AUDITION CCIU ANNEE 2024
« CONTRIBUTION À L’AMELIORATION DU DROIT POSITIF
AFRICAIN »
Merci Monsieur le Président du jury de nous donner la parole
Monsieur le Président du jury, Mesdames et Messieurs les membres du
jury ;
Depuis notre accession au grade de Chargé de cours, nous avons réalisé
plusieurs travaux scientifiques dans divers domaines du droit.
Tous ces travaux, qui ont en commun d’analyser divers ordres juridiques
africains en vue de relever les insuffisances dans l’élaboration des lois et d’en
suggérer des remèdes, s’agrègent autour d’un thème fédérateur, à savoir la
« contribution à l’amélioration du doit positif africain ».
Ce sujet unificateur s’inscrit dans une posture épistémologique qui gouverne
l’ensemble de nos travaux et qui nous conduit à œuvrer au renforcement de la
qualité des droits en vigueur en Afrique subsaharienne. Un tel sujet fédérateur
laisse émerger tout logiquement une question de synthèse à nos diverses
réflexions, celle de savoir comment nos travaux de recherche participent à
l’amélioration du droit positif dans les Etats africains.
En guise d’essai de réponse, l’hypothèse qui synthétise tous nos travaux est que
ces derniers concourent à une meilleure application des droits en vigueur en
Afrique, par conséquent à leur amélioration.
La vérification de cette hypothèse nous a permis de relever que la participation
de nos travaux à l’amélioration du droit positif africain s’observe autour de deux
grands points : d’une part, ces travaux concourent à l’africanisation des droits en
vigueur en Afrique et d’autre part ils participent à une meilleure
communautarisation desdits droits.
Monsieur le Président du jury, Mesdames et Messieurs les membres du
jury ;
En ce qui concerne la première idée relative à la contribution de nos
travaux à l’africanisation du droit positif africain, nous avons montré
comment le droit positif pénal doit être adapté aux réalités africaines aussi bien
en ce qui les incriminations que les sanctions.
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D’abord, pour ce qui est de l’adaptation des incriminations aux réalités
sociales africaines, le droit pénal africain se doit d’être dynamique pour
s’adapter en permanence aux mutations des comportements des hommes en
protégeant les valeurs sociales consubstantielles aux principes de vie et usages
en Afrique. C’est le sens de notre article intitulé « Ne faudrait-il pas consacrer
l’infraction d’escroquerie sentimentale en droit positif camerounais » qui
suggère qu’en raison de la montée en puissance des pratiques d’arnaque aux
sentiments dans la société camerounaise, le législateur pénal intervienne pour
réprimer ces pratiques qui portent atteinte à la sécurité des personnes et de leurs
biens.
Ce besoin d’adéquation des incriminations aux réalités sociales africaines nous
avait également conduit à jeter un regard critique sur l’infraction de contrefaçon
des droits de propriété intellectuelle aux lendemains de la réforme du Code
pénal camerounais. Il s’agissait d’évaluer une politique criminelle sous le prisme
du droit pénal à l’effet de savoir si la réforme pénale du 12 juillet 2016,
relativement à la lutte contre la contrefaçon, était un pas décisif.
Ensuite, pour ce qui de l’adaptation des sanctions pénales aux réalités
sociales africaines, nous avons observé que la réalisation de la justice pénale
entraîne le prononcé excessif des peines d’emprisonnement. La conséquence
logique en est qu’on assiste à une insuffisance des structures d’accueil des
condamnés qui a très vite engendré une surpopulation carcérale exacerbée.
Pourtant, l’Afrique possède une riche tradition socioculturelle de justice
négociée qui pourrait conduire les législateurs à adapter leurs normes répressives
aux réalités locales en valorisant les mesures alternatives aux poursuites pénales.
C’est le sens de notre article-plaidoyer pour la consécration des mesures
alternatives aux poursuites pénales en droit positif camerounais". Ces
alternatives aux poursuites, essentiellement constituées des mesures non
privatives de liberté pour des délits mineurs constituent une troisième voie
procédurale à côté des voies de poursuite et de classement sans suite. Il faut
d’ailleurs remarquer que la pratique judiciaire camerounaise comporte déjà des
germes de mesures d’évitement des poursuites pénales, ce qui commande que le
législateur les consacre convenablement dans son arsenal juridique.
Monsieur le Président du jury, Mesdames et Messieurs les membres du
jury ;
En ce qui concerne la seconde idée relative à la contribution de nos travaux
à la communautarisation du droit positif africain, nos réflexions montrent
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que le renforcement de cette communautarisation peut se faire soit par une plus
grande effectivité dudit droit communautaire, soit par sa meilleure interprétation
juridictionnelle.
Sur le premier point, Il faut relever que nos travaux envisagent de contribuer à
l’effectivité du droit communautaire africain en procédant à une appréciation du
degré d’application dudit droit dans un objectif de son amélioration. Nous avons
ainsi voulu participer, selon l’expression de GENY, à une meilleure
« réalisabilité » ou « praticabilité » des normes juridiques communautaires en
vue d’assurer leur pénétration efficace dans la vie sociale. Les exemples des
réflexions menées dans les ordres juridiques de l’OHADA, de l’OAPI et de la
CEMAC permettent de s’en convaincre.
D’abord, dans le droit communautaire OHADA, l’on a assisté à des reformes qui
ont pour but de renforcer l’effectivité de la norme OHADA. C’est ce qui est mis
en évidence dans la réflexion relative à « l’uniformisation des pratiques
comptables dans les secteurs non marchands par l’adoption de l’Acte uniforme
OHADA du 22 décembre 2022 relatif au système comptable des entités à but
non lucratif ». Nous avons montré comment cet Acte uniforme concourt à une
meilleure « réalisabilité » du droit comptable OHADA. C’est toujours dans cette
veine d’une plus grande réalisabilité du droit OHADA que la violation des règles
gouvernant les assemblées d’actionnaires est sévèrement sanctionnée par le juge.
C’est pour rendre compte de cette situation que nous avons initié une réflexion
sur "le contentieux des assemblées d’actionnaires en droit OHADA" dont le but
était de suggérer un perfectionnement des modalités de règlement d’un tel
contentieux en vue d’une meilleure application du régime desdites assemblées
d’actionnaires.
Ensuite, nos réflexions engagées dans le droit communautaire OAPI ont pour
but de contribuer à la bonne compréhension de ce droit en vue de son
application effective par ses utilisateurs. C’est la raison de notre ouvrage sur " le
droit des dessins et modèles industriels de l’Organisation Africaine de la
Propriété Intellectuelle" qui renseigne lesdits utilisateurs sur les mécanismes
permettant de profiter efficacement des atouts du design industriel. Et comme la
propriété intellectuelle possède un fort potentiel économique et financier, les
opérations d’acquisition et d’exploitation de cette forme de propriété se font très
souvent en violation des considérations éthiques. C’est dans le but d’évaluer la
garantie de cette éthique que nous avons mené une réflexion sur " la
préservation de l’éthique dans la titularité des droits sur les créations
intellectuelles des salariés en droit OAPI ". Il a été question ici de démontrer
comment le législateur OAPI procède à une optimisation de la conciliation des
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intérêts de l’employeur et du créateur salarié dans un but de préservation des
exigences éthiques.
Enfin, dans le droit communautaire CEMAC, nous avons observé qu’il existe
dans l’espace CEMAC un écart criard entre les standards en matière de
gouvernance d’entreprise et les pratiques réelles des conseils d’administration.
Ces derniers devraient s’approprier les règles de gouvernance afin d’être de
véritables instances au service de la performance des entreprises. Pour garantir
cet objectif, la COBAC doit exercer son pouvoir de contrôle et de sanction
conformément aux règles qui régissent son intervention disciplinaire. C’est la
raison de l’article intitulé « Halte au non-respect de la réglementation bancaire
par les conseils d’administration des établissements de crédit et la COBAC ! ».
Sur le second point relatif à notre contribution à l’interprétation
juridictionnelle du droit communautaire africain, il faut noter que la
jurisprudence joue un rôle important dans l’application du droit positif mais
surtout dans son amélioration. C’est dans cette veine que, conscient de l’utilité
de l’interprétation juridictionnelle dans l’évolution du droit positif africain, nous
avons participé en 2020 à la rédaction du Code bleu. Cette édition a contribué
non seulement à la vulgarisation de la jurisprudence, mais surtout à
l’amélioration des pratiques judicaires en vue du progrès du droit OHADA.
Notre participation à ce travail nous a permis de comprendre que, bien que la
CCJA joue un rôle important dans l’interprétation et l’évolution du droit
OHADA, des écueils persistent toute de même comme on peut le remarquer
avec la difficulté qu’a la CCJA de définir un régime juridique adapté au
« cautionnement avec affectation hypothécaire ». C’est le sens de notre réflexion
sur le « cautionnement hypothécaire à la lumière de la jurisprudence de la
CCJA ». Assez usité dans la pratique, le "cautionnement hypothécaire" peut, au-
delà des hypothèses prévues par l’article 22 de l’AUS et en raison de la liberté
contractuelle des parties, présenter d’autres figures qui appellent une
intervention de la CCJA pour en préciser le régime. Et comme la question du
régime juridique est inextricablement liée à celle de la nature juridique, nous
avons initié une réflexion sur les « interrogations autour du critère de
qualification juridique de l’association cautionnement et hypothèque par la
CCJA ». Dans ce travail, après avoir démontré que la qualification jusqu’ici
retenue par la CCJA est lacunaire, nous avons proposé les critères qui permettent
de qualifier la combinaison entre un engagement personnel et une sûreté réelle
immobilière.
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Les difficultés d’interprétation juridictionnelle du droit OHADA ne concerne pas
seulement la CCJA, mais également les juridictions internes aux Etats membres.
L’un des pays qui éprouve ces difficultés est la République Démocratique du
Congo. C’est la raison de l’ouvrage intitulé « Mise en œuvre du droit OHADA
en République Démocratique du Congo : dix années de contentieux de droit
OHADA émanant de la RDC dans la jurisprudence de la CCJA ». Résolument
pratique, cet ouvrage a pour objectif de faciliter le travail des praticiens
congolais en vue d’une meilleure application du droit OHADA en RDC.
Monsieur le Président du jury, Madame et Messieurs les membres du jury ;
Voilà sommairement présenté la synthèse de nos travaux de recherche de ces
dernières années qui nous confortent à l’idée que ceux-ci peuvent véritablement
contribuer à l’amélioration des droits en vigueur en Afrique.
Merci pour votre bienveillante attention.