Animé par Dr.
BAMBA Amadou, Maître de conférences à la FSEG
Cours économique managériale-ISPRIC
Elément 2 : LA THEORIE DES DROITS DE PROPRIETE
Ce chapitre présente l’approche des droits de propriété qui est à la base du modèle néo-
classique renouvelé. Cette approche cherche à démontrer la supériorité de la firme capitaliste
dans une économie de marché et tente de résoudre le paradoxe de l’existence de la firme dans
une telle économie. Il s’agit bien d’un paradoxe. En effet, la théorie néo-classique ne
reconnaît qu’un seul mécanisme efficace d’allocation des ressources : le mécanisme de prix
d’un marché du type marché boursier. Dès lors, comment justifier l’existence de la firme
comme mécanisme d’allocation de ressources ? Telle est la question à laquelle, la théorie des
droits de propriété tente de répondre. Dans un premier temps, le concept de droit de propriété
est présenté au travers des différents types d’entreprises qu’il met en évidence. L’existence de
la firme comme mode efficace d’allocation des ressources rares est ensuite étudié.
1) Les droits de propriété comme outil d’analyse.
Les différents auteurs à l’origine de cette approche n’ont pas donné une définition stable et
définitive des droits de propriété (DDP). Pour S. Pejovich (1969), les droits de propriété sont
des “relations codifiées sur l’usage des choses”, le droit est alors une prérogative.
Pour H. Demsetz (1967), les droits de propriété sont un moyen “permettant aux individus de
savoir ce qu’ils peuvent raisonnablement espérer dans leur rapport avec les autres membres de
la communauté.” Pour les différents auteurs, le droit de propriété n’est pas dissociable des
individus. Dans cette analyse, le droit de propriété est instrumentalisé pour montrer la
rationalité des comportements. La question devient comment s’exerce ces droits plutôt que
comment ils se définissent ? La question de l’essence des droits de propriété est donc évacuée.
Ils se définissent par leurs attributs.
Les attributs des droits de propriété.
Le droit de propriété est subjectif : seule une personne peut se voir investir du droit sacré à
la pleine propriété. Cet attribut renvoie donc à l’axiome d’autonomie des agents.
Le droit de propriété est exclusif : il ne peut y avoir de propriété simultanée sur un même
objet. Un droit est assimilé à un individu et réciproquement. Dès lors, raisonner sur un
individu ou un droit est strictement équivalent.
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Les droits de propriété sont librement cessibles : La liberté de l’individu lui permet de se
défaire de ses droits de propriété. Ceux-ci ne sont donc pas indéfiniment attachés à l’individu.
Par conséquent, il est possible d’admettre un libre-échange des droits. Ceux-ci deviennent des
instruments économiques qui renvoient aux individus qui les portent. Ils permettent que
s’établissent un marché du droit à posséder. Le droit de propriété joue alors le rôle de
monnaie, en assurant des échanges non entre biens, mais sur la possibilité d’utiliser ces biens.
Les droits sont donc définis par les pratiques qu’ils autorisent :
- usus : utilisation du bien dont l’individu est propriétaire;
- fructus : le propriétaire est bénéficiaire des résultats de l’utilisation de son droit d’usus sur
le bien qu’il possède;
- abusus : le propriétaire peut transmettre son droit, le détruire, le vendre. L’abusus garantit la
souveraineté de l’individu sur son bien. Ces différents attributs permettent de classer les
formes de propriétés. Ainsi, les droits de propriété permettent de comprendre la nature des
organisations.
2) Caractéristiques des droits de propriété et types de firmes
Les caractéristiques mises en lumière précédemment permettent de décrire plusieurs formes
d’entreprises selon que les caractéristiques des droits de propriétés attachées celles-ci sont
présentes ou non.
On suppose un individu employé dans une structure de production. En s’interrogeant sur la
propriété de l’outil de production, on peut envisager deux cas possibles :
1/ l’employé est à la fois propriétaire et employé, ou exclusivement propriétaire;
2 / la propriété est collective : soit elle appartient à un collectif d’individus, soit elle appartient
à l’Etat. En croisant l’origine de la propriété avec les caractéristiques des droits de propriété,
on obtient une grille d’analyse qui met en lumière plusieurs types d’entreprises selon qu’elles
possèdent ou non les attributs des droits de propriété.
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Nature des droits de propriétés et formes d’organisation
Quelles sont les conséquences de cette grille d’analyse ?
1- La mise en lumière des attributs de la propriété permet de distinguer des types
d’organisations. On est donc en mesure d’expliquer la nature d’une organisation par
l’instrumentalisation des droits de propriétés. Les formes d’organisation peuvent donc être
repérées dans leur diversité à l’aide du seul instrument des droits de propriété. Le droit de
propriété est donc un outil d’analyse.
2- La propriété privée représente le cas pur : elle possède l’ensemble des attributs.
3- La cessibilité réintroduit le marché dans l’analyse des droits de propriétés ; le marché reste
le lieu idéal de la coordination interindividuelle. Il n’en reste pas moins que l’on ne sait pas - à
ce stade - si la libre cessibilité rend optimale la propriété privée.
Droits de propriété et marché des droits de propriétés, et gestion des externalités.
Les droits de propriété se substituent-ils pour autant dans cette analyse au marché ? En effet,
on pourrait penser dans cette approche que les droits de propriété permettent aux agents de se
coordonner. Il existerait donc deux modes optimaux d’allocation des ressources. Ce n’est pas
la réponse de cette approche. L’existence d’un marché des droits de propriété permet
spontanément aux agents de coordonner de façon optimale les droits de propriété. C’est le
théorème de R. Coase (1960). La question à laquelle Coase entend répondre est la suivante :
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quelle conséquence a la répartition initiale des droits de propriété sur l’allocation des
ressources par le marché ?
《 Si les conditions strictes de l’axiomatique sont vérifiées, cette répartition initiale n’a
aucun rôle, à la seule condition que les droits soient parfaitement définis et délimités》.
La capacité d’information parfaite des agents conduit ceux-ci à échanger les droits de
propriété de manière à optimiser leurs relations sociales. « Dans ce cas, les institutions qui
façonnent le système économique n’ont ni substance ni objet. » Les droits doivent être clairs
(subjectifs & exclusifs), précis et cessibles. Ces trois conditions sont absolument nécessaires.
Les droits de propriété intègrent eux-mêmes la logique de marché (par la condition de
cessibilité), et se régule spontanément de manière à obtenir leur répartition idéale pour
l’intérêt de chacun.
A contrario, si les conditions de l’axiomatique ne sont pas vérifiées, ou partiellement
remplies, l’information est coûteuse, alors les transactions ont un coût qui atténue la force
allocative du marché et la répartition initiale des droits de propriété détermine l’allocation
finale des ressources.
Conséquences du théorème de Coase
1- Les droits de propriété obéissent à une logique de marché et se régulent spontanément. La
théorie du Pouvoir s’inscrit totalement dans celle de la coordination marchande.
2- Une bonne définition des droits est nécessaire ; c’est le rôle de l’Etat, et sa seule
justification.
3- Une mauvaise répartition des droits de propriété a priori entraîne in fine une mauvaise
allocation par le marché, si les conditions de l’axiomatique ne sont pas remplies.
D’un point de vue de la politique économique, cet article aura un impact considérable,
puisqu’il porte en lui tous les arguments d’une politique de déréglementation des activités
économiques. Pour cette approche toute réglementation des activités marchandes empêchent
les agents de parvenir spontanément aux solutions d’équilibre optimales. La réglementation
diminue la force allocative du marché. Qui plus est la mise en place de marchés de droits de
propriété permet de résoudre efficacement des problèmes d’externalité. Les externalités
posent la question des limites de l’exercice du droit. Rappelons la notion d’externalité :
situation où les activités d’un agent économique ont des conséquences sur le bien-être (au
sens large) d’autres agents, sans qu’il y ait des échanges ou des transactions entre eux.
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Lorsque les conséquences sont bénéfiques on parle d’externalité positive, et d’externalité
négative dans le cas contraire. La présence d’externalités se traduit généralement par
l’apparition d’inefficiences (au sens de Pareto) car s’il n’existe pas a priori de “récompense”
(ou de rémunération) pour ceux qui sont à l’origine d’externalités positives ni de sanction
pour ceux qui engendrent des externalités négatives. L’exemple classique de l’externalité
négative est celui de la pollution.
La position de la théorie des droits de propriété consiste à proposer la “marchéisation” des
externalités et des droits qui s’y rapportent. Dans cette approche, l’externalité est perçue
comme un effet secondaire consécutif à la jouissance d’un droit que l’on fait subir à autrui. La
mise sur le marché des droits de propriété permet de récupérer en partie la jouissance d’un
droit que ne devrait détenir que ceux qui l’ont acheté.
Le Droit établit la finitude « naturelle » de l’autonomie ; les externalités posent la question de
la finitude de l’exercice du droit. L’externalité peut être considérée comme un abus de droit,
qui justifie l’intervention de la Puissance Publique qui peut limiter les droits afin de réduire ce
type d’abus. Cette position est contestée par l’approche des droits de propriété. Les tenants de
cette théorie opposent à ce type de solution, la solution du marché.
Dans cette optique, l’existence d’un marché des droits de propriété permettra de régler la
solution des externalités sans intervention d’une autorité étatique qui limiterait les droits des
uns ou des autres et perturberait ainsi le mécanisme d’allocation par le marché, qui
spontanément assure une solution optimale.
Analyse de la firme et droits de propriété : le principe de l’efficacité des droits de
propriété
La description des types de propriétés en fonction de la présence des différents attributs a
permis de mettre en lumière l’existence de plusieurs formes d’organisation de la production.
L’analyse d’Alchian & Demsetz tente de prouver la supériorité de la firme capitaliste sur tout
autre forme d’organisation. Différentes analyses étendent cette analyse en comparant la firme
capitaliste aux autres modes d’organisation.
La base de cette analyse repose encore une fois sur l’axiomatique néo-classique. L’individu
recherche son intérêt. Il préfère extraire le maximum de profit pour lui en pratiquant le plus
faible effort possible. Dès lors, plus la conséquence entre ce que lui rapporte un droit (fructus)
et l’exercice de ce droit (usus) est faible, plus l’individu aura intérêt à gaspiller les ressources
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nécessaires à l’obtention du résultat. Dans le cas de l’entreprise publique, la possession est
collective ; il n’y a pas de profit. Pris collectivement, l’ensemble des employés a intérêt à ce
que l’entreprise progresse. Mais individuellement chacun des employés préfère travailler le
moins possible, puisqu’il n’y a aucun lien entre sa rémunération finale et l’effort qu’il fournit.
Au nom de la rationalité, l’effort aura donc tendance à diminuer, et la performance globale de
l’entreprise publique également.
En revanche, dans l’entreprise privée, il existe un lien entre l’usage du droit de propriété et le
profit pour le propriétaire. Dans ce cas, il n’y a pas de gaspillage, puisque l’individu est
fortement incité à s’investir dans son travail : le fructus en dépend directement.
Dans le cas de l’entreprise publique les droits de propriété ne sont pas clairs dans la mesure où
l’employé possède un droit d’usage (usus) mais aucun ne possède un droit au fructus. Dès lors
l’évaluation de l’usage est impossible ; les externalités sont inévitables. Comme il n’y a pas
de marché pour les résoudre, elles constituent une entrave à l’optimisation de la production.
Dans cette perspective, on peut donc supposer que la firme coopérative est une forme
d’organisation efficace dans la mesure où chacun de ses membres est propriétaire. Elle
apparaît même supérieure à la firme capitaliste. Il n’en est rien ! En effet, en vertu du principe
de maximisation chacun cherchera à maximiser son profit personnel, quitte à surexploiter les
capacités d’une partie de l’entreprise. Par exemple, un employé-propriétaire sur-utilisera
une machine qui ne lui appartient pas, mais dont la production détermine son profit. Il
se crée des abus de droits car chacun peut faire porter à la collectivité les externalités dues à la
surexploitation du bien commun. Comme les droits ne sont pas clairement définis, puisque la
propriété est collective, aucun marché ne peut réguler ce problème. Les attitudes
opportunistes se développent.
Ainsi, la firme capitaliste est la forme d’organisation la plus efficace : plus efficace que
l’entreprise publique qui aura tendance à minimiser l’effort de ses membres, et plus efficace
que l’entreprise coopérative qui est peut limiter l’opportunisme de ses membres.
Une question non résolue : l’existence du salariat
Si l’on suit donc le raisonnement de la théorie des droits de propriété, il ne devrait, en toute
logique, n’exister que des entreprises unipersonnelles, puisque dans ce cas, le résultat étant
directement lié à l’effort, l’individu retire un résultat maximum dans une structure efficace.
Dès lors, on devrait constater l’existence d’une multitude d’entreprises individuelles. Dans
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cette perspective, l’existence du salariat et de la grande entreprise constituent un paradoxe de
plus.
Dans cette théorie, la préférence pour le salariat ne peut provenir que d’un choix rationnel et
libre et ne peut reposer sur aucune autre base théorique. Chaque individu est propriétaire de
lui-même, et par conséquent de sa force de travail.
L’individu possède donc des droits de propriété sur lui-même. Il peut donc en céder certains
d’entre eux s’il existe un marché de ces droits. Ce marché existe : c’est le marché du travail.
Sur ce marché s’échangent des droits attachés au travail des hommes et non des hommes.
Cependant comment expliquer la vente partielle de l’usage et des fruits de son travail par un
individu libre ? Il faut bien convenir qu’aucune explication crédible n’a été apportée à cette
question par la théorie des droits de propriété, comme l’analyse des travaux d’Alchian et
Demsetz l’a montré. Mais cette question peut être élargie à l’existence de la firme
managériale qui constitue une forme de propriété privée atténuée, très présente dans
l’ensemble des pays capitalistes développés. Dans ce type d’entreprises, la propriété et la
gestion sont clairement séparés. Les propriétaires de l’entreprise n’exercent souvent qu’un
contrôle a posteriori sur les décisions des managers. Cette forme particulière d’entreprise va
constituer le cœur de la théorie de l’agence.