Fascicule Histo Tles
Fascicule Histo Tles
Le bilan de la 2ème guerre mondiale peut être apprécié à différents niveaux. Nous retenons surtout les
pertes humaines, le profond traumatisme moral et les dégâts matériels et environnementaux quelle
a engendrés.
Les pertes civiles et militaires du second conflit mondial sont sans proportion avec celles de la
« Grande Guerre ». Cest une véritable saignée démographique. En six ans dhostilités, elle
occasionne 50 millions de victimes contre 8 à 10 millions pour la guerre 14-18. Lampleur de la
tragédie sexplique par la puissance et la modernité des engins de guerre (la science et la
technique mises au service de la guerre : bombardements aériens, arme atomique ) et les pratiques
inhumaines (liquidation physique de ladversaire, déportation dans les camps dextermination
nazis ).
Cependant, les continents et les Etats belligérants sont différemment affectés. Le document 1
illustre, à titre comparatif, les pertes démographiques des deux guerres.
On peut aussi noter, entre autres effets de la guerre, un déficit des naissances, un vieillissement de la
population, un sex-ratio en faveur des femmes et des transferts ou des expulsions de populations.
La « stratégie de la terreur » est pratiquée par chaque camp : massacres systématiques, torture,
exactions, traitements inhumains infligés aux prisonniers Cette tactique danéantissement vise à
éliminer ladversaire et à saper son moral. Mais, le summum de lhorreur atteint par lAllemagne
nazie est inégalé. En plus du langage déshumanisant tenu notamment à lendroit des Juifs (« nous
ne sommes pas épouillés » pour reprendre HIMMLER), on note des sévices perpétrés dans les
« usines de la mort ». Ils sont 5 à 6 millions de Juifs à être exterminés dans les camps de
concentration de Dachau, Auschwitz, Buchenwald
Ce génocide appelé Holocauste ou Shoah (catastrophe en hébreu) est encore vivace dans la
mémoire collective juive et dans la conscience morale de lhumanité.
Tout comme les Juifs, les Tirailleurs Sénégalais ont été eux aussi des victimes dune guerre qui
nétait pas la leur.
1
C Une catastrophe économique et environnementale
Les pertes matérielles et financières ainsi que les atteintes à lenvironnement sont immenses. En
effet, les destructions des moyens et des infrastructures de communication (routes, voies ferrées,
ports, aéroports, ponts, barrages ) et de production (usines) répondent à une volonté de réduire les
capacités de résistance de ladversaire. Ce sont donc des régions et des viles entières (Berlin,
Cologne, Stalingrad, Liverpool ) qui sont transformées en champs de ruines.
Certes, lEurope offre lun des tableaux les plus sombres. Son économie est à genou et ses terres
de cultures dévastées accentuent la précarité de la vie des survivants. Elle devient débitrice envers
des pays tels que les Etats-Unis.
Dautres continents impliqués de gré ou de force enregistrent également des pertes économiques.
Cest le cas de lAfrique par le biais de leffort de guerre apporté aux métropoles.
Quant à la nature, elle subit les effets néfastes des bombardements et des gaz toxiques. Le paysage
apocalyptique quoffrent Hiroshima et Nagasaki témoigne de ce déséquilibre écologique qui se
répercute encore sur la santé des populations.
Dès la guerre, mais surtout à la fin de celle-ci, les vainqueurs entament des pourparlers pour la
reconstruction du monde.
Dès la guerre et à la fin de celle-ci, les Alliés se rencontrent pour discuter des choix stratégiques
permettant de vaincre lennemi, décider de son sort quand la victoire semble se dessiner et jeter les
bases dune sorte de « gouvernement mondial » pour linstauration dune paix durable.
Elles sinscrivent dans ce quon peut appeler les conséquences diplomatiques de la guerre. Les
plus déterminantes sont les « Conférences à Trois » : Téhéran, Yalta et Potsdam.
A 1 La conférence de Téhéran
Elle se réunit en terre iranienne lorsque la défaite de lAllemagne semble proche. Du 28 novembre
au 2 décembre 1943, ROOSEVELT, CHURCHILL et STALINE élaborent avec leurs états-majors
des plans dattaque de lAllemagne nazie. Il est aussi question douvrir un front à lOuest pour
permettre à lURSS de souffler.
Toutefois, le choix de ce débarquement (dans les Balkans ou en France, opposition entre
CHURCHILL et STALINE) divise les chefs dEtat. Les premières recompositions de frontières
sont planifiées.
A 2 - La conférence de Yalta (cf. doc. 2)
Les Trois Grands se retrouvent pour une seconde fois à Yalta (péninsule de Crimée ex- URSS).
Pour beaucoup dobservateurs le partage du monde se dessine par les négociations houleuses qui
se tiennent du 4 au 11 février 1945. Elles scellent le sort de lEurope à travers les décisions
suivantes :
la division de lAllemagne en quatre zones doccupation (USA, URSS, Grande Bretagne
et France) et le paiement des indemnités de réparations;
lURSS est confortée dans ses annexions opérées depuis 1940 en échange dune
intervention contre le Japon;
létablissement en Europe de gouvernements provisoires libres et démocratiques dans tous
les pays libérés.
la perspective de création dune organisation mondiale.
A 3 La conférence de Potsdam
Cest à Potsdam, une banlieue de Berlin, que se tient, du 17 juillet au 2 août 1945, la troisième
rencontre à Trois. Elle laisse apparaître les premiers signes de désaccord au sein de la « Grande
2
alliance ». En effet les expressions « élections libres » ou « gouvernements démocratiques »
divisent Occidentaux et Soviétiques. Cette rencontre se tient donc dans une atmosphère de méfiance
réciproque et dans un contexte tout nouveau. En effet, le III ème Reich sest écroulé et les Etats-Unis
dotés de larme atomique peuvent, sans laide soviétique, mettre fin à la guerre contre le Japon.
En outre, des changements dhommes seffectuent à la tête des gouvernements américain et
anglais. Clément ATTLEE succède à CHURCHILL (28 juillet) tandis que ROOSEVELT (mort le
12 Avril) est remplacé par H. TRUMAN. Ce dernier mécontent du comportement de STALINE en
Europe de lEst met fin au prêt bail.
En dépit des clivages nés des rivalités dintérêts les Alliés arrivent aux conclusions suivantes :
Sur un autre registre (cette fois-ci juridique), une justice des hommes se met en place pour la
première fois après une guerre. A défaut de punir des Etats, les procès de Nuremberg ou de Tokyo
punissent les criminels de guerre.
Les notions de « crime contre lhumanité » et de « génocide » entrent dans la sphère juridique.
Les TPI et les CPI ne sont que des prolongements de cette volonté de faire face à limpunité.
Lavancée des forces Occidentales à lOuest et Soviétiques à lEst partage de fait lEurope.
LURSS sest considérablement agrandie à lOuest avec les annexions sur les pays Baltes, lEst
de la Pologne et une partie de la Tchécoslovaquie.
La Pologne sétend à lOuest de lAllemagne qui perd aussi ses conquêtes de guerre. La frontière
est fixée sur la ligne Oder-Neisse.
Dans les Balkans, lItalie cède une partie de lIstrie à la Yougoslavie.
Hors dEurope, en Asie et en Afrique, la situation antérieure est rétablie. Mais lautorité des
métropoles est compromise par léveil des consciences et les élans de solidarité internationale
symbolisés par lONU.
Les élèves sont invités à se constituer en groupes de travail, à faire un dossier sur lONU et à le
déposer auprès du professeur. La réflexion peut être organisée autour des points ci-après :
Introduction
I - Historique et buts
II - Structures ou organes
III - Réussites et défis
Conclusion
N.B. : Des photos de personnages et des textes peuvent illustrer le travail.
La guerre sachève en 1945 par la victoire des Alliés. Mais, cest une victoire pleine de larmes.
LEurope paye le plus lourd tribut et perd toute influence internationale. Elle cède la direction des
affaires du monde aux deux Etats-continents, les véritables vainqueurs de la guerre : les Etats-Unis
et lURSS respectivement les porte- drapeaux du capitalisme et du socialisme.
Toutefois, aussitôt après cette guerre, par leurs divergences idéologiques, on passe sans transition à
une autre période de tension appelée la guerre froide.
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SUPPORTS
J. V. STALINE
W. S. CHURCHILL
F. D. ROOSEVELT
Rédiger pour ce document 2, une introduction en mettant laccent sur les éléments suivants :
la nature du document
la présentation des auteurs
et les circonstances de sa rédaction.
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Document 3 : LONU : la réforme ou la mort
Pour lONU, lannée 2003 aura donc été « lannée terrible » : division au sein du Conseil de
Sécurité ; non-prise en compte de ses inspections sur les armes de destruction massive irakiennes ;
entrée en guerre unilatérale des Etats-Unis ; attentat meurtrier contre le siège de lorganisation à
Bagdad ; et piteuse résolution finale obtenue le 16 octobre dernier par le gouvernement américain,
pour légitimer a posteriori sa présence en Irak, devant un Conseil qui ne cachait pas scepticisme et
amertume, mais a préféré masquer son impuissance derrière une unanimité de façade.
( ) La résolution 1441 ( ) a donné lieu à la plus violente bataille quait connu le Conseil de
sécurité depuis la fin de la guerre froide, illustrant le choc frontal de deux idéologies : celle des
Etats-Unis dAmérique contre celle des Nations Unies, de lunilatéralisme contre le
multilatéralisme, qui est lessence de lONU.
Lorganisation née en 1945, qui a servi dutile chambre décho aux tensions de la guerre froide
et de tribune au mouvement de décolonisations, a beaucoup vieilli. Loin davoir permis au monde
de devenir peu à peu cette « vallée de miel » décrite dans la mythologie des fonctionnaires
internationaux moins de guerres, dinégalités, de pollution ; plus de respect des droits de
lhomme, de justice, de solidarité entre les Etats elle na empêché ni lexplosion de la
Somalie, ni le génocide au Rwanda, ni les massacres en Bosnie, et bute aujourdhui sur la
prétention de américaine à subordonnée le destin de la planète à celui de la nation dominante.
Document 4
LONU est un instrument dont se sont dotés les 191 Etats de lorganisation, au premier rang
desquels les cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Et elle nest que ce quils décident
(ou pas) den faire ( ). Eux qui rendent improbable toute réforme majeure de linstitution en
plaçant leurs rivalités au-dessus de ladaptation des Nations Unies au monde daujourdhui. Le
premier carcan que les Etats imposent à lONU, cest celui des mots. « Les résolutions de
lONU, cest comme des hot dogs. Si vous savez comment cest fabriqué, vous navez pas
envie den manger. Vous avalez sans poser de questions » ( ).
Le deuxième carcan que les Etats imposent à lONU, cest celui des moyens ( ). Outre les termes
des mandats fixés à lONU, les hommes et les moyens financiers quils lui accordent, les Etats
membres enserrent aussi lorganisation dans le carcan de limmobilisme, en rendant improbable
toute réforme majeure alors même que linstitution, conçue il y a près de soixante ans, nest
dévidence plus adaptée au monde actuel. Les projets de réforme nont pourtant pas manqué, dès
1945 ! ( ). La Charte a été amendée après laugmentation du nombre dEtats membres dans la
foulée de la décolonisation : une fois (1963) pour faire passer de 11 à 15 le nombre de sièges au
Conseil de Sécurité, deux fois (1963 et 1971) pour augmenter les effectifs de lEcosoc (Conseil
économique et social) ( ) . La liste des membres permanents du Conseil ne reflète pourtant pas la
réalité du pouvoir, économique surtout, dans le monde et la montée des puissances régionales sur la
scène internationale ( ).
Après la crise irakienne du printemps, le Royaume-Uni a proposé de porter le nombre total de
sièges au Conseil de Sécurité de 15 à 24, un effectif qui pourrait faire consensus. Et daccroître
celui des sièges permanents ( ). Et les rivalités sont innombrables entre postulants à déventuels
sièges permanents : le Pakistan ne veut pas que lInde sen voit attribuer un. LArgentine est
conte un siège pour le Brésil. La Chine ne voit pas dun bon oeil un siège japonais, etc.
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2 LES RELATIONS EST-OUEST
DE LA GUERRE FROIDE A LA CHUTE DU MUR DE BERLIN
(1945-1991)
Les alliances survivent rarement à la disparition de lennemi contre lequel elles étaient nouées. La
coalition antihitlérienne codirigée par les Etats-Unis dAmérique et lUnion Soviétique ne déroge
pas à cette règle.
De 1945 à la chute du mur de Berlin, un antagonisme idéologique inconciliable oppose les deux
Grands. Il sétend très vite à toute la planète et la divise en deux blocs : lEst et lOuest. Cest
leur face à face par alliés interposés que Raymond ARON définit par la formule « guerre
improbable, paix impossible ». On lappelle la guerre froide.
Cette rivalité Est-Ouest ne risque-t-elle pas de compromettre les espoirs de paix nés avec la création
de lOrganisation des Nations Unies (O.N.U.) ? Ne fait-elle pas croire à limminence dune
troisième guerre mondiale ?
Nous verrons dune part les différentes phases de tensions puis de détente dans les relations Est-
Ouest et enfin le monde né au lendemain de la chute du mur de Berlin et de léclatement de
lUnion Soviétique.
Les rapports conflictuels entre les Etats-Unis et lUnion Soviétique font voler en éclat les espoirs
de paix nés avec la création de lO.N.U. Cette rivalité américano-soviétique popularisée par Walter
LIPPMANN (cf. doc. 3) résulte de la mise en place des blocs (cf. doc. 2) et de leurs déclarations de
guerre froide (cf. doc. 6 et 7).
Avant de les retrouver en Asie, lEurope séparée en deux camps adverses par un « rideau de fer »
(cf. doc. 1) est le principal foyer de leur affrontement indirect.
A 1 Le bloc de lOuest
Les Etats-Unis sont la puissance directrice du bloc de lOuest. Leur suprématie militaire et
économique se traduit à la veille de la fin du second conflit mondial par une politique de fermeté
envers lunion Soviétique de STALINE. Lattitude et le comportement de celui-ci en Europe
centrale et orientale irritent TRUMAN. Ce dernier annonce devant le Congrès américain, en mars
1947, sa politique de soutien aux « peuples libres » et de « containment » ou dendiguement du
lexpansion du communisme.
En juin de la même année, le Plan Marshall (cf. doc. 5) dun montant de 13 milliards de $ permet
en même temps le redressement économique et la mainmise américaine sur lEurope de lOuest.
Les seize pays qui acceptent cette aide forment en avril 1948 lO.E.C.E. qui devient O.C.D.E. en
1961. Le Japon, autre victime, reçoit une assistance de 1 225 millions de $.
Lanti-communisme est complété par un dispositif dencerclement militaire. La « menace rouge »
contraint les Etats-Unis à signer, le 4 avril 1949, le Pacte de lAtlantique Nord. Il est suivi dune
intégration dans le cadre de lOrganisation du Traité de lAtlantique Nord (O.T.A.N.) des armées
des pays membres (Etats-Unis, Royaume Uni, Canada, France, Pays-Bas, Danemark, Norvège,
Islande, Luxembourg, Italie, Portugal, Grèce, Turquie, R.F.A.). Ce dispositif sintéresse à
dautres continents dont lAmérique latine avec le Pacte de Rio (1947) et le Pacte de Bogota
(1948) ; lOcéanie avec lA.N.Z.U.S. (1951) autour de lAustralie et de la Nouvelle Zélande ;
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lAsie avec lO.T.A.S.E. signé en 1954 et enfin le Pacte de Bagdad qui lie sous légide
américaine, en 1955, la Grande Bretagne à la Turquie, lIran, lIrak et le Pakistan.
A 2 Le bloc de lEst
LUnion Soviétique dirige le bloc de lEst. Elle a besoin, pour sa sécurité, dun glacis territorial.
Par la « tactique du salami » (contrôler les postes-clés des gouvernements : Intérieur, Justice, Armée
et Economie; diviser ou éliminer les adversaires politiques; truquer les élections), elle sagrandit
sur les pays dEurope centrale et orientale. Seule la Yougoslavie lui échappe.
La « doctrine Jdanov » est une réplique à la « doctrine Truman ». Lunion Soviétique ne voit dans
le Plan Marshall quune initiative impérialiste. Les « démocraties populaires » la suivent dans son
refus et son rejet de laide américaine.
Créé le 5 octobre 1947, le Kominform symbolise, en tant quorgane de liaison des partis
communistes européens, lunité politique du camp de lEst. Deux accords consolident
lalignement des « satellites » sur lUnion Soviétique. Il sagit du Conseil dAssistance
Economique Mutuelle (C.A.E.M. ou Comecon) et du Pacte de Varsovie (alliance militaire) créés
respectivement en 1949 et en 1955.
Lhostilité réciproque des deux leaders des camps adverses refroidit les relations internationales et
accentuent les risques daffrontement.
B 1 Le coup de Prague
On appelle « coup de Prague » la prise du pouvoir par le Parti communiste de la Tchécoslovaquie
(P.C.T.) en février 1948 suite à une fausse manuvre des ministres « bourgeois ».
B 2 La 1ère crise de Berlin (cf. doc. 8)
Le problème allemand et la ville de Berlin située au cur de la zone dinfluence soviétique
empoisonnent à nouveau les relations internationales. En effet, la volonté des Occidentaux de faire
renaître économiquement et politiquement lAllemagne inquiète les Soviétiques. Si pour ces
derniers lAllemagne doit être la source financière des réparations pour les Américains cest à la
fois un marché à gagner et un bouclier contre lavancée du communisme.
La fusion des zones doccupation américaine et anglaise (« bizone ») puis française (« trizone »)
suivie, toujours en 1948, de la création dune monnaie le Deutschmark avivent les divergences. En
guise de représailles les Soviétiques coupent le 23-24 juin 1948 toutes les voies daccès terrestres à
la partie occidentale de la ville : cest le blocus de Berlin.
Les Occidentaux que STALINE veut déloger répondent par un gigantesque « pont aérien » pour
assurer le ravitaillement de la ville. Le 12 mai 1949, cette tentative dasphyxie se solde par un
échec. La même année deux Etats naissent : la R.F.A. (23 mai) et la R.D.A. (7 octobre).
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Toutefois, cette période daffrontement nest pas allée jusquà la guerre ouverte. Elle est aussi
jalonnée par des phases de détente ou coexistence pacifique.
A partir de 1953, plusieurs facteurs concourent à apaiser les tensions ente lEst et lOuest. La
détente ou la coexistence pacifique se substitue à la guerre froide (cf. doc. 3 et 4). Elle fait des deux
supergrands des « adversaires-partenaires ».
Pourtant, malgré leur rapprochement, des crises majeures menacent de transformer la guerre froide
en guerre chaude au moment où des conflits périphériques secouent le Proche Orient, lAsie,
lAmérique latine et lAfrique.
A 2 Léquilibre de la terreur
Avec la compétition militaire, les puissances rivales disposent chacune dun arsenal nucléaire
capable de détruire lHumanité. En effet, après les Etats-Unis qui mettent au point la bombe A et la
bombe H respectivement en 1945 et en 1949, les Soviétiques accèdent à la parité nucléaire en 1949
et en 1953. Mieux, lUnion Soviétique lance en 1957 Spoutnik, le premier satellite artificiel dans
lespace. La réaction américaine ne tarde pas. Pour combler le « missile gap » ils créent la National
Aeronautics and Space Administration (N.A.S.A.).
On parle alors dun « duopole nucléaire ». Il permet un « équilibre de la terreur ». La peur dun
coanéantissement violent avec larme atomique se lit à travers les propos tenus par les dirigeants
soviétique et américain.
Dans Ce que je pense de la coexistence pacifique, KHROUCHTCHEV invite ses adversaires à
« vivre en paix, en bons voisins » pour éviter « une guerre qui ne connaîtrait pas de distinction
entre le front et larrière, entre les soldats et les enfants ».
Quant à NIXON, il déclare dans un discours prononcé en 1969 que « la puissance qui provoquerait
une guerre thermonucléaire ne pourrait sattendre à aucun avantage et certainement à aucune
victoire ».
La prise de conscience du péril qui menace le monde se traduit en acte par linstallation, en juin
1963, dun « téléphone rouge » entre Washington et Moscou. Les deux grands consolident cette
atmosphère de paix par des accords dont :
8
Les accords de Moscou interdisant les essais nucléaires dans latmosphère (1963) ;
Le traité de non-prolifération des armes nucléaires (1968) ;
Les accords SALT I (1972), SALT II (1979) et START (1982) ;
Les accords dHelsinki ou Conférence pour la Coopération et la Sécurité en Europe
(1975).
En signe de bonne volonté, ils organisent des rencontres. KHROUCHTCHEV se rend à Londres en
1956, aux Etats-Unis en 1959 et à Paris en 1960. Il rencontre KENNEDY à Vienne en 1961.
Moscou reçoit NIXON en 1972 et Washington accueille BREJNEV en 1973.
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B 2 La crise des fusées de Cuba (cf. doc. 10)
La crise la plus grave est celle de Cuba. Le renversement de Fulgencio BATISTA par Fidel
CASTRO en janvier 1959 envenime les rapports entre Cubains et Américains. Après léchec du
débarquement de la « baie des cochons » (15 avril 1961), Fidel CASTRO se rapproche de Moscou
pour se protéger. Pour épauler son allié caribéen et gagner une position stratégique,
KHROUCHTCHEV lance « lopération Anadyr ». En mai 1962, il installe 60 missiles atomiques
et envoie 50 000 soldats soviétiques.
Alertés de cette menace le 15 octobre 1962, le Président KENNEDY décide la mise en quarantaine
de lîle. Cest un blocus à la fois militaire et économique que subit Cuba. Lescalade de la
violence se poursuit malgré la médiation du Secrétaire général de lO.N.U., le Birman Sinth
UTHANT.
Toutefois, grâce à sa détermination les deux leaders politiques échangent des correspondances. Le
27 octobre, KHROUCHTCHEV invite KENNEDY à enlever ses missiles nucléaires Jupiter
installés en Turquie en échange du démantèlement des leurs. La tension baisse dintensité le jour
suivant. Le conflit le plus dangereux est écarté de justesse.
KHROUCHTCHEV a encore joué et perdu un autre bras de fer. Il est contraint à la démission en
octobre 1964. BREJNEV le remplace à la tête de lUnion soviétique.
Cest sur fond de crise économique (chocs pétroliers de 1973 et de 1979) que les Etats-Unis
effectuent un retour sur la scène mondiale. « America is back » dit R. REAGAN. Pour protéger les
forces de lO.T.A.N. contre les fusées soviétiques SS20, il installe en Europe des fusées Pershing 2
et lance la « guerre des étoiles » ou lInitiative de défense stratégique (I.D.S.). La guerre froide
reprend et porte un coup aux Jeux olympiques de Moscou (1980) et de Los Angeles (1984).
Mais, lUnion Soviétique de GORBATCHEV minée par de graves difficultés na plus de force
pour la mener.
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III Vers la fin du monde bipolaire : de lavènement de GORBATCHEV au nouvel ordre
mondial (1985-1991)
Au milieu des années 80, un vent nouveau souffle dans le monde. Il bouleverse les relations Est-
Ouest et instaure, après la disparition de lUnion soviétique, un nouvel ordre mondial incarné par
les Etats-Unis.
LUnion soviétique ne peut plus supporter le coût financier et économique de la course aux
armements. Les réformes entreprises sous GORBATCHEV élu Secrétaire général le 11 mars 1985,
« Perestroïka » et «Glasnost », vont de pair avec une volonté dapaiser les tensions internes et
externes. Il renoue le dialogue Est-Ouest et rencontre REAGAN (à Genève en 1985, à Reykjavik en
1986, à Moscou en 1988 et à Paris en 1989) et BUSH (à Malte en 1989 et à Washington en 1990).
Cest dans cette atmosphère que les Deux grands signent, en décembre 1987, les accords de
Washington ou le traité de démantèlement des forces nucléaires intercontinentales. Ce climat de
confiance favorise le règlement du conflit Iran-Irak (1988) et le retrait des troupes soviétiques
dAfghanistan (février 1989). Les négociations du traité START sachèvent en juillet 1991 à
Moscou.
En fait, lUnion soviétique ne peut plus continuer cette guerre. Elle accepte donc la suprématie
militaire américaine et doit trouver des solutions aux problèmes qui secouent son empire.
Les premiers coups partent des « démocraties populaires ». Les vagues de contestation gagnent du
terrain malgré la répression. Partout, elles sont alimentées par les privations de liberté, le refus de
tolérer lopposition, les pénuries de toutes sortes et lendettement.
La Pologne avec le puissant syndicat Solidarnosc dirigé par Lech VALESA, la Tchécoslovaquie ou
encore la Hongrie illustrent les problèmes qui minent le camp socialiste. Lévènement décisif se
produit en Allemagne de lEst. Le rassemblement spontané, après la chute dErich HONECKER,
de près dun million de manifestants à ALEXANDERPLATZ témoigne, le 4 novembre 1989, du
ras le bol des populations. Le pouvoir de la rue triomphe le 9 novembre 1989 avec louverture du
mur de Berlin. Vingt ans après leur politique de rapprochement ou « ostpolitik » les deux
Allemagnes se réunifient à nouveau, le 3 octobre 1990.
Ces faits se greffent aux multiples problèmes internes de « lEmpire du Mal » et précipitent son
agonie.
En Union soviétique, les timides initiatives entreprises sous KHROUCHTCHEV de même que
celles des gérontocrates (BREJNEV, ANDROPOV puis TCHERNENKO) ne permettent de sortir
de limmobilisme politique et économique. Il faut trouver une issue à cette impasse. Cest ce que
tente GORBATCHEV à travers la « Perestroïka » et la « Glasnost ».
Toutefois, les remèdes politiques (abolition par le Congrès des Députés soviétiques du rôle dirigeant
du P.C., autorisation du multipartisme et mise en place dun régime présidentiel) et économiques
(libéralisme économique) inquiètent les Apparatchiks de la Nomenklatura (K.G.B., Police, P.C.U.S.
et Armée).
Le 18 août 1991, ils organisent un putsch pour stopper la libéralisation économique et la
démocratisation de la vie politique. Deux jours plus tard, le Président de la Russie, Boris ELTSINE,
fait échouer le coup de force. La désintégration de la fédération entamée plus tôt se poursuit avec
lindépendance de toutes les républiques et la dissolution des organes de fonctionnement du
socialisme en automne 1991 :
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le C.A.E.M. le 23 juin;
le Pacte de Varsovie le 1er juillet ;
le K.G.B. le 11 octobre.
Finalement, GORBATCHEV choisit de démissionner la veille de la création de la Communauté des
Etats Indépendants, le 25 décembre 1991.
LUnion soviétique nexiste plus. Aujourdhui, la Russie hérite de son veto au Conseil de
Sécurité de lO.N.U. Cependant, elle ne peut pas contrebalancer lhégémonie des Etats-Unis, les
« seuls gendarmes du monde ».
En janvier 1991, les Etats-Unis, appuyés par une armée internationale, lancent lopération
« Tempête du désert » pour libérer le Koweït envahi, le 2 août 1990, par Saddam HUSSEIN.
Cet évènement précède de quelques mois la fin de la périlleuse phase de la guerre froide.
Désormais, ils sont la seule superpuissance. Ils sont dotés de tous les atouts. Leur suprématie
militaire est totale. Elle se traduit, dans le cadre de ce nouvel ordre mondial qui sinstaure, par une
volonté dimposer un monde unipolaire. Cette volonté de subordonner le destin de la planète à
celui des Etats-Unis engendre des excès et des injustices. Or, ces injustices conduisent à ce que Mao
appelait « la mer où nagent les combattant de la guérilla ».
Ainsi, en ce début de XXIème, les Etats-Unis qui se sont arrogés de nouvelles responsabilités
mondiales font battre de plus bel les tambours de guerre qui du reste ne se sont jamais tus. Dix ans
après la disparition de leur ennemi de toujours, ils lancent, en guise de représailles aux attentats du
11 septembre 2001 et au mépris de lopinion internationale, la grande guerre contre le terrorisme.
Cest une guerre dans laquelle qui nest pas avec eux est contre eux.
Ce que les médias occidentaux nous montrent (caricatures) et les propos tenus par certains
dirigeants « Nous devons être conscients de la supériorité de notre civilisation » déclaration faite
par Silvio BERLUSCONI le 26 septembre 2001- ou encore linterdiction du port du foulard
donnent un fondement à la formule du « choc des civilisations » reprise par Samuel
HUNTINGTON. LIslam qui figure dans la liste des nouveaux épouvantails (les armes de
destruction massive, les Etats-voyous et le terrorisme) contre lesquels les Etats-Unis comptent agir,
soppose alors à lOccident.
Le 7 octobre 2001, dans leur obsession sécuritaire, ils attaquent, sans la bénédiction onusienne,
lAfghanistan accusé dabriter des membres dAl-Qaida. Ensuite, cest au tour de lIrak. Cible
désignée le 29 janvier 2002 comme un pays de l « axe du Mal » au même titre que la Corée du
Nord et lIran, il est envahi le 20 mars 2003.
Et depuis les attentats et les foyers de tension se multiplient. La Tchétchénie, léternel conflit
israélo-palestinien et les menaces nucléaires illustrent, entre autres, ce désordre international.
Lalliance contre-nature entre les Etats-Unis et lUnion soviétique na pas survécu à la
disparition de lennemi nazi. Moins de deux ans après le second conflit mondial, ces deux
superpuissances ébranlent la paix internationale. Leurs affrontements se terminent par le triomphe
des Etats-Unis et du capitalisme.
Le mur de Berlin souvre et referme une page de lhistoire du système apparu en 1917.
Une autre page de lhistoire est entrain dêtre écrite. Est-ce celle dun nouvel ordre mondial
matérialisé par lopposition frontale entre lunilatéralisme américain et le multilatéralisme ou
celle de ce qui est communément désigné par lexpression « choc des civilisations » ?
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3 LA CHINE DE 1945 AUX ANNEES 90
Après la capitulation du Japon en 1945, deux Chines se font face à face : la Chine nationaliste
(Guomindang) et la Chine communiste. Cet affrontement tourne à lavantage des Communistes. Le
1er octobre 1949, Mao Zedong proclame la République populaire de Chine.
Comment et avec qui rebâtir une Chine longtemps affaiblie par les influences étrangères et les
querelles internes ? Quelle ligne politique adopter ?
La reconstruction de la Chine commence par des réformes internes. A partir de 1953, les nouvelles
autorités sinspirent du modèle soviétique. Elles choisissent, cinq ans plus tard, de suivre leur
propre voie.
Les nouveaux dirigeants que sont Mao Zedong et Zhou Enlai entament la reconstruction. Elle passe
par ces réformes :
Sur le plan foncier : il sagit de la redistribution des terres aux paysans. Ainsi, 47
millions dhectares sont cédés à 300 millions de paysans.
Sur le plan économique : on nationalise les entreprises étrangères et celles de
laristocratie ; on lutte contre la corruption.
Sur le plan social : on assiste à un remodelage de la société à travers la loi de 1950 sur le
mariage aveclinterdiction des mariages précoces ou forcés et les fiancés-enfants ; des
mesures sont prises contre le gaspillage
En 1953, la Chine suit le modèle déconomie planifiée de lURSS. Elle lance son premier plan
quinquennal. Mais celui-ci se solde par un échec. Parmi les multiples causes, on retient surtout la
priorité accordée à lindustrie (58,2 % des investissements) au détriment de lagriculture (7,6 %
seulement), le malaise social né de la collectivisation des terres et les querelles politiques internes.
Pour tempérer les divergences une campagne dauto-critique de laction gouvernementale appelée
la « Campagne des cent fleurs » est lancée en mai 1956. Mais en juin 1957, elle se termine par une
épuration des dissidents (intellectuels). En disant « Cent fleurs daccord mais à condition quelles
soient toutes rouges » Mao effectue une véritable volte-face.
En 1958, la Chine adopte sa propre voie : cest le « Grand bon en avant » traduit par le slogan
« Par ses propres efforts, par ses propres moyens » (indépendance économique). Il sagit de
« marcher sur les deux jambes ». Autrement dit la Chine compte développer simultanément
lagriculture et lindustrie. Cette stratégie sappuie sur 26 000 communes populaires, sur une
mobilisation générale de la population et de la main duvre sous-employée. Toutefois, la volonté
na pas suffi. La Chine traverse de 1959 à 1961 une famine qui fait 15 à 20 millions de victimes.
Une conjonction de facteurs expliquent cet échec : les calamités naturelles (inondations,
13
sécheresse ), les erreurs techniques, les défaillances humaines et la rupture avec lURSS (départ
de 10 000 techniciens russes).
Sur le plan politique, Mao est affaibli au sein du PCC. Des dirigeants plus pragmatiques tels que
Liu Shaoqui, Deng Xiaoping et Zhou Enlai redressent la situation économique en redonnant la
priorité à lagriculture et en réorganisant les communes populaires (apparition de la propriété
privée).
Quand Mao revient au pouvoir, il dénonce les tendances capitalistes. En 1965, il déclenche la
« Révolution culturelle et prolétarienne ». En fait, cest la manifestation des luttes opposant les
« Maoïstes » aux « Révisionnistes ». En fin de compte, cette RCP entraîne lélimination de
beaucoup de cadres du Parti et dintellectuels. Elle conduit à la destitution de Liu Shaoqui et de
Deng Xiaoping.
Les querelles intestines pour la conquête du pouvoir savivent même après la mort de Mao en
septembre 1976.
1976 est une année décisive dans lhistoire interne et externe de la Chine. Cest un tournant qui
annonce de grandes réformes économiques.
Hua Guofeng, un maoïste modéré dirige la Chine. Il fait arrêter la « bande des quatre » et réhabilite
Deng Xiaoping en 1977. Ce dernier retrouve toutes ses fonctions. En 1978, il fait approuver par le
PCC les « Quatre modernisations ». Elles portent sur :
14
C Les limites
Malgré louverture, le PCC continue à avoir un il sur toute la vie de la société. Sur les plans
politique et culturel, on note quelques coups de frein. Il sagit de la condamnation en 1979
décrivains contestataires ou encore des campagnes contre « la pollution spirituelle » de 1983 et
contre « la littérature polluante » de 1985.
Quatre années plus tard, cest dune main de fer que Deng Xiaoping et le 1 er Ministre Li Peng
font écraser sur la place Tienanmen les étudiants qui réclament plus de liberté et de démocratie. Ce
sont là des signes dune Chine encore contrôlée par un Parti tout-puissant.
Avec larrivée des Communistes au pouvoir, la Chine sengage dans la reconstruction dun pays
meurtri par de longues années de guerre. Sur la voie de lédification du socialisme, elle adopte
plusieurs modèles de développement pour combler son immense retard économique. De lautarcie
elle passe au collectivisme puis à léconomie socialiste de marché.
Aujourdhui, elle cherche de concilier dirigisme politique et libéralisme économique.
15
4-5 LES CAUSES GENERALES
ET LES FORMES DE LA DECOLONISATION
Certaines causes relèvent dévènements extérieurs et dautres de la vie interne des peuples
opprimés.
Les deux guerres mondiales dévoilent le visage et la barbarie de lOccident. Elles mettent fin au
mythe de lhomme blanc. Par la fourniture de vivres et lenvoi de capitaux et de soldats, les
colonisés participent à leffort de guerre des métropoles. Ce contact leur permet de découvrir les
faiblesses, la vulnérabilité et les excès de blanc. En retour, ils réclament des contreparties à leurs
sacrifices.
En Asie, la défaite du Japon entraîne lindépendance des territoires quil contrôlait.
Par ailleurs, la Charte de lAtlantique proclame en son article 3 « le droit des peuples à disposer
deux-mêmes ». Pour ses signataires, la Grande Bretagne et les Etats-Unis dAmérique elle prend
une valeur universelle.
Même si leur action nest pas désintéressée, en raison de la guerre froide, lURSS et les Etats-
Unis vont accélérer le processus de la décolonisation.
Pour lURSS, « un peuple qui en opprime dautres ne saurait être libre ». Lidéologie marxiste-
lénniste est donc anti-impérialiste. Elle prône légalité et condamne toute forme de domination de
lhomme par lhomme. Son anticolonialisme se matérialise par le soutien aux mouvements
nationalistes. Son action à lONU séduit même beaucoup de leaders nationalistes (Hô Chi Minh,
Amilcar Cabral ).
Les Etats-Unis (anciennes colonies) manifestent une sympathie pour les peuples en lutte pour leur
libération. Mais leur action est surtout guidée par des raisons économiques. Leur accès aux marchés
et aux matières premières des colonies implique la dissolution du Pacte colonial français et de la
préférence impériale britannique. Sur le plan politique, ils encouragent la décolonisation là où ils
pensent barrer la route au communisme.
3 Laction de lONU
Dès le début des années 50, lONU devient une tribune pour les porte-parole des pays assujettis et
opprimés. Conformément à larticle 1 de sa charte qui stipule « légalité des droits des peuples et
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leur droit à disposer deux-mêmes », elle compte conduire à lindépendance les peuples sous
tutelle. En 1948, elle adopte la Déclaration Universelle des Droits de lHomme. En 1960, par une
Déclaration elle se montre favorable à loctroi de lindépendance aux peuples et pays colonisés.
Cest, faute de moyens daction, un soutien moral aux peuples privés de leurs droits.
Le système colonial porte en lui-même les germes de sa propre destruction. Les élites formées dans
les écoles occidentales dénoncent les déséquilibres des économies et des sociétés traditionnelles.
Victimes dhumiliations diverses, des travaux forcés , elles pointent aussi du doigt les ambiguïtés
des politiques dassimilation, dassociation ou d « indirect rule ».
En réutilisant contre leurs « maîtres » les idées de liberté, dégalité, de fraternité et de démocratie,
elles favorisent léclosion dun sentiment nationaliste.
2 Lessor du nationalisme
Les principaux acteurs de cet essor du nationalisme sont les syndicats, les partis politiques et les
intellectuels.
Une fois formés, les syndicats réclament la suppression du régime colonial et de meilleures
conditions de travail. Leur slogan est « à travail égal, salaire égal ». Les cas de la CGT ou de
lUGTAN peuvent être cités.
Ils sont relayés par des partis politiques à la tête desquels se trouvent des leaders
charismatiques dont Gandhi, A. Soekarno, Hô Chi Minh, Nasser, L.S. Senghor Ils
sensibilisent les masses par des campagnes dagitation et de propagande.
Les étudiants (F.E.A.N.F.), les intellectuels (mouvement de la Négritude par exemple) et de
grands courants politiques comme le Panarabisme, lAsiatisme et le Panafricanisme
animent aussi la lutte.
Le Tiers Monde sérige en force politique et saffirme de plus en plus sur la scène internationale.
La Conférence de Bandoeng de 1955 renforce la solidarité afro-asiatique. Les 29 participants
dénoncent dans leur communiqué final « la soumission des peuples au joug colonial et à
lexploitation étrangère ». Ils réaffirment leur soutien à la cause de la liberté.
Ces différents facteurs concourent à lindépendance. Mais celle-ci est obtenue à la suite
daffrontements violents ou de négociations entre les puissances impérialistes et les forces de
libération.
Lindépendance est soit pacifique soit violente selon que la puissance coloniale se montre
conciliante ou intransigeante.
A La décolonisation pacifique
Avec la décolonisation pacifique, il ny a pas de lutte armée entre les nationalistes et la métropole.
Mais cette forme dite non-violente ne signifie pas docilité ou passivité. La revendication de
lindépendance est dans certains cas très vigoureuse. Elle est rendue possible par ces facteurs :
17
1 Le réalisme politique de la puissance coloniale
Il sagit du système colonial anglais qui accorde aux élites locales certaines responsabilités. Par
cette politique, la Grande Bretagne prépare lémancipation de ses colonies. Elle se retire sans
grands heurts.
La France évite aussi toute explosion en Afrique noire et dans une certaine mesure au Maroc et en
Tunisie. Elle opte successivement pour lUnion française de 1946 à 1956, la Loi Cadre de 1956 à
1958 et la Communauté franco-africaine qui nexclut pas lindépendance.
Toutefois, ce réalisme nexclut pas le recours à la force contre le mouvement nationaliste. On peut
illustrer ces faits par les emprisonnements de leaders politiques comme Gandhi, Nehru ou
Bourguiba ; leur exil (le Sultan Mohamed V du Maroc exilé à Madagascar) ou encore les émeutes
(répression de marche en Gold Coast).
Le dialogue entre la puissance coloniale et lélite politique modérée débouche sur des compromis.
Ce climat favorable se traduit dune part par ladoption de réformes par la métropole et dautre
part par lacceptation de celles-ci par lélite nationaliste. On peut, à nouveau, citer le cas de la
France en Afrique noire.
B La décolonisation violente
Avec cette forme de décolonisation, lindépendance passe par la lutte armée entre les nationalistes
et la métropole. Ces raisons conduisent à cette forme de lutte.
1 Lentêtement du colonisateur
Il sexplique par :
Lexistence dune minorité de colons très puissants et déterminés à pérenniser sa
mainmise sur les richesses de la colonie au détriment des indigènes majoritaires. Ces
derniers en plus dêtre spoliés et exploités subissent encore des exactions et des
humiliations de toutes sortes. LAlgérie est en Afrique du Nord un exemple de lutte
violente.
La volonté de reconquérir une colonie en raison de ses richesses naturelles ou de sa position
stratégique ; la métropole désire rétablir le statut colonial antérieur. La France rame à
contre-courant du phénomène de décolonisation en Indochine. Cest également le cas du
Portugal dans ses colonies.
Le rôle des forces conservatrices : elles regroupent des politiques et une partie de larmée.
Par leur campagne (Mouvement Populaire Républicain en France) elles influencent la
politique coloniale de la métropole.
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La décolonisation est un mouvement démancipation qui résulte de plusieurs facteurs. Le
processus enclenché par léveil de conscience des peuples dominés dAsie et dAfrique
débouche, quelle que soit la forme, sur lindépendance.
Mais celle-ci reste ambiguë. Tous les Etats nouvellement indépendants subissent le poids des
relations internationales soit par le biais de la guerre froide soit par celui du néocolonialisme.
19
6 LA DECOLONISATION EN ASIE : INDE ET INDOCHINE
Les premiers signes deffritement des empires coloniaux apparaissent en Asie notamment en Inde
et en Indochine. Ces colonies du Sud et du Sud-est asiatique avaient acquis, par leur immense
richesse, une importance vitale pour lAngleterre et la France.
Mais, dès la fin du second conflit mondial et après le départ des Japonais, cette région devient le
théâtre daffrontements souvent violents. Les forces nationalistes se heurtent à la volonté de ces
deux métropoles occidentales de maintenir le statut antérieur.
Toutefois, si lAngleterre accepte le divorce à lamiable avec lInde, lémancipation de
lIndochine française donne lieu à une longue guerre.
I Lindépendance de lInde
Dès 1858, lInde est rattachée à la Couronne anglaise. La « Perle de lEmpire britannique » (ou le
« Joyau de la Couronne britannique ») devient un dominion (une colonie de peuplement). Les
Anglais procèdent à sa mise en valeur. Les injustices quelle engendre (impôts, entretien des
soldats anglais ) sont accentuées par la stratégie du « divide and rule » (diviser pour régner). Le
Parti du Congrès et la Ligue Musulmane créés respectivement en 1885 et en 1906saisissent ce
prétexte pour dénoncer la politique coloniale britannique. Leurs leaders, Gandhi, Nehru et Ali
Jinnah, déçus de leur participation à la première guerre mondiale prônent la non-coopération.
Cest dans ce contexte de troubles que lAngleterre entre en guerre contre lAllemagne nazie.
20
Cette indépendance dans la partition coûte la vie à son principal acteur, Gandhi (30 janvier 1948).
La guerre civile et confessionnelle a fait dire à certains que la décolonisation de lInde a été un
échec.
Au Vietnam, le nationalisme est antérieur au second conflit mondial. Il date de 1930 avec la
création par Hô Chi Minh du Parti Communiste Indochinois devenu le Vietminh en 1941. Aussitôt
après la défaite du japon, Hô Chi Minh proclame à Hanoi, le 2 septembre 1945, la république
Démocratique du Vietnam.
Mais la France manuvre pour restaurer son autorité. Cest le sens quil faut donner aux accords
du 6 mars 1946 (reconnaissance de lEtat libre du Vietnam mais dans le cadre de lUnion
française) mais aussi à la nomination de lAmiral Thierry dArgenlieu comme Haut-commissaire
de Cochinchine. Après léchec de la conférence de Fontainebleau (juillet-septembre 1946), il fait
bombarder le port dHaiphong le 20 novembre 1946. On dénombre 6 000 victimes. Le Vietminh
réplique par un mois plus tard. La guerre dIndochine vient de commencer.
Le conflit militaire ne profite pas à la France pourtant la mieux armée. Elle joue donc la carte
politique en installant à la tête du Vietnam lempereur Bao Dai (accords de la Baie dAlong
1948). Cette autorité est reconnue par Londres et Washington tandis que Hô Chi Minh fait
reconnaître son gouvernement par Pékin et Moscou.
A partir de 1950, la guerre dIndochine sinscrit dans le contexte de la guerre froide. Le Vietminh
qui développait jusquici la guérilla est appuyé en matériels de guerre par ses alliés communistes.
De son côté, la France reçoit des Etats-Unis une aide financière. Ce positionnement américain
sinsère dans la politique dendiguement du communisme.
Pour en découdre avec les nationalistes, les troupesfrançaises commandées par le Colonel de Castrie
occupent Diên Biên Phu. Elles sont encerclées par les hommes du Général Nguyen Von Giap.
Après cinquante sept jours denfer (13 mars au 7 mai 1954), la France capitule le 7 mai 1954. On
compte 2 200 victimes côté français et 8 000 côté vietnamien.
Les négociations de Genève mettent fin à la guerre le 21 juillet 1954. Les accords portent sur la
division du pays en deux Etats séparés par le 17ème parallèle. Au Nord ona la République
Démocratique du Vietnam dirigé par Hô Chi Minh et au Sud la République du Vietnam avec à sa
tête Bao Dai. Le Laos et le Cambodge obtiennent aussi leur indépendance.
En octobre 1955, Bao Dai est déposé par Ngô Dinh Diêm soutenu par les Américains. Les élections
qui devaient conduire à la réunification des deux Vietnam en 1956 sont alors compromises. Les
opposants à ce régime autoritaire rejoignent le Front National de Libération (F.N.L.) ou Vietcong
(communistes vietnamiens) épaulé par le Nord. Il sen suit une guerre civile en 1957.
A partir de 1961, le F.N.L. anime une vive insurrection armée. Les Etats-Unis réagissent par des
bombardements aériens et le renforcement de son corps expéditionnaire de 500 000 hommes. Mais
ladversaire tient bon.
21
Face au coût financier, humain et moral de la guerre mais surtout devant les protestations des
jeunes, des étudiants et des intellectuels, le Président Nixon décide, en 1973, de retirer les troupes
américaines. Cette décision résulte des négociations entamées à Paris en 1968.
En janvier 1975, après loffensive victorieuse des Communistes sur Saigon la ville est rebaptisée
Hô Chi Minh ville. Cest un signe de reconnaissance pour leur leader mort peu avant la libération.
La lutte de libération des peuples dominés commence en Asie. Par leur esprit de solidarité et de
combativité, lInde et lIndochine annoncent la fin de lhistoire coloniale des puissances
étrangères occidentales. Celles-ci sont à la fois surprises, choquées et humiliées.
Ces victoires sanglantes et douloureuses ont un immense écho au plan international. Elles ouvrent la
deuxième vague de décolonisation.
22
7 LA DECOLONISATION AU PROCHE ORIENT
Le Proche Orient, le berceau des trois religions révélées, est une région carrefour entre lOrient
arabo-musulman, lEurope méditerranéenne et lAfrique orientale. Il correspond à la Turquie, au
Liban, à la Palestine, à la Syrie et à lEgypte.
Après la première guerre mondiale, le traité de Sèvres (10 août 1920) démembre lEmpire turc-
ottoman qui perd toutes ses possessions. La S.D.N. les places sous mandats français (Syrie et Liban)
et anglais (Transjordanie, Palestine et Egypte). LAngleterre et la France doivent les conduire à
lindépendance.
Mais si la décolonisation commence très tôt en Egypte, limmigration juive la rend complexe et
violente en Palestine.
Nous verrons dabord laccession à lautonomie de lEgypte puis lévolution de la question
palestinienne et les relations israélo arabes.
I LA DECOLONISATION DE LEGYPTE
LEgypte est la première à réaliser son émancipation politique. Elle sert de référence à ses voisins.
En Egypte, la domination coloniale anglaise est dite brève et superficielle. En effet, lAngleterre
sy installe en 1882. Cette occupation militaire dure jusquen 1914, date à laquelle elle en fait un
protectorat. Cette présence étrangère perçue comme une humiliation favorise léclosion des idées
et des revendications nationalistes. Avant mais surtout après le premier conflit mondial, les
intellectuels formés dans luniversité Al Azhar constituent les cadres du WAFD (délégation). Ce
parti nationaliste dirigé par Saad ZAGHLUL contraint Londres à concéder lindépendance le 22
février 1922. Un régime monarchique est mis en place avec FOUAD 1 er à sa tête. Mais
lindépendance nest que nominale car lAngleterre contrôle encore la défense, la sécurité des
lignes de communications dont le canal de Suez et les relations extérieures.
B Lindépendance totale
23
II LA QUESTION PALESTINIENNE ET LES RELATIONS ISRAELO - ARABES
D e toutes les décolonisations, celle de la Palestine est la plus douloureuse. La difficile cohabitation
entre les Juifs et les Arabes continue encore de faire des victimes.
A La question palestinienne
A 1 Le peuplement de la Palestine
Le pays de Canaan se situe entre le littoral oriental de la Méditerranée et la Mer Morte. Il doit son
nom à ses habitants que sont les Cananéens noirs (III ème millénaire avant J.C.). Cest une terre
dimmigration et dinvasions.
Il accueille par la suite les Philistins originaires de la Mer Egée. Ce sont eux qui laissent leur nom à
la Palestine.
Quant aux Hébreux, descendants dAbraham (le père putatif des Juifs), ils viennent dOur (Basse
Mésopotamie). Leur présence dans la région remonte à 1760 avant J.C. Ils vivent ensuite en Egypte
puis sous la conduite de Moïse ils la quittent vers 1312 1300 avant J.C. Dans le Sinaï où ils
nomadisent, ils reçoivent les Dix Commandements, le noyau de la Thora. Cest alors que naisse le
mythe de la « Terre Promise ». La conquête de la Palestine survient entre 1272 et 1020 avant J.C.
Ils sunissent autour des rois SAUL (1020 1004 avant J.C.), DAVID (1004 965 avant J.C.) et
SALOMON (970 930 avant J.C.). Cest ce dernier qui construit le premier Temple. Mais à sa
mort, le royaume se scinde en deux : le royaume dIsraël au Nord et le royaume de Juda au Sud. Ils
sont détruits respectivement en 722 avant J.C. par les Assyriens et en 586 par les Babyloniens.
Jérusalem et le Temple sont rasés : cest lExil de Babylone.
Cinquante ans plus tard, de retour à Sion, ils reconstruisent un deuxième Temple. Mais, de 63 avant
J.C. à 135 après J.C., la région tombe sous une autre domination, celle des Romains. Elle est à
lorigine de la destruction du Temple dHERODE 1 er le Grand en 70 de notre ère, la disparution
politique dIsraël et la dispersion des Juifs ou « diaspora ».
Les Arabes conquièrent la région entre les VII ème et XIVème siècles. Ils cèdent la place aux Turcs-
Ottomans de 1517 au début de la première guerre mondiale.
Les dernières forces à soumettre la région sont la France et lAngleterre mandatées par la S.D.N.
Cette longue histoire et cette longue imbrication des peuples expliquent la complexité de la question
palestinienne.
Malgré cette longue errance, les descendants de ces communautés juives manifestent leur droit de
retour sur la terre de leurs ancêtres.
Le Sionisme tire son nom de Sion, une colline qui se trouve à Jérusalem. Cest une idéologie qui
prône le retour vers la Palestine des Juifs dispersés dans le monde. Ses thèses sont formulées par
Théodore HERZL (1860 1904) dès 1896 dans LEtat juif, essai de solution moderne de la
question juive.
En 1897, lOrganisation sioniste mondiale est mise sur pied à Bâle en Suisse. Sa mission est de
rassembler en Palestine tous les Juifs du monde et dy établir un territoire peuplé uniquement de
Juifs. Le mot dordre qui sonne comme une déclaration de guerre est donné par HERZL à travers
cette célèbre phrase « un peuple sans terre cherche une terre sans peuple ». Ainsi, un Fonds
national juif est créé en 1901 pour collecter des capitaux. LAgence juive se charge dacheter des
terres et dy installer les colons. De 1900 à 1910, leur nombre passe de 50 000 à 75 000.
Mais limmigration juive suscite déjà quelques heurts dans une région peuplée à majorité de
musulmans arabes.
24
Par la Déclaration BALFOUR, Londres trahit les accords SYKES-PICOT (plan de partage du
Proche Orient par la France et lAngleterre en 1916) et donne un avis favorable au rêve sioniste :
« létablissement en Palestine dun foyer national pour le peuple juif » (cf. document 1).
Pourtant, quelques années auparavant, en échange dune promesse dindépendance elle avait
poussé les arabes à se rebeller contre lEmpire turc ottoman allié des Allemands.
Après le premier conflit mondial, par le traité de San Rémo (1920) la S.D.N. place la Palestine sous
mandat britannique. Avec la Déclaration BALFOUR, elle sétait montrée favorable à la création
dun foyer national juif dans la région. Mais au cours des années, lampleur de limmigration
juive éveille le sursaut nationaliste arabe. LAngleterre qui a voulu concilier linconciliable se
trouve devant une impasse.
A la veille du second conflit mondial, elle publie un troisième et dernier Livre blanc : cest le
Mémorandum MACDONALD. Elle impose aux Juifs une limitation de limmigration et de
lachat des terres. Elle propose également la création dun »Etat judéo arabe uni ». Les deux
parties rejettent ces propositions.
Quand la 2ème guerre mondiale se termine, lopinion publique internationale découvre avec
stupéfaction lhorreur des camps dextermination nazis et le drame des Juifs (la Shoah ou
lHolocauste). Elle accueille favorablement lidée de partage de la Palestine. La Ligue arabe créée
en 1945 soppose à cette option. LAngleterre est acculée. Elle est attaquée aussi bien par les Juifs
que par Les Arabes. Les attentats de lIrgoun contre lhôtel King David à Jérusalem (22 juillet
1946 : 110 morts) ou encore les massacres de Deir Yassine par lIrgoun et le Lehi (9-10 avril
1948) illustrent la situation confuse qui règne en Palestine.
Face aux attentats perpétrés par les groupes terroristes juifs (la Haganah, lIrgoun, le Lehi et le
Stern) lAngleterre transfert la question palestinienne à lO.N.U. en mai 1947. Elle fixe la fin de
son mandat pour le 14 mai 1948.
LA.G. de lO.N.U. adopte, le 29 novembre 1947, la Résolution 181 (cf. carte ci-dessous). Ce
plan de partage fait montre dun déséquilibre flagrant en faveur des Juifs. En effet, il attribue 55 %
du territoire aux Juifs (14 000 km2) qui ne font que 668 000. Les Arabes, deux fois plus nombreux,
1 315 000, ne disposent que de 45 % du territoire (11 500 km2). Les lieux saints, Jérusalem et
Bethléem sont placés sous régime international particulier. Alors que les Arabes le refusent les Juifs
lacceptent.
Le 14 mai 1948, date de retrait des Anglais de la Palestine, David BEN GOURION proclame la
naissance de lEtat dIsraël (cf. document 2).
La spirale des conflits israélo arabes commence dès le lendemain.
25
Carte : Le plan de partage de la Palestine de lO.N.U.
26
B Les relations israélo – arabes
La proclamation de lEtat dIsraël entraîne aussitôt des guerres dont trois lopposent aux Etats
arabes coalisés et deux autres à lEgypte et au Liban.
La force de défense israélienne, Tsahal, sort victorieuse de la guerre de 1948 (15 mai 1948 20
juillet 1949), de la guerre des « Six jours » (5 11 juin 1967) et de celle du Kippour (6 17
octobre 1973).
Israël agrandit son territoire dun tiers en sétendant sur la Cisjordanie, la Bande de Gaza et
Jérusalem Est. Il occupe aussi le Sinaï égyptien et le Golan syrien. Il fait fi des Résolutions 242 (22
novembre 1967) et 338 (22 octobre 1973) du Conseil de Sécurité de lO.N.U. qui exigent le retrait
des territoires occupés. Il développe une politique dexpulsion (800 000 à 900 000 Palestiniens
prennent le chemin de lexil), détruit les villages ou implante en leur sein des colonies. Il en résulte
un phénomène de « bantoustanisation » de la Palestine.
La crise de Suez de 1956 (29 octobre 2 novembre 1956 après la nationalisation survenue le 26
juillet de la même année) mais surtout les guerres dusure de 1968 à 1970 permettent à Israël de
briser la résistance nassérienne.
En septembre 1982, les forces israéliennes commandées par le Général Ariel SHARON (alors
Ministre de la Défense sous Menahem BEGUIN) lancent « lOpération paix en Galilée ». Cette
campagne vise à déloger les Feddayin (combattants Palestiniens) installés au Sud Liban. Elle se
termine par le massacre des camps de réfugiés de Sabra et Chatila (plus de 1 000 victimes).
Louverture des négociations aboutit à la signature de paix séparées avec lEgypte (les accords de
Camp David du 5 au 17 septembre 1978) et avec le Liban (accord de paix libano israélien du 17
mai 1983 sanctionné par le retrait israélien du Liban en juin 1985).
Les actions armées menées par la coalition arabe contre Israël se soldent par un échec et par
loccupation du territoire palestinien. Elles contraignent à lexil des millions de Palestiniens vers
les pays limitrophes. On peut rappeler les guerres de 1948 1949 que les Palestiniens qualifient de
« Nakbah » ou la « catastrophe » en arabe (tortures, exil, drames, spoliation des terres ), celles de
1967 et de 1973 ou encore « lOpération paix en Galilée ».
Maintenant, cest de lintérieur que les Palestiniens reprennent la lutte contre loccupation juive.
En décembre 1987, dans le camp de Jabalya, ils déclenchent la première Intifada ou « guerre des
pierres ». Ce soulèvement populaire gagne la Bande de Gaza et la Cisjordanie. Née de la misère des
bidonvilles, du chômage massif, de lhumiliation du sentiment national et de la répression
quotidienne, la « révolution des pierres » fait du Palestinien un martyr et non un terroriste (en raison
de la répression disproportionnée de Tsahal).
Lopinion internationale se montre sensible aux images diffusées par les médias à travers
lesquelles des enfants affrontent les forces doccupation.
Malgré lexceptionnel déploiement de force, les insurgés encadrés par le Fatah ou par le Front
populaire de Libération de la Palestine (F.P.L.P.) continuent la lutte.
Une deuxième Intifada survient en septembre 2000. Comme son nom de code lindique, « marée
haute, marée basse », elle débute dès le lendemain de le lendemain de la visite provocatrice de
« lhomme qui ne sarrête pas au feu rouge » sur lEsplanade des Mosquées (28 septembre
2000). Son objectif est de faire échouer le processus de paix né à Oslo.
Un processus commence en 1988 avec la reconnaissance par le Conseil National Palestinien des
Résolutions 181, 242 et 338 de lO.N.U.
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Mais cest surtout avec le coup de force de la diplomatie américaine réussi par le Président Bill
CLINTON et lévolution de la géopolitique mondiale (chute du mur de Berlin et 1 ère guerre du
Golfe) que lespoir renaît au Proche Orient. En effet, le 13 septembre 1993, Itzhak RABBIN et
Yasser ARAFAT signent à Washington une Déclaration secrètement négociée à Oslo. Elle
débouche sur :
Toutefois, cet Etat ne voit pas le jour. La lueur despoir séteint avec lassassinat de I. RABBIN
le 4 novembre 1995. La situation se dégrade avec lintensification de la colonisation juive et la
poursuite du bouclage des villes sous Benyamin NETANYAHOU élu le 29 mai 1996. Le coup de
poignard fatal au processus dOslo est porté par A. SHARON. Elu le 6 février 2001, il compte
liquider un à un les acquis ou dispositions dOslo. Entre le 29 mars et le 4 avril 2002, il lance
« lOpération Rempart ». Cest un retour à la situation davant les accords de septembre 1993. Il
est sanctionné par linvasion de la Cisjordanie et loccupation des principales villes.
Ainsi, la paix piétine en dépit de mise en place de la « Feuille de route » élaborée le 30 avril 2003
par le QUARTET (O.N.U., Etats-Unis dAmérique, Union Européenne et Russie). Signée le 4 juin
2003 à Akaba en Jordanie par A. SHARON et M. ABBAS, ce sont lattitude américaine et le non
arrêt de la violence qui la font voler en éclat. A ce titre, on peut évoquer lattentat-ciblé qui coûte
la vie au chef spirituel du Hamas, Cheikh Ahmad YASSINE, le 22 mars 2004.
Aujourdhui, après la mort de Yasser ARAFAT (11 novembre 2004), Israéliens et Palestiniens
essaient de trouver ensemble un accord de paix. Le sommet de Charm-El-Cheikh du 8 février 2005
entre A. SHARON et M. ABBAS est un signal fort qui met fin à quatre années de violences
meurtrières. Ce dialogue permet le désengagement israélien de la Bande de Gaza en août-septembre
2005.
28
8 LA DECOLONISATION AU MAGHREB : LALGERIE
En 1954, la première vague de décolonisation est presque achevée en Asie. La deuxième souvre
aussitôt pour lAfrique. Au Maghreb, dans lempire colonial français, elle débute dès le
lendemain de la victoire mémorable du Vietminh à Diên Biên Phu.
Toutefois, si après quelques atermoiements la France accorde lindépendance à la Tunisie et au
Maroc elle pousse lAlgérie à conquérir son autonomie les armes à la main.
Nous verrons dabord les causes du nationalisme algérien puis les différentes étapes de la guerre
dindépendance.
La conquête française commence en 1830. Lorsquelle sachève en 1847 lAlgérie devient une
colonie de peuplement. Contrairement aux protectorats de la Tunisie et du Maroc relevant du
Ministère des Affaires Etrangères, elle dépend du Ministère de lIntérieur. Cest ce qui en fait un
département français.
Les raisons de cet attachement sont multiples. On peut retenir sa position stratégique pour le
contrôle de la Méditerranée, sa proximité avec lEurope, les conditions climatiques favorables à
linstallation permanente dEuropéens et les richesses du territoire (terres agricoles,
hydrocarbures ). Elles expliquent la domination des 984 000 Européens sur les 8 400 000
Musulmans. Ils contrôlent tous les pouvoirs et 2 % dentre eux cultivent les meilleures terres.
Leur niveau de vie très élevé contraste avec la misère, le chômage et la précarité de lemploi des
Algériens soumis, de surcroît, à de lourds impôts et aux réquisitions.
Ces inégalités socio-économiques complétées auxquelles sajoute la privation du droit de vote
ravivent le nationalisme algérien.
Ces abus, limpact de la seconde guerre mondiale, la Ligue arabe et surtout l'écho de lévènement
du 7 mai 1954 accélèrent la prise de conscience et le mouvement nationaliste en Algérie. Celui-ci
porte la marque de trois grands courants politiques :
Le courant des Oulémas créé en 1931 par Ben Badis : il est le plus populaire ; ce
nationalisme est dit culturel. Il développe les principaux thèmes du patriotisme algérien
autour de la devise : « LAlgérie est ma patrie, larabe est ma langue, lIslam est ma
religion ».
Le courant des modernistes : ce courant des bourgeois et des intellectuels animé par
FerhatAbbas réclame dans un premier temps lassimilation totale à la France. Plus tard, il
durcit ses positions à travers le mouvement des Amis du Manifeste et de la Liberté (1944)
et de lUnion Démocratique du Manifeste Algérien (1946).
Le courant des révolutionnaires : il est dirigé, au sein du Parti du Peuple Algérien
(P.P.A.) qui succède en 1937 à lEtoile nord-africaine fondée en 1923 par Messali Hadj.
Ce dernier crée en 1946 le Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques qui
se dote dune branche paramilitaire, lOrganisation Spéciale (O. S.).
29
C La radicalisation de la lutte
Dès 1943, Ferhat Abbas (ancien porte-parole du courant assimilationniste) publie le Manifeste du
Peuple Algérien. Il réclame le « droit de lAlgérien musulman à la vie et à lexistence ». Cest
une dénonciation du colonialisme. Les Etats-Unis et la Ligue arabe encouragent les nationalistes à
durcir leurs positions.
On peut à ce titre évoquer la promesse de soutien de F. D. Roosevelt au Sultan du Maroc Sidi
Mohamed (entrevue dAnfa du 21 janvier 1943). Les mêmes promesses sont faites aux Algériens.
La plus grande frustration des musulmans vient des réformes du régime colonial. En effet, en 1947,
lAlgérie se dote dune Assemblée. Mais, le partage des 120 sièges est truqué au profit des
citoyens français.
Il faut noter que beaucoup de formations politiques qui ont contribué à léveil de conscience nont
pas survécu aux crises et scissions. A la veille de la guerre, le Front de Libération Nationale
(F.L.N.) rallie toutes les forces socio-politiques. Elle porte le flambeau de la lutte de libération
nationale.
II La guerre dAlgérie
La France senlise dans le conflit. Le bombardement du village tunisien de Sakiet Sidi Youssef (18
février 1958) combiné au revers subi lors de la crise de Suez accentue son discrédit au plan
international. LO.N.U. et les Etats du Tiers Monde soutiennent les Algériens. Au plan interne, la
guerre provoque une déstabilisation économique, sociale et politique. En effet, la guerre est un
gouffre financier. Elle épuise les ressources en devises. Lindignation est à son comble avec les cas
de tortures et de viols. Le pouvoir est impuissant. Son incapacité à proposer une solution inquiète
les colons français. Ces derniers apeurés par lidée dune Algérie indépendante et par la
désignation de Pierre Pflimlin à la Présidence du Conseil sinsurgent le 13 mai 1958. Ce putsch du
« Comité de Salut Public » provoque la chute de la IVème République (1946-1958). On fait appel, à
nouveau, au Général de Gaulle.
Le 1er juin 1958, lAssemblée nationale investit le Général de Gaulle comme Président du Conseil.
En décembre, il devient Président de la République. Mais ce retour au pouvoir est marqué par un
dilemme : octroyer lindépendance ou combattre militairement le F.L.N. Après avoir opté pour la
dernière solution de Gaulle change de stratégie. En effet, le F.L.N. se montre ferme et traduit cela
par la création au Caire, le 19 septembre 1958, du Gouvernement Provisoire de la République
dAlgérie (G.P.R.A.) présidé par Ferhat Abbas. Finalement, en septembre 1959, De Gaulle se
prononce pour lautodétermination des Algériens. Mais les Français dAlgérie se sentent à la fois
trahis et abandonnés. Ils manifestent leur hostilité par la création en févier 1961 de lOrganisation
30
Armée Secrète (O.A.S.) et par le putsch (21 25 avril 1961) conduit par les Généraux Challe,
Salan, Jouhaud et Zeller. Cette volonté de perturber le processus de paix ne freine pas le Général de
Gaulle. Fort du soutien de lopinion publique (il obtient 75 % des suffrages lors du référendum de
janvier 1961), il ouvre les négociations dEvian en mai 1961. Elles se terminent le 18 mars 1962.
La guerre est finie. LAlgérie proclame son indépendance le 3 juillet 1962.
LAlgérie est un exemple de décolonisation violente. Linsurrection armée devient la seule voie
possible, lunique remède face à lattitude peu conciliante de la France. Elle est longue et
dramatique pour les deux communautés.
Pour de nombreux Européens (les « Pieds noirs ») et Algériens (les « Harkis ») une autre tragédie
commence. Cest ce qui fait quelle reste encore vivace dans la mémoire collective des deux
peuples.
31
9 LA DECOLONISATION EN AFRIQUE NOIRE
LA GOLD COAST LE SENEGAL ET LA GUINEE BISSAU
Dans le mouvement de décolonisation qui samorce après la 2 ème guerre mondiale lAsie passe le
témoin à lAfrique. Le continent noir est donc le dernier à accéder à lindépendance.
Dans les colonies anglaises (Gold Coast) et françaises (Sénégal), le processus se déroule
essentiellement entre 1956 et 1960. Il se réalise sans crise majeure.
Par contre, dans les colonies portugaises (Guinée Bissau) lindépendance est plus tardive. Elle
intervient à la suite dune longue lutte de libération nationale.
La Gold Coast rassemblait 4 régions : la colonie proprement dite correspondant au Sud, le pays
Ashanti, les territoires du Nord et une partie du Togo sous tutelle britannique (après la 1 ère guerre
mondiale). Cest la première colonie dAfrique noire à accéder à lindépendance. Celle-ci
conduite par Kwamé NKRUMAH annonce lémancipation des autres colonies africaines.
A -1 Léveil politique
Une crise agricole sabat sur la colonie avec une maladie qui ravage les cacaoyers. La solution
adoptée par ladministration anglaise dabattre tous les arbres sans exception, la baisse des prix
du cacao sur le marché international et la hausse de ceux des denrées importées exacerbent les
tensions sociales. La bourgeoisie est ruinée.
En outre, la participation à leffort de guerre de la Grande Bretagne combinée au mécontentement
des anciens combattants revenus de lInde et de la Birmanie débouchent, le 28 février 1948, sur
une manifestation pacifique contre la cherté de la vie et pour une augmentation de leurs pensions.
Cest par une fusillade quelle se termine. Officiellement le bilan fait 29 morts et 257 blessés. Les
leaders de lU.G.C.C. sont arrêtés. NKRUMAH qui demandait le départ du gouverneur Sir Alan
BURNS et la formation dun « gouvernement du peuple » est déporté au Nord.
32
B Du self-government à lindépendance
B 2 Lindépendance
Lascension du C.P.P. se poursuit. Mais, les années qui vont suivre sont marquées par quelques
soubresauts. Dune part NKRUMAH collabore avec les Britanniques (stratégie baptisée « action
tactique ») pour développer les infrastructures du pays. Dautre part, à partir de 1954, les
Britanniques entendent retarder laccession à lindépendance en sappuyant sur une opposition
conservatrice dirigée par Kofi BUSIA (regroupement de partis souvent régionalistes : Parti des
Peuples du Nord, Association Musulmane, Mouvement de Libération Nationale )
Les élections générales de 1956 confirment lassise du CP.P.P. (72 sièges sur 104) et obligent les
Anglais à concéder le 6 mars 1957. La Gold Coast devient le Ghana.
Pour NKRUMAH, militant du panafricanisme (« Africa must unit »), lindépendance du Ghana
doit être circonscrite dans le cadre général de tous les pays africains.
«
Je signalai quil y avait deux manières dacquérir lautonomie, lune par la
révolution armée et lautre par des méthodes non-violentes et légitimes
Nous préconisons la seconde méthode. La liberté, on ne lavait cependant
jamais accordée à aucun pays colonial sur u plateau dargent ; on ne lavait
quaprès damères et de vigoureuses luttes. A cause du retard des colonies en
matière dinstruction, la majorité des gens étaient illettrée et il y avait une seule
chose quils puissent entreprendre, à savoir laction. Les armes étaient
lagitation politique, des campagnes de presse et denseignement et, comme
ressource, lapplication constitutionnelle de grèves, des boycottages et de non-
coopération basés sur le principe de non-violence absolue, tel que Gandhi en a
usé dans lInde ».
Kwamé NKRUMAH, 1957.
33
II LA DECOLONISATION AU SENEGAL (1944-1960)
Dans ses colonies dAfrique noire, la France élabore une politique densemble qui aboutit aux
indépendances entre 1958 et 1961. La décolonisation du Sénégal, à linstar des autres pays
dAfrique noire sous domination française (A.O.F.) sest déroulée en plusieurs phases.
A 1 La Conférence de Brazzaville
Elle est convoquée en janvier 1944 par le Comité Français de Libération Nationale (C.F.L.N.)
installé à Alger et dirigé par De Gaulle. Son but est de faire pièce à la propagande anti-coloniale des
Etats-Unis en adoptant des réformes mais surtout de maintenir le domaine colonial français. Aucun
Africain ny a pris part alors que cest leur sort qui allait être décidé. Cette conférence avait pour
objectifs :
Cest pourquoi, la Conférence, dans son acte final écartait toute idée dautonomie. Elle vota des
réformes sociales et administratives tendant à assouplir la politique coloniale :
A 2 1 LUnion Française
Le 27 octobre 1946, une nouvelle constitution est adoptée. Elle crée, en reprenant les thèses de
Brazzaville, lUnion Française. Celle-ci est constituée de la France, des Territoires et des
Départements dOutre-mer (DOM-TOM). Le terme de « colonie » est officiellement éliminé à
partir de 1946. Dans chaque territoire est créée une Assemblée territoriale à partir de 1952 et au
niveau des fédérations (AOF et AEF) un Grand Conseil (Assemblée fédérale).
LU.F. a dans les faits déçu les Africains car elle maintient le pouvoir de la France. Les organes
qui devaient permettre aux Africains de sassumer eux-mêmes (Assemblées territoriale et fédérale
nont quun rôle consultatif ; de surcroît elles sont dominées par une forte représentativité des
colons).
Malgré sa volonté de briser lélan nationaliste, lU.F. présentait quelques aspects positifs :
la reconnaissance de la citoyenneté à tous les Africains (la loi Lamine Guèye du 7 mai
1946) ;
34
la suppression du régime de lindigénat et du travail forcé (la loi Houphouët Boigny de
1946) ;
la création de partis politiques africains ;
lorganisation périodique délections.
La création de lU.F. est suivie dune intensification de la vie politique et syndicale au Sénégal.
Laction politique
Lévolution des partis politiques est notable à partir de 1945 avec Lamine Guèye et Léopold S.
Senghor élus députés à lAssemblée nationale française en 1946 et la naissance de partis politiques
africains.
Le 19 septembre 1946 est créé à Bamako le Rassemblement Démocratique Africain (R.D.A. parti
supranational). Il dénonce la politique hégémoniste de la nouvelle constitution de lU.F. Il veut
une union libre des colonies et légalité des droits et des devoirs avec la métropole.
Au Sénégal, cest le divorce entre L.S. Senghor et L. Guèye, tous deux membres de la Section
Française de lInternationale Ouvrière (S.F.I.O.). L.S. Senghor fonde donc avec Mamadou Dia le
Bloc Démocratique Sénégalais (B.D.S.) en octobre 1948. Le B.D.S. opte pour un socialisme
africain indépendant et sappuie sur les masses rurales de lintérieur. Ainsi, il remporte les
élections législatives de 1951. A lAssemblée nationale française, ils défendent la cause des
Africains et rejoignent le groupe des Indépendants dOutre-mer (I.O.M.). Au congrès des I.O.M.
de Bobo Dioulasso, en février 1953, Senghor lance la première fois lidée dune République
Fédérale dans LU.F.
Laction syndicale
Une fois reconnu le droit syndical et dassociation (1956), les syndicats vont aussi simpliquer
dans la lutte pour lindépendance. Il sagit, entre autres, de la Confédération Générale des
Travailleurs (C.G.T.), la Confédération Française des Travailleurs Catholiques (C.F.T.C.), la Force
Ouvrière (F.O.) Mais ces syndicats restent très attachés à leurs homologues français et ne
défendent pas suffisamment les intérêts des travailleurs noirs.
Le 15 décembre 1952, le code du travail doutre-mer est reconnu. En 1956, la création de lUnion
Générale des Travailleurs dAfrique Noire (U.G.T.A.N.) par Sékou Touré traduit la volonté de
lutter contre le système colonial. Son objectif est lémancipation.
En outre, il faut noter des mouvements culturels populaires, ceux des chefs religieux et des
étudiants (F.E.A.N.F.) ou encore des intellectuels (mouvement de la Négritude avec Présence
Africaine créée par Alioune Diop pour véhiculer les valeurs négro-africaines).
B 1 La Loi -cadre
35
La Loi-cadre dite aussi la Loi Gaston Deferre (du nom de son auteur alors Ministre de la France
dOutre-mer) est adoptée le 23 juin 1956 par lAssemblée nationale française. Elle introduit une
autonomie interne avec lélargissement des pouvoirs des Assemblées territoriales. Lintroduction
du suffrage universel consacre la promotion de la population paysanne et entraîne un contact plus
étroit des politiciens et des masses rurales. Linstitution du collège unique africanise le débat
politique. Dans chaque territoire, un exécutif local est institué. A lissue des élections de 1956
remportées par le B.D.S., Mamadou Dia est nommé Vice-président du Conseil du gouvernement du
Sénégal ; la présidence étant réservée au Gouverneur du territoire. En 1957, il transfère la capitale
de Saint-Louis à Dakar. Cette période est aussi marquée par le renforcement du parti de L.S.
Senghor et de M. Dia grâce à deux fusions. Le B.D.S. et lUnion Démocratique Sénégalaise
(U.D.S.) de Thierno Ba et de Abdoulaye Guèye fusionnent pour donner le Bloc Populaire
Sénégalais (B.P.S.) qui fusionne à son tour, en 1958, avec le Parti Sénégalais dAction Socialiste
(P.S.A.S.) de Lamine Guèye pour donner lUnion Progressiste Sénégalaise (U.P.S).
Cependant, la Loi-cadre est diversement appréciée par les élus africains. Elle les a divisés entre
fédéralistes (L.S. Senghor, Lamine Guèye, Sékou Touré, Modibo Keïta ) et territorialistes
(Houphouet Boigny, Léon Mba). Elle est donc perçue comme un instrument de « balkanisation ».
B 2 1 La Communauté Française
Le 1er juin 1958, le Général de Gaulle est investi à la tête de lEtat français. Pour régler la question
coloniale, il fait adopter, le 28 juillet 1958, une nouvelle Constitution dans laquelle il demande aux
colonies de laccepter et de sassocier à la France dans le cadre de la Communauté ou de la rejeter
et de faire sécession. Un référendum est prévu le 28 septembre 1958.
Au Sénégal, lU.P.S. propose le vote positif. Cette décision entraîne le départ de certains éléments,
notamment Abdoulaye Ly, Amadou Moctar MBow et Assane Seck qui créent, en mars 1958, le
Parti du Regroupement Africain (P.R.A. /Sénégal). Avec le P.A.I. de Majmout Diop, ils décident de
voter pour le « non ». Par 870 000 « oui » contre 21 000 « non » (soit 97,6 %) le Sénégal reste dans
la Communauté Française.
Le 25 novembre 1958, la République du Sénégal est proclamée. LAssemblée législative élit
Mamadou Dia à la tête de la Présidence du Conseil. Il est le chef du pouvoir exécutif et cest lui
qui nomme les mi,istres responsables devant lAssemblée.
B 2 2 Lindépendance du Sénégal
En janvier 1959, L.S. Senghor et Modibo Keïta prennent linitiative de regrouper le Sénégal, le
Soudan français,la Haute Volta et le Dahomey dans une fédération : celle du Mali. Le désistement
des deux derniers pays cités limite la fédération au Sénégal et au Soudan. Elle choisit L.S. Senghor
comme Président de lAssemblée Fédérale, Modibo Keïta Chef du Gouvernement et Mamadou Dia
Vice-président. Dès le 28 septembre 1959, ils formulent le désir daccéder à lindépendance dans
le cadre de la Communauté Française. A travers les accords signés en avril 1960, la France transfère
les compétences au Sénégal et au Soudan. Lindépendance de la Fédération du Mali est proclamée
le 20 juin 1960.
Mais lexpérience fédérale est écourtée par des divergences entre les dirigeants sénégalais et ceux
soudanais. Le divorce est consommé dans la nuit du 19 au 20 août 1960. La République du Sénégal
est alors proclamée le 20 août avec L.S. Senghor comme Président et Mamadou Dia comme Chef
du Gouvernement. Le Sénégal retient le 4 avril comme la date de son accession à lindépendance.
36
Le Portugal est la première nation coloniale à entrer en contact avec lAfrique noire. Il est aussi le
dernier à quitter ses colonies.
En Afrique Occidentale, il occupe la Guinée Bissau et les Iles du Cap-Vert.
Mais sa présence fait naître un mouvement nationaliste qui va lutter pour lindépendance.
La Guinée Bissau est la plus petite (36 125 km2) et la plus pauvre des colonies portugaises sur le
continent africain. Le régime dictatorial de Antoine de Olivera SALAZAR la considère comme une
colonie dexploitation mercantile. La population peu dense et multiethnique (Balants, Manjaks,
Pepels, Peuls ) est essentiellement rurale. La loi coloniale de 1933 en fait des indigènes. Cette
population ne subit linfluence européenne que de façon marginale.
Dans les villes, on retrouve une petite bourgeoisie constituée de Métis et déassimilés.
Dailleurs, le Portugal attise les antagonismes ethniques. En 1963, ces deux colonies deviennent
des « provinces doutre-mer ». A cette date on compte 521 000 habitants dont 2 600 Portugais,
4 570 Métis et 1 500 Africains assimilés. Ces statistiques permettent dillustrer la catégorisation
sociale entreprise par la puissance coloniale. Dune part on a les civilizados (population dorigine
européenne, les Métis et les Africains assimilés) et dautre part les ñao-civilizados (les indigènes).
Cest donc une population pauvre et inégalitaire qui fait les frais de la politique coloniale
portugaise.
Le lendemain de la 2ème guerre mondiale fait naître une immense vague despérances progressistes
dans les colonies. En Guinée Bissau, le nationalisme prend corps dans les milieux intellectuels
formés au Portugal et fortement influencés par le communisme et la théorie marxiste. Il porte
lempreinte dAmilcar CABRAL. Le 19 septembre 1956, il fonde avec Luis CABRAL et Aristide
PEREIRA le Parti Africain pour lIndépendance de la Guinée Bissau
Et du Cap-Vert (P.A.I.G.C.)
Le parti qui vient dêtre créé soriente rapidement vers laffrontement armé pour faire triompher
les aspirations dindépendance des masses populaires.
37
B 2 Lindépendance
Le P.A.I.G.C. sappuie dabord sur le petit peuple des villes. Il lance ensuite des mouvements de
grève. Celui des dockers de Bissau du 3 août 1959 sévèrement réprimé (50 morts, beaucoup de
blessés et victimes de tortures et de sévices) permet le ralliement des salariés. Toutefois, il montre
les limites de laction politique en ville.
Aidé par Sékou TOURE, A. CABRAL fonde à Conakry, en 1960, une école de cadres et des bases
dentraînement. Il en tire un immense rayonnement, une sympathie des pays limitrophes et un
soutien international (Conférence des organisations nationales des colonies portugaises le 18 avril
1961 à Casablanca).
En 1963, il lance la lutte armée en employant la tactique de la guérilla. Elle permet, dans les « zones
libérées », de créer un embryon dadministration, des écoles et des hôpitaux
Sept ans plus tard, le P.A.I.G.C. arrive à libérer les deux tiers du territoire. Il acquiert une audience
internationale. Cest ce qui explique la présence, du 2 au 8 avril 1972, dune mission spéciale de
lO.N.U. venue visiter les réalisations sanitaires et éducatives. Ainsi, lO.N.U. considère le
P.A.I.G.C. comme « seul et au authentique représentant des populations de Guinée Bissau ».
Devant ce succès, le Portugal veut briser le parti et lélan nationaliste. Il fait assassiner A.
CABRAL le 20 janvier 1973. Malgré ce douloureux évènement la lutte sintensifie. Finalement le
P.A.I.G.C. proclame, le 24 septembre 1973, lindépendance de la guinée Bissau et des Iles du Cap-
Vert, république admise aussitôt à lO.N.U.
Quant au Portugal, il ne reconnaît cette indépendance quaprès la « révolution des illets » (25
avril 1974 fin du « salazarisme » par le Mouvement des Forces Armées de jeunes officiers dont le
mot dordre est « démocratie chez nous, décolonisation en Afrique »). En effet, il ne signe lacte
reconnaissant formellement lindépendance de la Guinée Bissau que le 10 septembre 1974 à
Lisbonne. Cependant, la rupture avec le Cap-Vert (5 juillet 1975) survient quelques années après
cette émancipation.
Malgré quelques crises majeures, on peut dire que la décolonisation de lAfrique noire est dans
lensemble pacifique. Elle traduit une volonté des leaders politiques à participer à la gestion des
affaires de leurs pays. Cest donc plus le résultat dun transfert de compétences par la métropole
quune conquête de souveraineté nationale.
Contrairement à la Gold Coast et à la Guinée Bissau qui connaissent une évolution différente, le
Sénégal réalise le processus dans le cadre de lA.O.F.
Toutefois, les indépendances portent en elles-mêmes les germes du néocolonialisme.
38
10 NAISSANCE ET AFFIRMATION DU TIERS-MONDE
DE BANDOENG AUX ANNEES 80
La décennie 50-60 ouvre une nouvelle ère dans les relations entre les métropoles occidentales et les
colonies dAsie et dAfrique. Avec la décolonisation, les peuples dominés de ces deux continents
entrent, à travers la Conférence de Bandoeng, dans une dynamique de rapprochement. Ce point de
départ de lambition afro-asiatique symbolisé selon L.S. Senghor par « la prise de conscience de
leur éminente dignité ( ) et la mort du complexe dinfériorité » survient en pleine guerre froide.
Que signifie lexpression «tiers monde» ? Où a t il pris naissance ? Comment compte t
il saffirmer sur la scène internationale ?
I. DEFINITION DU CONCEPT
Lexpression « tiers-monde » est utilisée pour la première fois dans le journal français
LObservateur en 1952. Elle est du démographe et économiste français Alfred Sauvy. Cest un
concept à la fois géographique, politique et économique.
Géographiquement, le Tiers Monde correspond aux pays nouvellement indépendants dAsie,
dAfrique et dAmérique latine. Ces Etats dont le nombre se multiplie sans cesse (70 % de la
population mondiale) condamnent le colonialisme et le néocolonialisme (domination qui sopère
par le biais de moyens financiers, techniques et économiques), doù le glissement de sens. Le Tiers
Monde signifie alors lensemble des pays neutralistes qui entendent se démarquer des alliances
politico-militaires patronnées par les Etats-Unis et lU.R.S.S. Ils nentendent pas tomber dans
lentreprise de charme ou de séduction de lun des blocs.
Sur le plan économique, leur niveau de développement est tel quon assimile « tiers-monde » et
« sous-développement », « tiers-monde » et « PVD » ou « PED » ou encore le « Sud » (sous-
développé) par opposition au « Nord » (développé).
Ces considérations fondent en même temps son unité et sa diversité. Les disparités économiques
sont telles quon parle non pas dun « Tiers Monde » mais des « Tiers Mondes ». (cf. leçon de 1ère
sur les inégalités de développement dans le monde).
Alors que le monde est plongé dans la guerre froide et quune seule logique simpose, celle des
blocs, un, un groupe de pays dit le groupe afro-asiatique brise ses chaînes. Cest la désagrégation
du système colonial. La scène internationale compte un nouvel acteur.
La Conférence de Bandoeng est le prolongement des rencontres de 1949 et de 1954 qui ont lieu en
Inde, à Colombo. Leurs buts sont, entre autres, lémancipation des territoires sous domination, le
soutien aux mouvements de libération et la dénonciation des dangers de laide économique
étrangère
39
Bandoeng sinscrit donc dans cette mouvance de résistance et de refus de ne sinféoder à aucun
des deux blocs. Elle se tient en Indonésie du 18 au 24 avril 1955, à linitiative de cinq pays
récemment décolonisés (Inde, Pakistan, Ceylan, Birmanie et Indonésie). Elle réunit 29 pays (17
pays dAsie orientale et centrale, 8 pays arabes et 4 pays dAfrique) autour de personnalités
comme Ahmed Soekarno, Nehru, Gamal Abdel Nasser, Chou Enlai
Les participants proclament dans une déclaration finale leur neutralisme (à équidistance entre le
bloc soviétique et le bloc occidental), lanticolonialisme, le refus du néocolonialisme et la volonté
de sortir du sous-développement. Ils dénoncent enfin le racisme (mythe de linégalité des races et
de la supériorité des peuples colonisateurs sur les peuples colonisés).
En somme ces principes soulignent une volonté dautonomie, de dignité et démancipation.
Bandoeng est sans conteste lacte de naissance du Tiers Monde.
Dautres rencontres ont suivi celle de Bandoeng. La première a lieu au Caire en décembre 1957
sous linfluence des pays arabes et de lURSS (résolutions anti-occidentales).
LAfrique noire entre en scène avec la Conférence dAccra en mai 1958 et celle dAddis Abéba
entre le 22 et le 25 mai 1963. Cette dernière donne naissance à lO.U.A.
Dans le but de libérer les pays nouvellement indépendants de linfluence de la guerre froide le
Maréchal TITO accueille à Belgrade, du 1 er au 6 septembre 1961 (après Brioni, juillet 1956), 25
délégations. Le mouvement des « Non-alignés » prend forme. Eclipsé au cours des années 60
(influence de lURSS dans les luttes de libération nationale), il reprend vie dans les années 70. Les
Conférences de Lusaka (1970), dAlger (1973), de Colombo (1976) et de la Havane (1979)
réclament le rétablissement des droits du peuple palestinien et exigent un nouvel ordre économique
mondial.
Mais la conjoncture économique des années 80 ((2e choc pétrolier détérioration des termes de
léchange) conduit certains pays à recourir à laide, le nouvel instrument de domination du Tiers
Monde. Et depuis la conférence de Harare (septembre 1985) la division des « Non-alignés » sest
accentuée.
A - Le combat politique
La lutte pour lindépendance a été lun des principaux combats politiques de Bandoeng. Les
différentes rencontres se sont penchées sur les questions les plus brûlantes de lépoque. Elles ont
dénoncé lattitude des métropoles européennes dans les différents champs de luttes de libération
nationale (Algérie, Vietnam ). Elles ont apporté un soutien financier, matériel et humain aux
peuples dominés.
Le « Tiers Monde » sengage par ailleurs pour la paix et sengage pour la coopération entre les
nations.
Toutefois, la guerre froide et les multiples conflits (ethniques, religieux ou idéologiques) entre pays
du Tiers Monde ont fragilisé le mouvement. On peut citer la guerre entre la Chine et lInde (1959
et 1962), celle entre lAlgérie et le Maroc (1963), celle entre lInde et le Pakistan (1965
1971), celle entre la Libye et le Tchad (1980 1987) ou encore celle entre lIran et lIrak (1980
1988)
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conscience conduit à la création du « groupe des 77 » en 1963. Celui-ci réclame la tenue dune
conférence mondiale sur le commerce et exige un nouvel ordre économique international. Cest
ainsi que la Conférence des nations Unies pour le commerce et le Développement (C.N.U.C.E.D.)
est instituée en 1964
En 1980, lA.G. de lONU adopte une stratégie pour la 3 e décennie de développement.
Linfluence du Tiers monde sexplique par son poids numérique.
Mais les problèmes économiques sont tels que certains Etats recourent alternativement à
lassistance de lun ou lautre supergrand.
Document
«
Le fait que les leaders des peuples asiatiques et africains puissent se rencontrer dans un de leurs
propres pays pour discuter et délibérer de leurs affaires communes constitue un nouveau départ dans
lhistoire
Nous ne sommes plus des colonies ; nous sommes désormais libres, indépendants et maîtres dans
nos propres pays
Nous tous, jen ai la certitude, sommes unis par des choses plus importantes que celles qui
superficiellement nous divisent ; nous sommes unis, par exemple, par la haine commune du
colonialisme, sous quelque forme quil apparaisse ; nous sommes unis par la haine du racisme et
par la détermination commune de préserver et de stabiliser la paix dans le monde.
Mon peuple et les peuples de beaucoup de nations asiatiques et africains connaissent tout cela par
leurs propres expériences. Or on ne saurait affirmer que nos pays sont entièrement libres. Cest
pourquoi nous ne pouvons penser que nous sommes déjà arrivés au but. Aucun peuple ne peut se
sentir libre tant quune partie quelconque de sa patrie nest pas libre On nous dit souvent que le
colonialisme est mort. Ne nous laissons pas illusionner, ou même endormir, par cette formule
trompeuse. Je vous assure que le colonialisme est bien vivant. Comment peut-on affirmer le
contraire tant que de vastes régions dAsie et dAfrique ne sont pas libres ? Et je vous prie de ne
pas penser seulement au colonialisme de forme classique tel que nous lavons connu en Indonésie
et dans différentes parties de lAsie et de lAfrique. Le colonialisme moderne se présente aussi
sous la forme du contrôle économique, du contrôle intellectuel et du contrôle physique, exercés par
une communauté étrangère à lintérieur de la nation. Cest un ennemi habile et décidé qui se
manifeste sous divers déguisements ; il ne lâche pas facilement son butin. Nimporte où,
nimporte quand, et quelle que soit la forme sous laquelle il apparaît, le colonialisme est un mal
quil faut éliminer de la surface du monde. »
Discours de M. SUKARNO lors de la conférence de Bandoeng, Manière de voir n° 74,
Les 50 années qui ont changé le monde, LE MONDE Diplomatique, bimestriel avril-mai
2004.
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