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Analyse Complexe - 2019 Feuto

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Analyse Complexe :

MASTER I
2018-2019
Justin FEUTO,
UFR de Mathématique et Informatique,
Université Felix Houphouet Boigny,
MASTER 2018-19 – 0 – Table – 2

Table des matières


MASTER 2018-19 – 0 – Préface – 3

Préface.
MASTER 2018-19 – 1 – Fonctions holomorphes – 4

Chapitre 1

Fonctions holomorphes

L’espace Euclidien R2 est muni de sa norme euclidienne, et C désigne le corps des nombres
complexes. Nous notons L(R2 ; C) le R-espace vectoriel normé des applications linéaires de R2 dans
C.

1. Fonctions continue dans C : Rappels

Définition 1.1. Soient V un voisinage d’un point z0 de C et une application f : V \ {z0 } → C. On


dit que f admet une limite en z0 si il existe un nombre complexe ` tel que pour tout réel  > 0, il
existe un réel δ > 0 tel que si z ∈ V et 0 < |z − z0 | < δ alors |f (z) − `| < .
On note lim f (z) = `.
z→z0

Définition 1.2. Soit Ω un ouvert de C et une application f : Ω → C. On dit que f est continue en
z0 ∈ Ω si lim f (z) = f (z0 ). On dit que f est continue sur Ω, si elle est continue en tout point de Ω.
z→z0

Exemple 1.3. (1) La fonction constante dans C est continue en tout point.
(2) Montrer que la fonction z → |z| est continue dans C
(3) Montrer que pour tout entier naturel n, la fonction z 7→ z n est continue sur C.
(4) Montrer que pour tout entier naturel n la fonction z 7→ z n est continu sur C.

(1) Le résultat découle de l’inégalité ||z| − |z0 || ≤ |z − z0 |


(2) Pour n = 0 nous avons la fonction constante 1 qui est continue. Nous supposons n > 0. Soit
z0 ∈ C. Il existe R > 0 tel que z0 ∈ DR (0). Ainsi pour tout z ∈ DR (0), nous avons
n−1
X
n
|z − z0n | = |z − z0 | z n−1−k z0k ≤ nRn−1 |z − z0 |
0

Théorème 1.4. Une fonction f : Ω → C est continue en a ∈ Ω si et seulement si pour toute suite
(zn )n∈N de points de Ω qui converge vers a, la suite (f (zn ))n∈N converge vers f (a).

Démonstration. Supposons f continue en a. Soit  > 0. Il existe δ > 0 tel que |z − a| < δ
implique |f (z) − f (a)| < . Or (zn )n∈N tend vers a. Donc il existe N ∈ N tel que si n > N alors
|zn − a| < δ. Mais alors |f (zn ) − f (a)| < . Donc la suite (f (zn ))n∈N a pour limite f (a). Pour montrer
la réciproque, nous allons prouver la contraposée : en supposant que f n’est pas continue en a il s’agit
de trouver une suite (zn )n∈N qui converge vers a et telle que lim f (zn ) 6= f (a). Dire que f n’est pas
n→+∞
continue en a se traduit par

∃ > 0, ∀δ > 0, ∃z ∈ B(a, δ) ⊂ Ω avec |f (z) − f (a)| ≥ .


MASTER 2018-19 – 1 – Fonctions holomorphes – 5

En prenant par exemple δ = 21n avec n ∈ N, la relation ci-dessus implique alors qu’il existe zn ∈
Ω ∩ B(a, 21n ) tel que |f (zn ) − f (a)| ≥ . On construit ainsi une suite (zn )n∈N qui vérifie
1
|zn − a| < (1)
2n
et
|f (zn ) − f (a)| ≥  (2)
pour tout n ∈ N. Il vient alors de (??) que (zn )n∈N tend vers a alors que (f (zn ))n∈N ne tend pas vers
f (a) comme le montre (??) 2

Théorème 1.5. (1) Soient f et g deux fonctions définies sur Ω à valeurs complexes et continues
en z0 ∈ Ω. Les fonctions f, |f | , f + g et f g sont continues en z0 . Si en plus f (z0 ) 6= 0, il
existe alors un voisinage V de z0 dans Ω tel que f (z) 6= 0 pour tout z ∈ V , et f1 qui est
définie sur V est continue en z0 .
(2) Si f : Ω → C est continue en z0 ∈ Ω, Ω0 est un ouvert de C contenant f (Ω) et g : Ω0 → C
est continue en f (z0 ), alors g ◦ f est continue en z0 .

Démonstration. Ces énoncés découlent directement du théorème sur la limite d’une somme,
d’un produit et du quotient des suites convergences. Pour la composition, considérons une suite
(zn )n∈N de points de Ω qui converge vers z0 . La fonction f étant continue en z0 .

lim f (zn ) = f (z0 ).


n→+∞

La fonction g étant continue en f (z0 ),

lim g(f (zn )) = g(f (z0 )).


n→+∞
2

Exemple 1.6. Montrons que les fonctions z 7→ Re(z) et z 7→ Im(z) sont continues en tout point de
C.
Résulte de Re(z) = 12 (z + z) et Im(z) = 2i
1
(z − z)

De la continuité des applications z 7→ z n pour tout entier naturel n, on déduit que les fonctions
polynômiales sont continue sur C et que les fonctions rationnelles sont continue sur leurs domaines
de définition.

Théorème 1.7. Si f : Ω → C est continue en z0 , alors elle est bornée au voisinage de ce point. c’est-
à-dire qu’il existe un réel r > 0, une constante M > 0 tel que Dr (z0 ) ⊂ Ω et pour tout z ∈ Dr (z0 )
nous ayons |f (z)| ≤ M .

Théorème 1.8. Une fonction continue sur un ensemble compact y est uniformément continue.

Démonstration. Soient E ⊂ C un ensemble compact et f : E → C une fonction continue. Si


elle n’était pas uniformément continue, il existerait  > 0 tel que, quel que soit δ > 0, on puisse
trouver zδ , wδ ∈ E tels que
|zδ − wδ | < δ et |f (zδ ) − f (wδ )| ≥ 
MASTER 2018-19 – 1 – Fonctions holomorphes – 6

En particulier on pourrait trouver deux suites de points (zn ) et (wn ) de E tels que
1
|zn − wn | < et |f (zn ) − f (wn )| ≥ .
n
En extrayant si nécessaire des suites partielles, on obtiendrait deux suites (znk ) et (wnk ) convergeant
vers un même point z ∈ E bien que |f (znk ) − f (wnk )| ≥  ; en contradiction avec la continuité de f
en z. 2

Théorème 1.9. L’image d’un ensemble compact par une fonction continue est un ensemble compact.

Démonstration. Soient E ⊂ C un ensemble compact et f : E → C une fonction continue. Si


(wn ) est une suite de points de f (E) et zn ∈ E est un point tel que f (zn ) = wn , la suite (zn ) admettra
une suite partielle convergeant vers un point z ∈ E, donc la suite (wn ) admettra une suite partielle
convergeant vers un point w = f (z) ∈ f (E). 2
Il suit de ce théorème que sur un ensemble compact, le module, la partie réelle et la partie
imaginaire d’une fonction continue atteignent une valeur minimum et une valeur maximum.

Théorème 1.10. L’image d’un domaine (ouvert connexe) par une fonction continue est un en-
semble connexe.

Démonstration. Soient D ⊂ C un domaine et f : D → C une fonction continue. S’il existe


deux ouverts O1 et O2 tels que
f (D) = f (D) ∩ O1 + f (D) ∩ O2
avec f (D) ∩ O1 6= ∅ et f (D) ∩ O2 6= ∅, on aura
D = D ∩ f −1 (O1 ) + D ∩ f −1 (O2 )
avec D ∩ f −1 (O1 ) 6= ∅ et D ∩ f −1 (O2 ) 6= ∅. Puisque les ensembles f −1 (O1 ) et f −1 (O2 ) sont ouverts,
ceci contredit l’hypothèse de la connexité de D. 2
Un ensemble E ⊂ C est connexe par arc si deux quelconques de ses points, z1 et z2 peuvent
être joints par une courbe continue entièrement contenue dans E. En d’autre terme s’il existe une
fonction continue ϕ : [0, 1] → E telle que ϕ(0) = z1 et ϕ(1) = z2 . Une telle courbe étant connexe,
tout ensemble connexe par arc est connexe.

Théorème 1.11. Tout domaine est connexe par arc.

Soient D un domaine et z1 ∈ D un quelconque de ses points. L’ensemble O1 des point de D qui


peuvent être joints à z1 par une courbe continue est ouvert. L’ensemble O2 des point de D qui ne
peuvent pas être joints à z1 par une courbe continue est aussi ouvert. Comme O1 n’est pas vide, O2
doit l’être. 2
La démonstration précédente montre en fait que deux points quelconques z1 et z2 d’un domaine
D peuvent être joints par une courbe linéaire par morceaux, c’est-à-dire par une courbe continue
γ : [0, 1] → E telle qu’il existe n ≥ 0 et 0 = t0 < t1 < t2 < . . . < tn+1 = 1 tels que la restriction
γk = [tk , tk+1 ] de γ au sous-intervalle [tk , tk+1 ] est linéaire γk (t) = ak t + bk .
Le domaine D est convexe si l’on peut prendre n = 0 quels que soient z1 et z2 .
MASTER 2018-19 – 1 – Fonctions holomorphes – 7

2. Fonctions Holomorphes

2.1. Fonctions C-différentiables. Ω désigne un ouvert non vide de C.

Définition 1.12. Soit f : Ω → C une fonction et z0 ∈ Ω. On dit que f est C-différentiable en z0 si


f (z) − f (z0 )
lim
z→z0 z − z0
existe. Dans ce cas on note cette limite f 0 (z0 ) et on l’appelle la dérivée au sens complexe de f en z0 .
Si f 0 (z0 ) existe en tout point z0 ∈ Ω, nous dirons que f est holomorphe sur Ω.

L’ensemble des fonctions holomorphes sur Ω est noté H(Ω). On dit qu’une fonction complexe f
est entière, si elle est holomorphe sur C.

2.2. Exemple de fonctions holomorphes.


2.2.1. Séries entières. Soit n≥0 an z une série entière. On appelle rayon de convergence de
n
P

n≥0 an z , ρ = sup r ∈ [0, +∞[ /


n n
P  P
n>0 |an | r < ∞ ∈ [0, +∞].

Proposition 1.13. Soit f (z) = n≥0 an z n une série entière de rayon de convergence ρ. La série
P

entière n≥1 nan z n−1 a un rayon de convergence égal ρ et, pour tout z tel que |z| < ρ, on a
P

f (z + h) − f (z) X
f 0 (z) = lim = nan z n−1 .
h→0 h
n≥1

Démonstration. Soit ρ0 le rayon de convergence de f 0 . En posant αn = |an |, on sait donc que,


pour r < ρ0 , la série n≥1 nαn rn−1 converge et donc que n≥1 αn rn ≤ r n≥1 nαn rn−1 < ∞ donc
P P P

r ≤ ρ (on a montré r < ρ0 ⇒ r ≤ ρ).


n−1
Inversement, soit r < ρ et soit r0 tel que r < r0 < ρ. Alors nαn rn−1 = rn0 αn (r0 )n rr0 . A cause
n−1
de l’inégalité r < r, la suite αn (r ) est majorée, disons par M , de sorte que nαn r
0 0 n n−1 n
= r0 M rr0 .
r n−1
La série de terme général n r0 est convergente, donc nαn r n−1 est le terme général d’une série


convergente et donc r ≤ ρ (on a montré r < ρ ⇒ r ≤ ρ ). Donc ρ = ρ0 .


0 0

Il reste à vérifier que f 0 est bien la dérivée, au sens exprimé dans la proposition, de f . On fixe
|z| < ρ. Il existe |z| < r < ρ. Soit |h| ≤ r − |z|

f (z + h) − f (z) X
− f 0 (z) = un (z, h)
h
n≥1

avec
un (z, h) = an (z + h)n−1 + z(z + h)n−2 + . . . + z n−1 − nz n−1 .


Nous avons
|un (z, h)| ≤ αn rn−1 + rrn−2 + . . . + rn−1 + nrn−1 = 2nαn rn−1 .


nαn rn−1 converge et on a donc


P
r<ρ⇒
X 
∀ > 0, ∃N ∈ N tel que nαn rn−1 <
2
n>N
MASTER 2018-19 – 1 – Fonctions holomorphes – 8

La somme finie un (z, h) est un polynôme en h, nul pour h = 0. Il existe donc un réel positif η
P
n≤N
tel que |h| < η ⇒ un (z, h) < 2 . Finalement, si |h| < inf(r − |z|, η),
P
n≤N

f (z + h) − f (z) X X
− f 0 (z) ≤ un (z, h) + nαn rn−1 < 
h
n≤N n>N
2
2.2.2. Fonction exponentielle.
P n
Définition 1.14. La série n zn! converge dans C. La fonction exponentielle (complexe) est définie
par

X zn
ez =
n!
n=0
Proposition 1.15. La fonction exponentielle est indéfiniment dérivable sur C et admet pour dérivée
ez en tout point z ∈ C.
Proposition 1.16. Soient z, ζ ∈ C. Alors :
(1) ez+ζ = ez eζ , la fonction z 7→ ez est périodique de période 2iπ
(2) ez 6= 0,
(3) (ez )−1 = e−z ,
(4) |ez | = eRe(z) ,
(5) |ez | = 1 ⇔ z ∈ iR.
Démonstration. f (w) = ew+w2 · e−w a pour dérivée ew+w2 · e−w − ew+w2 · e−w = 0 ;donc est
égale à la constante f (0) = ew2 . Par suite ew+w2 · e−w = ew2 .On en déduit immédiatement les trois
premiers points.
D’autre part, les nombres complexes
n n
X zk X zk
et
k! k!
k=0 k=0
étant conjugués, on obtient exp(z) = exp(z) par passage à la limite. D’où :
|exp(z)|2 = exp(z).exp(z) = exp(z + z) = exp(2Re(z)).
2

Théorème 1.17. La fonction exponentielle complexe induit un homomorphisme de groupes (C, +) →


(C∗ , ×). Cet homomorphisme est continu, surjectif, mais non injectif.
Démonstration. Le fait que l’exponentielle réalise un homomorphisme des groupes en question
résulte des propriétés de exponentielle, et la continuité de celle des déries entières dans leur disque
de convergence. Montrons la surjectivité.
Soit tout d’abord ζ ∈ C \ R− . L’application f : [0, 1] → C, t 7→ 1 − t + tζ est de classe C ∞ , et ne
s’annule pas. Définissons
Z t 0
f (u)
g : [0, 1] → C, t 7→ du, h : [0, 1] → C, t 7→ f (t)e−g(t) .
0 f (u)
MASTER 2018-19 – 1 – Fonctions holomorphes – 9

Les applications g et h sont de classe C 1 et vérifient :

f 0 (t) 0
g 0 (t) = , h (t) = 0.
f (t)

Comme h(0) = 1, il vient f (t) = eg(t) pour tout t ∈ [0, 1].


En particulier, eg(1) = ζ. Appliquant ceci à ζ = i, on voit qu’il existe ξ ∈ C∗ tel que eξ = i. Alors
e2ξ = −1.
Si θ ∈ R− , il vient alors :

eζ = θ ⇔ eζ+2ξ = −θ.

Ce qui précède montre que, l’équation ez = ζ possède au moins une solution pour tout ζ ∈ C∗ . Avec
les notations précédentes, on a e4ξ = 1 = e0 . L’exponentielle n’est donc pas injective. 2

2.2.3. Logarithme complexe.

Définition 1.18 (Détermination continue de l’argument). Soient Ω un ouvert de C∗ et θ : Ω → R


une fonction continue. On dit que θ est une détermination continue de l’argumentsur Ω si, pour tout
w
w ∈ Ω, θ(w) est un argument de w. c’est-à-dire eiθ(w) = |w| .

Deux déterminations continues de l’argument sur un ouvert connexe diffèrent d’un multiple entier
de 2π

Proposition 1.19 (Proposition et définition). Soit Ω = C \ R− ; l’application l’application Ω →


]−π, +π[ définie par w 7→ θ(w) est continue ; on l’appelle détermination principale de l’argument et
on note Argw.

Démonstration. (1) Pour x = ReW > 0, on a θ(w) = Arc sin Im |w|


w
;
(2) pour y = Imw > 0, θ(w) = Arc cos Re |w|
w
;
(3) pour y = Imw < 0, θ(w) = −Arc cos Re |w|
w
.
2

Définition 1.20 (Détermination continue du logarithme). (1) Si z ∈ C∗ , on appelle logarithme


z
de z tout nombre complexe ζ = log z tel que eζ = z = |z| · |z| = elog(|z|) · eiθ(z) = elog(|z|)+iθ(z) .
(2) Soit Ω un ouvert de C∗ . Une détermination continue du logarithme sur Ω est une application
continue ` : Ω → C telle que e`(z) = z pour tout z ∈ Ω.

Toute détermination continue du logarithme sur un ouvert Ω ⊂ C∗ est de la forme `(z) = log(|z|)+
iθ(z), où θ est une détermination continue de l’argument sur Ω.

Définition 1.21 (Détermination principale du logarithme). On appelle détermination principale du


logarithme l’application Log définie sur C \ R− par Log(z) = ln |z| + iArgz, où −π < Argz ≤ π est
l’argument principal de z.
MASTER 2018-19 – 1 – Fonctions holomorphes – 10

2.2.4. Détermination continue de z α , α ∈ C.

Définition 1.22. Sur un ouvert Ω de C∗ , et pour tout α ∈ C, on appelle détermination continue de


z α toute application continue gα : Ω → C telle que, pour tout z ∈ Ω, il existe un logarithme ζ de z
satisfaisant à : g(z) = eαζ .

Si α ∈ Z, z α est la puissance α-ième de z ; si ` est une détermination continue du logarithme sur


Ω, alors gα : z 7→ eα`(z) en est une de z α sur Ω.

Définition 1.23 (Primitive d’une fonction complexe). Soient Ω un ouvert de C et f une fonction
sur Ω. On appelle primitive de f sur Ω toute fonction F ∈ H(Ω) telle que F 0 = f .

Exemple 1.24. Une primitive dans C de :


(1) ez est ez
(2) fonction constante est z
(3) z 7→ z n avec (n ∈ N) est z 7→ 1
n+1 z
n+1

Théorème 1.25. Soit Ω un ouvert connexe de C∗ .


(1) Toute détermination continue du logarithme sur Ω est une primitive de 1
z sur Ω,
(2) Si 1
z admet une primitive sur Ω, il existe des déterminations continues du logarithme sur Ω.

Démonstration. Soient ` une détermination continue du logarithme sur Ω et a ∈ Ω. De e`(z) = z


si z ∈ ω, on déduit :
`(z) − `(a) `(z) − `(a)
= `(z) .
z−a e − e`(a)
Si z tend vers a, `(z) tend vers `(a) puisque ` est continue. D’autre part, la fonction exponentielle est
dérivable en `(a), et sa dérivée en ce point est e`(a) . On en déduit que ` est dérivable en a et que :
1 1
`0 (a) = `(a) = .
e a
Soit F une primitive de z sur Ω. Il vient :
1

(ze(−F (z) )0 = e(−F (z) − zF 0 (z)e(−F (z) = 0


Donc il existe c ∈ C∗ tel que eF (z) = cz pour tout z ∈ ω. Soit α ∈ C tel que eα = c d’après le
théorème. Alors e(F (z)−α) = z, donc z 7→ F (z) − α est une détermination continue du logarithme sur
Ω. 2

3. Propriétés élémentaires de Hol(Ω)

Proposition 1.26. Soit Ω un ouvert de C. Si f, g ∈ Hol(Ω) alors f + g et f g appartiennent à


Hol(Ω). Plus précisement, on a
(f + g)0 (z) = f 0 (z) + g 0 (z) et (gf )0 (z) = f 0 (z)g(z) + f (z)g 0 (z) ∀z ∈ Ω
Si f (a) 6= 0 et f C-différentiable en a, alors f1 est C-différentiable en a et
 0
1 −f 0 (a)
(a) = 2
f f (a)
MASTER 2018-19 – 1 – Fonctions holomorphes – 11

Démonstration. Le cas de l’addition résulte facilement du résultat concernant l’addition des


limites. Pour le produit, on écrit
f (z)g(z) − f (a)g(a) = (f (z) − f (a))g(z) + f (a)(g(z) − g(a)).
On divise par (z − a) et on passe à la limite quand z tend vers a ce qui donne le résultat grâce
aux propriétés des limites de produit et de sommes. De plus on sait que g(z) tend vers g(a) par la
continuité de g.
Pour l’inverse, on écrit
1 1 1 f (z) − f (a) 1 1
( − ) =−
f (z) f (a) z − a z−a f (z) f (a)
qui a un sens pour |z − a| assez petit. Quand z tend vers a, f (z) tend vers f (a), car f est continue.
On obtient alors la formule désirée. 2

Proposition 1.27. Soient Ω et Ω0 deux ouverts de C ; Si f ∈ Hol(Ω) avec f (Ω) ⊂ Ω0 et g ∈ Hol(Ω0 )


alors h = g ◦ f ∈ Hol(Ω). En plus
h0 (z) = g 0 (f (z))f 0 (z) ∀z ∈ Ω

Démonstration. Soit a ∈ Ω. Par définition de la dérivée, on a


g(f (z)) − g(f (a))
(g ◦ f )0 (a) = lim .
z→a z−a
Distinguons deux cas :

1er cas : f 0 (a) 6= 0, on a f (z) − f (a) 6= 0 dans un voisinage de a. C’est-à-dire qu’il existe α > 0
tel que f (z) =
6 f (a) pour tout z ∈ Ω vérifiant 0 < |z − a| < α. On peut écrire alors
g(f (z)) − g(f (a)) g(f (z)) − g(f (a)) f (z) − f (a)
lim = lim ·
z→a z−a f (z) − f (a)
z→a z−a
g(f (z)) − g(f (a)) f (z) − f (a)
= lim · lim .
z→a f (z) − f (a) z→a z−a
g(z)−g(f (a))
Le premier est la composée des fonctions z 7→ f (z) et z 7→ z−f (a) . Comme f est continue, f (z)
tend vers f (a). Comme g est dérivable en f (a), on a
g(z) − g(f (a))
lim = g 0 (f (a)).
z→f (a) z − f (a)
En composant, on trouve
g(f (z)) − g(f (a))
lim = g 0 (f (a)).
z→a f (z) − f (a)
D’où la formule de la proposition.
2ième cas f 0 (a) = 0. Il faut montrer que
g(f (z)) − g(f (a))
lim = 0.
z→a z−a
Soit  > 0.
il existe δg > 0 tel que
|g(z) − g(f (a))| < (1 + g 0 (f (a)) ) |z − f (a)|
MASTER 2018-19 – 1 – Fonctions holomorphes – 12

dès que z ∈ Ω0 satisfait la relation |z − f (a)| < δg et δf > 0 tel que



|f (z) − f (a)| < 0
|z − a|
1 + |g (f (a))|
dès que z ∈ Ω satisfait la relation |z − a| < δf . Alors, si z ∈ Ω satisfait la relation
1 + |g 0 (f (a))|
 
|z − a| < inf δf , δg

on a
|g(f (z)) − g(f (a))| < (1 + g 0 (f (a)) ) |f (z) − f (a)| <  |z − a|
2

4. Différentiabilité et holomorphie : Conditions de Cauchy-Riemann

Soit U un ouvert de R2 et f une application de U dans C. On désigne par (x0 , y0 ) un point de


U . Si (h, k) appartient à R2 , on pose k(h, k)k = (h2 + k 2 )1/2 .
On dit que f admet en (x0 , y0 ) une dérivée partielle suivant la variable x (respectivement y) si
l’application x → f (x, y0 ) (respectivement y → f (x0 , y)) est dérivable au point x0 (respectivement
y0 ). S’il en est ainsi, on note respectivement
∂f ∂f
(x0 , y0 ) et (x0 , y0 )
∂x ∂y
ces dérivées partielles.
La fonction f est dite de classe C 1 sur U si elle admet en tout point de U des dérivées partielles
suivant x et y, et si ces dérivées partielles sont continues sur U .

Définition 1.28. On dit que f est différentiable en (x0 , y0 ) s’il existe a, b ∈ C tels que
f (x0 + h, y0 + k) = f (x0 , y0 ) + ah + bk + k(h, k)k (h, k),
où (h, k) tend vers 0 si k(h, k)k tend vers 0.

S’il en ainsi, l’application


R2 → C
(h, k) 7→ ah + bk
est une application linéaire qui est appelée la différentielle de f en (x0 , y0 ) ; on la note d(x0 ,y0 ) f .
Supposons que f soit différentiable en (x0 , y0 ), et conservons les notations précédentes. Alors, f
admet des dérivées partielles en (x0 , y0 ), et on a :
∂f ∂f
a= (x0 , y0 ) et b = (x0 , y0 ).
∂x ∂y
Soit Ω un ouvert de C. La bijection R2 → C, (x, y) 7→ z = x + iy permet d’identifier Ω à un
ouvert de R2 . Il en résulte qu’une fonction f (z) de la variable complexe z = x + iy s’identifie à une
fonction des deux variables réelles x et y. Par abus d’écriture, on note encore f (x, y) pour f (z).

Proposition 1.29. Soit f une fonction définie au voisinage de z0 = x0 +iy0 . Les conditions suivantes
sont équivalentes :
(1) f est dérivable en z0 .
MASTER 2018-19 – 1 – Fonctions holomorphes – 13

(2) f est différentiable en (x0 , y0 ), et on a :


∂f ∂f
(x0 , y0 ) + i (x0 , y0 ) = 0.
∂x ∂y
(3) f est différentiable en (x0 , y0 ) et d(x0 ,y0 ) f ∈ Cdz.

Si ces conditions sont vérifiées, on a :


∂f ∂f
f 0 (z0 ) = (x0 , y0 ) = −i (x0 , y0 ).
∂x ∂y
(1) f dérivable en z0 ⇒ ∃f 0 (z0 ) ∈ C : f (z0 + ζ) = f (z0 ) + f 0 (z0 )ζ + ζ1 (ζ)
où 1 (ζ) tend vers 0 si ζ tend vers 0.
(2) f différentiable en (x0 , y0 ) ⇒ ∃a = ∂f ∂x (x0 , y0 ), b =
∂f
∂y (x0 , y0 ) ∈ C : f (x0 + h, y0 + k) =
f (x0 , y0 ) + ah + bk + k(h, k)k 2 (h, k)
où 2 (h, k) tend vers 0 si k(h, k)k tend vers 0.
Les fonctions (x, y) 7→ z = x + iy et (x, y) 7→ z = x − iy admettent les différentielles : dz = dx + idy
et dz = dx − idy. On en déduit :
1 1
dx = (dz + dz) et dy = (dz − dz).
2 2

Preuve de la proposition ??. (1) ⇒ (2) Supposons (1) vérifié. En prenant ζ = h + ik, avec
h, k ∈ R, dans (1), il est clair que l’on obtient (2) avec a = f 0 (z0 ), b = −if 0 (z0 ). D’où (2).
(2) ⇒ (3) Si (2) est vrai, pour h, k ∈ R, on a :
d(x0 ,y0 ) f (h, k) = ah + bk = a(h + ik).
Ainsi, d(x0 ,y0 ) f = adz.
(3) ⇒ (1) Soit a ∈ C tel que d(x0 ,y0 ) f = adz. Pour h, k ∈ R, on a donc, en posant ζ = h + ik :
f (z0 + ζ) = f (z0 ) + aζ + k(h, k)k (h, k),
et (h, k) tend vers 0 si k(h, k)k tend vers 0. On en déduit immédiatement que f est dérivable en z0 ,
et que f 0 (z0 ) = a. 2

Remarque 1.30. Si f est différentiable sur l’ouvert Ω de C, alors dire que f ∈ Hol(Ω) équivaut a :
∂f ∂f
+i = 0. (3)
∂x ∂y
Si en plus f (x, y) = P (x, y) + iQ(x, y) pour tout x + iy ∈ Ω, où P et Q sont à valeurs réelles alors il
est immédiat que (??) s’écrit encore :

∂P ∂Q ∂P ∂Q
= et =− . (4)
∂x ∂y ∂y ∂x
Les conditions (??) et (??) sont appelées les conditions de Cauchy-Riemann.

Remarque 1.31. Les fonctions z 7→ z, z 7→ Re(z), z 7→ Im(z), z 7→ |z|2 nous fournissent des
exemples de fonctions indéfiniment dérivables vues comme fonctions de R2 dans R2 , et non dérivables
au sens complexe.
MASTER 2018-19 – 1 – Fonctions holomorphes – 14

Si f est différentiable sur Ω, on pose alors :

∂f 1 ∂f ∂f ∂f 1 ∂f ∂f
= ( − i ) et = ( + i ).
∂z 2 ∂x ∂y ∂z 2 ∂x ∂y
∂f ∂f
On obtient : df = ∂z dz + ∂z dz. On en déduit que les conditions de Cauchy-Riemann s’écrivent
encore :
∂f
= 0.
∂z
Ainsi, si f ∈ Hol(Ω) et f (x + iy) = P (x, y) + iQ(x, y) avec P et Q à valeurs réelles, on a

∂f ∂f ∂f ∂P ∂Q ∂P ∂P ∂Q ∂Q
f0 = = = −i = +i = −i = +i
∂z ∂x ∂y ∂x ∂x ∂x ∂y ∂y ∂x

Proposition 1.32. Soient Ω un ouvert connexe de C et f ∈ Hol(Ω). Si f 0 est identiquement nulle


sur Ω, alors f est constante.

Démonstration. Soient z0 ∈ Ω et D un disque ouvert de centre z0 contenu dans Ω. Si z1 ∈ D,


le point z2 = Re(z1 ) + iIm(z0 ) appartient à D. Les segments de droites compacts d’extrémités z0 , z2
et z1 , z2 étant connexes et contenus dans D, on a :

∂f ∂f
= 0 ⇒ f (z0 ) = f (z2 ), = 0 ⇒ f (z2 ) = f (z1 ).
∂x ∂y

Ainsi, f (z0 ) = f (z1 ). On en déduit que f est localement constante. Comme Ω est connexe, f est
constante. 2

Proposition 1.33. Soient Ω un ouvert connexe de C et f ∈ Hol(Ω). Les conditions suivantes sont
équivalentes :
(1) f est constante sur Ω.
(2) Re(f ) est constante sur Ω.
(3) Im(f ) est constante sur Ω.
(4) |f | est constante sur Ω.
(5) f ∈ Hol(Ω).

Démonstration. Les équivalences (1) ⇔ (2) ⇔ (3) sont claires d’après la définition de la
dérivée et la proposition précédente, et la condition (1) implique (4) et (5). Si (5) est vrai, on a
2Re(f ) = f + f ∈ Hol(Ω). Comme Re(f ) est de partie imaginaire nulle, Re(f ) est constante d’après
ce qui précède.
Supposons (4) réalisé. Il existe c ∈ R tel que f f = |f |2 = c. Si c = 0, le résultat est clair. Sinon,
on a f (z) 6= 0 pour tout z ∈ Ω, et f = fc ∈ Hol(Ω). On est ramené au cas précédent. 2
MASTER 2018-19 – 1 – Fonctions holomorphes – 15

5. Exercices
P zn
Exercice 1. (1) Soit z ∈ C. Justifier que la série entière n! est convergente.
(2) Déterminer le rayon de convergence des séries entières
X n! X 2
X 2
n
zn, n!z n , an z 1+2+...+n
n
n≥1 n≥0 n≥0

Exercice 2. On note Logz la détrermination principale du logarithme.


(1) Pour z = x + iy, exprimer la partie réelle et la partie imaginaire de Log(z) en fonction de
x et y.
(2) Justifier à l’aide de Cauchy-Riemann que Logz est holomorphe, et calculer sa dérivée.

Exercice 3. Soient U un ouvert connexe de C et f, g des fonctions holomorphes sur U telles que
f (z) + g(z) ∈ R pour tout z ∈ U . Prouver qu’il existe c ∈ R tel que f (z) = c + g(z) pour tout z ∈ U .

Exercice 4. Soit U ⊂ C un ouvert connexe non vide, f holomorphe sur U , P = <(f ), et Q = =(f ).
On suppose qu’il existe (a, b, c) ∈ R3 \ {(0, 0, 0)} tel que
aP (z) + bQ(z) + c = 0 ∀z ∈ U
Que peut-on dire de f ?

Exercice 5. Soit U = {x + iy; −π < x < π, y ∈ R} Si x + iy ∈ U , on pose : P (x, y) = cossin x


x+chy
Prouver qu’il existe une et une seule application f ∈ Hol(U ) vérifiant f (0) = 0 et P = Ref .

Exercice 6 (le laplacien dans le plan ; coordonnées cartésiennes et polaires). (1) Vérifier que, pour
toute fonction F de classe C et à valeurs complexes dans un ouvert U de R2 , on a
2
   
∂ ∂ ∂ ∂ 1
◦ [F ] = ◦ [F ] = ∆[F ]
∂z ∂z ∂z ∂z 4
∂2 ∂2
où ∆ := ∂x2
+ ∂y 2
désigne l’opérateur de Laplace (ou laplacien) en dimension 2.
(2) Soit U un ouvert de R2 \ {(0, 0)} et Ω son image réciproque par l’application
]0, +∞[×R 3 (r, θ) 7→ (r cos θ, r sin θ) ∈ R2 \ {(0, 0)}
Vérifier que si F est une fonction de classe C 2 dans U , à valeurs dans C, on a, pour (r, θ) ∈ Ω,
1 ∂2
   
1 ∂ ∂
∆(x,y) [F ](r cos θ, r sin θ) = r + 2 2 [G](r, θ)
r ∂r ∂r r ∂θ
si G(rθ) := f (r cos θ, r sin θ). Déterminer toutes les fonctions F de classe C 2 dans R2 \
p
{(0, 0)}, radiales (F (x, y) ne dépend que de x2 + y 2 ), et solutions de ∆[F ] ≡ 0 dans
2
R \ {(0, 0)}.
(3) Soit U un ouvert de C∗ et f une fonction de classe C 2 de U dans C, on note toujours Ω cette
fois l’image réciproque de U par l’application ]0, +∞[×R 3 (r, θ) 7→ reiθ ∈ C∗ . Vérifier que,
si f est une fonction de classe C 2 dans U , à valeurs dans C, on a, pour tout (r, θ) dans Ω,
 
∂ iθ 1 −iθ ∂ i −iθ ∂
[f ](re ) = e − e [g](r, θ)
∂z 2 ∂r r ∂θ
MASTER 2018-19 – 1 – Fonctions holomorphes – 16

 
∂ 1 iθ ∂ i iθ ∂
[f ](reiθ ) = e − e [g](r, θ)
∂z 2 ∂r r ∂θ
Vérifier que, si θ0 ∈ R, la fonction
fθ0 : z = (x + iy) 7→ log |z| + i arg]θ0 ,θ0 +2π[ (z)

est une fonction de classe C 2 dans Uθ0 := C \ teiθ0 , t ≥ 0 , telle que

∂z [fθ0 ] ≡ 0 dans Uθ0 .
Chapitre 2

Formes différentielles et intégrale le long d’une chaîne

1. Formes différentielles

1.1. Formes différentielles dans R2 de dégré 0 ou 1.

Définition 2.1. Soit U un ouvert de R2 . On appelle :


(1) forme différentielle de dégré 0 (ou 0-forme différentielle) sur U , toute application de U dans
C,
(2) forme différentielle de degré 1 (ou 1-forme différentielle) sur U , toute application de U dans
L(R2 ; C).
On dit que la forme est de classe C k si l’application est de classe C k sur U .

Notons que le R-espace vectoriel L(R2 , C) est un espace vectoriel de dimension 4, engendré par
les applications linéaires
dx : (h1 , h2 ) 7→ h1 idx : (h1 , h2 ) 7→ ih1
dy : (h1 , h2 ) 7→ hh idy : (h1 , h2 ) 7→ ih2 .
Nous pouvons alors assimiler la donnée d’une 1-forme différentielle ω de classe C k dans U , à la donnée
de 4 fonctions P1 , P2 , Q1 , Q2 de classe C k de U dans R telle que
ω = (P1 + iP2 )dx + (Q1 + iQ2 )dy.
En d’autre termes
ω: U → L(R2 , C) ω(x, y) : R2 → C

(x, y) 7→ ω(x, y) (h1 , h2 ) 7→ (P1 (x, y) + iP2 (x, y))h1 + (Q1 (x, y) + iQ2 (x, y))h2 .

Proposition 2.2. La donnée d’une 1-forme différentielle de classe C k dans un ouvert U du plan
complexe C ' R2 équivaut à celle de deux fonctions P et Q de classe C k de U dans C, de manière à
ce que, pour tout point (x, y) de U , ω(x, y) soit la forme R-linéaire de R2 dans C définie par
ω(x, y) : (h1 , h2 ) 7→ P (x, y)h1 + Q(x, y)h2 ,
ce que l’on convient de noter en abrégé
ω = P dx + Qdy.

En identifiant R2 et C, la 1-forme différentielle ω = P dx + Qdy sur U s’écrira aussi


ω = Adz + iBdz

dz : (h1 , h2 ) 7→ (h1 + ih2 ), dz : (h1 , h2 ) 7→ h1 − ih2
17
MASTER 2018-19 – 2 – Fonctions holomorphes – 18

et
1 1
A = (P − iQ), B = (P + iQ).
2 2
Définition 2.3. Étant donnée une 0-forme f de classe C k , k ≥ 1, dans un ouvert U de R2 , on appelle
différentielle de f et on note ω = df la 1-forme de classe C k−1 dans U définie par
∂f ∂f
df =
dx + dy
∂x ∂y
∂f ∂f
= dz + dz,
∂z ∂z
où l’action des deux opérateurs ∂/∂z et ∂/∂z est définie par
∂ 1 ∂ ∂ ∂ 1 ∂ ∂
= ( − i ), = ( +i )
∂z 2 ∂x ∂y ∂z 2 ∂x ∂y
Étant donnée une fonction f de classe C k k ≥ 1, dans un ouvert U de R2 , on notera
∂f ∂f
∂f = dz, ∂f = dz,
∂z ∂z
ce qui fait que l’on a la décomposition de df en
df = ∂f + ∂f.

1.2. Formes différentielles dans R2 de dégré 2. L’espace Λ2 (R2 , C) des R- formes bilinéaires
alternées de R2 dans C est un C-espace vectoriel de dimension 1, engendré (comme C-espace vectoriel)
par la forme bilinéaire alternée
h11 h21
((h11 , h12 ), (h21 , h22 )) 7→ = h11 h22 − h12 h21
h12 h22
que l’on note dx ∧ dy (forme déterminant).

Définition 2.4. On appelle 2-forme différentielle sur un ouvert U de R2 toute application de U dans
Λ2 (R2 , C).

Soit ω1 = (P1 dx + Q1 dy) et ω2 = (P2 dx + Q2 dy) deux 1-formes différentielles. La notation que
nous avons utilisée pour la forme déterminant suggère la construction d’une application bilinéaire
alternée sur l’espace des 1 -formes, à valeurs dans l’espace des 2-formes que nous appelons produit
extérieur par
ω1 ∧ ω2 = (P1 dx + Q1 dy) ∧ (P2 dx + Q2 dy) := (P1 Q2 − P2 Q1 )dx ∧ dy.
Ceci donne en particulier
dx ∧ dx = dy ∧ dy = 0, dy ∧ dx = −dx ∧ dy.
Toute forme différentielle de degré 2 (ou 2-forme différentielle) sur un ouvert U de R2 s’écrit donc
de manière unique
(x, y) 7→ ω(x, y) = F (x, y)dx ∧ dy,
où F est une application de U dans C.
On dit que ω est de classe C k si la fonction F est de classe C k . Nous noterons A2 (U ) l’espace des
2-formes différentielles sur U et A2k (U ) l’espace de celles qui sont de classe C k .
MASTER 2018-19 – 2 – Fonctions holomorphes – 19

Notons que si ω(x, y) = F (x, y)dx ∧ dy est une 2-forme, on peut écrire
F
ω(x, y) = F (x, y)dx ∧ dy = Cdz ∧ dz, avec C = .
2i
Définition 2.5. Soit ω = P dx + Qdy = Adz + Bdz une 1-forme différentielle de classe C 1 dans un
ouvert U de R2 . On appelle différentielle extérieure de ω la 2-forme différentielle dω définie par
∂Q ∂P ∂B ∂A
dω = ( − )dx ∧ dy = ( − )dz ∧ dz.
∂x ∂y ∂z ∂z
On remarque tout de suite que si f est une 0-forme de classe C 2 dans un ouvert U de R2 , alors
d(df ) = 0.

2. Intégration des 1-formes différentielles sur un chemin C 1 par morceaux

2.1. Chemin paramétré C 1 par morceaux.

Définition 2.6. On appelle chemin paramétré C 1 par morceaux, toute application continue γ d’un
segment [a, b] dans le plan complexe C ' R2 telle qu’il existe une subdivision tk , 0 ≤ k ≤ m, de [a, b]
telle que la restriction de γ à tout segment [tk , tk+1 ] soit de classe C 1 de [tk , tk+1 ] dans C.

Rappellons que ceci signifie, outre le fait que cette application est bien de classe C 1 de ]tk , tk+1 [
dans C, qu’elle se prolonge en une application continue sur [tk , tk+1 ], ayant une dérivée à droite γ 0 (t+
k)
en tk , une dérivée à gauche γ 0 (t−
k+1 ) en t k+1 , telles que
0 −
γ 0 (t+ 0 0
k ) = lim γ (t) et γ (tk+1 ) = lim γ (t).
t→t+
k t→t−
k+1

L’ensemble γ([a, b]) est appelé support du chemin paramétré γ.


Si ϕ : [a0 , b0 ] → [a, b] est un C 1 difféomorphisme, alors on dit que λ = γ◦ϕ est un autre paramétrage
du chemin γ ; ϕ étant le changement de paramètre. Un changement de paramètre ϕ est dit admissible
si ϕ0 > 0 (ce qui signifie, géométriquement, qu’il ne change pas l’orientation de γ). Un chemin est dit
fermé si γ(a) = γ(b). Un chemin fermé est aussi appelé un lacet.

Définition 2.7 (Intégrale d’une 1-forme le long d’un chemin). Soit γ un chemin de classe C 1 par
morceaux à support contenu dans un ouvert U de R2 .
Rb R tk+1 0 2 1
(1) On appelle longueur de γ le nombre `(γ) = a kγ 0 (t)k dt = m−1 0 (t)2 2 dt
P
k=0 tk γ 1 (t) + γ 2
(2) Soit ω = P dx + Qdy une 1-forme différentielle de classe C k avec k ≥ 0 sur U . On appelle
intégrale de ω le long de γ le nombre
Z m−1
X Z tk+1
ω= (P (γ(t))γ10 (t) + Q(γ(t))γ20 (t))dt.
γ k=0 tk

γ1 et γ2 sont les deux composantes de γ, γ10 et γ20 leurs dérivées par rapport à t.
R R
De plus si ϕ est un changement de paramètres de γ et λ = γ ◦ ϕ, on a γ ω = λ ω si ϕ est
R R
admissible et γ ω = − λ ω sinon.

Par exemple, pour ω = df , on a


Z
ω = f (γ(b)) − f (γ(a)).
γ
MASTER 2018-19 – 2 – Fonctions holomorphes – 20

Définition 2.8 (1-formes exactes, 1-formes fermées). Étant donné un ouvert U de R2 , une 1-forme
ω = P dx + Qdy de classe C k , k ≥ 0, dans U est dite exacte ( on dit aussi "dérive d’un potentiel") si
et seulement s’il existe une fonction f de classe C k+l dans U telle que ω = df dans U . Une 1-forme
ω = P dx + Qdy de classe C k , k ≥ 1, dans U est dite fermée si et seulement si dω = 0.

On dit que la 1-forme ω est localement exacte sur U si, pour tout point x de U , il existe un
voisinage V (x) de x dans U tel que la restriction de ω à V (x) est exacte.

Remarque 2.9. Le lemme de Schwarz du calcul différentiel implique immédiatement que si ω dérive
d’un potentiel f de classe C 2 dans U , alors dω = d(df ) = 0 ; ce qui signifie que ω est fermée.
Ainsi toute forme exacte de classe C 1 est donc automatiquement fermée. En revanche, une forme
de classe C 1 fermée n’est en général pas exacte.

Définition 2.10 (Ouvert étoilé). Un ouvert U est dit étoilé par rapport à l’un de ses points z0 si et
seulement si, pour tout z dans U , le segment [z0 , z] est inclus dans U .

Lemme 2.11 (Lemme du Poincaré). Si U est un ouvert étoilé de R2 , toute 1-forme de classe C 1
dans U et fermée est exacte. En particulier, étant donnée une fonction f de U dans C de classe C 1
et telle que
∂f
≡0
∂z
dans U , il existe toujours une fonction F : U → C, de classe C 2 dans U , avec dF = f (z)dz.
Une telle fonction F est appelée primitive au sens complexe de la fonction f ; une telle primitive,
si elle existe, est unique à une constante près.

Démonstration. On ne restreint nullement le problème en supposant U étoilé par rapport à


l’origine. Étant donnée une 1 -forme ω = P dx + Qdy, C 1 et fermée dans U , nous proposons comme
candidat-potentiel la fonction F définie naturellement comme ce qui pourrait jouer le rôle d’une
"‘primitive"’ (au sens de la variable complexe) de la forme ω, soit
Z Z 1 Z 1
F (z) = ω=x P (tx, ty)dt + y Q(tx, ty)dt.
[0,z] 0 0

Cette fonction est de classe C 2 puisque ω est une forme C 1 ; le théorème élémentaire de dérivation
des intégrales fonction d’un paramètre et la règle de Leibniz nous donnent
Z 1 Z 1 Z 1
∂F ∂P ∂Q
(x, y) = P (tx, ty)dt + x (tx, ty)tdt + y (tx, ty)tdt.
∂x 0 0 ∂x 0 ∂x

En tenant compte de l’hypothèse que la forme ω est fermée, soit


∂P ∂Q
(tx, ty) = (tx, ty)
∂x ∂x
on trouve
Z 1 Z 1 
∂F ∂P ∂P
(x, y) = P (tx, ty)dt + x (tx, ty) + y (tx, ty) tdt.
∂x 0 0 ∂x ∂x
MASTER 2018-19 – 2 – Fonctions holomorphes – 21

Soit
Z 1 Z 1  
∂F d
(x, y) = P (tx, ty)dt + t P (tx, ty) dt
∂x 0 0 dt
Z 1 Z 1
1
= P (tx, ty)dt + t [P (tx, ty)]0 − P (tx, ty)dt
0 0
= P (x, y).

Le même calcul conduit à


∂F
(x, y) = Q(x, y).
∂y
et l’on a donc bien dF = ω.
Si ω = f (z)dz, le fait que ω soit fermée dans U se lit précisément
∂f
≡0
∂z
dans U . Si U est étoilé, ce qui précède nous assure qu’il existe une fonction F de classe C 2 dans U telle
que dF = f (z)dz dans U . Si F1 et F2 sont deux telles primitives, on a d(F1 − F2 ) = 0 et l’inégalité
des accroissements finis nous dit que F1 − F2 est localement constante. Mais un ouvert étoilé est bien
sûr connexe (car connexe par arcs puisqu’il suffit de passer par le centre de l’étoile pour relier deux
points). La fonction F1 −F2 est donc constante dans U (l’ensemble des points où elle prend une valeur
donnée est un sous ensemble ouvert et fermé de U , c’est-à-dire U tout entier ou l’ensemble vide). 2

Théorème 2.12. Soit U un ouvert connexe de R2 . Soit ω une 1-forme différentielle continue dans
U . Les conditions suivantes sont équivalentes
(1) Si γ1 et γ2 sont deux chemins C 1 par morceaux dans U ayant même origine et même extrémité
R R
alors γ1 ω = γ2 ω
(2) Si γ est un chemin fermé C 1 par morceaux dans U alors γ ω = 0
R

(3) ω est exacte dans U .

Démonstration. En effet, tout d’abord, en mettant "bout-à-bout" γ1 et γ2 , on voit aussitôt


que 1. et 2. sont équivalents, ensuite, il est clair que 3. implique 1. et 2. Montrons donc que 2. implique
3. Soit x0 un point quelconque de U . Comme U est supposé connexe, il est connexe par arc, pour
tout x ∈ U un existe un chemin continu γx de classe C 1 , dans U , joignant x0 à x. On pose alors
Z
f (x) = ω
γx

après avoir remarqué que, compte tenu de l’hypothèse 1., cette intégrale est indépendante du chemin
γx , contenu dans U et joignant x0 à x choisi, et ainsi la fonction f est bien définie. Soit alors h ∈ R2 ,
khk suffisamment petit de sorte que la boule fermée de centre x et de rayon khk soit contenue dans
U , et soit γh (t) = x + th le segment joignant x à x + h.
En mettant "bout-à-bout" γx et γh , il vient aussitôt
Z Z 1
f (x + h) − f (x) = ω= (h1 ω1 (x + th) + h2 ω2 (x + th)) dt,
γh 0
MASTER 2018-19 – 2 – Fonctions holomorphes – 22

avec ω = ω1 dx + ω2 dy. Comme ω est supposée continue, pour tout  > 0, il existe η > 0 tel que
|ωi (x + th) − ωi (x)| ≤  pour khk ≤ η. Par suite l’inégalité de Cauchy-Schwarz donne

|f (x + h) − f (x) − hω(x), hi|


Z 1
= (h1 (ω1 (x + th) − ω1 (x)) + h2 (ω2 (x + th) − ω2 (x))) dt
0
≤  khk

pour khk ≤ η, ce qui montre que dx f = ω(x). 2

Théorème 2.13. Soient Ω un ouvert de R2 et ω une 1-forme différentielle continue sur Ω. Les
conditions suivantes sont équivalentes :
(1) Pour tout triangle fermé ∆ contenu dans Ω on a
Z
ω=0
∂∆

(2) Pour tout rectangle fermé ∆ contenu dans Ω on a


Z
ω=0
∂∆

(3) ω est localement exacte dans Ω.

Démonstration. Il est clair que 1. implique 2. en découpant un rectangle en deux triangles


avec une diagonale. D’autre part, si ∆ est un triangle fermé contenu dans Ω, on peut découper ∆
en quatre triangles en utilisant les milieux des cotés de ∆. En répétant cette opération un certain
nombre de fois, pour tout  > 0, on découpe ∆ en triangles ∆i , d’intérieurs deux à deux disjoints
qui sont chacun contenu dans un disque centré en un point de ∆ et de rayon . Par compacité, sous
l’hypothèse 3., on peut choisir  > 0 tel que sur chacun de ces disques ω admet une primitive. Alors,
pour chaque i, ∂∆i ω = 0, et comme ∂∆ ω = i ∂∆i ω = 0, ce qui montre que 3. implique 1.
R R P R

Reste à voir que 2. implique 3. Soit D(x0 , r) un disque ouvert contenu dans Ω. Pour chaque
point x = (x1 , x2 ) contenu dans D(x0 , r) considérons le chemin γx réunion des segments x0 , (x1 , x02 )
 

et (x1 , x01 ), x et posons f (x) = γx ω. Si x + h ∈ D(x0 , r), soit γh la juxtaposition des segments
  R

[x, (x1 + h1 , x2 )] et [(x1 + h1 , x2 ), x + h]. L’hypothèse 2. implique alors que f (x + h) = f (x) + γh ω,


R

soit (en notant ω = ω1 dx1 + ω2 dx2 ), puisque ω est continue

Z 1 Z 1
f (x + h) − f (x) = ω1 (x1 + th1 , x2 )h1 dt + ω2 (x1 + h1 , x2 + th2 )h2 dt
0 0
= ω1 (x)h1 + ω2 (x)h2 + o(khk)

ce qui montre que df = ω. 2


MASTER 2018-19 – 2 – Fonctions holomorphes – 23

3. Chaînes différentiables

3.1. Chaîne de dimension 0 et 1.

Définition 2.14 (1-chaînes singulières). Soit U un ouvert de R2 , on appelle 1-simplexe élémentaire


de U une application γ = (γ1 , γ2 ) de classe C 1 de [0, 1] dans U ; l’ensemble des combinaisons linéaires
formelles
X
mγ γ, mγ ∈ Z, mγ = 0 sauf un nombre fini
γ 1−simplexe élém. de U

peut être muni d’une structure de groupe additif via l’opération interne
X X X
( m(1)
γ γ) + ( m(2)
γ γ) = (m(1) (2)
γ + mγ )γ.
γ γ γ

Les éléments de ce groupe sont appelés 1-chaînes singulières à coefficients entiers de U .

Définition 2.15 (Intégrale curviligne le long de la 1-chaînes). L’intégrale curviligne de la 1 -forme


P
ω = P dx + Qdy sur U le long de la 1 -chaîne singulière Γ = γ mγ γ est
Z Z 1
0 0
X
(P dx + Qdy) = mγ (P (γ(t))γ1 (t) + Q(γ(t))γ2 (t))dt.
Γ γ 0

Elle généralise l’intégration le long d’un chemin C 1 par morceaux qui peut être vu comme l’inté-
gration le long d’une 1 -chaîne singulière de la forme m (j) avec, pour tout j entre 1 et m − 1,
P
j=1 γ
γ (j) (1) = γ (j+1) (0).
Nous pouvons également définir les 0-chaînes d’un ouvert U comme l’ensemble des combinaisons
linéaires formelles
X
mz {z} , mz ∈ Z, mz = 0 sauf un nombre fini,
z

Définition 2.16 (bord d’une 1-chaîne). Soient U un ouvert de R2 et γ un 1-simplexe élémentaire de


U . Le bord de γ est la 0-chaîne ∂γ définie par

∂γ = γ(1) − γ(0).

L’opération qui à un 1-simplexe élémentaire de U associe son bord s’étend en un homomorphisme


du groupe des 1 -chaînes singulières dans le groupe des 0-chaînes (cet homomorphisme est appelé
homomorphisme bord) , suivant la règle
" #
X X
∂ mγ γ = mγ (γ(1) − γ(0))
γ γ

Nous avons le résultat suivant appelé "Formule de stoke premier cran".

Proposition 2.17. Soit U un ouvert de R2 , f une fonction de classe C l de U dans C (ou encore une
0-forme de classe C 1 dans U ). Si Γ est une l-chaîne singulière de U de bord
X
∂Γ = mz {z} ,
z
MASTER 2018-19 – 2 – Fonctions holomorphes – 24

on a la formule suivante
Z X
df = mz f (z),
Γ z
formule que l’on convient aussi d’écrire
Z Z
df = f
Γ ∂Γ

en interprétant le symbole de sommation comme un symbole d’intégration discrète.

Démonstration. Il suffit de vérifier cette formule lorsque Γ est un 1 -simplexe élémentaire, puis
d’utiliser le fait que l’opérateur bord est un homomorphisme de groupes additifs.
Mais on a, si γ est un 1-simplexe élémentaire,
Z Z 1 
∂f 0 ∂f 0
df = (γ(t))γ1 (t) + (γ(t))γ2 (t) dt
γ 0 ∂x ∂y
Z
1
= [f ◦ γ]0 = f (γ(1)) − f (γ(0)) = f.
∂γ

Ceci achève cette preuve. 2

3.2. Chaîne de dimension 2.

Définition 2.18 (2-chaînes singulières). Si U est un ouvert du plan complexe, un 2-simplexe élémen-
taire de U est par définition une application ϕ = (ϕ1 , ϕ2 ) de classe C l du triangle plein

∆ := (w, v) ∈ R2 , u ≥ 0, v ≥ 0, u + v ≤ 1


dans U (ceci signifiant que ϕ se prolonge en une application C l d’un ouvert du plan contenant ∆ et
que ϕ(∆) ⊂ U ).
L’ensemble de toutes les combinaisons linéaires formelles
X
mϕ ϕ, mϕ ∈ Z, mϕ = 0 sauf un nombre fini
ϕ 2−simplexe élém. de U

peut être muni d’une structure de groupe additif via l’opération interne
X X X
( m(1)
ϕ ϕ) + ( m(2)
ϕ ϕ) = (m(1) (2)
ϕ + mϕ )ϕ.
ϕ ϕ ϕ

Les éléments de ce groupe sont appelés 2-chaînes singulières à coefficients entiers de U .

Définition 2.19 (Intégration d’une 2-forme sur une 2-chaîne). L’intégrale de la 2-forme F dx ∧ dy
sur la 2-chaîne singulière
X
Φ= mϕ ϕ
ϕ

est
ZZ X ZZ ∂ϕ1 ∂ϕ2
F dx ∧ dy = mϕ F (ϕ(u, v)) ∂u ∂u dudv
∂ϕ1 ∂ϕ2
Φ ϕ ∆ ∂v ∂v
MASTER 2018-19 – 2 – Fonctions holomorphes – 25

Définition 2.20 (Le bord orienté d’une 2-chaîne). Soit un 2-simplexe élémentaire ϕ Le bord de ϕ
est la une 1 -chaîne singulière ∂ϕ = γ (0) − γ (1) + γ (2) , avec

γ (0) : t 7→ ϕ(l − t, t), γ (1) : t 7→ ϕ(0, t) et γ (2) : t 7→ ϕ(t, 0).

L’opération de prise de bord orienté se prolonge naturellement en un homomorphisme du groupe des


2-chaînes singulières dans le groupe des 1 -chaînes singulières selon la règle
!
X X
∂ mϕ ϕ = mϕ ∂ϕ.
ϕ ϕ

Proposition 2.21 (Formule de Stokes au second cran). Soit U un ouvert de R2 , ω = P dx + Qdy =


Adz + Bdz une 1-forme de classe C 1 dans U . Si Φ est une 2-chaîne singulière de U de bord ∂Φ =
P
γ mγ γ, on a la formule suivante
ZZ Z X Z
dω = ω= mγ ω,
Φ ∂Φ γ γ

soit concrètement ZZ   Z
∂Q ∂P
− dx ∧ dy = P dx + Qdy
Φ ∂x ∂y ∂Φ
ou encore ZZ   Z
∂B ∂A
− dz ∧ dz = Adz + Bdz
Φ ∂z ∂z ∂Φ

Démonstration. Comme pour la proposition ??, il suffit de démontrer la formule lorsque Φ = ϕ,


où ϕ est un 2-simplexe élémentaire. On utilise ensuite le fait que la prise de bord orienté réalise
un homomorphisme du groupe additif des 2-chaînes singulières dans le groupe additif des 1 -chaînes
singulières et la définition de l’opération qui consiste à intégrer une 2-forme sur une 2-chaîne singulière,
ou bien une 1 -forme sur une 1-chaîne singulière. Prenons une 1-forme ω = P dx + Qdy et un 2-
simplexe élémentaire ϕ = (ϕ1 , ϕ2 ).Nous pouvons supposer que l’application ϕ est la restriction à ∆
d’une fonction de classe C 1 dans un voisinage V de ∆. On note ϕ∗ ω la 1-forme différentielle dans V
définie par
ϕ∗ ω = (P ◦ ϕ) dϕ1 + (Q ◦ ϕ) dϕ2 .
On peut d’ailleurs définir aussi l’image réciproque d’une 2-forme F dx ∧ dy par

ϕ∗ (F dx ∧ dy) := (F ◦ ϕ) dϕ1 ∧ dϕ2 ,

et en particulier celle de la 2-forme dω ; on obtient ainsi une 2-forme dans V , notée ϕ∗ (dω). Un calcul
immédiat nous montre que l’on a l’identité algébrique

d(ϕ∗ ω) = ϕ∗ (dω).

Si δ désigne le 2-simplexe de R2

δ : ∆ → R2 : (u, v) 7→ (u, v),

on a, de par la définition de l’intégrale d’une 2-forme sur un simplexe et la remarque qui précède,
ZZ ZZ ZZ
dω = ϕ∗ (dω) = d(ϕ∗ ω).
ϕ δ δ
MASTER 2018-19 – 2 – Fonctions holomorphes – 26

D’autre part, la formule de changement de variable dans les intégrales curvilignes nous donne
Z Z
ω= ϕ∗ ω.
∂ϕ ∂δ
Pour démontrer la formule de Stokes pour un 2-simplexe élémentaire, on peut donc se ramener
au cas où le simplexe est δ et U est un voisinage de ∆. Nous nous contenterons donc de prouver la
formule dans ce cas. On a, dans ce cas particulier, en utilisant le théorème de Fubini,
ZZ ZZ
∂Q ∂Q
dx ∧ dy = (x, y)dxdy
δ ∂x ∆ ∂x
Z 1 Z 1−y 
∂Q
= (x, y)dx dy
0 0 ∂x
Z 1 Z
= (Q(1 − y, y) − Q(0, y)) dy = Q(x, y)dy
0 ∂δ
et
ZZ ZZ
∂P ∂P
− dx ∧ dy = − (x, y)dxdy
δ ∂y ∆ ∂y
Z 1 Z 1−x 
∂P
= (x, y)dy dx
0 0 ∂y
Z 1 Z
= (P (x, 0) − P (x, 1 − x)) dx = P (x, y)dx.
0 ∂δ
En ajoutant les identités fournies par ces deux calculs, on trouve bien la formule voulue et la propo-
sition est donc démontrée. 2

3.3. Formule de Stokes dans R2 .

Définition 2.22. Soit γ : [a, b] → U un chemin dans un ouvert de R2 . On dit que γ est régulier au
point t0 ∈ [a, b] si le vecteur dérivé de γ au point t0 , γ 0 (t0 ), est non nul. γ est dite régulière si elle est
régulière en tout point de [a, b]. On appelle courbe lisse de classe C k un chemin régulier γ : [a, b] → U
de classe C k tel que :
(1) Si γ(a) 6= γ(b), γ est injective,
(2) Si γ(a) = γ(b), γ est injective sur ]a, b[, γ −1 (γ(a)) = {a, b} et toutes les dérivées jusqu’à
l’ordre k de γ coïncident en a et en b.

Définition 2.23 (Compact à bord orienté). On appelle compact à bord orienté de classe C k par
morceaux dans R2 un compact K dont la frontière est une union finie de courbes lisses de classe C k
deux à deux disjointes à l’exception faite de leurs extrémités. De plus K est dit positivement orienté
si, pour chaque courbe γ composant le bord ∂K de K lorsque l’on parcourt γ(t) dans le sens des t
croissant on a à sa gauche les points intérieurs de K.

Avec cette définition, si ω est une 1-forme différentielle définie au voisinage d’un compact à bord
orienté K dont le bord est la réunion (« disjointe ») des courbes lisses γi , 1 ≤ i ≤ k, on défini
l’intégrale de ω sur le bord ∂K de K par
Z XZ
ω= ω
∂K i γi
MASTER 2018-19 – 2 – Fonctions holomorphes – 27

Définition 2.24. L’intégrale d’une 2-forme continue ω = F dx ∧ dy dans un ouvert borné U du plan
complexe (équipé de l’orientation +1) est défini par
ZZ ZZ ZZ
ω= F (x, y)dx ∧ dy := F (x, y)dxdy.
U U U

Théorème 2.25. Si ϕ est une 1-forme différentielle C 1 sur U à support compact, alors
Z
dϕ = 0.
U

Démonstration. Soit ϕ = a1 dx + a2 dy. nous avons


Z Z Z
∂a2 ∂a1
dϕ = dxdy − dxdy
U U ∂x U ∂y
Mais
Z Z +∞ Z +∞
∂a2 ∂a2
dxdy = )dxdy (
U ∂x −∞ −∞ ∂x
Z +∞ Z +∞ 
∂a2
= ( )dx dy = 0
−∞ −∞ ∂x
R +∞ 2
car −∞ ( ∂a [a2 (·, y)]+∞
∂x )dx = R −∞ = 0 a2 étant à support compact dans U , donc aussi dans R . Même
2

raisonnement pour U ∂y dxdy. 2


∂a1

Théorème 2.26 (Formule de Stokes dans R2 ). Soit K un compact à bord orienté de R2 . Pour toute
1-forme différentielle ω de classe C 1 définie au voisinage de K on a
Z Z
ω= dω
∂K K

Démonstration. On commence par vérifier la formule lorsque K est une carré, K = [a, b]2 ,
et, avec
 les notations
 usuelles (x, y) pour les coordonnées
 canoniques
 de R2 , ω = ω1 dx + ω2 dy donc
dω = ∂ω ∂ω1
dx ∧ dy et K dω = [a,b]×[a,b] ∂ω ∂ω1
dxdy. D’autre part
R R
∂x − ∂y ∂x − ∂y
2 2

Z Z b Z b Z b Z b
ω = ω1 (x, a)dx + ω2 (b, y)dy − ω1 (x, b)dx − ω2 (a, y)dy
∂K a a a a
Z b Z b
= (ω1 (x, a) − ω1 (x, b))dx + (ω2 (b, y) − ω2 (a, y))dy
a a
Z b Z b  Z b Z b  Z  
∂ω2 ∂ω1 ∂ω2 ∂ω1
= dx dy − dy dx = − dxdy
a a ∂x a a ∂y [a,b]×[a,b] ∂x ∂y
ce qui montre le résultat dans ce cas.
Pour le cas général, pour chaque entier n ≥ 1, on découpe le plan en carrés de côtés parallèles aux
axes avec les droites d’équations x = 2kn , y = 2`n , `, k ∈ Z. On note Kn la réunion de ceux de ces carrés
qui sont contenus dans l’intérieur de K et Ln la réunion de ceux qui coupent le bord de K. Si C1 et C2
sont deux tels carrés ayant un côté en commun, on vérifie aussitôt que ∂C1 ω + ∂C2 ω = ∂(C1 ∪C2 ) ω,
R R R

et la formule pour un carré donne donc ∂Kn ω = Kn dω. Pour conclure, il suffit donc de montrer les
R R

deux propriétés suivantes : Z Z


lim dω = dω (5)
n→+∞ K K
n
MASTER 2018-19 – 2 – Fonctions holomorphes – 28

et Z Z
lim ω= ω (6)
n→+∞ ∂K ∂K
n

Comme ω est supposée de classe C 1 au voisinage


de K, dω est bornée sur K et il existe une
constante C > 0 telle que Kn dω − K dω ≤ Cλ(Ln ) (λ mesure de Lebesgue), et, pour vérifier (??),
R R

il suffit de voir que limn→+∞ λ(Ln ) = 0.

Lemme 2.27. Il existe une constante B > 0, indépendante de n, telle que le volume de Ln est
majoré par B2−n . De plus, il existe une constante A, indépendante de n, telle que le nombre de carrés
composant Ln est majoré par A2n .

Démonstration du Lemme. Soit Tn = x ∈ R2 tels que dist(x, ∂K) ≤ 22−n . Comme ∂K


est un compact réunion d’un nombre fini de courbes lisses γi , il existe une constante B, indépendante

de n (en fait 2 2 fois la somme des longueurs des courbes γi ) telle que le volume de Tn est majoré
par B2−n , ce qui montre la première assertion du Lemme. Enfin la seconde en résulte puisque Ln est
réunion de carrés d’intérieurs deux à deux disjoints et de volumes 2−2n . 2

Vérifions maintenant (??). Pour chaque carré C composant Ln , soit ΓC la partie de ∂C contenue
dans l’intérieur de K et orientée négativement, et soit xC un point de C ∩ K. Un rapide dessin
montre aisément que C ΓC ω = ∂Kn ω, la somme étant étendue à tous les carrés C composant
P R R

Ln . Par ailleurs, comme ω est de classe C 1 , si on pose ωC = ω1 (xC )dx + ω2 (xC )dy et ω = ωC + C ,
on a |C | = O(2−n ), avec une constante indépendante de n. De plus, comme ωC est à coefficients
constants, elle est exacte et son intégrale sur le bord de C ∩ K est nulle, c’est-à-dire (compte tenu de
l’orientation négative de ΓC ) ΓC ωC = ∂(C∩K) ωC . Ainsi, il vient
R R

Z Z Z Z
ω− ω= C − C
∂(C∩K) ΓC ∂(C∩K) ΓC

et il existe une constante D > 0 indépendante de n telle que ω ≤ D2−n (les


R R
∂(C∩K) ω − ΓC
longueurs de ∂(K ∩ C et ΓC étant O(2−n )). En sommant sur tous les carrés C composant Ln , le
Lemme donne ∂K ω − ∂Kn ω ≤ E2−n pour une constante E indépendante de n, ce qui achève la
R R

démonstration du Théorème. 2

3.4. Indice d’un lacet par rapport à un point.

Définition 2.28. Soit γ un lacet (i.e. un chemin fermé) de classe C 1 par morceaux dans C. On note
Imγ l’image de γ. On appelle indice de γ par rapport à un point a ∈ C \ Imγ le nombre
Z
1 dz
Ind(γ, a) =
2iπ γ z − a
Proposition 2.29. L’indice Ind(γ, a) d’un lacet γ par rapport à un point a ∈ C \ Imγ est un entier
relatif (i.e. Ind(γ, a) ∈ Z).

Démonstration. En effet, supposons, pour fixer les notations γ : [α, β] → C, et posons


γ 0 (s)
Z t 
ϕ(t) = exp ds
α γ(s) − a
MASTER 2018-19 – 2 – Fonctions holomorphes – 29

La Proposition dit que ϕ(β) = 1. Or, excepté au points où γ n’est pas dérivable (c’est-à-dire pour un
nombre fini de valeurs de t) on a
ϕ0 (t) γ 0 (t)
=
ϕ(t) γ(t) − a
 0
ϕ ϕ
c’est-à-dire γ−a (t) = 0 = 0. Comme γ−a est continue, cela signifie qu’elle est constante, et comme
γ(t)−a
ϕ(α) = 1, on a ϕ(t) = γ(a)−a . Comme γ est un lacet (γ(α) = γ(β)) on a bien ϕ(β) = 1. 2

Proposition 2.30. Soit γ un lacet C 1 par morceaux dans C.


(1) Ind(γ, a) est constant dans chaque composante connexe de C \ Imγ,

(2) Si γ est la frontière d’un compact K à bord orienté, alors Ind(∂K, a) = 1 pour a ∈ K et
Ind(∂K, a) = 0 pour a ∈ C \ K.

Démonstration. Le 1. résulte de la proposition précédente puisque a 7→ Ind(∂K, a) est claire-



ment continue dans C \ ∂K. Si a ∈ K, la forme z−a dz
est fermée au voisinage du compact K \ D(a, r)
où D(a, r) est un disque ouvert contenu dans l’intérieur de K. La formule de Stokes donne alors
R 2π
∂(K\D(a,r)) z−a = 0, donc Ind(γ, a) = 2iπ ∂D(a,r) z−a = 2iπ 0 idθ = 1. Lorsque a ∈ C \ K, la forme
dz 1 dz 1
R R
dz
z−a est fermée au voisinage de K et la formule de Stokes donne Ind(γ, a) = 0. 2

Proposition 2.31 (Formule de Cauchy-Pompeïu). Soit f une fonction de classe C 1 sur un ouvert Ω

de C. Soit K un compact à bord orienté contenu dans Ω. Alors pour tout point z0 ∈ K
Z ∂f
∂z (z)
Z
f (z)
2iπf (z0 ) = dz − 2i dλ(z)
∂K z − z0 K z − z0

Démonstration. Soit D(z0 , r) le disque ouvert centré en z0 et de rayon r. On suppose r assez


petit de sorte que l’adhérence de ce disque soit contenu dans l’intérieur de K. La Formule de Stokes
appliquée au compact à bord orienté K \ D(z0 , r) donne
∂f ∂f
∂z (z) ∂z (z)
Z Z Z Z
f (z) f (z)
dz − dz = dz ∧ dz = 2i dλ(z)
∂K z − z0 ∂D(z0 ,r) z − z0 K\D(z0 ,r) z − z0 K z − z0

Comme
Z Z 2π
f (z)
lim dz = lim f (z0 + reiθ )idθ = 2iπf (z0 )
r→0 ∂D(z ,r)
0
z − z0 r→0 0

la formule s’obtient en passant à la limite quand r → 0. 2

4. Primitive d’une 1-forme le long d’un chemin

Définition 2.32. Soit ω une 1-forme continue localement exacte dans un ouvert Ω de C. Soit γ un
chemin continu dans Ω. On dit qu’une fonction continue f : I = [0, 1] → C est une primitive de ω
le long de γ si pour tout t0 ∈ I il existe un voisinage V = V (γ(t0 )) de γ(t0 ) dans Ω et une fonction
F = Ft0 de classe C 1 dans V telle que dF = ω dans V et f (t) = F ◦ γ(t) au voisinage de t0 .
MASTER 2018-19 – 2 – Fonctions holomorphes – 30

On notera que cette Définition s’applique en particulier aux formes ω fermées puisque celles-ci
sont localement exactes (Lemme ??). De plus, si ω = ni=1 ωi dzi , et si γ est C 1 par morceaux, alors
P

une primitive f de ω le long de γ est aussi C 1 par morceaux et la définition de f donnée dans la
Définition ci-dessus équivaut à f de classe C 1 par morceaux et,
n
X
∀t0 ∈ I, f 0 (t) = ωi (γ(t))γi0 (t) au voisinage de t0
i=1
.

Proposition 2.33. Soient Ω un ouvert de C, γ un chemin continu dans Ω et ω une 1-forme continue
localement exacte dans Ω. Alors il existe une primitive de ω le long de γ et celle-ci est unique à une
constante additive près.

Démonstration. Unicité. Soient f1 et f2 deux primitives de ω le long de γ de sorte que pour


tout t0 ∈ I il existe deux primitives F1 et F2 de ω dans un voisinage V de γ(t0 ) telles que fi = Fi ◦ γ,
i = 1, 2, au voisinage de t0 . Comme on peut supposer V connexe, F1 et F2 diffèrent d’une constante,
ce qui montre que f1 − f2 est localement constante. Comme cette fonction est continue, elle est
constante.
Existence. Par compacité de γ([0, 1]), il existe δ > 0 tel que au voisinage de toute disque fermée
de rayon δ centrée en un point du chemin la forme ω admet une primitive. La continuité uniforme
de γ montre alors qu’il existe des points ti , 0 = t1 < t2 < . . . ti < ti+1 < . . . < tn = 1, tels que
chaque intervalle [ti , ti+1 ] est contenu dans un disque Di , de rayon δ, centré en un point du chemin
et sur lequel ω admet une primitive Fi . Pour chaque i, Di ∩ Di+1 est un ouvert connexe non vide (il
contient γ(ti+1 )) donc Fi − Fi+1 est constante sur cet ouvert. Par récurrence, il est alors clair que l’on
peut modifier les Fi en leur rajoutant des constantes convenables de sorte que la fonction f définie
par f (t) = Fi (γ(t)) pour t ∈ [ti , ti+1 ] soit une primitive de ω le long de γ. 2
Cette proposition permet d’étendre la définition de l’intégrale d’une 1-forme continue localement
exacte (mais pas nécessairement de classe C 1 ) aux chemins qui sont seulement continus γ :

Définition 2.34. Soient ω une 1-forme continue localement exacte dans un ouvert Ω de C et γ un
chemin continu dans Ω (paramétré sur I = [0, 1]). Soit f une primitive de ω le long de γ. On appelle
intégrale de ω le long de γ le nombre, indépendant de la primitive choisie f ,
Z
ω = f (1) − f (0)
γ

Naturellement, si le chemin γ est C 1 par morceaux, cette Définition est la même que celle donnée
précédemment.

Proposition 2.35. Soit ω une 1-forme continue localement exacte dans un ouvert Ω de C. Soit (γn )n
R
une suite de chemins continus qui converge uniformément vers un chemin γ. Alors limn→+∞ γn ω =
R
γω

Démonstration. En effet, les primitives locales de ω, Fi , 1 ≤ i ≤ k, utilisées pour définir


γ ω sont définies sur des ouverts qui recouvrent Imγn pour n assez grand (convergence uniforme et
R

compacité de Imγ), on peut donc les prendre pour définir les intégrales γn ω d’où la conclusion. 2
R
MASTER 2018-19 – 2 – Fonctions holomorphes – 31

Définition 2.36. Soit Ω un ouvert de C. Soient γ1 et γ2 deux chemins continus dans Ω que l’on
suppose paramétrés sur I = [0, 1]. On dit que γ1 et γ2 sont homotopes (avec extrémités fixes) s’il ont
même origine et même extrémité et s’il existe une application continue δ : I × I → Ω telle que :
(1) Pour tout t ∈ I, δ(t, 0) = γ1 (t) et δ(t, 1) = γ2 (t),
(2) Pour tout u ∈ I, δ(0, u) = γ1 (0) = γ2 (0) et δ(1, u) = γ1 (1) = γ2 (1).
Dans le cas où γ1 et γ2 sont des chemins fermés (i.e. γ1 (0) = γ1 (1) = γ2 (1) = γ2 (1)) on dit aussi que
les chemins sont homotopes (comme chemins fermés) (dans ce cas on a δ(0, u) = δ(1, u) = γ1 (0), ∀u ∈
I). De plus, on dit qu’un chemin fermé γ (i.e. γ(0) = γ(1) = a) est homotope à un point s’il est
homotope (comme chemin fermé) a un chemin constant γ1 (t) = a, t ∈ I.

Dans toute la suite, nous dirons simplement « homotopes » sous-entendant « avec extrémités fixes
» ou « comme chemins fermés ». On remarquera que l’homotopie ainsi définie dépends de l’ouvert
Ω dans lequel on considère les chemins. Par exemple le chemin t 7→ eit est homotope à un point
dans C mais ne l’est pas dans C∗ . Pour simplifier les notations, dans toute la suite les chemins seront
supposés paramétrés sur I = [0, 1] sauf précision contraire.

Théorème 2.37. Soit ω une 1-forme continue localement exacte dans un ouvert Ω de C. Si γ0 et γ1
sont deux chemins continus homotopes (avec extrémités fixes) dans Ω on a
Z Z
ω= ω
γ0 γ1

Démonstration. Soient I1 = [a, b] et I2 = [c, d] deux segments et soit ϕ : I1 × I2 → Ω une


application continue. On dit qu’une fonction continue f : I1 × I2 → Ω est une primitive de ω le long
de ϕ si pour tout (t0 , u0 ) ∈ I1 × I2 il existe une primitive F0 de ω au voisinage de ϕ(t0 , u0 ) telle que,
dans un voisinage de (t0 , u0 ) on ait f (t, u) = F0 (ϕ(t, u)). Comme dans la preuve de la Proposition
??, il est clair que deux primitives de ω le long de ϕ diffèrent d’une constante.
Remarquons alors que la démonstration du théorème revient à voir qu’il existe un primitive f
de ω le long d’une homotopie δ : I × I → Ω de γ0 à γ1 : en effet si une telle primitive existe,
alors (l’homotopie étant à extrémités fixes) on a f (0, 0) = f (0, u) = f (0, 1)etf (1; 0) = f (1; u) =
f (1; 1), ∀u ∈ I, et comme t 7→ f (t, 0) est une primitive de ω le long de γ0 et t 7→ f (t, 1) une primitive
le long de γ1 , on a Z Z
ω = f (1, 0) − f (0, 0) et ω = f (1, 1) − f (0, 1)
γ0 γ1
ce qui montre le théorème. Pour achever la preuve construisons donc une telle primitive. Par com-
pacité, il existe  > 0 tel que, pour tout (t, u) ∈ I × I δ([t − , t + ] × [u − , u + ]) soit contenu
dans un disque ouvert sur lequel ω admet une primitive. On considère alors un découpage de I × I
en carrés [ti , ti+1 ] × [uj , uj+1 ], 1 ≤ i ≤ k, 1 ≤ j ≤ `, tels que ti+1 − ti = uj+1 − uj = . Alors, la
preuve de la Proposition ?? montre que l’on peut construire une primitive de ω le long du chemin
u +u
t 7→ δ(t, j+12 j ), t ∈ I, en utilisant ces disques ce qui donne une primitive fj de ω le long de la
restriction de δ à I × ([uj − 2 , uj+1 + 2 ] ∩ [0, 1]). Comme f1 et f2 sont deux primitives de ω le long de
la restriction de δ à I × [u2 − 2 , u2 + 2 ] elles diffèrent d’une constante C2 , et, en remplaçant f2 par
f2 + C2 on défini une primitive de ω le long de la restriction de δ à I × [0, u3 + 2 ]. On conclut alors
par récurrence sur j. 2
MASTER 2018-19 – 2 – Fonctions holomorphes – 32

Remarque 2.38. On notera que ce théorème s’applique en particulier aux formes fermées. En parti-
culier, il permet d’étendre la notion d’indice Ind(γ, a) d’un lacet γ par rapport à un point a aux lacets
dz
qui sont seulement continus puisque la forme z−a est fermée au voisinage de l’image du lacet.
Définition 2.39. On dit qu’un ouvert Ω de C est simplement connexe s’il est connexe et si tout
chemin continu fermé contenu dans Ω est homotope à un point.
Théorème 2.40. Toute 1-forme différentielle continue localement exacte dans un ouvert simplement
connexe y est exacte.
Démonstration. En effet, le Théorème ?? montre que, pour tout chemin fermé γ contenu dans
Ω on a γ ω = 0. La conclusion résulte donc du Théorème ?? 2
R

Comme pour le précédent, on notera que ce Théorème s’applique aux formes fermées

5. Quelques Applications

Proposition 2.41. Sur tout ouvert simplement connexe de C∗ il existe une détermination continue
du logarithme de z qui est unique à l’addition d’un multiple entier de 2iπ près.
Démonstration. Soit a un point de Ω et posons log a = log |a| + iArga. D’après le Théorème
?? la forme dz z (qui est fermée dans C ) est exacte sur Ω. Soit log z sa primitive (sur Ω) qui vaut

log a au point a et considérons la fonction h(z) = elog z . Par définition cette fonction vérifie l’équation
h(z)
∂z (z) = z . Remarquons alors que la fonction h0 (z) = z est aussi une solution de cette équation,
∂h

et, par suite, la fonction g(z) = hh(z)


0 (z)
vérifie ∂g ∂g
∂z = 0, et comme on a de manière évidente ∂z = 0, g
est localement constante donc constante puisque Ω est supposé connexe. Ainsi h(z) = λz, pour une
constante λ, et comme h(a) = a par définition de h, on a λ = 1 ce qui montre que la fonction log z
définie ci-dessus est une détermination (continue) du logarithme de z sur Ω. 2

Remarque 2.42. Comme deux déterminations continues du logarithme de z sur Ω diffèrent d’une
constante, la démonstration cidessus montre qu’une détermination continue du logarithme de z sur Ω
est une primitive de la forme dz dz
z (i.e. sa différentielle extérieure est z ).

Après le Théorème ??, nous avons remarqué que l’on peut étendre aux chemins continus la notion
d’indice par rapport à un point : si γ est un chemin continu (paramétré sur [0, 1]), et si a ∈/ Imγ, la
forme z−adz
est localement exacte sur un voisinage de Imγ et si f est une primitive de cette forme le
long de γ, par définition, on a Ind(γ, a) = f (1) − f (0). De plus, f est caractérisée par la fait que,
ef (t)
au voisinage de t0 ∈ [0, 1], on a f (t) = log(γ(t) − a) + C0 de sorte que γ(t)−a = eC0 est localement
constante, donc constante. Ainsi, Ind(γ, a) = f (1) − f (0) où f est une fonction continue vérifiant
ef (t) = g(t) − a, t ∈ [0, 1].
Proposition 2.43. Soit D le disque unité du plan complexe centré en 0, T sa frontière. Soit f : D → C
une fonction continue et posons γ(t) = f (eit ). Si Ind(γ, a) 6= 0 en un point a ∈ C \ f (T) alors f
prends la valeur a sur l’intérieur de D.
Démonstration. En effet, dans le cas contraire, δ(t, r) = f (reit ) est une homotopie de γ vers le
lacet constant égal à f (0) contenue dans C \ {a}. Comme z−a
dz
est fermée sur C \ {a}, donc localement
exacte, et on a Ind(γ, a) = 0 d’après le Théorème ??. 2
MASTER 2018-19 – 2 – Fonctions holomorphes – 33

Proposition 2.44. Soient γ1 et γ2 deux chemins fermés continus dans C∗ et posons γ(t) = γ1 (t)γ2 (t).
Alors Ind(γ, 0) = Ind(γ1 , 0) + Ind(γ2 , 0).

Démonstration. En effet, pour chaque i soit fi une primitive de dz


z le long de γi telle que
e i = gi (t) Alors f = f1 + f2 est une primitive de z le long de γ et Ind(γ, 0) = f (1)−f
f (t) dz
2iπ
(0)
=
Ind(γ1 , 0) + Ind(γ2 , 0). 2

Proposition 2.45. Soient γ0 et γ1 deux chemins fermé continus dans C tels que 0 ∈ / Img et, pour tout
t ∈ [0, 1], |γ1 (t)| < |γ0 (t)|. Alors t 7→ γ0 (t) + γ1 (t) a son image dans C∗ et Ind(γ0 + γ1 , 0) = Ind(γ0 , 0).
 
Démonstration. En effet, en écrivant γ0 + γ1 = γ0 1 + γγ01 , on remarque que le chemin ν =
1 + γγ01 étant contenu dans le disque centré en 1 et de rayon 1 (par l’hypothèse) on a (Proposition ??)
Ind(ν, 0) = 0, et on applique la Proposition précédente. 2

Proposition 2.46 (Théorème de Rouché). Soient γ0 et γ1 deux chemins fermé continus dans C. Si
pour tout t, on a
|γ0 (t) + γ1 (t)| < |γ0 (t)| + |γ1 (t)| ,
alors les chemins ne passent pas par 0 et on a Ind(γ0 , 0) = Ind(γ1 , 0).

Démonstration. Il est clair que l’hypothèse implique que les chemins ne passent pas par l’ori-
gine. L’hypothèse s’écrit donc aussi 1 + γγ10 < 1 + γγ10 , ce qui montre que l’image de γγ10 est contenue
dans C \ R− , qui est un ouvert simplement connexe de C∗ , et, par suite, Ind( γγ01 , 0) = 0. Or, si fi est
γ1 (t)
telle que efi (t) = γi (t), on a ef1 (t)−f0 (t) = γ0 (t) , donc 0 = Ind( γγ10 , 0) = f1 (1) − f0 (1) − (f1 (0) − f0 (0)) =
Ind(γ1 , 0) − Ind(γ0 , 0). 2

6. Exercices

Exercice 7. Soit U un ouvert de C et f une fonction de classe C 1 de U dans C, montrer que f (z)dz
est fermée si et seulement si ∂f ∂f
∂z ≡ 0 et que f (z)dz est fermée si et seulement si ∂z ≡ 0

Exercice 8. En utilisant la "chain rule"’ ou règle de Leibniz, vérifier que si f est une fonction de
classe C k (k > 1) de la variable complexe ζ dans un ouvert U de R2 , g une fonction de classe C `
(` > 1) de la variable complexe z dans un ouvert V de R2 , avec f (U ) ⊂ V , alors
∂g ∂f ∂g ∂f ∂g ∂f ∂g ∂f
d(g ◦ f ) = ( ◦ f) + ◦ f ) )dζ + ( ◦ f) + ◦ f ) )dζ
∂z ∂ζ ∂z ∂ζ ∂z ∂ζ ∂z ∂ζ
∂g ∂f ∂g ∂f ∂g ∂f ∂g ∂f
= ( ◦ f) + ◦ f ) )dζ + ( ◦ f) + ◦ f ) )dζ
∂z ∂ζ ∂z ∂ζ ∂z ∂ζ ∂z ∂ζ
Exercice 9. Soient p et f deux fonctions de classe C 2 sur C ; on suppose la fonction p à valeurs
réelles. Prouver l’identité
2
!
∂p 2 2
    
p ∂f 2 ∂ p ∂ p ∂f 2 ∂p ∂ p ∂f ∂f
e +f + |f | ≡ e f + |f | − e f + ep .
∂z ∂z ∂z∂z ∂z ∂z ∂z ∂z ∂z ∂z

Exercice 10. Soient V et U deux ouverts de C, ϕ = (ϕ1 , ϕ2 ) une application de classe C 1 de V dans
U et ω = P dx + Qdy une 1-forme de classe C 1 dans U .
MASTER 2018-19 – 2 – Fonctions holomorphes – 34

(1) Montrer que si γ est un chemin paramétré C 1 par morceaux de support inclus dans V , alors
ϕ ◦ γ est un chemin C 1 par morceaux de support inclus dans U .
(2) Montrer que l’on définit bien une 1-forme de classe C 1 dans V en posant
ϕ∗ ω = (P ◦ ϕ)dϕ1 + (Q ◦ ϕ)dϕ2 .

(3) Prouver que l’on a la formule de changement de variables dans les intégrales curvilignes
Z Z
ϕ∗ ω = ω.
γ ϕ◦γ

ϕ∗ ω est appelée l’image réciproque de ω par ϕ

Exercice 11. Soit f une fonction de classe C 1 dans R2 , à valeurs complexes, identiquement nulle
hors d’un sous-ensemble compact du plan. Montrer que
ZZ ZZ
∂f ∂f
(x, y)dxdy = (x, y)dxdy = 0.
R2 ∂z R2 ∂z

Indications 11. Utiliser la formule de Stoke avec un simplexe approprié.


MASTER 2018-19 – 3 – Fonctions holomorphes – 35

Chapitre 3

Formules de Cauchy et théorème des résidus

Dans ce chapitre, ainsi que dans toute la suite du cours, on note D(z0 , r) le disque euclidien centré
en z0 ∈ C et de rayon r. Le disque D(0, 1) centré à l’origine et de rayon 1 sera noté D. Son bord sera
noté T.

1. Théorème de Cauchy

Théorème 3.1 (Théorème de Cauchy). Soient Ω un ouvert de C et D une droite. Soit f une fonction
continue sur Ω holomorphe dans Ω \ D. Alors la 1-forme différentielle f (z)dz est localement exacte.
En particulier :
(1) Si Ω est simplement connexe il existe une fonction g ∈ C 1 (Ω) telle que ∂g ∂g
∂z = f et ∂z = 0, ce
qui implique que g est holomorphe dans Ω et que g 0 = f .
(2) Si γ est un lacet continu homotope à un point dans Ω on a γ f (z)dz = 0 (Théorème de
R

Cauchy).

Démonstration. D’après le Théorème ?? il faut montrer que si ∆ est un triangle fermé contenu
dans Ω alors ∂∆ f (z)dz = 0. Posons J = ∂∆ f (z)dz, et supposons |J| > 0. Premier cas : D ∩ ∆ = ∅.
R R

En utilisant les milieux des cotés de ∆, on découpe celui-ci en quatre triangles et il en existe un
(fermé), ∆1 , qui vérifie
|J|
Z
f (z)dz ≥ .
∂∆1 4
En répétant cette opération avec ∆1 on construit un second triangle ∆2 , puis, par récurrence, on
construit une suite de triangles fermés ∆n tels que
|J|
Z
f (z)dz ≥ n .
∂∆n 4
Comme le diamètre de ∆n tends vers 0 il existe z0 ∈ Ω tel que ∩n∈N∗ ∆n = {z0 }. Comme f est holo-
morphe en z0 , pour tout  > 0 il existe η > 0 tel que, pour |z − z0 | ≤ η, on a |f (z) − f (z0 ) − f 0 (z0 )(z − z0 )| ≤
 |z − z0 |. Si on remarque alors que, par construction, la longueur de ∂∆n est majorée par C2−n , que
le diamètre de ∆n est aussi majoré par C2−n , où C est une constante indépendante de n, et que,
pour n ≥ nη on a ∆n ⊂ {|z − z0 | < η}, il vient (pour n ≥ nη )
Z Z
f (z0 ) + f 0 (z0 )(z − z0 ) dz ≤ C2−2n ;

f (z)dz −
∂∆n ∂∆n

Or, comme les formes f (z0 )dz et f 0 (z0 )(z − z0 )dz sont exactes ((z − z0 )dz = 12 d (z − z0 )2 ) on a

Z
f (z0 ) + f 0 (z0 )(z − z0 ) dz = 0

∂∆n
|J|
et on obtient 4n ≤ C2−2n soit |J| ≤ C ce qui contredit l’hypothèse faite sur J.
MASTER 2018-19 – 3 – Fonctions holomorphes – 36

Second cas : D ∩ ∆ 6= ∅. Si l’un des cotés de ∆ est porté par D, on déplace ce coté d’une distance
 ce qui donne un triangle ∆ un peu plus petit auquel on applique le premier cas. Le résultat
s’obtient alors par passage à la limite quand  tends vers 0 (c.f. Proposition ??). Si la droite D
rencontre ∆ uniquement sur un sommet, on déplace celui-ci le long d’un coté de  et on conclut par
un raisonnement évident similaire. Enfin si D coupe ∆, en utilisant un point sur le coté non coupé
par D et D, on découpe ∆ en quatre triangles ∆i qui rentrent dans l’un des deux cas précédents et
on obtient ∂∆i f (z)dz = 0 donc ∂∆ f (z)dz = ∆i f (z)dz = 0. 2
R R PR

Théorème 3.2 (Formule de Cauchy). Soient Ω un ouvert de C et f une fonction holomorphe dans
Ω. Soit γ un lacet continu homotope à un point dans Ω. Alors, pour tout a ∈ Ω \ Imγ on a
Z
1 f (z)
Ind(γ, a)f (a) = dz
2iπ γ z − a
Démonstration. Considérons la fonction
(
f (z)−f (a)
z−a si z ∈ Ω \ {a}
g(z) =
f 0 (a) si z=a
Alors g est continue sur Ω et holomorphe sur Ω \ {a}. Le Théorème de Cauchy implique donc que
0 = γ g(z)dz = γ f (z)−f (a)
dz ce qui, par définition de Ind(γ, a) donne la formule. 2
R R
z−a

Théorème 3.3. Soient Ω un ouvert de C et f une fonction de Ω dans C. Les conditions suivantes
sont équivalentes :
(1) f ∈ Hol(Ω),
(2) f est analytique (complexe) dans Ω (donc en particulier C ∞ ). Plus précisément, si D(z0 , r0 )
P
est un disque ouvert contenu dans Ω, f est développable en série entière f (z) = n∈N an (z −
z0 )n de rayon de convergence ≥ r0 . De plus, les coefficients an de cette série sont donnés
par la formule Z
1 f (ζ)
an = dζ
2iπ {|ζ−z0 |=r} (ζ − z0 )n+1
pour tout r ∈]0, r0 [.

Démonstration. Soit r ∈]0, r0 [ de sorte que D(z0 , r) ⊂ D(z0 , r0 ) ⊂ Ω. Pour z ∈ D(z0 , r), la
formule de Cauchy (Théorème ??) donne
Z Z Z
1 f (ζ) 1 f (ζ) 1 1 f (ζ)
f (z) = dζ = dζ =   dζ
2iπ {|ζ−z0 |=r} ζ − z 2iπ {|ζ−z0 |=r} (ζ − z0 ) − (z − z0 ) 2iπ {|ζ−z0 |=r} ζ − z0 1 − z−z0
ζ−z0
 n
Comme z−z0
< 1, on a 1 z−z0
, la série convergeant normalement pour (ζ, z) ∈
P
ζ−z0 z−z0
 = n∈N ζ−z0
1− ζ−z0
D(z0 , r0 ) × {|ζ − z0 | = r} si 0 < r0 < r. Ainsi, pour |z − z0 | < r0 , on a
" Z #
X
n 1 1 f (ζ)
f (z) = (z − z0 ) dζ
2iπ {|ζ−z0 |=r} ζ − z0 (ζ − z0 )n+1
n∈N

ce qui prouve que 1. implique 2., la réciproque étant le Théorème ??. 2


MASTER 2018-19 – 3 – Fonctions holomorphes – 37

Remarque 3.4. On notera que, par la formule de Stokes l’intégrale de la formule donnant la valeur
de an est indépendante de r.

Corollaire 3.5. Si f est holomorphe dans un ouvert Ω, les dérivées successives f (n) de f sont
holomorphes dans Ω.

Démonstration. Ceci résulte du Théorème et d’une propriété classique des séries entières. 2

Corollaire 3.6 (Formule de Cauchy pour un compact à bord orienté). Si f ∈ Hol(Ω) et si K est un
compact à bord orienté contenu dans Ω, pour tout point a dans l’intérieur de K on a :
Z Z
1 f (z)
f (z)dz = 0 et f (a) = dz
∂K 2iπ ∂K z − a
Démonstration. Comme f est C ∞ , la forme localement exacte f (z)dz (Théorème ??) est fermée
et la première formule résulte de la formule de Stokes (Théorème ??). Pour la seconde formule, on
considère un disque D(a, r) contenu dans l’intérieur de K. Alors la formule de Stokes (Théorème ??)
donne Z Z
f (z) f (z)
dz − dz = 0
∂K z − a ∂D(a,r) z − a

(la forme fz−a


(z)
dz étant fermée au voisinage de K \ D(a, r)) et il suffit d’appliquer la formule de Cauchy
(Théorème ??) puisque Ind(∂D(a, r), a) = 1. 2

Si K est un compact à bord orienté dans C, K est l’adhérence de son intérieur et on peut vérifier
qu’il existe une suite (Kn ) de compacts à bord orientés contenus dans l’intérieur de K dont la frontière
converge uniformément vers celle de K. En appliquant le Corollaire ci-dessus on obtient (Proposition
??) :

Corollaire 3.7 (Formule de Cauchy pour un compact à bord orienté). Soit K un compact à bord
orienté dans C. Soit f une fonction continue sur K holomorphe à l’intérieur de K. Alors, pour tout
point a dans l’intérieur de K on a :
Z Z
1 f (z)
f (z)dz = 0 et f (a) = dz
∂K 2iπ ∂K z − a
Théorème 3.8 (Théorème de Morera). Soient Ω un ouvert de C et f une fonction continue de Ω
dans C. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(1) Pour tout lacet γ homotope à un point dans Ω,
Z
f (z)dz = 0.
γ

(2) Pour tout rectangle fermé R contenu dans Ω,


Z
f (z)dz = 0.
∂R

(3) Pour tout triangle fermé T contenu dans Ω,


Z
f (z)dz = 0.
∂T
MASTER 2018-19 – 3 – Fonctions holomorphes – 38

(4) Si K est un compact à bord orienté contenu dans ω,


Z
f (z)dz = 0.
∂K

(5) La 1-forme différentielle f (z)dz est localement exacte dans Ω.


(6) f ∈ Hol(Ω).

Démonstration. Si f ∈ Hol(Ω), nous venons de voir que f est C ∞ , et comme ∂f ∂z = 0, la


forme f (z)dz est fermée donc localement exacte (Proposition ??). Il en résulte que la condition 6.
implique toutes les autres (Théorème ??, pour 1., Théorème ??, pour 2. et 3., et la formule de Stokes,
Théorème ??, pour 4.), que 5. implique 1., 2. et 3. et que 5. est conséquence de chacune des autres.
De plus, clairement 4. implique 3. qui équivaut à 2. (c.f. preuve de Théorème ??) et 1. implique 3.
Pour conclure, il suffit de voir que 5. implique 6. Or si 5. est satisfaite et si g est une primitive locale
de f (z)dz alors g est de classe C 1 et ∂g
∂z = 0 ce qui signifie que g est holomorphe et donc g = f aussi.
0

Remarque 3.9. On notera que ce Théorème et le Théorème de Cauchy (Théorème ??) montrent, par
exemple, qu’une fonction continue sur un ouvert Ω de C qui est holomorphe en dehors d’une droite
est automatiquement holomorphe dans Ω.

Proposition 3.10. Soit Ω un ouvert simplement connexe de C. Soit f une fonction holomorphe dans
Ω ne s’annulant pas. Alors il existe une fonction h holomorphe dans Ω telle que eh = f .
0
Démonstration. En effet, puisque f ne s’annule pas la fonction ff est holomorphe sur Ω et,
comme celui-ci est simplement connexe, d’après le Théorème ??, elle admet une primitive (définie à
0
une constante près) holomorphe dans Ω. Soit donc h la primitive de ff telle que eh(z0 ) = f (z0 ) en un
point z0 de Ω. Alors on a (f e−h )0 = f 0 e−h − h0 f e−h = 0 c’est-à-dire f = eh + C, C ∈ C, et on doit
avoir C = 0 puisque eh(z0 ) = f (z0 ). 2

2. Autres propriétés des fonctions holomorphes

La Proposition suivante est une re-formulation du Théorème ??

Proposition 3.11. Soient Ω un ouvert de C, f ∈ Hol(Ω) et z0 un point de Ω. Soit D(z0 , r) le plus


(n)
grand disque ouvert de centre z0 contenu dans Ω. Alors la série de Taylor de f en z0 , n∈N f n!(z0 ) (z−
P

z0 )n converge uniformément sur tout disque fermé contenu dans D(z0 , r) vers f .

Proposition 3.12 (Principe des zéros isolés). Soit f une fonction holomorphe dans un ouvert Ω, non
identiquement nulle sur une composante connexe de Ω. Alors l’ensemble Z(f ) = {z ∈ Ω tels que f (z) = 0}
n’a pas de points d’accumulation dans Ω. De plus, pour chaque z0 ∈ Z(f ) il existe un unique entier
m0 ≥ 1 et une fonction g holomorphe dans Ω qui ne s’annule pas en z0 tels que f (z) = (z −z0 )m0 g(z),
z ∈ Ω. L’entier m0 s’appelle la multiplicité (ou l’ordre) du zéro z0 de f . de plus f1 est holomorphe sur
Ω \ Z(f ).
MASTER 2018-19 – 3 – Fonctions holomorphes – 39

Démonstration. Soit f (z) = n∈N an (z − z0 ) le développement en série entière de f au


n
P

voisinage de z0 . Si an = 0 pour tout entier n alors f est identiquement nulle au voisinage de z0 . Soit
alors U l’ensemble des points de Ω au voisinage desquels f est identiquement nulle. U est donc un
ouvert non vide de Ω sur lequel toutes les dérivées de f sont identiquement nulles. Alors si z1 ∈ U ∩Ω,
par continuité, toutes les dérivées de f sont nulles en z1 . Par suite, le développement de f en série
entière au voisinage de z1 est identiquement nulle, ce qui montre que U est fermé dans Ω. Ainsi U
est une composante connexe de Ω ce qui contredit l’hypothèse faite sur f .
Il existe donc un entier n tel que an 6= 0. Soit alors m0 ≥ 1 le plus petit entier n tels que an 6= 0.
On a donc

!
X a n
f (z) = (z − z0 )m0 am0 1 + (z − z0 )n−m0
am0
n=m0 +1
P∞
la série entière n=m0 +1 am (z − z0 )n−m0 convergeant uniformément au voisinage de z0 . Ceci montre
an
0
f (z)
que la fonction (z−z m
0) 0
est holomorphe au voisinage de z0 , ne s’annule pas en z0 , et, comme elle
est clairement holomorphe sur Ω \ {a}, elle est holomorphe sur Ω (Proposition précédente). Enfin
l’unicité de l’entier m0 est évidente. 2

Corollaire 3.13. Soient f et g deux fonction holomorphes sur un ouvert connexe Ω. Si l’ensemble
des points z de Ω tels que f (z) = g(z) a un point d’accumulation dans Ω alors f est identiquement
égale à g. De plus s’il existe z0 ∈ Ω tel que, pour tout entier n on ait f (n) (z0 ) = g (n) (z0 ) alors f et g
sont identiquement égales dans Ω.

Démonstration. D’après la Proposition, la première partie est évidente et la seconde résulte


du fait que f et g ont même développement de Taylor en z0 (donc même développement en série
entière) donc sont égales au voisinage de z0 . 2

Proposition 3.14. Soient Ω un ouvert de C et z0 ∈ Ω. Soit f une fonction holomorphe dans Ω\{z0 }.
Si f est bornée au voisinage de z0 alors f est holomorphe dans Ω (i.e. se prolonge holomorphiquement
au point z0 ).

Démonstration. Soit r > 0 tel que D(z0 , r) \ {z0 } ⊂ Ω. Soient ζ ∈ D(z0 , r) \ {z0 } et 0 > 0 tel
que |z − z0 | > 0 . La formule de Cauchy (Corollaire ?? du Théorème ??) donne, pour 0 <  < 0 ,
Z Z
1 f (z) 1 f (z)
f (ζ) = dz − dz
2iπ ∂D(z0 ,r) z − ζ 2iπ ∂D(z0 ,) z − ζ
Par hypothèse, on peut choisir 0 > 0 tel que f soit bornée par une constante M sur D(z0 , 0 ), et,
0 0
pour 0 <  < 2 on a |z − ζ| ≥ 2 pour |z − z0 | = . Par suite
Z
f (z) 4πM 
dz ≤ .
∂D(z0 ,) z − ζ 0
f (z)
En faisant tendre  vers 0, il vient f (ζ) = 2iπ
1
∂D(z0 ,r) z−ζ dz pour tout ζ ∈ D(z0 , r) \ {z0 }, ce qui
R

montre que f se prolonge holomorphiquement au point z0 (cette dernière intégrale étant développable
en série entière dans D(z0 , r)). 2
MASTER 2018-19 – 3 – Fonctions holomorphes – 40

Proposition 3.15. Soient Ω un ouvert de C, z0 ∈ Ω et f une fonction holomorphe dans Ω \ {z0 }.


Alors l’une des trois possibilités suivantes est satisfaite :
(1) f est holomorphe dans Ω.
(2) Il existe un entier m et des nombres complexes ci , 1 ≤ i ≤ m, uniques, tels que la fonction
g(z) = f (z)− m ci
P
i=1 (z−z0 )i soit holomorphe dans Ω. Dans ce cas on dit que f est méromorphe
au point z0 .
(3) Si D(z0 , r) est contenu dans Ω, r > 0, f (D(z0 , r) \ {z0 }) est dense dans C. Dans ce cas on
dit que f a une singularité essentielle en z0 .

Démonstration. Si 3. est faux, il existe w ∈ C, r > 0 et δ > 0 tels que, dans l’ensemble
{0 < |z − z0 | < r} on a |f (z) − w| ≥ δ. Alors la fonction h(z) = f (z)−w 1
est holomorphe dans
{0 < |z − z0 | < r} et est bornée au voisinage de z0 . La Proposition précédente dit alors que h est
holomorphe dans D(z0 , r). Si h(z0 ) 6= 0, f est bornée au voisinage de z0 et on est dans le cas 1.
(Proposition précédente). Supposons donc h(z0 ) = 0 et soit m la multiplicité de z0 de sorte que
h(z) = (z − z0 )m h1 (z) avec h1 (z0 ) 6= 0 et f1 = h11 est holomorphe au voisinage de z0 . Ainsi on a
f (z) = w + (z − z0 )m f1 (z) au voisinage de z0 , et le développement en série entière de f1 montre que
l’on est dans le cas 2. 2

Proposition 3.16. Soient f une fonction holomorphe dans un ouvert Ω, z0 un point de Ω et D(z0 , R)
un disque ouvert contenu dans Ω. Alors si f (z) = n an (z −z0 )n est le développement en série entière
P

de f dans D(z0 , R), pour 0 < r < R on a


∞ Z 2π
X 2 2n 1 2
|an | r = f (z0 + reiθ ) dθ
2π 0
n=0

En particulier, pour tout n,


sup{|z−z0 |=r} |f |
|an | ≤ (Inégalités de Cauchy).
rn
Démonstration. C’est simplement la formule de Parseval appliquée à la fonction θ 7→ n einθ .
P
nr
2

Corollaire 3.17 (Théorème de Liouville). Soit f une fonction holomorphe dans C (une telle fonction
est appelée une fonction entière). Si f est bornée elle est constante.

Démonstration. En effet, d’après la Proposition, si |f | ≤ M , les coefficients du développement


en série entière de f dans C vérifient |an | ≤ rMn pour tout r > 0, ce qui donne an = 0 si n > 0. 2

Corollaire 3.18 (Théorème de D’Alembert). Soit P un polynôme à coefficients complexes non


constant. Alors P a une racine dans C.

Démonstration. En effet, si P ne s’annule pas, P1 est holomorphes dans C, et comme lim|z|→+∞ |P (z)| =
+∞ si P n’est pas constant, P1 est bornée et la conclusion résulte du Théorème de Liouville. 2
MASTER 2018-19 – 3 – Fonctions holomorphes – 41

Proposition 3.19 (Principe du maximum(local)). Soit f une fonction holomorphe dans un ouvert
connexe Ω. S’il existe z0 ∈ Ω et r > 0 tels que, pour tout z appartenant au disque centré en z0 et de
rayon r on ait |f (z)| ≤ |f (z0 )|, alors f est constante dans Ω.

Démonstration. Soit 0 < r1 < r. Si f (z) = n an (z − z0 )n est le développement en série de


P

f au voisinage de z0 , la formule de Parseval (Proposition ??) donne |an |2 r12n ≤ |f (z0 )|2 = |a0 |2 et
P

donc an = 0 pour tout n ≥ 1. La conclusion résulte donc du Corollaire du principe des zéros isolés
(Proposition ??). 2

Proposition 3.20 (Principe du maximum(global)). Soit f une fonction holomorphe dans ouvert
connexe borné Ω, continue dans Ω. Soit M = supz∈∂Ω |f (z)|. Alors :
(1) Pour tout z ∈ Ω on a |f (z)| ≤ M .
(2) S’il existe a ∈ Ω tel que |f (a)| = M alors f est constante.
n o
Démonstration. Soit M f = sup
z∈Ω |f (z)|. Puisque Ω est compact, E = z ∈ Ω tels que |f (z)| = M
f
est non vide. Ainsi la Proposition précédente montre que, si f n’est pas constante, E ∩ Ω = ∅. On a
donc Mf = M , et la Proposition s’en déduit. 2

Nous verrons plus tard que ces deux Propositions sont vraies pour toutes le fonctions qui vérifient
la propriété de la moyenne, c’est-à-dire les fonctions harmoniques.
La Proposition qui suit est un cas particulier de la formule de Cauchy :

Proposition 3.21 (Propriété de la moyenne). Soit f une fonction holomorphe dans un voisinage
ouvert d’un disque fermé D(z0 , r0 ). Alors
Z 2π
1
f (z0 ) = f (z0 + reiθ )dθ
2π 0
Remarque 3.22. La partie réelle et la partie imaginaire d’une fonction holomorphe vérifient la
propriété de la moyenne ci-dessus.

Nous verrons au chapitre suivant que les fonctions vérifiant le propriété de la moyenne sont les
fonctions harmoniques, et que, dans R2 , ce sont exactement les parties réelles (ou imaginaires) des
fonctions holomorphes.

Proposition 3.23. . Soit Ω un ouvert de C. Soit (fj )j une suite de fonctions holomorphes dans Ω
qui converge, uniformément sur les compacts de Ω, vers une fonction f . Alors f est holomorphe dans
0
Ω et la suite (fj )j converge, uniformément sur les compacts de Ω, vers f 0 .

Démonstration. En effet, par convergence uniforme, f est continue, et si ∆ est un triangle


fermé contenu dans Ω, la convergence implique ∂∆ f (z)dz = 0, ce qui montre l’holomorphie de f
R

(Théorème ??). Enfin, si K est un compact de Ω et si r > 0 est tel que, pour tout point z ∈ K, le
disque D(z, r) soit contenu dans un compact K e contenu dans Ω, les inégalités de Cauchy (Proposition
0
??) donnent f 0 (z) − fj (z) ≤ 1r kf − fj kKe , ce qui montre la dernière assertion. 2
MASTER 2018-19 – 3 – Fonctions holomorphes – 42

Corollaire 3.24 (Théorème de Montel). Soit Ω un ouvert de C. L’espace Hol(Ω) est un espace
de Montel pour la topologie de la convergence uniforme sur les compacts de Ω (i.e. si (fj )j est une
suite de fonctions holomorphes sur Ω qui est uniformément bornée sur chaque compact de Ω (mais
pas nécessairement sur Ω), alors il existe une sous-suite (fjp )p qui converge uniformément sur les
compacts de Ω).

Démonstration. En effet, ceci résulte de la Proposition et du Théorème d’Ascoli, car, si K est


un compact de Ω et si, comme dans la preuve précédente, r > 0 est tel que, pour tout point z ∈ K,
le disque D(z, r) soit contenu dans un compact K e contenu dans Ω, les inégalités de Cauchy donnent
supK fj0 ≤ supKe |fj |, et la formule de accroissements finis montre que la suite (fj )j est équicontinue
sur K. 2

Proposition 3.25 (Principe de symétrie de Schwarz). Soit Ω un ouvert connexe de C symétrique


par rapport à l’axe réel. Soient Ω+ = {z ∈ Ω tels que Imz ≥ 0} et Ω− = {z ∈ Ω tels que Imz ≤ 0}.
Soit f une fonction continue dans Ω+ , holomorphe dans l’intérieur de Ω+ et réelle sur Ω ∩ R. Alors
il existe une unique fonction fe holomorphe dans Ω telle que fe|Ω+ = f . De plus, pour tout z ∈ Ω− on
a fe(z) = f (z).

Démonstration. En effet, l’unicité est évidente, et, si fe est la fonction égale à f sur Ω+ et à
f (z) sur Ω− , cette fonction est clairement continue sur Ω, C ∞ dans Ω \ R, et, comme, en un point z
intérieur à Ω− on a
∂ e ∂f ∂z
f= (z) =0
∂z ∂z ∂z
elle est holomorphe dans l’intérieur de Ω− donc finalement holomorphe dans Ω d’après la Remarque
?? 2

Proposition 3.26 (Lemme de Schwarz). Soit f une fonction holomorphe dans le disque unité D =
{z ∈ C tels que |z| < 1} telle que f (0) = 0 et f (D) ⊂ D. Alors :
(1) Pour tout z ∈ D, on a |f (z)| ≤ |z|.
(2) |f 0 (0)| ≤ 1.
(3) S’il existe z0 ∈ D, z0 6= 0, tel que |f (z0 )| = |z0 | alors il existe une constante λ, |λ| = 1, telle
que, pour tout z ∈ D, f (z) = λz.
(4) Si |f 0 (0)| = 1, il existe une constante λ, |λ| = 1, telle que, pour tout z ∈ D, f (z) = λz.
f (z)
Démonstration. En effet, l’hypothèse f (0) = 0 implique que la fonction z est holomorphe
f (z)
dans D, et, la seconde hypothèse sur f implique que pour 0 <  < 1, si |z| = 1 − , on a z ≤ 1− .
1

Le principe du maximum global (Proposition ??) donne alors f (z) z ≤ 1 pour tout z ∈ D, ce qui
donne le 1. et le 2. Sous l’hypothèse du 3., le principe du maximum local (Proposition ??) montre
que z 7→ f (z)z est constante, c’est-à-dire qu’il existe une constante λ telle que f (z) = λz, et comme
|f (z0 )| = |z0 |, on a |λ| = 1. Enfin, l’hypothèse du 4. montre que f (z)
z a un maximum local au point 0
et on conclut de même. 2
MASTER 2018-19 – 3 – Fonctions holomorphes – 43

3. Séries de Laurent et Théorème de l’application ouverte

Définition 3.27. Soit C = {z ∈ C tels que 0 ≤ r1 < |z − z0 | < r2 ≤ +∞} une couronne dans le plan
complexe. On appelle série de Laurent dans C une série de fonctions de la forme +∞ n
P
−∞ an (z − z0 )
telle que :
(1) la série entière +∞ an (z − z0 )n converge dans le disque {z ∈ C tels que |z − z0 | < r2 } ;
P
0
P+∞ n o
(2) la série entière 1 a−n (z − z0 )n converge dans le disque z ∈ C tels que |z − z0 | < r11
P+∞ n
Ainsi la série de fonctions −∞ an (z − z0 ) converge normalement dans toute couronne fermée
{z ∈ C tels que r10 < |z − z0 | < r20 } , 0 ≤ r1 < r10 ≤ r20 < r2 ≤ +∞

Proposition 3.28. Soit C = {z ∈ C tels que 0 ≤ r1 < |z − z0 | < r2 ≤ +∞} une couronne dans le
plan complexe.
(1) La somme f d’une série de Laurent +∞ n
P
−∞ an (z − z0 ) dans C est une fonction holomorphe
R 2π −inθ
n 1
dans C. De plus, pour tout entier n, si r1 < r < r2 , on a an r = 2π 0 e f (z0 + reiθ )dθ.
(2) Si f est une fonction holomorphe dans C, il existe une unique série de Laurent +∞
P
−∞ an (z −
n
z0 ) dans C dont la somme est égale à f (on dit que cette série est le développement en série
de Laurent de f dans C).

Démonstration. Comme la série du 1. converge uniformément sur tout compact de C, l’ho-


lomorphie de sa somme résulte su Théorème de Morera (Théorème ??). Montrons maintenant le 2.
ainsi que la formule du 1. Soient r10 et r20 tels que r1 < r10 < r20 < r2 . La formule de Cauchy (Théorème
??) donne, pour r10 < |z − z0 | < r20 ,
Z Z
f (ζ) f (ζ)
2iπf (z) = dζ − dζ
{|z0 −ζ|=r20 } ζ − z {|z0 −ζ|=r10 } ζ − z
La première intégrale de cette équation se développe en série entière dans le disque {z ∈ C tels que |z − z0 | < r20 }
(voir la preuve du Théorème ??). Pour la seconde, on refait une preuve similaire :
Z Z
f (ζ) 1 f (ζ)
dζ = −   dζ,
{|z0 −ζ|=r1 }
0 ζ − z z − z 0 {|z0 −ζ|=r1 } 1 − ζ−z
0
z−z0
  n
et comme z−z ζ−z
< 1, on a  1ζ−z  = ∞ ζ−z
, la convergence étant normale dans tout
P
0 1− z−z n=1 1 − z−z0
0
compact contenu dans  
ζ −z
z tels que <1
z − z0
c’est-à-dire dans toute couronne contenue dans {|z − z0 | > r10 }. Ainsi, la seconde intégrale de la for-
mule vaut Z ∞ Z
f (ζ) X 1
dζ = n+1
(ζ − z0 )n f (ζ)dζ
{|z0 −ζ|=r1 }
0 ζ − z (z − z 0 ) {|ζ−z0 |=r1 }
n=0
et la série converge dans toute couronne {|z − z0 | > r10 }. Enfin la formule du 1. résulte du fait que
l’intégrale Z
(ζ − z0 )n f (ζ)dζ
{|ζ−z0 |=r1 }
est indépendante de r10 par le Théorème de Cauchy (Théorème ??). 2
MASTER 2018-19 – 3 – Fonctions holomorphes – 44

Définition 3.29. Soit C une couronne de la forme C = {z ∈ C tels que 0 < |z − z0 | < r ≤ +∞}.
P+∞ n
Soit f une fonction holomorphe dans C et soit −∞ an (z − z0 ) son développement en série de
Laurent. Le coefficient a−1 de cette série s’appelle le résidu de f en z0 et sera noté Res(f ; z0 ). De
plus :
(1) S’il existe n0 ∈ N∗ tel que a−n0 6= 0, on dit que f a une singularité en z0 (ou que z0 est une
singularité de f ), et :
(a) si an = 0 pour tout n < −n0 , on dit que f a un pôle en z0 d’ordre (de multiplicité) n0 ,
(b) sinon on dit que z0 est une singularité essentielle de f .
(2) Soient Ω un ouvert de C. Soit f une fonction holomorphe dans Ω privé d’un sous-ensemble
discret A (i.e. sans point d’accumulation dans Ω ou encore dont tout point est isolé dans Ω).
On dit que f est méromorphe dans Ω si tout point de A est un pôle de f .

On notera que cette définition est en accord avec celle introduite à la Proposition ??. La remarque
suivante résulte aussitôt de la théorie des séries entières.

Proposition 3.30. Si f est une fonction méromorphe dans Ω alors sa dérivée f 0 est aussi méro-
morphe dans Ω.

Les exemples suivants résultent du principe des zéros isolés (Proposition ??) :

Proposition 3.31. Soit Ω un ouvert de C.


f
(1) Si f et g sont deux fonctions holomorphes dans Ω, alors la fonction g est méromorphe dans
Ω.
(2) Soient a un point de Ω et f une fonction holomorphe dans Ω.
0
(a) Si f a un zéro d’ordre m en a alors Res( ff , a) = m,
0
(b) si a un pôle d’ordre m en a alors 1
f a un zéro d’ordre m en a et Res( ff , a) = −m.

Démonstration. En effet, g1 est holomorphe en dehors des zéros de g et si g s’annule en a alors


g(z) = (z − a)k h(z), h ne s’annulant pas au voisinage de a, ce quimontre que g1 est méromorphe au
f0 g0
voisinage de a. Pour 2. (a), on a f (z) = (z − a)m g(z), où g ne s’annule pas en a. Donc f = m
z−a + g
g0 f0 g0
et g est holomorphe au voisinage de a. Dans le cas 2. (b), on a f (z) = 1
(z−a)m g(z) d’où f = −m
z−a + g
2

Nous verrons plus tard que toute fonction méromorphe dans un ouvert simplement connexe est
le quotient de deux fonctions holomorphes dans l’ouvert.

Théorème 3.32 (Théorème des Résidus). Soit Ω un ouvert de C. Soient zi , 1 ≤ i ≤ n des points
deux-à-deux distincts de Ω. Soit f une fonction holomorphe dans Ω \ {zi , 1 ≤ i ≤ n}. Soit γ un lacet
dans Ω \ {zi , 1 ≤ i ≤ n} homotope à un point dans Ω. Alors
Z n
1 X
f (z)dz = Ind(f, zi )Res(f, zi ).
2iπ γ
i=1
MASTER 2018-19 – 3 – Fonctions holomorphes – 45

Démonstration. Pour chaque i, écrivons


−1
X ∞
X ∞
X
f (z) = cik (z k
− zi ) + cik (z k
− zi ) = Qi + cik (z − zi )k
k=−∞ k=0 k=0

le développement en série de Laurent de f au point zi , la série Qi convergeant dans {|z − zi | > 0}.
Alors f − Qi est holomorphe au voisinage de zi et, donc, f − ni=1 Qi est holomorphe dans Ω. Le
P

Théorème de Cauchy (Théorème ??) donne donc


Z Xn Z
f (z)dz = Qi (z)dz.
γ i=1 γ

Comme Qi est une série qui converge uniformément (et même normalement) dans {|z − zi | ≥  > 0},
on a
Z −1
X Z
Qi (z)dz = ck (z − zi )k dz
i
γ −∞ γ

et, si k 6= 1, la forme (z − zi )k dz étant exacte dans {|z − zi | > 0}, on a − zi )k dz = 0. D’où le


R
γ (z
résultat, par définition de l’indice (Définition ??). 2

Proposition 3.33 (Théorème des Résidus). Soit A un sous-ensemble discret d’un ouvert Ω de C.
Soit K un compact à bord orienté dans Ω dont la frontière ne rencontre pas A. Soit f une fonction

holomorphe dans Ω \ A. Alors, en notant A ∩ K = {zi : 1 ≤ i ≤ n},
Z n
1 X
f (z)dz = Res(f, zi ).
2iπ ∂K
i=1

Démonstration. Il suffit de reprendre la preuve du Théorème précédent en remarquant que la


formule de Stokes (Théorème ??) donne ∂K (f (z) − ni=1 Qi (z))dz = 0. 2
R P

3.1. Applications.
R 2π
3.1.1. Calculs de quelques intégrales : I = 0 R(cos t, sin t)dt. En posant z = eit , on a
1 1 1 1
cos t = (z + ) et sin t = (z − ),
2 z 2i z
ainsi que dz
iz = dt. En posant
1 1 1 1 1
f (z) = R( (z + ), (z − ))
iz 2 z 2i z
on se ramène à Z
I= f (z)dz
C
où C est le cercle unité parcouru dans le sens direct, que l’on calcule par le théorème des résidus.

Exemple 3.34. Calcul de


Z 2π
a
I(a) = dt,
0 a2 + sin2 t
a est un réel positif. On pose
1 a 4aiz
f (z) = 1 1 =− 2
2
iz a − 4 (z − z ) 2 (z + 2az − 1)(z 2 − 2az − 1)
MASTER 2018-19 – 3 – Fonctions holomorphes – 46

les pôles de f sont


1 p 1 p
z0 = − = −a + a2 + 1 et z2 = − = a + a2 + 1.
z1 z3
Seuls z0 et z3 sont dans le disque unité donc I(a) = 2iπ(Resz0 (f ) + Resz3 (f ))

I(a) = √
a2 + 1
Lemme 3.35 (Lemme : Lemme du petit cercle). Soient α, β ∈ [0, 2π] et γr : [α, β] → C, t 7→ a + reit
un chemin dont l’image est un arc de cercle. Soit f une fonction holomorphe dans un disque épointé
D(a, R) \ {a}. On suppose que a est un point régulier ou un pôle simple de f . Alors :
Z
lim f (z)dz = (β − α)iRes(f, a).
r→0 γr

Démonstration. Posons g(z) = f (z) − Res(f,a)


z−a · D’après les hypothèses, il existe ρ, M ∈ R+ tels

que |g(z)| ≤ M si z ∈ D(a, ρ) \ {a}. Si 0 < r < ρ, on a donc :


Z
g(z)dz ≤ M long(γr ) = M |β − α|r.
γr

D’autre part :
Z Z β
dz
= idt = (β − α)i.
γr z−a α

D’où le résultat. 

Lemme 3.36 (Lemme du grand cercle). Soient α, β des éléments de [0, 2π] et γR : [α, β] → C,
t 7→ Reit un chemin dont l’image est un arc de cercle. Soit f une fonction holomorphe dans un ouvert
U de C contenant imγR pour R assez grand. On pose

M (R) = sup {|f (z)|/z ∈ imγR } ,

et on suppose que RM (R) tend vers 0 si R tend vers +∞. Alors :


Z
lim f (z)dz = 0.
R→+∞ γR

Démonstration. Soit  > 0. Si R est assez grand, on a RM (R) < . Dans ce cas :
Z

f (z)dz ≤ long(γR ) =  |β − α| .
γR R
D’où l’assertion. 

Lemme 3.37. Avec les notations du lemme précédent, on suppose que α, β ∈ 0, π2 et que M (R)
 

tend vers 0 si R tend vers +∞. Soit


Z
IR = f (z)eiz dz.
γR

Alors IR tend vers 0 si R tend vers +∞.


MASTER 2018-19 – 3 – Fonctions holomorphes – 47

Démonstration. Soit g : 0, π2 → R+ , t 7→ t ·
sin t
Il vient :
 

t cos t − sin t cos t


g 0 (t) = 2
= 2 (t − tan t) ≤ 0.
t t
Ainsi, g est décroissante. Par suite, si 0 ≤ t ≤ π2 , on obtient :
2t
≤ sin t.
π
On en déduit :
Z β Z β
iReit it
|IR | = iR it
f (Re )e e dt ≤ RM (R) e−R sin t dt
α α
Z +∞
− 2Rt πM (R)
≤ RM (R) e π dt = .
0 2
2

3.1.2. Autres exemples. 1- On note Γr,R le chemin dont l’image est illustrée par le dessin suivant.

On se propose de calculer l’intégrale


Z +∞
I= t−α F (t)dt
0

où 0 < α < 1, et où F est une fraction rationnelle à coefficients réels vérifiant F (0) 6= 0, degF ≤ −1,
et dont les pôles a1 , . . . , an n’appartiennent pas à R+ .
On note ϕ0 la détermination holomorphe de z α définie sur C\R+ , et qui correspond à un argument
θ(x) vérifiant 0 < θ(z) < 2π. On pose f = ϕF0 . Dans la suite, on suppose r assez petit et R assez
grand pour que r < |ak | < R si 1 ≤ i ≤ n. Si ρ > 0, on pose χρ (t) = ρe2iπt , 0 ≤ t ≤ 1. De même, ϕ1
(respectivement ϕ2 ) est la détermination holomorphe de z α définie dans C \ R− et correspondant à
un argument strictement compris entre −π et +π (respectivement π et 3π). On a ainsi : On a ainsi :
– ϕ0 (z) = ϕ1 (z) si Re(z) > 0 et Im(z) > 0.
– ϕ0 (z) = ϕ2 (z) si Re(z) > 0 et Im(z) < 0.
Notons γ1,r,R et γ2,r,R les chemins suivants :
MASTER 2018-19 – 3 – Fonctions holomorphes – 48

On a : Z
F (z)
J= dz = 2iπ (Res(f, a1 ) + . . . + Res(f, an )) .
Γr,R ϕ0 (z)
D’autre part : Z Z
F (z) F (z)
dz = dz = 0.
γ1,r,R ϕ1 (z) γ2,r,R ϕ2 (z)
On voit donc que
Z R Z r
J= t−α F (t)dt + e−2iπα t−α F (t)dt + S,
r R
où S est une combinaison linéaire de six intégrales de la forme
Z
F (z)
Jk,γ = dz,
Γ ϕk (z)
avec k = 0, 1, 2 et imγ ⊂ imχr ou imγ ⊂ imχR . Les intégrales telles que imγ ⊂ imχR tendent vers
0 quand R tend vers l’infini d’après les hypothèses et le lemme ??. Pour les intégrales telles que
imγ ⊂ imχr , on trouve facilement :
|Jk,γ | ≤ 2πr1−α sup {|F (z)|/|z| = r} .
Comme 0 n’est pas un pôle de F et que 0 < α < 1, ces intégrales tendent vers 0 si r tend vers 0.
Compte tenu de tout ce qui précède, on a donc obtenu :
2πi
I= (Res(f, a1 ) + . . . + Res(f, an )) .
1 − e−2iπα
2-Proposons nous de calculer l’intégrale
Z +∞ α
t ln t
I= dt,
0 t2 − 1
avec −1 < α < 1.
On va utiliser le chemin Γr,R suivant :

Notons ϕ et ψ les déterminations du logarithme et de z α définies sur C \ iR− , et correspondant à un


argument strictement compris entre − π2 et 3π 2 ·
ψ(z)ϕ(z)
L’intégrale de f (z) = z 2 −1 sur Γr,R est nulle pour r assez petit et R assez grand. Pour a ∈ C
et ρ > 0, posons χa,ρ (t) = a + ρeit , 0 ≤ t ≤ π.
Compte tenu du lemme ?? et lemme ??, les intégrales de f sur χ0,r , χ0,R , et χ1,r tendent vers 0
quand r tend vers 0 ou quand R tend vers +∞. De même, d’après le lemme ??, on a :
π2
lim χ−1,r f (z)dz = πiRes(f, −1) = .
r→0 2eiαπ
Posons alors :
1−r R
tα ln t tα ln t
Z Z
Jr = dt, Kr,R = dt
r t2 − 1 1+r t2 − 1
MASTER 2018-19 – 3 – Fonctions holomorphes – 49

1−r R
tα tα
Z Z Z
Lr = 2
dt, Mr,R = 2
dt, Na,ρ = f (z)dz.
r t −1 1+r t −1 χa,ρ
On a :
(1 + eiαπ )(Jr + Kr,R ) + iπeiαπ (Lr + Mr,R ) + N0,R − N0,r − N−1,r − N1,r = 0.
En faisant tendre r vers 0 et R vers +∞, on voit alors facilement que :
π2
I= .
4 cos2 ( απ
2 )
3-Soient n un entier et α un réel tels que n > α + 1 > 0. On veut calculer l’intégrale
Z +∞

I= dt.
0 1 + tn
On va utiliser le chemin Γr,R suivant

où l’angle entre les deux segments de droite est 2π n · Pour ρ > 0, on pose γρ (t) = ρe , avec 0 ≤ t ≤ n .
it 2π

On note ϕ la détermination holomorphe de z α définie sur C \ iR− , et qui correspond à un argument


strictement compris entre − π2 et 3π2 .
On pose :
Z 2π
ei(α+1)t
Z
ϕ(z) α+1
n
f (z) = , I ρ = f (z)dz = iρ dt.
1 + zn γρ 0 ρneint + 1
Il vient :
2πρα+1
|Iρ | ≤ .
n|ρn − 1|
Ainsi, Iρ tend vers 0 quand ρ tend vers 0 ou quand R tend vers +∞. D’autre part, d’après le théorème
des résidus :
Z
iπ i(α+1)π
f (z)dz = 2iπRes(f, e n ) = −2iπe n IR − Ir
Γr,R
R r
tα tα
Z Z
2iπ(α+1)
+ n
dt + e n dt.
r 1+t R 1 + tn
On en déduit que :
π
I= .
n sin( (α+1)π
n )
Proposition 3.38 (Théorème de Rouché). Soit f une fonction méromorphe dans un ouvert Ω et
a ∈ Ω. Soit K un compact à bord orienté contenu dans Ω.On suppose que f n’a pas de pôles sur le
bord de K et que a ∈
/ f (∂K). Alors
f 0 (z)
Z
1
dz = Z − P
2iπ ∂K f (z) − a
où Z désigne la somme des ordres de multiplicité des zéros de f − a dans l’intérieur de K et P la
somme des ordres des pôles de f dans cet intérieur.
MASTER 2018-19 – 3 – Fonctions holomorphes – 50

Démonstration. Soit g(z) = f (z) − a. Par hypothèse g ne s’annule pas sur ∂K, donc elle est
méromorphe sur Ω et g1 est méromorphe sur un voisinage ouvert U de K tel que les pôles de g1 dans
0
U sont en nombre fini et contenus dans l’intérieur de K ainsi que les zéros de g. Alors les pôles de gg
dans U vérifient la même propriété. On applique alors la formule de la proposition précédente, les zi
0
étant les pôles de gg dans U et pour conclure, il suffit d’appliquer le 2. de la proposition ??. 2

Théorème 3.39 (Théorème de l’application ouverte). Soient Ω un ouvert de C, z0 un point de Ω et


f une fonction holomorphe dans Ω non constante dans un voisinage de z0 . On pose a = f (z0 ). Soit
k l’ordre du zéro z0 de f − a. Alors, pour tout  > 0 il existe δ > 0 tel que, pour 0 < |a − b| < δ
l’équation f (z) = b a exactement k racines deux-à-deux distinctes dans le disque {|z − z0 | < }.
Ainsi il existe un voisinage ouvert V ⊂ {|z − z0 | < } de z0 et un voisinage ouvert W de a tels
que f (V ) = W . En particulier f est une application ouverte.

Démonstration. Comme f est non constante dans un voisinage de z0 , d’après le principe des
zéros isolés (Proposition ??) on peut trouver δ > 0 et  > 0 tels que, pour |a − b| < δ les fonctions
f 0 (z)
f − b et f 0 ne s’annulent pas dans {0 < |z − z0 | < }. Par suite b 7→ 2iπ
1
{|z−z0 |=} f (z)−b dz est une
R

fonction continue sur {|a − b| < δ}, et, comme elle prend des valeurs entières (Théorème de Rouché
ci-dessus), elle est constante égale à k. Le Théorème de Rouché dit donc que, pour b 6= a, f − b
a k racines (multiplicités comprises) dans {0 < |z − z0 | < }. Enfin, comme, par construction, f 0 ne
s’annule pas dans cet ensemble, ces racines sont toutes simples. 2

On notera que ce résultat redémontre le principe du maximum local (de façon plus précise) et
que celui-ci s’applique à Ref et Imf , ce que nous reverrons au chapitre suivant.

Corollaire 3.40. Dans les conditions du Théorème, si de plus f 0 (z0 ) 6= 0 alors f est bijective de
V sur W et f 0 ne s’annule pas dans V . Ainsi, f est un difféomorphisme de V sur W et f −1 est
holomorphe sur W . On dit que f est un biholomorphisme de V sur W .

Démonstration. Le Théorème dit que f est bijective et comme df ne s’annule pas sur V , f est
un C ∞ -difféomorphisme par le Théorème d’inversion locale. Soit g = f −1 . Comme f (g(w)) = w sur
W , en dérivant par rapport à w, il vient ∂f ∂g ∂f
∂z (g(w)) ∂w = 0 puisque f est holomorphe. Comme ∂z = f
0
∂g
ne s’annule pas sur V , il vient donc ∂w ≡ 0 sur W ce qui signifie que f −1 est holomorphe. 2

Proposition 3.41 (Théorème de Rouché). Soient Ω un ouvert de C, K un compact à bord orienté


contenu dans Ω et f et g deux fonctions holomorphes dans Ω. Si |f (z) − g(z)| < |f (z)| + |g(z)| sur
∂K (auquel cas f et g ne s’annulent pas sur ∂K), les fonction f et g ont le même nombre de zéros
(comptés avec multiplicité) dans l’intérieur de K.

Démonstration. En effet, si γ est un paramétrage positivement orienté de ∂K, d’après le


Théorème de Rouché (Proposition ??) ces nombre de zéros sont les indices Ind(γ1 , 0) et Ind(γ2 , 0) où
γ1 = f ◦ γ et γ2 = g ◦ γ et le résultat à été vu à la Proposition ??. 2
MASTER 2018-19 – 3 – Fonctions holomorphes – 51

4. Le Théorème de Phragmen-Lindelöf

Dans cette dernière section nous donnons un exemple classique de « principe du maximum global
» pour une fonction holomorphe sur un ouvert non borné de C, et montrons, par un exemple que ce
principe n’est pas vrai, en général, dans ce contexte :

Théorème 3.42 (Théorème de Phragmen-Lindelöf). Soit Ω = {z ∈ C tels que − ∞ < a < Rez < b < +∞}.
Soit f une fonction holomorphe dans Ω, continue dans Ω et bornée. Pour a ≤ x ≤ b, on pose
M (x) = supRez=x |f (z)|. Alors, pour a < x < b, on a M (x)b−a ≤ M (a)b−x M (b)x−a .

En particulier, M (x) ≤ max {M (a); M (b)} ce qui est le « principe du maximum global », mais il
faut noter que l’inégalité donne un renseignement plus fort puisque, en particulier, si M (a) ou M (b)
est nul, alors f est identiquement nulle.
Si on supprime l’hypothèse « f est bornée sur Ω», il se peut que f soit bornée sur le bord de Ω
sans être bornée sur Ω comme le montre l’exemple suivant :
(iπz−i π )
Exemple 3.43. Prenons a = 0 et b = 1 dans la définition de Ω dans le Théorème et f (z) = ee 2
.
−e −πy i −πy
On a alors f (iy) = e et f (1 + iy) = e e de sorte que |f (z)| = 1 si z appartient au bord de
1 e−πy
Ω. Par contre f ( 2 + iy) = e est non bornée.

Démonstration. Supposons tout d’abord M (a)M (b) > 0 et considérons le cas M (a) = M (b) =
1. Pour  > 0 posons h (z) = 1+(z−a)
1
. On vérifie aussitôt que |h (z)| ≤ 1 sur Ω, et, par suite, pour
z ∈ ∂Ω, |f (z)h (z)| ≤ 1. D’autre part, |1 + (z − a)| ≥  |Imz|, et, si |f | ≤ B sur Ω (hypothèse !), en
tout point z de Ω on a |f (z)h (z)| ≤ |Imz|
B
. Considérons alors le rectangle
 
B
R = Ω ∩ |Imz| ≤ .

D’après ce qui précède, on a |f (z)h (z)| ≤ 1 sur la frontière de R , et le principe du maximum global
(Proposition ??) dit que cette inégalité reste vrai sur R . Soit z un point de Ω fixé. Il existe 0 > 0 tel
que pour tout  ≤ 0 on a z ∈ R et donc |f (z)h (z)| ≤ 1. Comme lim→0 h (z) = 1, on a |f (z)| ≤ 1
ce qui prouve le Théorème dans ce cas.
b−z z−a
Pour le cas général, lorsque M (a)M (b) > 0, considérons la fonction g(z) = M (a) b−a M (b) b−a . g
est holomorphe sur Ω, ne s’annule pas et
   
b−z z−a
Re log M (a) et Re log M (b)
b−a b−a
f
sont minorés sur Ω de sorte que 1
g est bornée sur Ω et donc aussi g. Comme |g(z)| = M (a) sur
f
{Rez = a} et |g(z)| = M (b) sur {Rez = b}, g vérifie les hypothèses du cas particulier traité précé-
f
demment donc g ≤ 1 sur Ω ce qui est le résultat cherché.
Reste le cas M (a)M (b) = 0. Alors il existe clairement une suite n de réels positifs qui tends vers
0 telle que si on remplace f par f + n on a, pour cette nouvelle fonction, M (a)M (b) > 0, ceci pour
tout n. On peut donc lui appliquer l’inégalité que nous venons de démontrer. Comme, pour chaque
x ∈ [a, b], la suite de fonctions y 7→ f (x + iy) + n converge vers y 7→ f (x + iy) uniformément sur R,
la démonstration est terminée 2
MASTER 2018-19 – 3 – Fonctions holomorphes – 52

5. Exercice

Exercice 12 (singularités essentielles ou non). Quel est le type des singularités des fonctions suivantes
 
1 πz 1 1
z 7→ 2 cos ; z 7→ cotanz − ; z 7→ z(e z − 1)?
z −1 z+1 z
Exercice 13. Soit U un ouvert de C et a ∈ U . Soit également f holomorphe sur U \ {a} admettant
une singularité essentielle en a. Soit g une fonction entière non constante.
(1) Prouver que g(C) = C.
(2) En déduire que a est un point singulier essentiel de g ◦ f .

Exercice 14. (1) Montrer que, pour tout nombre complexe z, nous avons
– z + 1 ≥ |z|2 − 1
2
√ 2
– |z| ≥ 2 ⇒ |z|2 − 1 ≥ |z|2
– Imz > 0 ⇒ eiz ≤ 1
√ iz
– (|z| ≥ 2 et Imz > 0) ⇒ ze2 +1 ≤ |z|22
iz √
(2) Supposons que : F (z) = ze2 +1 , 2 < R < +∞,

σR : [0, π] → C
t 7→ Reit
Montrer que
R
– lim σR F (z)dz = 0
RR→+∞ R π
– [−R,R] F (t)dt + σR F (z)dz = e
R +∞
– −∞ tcos t π
2 +1 dt = e

Exercice 15. Reprendre les calculs d’intégrales 1., 2. et 3. du sous-paragraphe ??. Pour le 3., vous
t−1
pouvez travailler avec la fraction rationnelle F (t) = (t+1)(t+2) .

Exercice 16. Soient f et g deux fonctions holomorphes dans C et telles que |f (z)| ≤ |g(z)| pour tout
z ∈ C. Montrer que f = λg, où λ est un nombre complexe tel que |λ| ≤ C. Que peut-on dire d’une
fonction entière f telle que |f (z)| ≤ eRez ?

Exercice 17 (théorème de Rouché). Soient a et b deux éléments du disque unité D. Prouver que
l’équation
z−a n
 
m
z −b=0
1 − az
possède m + n solutions appartenant à D.

Exercice 18. Soit D le disque unité et f une fonction holomorphe dans D telle que f (0) = 1 et
Ref (z) ∈ R+ pour tout z ∈ D. On définit g : D → C par :
f (z) − 1
g(z) =
f (z) + 1
(1) En utilisant e−f , prouvez que Ref (z) > 0 pour tout z ∈ D.
(2) Montrer que, pour z ∈ D, on a |g(z)| ≤ |z|.
MASTER 2018-19 – 3 – Fonctions holomorphes – 53

(3) En déduire que, pour z ∈ D, on a :


1 − |z| 1 + |z|
≤ |f (z)| ≤ .
1 + |z| 1 − |z|
(4) Que peut-on dire s’il existe a ∈ D \ {0} pour lequel l’une ou l’autre des inégalités 3) est une
égalité ?

Exercice 19 (lemme de Schwarz). Soit f une fonction holomorphe du disque unité ouvert D(0, 1)
dans lui-même. Montrer que si z et w sont deux points de ce disque, on a
f (z) − f (w) z−w

1 − f (w)f (z) 1 − wz
Que peut-on dire s’il y a égalité pour deux points z et w distincts ?
Indication : à partir de la fonction
f (z) − f (w)
z 7→
1 − f (w)f (z)
on essaiera de construire une fonction holomorphe de D(0, 1) dans lui-même s’annulant en 0.
MASTER 2018-19 – 4 – Fonctions harmoniques – 54

Chapitre 4

Fonctions harmoniques & espaces de Hardy

Dans tout ce chapitre, on identifie un ouvert Ω de C à un ouvert de R2 . Une fonction de la variable


z ∈ Ω est aussi considérée comme une fonction des variables réelles x et y, où z = x + iy.

1. Fonctions harmoniques et sous-harmoniques

Soient Ω un ouvert de C. Si f est une fonction sur Ω, on note f la fonction z 7→ f (z). On dit que
f est antiholomorphe sur Ω si f ∈ Hol(Ω).
Soit f ∈ C 2 (Ω). Si z0 ∈ Ω, le laplacien de f au point z0 est défini par :
∂2f ∂2f
∆f (z0 ) = (z 0 ) + (z0 )
∂x2 ∂y 2
Avec les notations de ∂
∂z et ∂z ,

on trouve facilement :

∂2 ∂2
∆f (z0 ) = 4 f (z0 ) = 4 f (z0 ) (7)
∂z∂z ∂z∂z
Pn ∂ 2
Notons que de façons générale dans Rn , l’opérateur de Laplace est défini par ∆ = i=1 ∂x2i ,
Pn ∂ 2 f  
∆f = i=1 ∂x2 si f ∈ C 2 . Le gradient est défini par ∇ = ∂x∂ 1 , . . . , ∂x∂n de sorte que si u ∈ C 1 ,
 i  Pn ∂wi
∇u = ∂x∂u
1
, . . . , ∂u
∂xn
et si w = (w 1 , . . . , w n ) ∈ (C 1 )n est une fonction vectorielle, divw =
i=1 ∂xi .

1.1. Fonctions harmoniques.

Définition 4.1. Soit Ω un ouvert de Rn . Une fonction u sur Ω est dite harmonique si elle est de
classe C 2 et si son laplacien est identiquement nul (i.e. ∆u ≡ 0). On note Har(Ω) l’ensemble des
fonctions harmoniques dans Ω.

Proposition 4.2. Toute fonction holomorphe ou anti-holomorphe sur un ouvert Ω est harmonique
sur Ω.

Démonstration.
  Si f ∈ Hol(Ω), f est de classe C 2 et de plus ∂f
∂z ≡ 0 sur Ω. Par conséquent,
∂ ∂f
∆f = 4 ∂z ∂z = 0
Si f est anti-holomorphe, f est de la forme g oùg est holomorphe. Ainsi f est elle-aussi de classe
C et ∂f
2 ∂f
∂z ≡ 0 sur Ω. Par conséquent, ∆f = 4 ∂z ∂z = 0. 2

Remarque 4.3. Soit Ω un ouvert de C.


(1) Une fonction f : Ω → C est harmonique si et seulement si Re(f ) et Im(f ) sont harmoniques
sur Ω.
MASTER 2018-19 – 4 – Fonctions harmoniques – 55

(2) Il est clair que Har(Ω) est un sous-C-espace vectoriel de l’algèbre C 2 (Ω) des fonctions de
classe C 2 dans Ω. Ce n’est pas une sous-algèbre de C 2 (Ω) (par exemple, z = x + iy 7→ x est
harmonique dans Ω, alors que z 7→ x2 ne l’est pas).
(3) Il est immédiat que ∆f = ∆f . Par suite :

f ∈ Har(Ω) ⇔ f ∈ Har(Ω) ⇔ Re(f ), Im(f ) ∈ Har(Ω).

La remarque ci-dessus est une conséquence immédiate du fait que Re(∆f ) = ∆(Re(f )) et
Im(∆f ) = ∆(Im(f )).

Théorème 4.4. Soit Ω un ouvert simplement connexe de C et soit f : Ω → R de classe C 2 . Si f est


une fonction harmonique sur Ω alors il existe une fonction ϕ holomorphe sur Ω telle que Re(ϕ) = f .

Démonstration. On cherche une fonction g : Ω → R, de classe C 2 telle que f + ig soit holo-


morphe sur Ω. D’après les équations de Cauchy-Riemann, f + ig est holomorphe si et seulement si
∂f ∂g ∂f ∂g
∂x = ∂y et ∂y = − ∂x sur Ω.
Considérons la 1−forme différentielle ω de classe C 1 définie par ω = − ∂f
∂y dx +
∂f
∂x dy. Alors ω est
une forme fermée. En effet,
∂2f ∂2f
 2
∂2f
  
∂ f
dω = − − 2 ∧ dx + + ∧ dy
∂x∂y ∂y ∂x2 ∂y∂x
 2
∂2f

∂ f
= + 2 dx ∧ dy
∂x2 ∂y
= ∆f dx ∧ dy = 0

L’ouvert Ω étant simplement connexe, ω est exacte. Par conséquent il existe une fonction g de classe
C 2 sur Ω telle que
∂f ∂f ∂g ∂g
− dx + dy = ω = dg = dx + dy.
∂y ∂x ∂x ∂y
∂g
On a donc ∂x = − ∂f ∂g ∂f
∂y et ∂y = ∂x . La fonction ϕ : Ω → C définie par ϕ = f + ig est donc holomorphe
sur Ω et par construction f = Re(ϕ). 2

On obtient ainsi la caractérisation suivante des fonctions harmoniques à valeurs réelles.

Corollaire 4.5. Soit Ω un ouvert de C et soit f : Ω → R de classe C 2 . Les trois conditions suivantes
sont équivalentes :
(1) f est harmonique sur Ω.
(2) Pour tout z0 ∈ Ω, il existe r > 0 et ϕ holomorphe sur D(z0 , r) tels que f = Re(ϕ) sur
D(z0 , r).
(3) Pour tout ouvert simplement connexe U de Ω, il existe ψ holomorphe sur U tel que f = Re(ψ)
sur U .

Proposition 4.6. Soient Ω un ouvert de C et f une fonction continue sur Ω. Les conditions suivantes
sont équivalentes :
MASTER 2018-19 – 4 – Fonctions harmoniques – 56

(1) Pour tout disque D(a, r) contenu dans Ω, on a :


Z 2π
1
f (a) = f (a + reit )dt.
2π 0

(2) Pour tout disque D(a, r) contenu dans Ω, on a :


Z
1
f (a) = 2 f (x + iy)dxdy.
πr D(a,r)

Si elles sont vérifiées, on dit que f possède la propriété de moyenne dans Ω.

Démonstration. En utilisant les coordonnées polaires, il vient :


Z Z r Z 2π 
1 1 it
f (x + iy)dxdy = f (a + ρe )dt ρdρ.
πr2 D(a,r) πr2 0 0

L’implication (??)⇒(??) est alors immédiate. Supposons (??) vérifié. Soit R > 0 tel que D(a, R) ⊂ Ω.
Pour 0 ≤ r < R, on a : Z r Z 2π
r2

1
f (a) = f (a + ρeit )dt ρdρ.
2 2π 0 0
En prenant la dérivée des deux membres par rapport à r, on obtient (??). 2

Corollaire 4.7. Soit f une fonction continue sur D(a, r) (a ∈ C et r > 0), harmonique sur D(a, r)
et à valeurs complexes. Alors on a la formule de la moyenne :
Z 2π
1
f (a) = f (a + reit )dt
2π 0
Z
1
= f (x + iy)dxdy
πr2 D(a,r)
Démonstration. Supposons que f soit harmonique sur D(a, ρ) avec ρ > r. Soit f1 = Re(f ).
Alors f1 est harmonique sur D(a, ρ). Comme D(a, ρ) est simplement connexe, d’après le Théorème
??, il existe ϕ holomorphe sur D(a, ρ) telle que f1 = Re(ϕ) sur D(a, ρ). D’après la formule de Cauchy,
nous avons : Z
1 ϕ(ζ)
ϕ(a) = dζ,
2iπ Γ(a,r) ζ − a
avec 0 < r < ρ et où Γ(a, r) est le cercle centré en a et de rayon r. Posons ζ = a+reit pour 0 ≤ t ≤ 2π.
On obtient : Z 2π Z 2π
1 ϕ(a + reit ) it 1
ϕ(a) = ire dt = ϕ(a + reit )dt.
2iπ 0 reit 2π 0
Ainsi, Z 2π Z 2π
1 it 1
f1 (a) = Re(ϕ(a)) = Re(ϕ(a + re ))dt = f1 (a + reit )dt,
2π 0 2π 0
R 2π
avec f1 = Re(f ). De même, en remplaçant f1 par f2 = Im(f ) on montre que Im(f (a)) = 2π 1
0 Im(f (a+
re ))dt. On obtient donc
it
Z 2π
1
f (a) = f (a + reit )dt,
2π 0
sous l’hypothèse f harmonique sur D(a, ρ) avec ρ > r.
MASTER 2018-19 – 4 – Fonctions harmoniques – 57

R 2π
Dans le cas général, on a, pour tout s < r, f (a) = 2π 1
0 f (a + se )dt. En faisant tendre s vers
it

r et par continuité de f sur D(a, r), on obtient :


Z 2π Z 2π
1 1
f (a) = lim f (a + seit )dt = f (a + reit )dt
s→r− 2π 0 2π 0
Calculons à présent ZZ
1
f (x + iy)dxdy.
πr2 D(a,r)
En posant x + iy = seiθ (ce qui donne dxdy = sdsdθ) et grâce à la continuité de f sur le compact
D(a, r) (ce qui implique que f est uniformément bornée) on peut alors calculer l’intégrale double de
la façon suivante :
ZZ Z r Z 2π
f (x + iy)dxdy = f (a + seiθ )sdsdθ
D(a,r) 0 0
Z r Z 2π 

= s f (a + se )dθ ds
0 0
r
r2
Z
= s(2πf (a))ds = 2πf (a) = πr2 f (a).
0 2
2

Proposition 4.8. Soient U un ouvert simplement connexe de C et f ∈ Har(U ).


(1) f est la somme d’une fonction holomorphe et d’une fonction antiholomorphe dans U .
(2) Si f est à valeurs réelles, c’est la partie réelle d’une fonction holomorphe dans U déterminée
à une constante additive imaginaire pure près.

Démonstration. D’après (??), on a :


 
∂ ∂ ∂
f =0⇔g= f ∈ Hol(U ).
∂z ∂z ∂z
L’ouvert U étant simplement connexe, g a une primitive h dans U d’après le Théorème ??. Alors
` = f −h est antiholomorphe, et on a f = `+h. Si f est à valeurs réelles, on a f = Re(h+`) = Re(h+`)
et h + ` ∈ Hol(U ). Le dernier point est immédiat d’après la proposition ??. 2

Corollaire 4.9. Soient U un ouvert de C et f ∈ Har(U ).


(1) Si f est à valeurs réelles, c’est localement la partie réelle d’une fonction holomorphe.
(2) f est de classe C ∞ dans U et toutes les dérivées de f sont harmoniques dans U .
(3) Soient V un ouvert de C et g ∈ Hol(V ) vérifiant g(V ) ⊂ U . Alors f ◦ g ∈ Har(V ).

Démonstration. L’assertion (??) et le premier point de (??) sont clairs d’après Proposition ??.
Le second point de (??) résulte alors du théorème de Schwarz quant à l’interversion des dérivations.
Pour établir (??), on peut supposer f à valeurs réelles d’après la Remarque ??. Alors, d’après (??),
localement, f ◦ g est de la forme h ◦ g, où h ∈ Hol(U ). D’où f ∈ Har(V ) d’après (??). 2
Soient Ω un ouvert de C et f une fonction sur Ω. Par abus de langage, on dit que f a un maximum
relatif en a ∈ Ω s’il existe un voisinage V de a dans Ω tel que |f (z)| ≤ |f (a)| pour tout z ∈ V .
MASTER 2018-19 – 4 – Fonctions harmoniques – 58

On dit que f vérifie le principe du maximum dans Ω si elle est constante au voisinage de tout
point a ∈ Ω en lequel elle a un maximum relatif.

Théorème 4.10. Soient Ω un ouvert de C et f une fonction continue sur Ω vérifiant la propriété de
moyenne dans Ω. Alors f vérifie le principe du maximum dans Ω.

Démonstration. Soient a ∈ Ω en lequel f a un maximum relatif et R > 0 vérifiant D(a, R) ⊂ Ω


et |f (z)| ≤ |f (a)| pour tout z ∈ D(a, R). Le résultat étant évident si f (a) = 0, nous supposerons ce
cas exclu. Quite à changer f en ( |ff(a)|
(a)
2 )f , on peut supposer que f (a) = |f (a)| > 0. Puisque f vérifie

la propriété de moyenne, si 0 < r < R, on a :


Z 2π Z 2π
1 1
f (a) − f (a + reit ) dt = |f (a)| − f (a + reit ) dt
 
0=
2π 0 2π 0
La fonction t 7→ |f (a)| − Ref (a + reit ) est continue, à valeurs réelles positives ou nulles sur [0, 2π], et
d’intégrale nulle sur cet intervalle. Elle est donc nulle. Ainsi, pour r < R et 0 ≤ t ≤ 2π, on obtient
|f (a)| = Ref (a + reit ). Comme |f (z)| ≤ |f (a)| si z ∈ D(a, R), on a Imf (z) = 0 si z ∈ D(a, R). On a
prouvé que f est constante sur D(a, R). 2

Proposition 4.11. Soient Ω un ouvert de C et f ∈ Har(Ω). Alors f possède la propriété de moyenne


dans Ω et vérifie le principe du maximum dans Ω.

Démonstration. D’après le Théorème ??, il suffit de démontrer le premier point. Soient a ∈ Ω


et r > 0 tels que D(a, r) ⊂ Ω. Dans un voisinage de D(a, r), on a f = g + h, où g, h ∈ Hol(Ω) d’après
la Proposition ??. On conclut d’après la Proposition ?? 2

Corollaire 4.12. Soient U un ouvert connexe et f ∈ Har(U ) à valeurs réelles.


(1) Si a ∈ U et si f (z) ≤ f (a) dans un voisinage de a, alors f est constante.
(2) Supposons U borné, f continue sur U , et non constante dans U . Pour tout z ∈ U , on a

f (z) < sup f (ζ) : ζ ∈ U \ U .

Démonstration. Soit r > 0 vérifiant D(a, r) ⊂ U . Il existe M > 0 tel que g(z) = f (z) + M > 0
pour tout z ∈ D(a, r). On a |g(z)| = g(z) ≤ g(a) = |g(a)| dans un voisinage de a. Il suffit donc
d’appliquer le principe du maximum à g pour obtenir (??). L’assertion (??) s’en déduit aussitôt. 2

Théorème 4.13. Soient Ω un ouvert de C et f une fonction continue sur Ω. Les conditions suivantes
sont équivalentes :
(1) f ∈ Har(Ω).
(2) f possède la propriété de moyenne dans Ω.

Démonstration. (??)⇒(??) Cela a été vu dans la Proposition ?? (??)⇒ (??) Soient a ∈ Ω et


r > 0 tels que D(a, r) ⊂ Ω. Notons g la solution du problème de Dirichlet relative au disque D(a, r)
et à f . La fonction g vérifie la propriété de moyenne dans D(a, r) Proposition ??. Il en est de même
de f − g. Par suite, f − g vérifie le principe du maximum. Comme f − g est nulle sur ∂D(a, r), on a
f (z) = g(z) pour tout z ∈ D(a, r). D’où f ∈ Har(Ω). 2
MASTER 2018-19 – 4 – Fonctions harmoniques – 59

2. Représentation intégrale de fonctions harmonique

Soient a ∈ C et r > 0. Le noyau de Poisson relatif au disque D(a, r) est la fonction définie, pour
(z, w) ∈ D(a, r) × ∂D(a, r), par :
r2 − |z − a|2
 
(w − a) + (z − a)
P (z, w) = = Re (8)
|w − z|2 (w − a) − (z − a)
Ainsi, si |w| = r, l’application z 7→ P (z, w) est la partie réelle d’une fonction holomorphe dans D(a, r).
Par suite, z 7→ P (z, w) est harmonique dans D(a, r). Si |u| < 1, on a :

1+u X
=1+2 un
1−u
n=1

Utilisant la seconde expression de (??), on voit donc que, si 0 ≤ ρ < r et θ, ϑ ∈ R, on a



X ρ
P (a + ρeiθ , a + reiϑ ) = 1 + 2 ( )n cos [n(θ − ϑ)] (9)
r
n=1

et, ce développement est normalement convergent pour θ, ϑ ∈ R. D’où :


Z 2π Z 2π
P (a + ρeiθ , a + reiϑ )dθ = P (a + ρeiθ , a + reiϑ )dϑ = 2π
0 0
Soit p une fonction continue sur ∂D(a, r). Le problème de Dirichlet dans le disque D(a, r) consiste
à prolonger p en une fonction continue sur D(a, r) et harmonique dans D(a, r). Le résultat suivant
montre que ce problème a une unique solution.
1−|z|2
Dans le disque unité nous avons P (z, w) = |w−z| 2 . Si on pose z = re
iθ et w = eit il vient

1 − |z|2 1 − r2
P (z, w) = = P (z, w) = := Pr (θ − t)
|w − z|2 |1 − rei(θ−t) |2
Théorème 4.14. Soient a ∈ C, r > 0, et p une fonction continue sur ∂D(a, r). Il existe une et une
seule fonction continue f sur D(a, r), harmonique sur D(a, r) et prolongeant p. Si z ∈ D(a, r), on a :
Z 2π
1
f (z) = P (z, a + reiϑ )p(a + reiϑ )dϑ (10)
2π 0
Démonstration. Il est clair qu’il suffit d’établir le résultat pour p à valeurs réelles, ce que nous
supposerons désormais réalisé.
Si f1 et f2 sont solutions du problème, on a f1 − f2 |∂D(a,r) = 0, donc f1 = f2 d’après Corollaire
??. D’où l’unicité. Soient z ∈ C vérifiant |z − a| = ρ < r et w ∈ ∂D(a, r). Posons
(w − a) + (z − a)
Q(z, w) = .
(w − a) − (z − a)
(z−a)n −inϑ
On a P (z, w) = ReQ(z, w) et, pour ϑ ∈ R Q(z, a + reiϑ ) = 1 + 2 ∞ , ce développement
P
n=1 rn e
étant normalement convergent pour ϑ ∈ R. Par suite,
Z 2π X ∞
Q(z, a + reiϑ )p(a + reiϑ )dϑ = α0 + 2 αn (z − a)n (11)
0 n=1
R 2π R 2π
avec α0 = 0 p(a + reiϑ )dϑ et αn = r1n 0 e−inϑ p(a + reiϑ )dϑ si n ≥ 1. Comme p est à valeurs
réelles, l’identité (??) nous montre que la fonction donnée par (??) est la partie réelle d’une fonction
MASTER 2018-19 – 4 – Fonctions harmoniques – 60

holomorphe dans D(a, r), donc f est harmonique dans D(a, r). Prouvons que f est continue sur
D(a, r). Afin de simplifier les notations, on va supposer a = 0. Soit ϑ0 ∈ [0, 2π]. Compte tenu de la
définition de p et de la périodicité des fonctions que l’on intègre, si z ∈ D(0, r), il vient :
Z ϑ0 +π
iϑ0 1  
|f (z) − p(re )| = P (z, reiϑ ) p(reiϑ ) − p(reiϑ0 ) dϑ
2π ϑ0 −π
Z ϑ0 +π
1
≤ P (z, reiϑ ) p(reiϑ ) − p(reiϑ0 ) dϑ
2π ϑ0 −π

Soit  > 0. Il existe η ∈]0, π[ tel que |p(reiϑ ) − p(reiϑ0 )| <  dès que |ϑ − ϑ0 | ≤ η. Alors :
Z ϑ0 +η Z ϑ0 +π
1 iϑ iϑ iϑ0 
P (z, re ) p(re ) − p(re ) dϑ ≤ P (z, reiϑ )dϑ = .
2π ϑ0 −η 2π ϑ0 −π

Soit K = reiϑ ; ϑ ∈ [ϑ0 − π, ϑ0 + π]\]ϑ0 − η, ϑ0 + η[ . C’est un compact de C ne contenant pas reiϑ0 .




Par suite, il existe δ > 0 et un voisinage V de reiϑ0 dans C tels que |ζw | ≤ δ pour tout w ∈ K dès
que ζ ∈ V . On en déduit que, si z ∈ V ∩ D(0, r) et ϑ ∈ [ϑ0 − π, ϑ0 − η] ∪ [ϑ0 + η, ϑ0 + π], on a :
r2 − |z|2
0 ≤ P (z, reiϑ ) ≤ .
δ2
Si M > 0 vérifie |p(ζ)| ≤ M pour tout ζ ∈ ∂D(0, r), pour z ∈ V ∩ D(0, r), il vient alors :
Z ϑ0 −η
2πM (r2 − |z|2 )
P (z, reiϑ )|p(reiϑ ) − p(reiϑ0 )|dϑ ≤ ,
ϑ0 −π δ2
ϑ0 +π
2πM (r2 − |z|2 )
Z
P (z, reiϑ )|p(reiϑ ) − p(reiϑ0 )|dϑ ≤ .
ϑ0 +η δ2
Tout ce qui précède montre que f (z) tend vers p(reiϑ0 ) quand z tend vers reiϑ . On a prouvé que f
est continue dans D(0, r). 2

Corollaire 4.15 (Formule de Poisson). Soient a ∈ C, r > 0, et f une fonction continue sur D(a, r)
et harmonique dans D(a, r). Si |z| < r, on a :
Z 2π
1
f (z) = P (z, a + reiϑ )f (a + reiϑ )dϑ.
2π 0

Corollaire 4.16 (Inégalités de Harnack). Soient a ∈ C, r > 0, Ω un ouvert contenant D(a, r), et
f ∈ Har(Ω), à valeurs réelles positives ou nulles. Si |z − a| < r, on a :
r − |z − a| r + |z − a|
f (a) ≤ f (z) ≤ f (a).
r + |z − a| r − |z − a|
Démonstration. Le noyau de Poisson P (z, w) relatif à D(a, r) vérifie :
r − |z − a| r + |z − a|
≤ P (z, a + reiϑ ) ≤
r + |z − a| r − |z − a|
Comme f est à valeurs positives ou nulles, il suffit d’appliquer le Corollaire ?? pour obtenir le résultat.
2
MASTER 2018-19 – 4 – Fonctions harmoniques – 61

Proposition 4.17. Pour z = reiθ avec 0 ≤ r < 1 et θ ∈ R, on a :



X
Pr (θ − t) = 1 + 2 rn cos(n(θ − t)) (12)
n=1
 it 
e + z
= Re it
(13)
e −z
1 − r2
= (14)
1 − 2r cos(θ − t) + r2
Démonstration. La première égalité est immédiate. Elle provient du fait que

X ∞
X ∞
X
Pr (θ − t) = 1 + rn ein(θ−t) + rn e−in(θ−t) = 1 + 2 rn cos(n(θ − t))
n=1 n=1 n=1

Pour démontrer la deuxième égalité on remarque que :


eit + z eit + reiθ 1 + rei(θ−t)
= =
eit − z eit − reiθ 1 − rei(θ−t)
1 − rei(θ−t) + 2rei(θ−t) 2rei(θ−t)
= = 1 +
1 − rei(θ−t) 1 − rei(θ−t)
X∞ X∞
i(θ−t) n in(θ−t)
= 1 + 2re r e =1+2 rn ein(θ−t)
n=0 n=1

On obtient donc

eit + z
  X
Re =1+2 rn cos(n(θ − t)) = Pr (θ − t).
eit − z
n=1
La troisième égalité s’obtient en remarquant que :
eit + z (eit + z)(e−it − z) 1 − |z|2 + (ze−it − zeit )
= =
eit − z |eit − z|2 |eit − z|2
Comme ze−it − zeit est imaginaire pur,
1 − |z|2
 it
1 − r2

e +z
Re it = =
e −z |eit − z|2 |eit − z|2
1 − r2 1 − r2
= =
|1 − ze−it |2 1 − rei(θ−t)
2

2
Enfin on calcule 1 − rei(θ−t) = |1 − r cos(θ − t) − ir sin(θ − t)|2 = 1 + r2 − 2r cos(θ − t), et la preuve
de la proposition est achevée. 2

Nous notons
D = {z ∈ C tels que |z| < 1}
le disque unité de C centré à l’origine et

T = {z ∈ C tels que |z| = 1}

sa frontière.
MASTER 2018-19 – 4 – Fonctions harmoniques – 62

Nous rappelons que M(T) désigne l’espace des mesures complexes sur (T, B(T)) où B(T) désigne
la tribu borelienne de T. Soit µ ∈ M(T), nous posons
kµk := |µ| (T)
où  
X 
|µ| (E) = sup |µ(En )| : (En )n≥1 B(T) − partition de E E ∈ B(T)
 
n≥1
Soit ν une mesure positive sur (X, A) et soit ρ, ρ0 des mesures positives ou complexes (en) sur
(X, A).
– On dit que ρ est absolument continue par rapport à ν, et l’on note ρ  ν, si pour tout A ∈ A
tel que ν(A) = 0, on a également ρ(A) = 0.
– On dit que ρ est portée par E ∈ A (ou concentrée sur E) si pour tout A ∈ A on a ρ(A) =
ρ(A ∩ E).
– On dit que ρ et ρ0 sont mutuellement singulières (ou étrangères), et l’on note ρ⊥ρ0 , s’il existe
E ∈ A telle que ρ soit portée par E et ρ0 soit portée par son complémentaire E c .

Théorème 4.18. Soit S l’ensemble des fonctions harmoniques f sur D telles que
Z 2π
ρ(f ) := sup |f (seiθ )|dθ < ∞.
0≤s<1 0

Alors l’application µ 7→ P (µ) est une bijection de M(T) sur S. De plus,


Z Z 2π
ρ(P (µ)) = |µ|(T) = kµk et gdµ = lim P (µ)(seit )g(eit )dt
T s→1 0

pour toute fonction g ∈ C(T) et toute mesure µ ∈ M(T).

Corollaire 4.19. L’application µ 7→ P (µ) est une isométrie bijective de


M+ (T) := { mesure positive finie sur T}
sur l’ensemble des fonctions harmoniques positives sur D.

Théorème 4.20. Soit µ ∈ M(R). Alors il existe un unique couple de mesures (ν, ρ) avec ν⊥m et
ρ  m et il existe une unique fonction f ∈ L1 (R) vérifiant :
( R
ρ(E) = E f (x)dx pour tout borélien E de R
D(µ)(x) := lims→0 µ(]x−s,x+s[)
2s = f (x)m − presque partout.
Autrement dit, si µ ∈ M(R), alors D(µ)(x) ∈ L1 (R) et si on pose ν(E) := µ(E) − E D(µ)(x)dx
R

pour tout borélien E de R alors ν⊥m.

Proposition 4.21. Soit µ ∈ M(T) à valeurs réelles. L’intégrale de Poisson par rapport à µ est la
fonction harmonique sur D définie par :
Z π
1
P (µ)(reiθ ) = Pr (θ − t)dµ(t),
2π −π
pour 0 ≤ r < 1 et θ ∈ R. On a alors :
µ(]θ − s, θ + s[)
lim sup P (µ)(reiθ ) ≤ D(µ)(θ) := lim sup
r→1 s→0 2s
MASTER 2018-19 – 4 – Fonctions harmoniques – 63

Démonstration. Soit δ ∈]0, π[. On a alors :


Z Z
iθ 1 1
P (µ)(re ) = Pr (θ − t)dµ(t) + Pr (θ − t)dµ(t).
2π π≥|θ−t|≥δ 2π |θ−t|<δ
1−r2
D’après la Proposition ??, on a Pr (θ − t) = 1−2r cos(θ−t)+r2
. Si π ≥ |θ − t| ≥ δ on obtient Pr (θ − t) ≤
1−r2
1−2r cos δ+r2
= Pr (δ) et donc
Z Z
1 Pr (δ) Pr (δ)
Pr (θ − t)dµ(t) ≤ d |µ| (t) ≤ kµk
2π π≥|θ−t|≥δ 2π π≥|θ−t|≥δ 2π
2
On remarque que comme δ ∈]0, π[, limr→1 Pr (δ) = limr→1 1−2r1−r cos δ+r2
= 0. Nous allons estimer à
présent
Z Z θ+δ
1 1
Pr (θ − t)dµ(t) = Pr (θ − t)dµ(t)
2π |θ−t|<δ 2π θ−δ
On considère le domaine ∆ de C défini par ∆ = (s, t) ∈ R2 : θ − s < t < θ + s, 0 < s < δ . Calculons


∆ Pr (s)dsdµ(t). Comme la fonction Pr est continue et bornée et comme on l’intègre sur un


0 0
RR
I =
intervalle borné, d’après le Théorème de Fubini, on obtient :
Z δ Z θ+s  Z δ
0
I= dµ(t) Pr (s)ds = µ(]θ − s, θ + s[)Pr0 (s)ds
0 θ−s 0

et
!
Z θ+δ Z δ Z θ+δ Z θ+δ
I= Pr0 (s)ds dµ(t) = (Pr (δ) − Pr (|θ − t|)dµ(t) = (Pr (δ) − Pr ((θ − t))dµ(t),
θ−δ |θ−t| θ−δ θ−δ

car Pr est une fonction paire. On en déduit que :


Z θ+δ Z θ+δ Z δ
Pr (θ − t)dµ(t) = Pr (δ)dµ(t) + µ(]θ − s, θ + s[)(−Pr0 (s))ds
θ−δ θ−δ 0
Z δ
= Pr (δ)µ(]θ − δ, θ + δ[) + µ(]θ − s, θ + s[)(−Pr0 (s))ds
0

avec −Pr0 (s)≥ 0 pour tout s ∈ [0, δ] car Pr est décroissante sur [0, δ] car δ ∈]0, π[. Soit A > D(µ)(θ).
Si δ est assez petit, on a :
∀s ∈]0, δ], µ(]θ − s, θ + s[) < 2sA.
Ainsi on obtient :
Z θ+δ Z δ
Pr (θ − t)dµ(t) ≤ 2AδPr (δ) + 2As(−Pr0 (s))ds
θ−δ 0
 Z δ 
0
= 2A δPr (δ) + (−sPr (s))ds
0

En intégrant par parties, on a :


Z δ Z δ
0 δ
δPr (δ) + −sPr (s)ds = δPr (δ) + [−sPr (s)]0 + Pr (s)ds
0 0
Z δ Z π
= Pr (s)ds ≤ Pr (s)ds = π.
0 0
MASTER 2018-19 – 4 – Fonctions harmoniques – 64

Finalement, pour δ assez petit, comme Pr (θ − t)dµ(t) ≤ 2πA, on obtient :


R
|θ−t|<δ

kµk
∀A > D(µ)(θ), P (µ)(reiθ ) ≤ A + Pr (δ) .

Comme limr→1 Pr (δ) = 0, lim supr→1 P (µ)(reiθ ) ≤ D(µ). 2

Théorème 4.22. Soit µ ∈ M(T). Pour presque tout t ∈ R (par rapport à la mesure de Lebesgue),
limr→1 P (µ)(reit ) existe et si on pose ϕ(eit ) = limr→1 P (µ)(reit ), alors ϕ ∈ L1 (T) et ϕ est la dérivée
de Radon-Nikodym de µ par rapport à la mesure de Lebesgue.
Autrement dit, si l’on pose ν(E) := µ(E) − E ϕ(eit )dt pour tout borélien E de T, alors ν⊥m.
R

Démonstration. Supposons tout d’abord que µ est à valeurs réelles. En appliquant la Proposi-
tion ?? à −µ, comme P−µ = −P (µ), lim supr→1 −P (µ)(reit ) = − lim inf r→1 P (µ)(reit ) et D(−µ) =
−D(µ), on obtient :

D(µ)(θ) ≤ lim inf P (µ)(reit ) ≤ lim sup P (µ)(reit ) ≤ D(µ)(θ).


r→1 r→1

Or, d’après le Théorème ??, D(µ)(θ) = D(µ)(θ) = D(µ)(θ) m-presque partout et de plus D(µ)
coïncide avec la dérivée de Radon-Nikodym de µ par rapport à la mesure de Lebesgue. On en déduit
immédiatement l’assertion du théorème. Si µ est une mesure complexe, on écrit µ = µ1 + iµ2 avec
µ1 et µ2 mesures à valeurs réelles. Comme D(µ1 ) et D(µ2 ) existent m-presque partout et comme
D(µ) = D(µ1 ) + iD(µ2 ), D(µ) est bien défini m-presque partout. Comme P (µ) = P (µ1 ) + iP (µ2 ),
l’assertion du théorème reste vraie si µ est une mesure complexe. 2

En utilisant le Corollaire ?? et le Théorème ??, on obtient une description des fonctions harmo-
niques positive sur D.

Corollaire 4.23. Soit F une fonction harmonique positive sur D. Alors

F ∗ (eit ) := lim F (reit )


r→1

existe m-presque partout et F ∗ ∈ L1 (T). De plus il existe une mesure positive finie ν sur T telle que
ν⊥m et F = P (F ∗ ) + P (ν) avec limr→1 P (ν)(reit ) = 0 pour presque tout t ∈ R (par rapport à la
mesure de Lebesgue).
R 2π
Corollaire 4.24. Soit F une fonction harmonique sur D telle que sup0≤s<1 0 |f (seiθ )|dθ < ∞.
Alors

F ∗ (eit ) := lim F (reit )


r→1

existe m-presque partout et F ∗ ∈ L1 (T ). De plus il existe une mesure positive finie ν sur T telle que
ν⊥m et F = P (F ∗ ) + P (ν) avec limr→1 P (ν)(reit ) = 0 pour presque tout t ∈ R (par rapport à la
mesure de Lebesgue).
MASTER 2018-19 – 4 – Fonctions harmoniques – 65

3. Fonctions sous-harmoniques

On dit que f est semi-continue supérieurement en x0 si :


pour tout  > 0, il existe un voisinage U de x0 tel que

∀x ∈ U, f (x) ≤ f (x0 ) + 

La fonction f est dite semi-continue supérieurement si l’une des propriétés équivalentes suivantes
est vérifiée :
– f est semi-continue supérieurement en tout point de X ;
– pour tout réel α, l’ensemble de sur-niveau {x ∈ X | f (x) ≥ α} est fermé ;
– l’hypographe {(x, α) ∈ X × R | f (x) ≥ α} est fermé.

Définition 4.25. Soit Ω un ouvert de C. Une fonction u : Ω → [−∞, +∞[ est dite sous-harmonique
dans Ω si elle vérifie les deux propriétés suivantes :
(1) u est semi-continue supéreurement dans Ω.
(2) Pour tout D(a, r) ⊂ Ω on a
Z 2π
1
u(a) ≤ u(a + reit )dt (15)
2π 0

(3) aucune des intégrale de (??), n’est égale à −∞

Notons que dans Rn on a une définition analogue :


Une fonction sous-harmonique sur un ouvert Ω de Rn est une fonction u définie sur Ω à valeurs
dans [−∞, +∞[ et vérifiant les conditions suivantes :
(1) u est semi-continue supérieurement dans Ω,
(2) Pour tout x0 ∈ Ω, il existe une boule B(x0 , r(x0 )) ⊂ Ω, r(x0 ) > 0, telle que pour tout r
vérifiant 0 < r < r(x0 )
Z
1
u(x0 ) ≤ P P u(x0 + rσ)dσ (16)
n−1 n−1

Proposition 4.26. Si u est sous-harmonique dans Ω et si ϕ est une fonction monotone continue
croissante et convexe sur R, la fonction composée ϕ ◦ u est sous-harmonique. (On pose ϕ(−∞) =
limx→−∞ ϕ(x)).

Pour la preuve, nous avons besoin de l’inégalité de Jensen. Nous rappelons qu’une fonction à valeur
réelle ϕ définie sur un intervalle ]a, b[ où −∞ ≤ a < b ≤ +∞ est dite convexe si l’inégalité

ϕ((1 − λ)x + λy) ≤ (1 − λ)ϕ(x) + λϕ(y) (17)

est vérifiée pour tous x, y, λ tels que a < x < b, a < y < b 0 ≤ λ ≤ 1. Cette relation est équivalente à
l’inégalité
ϕ(t) − ϕ(s) ϕ(u) − ϕ(t)
≤ (18)
t−s u−t
pour tous a < s < t < u < b.
MASTER 2018-19 – 4 – Fonctions harmoniques – 66

Théorème 4.27 (Inégalité de Jensen). Soit µ une mesure positive sur une σ-algèbre A dans un
ensemble Ω telle que µ(Ω) = 1. Soit f une fonction à valeurs réelles, appartenant à L1 (µ) et telle que
a < f (x) < b pour tout x ∈ Ω. Soit ϕ une fonction convexe sur ]a, b[. On a l’inégalité
Z  Z
ϕ f dµ ≤ (ϕ ◦ f )dµ (19)
Ω Ω

Démonstration. Posons t = Ω f dµ. On a a < t < b. Si β est la borne supérieure de l’ensemble


R

des quotients de gauche dans (??), où a < s < t, β est inférieur ou égale à tous les quotients de
droites de (??), pour tout u ∈]t, b[ On en déduit que
ϕ(s) ≥ ϕ(t) + β(s − t) (a < s < b).
D’où
ϕ(f (x)) − ϕ(t) − β(f (x) − t) ≥ 0 (20)
pour tout x ∈ Ω. La fonction ϕ étant continue, ϕ ◦ f est mesurable. En intégrant les deux membres
de (??) par rapport à µ, (??) résulte de notre choix de t et de l’hypothèse µ(Ω) = 1. 2

Preuve de la Proposition ??. D’abord ϕ ◦ u est semi-continue supérieurement puisque ϕ est


croissante et continue. Ensuite, si D(a, r) ⊂ Ω, on a
 Z π  Z π
1 1
ϕ(u(a)) ≤ ϕ u(a + reiθ )dθ ≤ ϕ(u(a + reiθ ))dθ
2π −π 2π −π
La première de ces inégalités est vraie parceque ϕ est croissante et que u est sous-harmonique. la
deuxième provient de la convexité de ϕ grâce au théorème ??. 2

Proposition 4.28. Soit f une fonction holomorphe dans un ouvert Ω de C. Alors la fonction (qui
est à valeurs dans [−∞, +∞[) log |f | est sous-harmonique.

Démonstration. En effet, il est clair que cette fonction est semi-continue supérieurement puisque
l’ensemble {log |f | < λ} = |f | < eλ est ouvert. Supposons donc log |f | ≤ u sur le bord d’un


disque fermé D = D(z0 , r) contenu dans Ω, u étant continue sur D harmonique dans son inté-
rieur. Comme u = Reh avec h holomorphe dans l’intérieur de D, si, pour 0 < η < 1, on pose
hη (z) = h(z0 + (1 − η)(z − z0 )), par continuité uniforme de u, pour  > 0 il existe η > 0 tel que,
pour 0 < η ≤ η on a f e−h ≤ 1 +  sur le bord de D. Le principe du maximum (Proposition ??)
donne f e−h ≤ 1 +  dans D, c’est-à-dire log |f (z)| ≤ (1 + )u(z0 + (1 − η)(z − z0 )) dans D, pour
tout 0 < η ≤ η , soit log |f (z)| ≤ (1 + )u(z) pour tout  > 0 ce qui conclut. 2

Corollaire 4.29. Si f est une fonction holomorphe dans un ouvert Ω de C, pour α > 0, la fonction
|f |α est sous-harmonique.

Démonstration. En effet, la fonction α log |f | = log |f |α est sous-harmonique d’après la Propo-


α
sition ??, et comme |f |α = elog|f | il suffit d’appliquer la Proposition à la fonction convexe croissante
x 7→ ex . 2

Proposition 4.30. Soit u une fonction sous-harmonique dans un ouvert Ω. Alors si u n’est pas
identiquement égale à −∞ sur une composante connexe de Ω, elle est localement intégrable dans Ω.
MASTER 2018-19 – 4 – Fonctions harmoniques – 67

Démonstration. Si u(z) > −∞ et si D(z, r) est un disque fermé contenu dans Ω (quelconque),
on a −∞ < u(z) = |D| 1
D udλ et comme, par semi-continuité supérieure, u est majorée uniformément
R

sur tout compact de Ω, u est intégrable sur D. Soit maintenant E l’ensemble des points de Ω possédant
un voisinage sur lequel u est intégrable. Par hypothèse le raisonnement précédent montre que E
rencontre toutes les composantes connexes de Ω. De plus, par ce qui précède, si z ∈ Ω \ E, u est
identiquement égale à −∞ au voisinage de z (sinon on peut trouver un disque fermé contenu dans Ω,
contenant z et centré en un point ζ tel que u(ζ) > −∞ et on lui applique le premier raisonnement).
Ainsi E est fermé, et comme il est ouvert par définition il est égal à Ω. 2

La fonction log+ est la fonction continue définie sur ]0, +∞[ par
(
log s si s ≥ 1
log+ (s) =
0 si 0 < s < 1.

Autrement dit, log+ (s) = sup(log s, 0).


La fonction log− est la fonction continue définie sur ]0, +∞[ par
(
− 0 si s ≥ 1
log (s) =
− log s si 0 < s < 1.

Autrement dit, log− (s) = sup(− log s, 0).


On a donc log(s) = log+ (s) − log− (s) et | log(s)| = log+ (s) + log − (s).

Théorème 4.31. Soit Ω un ouvert connexe de C, si f ∈ Hol(Ω) et si f n’est pas identiquement


nulle, la fonction log |f | est sous-harmonique dans Ω, de même que log+ |f | et |f |p pour 0 < p < ∞.

Démonstration. Il est entendu que log |f (z)| = −∞ si f (z) = 0. Par suite, log |f | est sous-
harmonique dans Ω d’après la Proposition ??.
Les autres assertions en dérivent si nous appliquons le Proposition ?? avec log |f | à la place de u
et
ϕ(t) = max(0, t) ou ϕ(t) = ept .
2

Théorème 4.32. Soit u une fonction sous-harmonique continue dans Ω, et K un sous-ensemble


compact de Ω. Soit h une fonction continue sur K, et à valeurs réelles, harmonique à l’intérieur V
de K et telle que u(z) ≤ h(z) en tous les points frontières de K. on a u(z) ≤ h(z) pour tout z ∈ K.

Ce théorème justifie le terme sous-harmonique.

Démonstration. On définit u1 = u−h et on suppose, en vue d’une contradiction, que u1 (z) > 0
pour un certain z ∈ V . La continuité de u1 sur K entraîne que u1 atteint son maximum m sur K.
Puisque u1 ≤ 0 sur la frontière de K, l’ensemble E = {z ∈ K : u1 (z) = m} est un sous-ensemble
compact non vide de V . Soit z0 un point de ∂E. Pour un certain r > 0, on a D(z0 , r) ⊂ V , mais un
certain arc de ∂D(z0 , r) appartient au complémentaire de E. Par suite
Z π
1
u1 (z0 ) = m > u1 (z0 + reiθ )dθ.
2π −π
MASTER 2018-19 – 4 – Fonctions harmoniques – 68

Ce qui signifie que u1 n’est pas sous-harmonique dans V . Cependant u est sous-harmonique et de même
u − h grâce à la propriété de la moyenne des fonctions harmonique. Ceci fournit une contradiction.
2

4. La classe de Nevanlinna

Définition 4.33. La classe de Nevanlinna N est définie par :


 Z π 
+ it
N := f ∈ Hol(D) : sup log |f (re )|dt < ∞ .
0≤r<1 −π

Lemme 4.34.
Z 2π
log |1 − eiθ |dθ = 0.
0

Démonstration. On remarque tout d’abord que :

|1 − eiθ | = |(1 − cos θ)2 + sin2 θ|1/2 = |2(1 − cos θ)|1/2 = |2 sin(θ/2)|.
R 2π
Si l’on pose I = 0 log |1 − eiθ |dθ, on obtient :
Z 2π Z 2π
I= log |2 sin(θ/2)|dθ = log(2 sin(θ/2))dθ
0 0

En effectuant le changement de variable s = θ/2 et en utilisant le fait que sin(π − x) = sin x, on


obtient :
Z 2π Z π
2
I= 2 log(2 sin s)ds = 4 log(2 sin s)ds (21)
0 0
π
D’autre part, comme sin(π/2 − s) = cos s, on a aussi I = 4 log(2 cos s)ds, ce qui donne :
R 2
0
π π
Z Z !
1 2 2
I = 4 log(2 sin s)ds + 4 log(2 cos s)ds
2 0 0
Z π Z π Z π
2 2 2
= 2 log(4 sin s cos s)ds = 2 log(2 sin 2s)ds = log(2 sin u)du
0 0 0
π
avec 2s = u. Comme sin(π − x) = sin x, on obtient ainsi I = 2 log(2 sin u)du. D’après (??) on a
R 2
0
donc 2I = I, ce qui implique I = 0. 2

Théorème 4.35 (Formule de Jensen). Soient 0 < r < R et soit f holomorphe sur le disque ouvert
D(0, R) avec f (0) 6= 0. Si α1 , . . . , αN désigne la suite des zéros (éventuellement vide) de f dans le
disque fermé D(0, r) comptés selon leur multiplicité, alors on a :
N Z 2π
X r 1
log |f (0)| + log = log |f (reiθ )|dθ
|αn | 2π 0
n=1
PN r
avec la convention n=1 log |αn | = 0 si f n’a pas de zéro dans D(0, r).
MASTER 2018-19 – 4 – Fonctions harmoniques – 69

Démonstration. Si f n’a pas de zéros dans D(0, r), elle n’en a pas dans le disque ouvert D(0, r+
) pour  suffisamment petit. Comme D(0, r + ) est simplement connexe, d’après la proposition ??,
il existe g holomorphe dans D(0, r + ) telle que f = eg , ce qui implique log |f | = Re(g). D’après le
Corollaire ?? appliquée à la fonction harmonique log |f | continue sur D(0, r) (puisque harmonique
sur D(0, r + )) et harmonique sur D(0, r), on a :
Z 2π
1
log |f (0)| = log |f (reiθ )|dθ.
2π 0
Si f a des zéros dans D(0, r), on peut les énumérer de sorte que :
(
|α1 | ≤ . . . ≤ |αm | < r
|αm+1 | = . . . = |αm | = r
On pose alors
m N
Y r 2 − αn z Y αn
g(z) = f (z) × ×
r(αn − z) αn − z
n=1 n=m+1

Par construction la fonction g est holomorphe dans D(0, R) et elle ne s’annule pas dans D(0, r).
D’après ce qui précède on a donc :
Z 2π
1
log |g(reiθ )|dθ = log |g(0)|,
2π 0
c’est à dire :
Z 2π m N
1 iθ
X r X r
log |g(re )|dθ = log |f (0)| + log = log |f (0)| + log
2π 0 |αn | |αn |
n=1 n=1
R 2π R 2π
puisque r
|αn | = 1 pour m+1 ≤ n ≤ N . Il nous reste à vérifier que iθ iθ
0 log |g(re )|dθ = 0 log |f (re )|dθ.
r2 −αn z
Tout d’abord on remarque que si |z| = r et si |αn | < r alors r(αn −z) = 1. En effet, si |z| = r, on a :

|r(αn − z)| = r|αn − z| = |z||αn − z| = |zαn − r2 | = |r2 − αn z|.

On a donc :
Z 2π Z 2π N Z 2π
iθ iθ
X αn
log |g(re )|dθ = log |f (re )|dθ + log dθ
0 0 αn − reiθ
n=m+1 0

Or si αn = reiθn on obtient :
Z 2π Z 2π Z 2π−θn
αn i(θ−θn )
log iθ
dθ = − log |1 − e |dθ = − log |1 − eiu |du,
0 α n − re 0 −θn

en posant u = θ − θn . La périodicité de l’exponentielle nous donne finalement :


Z 2π Z 2π−θn Z 2π
αn iu
log dθ = − log |1 − e |du = − log |1 − eiu |du = 0
0 αn − reiθ −θn 0

, d’après le Lemme ??. Par conséquent, on a bien


Z 2π Z 2π

log |g(re )|dθ = log |f (reiθ )|dθ
0 0
MASTER 2018-19 – 4 – Fonctions harmoniques – 70

et donc
N Z 2π
X r 1
log |f (0)| + log = log |f (reiθ )|dθ.
|αn | 2π 0
n=1
2

Corollaire 4.36. Si f est une fonction holomorphe sur le disque ouvert D(0, R) avec f (0) 6= 0 alors

r 7→ −π log |f (reit )|dt est fonction croissante de r avec 0 ≤ r < R et en particulier
Z 2π
1
log |f (0)| ≤ log |f (reit )|dt pour 0 ≤ r < R.
2π 0
Démonstration. En effet, d’après la formule de Jensen, pour 0 ≤ r < R on a :
N Z 2π
X r 1
log |f (0)| + log = log |f (reiθ )|dθ.
|αn | 2π 0
n=1

avec log |αrn | ≥ 0. Lorsque r augmente, N n=1 log |αn | augmente aussi. 2
r
P

Corollaire 4.37. Si f ∈ N a une suite infinie de zéros (αn )n≥1 répétés selon leur multiplicité, alors
P
nécessairement n≥1 1 − |αn | < ∞

Démonstration. En remplaçant f par g : z 7→ fz(z) k si 0 est un zéro de f de multiplicité k,


on peut supposer que f (0) 6= 0. Pour cela il faut vérifier que g ∈ N . Par construction, nous avons
g ∈ Hol(D). Il reste à vérifier que
Z π Z π
+ it f (reit )
J := sup log |g(re )|dt = sup log+ k ikt dt < ∞
0≤r<1 −π 0≤r<1 −π r e
Pour 0 <  < 1 on a :
π π
f (reit ) f (reit )
 Z Z 
+ +
J = max sup log dt, sup log dt
0≤r≤ −π rk eikt ≤r<1 −π rk eikt
Comme log+ (ab) ≤ log+ a + log+ b et comme r1k ≤ 1k , on obtient :
Z π it
Z π Z π 
+ f (re ) + 1 + it
sup log dt ≤ sup log k dt + log f (re ) dt < ∞,
≤r<1 −π rk eikt ≤r<1 −π  −π
f (z)
car f ∈ N . La fonction z 7→ zk
continue sur le compact D(0, ) est uniformément majorée par une
constante M et de ce fait
π
f (reit )
Z
sup log+ dt < ∞.
0≤r≤ −π rk eikt
On a ainsi vérifié que g ∈ N et l’on peut donc supposer que f (0) 6= 0. Soit (αn )n≥1 la suite (infinie)
des zéros de f répétés selon leur multiplicité. Fixons p ∈ N∗ et considérons r ∈]0, 1[ tel que r ≥
maxn≤p |αn |. D’après la formule de Jensen théorème ??, on a :
p Z 2π
X r 1
log |f (0)| + log ≤ log |f (reiθ )|dθ
|αn | 2π 0
n=1
Z 2π
1
≤ log+ |f (reiθ )|dθ < M0 < ∞,
2π 0
MASTER 2018-19 – 4 – Fonctions harmoniques – 71

car f ∈ N . L’entier p étant fixé, on fait tendre r vers 1 par valeurs inférieurs et on obtient :
p
X 1
log |f (0)| + log ≤ M0 ,
|αn |
n=1
Pp
et donc n=1 log 1
≤ M0 − log |f (0)| pour tout entier p ≥ 1. La série n≥1 log |α1n | étant à termes
P
|αn |
positifs, elle est donc convergente. Comme |αn | → 1, on a aussi |α1n | → 1 et donc log |α1n | ∼ |α1n | − 1 ∼
1 − |αn | quand n → ∞. On en déduit que n≥1 1 − |αn | < ∞. 2
P

5. Espaces de H p

Dans cette section, nous nous plaçons dans lae disque unité D de frontière T.

Théorème 4.38. Supposons que u soit une fonction continue sous-harmonique sur D. Définissons
Z π
1
m(r) = u(reiθ )dθ (0 ≤ r < 1).
2π −π
Si r1 < r2 , on a m(r1 ) ≤ m(r2 ).

Démonstration. Soit h une fonction continue sur D(0, r2 ), qui coïncide avec u sur ∂D(0, r2 )
et soit harmonique dans D(0, r2 ). Grâce au Théorème ??, u ≤ h dans D(0, r2 ). Donc
Z π Z π
1 1
m(r1 ) ≤ h(r1 eiθ )dθ = h(0) = m(r2 )dθ = m(r2 )
2π −π 2π −π
2

5.1. Espace H ∞ .

Définition 4.39. Soit H ∞ l’espace des fonctions holomorphes bornées dans D, espace normé par
kf kH ∞ = sup |f (z)|
z∈D

Lemme 4.40. Soit f ∈ H ∞ (D).


Alors , f ∗ (eit )
:= limr→1 f (reit ) existe pour presque tout t ∈ R (par
rapport à la mesure de Lebesgue) et appartient à L∞ (T).

Démonstration. Soit f une fonction analytique et bornée sur D. Nous avons


Z π
sup |f (reit )|dt ≤ 2π kf k∞
0≤r<1 −π

De plus, comme f est holomorphe sur D elle est harmonique sur D. D’après le Corollaire ??, f ∗ (eit ) :=
limr→1 f (reit ) existe m-presque partout et f ∗ ∈ L1 (T). De plus |f ∗ (eit )| ≤ kf k∞ m-presque partout.
Ainsi on obtient f ∗ ∈ L∞ (T). 2

Théorème 4.41. Soit f ∈ H ∞ et f ∗ la fonction obtenue par les limites radiales de f . on a


Z π Z π
1 1
log |f (0)| ≤ log f (reiθ ) dθ ≤ log f ∗ (eiθ ) dθ (22)
2π −π 2π −π
pour tout 0 < r < 1 Le terme centrale est une fonction non décroissante de r,.
Si f n’est pas identiquement nulle, la dernière intégrale de (??) est différente de −∞, de sorte
que la relation
f ∗ (eiθ ) 6= 0
MASTER 2018-19 – 4 – Fonctions harmoniques – 72

a lieu en presque tout points de T.

Théorème 4.42. A toute fonction f ∈ H ∞ , correspond une fonction f ∗ ∈ L∞ (T)définie presque


partout par
f ∗ (eit ) = lim f (reit ). (23)
r→1
On a d’une part kf kH ∞ = kf ∗ k∞ . En outre pour tout z ∈ D, la formule de Cauchy
Z ∗
1 f (ζ)
f (z) = dζ
2πi γ ζ − z
est vérifiée, γ étant le cercle unité orienté posivement : γ(t) = eit , 0 ≤ t ≤ 2π.
Les fonctions f ∗ ∈ L∞ (T) obtenues de cette manière sont précisement celles qui satisfont les
relations Z π
1
f ∗ (eit )e−int dt = 0, (n = −1, −2, −3, . . .)
2π −π
Théorème 4.43. Soit (αn )n≥1 une suite de complexes non nuls tels que |αn | < 1, n ≥ 1 avec de plus
P
n≥1 1 − |αn | < ∞. Alors le produit infini
Y |αn | αn − z
αn 1 − αn z
n≥1

converge uniformément sur tout compact de D vers une fonction B ∈ H ∞ (D) dont les zéros sont exac-
tement les nombres αn répétés selon leur multiplicité. Enfin B(eit ) := limr→1 B(reit ) existe Lebesgue-
presque partout et est de module 1 Lebesgue-presque partout avec
Z π
lim log |B(reit )|dt = 0.
r→1 −π

Démonstration. Rappelons que si Ω est un ouvert de C et si (fn )n≥1 est une suite de fonctions
holomorphes dans Ω telle que n≥1 |1 − fn (z)| converge uniformément sur tout compact de Ω, alors
P

le produit n≥1 fn (z) converge uniformément sur tout compact de Ω vers f fonction holomorphe
Q
|αn | αn −z
sur et l’ensemble des zéros de f est l’union des zéros de fn , n ≥ 1. Posons fn (z) = αn 1−αn z et
remarquons que
(1 − |αn |)(αn + |αn |z) (1 − |αn |)(1 + |ααnn | z)
1 − fn (z) = =
αn (1 − αn z) (1 − αn z)
On en déduit alors que
2(1 − |αn |) 2(1 − |αn |) 2(1 − |αn |)
|1 − fn (z)| ≤ ≤ ≤ ,
|1 − αn z| 1 − |z| 1−r
si |z| ≤ r < 1. Ainsi n≥1 |1−fn (z)| converge uniformément sur D(0, r) pour r < 1 si n≥1 1−|αn | <
P P

∞ et donc B(z) = n≥1 fn (z) définit bien une fonction holomorphe sur D dont la suite des zéros est
Q

la suite (αn )n≥1 . De plus, pour |z| = 1, on a


αn − z |alphan − z|
|fn (z)| = = =1
1 − αn z |z − αn |
. D’après le principe du maximum appliqué à la fonction z 7→ fn (z) holomorphe sur D et continue
sur D, on a |fn (z)| < 1 pour z ∈ D. Par cons´equent |B(z)| < 1 pour z ∈ D et B ∈ H ∞ (D).
D’après le Lemme ??, B ∗ (eit ) := limr→1 B(reit ) existe m-presque partout. Montrons à présent
MASTER 2018-19 – 4 – Fonctions harmoniques – 73

Rπ Rπ
que limr→1 −π log |B(reit )|dt = 0. D’après le Corollaire ??, r 7→ −π log |B(reit )|dt est une fonc-

tion croissante de r avec 0 ≤ r < 1. Comme les intégrales −π log |B(reit )|dt sont négatives, ` :=

limr→1 −π log |B(reit )|dt existe et ` ≤ 0. Posons
∞ p
Y |αn | αn − z B(z) Y |αn | αn − z
Rp(z) = et Bp (z) := = .
αn 1 − αn z Rp (z) αn 1 − αn z
n=p+1 n=1

La fonction Bp est holomorphe sur D(0, r1p ) avec rp = maxn≤p |αn |. On remarque que |Bp (z)| = 1
si |z| = 1. On en déduit que
Z π
lim log |Bp (reit )|dt = 0,
r→1 −π

car la fonction z 7→ log |Bp (z)| est continue pour rp < |z| < 1
rp et nulle sur T. On obtient alors :
Z π Z π Z π Z π
lim log |B(reit )|dt = lim log |Bp (reit )|dt + log |Rp (reit )|dt = lim log |Rp (reit )|dt,
r→1 −π r→1 −π −π r→1 −π

pour tout p ≥ 1. D’apr‘es le Corollaire??,


Z π
log |Rp (reit )|dt ≥ 2π log |Rp (0)|.
−π

Par conséquent pour tout p ≥ 1, ` := limr→1 −π log B(reit ) dt vérifie
 
Y
` ≥ 2π log |Rp (0)| = 2π log  |αn | .
n≥p+1

Comme n≥1 (1 − |αn |) < ∞, le produit infini n≥1 |αn | converge. D’après le critère de Cauchy
P Q

pour la convergence d’un produit infini de termes strictement positifs, on a limp→∞ n≥p |αn | = 1.
Q

Finalement ` ≥ 0 et donc ` = 0. IL nous reste à vérifier que |B ∗ (eit )| = 1 m-presque partout. D’après
le lemme de Fatou (qui dit que si ϕn est une suite de fonctions positives mesurables sur [−π, π], alors
Z π Z π
lim inf ϕn (t)dt ≤ lim inf ϕn (t)dt
−π −π

ou encore que si ϕn est une suite de fonctions négatives mesurables sur [−π, π], alors
Z π Z π
lim sup ϕn (t)dt ≤ lim sup ϕn (t)dt
−π −π

) , si rn → 1, on a :
Z π Z π
it
lim sup log |B(rn e )|dt ≤ lim sup log |B(rn eit )|dt
−π −π

et donc 0 = ` ≤ −π log |B ∗ (eit )|dt. D’autre part, comme |B ∗ (eit )| ≤ 1 m-presque partout, on a
log |B ∗ (eit )| ≤ 0 m-presque partout. Finalement on en déduit que log |B ∗ (eit )| = 0 m-presque partout
et donc |B ∗ (eit )| = 1 m-presque partout 2
MASTER 2018-19 – 4 – Fonctions harmoniques – 74

5.2. Définitions des espaces de Hardy et premières propriétés.

Proposition 4.44. Si f ∈ H(D), nous définissons pour tout r, 0 ≤ r < 1


 Z π 
1 + iθ
M0 (f ; r) = exp log f (re ) dθ ,
2π −π
 Z π 1/p
1 iθ
p
Mp (f ; r) = f (re ) dθ (0 < p < ∞)
2π −π

M∞ (f ; r) = sup f (reiθ )
θ
Les fonctions M0 , Mp et M∞ sont monotone croissantes en r dans [0, 1[.

Démonstration. Pour M0 et Mp ceci provient directement des théorèmes ?? et ??. Quant au


cas M∞ , c’est une conséquence du théorème de maximum. 2

Définition 4.45. Pour 0 < p ≤ ∞


n o
H p = f ∈ H(D) : lim Mp (f ; r) < ∞
r→1

Si f ∈ H p , on pose
kf kH p = lim Mp (f ; r)
r→1

Théorème 4.46. Nous avons les inclusions suivantes :

H ∞ (D) ⊂ H p (D) ⊂ H s (D) ⊂ N

pour 0 < s < p < ∞.

Démonstration. Si f ∈ H ∞ (D), pour tout p ∈]0, ∞[ on a |f (reit )|p ≤ kf kp∞ pour r ∈ [0, 1[ et
t ∈ [0, 2π[. On en déduit alors Mp (f, r) ≤ kf k∞ pour r ∈ [0, 1[, ce qui implique kf kH p ≤ kf k∞ et
donc H ∞ (D) ⊂ H p (D) pour tout p > 0.
Pour p > s > 0, d’après l’inégalité de Hölder, pour f mesurable sur le cercle centré en 0 de rayon
r ∈]0, 1[, on a
Z π Z π s
p
it s it p 1− s
|f (re )| dt ≤ |f (re )| dt (2π) p ,
−π −π
et donc Ms (f, r) ≤ Mp (f, r). Ainsi H p (D)⊂ s pour p > s > 0. Enfin, pour tout s > 0, comme
H (D)
log x log x
limx→+∞ xs = 0, il existe A > 0 tel que xs ≤ A pour tout x ≥ 1. Par conséquent, si f mesurable
sur le cercle centré en 0 de rayon r ∈]0, 1[, on a :
Z π Z Z
+ it it
log |f (re )|dt = log |f (re )|dt ≤ A |f (reit )|s dt.
−π t∈[−π,π]:|f (reit )|≥1 t∈[−π,π]:|f (reit )|≥1

On a donc M0 (f, r) ≤ AMs (f, r)s , ce qui prouve que H s (D) ⊂ N pour s > 0. 2

Théorème 4.47. Si 1 ≤ p ≤ ∞, l’espace de Hardy H p (D) muni de la norme k·kH p est un espace de
Banach.
MASTER 2018-19 – 4 – Fonctions harmoniques – 75

Démonstration. La seule chose délicate à vérifier pour faire de k·kH p une norme est de vérifier
que l’inégalité triangulaire est satisfaite. D’après l’inégalité de Minkowski (si 1 ≤ p < ∞) ou d’après
l’inégalité triangulaire que vérifie le module sur C (si p = ∞), pour toutes les fonctions f et g
mesurables sur le cercle centré en 0 de rayon 0 < r < 1, on a :

Mp (f + g, r) ≤ Mp (f, r) + Mp (g, r) pour tout r ∈ [0, 1[.

Pour toutes les fonctions f, g ∈ H p (D) (avec 1 ≤ p ≤ ∞), on a donc kf + gkH p ≤ kf kH p + kgkH p .
Ainsi k·kH p est bien une norme sur H p (D). Pour p < 1, H p (D) est encore un espace vectoriel mais
le problème est que k·kH p ne vérifie pas l’inégalité triangulaire.
Fixons à présent p ∈ [1, +∞] et montrons que les espaces vectoriels normés H p (D) sont complets.
Soit (fn )n≥1 une suite de Cauchy dans H p (D). Soient r, R tels quer < R < 1 et supposons que |z| ≤ r.
On applique la formule de Cauchy à fn − fm sur le cercle ΓR centré en 0 et de rayon R. On obtient
alors :
fn (ζ) − fm (ζ)
Z
1
|fn (z) − fm (z)| = dζ
2πi ΓR ζ −z
Z π
1 1
≤ R fn (Reiθ ) − fm (Reiθ ) dθ
2π R − r −π
Ainsi, pour |z| ≤ r on a :
1
|fn (z) − fm (z)| ≤ M1 (fn − fm , R).
R−r
Comme l’application ϕ : x 7→ xp est convexe pour p ≥ 1, d’après l’inégalité de Jensen appliquée à la
mesure µ définie par dµ(t) = 2π1
dt sur [−π, π], on obtient :
!p
(fn − fm )(Reit )
Z π Z π
1 p
dt ≤ (fn − fm )(Reit ) dt,
−π 2π 2π −π

et donc M1 (fn −fm , R) ≤ Mp (fn −fm , R). D’après la Proposition ??, Mp (fn −fm , R) ≤ limR→1 Mp (fn −
fm , R) = kfn − fm kH p et donc pour |z| ≤ r on a :
1
|fn (z) − fm (z)| ≤ kfn − fm kH p .
R−r
La suite (fn )n converge donc uniformément sur tout compact de D vers une fonction f holomorphe
sur D. Comme on a supposé que (fn )n était de Cauchy dans H p (D), étant donné  > 0, il existe
m = m() ≥ 1 tel que pour tout n > m on ait kfn − fm kH p < . Pour r < 1 on obtient :

Mp (f − fm , r) = lim Mp (fn − fm , r) ≤ lim kfn − fm kH p ≤ ,


n→+∞ n→+∞

ce qui implique limm→+∞ kf − fm kH p = 0. D’autre part, sachant que kf kH p ≤ kf − fm kH p +kfm kH p ,


il est clair que kf kH p < ∞. La suite (fn )n converge donc dans H p (D) qui est donc un espace de
Banach. 2

Théorème 4.48. Soit p ∈]0, ∞] et supposons que la fonction f non identiquement nulle appartienne à
H p (D). Alors f ∗ (eit ) 6= 0 m-presque partout. Par conséquent, si f, g ∈ H p (D) sont telles que f ∗ (eit ) =
g ∗ (eit ) sur un sous-ensemble de T de mesure de Lebesgue strictement positive, nécessairement f = g.
MASTER 2018-19 – 4 – Fonctions harmoniques – 76

Démonstration. Si f ∗ (eit ) = 0 alors log |f ∗ (eit )| = −∞ et si cela survient sur un ensemble de


mesure positive, cela met en défaut le fait que log |f ∗ | ∈ L1 (T). En appliquant ceci a f − g ∈ H p (D)
si f, g ∈ H p (D) on a donc f − g identiquement nulle dès que (f ∗ − g ∗ )(eit ) = 0 sur un sous-ensemble
de T de mesure de Lebesgue strictement positive. 2

Théorème 4.49. Soit p ∈]0, ∞] et soit f ∈ H p (D). Alors kf kH p = kf ∗ kp .

5.3. Espaces H 2 . L’importance particulière de H 2 est dûe au fait qu’il s’agit d’un espace de
Hilbert et que l’on peut l’identifier avec un sous-ensemble de L2 (T). Nous rappelons que si g ∈ L2 (T),
nous posons
 Z π 1
1 iθ
2 2
kgk2 = g(e ) dθ
2π −π
et que g ∈ L2 (T) a des coèfficients de Fourier
Z π
1
gb(n) = g(eiθ )e−inθ dθ (n = 0, ±1, ±2, . . .)
2π −π
Les propriétés fondamentales de H 2 sont résumés dans le théorème suivant.
Soit f une fonction holomorphe sur D, on sait que f admet un développement de Taylor en 0 sur
le disque unité :
+∞
X
∀z ∈ D, f (z) = fˆ(n) z n .
n=0
On dit alors que f est dans l’espace de Hardy H (D) si
2 la suite fˆ(n)) appartient à `2 .

Proposition 4.50. Pour f holomorphe sur D et pour 0 ≤ r < 1 f ∈ H 2 (D) si et seulement si


P+∞ ˆ 2
n=0 |f (n)| < +∞ et on a :

+∞
! 12
Z π Z π
1 1 X
||f ||22 = lim |f (reit )|2 dt = sup |f (reit )|2 dt = |fˆ(n)|2 .
r→1 2π

−π 0≤r<1 2π −π n=0

Démonstration. Posons z = reit où r ∈ [0, 1[ et t ∈ [−π, π]. On a :


+∞
X +∞
X
f (z) = fˆ(n)z n donc f (reit ) = fˆ(n)rn eint
n=0 n=0
Alors par la formule de Parseval on a :
+∞
X
2
M2 (f, r) = |fˆ(n)|2 r2n
n=0
Cette formule prouve la première assertion.
Si f ∈ H 2 (D), la formule précédente montre que M2 (f, .) est une fonction croissante, bornée
donc limr→1 M2 (f, r) existe et d’après le théorème de convergence monotone cette limite est égale à
||f ||2 . Réciproquement si limr→1 M2 (f, r) = M < +∞, pour chaque N ≥ 0, on a par croissance de
M2 (f, r) :
XN +∞
X
ˆ 2 2n
|f (n)| r ≤ |fˆ(n)|2 r2n ≤ M 2
n=0 n=0
MASTER 2018-19 – 4 – Fonctions harmoniques – 77

En passant à la limite quand r tend vers 1 puis quand N tend vers +∞ on obtient la deuxième
assertion. 2
P∞ zn
Exemple 4.51. La fonction z 7→ log(1 − z) = − n=1 n appartient à H 2 (D).

Théorème 4.52. L’espace de Hardy H 2 (D) est isomorphiquement isométrique (en tant qu’espace
vectoriel) à `2 . C’est donc un espace de Hilbert.

Démonstration. On considère l’application T : H 2 (D) → `2 définie par T (f ) = (fˆ(n)). Celle-ci


est bien définie par définition de H 2 (D), elle est clairement linéaire. Par unicité du développement en
série entière elle est injective, il reste à montrer qu’elle est surjective.
Soit (an ) ∈ `2 , (an ) est bornée donc la série entière f définie par f (z) = +∞ n=0 an z a un rayon
n
P

de convergence supérieur ou égal à 1, en particulier f ∈ Hol(D) et T (f ) = (an ). T est donc bien


surjective.
2

Proposition 4.53. Pour tout f ∈ H 2 (D) et pour tout z dans D on a :

||f ||2
|f (z)| ≤ p .
1 − |z|2
Démonstration. On va appliquer l’inégalité de Cauchy-Schwarz au développement en série de
Taylor de f en 0, on a alors pour tout z dans D :
1
+∞
X +∞
X 2

|f (z)| ≤ |fˆ(n)||z|n ≤ ||f ||2 ( |z|2n )


n=0 n=0
||f ||2
= p
1 − |z|2
2

6. Exercices

Exercice 20. Soit u une fonction numérique réelle continue sur le disque unité fermé
D̄ = {z ∈ C/ |z| ≤ 1}
et harmonique à l’intérieur D = {z ∈ C/ |z| < 1}. Montrer que la fonction holomorphe pour |z| < 1
Z 2π it
1 e +z
f (z) = u(eit )dt
2π 0 eit − z
vérifie Ref = u.

(On admettra l’unicité de la solution du problème de Dirichlet).

Exercice 21. Soit f holomorphe dans le disque D = {z ∈ C/ |z| < 1} et contnue sur D̄. Montrer que
l’on a Z π  it 
1 e +z
f (z) = Re it f (eit )dt
2π −π e −z
pour tout z ∈D.

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