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Stabilité des Théorèmes Géométriques

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APMEP
no 478 671

La stabilité en géométrie
Roger Cuppens(*)
À George Pólya(1)

Dans cet article, j’étudie le rôle des dessins dans l’élaboration de la géométrie euclidienne. Ce
rôle et le fait que cette géométrie ait des applications dans la vie courante implique l’idée d’une
stabilité des théorèmes géométriques : si on démontre que des hypothèses entraînent toujours
une conclusion, alors on peut penser qu’en modifiant peu les hypothèses, la conclusion est
elle-même peu modifiée. Ayant constaté que l’étude de ce phénomène est absente de la
littérature usuelle(2), je me propose de combler cette lacune. J’étudierai aussi quelques
conséquences pour les logiciels de géométrie dynamique.

1. La géométrie : l’art de raisonner juste sur des figures fausses(3)


C’est ainsi que dans ma jeunesse on définissait la géométrie. Mais qu’est-ce qui
pouvait bien justifier cette formule ?
On commençait par des observations du monde réel avec ses objets familiers :
cubes, boules, … On pouvait aussi sur une feuille de papier faire des dessins à la
règle et au compas, par exemple une fleur à six pétales et dégager à partir de là les
notions de cercle, d’hexagone régulier, de triangle équilatéral, …

On étudiait les divers quadrilatères… Etc.

(*) Professeur émérite à l’Université Paul Sabatier. Groupe Géométrie dynamique de

(1) Dans les années 70, George Pólya avait entrepris, à près de 85 ans, une croisade contre la
l’IREM de Toulouse.

réforme des mathématiques modernes. J’ai ainsi assisté à la Catholic University of America
à une série de conférences qu’il donnait sur ce sujet. Sa conclusion était que seul
l’enseignement de la géométrie euclidienne tel que je l’avais subi dans ma jeunesse permettait
une vraie initiation aux mathématiques. À l’époque, jeune professeur, je n’avais pas été
convaincu par ses affirmations. Depuis et avec le recul, je suis intimement persuadé qu’il avait
raison.
(2) Signalons toutefois l’exercice 1 des Olympiades de Première 2007 de l’Académie de
Versailles (brochure APMEP n° 182, p. 194-195).
(3) Une première version de ce paragraphe écrite comme réaction à une lecture de [9] est
parue dans le numéro 2 de l’Autan, nouveau journal de l’IREM de Toulouse.
Pour chercher et approfondir
APMEP
672 no 478

L’une des difficultés de l’enseignement consistait alors à passer de ce monde réel


à un monde virtuel peuplé d’objets de base : points, droites et cercles (si on fait de la
géométrie plane) auxquels on ajoute les plans, les sphères, … (si on fait de la
géométrie dans l’espace).
On commençait par la géométrie plane en introduisant à la Euclide les points
(« objets sans dimension ») et les droites (« objets à une dimension ») reliés par des
propriétés appelées axiomes ou postulats telles que : « Par deux points passe une
droite et une seule » (cf. l’introduction de [4]).
À partir de ces objets de base, on définissait des objets plus compliqués tels que
cercles, triangles, …, des propriétés telles que perpendicularité, parallélisme, … et
on étudiait des problèmes où on partait d’une figure composée d’un certain nombre
d’objets reliés par certaines propriétés et où on cherchait à découvrir et à démontrer
de nouvelles propriétés de la figure. Par exemple, on définissait une figure(4)
appelée parallélogramme et on trouvait des longueurs égales, des angles égaux, le
fait que les diagonales se coupent en leur milieu, etc.

8,27 cm
102,97°

77,03°
5,09 cm
4,34 cm
5,32 cm

5,09 cm
77,03°
5,32 cm
4,34 cm

102,97°

8,27 cm

Pour les démonstrations, on utilisait au début la notion de triangles égaux (c’est-


à-dire superposables dans un mouvement sans déformation, notion forcément
intuitive) et on « démontrait » (par superposition virtuelle) les trois cas d’égalité des
triangles qui servaient pendant longtemps comme seuls outils de démonstration (en
interdisant le recours aux superpositions). Cette interdiction était une source de
grande difficulté, mais on aurait pu la contourner en admettant les cas d’égalité
comme axiomes de la théorie, la superposition étant alors une justification plutôt
qu’une démonstration. Mais la réforme des mathématiques est arrivée … avec les
conséquences que l’on connaît sur l’enseignement de la géométrie.
Durant cette période, Choquet a fourni dans [2] une axiomatique simple et
complète de cette géométrie avec une vingtaine d’axiomes, ce qui rend un tel
système impropre à une initiation. Ceci explique qu’avant la réforme on utilisait une
axiomatique incomplète, des dessins rendant évidents certains faits. Par exemple, on

(4) Les travaux de didactique ont employé le mot figure pour les ensembles d’objets du
monde virtuel et dessin pour une représentation de cette figure dans le monde réel, alors que
précédemment l’on employait le mot figure pour de tels dessins : il faudrait en conséquence
modifier le titre de ce paragraphe.
La stabilité en géométrie
APMEP
no 478 673

admettait avec un dessin qu’une droite coupant un côté d’un triangle doit recouper
un deuxième côté, ce qui semble évident sur le dessin ci-dessous, mais nécessite un
axiome dans une théorie formalisée(5).
A
d

B C
On utilisait en général divers dessins suivant les outils utilisés (main levée, …),
les plus sophistiqués étant les constructions à la règle et au compas qui apportaient
si on y mettait un peu de soin une assez bonne précision au moins pour les figures
simples telles que celles de l’hexagone régulier. Par exemple, on a ci-dessous des
constructions du milieu M de deux points A et B à la règle et au compas d’une part
et au compas seul d’autre part(6).
P4
c2 c1
s5

A s6 M B

P3

c 11 c4
P9 P3 P5
c6
M
A B P7

c1
c2 P
10
c 12
c8
(5) Cet axiome appelé axiome de Pasch en géométrie euclidienne doit être considéré
comme la définition d’un « vrai » triangle en géométrie elliptique (cf. [4]).
(6) Rappelons que Mascheroni [8] a montré que toute construction à la règle et au compas
peut être effectuée au compas seul, résultat qui avait été obtenu précédemment par Georg
Mohr, mais était passé inaperçu.
Pour chercher et approfondir
APMEP
674 no 478

Pour les figures plus compliquées, la chose était moins évidente et l’on sait que
Lemoine [7] a développé sous le nom de géométrographie une étude de la
complexité et de la précision des dessins géométriques.
Néanmoins on pouvait à un moment donné faire douter du sérieux d’un tel usage
en fournissant par exemple un dessin « montrant » qu’un triangle quelconque est
toujours isocèle (cf. [1], p. 146), ce qui surprend à première vue (même des
professeurs en exercice) alors que la solution logique est simple : un tel dessin ne
correspond pas à une figure mathématique.
Depuis cette époque où on apprenait à développer la géométrie comme une
théorie mathématique et à résoudre à partir des cas d’égalité des triangles des
problèmes géométriques, est intervenue une double révolution : celle (interne) des
mathématiques modernes qui a bouleversé l’enseignement des mathématiques et
celle (externe) des TICE et en particulier des logiciels de géométrie dynamique.
Je ne parlerai pas ici de la première – d’autres l’ont fait avant moi et bien mieux
que je ne pourrais le faire. Je veux simplement dans la suite fournir quelques
éléments de réflexion concernant les logiciels de géométrie dynamique et qui me
semblent nécessaires après la lecture de [9].
Une première chose qui saute aux yeux quand on utilise un tel logiciel est la
grande précision des dessins obtenus. Mais il est faux de prétendre comme [9] qu’un
logiciel comme Cabri fournit des dessins exacts. En effet, quand on entre à l’écran
des points, des droites, des cercles, …, Cabri les transforme – de manière entièrement
transparente à l’utilisateur – en équations et les calculs qu’il effectue sont des calculs
approchés (avec une précision grande, mais limitée, disons de l’ordre de 10-9 cm) et
ces calculs fournissent à l’écran un dessin dont la précision est encore diminuée par
la taille des pixels utilisés. Bien que sans commune mesure avec les dessins
papier/crayon, cette précision est forcément limitée et peut fournir dans certains cas
des dessins difficilement interprétables, voire totalement faux(7).
Prétendre le contraire est regrettable pour deux raisons. La première est que l’une
des tâches d’un enseignement moderne doit être de mettre en garde contre l’opinion
commune qu’un ordinateur fournit toujours la vérité, même si ce que l’on y entre est
faux !
La deuxième est plus directement liée à la nature de la géométrie : née du monde
réel, elle est utilisée dans le monde réel. Par exemple, un maçon évaluera
« l’équerre » d’un mur en utilisant une corde à nœuds pour trouver (3,4,5). Il est
évident que ces valeurs sont approchées, mais ceci n’a pas d’importance car le
théorème de Pythagore permettant d’affirmer qu’un triangle (3,4,5) est rectangle a
une certaine « stabilité » : un triangle « presque » (3,4,5) est « presque » rectangle.
Ce fait, pourtant fondamental, est rarement enseigné dans les cours de géométrie. De
même, un menuisier ou un tailleur de pierre aura besoin de tracer des droites
« presque » parallèles. Au lieu de vouloir obtenir à tout prix des dessins « exacts »
comme le souhaite [9] (au fait, pourquoi faire ?), ne ferait-on pas mieux, après avoir
(7) Le lecteur intéressé pourra trouver des expériences permettant d’étudier la précision de
Cabri dans le chapitre 7 de [5].
La stabilité en géométrie
APMEP
no 478 675

étudié le parallélogramme (qu’il est quand même facile de dessiner lorsqu’on a un


outil « Droite parallèle » !) de faire réfléchir sur le dessin suivant (obtenu en faisant
tourner de 0,1° deux des côtés du parallélogramme de la page 2) :

8,26 cm
103,07°

77,03°
5,09 cm
4,33 cm
5,33 cm

5,32 cm 5,11 cm

77,03° 4,35 cm

102,87°
8,27 cm

et plus généralement d’apprendre à conjecturer à partir de valeurs approchés


obtenues sur des dessins inexacts des valeurs exactes dans le monde virtuel de la
géométrie ?
2. Quelques théorèmes de stabilité
Dans le paragraphe précédent, j’ai étudié l’intérêt des dessins en géométrie et
suggéré que cet intérêt était subordonné à l’existence d’une stabilité des théorèmes
géométriques : la véracité d’un théorème du type « si H, alors C » ne peut être vérifié
sur un dessin (forcément entaché d’erreurs) que si un théorème « de stabilité » du
type « si “ presque ” H, alors “ presque ” C » est vrai.
Je me propose dans ce paragraphe de démontrer quelques théorèmes de ce type.
2.1. Définitions
Il me faut commencer par préciser le « presque » employé. Les propriétés
concernées sont des propriétés mesurables et le « presque » est donc numérique. Par
exemple, dire qu’un triangle ABC est rectangle en A signifie

µ=π
A
2
(si les angles sont mesurés en radians). Je dirai qu’un triangle ABC est presque
rectangle en A si
µ;π
A
2

(lire A
µ est presque égal π ) ou
2
µ − π ; 0,
A
2
c’est-à-dire
Pour chercher et approfondir
APMEP
676 no 478

µ − π < ε,
A
2
ε représentant l’erreur admise. On emploiera alors la notation plus précise
µ; π
A ε
2
pour cette dernière situation.
Remarque. Il est évident que cette relation ; ε n’est pas transitive, mais que l’on a
néanmoins le résultat suivant :

Si a ; ε b et b ; ε ′ c, alors a ; ε +ε ′ c.

Je vais commencer par étudier la stabilité du théorème de Pythagore : si un triangle


ABC est rectangle en A, alors
a 2 = b 2 + c2
(avec les notations usuelles) dont une « version stable » serait : si un triangle ABC
est presque rectangle en A, alors
a2 ; b2 + c2 ,
mais quel sens donner à un tel théorème ?
Une réponse est donnée par le théorème d’Al-Kashi : si ABC est un triangle
quelconque, alors
µ.
a 2 = b 2 + c 2 − 2bc cos A
D’où

a 2 − b 2 − c2 < ε

dès que
µ <ε
2bc cos A

et la continuité du cosinus me permet d’affirmer l’existence d’un r tel que

µ−π <r
A
2
entraîne l’inégalité précédente.
On a donc finalement le résultat suivant : se donnant ε positif, il existe r tel que

si A
µ ; π , alors a 2 ; b 2 + c 2 .
ε
2
r

Si on introduit la définition suivante : un théorème du type

( H1 = h1 ) ∧ … ∧ ( H p = h p ) ⇒ (C1 = c1 ) ∧ … ∧ (Cq = cq )
La stabilité en géométrie
APMEP
no 478 677

(où les hj et les ck sont des nombres et les Hj et Ck des expressions numériques) est
stable si se donnant q constantes ε 1, …, εq, il existe p constantes r1, …, rp telles que

(H 1 ) ( ) ( ) ( )
; r1 h1 ∧ … ∧ H p ; rp hp ⇒ C1 ; ε1 c1 ∧ … ∧ Cq ; ε q cq ,

on peut donc dire que le théorème de Pythagore est stable.


Ceci a lieu en particulier lorsque les Ck sont des fonctions continues de
( H , …, H ) au point h1 ,…, hp . Par exemple, le théorème d’Al-Kashi fournit la
( )
relation
1 p

µ= b 2 + c2 − a 2
cos A
2bc
qui montre la stabilité de la réciproque du théorème de Pythagore.
Remarques. 1. En toute rigueur, il faut ajouter la condition que le produit bc
n’est pas trop petit.
2. Avec cette même méthode, on peut déduire la stabilité du théorème sur le
triangle isocèle :
Dans un triangle ABC, b ; c si et seulement si B µ.
µ;C

et avec ce résultat, on peut démontrer la stabilité du théorème sur la médiane du


triangle rectangle sous la forme suivante :
Un triangle ABC est presque rectangle si et seulement si il existe un point M de [BC]
tel que AM ; BM et AM ; CM.
2.2. Stabilité des cas d’égalité des triangles
Comme je l’ai rappelé dans le paragraphe précédent, les trois cas d’égalité des
triangles jouaient dans mon enfance un rôle fondamental dans l’enseignement de la
géométrie plane (on parlerait actuellement d’« axiomes »). On peut les énoncer à
partir de la définition suivante :
Deux triangles ABC et A′B′C′ sont égaux si les six conditions suivantes sont
vérifiées :
µ=A
a = a′, b = b′, c = c ′, A ¶′, B
µ=B
µ′, µ =C
C µ′.
Les trois cas d’égalité consistent à affirmer que si l’on choisit convenablement trois
de ces conditions :
• a = a ′, B
µ=Bµ′, C
µ=C µ′ (premier cas),

• b = b ′, c = c ′, A ¶′ (deuxième cas),
µ=A

• a = a ′, b = b′, c = c ′ (troisième cas),


les trois autres s’en déduisent.
Pour chercher et approfondir
APMEP
678 no 478

Pour comprendre ces trois cas (je ne dis pas démontrer car les résultats que je vais
invoquer se démontrent en utilisant de manière directe ou indirecte les cas d’égalité),
il suffit d’avoir des formules permettant de calculer les six éléments (côtés ou angles)
d’un triangle ABC en fonction de trois d’entre eux. Pour ceci, on a la formule d’Al-
Kashi déjà invoquée :
µ
a 2 = b 2 + c 2 − 2bc cos A
que l’on peut utiliser de deux manières :
• si on connaît les trois côtés a, b et c, elle permet de calculer cos A
µ , cos B
µ et
µ :
cosC

µ= b 2 + c2 − a2 µ = c + a − b , cos C
2 2 2
µ = a +b −c
2 2 2
cos A , cos B
2bc 2 ca 2 ab

et donc les trois angles A


µ, B µ (troisième cas) ;
µ et C

• si on connaît b, c et A
µ , elle permet de calculer a, puis B µ (deuxième cas).
µ et C
Pour le premier cas, on peut utiliser une autre formule classique, la formule des
sinus :
a b c
= = .
µ
sin A µ
sin B µ
sin C

Si on connaît a, B
µ et C
µ , alors

µ = π−B
A µ −C
µ
et donc
µ = sin B
sin A µ +C
µ ,
( )
ce qui avec la formule des sinus donne
µ
sin B µ
sin C
b=a , c=a ,
sin B(
µ +Cµ
)
sin Bµ +Cµ
( )
et donc le premier cas d’égalité.
Puisque les formules précédentes sont toutes continues, on a donc le résultat
suivant :
Théorème. Les trois cas d’égalité des triangles sont stables.
Remarques. 1. On peut montrer que la formule des sinus est équivalente à celle
d’Al Kashi dans le sens que si on démontre géométriquement l’une, l’autre peut s’en
déduire par un calcul trigonométrique simple.
La stabilité en géométrie
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no 478 679

2. On peut déduire la formule des sinus de la formule


A
a µ
= R sin A
2
où R désigne le rayon du cercle circonscrit au triangle
ABC, que l’on peut démontrer en considérant le triangle O
OBH dans la figure ci-contre. De cette formule, on
déduit immédiatement que les rayons des cercles
R

circonscrits à deux triangles presque égaux sont presque


égaux. B H C
a/2
On peut aussi montrer que
a b c abc
= = =
µ µ
sin A sin B sin C 2Sµ
où S est l’aire du triangle ABC. De cette relation, on déduit immédiatement que les
aires de deux triangles presque égaux sont presque égales.
3. Avec ce résultat, on obtient la stabilité de tous les résultats de géométrie
euclidienne pouvant se démontrer avec les cas d’égalité. Reste parfois des difficultés
de définition, par exemple que seront des droites « presque parallèles » ?
4. Ce résultat est encore vrai pour les quatre(8) cas d’égalité de la géométrie
hyperbolique ou de la géométrie elliptique. Pour le voir, il suffit de remplacer la
formule d’Al Kashi et la formule des sinus par
µ µ µ
µ = cos B cos C + cos A
cosh(a) = cosh(b)cosh(c ) − sinh(b)sinh(c )cos A
µ sin C
sin B µ
et
µ
sin A µ
sin B µ
sin C
= =
sinh(a ) sinh(b) sinh(c )
pour la géométrie hyperbolique (cf. [4], p. 68) et par
µ µ µ
µ = cos B cos C + cos A
cos(a) = cos(b)cos(c ) − sin(b )sin(c )cos A
µ sin C
sin B µ
et
µ
sin A µ
sin B µ
sin C
= =
sin(a) sin(b ) sin(c)
pour la géométrie elliptique (cf. [4]. p. 185).

(8) En géométrie hyperbolique ou ellitique, le quatrième cas consiste à affirmer que deux
triangles sont égaux si leurs trois angles sont égaux deux à deux.
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680 no 478

2.3. Droites presque parallèles


Pour définir le presque parallélisme, on va utiliser une caractérisation numérique
du parallélisme. Pour ceci, je définis l’angle uvµ de deux droites u et v comme étant
l’angle (usuel) des droites u′ et v′ parallèles à u et v et passant par un même point.
Deux droites u et v sont alors parallèles (ou confondues) si et seulement si uv
µ = 0.
En accord avec ce qui précède, deux droites u et v sont presque parallèles si et
seulement si leur angle uv
µ est petit.

Puisque uv µ < ε et vw ¶ < ε′ impliquent uw


¶ < ε + ε′, on obtient immédiatement
la stabilité de la relation de parallélisme.
On en déduit que si u et v sont presque parallèles et si u et w ne sont pas presque
parallèles, alors v et w ne sont pas presque parallèles.
Soit ABC un triangle. Il est évident que les droites (AB) et (AC) sont presque
parallèles si et seulement si ABC · ; π. .
· + ACB
On en déduit la stabilité du théorème :
Deux droites perpendiculaires à une troisième sont parallèles entre elles.
et de sa réciproque :
Si u et v sont parallèles et si w est perpendiculaire à u, alors w est perpendiculaire
à v.
Ajoutons la remarque suivante qui correspond bien à l’intuition que deux droites
parallèles ont un point commun à l’infini : si ABC est un triangle tel que (AB) et
(AC) soient presque parallèles et si BC n’est pas petit, alors la formule des sinus
implique que AB et AC sont très grands.
2.4. Presque parallélogramme
Un quadrilatère ABCD est un presque parallélogramme si les droites (AB) et
(CD) d’une part et (AD) et (BC) d’autre part sont presque parallèles.
De ce qui a été dit ci-dessus, on déduit immédiatement la stabilité des propriétés
angulaires des parallélogrammes.
De même, les théorèmes
• un quadrilatère est un parallélogramme si et seulement si ses côtés opposés sont
égaux,
• un quadrilatère est un parallélogramme si et seulement si ses diagonales se coupent
en leur milieu,
sont stables puisqu’on peut les démontrer à l’aide des cas d’égalité des triangles.
2.5. Stabilité du théorème de Thalès
Soit ABC un triangle et B′ et C′ des points de (AB) et (AC) tels que (BC) et (B′C′)
soient presque parallèles. Soit C′′ le point d’intersection de la droite (AC) avec la
droite passant par le point B′ et parallèle à (BC). D’après le théorème de Thalès :
La stabilité en géométrie
APMEP
no 478 681

AB AC
= .
AB′ AC′′
Mais les triangles AB′C′ et AB′C′′ ont en commun le
A

côté [AB′] et l’angle A


µ . De plus AB
· ·
′ C′ ; AB′ C′′ .
De la stabilité du premier cas d’égalité, on déduit

Bʹ Cʹʹ
AC′′ ; AC′ et donc :
B C
AB AC
; .
AB′ AC′
On a donc démontré la stabilité du théorème de Thalès.
3. Stabilité et continuité
On a vu que la stabilité des théorèmes de géométrie résulte de la continuité de
variation des différents éléments de la figure correspondante. On pourrait donc
penser qu’il est facile de construire un logiciel de géométrie dynamique où les figures
varient toujours continûment.
Or tous ceux qui ont utilisé un logiciel comme Cabri savent qu’il n’en est rien :
il existe des ruptures de continuité du déplacement.
Un exemple simple consiste à prendre deux points A et B sur un cercle c de centre
O et de déterminer l’un des points d’intersection M du cercle c avec la bissectrice b
de l’angle AOB
· . On constate que le point M « saute d’un demi-tour » lorsque le
point B traverse le symétrique A′ du point A par rapport au point O.

M
c c
d
B
Aʹ O A Aʹ O A
B
d

Ce phénomène est (entre autres) étudié dans la thèse de Bernard Genevès [6].
Outre la continuité, les auteurs du logiciel Cabri ont souhaité un déterminisme dans
la gestion des figures : lorsque, après déplacement, les éléments de base définissant
une figure reviennent à leur position initiale, toute la figure construite sur ces
éléments doit revenir à sa position initiale. Or déterminisme et continuité sont
incompatibles comme le montre l’exemple précédent : si on suppose que le point B
part du point A et se déplace continûment sur le cercle c toujours dans le même sens,
après un tour complet le point M n’aura fait qu’un demi-tour et ne sera donc pas
revenu à sa position initiale : il n’y aura pas déterminisme.
Pour chercher et approfondir
APMEP
682 no 478

On ne peut donc pas avoir un logiciel totalement déterministe et totalement


continu. Cabri qui a choisi l’option déterministe ne permet donc pas de construire un
dessin continu du phénomène précédent à partir du cercle c et des points A et B
comme objets initiaux. Mais la discontinuité dépendra de la manière dont M est
défini : par exemple, si on définissait la droite d non comme la bissectrice de l’angle
· , mais comme la médiatrice de [AB], la discontinuité se produirait lorsque le
point B passe par le point A.
AOB

c c

Aʹ O M B M O
A Aʹ A
d B

Remarques. 1. Dans la représentation plane des nombres complexes, l’exemple


précédent correspond au problème de la définition de la racine carrée des nombres
complexes : on sait que pour résoudre ce problème de manière complètement
satisfaisante, on introduit classiquement les surfaces de Riemann. Cinderella est un
logiciel de géométrie dynamique complètement continu basé sur de telles idées, mais
il est évident qu’avec un tel logiciel la prévision des effets du déplacement des
éléments de base d’une figure est plus difficile que dans Cabri. On peut trouver des
renseignements supplémentaires sur Cinderella sur le site
[Link]
(ou en adressant à Google la requête « Cinderella »).
2. Dans les constructions à la règle et au compas, ces problèmes de discontinuité
n’apparaissent dans Cabri que lorsque l’on fait jouer dans la figure un rôle
dissymétrique aux deux points d’intersection d’une droite et d’un cercle (ou de deux
cercles) qui sont numérotés automatiquement : il faut considérer les droites de Cabri
comme des axes orientés. Ces discontinuités – qui sont parfois difficiles à
comprendre – peuvent être utilisées par exemple en géométrie booléenne (cf. [3],
chapitre 10).
3. Un autre type de difficulté peut apparaître lorsque l’outil invoqué correspond à
deux constructions différentes. C’est le cas, par exemple, lorsque l’on veut construire
dans Cabri la perpendiculaire à une droite donnée d passant par un point A situé en
dehors de la droite d en utilisant la propriété de l’angle inscrit dans un demi-cercle :
il suffit de prendre un point B sur la droite d et de déterminer le deuxième point
d’intersection H de la droite d et du cercle c de diamètre [AB]. Si, dans Cabri, on
définit le cercle c comme le cercle centré au milieu de [AB] et passant par le point
B, il n’y a aucun problème : la droite (AH) est perpendiculaire à la droite d quelle
que soit la position du point B :
La stabilité en géométrie
APMEP
no 478 683

A A

O O
c c

d B H H B d

Mais si on définit le cercle c comme le cercle centré au point O et passant par le point
A, la propriété ne résiste pas au déplacement du point B :
A A

O O
c c

d B H BH d

Le phénomène est simple à expliquer : dans le deuxième cas, Cabri crée deux
points d’intersection qu’il numérote automatiquement et c’est l’utilisateur qui
décrète lequel est le point H cherché, mais lorsque le point B traverse le projeté du
point A sur la droite d, il devient coïncidant avec le point H et la figure n’est plus
celle que l’on voulait. Par contre dans le premier cas, Cabri connaît le point B comme
l’un des points d’intersection et il ne créera que le deuxième point d’intersection : la
figure conviendra toujours.
4. On voit que tous ces phénomènes de discontinuité sont de fait liés à la manière
dont le logiciel détermine et gère les points d’intersection d’une droite et d’un cercle,
de deux cercles, etc. Pour savoir si les exemples que je viens de montrer sont traités
de la même manière par d’autres logiciels, il n’y a qu’à regarder…
Conclusion
On voit que la notion de stabilité confirme les possibilités d’appliquer la
géométrie euclidienne à la vie courante. On peut alors la considérer comme une
science physique permettant de décrire des objets géométriques réels (cubes, sphères,
cônes, …), de les comparer, les mesurer, … L’étude des transformations
(translations, rotations, homothéties, …) fournit en plus un cadre théorique pour
étudier les déplacements (avec, éventuellement, modifications) de ces objets
d’un lieu vers un autre sans tenir compte du trajet effectué. La cinématique
permet d’ajouter la notion de trajectoire et d’étudier les vitesses et les
accélérations. Tout ceci s’enseignait en mathématiques au lycée avant la réforme
des mathématiques modernes. Les théories mathématiques fournissaient alors
des exemples simples de ce que peut être une science physique avec ses origines,
son développement et ses applications.
Pour chercher et approfondir
APMEP
684 no 478

Mais, lors de la réforme des mathématiques modernes, les mathématiciens


ont abandonné aux physiciens l’enseignement de la cinématique et, au lycée, on
ne définit plus la vitesse moyenne d’un mobile comme le quotient de la distance
parcourue par le temps de parcours. Oh, oui, Pólya avait raison !
Bibliographie
[1] Michel CARRAL, Géométrie. Ellipses, 1995.
[2] Gustave CHOQUET, L’enseignement de la géométrie. Hermann, 1964.
[3] Roger CUPPENS, Avec Cabri-Géomètre II, jouez … et faites de la géométrie (deux
tomes). Brochures APMEP nos 136 et 137, 2002-2003.
[4] Roger CUPPENS, Découvrir les géométries non euclidiennes en jouant avec Cabri-
Géomètre II. Brochures APMEP nos 160 et 161, 2004.
[5] Jean-Jacques DAHAN, La démarche de découverte expérimentalement médiée par
Cabri-géomètre en mathématiques. Un essai de formalisation à partir de l'analyse de
démarches de résolutions de problème de boîtes noires. Thèse de doctorat, Université
Joseph Fourier, Grenoble, 2005.
[Link]
[6] Bernard GENEVÈS. Vers des spécifications formelles : fondements mathématiques
et informatiques pour la géométrie dynamique, thèse de l'Université Joseph Fourier,
Grenoble, 21 décembre 2004.
[7] Émile LEMOINE, Géométrographie ou art des constructions géométriques.
Gauthier-Villars, 1902.
[8] Lorenzo MASCHERONI. Géométrie du compas, 1798. Réédité par la Librairie
Scientifique Blanchard en 1957.
[9] Claude MATTIUSSI. Constructions logiques avec Cabri. L’Autan, revue de l’IREM
de Toulouse, no 1 (mai 2007), p. 45-49.

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