La biotransformation des médicaments désigne l'ensemble des processus chimiques par lesquels un
médicament est métabolisé dans l'organisme pour être transformé en une forme plus hydrosoluble,
facilitant ainsi son élimination. Ce processus se déroule principalement dans le foie, grâce aux enzymes
métaboliques, mais peut également avoir lieu dans d'autres organes comme les reins, les poumons, ou
l'intestin.
Les phases de la biotransformation
1. Phase I : Réactions de fonctionnalisation
Ces réactions modifient la structure chimique du médicament pour introduire ou révéler des groupes
fonctionnels.
Principaux types de réactions :
Oxydation (par le cytochrome P450)
Réduction
Hydrolyse
Objectif : Préparer le médicament pour la phase II en augmentant sa réactivité.
2. Phase II : Réactions de conjugaison
Le médicament (ou son métabolite issu de la phase I) est lié à une molécule endogène pour le rendre
plus hydrosoluble.
Principaux types de réactions :
Glucuronidation (conjugaison avec l'acide glucuronique)
Sulfoconjugaison (avec des sulfates)
Conjugaison avec le glutathion ou les acides aminés
Objectif : Augmenter l'élimination par les reins ou la bile.
Facteurs influençant la biotransformation
Facteurs individuels : âge, sexe, génétique, état pathologique (ex. insuffisance hépatique).
Interactions médicamenteuses : inhibition ou induction des enzymes.
Substances exogènes : alcool, tabac, aliments (ex. pamplemousse).
Importance de la biotransformation
Activation : certains médicaments sont des prodrogues qui nécessitent une biotransformation pour
devenir actifs.
Détoxification : neutralisation de composés potentiellement toxiques.
Élimination : conversion des médicaments lipophiles en formes hydrosolubles.
Si vous avez une question spécifique, n'hésitez pas à demander !
La biotransformation du paracétamol est un processus complexe qui se déroule principalement dans le
foie. Elle implique plusieurs voies métaboliques pour transformer le paracétamol en métabolites inactifs
ou toxiques, facilitant son élimination. Voici les étapes principales :
1. Phase I : Métabolisme initial
Le paracétamol est transformé par des enzymes du cytochrome P450 (notamment CYP2E1, CYP1A2, et
CYP3A4) en un métabolite réactif :
NAPQI (N-acétyl-p-benzoquinone imine), un composé hautement réactif et potentiellement toxique.
2. Phase II : Conjugaison
Les deux principales voies de conjugaison sont :
Glucuronidation (60-70 %) : Le paracétamol est conjugué avec l’acide glucuronique grâce à l’enzyme
UDP-glucuronosyltransférase (UGT), formant un métabolite inactif excrété dans l'urine.
Sulfatation (20-30 %) : Une petite partie est conjuguée avec un groupe sulfate grâce à des
sulfotransférases.
Ces métabolites glucuro- et sulfo-conjugués sont hydrosolubles, facilitant leur élimination par les reins.
3. Détoxification du NAPQI
Le NAPQI formé par la Phase I est neutralisé par le glutathion (GSH) :
Le NAPQI se lie au glutathion pour former un complexe non toxique qui sera éliminé par les reins.
Si les réserves de glutathion sont épuisées (par exemple, en cas de surdosage), le NAPQI se lie aux
protéines hépatiques, entraînant une nécrose cellulaire et une hépatotoxicité.
4. Excrétion
La majorité des métabolites (glucuronides, sulfates, et complexes glutathion-NAPQI) sont éliminés par
les reins via l’urine.
Points clés :
En cas de surdosage, la voie du glutathion est saturée, augmentant les niveaux de NAPQI toxique.
Le traitement d’un surdosage inclut l’administration de N-acétylcystéine (NAC), qui restaure les niveaux
de glutathion.
Si vous avez besoin de détails supplémentaires ou d’explications, n’hésitez pas !
La biotransformation du paracétamol diffère significativement entre les espèces, notamment entre les
chats et les chiens, en raison des variations dans leurs capacités enzymatiques hépatiques. Voici un
résumé des principaux mécanismes et des différences :
1. Chez le chien :
Métabolisme : Les chiens métabolisent relativement bien le paracétamol grâce à des voies comme la
conjugaison par le glucuronide et, dans une moindre mesure, par le sulfate.
Voies de transformation :
Glucuronidation : Majoritaire et efficace chez le chien.
Sulfoconjugaison : Présente mais secondaire.
Une petite fraction est convertie en N-acétyl-p-benzoquinone imine (NAPQI), un métabolite toxique
produit par le système du cytochrome P450. Ce métabolite est normalement neutralisé par le
glutathion.
Toxicité : Si la dose dépasse les capacités de conjugaison ou épuise les réserves de glutathion, le NAPQI
peut provoquer une nécrose hépatique et des lésions oxydatives.
2. Chez le chat :
Métabolisme : Les chats sont particulièrement sensibles au paracétamol en raison de leur déficit en
enzymes capables de glucuronider efficacement (notamment la glucuronosyltransférase).
Voies de transformation :
La glucuronidation est minimale, voire presque absente.
La sulfoconjugaison est également limitée.
Une proportion significative du paracétamol est transformée en NAPQI par le cytochrome P450, mais la
capacité du glutathion à neutraliser ce métabolite toxique est rapidement dépassée.
Toxicité :
Même à faibles doses, le NAPQI s'accumule et entraîne des lésions oxydatives sévères.
Les globules rouges du chat sont particulièrement sensibles à la formation de méthémoglobine, ce qui
entraîne une anémie, une cyanose et d'autres complications graves.
3. Toxicité et doses létales :
Chez le chien : La toxicité se manifeste à des doses supérieures à 75-100 mg/kg.
Chez le chat : La toxicité est observée dès 10 mg/kg, et des doses aussi faibles que 50 mg/kg peuvent
être mortelles.
4. Signes cliniques de toxicité :
Chien :
Vomissements, anorexie.
Létargie, ictère en cas d'atteinte hépatique sévère.
Chat :
Cyanose, dyspnée (due à la méthémoglobinémie).
Urine brunâtre, vomissements.
Œdème facial et des membres.
5. Traitement en cas d'intoxication :
N-acétylcystéine (NAC) : Principal antidote, car elle reconstitue les réserves de glutathion et favorise la
neutralisation du NAPQI.
Charbon activé : Pour limiter l'absorption en cas d'ingestion récente.
Soins de support : Oxygénothérapie, transfusion sanguine en cas d'anémie sévère, et réhydratation.
Conclusion : Le paracétamol doit être évité chez les chats en raison de leur très faible capacité à
métaboliser cette molécule. Chez le chien, son usage est possible mais reste risqué à fortes doses.