Les normes comptables sont des ensembles de règles et de principes définis pour encadrer la
présentation des états financiers des entreprises. Leur objectif principal est d’assurer la
comparabilité, la transparence et la fiabilité des informations financières, permettant aux parties
prenantes (investisseurs, autorités de régulation, créanciers et autres utilisateurs) de prendre des
décisions éclairées.
Dans un contexte où l’économie est de plus en plus mondialisée, il devient crucial d’établir un langage
comptable universel. Cela permet aux entreprises opérant dans différents pays de présenter des états
financiers cohérents et comparables. Toutefois, chaque pays ou région peut avoir des spécificités
culturelles, économiques et juridiques qui influencent les normes comptables adoptées. Ainsi,
plusieurs cadres comptables coexistent aujourd’hui :
1. Les IFRS (International Financial Reporting Standards) : Ces normes sont reconnues à
l’international et ont été développées pour uniformiser les pratiques comptables dans un contexte
globalisé. Elles sont particulièrement utilisées par les multinationales cotées en bourse.
2. Le CGNC (Code Général de la Normalisation Comptable) : Spécifique au Maroc, ce
cadre comptable a été conçu pour répondre aux exigences locales, notamment fiscales et légales,
tout en favorisant la transparence financière.
3. Les normes AAOIFI (Accounting and Auditing Organization for Islamic Financial
Institutions) : Elles répondent aux besoins des institutions financières islamiques en intégrant les
principes de la charia, notamment l’interdiction de l’intérêt et la transparence dans les transactions.
Ces trois cadres comptables représentent des approches différentes pour structurer la comptabilité
des entreprises, chacun répondant à des enjeux particuliers.
Ce rapport vise donc à explorer et comparer les caractéristiques principales de ces cadres, en mettant
en évidence leurs points communs, leurs divergences et leurs défis respectifs.
Les IFRS représentent aujourd’hui un cadre comptable de référence mondialement reconnu, qui
favorise la transparence et la comparabilité des états financiers. L’objectif principal est de fournir aux
investisseurs, régulateurs et autres parties prenantes une information financière pertinente, fiable et
cohérente, quel que soit le pays où l’entreprise exerce.
A. Définition et importance accrue des IFRS
Les IFRS permettent aux entreprises :
• D’unifier leurs pratiques comptables à l’échelle mondiale.
• De faciliter les investissements transfrontaliers en fournissant des informations
financières compréhensibles à tous.
• D’améliorer la qualité de l’information financière, notamment en matière de
transparence et de responsabilité.
Les normes couvrent l’ensemble des éléments financiers tels que les immobilisations, les instruments
financiers, les contrats de location, les provisions, la comptabilisation des revenus, etc.
B. Contexte historique approfondi
• 1973 : Création de l’IASC (International Accounting Standards Committee) par un
groupe de pays pour harmoniser les pratiques comptables internationales à travers les normes IAS.
• 2001 : Transformation de l’IASC en IASB (International Accounting Standards Board),
une structure plus indépendante et plus robuste pour la création de normes.
• Depuis 2005 : Les IFRS deviennent obligatoires pour les entreprises cotées dans
l’Union Européenne. D’autres régions, telles que l’Asie, l’Amérique latine et l’Afrique, adoptent
progressivement les IFRS pour leurs marchés financiers.
C. Les caractéristiques des IFRS
1. Principes basés sur la substance économique : Contrairement aux cadres strictement
basés sur des règles, les IFRS privilégient une interprétation économique des transactions plutôt que
leur seule apparence juridique.
2. Approche universelle : Adaptables aux différentes juridictions, elles permettent une
comparaison des performances financières à l’échelle internationale.
3. Transparence accrue : Les IFRS exigent une divulgation complète des informations
clés, telles que les risques financiers, les hypothèses comptables et les estimations significatives.
4. Évolution constante : Les IFRS sont régulièrement mises à jour pour s’adapter aux
nouvelles réalités économiques et pratiques commerciales, comme les normes récentes sur la
comptabilisation des contrats de location et la reconnaissance des revenus.
D. Principes fondamentaux
Les principes fondamentaux des IFRS assurent que les états financiers :
1. Fournissent une image fidèle des activités financières.
2. Sont comparables d’une entreprise à une autre et d’une période à une autre.
3. Respectent la continuité d’exploitation, assurant que les états financiers sont établis
dans l’hypothèse que l’entreprise continuera ses activités.
4. Adoptent une comptabilité d’engagement, ce qui signifie que les transactions sont
comptabilisées lorsqu’elles surviennent, et non au moment du paiement effectif.
E. Structure des normes IFRS avec des exemples spécifiques
Certaines normes clés incluent :
1. IFRS 15 (Reconnaissance des revenus) : Cette norme définit quand et comment
comptabiliser les revenus liés aux ventes de biens ou à la prestation de services. Exemple : une
entreprise de construction reconnaîtra les revenus progressivement à mesure que les travaux sont
réalisés, et non uniquement à la fin du projet.
2. IFRS 16 (Contrats de location) : Oblige les entreprises à comptabiliser presque tous les
contrats de location comme des actifs (droit d’utilisation) et des passifs (engagements locatifs). Cela
modifie significativement les bilans des entreprises ayant de nombreux contrats de location, comme
les compagnies aériennes ou les chaînes de supermarchés.
3. IAS 16 (Immobilisations corporelles) : Précise les règles de comptabilisation des biens
tels que les équipements ou les bâtiments. Les actifs doivent être comptabilisés à leur coût initial,
puis amortis sur leur durée de vie utile.
F. Enjeux et défis détaillés
1. Coût de mise en conformité : Les entreprises doivent adapter leurs systèmes
d’information comptable, former leur personnel et parfois revoir leur stratégie financière.
2. Complexité des normes : Certaines normes, notamment celles portant sur les
instruments financiers (IFRS 9) et les contrats de location (IFRS 16), peuvent être difficiles à appliquer.
3. Gestion du changement : Le passage d’un référentiel national à l’IFRS peut entraîner
des bouleversements significatifs dans la manière de présenter les états financiers.
G. Exemple concret d’application des IFRS
Contexte
CCEP, l’un des plus grands embouteilleurs de Coca-Cola, a dû adapter sa comptabilité lors de la mise
en œuvre d’IFRS 15 (Reconnaissance des revenus) et IFRS 16 (Contrats de location).
Application d’IFRS 15 (Reconnaissance des revenus)
CCEP distribue ses produits via divers canaux (grandes surfaces, petits détaillants, restaurants). Avant
IFRS 15, la reconnaissance des revenus pouvait varier selon les promotions ou les remises offertes aux
clients.
• Avant IFRS 15 : Les remises étaient parfois enregistrées comme coûts de distribution
séparés, réduisant ainsi la transparence sur le chiffre d’affaires réel.
• Après IFRS 15 : CCEP a dû comptabiliser ces remises comme une réduction directe du
chiffre d’affaires, donnant une meilleure visibilité sur les revenus réels générés par chaque
transaction.
Impact : Cela a modifié la présentation des états financiers et clarifié la marge nette de l’entreprise,
offrant une information plus précise pour les investisseurs.
Application d’IFRS 16 (Contrats de location)
CCEP utilise de nombreux contrats de location pour ses centres de distribution, équipements, et
véhicules.
• Avant IFRS 16 : Ces contrats de location étaient souvent traités comme des dépenses
hors bilan, ne figurant pas dans les états financiers.
• Après IFRS 16 : Tous les contrats de location ont été reconnus dans le bilan sous
forme d’actifs (droit d’utilisation) et de passifs (engagements locatifs).
Impact : Cette mesure a augmenté artificiellement le total des actifs et passifs dans le bilan de CCEP,
mais a amélioré la transparence financière, permettant aux actionnaires et créanciers d’avoir une
image plus claire des obligations financières de l’entreprise.
Ces ajustements ont permis une meilleure compréhension des performances financières de Coca-
Cola European Partners et renforcé la comparabilité avec d’autres entreprises dans le secteur de la
grande consommation.