Introduction
En 2000, les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), adoptés par 192 États, visaient à
améliorer les conditions de vie dans les pays en développement (PED) d'ici 2015. En 2015, les
Objectifs de Développement Durable (ODD) ont pris le relais avec 17 objectifs et 169 cibles à
atteindre d'ici 2030, intégrant le développement durable. Toutefois, des défis financiers subsistent
pour les PED. L’économie du développement, née avec l'article de Paul Rosenstein-Rodan (1943), a
évolué : dans les années 1950, un optimisme quant au potentiel de croissance des PED prévalait,
mais les difficultés rencontrées dans les années 1960 et 1970 ont mené à un pessimisme. Depuis les
années 1980, une pensée libérale a resurgi, axée sur le marché, la libéralisation et le libre-échange,
influencée par des théoriciens de la croissance endogène et les aspects institutionnels. Pour décrire
les PED, les termes évoluent vers « pays en développement » pour refléter un processus de
progression, en remplacement de « pays sous-développés ».
Un pays en développement est défini selon le Revenu National Brut (RNB) par habitant, utilisé par la
Banque Mondiale pour classer les économies. En 2017, les pays sont classés ainsi : faible revenu (995
dollars ou moins), revenu intermédiaire inférieur (996 à 3 895 dollars), revenu intermédiaire
supérieur (3 896 à 12 055 dollars), et revenu élevé (12 055 dollars ou plus). Les pays en
développement regroupent les pays à faible et revenu intermédiaire, se distinguant par une grande
diversité d'institutions, cultures, et histoires. William Easterly souligne cette complexité, en notant
des trajectoires variées : civilisations anciennes (comme la Chine et l'Inde), nations africaines
marquées par l'esclavage et le colonialisme, inégalités en Amérique latine, et divers pays islamiques
et nouvellement créés.
Un pays en développement est défini selon le Revenu National Brut (RNB) par habitant, utilisé par la
Banque Mondiale pour classer les économies. En 2017, les pays sont classés ainsi : faible revenu (995
dollars ou moins), revenu intermédiaire inférieur (996 à 3 895 dollars), revenu intermédiaire
supérieur (3 896 à 12 055 dollars), et revenu élevé (12 055 dollars ou plus). Les pays en
développement regroupent les pays à faible et revenu intermédiaire, se distinguant par une grande
diversité d'institutions, cultures, et histoires. William Easterly souligne cette complexité, en notant
des trajectoires variées : civilisations anciennes (comme la Chine et l'Inde), nations africaines
marquées par l'esclavage et le colonialisme, inégalités en Amérique latine, et divers pays islamiques
et nouvellement créés.
Le développement est une notion qualitative et relative qui va au-delà de la simple croissance
économique, visant le bien-être de la population via des changements démographiques, sociaux et
mentaux. Il se distingue de la croissance du PIB/habitant et s'intègre dans des comparaisons
internationales, notamment avec le sous-développement. Selon François Perroux, il se traduit par
des changements sociaux et économiques pour augmenter la production, tandis qu’Amartya Sen
propose une vision axée sur l’expansion des libertés réelles, où le développement permet à chacun
de choisir son mode de vie. Cette approche met l’accent sur les capabilités, l’intervention des
institutions publiques, et la transmission des capacités pour le développement durable, valorisant
démocratie, éducation et santé pour un enrichissement durable de la population.
La décroissance prône une réduction contrôlée de la croissance économique, visant une
transformation des modèles de consommation et de production pour assurer un avenir durable.
Influencés par le Club de Rome et Nicholas Georgescu-Roegen, les partisans de la décroissance,
comme Serge Latouche, dénoncent la non-durabilité d'une croissance excessive qui épuise les
ressources naturelles. Latouche propose des solutions telles que la relocalisation, la lutte contre
l'obsolescence programmée, la réduction du temps de travail et la valorisation de la vie sociale.
La croissance économique et le développement sont distincts, mais interconnectés : la croissance
fournit les ressources pour développer des infrastructures, tandis que le développement (via la santé
et l'éducation) stimule la croissance, selon les théories de la croissance endogène. Les Trente
Glorieuses illustrent cette dynamique, bien que marquées par des insatisfactions sociales malgré
l'aisance matérielle. Enfin, Kahneman et Deaton montrent que des revenus élevés aux États-Unis
augmentent la satisfaction de vie mais ne garantissent pas le bonheur, différenciant ainsi bien-être
émotionnel et évaluation de la vie.
La pauvreté est définie par diverses approches. L'approche monétaire distingue la pauvreté absolue
(basée sur un seuil fixe, comme 1,90 $/jour en parité de pouvoir d'achat selon la Banque mondiale)
et la pauvreté relative (calculée en fonction du revenu médian, souvent 50 % ou 60 % de ce revenu).
En France, le seuil est fixé à environ 846 ou 1 015 euros selon les données de 2015. L'approche de la
pauvreté humaine inclut des besoins sociaux essentiels comme la santé et l'éducation. D'autres
visions, comme celle de Simmel, perçoivent la pauvreté comme une exclusion sociale et une
construction sociale définie par le besoin d'assistance.
B. La difficile mesure du développement et de ses différents aspects
L'Indice de Développement Humain (IDH), créé en 1990 par le PNUD, est un indice composite
évaluant le développement des pays pour faciliter les comparaisons mondiales. Il combine trois
dimensions : le niveau de vie, l'espérance de vie, et le niveau d'éducation, chacun mesuré par des
indicateurs spécifiques depuis 2010. L'IDH, compris entre 0 et 1, indique un niveau de
développement plus élevé à mesure qu'il se rapproche de 1.
L'Indice Sexospécifique de Développement Humain (ISDH), introduit en 1995 par le PNUD, évalue les
inégalités entre hommes et femmes, particulièrement marquées dans de nombreux pays en
développement. L'ISDH ajoute une pénalité pour les disparités de genre en appliquant un
"coefficient d’aversion pour l’inégalité". Il mesure l’égalité dans les trois dimensions de l'IDH (niveau
de vie, espérance de vie, éducation) pour chaque genre et intègre cette pénalité pour un indice final.
Par exemple, au Pakistan, l'espérance de vie des femmes est inférieure à celle des hommes, un fait
rare, reflétant des conditions sanitaires précaires.
Les "capabilités" d'Amartya Sen sont évaluées par l’Indice de Pauvreté Humaine (IPH), mesurant la
santé, les conditions de vie, et l’éducation. Plus l'IPH est élevé, plus le pays est pauvre. L'IPH-1, pour
les pays en développement, se concentre sur l’accès à l’eau, à la santé, au savoir, et la longévité.
L'IPH-2, pour les pays développés, évalue la pauvreté à travers le taux de pauvreté, l’illettrisme, la
probabilité de décès avant 60 ans, et le chômage de longue durée, intégrant ainsi la dimension
d'exclusion sociale.
L'Indice de Pauvreté Multidimensionnelle (IPM), développé par Sabina Alkire en 2010, évalue la
pauvreté via dix indicateurs couvrant la santé (malnutrition, mortalité infantile), l’éducation (années
d’études, scolarisation), et le niveau de vie (accès à l’énergie, eau, assainissement). Bien que des
aspects comme le travail ou la liberté politique soient aussi importants, ils sont exclus par manque
de données fiables. L'IPM permet de repérer les causes principales de la pauvreté, ciblant mieux les
priorités d'action. Selon cet indice, l’Asie du Sud et l'Afrique sub-saharienne concentrent la majorité
des populations pauvres.
Les indices de satisfaction, de bonheur et de valeurs humaines mesurent le bien-être au-delà de la
simple richesse, mais le paradoxe d'Easterlin souligne que l'augmentation des revenus n'entraîne pas
toujours plus de bonheur. En conséquence, on pourrait considérer l’espérance de vie comme un
indicateur synthétique, car elle est liée au revenu par tête et aux indicateurs sociaux, reflétant
globalement les progrès humains réalisés dans plusieurs domaines essentiels.
C. Les freins au développement
1. Communs à tous les pays en développement (PED)
Les défis économiques des pays en développement sont enracinés dans la colonisation, la
dépendance aux ressources primaires, et une gouvernance fragile. La colonisation a instauré des
économies basées sur l’exportation, réduisant l’agriculture vivrière et limitant l’industrialisation. Ces
pays subissent également une dépendance au commerce international avec des prix volatils des
matières premières, ainsi qu'une dépendance technologique et alimentaire, obligeant souvent
l’importation de produits de base. La faible capacité d’investissement de l’État, exacerbée par des
recettes fiscales insuffisantes et une inflation fréquente (parfois induite par le seigneuriage), entrave
le développement des infrastructures et des services publics. La corruption et le secteur informel se
sont ainsi développés, renforçant le lien entre pauvreté et inefficacité économique.
2. Spécificités locales
L'Afrique souffre de fragmentations ethniques, souvent exacerbées par les frontières coloniales,
rendant la cohabitation et les élections difficiles, car les votes sont influencés par l'appartenance
ethnique plutôt que par les idées politiques. Le continent présente un faible niveau
d’industrialisation, une agriculture peu productive, et un marché du travail inégal et marqué par le
sous-emploi, alimentant l'exode rural vers des quartiers précaires urbains et le secteur informel. En
Inde, le système de castes et de dots perpétue des inégalités de genre et de classe, renforçant les
barrières sociales.
D. Conséquences du développement
1. Sur les inégalités
La courbe de Kuznets, formulée par Simon Kuznets en 1955, illustre une relation en U inversé entre
le PIB par habitant et les inégalités de revenu. Initialement, les inégalités augmentent avec
l'industrialisation, avant de se réduire grâce à la réallocation de la main-d'œuvre vers des secteurs
plus productifs. Cependant, cette théorie est critiquée : certains pays, comme Taïwan et la Corée du
Sud, ont connu une croissance rapide avec une réduction des inégalités. Selon Thomas Piketty, les
baisses d’inégalités observées résultent davantage de facteurs historiques spécifiques (comme la
création d'impôts progressifs) que de mécanismes économiques naturels. Par conséquent, une
réduction des inégalités peut nécessiter des politiques de redistribution, contestée dans les années
1970-1980 mais reconnue aujourd’hui comme potentiellement bénéfique pour la croissance.
2. Sur l’environnement
La courbe environnementale de Kuznets, définie par Grossman et Krueger (1994), montre la relation
entre le revenu par habitant et la pollution : la pollution augmente initialement avec la croissance du
revenu, atteint un pic, puis diminue. Cela reflète une évolution des priorités, car au-delà des besoins
primaires (inspirés de la pyramide de Maslow), l’intérêt pour la qualité environnementale s'accroît.
Cependant, cette théorie est partiellement vérifiée : bien que la pollution de l’air puisse baisser avec
la richesse, d'autres indicateurs comme l’empreinte écologique montrent une hausse continue.
E. Etat des lieux des inégalités (de revenus)
Les inégalités internationales se réfèrent aux écarts de revenus moyens entre pays, mesurés par le
PIB par habitant en parité de pouvoir d'achat (PPA), sans tenir compte des inégalités internes au sein
des pays. Les inégalités internes concernent les différences de revenus parmi la population d'un
pays, souvent mesurées en déciles.
L'inégalité mondiale combine à la fois les inégalités internationales et internes, évaluant les écarts de
revenus entre les citoyens du monde entier. Selon François Bourguignon et Christian Morisson
(2001), les inégalités internationales représentent 60 à 80 % de l'inégalité mondiale. Depuis 1820,
ces inégalités ont diminué, tandis que les inégalités internes ont légèrement augmenté, montrant
qu'il n'y a pas eu de rupture majeure dans l'inégalité mondiale depuis les années 1980, malgré la
mondialisation.
Cependant, des critiques existent, comme celles d'Arne Melchior (2001), qui ont observé une
tendance à la baisse des inégalités internationales entre 1965 et 1997, surtout due à la forte
croissance de la Chine. L'analyse des inégalités dépend également de la manière dont les pays sont
représentés dans les échantillons, que ce soit par observation unique ou en tenant compte de leur
poids démographique
A. Le vol des oies sauvages de Kaname Akamatsu (1935)
Le modèle du « vol des oies sauvages » de Kaname Akamatsu (1935) décrit le développement
industriel progressif d'un pays peu développé (PED) et son intégration dans le commerce
international en trois étapes :
1. Exportation de matières premières et importations de produits manufacturés : Le PED dépend des
importations des pays développés pour satisfaire sa demande intérieure de biens manufacturés.
2. Substitution aux importations : La demande intérieure croît, permettant une production locale de
biens manufacturés. Le pays réduit ses importations de produits finis, tout en important davantage
de biens d’équipement nécessaires à son industrie.
3. Expansion des exportations : Le pays exporte ses produits manufacturés vers des PED voisins et
commence à produire des biens d’équipement pour l’export.
Limites : Ce modèle est descriptif et ne précise pas comment un pays passe d’une étape à l’autre,
négligeant les obstacles et les effets de seuil.
B. La prise en compte des effets de seuil du développement
Certains pays peinent à se développer en raison de « trappes de pauvreté » basées sur des effets de
seuil qui bloquent l’essor économique. Ces seuils concernent divers aspects comme les revenus,
l’espérance de vie ou la capacité d’épargne. Par exemple, des familles ne peuvent investir en santé
ou éducation qu’au-delà d’un certain revenu, comme le montre Gary Becker (1964).
La théorie du cercle vicieux de la pauvreté de Ragnar Nurkse (1953) décrit comment le faible revenu
engendre de faibles niveaux d’épargne et d’investissement, limitant la productivité et donc
maintenant les revenus à des niveaux bas. Les PED restent alors prisonniers d'une demande et d'une
épargne insuffisantes.
Pour rompre ces cercles, une aide extérieure ou une augmentation du capital permettrait d'accroître
la productivité et les investissements.
C. La méthode du « big push » de Paul Rosenstein-Rodan (1943)
La méthode du « Big Push » de Paul Rosenstein-Rodan (1943) propose un développement
économique basé sur des investissements diversifiés dans de nombreux secteurs pour exploiter les
synergies entre industries. Une infrastructure solide (routes, télécommunications) est cruciale pour
attirer ces investissements et augmenter la productivité.
Cependant, cette stratégie rencontre des obstacles : du côté de l’offre, les infrastructures
insuffisantes limitent les investissements privés, tandis que, du côté de la demande, les marchés
intérieurs restreints freinent la consommation.
Critiques : Le coût élevé et les ressources nécessaires pour un tel programme sont souvent irréalistes
pour les PED. Hirschman et Nurkse relèvent que seuls les pays riches en ressources naturelles
(comme ceux de l’OPEP) peuvent réaliser un tel développement. Les libéraux critiquent également
l’aspect interventionniste et la tendance autarcique de cette approche, qui va à l’encontre de la
spécialisation économique.
D. Développement polarisé et effets d’entrainement d’Albert Hirschman (1958)
La théorie du développement polarisé d'Albert Hirschman (1958) propose une croissance
déséquilibrée, concentrant les investissements dans les secteurs ayant le plus grand potentiel de
développement, en raison des ressources limitées. Cette stratégie crée des déséquilibres successifs
qui stimulent le changement économique.
François Perroux ajoute à cette théorie l'idée de pôles de croissance : des groupes d'activités qui se
développent plus vite que le reste de l'économie, attirant les investissements et entraînant le reste
des secteurs. Cette polarisation géographique renforce l’efficacité économique et s'inscrit dans le
modèle « cœur-périphérie » de Krugman.
E. Les étapes de la croissance de Walt Rostow (1960)
Les étapes de croissance de Walt Rostow (1960) décrivent une vision linéaire du développement
économique en cinq phases :
1. Société traditionnelle : société agricole et statique, peu encline au changement, où la terre est la
principale source de richesse.
2. Conditions préalables au décollage : changement de mentalité, développement de l’épargne et
des infrastructures, progrès technologiques en agriculture.
3. Décollage : croissance rapide sur vingt ans, principalement grâce à l'industrialisation et à des
investissements massifs.
4. Maturité : production diversifiée et en grande échelle, avec des technologies modernes.
5. Consommation de masse : une large classe moyenne accède aux biens durables, augmentant le
niveau de vie.
Critiques : Ce modèle est trop simpliste et flou dans ses étapes ; certains pays comme la France n’ont
pas de « take-off » clair, tandis que d'autres (Gerschenkron) bénéficient d'un rattrapage rapide.
Enfin, croissance et développement ne sont pas synonymes, et le modèle ne prend pas en compte
les enjeux écologiques.
IV. Institution et développement
Douglass North avance que les institutions, ou « règles du jeu » sociales, sont fondamentales pour la
croissance économique de long terme. Contrairement aux approches basées sur l'accumulation de
capital physique, humain ou technologique, ce sont les institutions qui influencent les coûts de
transaction et de production, ainsi que la rentabilité des activités économiques. Les institutions
créent des incitations pour que les individus et les entreprises adoptent des pratiques qui stimulent
la croissance. Par exemple, sans garantie de sécurité des bénéfices, comme la protection de la
propriété privée, les entrepreneurs seraient réticents à investir.
Toutefois, les institutions résultent d’une évolution historique lente, parfois inefficace, où certains
agents peuvent préserver des institutions défaillantes pour conserver des rentes, créant ainsi un
lock-in qui rend le changement difficile. Le développement institutionnel est « dépendant du sentier
» : les trajectoires historiques influencent l’évolution des institutions, les rendant souvent rigides. La
dépendance au contexte est aussi essentielle, comme l’illustre le modèle d'Acemoglu, Aghion, et
Zilibotti : les institutions idéales varient selon la « distance » d'un pays par rapport à la frontière
technologique. Les pays éloignés de cette frontière bénéficieront d’institutions favorisant l’imitation
technologique, tandis que les pays proches de la frontière nécessitent des institutions pour
encourager la recherche et l'innovation.
Dans une étude de 2001, Acemoglu, Johnson et Robinson montrent que les institutions établies
précocement expliquent une grande partie de la croissance. Par exemple, les Européens ont instauré
des institutions stables dans les colonies peu exposées aux maladies tropicales, et ces pays affichent
une croissance plus forte aujourd'hui. En revanche, certains chercheurs, comme Glaeser et Shleifer,
arguent que le capital humain apporté par les Européens a eu plus d'impact que les institutions sur
la croissance, car ce serait le capital humain et la croissance qui auraient ensuite influencé le
développement institutionnel.
Pour un développement optimal, il est crucial de créer un cadre institutionnel stable à court/moyen
terme, avec un système juridique indépendant, une transparence des informations et une absence
de corruption. Parallèlement, les institutions doivent aussi être flexibles à long terme pour
accompagner la croissance. Enfin, les pays ayant réduit la pauvreté ont souvent des systèmes
politiques et sociaux favorables à la croissance et au bien-être, notamment avec des administrations
compétentes et démocratiques.
Philippe Aghion et ses collègues (2011) ajoutent que la relation entre fiscalité et croissance dépend
du degré de corruption d’un gouvernement : dans les pays corrompus, une forte pression fiscale
peut nuire à la croissance, alors qu’elle la favorise dans des pays moins corrompus.
V. Les politiques de développement
Les politiques de développement visent à améliorer le niveau de vie, réduire la pauvreté et favoriser
une égalité durable par une approche cohérente de gains de productivité, synergies sectorielles et
élévation du capital humain. Elles peuvent être structurelles, macroéconomiques (soutien à la
croissance) ou microéconomiques (ex. microcrédit), et se fondent sur diverses approches comme la
libéralisation des marchés ou le protectionnisme pour soutenir l'industrie nationale.
Historiquement, les modèles de croissance de Harrod-Domar et Solow ont souligné l'importance de
l'épargne pour stimuler la croissance, ouvrant la voie à la notion de convergence. Solow distingue la
convergence absolue (pays pauvres rattrapant les riches) et la sigma-convergence (réduction des
écarts de revenus sans égalisation complète). Cependant, les données indiquent une absence de
convergence absolue mondiale, mais une convergence conditionnelle au sein de « clubs » de pays
similaires.
Les modèles de croissance endogène ont ensuite renforcé l’importance des infrastructures (Barro),
de la R&D (Romer) et du capital humain (Lucas), devenus des axes cruciaux pour les politiques de
développement modernes.
A. Historique : trois stratégies de développement
1. Par substitution aux importations
La substitution aux importations est une stratégie visant à réduire la dépendance économique en
développant des secteurs locaux pour remplacer les importations et satisfaire la demande
intérieure. Elle implique de remonter la filière industrielle, en passant de la production de biens
simples (textiles) à des biens plus complexes (automobiles, électronique), souvent en appliquant des
barrières tarifaires pour protéger les industries locales.
Exemples : Cette approche a été adoptée en Amérique Latine (années 1970) et au Brésil (1930-
1980).
Risques : Cette stratégie peut échouer si le marché intérieur est insuffisant pour absorber la
production, ou si les industries protégées deviennent inefficaces faute de concurrence. Elle peut
également entraîner des déficits extérieurs, notamment en phase initiale, lorsque les biens
intermédiaires doivent être importés.
2. Par promotion aux exportations
La promotion des exportations est une stratégie de développement visant à intégrer l'économie
dans le commerce mondial, en exploitant les avantages comparatifs (comme la main-d'œuvre bon
marché). Elle combine libéralisme et interventionnisme : l'État fournit des infrastructures, protège
temporairement certains secteurs et priorise ceux orientés vers l'exportation. Cette stratégie génère
des devises et alloue efficacement les ressources.
Exemples : Les « quatre dragons » (Corée du Sud, Taïwan, Singapour et Hong Kong) des années
1960-70, ainsi que la Chine, l'Indonésie et la Thaïlande aujourd'hui.
Risques : Cette approche expose les économies aux fluctuations mondiales, comme les chocs de
termes d’échange, et aux crises financières (ex. crise asiatique de 1997).
3. Par industries industrialisantes
La stratégie des industries industrialisantes privilégie les secteurs de l'industrie lourde, en misant sur
leurs effets d’entraînement sur l’ensemble de l’économie (y compris l'agriculture). Elle vise à
développer des industries intermédiaires et d'équipement avant celles de biens de consommation.
Exemple : L'Algérie (1965-1978) a investi dans le pétrole et le gaz en amont et en aval (sidérurgie,
chimie). Cependant, les multinationales ont souvent apporté les technologies sans transfert de
savoir-faire, limitant ainsi l'indépendance technologique du pays.
Risques : Cette approche a souvent échoué en raison d’un marché intérieur restreint, de l'inefficacité
des entreprises publiques, de la dépendance technologique, et du manque de capital humain
qualifié. Elle entraîne aussi des déficits extérieurs dus aux importations nécessaires de biens
intermédiaires.
B. Evaluation des politiques de développement
1. L’évaluation des politiques de développement par l’expérimentation
L'évaluation des politiques de développement par l’expérimentation vise à mesurer l’efficacité de
l’aide publique, souvent remise en question par des chercheurs comme William Easterly, qui critique
la mauvaise gouvernance et l'inefficacité de nombreuses interventions. L’économiste Esther Duflo,
via le J-PAL, applique une méthode expérimentale rigoureuse (groupes tests et contrôles aléatoires)
pour évaluer des initiatives de développement en santé, éducation, emploi, et réduction de la
corruption.
Les exemples incluent l’adoption de moustiquaires au Kenya : Duflo constate que la gratuité favorise
l’utilisation, contrairement à Easterly qui pense que le paiement en renforce la valeur. À long terme,
la gratuité encourage l’apprentissage et l’imitation sociale. Dans l’éducation, une expérimentation
en Inde a réduit l’absentéisme des enseignants grâce à une rémunération variable basée sur leur
présence, mais la généralisation de cette approche est difficile, notamment en raison de problèmes
potentiels de corruption.
2. Critiques de la méthode
La méthode expérimentale en évaluation des politiques de développement est critiquée pour ses
limites en matière de validité externe : les résultats obtenus dans des projets pilotes ne sont pas
toujours applicables à d’autres contextes. Cette méthode est souvent utilisée pour justifier le
financement de programmes dans un contexte de ressources limitées, en se basant sur des preuves
scientifiques.
Problèmes éthiques : ces expérimentations créent parfois des inégalités, le groupe de contrôle ne
bénéficiant pas des interventions. De plus, certains effets, comme l’effet d’hystérèse, peuvent être
permanents. Enfin, la participation des individus n'est pas toujours volontaire ni bien comprise.
C. Aide Publique au Développement
L’Aide Publique au Développement (APD) est un soutien financier, sous forme de dons ou de prêts à
faible taux, fourni par des entités publiques aux pays en développement pour soutenir leur
croissance. En 2017, la France a alloué 10,1 milliards d’euros, représentant 0,43 % de son RNB, et se
classe cinquième contributeur mondial. Au niveau mondial, l’OCDE a recensé une APD totale de 147
milliards de dollars. Les Nations Unies visent un niveau de contribution des pays donneurs supérieur
à 0,7 % de leur RNB.
1. Un ensemble hétérogène
2. Les critiques de l’APD
Les critiques de l'Aide Publique au Développement (APD) se concentrent sur son efficacité, le
saupoudrage des aides, et le manque de concentration sur les pays les moins avancés (PMA) qui
n'ont reçu que 39 % de l’APD en 2014. En outre, les aides sont parfois conditionnées, favorisant les
pays avec de « bonnes » politiques, ce qui exclut les populations de pays mal gouvernés, les privant
ainsi d’aide tout en subissant un régime autocratique.
Les aides liées représentent une autre critique, car elles obligent les pays bénéficiaires à acheter
auprès des pays donateurs, limitant ainsi leur autonomie. Une alternative discutée est le
microcrédit, qui accorde de petits prêts aux populations, notamment aux femmes, pour améliorer
leur bien-être. Cependant, le microcrédit et la microfinance (accès aux services financiers de base)
présentent des risques, notamment le surendettement et la pression sociale, pouvant mener à des
dérives comme les systèmes pyramidaux observés en Inde.
Le concept de développement, souvent inspiré par le modèle des pays industrialisés, est remis en
question. Tous les groupes humains devraient pouvoir poursuivre des objectifs adaptés à leur culture
et à leur rapport à la nature, sans être contraints à une croissance économique classique, qui peut
affecter l'identité culturelle.
Les PMA représentent les pays les plus pauvres et vulnérables, selon les Nations Unies, et sont
définis par trois critères : faible revenu, retard en développement humain, et vulnérabilité
économique. En 2014, 48 pays étaient classés PMA, recevant des soutiens spécifiques comme des
préférences commerciales, financements, et allégements de dette (par exemple, l’initiative pour les
pays pauvres très endettés en 1996.