Logique formelle et argumentation 3e éd.
Logique formelle et argumentation 3e éd.
S
cience de la pensée rationnelle, la logique s’est donné
Bouquiaux
Leclercq
Bruno Leclercq
pour tâche de dégager les grands principes théoriques
permettant de distinguer les raisonnements corrects
des raisonnements fallacieux.
Au cours de son histoire, elle a forgé des outils d’analyse de
plus en plus précis et rigoureux. Ces développements ont
Logique
abouti aux divers systèmes formels de la logique symbolique
formelle et
préalablement établies.
La question de la légitimité de nos argumentations quoti
diennes suppose cependant que l’on prenne également en
argumentation
compte des critères qui relèvent d’autres dimensions – dialec
tique, topique, rhétorique ou linguistique – de l’argumen
tation. C’est en se fondant sur l’ensemble de ces analyses
que l’on peut évaluer l’usage en contexte de tel ou tel schéma
d’inférence et déterminer, par des questions critiques, s’il fait
l’objet d’une utilisation globalement rationnelle ou d’un abus
sophistique. 3e édition
Parce qu’il envisage l’étude des raisonnements sous ces dif
férents aspects, ce livre constitue une véritable introduction
générale à la logique. L’approche choisie est délibérément Compléments
pédagogique. L’ouvrage analyse plus de 280 raisonnements pédagogiques
et propose au lecteur 360 exercices dont les corrigés sont
disponibles en ligne. en ligne
Laurence Bouquiaux
est licenciée en Sciences mathématiques et docteur en Philosophie de l’Université
de Liège, où elle enseigne l’histoire de la philosophie et la philosophie
des sciences.
Bruno Leclercq
est titulaire d’une maîtrise en Philosophie de l’esprit de l’Université de Hull
et docteur en Philosophie de l’Université de Liège, où il enseigne la logique
et la philosophie analytique.
Conception graphique : Primo&Primo
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Logique formelle
et argumentation
3e édition
Logique formelle
et argumentation
3e édition
PREMIÈRE
PARTIE
Déduction
23
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chapitre 1
Logique
des propositions
Introduction 26
Logique ancienne : Mégariques et Stoïciens 29
Logique contemporaine 34
25
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Déduction
Introduction
LE MODÈLE DE LA DÉMONSTRATION MATHÉMATIQUE ET LA VALIDITÉ DÉDUCTIVE
26
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Exemple 2
Seuls les nombres pairs sont multiples de 4.
Certains multiples de 3 ne sont pas pairs.
Donc certains multiples de 3 ne sont pas multiples de 4.
Exemple 29
Seuls les actes explicitement interdits par la loi sont répréhensibles.
Certains détournements d’argent ne sont pas explicitement interdits par la loi.
Donc certains détournements d’argent ne sont pas répréhensibles.
Ces deux raisonnements ont la même forme, comme le montrent les substitutions suivantes :
Acte ↔ nombre Explicitement interdit par la loi ↔ pair
Détournement d’argent ↔ multiple de 3 Répréhensible ↔ multiple de 4
Tous deux, nous le verrons, sont valides.
Les raisonnements suivants partagent aussi une même forme et sont non valides :
Exemple 30
Si Philippe est menuisier, alors il a au moins un outil.
Or, Philippe a au moins un outil.
Donc Philippe est menuisier.
Exemple 31
Si Philippe est soumis à l’impôt sur le revenu, alors il a au moins une rentrée financière.
Or, Philippe a au moins une rentrée financière.
Donc Philippe est soumis à l’impôt sur le revenu.
Pour vérifier que ces raisonnements ont la même forme, les substitutions qu’il convient
d’effectuer sont, bien sûr :
Philippe est menuisier ↔ Philippe est soumis à l’impôt sur le revenu
Philippe a au moins un outil ↔ Philippe a au moins une rentrée financière
Cette idée de validité formelle est très importante. Elle garantit la rigueur des démonstrations. En
effet, l’intuition, qui nous guide dans nos raisonnements quotidiens, est parfois victime de sa sen-
sibilité au contenu du raisonnement, de sorte qu’elle parasite l’évaluation de l’inférence par des
considérations quant à la plausibilité des thèses elles-mêmes. Or, même si son contenu nous est
moins familier, le raisonnement de l’exemple 31 repose sur une inférence parfaitement identique
à celle de l’exemple 30. Les raisonnements de cette forme peuvent mener de prémisses vraies à
une conclusion fausse (Ex. 30-31). Cela montre qu’ils ne sont pas déductivement valides ; ils ne
garantissent pas la vérité de leur conclusion moyennant la vérité des prémisses.
Insistons sur les rapports entre la validité d’un raisonnement et la vérité des thèses qu’il met
en jeu : un raisonnement valide garantit que la vérité des prémisses se transmet à la conclu-
sion. Mais, si les prémisses sont fausses, le raisonnement, même valide, peut mener tantôt à
une conclusion vraie tantôt à une conclusion fausse. C’est le cas pour les raisonnements des
exemples 32 et 33, qui ont la même forme que ceux des exemples 2 et 29 :
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Déduction
Exemple 32
Seuls les adultes sont illettrés.
Certains professeurs d’université ne sont pas adultes.
Donc certains professeurs d’université ne sont pas illettrés.
Exemple 33
Seuls les mammifères sont carnivores.
Certains félins ne sont pas des mammifères.
Donc certains félins ne sont pas des carnivores.
D’autre part, faute d’être contraint par le respect de règles logiques, un raisonnement non
valide peut mener à des conclusions vraies comme à des conclusions fausses, et cela que ses
prémisses soient vraies ou fausses.
Exemple 34
Paris est la capitale de la France.
Donc Berlin est la capitale de l’Allemagne.
Exemple 35
Paris est la capitale de la France.
Donc Londres est la capitale de l’Allemagne.
Exemple 36
Madrid est la capitale de la France.
Donc Berlin est la capitale de l’Allemagne.
Exemple 37
Madrid est la capitale de la France.
Donc Londres est la capitale de l’Allemagne.
L’idée que la logique au sens strict, c’est-à-dire la science des principes de la validité
déductive, s’intéresse exclusivement à la forme des raisonnements a été énoncée dès l’Anti-
quité. C’est cette idée de logique formelle qui est, en particulier, au fondement de la théorie
aristotélicienne des syllogismes, laquelle a eu une grande importance dans la tradition philoso-
phique de l’Antiquité, du Moyen Âge et des Temps modernes. Nous envisagerons brièvement
cette théorie dans le second chapitre de la première partie, consacré à la logique des prédicats.
L’idée de logique formelle est aussi au fondement de la théorie mégarique et stoïcienne des
schémas d’inférence, théorie qui est à l’origine de la logique des propositions, objet du pre-
mier chapitre de la première partie.
Mais l’idée de logique formelle va surtout trouver sa consécration à la fin du XIXe siècle et au
début du XXe siècle avec l’avènement de la logique symbolique ou logique mathématique. Pro-
28
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longeant et approfondissant les travaux de George Boole, qui avait cherché à traduire certains
raisonnements dans un langage algébrique, Gottlob Frege propose de donner à la pensée ration-
nelle en général et à la pensée scientifique en particulier un langage parfait et universel, dont la
syntaxe refléterait, mieux que celles des langues naturelles, les rapports logiques exprimés.
Ce langage conceptuel (idéo-graphie, Begriffs-schrift), Frege en propose une première version
en 1879. L’objectif est une grande rigueur d’expression des thèses scientifiques, mais aussi et
surtout des raisonnements scientifiques. Plus rien ne sera laissé à l’intuition. Toutes les étapes
du raisonnement seront explicitement et précisément formulées, de sorte que l’on pourra se
prononcer avec certitude sur la validité formelle de ce raisonnement. Lorsque l’on dispose d’un
tel langage parfait, il est en effet très facile de voir si un raisonnement est ou non correct : il suf-
fit de vérifier sur les formules elles-mêmes si chaque étape de l’inférence est conforme aux
règles de « calcul », un peu comme le langage algébrique permet de résoudre de manière
« mécanique » un problème mathématique :
Exemple 38
2x – 4 = 8 + x
2x = 8 + x + 4
2x – x = 8 + 4
x=8+4
x = 12
La syntaxe de l’équation reflète la forme du problème mathématique (indépendamment de
son contenu particulier). On peut ensuite « raisonner » par des simples opérations de calcul
sur l’équation elle-même.
Nous allons le voir, une fois exprimées dans un langage parfait, les règles logiques de l’infé-
rence valide deviennent, elles aussi, de simples règles de calcul. À vrai dire, fonder la tota-
lité des raisonnements exigerait de déployer un appareil logique d’une technicité redoutable.
Nous n’aurons pas cette ambition. Nous tâcherons de développer quelques outils assez
simples qui nous permettront de traiter certains types de raisonnements fréquents. Notre but
n’est pas d’atteindre l’exhaustivité, mais d’illustrer à partir de quelques exemples l’idéal
d’une démonstration rigoureusement nécessaire – idéal « logique » au sens le plus strict – et
de nous convaincre qu’il est possible, jusqu’à un certain point, d’accomplir cet idéal et d’y
conformer nos raisonnements.
Comme le disait déjà Aristote, une proposition est une phrase déclarative susceptible
d’être vraie ou fausse 1.
1. Aristote, Peri hermeneias,17a4-9. À vrai dire, la proposition n’est pas la phrase elle-même ou son énoncé,
mais son contenu, puisque deux phrases synonymes comme « Pierre frappe Jean » et « Jean est frappé par Pierre »
seront considérées comme une seule et même proposition. Certains logiciens préfèrent cependant s’en tenir aux
énoncés, qu’ils jugent plus concrets que les propositions.
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Déduction
Exemples
Il pleut le 15 mars 2009 à 15h sur Paris.
Le Soleil est composé à 80 % d’hydrogène.
Vendre du cannabis a toujours été illégal en France.
2+3=5.
Exemples
est malade
Socrate
Vert est ou
Prête-moi ton cours de sociologie !
Que penses-tu de la loi sur la fin de vie ?
Pour la logique stoïcienne, les propositions sont les unités de base des raisonnements, c’est-
à-dire que cette logique laisse les propositions inanalysées et qu’elle étudie seulement les
règles qui régissent leurs combinaisons.
Exemple 39
L’entreprise échappe à la faillite pour autant que les créanciers acceptent des remises
de dette.
Or, les créanciers acceptent des remises de dette.
Donc l’entreprise échappe à la faillite.
Nous verrons, dans la suite de cette première partie, que la validité de certains raisonnements
ne peut être étudiée qu’en analysant les propositions elles-mêmes et en identifiant les rap-
ports logiques qui lient les concepts dont elles se composent. C’est en particulier le cas des
raisonnements de la logique des prédicats (issue de la syllogistique aristotélicienne), que
nous envisagerons dans le second chapitre.
Exemple 40
Tous les frais professionnels sont déductibles des revenus imposables pour autant
qu’ils ne soient pas remboursés par l’employeur.
Or, certaines dépenses vestimentaires sont des frais professionnels et ne sont pas rem-
boursées par l’employeur.
Donc certaines dépenses vestimentaires sont déductibles des revenus imposables.
En plus de rapports logiques entre propositions, ce raisonnement met en jeu, à l’intérieur
des propositions elles-mêmes, des rapports logiques entre concepts.
Parmi les exemples fournis plus haut, certains relevaient de la logique des propositions
(Ex. 30-31), d’autres de la logique des prédicats (Ex. 2-29-32-33).
D’autres raisonnements supposent d’autres types d’analyse encore. C’est, par exemple, le
cas de ceux qui relèvent de la logique modale, dont nous dirons quelques mots tout à la fin
de cette première partie :
30
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Exemple 41
La circulation à ce carrefour sera fluide pour autant que les voitures puissent dépasser
par la droite celles qui tournent à gauche.
Or, les voitures doivent dépasser par la droite celles qui tournent à gauche.
Donc la circulation à ce carrefour sera fluide.
En plus de rapports logiques entre propositions, ce raisonnement met en jeu des notions
telles que « devoir » et « pouvoir » qui entretiennent elles-mêmes des rapports logiques
(tels que « si une action est obligatoire, elle est forcément auss permise »)
Exemple 42
Si Philippe est menuisier, alors il a au moins un outil.
Or, Philippe est menuisier.
Donc Philippe a au moins un outil.
Les Stoïciens affirment, à juste titre, que ce raisonnement et tous ceux qui ont la même
forme sont valides. En revanche, le schéma d’inférence de l’Affirmation du conséquent n’est
pas valide, malgré sa ressemblance avec le Modus Ponens :
Exemple 30
Si Philippe est menuisier, alors il a au moins un outil.
Or, Philippe a au moins un outil.
Donc Philippe est menuisier.
On comprend pourquoi ce second raisonnement n’est pas valide ; que Philippe soit menui-
sier garantit qu’il a au moins un outil, mais l’inverse n’est pas vrai. Il suffit que Philippe soit
menuisier pour qu’il ait au moins un outil, mais il n’est pas nécessaire que Philippe soit
menuisier pour qu’il ait au moins un outil. On peut dire que Philippe a au moins un outil si il
est menuisier, mais pas qu’il a au moins un outil seulement si il est menuisier.
La question de la validité des schémas d’inférence hypothétiques qu’étudiaient les logiciens
mégariques et stoïciens est, on le voit, liée à la distinction qu’il convient de faire entre condi-
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[Link] Page 32 Mardi, 25. juillet 2017 4:18 16
Déduction
tions nécessaires et conditions suffisantes. Que Philippe soit menuisier est une condition suf-
fisante pour qu’il ait au moins un outil, c’est-à-dire qu’il suffit que cette condition soit
remplie pour que la conséquence en découle nécessairement. Mais que Philippe soit menui-
sier n’est pas une condition nécessaire pour qu’il ait au moins un outil, c’est-à-dire qu’il
n’est pas nécessaire que la condition soit réalisée pour que la conséquence en découle ; Phi-
lippe peut avoir (au moins) un outil même s’il n’est pas menuisier. Le « si » français traduit
généralement la condition suffisante et le « seulement si » la condition nécessaire. Quant au
« si et seulement si », il introduit une condition nécessaire et suffisante.
On retrouve exactement la même problématique dans les raisonnements suivants, dont les
Stoïciens observent à raison que seul le second est valide :
Exemple 43
Si Philippe est menuisier, alors il a au moins un outil.
Or, Philippe n’est pas menuisier.
Donc Philippe n’a pas au moins un outil.
Exemple 44
Si Philippe est menuisier, alors il a au moins un outil.
Or, Philippe n’a pas au moins un outil.
Donc Philippe n’est pas menuisier.
Puisqu’il n’est pas nécessaire que Philippe soit menuisier pour qu’il ait au moins un outil, on
ne peut pas tirer du fait qu’il n’est pas menuisier la conséquence qu’il n’a pas au moins un
outil. Le raisonnement 43, que l’on appelle Négation de l’antécédent, n’est donc pas valide.
En revanche, puisque le fait que Philippe soit menuisier est une condition suffisante pour
qu’il ait au moins un outil, on peut, du fait qu’il n’a pas au moins un outil, déduire qu’il n’est
pas menuisier (sinon il aurait au moins un outil). Le raisonnement 44 est donc valide comme
tous ceux qui répondent au même schéma d’inférence, que l’on appelle Modus Tollens.
Avec ce dernier raisonnement, on constate que, quand une condition est suffisante pour
qu’une conséquence se réalise (« Si Philippe est menuisier, il a au moins un outil »), la réali-
sation de celle-ci est une condition nécessaire de la réalisation de celle-là (« Philippe est
menuisier seulement si il a au moins un outil ») ; et donc, si la conséquence n’est pas réali-
sée, c’est que la condition ne l’était pas non plus. À l’inverse, quand une condition est néces-
saire pour qu’une conséquence se réalise (« Philippe a le droit de voter seulement s’il est
majeur »), le fait que cette conséquence se réalise suffit à prouver que la condition était réali-
sée (« Si Philippe a le droit de voter, c’est qu’il est majeur »).
C’est donc souvent une confusion entre conditions nécessaire et suffisante qui est à l’origine
des erreurs de raisonnement que dénoncent les Stoïciens sous les noms de l’Affirmation du
conséquent et de la Négation de l’antécédent. Nous verrons par la suite comment il est pos-
sible de formaliser ces deux schémas d’inférence non valides et en quoi ils se distinguent des
schémas valides du Modus Ponens et du Modus Tollens.
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Exemple 45
Il ne se peut pas qu’à la fois je boive et je conduise.
Or, je bois.
Donc je ne conduis pas.
Exemple 46
Soit le meurtrier est belge, soit il est français (mais pas les deux).
Or, (on a pu établir qu’) il est belge.
Donc le meurtrier n’est pas français.
Ces deux raisonnements sont valides, comme tous ceux qui partagent leur forme. En
revanche, le raisonnement qui procède de la même manière que celui de l’exemple 46 à par-
tir d’une disjonction non exclusive n’est pas valide :
Exemple 3
Le meurtrier a les cheveux ondulés ou porte une longue barbe.
Or, (on a pu établir qu’) il a des cheveux ondulés.
Donc le meurtrier ne porte pas de longue barbe.
Ici encore, nous verrons, grâce à la formalisation, pourquoi le premier schéma est valide tan-
dis que le second ne l’est pas.
En plus des raisonnements précédents, que les Stoïciens considèrent comme fondamentaux
et eux-mêmes « indémontrables », on peut identifier une multitude d’autres schémas plus
complexes qui reposent sur les premiers. C’est notamment le cas du Dilemme, qui énonce
d’abord une alternative puis montre que chacune des deux branches de cette alternative
mène à une même conséquence avant de conclure que cette conséquence arrivera donc de
toute façon :
Exemple 47
Rodrigue vengera son père ou ne le vengera pas.
Mais si Rodrigue venge son père, il perd Chimène.
Et si Rodrigue ne venge pas son père, il perd Chimène.
Donc Rodrigue perdra de toute façon Chimène.
33
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Déduction
Dans la suite, nous retrouverons, grâce à la formalisation, les résultats énoncés dans ce para-
graphe. Nous verrons, par exemple, pourquoi le schéma de l’exemple 46 est valide tandis que
celui de l’exemple 3 ne l’est pas. Retenons pour l’instant que les logiciens mégariques et stoï-
ciens ont légué à la tradition philosophique et scientifique une réflexion poussée sur les raison-
nements de la logique des propositions, notamment sur les raisonnements conditionnels.
B Logique contemporaine
Avec les logiciens contemporains et, à leur tête, Gottlob Frege, nous pouvons nous
donner les moyens d’étudier très précisément les lois de la rationalité qui régissent les raison-
nements étudiés par les Stoïciens, ainsi que d’autres schémas d’inférence propositionnels.
Exemples
Madame X. s’est remariée avant que son divorce fût prononcé.
Soit ce candidat à l’immigration se voit reconnaître un droit d’asile, soit il reçoit un
avis d’expulsion.
Le conseil des ministres est désigné par le Parlement et le Parlement est élu par la
Nation.
Cet ouvrier a été viré parce qu’il est syndiqué.
Exemples
La proposition composée « Le conseil des ministres est désigné par le Parlement et le
Parlement est élu par la Nation » est vraie si et seulement si les deux propositions ato-
miques qui la composent sont vraies.
Quant à la proposition complexe « Soit ce candidat à l’immigration se voit recon-
naître un droit d’asile, soit il reçoit un avis d’expulsion », elle est vraie si et seulement
2. La logique que nous exposerons ici suppose en effet le principe de bivalence selon lequel il n’y a que deux
valeurs de vérité possibles pour les propositions : le vrai ou le faux. D’autres logiques ont cependant été dévelop-
pées pour rendre compte de ce que, par exemple, la valeur de vérité de certaines propositions est indéterminée ou
pas encore déterminée.
34
[Link] Page 35 Mardi, 25. juillet 2017 4:18 16
si une de ses deux propositions atomiques constitutives est vraie, mais pas les deux
ensemble.
En revanche, une proposition composée telle que « Cet ouvrier a été viré parce qu’il est syn-
diqué » ne jouit pas de la propriété en question. Même s’il est vrai que cet ouvrier a été viré
et qu’il est aussi vrai que cet ouvrier est syndiqué, on peut encore discuter de la vérité de la
proposition composée, qui ne dépend donc pas exclusivement de la vérité de ses compo-
santes, mais aussi d’un éventuel rapport causal entre elles. De même, la valeur de vérité de la
proposition composée « Madame X. s’est remariée avant que son divorce fût prononcé » ne
dépend pas exclusivement de la valeur de vérité de ses composantes, mais aussi d’un éven-
tuel rapport d’antériorité entre elles.
On dira qu’une proposition composée est une fonction de vérité de ses composantes si sa
valeur de vérité ne dépend que de la valeur de vérité de ses composantes. On dira aussi que
des connecteurs tels que « et » ou « soit… soit… » sont des connecteurs propositionnels
vérifonctionnels tandis que les connecteurs propositionnels « parce que » ou « avant que »
ne sont pas vérifonctionnels.
La logique des propositions classique 3 ne s’intéresse qu’aux connecteurs vérifonctionnels.
À chaque connecteur vérifonctionnel correspond une table de vérité qui donne la valeur de
vérité de la proposition composée en fonction de la valeur de vérité de ses composantes.
Pour voir de quoi il s’agit, commençons par évoquer le cas très simple de la table de vérité
de la négation. La négation est en effet un connecteur vérifonctionnel, puisqu’elle construit
une proposition complexe à partir d’une proposition atomique et que la valeur de vérité de
cette proposition complexe (exemple : « La société n’est pas mise en faillite ») ne dépend
que de la valeur de vérité de la proposition atomique (« La société est mise en faillite ») à
partir de laquelle elle est constituée.
La table de vérité de la négation (¬p se lit « non p ») est tout simplement la suivante :
p ¬p
V F
F V
Si « La société est mise en faillite » est vraie, « La société n’est pas mise en faillite » est
fausse ; si « La société est mise en faillite » est fausse, « La société n’est pas mise en
faillite » est vraie.
La négation a cette particularité de constituer une proposition complexe à partir d’une seule
proposition atomique. C’est un connecteur « unaire » ou « monadique ». Les autres connec-
teurs vérifonctionnels que nous utiliserons sont « binaires » ou « dyadiques », c’est-à-dire
qu’ils composent une proposition complexe à partir de deux propositions atomiques.
Nous avons déjà évoqué deux d’entre eux. Il s’agit de la conjonction (p ∧ q se lit « p et q ») 4
3. Certaines logiques plus fines (logique temporelle, logique de la relevance, etc.) s’attachent à rendre compte
des liens logiques sous-jacents à certains connecteurs non vérifonctionnels.
4. Le même rapport logique est parfois exprimé par les signes . ou &. Comme beaucoup d’autres, nous privilé-
gions le signe ∧ pour faire apparaître sa dualité avec le signe de la disjonction inclusive ∨.
35
[Link] Page 36 Jeudi, 17. août 2017 3:12 15
Déduction
p q p∧q
V V V
V F F
F V F
F F F
p q pWq
V V F
V F V
F V V
F F F
De cette disjonction exclusive (ou bien… ou bien…, mais pas les deux) se distingue une dis-
jonction non exclusive, comme dans l’exemple suivant :
On est français si l’on est né de parents français ou si l’on est né sur le sol français.
Il va de soi que l’on est également français si on est né sur le sol français de parents français.
Contrairement à la langue française, le latin possède deux mots différents pour représenter
ces deux disjonctions : aut pour un ou exclusif et vel pour le ou non exclusif. C’est là l’ori-
gine du symbole ∨ qui représente la disjonction non exclusive, dont voici la table de vérité :
(p ∨ q se lit « p ou q »)
p q p∨q
V V V
V F V
F V V
F F F
p q p⇒q
V V V
V F F
F V V
F F V
Cette table de vérité appelle quelques commentaires. Ce que nous voulons dire, en général,
quand nous disons « si p, alors q », c’est que nous ne sommes pas certains de la vérité ou de la
fausseté de p et de q pris individuellement, mais que nous avons de bonnes raisons de penser
que l’on ne peut pas avoir simultanément p et non q. Par exemple, nous dirons « Si Philippe est
5. Le même rapport logique est parfois exprimé par le signe ⊃, qu’avait adopté Russell. Nous privilégions le
signe ⇒ pour faire apparaître son lien avec le signe du biconditionnel ⇔.
36
[Link] Page 37 Jeudi, 17. août 2017 3:12 15
menuisier, alors il a au moins un outil » pour indiquer que nous excluons que Philippe soit
menuisier et ne possède pas d’outil. Dire « si p, alors q », c’est dire que p∧¬q est faux. On
constate d’ailleurs que la table de vérité de p⇒q est bien la même que celle de ¬ (p∧¬q) 6.
Ce conditionnel, où ⇒ exprime le « alors » français, traduit le rapport d’une condition suffisante
à sa conséquence : en disant « Si Philippe est menuisier, alors il a au moins un outil », j’affirme
que le fait que Philippe soit menuisier entraîne automatiquement qu’il ait au moins un outil ou
encore qu’il suffit que Philippe soit menuisier pour qu’il ait au moins un outil. En revanche, je ne
dis pas forcément qu’être menuisier est une condition nécessaire pour avoir un outil ; je n’exclus
pas que Philippe ne soit pas menuisier et ait un outil. C’est pourquoi, si Philippe n’est pas menui-
sier (situation qui correspond aux deux dernières lignes de la table de vérité), je laisse ouvertes les
possibilités qu’il ait au moins un outil (ligne 3) ou qu’il n’en ait pas (ligne 4). La table de vérité du
conditionnel pose donc que la proposition complexe est vraie dans les deux cas où la première
proposition – l’« antécédent » du conditionnel, ici « Philippe est menuisier » – est fausse, et cela
quelle que soit la valeur de vérité de la seconde proposition – le « conséquent » du conditionnel,
ici « Philippe a au moins un outil ». On pourrait justifier cette valuation de la proposition com-
plexe en soulignant que si Philippe n’est pas menuisier, on ne peut pas prendre en défaut la pro-
position « Si Philippe est menuisier, alors il a au moins un outil ».
Évidemment, nous y reviendrons, ce conditionnel vérifonctionnel – que l’on appelle « condition-
nel matériel » 7 – ne traduit que partiellement le sens que nous attribuons au « si… alors… » dans
le langage quotidien. En effet, nous ne considérons en général pas qu’est vraie n’importe quelle
proposition conditionnelle dont l’antécédent est faux, c’est-à-dire dont la condition initiale n’est
pas réalisée (Philippe n’est pas menuisier) 8. Lorsque nous utilisons l’expression « si… alors… »,
nous indiquons en général une relation plus stricte entre les deux propositions composées que
celle qui est exprimée par le conditionnel matériel. Par exemple, lorsque nous disons « Si Phi-
lippe est menuisier, alors il a au moins un outil », nous voulons également dire que, dans le cas où
il n’est pas menuisier, il est néanmoins vrai que, s’il l’avait été, il aurait eu au moins un outil. Le
contitionnel matériel ne permet pas d’exprimer cette implication plus stricte (et les autres connec-
teurs vérifonctionnels pas davantage) ; seuls des outils de logique modale permettent de capturer
la nécessité de ce conditionnel. Nous nous contenterons cependant ici du conditionnel vérifonc-
tionnel parce que, comme nous le verrons, il nous permettra notamment de rendre compte de la
notion de validité d’un raisonnement, c’est-à-dire du fait qu’il n’arrive jamais que ses prémisses
sont vraies et sa conclusion fausse.
Notons encore que le conditionnel, qui exprime les rapports de la condition suffisante à sa
conséquence, exprime aussi les rapports entre une conséquence et sa condition nécessaire.
Nous avons vu que, quand une condition est suffisante pour qu’une conséquence se réalise,
la réalisation de cette dernière est condition nécessaire de la première : s’il suffit que Phi-
6. On peut aussi considérer (ce qui revient au même) que ce que l’on veut dire, lorsque l’on affirme « Si Philippe
est menuisier, alors il a au moins un outil », c’est que Philippe n’est pas menuisier ou qu’il a au moins un outil. On
peut d’ailleurs constater que la table de vérité de p⇒q est la même que celle de ¬ p ∨ q.
7. Nous verrons qu’il importera de bien distinguer ce conditionnel matériel
– du conditionnel formel, qui est un conditionnel matériel généralisé à un ensemble d’individus (« Tous les hommes
sont mortels », c’est-à-dire « Si quelqu’un est un homme, alors il est mortel ») ;
– de l’implication, qui exprime qu’un lien conditionnel est toujours vrai (« Il pleut et il y a du vent » implique
qu’« Il y a du vent », car « S’il pleut et il y a du vent, alors il y a du vent » est toujours vrai).
8. Ce sera pourtant le cas en logique vérifonctionnelle, où, comme disaient les logiciens scolastiques, « e falso
quodlibet » (« du faux, [suit] n’importe quoi »).
37
[Link] Page 38 Jeudi, 17. août 2017 3:12 15
Déduction
lippe soit menuisier pour qu’il ait au moins un outil, cela veut aussi dire qu’il est nécessaire
qu’il ait au moins un outil pour être menuisier. « Philippe est menuisier » est condition suffi-
sante de « Philippe a au moins un outil » ; et donc « Philippe a au moins un outil » est condi-
tion nécessaire de « Philippe est menuisier ». Pour le dire autrement, on peut reformuler
l’énoncé de condition suffisante « Si Philippe est menuisier, alors il a au moins un outil »
sous la forme d’un énoncé de condition nécessaire « Philippe est menuisier seulement s’il a
au moins un outil ». Les deux énoncés seront formalisés par p⇒q, avec ⇒ qui exprime donc
le « alors » de la condition suffisante ou le « seulement si » de la condition nécessaire.
Le dernier connecteur vérifonctionnel que nous utiliserons est le biconditionnel (p ⇔ q se lit
« p si et seulement si q ») 9 :
p q p⇔q
V V V
V F F
F V F
F F V
Dire que Marie réussit si et seulement si elle a 10/20, c’est dire que si elle a 10/20, alors elle
réussit, et aussi à l’inverse que si elle réussit, c’est qu’elle a 10/20. On peut constater grâce
aux tables de vérité que p ⇔ q est équivalent à (p ⇒ q) ∧ (q ⇒ p). On dira qu’avoir 10/20 est
la condition nécessaire et suffisante pour réussir. Pour réussir, il faut nécessairement et il suf-
fit d’avoir 10/20. Le rapport logique est ici différent du conditionnel simple : avoir au moins
10/20 est une condition suffisante de la réussite (et donc la réussite une condition nécessaire
d’avoir au moins 10/20 ; il est nécessaire d’avoir réussi pour avoir 10/20) mais avoir au
moins 10/20 est aussi condition nécessaire de la réussite (et donc la réussite une condition
suffisante d’avoir au moins 10/20 ; il est suffisant d’avoir réussi pour avoir 10/20).
Dire que Marie réussit son examen de logique si et seulement si elle obtient au moins 10/20,
c’est aussi dire que l’on se trouve nécessairement dans l’une des deux situations suivantes :
ou bien Marie réussit son examen et elle a au moins 10/20, ou bien elle rate son examen et
elle n’a pas 10/20. Donc dire que p ⇔ q est vrai, c’est aussi dire que p et q ont la même
valeur de vérité : ou bien elles sont toutes les deux vraies, ou bien elles sont toutes les deux
fausses. La table de vérité de p ⇔ q est la même que celle de (p∧q) ∨ (¬p ∧ ¬q).
Enfin, on peut encore affirmer que dire que Marie réussit si et seulement si elle a au moins
10/20 revient à dire qu’il ne se peut pas que Marie réussisse son examen tout en n’obtenant
pas au moins 10/20 et qu’il ne se peut pas non plus que Marie ait au moins 10/20 mais ne
réussisse pas son examen. La table de vérité de p ⇔ q est la même que celle de
¬(p∧¬q) ∧ ¬(¬p ∧ q). Tout cela est assez conforme à la manière dont nous utilisons le « si et
seulement si » dans le langage ordinaire.
Il existe encore d’autres connecteurs vérifonctionnels binaires, comme par exemple la néga-
tion conjointe (p ↓ q se lit « ni p ni q ») ou l’incompatibilité (p ⎮ q se lit « p et q ne sont pas
tous deux vrais ; au moins un des deux est faux »). En tout, il y a 16 connecteurs vérifonc-
tionnels binaires puisqu’il y a 2x2x2x2 manières différentes de remplir avec deux valeurs de
9. Le même rapport logique est parfois exprimé par le signe ≡. Nous privilégions le signe ⇔ pour faire apparaître
l’analogie avec le conditionnel ⇒.
38
[Link] Page 39 Mardi, 25. juillet 2017 4:18 16
vérité les 4 lignes d’une table de vérité qui définit un connecteur binaire 10. Nous utiliserons
surtout la conjonction, la disjonction non exclusive (inclusive), le conditionnel et le bicondi-
tionnel, parce qu’ils sont les plus utiles pour formaliser les raisonnements quotidiens, mais
aussi parce que les autres peuvent être définis à partir d’eux. Ainsi, pWq équivaut à p⇔¬q,
p⎮q équivaut à ¬(p∧q) et p↓q équivaut à ¬p∧¬q.
Nous verrons même qu’en vertu de certaines équivalences remarquables, on peut définir tous
les connecteurs vérifonctionnels binaires à partir de la négation et d’un seul connecteur
binaire bien choisi, par exemple la conjonction. On remplace alors p∨q par ¬(¬p∧¬q) (qui
est bien faux si p et q sont faux, et vrai dans tous les autres cas), p ⇒ q par ¬(p∧¬q) (cf. ci-
dessus dans l’explication du conditionnel) et p ⇔ q par (¬(p∧¬q)) ∧ (¬(q∧¬p)) (cf. ci-des-
sus dans l’explication du biconditionnel). Cela veut dire que, du point de vue logique, on
peut considérer qu’il n’y a que deux rapports propositionnels fondamentaux et que tous les
autres en sont dérivés. Plus spectaculaire encore, un logicien du nom de Sheffer a montré
que l’on peut définir tous les connecteurs vérifonctionnels binaires et la négation à partir du
seul connecteur de l’incompatibilité (p⎮q). Ainsi, par exemple, ¬p sera défini comme (p⎮p),
tandis que p∨q sera défini comme (p⎮p)⎮(q ⎮q). Le même résultat peut être obtenu à partir
du seul connecteur de la négation conjointe (p↓q).
Il existe également des connecteurs vérifonctionnels ternaires (« S’il fait beau, j’irai au
cinéma et sinon, je reste chez moi ») ou plus généralement n-aires, mais ils peuvent tous être
définis à partir des connecteurs unaires et binaires.
Remarques :
1. Dans l’usage quotidien des conjonctions de coordination et de subordination, nous
supposons généralement que les propositions atomiques qui sont combinées ont des
liens sémantiques (des liens de sens) les unes avec les autres. Les connecteurs véri-
fonctionnels logiques, qui ne font en aucune manière intervenir le contenu mais seu-
lement la valeur de vérité des propositions, n’ont pas nécessairement cette
caractéristique. Ainsi, p∧q peut formaliser l’énoncé « 2 + 2 = 4 et il fait beau
aujourd’hui », qui sera vrai si ses deux composantes sont vraies. De même, p∨q peut
formaliser l’énoncé « Les poules ont des dents ou la Terre est ronde », qui sera vrai si
au moins une des deux composantes est vraie (ce qui est le cas puisque la Terre est
ronde). De même encore, p ⇒ q peut formaliser l’énoncé « Si la Lune est un astre,
alors 2 + 2 = 4 », qui sera vrai puisque son antécédent et son conséquent sont vrais. Et
p ⇔ q peut formaliser l’énoncé « 2 + 2 = 5 si et seulement si la Lune est un fro-
mage », qui sera également vrai, puisque les deux composantes ont la même valeur
de vérité (faux). Des outils logiques permettent d’imposer des contraintes de perti-
nence sur les connecteurs logiques, mais ces derniers ne sont alors plus vérifonction-
nels 11. Dans la mesure où, dans la pratique, nous ne nous servirons de la
formalisation que pour exprimer des énoncés et des raisonnements du langage quoti-
dien qui satisfont déjà à ces contraintes, ce problème ne retiendra pas notre attention
ici.
10. De la même façon, il existe théoriquement 4 connecteurs unaires, mais nous n’utiliserons que la négation.
11. De même que des outils formels ont été développés pour penser le conditionnel strict, qui impose des
contraintes de nécessité sur le lien conditionnel (logique modale), des outils formels permettent de penser le condi-
tionnel relevant, qui impose des contraintes de rapport de sens entre l’antécédent et le conséquent (logique de la
pertinence).
39
[Link] Page 40 Mardi, 25. juillet 2017 4:18 16
Déduction
2. Nous avons vu que les connecteurs logiques peuvent se combiner pour former des pro-
positions et des formules de plus en plus complexes : (p∧q) ∨ (¬p ∧ ¬q) pour « Marie
réussit son examen et a au moins 10/20 ou elle rate son examen et n’a pas 10/20 ». Les
parenthèses traduisent ici la hiérarchie des connecteurs : la disjonction (∨) est ici le
connecteur principal et a une « priorité » sur les deux conjonctions (∧). Notons encore
que, pour éviter une multiplication des parenthèses, on peut adopter certaines conven-
tions de notation relatives à la priorité des connecteurs. Nous utiliserons dans la suite
celle qui donne la priorité à ¬ par rapport à ∧ et ∨.
Exemple
¬p ∧ q doit être compris comme (¬p) ∧ q, et non comme ¬(p∧q)
Le passage du langage ordinaire à la forme logique est une question difficile mais très
importante. L’objectif de la traduction d’une proposition du langage ordinaire dans le sym-
bolisme formel est de mettre en évidence ses grandes articulations logiques en laissant de
côté ce qui n’est pas utile pour l’analyse logique. Cette traduction a pour effet de lever cer-
taines ambiguïtés qui subsistaient dans le langage quotidien, mais elle a parfois aussi pour
conséquence d’appauvrir le sens en gommant certaines nuances que véhiculaient les expres-
sions du langage quotidien.
Insistons sur ces deux enjeux :
Premièrement, on aura tendance à ramener plusieurs connecteurs du langage ordinaire à un
même connecteur logique 12.
Exemples
Demain, il y aura du soleil et il y aura du vent.
Demain, il y aura du soleil ; en outre, il y aura du vent.
Demain, il y aura du soleil, mais il y aura du vent.
seront toutes formalisées par p ∧ q. Dans chacun de ces cas, en effet, la proposition compo-
sée est vraie si et seulement si les propositions il y a aura du soleil et il y aura du vent sont
toutes deux vraies. Pourtant, il est clair que les trois propositions comportent certaines
nuances de sens qui leur sont propres ; la troisième, par exemple, suggère un contraste entre
la présence de soleil et la présence de vent. Il y a donc une perte de finesse lors du passage
au langage logique. Il en va de même des propositions suivantes :
12. On comprend dès lors pourquoi, au début du paragraphe précédent, nous avons parlé de connecteurs proposi-
tionnels et non de conjonctions de coordination ou de subordination pour désigner les expressions du langage per-
mettant de combiner plusieurs propositions simples pour composer des propositions plus complexes. Un connecteur
propositionnel est un rapport logique entre deux propositions qui peut trouver différentes expressions linguistiques
dans nos langages quotidiens, ce que, précisément, dénonce l’exigence frégéenne d’un langage parfaitement uni-
voque.
40
[Link] Page 41 Mardi, 25. juillet 2017 4:18 16
Exemples
Si les conjoints font acter une clause spéciale dans leur contrat de mariage, alors les
biens du couple vont au survivant. (si p, alors q)
Au cas où les conjoints font acter une clause spéciale dans leur contrat de mariage, les
biens du couple vont au survivant. (au cas où p, q)
Les biens du couple vont au survivant pour autant que les conjoints fassent acter une
clause spéciale dans leur contrat de mariage. (q pour autant que p)
qui seront toutes formalisées par p ⇒ q.
Que la formalisation ne retienne pas toutes les différences de sens véhiculées par les expres-
sions du langage quotidien n’est pas en soi un problème ; s’en tenir à ce qui compte pour l’ana-
lyse (ici l’analyse logique) est le propre de toute modélisation. Dans la seconde partie de
l’ouvrage, nous verrons cependant que l’évaluation des raisonnements imposera parfois que
l’on tienne compte de ces différences de sens qui sont laissées de côté par la formalisation de la
logique propositionnelle vérifonctionnelle. « Demain, il y aura du vent et même de la tem-
pête » n’est pas une simple conjonction ; il y a entre le vent et la tempête un rapport de grada-
tion qui fait que la tempête suppose le vent mais pas forcément l’inverse. Dès lors, démontrer
cette phrase complexe ne revient pas à démontrer chacun de ses deux termes séparément
comme le prévoit la logique des propositions.
Deuxièmement, le passage à la forme logique exige d’éliminer toutes les ambiguïtés, notam-
ment référentielles, lexicales ou syntaxiques, du langage quotidien. Cela concerne évidem-
ment en premier lieu les connecteurs logiques eux-mêmes. En effet, si, comme nous venons
de le voir, plusieurs connecteurs linguistiques peuvent exprimer un même connecteur logique,
un même connecteur linguistique peut, à l’inverse, cacher des rapports logiques différents.
Par exemple, le « ou » du langage ordinaire peut être compris tantôt comme une disjonction
inclusive tantôt comme une disjonction exclusive : « Dimanche, nous irons à la piscine ou nous
irons nous balader ». Généralement, on peut déterminer s’il est ou non exclu que les proposi-
tions simples soient toutes deux vraies d’après le sens de ce qui est énoncé, d’après le contexte
d’énonciation ou même d’après le ton sur lequel le « ou » est prononcé. Quand cela ne suffit
pas, il faut cependant demander au locuteur de préciser quel sens il accorde exactement à ce
« ou ». Parce que les conséquences logiques sont différentes selon qu’il s’agit d’une disjonc-
tion inclusive ou exclusive, la formalisation logique impose de lever toute ambiguïté.
L’utilisation du « si » nous fournit un autre exemple de ce type d’ambiguïtés. Il arrive souvent
que, dans le langage ordinaire, nous utilisions « si » dans le sens de « si et seulement si » :
lorsque nous affirmons « Si tu me donnes 50 centimes, je te donne cette pomme », nous vou-
lons dire non seulement « tu auras cette pomme si tu me donnes 50 centimes » mais aussi, le
plus souvent, « tu n’auras cette pomme que si tu me donnes 50 centimes ». Ce que nous vou-
lons exprimer, dans ce cas, c’est p ⇔ q. De la même manière, l’enfant à qui sa mère déclare :
« Tu ne regarderas pas la télé si tes devoirs ne sont pas terminés » considère assez spontané-
ment que la télévision sera autorisée si les devoirs sont achevés.
Notons que c’est encore cet usage biconditionnel du « si » qui fait que nous comprenons « Si
Philippe est père, il a au moins un enfant » comme incluant également la réciproque « Si
Philippe a au moins un enfant, il est père ». Cette ambiguïté d’interprétation du « si » (qui
peut parfois cacher un biconditionnel) explique aussi que le raisonnement de l’exemple 31
semble correct, alors que, comme l’exemple 30 dont il partage la forme, il n’est pas valide :
41
[Link] Page 42 Mardi, 25. juillet 2017 4:18 16
Déduction
Exemple 31
Si Philippe est soumis à l’impôt sur le revenu, alors il a au moins une rentrée financière.
Or, Philippe a au moins une rentrée financière.
Donc Philippe est soumis à l’impôt sur le revenu.
Signalons encore que des connecteurs peuvent être vérifonctionnels dans certains de leurs
usages et ne pas l’être dans d’autres. Nous avons par exemple donné un grand nombre
d’exemples dans lesquels le « et » était vérifonctionnel. Il existe cependant des situations où
il ne l’est pas. Considérons les propositions « Marie a insulté l’enseignant et celui-ci l’a
recalée à l’examen » et « L’enseignant a recalé Marie à l’examen et elle l’a insulté ». Dans
ces exemples, le « et » a une valeur temporelle, et la valeur de vérité de la proposition qu’il
permet de composer dépend non seulement de la valeur de vérité des propositions atomiques
mais aussi de leur ordre. Il ne s’agit donc pas d’un connecteur vérifonctionnel, et on ne peut
pas le formaliser par la conjonction.
La formalisation exige aussi de lever toute ambiguïté sémantique d’origine lexicale, c’est-à-
dire toute ambiguïté liée aux différents sens que peuvent avoir des termes du langage, même
lorsqu’elle concerne des termes extralogiques. Ainsi, la scolopendre est un « mille-pattes »,
mais aussi une fougère. Si, d’aventure, on trouvait la phrase « J’ai trouvé une scolopendre »
dans un sens puis dans l’autre dans un même texte, on ne pourrait évidemment reprendre dans
les deux cas le même symbole propositionnel.
Il en va de même pour les ambiguïtés référentielles, qui affectent les déictiques (« ici », « mainte-
nant », etc.) et les pronoms. Ainsi, dans les deux propositions « Marc a une voiture française et il
en est content » et « Pierre a une voiture japonaise et, lui aussi, il en est content », les pronoms
« il » et « en » n’ont manifestement pas la même référence. Lors du passage au langage logique,
il faut donc prendre garde à respecter ces références. Dès lors, si on formalise la première propo-
sition par p ∧ q, on ne peut formaliser la seconde par r ∧ q avec le même symbole q sous prétexte
que « il en est content » revient deux fois ; l’expression française « il en est content » exprime en
fait deux propositions différentes. Des ambiguïtés référentielles peuvent aussi affecter des noms
propres comme lorsque l’on dit « George Bush a décidé d’envahir l’Irak » en pensant tantôt à
George Bush père tantôt à George Bush fils. Si, dans un même raisonnement, on parle tantôt de la
décision du premier, tantôt de la décision du second, il faut évidemment le marquer dans la for-
malisation par deux symboles de proposition différents.
Il faut encore signaler l’existence d’ambiguïtés syntaxiques, qui relèvent de la construction gram-
maticale de la phrase. Nous en verrons des exemples dans la seconde partie. Mais nous pouvons
dès à présent signaler un problème particulier d’ambiguïté syntaxique, relatif à la hiérarchie des
connecteurs. Ainsi, la phrase « Le médecin mis en cause démissionnera de son poste de chef de
service ou il reconnaîtra publiquement son erreur et il indemnisera la victime » est ambiguë et
peut recevoir l’une des formalisations suivantes : (p ∨ q) ∧ r ou bien p ∨ (q ∧ r). Il faut alors tenir
compte du contexte d’énonciation pour savoir comment il convient de la comprendre et de la for-
maliser. Nous reviendrons dans la seconde partie sur tous ces problèmes d’équivocité.
Ces remarques étant faites, il convient maintenant d’adopter une stratégie pour la formalisa-
tion. Lorsque la proposition à paraphraser est compliquée, il est recommandé de travailler
« de l’extérieur vers l’intérieur », en commençant par le connecteur principal. Considérons
par exemple la proposition suivante :
42
[Link] Page 43 Mardi, 25. juillet 2017 4:18 16
Si l’inflation s’accroît et que le pouvoir d’achat diminue, alors il faut que le gouverne-
ment baisse les taxes ou il faut qu’il augmente les allocations sociales et diminue la
pression fiscale sur les salaires.
Si l’inflation s’accroît et que le pouvoir d’achat diminue, alors il faut que le gouverne-
ment baisse les taxes ou il faut qu’il augmente les allocations sociales et diminue la
pression fiscale sur les salaires.
L’inflation s’accroît et le pouvoir d’achat diminue ⇒ il faut que le gouvernement
baisse les taxes ou il faut qu’il augmente les allocations sociales et diminue la pression
fiscale sur les salaires.
Chaque proposition simple se voit alors attribuer une lettre qui la désigne et qui marque sa
différence de sens d’avec les autres propositions simples de l’énoncé. On obtient :
(p∧q) ⇒ [r ∨ (s∧t)].
La hiérarchie des connecteurs est ici traduite par la hiérarchie des parenthèses : parenthèses
simples, crochets, puis, si nécessaire, accolades {} et même chevrons 〈 〉.
Pour analyser précisément la validité de raisonnements, il importe de s’entraîner à repérer la
forme d’énoncés propositionnels complexes, de manière à être capable de les formaliser
dans le langage symbolique de la logique des propositions. L’exercice inverse, qui consiste à
repasser d’une formule logique à la proposition de la langue française qu’elle paraphrase,
doit aussi être pratiqué. Et, bien sûr, pour vérifier que l’on a formalisé correctement un
13. Faute d’éléments excluant expressément la possibilité que les deux mesures soient prises simultanément, nous
optons pour une disjonction inclusive, qui laisse cette possibilité ouverte.
43
[Link] Page 44 Mardi, 25. juillet 2017 4:18 16
Déduction
énoncé de la langue française, il peut être très utile de retraduire en français la formule obte-
nue pour vérifier que l’on retrouve bien l’énoncé que l’on devait initialement formaliser.
Grâce aux tables de vérité 14, on peut déterminer la valeur de vérité de propositions même
très complexes en fonction de la valeur de vérité des propositions simples qui les composent.
Exemple
« Il est faux que Marie réussisse l’examen et n’obtienne pas 10/20 et il est faux qu’elle
obtienne 10/20 et ne réussisse pas l’examen ».
Cet énoncé se formalise : ¬(p∧¬q) ∧ ¬(q ∧¬p) et sa table de vérité est la suivante :
V V F F F V F V V
V F F V V F F V F
F V V F F V V F F
F F V V F V F V V
N.B. Comme annoncé ci-dessus, on retrouve la table de vérité de p⇔q, c’est-à-dire « Marie
réussit l’examen si et seulement si elle a 10/20 ».
La table de vérité d’un énoncé propositionnel complexe permet donc de déterminer ses
conditions de vérité, c’est-à-dire les circonstances qui le rendent vrai (ici p vrai et q vrai, p
faux et q faux). Bien évidemment, lorsque le nombre de propositions atomiques s’accroît, le
nombre de « valuations », c’est-à-dire de possibilités d’attribution de valeurs de vérité aux
propositions atomiques, et donc aussi le nombre de lignes de la table, s’accroît très rapide-
ment. Si n est le nombre de propositions atomiques, le nombre de lignes de la table est 2n.
Voici par exemple le tableau de vérité de la proposition « Soit Anderlecht soit Bruges gagne
le championnat et le Standard prend la seconde place », c’est-à-dire (pWq) ∧ r :
p q r pWq (pWq) ∧ r
V V V F F
V V F F F
V F V V V
V F F V F
F V V V V
F V F V F
F F V F F
F F F F F
14. En toute rigueur, il convient de distinguer les « tables de vérités » qui caractérisent le sens vérifonctionnel de
chaque connecteur et les « tableaux matriciels » qui utilisent ces tables de vérité pour déterminer la valeur de vérité
de propositions complexes. Beaucoup d’auteurs utilisent cependant aussi le terme de « table de vérité » pour dési-
gner ces tableaux. C’est ce que nous ferons ici.
44
[Link] Page 309 Mardi, 25. juillet 2017 4:18 16
Première partie
Déduction
Chapitre 1 – Logique des propositions ....................................................... 25
Introduction ............................................................................................................... 26
Le modèle de la démonstration mathématique
et la validité déductive ........................................................................................ 26
Forme du raisonnement et formalisation ....................................................... 28
A. Logique ancienne : Mégariques et Stoïciens ............................................. 29
Propositions et schémas d’inférence propositionnels .............................. 29
Les schémas d’inférence stoïciens ...................................................................... 31
B. Logique contemporaine ................................................................................... 34
Les connecteurs vérifonctionnels ...................................................................... 34
La formalisation : passage du langage ordinaire au langage logique .... 40
Tables de vérité et tautologies .......................................................................... 44
Tableaux sémantiques ......................................................................................... 47
Implication et équivalence .................................................................................. 51
Transformations par équivalence et schémas normaux .............................. 52
Schémas d’inférence et déduction naturelle ................................................. 58
Définition axiomatique des connecteurs ......................................................... 64
Sémantique et syntaxe ........................................................................................ 66
Chapitre 2 – Logique des prédicats du premier ordre ....................... 71
A. Logique ancienne : Aristote et la Scolastique ........................................... 72
Termes et types de prédication ......................................................................... 72
Carré logique et inférences immédiates ......................................................... 73
Syllogismes catégoriques .................................................................................... 76
Traitement ensembliste : les diagrammes de Venn ..................................... 82
Algèbre de Boole .................................................................................................. 88
309
[Link] Page 310 Mardi, 25. juillet 2017 4:18 16
Deuxième partie
Argumentation
Chapitre 1 – Logique informelle .................................................................... 119
A. Machines à juger versus faculté de juger ................................................. 120
Avantages et défauts d’une machine à juger .............................................. 123
B. Vers une « logique informelle » .................................................................. 128
C. Dimension topique et schémas d’inférence faillibles ........................... 131
Indices de vraisemblance, garanties et réserves .......................................... 133
Les lieux communs de l’argumentation ........................................................ 136
D. Dimension rhétorique et adhésion de l’auditoire ................................. 137
Rhétorique et topique ....................................................................................... 140
Vérité, acceptabilité par un auditoire et acceptabilité universelle ........ 143
E. Dimension interprétative et pragmatique du langage ........................ 145
Valeur logique et valeur rhétorique de certaines notions ....................... 148
Maximes conversationnelles ............................................................................ 150
F. Dimension dialectique et charge de la preuve ........................................ 152
Vérité et construction d’accords ...................................................................... 156
310
[Link] Page 311 Mardi, 25. juillet 2017 4:18 16
Exercices
Exercices 1 – Exercices sur la structure des raisonnements ......... 241
311
Laurence Bouquiaux
S
cience de la pensée rationnelle, la logique s’est donné
Bouquiaux
Leclercq
Bruno Leclercq
pour tâche de dégager les grands principes théoriques
permettant de distinguer les raisonnements corrects
des raisonnements fallacieux.
Au cours de son histoire, elle a forgé des outils d’analyse de
plus en plus précis et rigoureux. Ces développements ont
Logique
abouti aux divers systèmes formels de la logique symbolique
formelle et
préalablement établies.
La question de la légitimité de nos argumentations quoti
diennes suppose cependant que l’on prenne également en
argumentation
compte des critères qui relèvent d’autres dimensions – dialec
tique, topique, rhétorique ou linguistique – de l’argumen
tation. C’est en se fondant sur l’ensemble de ces analyses
que l’on peut évaluer l’usage en contexte de tel ou tel schéma
d’inférence et déterminer, par des questions critiques, s’il fait
l’objet d’une utilisation globalement rationnelle ou d’un abus
sophistique. 3e édition
Parce qu’il envisage l’étude des raisonnements sous ces dif
férents aspects, ce livre constitue une véritable introduction
générale à la logique. L’approche choisie est délibérément Compléments
pédagogique. L’ouvrage analyse plus de 280 raisonnements pédagogiques
et propose au lecteur 360 exercices dont les corrigés sont
disponibles en ligne. en ligne
Laurence Bouquiaux
est licenciée en Sciences mathématiques et docteur en Philosophie de l’Université
de Liège, où elle enseigne l’histoire de la philosophie et la philosophie
des sciences.
Bruno Leclercq
est titulaire d’une maîtrise en Philosophie de l’esprit de l’Université de Hull
et docteur en Philosophie de l’Université de Liège, où il enseigne la logique
et la philosophie analytique.
Conception graphique : Primo&Primo
[Link]
[Link] : la version numérique
ISBN 978-2-8073-1446-7 de votre ouvrage
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