Article 13
Article 13
ÉTUDES AFRICAINES
Résumé : Cet article traite de la relation entre la divinité et sa création dans la religion séreer.
Cette relation porte beaucoup de noms à travers l’espace terrestre et revêt plusieurs formes
selon les conceptions : religions, traditions, arts, astrologies, mantique, auspices, bref une
volonté humaine de connaître l’Absolu, de lui vouer un culte assorti d’un rituel à observer. Il
importe donc de réexaminer les messages transmis par les intermédiaires, messages entachés
de cultures d’anthropomorphisme, de conservatisme, de volonté de puissance, de morale
sélective… l’utile et l’intérêt du moment mis en vue et complémentaires.
Abstract : This article deals with the relationship between the divinity and its creation in the
Serer religion. This relationship has many names across the earth and takes many forms
depending on the conceptions: religions, traditions, arts, astrology, mantics, auspices, in short
a human will to know the Absolute, to devote a cult to him with a ritual to observe. It is
therefore important to re-examine the messages transmitted by the intermediaries, messages
tainted by cultures of anthropomorphism, conservatism, will to power, selective morality... the
useful and the interest of the moment put in view and complementary.
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Introduction
Un fait demeure certain : l’univers ne saurait provenir d’un hasard. Il reste à savoir si la
divinité, cause principale de l’univers, va-t-elle le remplir de sa substance divine ou bien se
servira-t-elle d’auxiliaires sortis de sa propre émanation pour assurer la permanence et la
conservation de son œuvre : le cosmos ou création ou création ou aussi l’univers.
Un autre point serait la nature des liens entre le démiurge et le cosmos : des rapports de
subordination, d’égalité ou de complémentarité. Il est très aisé de deviner que de tels liens
sont ceux d’un Maître et d’un inférieur : du Puissant et du faible. Dans l’espace, leur
coexistence se traduit, pour le Puissant – qui est très éloigné et nomme Dieu – par
l’inaccessibilité ; pour le faible – l’incarné prenant forme dans la matière – un intermédiaire
qui porte ses quêtes est donc nécessaire. Il en résulte un besoin impérieux d’avoir des
intermédiaires envoyés : les êtres incarnés (les mortels humains) ou bien crées par le
démiurge et étant ses assesseurs. Les rapports d’égalité et de complémentarité avec Dieu sont
alors exclus.
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Il ressort que ce rituel ne saurait être identique dans tous les continents dont chacun risque
d’avoir sa propre manière de vénérer la divinité, en sorte que des disparités sont notées à
propos de ce rituel appelé aussi culte, voire à propos du nom attribué au démiurge selon les
préoccupations du moment et des mortels existants. Il ne faudrait donc pas s’étonner que la
religion change de visage d’un continent à l’autre, d’une race à l’autre, d’une tribu à l’autre
même d’une ethnie, même d’un clan à l’autre, selon les aires géographiques. C’est comme si
l’humanité entière est incapable, dans un effort objectif, abstraction faite de toutes les cultures
et des civilisations, de se faire une idée unique du démiurge, idée qui, une fois bien dégagée,
établirait un culte universel qui rallie tous les hommes. Il importe donc de réexaminer les
messages transmis par les intermédiaires, messages entachés de cultures
d’anthropomorphisme, de conservatisme, de volonté de puissance, de morale sélective…
l’utile et l’intérêt du moment mis en vue et complémentaires.
Toutes les religions sur la terre-mère doivent être analysées sous ce rapport. Les religions
africaines n’échappent pas à cette règle, l’ethnie sérère en particulier dont il faut esquisser la
théogonie pour voir si des traces d’une religion s’y cachent.
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Ensuite vient le culte voué aux ancêtres. Examinée de près, la vie menée par l’ancêtre honoré
au titre de totem est non seulement exemplaire sur le plan du respect de l’honnêteté, de la
sincérité, du courage au travail, du souci d’être le patriarche rassembleur, mais aussi parce
que, durant sa vie, il a accompli des actions hors des capacités humaines. Il est considéré
comme étant le plus sage, rompu qu’il est en pharmacopée traditionnelle. Au chevet de la
mort, il fait des recommandations, donne des ordres sur le patrimoine foncier et sur le
troupeau, sur la fortune matérielle aussi. Il ne manque pas de se faire instituer un culte
personnel en son honneur sous telle forme, en précisant le lieu et le nom de l’arbre choisi,
offre sa protection aux moments d’épreuves difficiles de la vie à chaque membre de la
famille.
Une fois le patriarche disparu, si son testament oral tombe dans l’oubli, on s’attend à des
représailles, des sanctions mystiques. Le plus souvent, c’est un membre de la famille qui
tombe en pénible situation, malade ou sans bonne récolte, ou victime d’une disette, d’un
manque de pluie…
Autant de facteurs qui poussent à se rappeler les propos du défunt- et quand ses
recommandations sont suivies scrupuleusement, une satisfaction s’ensuit immédiatement :
guérison, abondance de récolte, pluie diluvienne – l’entêtement dans le refus du culte n’est
plus permis. Ainsi naît un culte. Il reste à en mettre les éléments à la place indiquée et, à la
date fixée, suivre les étapes du rite à pérenniser.
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Aussi, faut-il lui être reconnaissant en venant lui présenter les prémices de la récolte sous la
forme de gros couscous fait du mil de la récente récolte et de lait caillé non sucré, car la
végétation et le bétail sont saufs. Le gros couscous est dit « A côt » en dialecte sérère. Les
hautes herbes, à la ressemblance et à la taille du petit mil sont nettoyées. Une large piste
depuis le village jusqu’au sanctuaire. Le gros bout d’un pilon taillé d’un Caïlcédrat est fiché
aux flancs de l’arbre dit Ardiana, mieux Ficus thoningii, en dessous duquel est délimité
l’espace sacro-saint, juste avant d’ouvrir la saison de lutte.
En effet, dans cette période, la vénérable mère, répondant au nom de Ndéssène Diaga, est
entourée par ses petits-fils âgés de sept à quatorze ans, ainsi que par tous les enfants du même
âge des trois quartiers de Djilasse : Ndorong, Ndiémane, Ndougourna accourus ; la mère
Ndessène se place au milieu d’eux. Elle fait déposer dans l’aire sacrée les deux grandes
calebasses, l’une remplie du gros couscous, l’autre, de lait caillé. Avec énergie et prudence,
elle agite le lait caillé. Puis, dans une autre petite calebasse en forme d’écumoire, elle met un
peu de gros couscous. Elle mélange le lait et le couscous. Quand tout est bien mélangé, alors
elle commence à haute voix ses invocations incantatoires aux divinités chtoniennes et
ouraniennes, usant d’une litanie à caractère théogonique :
3/ Ngaoul Sene
4/ Thioupane o mad
Tr : « Thioupane le roi »
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Tr : « Mansa le souverain surnommé Waly » (qui a joui d’une longévité exceptionnelle, est
encore vivant) à Mbissel.
Traduction : « Laga, de la lignée paternelle des Ndong, toi qui es le souverain des Mânes »
(Le lieu de son culte – résidence est au village appelé Ndorong o Log, situé dans les îles du
Sine).
8/ Sâny Ménetéring
(Sâny est un djiné résidant dans une île proche de la Gambie. Il n’a qu’un seul œil placé au
milieu du front)
« Sanghomar, souveraine des Mânes et des djinés » (Son lieu de culte résidence est l’île située
à l’Ouest des deux îles habitées : Dionewar et Niodior).
(Le lieu de sa résidence est marqué par plusieurs baobabs situés à l’Est en entrant à Joal à
partir de Ngazobil. C’est un démon très craint et très respecté en raison des faits miraculeux
produits dans les alentours des Baobabs.)
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Derrière les cimetières est le sanctuaire du totem appelé Assenda, lui aussi très puissant et
détenant plusieurs vertus. Grâce à ces deux totems, l’île de Fadiouth s’honore d’avoir des
intellectuels de qualité : des cadres supérieurs, des érudits du Coran, des prêtres très
nombreux, trois évêques et un cardinal.
Entre les deux villes de Dakar et Mbour, se situe le village dit Popenguine, habité par les
Sérères Safènes au neuvième siècle après J.C. un grand cours d’eau, venant de l’Est, se jette
dans l’océan atlantique, à l’Ouest.
La rencontre des eaux salées et douces forme un bel estuaire aux côtés boisés. C’est là la
résidence de la Nymphe nommé Ndayane, dite très généreuse pour la population. Elle guide
les pêcheurs égarés en mer par une lumière en les orientant vers la côte.
11/ O Beeb
Les deux villages situés sur la route de Djifer, Fadial et Mbissel, sont séparés par une vallée
nommée O Beeb. Le démon qui réside dans les lieux porte le même nom : O Beeb. Ces deux
villages sont à proximité de l’Océan atlantique, sur la côté Ouest.
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Son lieu de résidence est dans les eaux de l’Océan atlantique, au niveau des Mamelles de
Ouakam. Cette nymphe très puissante est la reine surveillante du Cap-vert.
14/ O Kangué
Elle est la célébré nymphe de Ndar dit Saint Louis du Sénégal. Elle prend, semble –t-il, toutes
les apparences, surtout celle d’une vielle femme. Elle est tantôt favorable aux pêcheurs, tantôt
en colère, elle agite et apaise à sa guise le fleuve et l’Océan atlantique.
Au Nord de Fatick, à trois kilomètres environ de cette ville, est un village nommé Sobem qui
est la capitale des quatorze villages du Niahoul. Ce totem passe par une prêtresse pour
annoncer au visiteur le résultat de sa requête. Elle apparaît comme étant une créatrice de
destin. Beaucoup de personnalités politiques affluent en ce lieu, toujours satisfaits. Quand les
habitants des quatorze villages se réunissent dans l’enceinte du totem et qu’ils formulent
ensemble un vœu pour quel qu’un, ce dernier est fatalement satisfait. Le visiteur qui est dans
le besoin vient à Sobem quinze jours avant la rencontre des notables des quatorze villages,
donne le prix d’une caisse de vin rouge. Le jour de la rencontre est toujours un mercredi pour
tous les totems sérères.
Au jour fixé, les chefs de villages donnent gratuitement des racines ou de la poudre venant des
feuilles pulvérisées. Tout est mis dans de l’eau pour un bain. Toute demande formulée est
immédiatement satisfaite.
À remarquer que le culte des grands totems protecteurs est une occasion favorable pour des
grands rassemblements populaires d’habitants d’un village.
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Deux motifs y président : supplier pour obtenir une pluie en vue de la prochaine récolte
désirée abondante et écarter les fléaux éventuellement prévus nuisibles ou dévastateurs. Une
protection divine en somme.
Néanmoins, si au niveau de chaque village un totem particulier est vénéré, au niveau des
familles aussi un culte est voué à un ancêtre pour des raisons diverses selon des exploits
accomplis ou les bienfaits octroyés, il est de tout intérêt que des enquêtes soient menées pour
l’identification des grands totems et la connaissance de leurs cultes et rituels comme pour
ceux des familles ou ethnies particulières.
En effet, le village de Djilasse est encerclé au Nord par la vallée de Thiamassas, au Sud par
celle dite O Beeb, dont les eaux, se rejoignant à l’Est, se jettent dans les ondes salées du bras
de mer du fleuve Saloum – les eaux douce de la vallée de Thiamassas, se déversant à partir de
Thiakor, créent un vaste espace jusqu’au village nommé Faoye. De là s’ouvre le panorama
des îles du Sine « O log ». Les eaux douces de la vallée dite O beeb sont barrées par une digue
percée par de gros canaux qui laissent passer la rouillée de grande nappe liquide qui se jette
dans le bras de mer à Pao – le bras de mer serpente, passe par le petit village nommé Roe, par
Simal, Djilor Djidiack qui marque l’ouverture des îles du Saloum « Ga Ndoune ».
Pendant chaque hivernage, les deux vallées, débordant d’eau de pluie, regorgeant de poissons,
charrient un nouveau limon très fertile pour la riziculture aux lieux dits O Nooye Diakhal,
Diaré – la, Ngathioula Fan Ndeb, Ngathioula Fa Mack, Fa Ndéndène, O Ndiouga, O
Mbalangar, Daf-Ké, O khol Baye Sene ( Altou ) A Tapp.
Les terres émergeant par endroits son friables, propices à la culture du mil : ce sont les lieux
nommés Noutna, O Ndiémane, O Diatara, O Ndengue, a Sassar, a Sougéme, O Mbelathie, O
Ngarigne. Quelques endroits sont semi-argileux : O Ndiamol, O Lofnane, O Ndiandoga, a
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À la sortie du village, en allant vers le Nord, la vallée de Thiamassasse une fois traversée, une
pénéplaine nommée Thiakor est alors abordée.
Elle surplombe l’espace marécageux créé par les eaux de la vallée. À l’Ouest de Thiakor, est
un petit village séculaire du nom de Ndack ; immédiatement après, c’est un autre espace et le
village appelé Loul Sessene est atteint, signalé par un ravin à l’entrée. Dans sa platitude,
s’étend le paysage du Sine à (A Siningue).
Par conséquent Djilasse est appelé, d’après son sens étymologique et à juste titre le lieu idéal.
Sa position géographique le fait baptiser « Fimb Otanne » : Un îlot.
Son aire est limitée par le village de Thiakor à l’Est, par Diouwalo (Palmarin et Ndiongue),
Joal à l’Ouest, au sud par Simal et au Nord par Loul Sessene et Boyard.
À cette époque lointaine, les moyens de mesure chiffrés étaient très rares. Les surfaces étaient
évaluées par des épithètes ou adjectifs comme aussi les distances : petit, vaste, immense,
proche, loin, très éloigné, inaccessible. Le terroir de Djilasse était dit immense. Djilasse qui
existait avant l’arrivée de Maissa Waly Ndione à Mbissel est très ancien.
Les îles du Sine et du Saloum n’étaient pas encore habitées. Les rois du Sine en avaient fait
leur deuxième capital politique pour avoir accès aux îles du Saloum. De là, la fierté des
habitants de Djilasse d’appartenir à la couronne, d’être des nobles, exempts d’impôts, de
travaux forcés, leurs bêtes épargnées des rapts et des réquisitions pour les festins du roi lors de
son séjour loin ou bref à Djilasse.
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Les faits prouvent l’antiquité du village de Djilasse. En effet les datations chronologiques
orales, évocatrices des noms de princes ou de princesses, tel Fara, fondateur du premier
royaume du Nord, et Coumba BATHIAL, de celui du Sud chez les Socé, sont discordantes.
Quant aux chronologies écrites fondées sur la correspondance des événements occidentaux et
africains, elles sont fiables parce que vérifiables. Et puisque la date de l’arrivée du grand
prince Mansa Waly MANE DIONE à Mbissel est à présent connu (+1185) et que ce prince
manding a trouvé sur les lieux le village de Djilasse déjà habité, il est certain que sa fondation
est antérieure à l’occupation des îles du Saloum et des villages de toute la petite côte par ses
compagnons, par les hommes de sa garde rapprochée, par ses fidèles, ses proches et des
hommes de métier à son service : Laobés, griots, esclaves, agriculteurs, prisonniers de guerre,
hommes libres, et les hommes du haut commandement militaire de son administration.
L’épouse du roi Mansa Waly MANE DIONE se nommée Ngaoul, devenue Mâne et adorée
par toute la population de Djilasse. D’ailleurs, Ngaoul est considérée comme étant la reine des
Panghols de Djilasse.
Chaque Panghol a un culte particulier. Les différentes étapes du culte de Ngaoul sont à passer
au détail.
Les Panghols vénérés sur le sol djilassois sont aussi à dénombrer. Mais avant il convient de
justifier l’importance d’un tel culte pour mieux comprendre la rigueur avec laquelle il est
accompli chaque année à l’approche de saison des pluies.
Parmi les forces invisibles ou surnaturelles, il y a lieu de distinguer les démons et les mânes.
Les djinés sont caractérisés par leur nature immortelle. Ils sont imperceptibles à l’œil.
Certains hommes ont le don de les voir en des circonstances exceptionnelles. Leurs contacts
sont toujours nuisibles en raison de leurs pouvoirs quasi-divins. Celui qui rencontre un djiné
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tombe immédiatement malade ou atteint de folie. Alors un sorcier négocie avec le démon ou
le soigne. Quand un démon aime un être humain, soit il l’arrache à la société humaine et
l’adopte, c’est le cas des enfants disparus qui servent de guides car le djinn ne peut pas voir le
lion seul animal qui le dévore, soit il lui fait des dons et des faveurs. Le favori, à qui le démon
révèle les événements futurs, sert d’intermédiaire entre lui et sa famille voire son milieu. C’est
ainsi que les démons sont connus et localisés. Ils prennent souvent le nom du lieu ou de
l’arbre où il a été repéré pour la première fois. Dans le terroir de Djilasse, les djinns sont :
1) Baaké fa Ndjindié
2) Sambédiane
3) Lofnane
4) Sewna
5) Thiakor
6) Lat yandé
7) Diasgui
D’après la tradition sérère, les résidences mystérieuses des djinns sont identifiables, selon leur
préférence, au tamarinier, au baobab, au fromager, au Caïlcédrat. À certaines heures les
Sérères se méfient de passer à côté d’un tamarinier quelconque, d’un baobab géant, d’un
fromager colossal réputé être la demeure d’un djinn qui lui enverrait son souffle ou bien qui le
toucherait du bras car sa puissante main invisible est meurtrière. Le Sérère enraciné est
convaincu qu’un tourbillon de vent est la voiture rapide d’un djinn par laquelle il se déplace.
Le vent qui tourbillonn renferme une sorte de poison qui pénètre dans le corps. Son symptôme
est le rhume.
Seul un charlatan connaisseur peut chasser ce vent par la fumée de certaines racines d’arbres
appropriés non par un traitement de ma médecine occidentale.
La fréquentation des djinns éthérés n’est donc pas souhaitable car elle n’est nullement
bénéfique.
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On cite souvent des cas ou les djinns ont eu commerce avec des hommes dans des
circonstances très différentes.
Un adulte djilassois, du nom de Waly Diouf, très connu sous le sobriquet de Wadiambogne,
très éprouvé par les mauvaises récoltes malgré son travail aux champs, n’arrivait jamais à
nourrir ses enfants. Son épouse nommée Coumba lui resta fidèle.
Un jour Wadiambogne prit la route du village dit Ngarigne pour aller à un autre village
appelé Léona.
Pourtant, il n’avait rencontré personne et personne n’était derrière lui. Il continua son voyage.
De retour au village, il raconte son aventure. Tout le monde lui fit des remontrances car il était
clair que le djinn de Lat yandé lui avait offert cette somme pour mettre un terme à sa pauvreté
matérielle. Il répondit qu’il croyait qu’il s’agissait d’un piège lui imposant de donner en
échange de cette somme, tôt ou tard, une nièce ou un neveu de grande valeur humaine. Les
djinns sont donc capables de commisération et ne nuisent aucunement s’ils sont évités lors de
leurs déplacements sur leurs itinéraires.
Les Mânes sont les ombres déifiées des ancêtres. Cette divinisation a bien un motif
justificatif : au cours de leur vie, certains parmi les ancêtres, par leur vertu, leur génie, leur
genre de vie exemplaire, leur générosité, leur sens élevé de la responsabilité et du devoir
incarnent la cohésion et l’harmonie de la communauté. À ce titre cette même communauté
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doit leur rendre un hommage mérite à perpétuer par la postérité. Un lieu de rassemblement est
donc choisi et un objet de souvenir pour évoquer leur mémoire, de préférence la devanture de
sa case. Cet objet doit être résistant. La petite jarre de lait est fichée renversée, soutenue
parfois par un gros morceau de bois de la taille du disparu, rappelant ses bienfaits voire ses
exploits dans certains domaines de la vie. Le chant de gratitude est présenté sous une forme de
supplique pour une abondante récolte future, pour écarter un éventuel malheur menaçant la
communauté. Les Mânes vénérés à Djilasse :
1) Ngaoul SENE
2) Thioupano – Mad
3) O Ndaba Diouf
4) Baak ne
5) O Ndew
6) Ndagane
7) O Mboudaye O Ndokhande
8) A Tome ale yabiram
9) Kha Baakakhe Magole Diokave
10) Fa ndindi
11) Farandol
12) Nguithiogue
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Mboudaye O Ndokhande visite en songe un membre de la famille qui assure son culte. Le rite
accompli, le visiteur prédit l’avenir, annonce la prochaine bonne récolte pour les membres de
la famille qui dessert son culte. Dans le cas contraire, le totem retient la fécondité. Sa
puissance va plus loin : faire incarner des êtres dans des femmes choisies dans la famille.
Ainsi tel garçon ou telle fille est un rejeton de Mboudaye O Ndokhande. Il reste à signaler
qu’un tel enfant ne doit pas être contrarié très souvent sinon le totem reprend son bien :
l’enfant quitte la vie sans être malade sérieusement.
À l’entrée de l’arène de lutte de Djilasse,à droite, se dresse un grand baobab, siège du totem
de la famille Souagne dite aussi Fata Fata. Son nom n’est jamais cité. Le nom utilisé par tous
est : Bakh-nê. Pourtant tous les Djilassois comprennent qu’il s’agit de ce totem des Souagne.
Les enfants de la famille Souagne sont toujours, est-il affirmé, protégés à l’étranger ou bien ce
qui leur est réservé est prédit au cours d’un rêve. L’exemple d’un rejeton Souagne nommé
Djitar Diagne est édifiant. Djitar étant le plus ardent à manier l’hilaire à la culture des
champs, ses ennemis firent une coalition pour l’éliminer. Incapables d’y arriver, ils passèrent
par son ami qui l’accusa d’avoir pris un morceau de cola sur le comptoir de sa boutique. La
plaisanterie conduisit à une plainte auprès de la couronne. Djitar DIAGNE fut condamné à
payer une amende pour vol. Un rêve prémonitoire l’avait invité à quitter Djilasse. Pendant le
rêve le Panghol lui tendait un gros marteau. L’accusation de vol servit de prétexte. Quand il
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arriva à Kaolack, le chef de gare vint le trouver sur le quai et le prit comme apprenti,
mécanicien. Un an après grâce à son habileté, il était amené à la Direction Nation des chemins
de fer à Thiès. Devenu le second mécanicien après le chef qui était un Blanc, il réglait pendant
la nuit des situations mécanique délicate, aidé par l’esprit de ses ancêtres. Lui –même en était
conscient.
Quant au dénommé Tekhey Mame, il reçut dans un rêve l’ordre aller récupérer son taureau à
Kadjemore. L’ombre disparut. Il crut que c’était un simple rêve et différa d’y aller, d’autant
qu’il ignorait la région où se trouvait ce village dont il n’avait jamais entendu parler.
À l’ouest de l’ancien site de Djilasse, à sept cents mètres environ, se trouve un petit lac rempli
d’eau de pluie, relié à la vallée de Ndiambour par un petit ravin marécageux. Un fromager
géant couvrait ses eaux de ses branches. Une petite végétation aquatique formait un beau
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décor ; des manguiers et des figuiers constituaient son mur extérieur où se côtoyaient des
greniers à mil. Des oiseaux de toutes sortes venus nicher, annonçaient le lieu par leurs chants
bruyants. Les propriétaires des chevaux, des ânes, des moutons, des chèvres y venaient
abreuver leurs bêtes.
À l’orée de la tombée des premières pluies, le petit lac, un peu tari, des puits creusés à moins
de deux mètres de profondeur, servaient à faire boire les bovins. Mais Ndaba Diouf était
jalouse de son domaine qu’elle surveillait. Une année, une inondation eut lieu. Le petit lac
rempli d’eau de pluie, déborda de tous les côtés. Les carpes vinrent s’y multiplier. Les enfants
venaient pêcher à la ligne. Mais quand un jour les hommes et les femmes usèrent de gros
moyens de pêche, filets et nasses, le lendemain matin, tous les poissons non pris se trouvèrent
morts à la surface de l’eau, tués par Ndaba Diouf, irritée par les bruits dérangeants. Elle
n’avait été ni consultée, ni priée par la femme qui s’occupait de son culte.
Au sujet de cette servante, lorsque Ndaba voulait annoncer un événement futur par elle, elle la
bastonnait. Elle seule voyait Ndaba. Elle tombait en transes, s’agitait furieusement, criait très
fort, courait au lieu du culte, se tortillait et livrait le message
Elle s’exprimait en dialecte Al Puular. Une fois le message livré, elle s’endormait. Réveillée
elle oubliait tout : le contenu du message, le dialecte Al Puular. Ndaba Diouf était une
étrangère sur le sol de Djilasse. Elle était originaire du Djéguême. Ses apparitions étaient
rares. Un prêtre blanc venu de Joal, entendit parler d’elle. Il plaça à l’ombre du fromager un
miroir. Ndaba Diouf vint se mirer le père blanc fit venir la population du village. Beaucoup
de personne arrivèrent rapidement. De teint blanc, Ndaba avait les cheveux qui tombaient sur
ses genoux. Sa beauté était indescriptible : cheveux noirs, de gros yeux pareils à des pommes,
une blancheur éclatante…
Enfin les Djilassois furent rassurés sur l’existence de cette djiné pacifique. La ligne maternelle
des Fédior s’occupait de son culte. En général les Panghols se servent des femmes pour faire
passer leurs messages.
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➢ Ndey est une sorte de Hestia familiale chargée de repousser les mauvais esprits qui
hanteraient les rêves de la famille, peu importe le lieu où ils pourraient se trouver.
➢ Diasgui :
Le baobab est encore sur la lisière de la descente vers le bras de mer. La moitié de ses racines
est à l’extérieur. Son tronc, depuis le reste de ses racines jusqu’aux branches, est étendu à
terre. Les branches se dressent tout droit vers le ciel. Tel est l’aspect étrange de ce grand
baobab, résidence d’un Totem puissant du nom de Diasgui, qui est le propriétaire d’un très
grand troupeau dont il est en même temps pasteur zélé.
Quand il va paître son troupeau, il se fait invisible. Pourtant sa voix se laisse entendre, le bruit
des sabots des vaches est perceptible à l’oreille. Nul ne peut voir ces bêtes.
Diasgui est surtout connu pour ses actes merveilleux, mais parfois répréhensibles. Diasgui
offrait des œufs de poule aux passants qui allaient au bras de mer. Celui qui les ramassait en
les touchants seulement, allait à sa tombe. Il présentait des pièges avec toutes sortes d’œufs
de petits oiseaux.
Une famille, venue de Marsoulou, une île du Saloum, résidait temporairement à Djilasse. L’un
de ses garçons qui se promenait dans les parages de Diasgui, ramassa un nid d’oiseau de
mange-mil, en prit un œuf et l’avala. Malgré sa fragilité, l’œuf ne creva pas, mais s’arrêta, au
milieu du gosier. L’enfant ne cessait de crier : «Papa, l’œuf est dans le gosier et ne descend
pas dans le ventre », aucun remède ou expédient ne put le sauver. Il mourut pendant la nuit.
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Elle s’efforça d’en ramasser pour les mettre dans son panier. La poule gloussa, vint s’attaquer
à Ndéo, fit semblant de réclamer ses petits. Ndéo ne vit pas de poussins dans son panier vide
en dépit de ses efforts pour en ramasser d’autres et de les y mettre. Et Ndéo inquiétant,
s’exclama :
« Mais par où sont passés les poussins que j’avais ramassés et mis dans mon panier ? »
Ndégnilane aurait dû comprendre qu’elle ne faisait pas partie des personnes à qui Diasgui
faisait don d’une richesse constituée de futures volailles et qu’il se jouait d’elle.
Situé à l’ouest de Djilasse, Thioupane n’est séparé que d’un kilomètre environ. Un grand
fromager entouré de beaucoup d’arbres signalant sa présence. À vingt mètres, toujours à
l’ouest, une cuvette entourée d’arbuste avait ses eaux de pluie d’une froidure glaciale. Au
retour des champs, les paysans reposaient leurs nerfs après un bain tant désiré. Un arbre
nommé Akacia… avait germé tout à côté, avait formé un feuillage touffu qui avait couvert
tous les arbres et ressemblait à une vaste tente où venaient se réfugier tous les Djilassois en
cas de péril venu de l’extérieur. Tous les greniers des villageois y étaient placés. Quand le roi
du Sine, avait décidé d’envahir le village avec son armée pour un motif quelconque, pour une
corvée ou pour punir des citoyens insoumis à la couronne alors, tous les Djilassois, hommes,
femmes, et enfants venaient se réfugier à la citadelle de Thioupane. De cette citadelle,
sortaient d’innombrables abeilles qui piquaient seulement les étrangers, entraient dans les
naseaux des chevaux qui faisaient demi-tour ou s’affalaient à terre, renversant les cavaliers.
Ainsi Thioupane sauve la population. L’armée royale, confondue, retourna à Diakhao.
Thioupane, la bienveillante souveraine, avait toujours été la protectrice de Djilasse. Les rites
de son culte sont accomplis par la famille Souagne-Fata-Fata. Un talent de prédiction lui été
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dévolu en passant par les rêves ou les visions. Le Totem use des personnes choisies dans la
famille Songhai.
➢ Farandole
Sur les berges des vallées, pousse toujours une végétation luxuriante. Farandole est de ce
genre : la vallée de Thiamassasse s’y ouvre, sillonnée par des cordons d’arbre de toutes sortes
notamment « du detarium sénégalense » dit Ndo oye en dialecte sérère. Les crocodiles
quittent les eaux pour venir prendre un bain de soleil, les enfants du village, pêchent à la
ligne. À cet endroit, les poissons étaient si nombreux qu’en sautant, ils tombent sur les berges.
Les passants les ramassent. Les eaux, en dévalant avec force, pénètrent sous l’ombre des
arbres. Il est alors aisé de prendre les carpes regroupées en petit tas dans les herbes. Alors,
passants et voyageurs, profitant de l’occasion, s’approvisionnent.
En bon citoyen français, Blanbois devait écouter son poste radio avant d’aller dormir, la nuit
arrivée. Bien que la chambre fût fermée, un homme et ses enfants étaient assis devant le poste
radio. Le Blanc laissa passer un peu de temps, ses hôtes étaient toujours là. Il appuya sur un
bouton pour réduire le son. L’hôte dit à Blanbois en langue française :
Il gifla le Blanc et sortit avec ses petits, la porte restant toujours fermée.
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À son réveil, le Blanc se leva, très mal en point. Il dut abandonner le travail, rentra en France
pour se faire traiter en psychopathie ou en psychosomatie…
Son successeur venait le jour pour rentrer en ville le soir. L’entretien du beau site fit défaut.
Au référendum de 1958, tous les habitants des îles du saloum venaient y voter.
Le djinn de Thiakor, très hospitalier mais méchant, avait aussi à son compte beaucoup de
morts par noyade dans les chutes d’eau du pont. Le cas de DIAKHATE, un ouvrier des
travaux publics coloniaux, celui de Niokhor kangou originaire de Simal sont restés gravés
dans les mémoires.
➢ Khal Bakh-Ndangane
Une distance appréciable sépare Farandole du lac salé de Dioka Dioka. Un peu avant l’accès
du bras de mer appelé Apao, où se situe o wellengue, se dressent trois petits baobabs, en plein
milieu salin. Ils ne périssent ni ne grandissent. À partir d’Apao, le bras de mer se divise en
deux couloirs : le premier s’orienter vers le nord où est le village de Faoye, le second vers le
sud, en direction du village nommé Simal qui fait face à Djilor djidiack, un village côtier.
Juste avant Simal, se situe un havre de pêche nommé Rohe. Se dresse, en bordure du bras de
mer, un baobab géant entouré de méandres ombragés, depuis Apao, par les palétuviers très
serres. Ce baobab s’appelle Ndagane. Ha Bakh et Ndagane sont l’objet d’un culte assuré par
la famille maternelle dite Karé-Karé ou Fouma Fouma dans les îles du Saloum. Ce vaste
espace a l’aspect d’un triangle rectangle : de Loul Sessene jusqu'à Fanfjidjé, une minuscule
île, la longueur est estimable a dix kilometres environ ; entre les trois baobabs du lieu-dit
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Fandjedje jusqu'au Fouvre situé sur le bras de mer à l’est, il y a cinq kilomètres a peu près. En
allant tout droit du sud au nord, l’hypoténuse rencontre la ligne droite à Loul Sessene où se
termine le filet d’eau salée du minuscule bras de mer appelé O wellengue.
Dans ce grand espace, viennent se déverser chaque année les eaux douces de la vallée de
Thiamassasse, y dispersant un riche limon semi argileux. Se côtoient alors des rizières, à perte
de vue, parsemées de cuvettes d’eau regorgeant de poissons, tachetées de nénuphars, des
arbustes de toutes sortes. Les bétails des villages suivants : loul Sessene, Dack, Djilasse,
Faoye, Ndoff, Nguessine, Gnaguéne se retrouvent dans ce riche pâturage. Les trois-quarts des
eaux disparaissent par tarissement et par évaporation progressifs. Les cris des chèvres, les
bêlements des moutons, les beuglements des vaches se mêlent, donnent lieu à un concert
particulier surtout quand les mugissements des taureaux ponctuent l’ensemble. Lorsque le
soleil dépasse le zénith, toutes les bêtes, ayant bien paturé, se rencontrent aux points d’eau
pour s’abreuver.
Des affrontements entre taureaux ne manquent pas. Le début de la bataille est signalé par un
violent choc des museaux et des coups de cornes ; les taureaux alternativement, se poussent
avec énergie, l’un cherchant à renverser l’autre pour l’éventrer. Tous les accourent pour les
séparer, les poussant vers un tronc d’arbre. Si l’un des taureaux, à la suite de la bataille est
grièvement blessé ou meurt, les deux bergers des deux troupeaux se battent aussi. Le berger
du taureau vaincu connaît son sort : il sera bastonné à mort a son arrivé à l’étable pour avoir
été négligeant dans son rôle de surveillance. La chaleur, la fatigue, la faim, les circonstances,
autant de motifs avancés ne sauraient inciter le propriétaire du troupeau à pardonner.
Le prétendu fainéant, doit bien recevoir une correction sévère pour que dorénavant, un autre
berger ne se montre mou.
La tradition rapporte également qu’en cet endroit, tous les djinns de la contrée se rencontrent
pour les événements futurs : la révélation des décrets divins, le destin des grands hommes, les
années d’abondance et de disette, les recettes à utiliser pour conjurer les fléaux annoncés…
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une telle place privilégiée doit avoir un surveillant qui veille à son entretien. Ce bon veilleur,
c’est le djinn de Thiakor, à la fois sévère et généreux.
➢ Le culte de Ngaoul
Démêler les éléments ouraniens et chtoniens du visage ngaoul n’est pas chose aisée. Le
souvenir de ce chant noté du patrimoine folklorique le dit clairement : « passap tew-Kê dit
passap Korkê, yissa yissa way way yissa ! »
Traduction : « s’agit –il des oreilles du genre masculin ou féminin, rien n’est sûr »
Un récit historico-légendaire rapporte ceci : Ngaoul divinité toute puissante, veillait nuit et
jour sur sa famille : les habitants de Djilasse. Elle leur prodiguait à la fois prospérité, sécurité
et santé.
Une célèbre nymphe marine, venue avec une masse considérable d’eau, remplit tous les
espaces vides. Ngaoul la requit, garda le silence, obligée de le faire en vertu des règles de
l’hospitalité. Un certain temps écoulé Ngaoul demanda à la nymphe si celle-ci était venue
pour demeurer ou repartir après son séjour. La nymphe lui répondit quelle avait l’intention de
cohabiter avec Ngaoul, au beau site de Djilasse. À Ngaoul, s’enquérant sur les moyens de sa
substance, la nymphe dit que sa nourriture consistera en jeunes gens et jeunes filles qu’elle
prendrait elle-même en faisant chavirer les pirogues par des astuces connues d’elle. Ngaoul
rétorqua qu’en sa qualité de patriote, elle ne saurait perdre un seul de ses garçons ou filles à
cause des avantages procurés par l’eau (les poissons) que la richesse se trouvant aussi dans
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Il resta ce filet de bras de mer alimenté chaque année par l’eau des deux vallées.
Ce souci de bien garder le village à l’ombre de ses grandes ailes protectrice est célébré dans
un chant figurant dans les hymnes dédiés à Ngaoul lors de la cérémonie rituelle.
Traduction : la maîtresse absolue de Djilass, celle-là même qui a pour nom Faye, Djilass est
ton bien.
Contestée dans son rôle de cause des pluies fécondatrices d du sol par les Djillassois
courageux et confiants dans leur bras, Ngaoul ne vit son culte assuré cette année. La une
seule goutte de pluie ne tomba pas sur le terroir de Djilasse. Les autres villages : Loul sessene,
Faoye Boyard, Simal, avait de bonnes récoltes. Quand le rite du culte fut accompli comme il
se devait l’année suivante, l’abondance des récoltes revint au galop. La leçon qui a été tirée se
traduit par le bref chant suivant :
Traduction :
O Ngaoul, déesse unique, je ne vais plus jamais mourir, je suis sauvé de la famine de cette
année. Jamais je ne vais plus recommencer à ne pas t’adorer.
« O Ngaoul divinité unique au monde, ta famille est actuellement présente dans ta maison.
Aucun membre n’est absent. Continue de veiller sur elle. Moi Sombel Faye, je t’implore pour
ta famille. Eloigne loin d’elle les mauvais vents, les fléaux de toute nature, les mauvais
Esprits, les sorciers et donne leur santé et abondance en céréales. Tant que tu es là, ta famille
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ne manquera de récolter à la fin d’un hivernage. Par ton truchement, Dieu pleuvera toujours
chaque année. »
De son vase rempli de l’ensemble des offrandes prélevées, il verse le tout sur les morceaux de
pilons et également sur le vase renversé et ordonne à toute la famille de manger « le Tine » le
reste du repas que le totem vient de manger.
Dans l’enceinte, commence l’adoration consistant à adresser à Ngaoul des hymnes pour louer
sa Force Protectrice, sa prodigalité, l’Amour pour sa famille. Aucun fils de Djilasse ne meurt
à l’étranger.
Bref, sa Toute Puissance lui vient de Dieu « Roog SENE (Dieu unique). Ces deux hymnes
pourraient édifier :
1°) « O dianno lène khooh ne bissine na kaafé, okhu fogna têne khano davé »
Traduction : « La corne du taureau qui a amené le mil, ceux qui y ont droit auront leur part. »
Traduction : « Le mil sorti de la paille est consacré au rite de Ngaoul, vénérable GUEDJI. »
Pendant l’accomplissement du rite, les tam-tams se taisent mais les griots attendent. L’hymne
final une fois chanté, la sortie de l’enceinte se prépare par vagues successives, hommes et
femmes se mêlant. Un gros baobab sépare l’enceinte de l’arène de lutte. Juste avant de quitter
l’enceinte, tous les hommes, par groupes séparés, martèlent ensemble le sol avec le pied
droit, le pied gauche reste derrière comme appui. Le rythme laisse entendre un bruit sourd :
Rip ! Rip ! Rip !
Sur cette cadence, le groupe sautille vers le griot qui se trouve dehors, puis revient. C’est le
tour du deuxième groupe, du troisième, ainsi de suite. Quand toute la foule des hommes est
passée par groupes, alors hommes et femmes vont vers le gros baobab. La foule va en faire le
tour trois fois scandant et alternant les voix d’hommes et les voix de femmes.
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Pood ké mayo !
Samba goussoura
Et tous les genres de céréales sont cités à la file. Aucune omission n’est tolérée, sinon le totem
ne le mettra pas à son actif. La foule regagne l’arène de lutte, bordée de tous les côtés par, au
Nord, deux grands fromagers, au Sud par deux autres, à l’Est par un baobab à côté duquel se
trouve la place des griots, à l’Ouest, par un baobab, le siège des abeilles. À partir de l’Est, le
premier fromager est l’arbre symbole de la fécondité. Un adulte monte sur les épaules d’un
autre adulte et attrape les bouts d’une branche qui plie vers le sol. La foule se précipite pour
en avoir les feuilles. Chacun veut être le premier à en obtenir, ce qui constitue le signe d’être
en possession d’un grenier à la fin de la prochaine saison de pluie. La foule se disperse dans la
nuit. Chacun est content et satisfait, convaincu, l’âme sereine, que Ngaoul a agréé toutes les
prières.
➢ Ndoude
Quatre étapes rythment le culte religieux de Ngaoul : le Ndoude ou la chasse simulée puis
imitée par une danse dans la soirée ; la clôture de l’enceinte du sanctuaire ; la pêche aux
crabes par toutes les nouvelles mariées du village ; l’accomplissement du rite final dans la
soirée du mercredi.
Tous les jeunes garçons de Djilasse, par classe d’âge, de huit ans environ à vingt ans, se
préparent à faire un périple. Avant, les parents doivent les habiller avec des boubous faits de
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bandes neuves de cotonnades. Ses bandes sont l’œuvre d’un tisserand. Le boubou est
dépourvu de manche et s’arrête aux reins. Quatre bandes de cotonnades, mesurant au moins
trois mètres, couvrent les fesses, le reste de la bande pend et arrive aux genoux – avant
l’apparition des chaussures européennes en plastique, les pneus sont utilisés, taillées sur
mesure.
Ceux qui sont réputés être dans l’art de la coiffure, sont sollicités, à cette occasion, à faire vite
et bien le travail. Les cheveux du garçon sont réduits au maximum. Le peu qui reste est
organisé en sillons très étroits avec un couteau bien tranchant ou avec une lame. Ces petits
sillons sont circulaires et auréolent le visage du garçon.
Gare aux parents qui n’ont pas à temps les moyens d’habiller leurs enfants : l’opprobre plane
sur eux. Mieux vaut aller emprunter. Aussi se prépare-t-on assez tôt, car il y va de la dignité
de chaque famille. Aucune classe sociale ne saurait se dérober – les mères de famille devant
filer le coton sont les principales concernées. Mais les pères de famille peuvent venir au
secours de leur épouse. Au jour fixé, les parents touchés par la mauvaise fortune voient leurs
enfants en larmes s’emporter contre eux. Les enfants qui n’ont pas l’âge de partir s’acharnent
contre leurs parents. Ils sont difficilement calmés, amadoués par forces promesses pour la
prochaine année. Le Ndoud est une véritable parade. Aussitôt après le repas de midi, toutes
les familles sortent pour admirer les riches et belles tenues des enfants de telle ou telle
maison. Les enfants, bien habillés, passent dans les rues principales pour être vus et appréciés.
Les éloges ne manquent pas, portant sur la qualité de la cotonnade ou sur la nouveauté de la
coiffure.
Tous vont se rassembler à l’arène publique de lutte. Le nombre des enfants jugé complets, la
direction habituelle vers le néocarya macrophylla est prise ; à quelque mètres derrière la
termitière, deux arbres aux petites feuilles dets (Nganes) situés en dehors du village. A
l’ombre, le tri par classe d’âge s’opère : les deux classes des garçons les plus âgés sont
autorisées à faire le périple pour la chasse.
L’itinéraire est le suivant : le village nommé Singue, Boyard Ndiodiom, Boyard Tock.
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En dépit de leurs belles tenues, ces garçons vont à la chasse le reste de l’après-midi, puis
reviennent le soir à la tombée de la nuit. Les garçons de la classe d’âge non autorisée à faire le
périple se rendent à la place dénudée du lieu-dit O Ndooye. Là, ils se déshabillent. Chacun
provoque à la bataille celui qu’il croit pouvoir battre. La règle établie est d’user seulement des
coups de poings. La bataille une fois engagée, de véritables coups de poings sont échangés.
Le plus fort physiquement finit par terrasser son adversaire qui pleure ou supporte les coups.
Celui, qui pleure est écarté du groupe et rétrogradé, descend à la classe inférieure. Rien de ce
qui s’est passé n’est rapporté au village. Celui qui pleure est bastonné à mort par ses grands
frères qui lui évitent le déshonneur familial. C’est dire qu’aucun garçon ne doit céder,
Il est préférable de se faire tuer. À ce stade d’ailleurs où les coups de poings font rage, les
deux adversaires aux prises sont séparés puis félicités, l’honneur est rendu à leurs parents.
Les garçons partis pour le périple arrivent, dans une course effrénée, dans l’arène publique en
chantant, chacun un bâton sur l’épaule : « A mbarane, à bolane, yagma lolé Ngelna damane. »
Traduction : « ils l’ont tué, ils l’ont mutilé. Par conséquence sa mère a fondu en larme.
Pitié !! »
Ce chant est le signal du retour des garçons. Alors tous, hommes, femmes, enfants viennent
assister à la danse finale qui couronne l’évènement.
CONCLUSION
Les propos avancés sur la fondation de Djilasse, sur les djinés et sur le totem collectif et les
totems familiaux peuvent valoir au sujet de tous les anciens villages africains. Eléments
authentiques d’une histoire africaine non falsifiée.
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