Fiche n°18
Séquence 5 – Faciliter l’action pédagogique
Objectif 1 – Analyser les publics
SYNTHÈSE
Dans toute situation d’enseignement, il est essentiel pour l’enseignant de procéder à une analyse du public d’appre-
nants : le profil des apprenants, leurs caractéristiques socioculturelles, leurs représentations culturelles, le contexte,
etc.
En effet, les apprenants, même débutants, n’arrivent pas vierges dans la classe. Ils possèdent différents capitaux :
capital culturel, capital social, capital économique. Ceux-ci constituent ce que l’on pourrait appeler le « bagage », à
partir duquel les enseignants doivent composer.
Qu’il s’agisse des caractéristiques du public ou des profils d’apprentissage présents dans la classe, l’enseignant en
retire des informations qui lui permettent d’adapter son enseignement, pour faciliter l’action pédagogique.
L’analyse du public par l’enseignant ne prétend pas s’apparenter à une étude sociologique ou psychologique. Cer-
taines des caractéristiques des apprenants sont malgré tout, déterminantes dans la relation pédagogique à instaurer
et il est donc pertinent que les enseignants s’y intéressent.
Au contraire, les manuels de référence, même contextualisés, visent le plus grand nombre d’apprenants, ils ne
peuvent donc pas donner de réponse systématiquement adaptée aux différents profils des apprenants.
En s’appuyant sur les résultats de l’analyse du public, l’enseignant est alors plus à même d’opérer une sélection
des supports et activités proposés par le manuel et d’éventuelles adaptations pour mieux répondre aux attentes et
besoins du public cible. Il contextualise ainsi l’action pédagogique et par là même, la facilite et la rend plus efficace.
u DÉMARCHE
Analyser les profils des apprenants
Le fait que les apprenants soient des hommes ou des femmes, leur âge, leurs centres d’intérêts, le parcours scolaire
qu’ils ont effectué, leur pays d’origine et celui de leur scolarisation, constituent notamment des éléments d’information
essentiels pour l’enseignant. Donner des cours à des enfants ou des adultes, alphabétisés en écriture latine ou non,
par exemple, ne conduit pas à déployer les mêmes outils et méthodologies dans la classe.
Analyser les caractéristiques socioculturelles
Certaines caractéristiques des apprenants relèvent de critères socioculturels qui ne sont pas propres à l’enseigne-
ment/apprentissage, mais participent partiellement, et parfois indirectement, à leurs habitudes (ou habitus) d’appren-
tissage. Ainsi leur situation professionnelle, sociale, culturelle ou celles de leurs parents, l’accès privilégié ou limité à
la culture (musées, bibliothèque…), le fait d’avoir ou non accès aux nouvelles technologies de l’information peuvent
faciliter ou ralentir l’apprentissage. Lorsque l’enseignant peut bénéficier de ces informations, son enseignement peut
en être modifié pour mieux correspondre aux réalités des apprenants.
Analyser les représentations culturelles
La culture familiale, académique, professionnelle, nationale, religieuse des enseignants et des apprenants peuvent
également diverger et conduire à des incompréhensions ou difficultés à mettre en place l’action pédagogique. Ces
éléments culturels induisent des représentations de la réalité des filtres d’interprétation, des évidences partagées,
notamment sur l’école, l’apprentissage, la langue, l’enseignant, l’écrit et l’oral, l’erreur, l’importance de la note (pour le
domaine de l’enseignement). Les comprendre permet de les intégrer à la démarche d’enseignement, tout en ouvrant
des perspectives nouvelles aux apprenants comme à soi-même (cf. grille d’analyse : représentations culturelles dans
le pays d’apprentissage).
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Analyser le contexte d’enseignement/apprentissage
Le contexte d’enseignement/apprentissage influence aussi l’action pédagogique. Le français peut être parlé ou non
dans le pays, avoir ou non un statut officiel (langue officielle unique ou non ; langue de l’administration ; langue seconde,
langue étrangère privilégiée ou non). La maîtrise de cette langue peut également dans certains cas, rendre plus aisé
l’accès à un cursus universitaire, favoriser des débouchés ou des avancements professionnels. Tous ces éléments,
quand ils sont pris en compte par l’enseignant, permettent de répondre mieux aux besoins du public et de motiver ainsi
les apprenants (cf. grille d’analyse : la place du français dans le pays).
Analyser les acquis
Enfin, l’enseignant se doit d’analyser les acquis des apprenants. Les acquis comprennent les compétences générales
(savoir-être, savoir-faire, savoir apprendre, savoir) et les stratégies d’apprentissage développées par les apprenants
dans le cadre scolaire (pour d’autres disciplines) ou professionnel.
L’enseignant de langue devra plus spécifiquement prendre en compte les acquis langagiers (linguistiques et culturels)
des apprenants. Ces acquis correspondent aux éléments langagiers auxquels les apprenants ont été exposés et qu’ils
sont à même de réinvestir. Leur niveau et parcours en français sont inclus dans cette catégorie, mais on peut aussi plus
largement y intégrer leurs acquis dans d’autres langues, ainsi que le fait que l’apprenant soit ou non alphabétisé, en
écriture latine ou dans un autre alphabet.
Tous ces acquis interagissent lorsqu’un individu est à nouveau en situation d’apprentissage. Les prendre en considéra-
tion facilite l’enseignement/apprentissage en s’appuyant sur des bases qui permettent de partir du connu pour aller vers
l’inconnu. Il ne s’agit plus seulement de favoriser le développement de nouvelles compétences et connaissances, mais
également de faire prendre conscience aux apprenants des transpositions possibles.
Analyser l’effet classe, l’effet établissement, l’effet maître
Des facteurs propres à la vie dans un établissement d’enseignement participent également à la compréhension de la
situation pédagogique. Selon certains sociologues de l’Éducation (Cousin, Grizay, Meuret, Felouzis, par exemple), il est
pertinent de distinguer les impacts respectifs de la classe, de l’établissement et du maître sur la réussite des apprenants.
L’effet classe concerne ce qui vient de la classe en tant que groupe constitué : sa structure, son vécu commun (scolaire
ou non), les liens affectifs qui se tissent entre les membres du groupe, ses habitudes d’apprentissage, etc.
L’effet établissement correspond aux orientations non négociables de l’établissement dans lequel se déroulent les
cours, comme sa politique d’établissement, le statut des enseignants et leur mode de recrutement, de rémunération et
d’évaluation, la hiérarchisation du personnel et la répartition des champs de compétences et responsabilités, le volume
horaire de chacune des matières, le matériel qui y est disponible. La renommée de l’établissement aussi peut avoir un
effet sur la représentation qu’ont les apprenants de leur scolarité au sein de cet établissement (plus ou moins valori-
sante) (cf. grille d’analyse : l’établissement).
L’effet maître, pour finir, correspond à l’influence des compétences méthodologiques et pédagogiques de l’enseignant,
ses qualités professionnelles mais également humaines.
Selon les études regroupées par Yves Alpes, l’effet classe expliquerait 2 % de la variance du niveau des apprenants,
tandis que l’effet établissement serait de 7 % et l’effet maître de 12 %.
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