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D'où Vient Que Le Temps Passe

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Hermès Melchisedeck
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D'où vient que le temps passe ?

23.05.2013 - 07:17

Nous disons du temps qu’il s’écoule ou qu’il passe.


Mais s’écoule-t-il ou passe-t-il de lui-même ? Ou bien ne s’agit-il que d’une impression qui provient entièrement
de nous ?
Pour répondre à ces questions, il faudrait pouvoir identifier et caractériser le « moteur du temps », c’est-à-dire le
mécanisme caché au sein du monde par lequel le futur devient d’abord présent, puis passé. Quelle est cette force
secrète qui fait que dès qu’un instant présent se présente, un autre instant présent apparaît, qui demande au
précédent de bien vouloir aller se faire voir ailleurs et prend aussitôt sa place, avant qu’un autre instant présent
l’envoie lui-même se promener dans le passé, prenne sa place dans le présent, et ainsi de suite ? Ce moteur du
temps est-il physique, objectif, ou intrinsèquement lié aux sujets conscients que nous sommes ? D’où vient en
somme que le temps passe ?
Vous trouverez des gens qui répondent que le temps se débrouille tout seul pour passer, qu’il est à lui-même son
propre moteur.
Vous en trouverez d’autres pour dire que ce n’est pas à lui-même que le temps doit sa motricité implacable, mais
à la dynamique de l’univers en expansion. D’autres enfin pensent que le moteur du temps, ce n’est ni le temps
lui-même ni la dynamique de l’univers, mais tout simplement nous, nous autres les humains, bipèdes supérieurs,
qui sommes des observateurs dotés de conscience.
Cette idée selon laquelle le temps n’existe pas en tant que tel en dehors du sujet a été brillamment défendue par
de nombreux philosophes - par Kant notamment -, mais elle doit se confronter à une donnée factuelle, qui
constitue pour elle une difficulté notable. Cette donnée factuelle, c’est qu’au cours du xxe siècle, les scientifiques
ont pu établir que l’univers a un âge au moins égal à 13,8 milliards d’années, que la formation de la Terre a eu
lieu il y a 4,45 milliards d’années, que la vie y est apparue il y a 3,5 milliards d’années et que l’apparition de
l’homme ne remonte, elle, qu’à 2 petits millions d’années. Que nous disent brutalement ces nombres ? Que des
objets plus anciens que toute forme de vie sur Terre ont bel et bien existé dans le passé de l’univers ; que des
événements innombrables se sont enchaîné, dont aucune conscience humaine n’a pu être le témoin ; que
l’humanité, espèce en définitive toute récente, n’a pas été contemporaine de tout ce que l’univers a connu ou
traversé. Et qu’il s’en faut de beaucoup : 2 millions d’années contre 13,8 milliards, cela fait un rapport de 1 à 6
900. L’univers a passé le plus clair de son temps à se passer de nous.
Vous m’accorderez, Marc, que dès que l’on confronte ces résultats aux discours qui défendent l’idée que le
temps n’aurait pas de réalité objective, qu’il serait subordonné au sujet et ne pourrait exister sans lui , on voit
surgir comme un problème : si le passage du temps dépend de nous, n’existe que par nous ou que pour nous,
comment le temps a-t-il pu se débrouiller pour s’écouler avant notre apparition ? Si le temps a impérativement
besoin de nous pour passer, comment expliquer que l’univers a pu se déployer pendant 13,8 milliards d’années
alors que nous n’étions pas encore là pour produire l’écoulement du temps ? Ce problème, qu’on appelle le «
paradoxe de l’ancestralité », a été pointé du doigt par de nombreux auteurs, à juste titre. Car cantonner le temps
dans le sujet, ou vouloir que le temps n’ait de réalité que subjective, n’est-ce pas s’interdire d’expliquer
l’apparition du sujet dans le temps ?
Qu’en dit la physique ? Pour elle, au moins dans ses formalismes ordinaires, le concept de temps (d’espace-
temps) a le statut d’un être « primitif » : on y postule qu’il existe, qu’il est indépendant des phénomènes, on prend
acte qu’il s’écoule sans préciser ce qui fait qu’il s’écoule. Mais certaines théories aujourd’hui à l’ébauche, qui
travaillent au dépassement de la relativité générale et de la physique quantique, remettent en cause ce postulat,
ce qui les conduit à questionner la nature même du temps. Le temps pourrait émerger, disent-elles, d’un substrat
d’où il est absent, il dériverait de concepts plus fondamentaux que lui-même. En d’autres termes, le moteur du
temps serait produit de façon souterraine par une sorte d’inframonde physique.
Quel est cet inframonde ? Alain Connes, professeur au Collège de France, et d’autres mathématiciens ou
physiciens, développent depuis des années des idées originales à ce sujet. Selon lui, selon eux, le moteur du
temps serait enclenché par la non-commutativité inhérente au formalisme de la physique quantique, dont j’ai déjà
parlé dans une chronique précédente (vous vous en souvenez, le b-a ba de la non-commutativité, c’est quand ba
n’est plus égal à ab…). Le temps ne serait plus qu’une réalité secondaire, surnageant sur des structures
physiques plus profondes que lui et ne le contenant pas à toute petite échelle.
Quand Alain Connes veut exprimer cela avec ses propres mots, cela donne : « C’est l’effervescence quantique
qui engendre le passage du temps » ; ou bien « L’aléa quantique est le tic-tac de l’horloge divine » ; ou bien
encore, « Un état sur une algèbre non-commutative engendre son propre temps ».
OK, ce n’est pas super-limpide. C’est sans doute pourquoi Alain Connes a décidé d’écrire, avec Jacques Dixmier
et Danye Chéreau, une sorte de roman qui met en scène, de façon très habile, cette conception originale du
temps. Le titre de cet ouvrage qui sort ces jours-ci est « Théâtre quantique », et il a un sous-titre qui est «
L’horloge des anges ici-bas ». L’horloge des anges ici-bas, ça devrait vous rappeler quelque chose, Marc ? À
quelques permutations de lettres près, cela donne Le boson scalaire de Higgs, ainsi que cela a été découvert par
mon ami Jacques Perry-Salkow. Alain Connes, qui est l’inventeur des géométries « non-commutatives », ne
pouvait qu’être fasciné par les anagrammes, notamment par celle-ci qui parle du temps puisque les anagrammes
doivent leur existence même à la non-commutativité de la position des lettres à l’intérieur des mots.
Vous me pardonnez mon enthousiasme, Marc, car ce n’est pas tous les jours qu’on peut lire un livre qui associe
la physique quantique, le temps, la non-commutativité, les anagrammes, le CERN, le LHC, le boson de Higgs, la
structure du cerveau, l’informatique, la vie, la jalousie entre collègues, la mort et même l’amour, si si… ! Mais je
n’en dirai pas plus car je crois savoir qu’Alain Connes sera demain l’invité de Michel Alberganti à 14 heures, dans
« Science Publique », une émission à ne pas rater si, lassé du temps qu’il fait ces jours-ci, vous aviez envie de
vous distraire en entendant parler du temps qui passe…

Thème(s) : Information| Philosophie| Physique| Temps

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