout aussi misérable.
l’avenir de ses pays et de ses citoyens. Ces
changements relèvent également d’une ère Résultat ? Des symptômes persistants qui
de grande vulnérabilité structurelle avec se renouvellent de telle sorte qu’un nombre
son tissu complexe de difficultés : com- croissant d’Africains – notamment les jeunes
ment est géré le patrimoine mondial en cette – sont exposés à un avenir qui relève du hob-
période d’asymétries grandissantes entre bisme où la vie tend à être « dure, brutale et
pays riches et pauvres, en particulier sur courte. » Une bonne partie de la population
l’égalité, la croissance et la prospérité d’une d’Afrique de 1,1 milliard de personnes peine
part, et d’autre part, quand le spectre de la encore à accéder aux soins de santé primaires,
marginalisation mondiale de l’Afrique, de à la nutrition, à l’enseignement primaire et
la dépendance définie de l’extérieur et du à l’emploi. Cette tendance est exacerbée
faible pouvoir de négociation se fait toujours par les pandémies, la violence militarisée et
menaçant. Les discours sur l’introduction subie en fonction du sexe, l’ethnicité politisée
d’une plus grande pertinence normative et du et le sectarisme, l’extrémisme, les conflits

13
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

destructeurs, les niveaux élevés de pauvreté et flux financiers, une mobilité qui a égale-
la dégradation de l’environnement. ment augmenté la volatilité des marchés des
capitaux dont les crises récurrentes et l’ef-
La manière dont l’Afrique formule ses ré- fondrement financier de 2008 en témoignent
ponses au développement et celle dont ses éloquemment. Troisièmement, Il y a eu des
pays et ses populations planifient un avenir changements de paradigme de l’aide et du
collectif et une destinée commune sur la base financement du développement, soulevant des
de la vision et de la logique programmatique questions stratégiques et normatives quant
de l’Agenda 2063, comportent donc des à leur efficacité à stimuler la croissance et à
risques, des menaces et des opportunités. Le alléger la pauvreté. Ces changements per-
continent est enfermé dans une dialectique mettent de comprendre la baisse du niveau
complexe qui demande plus de réactivité et de général de l’aide à l’Afrique. Quatrièmement
responsabilité de la part des Etats africains et enfin, la révolution technologique a démontré
des institutions intergouvernementales dans le son potentiel à relever la productivité et les
traitement des problèmes de croissance et de niveaux de vie mais l’accès dépend souvent
développement, une dialectique qui survien- de la qualité du capital humain et de la capa-
dra également dans le contexte international cité d’absorption de l’économie, un domaine
où les coûts de l’échec des politiques, les où un grand nombre de pays africains conti-
déficits de ressources et de matériel, un faible nue à connaître de graves déficits.
leadership politique et la paralysie institu-
tionnelle sont amplifiés. À titre d’exemple, Il convient également d’examiner le rôle des
si les pays africains ne tirent pas profit des Etats africains en tant qu’agents de déve-
avantages des marchés locaux et externes, des loppement. En raison de leur passé colonial
ressources et des rendements des produits de et postcolonial, les pays africains sont très
base ainsi que des technologies de production hétérogènes dans leur culture et identité po-
afin de stimuler leur propre développement, litiques mais sont unanimes à soutenir l’Etat
l’ensemble du continent restera vulnérable africain dans sa forme actuelle au cœur d’une
face aux caprices des forces internationales politique nationale, régionale et continentale
sur lesquelles il a peu de maîtrise (Gyi- souvent confuse (Ake 1996; Araoye 2014).
mah-Boadi 2004). Comme indiqué ailleurs, « les dirigeants
politiques en Afrique sont préoccupés par la
L’Afrique est confrontée à quatre consi- construction et la gestion de l’État à partir
dérations et défis (tiré de Rodrik 2001). du chaos et de l’ambiguïté » (Hyden 2005 :
Premièrement, le commerce mondial a évolué 264). Cette préoccupation pose des problèmes
dans une direction plus libérale avec d’impor- particuliers aux aspirations et objectifs de
tantes réductions des tarifs et des restrictions l’Agenda 2063, l’impératif étant de « domes-
quantitatives sur le mouvement des biens et tiquer » et d’incorporer la lettre et l’esprit de
services ; cependant, la croissance du com- celui-ci dans les plans nationaux et régionaux
merce coexiste avec le protectionnisme et un pour une mise en œuvre efficace et judicieuse
accès limité aux pays développés du Nord, des projets et programmes (AU/ECA 2015).
notamment de l’Union européenne (UE). Il
en résulte de sérieuses conséquences pour Le bilan de la performance de l’État en
la marginalisation continue des pauvres Afrique n’est cependant pas encourageant.
pays africains. Deuxièmement, la crois- La prévalence de pratiques informelles et
sance des marchés financiers internationaux de formes néo patrimoniales de gouver-
a vu la suppression des restrictions sur les nement affaiblissent et fragmentent l’État

14
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

postcolonial. Ce caractère informel institu- raison essentiellement de sa méthodologie de


tionnalisé a détérioré l’aptitude des Etats à communication et sa stratégie d’évaluation.
poursuivre un développement centré sur les
populations de manière à justifier l’utilisa- En dépit d’un éventail d’incertitudes et d’im-
tion autoritaire et la gestion responsable des pondérables auxquels ces réflexions invitent,
ressources du pays, approfondissant ainsi la l’Afrique ne peut plus être décrite comme
légitimité du régime en place au sein de la un « continent désespéré ». Il y a beaucoup
société. L’importance du règne personnel et la d’indicateurs positifs de croissance et de dé-
politique de « l’homme fort » expliquent les veloppement qui s’accompagnent cependant
tendances autoritaires réelles et latentes qui de symptômes inquiétants dans un environ-
limitent les perspectives de développement et nement souvent chaotique et atavique – et
de croissance (Chabal and Daloz 1999). l’Agenda 2063 devra lutter contre la combi-
naison des deux. Les conditions économiques,
L’aspect positif est que la troisième vague essentiels à la réalisation de la vision de l’UA
de démocratisation, lancée autour de 1990, et des avantages concurrentiels de l’Afrique,
a plus ou moins coïncidé avec l’érosion du devraient rester difficiles. Cette question a
gouvernement patrimonial autocratique. Cette trait en grande partie aux sources nationales
érosion a permis une ouverture stratégique de génération de ressources et la distribution
pour la démocratie, la participation populaire de l’aide sociale mais englobe l’impact des
et l’État de droit et planter une racine dans la flux de capitaux, les termes de l’échange, les
politique africaine qui pourrait être entrete- niveaux de croissance et d’emploi, les taux
nue. Toutefois, la culture politique sclérotique d’investissement et d’épargne, le climat po-
et le caractère despotique coexistent avec litique et le milieu de la réglementation. Ces
des changements de gouvernance positifs éléments ont été trop instables pour l’atteinte
(Gyimah-Boadi and van de Walle 1996). La des cibles requis de réduction de la pauvreté
grande majorité des pays africains ont ouvert fixées par les Objectifs du Millénaire pour
leurs systèmes politiques ou accéléré une cer- le développement (OMD), leur variabilité
taine forme de gouvernement multipartite ou aggravée par la prévalence des activités de
de pluralisme. Beaucoup ont institué des ré- rente, amoindrissant l’activité productive
formes, allant de la libéralisation symbolique (Zaum 2012).
à l’adoption irrévocable de normes et institu-
tions démocratiques ainsi que de formes de La présente étude examine essentiellement
gouvernement basés sur la constitution. les facteurs de risque – internes et externes
à l’Afrique – qui pourraient compromettre la
Les régimes autoritaires en particulier ont vision de l’Agenda 2063, le cadre de trans-
subi une grande pression avec la mobilisation formation et le programme de planification
d’en bas de la société civile et le rejet souvent au cours des cinq prochaines décennies.
énergique du règne personnel, de la domi- L’analyse de ces facteurs est accompagnée
nation de l’élite et de la corruption officielle de l’examen des forces, faiblesses, oppor-
(Young 1999 ; Rukato 2010). Le Mécanisme tunités et menaces qui pourraient influer sur
africain d’évaluation par les pairs a égale- chacune des sept aspirations de l’agenda.
ment mis une pression verticale salutaire sur Tout en n’écartant pas des éléments de force
les pays africains afin qu’ils se conforment majeure (changement climatique et catas-
aux prescriptions d’une bonne gouvernance, trophes naturelles), nous estimons que bon
de transparence et de responsabilité. Cepen- nombre des facteurs de risque se présentent
dant, il s’est embourbé dans la controverse en comme des caractéristiques structurelles

15
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

inhérentes à travers le continent mais consti- d’échelle, les problèmes de souveraineté et


tuent également des facteurs déterminants les limites de la vague démocratique ; pèse
dans la définition et l’élaboration du paysage la dynamique d’intégration en Afrique en
continental et son système interétatique. Ils ne examinant ses contraintes et promesses et
proviennent pas, par exemple, d’événements les avantages ou autres de la libéralisation
apocalyptiques soudains ou catastrophiques des marchés, évalue les progrès et diffi-
mais peuvent être soumis à l’action de cultés et passe en revue le rôle des acteurs
l’homme et à son contrôle. extérieurs dans les relations commerciales
et de développement, notamment avec
Qui plus est, ces caractéristiques et facteurs l’UE, les États-Unis et les BRICS (Brésil,
déterminants peuvent se reproduire dans le Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) ;
cadre d’un cercle vicieux de faiblesses et de
menaces continentales. Toutefois, une inter- • la section 4 dégage les tendances des
vention stratégique est également tout à fait paysages africain et international qui
possible sur la base des opportunités et forces pourraient impacter l’Agenda 2063. En
de leur gestion et de l’atténuation de leurs ef- Afrique, elle examine la démographie, le
fets en vue de la stabilité, la gouvernance et commerce, l’aide et la croissance ; la dé-
le développement, améliorant ainsi les gains mocratisation et la gouvernance, la paix
à tous les niveaux de la vie sociale. Cette et la sécurité. Les tendances mondiales
possibilité doit à coup sûr être l’essence de concernent le glissement du rapport des
l’Agenda 2063, en tant qu’intervention pro- forces de l’Ouest à l’Est, le changement
grammatique et entreprise morale. climatique, la mondialisation et le pouvoir
étatique ainsi que l’interdépendance et
L’étude est organisée en six autres sections : l’aggravation des inégalités ;

• la section 2 présente le cadre méthodolo- • la section 5 fait la synthèse des opinions


gique d’évaluation des risques et comment des 23 personnes interrogées pour la pré-
leurs diverses composantes peuvent être sente étude ;
désagrégées en termes de probabilité et de
conséquences. L’analyse des risques est • la section 6 identifie les facteurs de risque
complétée par l’identification des matrices nationaux, régionaux et continentaux
des forces, faiblesses, opportunités et me- ainsi que les risques mondiaux en se fon-
naces qui pourraient influencer l’avenir et dant sur les observations des personnes
les aspirations de l’Agenda 2063 ; interrogées ;

• la section 3 examine le paysage postcolonial • la section 7 examine les stratégies d’atté-


en insistant sur sa géographie fragmentée, nuation de certains des risques ci-dessus et
son incapacité de produire des économies de réussite de l’Agenda 2063.

16
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

2
MÉTHODOLOGIE
D’ÉVALUATION DU RISQUE

Les éléments examinés dans l’introduction suggèrent de manière générale les différents ni-
veaux de risques multidimensionnels ainsi que les menaces et opportunités auxquels l’Agenda
2063 sera confronté de même que leurs complexités connexes. Tous ces éléments étant soumis
à des processus dynamiques, leur changement dépend de la manière dont les risques et les
menaces sont atténués et les opportunités saisies. Les risques et menaces, d’ordinaire associés
à des résultats négatifs, peuvent également être perçus comme des phénomènes neutres et don-
ner des résultats positifs. Un aspect important du processus de gestion est par conséquent de
comprendre comment les risques et menaces qui pourraient être hostiles peuvent être changés
en forces et opportunités (Adar, Iroanya, and Nwonwu 2008). Le profil des risques et menaces
de l’Afrique est déterminé par des facteurs qui s’entrecroisent, qu’ils soient propres à son envi-
ronnement continental ou sujets aux caprices des relations internationales.

L’avenir de l’Afrique est sujet à une grande incertitude et beaucoup d’impondérables constituent
un lien entre la croissance et le développement, d’une part et les conflits et la désintégration,
d’autre part. L’Agenda 2063 devrait donc intégrer les stratégies appropriées de gestion des
risques dans la définition de ses objectifs, de manière à ce qu’il y ait peu de surprises ; les
opportunités sont exploitées ; les facteurs humains, sociaux, politiques et culturels sont pris
en compte ; la responsabilité et la transparence sont notées chez toutes les parties prenantes ;
l’environnement pour une meilleure planification, performance et efficacité est créé ; le partage
d’informations et la communication s’améliorent, notamment avec les citoyens ordinaires.

Le profil de risques de l’Afrique est fait de tension entre les questions relevant des pays et
celles ayant des conséquences pour les paysages régional et continental ; on peut alors parler
d’une « écologie du risque » et comment les facteurs externes influencent cette écologie.

De ce point de vue, le problème le plus difficile pour l’Agenda 2063 sera le caractère trans-
frontalier des principaux risques qui pourraient survenir dans un pays donné ou groupe de pays
et dont la gestion et l’atténuation nécessiteront une coopération étroite à tous les niveaux. Ces
mesures demanderont le développement de ressources stratégiques, de capacités institution-
nelles et d’une expertise technique au-delà des moyens d’un seul pays (ou de quelques pays).
Après tout, l’objet de l’analyse du risque est de générer des données et informations utiles sur
la nature et le niveau des difficultés afin que les décisions appropriées puissent être prises par
toutes les parties intéressées, mais également identifier les opportunités qui se présentent. Par
conséquent, l’analyse se focalise non seulement sur la prise de décision mais, qui plus est, sur
la résolution des problèmes dans des conditions de grande incertitude (Brink 2004).

La présente étude suit un modèle simple d’identification, d’analyse et d’atténuation du risque


(Shortreed, Hicks, and Craig 2003).
17
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

Identification des risques. Il s’agit de déter- analyse de la probabilité et des conséquences


miner les risques qui pourraient renforcer du risque. Elle peut se résumer en la formule
et accélérer – ou entraver et empêcher – la suivante :
réalisation des objectifs de l’Agenda 2063.
Elle comprend l’identification des sources de Risque = Conséquence × Probabilité
risques, leur impact et leurs conséquences. Le
but est donc de générer une liste aussi com- Sur la base de cette formule, il est possible
plète que possible des risques. d’attribuer à chacun des risques identifies une
cote pour la conséquence et la probabilité et
L’analyse des risques est probablement la di- calculer la cote globale en multipliant le deux
mension la plus difficile de leur gestion. Elle éléments (Figure 1).
a trait à la bonne compréhension des risques
internes et externes susceptibles d’impacter Une fois les risques identifiés, les consé-
les aspirations et objectifs de l’Agenda 2063. quences inhérentes et la probabilité du risque
Elle doit essentiellement comprendre une sont documentés et de là on peut procéder à

Figure 1 : Matrice d’évaluation du risque

Conséquence
Insignifiant Mineur Modéré Majeur Catastrophique
Probabilité
1 2 3 4 5
Presque certain
5 Faible 10 Elevé 15 Elevé 20 Extrême 25 Extrême
5
Probable
4 Faible 8 Moyen 12 Elevé 16 Elevé 20 Extrême
4
Possible
3 Faible 6 Moyen 9 Moyen 12 Elevé 15 Elevé
3
Peu probable
2 Faible 4 Faible 6 Moyen 8 Moyen 10 Elevé
2
Rare
1 Faible 2 Faible 3 Faible 4 Faible 5 Faible
1

1à5 Risque faible­—­gérer avec les procédures ordinaires


6à9 Risque moyen –évaluation et procédures spécifiques
10 à 19 Risque élevé­—­plans d’action et de prévention à mettre en place
20 à 25 Risque extrême­—­stratégies et intervention immédiates par toutes les parties
prenantes

Note : presque certain: il est probable que l’événement se produise plus d’une fois par an; probable : il est probable que l’événement se produise
une fois par an; possible: il est probable que l’événement se produise une fois tous les 1à10 ans; peu probable : il est probable que l’événement se
produise une fois tous les 11 à 50 ans; rare: il est peu probable que l’événement se produise ; insignifiant: les conséquences peuvent être gérées
par des opérations de routine; mineur: les conséquences constituent une menace à l’efficience ou l’efficacité de certains programmes, plans et
projets; modéré: les conséquences nécessiteront une révision, évaluation ou changement des programmes, plans et projets; majeur: les consé-
quences constitueront une menace à la survie ou performance efficace des programmes, plans et projets; catastrophique : les conséquences
saperont définitivement les programmes, plans et projets. Elles sont si graves que toute intervention devient insignifiante.

18
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

l’évaluation du risque inhérent (“Score” à Concernant l’Agenda 2063, une intervention


l’Annexe 1). L’analyse du risque (Annexe 1) opérationnelle critique consistera en l’éva-
est complétée par une analyse SWOT de luation du risque tout au long de ses 50 ans de
chacune des aspirations de l’Agenda 2063 vie. Il pourrait donc être approprié de mettre
(Annexe 2). Les risques et l’analyse SWOT en place un groupe de travail des risques
sont renseignés par les entretiens avec les 23 dont les membres proviendraient de la CUA,
personnes interrogées (Annexe 3). des communautés économiques régionales
(CER) et de plusieurs Etats membres straté-
Atténuation des risques. Une importante com- giques. Le groupe de travail pourrait avoir
posante du modèle est l’atténuation du risque, pour mission de procéder régulièrement au
l’identification et options d’évaluation pour suivi, évaluation et rendre compte des risques
s’attaquer et gérer les différents niveaux de affectant chaque plan décennal de l’Agenda
risques. 2063.

19
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

3
LE PAYSAGE AFRICAIN
POSTCOLONIAL REVISITÉ

Il est vital d’examiner le paysage postcolonial d’Afrique car il définit en grande partie les
relations interétatiques du continent, en particulier les questions stratégiques telles que la gou-
vernance et les institutions, la croissance et le développement, la paix et la sécurité.

A ce moment de la deuxième décennie du XXIe siècle, le continent vit une transition ma-
jeure de sa position stratégique au sein d’un ordre mondial en mutation. D’une part, l’Afrique
s’est placée sur une trajectoire de croissance économique des « pouvoirs émergents » pro-
pulsée essentiellement par le boom des produits de base, le changement démographique, une
classe moyenne en pleine croissance et un marché consommateurs grandissant. D’autre part,
le continent est confronté à des défis majeurs de gouvernance et de sécurité aggravés par sa
fragmentation en plusieurs Etats relativement fragiles et en récession ainsi que par un nombre
croissant d’espaces ingouvernables et territoires occupés par des rebelles, des milices et des
intégristes (Ikelegbe and Okumu 2010).

Cette tension entre le dynamisme d’un marché émergent et les dysfonctionnements politiques a
été observée lors d’un forum économique mondial pour l’Afrique tenue au Cap il y a quelques
années. L’ancien secrétaire général des Nations Unies (ONU), Kofi Annan, y a publié le Rap-
port 2010 sur les progrès de l’Afrique et dans une évaluation mesurée, faisait remarquer que
les progrès économiques positifs étaient menacés d’être éclipsés par le retrait de la démocratie
dans plusieurs pays et un déficit de leadership politique. Il a cité une conclusion du rapport
selon laquelle près des deux tiers des 53 pays d’Afrique avaient connu « une détérioration
déconcertante de la participation politique, des droits de l’homme, de la sécurité physique et de
la règle de droit » (Annan 2011: 2).

Au même moment pratiquement, Mthuli Ncube, vice-président de la Banque africaine de


développement (BAD) publiait The Middle of the Pyramid: Dynamics of the Middle Class
in Africa. Ce rapport note qu’avec 300 millions d’une population totale de 1,1 milliard
d’habitants, la classe moyenne du continent représente près de 30 % et contribue environ
pour 800 millions USD du PIB–actuellement modeste, bien sûr, par rapport aux économies
avancées, l’Afrique devrait rattraper le retard perdu avec une classe moyenne plus impor-
tante comprenant environ 80 % d’une population qui, à l’horizon 2050, sera de 2 milliards

20
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

d’habitants (plus que la Chine et l’Inde). Cette transformation s’accompagnera d’une urba-
nisation accélérée, une base de consommateurs qui va énormément s’élargir, la croissance
spectaculaire de la population adolescents ainsi qu’une société civile transnationale dy-
namique et en pleine croissance et des réseaux de plus en plus nombreux d’organisations
non-gouvernementales (ONG). Cependant, les risques d’une si forte croissance démogra-
phique se manifestent déjà dans les niveaux élevés d’insécurité alimentaire et de pauvreté,
la dégradation de l’environnement, les villes surpeuplées, de mauvais programmes d’aide
sociale, le sous-emploi et le chômage et les migrations.

3.1. Géopolitique fragmentée : le La nécessité de disposer d’Etats démocra-


problème des frontières tiques capables, efficaces et de croissance,
figure parmi les postulats essentiels de
Ce profil contradictoire du dynamisme éco- l’Agenda 2063. Des Etats qui font la promo-
nomique de l’Afrique, à côté de sa stagnation tion d’une croissance et d’un développement
et de son instabilité politique relative en équitable au profit des populations, respectant
matière de gouvernance, a de sérieuses impli- les droits de l’homme et l’État de droit et qui
cations pour les objectifs de l’Agenda 2063. bâtissent ou font fonctionner des institutions
Il soulève des questions quant à la nature participatives et responsables. Ce postulat es-
des transitions politiques en Afrique depuis sentiel doit cependant se colleter avec ce que
les indépendances des années 60 appelées Kofi Annan a qualifié de « récession démo-
la Décennie des indépendances. Le véritable cratique » pathologique en Afrique. Une des
problème de la promotion de la démocratie et grandes omissions dans la littérature consa-
de ses normes et pratiques dans l’État post- crée à l’État postcolonial est l’importance
colonial est le caractère sacré des frontières avec laquelle les pays africains eux-mêmes,
qui porte également atteinte à l’intégrité en tant qu’incarnation de la fragmentation du
des programmes d’intégration régionaux continent, freinent la viabilité et la légitimité
et continentaux. Le souci de la nature de de l’État et, par extension, entravent les rites
l’État en Afrique a naturellement été très transitionnels de passage vers plus de pra-
favorable aux préoccupations sur sa fonc- tique démocratique (Araoye 2014). Quoique
tionnalité démocratique comme catalyseur le confinement du pouvoir à l’intérieur de
de la bonne gouvernance, la responsabilité, la frontières bien délimitées n’ait pas défini la
cohérence réglementaire et le développement géographie politique précoloniale du conti-
institutionnel. L’importance accordée aux nent, le colonialisme européen et sa partition
transitions démocratiques est reflétée dans arbitraire par les différents pouvoirs présents
l’abondante littérature sur les perspectives à la conférence de Berlin en 1884, ont conduit
de démocratisation de l’Afrique (p.ex., Dia- à la fois à l’établissement de frontières ter-
mond 1999; Araoye 2014). Cette tendance ritoriales et leur « durcissement » (Herbst
a commencé dans le sillage des transitions 2000). Par conséquent, la consolidation des
après la guerre froide vers la démocratie en Etats en Afrique reste une question politique
Europe de l’Est, à la suite de la chute du mur centrale dans le système étatique contempo-
de Berlin. Encore une fois, Berlin devenait rain de l’Afrique et constitue un défi majeur
une sorte de point de référence métaphorique pour l’aspiration de l’Agenda 2063 visant à
pour le continent dont la carte politique frag- promouvoir la bonne gouvernance, la démo-
mentée y avait été dressée en 1884 (Adebajo cratie, les droits de l’homme et la primauté du
2010). droit.

21
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

L’implant « westphalien » (voir ci-après) qui La transformation fatale de la géopolitique


a historiquement défini les bases de l’État-na- précoloniale de l’Afrique en un nouveau
tion chargé du principe de souveraineté modèle européen a des implications pour
nationale, a aggravé la situation difficile de la l’Agenda 2063 et le programme d’intégra-
construction de l’État africain. Le résultat en tion du continent, notamment pour la paix
a été le verrouillage de l’État post-indépen- et la sécurité, la croissance et le développe-
dant dans une géographie politique peu viable ment inclusifs et une identité culturelle forte
et irréalisable héritée du passé colonial. Par basée sur des valeurs partagées et un héritage
conséquent, « l’échec de bon nombre d’Etats commun. Le durcissement des frontières a
africains à consolider leur autorité s’est traduit entraîné un élan historique pour le caractère
par des guerres civiles dans certains d’entre sacré des frontières, développant l’intégri-
eux, la présence de millions de réfugiés à tra- té territoriale comme élément fondamental
vers le continent et l’adoption par beaucoup dans la définition de la souveraineté et des
de dirigeants de politiques grandement dys- termes de citoyenneté et récemment, entra-
fonctionnelles » (Herbst 2000: 3). En réalité, vant toute flexibilité précoloniale dans la libre
le durcissement des frontières territoriales a circulation des personnes et la facilité des in-
interagi avec la carte ethnolinguistique et gé- teractions transnationales. Ce développement
oculturelle sous-jacente. Une interaction qui a a, à son tour, retardé la libre circulation des
ajouté encore plus de couches à la fragmenta- biens dans la création d’économies d’échelle
tion inter et intra-étatique. pour intégrer l’Afrique de manière plus pro-
ductive et plus compétitive dans l’économie
mondiale. Ainsi, des Etats très fragiles ont
3.2. Le problème des économies été gravés dans la pierre, un facteur qui va
d’échelle jusqu’au cœur de la fragilité de l’État contem-
porain, l’implosion et de l’effondrement de
La fragilité de l’Etat africain est exacerbée l’Afrique.
par l’absence d’une « économie politique
d’échelle » relative aux contraintes écono- On peut dire que l’Agenda 2063 représente
miques des petits marchés locaux. Cette une contre tendance intégrationniste et
situation a été le facteur sous-jacent du transformatrice dans la promotion de formes
« rentiérisme », lequel encourage une in- d’« afrowestphalianisme », au moment où
terdépendance étroite entre l’État et les l’Afrique cherche à surmonter la dynamique
élites du secteur privé, décourageant ainsi intergouvernementale abrutissante qui
l’expansion économique nationale, les in- caractérise l’État africain et le système interé-
vestissements directs étrangers (IDE) et le tatique. Cependant, sans économies politiques
commerce. L’absence d’une telle échelle d’échelle (renforcées par les oukazes de la
joue contre la stabilité politique et la via- souveraineté dans le droit international »,
bilité économique (van de Walle 2001). les citoyens et leurs dirigeants sont souvent
Récemment, lorsqu’une tendance contraire enfermés dans des luttes à somme nulle pour
a été définie par l’impulsion démographique des ressources rares et la survie. Dans un
vers une classe moyenne en croissance, l’ex- tel combat darwinien, l’instabilité politique
plosion d’une population de jeunes et une s’est encastrée dans l’anatomie des Etats
base de consommateurs en croissance, l’État postcoloniaux et leur structure. Cette situation
africain a été freiné par le manque d’une difficile est venue avec des opportunités limi-
telle échelle, résultat des frontières territo- tées découlant d’économies sous-développées
riales non viables. dépourvues de secteurs privés forts et de

22
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

sociétés civiles institutionnalisées et souffrant du pouvoir et du leadership, une description


de graves contraintes liées à l’offre. Certaines plus appropriée de la fragilité de l’État afri-
de ces contraintes sont apparentes dans les cain serait « souveraineté d’élites » comme
infrastructures physiques, le financement du définition de la façon dont la souveraineté
développement, la technologie et le capital s’applique aux réalités politiques du conti-
humain (Schwab 2002). nent. En effet, les élites africaines ont un
intérêt bien établi et acquis dans le dur-
Plutôt que d’émerger dans une « Afrique pour cissement des frontières coloniales. Cette
les Africains », les ressortissants des Etats préoccupation sous-tend les défis auxquels
voisins sont devenus automatiquement de est confrontée la démocratisation en Afrique
fait des étrangers dans le système étatique à travers les transitions des régimes où le
postcolonial et ont été catalogués comme changement politique comprend des luttes
des immigrants illégaux. Cette mentalité a capitales dans l’extension des sphères de la
conduit à des formes extrêmes de xénophobie souveraineté et la participation populaire.
et de violence contre l’étranger, comme on Celle-ci défie à son tour les penchants protec-
l’a vu récemment en Afrique du Sud. Entre- tionnistes et prédateurs des élites nationalistes
temps, la compétition politique à somme nulle au pouvoir.
dans des Etats faibles, a tendance à alimenter
l’antagonisme multi-ethnique, en polarisant la Un défi fondamental demeure donc pour
défense d’intérêts de groupe pendant que les l’Agenda 2063–l’élargissement de la souve-
citoyens ayant des demandes légitimes ont raineté populaire sur la base des transitions
été requalifiés d’étrangers dans les conflits politiques démocratiques est-elle assez
de pouvoir électoraux qui ont suivi (Côte suffisante en l’absence d’une dynamique in-
d’Ivoire et Zambie). Ce qui à son tour a rendu tégrationniste et panafricaine qui vient à bout
problématique les notions de « souveraineté » de la géographie politique problématique de
ainsi que les définitions de citoyenneté et l’Afrique. Cette géographie, qui constitue
d’identité nationales et régionales. l’essentiel de l’héritage colonial du continent
et partant, de ses défis de construction de
l’État continuera d’affaiblir le niveau d’am-
3.3. Comment l’ordre westphalien a bition dans tout cadre stratégique national,
miné les ambitions continentales régional et continental.

Le problème avec l’application des principes


westphaliens à la construction de l’État en 3.4. Les limites de la « vague
Afrique est que l’hypothèse démocratique démocratique »
fondamentale de la souveraineté populaire
s’est révélée étrangère dans un contexte où L’effondrement en 1989 du communisme
même la terminologie et la reconnaissance sert de point de départ historique à l’éva-
conceptuelle de la souveraineté populaire en luation des transitions politiques africaines
tant que construction intellectuelle tend à être (Joseph 1997). La guerre froide avait en-
ignorée. Les références conventionnelles à veloppé le continent dans une « carapace
« souveraineté étatique » ou « nationale » les autoritaire » de clients, mandataires et alliés
ont remplacés. dans l’ordonnancement bipolaire du système
international. Après 1989, la majorité des
Compte-tenu des formulations théoriques et Etats d’Afrique ont lancé des réformes qui
conceptuelles du caractère très personnalisé ont conduit à plus de concurrence et des

23
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

systèmes politiques pluralistes (47 à ce mo- avant le pays dans la conscience nationale du
ment-là). Cette tendance a été perçue comme citoyen. Le nationalisme civique représente
le produit de facteurs largement « conjonctu- une maturation du système politique vers une
rels ». Les dynamiques internes et externes assise démocratique plus stable et durable. En
réorganisaient de façon interactive le paysage l’absence d’une telle maturation et lorsque les
politique du continent. Les perspectives dé- tendances vers les luttes de pouvoir prennent
mocratiques tournées par conséquent autour des qualités à somme nulle, beaucoup de
de la question de savoir « si les dirigeants po- pays africains sont devenus champions de la
litiques peuvent être installés et déposés par « démocratie virtuelle », un type de pseudo
la volonté politique et tenus responsables pen- démocratisation où la forme plutôt que la
dant qu’ils sont en exercice. Pour l’instant, la substance de la démocratie participative po-
question semble énorme et la perspective trop pulaire est la norme.
lointaine » (Joseph 1997 : 363).
La démocratie virtuelle comporte plusieurs
Une décennie plus tard et depuis, la péren- traits distinctifs (Joseph 1999 ; Young 1999) :
nité démocratique des transitions politiques
africaines faisait déjà l’objet d’un examen • le gouvernement par les citoyens est établi
minutieux. D’abord – et en rapport avec mais les dimensions essentielles sont sépa-
leurs caractéristiques néo-patrimoniales – les rées de l’engagement populaire ;
Etat étaient perçus comme des associations
de communautés concurrentielles. Ce qui a • les forces économiques hégémoniques
conduit à des conflits de pouvoir à somme dans la société et celles qui contrôlent
nulle à l’intérieur de régimes soi-disant démo- l’appareil d’État sont tranquilles dans la
cratiques et autoritaires avec une concurrence protection de leurs intérêts et sont capables
politique ouverte qui alimente l’instabilité. de minimiser les menaces que font peser
Le résultat a été une situation difficile in- les groupes autrefois exclus ou dominants
trinsèquement ambivalente faisant face à la en permettant une transition sans heurts du
durabilité démocratique des régimes néo pa- régime autoritaire ;
trimoniaux. En soi, le principe de la majorité
simple n’a pas fonctionné, encore moins les • des opportunités pour développer da-
formules de partage du pouvoir et les sys- vantage une économie capitaliste ou de
tèmes d’associations (Meyer 2012). marché sont limitées, fortifiant les formes
existantes de pouvoir économique ;
Toutefois, les formules de partage du pouvoir
peuvent servir de pont vers un plus grand en- • les forces externes sont (ou devenues)
gagement à l’égard de la participation civique cruciales pour l’établissement de la dé-
nationale qui, avec le temps, transcende le mocratie dans des domaines qui relevaient
communalisme particulariste. Ce qui cepen- anciennement du régime autoritaire ;
dant soulève encore une autre question quant
à l’exploration de la nature de l’État post- • manipulation des tenants du pouvoir pour
colonial et des transitions vers la démocratie, le conserver ou ce qu’il en reste ;
notamment l’évolution de formes faibles de
nationalisme qui tient de manière critique • certains résultats des politiques sont
dans des situations de nationalisme plus du- écartés tandis que d’autres sont supposés
rable, patriotiques et qui vont au-delà des obligatoires ;
particularismes communautaires et mettent en

24
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

• un chemin particulier pour sortir du ré- à l’écart les acteurs extérieurs dans leur vo-
gime autoritaire est encouragé à l’échelle lonté d’éviter la violence, l’effondrement
mondiale. de l’État et les urgences humanitaires. Ce
sont ces tendances adaptatives affinées par
Ce menu de la réalité virtuelle ressemble les autocrates, bien au-delà de trois décen-
au consensus de Washington triomphant nies qui ont conduit au genre de récession
d’après-­ guerre froide mettant l’accent sur démocratique décrite par le Rapport sur les
la promotion du capitalisme démocratique progrès de l’Afrique de 2010. La littérature
et des économies de marché tout en écartant consacrée aux transitions démocratiques de
les options d’antan qui portaient sur la na- manière générale et à l’Afrique subsaharienne
tionalisation des secteurs économiques clés. en particulier, a reflété beaucoup d’introspec-
Le fait que ce consensus soit devenu la voix tion et de réflexion sur la destination de ces
universellement assumée vers la démocratie transitions et ce que leur expérience présage
est souligné par Joseph : « aujourd’hui le pour la gouvernance en Afrique et l’avenir
concept occidental de la démocratie est plus du continent, (Sall 2003). Le pessimisme au
ou moins accepté à travers le monde », et sujet du continent qui connaît une récession
c’est ce qu’on pourrait appeler « le nouveau démocratique indique l’importance du défi de
normal » (Joseph 1997 : 368). L’ampleur de consolidation face aux obstacles à la construc-
la convergence des facteurs conjoncturels tion de la confiance mutuelle, d’une identité
était telle que l’Afrique était devenue le lieu collective partagée et la cohésion sociale dans
de pouvoir des donateurs pour faire pression des sociétés multiculturelles et diverses. Voilà
pour des réformes économiques et politiques les questions urgentes que l’Agenda 2063
dans le sillage de sa concentration écono- devra de plus en plus prioriser, en particulier
mique vers la fin des années 80, une époque si l’État-nation africain est l’unité de base de
qui a inauguré l’introduction des transforma- l’intégration régionale.
tions politiques. La démocratie est apparue
comme un « projet global » des donateurs
multilatéraux et bilatéraux, des institutions 3.5. La dynamique de l’intégration
de Bretton Woods aux agences bilatérales en Afrique : une fausse aube ?
hégémoniques comme l’USAID, le National
Endowment for Democracy (NED) et ses par- L’intégration en Afrique est un leitmotiv de la
tis politiques affiliés, le controversé National vision de l’UA et essentielle à la réalisation
Democratic Institute (NDI) et l’International des aspirations de l’Agenda 2063. Le rôle de
Republic Institute (IRI), le ministère du dé- l’intégration régionale est crucial pour la prise
veloppement international du Royaume-Uni en compte des énormes défis de croissance et
(DFID) et l’Institut néerlandais pour la démo- de développement de l’Afrique, ce qui a été
cratie multipartite (IMD), pour ne citer que reconnu comme impératif majeur dans les po-
quelques-uns (Carothers 2010). litiques et les discours politiques au cours des
50 dernières années (AU/ECA 2013).
Des stratégies adaptatives ont été employées
par les tenants du pouvoir devenus adeptes Des symptômes spécifiques ont persisté et
de la manipulation des processus et structures continuent de saper les principes essentiels de
démocratiques pour « diviser et régner », passage vers le panafricanisme et la construc-
essayer de gagner du temps, truquer les tion de l’unité continentale. Ils comprennent
élections et semer la division et la discorde les marchés des petits pays, l’extrême balka-
qui fragmente l’opposition, tout en tenant nisation du continent à travers les guerres et

25
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

les conflits, le caractère artificiel des fron- On peut avancer que la signature du Traité
tières coloniales, des institutions nationales d’Abuja en 1991, entré en vigueur en 1994,
et continentales peu développées, le nombre a inauguré la seconde vague de régionalisme
élevé de pays enclavés, peu de fleuves navi- et d’intégration régionale en Afrique. Elle
gables vers l’intérieur et des infrastructures est souvent qualifiée de « nouveau régio-
peu développées. Au moment des indépen- nalisme » car elle exprime clairement une
dances et depuis, des organisations dotées de vision plus vaste englobant non seulement
mandats d’intégration régionale ont été créées des impératifs économiques mais également
à travers l’Afrique mais avaient connu peu de politiques, sociaux et culturels. Elle suppo-
réussite, essentiellement à cause de l’orienta- sait une approche présentant de nombreux
tion étatiste sous-tendant les politiques et la aspects, lancée sur 34 ans, afin de créer une
planification au cours des trois décennies des communauté économique intégrée à l’échelle
années 60 aux années 80. Ces projets ont de du continent, à fonder sur le modèle linéaire
facto entravé la participation et limité le po- de création d’une zone de libre-échange,
tentiel de la société civile, des entrepreneurs une union douanière, un marché commun
et des investisseurs nationaux et étrangers. et en définitive une union économique et
monétaire.

3.6. La promesse et les contraintes Le modèle était censé apporter plus de


de l’intégration régionale cohérence des politiques et d’intégrité ins-
titutionnelle aux thèmes stratégiques tels
Le Plan d’action de Lagos de 1980 a apporté que la facilitation du commerce, le déve-
une urgence politique nouvelle et une éner- loppement du secteur privé, des institutions
gie normative à la réflexion créative autour publiques fortes, un plus grand engagement
de l’intégration régionale en Afrique, en de la société civile, des mécanismes régio-
s’appuyant sur l’unité panafricaine et l’in- naux de paix et de sécurité renforcés et un
dustrialisation concurrentielle à l’échelle du commerce extérieur et intra régional plus
continent. Cependant, les Etats africains ont équilibré. Cependant, les 19 protocoles du
traité les défis de manière superficielle en in- Traité d’Abuja qui ont servi de guide à la
sistant beaucoup sur la signature cérémoniale conformité des pays membres ont plutôt été
de protocoles et l’adoption de nombreux rap- violés. Même au niveau régional et en dépit
ports et déclarations. de sa logique convaincante, le programme
d’intégration du Traité d’Abuja ainsi que
Nous n’ignorons pas non plus le rôle des les points d’ancrage normatifs n’ont prati-
acteurs externes dans l’affaiblissement de quement pas connu d’expression concrète,
l’attraction des projets d’intégration régio- même si l’on note des progrès, comme le
naux. Le caractère clivant de la politique de montre la création de certains de ses éléments
la guerre froide a entraîné une aspiration poli- constitutifs dans plusieurs des CER les plus
tique et idéologique qui n’était pas propice au avancées. La zone de libre-échange tripar-
renforcement de la coopération de construc- tite du COMESA–EAC–SADC, conclue en
tion des régions et continentale. En outre, 2008 et lancée le 10 juin 2015, est probable-
après la chute des prix des produits de base ment le développement le plus prometteur à
dans les années 80, les effets économique- ce jour, notamment parce qu’elle lie 26 pays
ment et socialement corrosifs des programmes avec une population d’environ 600 millions
d’ajustement structurel ont encore sapé les ef- d’habitants et un PIB combiné de près d’un
forts d’intégration du continent (Ikome 2007). billion USD.

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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

L’architecture des CER généralement alambi- doivent avoir un accès facile et fiable aux
quée et qui fait double emploi, n’appuie pas facteurs de production aux cours mondiaux,
cependant les objectifs du Traité d’Abuja. Il les investissements doivent être facilités et
semblerait que les principales mesures inci- les producteurs locaux ont besoin de pro-
tatives des efforts d’intégration de l’Afrique tection contre la concurrence préjudiciable.
se notent plus dans l’environnement externe, Concernant la politique financière visant
même si elles entravent directement ces l’intégration régionale, la libéralisation doit
efforts, comme c’est le cas avec l’Organi- s’accompagner de la stabilité des prix et de la
sation mondiale du commerce (OMC) de discipline financière, d’institutions financières
l’UE–Accords de partenariat économique solides et le financement des entreprises, ainsi
(APE) compatibles et réciproques et l’African que la régulation prudente des taux d’intérêts
Growth Opportunity Act (AGOA) améri- élevés et instables, la concurrence déloyale
caine, préférentielle et conditionnelle . Reste et l’accumulation de la dette publique (Man-
à voir si le rôle des BRICS sera salutaire à lan 2014). Par conséquent, si l’intégration
l’intégration et la construction de régions, régionale doit aider à bâtir et promouvoir
même si les premières indications semblent des économies africaines compétitives, des
positives pour la création du commerce, la réponses politiques appropriées et des compé-
croissance industrielle, des investissements tences techniques sont nécessaires pour faire
accrus, le développement des infrastructures, face aux réalités froides et dures des marchés
un meilleur pouvoir de négociation pour les sur le continent et dans le monde (Ng’ona
pays africains, et encore (voir ci-dessous). 2014). Par ailleurs, l’intégration régionale
aura besoin d’une supervision des opérations
bancaires transfrontières dans le cadre d’une
3.7. Libéralisation des marchés : qui bonne intégration financière afin de garantir
en profite ? la viabilité de l’union monétaire et la gestion
du risque d’illiquidité dans le contexte géné-
L’intégration des marchés en Afrique par la ral des marchés des capitaux peu développés
libéralisation du commerce n’est pas néces- d’Afrique.
sairement parfaite. Il convient par conséquent
de réfléchir aux niveaux de libéralisation Dans ce contexte, on note des faiblesses ins-
économique qui pourraient limiter les effets titutionnelles qui ont entravé une intégration
d’une concurrence mondiale tout en permet- significative et les stratégies de dévelop-
tant aux économies africaines d’intégrer les pement connexes sur quatre axes : cadres
marchés et chaînes de valeur internationaux juridiques d’intégration ambigus et imprécis,
– en se concentrant particulièrement sur cadres régionaux et continentaux très éloi-
la manière dont les produits et les facteurs gnés de la réalité sur le terrain, niveaux de
de marché peuvent être libéralisés avec le pauvreté en augmentation, chômage et iné-
renforcement de capacités institutionnelles galités, CER disparates sur le plan normatif
et les réformes des politiques industrielles et institutionnel et dotées de leur propre pro-
nécessaires. gramme d’intégration qui n’accompagnent
pas ou ne sont pas conformes aux initia-
La politique commerciale fait l’objet de tives continentales et absence de normes
plusieurs demandes en vue de la promotion et pratiques applicables pour le faire. Cette
des investissements et des exportations et grande diversité des huit CER officiellement
pour une intégration régionale permettant reconnues, leur configuration institution-
des économies d’échelle : les exportateurs nelle complexe et lourde et l’absence de

27
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

coordination font que leur efficacité fonc- 3.8. Évaluer les progrès et les défis
tionnelle reste très problématique en tant que
blocs constitutifs de l’intégration continen- D’après une étude de 2005 de la Commission
tale. Au niveau de l’UA, on note également économique des Nations Unies pour l’Afrique
un vide institutionnel (et des capacités), (CEA), l’environnement de l’intégration ré-
notamment dans les domaines catalyseurs gionale s’est sensiblement amélioré dans les
essentiels de la politique d’intégration tels domaines des tendances de la gouvernance et
que l’agriculture, l’industrie, l’énergie, l’en- de la capacité de l’État. Premièrement, on note
vironnement, le transport, le capital humain une amélioration régulière de la démocratie et
et le financement du développement ; ce sont de la démocratisation, même si des renverse-
là les domaines auxquels les différents plans ments autoritaires inquiétants font également
de l’Agenda 2063 doivent s’attaquer (ACBF surface. Deuxièmement, des efforts ont été
2014). faits pour plus d’inclusivité politique à travers
la société civile et l’autonomisation du genre
La qualité des institutions est un facteur de ainsi que pour offrir un meilleur environnement
croissance et de développement important favorable où les affaires et l’entreprenariat
(North 1990). Elle prend encore une impor- peuvent se développer et prospérer. Troisième-
tance théorique à travers trois dimensions : ment, le secteur public est devenu de manière
la gestion des droits de propriété afin d’offrir générale plus comptable de l’utilisation des
des mesures incitatives et des informations recettes publiques et plus à l’écoute des préoc-
dans une économie axée sur le marché, le cupations des citoyens, même si des niveaux
rôle de l’État pour non seulement confirmer de corruption persistent. Enfin, les gouver-
les droits de propriété mais garantir la pri- nements ont consacré plus d’efforts à une
mauté du droit et la régulation des marchés meilleure gestion économique et aux réformes
ainsi que d’offrir des biens collectifs et la de réglementation (ECA 2005).
sécurité sociale, la promotion verticale de la
solidarité et de la coopération sociales (au L’amélioration de l’environnement augure
sein de la société) et horizontale (à travers les bien du développement institutionnel, compte
pays). Le développement des marchés aux tenu du fait que les réformes conditionnelles
plans national et régional doit être soumis à et contractuelles des années 80 et 90 ont consi-
la régulation et au contrôle par les gouver- dérablement affaibli les institutions africaines,
nements nationaux afin de mieux gérer les avec des implications directes pour l’emploi,
issues perverses, les inégalités et les éléments la réduction de la pauvreté et l’investissement
dissuasifs qui pourraient provenir d’opéra- social. L’État postcolonial en Afrique est ce-
tions de marché libres. pendant encore compromis par les élites à la
recherche de rentes de situation, de profondes
Karl Polanyi (1944) démontre comment les divisions de classes et des clivages ethniques,
marchés incontrôlés présentent autant de l’échec du leadership politique et une faible
dilemmes et de problèmes que l’absence articulation institutionnelle. Dans l’ensemble,
de marchés. Il fonde sa thèse sur les consé- tous ces facteurs concourent à faire « survivre
quences négatives de l’abolition des lois en tant que fiction concrète [et] construction
censées protéger les pauvres dans l’Angle- politique aliénante » l’État postcolonial afri-
terre du XIXe siècle. Non seulement cela a cain (Araoye 2014: 45, 46).
conduit à leur vulnérabilité croissante mais
également à une augmentation spectaculaire Des progrès ont été également réalisés au
des niveaux de pauvreté et le chômage. niveau de l’UA et des CER, du moins sur le

28
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

papier. En 2009, la Commission de l’UA et les l’or, du diamant et de l’ivoire et blanchir de


CER ont élaboré un programme d’intégration l’argent (Le Pere and Vickers 2011).
minimum comme base stratégique d’harmo-
nisation et de rationalisation des programmes L’ACBF (2014) définit les diverses capa-
et des activités des communautés écono- cités nécessaires à un programme régional
miques. Il visait, entre autres, à encourager de développement institutionnel générant
et promouvoir la libre circulation des biens, des effets multiplicateurs pour la croissance
des personnes, des capitaux et des services économique, la stabilité politique, la bonne
entre toutes les CER. Le Plan d’action pour gouvernance et une meilleure assistance
l’Afrique a été élaboré par l’UA et le NEPAD sociale. Les volets techniques des capacités
en juillet 2010 pour la période allant de 2010 comprennent les compétences et connais-
à 2015. Les chefs d’État et de gouvernement sances techniques, les compétences
de l’UA ont tenu un sommet en janvier 2011 organisationnelles fonctionnelles, les sys-
avec pour thème « Relance du commerce in- tèmes et les procédures, ainsi que les lois,
tra-africain » afin d’examiner les modalités politiques et stratégies. Les dimensions gé-
d’améliorer l’intégration des marchés. En nérales comprennent la culture et les valeurs
juillet 2012, le PIDA a été adopté par l’UA organisationnelles, la qualité du leadership
pour 2012–2040. Ce programme nécessitera et les relations politiques, les compétences
68 milliards USD pour les projets prioritaires en matière de négociation, la résolution des
jusqu’en 2020 et 300 autres milliards USD problèmes, le travail d’équipe et la résolution
pour les 20 années suivantes. En plus de l’ap- des conflits. L’ACBF offre un éventail de
pui à ces efforts, la CEA et la BAD travaillent recommandations applicables sur ce qu’il y
ensemble à la création de la banque centrale a lieu de faire en vue d’améliorer et renfor-
africaine, du fonds monétaire africain et la cer les capacités des CER et leurs structures
banque africaine d’investissement. institutionnelles, en mettant l’accent sur les
ressources financières et humaines et la géné-
Toutefois, ces initiatives hardies continueront ration des connaissances (ACBF 2014).
de souffrir du poids de la mise en œuvre ac-
tuelle où l’absence de volonté politique, les Dans cette combinaison de considérations et
limites financières et les faibles capacités d’énigmes des capacités, se pose le problème
institutionnelles jouent un rôle important. Le du commerce intra-africain et extérieur qui
caractère étatique de l’intégration régionale est resté faible pendant plus de deux décen-
et le maintien de barrières ruineuses au-delà nies après la signature du Traité d’Abuja. Le
des frontières, ne donnent pas de moyens commerce intra-africain est passé de 9,7 % en
aux commerçants, migrants, diasporas, aux 2000 à 12 % en 2012, ce qui est à peine encou-
affaires, à la société civile et au secteur infor- rageant comparé à l’UE (60 %) et l’Amérique
mel. En tant que groupes d’intérêts potentiels du Nord (40 %). Le faible niveau du com-
qui de fait participent déjà aux processus merce intra-africain persiste en dépit de
transfrontières et régionaux, ils pourraient l’augmentation subite des accords commer-
avoir été une fois dominés par les Etats. Mais ciaux régionaux et des zones de libre-échange
tous leurs processus ne sont pas inoffensifs : dans les CER comme tentative de promotion
la régionalisation comporte également une du régionalisme de développement.
face cachée avec des réseaux criminels trans-
frontaliers qui exploitent des espaces non Il y a des différences importantes dans le com-
gouvernés afin de trafiquer des véhicules, merce intrarégional à travers les CER. Les
des personnes, des stupéfiants, des armes, de taux les plus élevés ont été notés à l’EAC et

29
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

ses cinq membres – Burundi, Kenya, Rwanda, les pays à tous les niveaux de développement,
Tanzanie et Ouganda. Entre 2005 et 2010, il a des plus pauvres aux plus avancés » (OECD
augmenté de 16 %, essentiellement en raison 2013: 3).
des avantages que le Kenya tirait des pro-
duits manufacturés. En Afrique de l’Ouest, le
commerce formel et informel représentait res- 3.9. Le rôle de l’Union européenne
pectivement 10 et 15 % du total en 2013. En
2012, le panier des exportations du continent Les relations de l’Afrique avec l’UE pour-
était encore largement composé de carburants raient avoir des répercussions profondes sur
et de minéraux bruts ou semi-transformés. Le les aspirations de l’Agenda 2063. C’est l’ob-
paysage financier rencontre le problème de la jet de notre prochaine concentration.
convertibilité des monnaies et des institutions
régionales encore peu développées pour ap- Le rapport de l’Afrique à l’Europe a été
porter le financement et les crédits permettant profondément façonné par l’héritage du colo-
de faciliter le commerce (de Melo and Tsikata nialisme, notamment ses doctrines centrales
2014). d’accumulation, d’extraction et de contrôle.
Basées sur le « clientélisme collectif» (Ra-
Compte-tenu de ces problèmes d’intégration venhill 1985), les modalités de cette relation
régionale dans un continent aussi hétérogène trouvent leur expression dans une économie
que l’Afrique, l’impératif est de « marcher politique de domination et de dépendance
avec trois jambes » (Caholo 2014), en élargis- soigneusement chorégraphiée. Cependant,
sant la taille des marchés par leur intégration, ce qui s’est avéré plus litigieux pour les pays
en collaborant de manière plus intense au africains est l’impact que les APE de l’UE au-
renforcement des capacités productives et ront sur leurs perspectives de croissance et de
industrielles et en développant des infrastruc- développement. Une première préoccupation
tures et services abordables et efficaces afin découle des effets balkanisateurs des APE qui
de baisser les coûts des transactions. Le défi divise le continent en blocs régionaux en vue
pour les responsables de l’Agenda 2063 est des négociations. Sur la base de leur affilia-
de créer une perspective stratégique élar- tion régionale, les pays sont ensuite invités
gie parmi les parties intéressées sur ce qui à signer des « APE provisoires », première
constitue une intégration régionale réussie étape vers le verrouillage de tous les pays
en mettant l’accent sur les facteurs et les ca- dans des configurations particulières aux fins
pacités qui pourraient améliorer la position de conclure un accord final réciproque, bien
concurrentielle de l’Afrique tels que l’inno- qu’avec une couverture asymétrique dans la
vation, le développement des compétences et programmation et le contenu (Le Pere 2015).
des mesures équitables visant le marché du
travail. L’élément de compétitivité à travers Cette tentative de rationaliser le régiona-
l’intégration régionale prend de l’impor- lisme africain pourrait se révéler contraire
tance étant donné que près de 80 % de tous aux programmes d’intégration régionale et
les échanges commerciaux dans le monde se continentale de l’UA et de l’Agenda 2063, au
font sur des chaînes de valeur internationales. moment où ces initiatives ont besoin de trac-
Le défi pour l’Afrique est comment se posi- tion stratégique et opérationnelle, notamment
tionner par rapport à ces chaînes et tirer le dans la création d’un accord de libre-échange
maximum d’impacts positifs car « les chaînes à l’échelle continentale à l’horizon 2017.
de valeur sont devenues la caractéristique do- Les APE constitueraient une puissante ten-
minante de l’économie mondiale, impliquant dance anti-intégrationniste et une force

30
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

contradictoire. D’après l’ACBF (2014), « les déficits d’infrastructures, le financement du


APE risquent également de divertir le com- développement et le capital humain. Les APE
merce, compliquant davantage les nombreux amoindrissent directement le degré de flexi-
accords commerciaux, restreignant l’espace bilité nécessaire des pays et régions africains
stratégique, créant des pertes fiscales dans sur la programmation, le rythme, l’ordonnan-
des pays qui comptent beaucoup sur les taxes cement et la couverture des produits du fait
commerciales et érodant la base industrielle de la libéralisation de leurs marchés face à
fragile existante » (ACBF 2014: 43–44). l’UE. En résumé, la majorité des producteurs
des pays pauvres serait incapable de rivaliser
L’impact est multiple. Premièrement, la perte avec la capacité musclée que les APE accor-
potentielle de recettes douanières qui pour- deraient à la place grandissante de l’UE dans
raient réduire l’aptitude des pays africains à les marchés africains.
offrir des services sociaux et d’assistance so-
ciale indispensables, ce qui serait grave car les Tout de même, la pertinence géopolitique de
recettes comptent pour 7 à 10 % des recettes l’Afrique s’est améliorée récemment. Elle a
fiscales (IDS 2005). Les APE renforcent le été essentiellement portée par une demande
déséquilibre des rapports de force entre l’UA mondiale robuste de produits de base, une
et les pays africains, représentant extraordi- croissance économique régulière et de meil-
nairement les intérêts personnels sans bornes leures formes de gouvernance économique
de l’UE, avec une orientation néomercanti- et politique. En conséquence, l’UE s’est
liste excessive qui tend vers la domination de engagée dans un dialogue meilleur sur la
l’accès aux marchés d’une part et réprouvant base d’un partenariat stratégique redéfini qui
le protectionnisme d’autre part, notamment là encourage un changement normatif et étique
où les pays africains pourraient avoir quelque de la conduite des affaires pour l’Afrique à la
avantage comparatif, comme dans la produc- conduite avec l’Afrique. Ce changement s’est
tion agricole et l’agro-industrie. Par ailleurs, manifesté dans le recours aux conférences au
la Commission de l’UE représente un masto- sommet entre l’UE et l’Afrique, en commen-
donte bureaucratique avec une capacité de çant par le Caire en avril 2000 où a été mis en
négociation technique et stratégique qui pèse place un éventail de plans d’action afin d’ap-
lourdement sur les négociateurs africains et porter un appui aux domaines critiques de la
que les secrétariats régionaux peuvent diffici- paix et la sécurité, la gouvernance et les droits
lement égaler. de l’homme, l’intégration régionale et conti-
nentale ainsi que l’énergie et le changement
Troisièmement, les APE ne sont pas alignés climatique. Ces engagements ont débouché
stratégiquement ou opérationnellement sur sur un « partenariat stratégique UE–Afrique »
les programmes régionaux et continentaux rénové et révisé en 2005, complété par une
tels qu’ils figurent dans l’Agenda 2063 en Stratégie commune Afrique–UE opération-
vue d’un développement à long terme, de nelle en 2007. Les deux ont servi de modèle
la croissance économique et la réduction général ainsi que de paramètres de coopéra-
de la pauvreté en raison de la poursuite tion pour un nouveau type de partenariat entre
agressive par l’UE de ses intérêts offensifs. l’UE et l’UA (Le Pere 2012).
En outre, l’importance qu’ils accordent à
la libéralisation des marchés ne tient pas Bien entendu, le recours de l’UE à ce nou-
compte de l’absence de capacités écono- veau type de partenariat, basé sur l’équité et
miques et commerciales de l’Afrique ni l’harmonie des intérêts, tient compte du plu-
de ses multiples défis liés à l’offre et des ralisme grandissant des relations politiques

31
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

et économiques extérieures de l’Afrique ainsi piquant de E. H. Carr selon lequel l’harmonie


que des opportunités alternatives que ces der- des intérêts « sert ainsi de moyen moral dont
nières offrent. Il y a, par exemple, le système se prévalent, en parfaite sincérité, les groupes
de préférence accordé aux pays africains éli- privilégiés pour justifier et conserver leur po-
gibles pour un accès en franchise de droits aux sition dominante » (Carr 2001: 74–75).
États-Unis dans le cadre de l’Africa Growth
and Opportunity Acts. Mais encore plus pro- Devant les nouveaux défis à son hégémonie
metteur est le calcul de choix différent que les historique, l’UE devrait chercher à la conser-
pays BRICS, individuellement et collective- ver, sinon la renforcer. Cette hégémonie
ment, assurent aux pays africains en termes composée de téguments qui lui ont donné
de commerce plus permissif et coopératif, une position dominante et pleine d’autorité
d’investissement et d’opportunités d’aide au dans l’élaboration de l’économie politique
développement, même si de telles relations coloniale et postcoloniale de l’Afrique sur la
peuvent manquer de certitude contractuelle base de ses différents cadres de coopération
et de sophistication stratégique de l’UE. Ces commerciale et de développement, doit être
changements, il faut l’espérer, permettront modifiée par l’Afrique. Le continent doit
aux pays africains de se dégager peu à peu maintenant faire l’histoire en transformant
du joug structurel étouffant et obstructif et du cette relation d’un projet déterminant en une
double langage présentés comme intentions entreprise morale qui envahit le programme
nobles et vertueuses. On se rappelle le dicton de transformation de l’Agenda 2063.

32
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

4
IMPACT DES TENDANCES AFRICAINES
ET MONDIALES SUR L’AGENDA 2063

La cartographie des tendances africaines et 4.1. Tendances africaines :


mondiales ajoute une autre perspective à la démographie
dynamique influant sur l’importance avec
laquelle l’Agenda 2063 se montrera provi- L’essentiel de la croissance démographique
dentiel. Elle permettra à l’Afrique d’entrer du monde s’effectuera en Afrique, Asie et
dans un cercle vertueux de croissance durable Amérique latine au cours des prochaines dé-
et de développement, loin de sa « margina- cennies, les pays industrialisés de l’Ouest ne
lité » notée dans la plupart des projections comptant que pour moins de 3 %.
mondiales où le continent n’est mentionné
qu’en passant (voir, par exemple, NIC 2012). Avec 1,1 milliard d’habitants aujourd’hui,
Dans ce contexte, il est non seulement perçu la population de l’Afrique devrait passer à
comme source de produits de base mais 1,4 milliard en 2025 et plus de 2 milliards
également de guerres, conflits, maladie, d’ins- à l’horizon 2050, ce qui équivaudra à 22 %
tabilité et crises humanitaires. de la population mondiale. La démogra-
phie de l’Afrique comprend une population
Si l’Afrique se veut « un moteur dans la scène jeune dont la moyenne d’âge est de 19 ans,
internationale » pour la vision de l’UA et une où 40 % ont moins de 15 ans et 60 % moins
partie intégrante du cadre de transformation de 25 ans. Étant donné que la population en
de l’Agenda 2063, elle devra tirer parti de son âge de procréation continuera d’occuper une
stock d’opportunités présentes. Celles-ci com- grande part, la croissance démographique
prennent des signes de croissance économique, restera élevée pendant une bonne partie de
l’amélioration progressive de la gouvernance ce siècle.
économique et politique, un meilleur envi-
ronnement pour la gestion des défis de paix, La population de l’Afrique restera essentiel-
sécurité et stabilité, une demande croissante lement rurale (60 % en 2010). C’est le seul
de produits de base et un grand potentiel d’ex- continent où la population rurale devrait
ploitation du dividende démographique. Ces augmenter jusqu’en 2050–de 736 millions
attributs doivent être exploités afin de porter en 2025 à 764 millions en 2050. Il devrait
inexorablement l’Afrique vers le développe- par conséquent tirer profit de l’agriculture
ment post-industriel à l’échelle continentale et mondiale et de la production vivrière. La
plus d’autonomie et d’autodétermination, toutes conséquence d’une population principalement
choses qui s’appuient sur l’espace commercial rurale est que l’Afrique est le continent le
non exploité en vue du commerce intra régional. moins urbanisé du monde, bien que les choses
soient en train de changer. La population
Ces tendances qui doivent être prises en urbaine représentait 39 % en 2007 et devrait
compte dans le processus décisionnel de passer à 47 % en 2025 et 62 % en 2050. (UN
l’Agenda 2063 sont examinées ci-dessous. 2008).

33
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

Figure 2 : Populations africaine et mondiale, 2013 et 2050 sectorielles et sociales, notamment parce
que celles-ci intègrent les femmes dans les
activités productives et encouragent la parité
2013
Afrique
hommes-femmes). En résumé, l’Afrique ne
Reste du monde peut gérer durablement ses défis démogra-
2050
phiques que si elle améliore les soins de santé
et l’éducation et, plus généralement, toutes
0 2 000 4 000 6 000 8 000 10 000 12 000
les composantes du capital humain et social
Millions
(Vimard and Fassassi 2012).

Note: la première source donne des variantes faibles, moyennes et élevées. Les variantes moyennes sont
utilisées ici. 4.2. Tendances africaines :
Source: Secrétariat des Nations Unies 2013. commerce, aide et croissance

La part de l’Afrique dans le commerce mon-


Le cycle démographique de l’Afrique a des dial est minuscule : elle était de 2,2 % en 2001
implications directes pour la croissance et le et ne représentait encore que 3 % en 2011. Le
développement, notamment dans l’atteinte de commerce est dominé par six pays : Algérie,
la priorité des OMD d’éradiquer la pauvreté Angola, Égypte, Maroc, Nigéria et Afrique
(seuls 17 pays y sont parvenus). La pauvreté ur- du Sud qui, ensemble, représentaient 63 %
baine est l’un des plus grands défis de l’Afrique. des exportations et 58 % des importations
Pratiquement 66 % des citadins vivent dans des en 2011 (Mutambara 2013). L’Afrique a en-
installations informelles, sans eau adéquate, registré près de 5,5 % de croissance annuelle
d’assainissement, de transport ou de services moyenne au cours des 10 dernières années,
sanitaires, toutes choses occasionnant la faim, malgré les turbulences causées par la crise
des maladies, la privation et des comporte- financière mondiale de 2008. Cette croissance
ments antisociaux. Il s’y ajoute également la a été plus générale, bien que les exportateurs
perte du capital humain qualifié, responsable nets de pétrole continuent de mieux s’en tirer
du déficit du continent en matière d’innovation, que les pays importateurs nets de pétrole.
de création d’emplois et de dynamisme entre-
preneurial. Plus de 15 % des professionnels L’Afrique a été la bénéficiaire de la croissance
qualifiés d’Afrique subsaharienne gagnent leur rapide des échanges commerciaux et des flux
vie en dehors de ses frontières (UN 2008). des capitaux Sud-Sud : les IDE du Sud sont
passés de 5 % des investissements consentis
L’Afrique peut-elle tirer profit du dividende en1990 à plus de 20 % en 2010 (UNCTAD
démographique afin de promouvoir le progrès 2011). Elle a également reçu des investisse-
économique et social ? Pour y arriver, elle ments accrus de la Chine, de l’Inde et des
devra fortement promouvoir l’éducation à Etats du Golfe. Par ailleurs, la crédibilité et
tous les niveaux afin de faire de sa jeunesse les fondamentaux du continent ont fait preuve
une main-d’œuvre productive et mettre fin d’améliorations correspondantes au cours des
à la transmission intergénérationnelle de la 10 dernières années, avec une plus grande sta-
pauvreté. Ce progrès doit aller avec des in- bilisation des marchés jadis risqués.
vestissements dans les secteurs productifs de
l’économie (pour garantir les opportunités Cet élan positif a coïncidé avec l’importance
d’emploi) et avec une bonne gouvernance politique et économique des nouvelles puis-
(en vue d’améliorer l’efficacité des politiques sances émergentes en Afrique, les marchés

34
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

ayant été ouverts à la concurrence interna- d’affaires. La Chine n’est pas partie aux
tionale et aux flux des capitaux privés. Les codes de conduite comme l’Initiative pour
pays BRICS sont devenus une composante la transparence des industries extractives ou
significative de l’impulsion à la croissance « Publiez ce que vous payez » pour répondre
de l’Afrique, en raison essentiellement des des recettes pétrolières, aggravant ainsi le
marchés embryonnaires et non exploités du problème (Le Pere 2008).
continent et des énormes richesses en res-
sources naturelles. En 2010, ils représentaient Troisièmement, et c’est le plus important :
25 % des rentrées d’IDE et 14 % du stock de la structure des échanges de la Chine avec
ces derniers, notamment dans la fabrication et l’Afrique reprend les formes de dépendance
les services (TRALAC 2015). structurelle néocoloniale, traitant le continent
comme une périphérie banalisée. Les princi-
À son tour, l’Afrique a bien réagi commer- pales importations chinoises sont constituées
cialement : le commerce avec les BRICS a de ressources naturelles et produits primaires
augmenté plus vite qu’avec toute autre région à faible valeur ajoutée tandis que l’essentiel
du monde, doublant depuis 2007 à 340 mil- de ses exportations porte sur les produits
liards USD en 2012 et devraient atteindre manufacturés et de consommation. Cette
500 milliards USD au cours des deux pro- configuration, notamment le dumping des
chaines années, la Chine représentant 60 %. importations chinoises peu onéreuses et
Avec un volume total des échanges avoisinant l’éviction des produits locaux, ont affecté le
200 milliards USD en 2013, la Chine a renfor- développement industriel naissant. En outre,
cé sa présence dans les mines, la production, la elle a de graves conséquences sur les secteurs
transformation, la construction, l’ingénierie, où les pays africains ont au moins quelque
les services financiers, les communications avantage concurrentiel et comparatif tel que
et l’agro-industrie. Son rôle naissant dans la l’agro-industrie, le textile, l’habillement, la
construction des routes, les oléoducs et gazo- chaussure et le mobilier. Des secteurs qui ont
ducs, les centres commerciaux, les chemins stagné ou sont à bout de souffle (Zhao 2014).
de fer, les centrales électriques, la conserva-
tion de l’eau, les aéroports et le logement, En tant que bloc commercial, l’UE reste le
témoigne des déficits infrastructurels massifs partenaire le plus important de l’Afrique.
du continent et explique pourquoi plus de 35 Malgré les crises, elle représente encore
pays ont signé avec elle des accords de finan- 40 % du commerce de l’Afrique, totalisant
cement des infrastructures (Feifei 2014). 420 milliards USD en 2011. L’équipement, les
produits chimiques et les produits manufactu-
S’il ne peut y avoir aucun doute quant aux rés constituent près de 80 % des exportations
multiples avantages et biens publics que la vers l’Afrique. (Les pays développés de l’Or-
Chine apporte à l’Afrique, cet engagement ganisation de coopération et le développement
entraîne certains attributs négatifs. Premiè- économiques (OCDE) compte pour un pour-
rement, le caractère sacré du principe de centage similaire des flux IDE vers l’Afrique).
non-ingérence de la Chine pourrait enhardir Les échanges commerciaux de l’Afrique avec
certains régimes autocratiques d’Afrique et les États-Unis ont fortement augmenté depuis
affaiblir ainsi la démocratie, la bonne gou- le vote de la Africa Growth and Opportunity
vernance, la transparence institutionnelle et Act (AGOA) en 2000, passant de 35 milliards
les droits de l’homme. La corruption est pré- USD en 2001 à 126 milliards USD en 2011
sente dans la culture chinoise des affaires et (11,4 %). L’essentiel des échanges est consti-
l’absence de transparence dans les relations tué de produits pétroliers.

35
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

En définitive, le défi pour l’Agenda 2063 est pouvoir et la domination de l’élite occidentale
d’aider le continent à changer sa structure pendant que les pays africains continuent de
commerciale fondée sur une trop grande dé- souffrir de la fragmentation sociale et la dislo-
pendance peu viable à l’égard des produits de cation économique avec la baisse de l’aide au
base. Ses termes de l’échange traduisent une développement et des termes de l’échange.
tendance séculaire à décliner, non seulement
en raison de la volatilité des prix mais éga-
lement parce que l’élasticité par rapport aux 4.3. Tendances africaines :
revenus de la demande de produits manufac- démocratisation et gouvernance
turés est plus grande que celle des produits
primaires. Autrement dit, plus le revenu est La démocratisation et la gouvernance sont
grand, la demande de produits manufacturés des caractéristiques normatives cruciales de
augmente plus vite que la demande de pro- l’Agenda 2063 consignées dans son cadre de
duits de base. Le continent est par conséquent transformation. Les différentes pathologies
confronté au spectre des revenus des expor- relatives à l’Etat en Afrique et à l’architecture
tations des produits de base, n’arrivant pas à de la gouvernance ont été notées. Nous pou-
suivre le rythme du coût des importations. En vons cependant nous servir des indicateurs de
outre, la valeur des marchés des produits de Freedom House dans la mesure où ils donnent
base profite plus souvent aux négociants et une idée générale de la performance des pays
ceux qui interviennent dans la distribution, le africains en matière de libertés politiques et
transport, la commercialisation et la publicité. civiles. Dans son système de classement à
Les pays dotés de produits de base ne peuvent sept points, 1 renvoie à la démocratie parfaite
donc compter que sur les rentes provenant de tandis que 7 en est l’absence totale.
ces activités.
En 1972, première année d’exercice de
De surcroît, l’impasse qui a caractérisé le Freedom House, 44 pays africains ont été
cycle de Doha de l’OMC pendant plus d’une examinés, trois classés libres, 31 non libres
décennie est symptomatique de l’échec à et le reste partiellement libres avec une note
traiter ces préoccupations en tant que ques- moyenne de 5,4. En 2010, sur 53 pays afri-
tions de développement et de les inscrire cains évalués, 13 étaient catégorisés libres et
dans un train de mesures qui réformeraient le 16 non libres avec une amélioration de la note
système commercial mondial. Ces réformes moyenne de 4,2 (Freedom House 2010). L’in-
apporteraient plus d’équité et d’équilibre pour dice Ibrahim de 2013 est également instructif :
ce qui est de la lettre et de l’esprit du cycle. en mesurant « la participation politique et le
Le centre d’intérêt s’est plutôt déplacé vers respect des droits de l’homme », il a trouvé
l’accès aux marchés et les intérêts mercanti- que 34 pays avaient fait des progrès tandis
listes des grandes puissances commerciales que 17 avaient régressé dans les indicateurs
telles que les États-Unis, l’UE et le Japon. Il de gouvernance et subit des revers en matière
y a donc assez de preuves incontestables dé- de gains démocratiques, essentiellement à
montrant l’échec de la politique commerciale cause de la persistance des formes de gouver-
néolibérale à entraîner un développement nement néo patrimoniales et clientélistes.
à large assise (Vickers 2009). Les termes de
l’intégration de l’Afrique dans le système Des améliorations dans l’ordre démocratique
commercial mondial suivent ainsi une logique sont également notées dans la conduite d’élec-
politique plutôt que des raisons économiques, tions multipartites : de 1989 à 2012, près de
ce qui préserve les structures fondamentales de 280 élections ont été organisées dans 50 pays

36
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

(AEO 2013). Les théories sur la consolidation depuis la fin de la guerre froide. Cependant,
de la démocratie suggèrent que trois élections ce qui est alarmant est que la vaste majorité
multipartites améliorent les perspectives et de ces conflits se déroule à l’intérieur des
chaque élection institutionnalise davantage pays et le continent y a été particulièrement
les libertés publiques et politiques (Bratton vulnérable. Les conflits actuels ont non seu-
and Mattes 2009). De plus, une plus grande lement une forte texture civile mais sont
participation populaire aux processus électo- également transfrontalières avec des rami-
raux témoigne du profond ancrage de l’élan fications internationales. En 2012, on en a
vers la démocratie des citoyens africains, noté 12 (deux fois plus qu’en 2005). Tout en
notamment des femmes et des jeunes. L’envi- se déroulant à l’intérieur des frontières natio-
ronnement électoral a été beaucoup amélioré nales, la moitié de ces conflits implique plus
par l’adoption de codes de bonnes pratiques d’un pays africain et des alliés internationaux
nationaux, régionaux et continentaux tandis combattant l’insurrection et les menaces ter-
que des initiatives telles que le Mécanisme roristes. À titre d’exemple, le groupe militant
africain d’évaluation par les pairs ont été Al-Shabaab fait face au gouvernement soma-
également salutaires à l’approfondissement la lien ainsi qu’aux alliés de l’Afrique de l’Est
démocratie en Afrique. conduits par le Kenya. Au Nigéria, le gou-
vernement est entraîné dans une lutte contre
D’après l’indice de perception de la corrup- les islamistes de Boko Haram avec l’aide
tion 2014 de Transparency International, du Cameroun, du Tchad et du Niger. Une
quatre pays africains sur cinq sont toujours intervention internationale au Mali en 2013,
en deçà de la moyenne mondiale (TI 2014). a aidé à mettre fin à l’offensive insurgée du
De manière générale, la nature endémique et Mouvement national pour la libération de
systémique de la corruption reflète l’absence l’Azawad (MNLA), Ansar Dine et Al Qaeda
de mécanismes institutionnels susceptibles de au Maghreb (AQMI).
changer et éradiquer les pratiques corruptives
dans les secteurs public et privé, vérifier la L’environnement de promotion et d’une
croissance et le développement et affectant meilleure gestion de la paix et de la sécuri-
de manière disproportionnée les populations té de l’Afrique a été assisté d’opérations de
démunies. Là où les institutions étatiques n’ar- maintien et d’imposition de la paix de l’UA
rivent pas à offrir des services de base ou la et de l’ONU à travers le continent. Au milieu
sécurité, les citoyens sont obligés de chercher de l’année 2008, un effectif de 108 000 per-
refuge dans des filets de sécurité primordiaux sonnes (dont 74 000 militaires) a été engagé
tels que la famille, le clan ou la tribu. La cor- dans 17 opérations de maintien de la paix, es-
ruption aide ainsi à renforcer cette culture du sentiellement en Afrique. L’opération la plus
népotisme si bien que dans beaucoup de cas importante conduite par l’Afrique se déroule
les élections ne font qu’élargir les clivages en Somalie sous les auspices de la Mission de
sectaires et ethniques, ébranlant davantage la l’UA en Somalie (AMISOM), laquelle a reçu
paix sociale (Murphy 2010). un appui substantiel de l’UA et de la commu-
nauté internationale. Le nombre de missions
onusiennes en Afrique est passé à huit en
4.4. Tendances africaines : Paix et 2013, après l’installation de la Mission mul-
sécurité tidimensionnelle intégrée des Nations Unies
pour la stabilisation au Mali. Les sept autres
Globalement, le nombre de conflits armés sont au Sahara occidental, au Libéria, en Côte
en Afrique a baissé de manière spectaculaire d’Ivoire, en République démocratique du

37
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

Congo, au Darfour, au Soudan, au Soudan du de l’Afrique. Une conséquence de la mau-


Sud et dans la région d’Abyei entre le Soudan vaise prestation de services, du chômage
et le Soudan du Sud (AEO 2014). et la pauvreté grandissants et l’oppression
étatique en réponse souvent aux protesta-
L’engagement accru de l’Afrique visant à tions découlant d’aspirations insatisfaites du
mettre fin aux conflits a été un catalyseur pour Printemps arabe sous le slogan « pain, li-
le renforcement de l’appui international et de berté et justice sociale » (Le Pere 2014).
l’ONU, dont la révision devrait être sérieuse- Récemment en Afrique du Sud, les troubles
ment envisagée au moment où l’Agenda 2063 sociaux et la violence civile ont augmenté de
est déroulé car de telles activités étouffent manière spectaculaire – liés à la x­ énophobie –
l’initiative africaine et la mobilisation auto- symptomatiques peut-être de la manière
­
nome de ressources. Il encourage également dont continue à être mis à mal le lien entre
la « prise » externe du programme de paix et le respect des droits de l’homme, des libertés
de sécurité du continent ainsi que la dépen- civiles, des droits au bien-être et la liberté
dance à l’égard des puissances étrangères. d’expression. En réalité, ce qui a été qualifié
L’UE, par exemple, compte neuf missions de « durcissement politique » semble s’ac-
communes de sécurité et de défense dé- croître quand les gouvernements réagissent
ployées à travers les zones de conflit et sa violemment par des arrestations, des interdic-
force navale en Somalie – Atalanta Mission – tions, des couvre-feux et états d’urgence au
entend renforcer les capacités maritimes de dissentiment populaire grandissant.
cinq pays de la Corne de l’Afrique en vue
d’aider à combattre la piraterie. Sa décision
en 2000 de créer une facilité africaine pour la 4.5. Tendances mondiales :
paix a permis d’octroyer 300 millions d’euros glissement du rapport des forces
à l’UA, en appui au maintien de la paix et au
renforcement des capacités en 2006. D’autres Le glissement du rapport des forces de
allocations suivront. Beaucoup d’attention et l’Ouest à l’Est est la première des quatre
de financements ont été consacrés à la Force tendances mondiales. Il devrait être la consé-
africaine en attente (FAA) qui a pour objet quence du déclin relatif des États-Unis et de
d’entreprendre une multiplicité d’opérations l’UE en fonction de la diminution de leur part
d’appui à la paix comprenant le déploiement au PIB mondial et dans le commerce ainsi
préventif, le maintien de la paix, la construc- que la chute de leur production industrielle.
tion de la paix, le désarmement post-conflit, la Ce déclin est allé de pair avec la « montée
démobilisation, la réintégration et l’assistance du reste » (Zakaria 2008). Bien entendu, les
humanitaire (Cilliers 2008). Toutefois, l’am- États-Unis resteront un acteur économique
bition de la FAA ne se réalisera pas sans un dominant en raison de leur dynamisme mon-
engagement important de ressources par les dial et d’un PIB de 16 trilliobillions USD–sur
pays africains et les organisations régionales 22 multinationales les plus importantes, la
ou sans une meilleure coordination et gestion moitié est américaine. Même si elle ne sera
opérationnelles. pas la plus grande économie, l’Amérique
restera toujours un acteur mondial dominant
La montée des protestations publiques, les entre 2015 et 2030. L’UE est une entité éco-
tensions civiles et troubles sociaux qui se sont nomique plus vaste que les États-Unis mais
intensifiés brusquement à travers le continent, elle ne peut pas rivaliser avec l’hégémonie
avec 18 pays considérés à très haut risque, té- mondiale américaine, son influence et son
moignent encore de la complexité sécuritaire pouvoir ; en effet – en raison essentiellement

38
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

de sa population vieillissante et la crise de la été marginalisés, la politique étrangère améri-


zone euro – elle connaîtra les années à venir caine étant devenue beaucoup plus militarisée
une diminution relative plus brusque de sa et belligérante, en particulier dans sa volonté
part dans l’économie mondiale. de contrôler la propagation des armes de des-
truction massive et la conduite de sa « guerre
Ce qui est intéressant au sujet de la « montée mondiale contre la terreur » après les événe-
du reste » est qu’à l’horizon 2050, un groupe ments du « 11 septembre ».
de sept puissances émergentes – Brésil, Chine,
Inde, Indonésie, Mexique, Russie et Turquie – En Afrique et sous la surveillance du président
seront 50 % plus grands que le G7 actuel George W. Bush, les États-Unis ont créé un
composé du Canada, de la France, de l’Alle- commandement militaire unique, AFRICOM.
magne, de l’Italie, du Japon, du Royaume-Uni Basé en Allemagne après une réception peu
et des États-Unis. La Chine restera la grande enthousiaste en Afrique, AFRICOM a un carac-
économie à croissance rapide du monde et de- tère hybride étrange. Non seulement il est censé
vancera les États-Unis pour être la plus grande appuyer l’amélioration de l’architecture de paix
économie autour de 2025. L’Inde aura atteint et de sécurité en Afrique, mais également pro-
90 % la taille de l’économie américaine en mouvoir les biens collectifs tels que la bonne
2050 et la Chine devrait être 30 % plus grande gouvernance, le renforcement des institutions
que les États-Unis (Grimm and Wenping 2012). et le développement social sous l’angle des di-
lemmes malthusiens auxquels le continent doit
En plus du déclin de son hégémonie écono- faire face (De Lorenzo and Uttley 2007).
mique, l’Amérique est également confrontée
à la perspective d’un dilemme sécuritaire L’Agenda 2063 devra donc prendre en compte
grandissant. Ces dépenses militaires étaient non seulement l’ascension dynamique de la
de 700 milliards USD en 2010, mais plus elle Chine en tant que puissance mondiale mais
dépense pour sa propre sécurité et comme également ses relations futures en matière de
policier du monde, plus elle ne se sent pas en sécurité avec les États-Unis et l’Union euro-
sécurité. En outre, son expansion et agression péenne, dans un contexte international qui
militaire ont déclenché un cycle de réactions devrait rester instable, turbulent et volatile. Qui
asymétriques, notamment avec la propaga- plus est, l’Afrique – ses institutions régionales
tion du terrorisme, de l’extrémisme et du et son leadership politique – devra adopter des
fondamentalisme islamique. Historiquement, positions plus déterminées et affirmées dans
l’influence du complexe militaro-industriel la création d’un ordre multilatérale basé sur
américain a été démesurée sur la conduite de la conscience qu’elle a plus besoin de l’ONU
la politique étrangère, dont avait mis en garde que celle-ci n’a besoin d’elle. Il y a là une
le président Eisenhower dans son discours opportunité stratégique car « [beaucoup] tout
présidentiel d’adieu en 1961. Ironiquement, processus de gouvernance mondiale n’est, en
la fin de la guerre froide était censée apporter réalité, pas très prometteur sans la participation
un dividende de la paix mais le pouvoir dur – des acteurs africains (Messner 2007:119).
projeté – a non seulement ébranlé la légitimité
des États-Unis mais également contribué à la
montée de l’insécurité régionale, notamment 4.6. Tendances mondiales :
au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (Le changement climatique
Pere 2014). Les normes et standards de la
diplomatie ainsi que les mécanismes multi- Le changement climatique est un multiplica-
latéraux incarnés par les Nations Unies ont teur de menaces, notamment dans l’optique

39
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

de promouvoir des économies résilientes au de l’Afrique comprennent le stress hydrique


climat et des secteurs agricoles modernes. En et les tensions croissantes liées à l’eau, la
janvier 2007, la session ordinaire des chefs baisse de la production agricole et l’insécu-
d’État et de gouvernement de l’UA a lancé rité alimentaire grandissante, l’élévation du
un appel aux pays africains, aux CER ainsi niveau des mers, l’ampleur et la prévalence
qu’aux partenaires au développement, à l’ef- des maladies à transmission vectorielle et la
fet d’accompagner les stratégies d’adaptation migration des populations (Low 2005 ; ECA
et d’atténuation du changement climatique et 2007).
de les intégrer dans les plans de développe-
ment et de réduction de la pauvreté (Rukato L’Agenda 2063 doit s’attaquer de front à ce
2010). défi car, à moins d’être correctement gérés,
les impacts actuels et projetés pourraient re-
Le changement climatique fait peser des me- présenter des pièges de développement qui
naces distinctes sur l’Afrique, à l’encontre de plongeront davantage les pays africains dans
ses projets d’amélioration de la croissance un cycle paralysant de pauvreté, maladies
et du développement et de promotion de la et conflits (Grist and Speranza 2012). Bien
paix et la sécurité. Il y a donc une urgence que très édulcoré dans la Convention cadre
impérieuse pour l’Agenda 2063 à relever des Nations Unies sur le changement clima-
les défis induits par le climat, et de manière tique et selon le mandat du plan d’action de
plus critique, la sécurité alimentaire, le loge- Bali, l’accord de Copenhague prévoit pour
ment et les habitations et le financement de les pays africains et d’autres en développe-
l’atténuation et de l’adaptation. Le continent ment, 30 milliards USD pour financer leur
ne contribue que pour 3,8 % environ de l’en- adaptation et atténuation en vue de réduire les
semble des émissions de gaz à effet de serre émissions et développer des sources d’énergie
mais sa faible capacité d’adaptation et d’atté- et de technologies alternatives et résilientes.
nuation ne fait qu’accentuer sa vulnérabilité L’Agenda doit cependant relever le défi de
(Le Pere and Ikome 2012). s’assurer que les 100 milliards USD promis au
Fonds vert pour le climat soient débloqués en
Bon nombre de pays africains sont situés 2020, surtout qu’ils sont très pertinents pour
dans des zones confrontées déjà à des tem- la promotion d’un développement à faibles
pératures élevées et des régimes climatiques émissions de carbone et résilient au climat
irréguliers tels que la variabilité de la pluie. dans les pays africains (Denton et al. 2015).
D’autres changements climatiques ont pré-
cipité l’érosion des sols, la sécheresse et la
désertification. Ils ont également menacé les 4.7. Tendances mondiales :
écosystèmes et la biodiversité de plus en plus mondialisation et pouvoir
fragiles. Le continent reste mal équipé pour étatique
répondre aux effets directs et indirects du
changement climatique en raison de la pauvre- L’Afrique se situe entre un ordre capitaliste
té endémique, des mauvaises infrastructures mondial et une structure de pouvoir multi-
économiques et sociales, des conflits de faible polaire mieux répartie. Dans le premier se
et haute intensité, des capacités humaines et trouve un niveau d’influence des entreprises
institutionnelles limitées et des technologies économiques et transnationales capables de
et ressources financières inadéquates. Les rivaliser avec, sinon le supplanter, le pou-
principaux impacts du changement clima- voir des Etats et des gouvernements dans le
tique sur les perspectives de développement deuxième.

40
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

Dans cette dialectique entre intégrer les cir- arbitraire de l’environnement des investisse-
cuits d’un ordre capitaliste de portée mondiale ments est sévèrement puni (Rothkopf 2008).
et conserver la souveraineté en tant que critère
par excellence des relations internationales, les C’est dans ce contexte qu’est intervenue une
pays africains ont été soumis à des pressions importante évolution avec l’accroissement des
externes et conditionnelles grandissantes pour fonds souverains des pays situés en dehors de
se conformer aux prescriptions des droits de l’orbite d’influence occidentale. Le Koweït et
l’homme, de l’État de droit, de la bonne gou- les Émirats arabes unis, par exemple, gèrent
vernance et de la démocratie. Ces pressions leurs considérables réserves de devises géné-
se sont amplifiées au fur et à mesure qu’ils at- rées par les recettes pétrolières et gazières. En
tirent de plus en plus d’entrepreneurs d’ONG 2012, les fonds souverains contrôlaient des
et de défenseurs de la société civile. Dans cet actifs de près de 3 billions USD, un chiffre
environnement mondialisé d’intérêts agressifs qui pourrait atteindre 12 à 15 billions USD
de l’entreprise et du mercantilisme offensif, au cours de la prochaine décennie si les cours
la quête du pouvoir et du profit est un impé- des produits de base restent inchangés.
ratif irrésistible, représenté par « l’homme
de Davos » en tant que forme d’un interna- Ces fonds cherchent de plus en plus à investir
tionalisme capitaliste dépourvu de racines en Afrique : c’est le cas de Mubadala Deve-
nationalistes et de loyauté (Rothkopf 2008). lopment, une filiale d’Abu Dhabi Investment
Authority, qui a investi 400 millions USD
Il y a plus de 1500 sociétés internationales dans le secteur des télécoms du Nigéria. Le
avec un chiffre d’affaires annuel ou des avoirs gouvernement nigérian, à son tour, a créé
dépassant 5 milliards USD tandis que le pou- Africa Financial Corporation, un fonds de ca-
voir et l’influence de la plupart des dirigeants pital-investissement destiné à l’Afrique avec
politiques nationaux ne vont pas généralement un capital de base de 462 millions USD.
au-delà de leurs frontières. En 2010, le PIB
mondial était d’environ 50 billions USD tan- Une autre impulsion est venue de la Banque
dis que les 250 premières sociétés du monde mondiale à travers sa Société financière inter-
faisaient des ventes combinées supérieures à nationale. Elle a mis en place « un fonds des
16 billions USD, pratiquement le tiers du PIB fonds » qui apportera 1 % de la richesse sou-
mondial et plus que celui des États-Unis. Ces veraine dans des secteurs critiques de l’Afrique
sociétés sont dotées d’une puissante capacité tels que l’agro-industrie et le secteur manufac-
de lobbying afin d’influencer en leur faveur turier et qui pourrait également aider à mieux
les règles nationales et internationales et leurs gérer le côté offre des infrastructures, de l’éner-
opérations peuvent s’effectuer dans les pays gie et des transports. Ce fonds pourrait ajouter
offrant les meilleurs rendements ou là où 30 milliards USD au budget de croissance et
leur position dominante sur le marché n’est de développement du continent. L’Agenda
pas soumise à une ingérence réglementaire 2063 ferait bien par conséquent d’intégrer ces
importune. développements dans sa prise de décision,
notamment dans la mesure où le passage aux
Dans un tel environnement, les dirigeants poli- entreprises étatiques pourrait engendrer un le-
tiques doivent rendre compte à deux milieux : vier financier à travers les fonds souverains.
l’électorat dont ils dépendent pour les votes
et les marchés des capitaux qui soumettent Une bonne partie du discours globalisé porte
leurs politiques à un référendum quotidien. sur un système international caractérisé par
Le moindre risque politique ou changement les turbulences, la crise et la vulnérabilité

41
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

structurelle, perturbateur des marchés et du recouvrement de l’impôt, la formalisation


tout aussi destructeur des économies natio- de l’activité informelle, en ciblant l’utilisation
nales. À titre d’exemple, l’impact de la crise des envois d’argent, endiguer les sorties illi-
financière mondiale de 2008 a vu les pays cites de capitaux, combattre la corruption et
développés se retrancher dans leurs enclaves concevoir des institutions et processus offrant
protectionnistes, abandonnant leurs obliga- un espace en vue de s’adapter aux condi-
tions internationales par rapport au commerce, tions du marché international qui évoluent
à la coopération au développement, l’allége- rapidement.
ment de la dette et le changement climatique
et contribuant ainsi à davantage de balkanisa-
tion entre pays riches et pauvres. 4.8. Tendances mondiales :
interdépendance et inégalité
Beaucoup de pays en développement, dé-
pourvus de ressources pour apporter des Le grand paradoxe de notre époque est que
ajustements anticycliques ou pour mettre l’interdépendance a réuni les peuples, les
en place des mesures d’impulsion, se sont sociétés, les nations et les régions en des
détournés de la piqûre paralysante du ca- « communautés de destin » où l’avenir de
pitalisme de marché et des flux financiers l’humanité et la stabilité planétaire sont indivi-
internationaux. Par conséquent, certains sibles. Cependant, les pays en développement,
niveaux d’intervention étatique dans la poli- en particulier l’Afrique, continuent d’être en
tique macro-économique ont été de plus en marge de notre univers interconnecté et qui
plus sollicités à travers les ressources et le na- s’intègre, même si les choses changent vite.
tionalisme économique et une réglementation
plus stricte des marchés. C’est ce contexte À titre d’exemple, environ 1,6 milliard des
externe dont l’Agenda 2063 devrait tenir habitants de la planète qui en compte près
compte si l’on tient véritablement à construire de 7 milliards utilisent Internet et ce chiffre
des Etats africains de croissance. atteindra en moyenne 40 % par an. En re-
vanche, près de 60 millions d’Africains sur
D’abondantes ressources cachées dans le 1,1 milliard s’en servent – une des régions où
continent peuvent être “découvertes” à le taux est le plus bas au monde. Il y a ce-
travers, par exemple, des interventions en pendant des signes encourageants en ce sens
matière de politique telles que l’amélioration que les taux annuels ont augmenté de près
de 135 %. Des tendances de croissance si-
milaires se notent dans le marché africain du
Figure 3 : Pénétration de l’Internet en Afrique par rapport au cellulaire où les Nigérians sont parmi les plus
reste du monde, 2014 grands utilisateurs de téléphones mobiles,
suivis de l’Égypte, du Maroc, de l’Afrique du
Sud et de l’Algérie.
Reste du monde 45,20 %

L’utilisation croissante de la technologie


Moyenne mondiale 42,30 %
donne une impulsion à la croissance et au
développement, ce qui est incontesté. Elle
Afrique 26,5 %
découle du stock accumulé de connaissances
humaines, du choix dynamique de voies alter-
natives de penser et d’agir, de la mise à l’essai
Source: www.internetworldstats.com. de solutions hypothétiques, de l’affinage de

42
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

l’information et des données et, qui plus est, sa part de chercheurs de niveau international,
du renforcement des capacités humaines et so- la part consacrée aux dépenses de recherche
ciales pour gérer le changement (Gault 2010). et de développement et la part des dépenses
Toutes ces questions concourent à apporter du PIB dans la recherche-développement.
de l’innovation dans les produits et processus
améliorés, les méthodes de commercialisation, L’Agenda 2063 doit donc accorder beaucoup
la conception des organisations, l’organisation d’importance à l’amélioration des capacités
du lieu de travail, et bien plus. de l’Afrique à utiliser la science et la techno-
logie et à stimuler les systèmes d’innovation,
Cependant, l’absence d’une telle innova- notamment dans des secteurs critiques du
tion en Afrique explique pourquoi les firmes développement tels que l’eau et l’assainisse-
africaines ont 20 % de moins d’avantage ment, l’éducation, l’énergie et l’électricité, les
concurrentiel que leurs homologues des autres technologies de l’information et de la com-
régions où les caractéristiques structurelles et munication, le changement climatique et
cycliques jouent un grand rôle (WEF 2009). l’agriculture (Maharajh, Sall, and Karu-
Un déficit général se note dans les sciences, la ri-Sebina 2012). Le défi pour l’Agenda sera
technologie et les performances de l’innova- d’exploiter des partenariats internationaux
tion à travers l’Afrique si l’on tient compte de pour obtenir ces capacités.

43
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

5
AVIS DES PERSONNES
INTERROGÉES : SYNTHÈSE

Vingt-trois personnes d’un échantillon Beaucoup se sont préoccupés du niveau de


d’organisations ont été interrogées pour les leadership politique et civique des acteurs
besoins de la présente étude, en mars et avril africains, de l’appropriation verticale et hori-
2015. Elles comprenaient des représentants zontale, de la gouvernance et la surveillance
du milieu des affaires, de centres d’études et la mobilisation de ressources requises.
et de recherches, du monde universitaire, du Sans ces éléments, il sera difficile d’entraîner
corps diplomatique, des gouvernements et un véritable développement et d’avoir des
d’institutions régionales et continentales (An- résultats centrés sur les populations, confor-
nexe 3). Une série de questions ouvertes ont mément au cadre de transformation et aux
été posées en fonction de divers critères de programmes décennaux de l’Agenda 2063.
collecte d’informations (Annexe 4). Ils devront s’exécuter dans un contexte mon-
dial franchement schizoïdique : d’une part
La connaissance des objectifs de l’Agenda une Afrique jouissant de plus en plus d’une
2063 par les répondants était impressionnante. pertinence géostratégique, principalement en
La plupart d’entre eux avait également lu le raison du boom des produits de base et d’autre
document stratégique de l’UA « l’Afrique part, un continent encore marginalisé quant
que nous voulons », qui présente l’évolution aux meilleurs termes de l’échange, de l’aide,
et l’objectif général de l’agenda, ou avait de l’allégement de la dette ou du financement
vu plusieurs reportages sur le sujet dans les du développement. Les tendances mondiales
médias. Les répondants étaient également conspirent contre « la montée de l’Afrique »,
familiers avec les enjeux critiques influençant comme l’a déclaré une personne interrogée.
les paysages continental et mondial.
Bon nombre de répondants ont évoqué le
Il semble se dégager une large convergence bilan mitigé des CER et de l’UA en matière
de vues parmi les personnes interrogées et de promotion de formes de régionalisme plus
les enjeux analytiques et normatifs vitaux importantes. Leur évaluation reprend lar-
que nous avons essayés de mettre en exergue gement ce qui est bien connu, se concentrer
dans ces deux paysages. Les principaux as- sur les efforts d’approfondissement de l’inté-
pects de convergence ont trait aux capacités gration économique sur la base du « modèle
institutionnelles et de gouvernance ainsi d’Abuja » linéaire, pour reprendre une ex-
qu’à la volonté politique des Etats africains pression utilisée. Les zones de libre-échange
et l’aptitude des institutions régionales et et les unions douanières et monétaires n’ont
continentales à faire avancer la croissance et pas connu jusqu’ici beaucoup de réussite, ce
le développement sur la base de la vision, des qui permet de comprendre les faibles niveaux
normes et standards de l’Agenda 2063, sur des échanges intra régionaux. La dépendance
fond d’un environnement internationale loin continue de l’Afrique à l’égard de l’expor-
d’être favorable. tation des matières premières et des cultures

44
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

de rapport ont à peine donné un marché tentatives ratées d’intégration économique et


continental complémentaire mais plutôt un politique aux plans régional et continental.
marché compétitif et caractérisé par les ni- Ces revers ont gravé des pathologies struc-
veaux élevés de nationalisme économique. turelles dans la politique africaine et saper
Certaines personnes interrogées ont trouvé idéal panafricain, essentiellement parce
difficile d’imaginer comment l’Agenda 2063 que, comme l’a mentionné une personne
pourrait apporter des changements car au interrogée, « l’Afrique est un cimetière de
cours de l’existence de l’OUA/UA beaucoup projets grandioses et de l’échec de la mise
de protocoles, de plans et de déclarations ont en œuvre ». En résumé, ces questions sont
été adoptés mais pratiquement aucun n’a été principalement liées aux problèmes d’une
mis en œuvre. meilleure gestion des défis transnationaux tels
que les conflits et l’insécurité, le commerce
De plus, les Etats et gouvernements africains intra régional, les flux financiers illicites, le
ont été léthargiques dans leur appui politique fondamentalisme religieux rampant, une jeu-
au programme d’intégration de l’UA. Ce qui nesse marginale dont la population ne cesse
est révélateur de leur répugnance à céder une de croître, les épidémies, notamment Ebola
part de souveraineté aux organismes régio- et les problèmes associés au changement cli-
naux et continentaux pour le bien collectif. matique et aux pressions sur l’utilisation des
ressources.
Une personne interrogée a noté que la pénurie
de champions continentaux depuis le départ Les initiatives d’intégration régionale et
des présidents Thabo Mbeki d’Afrique du continentale ont dû se colleter avec une
Sud, Olusegun Obasanjo du Nigéria, Abdo- diversité de tendances de croissance et de
ulaye Wade du Sénégal, feu Meles Zenawi trajectoires de développement des Etats afri-
d’Éthiopie et Abdelaziz Bouteflika d’Algérie cains. Les 35 parmi les « moins développés »
(qu’une personne interrogée a appelé, en tant posent des défis spéciaux à l’Agenda 2063 et
que groupe, la coalition de la « Renaissance à la vision de l’UA. Le défi particulièrement
africaine ») et s’est lamenté de l’absence d’un important est de savoir comment mobiliser les
leadership continental fort qui pourrait jeter ressources nationales et continentales afin de
et développer les fondations de l’intégration réduire la dépendance des 35 pays les moins
régionale en Afrique. Il s’y ajoute, d’après développés à l’égard des donateurs. Une per-
une autre personne, l’absence d’esprit de sonne interrogée estime que ce sont ces pays
coopération et de solidarité entre l’UA et les qui sont particulièrement enclins aux conflits,
huit CER, censées former les blocs constitu- à la fragilité de l’État, la dégradation de l’en-
tifs essentiels de l’intégration continentale. Il vironnement, et les maladies, la criminalité,
semble plutôt y avoir une « distance straté- les personnes déplacées à l’intérieur de leur
gique » entre elles, ce qui pourrait davantage propre pays, souvent en quête de meilleures
saper les efforts de l’Agenda 2063 visant à opportunités. Les conséquences tragiques du
harmoniser les programmes d’intégration commerce d’êtres humains à travers la Médi-
et à promouvoir un sentiment plus fort du terranée, illustration parfaite du problème, ont
panafricanisme. été évoquées.

La plupart des enquêtés ont reconnu que si L’Agenda 2063, selon beaucoup de personnes
la grande promesse de l’Agenda 2063 repose interrogées, devrait privilégier les axes des
sur des initiatives continentales passées et engagements internationaux de l’Afrique,
présentes, l’histoire retient également des essentiellement parce qu’ils peuvent retarder

45
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

et aussi promouvoir sa croissance et son dé- • dans le second quadrant, l’agenda est
veloppement. Beaucoup estiment également une autre expérience ratée dans la litanie
que le continent doit développer un « espace des cadres élaborés au cours des 50 der-
autonome » afin d’être plus assertif et com- nières années, où on a laissé se multiplier
mencer à dicter des termes d’engagement et les facteurs de risque et les symptômes
les programmes qui les accompagnent. Un morbides ;
tel engagement, a poursuivi une autre, peut-
être extensif et compétitif (comme avec l’UE • dans le troisième – et en raison de la
et les États-Unis) ou sélectif et coopératif pertinence stratégique grandissante de
(avec les BRICS et autres puissances émer- l’Afrique – ­ l’engagement international
gentes), mais l’une ou l’autre voie demande a atteint un niveau mais seulement sur la
un calcul stratégique, en mesurant les coûts base d’une association avec les pays afri-
et les avantages et comment y répondre en cains stratégiques et les élites au pouvoir,
améliorant les avantages tout en réduisant les au détriment d’initiatives régionales et
coûts. Si cela n’est fait promptement et de continentales ;
manière coordonnée, le continent peinera, par
exemple, à construire les plates-formes natio- • enfin le quatrième tient compte des diffé-
nales et régionales nécessaires au décollage rences de performance des pays africains
industriel. ainsi que des énormes divergences d’in-
térêts nationaux, ce qui rend très difficile
D’autres axes concourants ont trait aux capa- l’efficacité et l’appropriation de l’Agenda
cités et aux ressources des Etats africains, des 2063 sur cinq décennies.
CER et de l’UA ainsi que la mise en place de
mécanismes de mobilisation de ressources et
de renforcement des institutions afin d’assu- 5.1. Libérer le potentiel de l’Afrique
rer un développement de la base au sommet
pour atteindre les impératifs de financement, La première série d’avis représente deux ar-
de gouvernance et de gestion de l’Agenda guments de plusieurs personnes interrogées.
2063. Pour certaines, il y a une preuve distincte
de caractéristiques d’une « renaissance afri-
Le défi fondamental de l’Agenda est par caine » reflétées par des taux de croissance
conséquent d’atteindre un niveau constructif élevés, plus de gouvernance et une utilisa-
de « partage du fardeau » et d’appui avec la tion responsable des ressources publiques,
communauté internationale tout en garantis- la baisse des niveaux des conflits, un capital
sant son appropriation et sa gestion africaines humain et naturel important non exploité et
à large assise. une Afrique qui prend de l’importance sur la
scène internationale, essentiellement en rai-
Les points de vue des enquêtés peuvent se son du « facteur chinois. » L’environnement
subdiviser en quatre quadrants de réponses, africain, selon ce point de vue, est prêt à atti-
détaillés ci-après : rer plus d’investissements parce que les taux
de croissance potentiels à travers les secteurs
• le premier voit une grande possibilité de économiques stratégiques restent très promet-
libéralisation du potentiel du continent et teurs, malgré les effets de la crise financière
de s’appuyer sur les gains actuels en ma- mondiale. Selon l’avis d’une personne, l’Acte
tière de croissance et de développement, si constitutif de l’UA a suscité beaucoup d’inté-
l’esprit et la lettre de l’agenda sont suivis ; rêt et d’engagement parmi les Etats membres

46
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

à adhérer à ces principes de gouvernance et des CER et de l’UA, encourageant davantage


à l’intégration régionale, ce qui est au moins d’appui de la part des partenaires internatio-
rassurant pour l’Agenda 2063, même s’il naux, notamment du niveau de coordination
devra lutter contre la « malédiction de la des efforts des partenaires traditionnels avec
souveraineté ». les nouveaux. Cette assistance a été particu-
lièrement évidente dans l’appui apporté au
L’autre argument est que les changements budget et au programme de l’UA, en prenant
positifs reflètent un projecteur éphémère, en charge les coûts de maintien de la paix et
mondial, notamment avec la date butoir de en améliorant la situation sécuritaire générale
2015 des OMD à laquelle les pays africains du continent. Mais ce niveau d’appui ne re-
font face et que beaucoup d’entre eux sont flète que « la partie visible de l’iceberg », de
très loin d’atteindre. ce qu’il faut pour maintenir les niveaux de
financement de la croissance et du dévelop-
L’expérience africaine des OMD ne peut pas pement futurs de l’Afrique, dont l’essentiel
manquer d’avoir des conséquences sur le ni- devrait être généré sans recours au soutien
veau d’appui international qu’obtiendra externe. (Une personne interrogée à la CEA
l’Agenda 2063, à moins d’un meilleur aligne- a suggéré que deux documents produits en
ment sur les programmes de développement 2015 par la CEA et CEA/UA soient sérieu-
actuels tels que le NEPAD et le tas de projets sement pris en compte par les planificateurs
comme le PIDA, la zone de libre-échange de l’Agenda 2063 : Innovative Financing for
continentale (ZLEC), la relance du commerce the Economic Transformation of Africa (ECA
intra-africain et d’autres. Même lorsqu’il était 2015); et Track It, Stop It, Get it : Illicit Fi-
évident que bon nombre de pays africains nancial Flows (AU/ECA 2015).
peinent à atteindre les cibles des OMD, la ré-
ponse des pays riches a été très léthargique,
voire indifférente, n’arrivant pas à mobiliser 5.2. Pessimisme et la perspective
des ressources additionnelles même quand ils d’échec
pouvaient. Dans cette perspective, une autre
personne a souligné le renversement des gains La seconde série d’avis traduit une lecture
de la gouvernance et du développement, étant pessimiste de l’Agenda 2063, considéré
donné les calamités naturelles, une jeunesse comme étant encore une répétition d’un mo-
agitée, l’insécurité alimentaire grandissante dèle de croissance et de développement,
ainsi que la violence communautaire et sec- quoique arrivé à un moment propice de
taire, ce qui pourrait exacerber l’instabilité mûre réflexion sur 50 années d’expérience
politique et rallumer des conflits gelés.1 post-indépendance.

Le défi de l’Agenda 2063 est d’arrêter ce Les acteurs extérieurs deviennent de plus
glissement et de s’appuyer sur le nouveau en plus ambivalents à l’égard des nouvelles
« consensus africain » autour de la croissance initiatives après l’enthousiasme du début au
et du développement. Une autre opinion est sujet du NEPAD en tant que projet socio-éco-
que la majorité des Etats membres ont fait nomique à large assise dont les bénéfices et
preuve d’un regain d’engagement à l’égard l’impact, d’après un avis, ont été largement

1. Aujourd’hui, l’Afrique doit également s’occuper des Objectifs de développement durable post- 2015 (ODD) dont 17
objectifs et 169 cibles pourraient s’avérer encore plus onéreux et plus exigeants à réaliser que les OMD. « Quelle est la
place de l’Agenda 2063 dans ce projet ? », se demande une personne interrogée.

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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

décevants. Ce qui ne veut pas dire que les affecter les perceptions externes selon les-
partenaires extérieurs abandonneront le conti- quelles il s’agit encore d’un autre « exercice
nent mais qu’une certaine fatigue s’est plutôt messianique » où le balancier pourrait osciller
installée quant au rythme lent du changement entre promesse et indifférence.
à travers le continent et la tendance qu’ont
les vieux problèmes à réapparaître sous
d’autres formes. L’engagement aura donc 5.3. Engagement international limité
tendance à être sélective, à moins de prévoir
dans l’Agenda des ressources diplomatiques La série suivante de points de vue met en
assertives afin de convaincre autrement les exergue des réalités froides que l’Agenda
partenaires internationaux. 2063 ne peut ignorer. Les progrès en matière
de gouvernance, de paix, de stabilité, de
La sécurité énergétique restera un catalyseur croissance et de développement, pourraient
de l’engagement ; le pétrole et le gaz conti- s’annuler si les pays africains ne transcendent
nueront d’attirer des investissements privés. les dures frontières de la souveraineté étatique
Cependant, il est probable que l’appui des do- et du gouvernement des élites pour s’orienter
nateurs et les investissements publics baissent vers des formes plus responsables de régime
dans les secteurs vitaux tels que l’éducation et de gouvernance.
et la santé ainsi que le développement des
infrastructures. Les pays dotés de ressources Une personne interrogée estime que les
s’en tireront tant bien que mal tandis que ceux gouvernements et les élites au pouvoir se
qui n’en ont pas seront les plus affectés par ce comportent toujours de manière prédatrice,
retrait éventuel des intérêts extérieurs. compte tenu des formes « d’accumulation
primitive », d’auto enrichissement et des
Ce désengagement aurait des implications comportements de maximisation de la rente.
directes pour le développement du capital Ce qui permet de comprendre pourquoi,
humain au niveau de la population des ado- même avec ses abondantes richesses, plus
lescents en pleine croissance, au même titre de 400 millions d’Africains vivotent avec
que le désavantage des capacités d’innovation 1,25 USD par jour. Les Etats africains n’in-
limitées et les limites imposées à l’utilisation vestissent pas assez dans le bien-être de leurs
de la technologie afin d’améliorer la capacité citoyens en vue de fournir un accès de base à
de production ou de créer des emplois. La mi- la santé, à l’eau, à l’assainissement et à l’édu-
gration accélérée vers les villes africaines est cation ou dans le développement des secteurs
déjà en train de produire de vastes réservoirs plus productifs de leurs économies. Cette si-
d’une main-d’œuvre sans qualification ou tuation perpétue l’image d’un continent perçu
peu spécialisée qui a peu de chance d’être ab- comme un compendium d’Etats déclinants
sorbée dans l’économie formelle. En termes et s’effondrant à la périphérie de l’économie
économiques, l’Afrique continue d’être un politique mondiale où l’Africain ordinaire
acteur mondial marginal et ce statut humble, est condamné à des cycles interminables de
a fait remarquer une personne interrogée, pauvreté.
s’intensifiera, à moins que l’Agenda 2063 ne
s’attaque aux crises en cours en matière de Cette fragmentation sociale est aggravée par
gouvernance et de développement, de manière le caractère bilatéral des relations étrangères
à réduire l’écart sans cesse grandissant avec où les partenaires extérieurs se concentrent
les autres régions du monde. L’agenda sera sur une approche centrée sur l’Etat et qui ne
mis au défi d’inverser le cynisme qui pourrait tient pas compte de l’intégration régionale,

48
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

capable de contribuer grandement à relever sous-développement et de la lente croissance.


les défis multidimensionnels de croissance et Le boom des produits de base a aidé les pays
de développement de l’Afrique. Il est difficile qui en sont dotés un profil plus relevé, d’où
d’imaginer comment les Etats membres de les engagements internationaux ont été sélec-
l’UA répondront au besoin élémentaire et fon- tifs et compétitifs.
damental d’être mobilisateur et de fournir un
leadership fort comme base de domestication C’est le cas surtout avec la Chine, et de plus en
et de mise en œuvre de l’Agenda 2063 pour plus avec l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud
une approche centrée sur les populations. dans le cadre des BRICS, qui entretiennent
des relations de coopération très importantes
Pour un expert technique, ces problèmes pour- avec les pays africains dotés de ressources.
raient miner l’essence même de la s­ ubsidiarité Ces pays ont bénéficié de financements
– au cœur de la chimie institutionnelle et poli- publics et privés pour le développement,
tique requise par l’Agenda 2063–nécessaire à l’amélioration de leurs infrastructures et la
une division du travail réalisable et construc- consolidation de leurs secteurs manufactu-
tive entre les Etats membres, les CER et la riers et des services. Ce type d’engagement
Commission de l’UA dans l’exploitation de sélectif ne peut que renforcer les divisions
tous les avantages concurrentiels et compara- et les différences entre les pays africains, ce
tifs du continent. dont l’Agenda 2063 devrait tenir compte.

Cependant, une autre personne interrogée


5.4. Performance et intérêts a estimé qu’il y a un autre groupe de pays
nationaux divergents ayant connu des améliorations en matière
de gouvernance, de gestion macro-écono-
L’Agenda 2063 pourrait, dans la quatrième mique, d’élections libres et équitables et de
série de points de vue, représenter une vision meilleures prestations sociales ; ils sont plus
et un programme revitalisés pour la transfor- stables au plan politique. Ces pays attirent
mation socio-économique du continent au également l’attention extérieure, essentiel-
moment où celui-ci est en butte à toutes sortes lement des pays occidentaux, mais cette
de forces centrifuges. Cependant, l’expé- relation est aussi sélective. Le troisième
rience post-indépendance, et particulièrement groupe de pays est essentiellement consti-
la mort du panafricanisme, a rendu plus dif- tué des pays les moins développés soumis
ficile pour l’Afrique d’agir en tant qu’entité à des formes controversées de coopération
cohérente autrement que dans des termes géo- au développement, en particulier par l’UE,
graphiques artificiellement définis quand ses les États-Unis et les institutions de Bret-
frontières coloniales avaient été sanctifiées à ton Woods, qui les traitent comme des cas
la création de l’OUA. composites et administrent des conditions et
interventions importunes.
D’après un universitaire enquêté, la guerre
froide a transformé le continent en un terrain La personne interrogée, auteur de cet argu-
de rivalités et de concurrence des superpuis- ment, fait remarquer que les différences entre
sances dont l’héritage continue d’entraver les pays doivent être gérées par l’Agenda
sa croissance et son développement. Ces ri- 2063 car elles « instrumentalisent » l’Afrique
valités ont pris une nature différente après en tant que groupe d’États avec de grandes
la guerre froide avec les mêmes résultats- divergences dans leur valeur géostraté-
une grande partie du continent souffre du gique, politique et économique, exacerbant

49
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

davantage la polarisation du continent sur Toutefois, le défi n’est pas si grand concer-
les axes coloniaux de nationalité, langage et nant les réductions tarifaires. L’Agenda 2063
ethnicité. devrait plutôt se focaliser sur la transforma-
tion des économies africaines afin de stimuler
Les pays africains doivent par conséquent à les capacités productives à travers des initia-
leurs citoyens de nouer des partenariats éco- tives systématiques d’industrialisation et le
nomiques significatifs avec chacun afin de développement des infrastructures. Ces ef-
surmonter ces obstacles structurels ; sinon, forts doivent s’accompagner de l’exploitation
même dans les meilleures conditions, la des atouts du continent dans la production
mise en place d’un accord de libre-échange agricole ainsi que de stratégies d’atténuation
à l’échelle du continent sera d’un faible effet des effets du changement climatique sur la
dans la relance des échanges interrégionaux. production vivrière.

50
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

6
AVIS DES PERSONNES INTERROGÉES :
LE PROFIL DE RISQUES DE L’AFRIQUE

Les réponses ci-dessus sont classées en trois catégories de risques – pays, régionaux et conti-
nentaux et globaux – lesquels, selon les personnes interrogées, pourraient saper la promesse de
l’Agenda 2063.

6.1. Cinq facteurs de risques pays restent vulnérables à l’extrême pauvreté, un


développement social faible et une mauvaise
6.1.1. Nature de l’État postcolonial éducation.

De l’avis général, bon nombre d’Etats 6.1.2. Politique concurrentielle


postcoloniaux en Afrique sont assaillis par
la violence et l’instabilité, exacerbées par la D’après un grand nombre de personnes in-
mauvaise gouvernance et obligation de rendre terrogées, la politique concurrentielle et la
compte, l’abus des ressources publiques, démocratisation n’ont pas répondu assez aux
l’ethnicité politisée et des failles sectaires élans intégrateurs nécessaires à la gestion des
grandissantes. La nature et l’évolution de diversités.
l’État postcolonial africain a été « un albatros
sur le développement de l’Afrique, » a fait L’acceptation générale de processus élec-
remarquer une personne interrogée. toraux libres et équitables n’a pas tenu la
promesse d’une démocratie participative et
Le continent est composé d’une grande diver- représentative. On constate plutôt une ten-
sité d’États et de sociétés avec une variation dance préoccupante où les élections servent à
structurelle prononcée dans le développe- renforcer le pouvoir de ceux qui gouvernent,
ment politique et économique, l’histoire et empêchant ainsi des changements généra-
la culture. Qui plus est, il y a certains aspects tionnels au gouvernement par une politique
où la diversité des paysages économiques, concurrentielle. Les constitutions ainsi que
sociaux et politiques pourrait constituer des des institutions participatives et représenta-
risques et des menaces plus importants. Si tives, qui devraient conférer la légitimité pour
plusieurs pays du continent ont atteint des la stabilité politique, sont souvent affaiblies
taux de croissance réels au cours des dix par l’impunité.
dernières années, les économies de bon
nombre d’entre eux sont encore sous-déve- En outre, la tendance à centraliser le pouvoir et
loppées et caractérisées par un secteur privé l’autorité a entravé le développement de sys-
faible et une forte dépendance à l’égard des tèmes d’administration locale qui pourraient
ressources naturelles. Par ailleurs, en dépit autrement renforcer la participation populaire
d’une classe moyenne et un marché consom- et une meilleure offre de services. Le risque
mateurs en croissance, beaucoup de pays majeur est que l’Afrique connaisse un retour

51
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

timide de formes de militarisme, de styles 6.1.4. Violence politique


de leadership autocratiques, de la politique
basée sur le népotisme et des changements de Plusieurs personnes interrogées ont souligné
gouvernement inconstitutionnels. Les progrès la violence politique chronique qui, en raison
réalisés au cours des vingt dernières années des formes variées qu’elle revêt en Afrique,
en matière de systèmes multipartites et d’élec- rend le niveau de risque excessivement plus
tions compétitives n’ont pas nécessairement complexe. En dépit de la forte baisse des
fait de l’État postcolonial africain un Etat plus guerres interétatiques qu’elles ont notée au
stable, efficient et responsable. Une personne cours des vingt dernières années, les risques
interrogée a relevé le risque grandissant de liés à la violence politique découlent de
mécontentement et de désillusion populaires à sources multiples : conflits internes, situations
l’égard des gouvernements, comme l’a montré post-conflit, troubles et révoltes politiques,
les défis à l’autoritarisme dans le Printemps actions étatiques violentes, terrorisme et
arabe ainsi que les coups au Niger, Mali et fondamentalisme religieux, prolifération des
République Centrafricaine. armes et insurrections militantes. Ces fac-
teurs, individuellement ou collectivement,
6.1.3. Corruption menacent l’intégrité déjà fragile du système
étatique africain.
La corruption et la faiblesse des institutions
ont été soulignées par les enquêtés et liées à Si les conflits en cours constituent encore
l’évolution de l’État postcolonial en Afrique. une menace à la stabilité de bon nombre de
En dépit des efforts nationaux, régionaux régimes, d’après les personnes interrogées, il
et continentaux courageux visant à mettre existe également des situations post-conflit où
en place des mécanismes anti-corruption et la sécurité étatique et civile pose un sérieux
des codes de conduite, la corruption dans le problème. Dans beaucoup de ces environne-
secteur public est restée un défi permanent ments, les institutions étatiques et politiques
des pays africains. Cette persistance est an- sont encore faibles, avec souvent des pro-
crée dans les systèmes de favoritisme qui, blèmes de désarmement, de démobilisation
en retour, sont intégrés dans des institutions et de réintégration des forces rebelles. La pré-
étatiques faibles et des formes omniprésentes sence de contingents rebelles assez importants
d’activité économique informelle alimentant et incontrôlés ont encouragé la criminalité, le
des réseaux clientélistes. banditisme et les activités extrémistes. A cet
égard, d’énormes ressources restent un défi
Les gouvernements et les sociétés doivent majeur pour assurer la relance et la recons-
déclarer une « guerre morale » à la corrup- truction des pays affectés.
tion, laquelle a également infecté le monde
des affaires. Sans institutions fortes, le sys- 6.1.5. Développement social lent
tème clientéliste se perpétuera – ­affaiblissant
la primauté du droit et la capacité de l’État Les faibles niveaux de développement social
à générer des revenus, faire appliquer les ont bloqué la croissance et le développe-
contrats et assurer les droits de propriété. Ces ment du continent. Six des 10 économies
insuffisances constituent de graves risques, à croissance rapide du monde se trouvent
quand on sait notamment que les investis- en Afrique. Cependant, beaucoup de pays
seurs nationaux et étrangers s’attendent à de accusent un retard par rapport au reste du
la cohérence dans les politiques publiques et monde, notamment ceux d’Afrique subsaha-
la clarté dans les lois et règlements. rienne considérés les moins développés.

52
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

Les progrès du développement et la réduction 6.2.1. Géographie difficile


de la pauvreté ont été fortement freinés par la
maladie et le risque du VIH/sida et d’Ebola. La géographie constitue un défi majeur à l’in-
(L’Afrique australe paie le plus lourd tribut tégration régionale. Les personnes interrogées
de la pandémie du VIH/sida car la moitié des ont évoqué des obstacles déjà bien connus :
personnes contaminées en Afrique se trouve mauvais réseaux d’infrastructures et de trans-
dans cette région.) port à l’intérieur et à travers les régions, faible
connectivité technologique qui renchérit les
Les pays ayant de faibles niveaux de déve- coûts des transactions des biens et services et
loppement et de ressources humaines courent les frais élevés des échanges intra régionaux
le grave risque de pénurie de compétences à travers des frontières alourdies de procé-
de leur main-d’œuvre, ce qui amoindrit la dures et réglementations douanières tout aussi
productivité. Une personne interrogée a dé- lourdes.
claré que si l’importance de la croissance
économique et du marché de consommateurs Le problème de la géographie comporte des
en expansion n’est plus à démontrer dans le implications particulières pour les pays afri-
changement des fortunes des pays africains, cains enclavés dont le potentiel d’exportation
beaucoup d’entre eux devront faire face à dépend directement des régimes d’infrastruc-
d’autres conséquences involontaires telles tures et des politiques de leurs voisins côtiers.
que l’urbanisation rapide mettant la pression À cette combinaison de risques géogra-
sur le logement, l’emploi, la santé, l’édu- phiques, il convient d’ajouter les nombreuses
cation et les transports que bon nombre de restrictions de visas et d’immigration, les lois
pays africains peineront à satisfaire. Il s’y et les politiques qui rendent difficile, et sou-
ajoute la croissance spectaculaire de la po- vent discriminatoire, le passage des frontières.
pulation des adolescents et le risque de voir Cette « géographie de la différence », selon le
ces derniers affronter un avenir sombre fait propos d’un enquêté, entraîne des tarifs éle-
de pauvreté, du phénomène des sans-abri et vés, de nombreuses barrières non tarifaires et
du chômage, au moment où l’efficience des la corruption dans les services d’immigration,
services sociaux des Etats africains est mise de sécurité et des douanes. Le grave risque as-
à l’épreuve. socié à la géographie est l’effet négatif qu’elle
constitue pour les interactions économiques et
les flux commerciaux formels, en plus d’avoir
6.2. Cinq facteurs de risque fait le lit d’une vaste culture d’activités trans-
régionaux et continentaux frontalières informelles dont la contrebande,
la criminalité, le trafic de personnes, de stupé-
La plupart des sujets interrogés ont estimé fiants et la piraterie.
que les risques identifiés dans l’axe d’un
pays ne peuvent être résolus par un seul 6.2.2. Intégration régionale lente
pays. Par conséquent, l’intégration régionale
est un bien public important à poursuivre Les progrès irréguliers des longues discus-
avec plus de vigueur. Ils ont (générale- sions autour de l’intégration régionale ont
ment) bien accueilli cet axiome sous-jacent entravé cette dernière, d’après plusieurs
de l’Agenda 2063. Ils ont cependant noté personnes interrogées. Il y a eu des débats
cinq domaines de risques problématiques fructueux sur les définitions, les stratégies,
qui pourraient affecter le déroulement de le diagnostic et les réalisations, mais il
l’agenda. n’y a guère de preuves que la quantité de

53
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

résolutions et de décisions prises par les Etats de libre-échange tripartite entre l’EAC, la
membres au plan régional se déclineront en SADC et le COMESA soit très prometteur, il
politiques nationales de planification et de est encore loin de catalyser le lancement de
développement. la ZLEC en deux ans. Ils ont noté l’impor-
tance du principe qui la sous-tend mais ont
Bien que la création de la ZLEC (voir ci-des- émis des doutes quant à l’état de préparation
sous) puisse aider à revigorer l’intégration des Etats membres d’en faire une réalité
régionale, les adhésions multiples aux CER significative, compte tenu de la promesse dif-
se sont traduites par l’absence d’orientation et ficile à réaliser de plusieurs autres zones de
de cohérence des politiques et par différents libre-échange.
stimuli régionaux imprimant le rythme et
l’ordre de l’intégration. Le risque est en dé- Tout aussi préoccupant a été le suivi ina-
finitive qu’une intégration viable et efficace déquat avec des politiques et programmes
dépendra de l’engagement et du sacrifice que de rationalisation et d’harmonisation entre
les membres voudront consentir pour le bien les CER et l’UA, en dépit de l’adoption en
de la région y compris d’honorer leurs obliga- 2007 d’un protocole dans ce sens. Sur cette
tions légales et de faire face à leurs fonctions toile de fond, l’Agenda 2063 vise à réaliser
essentielles. la transformation structurelle du continent à
travers la libre circulation des personnes, des
Le risque que comporte cet ensemble de défis, capitaux, des biens et services par la crois-
estiment certains, est que les pays sont ame- sance des échanges et des investissements
nés à poursuivre leurs intérêts nationaux et entre les pays. Le risque est de voir ces ob-
protéger leur souveraineté – « la malédiction jectifs ne pas se réaliser si l’on tient compte
westphalienne » en Afrique, selon le propos des expériences régionales et continentales
d’un universitaire – mais ils représentent avortées.
également différentes capacités étatiques
et dispositions idéologiques. À cet égard, Il est donc grand temps pour l’Afrique
l’intégration régionale est souvent perçue d’aller au-delà des cadres ambitieux, des
davantage comme un fardeau et un coût et grandes conceptualisations et des matrices
permet de comprendre pourquoi la traduction de planification difficiles d’application. Elle
des politiques et accords régionaux dans les devrait plutôt se concentrer sur ce qui est ré-
législations nationales reste si problématique. alisable afin que ce que l’on appelait projets
Le danger pour l’Agenda 2063 est que le « passe-partout » puissent lier davantage les
fait de privilégier les intérêts nationaux et personnes, les biens et services à travers les
les objectifs souverains pourrait freiner le régions en se fondant sur les moyens mis à la
développement d’un nouveau type de panafri- disposition des CER.
canisme fondé sur plus de solidarité et une
identité commune. 6.2.4. Mobilisation insuffisante de
ressources
6.2.3. La ZLEC
Après la crise financière mondiale, la mobili-
Les experts techniques se sont demandé dans sation de ressources, les rentrées de capitaux
quelle mesure la ZLEC (dont la création et l’aide aux pays en développement restent
est prévue à l’horizon 2017) entraînera des faibles. Même si beaucoup de pays africains
volumes importants d’échanges commer- ont pu élargir leur assiette fiscale et introduire
ciaux intra régionaux ? Bien que l’accord des instruments générant des recettes tels que

54
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

la taxe sur la valeur ajoutée, ils peinent encore 6.2.5. Architecture africaine de paix et
à générer des ressources pour stimuler le dé- de sécurité
veloppement. La faiblesse de l’épargne et des
marchés financiers sous-développés (permet- Le niveau d’institutionnalisation de l’Ar-
tant d’attirer des investissements étrangers) chitecture africaine de paix et de sécurité
accentuent les besoins de financement au ni- (APSA) en vue d’une meilleure coordination,
veau national. harmonisation et normalisation, résume le
dernier ensemble de risques. Certains sujets
La difficulté à mobiliser des ressources pour interrogés estiment qu’il est important de le
le financement des projets de l’Agenda 2063 savoir car la réussite de l’architecture ne dé-
est encore plus déconcertante. D’après une pend pas entièrement de l’UA mais également
personne interrogée, espérer que les besoins d’une vaste panoplie d’acteurs qui pourraient
de l’Afrique liés à l’offre, notamment en ma- constituer le régime sécuritaire du continent.
tière d’infrastructures, seraient satisfaits par
les forces du marché, a été une grosse erreur. Bien qu’un protocole d’entente sur la paix
Il faut un effort concerté pour recapitaliser les et la sécurité entre l’UA et les CER ait été
institutions africaines telles que la Banque signé en 2008, l’architecture manque toujours
africaine de développement (BAD) et la d’élaboration et d’objet. Si dans une grande
Banque de développement de l’Afrique aus- mesure l’accord est normatif et basé sur des
trale ; mettre en place des formes alternatives principes, il semble y avoir des divergences
internes et externes de financement du déve- sur la pratique, notamment sur des sujets
loppement et s’attaquer aux flux financiers importants comme le respect des droits de
illicites qui sortent du continent. l’homme et des libertés, le caractère sacré de
la vie, les stratégies appropriées de prévention
À défaut de ces mesures, le risque est grand des conflits, le respect des normes démocra-
de voir même les gros projets identifiés dans tiques, la bonne gouvernance et la primauté
le premier plan décennal de l’Agenda ne pas du droit. En outre, les conflits internes que
connaître un début d’exécution. Deux sources connaît l’Afrique soulèvent d’importantes
mondiales alternatives de financement du questions quant à la prise en compte par l’ar-
développement à long terme sont dispo- chitecture des principes essentiels tels que
nibles : la Banque des BRICS nouvellement « la sécurité humaine » et la « responsabilité
créée et la Banque asiatique de financement de protection ». En réalité, il a été souvent
des infrastructures. Toutefois, il est peu pro- reproché au Conseil de paix et de sécurité de
bable que l’Afrique obtienne ce qu’elle veut l’UA d’ignorer les graves situations où ces
pour les besoins du PIDA : 68 milliards USD principes sont en jeu ou menacés, dans des
pour les projets prioritaires jusqu’en 2020 et cas de génocide, de crimes contre l’humanité
300 milliards USD jusqu’en 2040. Le risque et, aujourd’hui, du fléau rampant des change-
de financement est que le coût de développe- ments de gouvernement inconstitutionnels et
ment des réseaux d’infrastructures en Afrique des gouvernants voulant un troisième mandat.
reste excessivement élevé et la solution de
facilité serait de tendre vers des opportunités Un universitaire interrogé a souligné plu-
« bancables » liées à l’exploitation accrue des sieurs secteurs de risques qui continueraient
produits de base, les industries extractives à affaiblir la demande d’une coopération
offrant des rendements d’échelle plus intéres- institutionnalisée au sein de l’architecture et
sants pendant que le prix des produits de base exacerberaient les défis de la mise en œuvre,
reste élevé. l’efficacité et la résilience. Le premier secteur

55
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

est que les Etats membres de l’UA détiennent cours des discussions et pourraient impacter
encore l’autorité suprême et le pouvoir de l’Agenda 2063.
décision dans des questions sérieuses. La
CUA fonctionne donc sur l’ordre de ces Etats 6.3.1. Commerce et économie
et n’a pas la compétence d’agir de façon au-
tonome dans des situations nécessitant des Plusieurs personnes interrogées ont relevé
recours urgents en matière de maintien de la que la dépendance de l’Afrique à l’égard des
paix ou de résolution des conflits. Ensuite, produits primaires comme source de recettes
les Etats membres sont souvent directement d’exportation laisse le continent vulnérable
impliqués dans les violations ou le non-res- face aux caprices du marché et à l’évolution
pect des principes pour lesquels l’UA été des conditions atmosphériques. La volatilité
créée (droits de l’homme, démocratie, bonne des cours des produits et les pertes correspon-
gouvernance et caractère sacré de la vie). dantes des termes de l’échange en constituent
Enfin, l’institutionnalisation de l’architecture le risque. Le boom actuel des produits n’est
continuera de souffrir du déficit de capacités pas soutenable, bon nombre de producteurs
et de l’incapacité des Etats membres à faire africains de pétrole ayant ressenti les effets
face à leurs obligations financières, ce qui a consécutifs à la baisse spectaculaire du prix
renforcé la dépendance de l’architecture à du pétrole. La mauvaise performance com-
l’égard des financements extérieurs et soule- merciale de l’Afrique reflète son incapacité
vé des questions sur son appropriation et sa à trouver des financements à faible taux d’in-
pérennité. térêt ou à construire des réseaux de transport
et de logistique efficients, des capitaux et
un capital humain. Elles ont également noté
6.3. Quatre facteurs de risques la faiblesse du secteur privé de beaucoup
mondiaux de pays africains de même que l’inaptitude
du continent à soutenir la concurrence sur
Les personnes interrogées ont noté la diffi- les marchés internationaux. Les mauvaises
culté de prévoir les conséquences éventuelles infrastructures des technologies de l’informa-
en Afrique des changements dans le paysage tion et des services financiers, l’absence de
mondial qui pourraient saper la vision de capacités institutionnelles, la corruption et les
l’Agenda 2063. Plusieurs ont fait remar- formalités douanières lourdes expliquent le
quer qu’après la fin de la guerre froide, il a coût élevé des transactions.
semblé que le monde deviendrait plus pai-
sible et prospère en raison de la promesse Un expert commercial a mentionné les pro-
de multipolarité et la nécessité d’une meil- blèmes liés à l’accès aux marchés comme
leure gouvernance et d’une coopération risque, notamment au terme du cycle
internationale dans la gestion d’un nombre d’Uruguay quand les pays africains ont été
grandissant de problèmes transnationaux. confrontés à des obligations multilatérales
« Interdépendance complexe » a été la devise plus exigeantes et n’ont pu obtenir que de
d’une personne interrogée pour faire face aux maigres améliorations de l’accès aux marchés
nouveaux défis, induisant un recours accru à où ils ont joui de certains avantages. En outre,
la résolution multilatérale des problèmes et la les préférences et avantages sur les produits
recherche de consensus. et les quotas qu’ils ont eus dans le cadre de
régimes préférentiels tels que les accords de
Mais, quatre facteurs externes qui se che- Lomé et de Cotonou de l’UE, ont été éro-
vauchent quelque peu ont été identifiés au dés de manière substantielle en raison de

56
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

l’obligation de compatibilité et de réciprocité politiques instables ont rendu encore plus dif-
de l’OMC. Mais pour cette personne, c’est ficile l’adoption de politiques économiques et
le cycle de Doha (lancé en 2001) mettant publiques en vue de relever les défis externes.
l’accent sur les résultats de développement,
qui ne leur a octroyé aucun avantage et n’a L’Afrique est confrontée à d’autres risques
surtout pas amélioré les capacités à com- de développement car elle dépend d’une
mercer et à s’attaquer à d’autres contraintes combinaison de quatre types de ressources
liées à l’offre. L’Afrique court le risque d’une financières, lesquelles se sont toutes amenui-
marginalisation continue dans le commerce sées avec la crise financière mondiale : aide
car le protectionnisme des pays développés, publique au développement, IDE, épargne na-
notamment dans l’agriculture, a entravé son tionale et allégement de la dette. Il a été noté
potentiel de croissance des exportations. en particulier que les économies développées
continuent de vivre des crises financières
6.3.2. Géopolitique et finance et de liquidités et que le dollar américain
continue de perdre de la valeur en tant que
L’Afrique n’a pas su tirer profit des change- devise majeure. Le continent fait donc face
ments rapides intervenus dans l’information, non seulement à la baisse des niveaux d’aide
les biens et les idées entrainés par la mon- et d’investissement mais également à celle
dialisation, ont déclaré quelques personnes des termes de l’échange et de l’accès aux
interrogées, si bien que les populations n’ont marchés. Ces incertitudes, au même titre que
pas reconfiguré leurs horizons sociaux, éco- les conditions de financement plus strictes
nomiques et politiques. A cause des vastes mettent davantage la pression sur les res-
espaces non gouvernés elles ont plutôt eu à sources budgétaires.
se colleter avec des pratiques malhonnêtes,
du crime organisé, des rivalités ethniques et 6.3.3. Environnement
sectaires, de la pauvreté et du chômage éle-
vés et une population de jeunes en croissance Pour beaucoup d’enquêtés, la dégradation de
et agitée. Le risque majeur pour le continent l’environnement constitue un des plus grands
est l’absence de mécanismes d’adaptation risques externes en raison de ses effets, du
pour faire face aux mutations mondiales et coût socio-économique et de la difficulté
systémiques au moment où la gouvernance à adopter des mécanismes d’atténuation et
mondiale assiste à la prolifération de struc- d’adaptation. L’Agenda 2063 doit s’attaquer
tures de décision et de sphères d’autorité dans au risque du changement climatique en pla-
lesquelles il est à peine présent en tant qu’ac- çant les économies « vertes » et « bleues » au
teur majeur et même son identité en tant que centre de son programme de transformation.
région contestée. Le continent est déjà en butte au spectre des
pertes considérables de biodiversité et d’éco-
L’échec de la gouvernance mondiale, ont systèmes, des crises de l’eau et de l’insécurité
suggéré certains enquêtés, est répété dans les alimentaire grandissante, en raison essentiel-
défis urgents de développement de l’Afrique lement du caractère erratique et insoutenable
et ses relations dépendantes et asymétriques de l’extraction des ressources naturelles.
avec les pays développés. Ces lacunes ont été Le risque pour l’Afrique est que les sources
aggravées par l’instabilité macro-économique internationales et multilatérales de finance-
et l’incapacité à éradiquer la pauvreté. En ments liés au climat seront coupées à moins
outre, la combinaison des inégalités sociales, de mettre en place des initiatives et mesures
la corruption grandissante et des systèmes hardies et assertives.

57
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

Un expert technique a relevé que d’après la fait partie des plus riches en ressources
BAD, l’Afrique aura besoin de 20 à 30 mil- naturelles.
liards USD au cours des 20 prochaines années
pour financer les interventions d’adaptation Les établissements d’enseignement supérieur
de base, le transfert de technologies, la réduc- et de recherche ont rarement été des vecteurs
tion des émissions de gaz à effet de serre et de l’innovation scientifique et technologique
la construction de capacités institutionnelles à ni des catalyseurs dans la mise en relation de
tous les niveaux. La préoccupation est que la cette innovation avec les demandes socio-éco-
position commune de l’UA sur le changement nomiques et culturelles nationales. Ces lacunes
climatique ne sera que déclaratoire, incapable sont dues en partie aux limites financières – les
qu’elle est de présenter un front commun sur investissements dans le renforcement des ca-
des mécanismes durables pour l’ensemble du pacités de recherche et de développement en
continent. Le problème connexe est de savoir sciences et technologies sont, tout compte fait,
comment les fonds pour le climat sont distri- les plus faibles du monde.
bués, compte tenu du constat de la Banque
mondiale (2013) selon lequel moins d’un tiers La marginalisation mondiale de l’Afrique
des financements pour l’adaptation et l’at- se traduit également dans ses infrastructures
ténuation a été octroyé entre les pays qui en scientifiques et technologiques peu déve-
avaient le plus besoin. loppées, ce qui rend ses marchés largement
tributaires des biens et produits manufacturés,
6.3.4. Technologie essentiellement en Europe, aux États-Unis et,
de plus en plus, en Chine.
Certaines personnes interrogées estiment
que la faible base technologique et scien- Les implications pour l’Agenda 2063 sont
tifique du continent l’empêche de créer et assez flagrantes : ses projets présenteront des
de mettre en place des secteurs productifs besoins en innovation et en capital humain
capables de développer l’industrie et de qualifié que les institutions africaines seront
promouvoir l’emploi, même si l’Afrique simplement incapables de satisfaire.

58
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

7
STRATÉGIES D’ATTÉNUATION
POUR L’AGENDA 2063

Les obstacles figurant aux sections 3 et 4 de la gouvernance à tous les niveaux. Pour
constituent un point d’accord parmi les en- l’essentiel, si la qualité de la vie politique a
quêtés ; les opinions sur les grandes lignes connu quelque amélioration, c’est grâce aux
des risques et défis auxquels l’Afrique est réformes démocratiques, à la libéralisation
confrontée varient peu. De l’avis général, des politique, au constitutionnalisme grandissant,
systèmes de gouvernance défectueux et des à la société civile renaissante, aux élections
institutions faibles à tous les niveaux mine- multipartites et la résurrection des législa-
ront les perspectives de l’Agenda 2063. Dans tures. Ces changements ont été concomitants
un continent de grande diversité et de niveaux aux élans renouvelés vers l’intégration de
de développement, de telles imperfections re- l’Afrique et l’élaboration de cadres opéra-
viennent tout au long du diagnostic de l’étude. tionnels visant à parfaire les structures, les
institutions et les processus d’intégration.
Même dans des pays où l’autorité publique
est forte, un niveau élevé d’instabilité poli- Cependant, la place marginale de l’Afrique
tique et de dégradation institutionnelle pousse dans l’économie politique internationale re-
l’appareil étatique à garantir la survie du quiert une adaptation stratégique pour venir à
régime au pouvoir. Même les pays ayant pro- bout de l’environnement politique, commer-
cédé à la démocratisation et la libéralisation cial et financier variable. Ainsi, sur la base
doivent poursuivre des réformes politiques des aspects négatifs ci-dessus que l’étude a
et économiques simultanément. Les défis tentés de mettre en exergue, nous présentons
de la gouvernance ont des implications pour certaines stratégies d’atténuation.
l’ensemble de l’entreprise d’intégration en
Afrique, l’efficacité fonctionnelle de l’État –
comme l’ont fait remarquer beaucoup de 7.1. Renforcer les capacités de l’État
personnes interrogées – étant la condition pour une gouvernance efficace
préalable non seulement pour une intégration
significative mais également exploiter les Des Etats forts et capables sont essentiels pour
opportunités de l’activité économique inter- s’attaquer aux risques identifiés ci-dessus. Ils
nationale. Des exemples de ce dernier aspect seront encore plus importants pour porter plu-
comprennent l’élargissement des marchés na- sieurs aspects des politiques et programmes
tionaux et régionaux, attirer davantage d’IDE de l’Agenda 2063. Les capacités étatiques ont
et améliorer l’accès à la technologie. été généralement insuffisantes pour relever
les défis du développement économique et so-
Le profil de risques de l’Afrique est par cial ainsi que pour revivifier et renouveler son
conséquent révélateur des défis auxquels le effort de construire un panafricanisme à large
continent est confronté. La morale qu’on assise et inclusif. La faiblesse de l’action de
en tire, encore une fois, est l’importance l’homme à tous les niveaux est à déplorer,

59
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

notamment le manque de leadership efficace humain se sont en général focalisé sur les
et progressiste dans l’Etat et la société. Si des sphères économiques et sociales mais des
niveaux élevés de la dette et de faibles tarifs preuves laissent penser que s’attaquer à
et recettes fiscales peuvent expliquer cette l’autonomisation juridique des populations
faiblesse, l’échec persistant à gérer la cor- démunies pourrait être une arme efficace dans
ruption, les faibles niveaux de compétence, la lutte contre la pauvreté (De Soto 2000).
la politique du népotisme, l’absence d’obli- Trop de pays africains se sont dotés de lois,
gation de rendre compte et de transparence et institutions et politiques privant d’importants
des compétences d’organisation et de mobili- segments de la population d’opportunités de
sation inadéquates, en sont d’autres causes. participer à armes égales. Les bases juridiques
de l’entrepreneuriat, l’emploi et l’interaction
L’amélioration des capacités de l’État sera des marchés sont trop souvent hypothétiques
un processus à long terme. Les pathologies dans la théorie du développement. Il en va de
postcoloniales vont persister dans beaucoup même pour les contrats et les droits de pro-
de pays où la promesse démocratique est priété, mais ce qui se passe dans les secteurs
menacée. Par conséquent, il y a quatre in- informels naissants est à peine pris en compte.
terventions essentielles nécessaires au Ici, les actifs et le travail sont très précaires
renforcement des capacités étatiques. La pre- et non protégés, souffrant ainsi d’une faible
mière est de renforcer les capacités juridiques productivité.
et réglementaires permettant à l’État de dé-
finir et d’appliquer les règles d’interaction Les échecs de la gouvernance et des marchés
sociale et économique, garantissant ainsi la se sont traduits par de faibles investissements
primauté du droit et plus de certitude. La deu- dans la santé et l’éducation avec des répercus-
xième est de générer des capacités techniques sions sur l’emploi et la croissance. Qui plus
pour la mise en place de cadres stratégiques est, tout profit futur qui proviendrait de la
et législatifs favorables au développement du croissance économique pourrait être compro-
secteur privé sur des fondations macro-éco- mis par la pauvreté persistante, l’instabilité
nomiques stables. La troisième est de faire chronique et la faible espérance de vie à cause
agir les capacités extractives et fiscales de des épidémies. Les investissements publics
l’État afin de lever des recettes et de mobiliser dans l’éducation et la santé entraînent des
les sources nationales pour le développement effets distributifs qui profitent directement à
et le bien-être collectif. Enfin, relever les ca- ceux qui se trouvent au bas de la pyramide
pacités administratives de l’État, promouvoir sociale, les femmes notamment. L’éducation
et attirer des compétences multisectorielles a des effets cognitifs et non cognitifs sur la
en gestion et le professionnalisme pour une productivité et autres impacts tels que l’es-
fonction publique efficace. pérance de vie et la fécondité, tandis qu’une
santé recouvrée prolonge la vie active et
donne une main-d’œuvre de qualité et une
7.2. Renforcer le capital humain plus grande productivité.

Le développement social en Afrique a un L’autonomisation juridique des citoyens et


lien critique avec les politiques qui facilitent un meilleur accès à la santé et l’éducation
l’accès des populations démunies aux avan- pourraient faire reculer la pauvreté mais né-
tages humains, physiques et financiers afin cessiteront des changements profonds dans
d’améliorer la qualité de leur vie. Les straté- l’État et la société, notamment si l’on veut
gies contre la pauvreté et de développement mieux gérer les défis démographiques.

60
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

7.3. Mettre l’accent sur le commerce travers des partenariats public-privé créatifs
et la politique industrielle et des coentreprises soigneusement calibrées
entre les sociétés locales et étrangères.
Une bonne partie de l’Afrique a peiné pendant
des décennies pour construire des économies Il est tout aussi important pour les Etats afri-
compétitives, industrialisées, en vue de réali- cains de reprendre les créneaux perdus du
ser la croissance et le développement à long fait des pressions externes de la libéralisation
terme. Les pays africains s’évertuent encore des marchés : y parvenir leur permettrait de
à développer des secteurs industriels dyna- procéder aux interventions nécessaires en
miques et diversifiés qui pourraient être le lieu appui à l’industrialisation. Il importe à cet
de la transformation structurelle et la crois- égard d’élaborer des mécanismes régionaux
sance accélérée. Il est par conséquent urgent appropriés afin de promouvoir le commerce,
d’élaborer des cadres d’action susceptibles à le financement du développement et les
la fois de générer des structures industrielles infrastructures. La libéralisation devrait se
efficientes et exigeantes en main-d’œuvre et concentrer sur le plan interne pour déverrouil-
d’évoluer vers des plates-formes d’exporta- ler les complémentarités du commerce intra
tion robustes et compétitives. Les premières régional.
tentatives visant à formuler une politique in-
dustrielle ont souvent donné de l’importance
à une mauvaise combinaison de méthodes 7.4. Former une nouvelle coalition
basées sur des mesures de protection à l’en- pour la croissance
contre des importations, de l’aide au crédit,
d’incitations fiscales et une réglementation Trouver et promouvoir des « solutions afri-
pénible. Il ne fait aucun doute que le rapport caines aux problèmes africains » ne relève
de ces méthodes n’a pas été à la hauteur des pas exclusivement de l’Etat ou des élites
ressources investies et beaucoup de pays dirigeantes. Il faut la participation de ce
africains se retrouvent en proie au déclin éco- que l’on pourrait appeler la « coalition de
nomique, avec pour seul recours l’imposition l’Agenda 2063 », à même d’entraîner une
sans contrepartie de programmes d’ajuste- adhésion continentale pour la croissance et
ment structurel pour gérer les distorsions. le développement à large assise et inclusif
et de « verrouiller » l’appropriation de la vi-
Il faut une nouvelle approche privilégiant une sion chez ceux qui s’intéressent à l’avenir du
politique industrielle efficiente capable de re- continent. Le processus consultatif et partici-
lancer la croissance industrielle, les résultats patif qui a sous-tendu la création de l’agenda
des exportations et la compétitivité. Une po- dégage les principaux éléments d’institution-
litique garantissant l’allocation optimale des nalisation d’une telle coalition constituée des
ressources. Il s’y ajoute l’importance critique Etats membres, du secteur privé, de la société
de développer les capacités nationales dans civile, la diaspora, la jeunesse, des médias, des
les fonctions entrepreneuriales, de gestion et femmes, des groupes confessionnels, d’an-
techniques stratégiques. La politique indus- ciens chefs d’État, d’intellectuels, d’experts en
trielle africaine devrait offrir des incitations planification, etc. La coalition doit être orga-
spéciales afin de créer beaucoup de petites et nisée avec un leadership fort engagé à l’égard
moyennes entreprises comme centres d’inté- du cadre de transformation de l’Agenda. Avec
rêt majeurs de la politique et catalyseurs de 200 millions d’Africains âgés de 15 à 24 ans, il
la création d’emplois. Cette approche présup- est important qu’elle sème très tôt les graines
pose l’appropriation africaine de l’industrie à de l’identité africaine et de l’intégration.

61
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

La coalition de l’Agenda 2063 pourrait être La question pour l’Agenda 2063 est de savoir
le vecteur de l’apprentissage des politiques et comment transformer l’architecture des CER
d’un débat plus élaboré autour des dilemmes et de l’UA en des véhicules significatifs de
de la croissance et du développement de transformation sociale et économique qui
l’Afrique tout en ancrant ces derniers dans apporteront un changement dans la vie du
un contexte panafricain. La discussion doit citoyen ordinaire. Des mesures importantes
produire un nouveau discours et des idées sur ont déjà été prises qui témoignent des progrès
l’état du continent et identifier la politique gé- réalisés mais une série de défis institutionnels
nérale et les paramètres stratégiques à même problématiques persistent encore. Ces derniers
de susciter plus de responsabilité et un inté- comprennent d’abord des cadres juridiques
rêt direct dans la poursuite des objectifs de ambigus, loin d’être la réalité du bien-être
l’agenda. du citoyen, ce qui entraînerait particulière-
ment l’exploitation des économies d’échelle
Il faut un discours généralisé et largement régionales afin de lutter contre la pauvreté,
publié sur les gains potentiels qui pourraient le chômage et les inégalités. Deuxièmement,
découler de politiques intégrant les cadres il existe trop de diversités parmi les CER
passés et dégageant ce qu’il faut faire pour avec leurs configurations institutionnelles
garantir une réforme durable sous les auspices complexes et pesantes, des adhésions qui se
de l’Agenda 2063. Un discours pertinent chevauchent et l’absence de normes, règles et
pourrait modifier les hypothèses de repli pratiques applicables. Le troisième problème
sur soi et fatalistes chez l’Africain ordinaire est que les Etats membres prennent des en-
qui se sent souvent éloigné des questions gagements supranationaux normatifs mais
régionales et continentales car les ayant his- refusent de céder ne serait-ce qu’un minimum
toriquement perçues comme dans le domaine de leur souveraineté au profit du bien régional.
exclusif des élites au pouvoir.
L’Agenda 2063 doit accorder une plus grande
L’Agenda 2063 nécessitera sans aucun doute attention à l’harmonisation, la coordination et
d’énormes sacrifices si l’on veut réaliser son bâtir la confiance entre les CER et l’UA. À
ambition et sa vision. Il offre aussi une occa- moins d’un effort concerté pour combler le
sion ouverte et démocratique de développer vide institutionnel au sein de l’UA sur les do-
une nouvelle coalition à travers laquelle le re- maines essentiels de l’intégration (agriculture,
nouveau de l’Afrique peut devenir manifeste développement industriel, environnement,
et une nouvelle transition et un discours de paix et sécurité, transport, capital humain,
transformation peuvent s’articuler. etc.), il est très peu probable que ces préoccu-
pations de politique générale soient entendues
aux niveaux étatique et régional. Il faut donc
7.5. Donner un sens à l’intégration des structures et systèmes qui accompagnent
régionale la mise en œuvre des politiques au niveau de
ces échelons subsidiaires. Il importe d’asseoir
Historiquement, l’intégration régionale a une meilleure coordination par l’UA, la CUA,
souffert d’acteurs multiples et d’une batterie le NEPAD, les CER, la CEA et la BAD afin
de processus. Les différentes parties prenantes de lever les obstacles, en rendant l’intégration
ont ainsi fait d’elle un foyer d’intérêts diver- régionale plus significative dans la vie des
gents et de réalisations différentes, produisant Africains et en garantissant l’émergence d’un
un environnement incitatif essentiellement modèle d’une véritable « intégration régio-
centré sur l’Etat et porté par les élites. nale de développement. »

62
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

7.6. Renforcer les capacités l’Agenda 2063 à l’autodétermination, l’auto-


diplomatiques africaines nomie et le panafricanisme.

L’univers post-guerre froide présente En outre, le système de gouvernance mon-


l’Afrique avec une nouvelle série de défis diale n’est ni émancipateur ni coopératif. Il
occasionnés par l’ordre mondial en mutation. offre plutôt des types d’incitations perverses
Ces défis constituent notamment des dispa- qui renforcent l’hégémonie et la dominance
rités accrues entre pays riches et pauvres ; des pays développés dans la configuration
une intensification des menaces structurelles des relations internationales. Au moment où
et les vulnérabilités causées par la pauvreté les pays développés font face à des pressions
transfrontalière, les maladies, les conflits, financières provoquées par la crise finan-
le changement climatique, le terrorisme, cière mondiale, des puissances émergentes
les crises financières et la prolifération – en particulier le Brésil, l’Inde, la Chine
des armes. Les partenaires traditionnels de et l’Afrique du Sud – sont très sollicités en
l’Afrique – UE et États-Unis – exercent matière de commerce et d’investissement à
encore une influence et un contrôle déme- travers le continent.
surés sur le rythme de sa croissance et de
son développement à travers le commerce Compte tenu de cet univers changé, l’Afrique
institutionnalisé et les cadres de coopéra- doit adopter une approche plus nuancée de ses
tion contraires à l’importance qu’accorde engagements internationaux, en examinant

Tableau 1 : Qui devrait faire quoi?

QUI? QUOI?
Gouvernements Rationaliser les stratégies d’atténuation des risques dans les politiques et plans de développements nationaux et
centraux assurer la mise en œuvre
Société civile Développer de solides capacités de plaidoyer pour l’atténuation des risques
CER Promouvoir des protocoles détaillés d’atténuation des risques pour adoption et mise en œuvre par les Etats membres
CUA Élaborer une stratégie et un système continental de gestion pour l’atténuation des risques et adopter des normes et
standards appropriés
Institutions Travailler avec la CUA à la création d’un groupe de travail des risques de l’Agenda 2063 afin de surveiller, analyser
africaines de et partager les connaissances sur les risques majeurs
développement
ACBF Procéder à l’évaluation de l’état de préparation des organes de l’UA/CER pour l’Agenda 2063 et élaborer un plan de
développement des capacités.
BAD Appuyer les Etats membres, les CER et la CUA avec les ressources requises pour l’atténuation et la gestion des
risques
CEA Élaborer un programme spécial d’atténuation en appui aux ministères sectoriels dans la gestion et la mise en œuvre
des stratégies nationales.
Partenaires au Appuyer la stratégie d’atténuation des risques de l’Agenda 2063 dans les cadres commerciaux et de coopération
développement Développer une coopération étroite avec la CUA en appui à l’objectif continental d’atténuation des risques
extérieurs
ONU Préconiser une résolution de l’Assemblée générale de l’ONU pour les agences onusiennes en appui à l’UA et aux
pays membres dans la mise en œuvre de l’Agenda 2063
Accélérer les réformes de l’ONU afin de renforcer la voix et la représentation de l’Afrique
OMC Réduire les risques liés au commerce et s’attaquer aux problèmes de l’accès aux marchés et du protectionnisme
BM et FMI Appuyer les stratégies et programmes continentaux pour la gestion des risques et la mise en œuvre de l’Agenda 2063

Source: Compilation des auteurs.

63
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

d’un œil critique comment tirer profit des op- du développement et l’allégement de la dette
portunités de croissance et de développement sur les initiatives stratégiques découlant de
et attirer des financements en vue de s’attaquer l’Agenda 2063. Leur finalité est de garantir
aux effets externes tels que le changement cli- la mobilisation de ressources, la coopération
matique. Ce raffinement doit se fonder sur la et l’appui aux cadres régionaux et continen-
formation de partenariats internationaux revisi- taux tout en mettant en place des systèmes
tés qui deviendront des mécanismes de pilotage de suivi et d’évaluation opérationnels, sans
destinés à l’aider à relever les défis de sa crois- occulter l’équilibre régional et l’équité. Tout
sance, sa sécurité et son développement. ceci nécessitera le renforcement de capaci-
tés diplomatiques musclées et spécialisées
Ces mécanismes doivent soigneusement ali- capables de faire avancer l’Afrique des cou-
gner le commerce extérieur, le financement lisses au centre de la scène internationale.

64
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

RÉFÉRENCES

ACBF. 2014. Africa Capacity Report 2014: Capaci- AUC. 2014. Agenda 2063: The Africa We Want.
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68
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

ANNEXE 1 : ÉVALUATION DES RISQUES

Dimensions internes des


risques politiques Implications pour l’Agenda 2063 Note
Capacités étatiques et stabilité du Croissance inclusive et le développement durable ; 12 Elevé
gouvernement déclinantes une Afrique intégrée
Souveraineté et frontières Une Afrique unie et panafricanisme 9 Moyen
contestées
Institutions nationales, régionales Une Afrique unie et panafricanisme ; une Afrique 16 Elevé
et continentales faibles paisible et sécurisante ; un continent intégré ; un
acteur et partenaire mondial influent ; croissance
inclusive et développement durable
Pauvreté grandissante, inégalité et Croissance inclusive et développement durable 16 Elevé
chômage
Conflits et insécurité croissants Croissance inclusive et développement durable ; 16 Elevé
une Afrique unie ; une Afrique paisible et
sécurisante
Corruption Développement durable, bonne gouvernance, 16 Elevé
démocratie, État de droit
Migration illégale accélérée Croissance inclusive et développement durable ; 12 Elevé
identité culturelle et développement des valeurs
Retour de l’implication des Bonne gouvernance, démocratie, État de droit 6 Moyen
militaires en politique
Montée de l’extrémisme religieux Une Afrique paisible et sécurisante 15 Elevé
Menace de terrorisme Une Afrique paisible et sécurisante 13 Elevé
Absence de responsabilité Croissance inclusive et développement durable, 9 Moyen
démocratique bonne gouvernance, démocratie, État de droit
Menace à l’ordre public Une Afrique intégrée, paix et sécurité, croissance 13 Elevé
inclusive et développement durable
Absence de cohésion sociale Identité et valeurs culturelles, développement axé 12 Elevé
sur les populations, panafricanisme
Problème d’ethnicité politisée Identité et valeurs culturelles, développement 12 Elevé
axé sur les populations, croissance inclusive et
développement durable
Population des adolescents en Une Afrique paisible et sécurisante, développement 20 Extrême
croissance axé sur les populations, croissance et
développement inclusifs
Taux d’urbanisation en croissance Croissance et développement inclusif, identité et 15 Elevé
valeurs culturelles

69
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

Dimensions internes des


risques économiques Implications pour l’Agenda 2063 Note
PIB inégal par habitant/niveaux de Croissance et développement inclusifs, 10 Elevé
croissance développement axé sur les populations
Dépendance à l’égard des produits Croissance et développement inclusif, un continent 20 Extrême
de base/industrie extractive intégré, un acteur mondial fort et influent
Développement faible du secteur Croissance et développement inclusif, un acteur 15 Elevé
privé mondial fort et influent
Rentes de situation/absence Bonne gouvernance, État de droit 10 Elevé
d’activité productive
Faibles niveaux d’industrialisation Croissance inclusive et développement durable, une 20 Extrême
Afrique intégrée, un acteur mondial fort et influent,
développement axé sur les populations
Stabilisation macro-économique Croissance inclusive et développement durable 6 Moyen
inégale
Faibles niveaux d’épargne Croissance inclusive et développement durable, 15 Elevé
intérieure développement axé sur les populations
Niveaux élevés des flux financiers Croissance inclusive et développement durable, 20 Extrême
illicites bonne gouvernance, État de droit, développement
axé sur les populations, un acteur mondial fort et
influent
Coût élevé du bien-être collectif Croissance inclusive et développement durable, 15 Elevé
développement axé sur les populations
Coûts de transaction élevés Croissance inclusive et développement durable, une 20 Extrême
Afrique intégrée, un acteur mondial fort et influent
Mauvaises infrastructures Croissance inclusive et développement durable, une 20 Extrême
Afrique intégrée, un acteur mondial fort et influent
Faibles niveaux du commerce intra- Croissance inclusive et développement durable, une 20 Extrême
africain Afrique intégrée, un acteur mondial fort et influent
Faible système de recouvrement Croissance inclusive et développement durable, 12 Elevé
des recettes développement axé sur les populations
Faibles niveaux de R&D en science Croissance inclusive et développement durable, 16 Elevé
et technologie développement axé sur les populations, identité et
valeurs culturelles
Faible mobilisation des ressources/ Croissance inclusive et développement durable, une 20 Extrême
financement du développement Afrique intégrée, un acteur mondial fort et influent

70
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

Dimensions externes des


risques politiques Implications pour l’Agenda 2063 Note
Ne pas parler d’une seule voix Une Afrique paisible et sécurisante, une Afrique 20 Extrême
intégrée, un acteur mondial fort et influent, bonne
gouvernance, démocratie, identité et valeurs
culturelles, panafricanisme
Faible pouvoir de négociation Une Afrique intégrée, croissance inclusive et 15 Elevé
développement durable, un acteur mondial fort et
influent, panafricanisme
Position marginale permanente Croissance inclusive et développement durable, une 15 Elevé
Afrique intégrée, un acteur mondial fort et influent
Relations néocoloniales avec les Un acteur mondial fort et influent 6 Moyen
BRICS
Incapacité à exploiter l’avantage Un acteur mondial fort et influent 15 Elevé
géopolitique
Retrait de l’UE et des États-Unis Un acteur mondial fort et influent, croissance 4 Bas
inclusive, développement durable
Institutions/accords/réseaux Un acteur mondial fort et influent, croissance 15 Elevé
mondiaux inadéquats inclusive et développement durable, une Afrique
paisible et sécurisante
Non réalisation des OMD ; poids Croissance inclusive et développement durable, 20 Extrême
des ODD développement axé sur les populations, une Afrique
paisible et sécurisante

Dimensions externes des


risques économiques Implications pour l’Agenda 2063 Note
Panier commercial statique et non Croissance inclusive et développement durable, une 20 Extrême
diversifié Afrique intégrée, un acteur mondial fort et influent
Modèle commercial néolibéral et Croissance inclusive et développement durable 16 Elevé
accès aux marchés
Faible intégration dans les chaînes Croissance inclusive et développement durable, une 20 Extrême
de valeur mondiales Afrique intégrée, un acteur mondial fort et influent
Plate-formes des exportations Croissance inclusive et développement durable, une 20 Extrême
industrielles inadéquates Afrique intégrée, un acteur mondial fort et influent
Baisse des niveaux d’aide au Croissance inclusive et développement durable 15 Elevé
développement
Baisse des niveaux Croissance inclusive et développement durable 16 Elevé
d’investissements directs étrangers
Coût de service de la dette Croissance inclusive et développement durable 12 Elevé
extérieure

71
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

Dimensions externes des risques


financiers et d’investissement Implications pour l’Agenda 2063 Note
Dette extérieure élevée en % du PIB Croissance inclusive et développement durable, 15 Elevé
une Afrique intégrée, développement axé sur les
populations
Balance commerciale déficitaire Croissance inclusive et développement durable, une 15 Elevé
Afrique intégrée, un acteur mondial fort et influent
Termes de l’échange en baisse Croissance inclusive et développement durable, une 6 Moyen
Afrique intégrée, un acteur mondial fort et influent
Liquidité internationale insuffisante Croissance inclusive et développement durable 6 Moyen
pour couvrir les importations
Faible stabilité des taux de change Croissance inclusive et développement durable 15 Elevé
et de la convertibilité
Faiblesse du milieu de la Croissance inclusive et développement durable, une 15 Elevé
réglementation Afrique intégrée, un acteur mondial fort et influent

Dimensions des risques du


changement climatique Implications pour l’Agenda 2063 Note
Insécurité alimentaire et stress Croissance inclusive et développement durable, 20 Extrême
hydrique croissants développement axé sur les populations, une Afrique
paisible et sécurisante
Perte de la biodiversité et des Croissance inclusive et développement durable 20 Extrême
écosystèmes
Conflits liés au climat Croissance inclusive et développement durable, 6 Moyen
développement axé sur les populations, une Afrique
paisible et sécurisante
Faibles capacités d’adaptation et Croissance inclusive et développement durable 20 Extrême
d’atténuation
Transfert de technologies Croissance inclusive et développement durable, 15 Elevé
inadéquat développement axé sur les populations
Faibles niveaux de financement Croissance inclusive et développement durable, 20 Extrême
pour le climat développement axé sur les populations
Faible réaction de l’État/institutions Croissance inclusive et développement durable, 15 Elevé
régionales développement axé sur les populations

72
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

ANNEXE 2 : ANALYSE SWOT


DE L’AGENDA 2063

Aspiration 1 : Une Afrique prospère basée sur la croissance inclusive et le développement durable

Forces Faiblesses
• Meilleure croissance économique • Faibles niveaux d’industrialisation
• un secteur privé en croissance • faible leadership politique et civique
• responsabilité accrue • faibles capacités institutionnelles
• meilleure gouvernance • coordination insuffisante à tous les niveaux
• réforme du secteur public • incapacité à promouvoir le principe de
• meilleure stabilité macro-économique subsidiarité
• partenariats internationaux élargis (BRICS) • secteur agricole en difficulté
• exposition réduite aux crises financières • mobilisation insuffisante de ressources
• large participation des citoyens • faibles marchés des capitaux et financiers
• engagement et réactivité continentale • faiblesse des infrastructures
• population des adolescents en croissance • faibles volumes des échanges mondiaux
• respect des codes de bonne gouvernance • dépendance à l’égard des exportations des
produits de base
• faible corruption systémique du secteur public
• faibles capacités des finances publiques
Opportunités Menaces
• Élargir les marchés nationaux et régionaux • Niveaux de pauvreté et du chômage en hausse
• renforcer de solides capacités institutionnelles • faible réponse au changement climatique
• développer les petites et moyennes entreprises • niveaux d’urbanisation en hausse
• constituer des bases de compétences pour les • population de jeunes non qualifiés en
femmes et les jeunes croissance
• élaborer des cadres harmonisés • économies africaines non compétitives
• mobiliser les ressources intérieures • barrières techniques et non tarifaires au
• améliorer l’épargne intérieure commerce
• élargir les partenariats internationaux • pays les moins développés d’Afrique plus
• construire des plates-formes industrielles vulnérables
• améliorer les chaînes de valeur • insécurité alimentaire en hausse
• améliorer la gouvernance • persistance des épidémies
• renforcer la position mondiale de l’Afrique • marginalisation des femmes et des jeunes
• réduire la dépendance extérieure • instabilité politique et insécurité
• opter pour des économies vertes • taux de mortalité élevés
• améliorer le rendement agricole • augmentation de la criminalité et de la violence
• attirer des niveaux élevés d’investissement • niveaux d’immigration en hausse
• améliorer le fonctionnement des CER • protectionnisme et faible accès aux marchés
• fracture technologique en hausse
• absence de diversification économique

73
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

Aspiration 2 : Un continent intégré, politiquement uni et basé sur les idéaux du panafricanisme

Forces Faiblesses
• Vision globale de l’UA • Faibles capacités de mise en œuvre des cadres
• niveaux élevés d’engagement politique • rationalisation lente des CER
• progrès dans les accords de libre- échange et • faible traduction de la vision de l’UA dans les
de la communauté économique africaine législations nationales
• acceptation des piliers de l’intégration • insuffisance des échanges intra- régionaux
• passé des cadres post- indépendance • faible coopération interétatique
• passé de l’expérience d’intégration • faible coopération interrégionale
• large consultation des parties prenantes • croissance et développement inégal
• articulation claire des objectifs et processus • circulation non libre des personnes, des biens,
• résilience des idéaux /idéologie du des capitaux
panafricanisme • problème de cession de souveraineté/frontières
• appui fort des Etats membres • faible leadership politique et civique
• faibles niveaux de financement du
développement
Opportunités Menaces
• Renforcer l’appui au Programme minimum • Conflits en cours et extrémisme croissant
d’intégration • mandat de l’UA non compris largement
• améliorer la circulation des personnes, biens, • États faibles et fragiles
capitaux • faibles capacités institutionnelles et de
• améliorer la relance du commerce intra-africain coordination
et intrarégional • plans d’action trop ambitieux et compliqués
• promouvoir des partenariats internationaux • faible mobilisation des ressources
plus efficaces • bien-être social/développement insignifiant
• renforcer la coopération CUA/BAD/CEA • infrastructures inadéquates
• engager la coopération technique de l’ACBF • coût élevé des transactions en affaires
• parler d’une seule voix • destination peu attractive pour les
• promouvoir les instruments juridiques de l’UA investissements
• préserver l’environnement naturel • industrialisation non diversifiée
• harmoniser les standards et normes • criminalité transnationale, trafic de stupéfiants
• atténuer les effets du changement climatique et de personnes
• nouer de nouveaux partenariats stratégiques • incapacité à utiliser le dividende
• renouveler les idéaux du panafricanisme démographique
• renforcer de meilleures capacités • flux financiers illicites
institutionnelles • faibles milieux de la réglementation
• élaborer un PIDA à l’échelle continentale
• mobiliser la diaspora en tant que partie
concernée

74
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

Aspiration 3 : Une Afrique de la bonne gouvernance, la démocratie, du respect des droits de


l’homme, la justice et de l’État de droit

Forces Faiblesses
• Beaucoup de transitions démocratiques • Environnement politique peu favorable
réussies • concentration du pouvoir exécutif
• déclin du régime autoritaire • niveaux élevés des conflits civils
• désengagement des militaires de la politique • prédominance du parti unique
• systèmes électoraux forts • faible consolidation de la démocratie
• davantage d’élections libres et justes • faible démocratie de fond
• société civile revigorée et active • transitions incomplètes et bloquées
• importance grandissante des parlements • faible développement institutionnel
• culture politique vivante pour la démocratie • politique du népotisme et régime néo
• indépendance judiciaire accrue patrimonial
• protection constitutionnelle des libertés • partis d’opposition faibles et divisés
publiques • clivages communautaires et ethniques
• base normative solide dans l’Acte constitutif de • mauvaise culture des droits de l’homme
l’UA • faibles mécanismes de l’État de droit
• maturation de la politique de l’opposition
• transparence et responsabilité accrues
Opportunités Menaces
• Renforcer la décentralisation et la dévolution • Revirements et récession démocratiques
• renforcer la mobilisation/participation des • répression grandissante des libertés civiques
citoyens • violations croissantes des droits de l’homme
• améliorer la séparation des pouvoirs • niveaux des conflits civils et de l’insécurité en
• améliorer la norme constitutionnelle hausse
• accélérer le rythme des réformes judiciaires • faibles capacités étatiques et institutionnelles
• construire une culture des droits de l’homme • tendances autoritaires croissantes
• approfondir la démocratie et la démocratisation • conditionnalités définies de l’extérieur
• bâtir des Etats de développement • pauvreté et chômage accrus
• graver la gouvernance basée sur des règles • violence et conflits électoraux
• autonomiser les femmes et les jeunes • syndrome du troisième mandat en hausse
• renforcer la légitimité de l’État et des élites • faibles automatismes régulateurs
• élaborer des formes inclusives de gouvernance • faibles capacités d’assistance sociale et fiscale
• refermer la fracture urbaine–rurale
• élaborer de nouveaux cadres de leadership

75
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

Aspiration 4 : Une Afrique paisible et sécurisante

Forces Faiblesses
• Forces de l’APSA en tant que stratégie • Mauvais mécanismes de prévention
opérationnelle • faibles mécanismes de réaction dans APSA
• engagement fort pour s’attaquer aux causes • dépendance excessive à l’égard des bailleurs et
des conflits de l’ONU
• politique forte de défense/sécurité commune • faible réforme du secteur de la sécurité
• politique forte contre la criminalité • mauvaises capacités des CER
transnationale • faibles régimes de la sécurité collective
• forte promotion de la reconstruction et du • importance exagérée de la sécurité étatique
développement post-conflit • faibles traditions de l’État de droit dans les Etats
• Force africaine en attente pratiquement en en conflit
place • faibles capacités continentales de DDR
• appui fort des partenaires internationaux • faibles systèmes continentaux d’alerte rapide
• appui fort de l’ONU
• engagement fort des acteurs non étatiques
Opportunités Menaces
• S’attaquer aux enjeux de croissance et de • Prolifération des conflits inter étatiques
développement • montée des changements inconstitutionnels
• renforcer les liens de construction de la paix et de régimes
de l’État • faible potentiel de relance après les conflits
• renforcer la légitimité de l’État • résurgence de nouveaux conflits
• améliorer la gouvernance du secteur sécuritaire • paix en tant qu’incitation de la guerre
• renforcer l’importance de la sécurité humaine • rôle contesté de la Cour pénale internationale
• améliorer les processus de justice transitoire en Afrique
• mobiliser les ressources et l’appropriation • extrémisme/terrorisme rampant
africaine • persistance d’actes d’instabilité
• constituer une base régionale de gestion des • instabilité résiduelle causée par le « Printemps
conflits arabe »
• donner plus de pouvoir d’intervention au
protocole du Conseil de paix et de sécurité
• améliorer la diplomatie préventive

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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

Aspiration 5 : Une Afrique avec une forte identité culturelle, des valeurs et une éthique

Forces Faiblesses
• Libéralisation des systèmes politiques • Promotion fragile de la démocratie
• grande importance accordée aux jeunes et aux • violation des droits de l’homme élémentaires et
femmes des libertés
• grande importance accordée à l’héritage • disparité persistante entre les sexes
culturel et la diversité • déficit d’image de la guerre, la faim, les
• communautés africaines résilientes maladies
• réseaux et traditions communautaires forts • systèmes de prestation de services inefficaces
• filets de sécurité solides et économie morale • absence de développement basé sur les droits

Opportunités Menaces
• Promouvoir l’apprentissage panafricaine • Privation, dislocation sociale grandissante
• renforcer la solidarité interafricaine • violation accrue de la dignité humaine
• appliquer les instruments juridiques de l’UA • manifestations sociales croissantes
• encourager la participation active à tous les • crises humanitaires en hausse
niveaux • absence de sentiment de destin/identité
• renforcer l’engagement des parties prenantes communs
• développer la cohésion sociale et culturelle • diversité culturelle/ethnique comme source de
• engager la diaspora conflit
• promouvoir/protéger les langues et les • problème d’ethnicité politisée
coutumes

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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

Aspiration 6 : Une Afrique dont le développement est axé sur les populations, reposant notamment
sur le potentiel de sa jeunesse et de ses femmes

Forces Faiblesses
• Femmes et jeunes comme atouts pour le • Mauvais systèmes sanitaire et éducatif
développement • services d’assistance sociale peu efficaces
• instruments juridiques de l’UA élaborés • faible R&D en science et technologie
• nombre croissant de jeunes diplômés qualifiés • faibles indicateurs du développement humain
• amélioration dans la gestion des maladies • importante partie de la jeunesse tenue à l’écart
• davantage de femmes participant au du pouvoir
gouvernement • importante partie des femmes tenues à l’écart
• jeunesse politiquement consciente et active pouvoir
• niveaux élevés de l’activité entrepreneuriale • niveaux élevés de l’activité économique
• davantage de jeunes et de femmes dans les informelle
programmes de l’UA • faibles capacités étatiques et institutionnelles
• plus d’importance accordée aux femmes et aux • faibles instruments nationaux pour les femmes/
jeunes dans les CER jeunes
• niveaux élevés de l’activisme de la société civile • secteurs privés faibles
• Charte africaine de la jeunesse comme outil de • établissements humains inadéquats
mobilisation
Opportunités Menaces
• Promouvoir les femmes et les jeunes dans • Violence dirigée contre les femmes en tant que
l’économie telles
• encourager plus de volontariat • fuite accrue des travailleurs qualifiés
• faire de l’explosion démographique des jeunes • migration illégale des jeunes
un dividende • personnes déplacées et réfugiés en hausse
• élaborer des plates-formes de l’UA touchant • instabilité politique et insécurité en hausse
directement la population • niveaux croissants de pauvreté et du chômage
• associer les femmes et les jeunes au • mortalité infantile/femmes en hausse
développement • rentes de situation et absence d’activité
• développer les secteurs des services et formels productive

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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

Aspiration 7 : Une Afrique acteur et partenaire mondial fort et influent

Forces Faiblesses
• Meilleure position géostratégique • Ne pas parler d’une seule voix
• engagement actif dans la diplomatie • faible pouvoir de négociation
internationale • l’Afrique dans une position marginale au plan
• appui multilatéral fort pour le bloc Afrique mondial
• croissance économique qui profite à tous • faible intégration dans les chaînes de valeur
• partenariats forts avec les BRICS mondiales
• moins de dépendance à l’égard des institutions • faible système de gouvernance mondiale
financières internationales • non atteinte des OMD
• meilleure stabilité macro-économique • panier commercial statique et non diversifié
• population qualifiée et qui augmente • plates-formes d’exportation industrielle
rapidement inadéquates
• diaspora coopérative et dotée de ressources • faible connectivité des technologies de
l’information et de la communication
• faibles capacités scientifiques et
technologiques
• faibles capacités industrielles et
manufacturières
Opportunités Menaces
• Repositionner l’Afrique dans les relations • Relations néocoloniales avec les BRICS
internationales • baisse des niveaux de l’aide au développement
• concevoir de nouveau les partenariats avec l’UE • baisse des niveaux d’investissements directs
et les États-Unis étrangers
• renforcer les capacités diplomatiques de l’UA • crises récurrentes dans les marchés mondiaux
• renforcer le pouvoir de négociation des pays • retrait des partenaires au développement
• mobiliser de nouvelles formes de financement traditionnels
du développement • échec du cycle de développement de Doha
• promouvoir le potentiel de la ZLEC • réduction des termes de l’échange
• diversifier les structures commerciales et • faibles niveaux de financement pour le climat
d’exportation • conflits et instabilité en cours
• promouvoir l’Agenda 2063 au plan mondial • marchés financiers et des capitaux peu
• endiguer les flux financiers illicites développés
• réformer le Conseil de sécurité de l’ONU • problèmes de convertibilité/stabilité des
• constituer des réseaux mondiaux des monnaies
connaissances • crises financières des économies développées
• miser sur les CER en tant que partenaire de • croissance lente des marchés chinois/
coopération émergents

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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

ANNEXE 3 : LISTE DES


PERSONNES INTERROGÉES

Nom Poste Date de l’entrevue


(en 2015)
Dr Essop Pahad Ancien ministre à la présidence sud-africaine 31 mars
et actuel directeur de la rédaction du journal
panafricain The Thinker
Pr Nick Binedell Doyen de la Gordon School of Business et 31 mars
coordonnateur de l’Association africaine des écoles
commerciales
M. Abba Omar Directeur des opérations de Mapungubwe Institute 1 avril
for Social Reflection
L’ambassadeur George Ancien directeur général adjoint du ministère 2 avril
Nene sud-africain des Relations internationales et de la
Coopération
L’ambassadeur Welile Ancien ambassadeur de l’Afrique du Sud auprès de 2 avril
Nhlapo l’UA
Dr John Tesha Secrétaire exécutif de Africa Forum of Leadership 9 avril
Dr Nomfundo Ngwenya Directeur de l’intégration économique africaine, 9 avril
Trésor de l’Afrique du Sud
Dr Alioune Sall Directeur de l’Institut des futurs africains 9 avril
Pr Gilbert Khadiagala Jan Smuts Professor of International Relations, Wits 10 avril
University
Dr Michele Ruiters Spécialiste en stratégie de la recherche, Banque de 13 avril
développement de l’Afrique australe
M. Joel Netshitenzhe Directeur exécutif de Mapungubwe Institute for 13 avril
Social Reflection
Dr Alfredo Hengari Directeur de Africa Drivers Project, Institut sud- 15 avril
africain des affaires internationales
M. Simon Freemantle Directeur, Africa Business and Research, Standard 15 avril
Bank d’Afrique du Sud
L’ambassadeur Carlos Ambassadeur de l’Argentine auprès de l’Afrique du 16 avril
Sersale di Cerisano Sud, accrédité auprès des 9 pays de la SADC
Dr Themba Mhlongo Secrétaire exécutif adjoint de l’Intégration 18 avril
régionale, SADC

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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

Nom Poste Date de l’entrevue


(en 2015)
Dr Francis Ikome Agent principal de la gestion des programmes, 21 avril
Commission économiques des Nations Unies pour
l’Afrique
M. Robert Lisinge Responsable des affaires économiques, 22 avril
Commission économique des Nations Unies pour
l’Afrique
Mme Emebet Mesfin Responsable de la gouvernance et l’administration 22 avril
publique, Commission économique des Nations
Unies pour l’Afrique
M. Christian Diguimbaye Coordonnateur, Bureau d’appui du secrétariat 23 avril
commun CUA/CEA/BAD
M. Guy Ranaivomanana Coordonnateur adjoint, Bureau d’appui du 23 avril
secrétariat commun CUA/CEA/BAD
Dr Khabele Matlosa Directeur du Département des affaires politiques, 25 avril
Commission de l’UA
M. Moe Shaik Chef de la Division Afrique et internationale, 28 avril
Banque de développement de l’Afrique australe
Dr Ahmad Jallow Consultant en chef et chef d’équipe de l’UA, 29 avril
Agenda 2063

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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063

ANNEXE 4 : QUESTIONS POSÉES


AU COURS DES ENTREVUES

1. Étés-vous familier avec les bus et objectifs de base de l’Agenda 2063 ainsi qu’avec sa vision ? Dans
quelle mesure pensez-vous qu’ils peuvent être réalisés dans une période de 50 années ?
2. Comment voyez-vous les défis de la réalisation de l’intégration en Afrique, tant au niveau régional
que continental ? Quels sont les facteurs clés qui constituent les obstacles à l’intégration ?
3. Qu’est-ce qui a été réalisé et quels sont les difficultés qui empêchent de faire de l’Union africaine et
des communautés économiques régionales des institutions plus efficaces ?
4. Quels sont, selon vous, les principaux risquent et menaces internes liés à la réalisation de la lettre et
de l’esprit de l’Agenda 2063?
5. Quels sont, d’après vous, les principaux risques et menaces externes liés à la réalisation de la lettre
et de l’esprit de l’Agenda 2063?

82
9 781779 370693

2 Fairbairn Drive, Mount Pleasant


Harare, Zimbabwe

Tel: (+263-4) 304663, 304622, 332002, 332014


Cell: +263 772 185 308 - 10
Fax: (+263-4) 792894, 702915,
E-mail: [email protected]
web site: www.acbf-pact.org

ISBN: 978-1-77937-068-6

EAN: 9781779370686

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