DISSERTATION
Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne
SUJET : Dans son essai Des femmes rebelles, l’historienne Michelle Perrot affirme au sujet
d’Olympe de Gouges : « L’écriture fut pour elle surtout instrumentale, un cri protestataire,
véhément. Elle avait le talent du manifeste. » En quoi la Déclaration des droits de la femme et
de la citoyenne d’Olympe de Gouges peut-elle être considérée comme un texte engagé ?
Vous répondrez à cette question en vous appuyant sur votre connaissance de l’œuvre de Olympe
de Gouges, mais aussi sur les autres extraits proposés dans le parcours « écrire et combattre
pour l’égalité » ainsi que sur votre culture et vos lectures personnelles.
Introduction :
L’engagement et le combat des intellectuels pour la reconnaissance des femmes comme
égales des hommes ne naît pas au XVIIIe siècle. Nous pouvons songer à des figures comme
Christine de Pizan au Moyen-Age ou encore Louise Labé au XVIe siècle qui ouvrirent la voie
à Olympe de GOUGES. Cependant quand celle-ci, en 1791, propose à l’Assemblée Nationale
sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, complémentaire de La déclaration des
droits de l’homme et du citoyen adoptée en août 1789, elle s’inscrit dans un mouvement plus
large et qui ne s’arrêtera pas avec le siècle. Dans ce texte fondateur, elle met en avant les droits
et les devoirs des femmes, et appelle avec conviction à la reconnaissance de l’égalité entre les
sexes. C’est ce que souligne Michelle Perrot, dans son essai Des femmes rebelles, à propos
d’Olympe de Gouges : « L’écriture fut pour elle surtout instrumentale, un cri protestataire,
véhément. Elle avait le talent du manifeste. » Les termes « cri protestataire, véhément » et
« manifeste » insistent sur l’aspect virulent et polémique de cette écriture qui se veut avant tout
« instrumentale », c’est-à-dire engagée pour défendre une cause dans la société de son époque.
Dès lors, il est légitime de s’interroger : En quoi la Déclaration des droits de la femme et de la
citoyenne d’Olympe de Gouges peut-elle être considérée comme un texte engagé ? En quoi le
texte d’OG prend-il position dans l’actualité de son époque pour défendre une cause ? (ou
en quoi la DDFC, grâce au style littéraire d’OG, constitue-t-elle une redoutable stratégie
argumentative alliant l’efficacité de la parole et la puissance de l’écrit ?) Nous verrons donc
d’abord que l’engagement de cette autrice passe par la mise en avant d’un débat nettement
réactivé à la fin du XVIIIe siècle : celui de l’égalité entre citoyens et citoyennes. Nous
observerons ensuite l’originalité de la démarche d’Olympe de Gouges et son efficacité.
I) L’engagement d’OG passe par son implication dans un débat de société réactivé au
XVIIIe siècle : celui de l’égalité entre citoyens et citoyennes
Questions pour vous guider :
A) Quels groupes sociaux sont défendus dans La déclaration des droits de la femme et de
la citoyenne ? Quelles inégalités critique-t-elle ?
B) Quel rôle les hommes jouent-ils dans ces inégalités ? comment sont-ils présentés ?
C) Quels éléments indiquent que l’autrice fait référence aux événements de son temps ? En
quoi peut-on dire qu’elle s’inscrit dans les débats politiques et sociaux qui agitent cette
époque ? Citez d’autres œuvres engagées.
1) De nombreuses inégalités critiquées
Dans la DDFC, nous constatons qu’Olympe de Gouges prend la défense de toutes les
minorités de son époque. Son soutien va d’abord aux femmes, qu’elles soient pauvres
ou riches. Elle critique notamment le fait que celles-ci n’ont pas accès aux mêmes droits
que les hommes ; elle déplore ainsi leur impossibilité d’exercer un emploi public (article
V), alors même qu’elles ont « part à toutes les corvées, à toutes les tâches pénibles »
(article XIII). De même, elle met en avant le refus qui leur est fait de « monter à la
tribune » (article X), c’est-à-dire de prendre part à la vie politique du pays et d’exprimer
librement leur opinion, même si elles peuvent être guillotinées. Par ailleurs, Olympe de
Gouges met l’accent sur l’absence d’indépendance financière de la femme, qui l’oblige
à dépendre de son mari ou de son père, ou peut la conduire à la pauvreté, si elle se voit
abandonnée. Si Olympe de Gouges défend avant tout les femmes, elle s’engage aussi
en faveur des « hommes de couleur » et souligne le caractère inhumain de leur statut.
Elle critique l’absence de compassion des colons, prêts à mettre en esclavage des
hommes qui sont aussi « [leurs] pères et [leurs] frères ». Cette injustice frappante en
termes d’accès à l’égalité et à la liberté est pour elle révoltante, car elle va à l’encontre
de la « main divine » et de la nature, ce qui la rend d’autant plus horrible.
2) Un réquisitoire ou un « cri protestataire, véhément » contre les hommes :
Olympe de Gouges désigne les hommes comme les principaux responsables de ces
inégalités : elle fait d’eux des despotes conduits par leur cupidité et leur ambition. Dès
le début de son texte, Olympe de Gouges met en avant leur injustice et souligne combien
l’inégalité qu’ils favorisent n’est pas naturelle, mais est le fruit de « l’ignorance la plus
crasse ». Il s’agit ainsi de mettre en lumière leur responsabilité dans la construction de
cette société inégalitaire qui, par le biais des institutions et des lois, dénie aux femmes
leurs droits fondamentaux. Les malheurs de la société étant dus, selon Olympe de
Gouges à « l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de la femme », c’est donc au
sexe masculin qu’elle adresse ce reproche avant tout.
3) Une œuvre ancrée dans son époque/ Une œuvre des Lumières :
Olympe de Gouges fait référence à l’actualité de son époque à de nombreuses reprises
dans sa Déclaration et exprime clairement son opinion. En particulier, dans la dédicace
à la reine, elle rappelle la nécessité pour le peuple de rester uni et solidaire de manière
à protéger la patrie de la menace des monarchies voisines. De même, en s’adressant à
l’Assemblée nationale, elle revient sur les acquis de la Révolution en rappelant les
principes solennels de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen d’août 1789,
et la nécessité d’étendre ces droits aux citoyennes françaises. Olympe de Gouges
s’inspire des principes des Lumières et notamment du droit à la liberté, lorsqu’elle
insiste sur le fait que la loi seule peut fixer les limites à la liberté, si celle-ci « dégénère
en licence », et qu’elle doit être la même pour tous. Olympe de Gouges fait aussi
référence à un décret de mai 1789 en faveur des « hommes de couleur ». Or, son
plaidoyer n’est pas sans rappeler les thèses anti-esclavagistes, développées au XVIIIe
siècle par Voltaire dans le conte philosophique Candide.
II) L’engagement d’OG passe aussi par une démarche argumentative originale
Questions pour vous guider :
A) En quoi le texte de O De GOUGES vise-t-il à devenir officiel ? Comment défend-elle
les mesures politiques qu’elle réclame ? Montrez notamment qu’elle s’appuie sur des
arguments rationnels
B) Dans quelle mesure le tableau de la condition féminine est-il aussi marqué par la tonalité
pathétique. Quels procédés pour attire la sympathie du lecteur, y compris dans les
reproches faits aux femmes ?
C) Quel est, pour l’auteure, l’objectif final de sa défense du droit des femmes et de ceux
des minorités ? En quoi les différentes stratégies évoquées servent-elles ce but ?
1) Un texte engagé qui vise à devenir officiel : la portée politique (= Logos)
En s’adressant à la reine et à l’Assemblée nationale, Olympe de GOUGES cherche à
légitimer sa Déclaration en lui conférant une portée politique, ce qui renforce évidemment le
caractère engagé de ce texte. Le choix d’un vocabulaire juridique précis et le fait de réécrire un
texte officiel La déclaration des droits de l’homme et du citoyen, adoptée en août 1789 par
l’Assemblée Nationale, participent de cette visée. Et à cet égard sa déclaration n’a pas
d’équivalent à son époque. Par ailleurs, l’autrice cherche à convaincre avec des arguments
méthodiquement construits et rationnels pour défendre les nouvelles mesures qu’elle propose :
elle veut faire rationnellement valoir les libertés des femmes. Nous pouvons en effet constater
que la plupart des articles de la Déclaration établissent un fait, puis ses conséquences logiques,
comme par exemple dans l’article 10 « La femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit
avoir également celui de monter à la tribune ». En d’autres termes, si le constat de départ est la
possibilité d’être guillotinée (et on sait que c’est ce qui arrivera à l’autrice), la conséquence est
donc la possibilité de pouvoir débattre publiquement de ses opinions. La pensée démonstrative
et logique est ici à l’œuvre et sert l’engagement.
2) Une description de la condition des femmes à la fois complète et pathétique (=
Pathos)
Mais Olympe de Gouges sait aussi jouer sur la sensibilité des lecteurs et elle offre une
description de la condition des femmes à la fois complète et pathétique. Cette tonalité lui permet
de s’engager fortement en vue d’une prise de conscience et d’un changement de société, en
s’attirant la sympathie du lecteur. Elle donne en particulier deux raisons aux difficultés
rencontrées par les femmes : d’une part celles-ci sont dépendantes financièrement de leur mari
ou de leur père et, juridiquement, elles sont peu protégées face aux caprices des hommes. Elle
relève par exemple : « s’il est riche, il se croira dispensé de partager sa fortune avec ses nobles
victimes. Si quelque engagement le lie à ses devoirs, il en violera la puissance en espérant tout
des lois ». L’autrice montre que ces difficultés touchent toutes les couches de la société et tous
les âges puisque même la femme riche peut perdre ses privilèges dès lors que son mari ou son
amant la quitte. Le parallèle établi avec les esclaves des colonies lui permet d’amener le lecteur
à prendre en pitié ces femmes, qui n’ont aucune liberté et sont les jouets des hommes et du
regard de la société. Même la position des femmes de pouvoir est rendue peu enviable, car elles
ne peuvent exister au sein de la sphère politique et sociale que par la ruse et la séduction. En
présentant l’ensemble de ses concitoyennes comme des victimes de la société et de l’injustice
des hommes, OG développe donc une démarche argumentative originale, qui vise à la fois à
dresser un tableau complet de la condition féminine, et à amener le lecteur à prendre en pitié le
sexe féminin pour défendre à son tour l’égalité des sexes.
3) Une visée universelle : mobiliser et toucher le public le plus large possible
Enfin, OG tente de donner à son texte la force d’un « manifeste » et un tour universel.
Pour l’autrice, la défense des droits des femmes et de ceux des minorités a une grande utilité
pour la société puisqu’elle est censée permettre la paix et l’harmonie sociale au sein du pays :
« le bonheur de tous ». En ce sens les trois propositions circonstancielles de but du Préambule
énoncent d’emblée tous les avantages attendus de cette Déclaration : le bien-être de tous et la
paix au sein de la société. L’égalité des sexes entraînerait donc une restauration des mœurs,
elle-même entraînant une nouvelle prospérité pour le pays. Pour développer cette thèse
audacieuse et originale, l’auteure choisit de s’appuyer sur des arguments à la fois rationnels et
émotionnels, ainsi que sur des formes de textes variés dans un style hétérogène : son texte tient
à la fois du discours, du pamphlet, du texte juridique, mais aussi de l’anecdote parfois très
personnelle dans des registres de langue variés. En outre, elle s’adresse à différents
destinataires : la reine, les hommes, les femmes. C’est ainsi qu’Olympe de Gouges s’engage et
fait avancer le débat. Elle veut à la fois convaincre et toucher le plus de monde : de fait, il s’agit
de montrer méthodiquement que cette inégalité est contraire au simple bon sens et aux droits
humains universels, mais aussi de souligner combien la condition des femmes est injuste et
révoltante.
Conclusion partielle : Il faut souligner l’originalité de la démarche de O de G qui passe par
la tête et le cœur de ses lecteurs pour démontrer combien l’inégalité des sexes est contraire au
bon sens et aux droits humains universels.
Conclusion :
En somme, nous avons donc pu démontrer en quoi Olympe de Gouges a fait de la DDFC
un véritable instrument argumentatif lui permettant de prendre position dans l’actualité de son
époque pour défendre activement une cause. Dans son texte, elle exprime sa position avec force
et conviction. Par le biais d’une argumentation originale et qui a marqué les générations qui ont
suivi cette figure emblématique du féminisme, elle a réclamé la reconnaissance officielle d’un
même droit à la liberté et à l’égalité pour les deux sexes. Il paraît donc tout à fait pertinent
d’affirmer qu’il s’agit d’un texte engagé. Le débat sur l’égalité entre les sexes est d’actualité à
la fin du XVIIIe siècle dans le contexte des Lumières et de la Révolution et nous pouvons songer
à l’Anglaise Mary Wollstonecraft, autre pionnière du féminisme, qui fit paraître en 1792 un
texte essentiel dont le titre est programmatique : Défense des droits des femmes qui réclamait
le droit à l’éducation comme levier de l’émancipation. Simone de Beauvoir, Annie Ernaux ou
Gisèle Halimi, au XXe siècle, se montreront les dignes héritières de ces pionnières.
I) L’engagement d’OG passe par son implication dans un débat de société réactivé
au XVIIIe siècle : celui de l’égalité entre citoyens et citoyennes
1) De nombreuses inégalités critiquées
2) Un réquisitoire ou un « cri protestataire » contre les hommes
3) Une œuvre ancrée dans son époque/ Une œuvre des Lumières
II) L’engagement d’OG passe aussi par une démarche argumentative originale
1) Un texte engagé qui vise à devenir officiel : la portée politique (= Logos)
2) Une description de la condition des femmes à la fois complète et pathétique (=
Pathos)
3) Une visée universelle : mobiliser et toucher le public le plus large possible