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Fascicule Histo Tles

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1 LES REGLEMENTS DU CONFLIT ET LES

CONSEQUENCES DE LA DEUXIEME GUERRE MONDIALE

La guerre de 1939-1945 a profondément touché le monde. Cette tragédie multiforme résulte,


économiquement, de la crise de 1929. Elle découle aussi, politiquement, des oppositions entre
fascisme, communisme et démocratie.
Bien avant la fin du conflit, les Alliés commencent des séries de rencontres pour décider de
l’avenir de la planète. Mais, elles se déroulent dans une atmosphère conflictuelle.
Quel bilan peut-on dresser de la 2ème guerre mondiale ? Quelles sont les décisions prises lors des
principales rencontres interalliées ? Sur quelle note se terminent-elles ?
Après avoir dressé le bilan de la 2 ème guerre mondiale nous mettrons l’accent sur les règlements du
conflit.

I – Le bilan de la 2ème guerre mondiale

Le bilan de la 2ème guerre mondiale peut être apprécié à différents niveaux. Nous retenons surtout les
pertes humaines, le profond traumatisme moral et les dégâts matériels et environnementaux qu’elle
a engendrés.

A – Les pertes humaines

Les pertes civiles et militaires du second conflit mondial sont sans proportion avec celles de la
« Grande Guerre ». C’est une véritable saignée démographique. En six ans d’hostilités, elle
occasionne 50 millions de victimes contre 8 à 10 millions pour la guerre 14-18. L’ampleur de la
tragédie s’explique par la puissance et la modernité des engins de guerre (la science et la
technique mises au service de la guerre : bombardements aériens, arme atomique ) et les pratiques
inhumaines (liquidation physique de l’adversaire, déportation dans les camps d’extermination
nazis ).
Cependant, les continents et les Etats belligérants sont différemment affectés. Le document 1
illustre, à titre comparatif, les pertes démographiques des deux guerres.
On peut aussi noter, entre autres effets de la guerre, un déficit des naissances, un vieillissement de la
population, un sex-ratio en faveur des femmes et des transferts ou des expulsions de populations.

B – Un profond traumatisme moral

La « stratégie de la terreur » est pratiquée par chaque camp : massacres systématiques, torture,
exactions, traitements inhumains infligés aux prisonniers Cette tactique d’anéantissement vise à
éliminer l’adversaire et à saper son moral. Mais, le summum de l’horreur atteint par l’Allemagne
nazie est inégalé. En plus du langage déshumanisant tenu notamment à l’endroit des Juifs (« nous
ne sommes pas épouillés » pour reprendre HIMMLER), on note des sévices perpétrés dans les
« usines de la mort ». Ils sont 5 à 6 millions de Juifs à être exterminés dans les camps de
concentration de Dachau, Auschwitz, Buchenwald
Ce génocide appelé Holocauste ou Shoah (catastrophe en hébreu) est encore vivace dans la
mémoire collective juive et dans la conscience morale de l’humanité.
Tout comme les Juifs, les Tirailleurs Sénégalais ont été eux aussi des victimes d’une guerre qui
n’était pas la leur.

1
C – Une catastrophe économique et environnementale

Les pertes matérielles et financières ainsi que les atteintes à l’environnement sont immenses. En
effet, les destructions des moyens et des infrastructures de communication (routes, voies ferrées,
ports, aéroports, ponts, barrages ) et de production (usines) répondent à une volonté de réduire les
capacités de résistance de l’adversaire. Ce sont donc des régions et des viles entières (Berlin,
Cologne, Stalingrad, Liverpool ) qui sont transformées en champs de ruines.
Certes, l’Europe offre l’un des tableaux les plus sombres. Son économie est à genou et ses terres
de cultures dévastées accentuent la précarité de la vie des survivants. Elle devient débitrice envers
des pays tels que les Etats-Unis.
D’autres continents impliqués de gré ou de force enregistrent également des pertes économiques.
C’est le cas de l’Afrique par le biais de l’effort de guerre apporté aux métropoles.
Quant à la nature, elle subit les effets néfastes des bombardements et des gaz toxiques. Le paysage
apocalyptique qu’offrent Hiroshima et Nagasaki témoigne de ce déséquilibre écologique qui se
répercute encore sur la santé des populations.
Dès la guerre, mais surtout à la fin de celle-ci, les vainqueurs entament des pourparlers pour la
reconstruction du monde.

II – Les règlements du conflit : la reconstruction

Dès la guerre et à la fin de celle-ci, les Alliés se rencontrent pour discuter des choix stratégiques
permettant de vaincre l’ennemi, décider de son sort quand la victoire semble se dessiner et jeter les
bases d’une sorte de « gouvernement mondial » pour l’instauration d’une paix durable.

A – Les conférences internationales

Elles s’inscrivent dans ce qu’on peut appeler les conséquences diplomatiques de la guerre. Les
plus déterminantes sont les « Conférences à Trois » : Téhéran, Yalta et Potsdam.

A – 1 – La conférence de Téhéran
Elle se réunit en terre iranienne lorsque la défaite de l’Allemagne semble proche. Du 28 novembre
au 2 décembre 1943, ROOSEVELT, CHURCHILL et STALINE élaborent avec leurs états-majors
des plans d’attaque de l’Allemagne nazie. Il est aussi question d’ouvrir un front à l’Ouest pour
permettre à l’URSS de souffler.
Toutefois, le choix de ce débarquement (dans les Balkans ou en France, opposition entre
CHURCHILL et STALINE) divise les chefs d’Etat. Les premières recompositions de frontières
sont planifiées.
A – 2 - La conférence de Yalta (cf. doc. 2)
Les Trois Grands se retrouvent pour une seconde fois à Yalta (péninsule de Crimée ex- URSS).
Pour beaucoup d’observateurs le partage du monde se dessine par les négociations houleuses qui
se tiennent du 4 au 11 février 1945. Elles scellent le sort de l’Europe à travers les décisions
suivantes :
 la division de l’Allemagne en quatre zones d’occupation (USA, URSS, Grande Bretagne
et France) et le paiement des indemnités de réparations;
 l’URSS est confortée dans ses annexions opérées depuis 1940 en échange d’une
intervention contre le Japon;
 l’établissement en Europe de gouvernements provisoires libres et démocratiques dans tous
les pays libérés.
 la perspective de création d’une organisation mondiale.
A – 3 – La conférence de Potsdam
C’est à Potsdam, une banlieue de Berlin, que se tient, du 17 juillet au 2 août 1945, la troisième
rencontre à Trois. Elle laisse apparaître les premiers signes de désaccord au sein de la « Grande

2
alliance ». En effet les expressions « élections libres » ou « gouvernements démocratiques »
divisent Occidentaux et Soviétiques. Cette rencontre se tient donc dans une atmosphère de méfiance
réciproque et dans un contexte tout nouveau. En effet, le III ème Reich s’est écroulé et les Etats-Unis
dotés de l’arme atomique peuvent, sans l’aide soviétique, mettre fin à la guerre contre le Japon.
En outre, des changements d’hommes s’effectuent à la tête des gouvernements américain et
anglais. Clément ATTLEE succède à CHURCHILL (28 juillet) tandis que ROOSEVELT (mort le
12 Avril) est remplacé par H. TRUMAN. Ce dernier mécontent du comportement de STALINE en
Europe de l’Est met fin au prêt bail.
En dépit des clivages nés des rivalités d’intérêts les Alliés arrivent aux conclusions suivantes :

 la dénazification, la démilitarisation et la démocratisation de l’Allemagne ;


 l’occupation quadripartite de Berlin ;
 la fixation du montant des réparations à 20 milliards de $ dont la moitié à l’URSS.

Sur un autre registre (cette fois-ci juridique), une justice des hommes se met en place pour la
première fois après une guerre. A défaut de punir des Etats, les procès de Nuremberg ou de Tokyo
punissent les criminels de guerre.
Les notions de « crime contre l’humanité » et de « génocide » entrent dans la sphère juridique.
Les TPI et les CPI ne sont que des prolongements de cette volonté de faire face à l’impunité.

B – Les modifications territoriales

L’avancée des forces Occidentales à l’Ouest et Soviétiques à l’Est partage de fait l’Europe.
L’URSS s’est considérablement agrandie à l’Ouest avec les annexions sur les pays Baltes, l’Est
de la Pologne et une partie de la Tchécoslovaquie.
La Pologne s’étend à l’Ouest de l’Allemagne qui perd aussi ses conquêtes de guerre. La frontière
est fixée sur la ligne Oder-Neisse.
Dans les Balkans, l’Italie cède une partie de l’Istrie à la Yougoslavie.
Hors d’Europe, en Asie et en Afrique, la situation antérieure est rétablie. Mais l’autorité des
métropoles est compromise par l’éveil des consciences et les élans de solidarité internationale
symbolisés par l’ONU.

C – L’ONU : un nouvel espoir de paix (cf. doc. 3 et 4)

Les élèves sont invités à se constituer en groupes de travail, à faire un dossier sur l’ONU et à le
déposer auprès du professeur. La réflexion peut être organisée autour des points ci-après :

Introduction
I - Historique et buts
II - Structures ou organes
III - Réussites et défis

Conclusion
N.B. : Des photos de personnages et des textes peuvent illustrer le travail.

La guerre s’achève en 1945 par la victoire des Alliés. Mais, c’est une victoire pleine de larmes.
L’Europe paye le plus lourd tribut et perd toute influence internationale. Elle cède la direction des
affaires du monde aux deux Etats-continents, les véritables vainqueurs de la guerre : les Etats-Unis
et l’URSS respectivement les porte- drapeaux du capitalisme et du socialisme.
Toutefois, aussitôt après cette guerre, par leurs divergences idéologiques, on passe sans transition à
une autre période de tension appelée la guerre froide.

3
SUPPORTS

Documents 1 : Bilans démographiques comparés des deux guerres

1914 -1918 1939 - 1945


Pertes totales Pertes totales
(dont pertes civiles)
France 1 400 000 600 000 (400 000)
Royaume-Uni 800 000 400 000 (80 000)
Allemagne 1 700 000 5 000 000 (1 200 000)
Pologne 5 800 000 (5 500 000)
Yougoslavie 1 800 000 (1 400 000)
URSS 1 700 000 20 000 000 (11 000 000)
USA 115 000 300 000
Japon 300 2 à 3 000 000 (700 000)
Chine 6 à 8 000 000
TOTAL 8 à 10 millions 40 à 50 millions
Source : Histoire Terminales, sous la dir. de P. MILZA & S. BERSTEIN,
Éd. 1995, coll. Hatier, p. 19

Document 2 : Extrait du communiqué final de la Conférence de Yalta (11 février 1945)

( ) Il a été décidé que :


1 – Une conférence des Nations unies sur l’organisation mondiale envisagée serait tenue le
mercredi 25 avril 1945, aux Etats-Unis d’Amérique.
2 – Les nations invitées à cette conférence seraient
a) les Nations unies, telles qu’elles existent au 8 février 1945 et
b) les nations associées qui, avant le 1 er mars 1945, auraient déclaré la guerre à l’ennemi
commun ( )
3 – Le gouvernement des Etats-Unis consulterait, au nom des Trois Puissances, le gouvernement de
la Chine et le Gouvernement provisoire français sur les décisions prises à la présente conférence, en
ce qui concerne l’organisation du monde envisagée.

J. V. STALINE
W. S. CHURCHILL
F. D. ROOSEVELT

Rédiger pour ce document 2, une introduction en mettant l’accent sur les éléments suivants :

 la nature du document
 la présentation des auteurs
 et les circonstances de sa rédaction.

4
Document 3 : L’ONU : la réforme ou la mort

Pour l’ONU, l’année 2003 aura donc été « l’année terrible » : division au sein du Conseil de
Sécurité ; non-prise en compte de ses inspections sur les armes de destruction massive irakiennes ;
entrée en guerre unilatérale des Etats-Unis ; attentat meurtrier contre le siège de l’organisation à
Bagdad ; et piteuse résolution finale obtenue le 16 octobre dernier par le gouvernement américain,
pour légitimer a posteriori sa présence en Irak, devant un Conseil qui ne cachait pas scepticisme et
amertume, mais a préféré masquer son impuissance derrière une unanimité de façade.
( ) La résolution 1441 ( ) a donné lieu à la plus violente bataille qu’ait connu le Conseil de
sécurité depuis la fin de la guerre froide, illustrant le choc frontal de deux idéologies : celle des
Etats-Unis d’Amérique contre celle des Nations Unies, de l’unilatéralisme contre le
multilatéralisme, qui est l’essence de l’ONU.
L’organisation née en 1945, qui a servi d’utile chambre d’écho aux tensions de la guerre froide
et de tribune au mouvement de décolonisations, a beaucoup vieilli. Loin d’avoir permis au monde
de devenir peu à peu cette « vallée de miel » décrite dans la mythologie des fonctionnaires
internationaux – moins de guerres, d’inégalités, de pollution ; plus de respect des droits de
l’homme, de justice, de solidarité entre les Etats – elle n’a empêché ni l’explosion de la
Somalie, ni le génocide au Rwanda, ni les massacres en Bosnie, et bute aujourd’hui sur la
prétention de américaine à subordonnée le destin de la planète à celui de la nation dominante.

Philippe LEYMARIE, Le Monde Diplomatique, décembre 2003, p. 33

Document 4

L’ONU est un instrument dont se sont dotés les 191 Etats de l’organisation, au premier rang
desquels les cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Et elle n’est que ce qu’ils décident
(ou pas) d’en faire ( ). Eux qui rendent improbable toute réforme majeure de l’institution en
plaçant leurs rivalités au-dessus de l’adaptation des Nations Unies au monde d’aujourd’hui. Le
premier carcan que les Etats imposent à l’ONU, c’est celui des mots. « Les résolutions de
l’ONU, c’est comme des hot dogs. Si vous savez comment c’est fabriqué, vous n’avez pas
envie d’en manger. Vous avalez sans poser de questions » ( ).
Le deuxième carcan que les Etats imposent à l’ONU, c’est celui des moyens ( ). Outre les termes
des mandats fixés à l’ONU, les hommes et les moyens financiers qu’ils lui accordent, les Etats
membres enserrent aussi l’organisation dans le carcan de l’immobilisme, en rendant improbable
toute réforme majeure alors même que l’institution, conçue il y a près de soixante ans, n’est
d’évidence plus adaptée au monde actuel. Les projets de réforme n’ont pourtant pas manqué, dès
1945 ! ( ). La Charte a été amendée après l’augmentation du nombre d’Etats membres dans la
foulée de la décolonisation : une fois (1963) pour faire passer de 11 à 15 le nombre de sièges au
Conseil de Sécurité, deux fois (1963 et 1971) pour augmenter les effectifs de l’Ecosoc (Conseil
économique et social) ( ) . La liste des membres permanents du Conseil ne reflète pourtant pas la
réalité du pouvoir, économique surtout, dans le monde et la montée des puissances régionales sur la
scène internationale ( ).
Après la crise irakienne du printemps, le Royaume-Uni a proposé de porter le nombre total de
sièges au Conseil de Sécurité de 15 à 24, un effectif qui pourrait faire consensus. Et d’accroître
celui des sièges permanents ( ). Et les rivalités sont innombrables entre postulants à d’éventuels
sièges permanents : le Pakistan ne veut pas que l’Inde s’en voit attribuer un. L’Argentine est
conte un siège pour le Brésil. La Chine ne voit pas d’un bon oeil un siège japonais, etc.

Yann MENS, Alternatives Internationales, septembre-octobre 2003, pp. 38 à 42

5
2 LES RELATIONS EST-OUEST
DE LA GUERRE FROIDE A LA CHUTE DU MUR DE BERLIN
(1945-1991)

Les alliances survivent rarement à la disparition de l’ennemi contre lequel elles étaient nouées. La
coalition antihitlérienne codirigée par les Etats-Unis d’Amérique et l’Union Soviétique ne déroge
pas à cette règle.
De 1945 à la chute du mur de Berlin, un antagonisme idéologique inconciliable oppose les deux
Grands. Il s’étend très vite à toute la planète et la divise en deux blocs : l’Est et l’Ouest. C’est
leur face à face par alliés interposés que Raymond ARON définit par la formule « guerre
improbable, paix impossible ». On l’appelle la guerre froide.
Cette rivalité Est-Ouest ne risque-t-elle pas de compromettre les espoirs de paix nés avec la création
de l’Organisation des Nations Unies (O.N.U.) ? Ne fait-elle pas croire à l’imminence d’une
troisième guerre mondiale ?
Nous verrons d’une part les différentes phases de tensions puis de détente dans les relations Est-
Ouest et enfin le monde né au lendemain de la chute du mur de Berlin et de l’éclatement de
l’Union Soviétique.

I – La guerre froide : la formation et l’affrontement des blocs (1945-1953)

Les rapports conflictuels entre les Etats-Unis et l’Union Soviétique font voler en éclat les espoirs
de paix nés avec la création de l’O.N.U. Cette rivalité américano-soviétique popularisée par Walter
LIPPMANN (cf. doc. 3) résulte de la mise en place des blocs (cf. doc. 2) et de leurs déclarations de
guerre froide (cf. doc. 6 et 7).
Avant de les retrouver en Asie, l’Europe séparée en deux camps adverses par un « rideau de fer »
(cf. doc. 1) est le principal foyer de leur affrontement indirect.

A – La formation des blocs

A – 1 – Le bloc de l’Ouest
Les Etats-Unis sont la puissance directrice du bloc de l’Ouest. Leur suprématie militaire et
économique se traduit à la veille de la fin du second conflit mondial par une politique de fermeté
envers l’union Soviétique de STALINE. L’attitude et le comportement de celui-ci en Europe
centrale et orientale irritent TRUMAN. Ce dernier annonce devant le Congrès américain, en mars
1947, sa politique de soutien aux « peuples libres » et de « containment » ou d’endiguement du
l’expansion du communisme.
En juin de la même année, le Plan Marshall (cf. doc. 5) d’un montant de 13 milliards de $ permet
en même temps le redressement économique et la mainmise américaine sur l’Europe de l’Ouest.
Les seize pays qui acceptent cette aide forment en avril 1948 l’O.E.C.E. qui devient O.C.D.E. en
1961. Le Japon, autre victime, reçoit une assistance de 1 225 millions de $.
L’anti-communisme est complété par un dispositif d’encerclement militaire. La « menace rouge »
contraint les Etats-Unis à signer, le 4 avril 1949, le Pacte de l’Atlantique Nord. Il est suivi d’une
intégration dans le cadre de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (O.T.A.N.) des armées
des pays membres (Etats-Unis, Royaume Uni, Canada, France, Pays-Bas, Danemark, Norvège,
Islande, Luxembourg, Italie, Portugal, Grèce, Turquie, R.F.A.). Ce dispositif s’intéresse à
d’autres continents dont l’Amérique latine avec le Pacte de Rio (1947) et le Pacte de Bogota
(1948) ; l’Océanie avec l’A.N.Z.U.S. (1951) autour de l’Australie et de la Nouvelle Zélande ;

6
l’Asie avec l’O.T.A.S.E. signé en 1954 et enfin le Pacte de Bagdad qui lie sous l’égide
américaine, en 1955, la Grande Bretagne à la Turquie, l’Iran, l’Irak et le Pakistan.

A – 2 – Le bloc de l’Est
L’Union Soviétique dirige le bloc de l’Est. Elle a besoin, pour sa sécurité, d’un glacis territorial.
Par la « tactique du salami » (contrôler les postes-clés des gouvernements : Intérieur, Justice, Armée
et Economie; diviser ou éliminer les adversaires politiques; truquer les élections), elle s’agrandit
sur les pays d’Europe centrale et orientale. Seule la Yougoslavie lui échappe.
La « doctrine Jdanov » est une réplique à la « doctrine Truman ». L’union Soviétique ne voit dans
le Plan Marshall qu’une initiative impérialiste. Les « démocraties populaires » la suivent dans son
refus et son rejet de l’aide américaine.
Créé le 5 octobre 1947, le Kominform symbolise, en tant qu’organe de liaison des partis
communistes européens, l’unité politique du camp de l’Est. Deux accords consolident
l’alignement des « satellites » sur l’Union Soviétique. Il s’agit du Conseil d’Assistance
Economique Mutuelle (C.A.E.M. ou Comecon) et du Pacte de Varsovie (alliance militaire) créés
respectivement en 1949 et en 1955.

L’hostilité réciproque des deux leaders des camps adverses refroidit les relations internationales et
accentuent les risques d’affrontement.

B – L’affrontement des blocs

B – 1 – Le coup de Prague
On appelle « coup de Prague » la prise du pouvoir par le Parti communiste de la Tchécoslovaquie
(P.C.T.) en février 1948 suite à une fausse manœuvre des ministres « bourgeois ».
B – 2 – La 1ère crise de Berlin (cf. doc. 8)
Le problème allemand et la ville de Berlin située au cœur de la zone d’influence soviétique
empoisonnent à nouveau les relations internationales. En effet, la volonté des Occidentaux de faire
renaître économiquement et politiquement l’Allemagne inquiète les Soviétiques. Si pour ces
derniers l’Allemagne doit être la source financière des réparations pour les Américains c’est à la
fois un marché à gagner et un bouclier contre l’avancée du communisme.
La fusion des zones d’occupation américaine et anglaise (« bizone ») puis française (« trizone »)
suivie, toujours en 1948, de la création d’une monnaie le Deutschmark avivent les divergences. En
guise de représailles les Soviétiques coupent le 23-24 juin 1948 toutes les voies d’accès terrestres à
la partie occidentale de la ville : c’est le blocus de Berlin.
Les Occidentaux que STALINE veut déloger répondent par un gigantesque « pont aérien » pour
assurer le ravitaillement de la ville. Le 12 mai 1949, cette tentative d’asphyxie se solde par un
échec. La même année deux Etats naissent : la R.F.A. (23 mai) et la R.D.A. (7 octobre).

B – 3 – La guerre de Corée (cf. doc. 9)


La guerre de Corée fait suite à la victoire du communisme en Chine. Après la capitulation du Japon,
le pays est divisé en deux par le 38 ème parallèle. Au Nord, on a un Etat prosoviétique avec Kim Il
SUNG et au Sud un Etat pro-occidental avec Syngman RHEE.
Le 25 juin 1950, sous la houlette soviétique, les Nord-coréens envahissent le Sud. Cette agression
est aussitôt condamnée par l’O.N.U. qui envoie des troupes formées essentiellement
d’Américains. Elles refoulent leurs adversaires jusqu’au fleuve Yalou. La tournure des opérations
militaires inquiète Mao ZEDONG. Ainsi, des milliers de volontaires Chinois prennent part au
conflit et forcent les troupes onusiennes à battre en retraite. Débordé, le Général Mac Arthur
envisage d’utiliser l’arme atomique. Pour éviter une troisième guerre mondiale, TRUMAN le
relève de son commandement. Des négociations s’ouvrent. Elles aboutissent, le 27 juillet 1953, à
l’armistice de Pan Mun Jum et au rétablissement de la frontière sur le 38ème parallèle.

7
Toutefois, cette période d’affrontement n’est pas allée jusqu’à la guerre ouverte. Elle est aussi
jalonnée par des phases de détente ou coexistence pacifique.

II – Dégel et refroidissement dans les relations Est-Ouest (1953-1984)

A partir de 1953, plusieurs facteurs concourent à apaiser les tensions ente l’Est et l’Ouest. La
détente ou la coexistence pacifique se substitue à la guerre froide (cf. doc. 3 et 4). Elle fait des deux
supergrands des « adversaires-partenaires ».
Pourtant, malgré leur rapprochement, des crises majeures menacent de transformer la guerre froide
en guerre chaude au moment où des conflits périphériques secouent le Proche Orient, l’Asie,
l’Amérique latine et l’Afrique.

A – Le dégel ou la coexistence pacifique

A – 1 – L’arrivée de nouveaux dirigeants aux Etats-Unis et en Union Soviétique


En novembre 1952, le candidat du parti républicain, le Général EISENHOWER remporte les
élections présidentielles aux Etats-Unis. Le nouveau locataire de la Maison Blanche développe une
politique plus souple que celle de son prédécesseur. Il condamne, en décembre 1954, le
« maccarthysme » ou la « chasse aux sorcières ». Mais la méfiance du communisme est toujours de
mise. Ainsi, le Secrétaire d’Etat, Foster DULLES, ne se contente plus du « containment ». Il
propose la stratégie du « roll back » c’est-à-dire le refoulement des Soviétiques de tous les
territoires occupés depuis 1945.
Du côté soviétique, la mort de STALINE (5 mars 1953) ouvre une nouvelle période qui se traduit
par le besoin d’une paix, le désir de libéraliser le régime et une volonté d’améliorer les conditions
de vie du peuple. Une « Direction à Trois » dite la « Troïka » s’installe. Elle est conduite par
KHROUCHTCHEV (1er Secrétaire du Parti), MALENKOV (Président du Conseil des Ministres) et
BERIA (Chef de la Police) puis BOULGANINE (Président du Conseil des Ministres en
1955).Toutefois, KHROUCHTCHEV exerce la réalité du pouvoir. Lors du XX ème Congrès du
P.C.U.S. (14-25 février 1956), il entame la « déstalinisation ». Il dissout le Kominform (17 avril) et
développe une politique moins hostile à l’égard de l’Ouest.

A – 2 – L’équilibre de la terreur
Avec la compétition militaire, les puissances rivales disposent chacune d’un arsenal nucléaire
capable de détruire l’Humanité. En effet, après les Etats-Unis qui mettent au point la bombe A et la
bombe H respectivement en 1945 et en 1949, les Soviétiques accèdent à la parité nucléaire en 1949
et en 1953. Mieux, l’Union Soviétique lance en 1957 Spoutnik, le premier satellite artificiel dans
l’espace. La réaction américaine ne tarde pas. Pour combler le « missile gap » ils créent la National
Aeronautics and Space Administration (N.A.S.A.).
On parle alors d’un « duopole nucléaire ». Il permet un « équilibre de la terreur ». La peur d’un
coanéantissement violent avec l’arme atomique se lit à travers les propos tenus par les dirigeants
soviétique et américain.
Dans Ce que je pense de la coexistence pacifique, KHROUCHTCHEV invite ses adversaires à
« vivre en paix, en bons voisins » pour éviter « une guerre qui ne connaîtrait pas de distinction
entre le front et l’arrière, entre les soldats et les enfants ».
Quant à NIXON, il déclare dans un discours prononcé en 1969 que « la puissance qui provoquerait
une guerre thermonucléaire ne pourrait s’attendre à aucun avantage et certainement à aucune
victoire ».
La prise de conscience du péril qui menace le monde se traduit en acte par l’installation, en juin
1963, d’un « téléphone rouge » entre Washington et Moscou. Les deux grands consolident cette
atmosphère de paix par des accords dont :

8
 Les accords de Moscou interdisant les essais nucléaires dans l’atmosphère (1963) ;
 Le traité de non-prolifération des armes nucléaires (1968) ;
 Les accords SALT I (1972), SALT II (1979) et START (1982) ;
 Les accords d’Helsinki ou Conférence pour la Coopération et la Sécurité en Europe
(1975).

En signe de bonne volonté, ils organisent des rencontres. KHROUCHTCHEV se rend à Londres en
1956, aux Etats-Unis en 1959 et à Paris en 1960. Il rencontre KENNEDY à Vienne en 1961.
Moscou reçoit NIXON en 1972 et Washington accueille BREJNEV en 1973.

A – 3 – La fissuration des blocs


Des problèmes internes affectent la cohésion des camps occidental et socialiste. C’est la fin du
monolithisme (leadership) jusque-là incarné par les puissances directrices.
A l’Ouest, c’est surtout la France désapprouvée par les Etats-Unis dans la crise de Suez qui
conteste la tutelle américaine. En refuse de signer le traité de non prolifération des armes nucléaires
et retire ses forces de l’O.T.A.N. En outre, elle se rapproche de la Chine et de l’Union Soviétique.
A Phnom Penh au Cambodge en 1966, elle dénonce à travers le discours du Général De Gaulle la
responsabilité des Etats-Unis dans la guerre du Vietnam.
A l’Est, la domination soviétique est mal acceptée. Les libérateurs d’hier sont perçus comme des
occupants. L’espoir d’un socialisme à visage humain nourrit la contestation dans les
« démocraties populaires » (Pologne, Hongrie, Berlin Est, Tchécoslovaquie ). L’exemple de la
Tchécoslovaquie qui concilier socialisme et liberté entraîne une intervention musclée des troupes du
Pacte de Varsovie en août 1968 : c’est le Printemps de Prague.
En plus du schisme yougoslave, la Chine de Mao condamne le « révisionnisme » de
KHROUCHTCHEV et la « doctrine brejnev » (« souveraineté limitée » notamment avec le
Printemps de Prague de 1968). C’est la rupture sino-soviétique au début des années 60.

A – 4 – L’affirmation du Tiers Monde


Du 17 au 24 avril 1955, un évènement historique se produit à Bandoeng en Indonésie : c’est
l’affirmation du Tiers Monde sur la scène internationale. Ce groupe dit « afro-asiatique » compte
conduire à l’indépendance les peuples de couleurs encore sous la domination de l’homme blanc.
Il remet en cause la bipolarisation du monde et entend échapper magnétisme ou à la politique de
charme menée par les Etats-Unis ou l’Union Soviétique.
Il se consolide, à Belgrade en 1961, avec le mouvement des « Non alignés ».

B – Le refroidissement dans les relations Est-Ouest

B – 1 – La 2ème crise de Berlin


Les Soviétiques n’ont pas digéré, politiquement, l’échec du blocus de Berlin. Ainsi,
KHROUCHTCHEV veut mettre fin au statut quadripartite de la ville. Il la considère comme « une
tumeur cancéreuse » au sein du camp socialiste.
Sur le plan économique, cette avant-garde occidentale à l’expansion du communisme ne cesse
d’attirer les populations de l’est, surtout les élites et les jeunes. L’affaire de l’avion-espion
américain U2 (1er mai 1960) sert de prétexte à KHROUCHTCHEV pour rouvrir l’épineux dossier.
Il compte retrouver sa crédibilité. Mais les Occidentaux, en la voix de KENNEDY, se montrent
fermes (rencontre de Vienne de juin 1961).
Finalement, dans la nuit du 17 au 18 août 1961, un mur est construit pour stopper l’hémorragie ou
la fuite vers l’ouest des populations est-berlinoises. Le mur de Berlin coupe l’Allemagne et
l’Europe en deux.

9
B – 2 – La crise des fusées de Cuba (cf. doc. 10)
La crise la plus grave est celle de Cuba. Le renversement de Fulgencio BATISTA par Fidel
CASTRO en janvier 1959 envenime les rapports entre Cubains et Américains. Après l’échec du
débarquement de la « baie des cochons » (15 avril 1961), Fidel CASTRO se rapproche de Moscou
pour se protéger. Pour épauler son allié caribéen et gagner une position stratégique,
KHROUCHTCHEV lance « l’opération Anadyr ». En mai 1962, il installe 60 missiles atomiques
et envoie 50 000 soldats soviétiques.
Alertés de cette menace le 15 octobre 1962, le Président KENNEDY décide la mise en quarantaine
de l’île. C’est un blocus à la fois militaire et économique que subit Cuba. L’escalade de la
violence se poursuit malgré la médiation du Secrétaire général de l’O.N.U., le Birman Sinth
UTHANT.
Toutefois, grâce à sa détermination les deux leaders politiques échangent des correspondances. Le
27 octobre, KHROUCHTCHEV invite KENNEDY à enlever ses missiles nucléaires Jupiter
installés en Turquie en échange du démantèlement des leurs. La tension baisse d’intensité le jour
suivant. Le conflit le plus dangereux est écarté de justesse.
KHROUCHTCHEV a encore joué et perdu un autre bras de fer. Il est contraint à la démission en
octobre 1964. BREJNEV le remplace à la tête de l’Union soviétique.

B – 3 – Les conflits périphériques


En mage de ces deux grandes crises du début des années 60, les Américains et les Soviétiques
s’affrontent aussi dans le Tiers Monde.
 En Asie, plus précisément au Proche Orient, la guerre israélo-arabe commencée en 1948
s’éternise. En Iran, une révolution islamique conduite par l’Ayatollah KHOMEINY
installe, en 1979, un gouvernement anti-américain et anti-soviétique. Cette même année, les
Soviétiques envahissent l’Afghanistan.
Quatre années plus tôt, les Américains décidaient de se retirer du Vietnam.
 En Amérique latine, les Etats-Unis lancent « l’opération Condor ». Ils craignent que
l’exemple de Cuba ne s’étende au sous-continent. Cette volonté est conforme aux
doctrines de MONROE (« L’Amérique aux Américains ») et de Lyndon JOHNSON (« Pas
de deuxième Cuba en Amérique latine »). Ainsi, au Chili, avec l’appui de la C.I.A.,
PINOCHET renverse le Président Salvador ALLENDE en 1973. La répression contre les
régimes jugés autoritaires gagne toute l’Amérique.
 La tourmente de la guerre froide touche aussi l’Afrique. Toutes les luttes pour
l’indépendance sont émaillées par l’intervention des puissances étrangères. On peut
retenir le cas de la crise du Canal de Suez. Autre exemple qui mérite d’être cité, c’est
l’intervention au Congo belge des forces occidentales. Elle est à l’origine de la chute du
gouvernement de Patrice LUMUMBA et de son assassinat en1961.

C’est sur fond de crise économique (chocs pétroliers de 1973 et de 1979) que les Etats-Unis
effectuent un retour sur la scène mondiale. « America is back » dit R. REAGAN. Pour protéger les
forces de l’O.T.A.N. contre les fusées soviétiques SS20, il installe en Europe des fusées Pershing 2
et lance la « guerre des étoiles » ou l’Initiative de défense stratégique (I.D.S.). La guerre froide
reprend et porte un coup aux Jeux olympiques de Moscou (1980) et de Los Angeles (1984).
Mais, l’Union Soviétique de GORBATCHEV minée par de graves difficultés n’a plus de force
pour la mener.

10
III – Vers la fin du monde bipolaire : de l’avènement de GORBATCHEV au nouvel ordre
mondial (1985-1991)

Au milieu des années 80, un vent nouveau souffle dans le monde. Il bouleverse les relations Est-
Ouest et instaure, après la disparition de l’Union soviétique, un nouvel ordre mondial incarné par
les Etats-Unis.

A – GORBATCHEV et l’effondrement de l’Empire soviétique

A – 1 – L’arrivée de GORBATCHEV et les relations Est-Ouest

L’Union soviétique ne peut plus supporter le coût financier et économique de la course aux
armements. Les réformes entreprises sous GORBATCHEV élu Secrétaire général le 11 mars 1985,
« Perestroïka » et «Glasnost », vont de pair avec une volonté d’apaiser les tensions internes et
externes. Il renoue le dialogue Est-Ouest et rencontre REAGAN (à Genève en 1985, à Reykjavik en
1986, à Moscou en 1988 et à Paris en 1989) et BUSH (à Malte en 1989 et à Washington en 1990).
C’est dans cette atmosphère que les Deux grands signent, en décembre 1987, les accords de
Washington ou le traité de démantèlement des forces nucléaires intercontinentales. Ce climat de
confiance favorise le règlement du conflit Iran-Irak (1988) et le retrait des troupes soviétiques
d’Afghanistan (février 1989). Les négociations du traité START s’achèvent en juillet 1991 à
Moscou.
En fait, l’Union soviétique ne peut plus continuer cette guerre. Elle accepte donc la suprématie
militaire américaine et doit trouver des solutions aux problèmes qui secouent son empire.

A – 2 – L’éclatement de l’Empire soviétique

Les premiers coups partent des « démocraties populaires ». Les vagues de contestation gagnent du
terrain malgré la répression. Partout, elles sont alimentées par les privations de liberté, le refus de
tolérer l’opposition, les pénuries de toutes sortes et l’endettement.
La Pologne avec le puissant syndicat Solidarnosc dirigé par Lech VALESA, la Tchécoslovaquie ou
encore la Hongrie illustrent les problèmes qui minent le camp socialiste. L’évènement décisif se
produit en Allemagne de l’Est. Le rassemblement spontané, après la chute d’Erich HONECKER,
de près d’un million de manifestants à ALEXANDERPLATZ témoigne, le 4 novembre 1989, du
ras le bol des populations. Le pouvoir de la rue triomphe le 9 novembre 1989 avec l’ouverture du
mur de Berlin. Vingt ans après leur politique de rapprochement ou « ostpolitik » les deux
Allemagnes se réunifient à nouveau, le 3 octobre 1990.
Ces faits se greffent aux multiples problèmes internes de « l’Empire du Mal » et précipitent son
agonie.
En Union soviétique, les timides initiatives entreprises sous KHROUCHTCHEV de même que
celles des gérontocrates (BREJNEV, ANDROPOV puis TCHERNENKO) ne permettent de sortir
de l’immobilisme politique et économique. Il faut trouver une issue à cette impasse. C’est ce que
tente GORBATCHEV à travers la « Perestroïka » et la « Glasnost ».
Toutefois, les remèdes politiques (abolition par le Congrès des Députés soviétiques du rôle dirigeant
du P.C., autorisation du multipartisme et mise en place d’un régime présidentiel) et économiques
(libéralisme économique) inquiètent les Apparatchiks de la Nomenklatura (K.G.B., Police, P.C.U.S.
et Armée).
Le 18 août 1991, ils organisent un putsch pour stopper la libéralisation économique et la
démocratisation de la vie politique. Deux jours plus tard, le Président de la Russie, Boris ELTSINE,
fait échouer le coup de force. La désintégration de la fédération entamée plus tôt se poursuit avec
l’indépendance de toutes les républiques et la dissolution des organes de fonctionnement du
socialisme en automne 1991 :

11
 le C.A.E.M. le 23 juin;
 le Pacte de Varsovie le 1er juillet ;
 le K.G.B. le 11 octobre.
Finalement, GORBATCHEV choisit de démissionner la veille de la création de la Communauté des
Etats Indépendants, le 25 décembre 1991.
L’Union soviétique n’existe plus. Aujourd’hui, la Russie hérite de son veto au Conseil de
Sécurité de l’O.N.U. Cependant, elle ne peut pas contrebalancer l’hégémonie des Etats-Unis, les
« seuls gendarmes du monde ».

B – Le nouvel ordre mondial

En janvier 1991, les Etats-Unis, appuyés par une armée internationale, lancent l’opération
« Tempête du désert » pour libérer le Koweït envahi, le 2 août 1990, par Saddam HUSSEIN.
Cet évènement précède de quelques mois la fin de la périlleuse phase de la guerre froide.
Désormais, ils sont la seule superpuissance. Ils sont dotés de tous les atouts. Leur suprématie
militaire est totale. Elle se traduit, dans le cadre de ce nouvel ordre mondial qui s’instaure, par une
volonté d’imposer un monde unipolaire. Cette volonté de subordonner le destin de la planète à
celui des Etats-Unis engendre des excès et des injustices. Or, ces injustices conduisent à ce que Mao
appelait « la mer où nagent les combattant de la guérilla ».
Ainsi, en ce début de XXIème, les Etats-Unis qui se sont arrogés de nouvelles responsabilités
mondiales font battre de plus bel les tambours de guerre qui du reste ne se sont jamais tus. Dix ans
après la disparition de leur ennemi de toujours, ils lancent, en guise de représailles aux attentats du
11 septembre 2001 et au mépris de l’opinion internationale, la grande guerre contre le terrorisme.
C’est une guerre dans laquelle qui n’est pas avec eux est contre eux.
Ce que les médias occidentaux nous montrent (caricatures) et les propos tenus par certains
dirigeants – « Nous devons être conscients de la supériorité de notre civilisation » déclaration faite
par Silvio BERLUSCONI le 26 septembre 2001- ou encore l’interdiction du port du foulard
donnent un fondement à la formule du « choc des civilisations » reprise par Samuel
HUNTINGTON. L’Islam qui figure dans la liste des nouveaux épouvantails (les armes de
destruction massive, les Etats-voyous et le terrorisme) contre lesquels les Etats-Unis comptent agir,
s’oppose alors à l’Occident.
Le 7 octobre 2001, dans leur obsession sécuritaire, ils attaquent, sans la bénédiction onusienne,
l’Afghanistan accusé d’abriter des membres d’Al-Qaida. Ensuite, c’est au tour de l’Irak. Cible
désignée le 29 janvier 2002 comme un pays de l’ « axe du Mal » au même titre que la Corée du
Nord et l’Iran, il est envahi le 20 mars 2003.
Et depuis les attentats et les foyers de tension se multiplient. La Tchétchénie, l’éternel conflit
israélo-palestinien et les menaces nucléaires illustrent, entre autres, ce désordre international.

L’alliance contre-nature entre les Etats-Unis et l’Union soviétique n’a pas survécu à la
disparition de l’ennemi nazi. Moins de deux ans après le second conflit mondial, ces deux
superpuissances ébranlent la paix internationale. Leurs affrontements se terminent par le triomphe
des Etats-Unis et du capitalisme.
Le mur de Berlin s’ouvre et referme une page de l’histoire du système apparu en 1917.
Une autre page de l’histoire est entrain d’être écrite. Est-ce celle d’un nouvel ordre mondial
matérialisé par l’opposition frontale entre l’unilatéralisme américain et le multilatéralisme ou
celle de ce qui est communément désigné par l’expression « choc des civilisations » ?

12
3 LA CHINE DE 1945 AUX ANNEES 90

Après la capitulation du Japon en 1945, deux Chines se font face à face : la Chine nationaliste
(Guomindang) et la Chine communiste. Cet affrontement tourne à l’avantage des Communistes. Le
1er octobre 1949, Mao Zedong proclame la République populaire de Chine.
Comment et avec qui rebâtir une Chine longtemps affaiblie par les influences étrangères et les
querelles internes ? Quelle ligne politique adopter ?

I – La Chine sous Mao Zedong

La reconstruction de la Chine commence par des réformes internes. A partir de 1953, les nouvelles
autorités s’inspirent du modèle soviétique. Elles choisissent, cinq ans plus tard, de suivre leur
propre voie.

A – Les débuts de la République Populaire de Chine (1949 – 1953)

Les nouveaux dirigeants que sont Mao Zedong et Zhou Enlai entament la reconstruction. Elle passe
par ces réformes :

 Sur le plan foncier : il s’agit de la redistribution des terres aux paysans. Ainsi, 47
millions d’hectares sont cédés à 300 millions de paysans.
 Sur le plan économique : on nationalise les entreprises étrangères et celles de
l’aristocratie ; on lutte contre la corruption.
 Sur le plan social : on assiste à un remodelage de la société à travers la loi de 1950 sur le
mariage avecl’interdiction des mariages précoces ou forcés et les fiancés-enfants ; des
mesures sont prises contre le gaspillage

B – L’adoption du modèle soviétique (1953 – 1957)

En 1953, la Chine suit le modèle d’économie planifiée de l’URSS. Elle lance son premier plan
quinquennal. Mais celui-ci se solde par un échec. Parmi les multiples causes, on retient surtout la
priorité accordée à l’industrie (58,2 % des investissements) au détriment de l’agriculture (7,6 %
seulement), le malaise social né de la collectivisation des terres et les querelles politiques internes.
Pour tempérer les divergences une campagne d’auto-critique de l’action gouvernementale appelée
la « Campagne des cent fleurs » est lancée en mai 1956. Mais en juin 1957, elle se termine par une
épuration des dissidents (intellectuels). En disant « Cent fleurs d’accord mais à condition qu’elles
soient toutes rouges » Mao effectue une véritable volte-face.

C – Du « Grand bond en avant » à la « Révolution culturelle prolétarienne » (1958 – 1969)

En 1958, la Chine adopte sa propre voie : c’est le « Grand bon en avant » traduit par le slogan
« Par ses propres efforts, par ses propres moyens » (indépendance économique). Il s’agit de
« marcher sur les deux jambes ». Autrement dit la Chine compte développer simultanément
l’agriculture et l’industrie. Cette stratégie s’appuie sur 26 000 communes populaires, sur une
mobilisation générale de la population et de la main d’œuvre sous-employée. Toutefois, la volonté
n’a pas suffi. La Chine traverse de 1959 à 1961 une famine qui fait 15 à 20 millions de victimes.
Une conjonction de facteurs expliquent cet échec : les calamités naturelles (inondations,

13
sécheresse ), les erreurs techniques, les défaillances humaines et la rupture avec l’URSS (départ
de 10 000 techniciens russes).
Sur le plan politique, Mao est affaibli au sein du PCC. Des dirigeants plus pragmatiques tels que
Liu Shaoqui, Deng Xiaoping et Zhou Enlai redressent la situation économique en redonnant la
priorité à l’agriculture et en réorganisant les communes populaires (apparition de la propriété
privée).
Quand Mao revient au pouvoir, il dénonce les tendances capitalistes. En 1965, il déclenche la
« Révolution culturelle et prolétarienne ». En fait, c’est la manifestation des luttes opposant les
« Maoïstes » aux « Révisionnistes ». En fin de compte, cette RCP entraîne l’élimination de
beaucoup de cadres du Parti et d’intellectuels. Elle conduit à la destitution de Liu Shaoqui et de
Deng Xiaoping.
Les querelles intestines pour la conquête du pouvoir s’avivent même après la mort de Mao en
septembre 1976.

II – L’avènement de Deng Xiaoping : modernisation et ouverture

1976 est une année décisive dans l’histoire interne et externe de la Chine. C’est un tournant qui
annonce de grandes réformes économiques.

A – Le triomphe des réformateurs

Hua Guofeng, un maoïste modéré dirige la Chine. Il fait arrêter la « bande des quatre » et réhabilite
Deng Xiaoping en 1977. Ce dernier retrouve toutes ses fonctions. En 1978, il fait approuver par le
PCC les « Quatre modernisations ». Elles portent sur :

 L’agriculture (décollectivisation des CP, priorité céréalière et diversification) ;


 L’industrie (création de ZES, développement des industries et des exportations) ;
 Les services et les techniques ;
 La défense nationale.

B – La modernisation et l’ouverture de la Chine

L’avènement de Deng Xiaoping coïncide avec l’abandon du dogmatisme idéologique et


l’application d’un principe socialiste, « à chacun selon son travail ». Il permet une libération des
forces productives. La Chine est donc à l’heure du pragmatisme et de l’efficacité économique
comme l’illustre ce slogan : « Peu importe que le chat soit noir ou gris, l’essentiel est qu’il
attrape les souris ».
Sur le plan agricole, les réformes les plus importantes sont : la décollectivisation des terres,
l’apparition et la légalisation des activités familiales secondaires comme le petit élevage et
l’artisanat, la responsabilisation des paysans dans la production et la commercialisation des
produits.
Sur le plan industriel, on retient surtout : l’abandon du slogan maoïste « ne compter que sur ses
propres forces », l’ouverture aux capitaux étrangers et l’appel des techniciens occidentaux, la
création de ZES, l’autorisation par le code des investissements de 1979 de la formation
d’entreprises mixtes sino-étrangères (les joint-ventures), la réhabilitation de la notion de profit, la
signature d’accords commerciaux avec les pays industrialisés.
Ces mesures permettent une hausse du niveau de vie des populations. Elles entraînent aussi un
décollage économique de la Chine.

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C – Les limites

Malgré l’ouverture, le PCC continue à avoir un œil sur toute la vie de la société. Sur les plans
politique et culturel, on note quelques coups de frein. Il s’agit de la condamnation en 1979
d’écrivains contestataires ou encore des campagnes contre « la pollution spirituelle » de 1983 et
contre « la littérature polluante » de 1985.
Quatre années plus tard, c’est d’une main de fer que Deng Xiaoping et le 1 er Ministre Li Peng
font écraser sur la place Tienanmen les étudiants qui réclament plus de liberté et de démocratie. Ce
sont là des signes d’une Chine encore contrôlée par un Parti tout-puissant.

Avec l’arrivée des Communistes au pouvoir, la Chine s’engage dans la reconstruction d’un pays
meurtri par de longues années de guerre. Sur la voie de l’édification du socialisme, elle adopte
plusieurs modèles de développement pour combler son immense retard économique. De l’autarcie
elle passe au collectivisme puis à l’économie socialiste de marché.
Aujourd’hui, elle cherche de concilier dirigisme politique et libéralisme économique.

15
4-5 LES CAUSES GENERALES
ET LES FORMES DE LA DECOLONISATION

Au début du XIXème siècle, au moment où l’Amérique latine se libère, l’Asie et l’Afrique


subissent l’impérialisme étranger. Cependant, cette colonisation suscite après le second conflit
mondial un vaste mouvement de contestation. Celui-ci entraîne la décolonisation.
Qu’est-ce qui la rend irréversible et inéluctable ? Quelles formes revêt-elle ?
Nous verrons d’une part ses causes et d’autre part ses formes.

I – Les causes générales de la décolonisation

Certaines causes relèvent d’évènements extérieurs et d’autres de la vie interne des peuples
opprimés.

A – Les causes externes

1 – L’impact des deux guerres mondiales

Les deux guerres mondiales dévoilent le visage et la barbarie de l’Occident. Elles mettent fin au
mythe de l’homme blanc. Par la fourniture de vivres et l’envoi de capitaux et de soldats, les
colonisés participent à l’effort de guerre des métropoles. Ce contact leur permet de découvrir les
faiblesses, la vulnérabilité et les excès de blanc. En retour, ils réclament des contreparties à leurs
sacrifices.
En Asie, la défaite du Japon entraîne l’indépendance des territoires qu’il contrôlait.
Par ailleurs, la Charte de l’Atlantique proclame en son article 3 « le droit des peuples à disposer
d’eux-mêmes ». Pour ses signataires, la Grande Bretagne et les Etats-Unis d’Amérique elle prend
une valeur universelle.

2 – L’anticolonialisme de l’URSS et des Etats-Unis

Même si leur action n’est pas désintéressée, en raison de la guerre froide, l’URSS et les Etats-
Unis vont accélérer le processus de la décolonisation.
Pour l’URSS, « un peuple qui en opprime d’autres ne saurait être libre ». L’idéologie marxiste-
lénniste est donc anti-impérialiste. Elle prône l’égalité et condamne toute forme de domination de
l’homme par l’homme. Son anticolonialisme se matérialise par le soutien aux mouvements
nationalistes. Son action à l’ONU séduit même beaucoup de leaders nationalistes (Hô Chi Minh,
Amilcar Cabral ).
Les Etats-Unis (anciennes colonies) manifestent une sympathie pour les peuples en lutte pour leur
libération. Mais leur action est surtout guidée par des raisons économiques. Leur accès aux marchés
et aux matières premières des colonies implique la dissolution du Pacte colonial français et de la
préférence impériale britannique. Sur le plan politique, ils encouragent la décolonisation là où ils
pensent barrer la route au communisme.

3 – L’action de l’ONU

Dès le début des années 50, l’ONU devient une tribune pour les porte-parole des pays assujettis et
opprimés. Conformément à l’article 1 de sa charte qui stipule « l’égalité des droits des peuples et

16
leur droit à disposer d’eux-mêmes », elle compte conduire à l’indépendance les peuples sous
tutelle. En 1948, elle adopte la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. En 1960, par une
Déclaration elle se montre favorable à l’octroi de l’indépendance aux peuples et pays colonisés.
C’est, faute de moyens d’action, un soutien moral aux peuples privés de leurs droits.

B – Les causes internes

1 – Les contradictions du système colonial

Le système colonial porte en lui-même les germes de sa propre destruction. Les élites formées dans
les écoles occidentales dénoncent les déséquilibres des économies et des sociétés traditionnelles.
Victimes d’humiliations diverses, des travaux forcés , elles pointent aussi du doigt les ambiguïtés
des politiques d’assimilation, d’association ou d’ « indirect rule ».
En réutilisant contre leurs « maîtres » les idées de liberté, d’égalité, de fraternité et de démocratie,
elles favorisent l’éclosion d’un sentiment nationaliste.

2 – L’essor du nationalisme

Les principaux acteurs de cet essor du nationalisme sont les syndicats, les partis politiques et les
intellectuels.
 Une fois formés, les syndicats réclament la suppression du régime colonial et de meilleures
conditions de travail. Leur slogan est « à travail égal, salaire égal ». Les cas de la CGT ou de
l’UGTAN peuvent être cités.
 Ils sont relayés par des partis politiques à la tête desquels se trouvent des leaders
charismatiques dont Gandhi, A. Soekarno, Hô Chi Minh, Nasser, L.S. Senghor Ils
sensibilisent les masses par des campagnes d’agitation et de propagande.
 Les étudiants (F.E.A.N.F.), les intellectuels (mouvement de la Négritude par exemple) et de
grands courants politiques comme le Panarabisme, l’Asiatisme et le Panafricanisme
animent aussi la lutte.

3 – L’émergence du Tiers Monde

Le Tiers Monde s’érige en force politique et s’affirme de plus en plus sur la scène internationale.
La Conférence de Bandoeng de 1955 renforce la solidarité afro-asiatique. Les 29 participants
dénoncent dans leur communiqué final « la soumission des peuples au joug colonial et à
l’exploitation étrangère ». Ils réaffirment leur soutien à la cause de la liberté.

Ces différents facteurs concourent à l’indépendance. Mais celle-ci est obtenue à la suite
d’affrontements violents ou de négociations entre les puissances impérialistes et les forces de
libération.

II – Les formes de la décolonisation

L’indépendance est soit pacifique soit violente selon que la puissance coloniale se montre
conciliante ou intransigeante.

A – La décolonisation pacifique

Avec la décolonisation pacifique, il n’y a pas de lutte armée entre les nationalistes et la métropole.
Mais cette forme dite non-violente ne signifie pas docilité ou passivité. La revendication de
l’indépendance est dans certains cas très vigoureuse. Elle est rendue possible par ces facteurs :

17
1 – Le réalisme politique de la puissance coloniale

Il s’agit du système colonial anglais qui accorde aux élites locales certaines responsabilités. Par
cette politique, la Grande Bretagne prépare l’émancipation de ses colonies. Elle se retire sans
grands heurts.
La France évite aussi toute explosion en Afrique noire et dans une certaine mesure au Maroc et en
Tunisie. Elle opte successivement pour l’Union française de 1946 à 1956, la Loi Cadre de 1956 à
1958 et la Communauté franco-africaine qui n’exclut pas l’indépendance.
Toutefois, ce réalisme n’exclut pas le recours à la force contre le mouvement nationaliste. On peut
illustrer ces faits par les emprisonnements de leaders politiques comme Gandhi, Nehru ou
Bourguiba ; leur exil (le Sultan Mohamed V du Maroc exilé à Madagascar) ou encore les émeutes
(répression de marche en Gold Coast).

2 – Le dialogue entre le pouvoir colonial et l’élite politique nationaliste

Le dialogue entre la puissance coloniale et l’élite politique modérée débouche sur des compromis.
Ce climat favorable se traduit d’une part par l’adoption de réformes par la métropole et d’autre
part par l’acceptation de celles-ci par l’élite nationaliste. On peut, à nouveau, citer le cas de la
France en Afrique noire.

B – La décolonisation violente

Avec cette forme de décolonisation, l’indépendance passe par la lutte armée entre les nationalistes
et la métropole. Ces raisons conduisent à cette forme de lutte.

1 – L’entêtement du colonisateur

Il s’explique par :
 L’existence d’une minorité de colons très puissants et déterminés à pérenniser sa
mainmise sur les richesses de la colonie au détriment des indigènes majoritaires. Ces
derniers en plus d’être spoliés et exploités subissent encore des exactions et des
humiliations de toutes sortes. L’Algérie est en Afrique du Nord un exemple de lutte
violente.
 La volonté de reconquérir une colonie en raison de ses richesses naturelles ou de sa position
stratégique ; la métropole désire rétablir le statut colonial antérieur. La France rame à
contre-courant du phénomène de décolonisation en Indochine. C’est également le cas du
Portugal dans ses colonies.
 Le rôle des forces conservatrices : elles regroupent des politiques et une partie de l’armée.
Par leur campagne (Mouvement Populaire Républicain en France) elles influencent la
politique coloniale de la métropole.

2 – L’existence d’un mouvement nationaliste radical soutenu par l’extérieur

Pour certains mouvements de libération, le F.L.N. en Algérie ou le Vietminh au Vietnam, il n’y a


pas de compromis possible avec la métropole. Ils revendiquent l’indépendance immédiate. Cette
radicalisation du mouvement déclenche le conflit armé.
L’appui extérieur du mouvement repose souvent sur des préoccupations idéologiques et
stratégiques (soutien des pays socialistes au Vietminh) ou culturelles (l’action de la Ligue arabe en
Algérie).

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La décolonisation est un mouvement d’émancipation qui résulte de plusieurs facteurs. Le
processus enclenché par l’éveil de conscience des peuples dominés d’Asie et d’Afrique
débouche, quelle que soit la forme, sur l’indépendance.
Mais celle-ci reste ambiguë. Tous les Etats nouvellement indépendants subissent le poids des
relations internationales soit par le biais de la guerre froide soit par celui du néocolonialisme.

19
6 LA DECOLONISATION EN ASIE : INDE ET INDOCHINE

Les premiers signes d’effritement des empires coloniaux apparaissent en Asie notamment en Inde
et en Indochine. Ces colonies du Sud et du Sud-est asiatique avaient acquis, par leur immense
richesse, une importance vitale pour l’Angleterre et la France.
Mais, dès la fin du second conflit mondial et après le départ des Japonais, cette région devient le
théâtre d’affrontements souvent violents. Les forces nationalistes se heurtent à la volonté de ces
deux métropoles occidentales de maintenir le statut antérieur.
Toutefois, si l’Angleterre accepte le divorce à l’amiable avec l’Inde, l’émancipation de
l’Indochine française donne lieu à une longue guerre.

I – L’indépendance de l’Inde

A – L’évolution de l’Inde jusqu’en 1939

Dès 1858, l’Inde est rattachée à la Couronne anglaise. La « Perle de l’Empire britannique » (ou le
« Joyau de la Couronne britannique ») devient un dominion (une colonie de peuplement). Les
Anglais procèdent à sa mise en valeur. Les injustices qu’elle engendre (impôts, entretien des
soldats anglais ) sont accentuées par la stratégie du « divide and rule » (diviser pour régner). Le
Parti du Congrès et la Ligue Musulmane créés respectivement en 1885 et en 1906saisissent ce
prétexte pour dénoncer la politique coloniale britannique. Leurs leaders, Gandhi, Nehru et Ali
Jinnah, déçus de leur participation à la première guerre mondiale prônent la non-coopération.
C’est dans ce contexte de troubles que l’Angleterre entre en guerre contre l’Allemagne nazie.

B – La deuxième guerre mondiale et ses conséquences

L’Inde s’engage militairement et économiquement dans la deuxième guerre mondiale en échange


d’une promesse d’émancipation à la fin du conflit.
Dès août 1942, le Parti du Congrès adopte la Résolution « Quit India » pour faire cesser la
domination anglaise. Le mouvement se radicalise davantage avec les campagnes de désobéissance
civile et de boycott des produits anglais. Le fondement de ce nationalisme est la non-violence.
Avant la fin de la guerre, les Travaillistes arrivent au pouvoir en Grande Bretagne. Avec Clement
Attlee à leur tête, ils accélèrent le processus de l’indépendance. Mais, la Ligue Musulmane
favorable à la création d’un Etat musulman fait échouer les pourparlers de juin 1967. C’est
l’impasse.

C – L’indépendance et la partition de l’Inde

L’impasse des discussions fait suite à l’incompatibilité de deux conceptions de l’indépendance.


On a d’un côté ceux qui sont pour le projet d’un Etat unitaire et multireligieux et de l’autre ceux
qui sont pour la division de l’Inde. Il en résulte de violents troubles. Débordé et face à la menace
de guerre civile, le gouvernement travailliste approuve la proposition de partition du dernier vice-roi
des Indes, Lord Mountbatten.
Le 15 août 1947, deux Etats naissent : l’Union indienne hindoue et le Pakistan musulman.
Cependant, le Pakistan est éclaté territorialement. A l’Ouest on a le Pakistan occidental et à l’Est
le Pakistan oriental qui devient en 1971 le Bengladesh.
Ce partage de l’empire des Indes est émaillé d’une violente guerre civile et de transferts de
populations.

20
Cette indépendance dans la partition coûte la vie à son principal acteur, Gandhi (30 janvier 1948).
La guerre civile et confessionnelle a fait dire à certains que la décolonisation de l’Inde a été un
échec.

II – De la guerre d’Indochine à celle du Vietnam

L’Indochine française est une confédération comprenant la colonie de Cochinchine et les


protectorats du Tonkin, du Laos, de l’Annam et du Cambodge. Son indépendance n’est reconnue
qu’au terme de combats acharnés.

A – La naissance du Vietnam et la tentative de reconquête française (1946 – 1950)

Au Vietnam, le nationalisme est antérieur au second conflit mondial. Il date de 1930 avec la
création par Hô Chi Minh du Parti Communiste Indochinois devenu le Vietminh en 1941. Aussitôt
après la défaite du japon, Hô Chi Minh proclame à Hanoi, le 2 septembre 1945, la république
Démocratique du Vietnam.
Mais la France manœuvre pour restaurer son autorité. C’est le sens qu’il faut donner aux accords
du 6 mars 1946 (reconnaissance de l’Etat libre du Vietnam mais dans le cadre de l’Union
française) mais aussi à la nomination de l’Amiral Thierry d’Argenlieu comme Haut-commissaire
de Cochinchine. Après l’échec de la conférence de Fontainebleau (juillet-septembre 1946), il fait
bombarder le port d’Haiphong le 20 novembre 1946. On dénombre 6 000 victimes. Le Vietminh
réplique par un mois plus tard. La guerre d’Indochine vient de commencer.
Le conflit militaire ne profite pas à la France pourtant la mieux armée. Elle joue donc la carte
politique en installant à la tête du Vietnam l’empereur Bao Dai (accords de la Baie d’Along
1948). Cette autorité est reconnue par Londres et Washington tandis que Hô Chi Minh fait
reconnaître son gouvernement par Pékin et Moscou.

B – L’internationalisation du conflit (1950-1954)

A partir de 1950, la guerre d’Indochine s’inscrit dans le contexte de la guerre froide. Le Vietminh
qui développait jusqu’ici la guérilla est appuyé en matériels de guerre par ses alliés communistes.
De son côté, la France reçoit des Etats-Unis une aide financière. Ce positionnement américain
s’insère dans la politique d’endiguement du communisme.
Pour en découdre avec les nationalistes, les troupesfrançaises commandées par le Colonel de Castrie
occupent Diên Biên Phu. Elles sont encerclées par les hommes du Général Nguyen Von Giap.
Après cinquante sept jours d’enfer (13 mars au 7 mai 1954), la France capitule le 7 mai 1954. On
compte 2 200 victimes côté français et 8 000 côté vietnamien.
Les négociations de Genève mettent fin à la guerre le 21 juillet 1954. Les accords portent sur la
division du pays en deux Etats séparés par le 17ème parallèle. Au Nord ona la République
Démocratique du Vietnam dirigé par Hô Chi Minh et au Sud la République du Vietnam avec à sa
tête Bao Dai. Le Laos et le Cambodge obtiennent aussi leur indépendance.

C – La 2ème guerre du Vietnam (1955-1975)

En octobre 1955, Bao Dai est déposé par Ngô Dinh Diêm soutenu par les Américains. Les élections
qui devaient conduire à la réunification des deux Vietnam en 1956 sont alors compromises. Les
opposants à ce régime autoritaire rejoignent le Front National de Libération (F.N.L.) ou Vietcong
(communistes vietnamiens) épaulé par le Nord. Il s’en suit une guerre civile en 1957.
A partir de 1961, le F.N.L. anime une vive insurrection armée. Les Etats-Unis réagissent par des
bombardements aériens et le renforcement de son corps expéditionnaire de 500 000 hommes. Mais
l’adversaire tient bon.

21
Face au coût financier, humain et moral de la guerre mais surtout devant les protestations des
jeunes, des étudiants et des intellectuels, le Président Nixon décide, en 1973, de retirer les troupes
américaines. Cette décision résulte des négociations entamées à Paris en 1968.
En janvier 1975, après l’offensive victorieuse des Communistes sur Saigon la ville est rebaptisée
Hô Chi Minh ville. C’est un signe de reconnaissance pour leur leader mort peu avant la libération.

La lutte de libération des peuples dominés commence en Asie. Par leur esprit de solidarité et de
combativité, l’Inde et l’Indochine annoncent la fin de l’histoire coloniale des puissances
étrangères occidentales. Celles-ci sont à la fois surprises, choquées et humiliées.
Ces victoires sanglantes et douloureuses ont un immense écho au plan international. Elles ouvrent la
deuxième vague de décolonisation.

22
7 LA DECOLONISATION AU PROCHE ORIENT

L’EGYPTE – LAQUESTION PALESTINIENNE ET LES RELATIONS


ISRAELO - ARABES

Le Proche Orient, le berceau des trois religions révélées, est une région carrefour entre l’Orient
arabo-musulman, l’Europe méditerranéenne et l’Afrique orientale. Il correspond à la Turquie, au
Liban, à la Palestine, à la Syrie et à l’Egypte.
Après la première guerre mondiale, le traité de Sèvres (10 août 1920) démembre l’Empire turc-
ottoman qui perd toutes ses possessions. La S.D.N. les places sous mandats français (Syrie et Liban)
et anglais (Transjordanie, Palestine et Egypte). L’Angleterre et la France doivent les conduire à
l’indépendance.
Mais si la décolonisation commence très tôt en Egypte, l’immigration juive la rend complexe et
violente en Palestine.
Nous verrons d’abord l’accession à l’autonomie de l’Egypte puis l’évolution de la question
palestinienne et les relations israélo – arabes.

I – LA DECOLONISATION DE L’EGYPTE

L’Egypte est la première à réaliser son émancipation politique. Elle sert de référence à ses voisins.

A – Du protectorat à la première indépendance

En Egypte, la domination coloniale anglaise est dite brève et superficielle. En effet, l’Angleterre
s’y installe en 1882. Cette occupation militaire dure jusqu’en 1914, date à laquelle elle en fait un
protectorat. Cette présence étrangère perçue comme une humiliation favorise l’éclosion des idées
et des revendications nationalistes. Avant mais surtout après le premier conflit mondial, les
intellectuels formés dans l’université Al – Azhar constituent les cadres du WAFD (délégation). Ce
parti nationaliste dirigé par Saad ZAGHLUL contraint Londres à concéder l’indépendance le 22
février 1922. Un régime monarchique est mis en place avec FOUAD 1 er à sa tête. Mais
l’indépendance n’est que nominale car l’Angleterre contrôle encore la défense, la sécurité des
lignes de communications dont le canal de Suez et les relations extérieures.

B – L’indépendance totale

Le mouvement nationaliste se radicalise durant l’entre – deux – guerres mondiales. En 1936,


l’Angleterre confirme l’indépendance de l’Egypte. Mais les troupes britanniques restent dans le
pays. Il s’ensuit des troubles. C’est ainsi que l’armée prend le pouvoir. Le 23 juillet 1952, le
Comité des Officiers Libres du Conseil de la Révolution dirigé par NASSER détrône le roi
FAROUK 1er. La République est proclamée le 18 juin 1953 avec comme Président le Général
Muhammad NEGUIB. Le 19 octobre 1954 NASSER l’écarte et devient le seul maître. Il interdit
les principales forces politiques que sont le WAFD, les Frères Musulmans et le Parti communiste.
Leader du monde arabe, il s’affirme à Bandoeng et nationalise le canal de Suez en 1956. Il fait de
l’Egypte un bastion de la lutte anticoloniale et un pilier dans les relations israélo – arabes.

23
II – LA QUESTION PALESTINIENNE ET LES RELATIONS ISRAELO - ARABES

D e toutes les décolonisations, celle de la Palestine est la plus douloureuse. La difficile cohabitation
entre les Juifs et les Arabes continue encore de faire des victimes.

A – La question palestinienne

A – 1 – Le peuplement de la Palestine

Le pays de Canaan se situe entre le littoral oriental de la Méditerranée et la Mer Morte. Il doit son
nom à ses habitants que sont les Cananéens noirs (III ème millénaire avant J.C.). C’est une terre
d’immigration et d’invasions.
Il accueille par la suite les Philistins originaires de la Mer Egée. Ce sont eux qui laissent leur nom à
la Palestine.
Quant aux Hébreux, descendants d’Abraham (le père putatif des Juifs), ils viennent d’Our (Basse
Mésopotamie). Leur présence dans la région remonte à 1760 avant J.C. Ils vivent ensuite en Egypte
puis sous la conduite de Moïse ils la quittent vers 1312 – 1300 avant J.C. Dans le Sinaï où ils
nomadisent, ils reçoivent les Dix Commandements, le noyau de la Thora. C’est alors que naisse le
mythe de la « Terre Promise ». La conquête de la Palestine survient entre 1272 et 1020 avant J.C.
Ils s’unissent autour des rois SAUL (1020 – 1004 avant J.C.), DAVID (1004 – 965 avant J.C.) et
SALOMON (970 – 930 avant J.C.). C’est ce dernier qui construit le premier Temple. Mais à sa
mort, le royaume se scinde en deux : le royaume d’Israël au Nord et le royaume de Juda au Sud. Ils
sont détruits respectivement en 722 avant J.C. par les Assyriens et en 586 par les Babyloniens.
Jérusalem et le Temple sont rasés : c’est l’Exil de Babylone.
Cinquante ans plus tard, de retour à Sion, ils reconstruisent un deuxième Temple. Mais, de 63 avant
J.C. à 135 après J.C., la région tombe sous une autre domination, celle des Romains. Elle est à
l’origine de la destruction du Temple d’HERODE 1 er le Grand en 70 de notre ère, la disparution
politique d’Israël et la dispersion des Juifs ou « diaspora ».
Les Arabes conquièrent la région entre les VII ème et XIVème siècles. Ils cèdent la place aux Turcs-
Ottomans de 1517 au début de la première guerre mondiale.
Les dernières forces à soumettre la région sont la France et l’Angleterre mandatées par la S.D.N.

Cette longue histoire et cette longue imbrication des peuples expliquent la complexité de la question
palestinienne.
Malgré cette longue errance, les descendants de ces communautés juives manifestent leur droit de
retour sur la terre de leurs ancêtres.

A – 2 – Le Sionisme et ses conséquences

Le Sionisme tire son nom de Sion, une colline qui se trouve à Jérusalem. C’est une idéologie qui
prône le retour vers la Palestine des Juifs dispersés dans le monde. Ses thèses sont formulées par
Théodore HERZL (1860 – 1904) dès 1896 dans L’Etat juif, essai de solution moderne de la
question juive.
En 1897, l’Organisation sioniste mondiale est mise sur pied à Bâle en Suisse. Sa mission est de
rassembler en Palestine tous les Juifs du monde et d’y établir un territoire peuplé uniquement de
Juifs. Le mot d’ordre qui sonne comme une déclaration de guerre est donné par HERZL à travers
cette célèbre phrase « un peuple sans terre cherche une terre sans peuple ». Ainsi, un Fonds
national juif est créé en 1901 pour collecter des capitaux. L’Agence juive se charge d’acheter des
terres et d’y installer les colons. De 1900 à 1910, leur nombre passe de 50 000 à 75 000.
Mais l’immigration juive suscite déjà quelques heurts dans une région peuplée à majorité de
musulmans arabes.

24
Par la Déclaration BALFOUR, Londres trahit les accords SYKES-PICOT (plan de partage du
Proche Orient par la France et l’Angleterre en 1916) et donne un avis favorable au rêve sioniste :
« l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif » (cf. document 1).
Pourtant, quelques années auparavant, en échange d’une promesse d’indépendance elle avait
poussé les arabes à se rebeller contre l’Empire turc – ottoman allié des Allemands.

A - 3 - Du mandat britannique à la création de l’Etat d’Israël

Après le premier conflit mondial, par le traité de San Rémo (1920) la S.D.N. place la Palestine sous
mandat britannique. Avec la Déclaration BALFOUR, elle s’était montrée favorable à la création
d’un foyer national juif dans la région. Mais au cours des années, l’ampleur de l’immigration
juive éveille le sursaut nationaliste arabe. L’Angleterre qui a voulu concilier l’inconciliable se
trouve devant une impasse.
A la veille du second conflit mondial, elle publie un troisième et dernier Livre blanc : c’est le
Mémorandum MACDONALD. Elle impose aux Juifs une limitation de l’immigration et de
l’achat des terres. Elle propose également la création d’un »Etat judéo – arabe uni ». Les deux
parties rejettent ces propositions.
Quand la 2ème guerre mondiale se termine, l’opinion publique internationale découvre avec
stupéfaction l’horreur des camps d’extermination nazis et le drame des Juifs (la Shoah ou
l’Holocauste). Elle accueille favorablement l’idée de partage de la Palestine. La Ligue arabe créée
en 1945 s’oppose à cette option. L’Angleterre est acculée. Elle est attaquée aussi bien par les Juifs
que par Les Arabes. Les attentats de l’Irgoun contre l’hôtel King David à Jérusalem (22 juillet
1946 : 110 morts) ou encore les massacres de Deir Yassine par l’Irgoun et le Lehi (9-10 avril
1948) illustrent la situation confuse qui règne en Palestine.
Face aux attentats perpétrés par les groupes terroristes juifs (la Haganah, l’Irgoun, le Lehi et le
Stern) l’Angleterre transfert la question palestinienne à l’O.N.U. en mai 1947. Elle fixe la fin de
son mandat pour le 14 mai 1948.
L’A.G. de l’O.N.U. adopte, le 29 novembre 1947, la Résolution 181 (cf. carte ci-dessous). Ce
plan de partage fait montre d’un déséquilibre flagrant en faveur des Juifs. En effet, il attribue 55 %
du territoire aux Juifs (14 000 km2) qui ne font que 668 000. Les Arabes, deux fois plus nombreux,
1 315 000, ne disposent que de 45 % du territoire (11 500 km2). Les lieux saints, Jérusalem et
Bethléem sont placés sous régime international particulier. Alors que les Arabes le refusent les Juifs
l’acceptent.
Le 14 mai 1948, date de retrait des Anglais de la Palestine, David BEN GOURION proclame la
naissance de l’Etat d’Israël (cf. document 2).
La spirale des conflits israélo – arabes commence dès le lendemain.

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Carte : Le plan de partage de la Palestine de l’O.N.U.

26
B – Les relations israélo – arabes

B – 1 – Les guerres israélo – arabes (cf. document 4)

La proclamation de l’Etat d’Israël entraîne aussitôt des guerres dont trois l’opposent aux Etats
arabes coalisés et deux autres à l’Egypte et au Liban.
La force de défense israélienne, Tsahal, sort victorieuse de la guerre de 1948 (15 mai 1948 – 20
juillet 1949), de la guerre des « Six jours » (5 – 11 juin 1967) et de celle du Kippour (6 – 17
octobre 1973).
Israël agrandit son territoire d’un tiers en s’étendant sur la Cisjordanie, la Bande de Gaza et
Jérusalem Est. Il occupe aussi le Sinaï égyptien et le Golan syrien. Il fait fi des Résolutions 242 (22
novembre 1967) et 338 (22 octobre 1973) du Conseil de Sécurité de l’O.N.U. qui exigent le retrait
des territoires occupés. Il développe une politique d’expulsion (800 000 à 900 000 Palestiniens
prennent le chemin de l’exil), détruit les villages ou implante en leur sein des colonies. Il en résulte
un phénomène de « bantoustanisation » de la Palestine.
La crise de Suez de 1956 (29 octobre – 2 novembre 1956 après la nationalisation survenue le 26
juillet de la même année) mais surtout les guerres d’usure de 1968 à 1970 permettent à Israël de
briser la résistance nassérienne.
En septembre 1982, les forces israéliennes commandées par le Général Ariel SHARON (alors
Ministre de la Défense sous Menahem BEGUIN) lancent « l’Opération paix en Galilée ». Cette
campagne vise à déloger les Feddayin (combattants Palestiniens) installés au Sud Liban. Elle se
termine par le massacre des camps de réfugiés de Sabra et Chatila (plus de 1 000 victimes).
L’ouverture des négociations aboutit à la signature de paix séparées avec l’Egypte (les accords de
Camp David du 5 au 17 septembre 1978) et avec le Liban (accord de paix libano – israélien du 17
mai 1983 sanctionné par le retrait israélien du Liban en juin 1985).

B – 2 – La résistance palestinienne : la 1ère et la 2ème Intifada

Les actions armées menées par la coalition arabe contre Israël se soldent par un échec et par
l’occupation du territoire palestinien. Elles contraignent à l’exil des millions de Palestiniens vers
les pays limitrophes. On peut rappeler les guerres de 1948 – 1949 que les Palestiniens qualifient de
« Nakbah » ou la « catastrophe » en arabe (tortures, exil, drames, spoliation des terres ), celles de
1967 et de 1973 ou encore « l’Opération paix en Galilée ».
Maintenant, c’est de l’intérieur que les Palestiniens reprennent la lutte contre l’occupation juive.
En décembre 1987, dans le camp de Jabalya, ils déclenchent la première Intifada ou « guerre des
pierres ». Ce soulèvement populaire gagne la Bande de Gaza et la Cisjordanie. Née de la misère des
bidonvilles, du chômage massif, de l’humiliation du sentiment national et de la répression
quotidienne, la « révolution des pierres » fait du Palestinien un martyr et non un terroriste (en raison
de la répression disproportionnée de Tsahal).
L’opinion internationale se montre sensible aux images diffusées par les médias à travers
lesquelles des enfants affrontent les forces d’occupation.
Malgré l’exceptionnel déploiement de force, les insurgés encadrés par le Fatah ou par le Front
populaire de Libération de la Palestine (F.P.L.P.) continuent la lutte.
Une deuxième Intifada survient en septembre 2000. Comme son nom de code l’indique, « marée
haute, marée basse », elle débute dès le lendemain de le lendemain de la visite provocatrice de
« l’homme qui ne s’arrête pas au feu rouge » sur l’Esplanade des Mosquées (28 septembre
2000). Son objectif est de faire échouer le processus de paix né à Oslo.

B – 3 – Le processus de paix : des accords d’Oslo à l’avènement de Mahmoud ABBAS

Un processus commence en 1988 avec la reconnaissance par le Conseil National Palestinien des
Résolutions 181, 242 et 338 de l’O.N.U.

27
Mais c’est surtout avec le coup de force de la diplomatie américaine réussi par le Président Bill
CLINTON et l’évolution de la géopolitique mondiale (chute du mur de Berlin et 1 ère guerre du
Golfe) que l’espoir renaît au Proche Orient. En effet, le 13 septembre 1993, Itzhak RABBIN et
Yasser ARAFAT signent à Washington une Déclaration secrètement négociée à Oslo. Elle
débouche sur :

 La reconnaissance mutuelle d’Israël et de l’O.L.P.


 Le principe d’une autonomie palestinienne sur la Cisjordanie et la Bande de Gaza
 La création, d’ici 1999, d’un Etat palestinien.

Toutefois, cet Etat ne voit pas le jour. La lueur d’espoir s’éteint avec l’assassinat de I. RABBIN
le 4 novembre 1995. La situation se dégrade avec l’intensification de la colonisation juive et la
poursuite du bouclage des villes sous Benyamin NETANYAHOU élu le 29 mai 1996. Le coup de
poignard fatal au processus d’Oslo est porté par A. SHARON. Elu le 6 février 2001, il compte
liquider un à un les acquis ou dispositions d’Oslo. Entre le 29 mars et le 4 avril 2002, il lance
« l’Opération Rempart ». C’est un retour à la situation d’avant les accords de septembre 1993. Il
est sanctionné par l’invasion de la Cisjordanie et l’occupation des principales villes.
Ainsi, la paix piétine en dépit de mise en place de la « Feuille de route » élaborée le 30 avril 2003
par le QUARTET (O.N.U., Etats-Unis d’Amérique, Union Européenne et Russie). Signée le 4 juin
2003 à Akaba en Jordanie par A. SHARON et M. ABBAS, ce sont l’attitude américaine et le non
arrêt de la violence qui la font voler en éclat. A ce titre, on peut évoquer l’attentat-ciblé qui coûte
la vie au chef spirituel du Hamas, Cheikh Ahmad YASSINE, le 22 mars 2004.
Aujourd’hui, après la mort de Yasser ARAFAT (11 novembre 2004), Israéliens et Palestiniens
essaient de trouver ensemble un accord de paix. Le sommet de Charm-El-Cheikh du 8 février 2005
entre A. SHARON et M. ABBAS est un signal fort qui met fin à quatre années de violences
meurtrières. Ce dialogue permet le désengagement israélien de la Bande de Gaza en août-septembre
2005.

Le Proche Orient est depuis l’effondrement de l’Empire turc–ottoman en proie à de vives


agitations. Celles-ci permettent d’arracher l’indépendance, selon le cas, des mains des puissances
européennes mandatées par la S.D.N.
Mais sur l’espace délimité à l’Ouest par la Méditerranée et à l’Est par le Jourdain on peut parler
de décolonisation ratée. La violence endeuille quotidiennement les deux peuples qui y vivent. La
paix continue de tâtonner au Proche Orient.
Pour sortir de cet engrenage des concessions doivent se faire de part et d’autre sur les questions
épineuses que sont l’eau, les lieux saints, l’évacuation des territoires occupés (ou le retour aux
frontières de 1967) et le problème des réfugiés palestiniens.
A quand l’aube d’un jour nouveau en Palestine ? Les mutations politiques en cours aussi bien en
Israël (naissance de Kadima) qu’en Palestine (victoire du Hamas aux élections législatives de 25
janvier 2006) peuvent-elles favoriser la relance du dialogue et de la paix.

28
8 LA DECOLONISATION AU MAGHREB : L’ALGERIE

En 1954, la première vague de décolonisation est presque achevée en Asie. La deuxième s’ouvre
aussitôt pour l’Afrique. Au Maghreb, dans l’empire colonial français, elle débute dès le
lendemain de la victoire mémorable du Vietminh à Diên Biên Phu.
Toutefois, si après quelques atermoiements la France accorde l’indépendance à la Tunisie et au
Maroc elle pousse l’Algérie à conquérir son autonomie les armes à la main.
Nous verrons d’abord les causes du nationalisme algérien puis les différentes étapes de la guerre
d’indépendance.

I – Naissance et évolution du nationalisme algérien

A – La conquête française et l’éveil du sursaut nationaliste algérien

La conquête française commence en 1830. Lorsqu’elle s’achève en 1847 l’Algérie devient une
colonie de peuplement. Contrairement aux protectorats de la Tunisie et du Maroc relevant du
Ministère des Affaires Etrangères, elle dépend du Ministère de l’Intérieur. C’est ce qui en fait un
département français.
Les raisons de cet attachement sont multiples. On peut retenir sa position stratégique pour le
contrôle de la Méditerranée, sa proximité avec l’Europe, les conditions climatiques favorables à
l’installation permanente d’Européens et les richesses du territoire (terres agricoles,
hydrocarbures ). Elles expliquent la domination des 984 000 Européens sur les 8 400 000
Musulmans. Ils contrôlent tous les pouvoirs et 2 % d’entre eux cultivent les meilleures terres.
Leur niveau de vie très élevé contraste avec la misère, le chômage et la précarité de l’emploi des
Algériens soumis, de surcroît, à de lourds impôts et aux réquisitions.
Ces inégalités socio-économiques complétées auxquelles s’ajoute la privation du droit de vote
ravivent le nationalisme algérien.

B – Les acteurs du nationalisme algérien

Ces abus, l’impact de la seconde guerre mondiale, la Ligue arabe et surtout l'écho de l’évènement
du 7 mai 1954 accélèrent la prise de conscience et le mouvement nationaliste en Algérie. Celui-ci
porte la marque de trois grands courants politiques :
 Le courant des Oulémas créé en 1931 par Ben Badis : il est le plus populaire ; ce
nationalisme est dit culturel. Il développe les principaux thèmes du patriotisme algérien
autour de la devise : « L’Algérie est ma patrie, l’arabe est ma langue, l’Islam est ma
religion ».
 Le courant des modernistes : ce courant des bourgeois et des intellectuels animé par
FerhatAbbas réclame dans un premier temps l’assimilation totale à la France. Plus tard, il
durcit ses positions à travers le mouvement des Amis du Manifeste et de la Liberté (1944)
et de l’Union Démocratique du Manifeste Algérien (1946).
 Le courant des révolutionnaires : il est dirigé, au sein du Parti du Peuple Algérien
(P.P.A.) qui succède en 1937 à l’Etoile nord-africaine fondée en 1923 par Messali Hadj.
Ce dernier crée en 1946 le Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques qui
se dote d’une branche paramilitaire, l’Organisation Spéciale (O. S.).

29
C – La radicalisation de la lutte

Dès 1943, Ferhat Abbas (ancien porte-parole du courant assimilationniste) publie le Manifeste du
Peuple Algérien. Il réclame le « droit de l’Algérien musulman à la vie et à l’existence ». C’est
une dénonciation du colonialisme. Les Etats-Unis et la Ligue arabe encouragent les nationalistes à
durcir leurs positions.
On peut à ce titre évoquer la promesse de soutien de F. D. Roosevelt au Sultan du Maroc Sidi
Mohamed (entrevue d’Anfa du 21 janvier 1943). Les mêmes promesses sont faites aux Algériens.
La plus grande frustration des musulmans vient des réformes du régime colonial. En effet, en 1947,
l’Algérie se dote d’une Assemblée. Mais, le partage des 120 sièges est truqué au profit des
citoyens français.
Il faut noter que beaucoup de formations politiques qui ont contribué à l’éveil de conscience n’ont
pas survécu aux crises et scissions. A la veille de la guerre, le Front de Libération Nationale
(F.L.N.) rallie toutes les forces socio-politiques. Elle porte le flambeau de la lutte de libération
nationale.

II – La guerre d’Algérie

A – Le début de la guerre (1954 – 1956)

L’insurrection de la Toussaint 1954 donne le signal de la guerre. Le F.L.N., fondé en 1954 et


dirigé par Ben Bella, Ait Ahmed et Belkacem Krim (des dissidents du M.T.L.D.), mène le combat.
De faible ampleur à ses débuts, la révolte est réprimée par le gouvernement dirigé par Pierre
Mendès-France. Le F.L.N. se replie en milieu rural et pratique la guérilla et le terrorisme urbain
(massacres du Constantinois, 20-21 août 1955 : 100 morts). La consigne de rétablir l’ordre par tous
les moyens. Ainsi, 400 000 militaires bouclent les frontières de l’Algérie. On procède à une
« véritable chasse à l’Arabe ». Elle fait un millier de victimes.

B- L’enlisement français et l’internationalisation du conflit (1956 – 1958)

La France s’enlise dans le conflit. Le bombardement du village tunisien de Sakiet Sidi Youssef (18
février 1958) combiné au revers subi lors de la crise de Suez accentue son discrédit au plan
international. L’O.N.U. et les Etats du Tiers Monde soutiennent les Algériens. Au plan interne, la
guerre provoque une déstabilisation économique, sociale et politique. En effet, la guerre est un
gouffre financier. Elle épuise les ressources en devises. L’indignation est à son comble avec les cas
de tortures et de viols. Le pouvoir est impuissant. Son incapacité à proposer une solution inquiète
les colons français. Ces derniers apeurés par l’idée d’une Algérie indépendante et par la
désignation de Pierre Pflimlin à la Présidence du Conseil s’insurgent le 13 mai 1958. Ce putsch du
« Comité de Salut Public » provoque la chute de la IVème République (1946-1958). On fait appel, à
nouveau, au Général de Gaulle.

C – De gaulle et le problème algérien (1958 -1962)

Le 1er juin 1958, l’Assemblée nationale investit le Général de Gaulle comme Président du Conseil.
En décembre, il devient Président de la République. Mais ce retour au pouvoir est marqué par un
dilemme : octroyer l’indépendance ou combattre militairement le F.L.N. Après avoir opté pour la
dernière solution de Gaulle change de stratégie. En effet, le F.L.N. se montre ferme et traduit cela
par la création au Caire, le 19 septembre 1958, du Gouvernement Provisoire de la République
d’Algérie (G.P.R.A.) présidé par Ferhat Abbas. Finalement, en septembre 1959, De Gaulle se
prononce pour l’autodétermination des Algériens. Mais les Français d’Algérie se sentent à la fois
trahis et abandonnés. Ils manifestent leur hostilité par la création en févier 1961 de l’Organisation

30
Armée Secrète (O.A.S.) et par le putsch (21 –25 avril 1961) conduit par les Généraux Challe,
Salan, Jouhaud et Zeller. Cette volonté de perturber le processus de paix ne freine pas le Général de
Gaulle. Fort du soutien de l’opinion publique (il obtient 75 % des suffrages lors du référendum de
janvier 1961), il ouvre les négociations d’Evian en mai 1961. Elles se terminent le 18 mars 1962.
La guerre est finie. L’Algérie proclame son indépendance le 3 juillet 1962.

L’Algérie est un exemple de décolonisation violente. L’insurrection armée devient la seule voie
possible, l’unique remède face à l’attitude peu conciliante de la France. Elle est longue et
dramatique pour les deux communautés.
Pour de nombreux Européens (les « Pieds noirs ») et Algériens (les « Harkis ») une autre tragédie
commence. C’est ce qui fait qu’elle reste encore vivace dans la mémoire collective des deux
peuples.

31
9 LA DECOLONISATION EN AFRIQUE NOIRE
LA GOLD COAST – LE SENEGAL ET LA GUINEE BISSAU

Dans le mouvement de décolonisation qui s’amorce après la 2 ème guerre mondiale l’Asie passe le
témoin à l’Afrique. Le continent noir est donc le dernier à accéder à l’indépendance.
Dans les colonies anglaises (Gold Coast) et françaises (Sénégal), le processus se déroule
essentiellement entre 1956 et 1960. Il se réalise sans crise majeure.
Par contre, dans les colonies portugaises (Guinée Bissau) l’indépendance est plus tardive. Elle
intervient à la suite d’une longue lutte de libération nationale.

I – LA DECOLONISATION DE LA GOLD COAST

La Gold Coast rassemblait 4 régions : la colonie proprement dite correspondant au Sud, le pays
Ashanti, les territoires du Nord et une partie du Togo sous tutelle britannique (après la 1 ère guerre
mondiale). C’est la première colonie d’Afrique noire à accéder à l’indépendance. Celle-ci
conduite par Kwamé N’KRUMAH annonce l’émancipation des autres colonies africaines.

A – L’évolution de la Gold Coast jusqu’en 1948

A -1 – L’éveil politique

Les mouvements qui revendiquent le self-governement apparaissent durant l’entre-deux-guerres.


Les élites locales responsabilisées (Indirect rule) notamment dans la gestion des affaires
quotidiennes permettant l’éclosion d’une conscience nationale.
Dès 1920, un grand Congrès National de l’Afrique de l’Ouest réunit à Accra les ressortissants des
quatre colonies et exige des Britanniques l’indépendance. A partir de 1925, la Constitution
britannique permet aux chefs traditionnels d’entrer dans le Conseil législatif. Cette mesure est
jugée insufisante par les intellectuels et la bourgeoisie commerçante. La Constitution de 1946,
malgré ses avancées significatives (entrée d’Africains dans le Conseil législatif et trois d’entre
eux au Conseil exécutif) n’arrive pas à freiner l’élan nationaliste. L’agitation politique continue
d’autant plus qu’une crise économique s’installe dans la colonie. En août 1947, l’avocat J. B.
DANQUAH fonde la United Gold Coast Convention (U.G.C.C.). Son secrétaire général est K.
N’KRUMAH.

A - 2 – L’impact de la 2ème guerre mondiale et la crise sociale

Une crise agricole s’abat sur la colonie avec une maladie qui ravage les cacaoyers. La solution
adoptée par l’administration anglaise d’abattre tous les arbres sans exception, la baisse des prix
du cacao sur le marché international et la hausse de ceux des denrées importées exacerbent les
tensions sociales. La bourgeoisie est ruinée.
En outre, la participation à l’effort de guerre de la Grande Bretagne combinée au mécontentement
des anciens combattants revenus de l’Inde et de la Birmanie débouchent, le 28 février 1948, sur
une manifestation pacifique contre la cherté de la vie et pour une augmentation de leurs pensions.
C’est par une fusillade qu’elle se termine. Officiellement le bilan fait 29 morts et 257 blessés. Les
leaders de l’U.G.C.C. sont arrêtés. N’KRUMAH qui demandait le départ du gouverneur Sir Alan
BURNS et la formation d’un « gouvernement du peuple » est déporté au Nord.

32
B – Du self-government à l’indépendance

B – 1 – N’KRUMAH et l’action du C.P.P.

A la suite de ces évènements, les Travaillistes (gouvernement de C. ATTLEE) publient un Livre


bleu. Ils promettent l’indépendance au terme d’un processus d’autonomie progressive que les
partis politiques et leurs dirigeants ont précipités.
A sa sortie de prison N’KRUMAH quitte l’U.G.C.C. jugé trop bourgeois. Il crée, le 12 juin 1949,
la Convention People’s Party (C.P.P.). Ainsi, le champ politique compte deux grands partis. Mais
les masses urbaines et rurales sont plus acquises à la lutte du C.P.P. Celui-ci réclame
l’indépendance immédiate (self-government).
Les réformes constitutionnelles d’octobre 1949 (mise sur pied par la Commission Watson d’un
collège de 39 membres tous africains) ne constituent pas une avancée significative. N’KRUMAH
réagit par une campagne d’agitation non-violente appuyée en janvier 1950 par les syndicats (grève
générale, désobéissance civile, manifestation des anciens combattants. N’KRUMAH est à nouveau
emprisonné. En dépit de cette arrestation, aux élections générales de février 1951, le C.P.P.
remporte 34 sièges sur 38. Convaincu de la popularité de N’KRUMAH, le gouverneur Sir Charles
CLARKES le libère et le nomme 1er Ministre en mars 1952.

B – 2 – L’indépendance

L’ascension du C.P.P. se poursuit. Mais, les années qui vont suivre sont marquées par quelques
soubresauts. D’une part N’KRUMAH collabore avec les Britanniques (stratégie baptisée « action
tactique ») pour développer les infrastructures du pays. D’autre part, à partir de 1954, les
Britanniques entendent retarder l’accession à l’indépendance en s’appuyant sur une opposition
conservatrice dirigée par Kofi BUSIA (regroupement de partis souvent régionalistes : Parti des
Peuples du Nord, Association Musulmane, Mouvement de Libération Nationale )
Les élections générales de 1956 confirment l’assise du CP.P.P. (72 sièges sur 104) et obligent les
Anglais à concéder le 6 mars 1957. La Gold Coast devient le Ghana.
Pour N’KRUMAH, militant du panafricanisme (« Africa must unit »), l’indépendance du Ghana
doit être circonscrite dans le cadre général de tous les pays africains.
«
Je signalai qu’il y avait deux manières d’acquérir l’autonomie, l’une par la
révolution armée et l’autre par des méthodes non-violentes et légitimes
Nous préconisons la seconde méthode. La liberté, on ne l’avait cependant
jamais accordée à aucun pays colonial sur u plateau d’argent ; on ne l’avait
qu’après d’amères et de vigoureuses luttes. A cause du retard des colonies en
matière d’instruction, la majorité des gens étaient illettrée et il y avait une seule
chose qu’ils puissent entreprendre, à savoir l’action. Les armes étaient
l’agitation politique, des campagnes de presse et d’enseignement et, comme
ressource, l’application constitutionnelle de grèves, des boycottages et de non-
coopération basés sur le principe de non-violence absolue, tel que Gandhi en a
usé dans l’Inde ».
Kwamé N’KRUMAH, 1957.

33
II – LA DECOLONISATION AU SENEGAL (1944-1960)

Dans ses colonies d’Afrique noire, la France élabore une politique d’ensemble qui aboutit aux
indépendances entre 1958 et 1961. La décolonisation du Sénégal, à l’instar des autres pays
d’Afrique noire sous domination française (A.O.F.) s’est déroulée en plusieurs phases.

A – De la Conférence de Brazzaville à l’Union Française (janvier1944 à juin 1956)

A – 1 – La Conférence de Brazzaville

Elle est convoquée en janvier 1944 par le Comité Français de Libération Nationale (C.F.L.N.)
installé à Alger et dirigé par De Gaulle. Son but est de faire pièce à la propagande anti-coloniale des
Etats-Unis en adoptant des réformes mais surtout de maintenir le domaine colonial français. Aucun
Africain n’y a pris part alors que c’est leur sort qui allait être décidé. Cette conférence avait pour
objectifs :

 de réfléchir sur l’avenir des territoires après la guerre ;


 de réaménager les liens entre la France et ses colonies tout en maintenant le pouvoir
colonial ;
 d’affirmer l’emprise de la France sur ses colonies contre les mouvements anti-
colonialistes.

C’est pourquoi, la Conférence, dans son acte final écartait toute idée d’autonomie. Elle vota des
réformes sociales et administratives tendant à assouplir la politique coloniale :

 la suppression progressive du code de l’indigénat ;


 la révision du régime du travail obligatoire ;
 l’ouverture des emplois aux indigènes qui percevront la même rémunération que leurs
collègues français de même grade ;
 la création de syndicats ;
 la création d’une Assemblée fédérale, de Conseils territoriaux élus au suffrage universel
pour s’occuper de leurs finances et de leurs équipements ; par là les Africains apprendront
à gérer leurs propres affaires.

A – 2 – L’Union Française et l’intensification de la vie politique et syndicale au Sénégal

A – 2 – 1 – L’Union Française
Le 27 octobre 1946, une nouvelle constitution est adoptée. Elle crée, en reprenant les thèses de
Brazzaville, l’Union Française. Celle-ci est constituée de la France, des Territoires et des
Départements d’Outre-mer (DOM-TOM). Le terme de « colonie » est officiellement éliminé à
partir de 1946. Dans chaque territoire est créée une Assemblée territoriale à partir de 1952 et au
niveau des fédérations (AOF et AEF) un Grand Conseil (Assemblée fédérale).
L’U.F. a dans les faits déçu les Africains car elle maintient le pouvoir de la France. Les organes
qui devaient permettre aux Africains de s’assumer eux-mêmes (Assemblées territoriale et fédérale
n’ont qu’un rôle consultatif ; de surcroît elles sont dominées par une forte représentativité des
colons).
Malgré sa volonté de briser l’élan nationaliste, l’U.F. présentait quelques aspects positifs :

 la reconnaissance de la citoyenneté à tous les Africains (la loi Lamine Guèye du 7 mai
1946) ;

34
 la suppression du régime de l’indigénat et du travail forcé (la loi Houphouët Boigny de
1946) ;
 la création de partis politiques africains ;
 l’organisation périodique d’élections.
La création de l’U.F. est suivie d’une intensification de la vie politique et syndicale au Sénégal.

A – 2 – 2 – La vie politique et syndicale

L’action politique

L’évolution des partis politiques est notable à partir de 1945 avec Lamine Guèye et Léopold S.
Senghor élus députés à l’Assemblée nationale française en 1946 et la naissance de partis politiques
africains.
Le 19 septembre 1946 est créé à Bamako le Rassemblement Démocratique Africain (R.D.A. parti
supranational). Il dénonce la politique hégémoniste de la nouvelle constitution de l’U.F. Il veut
une union libre des colonies et l’égalité des droits et des devoirs avec la métropole.
Au Sénégal, c’est le divorce entre L.S. Senghor et L. Guèye, tous deux membres de la Section
Française de l’Internationale Ouvrière (S.F.I.O.). L.S. Senghor fonde donc avec Mamadou Dia le
Bloc Démocratique Sénégalais (B.D.S.) en octobre 1948. Le B.D.S. opte pour un socialisme
africain indépendant et s’appuie sur les masses rurales de l’intérieur. Ainsi, il remporte les
élections législatives de 1951. A l’Assemblée nationale française, ils défendent la cause des
Africains et rejoignent le groupe des Indépendants d’Outre-mer (I.O.M.). Au congrès des I.O.M.
de Bobo Dioulasso, en février 1953, Senghor lance la première fois l’idée d’une République
Fédérale dans L’U.F.

L’action syndicale

Une fois reconnu le droit syndical et d’association (1956), les syndicats vont aussi s’impliquer
dans la lutte pour l’indépendance. Il s’agit, entre autres, de la Confédération Générale des
Travailleurs (C.G.T.), la Confédération Française des Travailleurs Catholiques (C.F.T.C.), la Force
Ouvrière (F.O.) Mais ces syndicats restent très attachés à leurs homologues français et ne
défendent pas suffisamment les intérêts des travailleurs noirs.
Le 15 décembre 1952, le code du travail d’outre-mer est reconnu. En 1956, la création de l’Union
Générale des Travailleurs d’Afrique Noire (U.G.T.A.N.) par Sékou Touré traduit la volonté de
lutter contre le système colonial. Son objectif est l’émancipation.
En outre, il faut noter des mouvements culturels populaires, ceux des chefs religieux et des
étudiants (F.E.A.N.F.) ou encore des intellectuels (mouvement de la Négritude avec Présence
Africaine créée par Alioune Diop pour véhiculer les valeurs négro-africaines).

B – La marche vers l’indépendance

A partir de 1956, plusieurs facteurs vont accélérer le processus de l’indépendance : la défaite


française à Dien Bien Phu en 1954, le déclenchement de la lutte de libération algérienne, la
Conférence de Bandoeng en 1955, l’indépendance du Maroc et de la Tunisie en 1956, celle de la
Gold Coast et l’attitude anticolonialiste des Etats-Unis et de l’Union Soviétique et la position de
l’O.N.U.
Tous ces facteurs extérieurs obligent la France à réviser ses conceptions coloniales.

B – 1 – La Loi -cadre

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La Loi-cadre dite aussi la Loi Gaston Deferre (du nom de son auteur alors Ministre de la France
d’Outre-mer) est adoptée le 23 juin 1956 par l’Assemblée nationale française. Elle introduit une
autonomie interne avec l’élargissement des pouvoirs des Assemblées territoriales. L’introduction
du suffrage universel consacre la promotion de la population paysanne et entraîne un contact plus
étroit des politiciens et des masses rurales. L’institution du collège unique africanise le débat
politique. Dans chaque territoire, un exécutif local est institué. A l’issue des élections de 1956
remportées par le B.D.S., Mamadou Dia est nommé Vice-président du Conseil du gouvernement du
Sénégal ; la présidence étant réservée au Gouverneur du territoire. En 1957, il transfère la capitale
de Saint-Louis à Dakar. Cette période est aussi marquée par le renforcement du parti de L.S.
Senghor et de M. Dia grâce à deux fusions. Le B.D.S. et l’Union Démocratique Sénégalaise
(U.D.S.) de Thierno Ba et de Abdoulaye Guèye fusionnent pour donner le Bloc Populaire
Sénégalais (B.P.S.) qui fusionne à son tour, en 1958, avec le Parti Sénégalais d’Action Socialiste
(P.S.A.S.) de Lamine Guèye pour donner l’Union Progressiste Sénégalaise (U.P.S).
Cependant, la Loi-cadre est diversement appréciée par les élus africains. Elle les a divisés entre
fédéralistes (L.S. Senghor, Lamine Guèye, Sékou Touré, Modibo Keïta ) et territorialistes
(Houphouet Boigny, Léon Mba). Elle est donc perçue comme un instrument de « balkanisation ».

B – 2 – Du Référendum à l’indépendance (1958 – 1960)

B – 2 – 1 – La Communauté Française

Le 1er juin 1958, le Général de Gaulle est investi à la tête de l’Etat français. Pour régler la question
coloniale, il fait adopter, le 28 juillet 1958, une nouvelle Constitution dans laquelle il demande aux
colonies de l’accepter et de s’associer à la France dans le cadre de la Communauté ou de la rejeter
et de faire sécession. Un référendum est prévu le 28 septembre 1958.
Au Sénégal, l’U.P.S. propose le vote positif. Cette décision entraîne le départ de certains éléments,
notamment Abdoulaye Ly, Amadou Moctar M’Bow et Assane Seck qui créent, en mars 1958, le
Parti du Regroupement Africain (P.R.A. /Sénégal). Avec le P.A.I. de Majmout Diop, ils décident de
voter pour le « non ». Par 870 000 « oui » contre 21 000 « non » (soit 97,6 %) le Sénégal reste dans
la Communauté Française.
Le 25 novembre 1958, la République du Sénégal est proclamée. L’Assemblée législative élit
Mamadou Dia à la tête de la Présidence du Conseil. Il est le chef du pouvoir exécutif et c’est lui
qui nomme les mi,istres responsables devant l’Assemblée.

B – 2 – 2 – L’indépendance du Sénégal

En janvier 1959, L.S. Senghor et Modibo Keïta prennent l’initiative de regrouper le Sénégal, le
Soudan français,la Haute Volta et le Dahomey dans une fédération : celle du Mali. Le désistement
des deux derniers pays cités limite la fédération au Sénégal et au Soudan. Elle choisit L.S. Senghor
comme Président de l’Assemblée Fédérale, Modibo Keïta Chef du Gouvernement et Mamadou Dia
Vice-président. Dès le 28 septembre 1959, ils formulent le désir d’accéder à l’indépendance dans
le cadre de la Communauté Française. A travers les accords signés en avril 1960, la France transfère
les compétences au Sénégal et au Soudan. L’indépendance de la Fédération du Mali est proclamée
le 20 juin 1960.
Mais l’expérience fédérale est écourtée par des divergences entre les dirigeants sénégalais et ceux
soudanais. Le divorce est consommé dans la nuit du 19 au 20 août 1960. La République du Sénégal
est alors proclamée le 20 août avec L.S. Senghor comme Président et Mamadou Dia comme Chef
du Gouvernement. Le Sénégal retient le 4 avril comme la date de son accession à l’indépendance.

III – LA DECOLONISATION EN GUINEE BISSAU

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Le Portugal est la première nation coloniale à entrer en contact avec l’Afrique noire. Il est aussi le
dernier à quitter ses colonies.
En Afrique Occidentale, il occupe la Guinée Bissau et les Iles du Cap-Vert.
Mais sa présence fait naître un mouvement nationaliste qui va lutter pour l’indépendance.

A – La situation de la Guinée Bissau et la politique coloniale portugaise

A – 1 – La situation de la Guinée Bissau

La Guinée Bissau est la plus petite (36 125 km2) et la plus pauvre des colonies portugaises sur le
continent africain. Le régime dictatorial de Antoine de Olivera SALAZAR la considère comme une
colonie d’exploitation mercantile. La population peu dense et multiethnique (Balants, Manjaks,
Pepels, Peuls ) est essentiellement rurale. La loi coloniale de 1933 en fait des indigènes. Cette
population ne subit l’influence européenne que de façon marginale.
Dans les villes, on retrouve une petite bourgeoisie constituée de Métis et déassimilés.
D’ailleurs, le Portugal attise les antagonismes ethniques. En 1963, ces deux colonies deviennent
des « provinces d’outre-mer ». A cette date on compte 521 000 habitants dont 2 600 Portugais,
4 570 Métis et 1 500 Africains assimilés. Ces statistiques permettent d’illustrer la catégorisation
sociale entreprise par la puissance coloniale. D’une part on a les civilizados (population d’origine
européenne, les Métis et les Africains assimilés) et d’autre part les ñao-civilizados (les indigènes).
C’est donc une population pauvre et inégalitaire qui fait les frais de la politique coloniale
portugaise.

A – 2 – La politique coloniale portugaise

Le Portugal domine économiquement et politiquement la Guinée Bissau. Il l’exploite car il la


considère comme un sous-ensemble de son territoire. Les mouvements de capitaux, les exportations
et importations sont sous le contrôle exclusif des Portugais. Ces derniers forment une minorité. Ils
s’appuient sur les chefs traditionnels et les assimilés pour les tâches administratives. Ils font subir
aux populations indigènes l’impôt et le travail forcé
Après la 2ème guerre mondiale, le Portugal refuse de prêter une attention aux évènements qui
surviennent en Afrique. Il veut rester en dehors des mouvements anticoloniaux nés au lendemain de
1945.

B – La lutte pour l’indépendance

B – 1 – L’éveil nationaliste et la formation du P.A.I.G.C.

Le lendemain de la 2ème guerre mondiale fait naître une immense vague d’espérances progressistes
dans les colonies. En Guinée Bissau, le nationalisme prend corps dans les milieux intellectuels
formés au Portugal et fortement influencés par le communisme et la théorie marxiste. Il porte
l’empreinte d’Amilcar CABRAL. Le 19 septembre 1956, il fonde avec Luis CABRAL et Aristide
PEREIRA le Parti Africain pour l’Indépendance de la Guinée Bissau
Et du Cap-Vert (P.A.I.G.C.)
Le parti qui vient d’être créé s’oriente rapidement vers l’affrontement armé pour faire triompher
les aspirations d’indépendance des masses populaires.

37
B – 2 – L’indépendance

Le P.A.I.G.C. s’appuie d’abord sur le petit peuple des villes. Il lance ensuite des mouvements de
grève. Celui des dockers de Bissau du 3 août 1959 sévèrement réprimé (50 morts, beaucoup de
blessés et victimes de tortures et de sévices) permet le ralliement des salariés. Toutefois, il montre
les limites de l’action politique en ville.
Aidé par Sékou TOURE, A. CABRAL fonde à Conakry, en 1960, une école de cadres et des bases
d’entraînement. Il en tire un immense rayonnement, une sympathie des pays limitrophes et un
soutien international (Conférence des organisations nationales des colonies portugaises le 18 avril
1961 à Casablanca).
En 1963, il lance la lutte armée en employant la tactique de la guérilla. Elle permet, dans les « zones
libérées », de créer un embryon d’administration, des écoles et des hôpitaux
Sept ans plus tard, le P.A.I.G.C. arrive à libérer les deux tiers du territoire. Il acquiert une audience
internationale. C’est ce qui explique la présence, du 2 au 8 avril 1972, d’une mission spéciale de
l’O.N.U. venue visiter les réalisations sanitaires et éducatives. Ainsi, l’O.N.U. considère le
P.A.I.G.C. comme « seul et au authentique représentant des populations de Guinée Bissau ».
Devant ce succès, le Portugal veut briser le parti et l’élan nationaliste. Il fait assassiner A.
CABRAL le 20 janvier 1973. Malgré ce douloureux évènement la lutte s’intensifie. Finalement le
P.A.I.G.C. proclame, le 24 septembre 1973, l’indépendance de la guinée Bissau et des Iles du Cap-
Vert, république admise aussitôt à l’O.N.U.
Quant au Portugal, il ne reconnaît cette indépendance qu’après la « révolution des œillets » (25
avril 1974 fin du « salazarisme » par le Mouvement des Forces Armées de jeunes officiers dont le
mot d’ordre est « démocratie chez nous, décolonisation en Afrique »). En effet, il ne signe l’acte
reconnaissant formellement l’indépendance de la Guinée Bissau que le 10 septembre 1974 à
Lisbonne. Cependant, la rupture avec le Cap-Vert (5 juillet 1975) survient quelques années après
cette émancipation.

Malgré quelques crises majeures, on peut dire que la décolonisation de l’Afrique noire est dans
l’ensemble pacifique. Elle traduit une volonté des leaders politiques à participer à la gestion des
affaires de leurs pays. C’est donc plus le résultat d’un transfert de compétences par la métropole
qu’une conquête de souveraineté nationale.
Contrairement à la Gold Coast et à la Guinée Bissau qui connaissent une évolution différente, le
Sénégal réalise le processus dans le cadre de l’A.O.F.
Toutefois, les indépendances portent en elles-mêmes les germes du néocolonialisme.

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10 NAISSANCE ET AFFIRMATION DU TIERS-MONDE
DE BANDOENG AUX ANNEES 80

La décennie 50-60 ouvre une nouvelle ère dans les relations entre les métropoles occidentales et les
colonies d’Asie et d’Afrique. Avec la décolonisation, les peuples dominés de ces deux continents
entrent, à travers la Conférence de Bandoeng, dans une dynamique de rapprochement. Ce point de
départ de l’ambition afro-asiatique symbolisé selon L.S. Senghor par « la prise de conscience de
leur éminente dignité ( ) et la mort du complexe d’infériorité » survient en pleine guerre froide.
Que signifie l’expression «tiers monde» ? Où a – t – il pris naissance ? Comment compte – t –
il s’affirmer sur la scène internationale ?

I. DEFINITION DU CONCEPT

L’expression « tiers-monde » est utilisée pour la première fois dans le journal français
L’Observateur en 1952. Elle est du démographe et économiste français Alfred Sauvy. C’est un
concept à la fois géographique, politique et économique.
Géographiquement, le Tiers Monde correspond aux pays nouvellement indépendants d’Asie,
d’Afrique et d’Amérique latine. Ces Etats dont le nombre se multiplie sans cesse (70 % de la
population mondiale) condamnent le colonialisme et le néocolonialisme (domination qui s’opère
par le biais de moyens financiers, techniques et économiques), d’où le glissement de sens. Le Tiers
Monde signifie alors l’ensemble des pays neutralistes qui entendent se démarquer des alliances
politico-militaires patronnées par les Etats-Unis et l’U.R.S.S. Ils n’entendent pas tomber dans
l’entreprise de charme ou de séduction de l’un des blocs.
Sur le plan économique, leur niveau de développement est tel qu’on assimile « tiers-monde » et
« sous-développement », « tiers-monde » et « PVD » ou « PED » ou encore le « Sud » (sous-
développé) par opposition au « Nord » (développé).
Ces considérations fondent en même temps son unité et sa diversité. Les disparités économiques
sont telles qu’on parle non pas d’un « Tiers Monde » mais des « Tiers Mondes ». (cf. leçon de 1ère
sur les inégalités de développement dans le monde).

II. L’EMERGENCE DU TIERS MONDE

Alors que le monde est plongé dans la guerre froide et qu’une seule logique s’impose, celle des
blocs, un, un groupe de pays dit le groupe afro-asiatique brise ses chaînes. C’est la désagrégation
du système colonial. La scène internationale compte un nouvel acteur.

A- La Conférence de Bandoeng (18 – 24 avril 1955)

La Conférence de Bandoeng est le prolongement des rencontres de 1949 et de 1954 qui ont lieu en
Inde, à Colombo. Leurs buts sont, entre autres, l’émancipation des territoires sous domination, le
soutien aux mouvements de libération et la dénonciation des dangers de l’aide économique
étrangère

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Bandoeng s’inscrit donc dans cette mouvance de résistance et de refus de ne s’inféoder à aucun
des deux blocs. Elle se tient en Indonésie du 18 au 24 avril 1955, à l’initiative de cinq pays
récemment décolonisés (Inde, Pakistan, Ceylan, Birmanie et Indonésie). Elle réunit 29 pays (17
pays d’Asie orientale et centrale, 8 pays arabes et 4 pays d’Afrique) autour de personnalités
comme Ahmed Soekarno, Nehru, Gamal Abdel Nasser, Chou Enlai
Les participants proclament dans une déclaration finale leur neutralisme (à équidistance entre le
bloc soviétique et le bloc occidental), l’anticolonialisme, le refus du néocolonialisme et la volonté
de sortir du sous-développement. Ils dénoncent enfin le racisme (mythe de l’inégalité des races et
de la supériorité des peuples colonisateurs sur les peuples colonisés).
En somme ces principes soulignent une volonté d’autonomie, de dignité et d’émancipation.
Bandoeng est sans conteste l’acte de naissance du Tiers Monde.

B - Les autres tentatives d’organisation et le Non-alignement

D’autres rencontres ont suivi celle de Bandoeng. La première a lieu au Caire en décembre 1957
sous l’influence des pays arabes et de l’URSS (résolutions anti-occidentales).
L’Afrique noire entre en scène avec la Conférence d’Accra en mai 1958 et celle d’Addis Abéba
entre le 22 et le 25 mai 1963. Cette dernière donne naissance à l’O.U.A.

Dans le but de libérer les pays nouvellement indépendants de l’influence de la guerre froide le
Maréchal TITO accueille à Belgrade, du 1 er au 6 septembre 1961 (après Brioni, juillet 1956), 25
délégations. Le mouvement des « Non-alignés » prend forme. Eclipsé au cours des années 60
(influence de l’URSS dans les luttes de libération nationale), il reprend vie dans les années 70. Les
Conférences de Lusaka (1970), d’Alger (1973), de Colombo (1976) et de la Havane (1979)
réclament le rétablissement des droits du peuple palestinien et exigent un nouvel ordre économique
mondial.

Mais la conjoncture économique des années 80 ((2e choc pétrolier – détérioration des termes de
l’échange) conduit certains pays à recourir à l’aide, le nouvel instrument de domination du Tiers
Monde. Et depuis la conférence de Harare (septembre 1985) la division des « Non-alignés » s’est
accentuée.

III - L’AFFIRMATION DU TIERS MONDE

A - Le combat politique

La lutte pour l’indépendance a été l’un des principaux combats politiques de Bandoeng. Les
différentes rencontres se sont penchées sur les questions les plus brûlantes de l’époque. Elles ont
dénoncé l’attitude des métropoles européennes dans les différents champs de luttes de libération
nationale (Algérie, Vietnam ). Elles ont apporté un soutien financier, matériel et humain aux
peuples dominés.
Le « Tiers Monde » s’engage par ailleurs pour la paix et s’engage pour la coopération entre les
nations.
Toutefois, la guerre froide et les multiples conflits (ethniques, religieux ou idéologiques) entre pays
du Tiers Monde ont fragilisé le mouvement. On peut citer la guerre entre la Chine et l’Inde (1959
et 1962), celle entre l’Algérie et le Maroc (1963), celle entre l’Inde et le Pakistan (1965 –
1971), celle entre la Libye et le Tchad (1980 – 1987) ou encore celle entre l’Iran et l’Irak (1980
– 1988)

B - Les revendications économiques


Le combat économique se greffe de plus en plus à celui politique. En effet, une véritable
indépendance politique n’est possible que par la maîtrise des systèmes économiques. Cette prise de

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conscience conduit à la création du « groupe des 77 » en 1963. Celui-ci réclame la tenue d’une
conférence mondiale sur le commerce et exige un nouvel ordre économique international. C’est
ainsi que la Conférence des nations Unies pour le commerce et le Développement (C.N.U.C.E.D.)
est instituée en 1964
En 1980, l’A.G. de l’ONU adopte une stratégie pour la 3 e décennie de développement.
L’influence du Tiers monde s’explique par son poids numérique.
Mais les problèmes économiques sont tels que certains Etats recourent alternativement à
l’assistance de l’un ou l’autre supergrand.

Le « grand éclair de Bandoeng » est à l’origine de l’émergence et de l’affirmation du Tiers


Monde. Celui-ci n’est pas une force diplomatique encore moins une puissance économique. Il
s’agissait de lutter contre le colonialisme et de chercher, au cœur de la guerre froide, une troisième
voie entre l’Est et l’Ouest.
Qu’est-ce qui reste de l’esprit de Bandoeng après la disparition du ciment de la lutte anticoloniale
et de la fin de la guerre froide.

Document

«
Le fait que les leaders des peuples asiatiques et africains puissent se rencontrer dans un de leurs
propres pays pour discuter et délibérer de leurs affaires communes constitue un nouveau départ dans
l’histoire
Nous ne sommes plus des colonies ; nous sommes désormais libres, indépendants et maîtres dans
nos propres pays
Nous tous, j’en ai la certitude, sommes unis par des choses plus importantes que celles qui
superficiellement nous divisent ; nous sommes unis, par exemple, par la haine commune du
colonialisme, sous quelque forme qu’il apparaisse ; nous sommes unis par la haine du racisme et
par la détermination commune de préserver et de stabiliser la paix dans le monde.
Mon peuple et les peuples de beaucoup de nations asiatiques et africains connaissent tout cela par
leurs propres expériences. Or on ne saurait affirmer que nos pays sont entièrement libres. C’est
pourquoi nous ne pouvons penser que nous sommes déjà arrivés au but. Aucun peuple ne peut se
sentir libre tant qu’une partie quelconque de sa patrie n’est pas libre On nous dit souvent que le
colonialisme est mort. Ne nous laissons pas illusionner, ou même endormir, par cette formule
trompeuse. Je vous assure que le colonialisme est bien vivant. Comment peut-on affirmer le
contraire tant que de vastes régions d’Asie et d’Afrique ne sont pas libres ? Et je vous prie de ne
pas penser seulement au colonialisme de forme classique tel que nous l’avons connu en Indonésie
et dans différentes parties de l’Asie et de l’Afrique. Le colonialisme moderne se présente aussi
sous la forme du contrôle économique, du contrôle intellectuel et du contrôle physique, exercés par
une communauté étrangère à l’intérieur de la nation. C’est un ennemi habile et décidé qui se
manifeste sous divers déguisements ; il ne lâche pas facilement son butin. N’importe où,
n’importe quand, et quelle que soit la forme sous laquelle il apparaît, le colonialisme est un mal
qu’il faut éliminer de la surface du monde. »
Discours de M. SUKARNO lors de la conférence de Bandoeng, Manière de voir n° 74,
Les 50 années qui ont changé le monde, LE MONDE Diplomatique, bimestriel avril-mai
2004.

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