Mémento de l’Hydrogène
FICHE 3.3.2
PRODUCTION DE BIOHYDROGENE
PAR DES MICROORGANISMES PHOTOSYNTHETIQUES
Sommaire
1 – Principe
2 – Stratégie scientifique
3 – Verrous scientifiques
4 – Etat des recherches
5 - Conclusion
1 - Principe
Les organismes photosynthétiques, comme certaines algues vertes unicellulaires ou cyanobactéries,
peuvent produire de l’hydrogène à partir de l’énergie solaire en utilisant l’eau comme donneur
d’électrons et de protons sans le dégagement parallèle de gaz à effet de serre (CO 2) inhérent aux
autres organismes hétérotrophes. Dans ce cas, un procédé totalement propre basé sur la
photosynthèse peut être envisagé avec la plus importante source d'énergie: le soleil et la plus
abondante ressource de notre planète: l'eau. Les procédés utilisent en général deux phases, une
phase oxygénique de croissance de la biomasse et une phase anoxique de production d’hydrogène.
2 - Stratégie scientifique
Afin de mener à bien le développement d'un procédé de production de biohydrogène mettant en
œuvre les capacités naturelles des microorganismes photosynthétiques, la démarche scientifique doit
intégrer les problématiques biologiques et les procédés à chacune des étapes des recherches. C'est
en effet en comprenant les phénomènes métaboliques entrant en jeu dans la production de
biohydrogène et en définissant le réacteur adéquat fournissant à la culture de microalgues les
conditions optimales qu'un tel procédé peut s'avérer comme potentiellement intéressant pour la
production future d'énergie renouvelable de façon totalement propre.
3 - Verrous scientifiques
La découverte de la photoproduction d’hydrogène par les microalgues est assez ancienne (Gaffron,
1940). A la fin des années 1990, Anastasios Melis de l'Université de Californie à Berkeley met en
évidence le fait que le problème majeur expliquant le faible développement industriel de ce type de
production vient de la nature transitoire du phénomène en conditions naturelles. L’arrêt rapide du
processus de dégagement de l'hydrogène est lié au fait que l’hydrogénase, l’enzyme responsable de
la production d’hydrogène, est fortement sensible à l’oxygène dégagé en parallèle par la
photosynthèse lors de la biophotolyse de l'eau. Toutefois, les avancées scientifiques récentes ont
permis de mieux comprendre les mécanismes métaboliques et bioénergétiques impliqués dans la
photoproduction d’hydrogène, et il apparaît ainsi intéressant de proposer des solutions techniques,
basées notamment sur la flexibilité métabolique des algues, pour s’affranchir des limitations du
processus.
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4 - Etat des recherches
En France, les premiers travaux sur la production d'hydrogène à partir d'énergies renouvelables ont
été menés dans le cadre du programme ENERGIE du CNRS. Ils se sont poursuivis dans le cadre des
programmes successifs Bioénergie puis Bio-matières et énergies (Bio-ME) de l’ANR. L'objectif était de
développer un procédé de photoproduction biologique d'hydrogène à partir de microorganismes à
photosynthèse oxygénique.
L’hydrogène, en effet, est un substrat énergétique important pour la croissance de nombreux micro-organismes,
le pouvoir réducteur libéré par son oxydation peut être utilisé pour diverses réactions cellulaires et générer de
l’énergie sous forme d’adénosine triphosphate (qui par hydrolyse fournit l’énergie nécessaire aux réactions
chimiques du métabolisme). A l’inverse, la fermentation en absence d’oxygène (anaérobie) de certains micro-
organismes produisent de l’hydrogène pour évacuer le pouvoir réducteur libéré par l'oxydation de substrats
carbonés, en d’autres termes, pour évacuer un excès d’électrons. Ce métabolisme repose sur des enzymes
spécifiques : des hydrogénases, qui catalysent la réaction réversible : H2 2H+ + 2e- ou des nitrogénases qui
libèrent de l’hydrogène lors de la réaction de fixation de l’azote atmosphérique. Ces enzymes sont également
présents dans certaines souches de microorganismes photosynthétiques (microalgues, cyanobactéries ou
bactéries pourpres notamment), leur conférant la capacité, dans des conditions environnementales favorables, de
produire de l’hydrogène à partir d’énergie solaire.
L'algue verte Chlamydomonas reinhardtiia été retenue comme espèce d'étude, celle-ci possédant une
hydrogénase à fer à forte activité couplée à la chaîne photosynthétique (Figure 1).
RuBP CO 2
[CHO] n
Cycle de Calvin
[CHO] n H2 2 H+
+
NAD(P) NAD(P)H +
NADP NADPH ADP+Pi
H y drogénase ATP
Fd H+
ND H FNR
Qa
cytb 6
PSII PQ (H ) 2 PSI
P680 cytf P700
H+
+
Pc
2 H 2O O2 + 4 H
Figure 1 Production d’hydrogène par l’algue verte Chlamydomonas reinhardtii
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Lorsqu’elle est placée à la lumière en conditions anaérobies, cette algue produit transitoirement de
l’hydrogène, en utilisant l’eau comme donneur d’électrons. Comme il a été dit plus haut, cette réaction
s’arrête rapidement du fait de la production d’oxygène parallèle par photosynthèse et de la forte
sensibilité de l’hydrogénase à ce gaz. Pour éviter ce problème, il est possible de tirer parti de la
flexibilité métabolique de l’algue en alternant des phases aérobies de constitution de biomasse et des
phases anaérobies de production d’hydrogène. Deux voies métaboliques de production d’hydrogène
ont été identifiées:
- la première est totalement dépendante de l’activité photosynthétique,
- la seconde correspond au catabolisme des réserves d’amidon.
L’un des objectifs est l’optimisation de la constitution de réserves carbonées durant la phase de
photosynthèse aérobie. Si l’amidon est essentiel pour la composante de la production d’hydrogène
indépendante du photosystème II (PSII), il ne joue aucun rôle dans le processus de production
d’hydrogène dépendant de ce photosystème II. Ce dernier processus est largement majoritaire lors du
protocole de carence en soufre ou en azote qui est le protocole de référence utilisé par toutes les
équipes mondiales travaillant sur la production biologique d’hydrogène à partir de microorganismes
photosynthétiques.
Une voie d’amélioration de cette production d’hydrogène par des microorganismes photosynthétiques
consiste à travailler sur le mécanisme des enzymes hydrogénases. Découvertes assez récemment,
les hydrogénases d’algues (à centre [Fe-Fe]) sont, à ce jour, les moins étudiées. Le détail du
mécanisme réactionnel qui aboutit à la réduction catalytique de deux protons par deux électrons de
bas potentiel redox est donc mal connu, l’étude étant rendue difficile par la sensibilité importante à
l’oxygène des hydrogénases à centre [Fe-Fe]. Diminuer cette sensibilité, voire rendre insensible
l’enzyme hydrogénase à l’oxygène, constitue de façon évidente un axe majeur de recherche, la
sensibilité à l’oxygène étant, comme cela a été dit, un important verrou à cette production
d’hydrogène.
Une équipe de chercheurs 1 a étudié la possibilité de modifier le canal hydrophobe conduisant
l’hydrogène au site actif de l’enzyme, l’objectif étant d’empêcher la diffusion de l’oxygène vers ce site
sans pour autant bloquer le passage de l’hydrogène. Pour cela, en utilisant des mutants avec un canal
rétréci près du site actif de l’enzyme, ils ont cependant montré que les changements de taux de
diffusion ne correspondent pas entièrement à l'obstruction induite par la mutation et déduite des
structures radiologiques. Un photobioréacteur d’étude (Figure 2) a spécialement été conçu pour
permettre un suivi des conditions de culture et de la réponse associée de la culture. Les travaux ont
porté sur la compréhension du métabolisme de croissance (que ce soit en autotrophie ou en
photohérotrophie) et sur la phase de production d’hydrogène proprement dite. Ceci a permis de mettre
en évidence le rôle majeur, dans le protocole de référence, de l’acétate jusqu’alors relativement sous-
estimé, mais également un second paramètre ignoré, à savoir la fraction éclairée dans le réacteur sur
le comportement général obtenu (obtention de l’anoxie en particulier).
La modélisation de la relation entre les paramètres opératoires et le comportement de la culture a
permis de proposer un nouveau protocole de production d’hydrogène totalement autotrophe, sans
carence ou plutôt avec une si l’on veut accumuler l’amidon. Ce protocole relativement simple et
ouvrant de nouvelles perspectives, notamment pour une application future à grande échelle (la culture
en photohétérotrophie ayant le double inconvénient de rendre le milieu très sensible à la
contamination bactérienne, et de mener à une production nette de carbone par dégradation de
l’acétate), est basé sur un contrôle dynamique de la fraction éclairée au sein du photobioréacteur. Le
procédé étudié actuellement au GEPEA comporte deux étapes : l’une dédiée à la production d’une
biomasse enrichie en amidon (1er étage) en condition de limitation en azote, servant à alimenter un
deuxième étage réalisant la production d’H2 proprement dite en condition d’anoxie en jouant sur la
fraction éclairée de manière à privilégier la respiration par rapport à la photosynthèse.
1
Fanny Leroux, Sebastien Dementin, Bénédicte Burlat, Laurent Cournac, Anne Volbeda,
Stéphanie Champ, Lydie Martin, Bruno Guigliarelli, Patrick Bertrand, Juan Fontecilla -Camps,
Marc Rousset, Christophe Léger, « Experimental approaches to kinetics of gas diffusion in
hydrogenase », PNAS, vol. 105, n°32, 11188-11193 (2008).
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Figure 2 - Photobioréacteur d'étude pour la bioproduction d’hydrogène
Travaillant également sur la sensitivité de l’hydrogénase à l’oxygène produit par les microalgues lors
de la potosynthèse, Nathan Nelson de l’Université de Tel-Aviv a cherché comment éviter ce processus
qui bloque la production d’hydrogène. Les microalgues ont un métabolisme respiratoire qui consomme
de l’oxygène mais en présence de lumière, la photosynthèse s’active et la production éclipse la
consommation : il y a accumulation d’oxygène. Pour pallier à cela, l’équipe de Nelson a cherché des
mutants dont l’activité photosynthétique serait sensible à la température. Elle a ainsi trouvé un mutant
dont l’activité photosynthétique est complètement inhibée à 37°C, entrainant la baisse du taux
d’oxygène jusqu’à épuisement. La production d’hydrogène se fait alors au détriment des réserves
d’amidon. Les chercheurs ont ensuite conçu et imaginé un photo-bioréacteur en deux compartiments,
permettant une production semi-continue d’hydrogène. Le principe est simple (cf. Figure 3).
Figure 3 - Bioréacteur cyclique photosynthétique producteur d'hydrogène
Les microalgues poussent à 25°C sous lumière solaire et accumulent de l’amidon dans le réacteur n°1
(il faut une carence pour limiter le souffre et l’azote). Elles sont ensuite pompées vers le réacteur n°2,
toujours sous lumière, dont la température avoisine les 37°C. L’activité photosynthétique des
microalgues génétiquement modifiées s’arrête, le taux d’oxygène devient nul et les algues
commencent à produire de l’hydrogène en captant l’énergie solaire. L’hydrogène ainsi produit infuse à
travers les parois en silicium du réacteur n°2 et peut alors être récolté. Enfin, les algues, une fois
« épuisées », sont renvoyées dans le réacteur n°1 pour se multiplier et régénérer leur réserve
d’amidon.
Concernant le faible rendement de la production d’hydrogène Iftach Yacobi de la même Université de
Tel-Aviv a montré qu’il était dû à des « déviations » du flux d’électrons tiré de l’énergie solaire, qui se
dirige vers la production d’autres molécules. Or ces déviations proviennent de la différence d’affinité
entre le complexe photosynthétique, à l’origine du flux d’électrons, et la protéine receveuse. Cette
affinité est grande si c’est une FNP (Ferredoxin-NADP+-Reductase) alors qu’elle est faible dans le cas
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d’une hydrogénase, la protéine responsable de la production d’hydrogène. Il a été montré que par une
adaptation de ces hydrogénases par fusion avec un complexe protéique contenant du fer
(ferredoxine), il était possible d’augmenter le flux d’électrons vers la production d’hydrogène. Les
résultats, publiés en Août dernier dans Biotechnology for Biofuels, sont sans équivoque : le rendement
a été multiplié par 4,5.
5 – Conclusion
Pour Anastasios Melis de l'Université de Californie à Berkeley « Une ferme d'algues de la taille du
Texas produirait assez d'hydrogène pour pourvoir aux besoins mondiaux ». Séduisante perspective
lorsque sera définitif et industriellement exploitable le procédé permettant à l’hydrogénases de remplir
sans aucun blocage et avec un bon rendement sa fonction de production d’hydrogène. En d’autres
termes, lorsque sera achevé le parcours complet allant de concluantes expériences de laboratoire à
l’industrialisation après que de pertinentes validations du procédé de production aient été obtenues
par des prototypes de développement.
Liens
Laboratoire Génie des Procédés Environnement et Agroalimentaire GEPEA :
http://www.gepea.fr/projets-de-recherche-laboratoire-recherches-gepea.html
Laboratoire de bioénergétique et biotechnologie des bactéries et microalgues (LB3M) :
http://www-dsv.cea.fr/dsv/instituts/institut-de-biologie-environnementale-et-biotechnologie-
ibeb/services-ibeb/service-de-biologie-vegetale-et-de-microbiologie-environnementales-umr-7265-
cnrs-cea-aix-marseille-universite-sbvme/laboratoire-de-bioenergetique-et-biotechnologie-des-
bacteries-et-microalgues-lb3m
Agence Nationale pour la Recherche (ANR) :
http://www.agence-nationale-recherche.fr/
École des sciences végétales et de la sécurité alimentaire, Faculté des sciences de la vie
George S. Wise, Université de Tel Aviv, Tel Aviv 69978, Israël
http://www.tau.ac.il/~iftachy/Welcome.html
Pour en savoir plus
Hydrogène issu de la biomasse algale: revue du processus de production, Archita
Sharma et Shailendra Kumar Arya , Biotechnology Reports, 15, pp 63-69 (sept. 2017).
Production d'hydrogène microalgal: perspectives d'une technologie essentielle pour une économie
de l'énergie propre et durable, Recherche en photosynthèse, 133, Numéro 1–3, pp 49–62,
(Septembre 2017). http://link.springer.com/article/10.1007%2Fs11120-017-0350-6
PSII sensible à la température: une nouvelle approche pour une production d'hydrogène
photosynthétique soutenue, Vinzenz Bayro-Kaiser et Nathan Nelson, Recherche en
photosynthèse, 130, Numéro 1–3, pp 113–121 (déc. 2016)
Fiche 3.3.2
Révision janv. 2020 - J. Legrand, P. Malbrunot
Source GEPEA – J. Legrand