Évaluation des Risques de l'Agenda 2063
Évaluation des Risques de l'Agenda 2063
CONTENTS
ACRONYMES vii
RÉSUMÉ1
CHAPITRE 1 : INTRODUCTION 12
iii
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
RÉFÉRENCES65
Figures
Tableau
ACRONYMES
ACBF Fondation pour le Renforcement des Capacités en Afrique
APSA Architecture africaine de paix et de sécurité
BAD Banque africaine de développement
BRICS Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud
CEA Communauté économique africaine
CEA Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique
CEDEAO Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest
CER Communauté économique régionale
COMESA Marché commun de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe
CUA Commission de l’Union africaine
DDR Démilitarisation, démobilisation et réintégration
EAC Communauté de l’Afrique de l’Est
FMI Fonds monétaire international
IDE Investissement direct étranger
NEPAD Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique
OCDE Organisation de coopération et de développement économiques
OMC Organisation mondiale du commerce
OMD Objectifs du Millénaire pour le développement
ONG Organisation non-gouvernementale
ONU Organisation des Nations unies
OUA Organisation de l’Unité africaine
PIB Produit intérieur brut
PIDA Programme de développement des infrastructures en Afrique
SADC Communauté de développement de l’Afrique australe
UA Union africaine
UE Union européenne
ZLEC Zone de libre-échange continentale
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
RÉSUMÉ
L’Agenda 2063 traduit une vision transformatrice de l’Union africaine (UA) de bâtir « une
Afrique intégrée, prospère et paisible, portée par ses propres citoyens et représentant une force
dynamique sur la scène internationale » (CUA 2014). Lors de la 24ème session ordinaire de
l’Assemblée de l’UA, à l’occasion de la célébration du 50ème anniversaire de l’Organisation
de l’Unité africaine, les chefs d’État et de gouvernement ont adopté à Addis-Abeba en jan-
vier 2015 l’Agenda 2063 en tant que Charte collective permettant d’orienter inexorablement
le continent vers une croissance et un développement meilleurs au cours des cinq prochaines
décennies. La Charte se veut non seulement une vision mais également dans un cadre normatif
et stratégique de transformation du continent sur la base d’un agenda programmatique de cinq
plans décennaux. L’Agenda programmatique se fonde sur sept aspirations :
• Une Afrique dotée d’une identité culturelle, de valeurs et d’une éthique fortes.
• Une Afrique dont le développement est porté par les populations, reposant essentiellement
sur le potentiel de sa jeunesse et de ses femmes.
Ces aspirations devraient trouver une ex- La manière dont l’Afrique formule ses ré-
pression pratique dans des objectifs tels ponses au développement et celle dont ses
qu’un niveau et une qualité de vie élevés, pays et ses populations planifient un avenir
des logements modernes et habitables, des collectif et une destinée commune sur la base
économies transformées et des emplois ainsi de la vision et de la logique programmatique
qu’un secteur agricole moderne. L’accent est de l’Agenda 2063, comportent donc des
mis également sur la promotion des valeurs risques, des menaces et des opportunités. Le
démocratiques, des institutions capables et continent est enfermé dans une dialectique
un leadership fort, l’égalité totale des sexes complexe qui demande plus de réactivité et
et une jeunesse responsabilisée ; une Afrique de responsabilité de la part des Etats africains
qui ne dépend plus de l’aide mais qui soit à et des institutions intergouvernementales dans
même de financer sa propre croissance et ses le traitement des problèmes de croissance
buts et objectifs de développement. et de développement, une dialectique qui
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
surviendra également dans le contexte inter- continent ont atteint des taux de croissance
national où les coûts de l’échec des politiques, réels au cours des dix dernières années, les
les déficits de ressources et de matériel, un économies de bon nombre d’entre eux sont
faible leadership politique et la paralysie ins- encore sous-développées et caractérisées par
titutionnelle sont amplifiés. La présente étude un secteur privé faible et une forte dépen-
examine les facteurs de risque – internes et dance à l’égard des ressources naturelles. Par
externes à l’Afrique – qui pourraient compro- ailleurs, en dépit d’une classe moyenne et un
mettre la vision de l’Agenda 2063, le cadre de marché consommateurs en croissance, beau-
transformation et le programme de planifica- coup de pays restent vulnérables à l’extrême
tion au cours des cinq prochaines décennies. pauvreté, un développement social faible et
L’analyse de ces facteurs est accompagnée de une mauvaise éducation.
l’examen des forces, faiblesses, opportunités
et menaces qui pourraient influer sur chacune Politiques concurrentielles
des sept aspirations de l’agenda. Tout en
n’écartant pas des éléments de force majeure D’après un grand nombre de personnes inter-
(changement climatique et catastrophes na- rogées, des politiques concurrentielles et la
turelles), nous estimons que bon nombre de démocratisation n’ont pas répondu assez aux
facteurs de risque se présentent comme des élans intégrateurs nécessaires à la gestion des
caractéristiques structurelles inhérentes à tra- diversités.
vers le continent mais constituent également
des facteurs déterminants dans la définition L’acceptation générale de processus élec-
et l’élaboration du paysage continental et son toraux libres et équitables n’a pas tenu la
système interétatique. promesse d’une démocratie participative et
représentative. On constate plutôt une ten-
dance préoccupante où les élections servent à
Cinq facteurs de risque pays renforcer le pouvoir de ceux qui gouvernent,
empêchant ainsi des changements généra-
Nature de l’État postcolonial tionnels au gouvernement par une politique
concurrentielle. Les constitutions ainsi que
De l’avis général, bon nombre d’Etats des institutions participatives et représenta-
postcoloniaux en Afrique sont assaillis par tives, qui devraient conférer la légitimité pour
la violence et l’instabilité, exacerbées par la stabilité politique, sont souvent affaiblis
la mauvaise gouvernance et responsabilité, par l’impunité.
l’abus des ressources publiques, l’ethnicité
politisée et des failles sectaires grandissantes. En outre, la tendance à centraliser le pouvoir
La nature et l’évolution de l’État post- et l’autorité a entravé le développement de
colonial africain a été « un albatros sur le systèmes d’administration locale qui pour-
développement de l’Afrique. » Le continent raient autrement renforcer la participation
est composé d’une grande diversité d’États populaire et une meilleure offre de services.
et de sociétés avec une variation structurelle Le risque majeur est que l’Afrique connaisse
prononcée dans le développement politique et un retour timide de formes de militarisme,
économique, l’histoire et la culture. Qui plus de styles de leadership autocratiques, de
est, il y a certains aspects où la diversité des la politique basée sur le népotisme et des
paysages économiques, sociaux et politiques changements de gouvernement inconstitu-
pourrait constituer des risques et des me- tionnels. Les progrès réalisés au cours des
naces plus importants. Si plusieurs pays du vingt dernières années en matière de systèmes
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
changement des fortunes des pays africains, Le grave risque associé à la géographie est
beaucoup d’entre eux devront faire face à qu’il a un effet négatif sur les interactions
d’autres conséquences involontaires telles que économiques et les flux commerciaux formels
l’urbanisation rapide mettant la pression sur le en plus d’avoir fait le lit d’une vaste culture
logement, l’emploi, la santé, l’éducation et les d’activités transfrontalières informelles dont
transports. Il s’y ajoute la croissance specta- la contrebande, la criminalité, le trafic de per-
culaire de la population de jeunes et le risque sonnes, de stupéfiants et la piraterie.
de voir ces derniers affronter un avenir sombre
fait de pauvreté, du phénomène des sans-abri Intégration régionale lente
et du chômage, au moment où l’efficience des
services sociaux est mise à l’épreuve. Les progrès irréguliers des longues discus-
sions autour de l’intégration régionale ont
entravé cette dernière. Il y a eu des débats
Cinq facteurs de risque régionaux et fructueux sur les définitions, les stratégies,
continentaux le diagnostic et les réalisations mais il n’y
a guère de preuves que la quantité de réso-
Les risques identifiés dans l’axe d’un pays lutions et de décisions prises par les Etats
ne peuvent être résolus par un seul pays. Par membres au plan régional se déclineront en
conséquent, l’intégration régionale reste un politiques nationales de planification et de
bien public important à poursuivre avec plus développement.
de vigueur. La géographie constitue un défi
majeur à cette intégration dont les obstacles Bien que la création de la zone de libre-
bien connus comprennent de mauvais in- échange continentale (ZLEC) puisse aider à
frastructures et réseaux de transports à travers revigorer l’intégration régionale, les adhésions
les régions, une faible connectivité technolo- multiples aux communautés économiques ré-
gique qui renchérit les coûts des transactions gionales (CER) se sont traduites par l’absence
des biens et services et les frais élevés de faire d’orientation et de cohérence des politiques et
des affaires à travers des frontières difficiles par différents stimuli régionaux imprimant le
doublées de procédures et réglementations rythme et l’ordre de l’intégration. Le risque
douanières lourdes qui entravent les échanges est en définitive qu’une intégration viable et
intra régionaux. efficace dépendra de l’engagement et du sa-
crifice que les membres voudront consentir
Le problème de la géographie comporte des pour le bien de la région y compris d’hono-
implications particulières pour les pays afri- rer leurs obligations légales et de faire face à
cains enclavés dont le potentiel d’exportation leurs fonctions essentielles.
dépend directement des régimes d’infrastruc-
tures et des politiques de leurs voisins côtiers. Le risque que comporte cet ensemble de défis
À cette combinaison de risques géogra- est que les pays sont amenés à poursuivre leurs
phiques, il convient d’ajouter les nombreuses intérêts nationaux et protéger leur souveraine-
restrictions de visas et d’immigration, les lois té. Mais ils représentent également différentes
et les politiques qui rendent difficile et sou- capacités étatiques et dispositions idéologiques.
vent discriminatoire le passage des frontières. À cet égard, l’intégration régionale est souvent
Cette « géographie de la différence » entraîne perçue davantage comme un fardeau et un coût
des tarifs élevés, de nombreuses barrières non et permet de comprendre pourquoi la traduction
tarifaires et la corruption dans les services des politiques et accords régionaux dans les
d’immigration, de sécurité et des douanes. législations nationales reste si problématique.
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
Le danger pour l’Agenda 2063 est que le fait de faibles. Même si beaucoup de pays africains
privilégier les intérêts nationaux et les objectifs ont pu élargir leur assiette fiscale et introduire
souverains pourrait freiner le développement des instruments générant des recettes tels que
d’un nouveau type de panafricanisme fondé sur la taxe sur la valeur ajoutée, ils peinent encore
plus de solidarité et une identité commune. à générer des ressources pour stimuler le dé-
veloppement. La faiblesse de l’épargne et des
La ZLEC marchés financiers sous-développés (permet-
tant d’attirer des investissements étrangers)
Dans quelle mesure la ZLEC (dont la création accentuent les besoins de financement au ni-
est prévue à l’horizon 2017) entraînera des veau national.
volumes importants d’échanges commerciaux
intra régionaux ? Bien que l’accord de libre- La difficulté à mobiliser des ressources pour
échange tripartite entre l’EAC, la SADC et le le financement des projets de l’Agenda 2063
COMESA soit très prometteur, il est encore est encore plus déconcertante. Espérer que
loin de catalyser le lancement de la ZLEC en les besoins de l’Afrique liés à l’offre, notam-
deux ans. ment en matière d’infrastructures, seraient
satisfaits par les forces du marché, a été une
Tout aussi préoccupant a été le suivi inadé- grosse erreur. Il faut un effort concerté pour
quat avec des politiques et programmes de recapitaliser les institutions africaines comme
rationalisation et d’harmonisation entre les la Banque africaine de développement (BAD)
CER et l’UA, en dépit de l’adoption en 2007 et la Banque de développement de l’Afrique
d’un protocole dans ce sens. Sur cette toile de australe ; mettre en place des formes alterna-
fond, l’Agenda 2063 vise à réaliser la trans- tives internes et externes de financement du
formation structurelle du continent à travers développement et s’attaquer aux flux finan-
la libre circulation des personnes, des capi- ciers illicites qui sortent du continent.
taux, des biens et services par l’accroissement
des échanges et des investissements entre les À défaut de ces mesures, le risque est grand
pays. Le risque est de voir ces objectifs ne de voir même les gros projets identifiés dans
pas se réaliser si l’on tient compte des expé- le premier plan décennal de l’Agenda ne pas
riences régionales et continentales avortées. connaître un début d’exécution. Deux sources
mondiales alternatives de financement du
Il est donc grand temps pour l’Afrique d’al- développement à long terme sont dispo-
ler au-delà des cadres ambitieux, des grandes nibles : la Banque des BRICS nouvellement
conceptualisations et des matrices de planifica- créée et la Banque asiatique de financement
tion difficiles d’application. Elle devrait plutôt des infrastructures. Toutefois, il est peu pro-
se concentrer sur ce qui est réalisable afin que bable que l’Afrique obtienne ce qu’elle veut
ce que l’on appelait projets « passe-partout » pour les besoins du PIDA : 68 milliards USD
puissent lier davantage les personnes, les biens pour les projets prioritaires jusqu’en 2020 et
et services à travers les régions en se fondant 300 milliards USD jusqu’en 2040. Le risque
sur les moyens mis à la disposition des CER. de financement est que le coût de développe-
ment des réseaux d’infrastructures en Afrique
Mobilisation insuffisante des ressources reste excessivement élevé et la solution de
facilité serait de tendre vers des opportunités
Après la crise financière mondiale, la mobili- « bancables » liées à l’exploitation accrue
sation de ressources, les rentrées de capitaux des produits de base, les industries extrac-
et l’aide aux pays en développement restent tives offrant des rendements d’échelle plus
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
intéressants pendant que le prix des produits la résilience. Le premier secteur est que les
de base reste élevé. Etats membres de l’UA détiennent encore
l’autorité suprême et le pouvoir de décision
Architecture africaine de paix et de dans des questions sérieuses. La Commission
sécurité de l’UA fonctionne donc sur l’ordre de ces
Etats et n’a pas la compétence d’agir de façon
Le niveau d’institutionnalisation de l’Ar- autonome dans des situations nécessitant des
chitecture africaine de paix et de sécurité recours urgents en matière de maintien de la
(APSA) en vue d’une meilleure coordination, paix ou de résolution des conflits. Ensuite, les
harmonisation et normalisation résume le Etats membres sont souvent directement im-
dernier ensemble de risques. Il est important pliqués dans les violations ou le non-respect
de le savoir car la réussite de l’architecture des principes pour lesquels l’UA été créée
ne dépend pas entièrement de l’UA, mais (droits de l’homme, démocratie, bonne gou-
également d’une vaste panoplie d’acteurs qui vernance et caractère sacré de la vie). Enfin,
pourraient constituer potentiellement le ré- l’institutionnalisation de l’architecture conti-
gime sécuritaire du continent. nuera à souffrir du déficit de capacités et de
l’incapacité des Etats membres à faire face à
Bien qu’un protocole d’entente sur la paix et leurs obligations financières, ce qui a renforcé
la sécurité entre l’UA et les CER ait été signé la dépendance de l’architecture à l’égard des
en 2008, l’architecture manque toujours d’éla- financements extérieurs et soulevé des ques-
boration et d’objet. Si dans une grande mesure tions sur son appropriation et sa pérennité.
l’accord est normatif et basé sur des principes
, il semble y avoir des divergences sur la pra-
tique, notamment sur des sujets importants Quatre facteurs de risques
comme le respect des droits de l’homme et des mondiaux
libertés, le caractère sacré de la vie, les stra-
tégies appropriées de prévention des conflits, Après la fin de la guerre froide, il a semblé que
le respect des normes démocratiques, la bonne le monde deviendrait plus paisible et prospère
gouvernance et la primauté du droit. En outre, en raison de la promesse de multipolarité et la
les conflits internes que connaît l’Afrique sou- reconnaissance de la nécessité d’une meilleure
lèvent d’importantes questions quant à la prise gouvernance mondiale et coopération interna-
en compte des principes essentiels tels que tionale dans la gestion d’un nombre grandissant
« la sécurité humaine » et la « responsabilité de problèmes transnationaux. Quatre facteurs
de protection ». En réalité, il a été souvent externes qui se chevauchent quelque peu pour-
reproché au Conseil de paix et de sécurité de raient impacter l’Agenda 2063.
l’UA d’ignorer les graves situations où ces
principes sont en jeu ou menacés, dans des Commerce et économie
cas de génocide, de crimes contre l’humanité
et, aujourd’hui, du fléau rampant des change- La dépendance de l’Afrique à l’égard des
ments de gouvernement inconstitutionnels et produits primaires comme source de recettes
des gouvernants voulant un troisième mandat. d’exportation laisse le continent vulnérable
face aux caprices du marché et à l’évolution
Trois secteurs de risques continueront des conditions atmosphériques. La volatilité
d’affaiblir la demande d’une coopération insti- des cours des produits et les pertes correspon-
tutionnalisée de l’architecture et exacerberont dantes des termes de l’échange, en constituent
les défis de la mise en œuvre, l’efficacité et le risque. Le boom actuel des produits n’est
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pas soutenable, bon nombre de producteurs par la mondialisation ; ses populations n’ont
africains de pétrole ayant ressenti les effets pas reconfiguré leurs horizons sociaux, éco-
consécutifs à la baisse spectaculaire du prix nomiques et politiques. A cause des vastes
du pétrole. La mauvaise performance com- espaces non gouvernés, elles ont plutôt eu à
merciale de l’Afrique reflète son incapacité lutter contre des pratiques malhonnêtes, le
à trouver des financements à faible taux d’in- crime organisé, les rivalités ethniques et sec-
térêt ou à construire des réseaux de transport taires, la pauvreté et le chômage élevés et une
et de logistique efficients, des capitaux et un population de jeunes en croissance et agitée.
capital humain. La faiblesse du secteur privé Le risque majeur pour le continent est l’ab-
est également une préoccupation, de même sence de mécanismes d’adaptation pour faire
que l’inaptitude du continent à soutenir la face aux mutations mondiales et systémiques,
concurrence sur les marchés mondiaux. Les au moment où la gouvernance mondiale
mauvaises infrastructures des technologies assiste à la prolifération de structures de dé-
de l’information et des services financiers, cision et de sphères d’autorité dans lesquelles
l’absence de capacité institutionnelle, la cor- il est à peine présent en tant qu’acteur ma-
ruption et les formalités douanières lourdes jeur et même son identité en tant que région
expliquent le coût élevé des transactions. contestée.
Au terme du cycle d’Uruguay, les pays afri- L’échec de la gouvernance mondiale est ré-
cains ont été confrontés à des obligations pété dans les défis urgents de développement
exigeantes en matière de commerce multilaté- de l’Afrique et ses relations dépendantes et
ral mais ils ont pu avoir un accès quelque peu asymétriques avec les pays développés. Ces
meilleur aux marchés où ils ont joui de cer- lacunes ont été aggravées par l’instabilité
tains avantages. En outre, les préférences et macro-économique et l’incapacité à éradiquer
avantages sur les produits et les quotas qu’ils la pauvreté. En outre, la combinaison des
ont eus dans le cadre de régimes préférentiels inégalités sociales, la corruption rampante et
tels que les accords de Lomé et de Cotonou de des systèmes politiques instables ont rendu
l’UE ont été érodés de manière substantielle encore plus difficile l’adoption de politiques
en raison de l’obligation de compatibilité et économiques et publiques en vue de relever
de réciprocité de l’OMC. Mais c’est le cycle les défis externes.
de Doha (lancé en 2001), mettant l’accent sur
les résultats de développement, qui ne leur L’Afrique est confrontée à d’autres risques
a octroyé aucun avantage, notamment dans de développement car elle dépend d’une
l’amélioration des capacités à commercer combinaison de quatre types de ressources
et à s’attaquer à d’autres contraintes liées financières, lesquelles se sont toutes amenui-
à l’offre. L’Afrique court le risque d’une sées avec la crise financière mondiale : aide
marginalisation continue dans le commerce publique au développement, investissements
car le protectionnisme des pays développés, directs étrangers, épargne nationale et allége-
notamment dans l’agriculture, a entravé son ment de la dette. Il a été noté, en particulier,
potentiel de croissance des exportations. que les économies développées continuent
de vivre des crises financières et de liquidités
Géopolitique et finance et que le dollar américain continue de perdre
de la valeur en tant que devise majeure.
L’Afrique n’a pas su tirer profit des L’Afrique fait donc face non seulement à la
changements rapides intervenus dans l’in- baisse des niveaux d’aide et des investisse-
formation, les biens et les idées entrainés ments mais également à celle des termes de
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
grâce aux réformes démocratiques, à la libé- croissance économique pourrait être compro-
ralisation politique, au constitutionnalisme mis par la pauvreté persistante, l’instabilité
grandissant, à la société civile renaissante, chronique et la faible espérance de vie à cause
aux élections multipartites et la résurrection des épidémies. Les investissements publics
des législatures. Ces changements ont été dans l’éducation et la santé entraînent des
concomitants aux élans renouvelés vers l’inté- effets distributifs qui profitent directement à
gration de l’Afrique et l’élaboration de cadres ceux qui se trouvent au bas de la pyramide
opérationnels visant à parfaire les structures, sociale, les femmes notamment. L’éducation
les institutions et les processus d’intégration. a des effets cognitifs et non cognitifs sur la
productivité et autres impacts tels que l’es-
Renforcer les capacités de l’État pour une pérance de vie et la fécondité, tandis que les
gouvernance efficace gains découlant de la santé permettent une
longue vie active et une main-d’œuvre de
L’amélioration des capacités de l’État sera qualité et qui produit plus. L’autonomisation
un processus à long terme. Les pathologies juridique des citoyens et un meilleur accès
postcoloniales vont persister dans beaucoup à la santé et l’éducation pourraient faire
de pays où la promesse démocratique est reculer la pauvreté mais nécessiteront des
menacée. Par conséquent, il y a quatre in- changements profonds dans l’État et la so-
terventions essentielles nécessaires au ciété, notamment si l’on veut mieux gérer les
renforcement des capacités étatiques. La pre- défis démographiques.
mière est de renforcer les capacités juridiques
et réglementaires permettant à l’État de dé- Mettre l’accent sur le commerce et la
finir et d’appliquer les règles d’interaction politique industrielle
sociale et économique, garantissant ainsi la
primauté du droit et plus de certitude. La deu- Il faut une nouvelle approche privilégiant une
xième est de générer des capacités techniques politique industrielle efficiente, capable de re-
pour la mise en place de cadres stratégiques lancer la croissance industrielle, les résultats
et législatifs favorables au développement du des exportations et la compétitivité. Une po-
secteur privé sur des fondations macro-éco- litique garantissant l’allocation optimale des
nomiques stables. La troisième est de faire ressources. Il s’y ajoute l’importance critique
agir les capacités extractives et fiscales de de développer les capacités nationales dans
l’État afin de lever des recettes et de mobiliser les fonctions entrepreneuriales, de gestion et
les sources nationales pour le développement techniques stratégiques. La politique indus-
et le bien-être collectif. Enfin, relever les ca- trielle africaine devrait offrir des incitations
pacités administratives de l’État, promouvoir spéciales afin de créer beaucoup de petites et
et attirer des compétences multisectorielles moyennes entreprises comme centres d’inté-
en gestion et le professionnalisme pour une rêt majeur de la politique et catalyseurs de la
fonction publique efficace. création d’emplois. Cette approche présup-
pose l’appropriation africaine de l’industrie à
Renforcer le capital humain travers des partenariats public-privé créatifs
et des coentreprises soigneusement calibrées
Les échecs de la gouvernance et des marchés entre les sociétés locales et étrangères.
ont concouru aux faibles investissements
dans la santé et l’éducation avec des répercus- Il est tout aussi important pour les Etats afri-
sions sur l’emploi et la croissance. Qui plus cains de reprendre les créneaux perdus du
est, tout profit futur qui proviendrait de la fait des pressions externes de la libéralisation
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
des marchés : y parvenir leur permettrait de l’état du continent et identifier la politique gé-
procéder aux interventions nécessaires en nérale et les paramètres stratégiques à même
appui à l’industrialisation. Il importe à cet de susciter plus de responsabilité et un inté-
égard d’élaborer des mécanismes régionaux rêt direct dans la poursuite des objectifs de
appropriés afin de promouvoir le commerce, l’Agenda.
le financement du développement et les
infrastructures. La libéralisation devrait se Donner un sens à l’intégration régionale
concentrer sur le plan interne pour déverrouil-
ler les complémentarités du commerce intra L’Agenda 2063 doit accorder une plus
régional. grande attention à l’harmonisation, la coor-
dination et bâtir la confiance entre les CER
Former une nouvelle coalition pour la et l’UA. À moins d’un effort concerté pour
croissance combler le vide institutionnel au sein de
l’UA sur les domaines essentiels de l’intégra-
Trouver et promouvoir des « solutions afri- tion (agriculture, développement industriel,
caines aux problèmes africains » requiert la environnement, paix et sécurité, transport,
participation de ce que l’on pourrait appeler capital humain, etc.), il est très peu probable
la « coalition de l’Agenda 2063 », capable que ces préoccupations de politique générale
d’entraîner une adhésion continentale pour soient entendues aux niveaux étatique et
la croissance et le développement à large régional. Il faut donc des structures et sys-
assise et inclusifs et de « verrouiller » tèmes qui accompagnent la mise en œuvre
l’appropriation de la vision chez ceux qui des politiques à ces échelons subsidiaires. Il
s’intéressent à l’avenir du continent. Le importe d’asseoir une meilleure coordination
processus consultatif et participatif qui a par l’UA, la CUA, l’Agence du NEPAD,
sous-tendu la création de l’Agenda dégage les CER, la CEA et la BAD afin de lever les
les principaux éléments d’institutionnalisa- obstacles, en rendant l’intégration régionale
tion d’une telle coalition constituée des Etats plus significative dans la vie des Africains
membres, du secteur privé, de la société et en garantissant l’émergence d’un modèle
civile, la diaspora, la jeunesse, des médias, d’une véritable « intégration régionale de
des femmes, des groupes confessionnels, développement. »
d’anciens chefs d’État, d’intellectuels, d’ex-
perts en planification, etc. La coalition doit Développer les capacités diplomatiques
être organisée avec un leadership solide africaines
engagé à l’égard du cadre de transformation
de l’Agenda. Avec 200 millions d’Africains L’Afrique doit adopter une approche plus
âgés de 15 à 24 ans, il est important qu’elle nuancée de ses engagements internationaux,
sème très tôt les graines de l’identité afri- en examinant d’un œil critique comment
caine et de l’intégration. tirer profit des opportunités de croissance et
de développement et attirer des financements
La coalition de l’Agenda 2063 pourrait être en vue de s’attaquer aux effets externes tels
le vecteur de l’apprentissage des politiques et que le changement climatique. Ce raffinement
d’un débat plus élaboré autour des dilemmes doit se fonder sur la formation de partenariats
de la croissance et du développement de internationaux revisités qui deviendront des
l’Afrique tout en ancrant ces derniers dans mécanismes de pilotage destinés à l’aider à
un contexte panafricain. La discussion doit relever les défis de sa croissance, sa sécurité
produire un nouveau discours et des idées sur et son développement.
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
Ces mécanismes doivent soigneusement ali- tout en mettant en place des systèmes de
gner le commerce extérieur, le financement suivi et d’évaluation opérationnels, sans oc-
du développement et l’allégement de la dette culter l’équilibre régional et l’équité. Tout
sur les initiatives stratégiques découlant de ceci nécessitera le renforcement de capaci-
l’Agenda 2063. Leur finalité est de garantir la tés diplomatiques musclées et spécialisées,
mobilisation de ressources, la coopération et capables de faire avancer l’Afrique des cou-
l’appui aux cadres régionaux et continentaux lisses au centre de la scène internationale.
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
1
INTRODUCTION
L’Agenda 2063 traduit une vision transformatrice de l’Union africaine (UA) de bâtir « une
Afrique intégrée, prospère et paisible, portée par ses propres citoyens et représentant une force
dynamique sur la scène internationale » (CUA 2014). A l’occasion de la célébration du 50e
anniversaire de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), les chefs d’État et de gouvernement
se sont réunis en janvier 2015 à Addis-Abeba lors de la 24e session ordinaire de l’Assemblée
de l’UA. L’objet immédiat de la rencontre a été l’adoption de l’Agenda 2063 en tant que charte
collective permettant d’orienter inexorablement le continent vers une croissance et un dévelop-
pement meilleurs au cours des cinq prochaines décennies. La charte traduit non seulement une
vision mais également dans un cadre normatif et stratégique de transformation du continent sur
la base d’un agenda programmatique de cinq plans décennaux. Cet agenda programmatique se
fonde sur les sept aspirations ci-après (Annexe 2):
• Une Afrique dotée d’une identité culturelle, de valeurs et d’une éthique fortes.
• Une Afrique dont le développement est porté par les populations, reposant essentiellement
sur le potentiel de sa jeunesse et de ses femmes.
• Une Afrique qui soit un acteur et partenaire mondial fort et influent (CUA 2014).
Ces aspirations devraient trouver une ex- propre croissance et ses buts et objectifs de
pression pratique dans des objectifs tels développement.
qu’un niveau et une qualité de vie élevés,
des logements modernes et habitables, des Cette vision de transformation, les aspirations
économies transformées et des emplois et objectifs fondamentaux qui la sous-tendent,
ainsi qu’un secteur agricole moderne. L’ac- reflètent et s’appuient sur une longue his-
cent est mis également sur la promotion des toire d’une vaste expérience de planification
valeurs démocratiques, des institutions ca- et de cadres stratégiques. Parmi ces derniers
pables et un leadership fort, l’égalité totale on note le Plan d’action de Lagos, le Traité
des sexes et une jeunesse responsabilisée d’Abuja, le Nouveau Partenariat pour le
ainsi qu’une Afrique qui ne compte plus sur développement de l’Afrique (NEPAD), le
l’aide mais qui soit à même de financer sa Programme détaillé de développement de
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
destructeurs, les niveaux élevés de pauvreté et flux financiers, une mobilité qui a égale-
la dégradation de l’environnement. ment augmenté la volatilité des marchés des
capitaux dont les crises récurrentes et l’ef-
La manière dont l’Afrique formule ses ré- fondrement financier de 2008 en témoignent
ponses au développement et celle dont ses éloquemment. Troisièmement, Il y a eu des
pays et ses populations planifient un avenir changements de paradigme de l’aide et du
collectif et une destinée commune sur la base financement du développement, soulevant des
de la vision et de la logique programmatique questions stratégiques et normatives quant
de l’Agenda 2063, comportent donc des à leur efficacité à stimuler la croissance et à
risques, des menaces et des opportunités. Le alléger la pauvreté. Ces changements per-
continent est enfermé dans une dialectique mettent de comprendre la baisse du niveau
complexe qui demande plus de réactivité et de général de l’aide à l’Afrique. Quatrièmement
responsabilité de la part des Etats africains et enfin, la révolution technologique a démontré
des institutions intergouvernementales dans le son potentiel à relever la productivité et les
traitement des problèmes de croissance et de niveaux de vie mais l’accès dépend souvent
développement, une dialectique qui survien- de la qualité du capital humain et de la capa-
dra également dans le contexte international cité d’absorption de l’économie, un domaine
où les coûts de l’échec des politiques, les où un grand nombre de pays africains conti-
déficits de ressources et de matériel, un faible nue à connaître de graves déficits.
leadership politique et la paralysie institu-
tionnelle sont amplifiés. À titre d’exemple, Il convient également d’examiner le rôle des
si les pays africains ne tirent pas profit des Etats africains en tant qu’agents de déve-
avantages des marchés locaux et externes, des loppement. En raison de leur passé colonial
ressources et des rendements des produits de et postcolonial, les pays africains sont très
base ainsi que des technologies de production hétérogènes dans leur culture et identité po-
afin de stimuler leur propre développement, litiques mais sont unanimes à soutenir l’Etat
l’ensemble du continent restera vulnérable africain dans sa forme actuelle au cœur d’une
face aux caprices des forces internationales politique nationale, régionale et continentale
sur lesquelles il a peu de maîtrise (Gyi- souvent confuse (Ake 1996; Araoye 2014).
mah-Boadi 2004). Comme indiqué ailleurs, « les dirigeants
politiques en Afrique sont préoccupés par la
L’Afrique est confrontée à quatre consi- construction et la gestion de l’État à partir
dérations et défis (tiré de Rodrik 2001). du chaos et de l’ambiguïté » (Hyden 2005 :
Premièrement, le commerce mondial a évolué 264). Cette préoccupation pose des problèmes
dans une direction plus libérale avec d’impor- particuliers aux aspirations et objectifs de
tantes réductions des tarifs et des restrictions l’Agenda 2063, l’impératif étant de « domes-
quantitatives sur le mouvement des biens et tiquer » et d’incorporer la lettre et l’esprit de
services ; cependant, la croissance du com- celui-ci dans les plans nationaux et régionaux
merce coexiste avec le protectionnisme et un pour une mise en œuvre efficace et judicieuse
accès limité aux pays développés du Nord, des projets et programmes (AU/ECA 2015).
notamment de l’Union européenne (UE). Il
en résulte de sérieuses conséquences pour Le bilan de la performance de l’État en
la marginalisation continue des pauvres Afrique n’est cependant pas encourageant.
pays africains. Deuxièmement, la crois- La prévalence de pratiques informelles et
sance des marchés financiers internationaux de formes néo patrimoniales de gouver-
a vu la suppression des restrictions sur les nement affaiblissent et fragmentent l’État
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
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MÉTHODOLOGIE
D’ÉVALUATION DU RISQUE
Les éléments examinés dans l’introduction suggèrent de manière générale les différents ni-
veaux de risques multidimensionnels ainsi que les menaces et opportunités auxquels l’Agenda
2063 sera confronté de même que leurs complexités connexes. Tous ces éléments étant soumis
à des processus dynamiques, leur changement dépend de la manière dont les risques et les
menaces sont atténués et les opportunités saisies. Les risques et menaces, d’ordinaire associés
à des résultats négatifs, peuvent également être perçus comme des phénomènes neutres et don-
ner des résultats positifs. Un aspect important du processus de gestion est par conséquent de
comprendre comment les risques et menaces qui pourraient être hostiles peuvent être changés
en forces et opportunités (Adar, Iroanya, and Nwonwu 2008). Le profil des risques et menaces
de l’Afrique est déterminé par des facteurs qui s’entrecroisent, qu’ils soient propres à son envi-
ronnement continental ou sujets aux caprices des relations internationales.
L’avenir de l’Afrique est sujet à une grande incertitude et beaucoup d’impondérables constituent
un lien entre la croissance et le développement, d’une part et les conflits et la désintégration,
d’autre part. L’Agenda 2063 devrait donc intégrer les stratégies appropriées de gestion des
risques dans la définition de ses objectifs, de manière à ce qu’il y ait peu de surprises ; les
opportunités sont exploitées ; les facteurs humains, sociaux, politiques et culturels sont pris
en compte ; la responsabilité et la transparence sont notées chez toutes les parties prenantes ;
l’environnement pour une meilleure planification, performance et efficacité est créé ; le partage
d’informations et la communication s’améliorent, notamment avec les citoyens ordinaires.
Le profil de risques de l’Afrique est fait de tension entre les questions relevant des pays et
celles ayant des conséquences pour les paysages régional et continental ; on peut alors parler
d’une « écologie du risque » et comment les facteurs externes influencent cette écologie.
De ce point de vue, le problème le plus difficile pour l’Agenda 2063 sera le caractère trans-
frontalier des principaux risques qui pourraient survenir dans un pays donné ou groupe de pays
et dont la gestion et l’atténuation nécessiteront une coopération étroite à tous les niveaux. Ces
mesures demanderont le développement de ressources stratégiques, de capacités institution-
nelles et d’une expertise technique au-delà des moyens d’un seul pays (ou de quelques pays).
Après tout, l’objet de l’analyse du risque est de générer des données et informations utiles sur
la nature et le niveau des difficultés afin que les décisions appropriées puissent être prises par
toutes les parties intéressées, mais également identifier les opportunités qui se présentent. Par
conséquent, l’analyse se focalise non seulement sur la prise de décision mais, qui plus est, sur
la résolution des problèmes dans des conditions de grande incertitude (Brink 2004).
Conséquence
Insignifiant Mineur Modéré Majeur Catastrophique
Probabilité
1 2 3 4 5
Presque certain
5 Faible 10 Elevé 15 Elevé 20 Extrême 25 Extrême
5
Probable
4 Faible 8 Moyen 12 Elevé 16 Elevé 20 Extrême
4
Possible
3 Faible 6 Moyen 9 Moyen 12 Elevé 15 Elevé
3
Peu probable
2 Faible 4 Faible 6 Moyen 8 Moyen 10 Elevé
2
Rare
1 Faible 2 Faible 3 Faible 4 Faible 5 Faible
1
Note : presque certain: il est probable que l’événement se produise plus d’une fois par an; probable : il est probable que l’événement se produise
une fois par an; possible: il est probable que l’événement se produise une fois tous les 1à10 ans; peu probable : il est probable que l’événement se
produise une fois tous les 11 à 50 ans; rare: il est peu probable que l’événement se produise ; insignifiant: les conséquences peuvent être gérées
par des opérations de routine; mineur: les conséquences constituent une menace à l’efficience ou l’efficacité de certains programmes, plans et
projets; modéré: les conséquences nécessiteront une révision, évaluation ou changement des programmes, plans et projets; majeur: les consé-
quences constitueront une menace à la survie ou performance efficace des programmes, plans et projets; catastrophique : les conséquences
saperont définitivement les programmes, plans et projets. Elles sont si graves que toute intervention devient insignifiante.
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
3
LE PAYSAGE AFRICAIN
POSTCOLONIAL REVISITÉ
Il est vital d’examiner le paysage postcolonial d’Afrique car il définit en grande partie les
relations interétatiques du continent, en particulier les questions stratégiques telles que la gou-
vernance et les institutions, la croissance et le développement, la paix et la sécurité.
A ce moment de la deuxième décennie du XXIe siècle, le continent vit une transition ma-
jeure de sa position stratégique au sein d’un ordre mondial en mutation. D’une part, l’Afrique
s’est placée sur une trajectoire de croissance économique des « pouvoirs émergents » pro-
pulsée essentiellement par le boom des produits de base, le changement démographique, une
classe moyenne en pleine croissance et un marché consommateurs grandissant. D’autre part,
le continent est confronté à des défis majeurs de gouvernance et de sécurité aggravés par sa
fragmentation en plusieurs Etats relativement fragiles et en récession ainsi que par un nombre
croissant d’espaces ingouvernables et territoires occupés par des rebelles, des milices et des
intégristes (Ikelegbe and Okumu 2010).
Cette tension entre le dynamisme d’un marché émergent et les dysfonctionnements politiques a
été observée lors d’un forum économique mondial pour l’Afrique tenue au Cap il y a quelques
années. L’ancien secrétaire général des Nations Unies (ONU), Kofi Annan, y a publié le Rap-
port 2010 sur les progrès de l’Afrique et dans une évaluation mesurée, faisait remarquer que
les progrès économiques positifs étaient menacés d’être éclipsés par le retrait de la démocratie
dans plusieurs pays et un déficit de leadership politique. Il a cité une conclusion du rapport
selon laquelle près des deux tiers des 53 pays d’Afrique avaient connu « une détérioration
déconcertante de la participation politique, des droits de l’homme, de la sécurité physique et de
la règle de droit » (Annan 2011: 2).
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
d’habitants (plus que la Chine et l’Inde). Cette transformation s’accompagnera d’une urba-
nisation accélérée, une base de consommateurs qui va énormément s’élargir, la croissance
spectaculaire de la population adolescents ainsi qu’une société civile transnationale dy-
namique et en pleine croissance et des réseaux de plus en plus nombreux d’organisations
non-gouvernementales (ONG). Cependant, les risques d’une si forte croissance démogra-
phique se manifestent déjà dans les niveaux élevés d’insécurité alimentaire et de pauvreté,
la dégradation de l’environnement, les villes surpeuplées, de mauvais programmes d’aide
sociale, le sous-emploi et le chômage et les migrations.
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
systèmes politiques pluralistes (47 à ce mo- avant le pays dans la conscience nationale du
ment-là). Cette tendance a été perçue comme citoyen. Le nationalisme civique représente
le produit de facteurs largement « conjonctu- une maturation du système politique vers une
rels ». Les dynamiques internes et externes assise démocratique plus stable et durable. En
réorganisaient de façon interactive le paysage l’absence d’une telle maturation et lorsque les
politique du continent. Les perspectives dé- tendances vers les luttes de pouvoir prennent
mocratiques tournées par conséquent autour des qualités à somme nulle, beaucoup de
de la question de savoir « si les dirigeants po- pays africains sont devenus champions de la
litiques peuvent être installés et déposés par « démocratie virtuelle », un type de pseudo
la volonté politique et tenus responsables pen- démocratisation où la forme plutôt que la
dant qu’ils sont en exercice. Pour l’instant, la substance de la démocratie participative po-
question semble énorme et la perspective trop pulaire est la norme.
lointaine » (Joseph 1997 : 363).
La démocratie virtuelle comporte plusieurs
Une décennie plus tard et depuis, la péren- traits distinctifs (Joseph 1999 ; Young 1999) :
nité démocratique des transitions politiques
africaines faisait déjà l’objet d’un examen • le gouvernement par les citoyens est établi
minutieux. D’abord – et en rapport avec mais les dimensions essentielles sont sépa-
leurs caractéristiques néo-patrimoniales – les rées de l’engagement populaire ;
Etat étaient perçus comme des associations
de communautés concurrentielles. Ce qui a • les forces économiques hégémoniques
conduit à des conflits de pouvoir à somme dans la société et celles qui contrôlent
nulle à l’intérieur de régimes soi-disant démo- l’appareil d’État sont tranquilles dans la
cratiques et autoritaires avec une concurrence protection de leurs intérêts et sont capables
politique ouverte qui alimente l’instabilité. de minimiser les menaces que font peser
Le résultat a été une situation difficile in- les groupes autrefois exclus ou dominants
trinsèquement ambivalente faisant face à la en permettant une transition sans heurts du
durabilité démocratique des régimes néo pa- régime autoritaire ;
trimoniaux. En soi, le principe de la majorité
simple n’a pas fonctionné, encore moins les • des opportunités pour développer da-
formules de partage du pouvoir et les sys- vantage une économie capitaliste ou de
tèmes d’associations (Meyer 2012). marché sont limitées, fortifiant les formes
existantes de pouvoir économique ;
Toutefois, les formules de partage du pouvoir
peuvent servir de pont vers un plus grand en- • les forces externes sont (ou devenues)
gagement à l’égard de la participation civique cruciales pour l’établissement de la dé-
nationale qui, avec le temps, transcende le mocratie dans des domaines qui relevaient
communalisme particulariste. Ce qui cepen- anciennement du régime autoritaire ;
dant soulève encore une autre question quant
à l’exploration de la nature de l’État post- • manipulation des tenants du pouvoir pour
colonial et des transitions vers la démocratie, le conserver ou ce qu’il en reste ;
notamment l’évolution de formes faibles de
nationalisme qui tient de manière critique • certains résultats des politiques sont
dans des situations de nationalisme plus du- écartés tandis que d’autres sont supposés
rable, patriotiques et qui vont au-delà des obligatoires ;
particularismes communautaires et mettent en
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
• un chemin particulier pour sortir du ré- à l’écart les acteurs extérieurs dans leur vo-
gime autoritaire est encouragé à l’échelle lonté d’éviter la violence, l’effondrement
mondiale. de l’État et les urgences humanitaires. Ce
sont ces tendances adaptatives affinées par
Ce menu de la réalité virtuelle ressemble les autocrates, bien au-delà de trois décen-
au consensus de Washington triomphant nies qui ont conduit au genre de récession
d’après- guerre froide mettant l’accent sur démocratique décrite par le Rapport sur les
la promotion du capitalisme démocratique progrès de l’Afrique de 2010. La littérature
et des économies de marché tout en écartant consacrée aux transitions démocratiques de
les options d’antan qui portaient sur la na- manière générale et à l’Afrique subsaharienne
tionalisation des secteurs économiques clés. en particulier, a reflété beaucoup d’introspec-
Le fait que ce consensus soit devenu la voix tion et de réflexion sur la destination de ces
universellement assumée vers la démocratie transitions et ce que leur expérience présage
est souligné par Joseph : « aujourd’hui le pour la gouvernance en Afrique et l’avenir
concept occidental de la démocratie est plus du continent, (Sall 2003). Le pessimisme au
ou moins accepté à travers le monde », et sujet du continent qui connaît une récession
c’est ce qu’on pourrait appeler « le nouveau démocratique indique l’importance du défi de
normal » (Joseph 1997 : 368). L’ampleur de consolidation face aux obstacles à la construc-
la convergence des facteurs conjoncturels tion de la confiance mutuelle, d’une identité
était telle que l’Afrique était devenue le lieu collective partagée et la cohésion sociale dans
de pouvoir des donateurs pour faire pression des sociétés multiculturelles et diverses. Voilà
pour des réformes économiques et politiques les questions urgentes que l’Agenda 2063
dans le sillage de sa concentration écono- devra de plus en plus prioriser, en particulier
mique vers la fin des années 80, une époque si l’État-nation africain est l’unité de base de
qui a inauguré l’introduction des transforma- l’intégration régionale.
tions politiques. La démocratie est apparue
comme un « projet global » des donateurs
multilatéraux et bilatéraux, des institutions 3.5. La dynamique de l’intégration
de Bretton Woods aux agences bilatérales en Afrique : une fausse aube ?
hégémoniques comme l’USAID, le National
Endowment for Democracy (NED) et ses par- L’intégration en Afrique est un leitmotiv de la
tis politiques affiliés, le controversé National vision de l’UA et essentielle à la réalisation
Democratic Institute (NDI) et l’International des aspirations de l’Agenda 2063. Le rôle de
Republic Institute (IRI), le ministère du dé- l’intégration régionale est crucial pour la prise
veloppement international du Royaume-Uni en compte des énormes défis de croissance et
(DFID) et l’Institut néerlandais pour la démo- de développement de l’Afrique, ce qui a été
cratie multipartite (IMD), pour ne citer que reconnu comme impératif majeur dans les po-
quelques-uns (Carothers 2010). litiques et les discours politiques au cours des
50 dernières années (AU/ECA 2013).
Des stratégies adaptatives ont été employées
par les tenants du pouvoir devenus adeptes Des symptômes spécifiques ont persisté et
de la manipulation des processus et structures continuent de saper les principes essentiels de
démocratiques pour « diviser et régner », passage vers le panafricanisme et la construc-
essayer de gagner du temps, truquer les tion de l’unité continentale. Ils comprennent
élections et semer la division et la discorde les marchés des petits pays, l’extrême balka-
qui fragmente l’opposition, tout en tenant nisation du continent à travers les guerres et
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
les conflits, le caractère artificiel des fron- On peut avancer que la signature du Traité
tières coloniales, des institutions nationales d’Abuja en 1991, entré en vigueur en 1994,
et continentales peu développées, le nombre a inauguré la seconde vague de régionalisme
élevé de pays enclavés, peu de fleuves navi- et d’intégration régionale en Afrique. Elle
gables vers l’intérieur et des infrastructures est souvent qualifiée de « nouveau régio-
peu développées. Au moment des indépen- nalisme » car elle exprime clairement une
dances et depuis, des organisations dotées de vision plus vaste englobant non seulement
mandats d’intégration régionale ont été créées des impératifs économiques mais également
à travers l’Afrique mais avaient connu peu de politiques, sociaux et culturels. Elle suppo-
réussite, essentiellement à cause de l’orienta- sait une approche présentant de nombreux
tion étatiste sous-tendant les politiques et la aspects, lancée sur 34 ans, afin de créer une
planification au cours des trois décennies des communauté économique intégrée à l’échelle
années 60 aux années 80. Ces projets ont de du continent, à fonder sur le modèle linéaire
facto entravé la participation et limité le po- de création d’une zone de libre-échange,
tentiel de la société civile, des entrepreneurs une union douanière, un marché commun
et des investisseurs nationaux et étrangers. et en définitive une union économique et
monétaire.
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
L’architecture des CER généralement alambi- doivent avoir un accès facile et fiable aux
quée et qui fait double emploi, n’appuie pas facteurs de production aux cours mondiaux,
cependant les objectifs du Traité d’Abuja. Il les investissements doivent être facilités et
semblerait que les principales mesures inci- les producteurs locaux ont besoin de pro-
tatives des efforts d’intégration de l’Afrique tection contre la concurrence préjudiciable.
se notent plus dans l’environnement externe, Concernant la politique financière visant
même si elles entravent directement ces l’intégration régionale, la libéralisation doit
efforts, comme c’est le cas avec l’Organi- s’accompagner de la stabilité des prix et de la
sation mondiale du commerce (OMC) de discipline financière, d’institutions financières
l’UE–Accords de partenariat économique solides et le financement des entreprises, ainsi
(APE) compatibles et réciproques et l’African que la régulation prudente des taux d’intérêts
Growth Opportunity Act (AGOA) améri- élevés et instables, la concurrence déloyale
caine, préférentielle et conditionnelle . Reste et l’accumulation de la dette publique (Man-
à voir si le rôle des BRICS sera salutaire à lan 2014). Par conséquent, si l’intégration
l’intégration et la construction de régions, régionale doit aider à bâtir et promouvoir
même si les premières indications semblent des économies africaines compétitives, des
positives pour la création du commerce, la réponses politiques appropriées et des compé-
croissance industrielle, des investissements tences techniques sont nécessaires pour faire
accrus, le développement des infrastructures, face aux réalités froides et dures des marchés
un meilleur pouvoir de négociation pour les sur le continent et dans le monde (Ng’ona
pays africains, et encore (voir ci-dessous). 2014). Par ailleurs, l’intégration régionale
aura besoin d’une supervision des opérations
bancaires transfrontières dans le cadre d’une
3.7. Libéralisation des marchés : qui bonne intégration financière afin de garantir
en profite ? la viabilité de l’union monétaire et la gestion
du risque d’illiquidité dans le contexte géné-
L’intégration des marchés en Afrique par la ral des marchés des capitaux peu développés
libéralisation du commerce n’est pas néces- d’Afrique.
sairement parfaite. Il convient par conséquent
de réfléchir aux niveaux de libéralisation Dans ce contexte, on note des faiblesses ins-
économique qui pourraient limiter les effets titutionnelles qui ont entravé une intégration
d’une concurrence mondiale tout en permet- significative et les stratégies de dévelop-
tant aux économies africaines d’intégrer les pement connexes sur quatre axes : cadres
marchés et chaînes de valeur internationaux juridiques d’intégration ambigus et imprécis,
– en se concentrant particulièrement sur cadres régionaux et continentaux très éloi-
la manière dont les produits et les facteurs gnés de la réalité sur le terrain, niveaux de
de marché peuvent être libéralisés avec le pauvreté en augmentation, chômage et iné-
renforcement de capacités institutionnelles galités, CER disparates sur le plan normatif
et les réformes des politiques industrielles et institutionnel et dotées de leur propre pro-
nécessaires. gramme d’intégration qui n’accompagnent
pas ou ne sont pas conformes aux initia-
La politique commerciale fait l’objet de tives continentales et absence de normes
plusieurs demandes en vue de la promotion et pratiques applicables pour le faire. Cette
des investissements et des exportations et grande diversité des huit CER officiellement
pour une intégration régionale permettant reconnues, leur configuration institution-
des économies d’échelle : les exportateurs nelle complexe et lourde et l’absence de
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
coordination font que leur efficacité fonc- 3.8. Évaluer les progrès et les défis
tionnelle reste très problématique en tant que
blocs constitutifs de l’intégration continen- D’après une étude de 2005 de la Commission
tale. Au niveau de l’UA, on note également économique des Nations Unies pour l’Afrique
un vide institutionnel (et des capacités), (CEA), l’environnement de l’intégration ré-
notamment dans les domaines catalyseurs gionale s’est sensiblement amélioré dans les
essentiels de la politique d’intégration tels domaines des tendances de la gouvernance et
que l’agriculture, l’industrie, l’énergie, l’en- de la capacité de l’État. Premièrement, on note
vironnement, le transport, le capital humain une amélioration régulière de la démocratie et
et le financement du développement ; ce sont de la démocratisation, même si des renverse-
là les domaines auxquels les différents plans ments autoritaires inquiétants font également
de l’Agenda 2063 doivent s’attaquer (ACBF surface. Deuxièmement, des efforts ont été
2014). faits pour plus d’inclusivité politique à travers
la société civile et l’autonomisation du genre
La qualité des institutions est un facteur de ainsi que pour offrir un meilleur environnement
croissance et de développement important favorable où les affaires et l’entreprenariat
(North 1990). Elle prend encore une impor- peuvent se développer et prospérer. Troisième-
tance théorique à travers trois dimensions : ment, le secteur public est devenu de manière
la gestion des droits de propriété afin d’offrir générale plus comptable de l’utilisation des
des mesures incitatives et des informations recettes publiques et plus à l’écoute des préoc-
dans une économie axée sur le marché, le cupations des citoyens, même si des niveaux
rôle de l’État pour non seulement confirmer de corruption persistent. Enfin, les gouver-
les droits de propriété mais garantir la pri- nements ont consacré plus d’efforts à une
mauté du droit et la régulation des marchés meilleure gestion économique et aux réformes
ainsi que d’offrir des biens collectifs et la de réglementation (ECA 2005).
sécurité sociale, la promotion verticale de la
solidarité et de la coopération sociales (au L’amélioration de l’environnement augure
sein de la société) et horizontale (à travers les bien du développement institutionnel, compte
pays). Le développement des marchés aux tenu du fait que les réformes conditionnelles
plans national et régional doit être soumis à et contractuelles des années 80 et 90 ont consi-
la régulation et au contrôle par les gouver- dérablement affaibli les institutions africaines,
nements nationaux afin de mieux gérer les avec des implications directes pour l’emploi,
issues perverses, les inégalités et les éléments la réduction de la pauvreté et l’investissement
dissuasifs qui pourraient provenir d’opéra- social. L’État postcolonial en Afrique est ce-
tions de marché libres. pendant encore compromis par les élites à la
recherche de rentes de situation, de profondes
Karl Polanyi (1944) démontre comment les divisions de classes et des clivages ethniques,
marchés incontrôlés présentent autant de l’échec du leadership politique et une faible
dilemmes et de problèmes que l’absence articulation institutionnelle. Dans l’ensemble,
de marchés. Il fonde sa thèse sur les consé- tous ces facteurs concourent à faire « survivre
quences négatives de l’abolition des lois en tant que fiction concrète [et] construction
censées protéger les pauvres dans l’Angle- politique aliénante » l’État postcolonial afri-
terre du XIXe siècle. Non seulement cela a cain (Araoye 2014: 45, 46).
conduit à leur vulnérabilité croissante mais
également à une augmentation spectaculaire Des progrès ont été également réalisés au
des niveaux de pauvreté et le chômage. niveau de l’UA et des CER, du moins sur le
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
ses cinq membres – Burundi, Kenya, Rwanda, les pays à tous les niveaux de développement,
Tanzanie et Ouganda. Entre 2005 et 2010, il a des plus pauvres aux plus avancés » (OECD
augmenté de 16 %, essentiellement en raison 2013: 3).
des avantages que le Kenya tirait des pro-
duits manufacturés. En Afrique de l’Ouest, le
commerce formel et informel représentait res- 3.9. Le rôle de l’Union européenne
pectivement 10 et 15 % du total en 2013. En
2012, le panier des exportations du continent Les relations de l’Afrique avec l’UE pour-
était encore largement composé de carburants raient avoir des répercussions profondes sur
et de minéraux bruts ou semi-transformés. Le les aspirations de l’Agenda 2063. C’est l’ob-
paysage financier rencontre le problème de la jet de notre prochaine concentration.
convertibilité des monnaies et des institutions
régionales encore peu développées pour ap- Le rapport de l’Afrique à l’Europe a été
porter le financement et les crédits permettant profondément façonné par l’héritage du colo-
de faciliter le commerce (de Melo and Tsikata nialisme, notamment ses doctrines centrales
2014). d’accumulation, d’extraction et de contrôle.
Basées sur le « clientélisme collectif» (Ra-
Compte-tenu de ces problèmes d’intégration venhill 1985), les modalités de cette relation
régionale dans un continent aussi hétérogène trouvent leur expression dans une économie
que l’Afrique, l’impératif est de « marcher politique de domination et de dépendance
avec trois jambes » (Caholo 2014), en élargis- soigneusement chorégraphiée. Cependant,
sant la taille des marchés par leur intégration, ce qui s’est avéré plus litigieux pour les pays
en collaborant de manière plus intense au africains est l’impact que les APE de l’UE au-
renforcement des capacités productives et ront sur leurs perspectives de croissance et de
industrielles et en développant des infrastruc- développement. Une première préoccupation
tures et services abordables et efficaces afin découle des effets balkanisateurs des APE qui
de baisser les coûts des transactions. Le défi divise le continent en blocs régionaux en vue
pour les responsables de l’Agenda 2063 est des négociations. Sur la base de leur affilia-
de créer une perspective stratégique élar- tion régionale, les pays sont ensuite invités
gie parmi les parties intéressées sur ce qui à signer des « APE provisoires », première
constitue une intégration régionale réussie étape vers le verrouillage de tous les pays
en mettant l’accent sur les facteurs et les ca- dans des configurations particulières aux fins
pacités qui pourraient améliorer la position de conclure un accord final réciproque, bien
concurrentielle de l’Afrique tels que l’inno- qu’avec une couverture asymétrique dans la
vation, le développement des compétences et programmation et le contenu (Le Pere 2015).
des mesures équitables visant le marché du
travail. L’élément de compétitivité à travers Cette tentative de rationaliser le régiona-
l’intégration régionale prend de l’impor- lisme africain pourrait se révéler contraire
tance étant donné que près de 80 % de tous aux programmes d’intégration régionale et
les échanges commerciaux dans le monde se continentale de l’UA et de l’Agenda 2063, au
font sur des chaînes de valeur internationales. moment où ces initiatives ont besoin de trac-
Le défi pour l’Afrique est comment se posi- tion stratégique et opérationnelle, notamment
tionner par rapport à ces chaînes et tirer le dans la création d’un accord de libre-échange
maximum d’impacts positifs car « les chaînes à l’échelle continentale à l’horizon 2017.
de valeur sont devenues la caractéristique do- Les APE constitueraient une puissante ten-
minante de l’économie mondiale, impliquant dance anti-intégrationniste et une force
30
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
31
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
32
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
4
IMPACT DES TENDANCES AFRICAINES
ET MONDIALES SUR L’AGENDA 2063
33
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
Figure 2 : Populations africaine et mondiale, 2013 et 2050 sectorielles et sociales, notamment parce
que celles-ci intègrent les femmes dans les
activités productives et encouragent la parité
2013
Afrique
hommes-femmes). En résumé, l’Afrique ne
Reste du monde peut gérer durablement ses défis démogra-
2050
phiques que si elle améliore les soins de santé
et l’éducation et, plus généralement, toutes
0 2 000 4 000 6 000 8 000 10 000 12 000
les composantes du capital humain et social
Millions
(Vimard and Fassassi 2012).
Note: la première source donne des variantes faibles, moyennes et élevées. Les variantes moyennes sont
utilisées ici. 4.2. Tendances africaines :
Source: Secrétariat des Nations Unies 2013. commerce, aide et croissance
34
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
ayant été ouverts à la concurrence interna- d’affaires. La Chine n’est pas partie aux
tionale et aux flux des capitaux privés. Les codes de conduite comme l’Initiative pour
pays BRICS sont devenus une composante la transparence des industries extractives ou
significative de l’impulsion à la croissance « Publiez ce que vous payez » pour répondre
de l’Afrique, en raison essentiellement des des recettes pétrolières, aggravant ainsi le
marchés embryonnaires et non exploités du problème (Le Pere 2008).
continent et des énormes richesses en res-
sources naturelles. En 2010, ils représentaient Troisièmement, et c’est le plus important :
25 % des rentrées d’IDE et 14 % du stock de la structure des échanges de la Chine avec
ces derniers, notamment dans la fabrication et l’Afrique reprend les formes de dépendance
les services (TRALAC 2015). structurelle néocoloniale, traitant le continent
comme une périphérie banalisée. Les princi-
À son tour, l’Afrique a bien réagi commer- pales importations chinoises sont constituées
cialement : le commerce avec les BRICS a de ressources naturelles et produits primaires
augmenté plus vite qu’avec toute autre région à faible valeur ajoutée tandis que l’essentiel
du monde, doublant depuis 2007 à 340 mil- de ses exportations porte sur les produits
liards USD en 2012 et devraient atteindre manufacturés et de consommation. Cette
500 milliards USD au cours des deux pro- configuration, notamment le dumping des
chaines années, la Chine représentant 60 %. importations chinoises peu onéreuses et
Avec un volume total des échanges avoisinant l’éviction des produits locaux, ont affecté le
200 milliards USD en 2013, la Chine a renfor- développement industriel naissant. En outre,
cé sa présence dans les mines, la production, la elle a de graves conséquences sur les secteurs
transformation, la construction, l’ingénierie, où les pays africains ont au moins quelque
les services financiers, les communications avantage concurrentiel et comparatif tel que
et l’agro-industrie. Son rôle naissant dans la l’agro-industrie, le textile, l’habillement, la
construction des routes, les oléoducs et gazo- chaussure et le mobilier. Des secteurs qui ont
ducs, les centres commerciaux, les chemins stagné ou sont à bout de souffle (Zhao 2014).
de fer, les centrales électriques, la conserva-
tion de l’eau, les aéroports et le logement, En tant que bloc commercial, l’UE reste le
témoigne des déficits infrastructurels massifs partenaire le plus important de l’Afrique.
du continent et explique pourquoi plus de 35 Malgré les crises, elle représente encore
pays ont signé avec elle des accords de finan- 40 % du commerce de l’Afrique, totalisant
cement des infrastructures (Feifei 2014). 420 milliards USD en 2011. L’équipement, les
produits chimiques et les produits manufactu-
S’il ne peut y avoir aucun doute quant aux rés constituent près de 80 % des exportations
multiples avantages et biens publics que la vers l’Afrique. (Les pays développés de l’Or-
Chine apporte à l’Afrique, cet engagement ganisation de coopération et le développement
entraîne certains attributs négatifs. Premiè- économiques (OCDE) compte pour un pour-
rement, le caractère sacré du principe de centage similaire des flux IDE vers l’Afrique).
non-ingérence de la Chine pourrait enhardir Les échanges commerciaux de l’Afrique avec
certains régimes autocratiques d’Afrique et les États-Unis ont fortement augmenté depuis
affaiblir ainsi la démocratie, la bonne gou- le vote de la Africa Growth and Opportunity
vernance, la transparence institutionnelle et Act (AGOA) en 2000, passant de 35 milliards
les droits de l’homme. La corruption est pré- USD en 2001 à 126 milliards USD en 2011
sente dans la culture chinoise des affaires et (11,4 %). L’essentiel des échanges est consti-
l’absence de transparence dans les relations tué de produits pétroliers.
35
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
En définitive, le défi pour l’Agenda 2063 est pouvoir et la domination de l’élite occidentale
d’aider le continent à changer sa structure pendant que les pays africains continuent de
commerciale fondée sur une trop grande dé- souffrir de la fragmentation sociale et la dislo-
pendance peu viable à l’égard des produits de cation économique avec la baisse de l’aide au
base. Ses termes de l’échange traduisent une développement et des termes de l’échange.
tendance séculaire à décliner, non seulement
en raison de la volatilité des prix mais éga-
lement parce que l’élasticité par rapport aux 4.3. Tendances africaines :
revenus de la demande de produits manufac- démocratisation et gouvernance
turés est plus grande que celle des produits
primaires. Autrement dit, plus le revenu est La démocratisation et la gouvernance sont
grand, la demande de produits manufacturés des caractéristiques normatives cruciales de
augmente plus vite que la demande de pro- l’Agenda 2063 consignées dans son cadre de
duits de base. Le continent est par conséquent transformation. Les différentes pathologies
confronté au spectre des revenus des expor- relatives à l’Etat en Afrique et à l’architecture
tations des produits de base, n’arrivant pas à de la gouvernance ont été notées. Nous pou-
suivre le rythme du coût des importations. En vons cependant nous servir des indicateurs de
outre, la valeur des marchés des produits de Freedom House dans la mesure où ils donnent
base profite plus souvent aux négociants et une idée générale de la performance des pays
ceux qui interviennent dans la distribution, le africains en matière de libertés politiques et
transport, la commercialisation et la publicité. civiles. Dans son système de classement à
Les pays dotés de produits de base ne peuvent sept points, 1 renvoie à la démocratie parfaite
donc compter que sur les rentes provenant de tandis que 7 en est l’absence totale.
ces activités.
En 1972, première année d’exercice de
De surcroît, l’impasse qui a caractérisé le Freedom House, 44 pays africains ont été
cycle de Doha de l’OMC pendant plus d’une examinés, trois classés libres, 31 non libres
décennie est symptomatique de l’échec à et le reste partiellement libres avec une note
traiter ces préoccupations en tant que ques- moyenne de 5,4. En 2010, sur 53 pays afri-
tions de développement et de les inscrire cains évalués, 13 étaient catégorisés libres et
dans un train de mesures qui réformeraient le 16 non libres avec une amélioration de la note
système commercial mondial. Ces réformes moyenne de 4,2 (Freedom House 2010). L’in-
apporteraient plus d’équité et d’équilibre pour dice Ibrahim de 2013 est également instructif :
ce qui est de la lettre et de l’esprit du cycle. en mesurant « la participation politique et le
Le centre d’intérêt s’est plutôt déplacé vers respect des droits de l’homme », il a trouvé
l’accès aux marchés et les intérêts mercanti- que 34 pays avaient fait des progrès tandis
listes des grandes puissances commerciales que 17 avaient régressé dans les indicateurs
telles que les États-Unis, l’UE et le Japon. Il de gouvernance et subit des revers en matière
y a donc assez de preuves incontestables dé- de gains démocratiques, essentiellement à
montrant l’échec de la politique commerciale cause de la persistance des formes de gouver-
néolibérale à entraîner un développement nement néo patrimoniales et clientélistes.
à large assise (Vickers 2009). Les termes de
l’intégration de l’Afrique dans le système Des améliorations dans l’ordre démocratique
commercial mondial suivent ainsi une logique sont également notées dans la conduite d’élec-
politique plutôt que des raisons économiques, tions multipartites : de 1989 à 2012, près de
ce qui préserve les structures fondamentales de 280 élections ont été organisées dans 50 pays
36
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
(AEO 2013). Les théories sur la consolidation depuis la fin de la guerre froide. Cependant,
de la démocratie suggèrent que trois élections ce qui est alarmant est que la vaste majorité
multipartites améliorent les perspectives et de ces conflits se déroule à l’intérieur des
chaque élection institutionnalise davantage pays et le continent y a été particulièrement
les libertés publiques et politiques (Bratton vulnérable. Les conflits actuels ont non seu-
and Mattes 2009). De plus, une plus grande lement une forte texture civile mais sont
participation populaire aux processus électo- également transfrontalières avec des rami-
raux témoigne du profond ancrage de l’élan fications internationales. En 2012, on en a
vers la démocratie des citoyens africains, noté 12 (deux fois plus qu’en 2005). Tout en
notamment des femmes et des jeunes. L’envi- se déroulant à l’intérieur des frontières natio-
ronnement électoral a été beaucoup amélioré nales, la moitié de ces conflits implique plus
par l’adoption de codes de bonnes pratiques d’un pays africain et des alliés internationaux
nationaux, régionaux et continentaux tandis combattant l’insurrection et les menaces ter-
que des initiatives telles que le Mécanisme roristes. À titre d’exemple, le groupe militant
africain d’évaluation par les pairs ont été Al-Shabaab fait face au gouvernement soma-
également salutaires à l’approfondissement la lien ainsi qu’aux alliés de l’Afrique de l’Est
démocratie en Afrique. conduits par le Kenya. Au Nigéria, le gou-
vernement est entraîné dans une lutte contre
D’après l’indice de perception de la corrup- les islamistes de Boko Haram avec l’aide
tion 2014 de Transparency International, du Cameroun, du Tchad et du Niger. Une
quatre pays africains sur cinq sont toujours intervention internationale au Mali en 2013,
en deçà de la moyenne mondiale (TI 2014). a aidé à mettre fin à l’offensive insurgée du
De manière générale, la nature endémique et Mouvement national pour la libération de
systémique de la corruption reflète l’absence l’Azawad (MNLA), Ansar Dine et Al Qaeda
de mécanismes institutionnels susceptibles de au Maghreb (AQMI).
changer et éradiquer les pratiques corruptives
dans les secteurs public et privé, vérifier la L’environnement de promotion et d’une
croissance et le développement et affectant meilleure gestion de la paix et de la sécuri-
de manière disproportionnée les populations té de l’Afrique a été assisté d’opérations de
démunies. Là où les institutions étatiques n’ar- maintien et d’imposition de la paix de l’UA
rivent pas à offrir des services de base ou la et de l’ONU à travers le continent. Au milieu
sécurité, les citoyens sont obligés de chercher de l’année 2008, un effectif de 108 000 per-
refuge dans des filets de sécurité primordiaux sonnes (dont 74 000 militaires) a été engagé
tels que la famille, le clan ou la tribu. La cor- dans 17 opérations de maintien de la paix, es-
ruption aide ainsi à renforcer cette culture du sentiellement en Afrique. L’opération la plus
népotisme si bien que dans beaucoup de cas importante conduite par l’Afrique se déroule
les élections ne font qu’élargir les clivages en Somalie sous les auspices de la Mission de
sectaires et ethniques, ébranlant davantage la l’UA en Somalie (AMISOM), laquelle a reçu
paix sociale (Murphy 2010). un appui substantiel de l’UA et de la commu-
nauté internationale. Le nombre de missions
onusiennes en Afrique est passé à huit en
4.4. Tendances africaines : Paix et 2013, après l’installation de la Mission mul-
sécurité tidimensionnelle intégrée des Nations Unies
pour la stabilisation au Mali. Les sept autres
Globalement, le nombre de conflits armés sont au Sahara occidental, au Libéria, en Côte
en Afrique a baissé de manière spectaculaire d’Ivoire, en République démocratique du
37
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
Dans cette dialectique entre intégrer les cir- arbitraire de l’environnement des investisse-
cuits d’un ordre capitaliste de portée mondiale ments est sévèrement puni (Rothkopf 2008).
et conserver la souveraineté en tant que critère
par excellence des relations internationales, les C’est dans ce contexte qu’est intervenue une
pays africains ont été soumis à des pressions importante évolution avec l’accroissement des
externes et conditionnelles grandissantes pour fonds souverains des pays situés en dehors de
se conformer aux prescriptions des droits de l’orbite d’influence occidentale. Le Koweït et
l’homme, de l’État de droit, de la bonne gou- les Émirats arabes unis, par exemple, gèrent
vernance et de la démocratie. Ces pressions leurs considérables réserves de devises géné-
se sont amplifiées au fur et à mesure qu’ils at- rées par les recettes pétrolières et gazières. En
tirent de plus en plus d’entrepreneurs d’ONG 2012, les fonds souverains contrôlaient des
et de défenseurs de la société civile. Dans cet actifs de près de 3 billions USD, un chiffre
environnement mondialisé d’intérêts agressifs qui pourrait atteindre 12 à 15 billions USD
de l’entreprise et du mercantilisme offensif, au cours de la prochaine décennie si les cours
la quête du pouvoir et du profit est un impé- des produits de base restent inchangés.
ratif irrésistible, représenté par « l’homme
de Davos » en tant que forme d’un interna- Ces fonds cherchent de plus en plus à investir
tionalisme capitaliste dépourvu de racines en Afrique : c’est le cas de Mubadala Deve-
nationalistes et de loyauté (Rothkopf 2008). lopment, une filiale d’Abu Dhabi Investment
Authority, qui a investi 400 millions USD
Il y a plus de 1500 sociétés internationales dans le secteur des télécoms du Nigéria. Le
avec un chiffre d’affaires annuel ou des avoirs gouvernement nigérian, à son tour, a créé
dépassant 5 milliards USD tandis que le pou- Africa Financial Corporation, un fonds de ca-
voir et l’influence de la plupart des dirigeants pital-investissement destiné à l’Afrique avec
politiques nationaux ne vont pas généralement un capital de base de 462 millions USD.
au-delà de leurs frontières. En 2010, le PIB
mondial était d’environ 50 billions USD tan- Une autre impulsion est venue de la Banque
dis que les 250 premières sociétés du monde mondiale à travers sa Société financière inter-
faisaient des ventes combinées supérieures à nationale. Elle a mis en place « un fonds des
16 billions USD, pratiquement le tiers du PIB fonds » qui apportera 1 % de la richesse sou-
mondial et plus que celui des États-Unis. Ces veraine dans des secteurs critiques de l’Afrique
sociétés sont dotées d’une puissante capacité tels que l’agro-industrie et le secteur manufac-
de lobbying afin d’influencer en leur faveur turier et qui pourrait également aider à mieux
les règles nationales et internationales et leurs gérer le côté offre des infrastructures, de l’éner-
opérations peuvent s’effectuer dans les pays gie et des transports. Ce fonds pourrait ajouter
offrant les meilleurs rendements ou là où 30 milliards USD au budget de croissance et
leur position dominante sur le marché n’est de développement du continent. L’Agenda
pas soumise à une ingérence réglementaire 2063 ferait bien par conséquent d’intégrer ces
importune. développements dans sa prise de décision,
notamment dans la mesure où le passage aux
Dans un tel environnement, les dirigeants poli- entreprises étatiques pourrait engendrer un le-
tiques doivent rendre compte à deux milieux : vier financier à travers les fonds souverains.
l’électorat dont ils dépendent pour les votes
et les marchés des capitaux qui soumettent Une bonne partie du discours globalisé porte
leurs politiques à un référendum quotidien. sur un système international caractérisé par
Le moindre risque politique ou changement les turbulences, la crise et la vulnérabilité
41
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
l’information et des données et, qui plus est, sa part de chercheurs de niveau international,
du renforcement des capacités humaines et so- la part consacrée aux dépenses de recherche
ciales pour gérer le changement (Gault 2010). et de développement et la part des dépenses
Toutes ces questions concourent à apporter du PIB dans la recherche-développement.
de l’innovation dans les produits et processus
améliorés, les méthodes de commercialisation, L’Agenda 2063 doit donc accorder beaucoup
la conception des organisations, l’organisation d’importance à l’amélioration des capacités
du lieu de travail, et bien plus. de l’Afrique à utiliser la science et la techno-
logie et à stimuler les systèmes d’innovation,
Cependant, l’absence d’une telle innova- notamment dans des secteurs critiques du
tion en Afrique explique pourquoi les firmes développement tels que l’eau et l’assainisse-
africaines ont 20 % de moins d’avantage ment, l’éducation, l’énergie et l’électricité, les
concurrentiel que leurs homologues des autres technologies de l’information et de la com-
régions où les caractéristiques structurelles et munication, le changement climatique et
cycliques jouent un grand rôle (WEF 2009). l’agriculture (Maharajh, Sall, and Karu-
Un déficit général se note dans les sciences, la ri-Sebina 2012). Le défi pour l’Agenda sera
technologie et les performances de l’innova- d’exploiter des partenariats internationaux
tion à travers l’Afrique si l’on tient compte de pour obtenir ces capacités.
43
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
5
AVIS DES PERSONNES
INTERROGÉES : SYNTHÈSE
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
La plupart des enquêtés ont reconnu que si L’Agenda 2063, selon beaucoup de personnes
la grande promesse de l’Agenda 2063 repose interrogées, devrait privilégier les axes des
sur des initiatives continentales passées et engagements internationaux de l’Afrique,
présentes, l’histoire retient également des essentiellement parce qu’ils peuvent retarder
45
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
et aussi promouvoir sa croissance et son dé- • dans le second quadrant, l’agenda est
veloppement. Beaucoup estiment également une autre expérience ratée dans la litanie
que le continent doit développer un « espace des cadres élaborés au cours des 50 der-
autonome » afin d’être plus assertif et com- nières années, où on a laissé se multiplier
mencer à dicter des termes d’engagement et les facteurs de risque et les symptômes
les programmes qui les accompagnent. Un morbides ;
tel engagement, a poursuivi une autre, peut-
être extensif et compétitif (comme avec l’UE • dans le troisième – et en raison de la
et les États-Unis) ou sélectif et coopératif pertinence stratégique grandissante de
(avec les BRICS et autres puissances émer- l’Afrique – l’engagement international
gentes), mais l’une ou l’autre voie demande a atteint un niveau mais seulement sur la
un calcul stratégique, en mesurant les coûts base d’une association avec les pays afri-
et les avantages et comment y répondre en cains stratégiques et les élites au pouvoir,
améliorant les avantages tout en réduisant les au détriment d’initiatives régionales et
coûts. Si cela n’est fait promptement et de continentales ;
manière coordonnée, le continent peinera, par
exemple, à construire les plates-formes natio- • enfin le quatrième tient compte des diffé-
nales et régionales nécessaires au décollage rences de performance des pays africains
industriel. ainsi que des énormes divergences d’in-
térêts nationaux, ce qui rend très difficile
D’autres axes concourants ont trait aux capa- l’efficacité et l’appropriation de l’Agenda
cités et aux ressources des Etats africains, des 2063 sur cinq décennies.
CER et de l’UA ainsi que la mise en place de
mécanismes de mobilisation de ressources et
de renforcement des institutions afin d’assu- 5.1. Libérer le potentiel de l’Afrique
rer un développement de la base au sommet
pour atteindre les impératifs de financement, La première série d’avis représente deux ar-
de gouvernance et de gestion de l’Agenda guments de plusieurs personnes interrogées.
2063. Pour certaines, il y a une preuve distincte
de caractéristiques d’une « renaissance afri-
Le défi fondamental de l’Agenda est par caine » reflétées par des taux de croissance
conséquent d’atteindre un niveau constructif élevés, plus de gouvernance et une utilisa-
de « partage du fardeau » et d’appui avec la tion responsable des ressources publiques,
communauté internationale tout en garantis- la baisse des niveaux des conflits, un capital
sant son appropriation et sa gestion africaines humain et naturel important non exploité et
à large assise. une Afrique qui prend de l’importance sur la
scène internationale, essentiellement en rai-
Les points de vue des enquêtés peuvent se son du « facteur chinois. » L’environnement
subdiviser en quatre quadrants de réponses, africain, selon ce point de vue, est prêt à atti-
détaillés ci-après : rer plus d’investissements parce que les taux
de croissance potentiels à travers les secteurs
• le premier voit une grande possibilité de économiques stratégiques restent très promet-
libéralisation du potentiel du continent et teurs, malgré les effets de la crise financière
de s’appuyer sur les gains actuels en ma- mondiale. Selon l’avis d’une personne, l’Acte
tière de croissance et de développement, si constitutif de l’UA a suscité beaucoup d’inté-
l’esprit et la lettre de l’agenda sont suivis ; rêt et d’engagement parmi les Etats membres
46
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
Le défi de l’Agenda 2063 est d’arrêter ce Les acteurs extérieurs deviennent de plus
glissement et de s’appuyer sur le nouveau en plus ambivalents à l’égard des nouvelles
« consensus africain » autour de la croissance initiatives après l’enthousiasme du début au
et du développement. Une autre opinion est sujet du NEPAD en tant que projet socio-éco-
que la majorité des Etats membres ont fait nomique à large assise dont les bénéfices et
preuve d’un regain d’engagement à l’égard l’impact, d’après un avis, ont été largement
1. Aujourd’hui, l’Afrique doit également s’occuper des Objectifs de développement durable post- 2015 (ODD) dont 17
objectifs et 169 cibles pourraient s’avérer encore plus onéreux et plus exigeants à réaliser que les OMD. « Quelle est la
place de l’Agenda 2063 dans ce projet ? », se demande une personne interrogée.
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
décevants. Ce qui ne veut pas dire que les affecter les perceptions externes selon les-
partenaires extérieurs abandonneront le conti- quelles il s’agit encore d’un autre « exercice
nent mais qu’une certaine fatigue s’est plutôt messianique » où le balancier pourrait osciller
installée quant au rythme lent du changement entre promesse et indifférence.
à travers le continent et la tendance qu’ont
les vieux problèmes à réapparaître sous
d’autres formes. L’engagement aura donc 5.3. Engagement international limité
tendance à être sélective, à moins de prévoir
dans l’Agenda des ressources diplomatiques La série suivante de points de vue met en
assertives afin de convaincre autrement les exergue des réalités froides que l’Agenda
partenaires internationaux. 2063 ne peut ignorer. Les progrès en matière
de gouvernance, de paix, de stabilité, de
La sécurité énergétique restera un catalyseur croissance et de développement, pourraient
de l’engagement ; le pétrole et le gaz conti- s’annuler si les pays africains ne transcendent
nueront d’attirer des investissements privés. les dures frontières de la souveraineté étatique
Cependant, il est probable que l’appui des do- et du gouvernement des élites pour s’orienter
nateurs et les investissements publics baissent vers des formes plus responsables de régime
dans les secteurs vitaux tels que l’éducation et de gouvernance.
et la santé ainsi que le développement des
infrastructures. Les pays dotés de ressources Une personne interrogée estime que les
s’en tireront tant bien que mal tandis que ceux gouvernements et les élites au pouvoir se
qui n’en ont pas seront les plus affectés par ce comportent toujours de manière prédatrice,
retrait éventuel des intérêts extérieurs. compte tenu des formes « d’accumulation
primitive », d’auto enrichissement et des
Ce désengagement aurait des implications comportements de maximisation de la rente.
directes pour le développement du capital Ce qui permet de comprendre pourquoi,
humain au niveau de la population des ado- même avec ses abondantes richesses, plus
lescents en pleine croissance, au même titre de 400 millions d’Africains vivotent avec
que le désavantage des capacités d’innovation 1,25 USD par jour. Les Etats africains n’in-
limitées et les limites imposées à l’utilisation vestissent pas assez dans le bien-être de leurs
de la technologie afin d’améliorer la capacité citoyens en vue de fournir un accès de base à
de production ou de créer des emplois. La mi- la santé, à l’eau, à l’assainissement et à l’édu-
gration accélérée vers les villes africaines est cation ou dans le développement des secteurs
déjà en train de produire de vastes réservoirs plus productifs de leurs économies. Cette si-
d’une main-d’œuvre sans qualification ou tuation perpétue l’image d’un continent perçu
peu spécialisée qui a peu de chance d’être ab- comme un compendium d’Etats déclinants
sorbée dans l’économie formelle. En termes et s’effondrant à la périphérie de l’économie
économiques, l’Afrique continue d’être un politique mondiale où l’Africain ordinaire
acteur mondial marginal et ce statut humble, est condamné à des cycles interminables de
a fait remarquer une personne interrogée, pauvreté.
s’intensifiera, à moins que l’Agenda 2063 ne
s’attaque aux crises en cours en matière de Cette fragmentation sociale est aggravée par
gouvernance et de développement, de manière le caractère bilatéral des relations étrangères
à réduire l’écart sans cesse grandissant avec où les partenaires extérieurs se concentrent
les autres régions du monde. L’agenda sera sur une approche centrée sur l’Etat et qui ne
mis au défi d’inverser le cynisme qui pourrait tient pas compte de l’intégration régionale,
48
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
davantage la polarisation du continent sur Toutefois, le défi n’est pas si grand concer-
les axes coloniaux de nationalité, langage et nant les réductions tarifaires. L’Agenda 2063
ethnicité. devrait plutôt se focaliser sur la transforma-
tion des économies africaines afin de stimuler
Les pays africains doivent par conséquent à les capacités productives à travers des initia-
leurs citoyens de nouer des partenariats éco- tives systématiques d’industrialisation et le
nomiques significatifs avec chacun afin de développement des infrastructures. Ces ef-
surmonter ces obstacles structurels ; sinon, forts doivent s’accompagner de l’exploitation
même dans les meilleures conditions, la des atouts du continent dans la production
mise en place d’un accord de libre-échange agricole ainsi que de stratégies d’atténuation
à l’échelle du continent sera d’un faible effet des effets du changement climatique sur la
dans la relance des échanges interrégionaux. production vivrière.
50
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
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AVIS DES PERSONNES INTERROGÉES :
LE PROFIL DE RISQUES DE L’AFRIQUE
Les réponses ci-dessus sont classées en trois catégories de risques – pays, régionaux et conti-
nentaux et globaux – lesquels, selon les personnes interrogées, pourraient saper la promesse de
l’Agenda 2063.
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
résolutions et de décisions prises par les Etats de libre-échange tripartite entre l’EAC, la
membres au plan régional se déclineront en SADC et le COMESA soit très prometteur, il
politiques nationales de planification et de est encore loin de catalyser le lancement de
développement. la ZLEC en deux ans. Ils ont noté l’impor-
tance du principe qui la sous-tend mais ont
Bien que la création de la ZLEC (voir ci-des- émis des doutes quant à l’état de préparation
sous) puisse aider à revigorer l’intégration des Etats membres d’en faire une réalité
régionale, les adhésions multiples aux CER significative, compte tenu de la promesse dif-
se sont traduites par l’absence d’orientation et ficile à réaliser de plusieurs autres zones de
de cohérence des politiques et par différents libre-échange.
stimuli régionaux imprimant le rythme et
l’ordre de l’intégration. Le risque est en dé- Tout aussi préoccupant a été le suivi ina-
finitive qu’une intégration viable et efficace déquat avec des politiques et programmes
dépendra de l’engagement et du sacrifice que de rationalisation et d’harmonisation entre
les membres voudront consentir pour le bien les CER et l’UA, en dépit de l’adoption en
de la région y compris d’honorer leurs obliga- 2007 d’un protocole dans ce sens. Sur cette
tions légales et de faire face à leurs fonctions toile de fond, l’Agenda 2063 vise à réaliser
essentielles. la transformation structurelle du continent à
travers la libre circulation des personnes, des
Le risque que comporte cet ensemble de défis, capitaux, des biens et services par la crois-
estiment certains, est que les pays sont ame- sance des échanges et des investissements
nés à poursuivre leurs intérêts nationaux et entre les pays. Le risque est de voir ces ob-
protéger leur souveraineté – « la malédiction jectifs ne pas se réaliser si l’on tient compte
westphalienne » en Afrique, selon le propos des expériences régionales et continentales
d’un universitaire – mais ils représentent avortées.
également différentes capacités étatiques
et dispositions idéologiques. À cet égard, Il est donc grand temps pour l’Afrique
l’intégration régionale est souvent perçue d’aller au-delà des cadres ambitieux, des
davantage comme un fardeau et un coût et grandes conceptualisations et des matrices
permet de comprendre pourquoi la traduction de planification difficiles d’application. Elle
des politiques et accords régionaux dans les devrait plutôt se concentrer sur ce qui est ré-
législations nationales reste si problématique. alisable afin que ce que l’on appelait projets
Le danger pour l’Agenda 2063 est que le « passe-partout » puissent lier davantage les
fait de privilégier les intérêts nationaux et personnes, les biens et services à travers les
les objectifs souverains pourrait freiner le régions en se fondant sur les moyens mis à la
développement d’un nouveau type de panafri- disposition des CER.
canisme fondé sur plus de solidarité et une
identité commune. 6.2.4. Mobilisation insuffisante de
ressources
6.2.3. La ZLEC
Après la crise financière mondiale, la mobili-
Les experts techniques se sont demandé dans sation de ressources, les rentrées de capitaux
quelle mesure la ZLEC (dont la création et l’aide aux pays en développement restent
est prévue à l’horizon 2017) entraînera des faibles. Même si beaucoup de pays africains
volumes importants d’échanges commer- ont pu élargir leur assiette fiscale et introduire
ciaux intra régionaux ? Bien que l’accord des instruments générant des recettes tels que
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
la taxe sur la valeur ajoutée, ils peinent encore 6.2.5. Architecture africaine de paix et
à générer des ressources pour stimuler le dé- de sécurité
veloppement. La faiblesse de l’épargne et des
marchés financiers sous-développés (permet- Le niveau d’institutionnalisation de l’Ar-
tant d’attirer des investissements étrangers) chitecture africaine de paix et de sécurité
accentuent les besoins de financement au ni- (APSA) en vue d’une meilleure coordination,
veau national. harmonisation et normalisation, résume le
dernier ensemble de risques. Certains sujets
La difficulté à mobiliser des ressources pour interrogés estiment qu’il est important de le
le financement des projets de l’Agenda 2063 savoir car la réussite de l’architecture ne dé-
est encore plus déconcertante. D’après une pend pas entièrement de l’UA mais également
personne interrogée, espérer que les besoins d’une vaste panoplie d’acteurs qui pourraient
de l’Afrique liés à l’offre, notamment en ma- constituer le régime sécuritaire du continent.
tière d’infrastructures, seraient satisfaits par
les forces du marché, a été une grosse erreur. Bien qu’un protocole d’entente sur la paix
Il faut un effort concerté pour recapitaliser les et la sécurité entre l’UA et les CER ait été
institutions africaines telles que la Banque signé en 2008, l’architecture manque toujours
africaine de développement (BAD) et la d’élaboration et d’objet. Si dans une grande
Banque de développement de l’Afrique aus- mesure l’accord est normatif et basé sur des
trale ; mettre en place des formes alternatives principes, il semble y avoir des divergences
internes et externes de financement du déve- sur la pratique, notamment sur des sujets
loppement et s’attaquer aux flux financiers importants comme le respect des droits de
illicites qui sortent du continent. l’homme et des libertés, le caractère sacré de
la vie, les stratégies appropriées de prévention
À défaut de ces mesures, le risque est grand des conflits, le respect des normes démocra-
de voir même les gros projets identifiés dans tiques, la bonne gouvernance et la primauté
le premier plan décennal de l’Agenda ne pas du droit. En outre, les conflits internes que
connaître un début d’exécution. Deux sources connaît l’Afrique soulèvent d’importantes
mondiales alternatives de financement du questions quant à la prise en compte par l’ar-
développement à long terme sont dispo- chitecture des principes essentiels tels que
nibles : la Banque des BRICS nouvellement « la sécurité humaine » et la « responsabilité
créée et la Banque asiatique de financement de protection ». En réalité, il a été souvent
des infrastructures. Toutefois, il est peu pro- reproché au Conseil de paix et de sécurité de
bable que l’Afrique obtienne ce qu’elle veut l’UA d’ignorer les graves situations où ces
pour les besoins du PIDA : 68 milliards USD principes sont en jeu ou menacés, dans des
pour les projets prioritaires jusqu’en 2020 et cas de génocide, de crimes contre l’humanité
300 milliards USD jusqu’en 2040. Le risque et, aujourd’hui, du fléau rampant des change-
de financement est que le coût de développe- ments de gouvernement inconstitutionnels et
ment des réseaux d’infrastructures en Afrique des gouvernants voulant un troisième mandat.
reste excessivement élevé et la solution de
facilité serait de tendre vers des opportunités Un universitaire interrogé a souligné plu-
« bancables » liées à l’exploitation accrue des sieurs secteurs de risques qui continueraient
produits de base, les industries extractives à affaiblir la demande d’une coopération
offrant des rendements d’échelle plus intéres- institutionnalisée au sein de l’architecture et
sants pendant que le prix des produits de base exacerberaient les défis de la mise en œuvre,
reste élevé. l’efficacité et la résilience. Le premier secteur
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
est que les Etats membres de l’UA détiennent cours des discussions et pourraient impacter
encore l’autorité suprême et le pouvoir de l’Agenda 2063.
décision dans des questions sérieuses. La
CUA fonctionne donc sur l’ordre de ces Etats 6.3.1. Commerce et économie
et n’a pas la compétence d’agir de façon au-
tonome dans des situations nécessitant des Plusieurs personnes interrogées ont relevé
recours urgents en matière de maintien de la que la dépendance de l’Afrique à l’égard des
paix ou de résolution des conflits. Ensuite, produits primaires comme source de recettes
les Etats membres sont souvent directement d’exportation laisse le continent vulnérable
impliqués dans les violations ou le non-res- face aux caprices du marché et à l’évolution
pect des principes pour lesquels l’UA été des conditions atmosphériques. La volatilité
créée (droits de l’homme, démocratie, bonne des cours des produits et les pertes correspon-
gouvernance et caractère sacré de la vie). dantes des termes de l’échange en constituent
Enfin, l’institutionnalisation de l’architecture le risque. Le boom actuel des produits n’est
continuera de souffrir du déficit de capacités pas soutenable, bon nombre de producteurs
et de l’incapacité des Etats membres à faire africains de pétrole ayant ressenti les effets
face à leurs obligations financières, ce qui a consécutifs à la baisse spectaculaire du prix
renforcé la dépendance de l’architecture à du pétrole. La mauvaise performance com-
l’égard des financements extérieurs et soule- merciale de l’Afrique reflète son incapacité
vé des questions sur son appropriation et sa à trouver des financements à faible taux d’in-
pérennité. térêt ou à construire des réseaux de transport
et de logistique efficients, des capitaux et
un capital humain. Elles ont également noté
6.3. Quatre facteurs de risques la faiblesse du secteur privé de beaucoup
mondiaux de pays africains de même que l’inaptitude
du continent à soutenir la concurrence sur
Les personnes interrogées ont noté la diffi- les marchés internationaux. Les mauvaises
culté de prévoir les conséquences éventuelles infrastructures des technologies de l’informa-
en Afrique des changements dans le paysage tion et des services financiers, l’absence de
mondial qui pourraient saper la vision de capacités institutionnelles, la corruption et les
l’Agenda 2063. Plusieurs ont fait remar- formalités douanières lourdes expliquent le
quer qu’après la fin de la guerre froide, il a coût élevé des transactions.
semblé que le monde deviendrait plus pai-
sible et prospère en raison de la promesse Un expert commercial a mentionné les pro-
de multipolarité et la nécessité d’une meil- blèmes liés à l’accès aux marchés comme
leure gouvernance et d’une coopération risque, notamment au terme du cycle
internationale dans la gestion d’un nombre d’Uruguay quand les pays africains ont été
grandissant de problèmes transnationaux. confrontés à des obligations multilatérales
« Interdépendance complexe » a été la devise plus exigeantes et n’ont pu obtenir que de
d’une personne interrogée pour faire face aux maigres améliorations de l’accès aux marchés
nouveaux défis, induisant un recours accru à où ils ont joui de certains avantages. En outre,
la résolution multilatérale des problèmes et la les préférences et avantages sur les produits
recherche de consensus. et les quotas qu’ils ont eus dans le cadre de
régimes préférentiels tels que les accords de
Mais, quatre facteurs externes qui se che- Lomé et de Cotonou de l’UE, ont été éro-
vauchent quelque peu ont été identifiés au dés de manière substantielle en raison de
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
l’obligation de compatibilité et de réciprocité politiques instables ont rendu encore plus dif-
de l’OMC. Mais pour cette personne, c’est ficile l’adoption de politiques économiques et
le cycle de Doha (lancé en 2001) mettant publiques en vue de relever les défis externes.
l’accent sur les résultats de développement,
qui ne leur a octroyé aucun avantage et n’a L’Afrique est confrontée à d’autres risques
surtout pas amélioré les capacités à com- de développement car elle dépend d’une
mercer et à s’attaquer à d’autres contraintes combinaison de quatre types de ressources
liées à l’offre. L’Afrique court le risque d’une financières, lesquelles se sont toutes amenui-
marginalisation continue dans le commerce sées avec la crise financière mondiale : aide
car le protectionnisme des pays développés, publique au développement, IDE, épargne na-
notamment dans l’agriculture, a entravé son tionale et allégement de la dette. Il a été noté
potentiel de croissance des exportations. en particulier que les économies développées
continuent de vivre des crises financières
6.3.2. Géopolitique et finance et de liquidités et que le dollar américain
continue de perdre de la valeur en tant que
L’Afrique n’a pas su tirer profit des change- devise majeure. Le continent fait donc face
ments rapides intervenus dans l’information, non seulement à la baisse des niveaux d’aide
les biens et les idées entrainés par la mon- et d’investissement mais également à celle
dialisation, ont déclaré quelques personnes des termes de l’échange et de l’accès aux
interrogées, si bien que les populations n’ont marchés. Ces incertitudes, au même titre que
pas reconfiguré leurs horizons sociaux, éco- les conditions de financement plus strictes
nomiques et politiques. A cause des vastes mettent davantage la pression sur les res-
espaces non gouvernés elles ont plutôt eu à sources budgétaires.
se colleter avec des pratiques malhonnêtes,
du crime organisé, des rivalités ethniques et 6.3.3. Environnement
sectaires, de la pauvreté et du chômage éle-
vés et une population de jeunes en croissance Pour beaucoup d’enquêtés, la dégradation de
et agitée. Le risque majeur pour le continent l’environnement constitue un des plus grands
est l’absence de mécanismes d’adaptation risques externes en raison de ses effets, du
pour faire face aux mutations mondiales et coût socio-économique et de la difficulté
systémiques au moment où la gouvernance à adopter des mécanismes d’atténuation et
mondiale assiste à la prolifération de struc- d’adaptation. L’Agenda 2063 doit s’attaquer
tures de décision et de sphères d’autorité dans au risque du changement climatique en pla-
lesquelles il est à peine présent en tant qu’ac- çant les économies « vertes » et « bleues » au
teur majeur et même son identité en tant que centre de son programme de transformation.
région contestée. Le continent est déjà en butte au spectre des
pertes considérables de biodiversité et d’éco-
L’échec de la gouvernance mondiale, ont systèmes, des crises de l’eau et de l’insécurité
suggéré certains enquêtés, est répété dans les alimentaire grandissante, en raison essentiel-
défis urgents de développement de l’Afrique lement du caractère erratique et insoutenable
et ses relations dépendantes et asymétriques de l’extraction des ressources naturelles.
avec les pays développés. Ces lacunes ont été Le risque pour l’Afrique est que les sources
aggravées par l’instabilité macro-économique internationales et multilatérales de finance-
et l’incapacité à éradiquer la pauvreté. En ments liés au climat seront coupées à moins
outre, la combinaison des inégalités sociales, de mettre en place des initiatives et mesures
la corruption grandissante et des systèmes hardies et assertives.
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
Un expert technique a relevé que d’après la fait partie des plus riches en ressources
BAD, l’Afrique aura besoin de 20 à 30 mil- naturelles.
liards USD au cours des 20 prochaines années
pour financer les interventions d’adaptation Les établissements d’enseignement supérieur
de base, le transfert de technologies, la réduc- et de recherche ont rarement été des vecteurs
tion des émissions de gaz à effet de serre et de l’innovation scientifique et technologique
la construction de capacités institutionnelles à ni des catalyseurs dans la mise en relation de
tous les niveaux. La préoccupation est que la cette innovation avec les demandes socio-éco-
position commune de l’UA sur le changement nomiques et culturelles nationales. Ces lacunes
climatique ne sera que déclaratoire, incapable sont dues en partie aux limites financières – les
qu’elle est de présenter un front commun sur investissements dans le renforcement des ca-
des mécanismes durables pour l’ensemble du pacités de recherche et de développement en
continent. Le problème connexe est de savoir sciences et technologies sont, tout compte fait,
comment les fonds pour le climat sont distri- les plus faibles du monde.
bués, compte tenu du constat de la Banque
mondiale (2013) selon lequel moins d’un tiers La marginalisation mondiale de l’Afrique
des financements pour l’adaptation et l’at- se traduit également dans ses infrastructures
ténuation a été octroyé entre les pays qui en scientifiques et technologiques peu déve-
avaient le plus besoin. loppées, ce qui rend ses marchés largement
tributaires des biens et produits manufacturés,
6.3.4. Technologie essentiellement en Europe, aux États-Unis et,
de plus en plus, en Chine.
Certaines personnes interrogées estiment
que la faible base technologique et scien- Les implications pour l’Agenda 2063 sont
tifique du continent l’empêche de créer et assez flagrantes : ses projets présenteront des
de mettre en place des secteurs productifs besoins en innovation et en capital humain
capables de développer l’industrie et de qualifié que les institutions africaines seront
promouvoir l’emploi, même si l’Afrique simplement incapables de satisfaire.
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
7
STRATÉGIES D’ATTÉNUATION
POUR L’AGENDA 2063
Les obstacles figurant aux sections 3 et 4 de la gouvernance à tous les niveaux. Pour
constituent un point d’accord parmi les en- l’essentiel, si la qualité de la vie politique a
quêtés ; les opinions sur les grandes lignes connu quelque amélioration, c’est grâce aux
des risques et défis auxquels l’Afrique est réformes démocratiques, à la libéralisation
confrontée varient peu. De l’avis général, des politique, au constitutionnalisme grandissant,
systèmes de gouvernance défectueux et des à la société civile renaissante, aux élections
institutions faibles à tous les niveaux mine- multipartites et la résurrection des législa-
ront les perspectives de l’Agenda 2063. Dans tures. Ces changements ont été concomitants
un continent de grande diversité et de niveaux aux élans renouvelés vers l’intégration de
de développement, de telles imperfections re- l’Afrique et l’élaboration de cadres opéra-
viennent tout au long du diagnostic de l’étude. tionnels visant à parfaire les structures, les
institutions et les processus d’intégration.
Même dans des pays où l’autorité publique
est forte, un niveau élevé d’instabilité poli- Cependant, la place marginale de l’Afrique
tique et de dégradation institutionnelle pousse dans l’économie politique internationale re-
l’appareil étatique à garantir la survie du quiert une adaptation stratégique pour venir à
régime au pouvoir. Même les pays ayant pro- bout de l’environnement politique, commer-
cédé à la démocratisation et la libéralisation cial et financier variable. Ainsi, sur la base
doivent poursuivre des réformes politiques des aspects négatifs ci-dessus que l’étude a
et économiques simultanément. Les défis tentés de mettre en exergue, nous présentons
de la gouvernance ont des implications pour certaines stratégies d’atténuation.
l’ensemble de l’entreprise d’intégration en
Afrique, l’efficacité fonctionnelle de l’État –
comme l’ont fait remarquer beaucoup de 7.1. Renforcer les capacités de l’État
personnes interrogées – étant la condition pour une gouvernance efficace
préalable non seulement pour une intégration
significative mais également exploiter les Des Etats forts et capables sont essentiels pour
opportunités de l’activité économique inter- s’attaquer aux risques identifiés ci-dessus. Ils
nationale. Des exemples de ce dernier aspect seront encore plus importants pour porter plu-
comprennent l’élargissement des marchés na- sieurs aspects des politiques et programmes
tionaux et régionaux, attirer davantage d’IDE de l’Agenda 2063. Les capacités étatiques ont
et améliorer l’accès à la technologie. été généralement insuffisantes pour relever
les défis du développement économique et so-
Le profil de risques de l’Afrique est par cial ainsi que pour revivifier et renouveler son
conséquent révélateur des défis auxquels le effort de construire un panafricanisme à large
continent est confronté. La morale qu’on assise et inclusif. La faiblesse de l’action de
en tire, encore une fois, est l’importance l’homme à tous les niveaux est à déplorer,
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
notamment le manque de leadership efficace humain se sont en général focalisé sur les
et progressiste dans l’Etat et la société. Si des sphères économiques et sociales mais des
niveaux élevés de la dette et de faibles tarifs preuves laissent penser que s’attaquer à
et recettes fiscales peuvent expliquer cette l’autonomisation juridique des populations
faiblesse, l’échec persistant à gérer la cor- démunies pourrait être une arme efficace dans
ruption, les faibles niveaux de compétence, la lutte contre la pauvreté (De Soto 2000).
la politique du népotisme, l’absence d’obli- Trop de pays africains se sont dotés de lois,
gation de rendre compte et de transparence et institutions et politiques privant d’importants
des compétences d’organisation et de mobili- segments de la population d’opportunités de
sation inadéquates, en sont d’autres causes. participer à armes égales. Les bases juridiques
de l’entrepreneuriat, l’emploi et l’interaction
L’amélioration des capacités de l’État sera des marchés sont trop souvent hypothétiques
un processus à long terme. Les pathologies dans la théorie du développement. Il en va de
postcoloniales vont persister dans beaucoup même pour les contrats et les droits de pro-
de pays où la promesse démocratique est priété, mais ce qui se passe dans les secteurs
menacée. Par conséquent, il y a quatre in- informels naissants est à peine pris en compte.
terventions essentielles nécessaires au Ici, les actifs et le travail sont très précaires
renforcement des capacités étatiques. La pre- et non protégés, souffrant ainsi d’une faible
mière est de renforcer les capacités juridiques productivité.
et réglementaires permettant à l’État de dé-
finir et d’appliquer les règles d’interaction Les échecs de la gouvernance et des marchés
sociale et économique, garantissant ainsi la se sont traduits par de faibles investissements
primauté du droit et plus de certitude. La deu- dans la santé et l’éducation avec des répercus-
xième est de générer des capacités techniques sions sur l’emploi et la croissance. Qui plus
pour la mise en place de cadres stratégiques est, tout profit futur qui proviendrait de la
et législatifs favorables au développement du croissance économique pourrait être compro-
secteur privé sur des fondations macro-éco- mis par la pauvreté persistante, l’instabilité
nomiques stables. La troisième est de faire chronique et la faible espérance de vie à cause
agir les capacités extractives et fiscales de des épidémies. Les investissements publics
l’État afin de lever des recettes et de mobiliser dans l’éducation et la santé entraînent des
les sources nationales pour le développement effets distributifs qui profitent directement à
et le bien-être collectif. Enfin, relever les ca- ceux qui se trouvent au bas de la pyramide
pacités administratives de l’État, promouvoir sociale, les femmes notamment. L’éducation
et attirer des compétences multisectorielles a des effets cognitifs et non cognitifs sur la
en gestion et le professionnalisme pour une productivité et autres impacts tels que l’es-
fonction publique efficace. pérance de vie et la fécondité, tandis qu’une
santé recouvrée prolonge la vie active et
donne une main-d’œuvre de qualité et une
7.2. Renforcer le capital humain plus grande productivité.
60
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
7.3. Mettre l’accent sur le commerce travers des partenariats public-privé créatifs
et la politique industrielle et des coentreprises soigneusement calibrées
entre les sociétés locales et étrangères.
Une bonne partie de l’Afrique a peiné pendant
des décennies pour construire des économies Il est tout aussi important pour les Etats afri-
compétitives, industrialisées, en vue de réali- cains de reprendre les créneaux perdus du
ser la croissance et le développement à long fait des pressions externes de la libéralisation
terme. Les pays africains s’évertuent encore des marchés : y parvenir leur permettrait de
à développer des secteurs industriels dyna- procéder aux interventions nécessaires en
miques et diversifiés qui pourraient être le lieu appui à l’industrialisation. Il importe à cet
de la transformation structurelle et la crois- égard d’élaborer des mécanismes régionaux
sance accélérée. Il est par conséquent urgent appropriés afin de promouvoir le commerce,
d’élaborer des cadres d’action susceptibles à le financement du développement et les
la fois de générer des structures industrielles infrastructures. La libéralisation devrait se
efficientes et exigeantes en main-d’œuvre et concentrer sur le plan interne pour déverrouil-
d’évoluer vers des plates-formes d’exporta- ler les complémentarités du commerce intra
tion robustes et compétitives. Les premières régional.
tentatives visant à formuler une politique in-
dustrielle ont souvent donné de l’importance
à une mauvaise combinaison de méthodes 7.4. Former une nouvelle coalition
basées sur des mesures de protection à l’en- pour la croissance
contre des importations, de l’aide au crédit,
d’incitations fiscales et une réglementation Trouver et promouvoir des « solutions afri-
pénible. Il ne fait aucun doute que le rapport caines aux problèmes africains » ne relève
de ces méthodes n’a pas été à la hauteur des pas exclusivement de l’Etat ou des élites
ressources investies et beaucoup de pays dirigeantes. Il faut la participation de ce
africains se retrouvent en proie au déclin éco- que l’on pourrait appeler la « coalition de
nomique, avec pour seul recours l’imposition l’Agenda 2063 », à même d’entraîner une
sans contrepartie de programmes d’ajuste- adhésion continentale pour la croissance et
ment structurel pour gérer les distorsions. le développement à large assise et inclusif
et de « verrouiller » l’appropriation de la vi-
Il faut une nouvelle approche privilégiant une sion chez ceux qui s’intéressent à l’avenir du
politique industrielle efficiente capable de re- continent. Le processus consultatif et partici-
lancer la croissance industrielle, les résultats patif qui a sous-tendu la création de l’agenda
des exportations et la compétitivité. Une po- dégage les principaux éléments d’institution-
litique garantissant l’allocation optimale des nalisation d’une telle coalition constituée des
ressources. Il s’y ajoute l’importance critique Etats membres, du secteur privé, de la société
de développer les capacités nationales dans civile, la diaspora, la jeunesse, des médias, des
les fonctions entrepreneuriales, de gestion et femmes, des groupes confessionnels, d’an-
techniques stratégiques. La politique indus- ciens chefs d’État, d’intellectuels, d’experts en
trielle africaine devrait offrir des incitations planification, etc. La coalition doit être orga-
spéciales afin de créer beaucoup de petites et nisée avec un leadership fort engagé à l’égard
moyennes entreprises comme centres d’inté- du cadre de transformation de l’Agenda. Avec
rêt majeurs de la politique et catalyseurs de 200 millions d’Africains âgés de 15 à 24 ans, il
la création d’emplois. Cette approche présup- est important qu’elle sème très tôt les graines
pose l’appropriation africaine de l’industrie à de l’identité africaine et de l’intégration.
61
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
La coalition de l’Agenda 2063 pourrait être La question pour l’Agenda 2063 est de savoir
le vecteur de l’apprentissage des politiques et comment transformer l’architecture des CER
d’un débat plus élaboré autour des dilemmes et de l’UA en des véhicules significatifs de
de la croissance et du développement de transformation sociale et économique qui
l’Afrique tout en ancrant ces derniers dans apporteront un changement dans la vie du
un contexte panafricain. La discussion doit citoyen ordinaire. Des mesures importantes
produire un nouveau discours et des idées sur ont déjà été prises qui témoignent des progrès
l’état du continent et identifier la politique gé- réalisés mais une série de défis institutionnels
nérale et les paramètres stratégiques à même problématiques persistent encore. Ces derniers
de susciter plus de responsabilité et un inté- comprennent d’abord des cadres juridiques
rêt direct dans la poursuite des objectifs de ambigus, loin d’être la réalité du bien-être
l’agenda. du citoyen, ce qui entraînerait particulière-
ment l’exploitation des économies d’échelle
Il faut un discours généralisé et largement régionales afin de lutter contre la pauvreté,
publié sur les gains potentiels qui pourraient le chômage et les inégalités. Deuxièmement,
découler de politiques intégrant les cadres il existe trop de diversités parmi les CER
passés et dégageant ce qu’il faut faire pour avec leurs configurations institutionnelles
garantir une réforme durable sous les auspices complexes et pesantes, des adhésions qui se
de l’Agenda 2063. Un discours pertinent chevauchent et l’absence de normes, règles et
pourrait modifier les hypothèses de repli pratiques applicables. Le troisième problème
sur soi et fatalistes chez l’Africain ordinaire est que les Etats membres prennent des en-
qui se sent souvent éloigné des questions gagements supranationaux normatifs mais
régionales et continentales car les ayant his- refusent de céder ne serait-ce qu’un minimum
toriquement perçues comme dans le domaine de leur souveraineté au profit du bien régional.
exclusif des élites au pouvoir.
L’Agenda 2063 doit accorder une plus grande
L’Agenda 2063 nécessitera sans aucun doute attention à l’harmonisation, la coordination et
d’énormes sacrifices si l’on veut réaliser son bâtir la confiance entre les CER et l’UA. À
ambition et sa vision. Il offre aussi une occa- moins d’un effort concerté pour combler le
sion ouverte et démocratique de développer vide institutionnel au sein de l’UA sur les do-
une nouvelle coalition à travers laquelle le re- maines essentiels de l’intégration (agriculture,
nouveau de l’Afrique peut devenir manifeste développement industriel, environnement,
et une nouvelle transition et un discours de paix et sécurité, transport, capital humain,
transformation peuvent s’articuler. etc.), il est très peu probable que ces préoccu-
pations de politique générale soient entendues
aux niveaux étatique et régional. Il faut donc
7.5. Donner un sens à l’intégration des structures et systèmes qui accompagnent
régionale la mise en œuvre des politiques au niveau de
ces échelons subsidiaires. Il importe d’asseoir
Historiquement, l’intégration régionale a une meilleure coordination par l’UA, la CUA,
souffert d’acteurs multiples et d’une batterie le NEPAD, les CER, la CEA et la BAD afin
de processus. Les différentes parties prenantes de lever les obstacles, en rendant l’intégration
ont ainsi fait d’elle un foyer d’intérêts diver- régionale plus significative dans la vie des
gents et de réalisations différentes, produisant Africains et en garantissant l’émergence d’un
un environnement incitatif essentiellement modèle d’une véritable « intégration régio-
centré sur l’Etat et porté par les élites. nale de développement. »
62
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
QUI? QUOI?
Gouvernements Rationaliser les stratégies d’atténuation des risques dans les politiques et plans de développements nationaux et
centraux assurer la mise en œuvre
Société civile Développer de solides capacités de plaidoyer pour l’atténuation des risques
CER Promouvoir des protocoles détaillés d’atténuation des risques pour adoption et mise en œuvre par les Etats membres
CUA Élaborer une stratégie et un système continental de gestion pour l’atténuation des risques et adopter des normes et
standards appropriés
Institutions Travailler avec la CUA à la création d’un groupe de travail des risques de l’Agenda 2063 afin de surveiller, analyser
africaines de et partager les connaissances sur les risques majeurs
développement
ACBF Procéder à l’évaluation de l’état de préparation des organes de l’UA/CER pour l’Agenda 2063 et élaborer un plan de
développement des capacités.
BAD Appuyer les Etats membres, les CER et la CUA avec les ressources requises pour l’atténuation et la gestion des
risques
CEA Élaborer un programme spécial d’atténuation en appui aux ministères sectoriels dans la gestion et la mise en œuvre
des stratégies nationales.
Partenaires au Appuyer la stratégie d’atténuation des risques de l’Agenda 2063 dans les cadres commerciaux et de coopération
développement Développer une coopération étroite avec la CUA en appui à l’objectif continental d’atténuation des risques
extérieurs
ONU Préconiser une résolution de l’Assemblée générale de l’ONU pour les agences onusiennes en appui à l’UA et aux
pays membres dans la mise en œuvre de l’Agenda 2063
Accélérer les réformes de l’ONU afin de renforcer la voix et la représentation de l’Afrique
OMC Réduire les risques liés au commerce et s’attaquer aux problèmes de l’accès aux marchés et du protectionnisme
BM et FMI Appuyer les stratégies et programmes continentaux pour la gestion des risques et la mise en œuvre de l’Agenda 2063
63
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
d’un œil critique comment tirer profit des op- du développement et l’allégement de la dette
portunités de croissance et de développement sur les initiatives stratégiques découlant de
et attirer des financements en vue de s’attaquer l’Agenda 2063. Leur finalité est de garantir
aux effets externes tels que le changement cli- la mobilisation de ressources, la coopération
matique. Ce raffinement doit se fonder sur la et l’appui aux cadres régionaux et continen-
formation de partenariats internationaux revisi- taux tout en mettant en place des systèmes
tés qui deviendront des mécanismes de pilotage de suivi et d’évaluation opérationnels, sans
destinés à l’aider à relever les défis de sa crois- occulter l’équilibre régional et l’équité. Tout
sance, sa sécurité et son développement. ceci nécessitera le renforcement de capaci-
tés diplomatiques musclées et spécialisées
Ces mécanismes doivent soigneusement ali- capables de faire avancer l’Afrique des cou-
gner le commerce extérieur, le financement lisses au centre de la scène internationale.
64
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
72
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
Aspiration 1 : Une Afrique prospère basée sur la croissance inclusive et le développement durable
Forces Faiblesses
• Meilleure croissance économique • Faibles niveaux d’industrialisation
• un secteur privé en croissance • faible leadership politique et civique
• responsabilité accrue • faibles capacités institutionnelles
• meilleure gouvernance • coordination insuffisante à tous les niveaux
• réforme du secteur public • incapacité à promouvoir le principe de
• meilleure stabilité macro-économique subsidiarité
• partenariats internationaux élargis (BRICS) • secteur agricole en difficulté
• exposition réduite aux crises financières • mobilisation insuffisante de ressources
• large participation des citoyens • faibles marchés des capitaux et financiers
• engagement et réactivité continentale • faiblesse des infrastructures
• population des adolescents en croissance • faibles volumes des échanges mondiaux
• respect des codes de bonne gouvernance • dépendance à l’égard des exportations des
produits de base
• faible corruption systémique du secteur public
• faibles capacités des finances publiques
Opportunités Menaces
• Élargir les marchés nationaux et régionaux • Niveaux de pauvreté et du chômage en hausse
• renforcer de solides capacités institutionnelles • faible réponse au changement climatique
• développer les petites et moyennes entreprises • niveaux d’urbanisation en hausse
• constituer des bases de compétences pour les • population de jeunes non qualifiés en
femmes et les jeunes croissance
• élaborer des cadres harmonisés • économies africaines non compétitives
• mobiliser les ressources intérieures • barrières techniques et non tarifaires au
• améliorer l’épargne intérieure commerce
• élargir les partenariats internationaux • pays les moins développés d’Afrique plus
• construire des plates-formes industrielles vulnérables
• améliorer les chaînes de valeur • insécurité alimentaire en hausse
• améliorer la gouvernance • persistance des épidémies
• renforcer la position mondiale de l’Afrique • marginalisation des femmes et des jeunes
• réduire la dépendance extérieure • instabilité politique et insécurité
• opter pour des économies vertes • taux de mortalité élevés
• améliorer le rendement agricole • augmentation de la criminalité et de la violence
• attirer des niveaux élevés d’investissement • niveaux d’immigration en hausse
• améliorer le fonctionnement des CER • protectionnisme et faible accès aux marchés
• fracture technologique en hausse
• absence de diversification économique
73
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
Aspiration 2 : Un continent intégré, politiquement uni et basé sur les idéaux du panafricanisme
Forces Faiblesses
• Vision globale de l’UA • Faibles capacités de mise en œuvre des cadres
• niveaux élevés d’engagement politique • rationalisation lente des CER
• progrès dans les accords de libre- échange et • faible traduction de la vision de l’UA dans les
de la communauté économique africaine législations nationales
• acceptation des piliers de l’intégration • insuffisance des échanges intra- régionaux
• passé des cadres post- indépendance • faible coopération interétatique
• passé de l’expérience d’intégration • faible coopération interrégionale
• large consultation des parties prenantes • croissance et développement inégal
• articulation claire des objectifs et processus • circulation non libre des personnes, des biens,
• résilience des idéaux /idéologie du des capitaux
panafricanisme • problème de cession de souveraineté/frontières
• appui fort des Etats membres • faible leadership politique et civique
• faibles niveaux de financement du
développement
Opportunités Menaces
• Renforcer l’appui au Programme minimum • Conflits en cours et extrémisme croissant
d’intégration • mandat de l’UA non compris largement
• améliorer la circulation des personnes, biens, • États faibles et fragiles
capitaux • faibles capacités institutionnelles et de
• améliorer la relance du commerce intra-africain coordination
et intrarégional • plans d’action trop ambitieux et compliqués
• promouvoir des partenariats internationaux • faible mobilisation des ressources
plus efficaces • bien-être social/développement insignifiant
• renforcer la coopération CUA/BAD/CEA • infrastructures inadéquates
• engager la coopération technique de l’ACBF • coût élevé des transactions en affaires
• parler d’une seule voix • destination peu attractive pour les
• promouvoir les instruments juridiques de l’UA investissements
• préserver l’environnement naturel • industrialisation non diversifiée
• harmoniser les standards et normes • criminalité transnationale, trafic de stupéfiants
• atténuer les effets du changement climatique et de personnes
• nouer de nouveaux partenariats stratégiques • incapacité à utiliser le dividende
• renouveler les idéaux du panafricanisme démographique
• renforcer de meilleures capacités • flux financiers illicites
institutionnelles • faibles milieux de la réglementation
• élaborer un PIDA à l’échelle continentale
• mobiliser la diaspora en tant que partie
concernée
74
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
Forces Faiblesses
• Beaucoup de transitions démocratiques • Environnement politique peu favorable
réussies • concentration du pouvoir exécutif
• déclin du régime autoritaire • niveaux élevés des conflits civils
• désengagement des militaires de la politique • prédominance du parti unique
• systèmes électoraux forts • faible consolidation de la démocratie
• davantage d’élections libres et justes • faible démocratie de fond
• société civile revigorée et active • transitions incomplètes et bloquées
• importance grandissante des parlements • faible développement institutionnel
• culture politique vivante pour la démocratie • politique du népotisme et régime néo
• indépendance judiciaire accrue patrimonial
• protection constitutionnelle des libertés • partis d’opposition faibles et divisés
publiques • clivages communautaires et ethniques
• base normative solide dans l’Acte constitutif de • mauvaise culture des droits de l’homme
l’UA • faibles mécanismes de l’État de droit
• maturation de la politique de l’opposition
• transparence et responsabilité accrues
Opportunités Menaces
• Renforcer la décentralisation et la dévolution • Revirements et récession démocratiques
• renforcer la mobilisation/participation des • répression grandissante des libertés civiques
citoyens • violations croissantes des droits de l’homme
• améliorer la séparation des pouvoirs • niveaux des conflits civils et de l’insécurité en
• améliorer la norme constitutionnelle hausse
• accélérer le rythme des réformes judiciaires • faibles capacités étatiques et institutionnelles
• construire une culture des droits de l’homme • tendances autoritaires croissantes
• approfondir la démocratie et la démocratisation • conditionnalités définies de l’extérieur
• bâtir des Etats de développement • pauvreté et chômage accrus
• graver la gouvernance basée sur des règles • violence et conflits électoraux
• autonomiser les femmes et les jeunes • syndrome du troisième mandat en hausse
• renforcer la légitimité de l’État et des élites • faibles automatismes régulateurs
• élaborer des formes inclusives de gouvernance • faibles capacités d’assistance sociale et fiscale
• refermer la fracture urbaine–rurale
• élaborer de nouveaux cadres de leadership
75
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
Forces Faiblesses
• Forces de l’APSA en tant que stratégie • Mauvais mécanismes de prévention
opérationnelle • faibles mécanismes de réaction dans APSA
• engagement fort pour s’attaquer aux causes • dépendance excessive à l’égard des bailleurs et
des conflits de l’ONU
• politique forte de défense/sécurité commune • faible réforme du secteur de la sécurité
• politique forte contre la criminalité • mauvaises capacités des CER
transnationale • faibles régimes de la sécurité collective
• forte promotion de la reconstruction et du • importance exagérée de la sécurité étatique
développement post-conflit • faibles traditions de l’État de droit dans les Etats
• Force africaine en attente pratiquement en en conflit
place • faibles capacités continentales de DDR
• appui fort des partenaires internationaux • faibles systèmes continentaux d’alerte rapide
• appui fort de l’ONU
• engagement fort des acteurs non étatiques
Opportunités Menaces
• S’attaquer aux enjeux de croissance et de • Prolifération des conflits inter étatiques
développement • montée des changements inconstitutionnels
• renforcer les liens de construction de la paix et de régimes
de l’État • faible potentiel de relance après les conflits
• renforcer la légitimité de l’État • résurgence de nouveaux conflits
• améliorer la gouvernance du secteur sécuritaire • paix en tant qu’incitation de la guerre
• renforcer l’importance de la sécurité humaine • rôle contesté de la Cour pénale internationale
• améliorer les processus de justice transitoire en Afrique
• mobiliser les ressources et l’appropriation • extrémisme/terrorisme rampant
africaine • persistance d’actes d’instabilité
• constituer une base régionale de gestion des • instabilité résiduelle causée par le « Printemps
conflits arabe »
• donner plus de pouvoir d’intervention au
protocole du Conseil de paix et de sécurité
• améliorer la diplomatie préventive
76
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
Aspiration 5 : Une Afrique avec une forte identité culturelle, des valeurs et une éthique
Forces Faiblesses
• Libéralisation des systèmes politiques • Promotion fragile de la démocratie
• grande importance accordée aux jeunes et aux • violation des droits de l’homme élémentaires et
femmes des libertés
• grande importance accordée à l’héritage • disparité persistante entre les sexes
culturel et la diversité • déficit d’image de la guerre, la faim, les
• communautés africaines résilientes maladies
• réseaux et traditions communautaires forts • systèmes de prestation de services inefficaces
• filets de sécurité solides et économie morale • absence de développement basé sur les droits
Opportunités Menaces
• Promouvoir l’apprentissage panafricaine • Privation, dislocation sociale grandissante
• renforcer la solidarité interafricaine • violation accrue de la dignité humaine
• appliquer les instruments juridiques de l’UA • manifestations sociales croissantes
• encourager la participation active à tous les • crises humanitaires en hausse
niveaux • absence de sentiment de destin/identité
• renforcer l’engagement des parties prenantes communs
• développer la cohésion sociale et culturelle • diversité culturelle/ethnique comme source de
• engager la diaspora conflit
• promouvoir/protéger les langues et les • problème d’ethnicité politisée
coutumes
77
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
Aspiration 6 : Une Afrique dont le développement est axé sur les populations, reposant notamment
sur le potentiel de sa jeunesse et de ses femmes
Forces Faiblesses
• Femmes et jeunes comme atouts pour le • Mauvais systèmes sanitaire et éducatif
développement • services d’assistance sociale peu efficaces
• instruments juridiques de l’UA élaborés • faible R&D en science et technologie
• nombre croissant de jeunes diplômés qualifiés • faibles indicateurs du développement humain
• amélioration dans la gestion des maladies • importante partie de la jeunesse tenue à l’écart
• davantage de femmes participant au du pouvoir
gouvernement • importante partie des femmes tenues à l’écart
• jeunesse politiquement consciente et active pouvoir
• niveaux élevés de l’activité entrepreneuriale • niveaux élevés de l’activité économique
• davantage de jeunes et de femmes dans les informelle
programmes de l’UA • faibles capacités étatiques et institutionnelles
• plus d’importance accordée aux femmes et aux • faibles instruments nationaux pour les femmes/
jeunes dans les CER jeunes
• niveaux élevés de l’activisme de la société civile • secteurs privés faibles
• Charte africaine de la jeunesse comme outil de • établissements humains inadéquats
mobilisation
Opportunités Menaces
• Promouvoir les femmes et les jeunes dans • Violence dirigée contre les femmes en tant que
l’économie telles
• encourager plus de volontariat • fuite accrue des travailleurs qualifiés
• faire de l’explosion démographique des jeunes • migration illégale des jeunes
un dividende • personnes déplacées et réfugiés en hausse
• élaborer des plates-formes de l’UA touchant • instabilité politique et insécurité en hausse
directement la population • niveaux croissants de pauvreté et du chômage
• associer les femmes et les jeunes au • mortalité infantile/femmes en hausse
développement • rentes de situation et absence d’activité
• développer les secteurs des services et formels productive
78
ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
Forces Faiblesses
• Meilleure position géostratégique • Ne pas parler d’une seule voix
• engagement actif dans la diplomatie • faible pouvoir de négociation
internationale • l’Afrique dans une position marginale au plan
• appui multilatéral fort pour le bloc Afrique mondial
• croissance économique qui profite à tous • faible intégration dans les chaînes de valeur
• partenariats forts avec les BRICS mondiales
• moins de dépendance à l’égard des institutions • faible système de gouvernance mondiale
financières internationales • non atteinte des OMD
• meilleure stabilité macro-économique • panier commercial statique et non diversifié
• population qualifiée et qui augmente • plates-formes d’exportation industrielle
rapidement inadéquates
• diaspora coopérative et dotée de ressources • faible connectivité des technologies de
l’information et de la communication
• faibles capacités scientifiques et
technologiques
• faibles capacités industrielles et
manufacturières
Opportunités Menaces
• Repositionner l’Afrique dans les relations • Relations néocoloniales avec les BRICS
internationales • baisse des niveaux de l’aide au développement
• concevoir de nouveau les partenariats avec l’UE • baisse des niveaux d’investissements directs
et les États-Unis étrangers
• renforcer les capacités diplomatiques de l’UA • crises récurrentes dans les marchés mondiaux
• renforcer le pouvoir de négociation des pays • retrait des partenaires au développement
• mobiliser de nouvelles formes de financement traditionnels
du développement • échec du cycle de développement de Doha
• promouvoir le potentiel de la ZLEC • réduction des termes de l’échange
• diversifier les structures commerciales et • faibles niveaux de financement pour le climat
d’exportation • conflits et instabilité en cours
• promouvoir l’Agenda 2063 au plan mondial • marchés financiers et des capitaux peu
• endiguer les flux financiers illicites développés
• réformer le Conseil de sécurité de l’ONU • problèmes de convertibilité/stabilité des
• constituer des réseaux mondiaux des monnaies
connaissances • crises financières des économies développées
• miser sur les CER en tant que partenaire de • croissance lente des marchés chinois/
coopération émergents
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
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ÉVALUATION DES RISQUES INTERNES ET EXTERNES LIÉS À LA MISE EN ŒUVRE DE L’AGENDA 2063
1. Étés-vous familier avec les bus et objectifs de base de l’Agenda 2063 ainsi qu’avec sa vision ? Dans
quelle mesure pensez-vous qu’ils peuvent être réalisés dans une période de 50 années ?
2. Comment voyez-vous les défis de la réalisation de l’intégration en Afrique, tant au niveau régional
que continental ? Quels sont les facteurs clés qui constituent les obstacles à l’intégration ?
3. Qu’est-ce qui a été réalisé et quels sont les difficultés qui empêchent de faire de l’Union africaine et
des communautés économiques régionales des institutions plus efficaces ?
4. Quels sont, selon vous, les principaux risquent et menaces internes liés à la réalisation de la lettre et
de l’esprit de l’Agenda 2063?
5. Quels sont, d’après vous, les principaux risques et menaces externes liés à la réalisation de la lettre
et de l’esprit de l’Agenda 2063?
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9 781779 370693
ISBN: 978-1-77937-068-6
EAN: 9781779370686