Rev. méd. Madag.
2011;1(1):6-10
Article original
Hémorragies digestives hautes :
aspects cliniques, endoscopiques et évolutifs.
A propos d’une série de 62 patients malgaches
Upper gastrointestinal bleeding : clinical, endoscopic features and outcome.
Analysis of 62 patients from Madagascar
S.H. Razafimahefa (1)*, T.H. Rabenjanahary (1), R. Rakotozafindraibe (1),
A. Fidinarivo (1), R.M. Ramanampamonjy (1)
(1) Service de gastro-entérologie de l’hôpital Joseph RASETA Befelatanana, CHU Antananarivo, Madagascar.
Résumé
Introduction. Peu de données sont disponibles à Madagascar concernant les hémorragies digestives. L’objectif de cette étude est de
présenter les aspects épidémio-cliniques, endoscopiques et évolutifs des hémorragies digestives hautes.
Matériels et méthode. Une étude rétrospective, monocentrique, descriptive était réalisée. Nous avons analysé les dossiers de tous les
patients hospitalisés entre janvier 2007 et juin 2009 ayant présenté une hématémèse et/ou un méléna et ayant bénéficié d’une fibroscopie
digestive haute.
Résultats. Soixante deux patients étaient retenus pour cette étude. La moyenne d’âge des patients était de 45 ans (extrêmes: 20 et 85 ans),
le sex-ratio était de 3,42. Les principales lésions et les principales causes d’hémorragie digestive haute étaient les ulcères gastro-duodénaux
avec respectivement 35,60% des lésions retrouvées en endoscopie (26 cas) et 41,93% de toutes les causes (26 cas). La rupture de varices
œsophagiennes représentait la principale cause de mortalité (2 décès sur 3).
Conclusion. Cette étude confirme les résultats des différentes données de la littérature concernant les principales causes d’hémorragies
digestives hautes et les principales causes de mortalité. Ainsi, dans notre contexte, nous préconisons une attitude pragmatique en l’absence
de fibroscopie digestive haute. D’une part, chez tout patient cirrhotique, nous proposons un traitement prophylactique systématique par bêta-
bloquant. D’autre part, devant toute hémorragie digestive haute, nous insistons sur la mise en place d’un traitement systématique par inhibi-
teurs de la pompe à protons.
Mots clés: hémorragies digestives hautes, Madagascar
Abstract
Introduction. Data concerning upper gastrointestinal bleeding are scarce in Madagascar. The aim of our study was to describe clinical, endo-
scopic and outcome of upper gastrointestinal hemorrhage in a sample of patients from Madagascar.
Methods. A retrospective, descriptive study was conducted on the files of inpatients presenting with haematemesis and/or melena from Janu-
ary, 2007 to June 2009. All patients had undergone upper endoscopy.
Results. Sixty two patients were recorded. Mean age was 45 years (extreme: 20-85 years). Sex ratio was 3,42. Peptic ulcer was the most
frequent lesion encountered during endoscopy and the main cause of bleeding with respectively 35.60% (26 lesions) and 41.93% (26 cases).
Oesophageal variceal bleeding was the main cause of death (2 out of 3 cases of death).
Conclusion. Our study confirms previous data regarding causes and causes of death during upper gastrointestinal bleeding. In our country,
we suggest pragmatic care in the absence of upper endoscopy. Firstly, In case of cirrhosis, we recommend beta-blockers treatment as pro-
phylaxis of variceal bleeding. Secondly, we encourage the use of proton pomp inhibitors in all cases of upper gastrointestinal bleeding.
Keywords: Upper gastrointestinal bleeding , Madagascar
Introduction morragies digestives hautes sont peu connues [1]. A
Madagascar, à notre connaissance, en matière d’hé-
Les hémorragies digestives constituent une urgen- morragies digestives hautes, il n’existe que des des-
ce. Les données de la littérature africaine sur les hé- criptions de cas cliniques. [2,3]. La disponibilité de
* Auteur correspondant: S.H. Razafimahefa ([email protected]) ISSN 2222-792X / African Index Medicus
S.H. Razafimahefa et al.
données plus générales, telle la description de série de problème de disponibilité du matériel d’endoscopie.
patients permet d’établir une base de données qui Soixante deux patients étaient ainsi retenus. Une pré-
pourrait être améliorée et mise à jour. Une prise en dominance masculine était retrouvée (tableau 1) avec
charge codifiée pourrait ainsi être proposée notam- un âge moyen de 45 ans (extrêmes : 20 et 85 ans).
ment dans les structures de santé locales où l’endos-
copie digestive haute n’est pas toujours disponible. Le Tableau 1. Caractéristiques démographiques et cliniques de la
but de notre étude est de présenter les aspects épidé- population d’étude
mio-cliniques, endoscopiques et évolutifs des hémorra-
Paramètres Résultats
gies digestives hautes dans un échantillon de popula-
tion malgache. Age
Moyen 45 ans
Extrêmes 20- 85 ans
Matériels et méthodes Genre
Masculin 48 (77,42%)
Le recrutement concernait les patients de plus de Féminin 14 (22,58%)
15 ans, hospitalisés de façon consécutive dans le ser- Sex-ratio 3,42
vice d’hépato-gastro-entérologie du centre hospitalier Facteurs déclenchant
Befeletanana pendant 30 mois (Janvier 2007 à Juin Oui 5 (7,6%)
2009). L’étude était monocentrique, descriptive, rétros- Non 18 (28,26%)
pective. Indéterminé 39 (64,13%)
Etaient inclus tous les patients ayant présenté une Comorbidités
hématémèse et/ou un méléna. Les patients n’ayant Présents 28 (45,16%)
pas bénéficié d’endoscopie digestive haute étaient ex- Absents 34 (54,83%)
clus. Au cours de la présente étude, la recherche d’He- Déglobulisation
licobacter pylori n’était pas réalisée. Oui 32 (51,61%)
Notre travail a analysé les paramètres démographi- Non 30 (48,39%)
ques (âge et genre), les caractéristiques cliniques Mauvaise tolérance
(facteurs déclenchant, comorbidités, causes de l’hé- hémodynamique
morragie, hémodynamique), le taux d’hémoglobine, les Oui 13 (20,97%)
données endoscopiques ainsi que le profil évolutif de Non 49 (79,03%)
ces hémorragies digestives.
Les facteurs déclenchant comprenaient la prise Les ulcères gastro-duodénaux représentaient les lé-
d’anti-inflammatoire et/ou d’anticoagulant précédant sions les plus fréquemment décrites à l’endoscopie (26
l’hospitalisation. Les comorbidités étaient représentées soit 35,60% de toutes les lésions) (tableau 2). Ils re-
par un diabète, une cardiopathie, une maladie respira- présentaient également les causes d’hémorragies di-
toire, une pathologie rénale chronique, une pathologie gestives hautes les plus fréquentes (26 soit 41,93% de
hépatique et un éthylisme. Une mauvaise tolérance toutes le causes) (figure 1).
hémodynamique était définie par une fréquence car-
diaque supérieure à 100 battements par minute et une Tableau 2. Résultats endoscopiques
pression artérielle systolique inférieure à 100 mmHg.
L’évolution correspondait soit à une sortie, soit à un Résultats (n= 73) N (%)
décès, soit à un transfert en service de chirurgie ou en Ulcère duodénal 23 (31,50%)
service de réanimation. Normal 16 (21,91%)
Gastrite et duodénite 11 (15,06%)
Résultats Œsophagite peptique 7 (9,58%)
Varices œsophagiennes 6 (8,21%)
Les hémorragies digestives représentaient 3,13% Syndrome de Mallory- Weiss 3 (4,10%)
des admissions dans le service de gastro-entérologie. Ulcère gastrique 3 (4,10%)
Quatre vingt douze patients étaient inclus dans cette Cancer gastrique 2 (2,73%)
étude. Trente d’entre eux n’avaient pas accès à l’en- Angiodysplasies 1 (1,36%)
doscopie en raison de difficultés financières et/ou de Endobrachyoesophage 1 (1,36%)
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UGD: ulcères gastro-duodénaux; RVO: rupture de varices oesophagiennes; EBO: endobrachyoesophage.
Figure 1. Répartition des causes d’hémorragies digestives hautes.
En analysant l’évolution selon des différentes causes Cette situation souligne l’importance de la bonne tenue
d’hémorragie digestive, il est apparu que la rupture de des dossiers médicaux et l’importance d’un registre
varice œsophagienne représentait la principale cause des patients en fonction des pathologies.
de mortalité (2 décès sur 3) (tableau 3). L’endoscopie avait mis en évidence une ou plu-
sieurs lésions potentiellement hémorragiques dans
Discussion 78,08% des cas (57/73). Cependant, l’origine du sai-
gnement ne pouvait être affirmée que dans 61,29 %
Cette étude sur les hémorragies digestives hautes des cas (38/62). Le taux de diagnostic déterminé était
relate une prédominance masculine des patients. Les voisin de celui retrouvé par Kodjoh et al. [4] (65,45%)
ulcères gastro-duodénaux représentaient les principa- et par Zaltman et al. [11] (75,6%). La rentabilité dia-
les causes d’hémorragie digestive haute. La rupture de gnostique était plus élevée dans d’autres études com-
varices œsophagiennes était responsable du décès de me celle de Slim et al. [12] avec une efficacité de
2 patients sur 3. 94,8% et Czernichow et al. [13] qui retrouvaient jus-
L’âge moyen de survenue des hémorragies digesti- qu’à 92% d’efficacité. D’une part, cette situation peut
ves dans notre étude (45 ans) est superposable à celui s’expliquer par le retard pris dans la réalisation de
des différentes études africaines [4-6]. Tandis que l’examen endoscopique pour certains de nos malades,
dans les séries européennes, on retrouve un âge plus du fait des difficultés financières des patients. En effet,
avancé [7,8]. En effet, au vieillissement de la popula- dans notre pays, le système de santé repose sur la
tion européenne, s’ajoutent différentes comorbidités et participation financière des patients. D’autre part, elle
la prise de médicaments gastro-toxiques incluant les peut résulter de la défaillance de notre matériel endos-
anti- inflammatoires non stéroïdiens qui favorisent la copique.
survenue des hémorragies digestives [1,8]. Les ulcères gastro-duodénaux représentaient les
La prédominance masculine des hémorragies di- causes les plus fréquentes dans notre étude. Le même
gestives est classique [4,9,10]. La prise de médica- résultat est retrouvé dans de nombreuses études, afri-
ments gastro-toxiques n’était retrouvée dans notre étu- caines et occidentales [13-16]. La différence repose
de que dans 7,60% des cas (5 patients). Dans la plu- cependant dans leurs étiologies. En Afrique, l’étiologie
part des cas, cette notion n’était pas disponible tandis des UGD est dominée par l’infection à Hp. Bien que la
que dans l’étude Kodjoh et al. [4] elle était notée chez recherche d’Hp n’ait pas été réalisée dans cette étude,
45,45% des patients. Cette différence pourrait provenir il est fort probable que la plupart des ulcères diagnosti-
du caractère rétrospectif de notre étude. L’étude pre- qués soient secondaires à une infection par Hp. En
nait en compte uniquement les données disponibles. effet, une étude antérieure réalisée dans le même ser-
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vice avait retrouvé une séroprévalence de l’infection à ces œsophagiennes est plus élevé. Par ailleurs, l’hé-
Hp de 82% chez l’adulte [17]. La littérature rapporte morragie digestive est plus grave chez le cirrhotique
que les hémorragies digestives sont 4 à 10 fois plus comparativement aux patients non cirrhotiques [1].
fréquentes chez les patients infectés par Hp par rap- Une étude malgache sur les causes de mortalité chez
port aux patients non infectés. Dans les pays occiden- les cirrhotiques a d’ailleurs révélé que l’hémorragie
taux, les AINS sont les plus pourvoyeurs d’UGD [1,8]. digestive constitue un facteur prédictif de mortalité
En effet, la population est plus âgée et on retrouve une chez le cirrhotique [19].
prise d’aspirine à faible dose au long cours. De plus,
les AINS sont fréquemment utilisés en raison de sa Conclusion
propriété antalgique [18].
Nous avons retrouvé un taux important de causes Cette étude a permis de déterminer la prévalence
indéterminées (38,7%). Ceci s’explique par le fait que, des hémorragies digestives hautes observées au sein
les lésions retrouvées lors de l’examen endoscopique d’un service de gastro-entérologie à Madagascar. Les
ne sont pas obligatoirement responsables d’hémorra- ulcères gastroduodénaux, représentaient les principa-
gie digestive [1] ou bien que, la fibroscopie digestive les causes d’hémorragies digestives hautes. La rupture
haute était revenue normale. Le fait que 79,03% de de varices œsophagiennes constituaient la principale
nos patients (49 patients) n’avaient pas présenté de cause de mortalité. Ainsi dans notre pays, en l’absence
signes de mauvaise tolérance est probablement lié au de fibroscopie digestive haute, nous insistons sur l’im-
jeune âge ainsi qu’à la rareté de tares viscérales dans portance de la prévention de ces ruptures de varices
notre population d’étude. œsophagiennes en instaurant précocement un traite-
Tableau 3 : Evolution selon les différentes causes
Sortie (n= 55) Décès (n=3) Transfert (n=2) Sortie sur sa demande
Causes
N (%) N (%) N (%) (n=2) N (%)
UGD 23 (88,46%) - - 2 (7,69%)
Gastrite et/ou duodénite 3 (100%) - - -
Rupture de varices oeso- 1 (25%) 2 (50%) 1 (25%) -
phagiennes(VO)
Endobrachyoesophage 1 (100%) - - -
Cancer gastrique 1 (50%) - 1 (50%) -
Malformation vasculaire 1 (100%) - - -
Mallory Weiss 1 (100%) - - -
UGD, Mallory Weiss 1 (100%) - - -
Indéterminée 23 (95,83%) 1 (4,16%) - -
Concernant l’évolution des hémorragies digestives ment préventif par béta- bloquant chez tout cirrhotique,
dans notre série, il est apparu que la rupture de vari- en respectant les contre-indications. Par ailleurs, nous
ces œsophagiennes a un pronostic effroyable. En ef- préconisons l’administration systématique, d’inhibiteurs
fet, sur les 4 patients ayant présenté une rupture de de la pompe à protons chez tout patient présentant
varice œsophagienne, 2 sont décédés. Il est classique- une hémorragie digestive haute.
ment décrit que le taux de mortalité par rupture de vari-
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S.H. Razafimahefa et al.
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