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Défis du développement agricole au Cameroun

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Défis du développement agricole au Cameroun

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Jamin J.Y., Seiny Boukar L., Floret C.

(éditeurs scientifiques),
2003. Savanes africaines : des espaces en mutation, des
acteurs face à de nouveaux défis. Actes du colloque, mai
2002, Garoua, Cameroun. Prasac, N’Djamena, Tchad -
Cirad, Montpellier, France.

Les enjeux du développement agricole


dans le Grand Nord du Cameroun
Bruno BARBIER*, Jacques WEBER**, Sandrine DURY***, Ousman HAMADOU****,
Christian SEIGNOBOS*****

*CIRAD, 73, rue Jean-François Breton, 34398 Montpellier, Cedex 5, France


**IFB, Muséum national d'histoire naturelle, 57 rue cuvier, 75231 Paris cedex 05, France
***CIRAD, Avenue Agropolis, 34398 Montpellier Cedex 5, France
****Terdel, Garoua, Cameroun
*****IRD, Avenue Agropolis 34398 Montpellier, Cedex 5, France

Résumé — L'agriculture du Grand Nord du Cameroun n'est globalement pas très productive. Les
rendements des principales cultures restent faibles et la grande majorité des producteurs vit en dessous des
seuils de pauvreté. Par contre on ne peut pas dire que ces producteurs soient restés inactifs. Ils ont montré
au contraire une très grande capacité d'innovation en mettant en valeur de nouvelles terres, en récupérant
des terres devenues incultes, en utilisant des techniques plus intensives, en adoptant des nouvelles
cultures, en mettant en place des arrangements institutionnels originaux, et en s'insérant dans l'économie
régionale. Certaines de ces innovations ont été spontanées et parfois même combattues par l'encadrement
"officiel". Avec la prochaine privatisation de la grande société cotonnière, les stratégies de développement
vont certainement accroître l'intérêt des pouvoirs publiques pour les filières alternatives. Les projets de
développement doivent plus que jamais accompagner des dynamiques en cours plutôt que de tenter
d'imposer des modes de fonctionnement mal adapté au cadre institutionnel actuel. Il est probable que la
poursuite du désengagement de l'état va renforcer les pouvoirs traditionnels surtout dans les zones rurales.
En même temps la "société civile" émerge et se positionne comme un interlocuteur de poids entre l'admi-
nistration et les chefs coutumiers. Le Grand Nord dispose des ressources humaines capables et dynami-
ques et d'un stock unique de ressources naturelles à mettre en valeur. Avec des investissements adaptés, il
n'y a pas de raison que les producteurs du Grand Nord ne continuent pas à faire mentir les prévisions
malthusiennes.

Abstract — Stakes for agricultural development in Northern Cameroon. Agriculture in Northern


Cameroon is not very productive yet. Yields of the main crops remain low and the majority of farmers live
bellow poverty line. However, one cannot say that producers were not pro-active. They have shown a great
ability to adapt and innovate in a changing and unstable environment. They restored degraded land, and
improved marginal land in adopting more intensive techniques and new crops, creating new, original
institutions and integrating in the new regional economy. Some of these institutions were spontaneous and
some were even discouraged by official extension services. With the coming privatization of the cotton
parastatal, development strategists will have to change their discourse and take more interest in alternative
activities. Development projects have to take better account of existing dynamics. Conventional project
structure is not well adapted to the local institutional setting. It is very likely that the current decentralization
process will reinforce traditional power. At the same time civil society is gaining ground finding a place for
itself between the government and traditional power. Northern Cameroon is blessed with abundant and
able human resources and a large untapped base of natural resources. With well-targeted investments it is
possible that producers from northern Cameroon will prove Malthusian predictions wrong again.

Actes du colloque, 27-31 mai 2002, Garoua, Cameroun


Introduction
Il n'est pas original d'affirmer que les provinces du Nord-Cameroun sont dans une phase de transition.
Toutefois la prochaine privatisation de la société cotonnière, la Sodécoton, va certainement modifier
profondément la manière dont on envisage le développement rural dans le Grand Nord-Cameroun. Cette
privatisation aura au moins l'avantage de permettre une meilleure appréhension des autres filières et
d'autres stratégies du développement. En effet, le succès de la filière cotonnière a jusque-là quelque peu
occulté d'autres « success stories » riches d'enseignement.
Dans ce document, nous dressons une esquisse de la situation socio-économique actuelle du Grand
Nord. D'abord nous présentons rapidement l'évolution agricole dans les trois provinces du Grand Nord
puis, nous discutons certains enjeux majeurs du développement agricole de la zone pour les décennies
avenirs. Le premier enjeu est la pression démographique. Nous argumentons que le discours malthusien
répété à souhait par les instances du développement a engendré des schémas de développement dans
l'urgence, inefficaces et peu « durables ». Nous suggérons ensuite que la diversification en cours ne
signifie pas forcément une plus grande insécurité alimentaire. Nous discutons alors de l'enjeu de la
privatisation de la filière cotonnière. Enfin, nous argumentons que la stratégie de développement du
Grand Nord passe par son intégration avec les pays frontaliers.

Une grande diversité régionale


Le Grand Nord du Cameroun est divisé en trois provinces relativement différentes puisque
schématiquement la province de l'Extrême-Nord est située sous climat sahélien, la province du Nord
sous climat soudanien et la province de l'Adamaoua sous climat soudano-guinéen. Il en résulte des
situations agricoles très contrastées. Par ailleurs, le Grand Nord comporte plusieurs massifs montagneux,
fait relativement rare dans cette partie de l'Afrique, qui ont vu se développer des sociétés agraires
particulièrement originales. Enfin, les trois provinces se distinguent par leur peuplement : très dense dans
le Nord, il est très clairsemé dans le Sud. Il en résulte une dynamique population/migration/gestion des
ressources naturelles contrastée.

L'Extrême-Nord, diversification de la production

La production vivrière de l'Extrême-Nord du Cameroun est beaucoup plus diversifiée qu'on ne le pense.
Le sorgho domine encore, mais on trouve des quantités très significatives d'autres céréales, de
légumineuses et même de tubercules. Parmi les productions maraîchères, l'oignon avec quelque
40 000 tonnes tient la première place et les perspectives du marché vers le Sud sont prometteuses
(Essang et Moustier, 1994 ; Moustier, 1997). En dehors de la diversification des cultures, on observe une
intensification des pêches avec plus de 2 000 tonnes sur le marché de Maroua.

La province Nord, coton et maïs

Constituée de la vallée de la Bénoué et entourée de massifs montagneux à l'ouest (monts Mandara) et au


sud (Plateaux de l'Adamaoua) cette province est encore relativement peu peuplée. Les Zones d'intérêt
cynégétiques (ZIC) (en fait zones de chasse « louées » par l'Etat à des privés) et les parcs nationaux
occupent une grande partie de la surface de la province posant d'ailleurs des sérieux problèmes aux
éleveurs transhumants.
La société cotonnière d'Etat (Sodécoton) augmente rapidement ses activités dans cette province. Grâce
au climat et aux sols encore fertiles, les rendements du coton y sont nettement plus élevés que dans
l'Extrême-Nord. La production de maïs remplace progressivement celles du sorgho et du mil en partie
sous l'impulsion de la Sodécoton. Ce phénomène est général dans les savanes africaines. Il est quasiment
achevé en Afrique de l'Est et bien entamé en Afrique de l'Ouest (Fusillier, 1995). Le maïs bénéficie de
plusieurs avantages. Il se récolte plus vite et plus facilement, répond mieux aux engrais et à l'irrigation,
connaît relativement peu de ravageurs, se transforme plus facilement et son goût est comparable à celui
des sorghos et mils. En revanche, il se conserve moins bien, nécessite des meilleurs sols, et résiste moins

Savanes africaines : des espaces en mutation, des acteurs face à de nouveaux défis
à la sécheresse. Sa moindre résistance à la sécheresse est inquiétante par rapport aux prévisions à moyen
terme des modèles climatiques.

La province de l'Adamaoua, racines, tubercules et élevage


L'Adamaoua est formé de plateaux au climat soudano-guinéen. L'Adamaoua est encore peu peuplé pour
des raisons historiques. Le panel des cultures de l'Adamaoua est typique des régions Soudano-
guinéennes d'Afrique centrale et d'Afrique de l'Ouest. Prédominent les racines (manioc) et tubercules
(ignames, patates douces et taro). On peut noter l'importance du maïs, la faiblesse du coton, du sorgho et
du mil et on peut s'étonner de l'absence de riz. Il s'agit donc d'une agriculture très différente de
l'agriculture des provinces du Grand Nord. Bien que disposant d'espace, les producteurs adoptent des
cultures intensives en main-d'œuvre donc moins consommatrice d'espace que les systèmes céréaliers.
Beaucoup considèrent que l'avantage comparatif de l'Adamaoua est l'élevage bovin à cause de la
fraîcheur et des pâturages.

Une croissance démographique toujours soutenue


Dans les trois provinces, la croissance démographique est rapide. Le taux de croissance serait
actuellement égal à 2,7 % ce qui ferait doubler la population tous les 27 ans. Même si la démographie
varie selon les groupes ethniques, le taux de croissance resterait relativement plus élevé dans le Grand
Nord que dans le Grand Sud du Cameroun. Néanmoins, si le taux de fécondité est plus fort dans le Nord,
le taux de mortalité infantile est également plus élevé. L'effet du Sida sur la démographie dont le taux de
prévalence avoisine 10 % est encore largement méconnu. Dans le Grand Nord plus qu'ailleurs le
nombre d'enfants est considéré comme une source de revenu économique et correspond d'ailleurs à la
demande exprimée des femmes (Direction des statistiques et de la comptabilité nationale du Cameroun,
1999). Même si, selon les démographes, la natalité devait progressivement baisser en relation avec
l'urbanisation croissante des sociétés, cette croissance va rester rapide dans les deux prochaines
décennies.

3 000 000

2 500 000

2 000 000
Population

Adamoua
1 500 000 Nord
Extrème Nord
1 000 000

500 000

0
1976 1987 1999 (e)
Années

Source : Ministère de l'économie et des finances, 2000. Ce sont des estimations.

Figure 1. Croissance démographique dans les trois provinces du Grand Nord.

Actes du colloque, 27-31 mai 2002, Garoua, Cameroun


Les grands enjeux du développement agricole
Parmi les enjeux du développement agricole dans le Grand Nord nous en avons sélectionné quatre qui
nous semblent particulièrement importants à savoir la pression humaine, la diversification et la sécurité
alimentaire, la privatisation de la société cotonnière et l'intégration régionale.

Oublier le discours malthusien


Les diagnostics sur l'agriculture du Nord-Cameroun dressent généralement un tableau relativement
pessimiste des évolutions en cours : sous la pression croissante des populations, les écosystèmes surpeuplés
seraient en voie de dégradation rapide. Les producteurs, en général peu réceptifs aux thèmes techniques
promus par la vulgarisation, pratiqueraient une agriculture minière, dégraderaient les sols et épuiseraient les
ressources en bois alors que leurs troupeaux dégraderaient les pâturages. Ces différents déséquilibres
conduiraient à un déficit alimentaire chronique, à des conflits et à des émigrations massives.
Dans le Grand Nord comme dans le reste de l'Afrique la croissance démographique est le plus souvent
présentée comme une menace. Les discours malthusiens engendrent la mise en place de projets « dans
l'urgence » visant des résultats à court terme. Or, le développement, le rythme et le fonctionnement des
projets de courte durée ne correspondent pas au rythme de développement et au fonctionnement des
communautés rurales. Une grande partie des projets élaborés dans le Grand Nord Cameroun laissent peu
de traces une fois le projet terminé.
Au contraire, le Grand Nord offre des exemples remarquables d'adaptations réussies sans l'intervention de
projets ou de programmes d'encadrement. Au cours des siècles, les paysans des monts Mandara ont
développé des systèmes de production très intensifs dans des écosystèmes relativement austères permettant
des densités de plusieurs centaines d'habitants au kilomètre carré (Seignobos et Yiébi-Mandjek, 2000)
(Hallaire, 1992) (Yana et al., 1993) (Gendreau et al., 1991). Les producteurs ont mis en valeur des sols
considérés jusque-là comme inutilisables comme certains sols cuirassés, les sols hydromorphes des grandes
plaines ou les bordures des grands cours d'eau. Dans les zones cotonnières les producteurs ont adopté des
systèmes de production intensifs et complexes utilisant les sols de manière relativement durable (Mianze et
al., 1997). De même, la production d'oignons irrigués atteint plusieurs dizaines de milliers de tonnes
pratiquement sans encadrement (Essang et Moustier, 1994 ; Moustier 1997). En somme, la croissance
démographique ne conduit pas fatalement à des crises malthusiennes. Les producteurs des savanes
africaines montrent des grandes capacités d'adaptation et d'innovation.
La relation population - ressources peut se décrire géométriquement par une courbe en U (figure 2).
L'abscisse de la courbe en U est la pression humaine ou la densité de population par unité de surface.
Cette dernière peut être la surface totale, la surface cultivable ou la surface cultivée (Boissau et al., 1999)
et en ordonnée la quantité de biomasse existante ou produite (Sherr et Hazell, 1994) (Ruthenberg, 1980)
(Boserup, 1965) (Tiffen et al., 1994). La courbe représente dans sa phase descendante la dégradation de
ressources sous la pression des défricheurs et dans sa phase ascendante la régénération des ressources
par des populations plus nombreuses sédentaires forcées à prendre de soin et à valoriser leurs ressources
pour produire plus. La courbe en U s'oppose à une description malthusienne des évolutions agraires
selon laquelle la croissance démographique induit une dégradation des ressources naturelles qui, elle,
induit des déficits alimentaires plus ou moins catastrophiques.
En Afrique, les densités de population étant généralement faibles les scientifiques observent rarement la
phase montante de la courbe en U si ce n'est dans les zones de montagnes comme en Ethiopie, au
Burundi, au Rwanda ou au Nord Cameroun. Les producteurs confrontés à la baisse de productivité de
leurs ressources ont tendance à migrer vers des zones moins peuplées où il reste des ressources à
exploiter. Au cas où l'émigration n'est pas une option, la croissance démographique induit une certaine
intensification et une meilleure conservation des ressources devenues rares voir une restauration de
celles-ci. Dans les zones de savane, le fond de la courbe en U est généralement atteint autour de
60 habitants au kilomètre carré. Peu de zones rurales dépassent cette densité, sauf dans les montagnes.
Le passage à l'intensification agricole, la phase montante de la courbe en U, n'induit pas automatiquement
une meilleure productivité par travailleur. Pour obtenir ces gains il faut obtenir des économies d'échelle
(Boserup 1965 ; Lele 1989). Par exemple une population dense permet de réaliser des grands travaux

Savanes africaines : des espaces en mutation, des acteurs face à de nouveaux défis
(barrages, terrasses, routes) à moindre coût. Elle induit aussi une baisse des coûts des investissements publics
(école, centre de santé). Elle induit encore une spécialisation des métiers qui favorise à son tour les gains de
productivité. Les stratégies de développement doivent s'appuyer sur les tendances lourdes de la croissance
démographique et sur la recherche d'économie d'échelles pour améliorer la productivité par actif.

Ressources
naturelles

Adamaoua Brûlis
Brûlis,
Wasa chasse
Monts Mandara
Savane cueillette Triple culture
arborée Terrasses
Jachère
longue durée
Bénoué
Double culture Cordons
Jachère
Savane pierreux Piémont
courte durée
arbustives Culture continue
Agroforesterie
Ley système Bas fonds
Maroua
Fumure
Steppe
organique Densité de
5 30 60 100 population

Figure 2. Pression démographique et ressources naturelles dans le Nord-Cameroun.

Diversification et sécurité alimentaire


La sécurité alimentaire demeure une préoccupation importante dans le Grand Nord où les taux de
malnutrition sont encore très élevés. On incrimine la variabilité du climat, la baisse de la fertilité des sols,
l'excès de population par rapport aux ressources mais aussi les stratégies de développement orientées vers
les cultures commerciales. Si la pluviosité des années 90 a été relativement plus abondante et stable que
celle des deux décennies précédentes (figure 3), elle reste inférieure à celle des années soixante. Par ailleurs,
les prévisions à moyen terme sont pessimistes. Selon les modèles climatiques simulant l'effet probable du
réchauffement de la terre, le climat de l'Afrique subsaharienne devrait s'assécher mais aussi présenter des
épisodes climatiques plus extrêmes ce qui bien sûr serait préjudiciable à la sécurité alimentaire.

1800
1600
1400
1200
Millimètres

1000
800
600
Ngaoundéré, Tibati
400
Garoua
200
Maroua, Yagoua
0
1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999
Années

Source : MINAGRI/DEPA/CES, AGRI-STAT. CAMEROUN 4.


Figure 3. Evolution de la pluviosité dans le Grand Nord de 1990 à 1999.

Actes du colloque, 27-31 mai 2002, Garoua, Cameroun


La pluviosité relativement régulière des années 90 n'a pas permis d'enrayer le déclin de la production de
mils et de sorghos (tableau I).
Tableau I. Production en milliers de tonnes.

1992/93 1993/94 1994/95 1995/96 1996/97 1997/98 1998/99 1999/00 2000/01*


Mil et Sorgho 409 281 325 350 366 371 381 277 284

Sources : MINAGRI/DEPA (Enquête agricole annuelle), DP/MINEFI et AGRI-STAT, * PREVISIONS in DSCN, Le


Cameroun en Chiffres 2000, oct. 2001, p 15. (Ministère de l'agriculture du Cameroun,1999).

La province de l'Extrême-Nord est fréquemment considérée comme la plus déficitaire. Les projections
démographiques pour l'année 1999 y prévoient 2,533 millions d'habitants. La FAO estime que pour
couvrir les besoins nutritionnels minimums il faut 180 kilos de céréales par personne et par an soit un
besoin total de 450 000 tonnes alors que la production de céréales atteignait 350 000 en 1997 tonnes ce
qui indiquerait un déficit assez considérable. De plus ne sont pas comptés ici les pertes de récolte et les
semences. Sachant que l'année 1997 a connu une bonne pluviométrie, on peut s'inquiéter de la situation
de la province.
En fait, la situation est moins catastrophique qu'elle n'y paraît. En effet, le déficit est théoriquement
couvert par les légumineuses : quelque 120 000 tonnes d'arachide et de niébé dont la richesse en calorie
est comparable et la richesse en protéine nettement supérieure. Dans l'Extrême-Nord les producteurs ont
tendance à substituer les légumineuses aux céréales car les populations urbaines tendent à diversifier leur
consommation.
Dans tout le Grand Nord, et surtout dans l'Extrême-Nord, on observe une rapide diversification des
productions. La production de contre saison, essentiellement sorgho de décrue, riz et maraîchage
(Seignobos, 1990).

3000

2500 Maize
Millet
2000 Sorgho
kgs/ha

1500

1000

500

0
63

66

69

72

75

78

81

84

87

90

93

96

99
19

19

19

19

19

19

19

19

19

19

19

19

19

Années

Figure 4. Evolution des rendements des céréales dans le Nord-Cameroun.

La privatisation de la filière cotonnière


La probable privatisation de la société cotonnière Sodécoton est un sujet d'inquiétude pour les
populations du Grand Nord (Asfom et Gaudard, 1997). La vente de coton représente la principale source
de revenu monétaire pour plus de 350 000 producteurs. Une bonne partie du dynamisme rural s'articule
autour des groupements villageois cotonniers. La Sodécoton en tant que société de développement
fournit aussi des services ruraux tels que le crédit, la vulgarisation ou la construction des voies d'accès.
La société passait pour une des mieux gérée d'Afrique. Les 8 usines d'égrenage et les 2 huileries

Savanes africaines : des espaces en mutation, des acteurs face à de nouveaux défis
représentent l'essentiel des structures industrielles du Grand Nord employant plusieurs milliers
d'ouvriers. Par ailleurs, la production cotonnière continuait d'augmenter malgré la crise (figure 5).
Avoisinant 200 000 tonnes, le Cameroun se plaçait dans les 5 premiers producteurs de coton graine en
Afrique de l'Ouest francophone et selon les années, le coton représente autour de 5 % de la valeur des
exportations du pays.

250000 1600

Rendement coton graine 1400


200000 Surfaces
1200
Production
1000

kg/hectare
150000
Tonnes

800
100000 600

400
50000
200

0 0
61

64

67

70

73

76

79

82

85

88

91

94

97

00
19

19

19

19

19

19

19

19

19

19

19

19

19

20
Années

Source : FAOSTAT 2002.


Figure 5. Evolution de la production de coton graine au Cameroun.
Tableau II. prix du coton kg CAF en FF.

1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999


Prix du coton 9 6,4 6,7 9,1 10,5 9,2 10 17,4
Source : (BEAC 1998).

Sous la pression des institutions internationales, les gouvernements des pays d'Afrique francophone se
désengagent progressivement de la gestion directe des sociétés cotonnières, les remettant au secteur
privé ou aux organisations paysannes. Le principe de la privatisation de la Sodécoton a été accepté par
l'Etat camerounais, mais ce processus, plus qu'ailleurs, est très lent dans la mesure où l'Etat réclame des
garanties sérieuses auprès des éventuels repreneurs. Le processus de privatisation inquiète d'autant plus
que le prix mondial de la fibre est aujourd'hui très bas et pourrait se maintenir bas pour plusieurs
campagnes. La concurrence des fibres synthétiques et des subventions de certains grands pays
producteurs dépriment les marchés. Si le marché mondial ne montre pas d'amélioration rapidement et de
manière durable, les sociétés privées pourraient se désintéresser rapidement de la filière cotonnière
africaine.
Toutefois, les pays de la zone franc jouissent d'un certain nombre d'avantages comparatifs pour la
production de coton (ICAC, 2001) (Consultants, 1995). Le climat est relativement favorable, la main-
d'œuvre est peu coûteuse et la qualité de la récolte à la main assure à la fibre africaine une assez bonne
réputation sur le marché mondial (Mianze et al., 1997). Par ailleurs, la diminution progressive des
subventions aux producteurs américains, européens et chinois et les accords multifibres sur l'industrie
textile devraient progressivement renforcer la position des pays africains. Enfin, l'introduction probable
des Cotons génétiquement modifiés Bt résistant aux insectes devraient baisser les coûts de production par
rapport aux cotons traditionnels permettant ainsi de rattraper les récents gains de productivité des
producteurs américains. L'introduction des OGM nécessitera de la part du Cameroun la mise en place de
lois sur la biosécurité et, plus important, la mise en place d'un contrôle d'éventuels impacts
environnementaux, notamment sur les cotonniers pérennes utilisés dans les monts Mandara. En somme si
le Grand Nord possède des avantages comparatifs certains pour la production cotonnière, l'avenir de la
filière reste tributaire des changements institutionnels en cours.

Actes du colloque, 27-31 mai 2002, Garoua, Cameroun


Intégrer le Grand Nord dans l'économie régionale
L'avenir économique du Grand Nord dépend en grande partie de ses relations avec le reste du Cameroun
et de ses relations avec ses voisins Tchad, Centrafrique et surtout avec le Nigeria. L'aménagement de la
nouvelle route Yaoundé Ngaoundéré va faciliter les relations commerciales avec le reste du Cameroun.
Jusque-là ses relations ont été handicapées par la distance et par l'obstacle que constitue le plateau de
l'Adamaoua. Contrairement aux idées reçues, l'économie du Nord-Cameroun n'est pas forcément en plus
mauvaise posture que celle du Sud. Si en 1983-1984, quelque 41 % de la population du Nord étaient
considérés pauvres et 25 % très pauvres, les chiffres étaient comparables dans le Sud (ECB, 1983-1984). La
consommation par habitant dans le Nord rural était de 99 000 CFA contre 114 000 pour le Sud rural ce qui
reste comparable. De plus, la consommation dans le Nord urbain était nettement supérieure à la
consommation dans le Sud urbain (Douala et Yaounde exceptés) avec 218 000 F CFA contre
161 000 F CFA. Il est difficile d'estimer dans quel sens ces chiffres ont évolué depuis 20 ans alors que la
situation générale du Cameroun s'est détériorée. La crise et la dévaluation ont certainement réduit les écarts
entre ville et campagne (Aerts et al., 2000) les revenus des urbains ayant très fortement décliné avec la
dévaluation alors que ceux des ruraux n'ont décliné que modérément. Dans le grand Nord, le maintien
puis la nette reprise du secteur cotonnier depuis la dévaluation et le développement de nouvelles filières
laissent à penser que la situation ne s'est pas détériorée comme dans le Sud où les économies caféières et
cacaoyères sont demeurées profondément en crise. La dévaluation de la monnaie a permis au Cameroun
d'améliorer ses performances macroéconomiques, mais ce redressement reste fragile car l'essentiel des
recettes du pays provient du bois et du pétrole dont les stocks sont en voie d'épuisement. L'économie
camerounaise souffre de faiblesses structurelles qui ne laissent pas présager un développement rapide et
durable provenant de sa partie Sud.
Les perspectives économiques du Grand Nord sont étroitement liées aux échanges transfrontaliers (Egg et
Herrera, 1998 ; Aerts et al., 2000). Le grand Nord est proportionnellement plus connecté avec le Nigeria
que ne le sont les provinces du Sud. Quelque 15 % des produits consommés par les ménages du grand
Nord proviennent du Nigeria (Herrera, 1995). Ce sont essentiellement des produits manufacturés car le
Grand Nord est relativement autosuffisant pour les produits traditionnels. La continuelle faiblesse de la
monnaie et le faible coût de l'énergie au Nigeria rendent l'industrie camerounaise peu compétitive même
après la dévaluation du Franc CFA (Aerts et al., 2000). Toutefois les usines d'égrenage, les huileries et la
brasserie du Nord Cameroun sont des industries stables qui souffrent modérément de la concurrence
nigériane. La dévaluation du CFA a eu un impact positif sur le secteur rural (Ayissi, 1995). Les prix des
produits d'exportation ont augmenté sensiblement et le gouvernement a réduit l'effet de l'augmentation sur
les intrants en réduisant les taxes.
Concernant l'élevage, les deux provinces les plus septentrionales sont le passage obligé des transports
entre le Tchad et le Nigeria notamment des troupeaux tchadiens dont une bonne partie du commerce
n'est pas déclaré (Mian Oudanang, 1999). La production de viande du Nord Cameroun provient en
grande partie des plateaux de l'Adamaoua qui fournit l'Ouest du Cameroun mais aussi le Nigeria.
Les relations entre le Nigeria et le Cameroun vont probablement s'intensifier dans l'avenir. La croissance
et la diversification de la demande urbaine du Nigeria vont offrir d'importantes opportunités de
développement agricole pour le Nord-Cameroun qui possède encore d'importantes réserves de terres et
d'eau dans les vallée de la Bénoué, du Logone et du Chari et d'importants pâturages dans l'Adamaoua.

Conclusion
Les quatre enjeux majeurs du développement agricole du Grand Nord sont l'accompagnement de la
croissance démographique et des migrations, la sécurité alimentaire, la libéralisation de la filière cotonnière
et l'intégration dans l'économie régionale. La croissance démographique est un atout qui permettra de
densifier les échanges et d'obtenir des économies d'échelles en matière d'investissement. Si la sécurité
alimentaire semble précaire, il est probable que la diversification en cours dans le Grand Nord répond à une
stratégie d'intégration des populations rurales au marché. Les producteurs se tournent vers des cultures
commerciales et comptent sur les apports d'autres régions plus céréalières (Tchad et Nigeria pour
s'approvisionner en cas de difficulté). Concernant la prochaine privatisation de la société cotonnière, il est
certain qu'elle aura un impact important sur la manière d'envisager le développement rural dans le Grand
Nord. Le problème du financement des campagnes agricoles reste entier. Enfin, l'intégration du Grand Nord
dans l'économie camerounaise et avec les pays frontaliers va s'intensifier.

Savanes africaines : des espaces en mutation, des acteurs face à de nouveaux défis
Bibliographie
AERTS J.-J., COGNEAU D., HERRERA J., DE MONCHY G., ROUBAUD F., 2000 L'économie
camerounaise. Un espoir évanoui. Paris. Khartala. 297 p.
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Garoua (CAM), 2002/05/27-31
ISBN 2-87614-580-4

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