Heart Last Last
Heart Last Last
de
Lomé
Licence fondamentale
Sciences de l’Education et de la Formation
Licence 1
Exposé FRA1175
THEME
APPRENDRE PAR CŒUR : APPRENTISSAGE
EN SURFACE OU DEVELOPPEMENT DES
CAPACITES MENTALES ?
2.2. L’apprentissage par cœur du coran dans les écoles coraniques .................................4
2.4. Apprendre par cœur est un atout essentiel en apprentissage et dans la vie
professionnelle ...................................................................................................................6
Conclusion .............................................................................................................................7
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Introduction
L’expression « apprendre par cœur » date du moyen âge . Une époque où les fonctions du cerveau
n’ont pas encore été découvertes, et on considérait que l’augmentation du rythme cardiaque
provoquée par le travail intellectuel prouvait que le cœur humain était l’organe de l’intelligence et
de la mémoire.
«L’apprentissage par cœur est tombé en désuétude à partir des années 60-70», explique Claude
Lelièvre, historien de l’éducation et auteur du livre « L’école d’aujourd’hui à la lumière de
l’Histoire » (éd. Odile Jacob). « Apprendre par cœur » est souvent mal appréhendé comme étant
une méthode d’apprentissage qui consiste à retenir des informations sans nécessairement
comprendre leurs significations ou posséder les acquis liés au contenus appris.
L’éducation formelle en Afrique subsaharienne est essentiellement basée sur l’apprentissage par
mémorisation des contenus. La tendance actuelle est de promouvoir un apprentissage « par
compréhension » en stigmatisant l’apprentissage « par cœur ».
Deux points de vue se confrontent. D’un côté apprendre par cœur est considéré comme un
apprentissage superficiel et de l’autre côté, il permettrait d’accroitre les capacités mentales des
apprenants.
Le but de notre exposé n’est pas de présenter une recherche scientifique sur la thématique, mais
de définir d’abord les concepts d’apprentissage en surface et d’apprentissage par cœur, ensuite
présenter les bienfaits de la mémorisation en général et particulièrement sur le plan cognitif et
proposer une manière plus appropriée de procéder à l’apprentissage par mémorisation.
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1. Définition des concepts
1.1. Apprentissage en surface
Selon Romano (1991) : « Dans l’approche en surface, l’élève cherche essentiellement à satisfaire
aux exigences de la tâche, laquelle est d’ailleurs considérée comme imposée de l’extérieur : il
tente donc de mémoriser les divers éléments sans trop les comprendre, dans le seul but de
pouvoir les reproduire lors de l’évaluation. Il ne prend pas le temps non plus de réfléchir aux
relations qui existent entre les divers éléments, ni de s’interroger sur les implications possibles
de ce qu’il apprend. » (p.6).
En français, L'expression « apprendre par cœur » (ou « par cœur ») est utilisée dans le sens où le
cœur est compris comme organe mémoriel. Dans cette expression, il faut distinguer l’action
d’apprendre par cœur avec le résultat, le « su par cœur ». L’action d’apprendre par cœur relève
d’une méthodologie, qui se caractérise par une (re)production du contenu d’apprentissage.
(Abernot et al., 2011). En ce sens, apprendre une information par cœur consiste à l’encoder de
façon verbatim sans transformation aucune. (Cosnefroy, 2011). Quant au résultat, le « su par
cœur », relève d’un état de savoir, et se caractérise par « la reproduction plus ou moins « à
l’identique » et dans un temps différé d’objets d’apprentissage ». (Abernot et al., 2011, p.7).
Littéralement, faire apprendre par cœur est destiné à faire savoir par cœur. En ce sens, le but
premier d’apprendre une connaissance par cœur consiste à permettre de la reproduire sans
hésitation. (Abernot et al., 2011).
Nous retenons dans notre exposé que « l’apprentissage par cœur » est une méthode
d’apprentissage qui consiste à mémoriser des informations, les retenir par une organisation des
facultés mentales et la répétition, et être capable de les restituer de manière plus ou moins fidèle
dans un temps différé.
On comprend alors que l’apprentissage par cœur n’est pas synonyme d’apprentissage en
surface ; il peut l’être dans une certaine mesure où l’apprenant n’évolue pas vers une
compréhension des contenus mémorisés. « Apprendre par cœur » peut être considéré comme
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une étape de l’apprentissage en profondeur du moment où l’apprenant maitrise d’abord la
structuration et le vocabulaire du contenu enseigné.
On peut constater qu’apprendre par cœur a des avantages et une relation avec l’utilisation des
facultés mentales.
On désigne par tradition orale, l’ensemble des témoignages, des connaissances et des
informations, se rapportant au passé, transmis oralement d’un individu à un autre (de bouche à
oreilles) et de génération en génération. Elle a une part importante dans l’élaboration de l’histoire
africaine car elle permet de confirmer des informations issues de découvertes archéologiques et
des écrits ; elle permet également de comprendre certaines pratiques de la culture africaine.
« La fonction de griot exige une formation spécifique et approfondie qui lui conféra à
la fin un savoir et un savoir-faire appropriés. Le moment propice pour le
commencement de l’apprentissage véritable d’un jeune homme héritier du métier du
griot n’est qu’après la circoncision. L’art de la parole est un héritage transmis de père
en fils, de génération en génération. Le jeune stagiaire se met à apprendre et à réciter
l’histoire généalogique des clans de son village et de son pays. C’est un orateur de
premier rang, conteur digne de foi, plus écouté dans son village que les présidents du
pays, source intarissable de la tradition africaine, est à la fois le gardien et le
conservateur incontesté de l’histoire. » (p.91)
La méthode principale d’apprentissage dans l’école des griots est « l’apprentissage par cœur ».
L’histoire a témoigné de la capacité mentale impressionnante des griots qui sont capables
d’enregistrer d’importantes quantités d’informations et étaient même considérés comme des
« cerveaux » dans les sociétés traditionnelles d’autrefois.
« Apprendre par cœur » n’est-elle pas une marque distinctive d’éducation dans la culture africaine
à conserver ?
Le Coran occupe une place centrale dans la vie des musulmans et son apprentissage offre de
nombreux bienfaits, tant sur le plan spirituel qu’intellectuel. Selon Khouma (2023) :
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« L’apprentissage par cœur du texte coranique, prenant appui sur la vue, l’ouïe, la
mémoire et le geste, au contact d’objets) et personnes (interactions entre le
maître et son élève, et les élèves entre eux) physiques dans l’espace exigu du
daara1 développe l’intelligence relationnelle, gestuelle, mémorielle, etc. En
d’autres termes, la mobilisation des sens soutient la mémoire parce que la
mémorisation du Coran procède par l’enchevêtrement d’expériences corporelle,
sensorielle et émotionnelle et mémorielle. En effet, l’acte de mémoriser est
soutenu par un lawḥ2, un dispositif d’apprentissage qui fait la jonction de
l’écriture, la récitation et l’engagement du corps. » (p.12)
Des recherches effectuées sur l’enrôlement des enfants talibés à l’école coranique à Touba au
Sénégal avant l’école formelle ont permis de comprendre que le passage à l’école coranique est
un point important dans l’évolution cognitif et comportemental des enfants. Cela permet une
construction de capital cognitif et social pour de formations futures . Entre autres, les apprenants
acquièrent des compétences de réflexion, de raisonnement, de compréhension et de
mémorisation. Les compétences obtenues dans ces conditions ajoutent des atouts énormes au
système scolaire formelle.
L’éducation dans la Chine ancienne était largement basée sur les classiques confucéens. Dès
leur plus jeune âge, les enfants passent leur temps scolaire à apprendre et à mémoriser des textes
confucéens tels que le Grand Apprentissage, la Doctrine du Sens, les Analectes de Confucius3,
le Classique des vers et, bien sûr, le Classique à trois caractères. Selon Wu (2021, p.92) : « les
étudiants chinois sont entrainés dès le début de leur vie scolaire à être forts pour mémoriser
(Kember, 2016), et ils utilisent couramment les stratégies combinant la mémorisation et la
compréhension (e.g., Kember, 1996 ; 2000 ; 2016). Selon les études interculturelles sur les
conceptions de l’apprentissage des étudiants, nous voyons qu’il existe un lien entre l’éducation
et la culture. »
Wu(2021) a démontré dans ses recherches que les étudiants chinois dans leurs études en Europe
malgré les défis liés à la langue et aux méthodes d’apprentissage différentes à celles auxquelles
ils sont habitués, arrivent à s’accommoder et à exceller dans plusieurs domaines. Et ceci est dû
à leur éducation de base qui leur a offert un champ de préparation adéquat au développement de
leurs capacités mentales, à leur adaptabilité aux différents systèmes éducatifs.
D’après Ferrand (2021), pour un adulte, avoir une bonne mémoire est un atout. «Un chauffeur de
taxi sera plus efficace face aux bouchons s’il connaît les routes par cœur qu’un chauffeur qui ne
sait travailler qu’avec un GPS. C’est la même chose pour un médecin qui apprend les
médicaments génériques. Il va plus vite à force d’en apprendre, et n’utilise le Vidal que pour ceux
peu utilisés. Idem pour un avocat qui connaît ses articles», explique Dr Catherine Thomas-
Anterion, neurologue.
Pour Sébastien Martinez, « pouvoir réciter des connaissances sans réfléchir est indispensable. Il
y a beaucoup d’informations que nous avons besoin de ressortir automatiquement».
L’apprentissage par cœur a son importance même dans la théorie cognitiviste du moment l’enfant
du préscolaire et primaire doit retenir par cœur des notions élémentaires comme l’alphabet, les
noms associés au couleurs, l’association des chiffres et lettres et bien d’autres. Une table de
multiplication peut être comprise mais l’enfant qui l’apprend par cœur pourrait aller plus
rapidement dans ses applications.
3. Mémoriser et comprendre
Selon Blanc et Brouillet (2003), mémoriser et comprendre sont deux activités cognitives
intrinsèquement reliées. En effet, comment mémoriser ce que l'on n'a pas compris, et
réciproquement, comment comprendre sans mettre en œuvre des processus de mémorisation ?
Ainsi revient les termes apprendre par cœur et su par cœur. Le processus apprentissage doit tenir
compte de ces deux concepts (mémorisation et compréhension) pour permettre d’abord une
bonne assimilation des contenus d’enseignements, une restitution fidèle et une application des
acquis dans des termes adéquats et un vocabulaire adapté au contenu enseigné.
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apprentissages à la maison. Il plaide donc pour une gestion du temps et des démarches plus
pertinentes : multiplier les répétitions dans un laps de temps court, allonger les séances,
banaliser et déculpabiliser l’erreur, favoriser les évocations personnelles, proposer des stratégies
efficaces à ceux qui n’en ont pas, verbaliser les expériences vécues, entrainer les élèves à
hiérarchiser, structurer, associer les informations pour les mémoriser.
Conclusion
Nous avons défini l’apprentissage par cœur comme une méthode qui consiste à retenir des
informations et d’être capable de les restituer de manière plus ou moins fidèle dans un temps
différé. Elle a été à la base de la tradition orale en Afrique subsaharienne et continue d’être
pratiquer dans les écoles coraniques. L’éducation chinoise accorde une importance particulière
à cette méthode qui permet un développement des capacités mentales de l’apprenant. Elle a ses
limites quand elle n’est pas associée à une compréhension systématique qui permet la
construction et la mobilisation des acquis.
Néanmoins, nous sommes à l’ère du numérique où les TIC permettent une facilité
d’enregistrement de données et l’homme a tendance à déléguer ses responsabilités de
mémorisation d’informations à la technologie. Cela implique une dépendance vis-à-vis de la
technologie et l’abrutissement de notre génération. Il s’avère primordial de reconsidérer nos
opinions sur la mémorisation des contenus au-delà de leur compréhension et mener une
réflexion sérieuse sur l’utilisation des TIC en milieu scolaire.
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Liste des références bibliographiques