Le Livre de La Formations
Le Livre de La Formations
LIVRE de la
FORMATION/
/ LE GRAND
LIVRE de la
FORMATION/
TECHNIQUES ET PRATIQUES DES PROFESSIONNELS
DU DÉVELOPPEMENT DES COMPÉTENCES
Sous la direction de
Michel Barabel // Olivier Meier // André Perret // Thierry Teboul
Préface d’Audrey Richard
3e édition
Mise en pages : Nord Compo
© Dunod, 2020
11 rue Paul Bert, 92240 Malakoff
www.dunod.com
ISBN 978-2-10-079138-5
Sommaire
Olivier Meier est Professeur des Universités (Paris-Est) et Directeur de recherche au Lipha.
Il est également Visiting professor à Harvard Business School Europe. Directeur de
collections des éditions « Management et Société », il est rédacteur en chef de la
revue Management et Stratégie.
Marc Dennery est Cofondateur et directeur associé de C-CAMPUS. Il anime le blog www.
blog-formation-entreprise.fr.
France Apprenante est une coalition qui fédère des acteurs des domaines de
l’accompagnement, de l’éducation, de l’apprentissage, de l’innovation, du digital
et de la formation.
Cyril Parlant est Avocat, directeur associé, responsable du Pôle droit de la formation
chez Fidal.
LES CONTRIBUTEURS
Antoine Amiel est le fondateur de LearnAssembly.
Dominique Camusso est Responsable GPEC chez Snecma Moteurs (Groupe Safran).
Laetitia Doukhan est Chef de projet « Immersive Learning » chez Reality Academy.
Anne Grjebine est Directrice Campus & Innovation RH chez Air France.
L
a formation et le développement des compétences sont des enjeux fonda-
mentaux pour les organisations et donc les professionnels des ressources
humaines. Il en va de la vitalité de l’économie de notre pays et de notre modèle
social. Le législateur, par la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel
adoptée en 2018, propose de répondre à cet enjeu clé en renversant certains para-
digmes. Tout d’abord, cette loi vise à rendre les actifs plus autonomes et acteurs de
leur montée en compétences et de leur vie professionnelle de manière générale.
D’autre part, la loi a souhaité accompagner de manière prioritaire les personnes
les plus éloignées du monde du travail, afin de réduire l’écart entre leurs compétences
acquises et celles demandées sur le marché de l’emploi. Enfin, la loi pour la liberté
de choisir son avenir professionnel favorise l’innovation pédagogique et l’alternance,
en laissant aux organisations une plus grande souplesse dans la création de leurs
centres de formation. Cette dernière mesure répond à un réel besoin de transmettre
et d’imaginer les compétences là où elles se trouvent : dans les organisations de tra-
vail. D’autres évolutions dans le domaine de la formation professionnelle sont venues
bouleverser les pratiques des responsables RH : de nouveaux dispositifs avec l’appari-
tion de la Formation en situation de travail (FEST) et de la Pro-A pour l’alternance, de
nouvelles règles budgétaires avec une contribution unique désormais exclusivement
mobilisée pour l’alternance, le financement de politiques publiques et celui de droits
individuels, de nouveaux interlocuteurs avec la création de France compétences, du
haut-commissariat au Développement des compétences et des OPCO, pour n’en citer
que quelques-uns.
L’ANDRH a été très mobilisée dès la phase d’élaboration du projet de loi pour la
liberté de choisir son avenir professionnel et a contribué au constat partagé d’un sys-
tème c omplexe, coûteux, injuste et inefficace qui devait, de l’avis de tous, être amé-
lioré et simplifié. Au-delà de notre contribution, nous avons également été présents
afin d’accompagner les professionnels RH dans l’appropriation de ces nouveautés
r églementaires.
© Dunod - Toute reproduction non autorisée est un délit.
L’ANDRH s’est ainsi faite le relais des difficultés et des attentes exprimées par les DRH,
comme la diminution des budgets disponibles pour les entreprises de 50 à 300 salariés
ne bénéficiant plus des fonds mutualisés, ou les questionnements sur les modalités de
co-investissement mobilisant le CPF, désormais monétisé. Nous souhaitions aussi aler-
ter sur la nécessité de favoriser l’investissement en formation qui, à ce jour, demeure
comptablement considéré comme une charge.
Le domaine de la formation professionnelle – clé pour l’avenir de nos organisations
et du développement individuel – et la troisième édition du Grand livre de la formation,
tombent à point nommé pour prendre du recul et se projeter dans l’avenir.
L’ouvrage que vous avez entre les mains permet aujourd’hui de mieux cerner tous
les enjeux de la formation professionnelle. Tout d’abord, en décryptant l’écosystème
XII PRÉFACE
de la formation professionnelle, son histoire, les acteurs qui la font vivre et bien sûr,
les impacts de la crise du Covid-19 dans ce domaine. Vous découvrirez ensuite un pano-
rama complet des pratiques concrètes pour utiliser au mieux la formation en milieu pro-
fessionnel : comment réussir un entretien professionnel ? Qu’est-ce qu’une entreprise
apprenante ?… Enfin, la dernière partie de cet ouvrage questionne les pratiques péda-
gogiques et invite à aller plus loin dans l’élaboration des formations professionnelles :
multimodal, réalité virtuelle, distanciel, présentiel… Une lecture utile et nécessaire pour
tout passionné par la formation professionnelle et ses évolutions.
Bonne lecture
1
Partie
2 Partie 1 CADRE ET ENVIRONNEMENT DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE
Sommaire
Chapitre 1 50 ans de formation
professionnelle 3
Chapitre 2 Droit de la compétence
et investissement
formation : je t’aime
moi non plus 25
Chapitre 3 Obligation de former
les salariés et contentieux
de l’employabilité 45
Chapitre 4 Développement
des compétences :
les acteurs clés 55
Chapitre 5 Covid-19 et développement
des compétences :
quels enseignements ? 99
50 ans
1 de formation
professionnelle
Jean-Pierre Willems
L’
apparition de la formation tout au long de la vie ne saurait être
précisément datée : l’histoire de l’apprentissage et de l’éduca-
tion se confond avec celle de l’homme. Il n’est pas une commu-
nauté qui ne se soit bâtie sans une culture commune et des mécanismes
éducatifs, quelles que soient leurs formes et leurs modalités. On pourrait
d’ailleurs être tenté de résoudre l’éternel débat entre nature et culture par
le fait que l’homme est génétiquement programmé… pour apprendre.
Pour autant, Condorcet fait office de précurseur lorsqu’il déclare devant
l’Assemblée nationale en avril 1792 qu’il est nécessaire que l’instruction
soit délivrée aux enfants mais également aux adultes. L’éducation popu-
laire répondra en partie à cette demande. Mais ce n’est qu’au milieu des
années 1960 que prendra forme le système de formation professionnelle
continue des adultes tel que nous le connaissons aujourd’hui.
Au cours des cinquante dernières années, le développement du système
de formation s’est essentiellement bâti sur l’articulation entre une dyna-
mique sociale et un levier fiscal, avant que ce modèle ne s’essouffle. La loi
du 5 mars 2014 et plus encore celle du 5 septembre 2018 ont donc fait
le choix de ruptures fortes pour ancrer la formation professionnelle sur
trois piliers : la priorisation forte des financements publics et leur pilotage
assumé par l’État, la responsabilisation des acteurs, et la libéralisation
d’un secteur qui a longtemps fait l’objet de règles spécifiques.
4 Partie 1 CADRE ET ENVIRONNEMENT DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE
LA FISCALITÉ AU SOUTIEN
DE LA DYNAMIQUE SOCIALE
Les Trente glorieuses n’ont pas fait l’impasse sur la formation professionnelle : après la
création de l’association qui allait donner naissance à l’Association pour la formation
professionnelle des adultes (AFPA) pour accompagner la reconstruction après la guerre,
la loi Debré relative à la promotion sociale, votée en 1959, permettait à la presse de
titrer : « Chaque ouvrier a désormais dans sa musette son bâton d’ingénieur »… pour
peu qu’il le veuille bien et fasse les efforts nécessaires, principe de la méritocratie répu-
blicaine et de l’égalité des chances plutôt que des situations. En 1966, la loi d’orientation
et de programmation pose les bases du futur système de formation professionnelle,
notamment en ouvrant la possibilité de créer des fonds d’assurance-formation. Cet
appel restera vain jusqu’à ce que Mai 68 apporte la dynamique sociale qui faisait défaut.
DE LA NOUVELLE SOCIÉTÉ
AU CHANGEMENT DE SOCIÉTÉ (1970‑1981)
Le système de formation professionnelle continue est né de la négociation sociale. Si la
loi a fourni le relais indispensable à son développement, dès l’origine les partenaires
sociaux ont joué un rôle clé en négociant l’Accord national interprofessionnel du 9 juillet
1970. Cet accord est lui-même le produit de Mai 68 et des accords de Grenelle.
Le protocole de fin de conflit signé entre les organisations patronales et syndicales
sous l’égide des pouvoirs publics pour mettre fin au conflit social de 1968 portait prin-
cipalement sur la hausse du SMIC (alors SMIG) et des salaires, et la reconnaissance des
syndicats dans l’entreprise. Mais il comprenait également un engagement de négocier
sur la formation professionnelle. Cette négociation eut lieu et se conclut par le premier
accord national interprofessionnel (ANI) consacré à la formation professionnelle en
juillet 1970. Une quinzaine d’autres suivront.
L’ANI de 1970 n’est pas une oasis dans le désert. Il s’inscrit dans le droit fil des lois de 1958
et 1966 qui se proposaient de favoriser la promotion sociale, la seconde chance et la pos-
sibilité pour chacun d’avoir accès à la culture. Avec la création d’un congé formation et la
mise en place de plans de formation dans les entreprises, il s’agissait de favoriser l’accès à la
qualification. La Confédération générale des cadres (CGC) était particulièrement attentive à
ce que la formation puisse permettre aux « cadres maison », issus de la promotion interne,
d’accéder à un diplôme correspondant à leur nouveau statut. Les accords de Grenelle enté-
rineront la tenue d’une négociation spécifique à l’encadrement.
Conclu quasiment à la fin des Trente glorieuses, l’ANI de 1970, de même que la loi
de 1971 qui le complète par l’obligation pour les entreprises de financer la formation
professionnelle, ont principalement visé les salariés (le taux de chômage était inférieur
à 5 % au début des années 1970). Il s’agissait davantage de qualifier des salariés qui
l’étaient peu en moyenne que de traiter des problèmes d’emploi, de chômage ou de
mobilités liées à des reconversions.
Chapitre 1 50 ans de formation professionnelle 5
nelles et les missions qu’il convient de donner à ces commissions, devant fonc-
tionner en principe au niveau national et le cas échéant aux niveaux territoriaux.
Ils ont également convenu d’étudier les moyens permettant d’assurer, avec
le concours de l’État, la formation et le perfectionnement professionnels. En ce
qui concerne les cadres, il a été convenu que la recherche d’un accord particulier
sera menée par le CNPF et les organisations syndicales.
Le Secrétaire d’État à l’Emploi suivra les travaux des réunions prévues et mettra
à la disposition des participants l’ensemble des documents nécessaires.
Par ailleurs, le Premier ministre s’engage :
yyà développer les crédits affectés aux services de l’emploi ;
EN PRATIQUE
La création des fonds d’assurance formation
après l’ANI de 1970 et la loi de 1971 : l’exemple
de l’AGEFOS-PME
« C’est dans le but de venir en aide à toutes les entreprises qui ne peuvent
se suffire à elles-mêmes, ou qui n’auraient pas trouvé, dans la profession,
la couverture de tous leurs besoins, que nous avons créé, avec un certain
nombre de partenaires, un fonds d’assurance formation (AGEFOS-PME) qui,
par sa souplesse de fonctionnement, répond particulièrement bien aux
nécessités de la situation. […] La CGPME est par ailleurs persuadée que la
formation continue ne peut pas être axée uniquement sur les exigences
de l’entreprise, pas plus qu’elle ne peut être axée uniquement sur celles du
salarié. […] Elle a estimé que leur conciliation était une tâche impérieuse
que la concertation au sein d’un paritarisme soucieux de progrès et d’effi-
cacité devait assumer. »
Déclaration de la CGPME à l’occasion de la création de l’AGEFOS-PME, 1972
LA DÉCENTRALISATION ET LE DROIT
À LA FORMATION POUR TOUS (1982‑1992)
FOCUS
L’organisation de la formation professionnelle
Avec l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981, pour la première fois la formation
professionnelle est dotée d’un ministère de plein exercice, confié à Marcel Rigout,
l’un des quatre ministres communistes du gouvernement Mauroy. Les lois Auroux
en 1982 qui réforme la négociation collective, Defferre en 1983 qui confie la forma-
tion professionnelle aux régions dans le cadre de la décentralisation, et Rigout en
1984 qui crée les contrats en alternance pour les jeunes, réforment profondément
l’organisation et les moyens de la formation professionnelle.
Cette action sera complétée au début du second septennat de François Mitterrand
par Michel Rocard, qui met en place le crédit formation individualisé qui doit per-
mettre à tout un chacun, et prioritairement aux jeunes, d’acquérir une qualification
professionnelle reconnue.
Chapitre 1 50 ans de formation professionnelle 7
Du début des années 1980 au début des années 1990, le système de formation
professionnelle continue connaît un développement sans précédent. À la logique de
promotion sociale, avec notamment la mise en place du congé individuel de formation
(CIF) sous une forme rénovée, s’ajoutent les efforts faits pour lutter contre le chômage
des jeunes par la formation. Les contrats en alternance (contrat de qualification et contrat
d’adaptation) bénéficient à des centaines de milliers d‘individus. Cette dynamique se
retrouvera au sein des entreprises à la fin des années 1980 : une période de croissance
voit alors se développer les programmes ambitieux de gestion par les compétences, et
la notion d’investissement formation et de développement du capital humain.
C’est dans ce contexte que François Mitterrand, dans sa « Lettre à tous les Français »
diffusée peu avant sa réélection à la présidence de la République en 1988, promet un droit
à la qualification pour tous. La loi créant le crédit formation individualisé interviendra en
1990 et d’importants moyens financiers seront déployés pour la formation professionnelle
qualifiante des jeunes. Le crédit formation individualisé (CFI) aura joué un puissant rôle de
développement et de structuration du marché de la formation, de soutien aux innovations
pédagogiques, telles les missions « Nouvelle qualification » pilotée par Bertrand Schwartz et
« Développement territorial », puisqu’il s’agissait également de rapprocher la formation des
individus et de faire en sorte qu’elle soit accessible à chacun, où qu’il se trouve.
Cette phase de croissance est portée par une féconde dialectique accord-loi (les ANI
du 21 juillet 1982 et du 26 octobre 1983 préparent la loi du 24 février 1984 ; l’ANI du 29 mai
1989 inspire une partie de la loi du 4 juillet 1990 ; l’ANI du 3 juillet 1991 fournit l’essentiel
de la loi du 31 décembre 1991). À l’origine de toutes les évolutions, les partenaires sociaux
et la négociation sociale sont au cœur du développement de la formation professionnelle.
Ils en étendent le champ pour en faire un outil de gestion de l’emploi, notamment par
le développement des formations en alternance pour favoriser la qualification et l’inser-
tion des jeunes dont le taux de chômage augmente fortement, et ce, d’autant plus que
le niveau de qualification est faible. Pour les salariés en place, la formation accompagne
les démarches de gestion prévisionnelle des compétences qui se développent dans les
grandes entreprises et favorise la réflexion sur l’investissement formation.
Les années 1980 voient l’émergence de deux acteurs nouveaux : les conseils
régionaux et l’Europe.
La loi Defferre de 1983 met en place des conseils régionaux élus au suffrage universel
et leur confie une compétence de principe dans le champ de la formation professionnelle.
© Dunod - Toute reproduction non autorisée est un délit.
S’en suivront deux conflits : le premier avec le FPSPP, dont l’État prélève à plusieurs
reprises une partie des ressources, et le second avec les OPCA, qui ne sont envisagés que
comme des relais des politiques publiques. Mais ce conflit portait tout de même une
bonne nouvelle, la volonté des partenaires sociaux de préserver leur autonomie dans
le champ de la formation. Après la rupture de 2014 et plus encore celle de 2018, cette
volonté paraît moins bien établie.
RUPTURES ET CONTINUITÉS
DANS LA LOI DU 5 MARS 2014
La loi du 5 mars 2014 introduit quatre ruptures qui sapent les fondements du système
mis en place en 1971.
yy La fiscalité ne structure plus la formation en entreprise. Pour la première fois
depuis 1971, les entreprises n’ont plus de budget minimum à consacrer à la forma-
tion de leurs salariés, plus de déclaration fiscale à produire sur leurs dépenses de
formation et plus de comptes à rendre à l’extérieur. Le levier fiscal sur les plans de
formation disparaît donc après plus de quarante ans de services.
yy La certification prime sur la formation. Tous les dispositifs de formation (contrats
© Dunod - Toute reproduction non autorisée est un délit.
l’État avait toujours imposé une gestion globalisée des sommes perçues par les
OPCA, la loi nouvelle distingue les ressources provenant d’une contribution légale,
dont l’usage est fortement encadré ; celles qui trouvent leur source dans un accord
collectif à qui il revient de fixer l’emploi des sommes ; et enfin les versements volon-
taires des entreprises qui n’ont plus l’obligation d’être mutualisés, ce qui ouvre la
porte à une gestion de comptes d’entreprise que l’administration avait longtemps
contestée.
12 Partie 1 CADRE ET ENVIRONNEMENT DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE
5. La logique économique doit primer sur la logique sociale qui prévaut depuis plus de
45 ans.
Ces cinq principes expliquent les choix effectués dans trois domaines : l’apprentis-
sage, les droits des salariés et la formation dans les entreprises.
per puisqu’ils sont dorénavant financés par des attributions de France compétences
et non par une collecte propre. Sans doute la difficulté des partenaires sociaux à se
soumettre à une véritable évaluation de leur action a-t‑elle joué dans cette évolution :
lorsque l’on renonce à s’auto-évaluer, on se condamne à être évalué par d’autres. Mais
plus encore, cette réduction du champ de la gestion paritaire traduit une défiance de
l’État envers la négociation collective, illustrée par l’incapacité des ANI à jouer le rôle
initial d’innovation et de dynamisation du système de formation.
Autre traduction de cette défiance : en confiant la gestion du CPF à la Caisse des
dépôts, l’État acte le fait qu’il ne souhaite plus de régulation sociale sur ce dispositif,
et met en œuvre la « désintermédiation », qui fut un des mots d’ordre de la réforme.
Finalement, le champ d’action des partenaires sociaux s’est considérablement
réduit, même si les branches professionnelles se voient dotées de prérogatives nou-
velles en matière de construction des diplômes, en parallèle d’une prise de leadership
de l’État sur le pilotage du système telle que l’on n’en avait jamais connu.
FOCUS
…
Les niveaux de prise en charge des contrats
ne doivent pas fausser le marché
La loi a confié aux branches professionnelles, avec une régulation par France
compétences et un arbitrage in fine revenant au ministère du Travail, comme en
témoigne le décret du 13 septembre 2019, le soin de définir les niveaux de prise
en charge des certifications éligibles à l’apprentissage. Certes, il ne s’agit pas de
déterminer le prix des formations qui demeure librement fixé par le CFA. Mais fixer
des niveaux différenciés pour des certifications comparables pourrait être consi-
déré comme faussant le fonctionnement du marché s’il en résultait un préjudice
pour un opérateur. Un peu comme si les taux de remboursement des soins ou de
l’optique étaient fixés différemment selon les cliniques ou enseignes concernées.
À ce titre, il apparaît que la première liste des niveaux de prise en charge publiée
par France compétences souffre encore de quelques approximations voire ano-
malies qui nécessiteront d’être rectifiées pour ne pas causer un préjudice à des
établissements qui verraient les apprentis se détourner de leur cursus au motif qu’il
existe un reste à charge élevé, alors que des certifications tout à fait comparables
sont financées sur des niveaux bien plus élevés.
…
posera également. Il ne serait pas étonnant que tôt ou tard l’Autorité de la concur-
rence soit amenée à se prononcer sur l’un ou l’autre de ces sujets.
l’équation financière d’autant que des régions peinent à utiliser tous les crédits dispo-
nibles. Difficile toutefois de faire machine arrière sur ce point.
aléatoire de l’utilisation. Et c’est bien sur le taux d’utilisation du CPF que doit porter le
débat pour envisager le coût réel du dispositif.
FOCUS
…
L’aporie de la fonction formation est une bonne nouvelle pour ceux qui
l’exercent : elle marque une augmentation du niveau de responsabilités et une
diversification des moyens mobilisables pour agir ; sous réserve toutefois d’être
capable d’appréhender ce nouveau périmètre et de faire évoluer ses pratiques.
formation sont tellement ancrées que ce n’est pas le moindre des chantiers que
de parvenir à créer une culture de la compétence, en lieu et place d’une culture
de la formation, et de changer les réflexes à ce sujet.
Il sera également essentiel, vis-à-vis des dirigeants, de sortir du dialogue sur les
moyens (le budget, le temps…) pour passer à un dialogue sur les objectifs, les
valeurs ajoutées économiques et sociales de la formation et ensuite mettre en
adéquation les moyens les plus appropriés, et les plus diversifiés, pour atteindre
ces objectifs.
…
22 Partie 1 CADRE ET ENVIRONNEMENT DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE
…
Revisiter le dialogue social
Les transformations de pratiques appellent à revisiter les termes du dialogue
social sur la formation. Quels sont les indicateurs à partager avec les représen-
tants du personnel ? Faut-il toujours compter les actions suivies, leur durée, leur
coût ? Faut-il faire porter le reporting sur les compétences et les capacités de
l’entreprise à les utiliser ? Faut-il aller sur le terrain de la performance écono-
mique et sociale obtenue grâce au développement des compétences ? Cet enjeu
de dialogue social rejoint celui de construire des représentations partagées et
de diffuser une culture non seulement de la compétence mais également de sa
valeur d’usage. Quitte en retour à devoir traiter, et non pas éluder, la question
des formes de reconnaissance des compétences dès lors qu’elles génèrent une
valeur ajoutée pour l’entreprise.
CONCLUSION
2 et investissement
formation : je t’aime
moi non plus
Jean-Pierre Willems
L’
investissement des entreprises dans les compétences de leurs
salariés est un sujet récurrent mais qui repose sur un paradoxe :
lorsque l’entreprise développe les compétences d’un salarié,
elle accroît non pas son capital compétences en tant qu’organisation,
mais celui du salarié. Et la compétence du salarié est l’objet même du
contrat de travail, ce dont l’entreprise souhaite disposer et ce que le
salarié met à sa disposition. Ce paradoxe est rarement explicite. Il est
pourtant la clé des choix d’investissement, ou pas, des entreprises dans
la formation de leurs salariés.
26 Partie 1 CADRE ET ENVIRONNEMENT DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE
Les débats ne sont pas clos chez les juristes pour décider de l’objet du contrat de travail.
Si l’on s’en tient à une approche historique, l’objet du contrat de travail au xixe siècle,
époque qui a vu naître la société du salariat en lien avec la Révolution industrielle, était
la force de travail du salarié. Autrement dit, sa force physique essentiellement mobi-
lisée dans des activités d’exécution, celles pour lesquelles on avait recours au salariat
dans une société où le travail indépendant représentait l’essentiel de l’activité et surtout
le statut le plus enviable, les emplois salariés étant réservés à ceux qui ne pouvaient
accéder à aucune autre activité (on notera au passage que la situation est aujourd’hui
exactement l’inverse, avec le développement d’activités non salariées qui se situent aux
marges de la précarité).
Avec la généralisation du salariat, puis son passage au statut garantissant le mieux
les protections sociales après la Seconde Guerre mondiale, l’objet du contrat a évolué
pour se porter sur la qualification : non pas la qualification personnelle faite des expé-
riences, titres et diplômes de la personne, mais la qualification contractuelle, celle qui
est conférée par le contrat et délimite le travail exigible du salarié. Cette approche par
la qualification a structuré tout le droit du travail du xxe siècle, les juges ayant l’occasion
d’affirmer que « la qualification est la limite des droits et obligations du salarié ».
Le xxie siècle est celui qui, en bien des domaines, voit les frontières stables et balisées
du passé s’estomper : le lieu de travail devient multiple, le temps de travail se mélange
de manière indissociable avec le temps personnel et la qualification peine à rendre
compte de la nature d’activités qui associent des tâches de toute nature et mettent en
jeu des compétences diversifiées de tous ordres :
–– capacité à maîtriser non seulement son activité mais le contexte dans lequel elle
s’exerce ;
–– capacité à intégrer des processus de toute nature tout en ayant l’exigence de
traiter ce que les process peinent à appréhender ;
–– capacité à travailler collectivement et à prendre en compte les exigences des
clients internes ou externes, etc.
Dans ce contexte, où la définition du travail devient moins précise (qui peut dire
ce que doit faire un « chef de projet », un « chargé de mission », un « manager » ou un
« consultant » ?), l’objet du contrat est moins le travail prédéfini que le salarié devra
exécuter que les compétences dont il dispose et qu’on lui demandera de mobiliser pour
atteindre ses objectifs. La qualification contractuelle devient le cadre lâche dont les
compétences fixent les contours.
L’irruption de la compétence dans le contrat de travail a conduit les juges à s’y
intéresser et à la doter d’un régime spécifique. Pendant très longtemps a prévalu la
notion « d’employeur seul juge » de l’aptitude du salarié à réaliser les activités qui lui
sont confiées. Ce qui revenait à faire de l’abus de droit la seule limite au pouvoir de
l’employeur. Mais, au fil du temps, les exigences des juges se sont faites plus précises
Chapitre 2 Droit de la compétence et investissement formation… 27
EN PRATIQUE
Qu’est-ce qu’un salarié compétent ?
mobiliser.
1. Des objectifs
Une entreprise peut fixer deux sortes d’objectifs à un salarié : l’atteinte de résul-
tats ou la maîtrise de certaines situations de travail. Concernant les résultats,
il peut s’agir de quantités (volume de travail, nombre de tâches, périmètre des
activités…) mais aussi de dimensions qualitatives (nature des activités, qualité
des prestations réalisées, etc.).
Pour la maîtrise des situations de travail, il convient de distinguer les situations
prescrites (les processus de travail sont définis, formalisés et connus du sala-
rié), pour lesquelles la compétence relèvera de la consformité, et les situations
© Dunod - Toute reproduction non autorisée est un délit.
…
3. Une distinction entre ressources et compétences
Les ressources d’un salarié sont constituées par l’ensemble des connaissances,
capacités, comportements qu’il a pu acquérir dans le cadre de ses activités,
expériences, formations, etc. La compétence est la capacité à mobiliser ses
ressources dans le cadre d’une activité professionnelle. De ce point de vue,
une action de formation peut avoir pour objectif soit l’apport de ressources
(acquisitions de connaissances par exemple), soit le développement de com-
pétences (mises en situation, formations-action, formations en situation de
travail…) qui vont entraîner le salarié à mobiliser ses ressources.
Compétence et performance
La performance, autrement dit l’atteinte des objectifs du salarié tels que définis
ci-dessus, est le seul critère de la compétence professionnelle. L’entreprise qui
reproche à un salarié une insuffisance professionnelle, un défaut de compé-
tence ou la non-atteinte d’un résultat devra donc :
–– établir que la performance attendue était atteignable au regard des moyens
internes mis à disposition du salarié, mais également de l’environnement
externe ;
–– démontrer qu’un diagnostic a bien eu lieu pour vérifier la capacité du salarié
à réaliser les activités confiées et atteindre les objectifs ;
–– démontrer que les moyens d’adaptation éventuellement mobilisés étaient
suffisants au regard du diagnostic réalisé. Il a ainsi été jugé que lorsque
l’entreprise affecte un salarié à une nouvelle fonction avec une formation
de quinze jours seulement, insuffisante par rapport à son niveau, elle ne
peut lui reprocher une insuffisance professionnelle (Cass. soc., 29 novembre
2007, n° 05‑42.004 F-D).
À défaut d’avoir rempli ses propres obligations, l’entreprise ne pourra imputer
l’insuffisance professionnelle au salarié.
Une entreprise qui veut mettre en cause la compétence d’un salarié devra justifier :
–– qu’il existe un défaut de performance (résultats insuffisants, méthodes de travail
inadaptées…) ;
–– que les résultats attendus étaient réalistes et atteignables ;
–– que le défaut de performance n’est pas dû au contexte extérieur ou à l’action (ou à
l’inaction) de l’entreprise ;
–– que l’entreprise a satisfait à ses obligations d’adapter le salarié à l’évolution de
son emploi.
Si toutes ces conditions sont réunies, le salarié pourra être sanctionné pour incom-
pétence, laquelle est donc établie par défaut, contrairement à la faute qui repose sur
des faits matériels précis.
Chapitre 2 Droit de la compétence et investissement formation… 29
Ce qui relève de l’évidence ne l’est pourtant pas puisque les discours sur « le capital
compétence de l’entreprise » sont nombreux. Or, l’entreprise ne dispose pas d’un capital
mais de compétences qu’elle loue aux salariés, d’où le paradoxe initial de l’investisse-
ment formation de l’entreprise, qui est un investissement dans ce que lui vend son
cocontractant.
Le fait que la compétence appartienne au salarié conduit logiquement à ce qu’elle
ne soit pas, et ne puisse être, une responsabilité de l’entreprise. L’affirmation pourrait
paraître provocatrice, voire tout simplement erronée, alors que 2020 est le terme de
la première période de six ans définie par la loi du 5 mars 2014 comme cadre d’appré-
ciation des obligations des entreprises en matière d’entretien professionnel et de for-
mation. Rappelons que tout employeur doit faire bénéficier tout salarié d’un entretien
professionnel tous les deux ans et d’au moins une formation tous les six ans. Pour bien
comprendre ce cas, il faut revenir aux sources des obligations de l’employeur en matière
de formation et de compétences.
rir les compétences requises. La responsabilité de l’employeur est donc liée à sa capacité
de décision en matière d’organisation, le salarié restant responsable de l’acquisition et
de la mise en œuvre des compétences. Autrement dit, si une obligation de moyens pèse
sur l’employeur, le salarié lui a une obligation de résultat.
L’OBLIGATION D’EMPLOYABILITÉ
Elle est également née de la jurisprudence, en 2010, lorsque des plongeurs du restau-
rant d’un grand hôtel parisien se sont plaints de n’avoir suivi aucune formation pendant
leurs dix années passées dans l’entreprise. Pour l’entreprise, l’emploi étant simple à tenir
et n’ayant connu aucune évolution, il n’y avait pas de besoin particulier d’acquisition
30 Partie 1 CADRE ET ENVIRONNEMENT DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE
de compétences, et donc pas de formation. Les juges tirent une conclusion inverse :
lorsqu’un salarié occupe pendant un temps long un emploi dont le contenu n’évolue pas,
il n’acquiert pas de compétences nouvelles et se déqualifie au regard du marché du travail.
L’employeur doit donc le former, même si l’emploi ne le requiert pas. Au contraire,
c’est par le fait même que l’emploi ne le requiert pas que naît l’obligation d’employabi-
lité. Mais là encore, ce n’est pas une responsabilité sur les compétences du salarié qui
est reconnue à l’entreprise, mais une responsabilité sociale tenant à la manière dont
elle organise le travail : si elle crée des emplois faits de tâches simples, répétitives et
maintient des salariés dans ces emplois, elle doit compenser l’absence d’évolution par
de la formation.
Cette obligation sera reprise par la loi du 24 novembre 2009 et développée dans
la loi du 5 mars 2014 qui crée l’obligation pour tout employeur de tenir des entre-
tiens professionnels avec les salariés et de leur faire suivre au moins une formation,
autre que celles qui sont réglementairement obligatoires pour exercer leur acti-
vité. On relèvera que l’entretien professionnel consiste en une obligation d’ouvrir
un dialogue avec le salarié sur les perspectives d’avenir, permettant à chacun de
se positionner et surtout d’anticiper d’éventuelles décisions. On pourrait y voir une
obligation de bonne foi, de la part de l’entreprise, d’informer le salarié sur l’évolution
prévisible de sa situation, à partir de laquelle il devient possible d’anticiper. En aucun
cas les entretiens professionnels ne transfèrent à l’employeur la responsabilité de gérer
les compétences du salarié.
Concernant la formation obligatoire tous les six ans, elle permet de garantir que
tout salarié, même lorsqu’aucun besoin de formation lié à l’emploi n’a été détecté, aura
l’occasion d’entretenir ses compétences au regard des évolutions du marché du travail.
Ici, il y a une responsabilité sociale de l’employeur de ne pas laisser un salarié se déqua-
lifier du fait des fonctions occupées. Sans toujours toutefois de responsabilité directe
sur les compétences du salarié.
La bonne foi contractuelle exige que l’employeur permette (et non garantisse)
l’acquisition des compétences nouvelles nécessitées par l’organisation si elle change.
Et sa responsabilité sociale lui impose de former même s’il n’y a pas de nécessité au
regard de l’emploi pour ne pas laisser pendant un temps long un salarié dans une situa-
tion qui ne lui permet de développer aucune compétence. Mais il n’a pas, juridiquement,
l’obligation de veiller au capital compétences des salariés.
LA COMPÉTENCE DÉPENDANTE
DE L’ORGANISATION DU TRAVAIL
COMPÉTENCES PRESCRITES
ET FORMATION DÉQUALIFIANTE
Ce n’est pas une représentation traditionnelle, mais la formation peut s’avérer
déqualifiante, c’est-à-dire qu’elle peut contribuer à déposséder le salarié de ce qui
lui appartient.
EN PRATIQUE
Soit une des grandes marques du retail qui dispose d’agences commerciales
partout en France ; elle met en place une formation pour tous les salariés qui
ont une activité de vente directe avec les clients. Cette formation dure deux
jours et vise à faire acquérir une méthode de vente mise au point par la société,
à partir d’argumentaires standardisés, de scénarios préétablis et de mots-clés
à employer.
Plus de 1 000 salariés sont formés. La majorité d’entre eux considèrent que
cette formation, à l’issue de laquelle il faut maîtriser un processus de vente
normé, avec des contrôles de mise en œuvre, contribue à les déqualifier en
renvoyant aux oubliettes leur expérience client, leur capacité à s’adapter aux
demandes et au final leur marge de manœuvre.
D’où la tentation que peuvent avoir certains de ne pas faire dépendre la performance
de l’organisation de ses ressources humaines mais de tenter de l’intégrer aux outils.
Illustration : dans une banque, la quasi-totalité des opérations bancaires est traitée par
le système d’informations, les chargés de clientèle n’ayant plus à maîtriser technique-
ment ces opérations (simplement à les connaître), ce qui fait primer leurs compétences
relationnelles et commerciales sur leurs compétences techniques. Le développement
de l’outil, et sa capacité, transforment ainsi profondément les métiers, les profils, les
qualifications et partant le coût de l’activité.
L’employeur décide de l’organisation, le salarié utilise ses compétences. Dans cette
relation où le contexte permet, favorise ou contraint l’expression des compétences et
en définit le contour, on comprend que les dirigeants soient plus enclins à réfléchir, au
moins dans un premier temps, à la manière d’organiser les activités de l’entreprise, en
gardant présent à l’esprit que la forme d’organisation retenue déterminera les compé-
tences dont l’entreprise aura besoin et partant la valeur qu’il conviendra d’accorder à
ces compétences.
Ce primat de l’organisation, et ses évolutions parfois soudaines voire brutales, ne
constitue donc pas simplement un enjeu d’adaptation pour les salariés, mais également,
et peut-être surtout, une possible remise en cause de leurs compétences et de leur
valeur, et l’on sait qu’il n’y a souvent pas loin de la compétence à l’individu.
LE CAPITAL COMPÉTENCES
DE L’ENTREPRISE EST UNE FICTION
Si la notion de capital compétences peut avoir du sens au niveau de l’individu, elle n’en
a aucun au niveau de l’entreprise pour trois raisons :
–– la compétence appartient au salarié et non à l’entreprise, ce qui prive de sens la
notion même de « capital » ;
–– la compétence n’est pas un « stock » mais une matière hautement volatile qui peut
disparaître très rapidement si l’on n’en fait pas usage ou si l’organisation vient à
changer et que la compétence s’en trouve inutilisable ;
–– avoir des salariés qui ont des compétences n’induit pas nécessairement que
celles-ci sont utilisées au profit de l’entreprise : l’engagement, la motivation,
le retrait, etc., autrement dit le comportement du salarié, décide in fine si l’entre-
prise bénéficie effectivement ou pas des compétences des salariés. On pourrait
prendre un exemple sportif : il ne manque pas d’équipes performantes une
année et beaucoup moins l’année suivante, ou l’inverse, sans que pour autant
l’effectif n’ait subi de transformations. Or le « capital compétences » n’a pas varié,
mais l’environnement, le management, la disponibilité mentale, sans doute.
LA CERTIFICATION : LE RECOURS
À LA NORME POUR CONTRÔLER
LA COMPÉTENCE DU SALARIÉ
LA GÉNÉRALISATION
DE LA CERTIFICATION DES PERSONNES
Le tout certification est un choix qui n’a pas véritablement fait débat. La possibilité, dès 1971,
pour tout organisme de créer des titres ou diplômes et de les faire reconnaître par l’État,
suivie de l’opportunité offerte dans les années 1980 aux Commissions paritaires nationales
de l’emploi (CPNE) de créer des Certificats de qualification professionnelle (CQP) s’est natu-
rellement poursuivie par la création, en 2014, de l’inventaire des certifications et habilitation,
devenu depuis 2019 le « Répertoire spécifique des habilitations et certifications ».
La multiplication des formes de certification a l’avantage, pour les individus, d’élar-
gir les possibilités de reconnaissance de leurs compétences. Mais cette médaille a un
revers : dès lors que les certifications sont multiples et sont accessibles aussi bien par
la formation que par l’activité, le risque d’exclusion de ceux qui ne parviennent à en
obtenir est potentiellement renforcé. D’autant que la multiplication des certifications
légitime la multiplication des exigences des recruteurs.
On observera par ailleurs que l’État accompagne largement le mouvement, lorsqu’il
étend sans cesse le nombre des activités, fonctions ou métiers qui ne peuvent être
exercés si l’on ne possède pas une certification. Fonctionnant tel un passeport, la certifi-
cation ouvre les frontières de l’emploi et plus largement de l’activité à leurs possesseurs,
et les referme derrière eux.
à la fois les résultats attendus et les moyens à utiliser pour y parvenir, étend donc son
champ par l’intermédiaire de la certification. Autrement dit, on peut conserver par le
biais de la certification ce que le droit du travail permet, tout en plaçant la collaboration
sous l’égide du droit commercial.
Revenons sur la question initiale et le constat qu’il ne va pas de soi d’investir dans ce
qui est la propriété du salarié. Si l’on synthétise : la compétence appartient au sala-
rié, et elle n’est jamais acquise à l’entreprise puisqu’elle dépend de l’engagement du
salarié lorsqu’il est dans l’entreprise, mais également du fait qu’il y reste. De ce fait, la
notion de « capital de compétences » pour une entreprise est une fiction que montre
l’impossibilité de traduire financièrement dans les comptes de l’entreprise la valeur
des compétences des salariés. Ajoutons que dans un marché du travail à fort turnover,
© Dunod - Toute reproduction non autorisée est un délit.
erformance de l’entreprise : investir dans l’outil, dans les éléments immatériels (brevets,
p
marques, etc.), constitue une alternative à l’investissement dans les compétences.
La deuxième renvoie à la capacité première de tout dirigeant : celle de décider de
l’organisation du travail. À travers la normalisation, la maîtrise des processus, la pres-
cription, on réduit la valeur de la compétence du salarié et on tente de transférer de
l’individu à l’organisation la capacité à faire.
La troisième consiste à privilégier le coût d’acquisition (attirer les talents) par rapport
au coût de constitution (faire monter en compétences les salariés déjà présents). Cette
troisième voie est assez naturelle pour les entreprises qui identifient que les compétences
clés pour leur performance se concentrent sur quelques fonctions et prend donc l’orienta-
tion d’une politique de ressources humaines qui concilie « management des divas » pour
les fonctions identifiées comme clés, et « gestion quantitative » pour les autres.
–– prend acte que les salariés ont une responsabilité première sur le développement
de leurs compétences, ce qui se traduit par la généralisation du CPF.
Dans ce cadre, il serait intéressant de constater si les mécanismes de co-investissement
(en temps et en argent) se développent et, si oui, selon quelles modalités : négociations
individuelles avec les salariés ou négociations dans le cadre du dialogue social. Le droit de
la négociation deviendrait ainsi le chaînon manquant entre le droit du travail et le calcul
économique.
1. Cette contribution reprend une partie du chapitre développée par Marie-Ange Andrieux (ex-
Présidente de la Commission internationale et membre du Collège de l’Institut français des administra-
teurs (IFA), ainsi que Coprésidente de l’Association des femmes experts-comptables administrateurs et
membre du WCD (Women Corporate Directors)), complétée par une réflexion sur les derniers rebondisse-
ments autour de l’imputation des dépenses de formation « investissement » à l’actif du bilan.
38 Partie 1 CADRE ET ENVIRONNEMENT DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE
…
Le capital humain ne se limite pas cet investissement impacte les
à la somme des compétences, performances opérationnelles,
des aptitudes, de l’expérience et d’évaluer le résultat en associant
de la motivation à innover des des indicateurs économiques
individus, mais devrait être élargi à la formation ;
à la capacité de rassembler une – les formations initiale et continue,
intelligence collective autour d’un ainsi que les synergies entre elles,
projet, jusqu’à créer une alchimie doivent jouer un rôle efficient
humaine où la somme des parties dans l’optimisation de la chaîne
est supérieure au tout. globale de valeur du capital
Même si le concept ne fait pas humain. Or, constat est fait
consensus, se dégage toutefois d’une certaine inefficacité de la
une vision relativement partagée formation initiale liée au décalage
du capital humain de l’entreprise entre ce que l’on apprend dans
faisant référence aux talents la sphère académique et les
individuels et collectifs de ses compétences attendues dans
collaborateurs combinés au modèle le monde professionnel. Selon
organisationnel et managérial l’indicateur Hays mesurant
permettant son articulation. le degré d’adéquation entre
Il s’agit donc d’un écosystème compétences disponibles
du capital humain. et besoins des entreprises
Dans cette perspective, pour nationales, la France n’est qu’au
convaincre la nation ou l’entreprise 15e rang, alors que les dix premiers
qu’investir dans la formation de ses pays du classement sont le
citoyens ou de ses collaborateurs Japon, les États-Unis, l’Allemagne,
est un réel levier de valorisation la Hongrie et la Suède à égalité,
du capital humain, la formation la Russie, le Portugal, le Canada,
se trouve placée au cœur de trois le Mexique et l’Espagne à égalité.
enjeux majeurs : Un investissement formation
– elle doit être reconnue comme correcteur approprié est d’autant
un investissement (et non plus une urgence en période de
comme une charge), trouvant basculement dans l’économie
un retour en termes de richesse digitale ;
nationale ou de valeur durable – d’ici 15 ans, près de la moitié
de l’entreprise. S’agissant de la des métiers existants devraient
formation professionnelle, des disparaître ou être profondément
travaux récents1 ont permis de remaniés par la transformation
mieux mesurer l’ensemble des numérique touchant l’ensemble
coûts relatifs à l’investissement des organisations publiques et
formation, d’estimer comment privées (Institut Bruegel).
…
1. Groupe de travail piloté par la FFP regroupant la DGCIS, la DGEFP, les entreprises, les partenaires sociaux,
les syndicats, les régions – Rapport février 2013 « Rendre compte des impacts économiques et sociétaux des
investissements en formation professionnelle »/Rapport avril 2014 « Indicateurs du guide de reporting ».
Chapitre 2 Droit de la compétence et investissement formation… 39
…
Selon une étude McKinsey Pas encore au point de se
réalisée en 2012, au cours des cinq généraliser à tout acte de
prochaines années, deux millions formation. Loin de là ! Depuis
d’emplois dans les domaines les réformes de 2014, puis celle
de l’économie numérique, de de 2019, il aurait pu sembler
l’ingénierie et de l’aéronautique logique qu’en abandonnant
seront à pourvoir alors que deux progressivement la mutualisation
millions de personnes (dont 50 % et donc le financement des
de jeunes) seront au chômage pour opérations de formation, et en
insuffisance de qualification. la renvoyant leur prise en charge par
formation doit être un facilitateur l’entreprise (exception faite pour
capable d’optimiser la gestion partie pour les TPE), la contrepartie
des compétences, en réconciliant aurait dû être l’inscription
offre et besoin de talents. comptable de la formation comme
L’investissement formation est au investissement.
service des enjeux stratégiques En décembre 2019, l’Autorité
de croissance et d’une vision des normes comptables (ANC),
prospective sur les améliorations poussée par le ministère du
des métiers d’aujourd’hui et les Travail, a publié une note
anticipations des métiers de autorisant l’amortissement
demain. Une véritable évaluation des dépenses de formation
dynamique des compétences réalisées par un prestataire
individuelles et collectives externe quand ces dépenses
(actuelles et futures) devrait accompagnent un investissement.
permettre de construire une La précision est importante : on
stratégie offensive de formation, ne parle pas d’actualisation des
en déterminant de manière ciblée compétences ou de remise à
les besoins complémentaires niveau. Les formations internes
utiles au business model de sont clairement exclues du champ
développement. À cet égard, la loi d’application.
sur la formation professionnelle Les impacts comptables pour
(loi du 5 mars 2014) devrait être l’entreprise sont de taille.
l’opportunité pour les entreprises Si l’entreprise procède à l’achat
© Dunod - Toute reproduction non autorisée est un délit.
…
Il ne s’agit toutefois pas d’une formation pour les régleurs et
obligation et l’entreprise pourra conducteurs de ligne est peu
continuer à inscrire ces dépenses important par rapport au coût
en charge (compte 6333). Enfin, d’acquisition de la ligne, elle est
les dépenses de formation nécessaire pour faire fonctionner
pourront être détaillées dans cette machine. Les temps d’arrêts
l’annexe comptable. À nouveau, de la machine à la suite de lacunes
il s’agit d’une option que de formation sont autant de
chaque dirigeant pourra choisir facteurs qui viendront grever
d’exercer ou non. L’intérêt de le calcul du ROI. Il est évident
lister ces dépenses ? La mention que la quantification de ce ratio
sur un bilan comptable des n’a rien d’incohérent. Et comme
montants investis en formation généralement cette formation
professionnelle, ou du émane du fabricant de machine,
pourcentage des salariés ayant il peut venir en argumentation des
bénéficié d’une formation sur réserves de garanties s’il y en a, ou
l’exercice, devrait naturellement pour le moins à des discussions
permettre de faire le lien entre financières. La formation entre
formation et compétitivité. dans sa notion de « capital ».
On parle bien d’investissement Maintenant, il semble tout aussi
amortissable. Or, si la demande évident que certaines formations
est forte de la part des entreprises, ne puissent entrer dans cette
l’enjeu ne repose pas que sur logique ROI. En particulier, celles
l’amortissement mais bien de où les facteurs d’évolutions
pouvoir faire entrer la formation à de CA ou de commandes
l’actif du bilan. Et dans ce cadre-là, sont plurifactoriels. Est-ce la
les formations touchant au formation ou le contexte qui
développement des compétences explique cette évolution ? Bien
et les formations internes souvent, cette difficulté est le
devraient être un jour, nous signe d’une mauvaise approche
l’espérons, éligibles. des indicateurs en amont. Mais
quand bien même ce ne serait
L’évaluation liée au calcul du Retour pas possible, on peut quantifier
sur Investissement (ROI) s’en trouve un peu plus qu’aujourd’hui la
ainsi remise à l’ordre du jour
valeur de l’investissement. Il me
Si l’ANC propose une inscription semble que même Monsieur
même rudimentaire, il devrait Kirkpatrick junior indiquait que,
alors être possible de calculer dans le cadre de son Retour sur
le ROI. J’achète une ligne de Attentes, l’attente pouvait être la
production de pâte à papier. justification de l’investissement
Quand bien même le coût de la (niveau 4).
…
Chapitre 2 Droit de la compétence et investissement formation… 41
…
© Dunod - Toute reproduction non autorisée est un délit.
…
42 Partie 1 CADRE ET ENVIRONNEMENT DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE
…
Chapitre 2 Droit de la compétence et investissement formation… 43
…
© Dunod - Toute reproduction non autorisée est un délit.
…
44 Partie 1 CADRE ET ENVIRONNEMENT DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE
…
Il est grand temps d’enterrer que donne l’ANC peut pousser les
la hache de guerre entre directions financières à demander
partisans du ROI et du ROE. L’un aux RH des réponses à des
n’empêche pas l’autre. Et lorsque questions portées par le Codir…
nous trouvons une possibilité Ce serait alors une incitation
de justifier comptablement incontournable. C’est pourquoi
l’investissement, nous gagnons nous préférerions que l’initiative
un point de reconnaissance pour vienne des RH elles-mêmes, et que
nos actionnaires, nos clients et la notion de calcul de l’efficacité
nos salariés. La prise en compte du plan de développement des
de l’investissement dans l’actif de compétences puisse se mettre en
l’entreprise, c’est avant tout le rare place, avec un versus quantifié qui
(seul ?) moyen de prouver que le
permettrait de penser que l’on est
développement de l’entreprise
capable de faire pour le capital
et sa profitabilité se font grâce
humain au moins autant que pour
aux femmes et aux hommes qui
le capital matériel.
la composent. C’est pourquoi il
Et s’il nous fallait encore un
est aussi souhaitable de rejoindre
la préconisation de Marie-Ange argument, nous pourrions
Andrieux et de convaincre les indiquer que les documents
partenaires sociaux de ne plus extra-comptables contiennent
garder en « étalon » le ratio les référentiels RSE, que ceux-ci
formation/masse salariale, mais intègrent la formation, et que les
plutôt le ratio formation/CA… réglementations communautaires
Dans une « culture » de nous obligent à quantifier
l’évaluation, qui, en France, en est financièrement les efforts de
encore restée à l’évaluation « à RSE… une pierre de plus dans
chaud », il semble évident que le notre engagement à donner
changement de paradigme sera à la formation une légitimité
compliqué. Si 70 % des entreprises rationnelle qui n’empêche en rien
ne prennent pas encore le temps une volonté humaniste de définir
de réaliser des évaluations à froid des objectifs où l’homme trouve
sur leurs formations, passer au ROI une place de choix dans son
n’est pas évident. Mais l’indication développement.
Obligation
de former
3 les salariés
et contentieux
de l’employabilité
A
ux termes de l’article L. 6321‑1 du Code du travail, dont la rédac-
tion résulte de l’ordonnance de simplification du Code du travail
du 12 mars 2007, l’employeur est soumis à une double obliga-
tion : assurer l’adaptation des salariés à leur poste de travail et veiller au
maintien de leur capacité à occuper un emploi, au regard notamment
de l’évolution des emplois, des technologies et des organisations.
Les actions de formation sont notamment mises en œuvre par l’employeur
dans le cadre du plan de développement des compétences mentionné
au 1° de l’article L. 6312‑1 du Code du travail, qui se substitue au plan de
formation.
Rappelons également que dans les entreprises d’au moins cinquante sala-
riés, les salariés doivent bénéficier, tous les six ans, d’au moins une action
de formation qui ne soit pas une action de formation « qui conditionne
l’exercice d’une activité ou d’une fonction, en application d’une convention
46 Partie 1 CADRE ET ENVIRONNEMENT DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE
DÉFINITIONS
Actions d’adaptation au poste de travail et actions destinées
à maintenir la capacité à occuper un emploi
Les actions d’adaptation au poste de travail sont celles qui sont directement utilisables
par le salarié dans l’exercice de ses fonctions. Elles ont pour but de lui permettre d’être
plus « efficace » à son poste de travail, ainsi que d’accroître sa polyvalence et son auto-
nomie pour progresser dans son travail. Ce sont donc des actions de formation dont le
résultat est immédiatement mesurable et concret dans le poste occupé par le salarié.
Les actions de développement des compétences liées à l’évolution ou au maintien dans
l’emploi sont les actions qui visent à apporter des compétences qui ne sont pas direc-
tement utilisables dans le cadre des fonctions du salarié au moment où il suit la forma-
tion, mais qui correspondent soit à une évolution prévue du poste de travail, soit à une
modification des fonctions du salarié dans le cadre de son contrat de travail. Ces actions
correspondent donc à une anticipation sur une évolution prévue des fonctions du salarié.
L’ABSENCE DE FORMATION
SANCTIONNÉE PAR LA JURISPRUDENCE
Dans un arrêt du 18 juin 2014, la Cour de cassation réaffirme que l’obligation de veiller
au maintien de la capacité des salariés à occuper un emploi relève de l’initiative de l’employeur.
Cass. soc., 18 juin 2014, n° 13‑14916
C’est aussi dans ce sens que tranche la Cour de cassation dans une décision du
24 juin 2015. Dans cette espèce, une salariée, embauchée en 1982 dans une association
caritative, puis licenciée pour inaptitude en 2009, demandait des dommages-intérêts en
réparation d’un préjudice d’« employabilité ». En effet, en vingt-six ans d’activité profes-
sionnelle auprès de son employeur, elle n’avait bénéficié que d’une action de formation
en 2005 et les formations qu’elle avait demandées avaient été successivement refusées
en 2006 et en 2007.
La cour d’appel avait notamment retenu, pour la débouter de sa demande de
dommages-intérêts, qu’elle n’avait jamais fait usage de son droit individuel à la formation.
La Cour de cassation censure cette décision pour motifs inopérants considérant que
le fait que la salariée n’ait bénéficié que d’une unique formation professionnelle d’une demi-
journée pendant toute la durée de son emploi dans l’entreprise établissait un manquement
de l’employeur à son obligation de veiller au maintien de sa capacité à occuper un emploi,
entraînant nécessairement un préjudice.
Cass. soc., 24 juin 2015, n° 13‑28.784
Certes, le droit individuel à la formation n’existe plus, mais il n’est pas certain que la
Cour de cassation modifie sa jurisprudence au regard du compte personnel de forma-
tion qui crée, au profit de son titulaire, un vrai droit personnel mais qui n’a pas vocation,
selon nous, à rendre le salarié « coresponsable » de son inemployabilité.
alors même que la carence de ce dernier n’avait pas eu d’incidence sur l’exercice par le
salarié de ses fonctions, puisqu’il avait accédé au poste d’adjoint au directeur d’exploita-
tion. Le seul fait que le salarié avait bénéficié, en trente années, que d’une seule forma-
tion correspondant à l’article L. 6321‑1 du Code du travail a constitué un manquement
à l’obligation de formation de l’employeur, peu important l’évolution interne du salarié.
Cass. soc., 12 septembre 2018, n° 16‑24.152
L’INSUFFISANCE PROFESSIONNELLE
ET LE DÉFAUT DE FORMATION
Dès lors qu’il pèse sur l’employeur une obligation de former ses salariés pour les adapter
à leur poste de travail, une telle obligation a nécessairement des conséquences sur la
notion d’insuffisance professionnelle qui peut être invoquée à l’appui d’un licenciement.
© Dunod - Toute reproduction non autorisée est un délit.
Dans une affaire plus récente, une salariée engagée en qualité d’assistante compta-
bilité est licenciée pour insuffisance professionnelle.
La Cour de cassation confirme l’arrêt de la cour d’appel (Paris, 18 février 2005) qui
avait considéré que la formation d’une quinzaine de jours dispensée à la salariée seule-
ment titulaire d’un brevet de technicien était insuffisante pour lui permettre l’exercice
des fonctions de comptable unique de l’entreprise, et affirme le pouvoir d’appréciation
souveraine des juges du fond sur le caractère suffisant ou approprié de la formation.
Cass. soc., 29 novembre 2007, n° 05‑42004
Très récemment, il a été jugé que l’employeur, qui a proposé deux formations en
lien avec les fonctions de directeur commercial du salarié, avait rempli son obligation
de formation de sorte que le salarié ne pouvait soutenir un défaut de formation de
son employeur dans le cadre de la contestation de son licenciement pour insuffisance
professionnelle.
Cass. Soc., 6 Mars 2019, n° 17‑20.886
L
a politique de développement des compétences occupe une place
à part dans les organisations dans la mesure où elle représente
l’une des politiques internes mobilisables pour améliorer, déve-
lopper et consolider l’employabilité et la performance des collabora-
teurs. Il s’agit de permettre à ces derniers de s’adapter aux évolutions
de l’environnement et aux objectifs stratégiques de l’entreprise. Ainsi,
le développement des compétences est perçu comme l’un des princi-
paux leviers internes mobilisables pour résoudre les différentes probléma-
tiques que rencontre l’entreprise concernant ses « ressources humaines »
et ses « capacités dynamiques ». Bien entendu, cette politique n’est pas
indépendante des autres politiques RH de l’entreprise. Elle s’envisage de
manière complémentaire aux actions internes (gestion de carrière, mobi-
lité, rémunérations, restructuration…) et externes (recrutement, acquisi-
tions, alliances, gestion des intérimaires et des prestataires externes…)
mobilisables par les organisations.
Dans le cadre de ce chapitre, dans un premier temps, nous identifions
les différents acteurs mobilisés autour de la question des compétences
afin, dans un deuxième temps, de mettre en lumière leurs enjeux et défis
respectifs (entreprise, salariés, pouvoirs publics, syndicats…).
56 Partie 1 CADRE ET ENVIRONNEMENT DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE
Europe : URSAFF
Syndicats
Union européenne -
FSE ENTREPRISE
État : DIRECTION
État (DFP et ministères) GÉNÉRALE
France compétences
DRH/Pôle
Caisse des dépôts
développement
des compétences OPCO
Région :
DRTEFP, CPIR,
Institutions Représentatives
CARIF-OREF,
du Personnel (CSE)
collectivités
territoriales Lignes hiérarchiques
(managers)
Département :
DDTEFP, bassins, SALARIÉS Branche
agglomérations villes professionnelle
Public : Afpa/Greta,
Cned, Cnam,
Cnfpt, Universités
Parapublic
Opérateurs
Chambres consulaires
Organismes Organismes du CEP
Métiers/
certificateurs de formations (Pôle emploi, APEC,
Agric/Ind
(Cofrac…) externes Cap emploi…)
Privé
Plus de 55 000 OF
1. Pour des raisons de simplification, certains acteurs (alternants, demandeurs d’emploi, missions
locales, CFA…) n’ont pas été mentionnés.
Chapitre 4 Développement des compétences : les acteurs clés 57
L’un des premiers objectifs de la loi « Avenir professionnel » du 5 septembre 2018 est
de simplifier la carte des acteurs afin de donner plus de la lisibilité au champ de la
« formation » et notamment de permettre aux salariés d’être acteurs de leur développe-
ment professionnel.
Pour cela, trois stratégies complémentaires ont été mises en place :
1. La création d’une instance centrale nationale de gouvernance et de finance-
ment de la formation professionnelle et de l’apprentissage : France compétences,
qui remplace une pluralité d’acteurs préexistants : Copanef, Cnefop, Fonds paritaire
de sécurisation des parcours professionnels (FPSPP) et Commission nationale de certi-
fication professionnelle (CNCP). France compétences devient l’acteur pivot du système
pour l’ensemble des parties prenantes. À ce titre, le graphique ci-dessus ne rend pas
compte de ce processus de simplification.
2. La redéfinition des rôles des acteurs :
yy focalisation des OPCO (ex-OPCA) sur l’apprentissage, le financement du plan
France compétences qui s’occupe de les répartir) à partir du 1er janvier 2021 ;
yy la Caisse des dépôts et consignations (gestion et financement du CPF, appli
tation professionnelle ;
yy les organismes certificateurs.
acteurs par leurs fonctions, la limite étant que certains acteurs peuvent endosser plu-
sieurs rôles. Par exemple, les entreprises sont à la fois décideurs (stratégie de développe-
ment des compétences en lien avec les objectifs stratégiques de l’entreprise via la GPEC),
financeurs (contribution obligatoire, budget consacré au plan de développement des
compétences, abondements complémentaires) et réalisateurs (formateurs internes, uni-
versité d’entreprise). Les bénéficiaires sont aussi bien les salariés de l’entreprise que les
demandeurs d’emploi ou encore les alternants.
58 Partie 1 CADRE ET ENVIRONNEMENT DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE
Les bénéficiaires
Les réalisateurs
FOCUS
Les principaux sigles du champ formation
AC Abondements complémentaires (compléments CPF)
ANI Accord national interprofessionnel
AFF Attestation de fin de formation
ATPro Association « Transitions Pro »
BEP Bilan d’étape professionnelle (tous les 6 ans)
BPF Bilan pédagogique et financier (pour les organismes de formation)
BC Bloc de compétences au sein d’une certification professionnelle
CCN Convention collective nationale
CNNCEFP Commission nationale de la négociation collective, de l’emploi et de
la formation professionnelle
CPRDFOP Contrat de plan régional de développement des formations et de
l’orientation professionnelle
CDC Caisse des dépôts et consignations
CEP Conseil en évolution professionnelle
CFA Centre de formation d’apprentis
CF Convention de formation
CPF Compte personnel de formation
CPFT Compte personnel de formation de transition (ex-CIF)
CPA Compte personnel d’activité
…
Chapitre 4 Développement des compétences : les acteurs clés 59
…
CREFOP Conseil régional de l’emploi, de la formation et de l’orientation professionnelle
CPIR Commissions paritaires interprofessionnelles (1 par région)
COFRAC Comité français d’accréditation
CQP Certificat de qualification professionnelle
CQPI Certification de qualification professionnelle interbranches
CRP Convention de reclassement personnalisé
CTP Contrat de transition professionnelle
CUI Contrat unique d’insertion
C2P Compte professionnel de prévention
D-D Data-Dock (plateforme de référencement)
DDA Déclaration d’activité (de prestations de formation)
DIRECCTE Directions régionales des entreprises, de la concurrence, du travail et
de l’emploi
EDEC Engagements de développement de l’emploi et des compétences (accord
entre l’État et les branches professionnelles)
EP Entretien professionnel (tous les 2 ans)
FC France compétences
OPCO Opérateurs de compétences (ex-OPCA)
OF Organisme de formation
PDC Plan de développement des compétences
PE Pôle emploi
PEC Parcours emploi compétences
PIC Plan d’investissement compétences
Pro-A Promotion ou reconversion par l’alternance
Qualiopi Certification qualité
RNCP Répertoire national des certifications professionnelles
RSCH Répertoire spécifique de certifications et d’habilitations
VAE Validation des acquis de l’expérience
© Dunod - Toute reproduction non autorisée est un délit.
Directrice Pôle
de projet CPF juridique I
Délégué
Directrice de projet général Conseiller
accompagnement auprès du
dans l’emploi Délégué général
Mission Département
Département Département Mission
Ressources humaines Action
Pôle emploi de la Stratégie Communication
et Affaires générales territoriale
Sous-direction
Sous-direction Sous-direction Sous-direction
Mutations Sous-direction
Politiques Parcours Financement
économiques Europe
de Formation d’Accès et
et Sécurisation et International
et du Contrôle à l’Emploi Modernisation
de l’emploi
Mission Anticipation
Mission Droit et Mission Emploi Mission Affaires
et Mission
Financement des Travailleurs financières
Accompagnement Affaires financières
de la Formation handicapés et juridiques
des PSE
Mission Anticipation
Mission Mission Accès Mission Ingénierie Mission d’Appui
et Développement
Organisation des Jeunes et Systèmes au Déploiement
de l’Emploi
des Contrôles à l’Emploi d’Information des Programmes
et des Compétences
Organigramme de la DGEFP
(source : https://travail-emploi.gouv.fr/)
L’État a sous sa tutelle Pôle emploi ainsi que l’Association pour la formation profession-
nelle des adultes (Afpa). De plus, il dispose de 45 voix sur 110 (contre 15 pour les régions,
40 pour les partenaires sociaux, 10 pour les personnalités qualifiées) au conseil d’admi-
nistration de France compétences (désigné par le ministère chargé de la formation pro-
fessionnelle, par le ministère chargé du budget et, conjointement, par le ministère chargé
de l’éducation nationale et celui de l’enseignement supérieur). Par ailleurs, il nomme par
décret le président et le Directeur général (après avis du CA) de France compétences.
Sur le terrain, dans le cadre de la politique de décentralisation, c’est le conseil
régional et ses différentes instances (conseil régional de la formation et de l’orien-
tation professionnelle, commissions paritaires interprofessionnelles, direction de la
Chapitre 4 Développement des compétences : les acteurs clés 61
FOCUS
Le plan d’investissement dans les compétences
Le Plan d’investissement dans les compétences (PIC), lancé fin 2017 pour la période
2018‑2022, a pour objectif de renforcer les compétences et d’améliorer la qualifica-
tion par la formation des jeunes et des demandeurs d’emploi, pour permettre un
retour à l’emploi. Doté d’une enveloppe globale de 14,6 milliards d’euros, il souhaite
proposer un « accompagnement renforcé » à un million de jeunes en situation de
décrochage (6,7 milliards d’euros) et à un million de demandeurs d’emploi éloignés
du marché du travail (7,1 milliards). 10 % de cette enveloppe visent la transfor-
mation du système par des expérimentations de nouveaux outils (197 lauréats en
2019 autour de 3 dispositifs : 100 % inclusion, insertion professionnelle des réfugiés,
Prépa apprentissage).
L’État associe les régions au déploiement du PIC à travers des Pactes régio-
naux d’investissement dans les compétences. Deux axes prioritaires sont mis
en avant :
• répondre aux besoins des métiers en tension ;
• contribuer à la transformation des compétences, notamment liée à la transition
écologique et numérique.
Dans le cadre du PIC, le projet « Savoir-être/valoriser son image » a bénéficié à
68 200 bénéficiaires en 2019 et 75 000 en 2020. Il s’agit d’aider les demandeurs
© Dunod - Toute reproduction non autorisée est un délit.
d’emploi à concevoir une candidature plus efficace (identifier ses atouts…), à valo-
riser auprès des recruteurs potentiels les compétences transversales et les savoir-
être professionnels et à mieux cerner les attentes des recruteurs (se mettre dans la
peau du recruteur). D’une durée de 2 à 3 semaines, le dispositif permet notamment
d’Identifier et de développer ses savoir-être manquants pour mieux répondre aux
attentes des entreprises.
Pour aller plus loin : https://travail-emploi.gouv.fr/le-ministere-en-action/plan-
d-investissement-dans-les-competences/plan-d-investissement-dans-les-
competences/espace-presse/
62 Partie 1 CADRE ET ENVIRONNEMENT DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE
EN PRATIQUE
Les efforts de formation : une comparaison entre la France
et les autres pays européens
Avec 51,3 % de ses 25‑64 ans participant chaque année à une action de for-
mation, la France investit comme l’Allemagne dans le domaine de la formation
(52 %) et se situe au-dessus de la moyenne de l’Union européenne (44,4 %)
avec une disparité selon les âges (61,1 % pour les 25‑34 versus 35 % pour les
55‑64 ans) et le niveau de qualification (72,1 % des Bac +3 et plus versus 25 %
pour les salariés ayant un titre inférieur au Bac).
En Europe, on constate que la formation est particulièrement répandue
dans les pays nordiques (Suède, Norvège, Pays-Bas) ou la Suisse ou l’Autriche
(≥ 60 %), contrairement à certains pays du Sud comme la Grèce (autour de
1 %) ou de l’est de l’Europe (Serbie : 19 % ; Roumanie : 7 % ; Pologne : 25 %).
Source : Eurostat, Adult Education Survey.
aux acteurs :
–– OPCO (entre 8 et 13 % pour les salariés d’entreprises de moins de 50 salariés
+ financement de l’alternance) ;
–– CDC (entre 10 et 20 % pour financer le CPF) ;
–– État (PIC : 1,532 milliard d’euros) ;
–– Régions (financement des CFA et aménagement du territoire et du développe-
ment économique) ;
Chapitre 4 Développement des compétences : les acteurs clés 63
de faciliter la résolution des différends entre les usagers et les opérateurs char-
gés d’assurer le conseil en évolution professionnelle des actifs occupés et ceux en
charge des projets de transition professionnelle.
Urssaf
FRANCE
COMPÉTENCES
© Dunod - Toute reproduction non autorisée est un délit.
Formation Plan
des CPF Majoration des TPE-PME
CEP CPF Alternance
demandeurs Transition apprentissage (− de 50
d’emploi salariés)
Appels d’offres
Commission
paritaire Caisse Opérateurs
PIC CEP Régions
interprofessionnelle des dépôts de compétences
régionale
1. Le PRDF est un outil de programmation à moyen terme des actions de formation professionnelle des
jeunes et des adultes et de développement cohérent de l’ensemble des filières de formation. Selon l’ar-
ticle L.214‑13 du Code de l’éducation, « la Région adopte le PRDF et s’assure de sa mise en œuvre. Ce plan a
pour objet de définir une programmation à moyen terme des actions de formation professionnelle des jeunes
et des adultes et de favoriser le développement cohérent de l’ensemble des filières de formation. Il définit égale-
ment les priorités relatives à l’information, à l’orientation et à la validation des acquis de l’expérience ».
Chapitre 4 Développement des compétences : les acteurs clés 67
d’emploi de plus chaque année) et les salariés des très petites entreprises (TPE). Il s’agit d’une
forme d’étatisation de la gestion de la formation car l’État a décidé de gérer ces budgets
(1,06 milliard d’euros en 2010) par une instance nationale, le Fonds paritaire de sécurisation
des parcours professionnels. En cela, elle impute de 5 à 13 % les budgets des entreprises – et
donc indirectement ce qui transitait dans les régions et les branches professionnelles.
De plus, la loi de 2009 affirme la nécessité d’une stratégie nationale coordonnée mise
en œuvre par l’État, les régions et les partenaires sociaux. Il s’agit là encore de mieux
encadrer l’action des régions et des branches. Pour cela, la loi renforce les compétences
du Conseil national de la formation professionnelle tout au long de la vie, qui doit devenir
le lieu d’un débat stratégique annuel sur la formation professionnelle et développer ses
pratiques d’évaluation.
Enfin, l’article 57 modifie les conditions d’élaboration du Plan régional de dévelop-
pement des formations professionnelles en prévoyant une signature de document par
le président de la région et le représentant de l’État dans la région. Ce plan doit déter-
miner les objectifs communs aux différents acteurs sur le territoire régional. Comme le
précise le texte de loi, « le PRDF se traduit par l’établissement de différents schémas et
plans, pour chacune des voies d’accès à la qualification, dont la cohérence finale et la
mise en œuvre effective ne sont pas toujours assurées. Pour permettre une meilleure
coordination des politiques menées, le PRDF devra faire l’objet d’une contractualisation
entre la région et l’État ». Là encore, l’État manifeste sa volonté d’avoir un regard sur la
politique régionale de formation pour s’assurer de sa cohérence.
En particulier, la loi de 2014 prévoit que les régions contribuent à la lutte contre
l’illettrisme, favorisent l’accès de manière égale aux hommes et aux femmes à la
formation professionnelle en développant la mixité, assurent l’accès des personnes
handicapées à la formation, organisent et financent la formation des détenus et
des Français de l’étranger, promeuvent et facilitent l’accès à la VAE, accordent des
aides individuelles et coordonnent les interventions de financement au bénéfice des
demandeurs d’emploi.
Cette décentralisation de la politique de formation passe par la signature d’un
contrat de plan régional de développement des formations et de l’orientation profes-
sionnelle (CPRDFOP) avec l’État. Par ailleurs, dans chaque région, le comité régional de
l’emploi, de la formation et de l’orientation professionnelle (CREFOP) constituera une
68 Partie 1 CADRE ET ENVIRONNEMENT DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE
EN PRATIQUE
Les compétences de l’ère de l’intelligence artificielle
…
– Les connaissances fondamentales
yyÉcrire et lire.
yyCompter.
tifiques.
yyCulture informatique : capacité à appréhender les technologies et à intera-
s’adapter.
yyLeadership : charisme, force de persuasion, capacité à susciter la confiance.
Administrateurs internes RH
Rôle : traçabilité des actions
Université de l’entreprise DRH/GRH/DG
et/ou organisme Rôle : décision au niveau stratégique
de formation interne (adaptation et anticipation)
Rôle : définition de programmes
…
C’est un point positif de la réforme d’élargir la définition de ce qu’est une action
de formation : à titre d’exemple, la participation à des conférences peut être très
apprenant pour des experts.
Nous constatons que les équipes qui sont dans cette dynamique se for-
ment globalement aujourd’hui 25 % de plus que les autres ! C’est un sacré
résultat. »
(Source : Interview par Michel Barabel de Anne Grjebine,
directrice Campus3 & Innovation RH, Air France)
FOCUS
Attitude vis-à-vis de la formation des PME françaises
© Dunod - Toute reproduction non autorisée est un délit.
Toutes les études le confirment, les petites entreprises forment moins leurs salariés que
les plus grandes. C’est d’ailleurs l’un des objectifs de la réforme de flécher des fonds
formation pour les salariés des entreprises de moins de 50 salariés. Néanmoins, dans les
faits, une étude du Cereq s’appuyant sur les données fournies par l’enquête Defis 2015
montrent que leurs pratiques sont hétérogènes en fonction principalement de leurs stra-
tégies de développement. Dans les faits, trois catégories d’entreprise sont distinguées :
• les entreprises dites « managériales et formatrices » (forte importance de tous
les leviers stratégiques, la compétitivité des prix comme l’innovation et l’origina-
lité des produits ou services), qui visent la croissance. Elles ont des pratiques en
matière de formation proches de celles des grandes entreprises (44 % de salariés
formés chaque année) ;
…
74 Partie 1 CADRE ET ENVIRONNEMENT DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE
…
• les entreprises dites « traditionnelles » (plus anciennes, et souvent issues d’une
transmission familiale ou d’une reprise où les dirigeants, peu diplômés, cherchent
surtout à maintenir l’activité), où la formation se résume aux aspects légaux et
réglementaires (24 % des salariés formés annuellement) ;
• les entreprises dites « entrepreneuriales », pilotées par leur créateur qui vise une
stratégie de différenciation ou de spécialisation, dont les besoins en compé-
tences, plus spécifiques, sont peu couverts par l’offre de formation traditionnelle,
ce qui les pousse à développer davantage les apprentissages au travail (31 % des
salariés formés annuellement).
Les Les
Les « », « entrepreneuriales »,
« managériales », qui se concentrent sur à la recherche de Ensemble
formatrices les exigences compétences
En % réglementaires
Taux d’entreprises formatrices* 80 54 58 65
Taux de salariés formés 44 24 31 34
53 61 57 56
obligatoire
…
solliciter leurs pairs quand ils ont pas une évolution incrémentale.
un problème ou alors vont sur Dire que l’on veut donner la
YouTube pour visionner une vidéo. responsabilité aux collaborateurs
3. Dans notre vision en tant du pilotage d’une partie de leur
qu’entreprise apprenante, développement nous oblige à
donner le “pilotage au tout changer. »
collaborateur” ne consiste pas 3°) Nicolas Roland, Head of Engie
à l’abandonner et à décharger University
l’entreprise de sa responsabilité.
« Le premier enjeu auquel la
Nous avons donc considéré
formation doit faire face est de
que le manager était un acteur
faire du collaborateur le propre
central de l’apprenance.
acteur de son développement
Il doit avoir un rôle de
personnel. Cela nécessite de
développeur de ses équipes
mettre en place une double
et d’accompagnateur de leurs
approche : 1) Nous devons créer
parcours d’apprentissage.
au sein de l’entreprise une culture
4. Le quatrième axe est celui de la
du learning, de l’apprentissage
transmission : pour accélérer,
et de la formation. Autrement
pour s’intéresser aux sujets les
dit, nous devons créer les
plus chauds du groupe, il faut
conditions qui donnent envie
qu’on capitalise encore plus sur
aux gens d’apprendre et de se
l’apprentissage entre pairs, il
former. 2) Nous devons avoir une
faut qu’on fasse de nos patrons,
approche orientée vers le plus
de nos leaders, des “Teachers”.
grand nombre de collaborateurs
5. Pour être une entreprise En contrepartie, il faut que
apprenante, il faut que chaque collaborateur aujourd’hui
l’apprentissage devienne développe par lui-même cette
une culture, c’est-à-dire que culture d’apprentissage et cet
cela fasse partie des valeurs, appétit pour la formation.
des rituels, des espaces de
Le deuxième enjeu est lié à
l’entreprise, des critères de
la nécessité de multiplier les
détection des potentiels.
opportunités et les modalités
L’apprentissage doit être
d’apprentissage pour les
présent, visible et permanent.
collaborateurs. Il faut travailler
6. Enfin, le sixième axe pourrait sur l’ingénierie pédagogique,
se résumer de la manière suivante : trouver les nouvelles façons
si l’on veut que les cinq premiers de faire apprendre et créer les
axes se réalisent, le métier des conditions pour que les gens
acteurs et des responsables puissent apprendre, que ce soit en
des apprentissages doit se utilisant, bien entendu, le digital,
réinventer. Ce que vit le métier mais également en développant
du “learning and development” les formations sur le lieu de travail
est une vraie disruption. Ce n’est ou d’autres modalités. Nous
…
Chapitre 4 Développement des compétences : les acteurs clés 77
…
devons aussi être en capacité de formation, à mettre en place des
développer les compétences de processus industrialisés avec
nos collaborateurs à n’importe quel un seul niveau d’entrée, un seul
moment, à n’importe quel endroit, parcours et un seul niveau de
sur n’importe quel support. sortie. En réalité, les différences
Enfin, nous devons passer du des apprenants étaient niées.
“push” au “pull”. Il ne s’agit plus de C’était le même programme quel
pousser des contenus avec une que soit son niveau d’entrée,
vision descendante et uniforme de d’expertise ou d’ancienneté dans
la formation, mais de donner envie l’entreprise. Aujourd’hui, on doit
et d’attirer les apprenants. Et pour être en capacité de bien connaître
cela, nous devons personnaliser nos apprenants pour les pousser
la formation. Les parcours vers la formation, le module
doivent être individualisés. On ou l’expertise qui sont les plus
avait tendance, notamment en adaptés pour chacun d’entre eux ».
(Source : interviews réalisées par Michel Barabel pour les Mag RH,
n° 4, janvier 2019 et n° 9, février 2020.)
Les organisations patronales (MEDEF, CGPME, U2P…) sont les représentants des entre-
prises au niveau national (France compétences), régional, professionnel (branche) et au
sein des organismes paritaires en charge de la formation (OPCO).
À chaque niveau, elles mènent les négociations avec les syndicats de salariés :
–– accord triennal de branche sur la formation : moyens, priorités, objectifs, VAE,
accès aux certifications, abondements… ;
–– accord national interprofessionnel sur la formation : fixe le champ réglementaire
au niveau national de la formation professionnelle.
© Dunod - Toute reproduction non autorisée est un délit.
À ce titre, elles disposent d’une place relativement importante dans le système fran-
çais de formation professionnelle dans la mesure où :
–– elles siègent au conseil d’administration de France compétences avec trois repré-
sentants des organisations professionnelles d’employeurs représentatives au
niveau national et interprofessionnel (MEDEF, CGPME, U2P) et disposent au total
de 20 voix comme les représentants syndicaux ;
–– elles participent à la production, avec les syndicats de salariés, de nombreuses
normes liées à ce domaine ;
–– elles siègent dans les commissions professionnelles consultatives des ministères
de l’Éducation nationale et du Travail (définition des critères de certification des
savoirs correspondant aux qualifications professionnelles), dans les commissions
78 Partie 1 CADRE ET ENVIRONNEMENT DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE
LES SALARIÉS
Les salariés vivent depuis quelques années une transformation de leur rapport à l’entre-
prise. Alors que la carrière type dans les années 1970 suivait un « modèle linéaire »,
ce modèle s’est fortement dégradé dans les années 1980 ‑ 1990 jusqu’à être totalement
remis en cause dans les années 2000. Il a fait place à un nouveau modèle de carrière qua-
lifié de « circulaire », où le salarié connaît des cycles de carrière successifs qui peuvent
à tout moment être interrompus de manière volontaire (choix délibéré du salarié) ou
subie (choix de l’employeur se faisant au détriment du salarié) avec, à mesure du vieil-
lissement du collaborateur, des risques que les « chocs de carrière » soient de plus en
plus subis, fréquents et irréversibles (difficulté à retrouver un emploi).
Ces tendances sont amplifiées du fait de la révolution technologique. Ainsi, selon
une étude de l’OCDE, à l’horizon de 2050 la formation continue représentera jusqu’à
10 % du temps de travail des actifs, soit largement plus du double d’aujourd’hui. Pour
rester employables, les individus devront se former tout au long de leur vie de manière
quasi continue. Pour ce faire, grâce à des veilles (mobilisant notamment l’IA et les datas),
les salariés pourront identifier les compétences clés émergentes à maîtriser pour pré-
server leur employabilité. La fonction RH devra également proposer pour chaque com-
pétence cible une offre de formation multimodale (micro learning, vidéos, MOOC, FEST,
blended learning, VR, dispositifs apprenants…). À charge ensuite pour le salarié de s’en
saisir et d’être acteur de son parcours de formation.
FOCUS
Retour sur les tendances en matière de formation
par Michel Barabel et Julien Huelvan
Six clés permettent d’appréhender le monde de l’appartenance aujourd’hui.
© Dunod - Toute reproduction non autorisée est un délit.
…
Clé 2 : au plus proche des collaborateurs. Les formats d’apprentissage évoluent
et sont de plus en plus adaptés au quotidien souvent très chargé des collaborateurs.
Avec des modules de plus en plus courts, attractifs et interactifs, les capsules de
micro learning peuvent être assimilées en quelques minutes en attendant le début
d’une réunion ou entre deux tâches plus chronophages par exemple. Toujours plus
proche du terrain, le collaborateur a dans sa poche, via le mobile learning, une véri-
table trousse à outils d’apprentissage qu’il peut « consommer » au bon endroit et
au bon moment. Imaginez par exemple un agent de terrain qui peut apprendre les
règles d’une nouvelle procédure directement sur le terrain, dans son contexte, sans
avoir à se rendre dans une salle de formation. L’évolution de ces formats permet
également d’en multiplier la fréquence. Réduit à sa plus stricte essence, l’apprentis-
sage peut ainsi être quotidien sans être envahissant et gagner en efficacité.
Risque identifié : la consommation de formats courts qui traitent en surface des
sujets et rendent difficiles les parcours d’apprentissage cohérents (zapping, hyper
activité…).
Clé 3 : l’apprentissage augmenté. Si les LMS (Learning Management System) et
le e-learning ont permis d’améliorer l’accès à l’apprentissage et sa plus large diffu-
sion, les nouvelles avancées vont permettre d’aller beaucoup plus loin. Force est
de constater que l’IA en est encore à ses balbutiements. Néanmoins, grâce à la
collecte des data (traces des apprenants) et aux techniques d’analyse de ces mêmes
data, nous assistons au développement des bots conversationnels et des assistants
d’apprenance IA, qui accompagnent un individu pour être acteur de son plan de
développement des compétences. À cela s’ajoutent différentes modalités techno-
logiques comme la réalité virtuelle, qui donnent les moyens de créer des environ-
nements d’apprentissage immersifs, bien utiles dans certains cas, afin de permettre
d’économiser des coûts de déplacement ou de déployer des formations auprès du
plus grand nombre.
Risque identifié : la gadgétisation technologique au détriment des apprentissages
sociaux et au détriment du sens.
Clé 4 : la mutation de l’environnement technologique. Auparavant essen-
tiellement limité au LMS, l’environnement technologique de formation est
aujourd’hui bousculé par les start-up RH (plus de 150 dans le domaine du learning
rien qu’en France, en grande partie fédérées autour du Lab RH…), d’où fleurissent
les nouvelles manières d’apprendre et les canaux d’apprentissage alternatifs.
Devant cette nouvelle nébuleuse de canaux d’apprentissage alternatifs, le LMS
a un rôle de plus en plus recentré. Il doit devenir un pont (un système capable
d’interfacer) qui fait le lien entre toutes ces solutions innovantes. Les LMS nou-
velles générations sont contraints de s’ouvrir afin d’accueillir ne serait-ce que les
données de tous ces nouveaux supports de formation pour les centraliser (et le
nouveau format xAPI va dans ce sens) et également afin de garantir la sécurité
des données et de donner les moyens aux directeurs du learning de piloter et
d’analyser les data formations.
…
Chapitre 4 Développement des compétences : les acteurs clés 81
…
Risque identifié : la multiplication et la coexistence de différents outils dont cer-
tains sont peu sécurisés et non pérennes (risque important de disparition d’une
start-up).
Clé 5 : apprendre pour et sur soi. Par le passé, les formations se sont souvent
focalisées sur les hard skills (compétences techniques) et les soft skills (compétences
comportementales). Mais elles doivent aujourd’hui également aider l’apprenant à
mieux se connaître : quel est mon projet de vie ? Quel est mon projet professionnel
idéal ? Comment prendre de la hauteur et m’interroger sur moi-même ? Comment
atteindre mes objectifs ? L’ambition est de pousser l’apprenant à avoir une posture
réflexive pour lui permettre de donner du sens à son parcours d’apprentissage et
donc par la suite à s’y engager plus fortement parce qu’il adhère et comprend tota-
lement son utilité.
Risque identifié : effacer la frontière vie professionnelle/ vie personnelle et faire une
intrusion dans l’intimité du collaborateur.
Clé 6 : apprendre et transmettre l’apprentissage au quotidien. Aujourd’hui,
dans la conception que l’on se fait de l’entreprise apprenante, la capacité à
transformer ses collaborateurs en « enseignants » est un élément clé. Comment
pousser les collaborateurs à transmettre certaines de leurs compétences ? Quelle
dynamique mettre en place pour renforcer les échanges de bonnes pratiques, les
interactions et les mécanismes d’entraide ? Comment faire du lieu de travail, un
lieu d’apprentissage permanent ? Comment s’assurer que dans une journée de
travail, les moments d’apprentissage soient les plus nombreux possible ? Autant
de questions qui montrent que la posture des salariés doit changer : non seule-
ment acteur de leur développement mais également transmetteur de contenu
d’apprentissage !
Risque identifié : imposer aux collaborateurs ces moments d’échange et en faire des
outils formels et institutionnels au détriment des logiques informelles et v olontaires.
(Source : Michel Barabel et Julien Huelvan, « 6 clés pour l’environnement du learning
et ses évolutions », Mag RH, n° 4, janvier 2019)
© Dunod - Toute reproduction non autorisée est un délit.
FOCUS
Les dix formations les plus demandées via le CPF de 2015 à 2018
De 2015 à 2018, près de 900 000 formations ont été suivies par les salariés du
secteur privé dans le cadre du compte personnel de formation (CPF), entré en
vigueur le 1er janvier 2015. Les langues vivantes arrivent très largement en tête des
demandes.
Les 10 principaux domaines de formations suivies par les salariés
En %
2015 2016 2017 2018
Langues vivantes, civilisations étrangères et régionales ........... 49,2 39,1 38,5 38,8
Informatique, traitement de l’information,
réseaux de transmission ............................. ................. ............................. ...... 6,1 11,3 12,0 12,2
Transports, manutention, magasinage............................. ................. 7,3 11,9 12,2 11,7
Développement des capacités d’orientation, d’insertion
ou de réinsertion sociales et professionnelles ............................. 5,2 3,7 7,4 8,7
Sécurité des biens et des personnes, police, surveillance ...... .. 1,8 3,3 4,1 3,8
Spécialités plurivalentes des échanges et de la gestion...... 2,8 3,3 3,0 3,2
Commerce, vente ...................................... ...................................... .................... 2,4 1,7 1,6 1,8
Finances, banque, assurances, immobilier ...................................... 2,6 2,0 1,9 1,5
Ressources humaines, gestion du personnel,
gestion de l’emploi ............................................................................................. 1,4 1,3 1,1 1,4
Enseignement, formation ............................................................................. 0,9 1,3 1,4 1,4
Autres ......................................................................... .................................................. 20,3 21,1 16,8 15,4
Ensemble............................................................................................................................ 100,0 100,0 100,0 100,0
(Source : https://dares.travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/dares_resultats_
compte_personnel_formation_2018.pdf
(logique de convergence) ;
yy s’opposer aux objectifs stratégiques de l’entreprise (démarche individuelle
FOCUS
Les ancres de carrière pour identifier le projet professionnel
des salariés et l’incidence sur les attentes de formation
La question du projet professionnel peut être abordée au travers du concept
d’ancre de carrière développé par Schein (1978). Il se définit comme ce qu’un indi-
vidu considère comme le plus important et non négociable dans sa carrière. Cette
ancre dominante est le produit de trois perceptions que l’on a de soi : (1) perception
…
84 Partie 1 CADRE ET ENVIRONNEMENT DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE
…
de ses capacités et talents ; (2) perception de ses motivations et besoins ; (3) per-
ception de ses attitudes et valeurs. En ce sens, il s’agit d’une analyse subjective de
soi-même qui va guider et contraindre tout salarié sur les décisions majeures qu’il
va être amené à prendre au cours de sa carrière. On peut identifier huit ancres de
carrière :
1. La compétence technique : les individus cherchent avant tout à être reconnus
pour leur expertise. Ils ont la volonté d’être des bons spécialistes reconnus par leurs
pairs. Ils privilégient le contenu du travail au contexte. Ils sont à la recherche de
formation technique et d’évolution dans des métiers d’expertise.
2. La compétence manager général : l’individu a comme ambition d’atteindre
assez rapidement un poste de direction. Il souhaite obtenir des responsabilités
et veut développer ses compétences relationnelles et cognitives. Il recherche les
promotions de type vertical. À ce titre, la formation est un moyen d’obtenir ses
objectifs de carrière (cibler les formations repérées comme des tremplins pour des
promotions, cibler des compétences rares et valorisables, privilégier les formations
au management…).
3. L’autonomie et l’indépendance : l’individu a un besoin primordial d’être libre
et d’avoir le moins possible de contraintes organisationnelles. On retrouve peu ces
profils dans les grandes entreprises privées ou publiques, mais plus généralement
dans les carrières de travailleurs indépendants (avocats, médecins, consultants…).
La formation est un moyen de privilégier ses choix de carrière et de renforcer son
autonomie.
4. La sécurité/stabilité : l’individu recherche en priorité la stabilité dans l’entre-
prise. Il privilégie le contexte de son travail à son contenu. L’individu a une attitude
passive face à la formation ou privilégie les formations qui lui permettent de ren-
forcer son enracinement dans l’organisation.
5. La créativité entrepreneuriale : l’individu est mû par la volonté de créer, d’inno-
ver et de proposer des solutions créatives. La formation est un moyen d’acquérir de
nouvelles compétences (nouvelles méthodes et pratiques) au service de la créati-
vité du salarié.
6. Le dévouement à une cause : l’individu est attiré par des emplois ou des entre-
prises correspondant à ses valeurs personnelles. La formation n’est pas une finalité
en soi pour le collaborateur. Elle peut néanmoins être dans certains cas au service
du projet du salarié.
7. Le défi pur : l’individu recherche les challenges, aime surmonter des obstacles et
les situations difficiles. La formation n’est pas perçue comme stratégique.
8. Le style de vie/qualité de vie : l’individu privilégie sa vie personnelle à sa
vie professionnelle. Il peut être amené à renoncer à des évolutions de carrière
intéressantes.
Chapitre 4 Développement des compétences : les acteurs clés 85
Dans les entreprises d’au moins 50 salariés, le comité social et économique (CSE)
est consulté sur les orientations stratégiques de l’entreprise en matière de forma-
tion professionnelle. Cette consultation porte chaque année sur les orientations
de la formation professionnelle dans l’entreprise et sur le plan de développe-
ment des compétences (article L. 2312‑24 du Code du travail).
Une base de données économiques et sociales rassemble l’ensemble des infor-
mations nécessaires aux consultations et informations récurrentes qu’il incombe
à l’employeur de respecter. Les informations suivantes (cf. articles R. 2312‑8 et
R. 2312‑9 du Code du travail) sont requises dans la base de données économiques
…
86 Partie 1 CADRE ET ENVIRONNEMENT DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE
…
et sociales, à la rubrique dédiée à la formation professionnelle (investissements
en formation, publics concernés) :
� l es orientations de la formation professionnelle dans l’entreprise telles qu’elles
résultent de la consultation prévue à l’article L. 2312‑24 ;
� le résultat éventuel des négociations prévues à l’article L. 2241‑6 ;
� le bilan des actions comprises dans le plan de formation de l’entreprise pour
l’année antérieure et pour l’année en cours, comportant la liste des actions de
formation, des bilans de compétences et des validations des acquis de l’expé-
rience réalisés, rapportés aux effectifs concernés répartis par catégorie socio-
professionnelle et par sexe ;
� les informations, pour l’année antérieure et l’année en cours, relatives aux congés
I de l’article L. 6315‑1 ;
� le bilan, pour l’année antérieure et l’année en cours, des conditions de mise en
de congé formation ;
� nombre de contrats d’apprentissage conclus dans l’année.
…
Le CSE et la commission de formation sont consultés sur les problèmes géné-
raux relatifs à la mise en œuvre des dispositifs de la formation continue (dont
le plan de développement des compétences) et de la validation des acquis de
l’expérience.
…
un rendez-vous social trajectoires professionnelles. Il s’agit
extrêmement important. Sans de délivrer un service tout au long
la CFDT, les abondements des de la vie permettant à chacun de
entreprises au CPF de leurs salariés faire des choix éclairés, car il n’y a
relevaient de la seule décision de pas meilleur expert de son parcours
l’employeur. Aujourd’hui, seul un professionnel que soi-même. Et
accord collectif pourra déterminer la formation professionnelle n’est
le montant et les priorités de ces pas la seule question, et rarement
abondements. la première : les problématiques
La mobilisation de la CFDT sera d’épuisement professionnel, les
entière pour donner vie aux droits difficultés sociales ou de santé, les
nouveaux que nous avons conquis conditions de vie, de transport et
par cette loi. Car une réforme ne se de travail, la reconnaissance que
décrète pas : elle se construit dans le l’on attend dans l’exercice de son
réel, en donnant du sens pour garder métier, les valeurs auxquelles on
le cap, mais en tenant également tient… sont autant de questions
compte de ce que les bénéficiaires essentielles pour chaque travailleur.
des droits en font. Finalement, L’ambition de la CFDT est d’agir à la
c’est moins l’intention de départ fois sur les cas et sur les causes : les
qui compte (même s’il n’y a pas de cas de celles et ceux qui ont besoin
transformation sans ambition sociale d’être accompagnés dans leurs
et vision de l’avenir), mais la capacité transitions professionnelles ; les
d’appropriation de ces droits causes systémiques de notre offre
nouveaux par leurs bénéficiaires, de formation, qui doit être plus
et donc la valeur d’usage qu’ils leur personnalisée, et de notre offre
donnent. de certification professionnelle,
Pour la CFDT, l’enjeu est de renforcer qui doit offrir plus de passerelles
le pouvoir d’agir des actifs sur leurs autour des blocs de compétences.
(Source : Yvan Ricordeau, « Donner vie aux nouveaux droits à la formation »,
Mag RH, n° 4, janvier 2019.)
…
de grande ampleur en étant force constitue à ce titre un véritable
de propositions. Organisation droit à l’accompagnement
syndicale de construction sociale, universel et gratuit. Par ailleurs,
la CFTC a appréhendé ce sujet avec bien que cette réforme appelle à
l’objectif que chaque individu, quel davantage d’individualisation des
que soit son profil, puisse bénéficier formations (le salarié devenant
tout au long de sa vie d’un droit l’acteur principal de son parcours
effectif et efficient à la formation. professionnel), la CFTC a œuvré
Ce droit devant lui permettre à la pour maintenir les obligations des
fois de sécuriser et d’accomplir son employeurs en matière de gestion
parcours professionnel au plus près des compétences des salariés
de ses aspirations. dans l’entreprise, à savoir assurer
Pour ce faire, il fallait procéder l’adaptation des salariés au poste
à de nombreux ajustements du de travail et veiller à leur capacité
Compte personnel de formation à occuper un emploi (obligation
(CPF), notamment son alimentation d’employabilité). Obligations
revue à la hausse (35 heures par qui doivent être complétées par
an pour un plafond de 400 heures les entretiens professionnels
et 55 heures par an pour les (obligatoires tous les deux ans
moins qualifiés, pour un plafond avec un bilan au bout de six ans).
de 550 heures), son éligibilité Pour la CFTC, l’ANI du 22 février
au bilan de compétences et au 2018 sur la formation, couplé aux
permis de conduire VL et PL et y nouvelles règles sur l’apprentissage
intégrer le Congé individuel de et l’alternance, répond à nos
formation (CIF) pour réaliser des revendications parmi lesquelles : se
formations longues dans le cadre former en fonction de ses besoins
d’un projet professionnel ou d’une (jeunes, demandeurs d’emploi,
reconversion (CPF de transition). bas niveaux de qualification,
Ce que nous souhaitions, c’est faire personnes handicapées, salariés,
du CPF un véritable droit universel fonctionnaires, indépendants…)
destiné à promouvoir l’autonomie et non en fonction des moyens ;
de la personne, indépendamment simplifier le système pour le rendre
de son statut. Dispositif phare à la fois plus transparent et plus
© Dunod - Toute reproduction non autorisée est un délit.
…
En revanche, sur les mesures d’un médiateur afin de remédier
relatives aux formations en aux ruptures de contrat. Enfin, la
alternance, la CFTC se félicite de CFTC considère que la réussite de
voir la plupart de ses propositions cette réforme repose en grande
intégrées dans la loi, telles que : partie sur un accompagnement
l’information/conseil en amont de qualité tant au niveau des
pour les jeunes et leurs familles bénéficiaires que des entreprises.
pour choisir ce type de formation Celui-ci doit s’opérer en plusieurs
en toute connaissance de cause ; temps. Dans un premier temps,
l’encadrement obligatoire du les outils d’information/conseil
jeune en alternance par un permettent de faire émerger
tuteur/maître d’apprentissage ; un projet professionnel ou de
la possibilité de poursuivre ses formation. Puis dans un second
études en CFA en cas de rupture temps vient l’accompagnement
du contrat d’apprentissage le dans les démarches avec la
temps de retrouver un nouvel recherche d’une certification
employeur ; la hausse de la (diplôme, titre professionnel
rémunération des apprentis de ou CQP), d’un prestataire de
30 €/mois ; l’aide de 500 € pour formation, d’un financement…
passer le permis de conduire ; la Cet accompagnement doit se
possibilité de réaliser une partie poursuivre durant la formation, de
de sa formation à l’étranger dans l’arrivée du stagiaire (en entreprise
le cadre du programme Erasmus ou en centre de formation) jusqu’à
Pro ; la mise en place dans chaque la phase d’évaluation finale.
CFA d’un référent handicap et
(Source : Philippe Lefloch, « Quel regard sur la réforme ? »,
Mag RH, n° 4, janvier 2019.)
Chapitre 4 Développement des compétences : les acteurs clés 91
…
Au niveau de l’alternance, les c’est une reprise en main par l’État,
changements sont également au détriment des organisations
immenses. Quand les régions syndicales. La tendance à réduire
étaient parties prenantes dans leur place dans les instances de
son financement et donc dans gouvernance, comme France
sa répartition territoriale, il y compétences, conduit à se
avait une coordination et une priver de leur expertise et de la
complémentarité, même très connaissance du travail qu’elles
imparfaites, entre l’apprentissage portent. C’est surtout exclure
et la formation initiale sur les les salariés des décisions les
territoires. Cela n’existe plus concernant, en marginalisant leurs
aujourd’hui. La décision de représentants.
modifier ces structures de Les OPCO ont aussi vu leurs
financement, de financer les ressources diminuer. La répartition,
CFA au coût contrat, a placé par France compétences, des
l’apprentissage dans un marché collectes et de la péréquation les
concurrentiel, dans lequel les rend directement dépendants de
entreprises, en créant leurs propres cette institution publique où la
CFA, vont pouvoir se glisser sans voix de l’État est prépondérante,
vergogne. Cela a fragilisé un grand et des décisions politiques en
nombre de centres de formation matière d’alternance ou de
d’apprentis et marginalisé les plan de développement des
lycées professionnels dont le compétences. Ce sont enfin les
nombre va être réduit là où, déjà, moyens de fonctionnement
dans les territoires, les besoins de mais surtout les moyens dédiés
formation peinent à être satisfaits. initialement à la formation des
De plus, la crise économique et salariés en emploi qui ont été
sociale qui s’annonce risque de récupérés par l’État au sein de
se traduire très rapidement par France compétences, et affectés à
une baisse de 30 % du nombre d’autres utilisations, comme le PIC.
de contrats d’apprentissage, Par ailleurs, la décision du
réduisant d’autant les perspectives gouvernement de ne plus
de formation et d’insertion autoriser le financement sur les
professionnelle pour toute une fonds mutualisés du plan de
génération de jeunes. développement des compétences
La réforme n’a pas seulement des entreprises de 50 à 250 salariés
bouleversé en profondeur va entraîner, dans ces entreprises
les droits à la formation qui n’ont parfois que de faibles
professionnelle : elle a aussi ressources et sont de plus
explosé sa structuration rarement ou peu équipées en RH,
institutionnelle et ses canaux de une dégradation des conditions
financements. Ces choix politiques d’accès à la formation pour leurs
ne sont pas seulement techniques : salariés.
…
Chapitre 4 Développement des compétences : les acteurs clés 93
…
Cette réforme bouleverse Pour que la formation soit un
profondément notre système de véritable outil d’émancipation
formation professionnelle. Elle pour les salariés, la CGT propose
remet en cause les équilibres notamment :
qui avaient été construits, puis –– que 10 % des heures travaillées
préservés pendant des décennies soient consacrées à la
entre les exigences économiques formation ;
et les aspirations à faire de –– que celles-ci soient validées par
la formation professionnelle des qualifications reconnues ;
un outil de progrès social et –– que les formations soient faites
d’émancipation personnelle sur le temps de travail ;
pour les salariés. Ces équilibres –– que la part de financement des
n’étaient pas parfaits, mais ils entreprises soit augmentée ;
s’étaient améliorés au cours des –– la création d’un pôle public de
décennies. Cette réforme s’inscrit la formation professionnelle ;
dans le virage néo-libéral des –– l’augmentation du financement
politiques sociales, notamment du CPF de transition, qui a
depuis 2012. Elle en est à la fois la succédé au CIF, au niveau
continuité, mais elle s’affranchit des besoins de reconversion
des scrupules et des hésitations de professionnels qui vont être
la précédente majorité. aggravés par la crise.
LES OPCO
Les OPCO sont des organisations paritaires. Ils disposent d’un conseil d’administration
composé d’un nombre égal de représentants des employeurs et des salariés. Sa compo-
sition tient également compte de la diversité des branches professionnelles adhérentes.
Un commissaire du gouvernement assiste aux séances du conseil d’administration avec
© Dunod - Toute reproduction non autorisée est un délit.
voix consultative. Par ailleurs, les OPCO disposent désormais d’un Contrôleur général
économique et financier (nommé par Bercy).
Les opérateurs de compétences agréés depuis le 1er avril 2019 sont au nombre de
11 (rassemblement par branche professionnelle) :
yy AFDAS – Culture, médias, loisirs, sport
yy AKTO – Entreprises à forte intensité de main-d’œuvre
yy ATLAS – Services financiers et conseil
yy OCAPIAT – Agriculture, pêche, agroalimentaire
yy OPCO 2i – Interindustriel
94 Partie 1 CADRE ET ENVIRONNEMENT DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE
FOCUS
Les modalités d’agrément des OPCO
L’agrément d’un OPCO est délivré par arrêté du ministère du Travail et il est subor-
donné à :
• l’existence d’un accord conclu à cette fin entre les organisations d’employeurs et
de salariés représentatives dans le champ d’application de l’accord ;
• la cohérence et la pertinence économique du champ d’intervention de l’OPCO ;
• la capacité financière et les performances de gestion de l’OPCO – celui-ci doit être
en capacité de mettre en œuvre une comptabilité analytique ;
• son aptitude à assurer ses missions, notamment des services de proximité à
ses entreprises adhérentes grâce à des implantations territoriales (le cas échéant,
la capacité d’intervention dans les territoires d’outre-mer) ;
• un montant estimé des ressources gérées annuellement supérieur à 200 millions
d’euros et/ou la capacité à accompagner un nombre d’entreprises adhérentes
supérieur à 200 000 entreprises ;
• son mode de gestion paritaire.
…
Chapitre 4 Développement des compétences : les acteurs clés 95
…
Une fois que les Urssaf (à partir du 1er janvier 2021) ont collecté la Contribution
unique à la formation professionnelle et à l’alternance, une partie de cette dernière
est par la suite reversée aux OPCO en fonction d’un plan de redistribution élaboré
par France compétences. Ce budget permet aux OPCO de réaliser leurs quatre prin-
cipales missions :
1. Assurer le financement des contrats d’apprentissage et de professionnalisation,
selon les niveaux de prise en charge fixés par les branches professionnelles.
2. Apporter un appui technique aux branches professionnelles pour :
• établir la gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences (GPEC) ;
• déterminer les niveaux de prise en charge des contrats d’apprentissage et des
contrats de professionnalisation ;
• les accompagner dans leur mission de certification (construction des référen-
tiels de certification qui décrivent précisément les capacités, compétences et
savoirs exigés pour l’obtention de la certification visée).
3. Assurer un service de proximité au bénéfice des très petites, petites et moyennes
entreprises, permettant :
• d’améliorer l’information et l’accès des salariés de ces entreprises à la formation
professionnelle ;
• et d’accompagner ces entreprises dans l’analyse et la définition de leurs
besoins en matière de formation professionnelle, notamment au regard des
mutations économiques et techniques de leur secteur d’activité.
4. Favoriser la transition professionnelle des salariés, notamment par la mise en
œuvre du compte personnel de formation dans le cadre des projets de transition
professionnelle.
sionnel, les Associations « Transitions Pro » (intitulée dans la loi Commissions paritaires
interprofessionnelles – CPIR) se sont substituées aux Fongecif. Elles sont agréées par
l’État et sont composées de représentants des organisations syndicales de salariés et
des organisations professionnelles d’employeurs représentatives au niveau national et
interprofessionnel. Ces commissions, qui sont des instances régionales dotées de la per-
sonnalité morale, sont gérées par une association paritaire administrée par un conseil
d’administration dont les règles d’organisation et de fonctionnement sont définies par
un accord national interprofessionnel (ANI) conclu entre les organisations d’employeurs
et de salariés. Dix-huit associations paritaires Transitions Pro sont identifiées : ATpro
Hauts-de-France, ATpro Bretagne, ATpro Centre-Val de Loire, ATpro Corse…
96 Partie 1 CADRE ET ENVIRONNEMENT DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE
EN PRATIQUE
Le CPF de transition
…
À réception de la demande, l’employeur a l’obligation de répondre au salarié
dans les 30 jours. En l’absence de réponse de l’employeur dans le délai imparti,
l’autorisation de congé est acquise de plein droit.
L’employeur ne peut pas refuser la demande. En revanche, il peut proposer un
report du congé, dans la limite de 9 mois, dans les cas suivants :
– s’il estime que cette absence pourrait avoir des conséquences préjudiciables
à la production et à la marche de l’entreprise (avec consultation du comité
social et économique) ;
– pour effectifs simultanément absents.
Depuis le 1er janvier 2020, les commissions paritaires interprofessionnelles
(CPIR) – appelées associations Transitions Pro (ATpro) – sont chargées de
prendre en charge financièrement les projets de transition professionnelle des
salariés. Le salarié doit déposer une demande de prise en charge de son pro-
jet de transition professionnelle à la commission paritaire interprofessionnelle
régionale agréée sur son lieu de résidence principale ou son lieu de travail,
pendant l’exécution de son contrat de travail.
Lorsque la formation est réalisée sur le temps de travail, le bénéficiaire d’un
congé de transition professionnelle peut bénéficier d’une rémunération
(cf. tableau ci-après), dès lors qu’il a obtenu l’accord de la commission paritaire
interprofessionnelle régionale (CPIR). Cette rémunération est conditionnée à
l’assiduité du salarié à la formation ou au stage demandés pour obtenir la cer-
tification visée.
90 % du SR 60 % du SR au-delà d’un an
≥ 2 × SMIC
Plancher : 2 × le SMIC Plancher : 2 × le SMIC
Pour conclure ce chapitre, un tableau synthétique reprend les attentes des différents
acteurs de la formation. On peut constater que les attentes sont multiples et variées et
© Dunod - Toute reproduction non autorisée est un délit.
5
et développement
des compétences :
quels enseignements ?
N
ul ne peut se prononcer sur le caractère conjoncturel (dispari-
tion du virus et caractère exceptionnel de la situation vécue en
2020 et dans les années à venir) ou structurel des pandémies
(épisodes saisonniers à un rythme relativement régulier). Cette section
s’intéresse au cadre légal des actions de formation en contexte de pan-
démie et aux conséquences que l’on peut en tirer.
1. La première partie est rédigée par le Garf et Fidal. La deuxième partie par Thierry
Bonetto.
100 Partie 1 CADRE ET ENVIRONNEMENT DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE
La sous-activité des entreprises, voire l’arrêt de l’activité, liés à la pandémie, ont incité
les entreprises à utiliser « ce temps non travaillé » pour encourager leurs salariés à suivre
des formations accessibles en distanciel ou des formations en présentiel en respectant
les règles de distanciation.
Trois dispositifs ont été mobilisés durant la période :
–– la formation à l’initiative de l’employeur en période de « chômage partiel » ;
–– la formation à l’initiative des individus dans le cadre du CPF ;
–– la formation dans le cadre d’une convention FNE-Formation2.
1. Par le Garf (groupement des acteurs et responsables de la formation en partenariat avec Fidal).
2. Au regard de son caractère exceptionnel, nous avons décidé de ne pas développer le cas de la FNE-
Formation.
3. Toute action de formation qui conditionne l’exercice d’une activité ou d’une fonction, en application
d’une convention internationale ou de dispositions légales et réglementaires.
Chapitre 5 Covid-19 et développement des compétences… 101
L’indemnisation du salarié
Le Code du travail accorde une « prime » à la formation pendant l’activité partielle puisque
© Dunod - Toute reproduction non autorisée est un délit.
l’article R.5122‑18 prévoit que « le salarié placé en activité partielle reçoit une indemnité
horaire, versée par son employeur, correspondant à 70 % de sa rémunération brute servant
d’assiette de l’indemnité de congés payés […]. Pendant les heures chômées, cette indemnité
horaire est portée à 100 % de la rémunération nette antérieure du salarié ».
Cependant l’article 5 de l’ordonnance n° 2020‑346 du 27 mars 2020 portant mesures
d’urgence en matière d’activité partielle prévoit temporairement que « le deuxième ali-
néa de l’article L. 5122‑2 du Code du travail n’est pas applicable au titre des formations
ayant donné lieu à un accord de l’employeur postérieurement à la publication de la présente
ordonnance ».
102 Partie 1 CADRE ET ENVIRONNEMENT DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE
lectuelle. Elle permet de maintenir un lien social (la formation à distance nécessite une
intervention humaine). Elle permet aux individus d’acquérir des compétences, voire des
qualifications ou certifications en utilisant un temps disponible contraint.
Les responsables du développement des compétences et les entreprises de forma
tions doivent être les vecteurs d’une diffusion massive de formation. En effet, « le
confinement doit stopper la propagation du virus Covid-19, mais il doit permettre de
répandre massivement le virus de la formation ! ».
104 Partie 1 CADRE ET ENVIRONNEMENT DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE
En pratique
Quelques enseignements sur les conséquences du Covid-19
…
Si la digitalisation était essentielle, « esprit de promotion », en
elle aborde surtout les programmes optimisant éventuellement
formels… soit 10 % « seulement » cette individualisation à l’aide
de ce que l’on apprend, selon d’algorithmes ;
le modèle 70/20/101. Dès –– mettre les apprenants en
lors, comment tirer parti des action par le mix synchrone/
apprentissages de la crise pour asynchrone : classes virtuelles
nourrir les stratégies learning « inversées », avec des contenus
futures, et adresser les nouveaux à explorer en amont, des
enjeux : maintien ou réinvention du travaux ou projets à mener,
business, nouvelles organisations
renforcés par des échanges
du travail, compétences du futur,
entre pairs et un retour
adaptation dans un monde plus
d’expérience.
incertain et changeant ?
« Booster » le learning social :
Digitalisation des programmes et
un double bénéfice !
« learning in the flow of work »
La distanciation physique imposée
La digitalisation des programmes
par la gestion de la crise a multiplié
permet d’intégrer plus fortement
le nombre d’équipes distribuées, et
l’apprentissage en situation de
renforcé du même coup le besoin
travail, en concevant des parcours
alternant apprentissage et mise de proximité sociale, notamment
en application. Transformer une dans les pratiques managériales.
formation présentielle à distance La dimension sociale du learning n’en
est l’occasion de : devient que plus essentielle, avec
–– se recentrer sur les ingrédients un double bénéfice : son efficacité
indispensables à intégrer dans pédagogique, mais aussi l’apport du
la formation, optimisant ainsi learning comme source de lien social.
l’investissement temps ; Ainsi, il est temps d’accélérer
–– identifier les contenus pouvant la mise en place de dispositifs
donner lieu à des « capsules conçus en majorité sur cette
digitales » disponibles au dimension :
moment du besoin, comme les –– déployer l’apprentissage entre
modes opératoires simples : pairs à grande échelle, avec
solution pédagogiquement plus des parcours structurés, par
efficace ; exemple pour l’intégration ou
–– trouver un meilleur équilibre la montée en compétences
entre individualisation et des « juniors » ;
…
…
–– renforcer les communautés de Un second axe est de créer des
pratiques et le rôle de community espaces-temps de formation :
management ; ou encore par exemple, rituels courts et
développer l’apprentissage en périodiques, comme les fameux
réseau comme le suggère Harold « Breakfast / Lunch & Learn » :
Jarche1 ; moments d’inspiration – y compris
–– démocratiser le à distance – avec des intervenants
codéveloppement, en présentiel externes ou des experts internes.
ou à distance, internalisé ou Les directions formation doivent
interentreprises. aussi aider les managers et les
équipes à intégrer l’apprentissage
Optimiser le ROI en renforçant
dans leurs modes de
l’apprentissage en situation de
fonctionnement, en écho à l’une
travail
des « 5 Disciplines » de P. Senge2 :
La responsabilisation des l’apprentissage en équipe :
collaborateurs dans leur –– rituels d’équipe : inclusion et
apprentissage, thème cher aux déclusion en réunions (comme
directions formation, prend la « météo personnelle »,
encore plus d’importance dans les particulièrement utile en
stratégies « post-Covid ». D’une situation de crise), ou encore
part car l’évolution des modes de « learning moments » institués
travail exige plus d’autonomie : régulièrement ;
comment ne pas accompagner –– retours d’experience : pratique
ce mouvement du point de vue extrêmement vertueuse
du learning ? D’autre part, la lorsque le caractère inédit de la
contraction des budgets oblige situation nous oblige plus que
encore plus à optimiser le ratio d’habitude à expérimenter.
impact/investissement, et le ROI Enfin, sur le plan individuel, il s’agit
global de la formation. de favoriser la connaissance de soi, la
Pour répondre à cet enjeu, le capacité à « apprendre à apprendre »,
premier axe est d’introduire et le développement en continu : en
plus fortement l’apprentissage utilisant des modalités accessibles
en situation de travail, grâce et utilisées régulièrement : mobile
© Dunod - Toute reproduction non autorisée est un délit.
…
« Imaginer n’est pas se souvenir » Les stratégies « post-Covid »
(H. Bergson) sont l’opportunité de tirer parti
des expérimentations initiées, et
La crise du Covid a montré, s’il
d’imaginer plus loin des dynamiques
le fallait encore, que progresser
apprenantes, en activant plusieurs
comme organisation apprenante
dimensions : nouvelles pratiques
est essentiel dans un monde où la 70/20/10, mais aussi vision source
volatilité, l’incertitude, l’évolution de motivation intrinsèque pour les
des marchés, imposent de individus et les équipes – culture
pouvoir apprendre à la vitesse des du learning et pratiques de
changements. collaboration et management.
CLIENTS &
ÉCOSYSTÈME
Anticiper l’évolution
Développer des équipes
Apprendre des métiers et construire
performantes. ÉQUIPE à la vitesse ENTREPRISE les compétences du futur.
Activer la collaboration du changement Assurer une performance
et l’intelligence collective.
durable.
COLLABORATEUR
2
Partie
110 Partie 2 LA FORMATION PROFESSIONNELLE DANS L’ENTREPRISE
Sommaire
Chapitre 6 Piloter le développement
des compétences
en entreprise 111
Chapitre 7 Devenir une organisation
apprenante 137
Chapitre 8 Certifications et qualité
de la formation 161
Chapitre 9 Construire la politique
et le plan de développement
des compétences 187
Chapitre 10 Réussir l’entretien
professionnel 223
Chapitre 11 Former dans le cadre
de l’alternance 239
Chapitre 12 Évaluer la formation 275
Chapitre 13 SIRH, digital et formation 295
Chapitre 14 Les universités d’entreprise 317
Chapitre 15 Dispositifs à l’initiative
des salariés 343
Piloter
6 le développement
des compétences
en entreprise
L
a loi pour la Liberté de choisir son avenir professionnel du
5 septembre 2018 ouvre, pour les entreprises, la voie à un accom-
pagnement résolument plus dynamique et « ancré » de la trans-
formation des métiers et des compétences.
En ouvrant l’éventail des actions de développement des compétences
mobilisables au sein du monde professionnel, le législateur prend la
mesure des « ruptures » à l’œuvre dans l’entreprise comme dans son
environnement, et donne au responsable formation l’opportunité de
se saisir pleinement d’un rôle stratégique au cœur de la transformation
des métiers et des compétences.
Pour saisir cette opportunité, le responsable formation doit penser le
pilotage du plan de développement des compétences nouvelle mouture,
en s’appuyant sur une vision exhaustive des enjeux de transformation,
pour l’ensemble de l’entreprise comme pour chacun des métiers qui la
constituent.
112 Partie 2 LA FORMATION PROFESSIONNELLE DANS L’ENTREPRISE
S’il n’y a pas de politique de développement des compétences type, il existe des grands
enjeux autour desquels structurer son pilotage, post-réforme 2018.
Depuis 2014, et comme la loi pour la Liberté de choisir son avenir professionnel du
5 septembre 2018 le confirme, ce ne sont plus les moyens mis en œuvre qui constituent
le principal enjeu, mais bien les objectifs poursuivis et les résultats obtenus. De même
qu’en ouvrant la palette des moyens pouvant contribuer au développement des com-
pétences au-delà de la seule formation, le législateur incite à piloter leur mise en œuvre
et leur association.
Chapitre 6 Piloter le développement des compétences… 113
L’enjeu d’aligner le développement des compétences avec les besoins et les respon-
sabilités de l’entreprise répond à la question : en quoi le développement des compé-
tences contribue-t‑il à la stratégie et aux politiques ressources humaines de l’entreprise ?
L’enjeu relatif à l’efficience des solutions apprenantes répond aux questions : quelles
modalités de développement des compétences sont mises en œuvre ? Quels en sont
les résultats ou ceux auxquels elles ont contribué ? Et pour quel coût ?
permettra d’objectiver les arbitrages à réaliser lors du recueil des besoins auprès de
chaque collaborateur.
Les indicateurs de pilotage de cet enjeu devront aussi permettre de suivre la réalisa-
tion des engagements de moyens légaux (exemple : au moins une formation autre que
celle mentionnée à l’article L. 6321‑2 du Code du travail tous les six ans), conventionnels
ou pris par l’entreprise dans le cadre de sa politique ressources humaines. C’est ici que
l’on va retrouver des indicateurs de suivi (à décliner en âge, ancienneté, sexe, statut,
formation obligatoire ou non…), tels que le taux d’accès à la formation, le nombre de
formations ou le nombre moyen de jours de formation par collaborateur.
Autre exemple d’indicateur de moyens dans le cadre de la mise en œuvre d’une poli-
tique de ressources humaines : la part de financement consacrée à l’accompagnement
de l’exercice du droit à la formation des salariés, à travers le CPF coconstruit.
FOCUS
Les rôles du responsable formation et développement
des compétences
Le responsable, du fait de sa fonction, a de multiples rôles à jouer :
• stratège auprès des dirigeants, afin d’engager à bon escient la parole de
l’entreprise ;
• vendeur auprès de la DRH, permettant ainsi de construire une argumentation
efficace quant à l’utilisation « logique » des outils de la formation ;
• délégué au nom de l’entreprise, lorsqu’il s’agit d’engager ou de participer aux
échanges avec les partenaires sociaux ;
• conseiller auprès des salariés, assurant ainsi un accompagnement individualisé en
lien avec une gestion prévisionnelle individuelle des emplois et des compétences ;
• explorateur, à la recherche de toutes formes d’aides, notamment financières,
auprès des pouvoirs publics, de la région et des OPCO ;
• pilote, auprès des organismes de formation, afin de trouver son chemin à travers
une offre de plus en plus riche, mais pas toujours complètement adaptée à ses
demandes ;
• député, car le responsable est souvent amené à s’exprimer au nom de l’entreprise
en dehors de celle-ci. Il se doit d’apporter une parole juste ;
• partenaire de tous les acteurs, pour construire avec cohérence les démarches
formation et développement des compétences ;
• « benchmarkeur », rôle essentiel, l’amenant à sortir de son entreprise pour voir
ce qui se passe ailleurs.
(Source : Ph. Bernier, Actualité de la formation permanente, avril 2008.)
Chapitre 6 Piloter le développement des compétences… 115
Autres enjeux
Ces deux grands enjeux n’ont bien sûr pas un caractère exhaustif. D’autres enjeux
peuvent être intégrés dans le pilotage, qui porteront alors plus sur la mise en œuvre
des dispositifs de développement des compétences en tant que tels.
À cela s’ajoute, pour le responsable formation, le pilotage des processus de l’activité
formation, comme les processus d’élaboration du plan de développement des compé-
tences, de mise en œuvre d’une action de formation, de veille…
management de l’entreprise.
yy Périodicité : une à deux fois par an.
EN PRATIQUE
Le référentiel stratégique de compétences du responsable
formation (Véronique Radiguet, GARF)
Domaine technique
1. Ingénierie d’action de formation
1.1. Savoir réaliser une analyse de besoins, c’est être capable de :
� monter un questionnaire, un guide d’entretien ;
� se référer à des fiches d’emploi ou des référentiels de compétences ;
� exploiter les sources d’informations susceptibles d’alimenter l’analyse
des besoins ;
� définir une méthodologie de recueil de besoins ;
� mener des entretiens d’analyse des besoins ;
� faire un diagnostic.
1.2. Savoir rédiger un cahier des charges, c’est être capable de :
� formaliser la contribution attendue de la formation (évolution des métiers
et des compétences ou accompagnement d’un changement) ;
� identifier la population à former ;
� choisir les modalités pédagogiques ;
� fixer les critères d’organisation de l’action ;
� définir les grandes lignes du contenu ;
� identifier les indicateurs pertinents pour évaluer la qualité de l’action ;
� faire préciser par les acteurs (commanditaires, formés) les résultats attendus
(qualitatifs et quantitatifs) en objectifs opérationnels.
1.3. Savoir évaluer une action de formation à différents moments,
c’est être capable de :
� définir et construire des outils d’évaluation adaptés (à « chaud », à « froid »
et en « situation de travail ») ;
� conduire un bilan de stage (écoute, reformulation) ;
� analyser le contenu d’une évaluation (atteinte des résultats attendus, perti-
nence des choix pédagogiques) ;
� mesurer les effets de la formation en situation professionnelle.
2. Ingénierie de parcours
2.1. Savoir conduire un processus emploi/formation/compétence,
c’est être capable de :
yyanimer et conduire un projet ;
yyconstruire et/ou utiliser les référentiels de compétences de l’entreprise et
les enrichir à partir du suivi des formés ;
…
Chapitre 6 Piloter le développement des compétences… 119
…
yymaîtriser les différentes modalités de formation (stage, autoformation,
monitorat, coaching…) pour choisir la plus pertinente au regard du type de
professionnalisation recherché (insertion, reconversion, polyvalence, renfor-
cement de potentialités…) ;
yycoconstruire avec ses clients des projets individuels et/ou collectifs.
Comment construire
un dispositif de pilotage
Ce qui distingue un dispositif de pilotage des supports de reporting (exemple : les bilans
présentés en CSE) tient pour l’essentiel à sa finalité. Le dispositif de pilotage se doit d’être
un support d’aide à la décision pour des décideurs, alors que le support de reporting est
une photographie d’une situation passée.
En effet, un tableau de bord est un instrument de pilotage si :
–– il permet aux décideurs d’agir en disposant régulièrement des éléments néces-
saires à la prise de décision, et non de constater a posteriori ;
–– il ne comporte pas plus de cinq à dix indicateurs sur lesquels le destinataire a une
responsabilité ou une influence ;
–– il est personnalisé en fonction de la politique de développement des com-
pétences, des priorités, des objectifs de résultats et de fonctionnement de
l’entreprise.
Le pilotage d’une activité suppose donc que l’on poursuive la réalisation d’un ou
plusieurs objectifs. Il s’agira donc :
–– d’identifier des objectifs (KPI) ;
–– de mettre en perspective cette activité avec les objectifs poursuivis.
Une même activité peut aussi faire l’objet d’objectifs différents, pouvant cor-
respondre à des enjeux différents, eux-mêmes suivis par des acteurs différents.
Pour construire un indicateur, il faut donc se poser en amont les questions
suivantes :
–– À quoi doit servir cet indicateur ? À quel enjeu répond-il ? Quel objectif doit-il
mesurer ? S’agit-il bien d’une action de pilotage ; c’est-à-dire permettant de
prendre des décisions ?
–– Quels en seront les destinataires (DG/DRH – Formation/Management) ? Faut-il
créer une instance spécifique ?
–– Quelles seront les informations nécessaires pour l’établir ?
–– Qui fait quoi ?
–– Niveau actuel à date ?
–– Niveau cible à date ?
–– À quelle fréquence le produire ?
Des comparatifs par année et/ou par type de population (genre, CSP, âge, ancien-
neté…) permettent ensuite de cibler les réponses apportées et de mieux appréhender
les tendances d’évolution.
122 Partie 2 LA FORMATION PROFESSIONNELLE DANS L’ENTREPRISE
Retraite
complémentaire Assurance/Juridique 2 %
12 % Audit 0 %
Ressources humaines
1%
Relation client
7% Achats / logistique /
Services Généraux
7%
Informatique
4% Marketing 1 %
Gestion Santé et
prévoyance
7%
Finance Commercial
2% Comptabilité 60 %
2%
Engagement social
1%
Compétence sociale
Compétence 10 %
Accompagnement
personnelle individuel
3% 16 %
2%
Assistanat/Secrétariat Management
1% 26 %
Sur les aspects financiers, bien que les entreprises ne soient plus dans l’obligation
de justifier des moyens mis en œuvre, l’effort d’investissement formation via sa repré-
sentation en masse salariale reste un point de repère. Au-delà, il importe de donner
une vision synthétique au moyen d’un indicateur unique de l’évolution des dépenses
124 Partie 2 LA FORMATION PROFESSIONNELLE DANS L’ENTREPRISE
5,17 % 5,24 %
20 000 5,00 % Frais annexes
4,50 % 1 777 2 191
(dont THR)
2 113 4 149 4 123 4,00 % UNIFORMATION
15 000
4 263
Frais
3,00 %
6 453 5 932 de personnel
10 000 3 440
Dépenses
2,00 % support
2 523 1 811 1 912
5 000 Dépenses
1,00 % de formation
5 753 6 132 6 263
% de dépenses
0 0,00 %
Année 2017 Année 2018 Année 2019
Avec les évolutions législatives, le suivi de la rétrocession des sommes versées aux
OPCO devient particulièrement complexe. Les remboursements étant étalés sur plusieurs
années, des mécanismes de subrogation peuvent jouer dans certains cas mais pas tous…
Dans ce cadre, c’est avant tout la contribution de l’entreprise aux OPCO qu’il est intéres-
sant de suivre comme un coût, dans un objectif de maîtrise et d’optimisation des coûts.
40 % 60 % 40 % 60 %
20 % 80 % 20 % 80 %
0% 26 % 100 % 0% 38 % 100 %
80 % 1 043
En attente
60 % Restant à mettre en œuvre
En cours de mise en œuvre
Terminé
40 % 3 415
© Dunod - Toute reproduction non autorisée est un délit.
Annulé
Refusé
20 %
382
0%
Date de fin d’arbitrage : 11 mars 2020 Référence de la dernière demande inclue dans l’arbitrage : 1 454 218
Les demandes refusées intègrent les refus « techniques » : demandes en doublons, demandes traitées par ailleurs
ou dans le cadre d’une demande collective
Nombre de Nombre
Formation Répartition
stagiaires d’heure
Certification Voltaire 8 24 2%
Mémoire actuaire 1 25 2%
Compétence sociale 96
Compétence professionnelle 31
Compétence personnelle 2
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45 50 55 60 65 70 75 80 85 90 95 100
Chapitre 6 Piloter le développement des compétences…
127
128 Partie 2 LA FORMATION PROFESSIONNELLE DANS L’ENTREPRISE
Technologies* EM
533 353
ITIL Testing
Agile Architectes Autres** 169 155
921 244 213
Compétence 1
Compétence 5 Compétence 2
Compétence 4 Compétence 3
Mieux évaluer
les actions d’apprentissage
Dans le cadre de l’amélioration de la qualité de leurs formations et pour mesurer le
niveau de satisfaction de leurs collaborateurs, les entreprises cherchent donc à optimi-
ser leur processus d’évaluation.
Ainsi, elles doivent faire évoluer en profondeur leurs modalités d’évaluation et élar-
gir la palette en fonction des besoins, comme :
–– donner une tendance, voire laisser la possibilité aux collaborateurs de
recommander une formation ;
–– évaluer en profondeur certains cursus et stages clés, identifiés dans la politique
de formation ou la stratégie de l’entreprise ;
–– répondre aux exigences réglementaires et aux demandes des auditeurs…
Comme pour les autres indicateurs, il convient de disposer d’une évaluation des
formations plus simple et homogène, d’obtenir des rapports plus exploitables afin d’être
en capacité de mieux animer le sujet.
Les entreprises doivent aujourd’hui gagner en productivité dans la préparation et
l’analyse des évaluations et optimiser les coûts générés par l’utilisation des différents
outils.
Cela suppose une automatisation de la conception des évaluations sans saisie
manuelle, avec par exemple une analyse automatisée des verbatims émis dans les
réponses aux questions ouvertes.
Pour y parvenir, il faut introduire davantage de souplesse avec un service sur-mesure,
qui permet une évaluation pouvant s’adapter à différents besoins :
–– évaluations à chaud et à froid ;
–– mesure de l’acquisition des compétences ;
–– évaluation d’événements ou séminaires ;
–– tops et flops formation ;
–– retour sur les attentes.
Chapitre 6 Piloter le développement des compétences… 131
À
© Dunod - Toute reproduction non autorisée est un délit.
Une facilité d’accès, tant pour les responsables de formation, les formateurs que
pour les collaborateurs, avec des visuels clairs et lisibles, est essentielle comme en
témoignent les illustrations ci-après.
Score moyen
5. Très satisfait(e) 42.9 % 4.3/5
4. Satisfait(e) 48 %
0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
Nombre de personnes ayant répondu
14 % 40 % 46 % 290 2135
Personnes Apprenants
ayant répondu inscrits
Ont passé la
40 11 127
question : 4%
Détracteurs Passifs Promoteurs
Maîtrise du sujet
Après
la formation
Avant
la formation
0% 20 % 40 % 60 % 80 % 100 %
Nombre d’heures 80 % 20 %
Nombre de stagiaires 66 % 34 %
© Dunod - Toute reproduction non autorisée est un délit.
0 % 10 % 20 % 30 % 40 % 50 % 60 % 70 % 80 % 90 % 100 %
Plan Hors plan
4981
Experts 90
mobilisés 8 % de collaborateurs
15 ayant dépassé 75 %
29 d’avancement
Durée 6,25
moyenne
d’un FVLJ
554 4182
(en h)
Inscrits sur
Yammer (84 %)
Réponses 1292
aux enquêtes
Parcours (lancement
de satisfaction Attestations
entre mi-avril et fin juin –
clôture entre mi-juin et de suivi (26 %)
fin octobre)
via les managers, les communautés d’apprentissage métier, les labs… permettant de
consolider la veille des équipes formation sur les contenus les plus pertinents et les plus
plébiscités. C’est aussi une occasion d’enrichir l’offre de contenus proposés au sein de
la plateforme distancielle de l’entreprise.
Pour les actions de développement relevant, au sein du modèle 70/20/10, des mises
en situation (70) ou de l’apprentissage par ses pairs, la tâche est plus ardue. Les plate-
formes de formation de pair à pair par exemple, porteuses de cette nouvelle tendance
à la responsabilisation des apprenants, peuvent recenser le nombre de sessions créées,
le nombre de « collaborateurs formateurs », le nombre d’apprenants inscrits… mais ne
pourront pas, sans process contraignant, présenter une justification de la présence de
l’apprenant inscrit. Une telle information n’étant ni indispensable ni même souhaitable,
tant l’esprit d’ouverture et de libre accès se révèle peu compatible avec la mise en place
d’un pilotage au millimètre.
100 000
Utilisateurs
50 6/15 +500
Accélération 30 000
Pilot
POC
6000
utilisateurs 1 000
Lien existant
Lien identifié
SCRUM
à créer
SCRUM MASTERS Mons
ARCHITECTES MASTERS et COACH 12 Participants CHEF DE PROJET
135 Participants Vivacity 97 Participants
Dont 50 actifs 11 Participants
CLUB
SCRUM DES DATAS
MASTERS RTE
7 Participants SCIENTIST
Esvres 34 Participants
4 Participants
DSIO
DIGITAL
COMPAGNONS
RELAIS DIGITAUX
DU NUMÉRIQUE
41 Participants
264 Participants RÉFÉRENTS
DATA
25 Participants
60 % 13 % 19 % 69 %
Des collaborateurs Des actions Des actions exprimées relèvent Des actions
ont au moins un axe exprimées relèvent d’apprentissage entre pairs exprimées relèvent
de développement renseigné de mises en situation d’une formation
Since decentralization reforms, regional governments in France have gained significant authority in organizing and financing public training services, managing the regional orientation services, and ensuring training accessibility. They are tasked with addressing literacy challenges, promoting gender equality in training access, and ensuring accessibility for people with disabilities. The regions coordinate funding interventions for unemployed individuals and oversee training for detainees and French citizens abroad. These responsibilities are carried out through collaboration with national strategies, exemplified by the 'Contrat de Plan Régional de Développement des Formations et de l'Orientation Professionnelle' (CPRDFOP).
In France, the legal obligation for employers to provide training affects judicial outcomes by holding employers accountable for ensuring employees can adapt to job changes. Failure to provide adequate training can result in employers being ordered to pay damages. The courts consistently rule that employers are responsible for maintaining employees' ability to perform their roles, regardless of whether employees request training. This obligation persists even if no training is requested by the employee, as seen in multiple cases where damages were awarded for the lack of provided training .
'France Compétences' serves as the central authority managing the national training system resources, regulating quality, aligning certifications with economic needs, and redistributing training funds collected via Urssaf. In contrast, regional authorities are focused on implementing and financing training services locally, as well as addressing regional-specific goals like employment accessibility. While 'France Compétences' oversees national systemic coherence, regional authorities engage directly with local stakeholders to meet region-specific training and employment needs .
Companies might prefer investing in tools over employee skill development to shift performance dependency from individuals to systems. This strategy reduces reliance on potentially unstable human factors and aims to standardize performance outcomes. However, it risks underutilizing sophisticated systems if employees' skills do not match technological investments, causing disengagement and loss of motivation. Ultimately, this can lead to non-performance due to employees feeling disconnected and lacking purpose .
France has implemented systemic changes such as the collection and redistribution of training contributions by Urssaf, while 'France Compétences' plays a central role in managing these resources. It regulates the quality of training actions, aligns certifications with economic needs, and ensures equity in training access. 'France Compétences' coordinates with various organizations, contributing to the public debate and improving the system's transparency. It also oversees the distribution of funds through different mechanisms, like CPF and alternance programs, ensuring a coherent national training framework .
The 'Avenir Professionnel' law of 2018 introduced critical changes such as transferring the collection of apprenticeship funds to the Urssaf and reallocating control over the creation of CFA from regions to branches and organizations. These changes shifted decision-making power, enhancing flexibility and responsiveness to market demands. Additionally, the law affirmed the importance of aligning training programs with economic needs and supported alternative training methods to enhance skill development, reflecting a strategic shift in balancing national oversight and local implementation .
In France, companies face legal consequences for failing to fulfill training obligations, including damages for employees affected by inadequate training opportunities. Court rulings emphasize the employer's duty to adapt employees to job evolutions, resulting in liabilities when this duty is neglected. For instance, companies have been ordered to pay damages even in the absence of employee training requests if found non-compliant with the obligation to maintain employability. This reinforces the employer's responsibility to provide adequate training irrespective of employee initiatives .
Regional training strategies in France balance national priorities and local needs through the CPRDFOP, which aligns regional initiatives with national goals. Regions implement specific actions such as fighting illiteracy and ensuring training accessibility while adhering to national frameworks. Coordination is reinforced by structures like the 'Comité régional de l'emploi, de la formation et de l'orientation professionnelle' (CREFOP), which facilitates dialogue between regional entities, the state, employers, and unions to harmonize strategies and policies effectively .
Companies employ strategies such as investing in tools and immaterial assets instead of skills, focusing on organizational structure and processes that minimize individual skill value, and prioritizing acquiring talented individuals over developing existing employees. The limitations of these strategies include underutilization of tools due to insufficient employee skills and processes causing disengagement and loss of motivation. Despite these avoidance strategies, some companies find it necessary to invest in employee skills to ensure proper utilization of their resources and to maintain motivation and performance .
There are two approaches to decision-making and responsibility delegation in workplaces. The first is where the employee is expected to behave as a competent professional, with the responsibility of the company to provide necessary resources. This approach builds trust in the employee's capabilities, thereby increasing their responsibility and potentially putting them under pressure to find solutions. The second approach minimizes the employee’s responsibility to simply following predefined processes, which might reduce the sense of meaningfulness in their work and lead to depersonalization. This method can be more comforting as it removes decision-making burdens but can result in less engagement from the employee .