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Jean-Pierre Jost

Yan Chim Jost-Tse

Le langage secret des plantes

Cabédita

1
Des mêmes auteurs

Les Marmottes, Editions Cabédita, 2004

Le Renard, Editions Cabédita, 2005

Le Chamois, Editions Cabédita, 2005

Le Bouquetin, Editions Cabédita, 2006

Le Grand Retour de l’Ours, Editions Cabédita, 2006

Oiseaux et mammifères, Editions Cabédita, 2007

Cerf, Editions Cabédita, 2008

Oiseaux migrateurs, Editions Cabédita, 2009

Ces animaux intelligents, Editions Cabédita, 2010

Le Castor, Editions Cabédita, 2011

Le Lynx, Editions Cabédita, 2012

Histoires grinçantes et cocasses, Baudelaire 2013

Le chat sauvage, Editions Cabédita 2014

Le grand sommeil hivernal, Editions Favre 2014

La communication et l’intelligence chez les animaux, Connaissances et Savoirs, 2014

L’automédication chez les animaux dans la nature, Connaissances et Savoirs, 2015

Stratégies de défense des plantes contre les maladies…Connaissances et Savoirs 2016

2
A nos enfants King-Yi et King-Ho

et nos petites-filles

Yunna, Yun-Li et Yun-Tan

« Il ne sert de rien à l’homme de gagner la lune s’il vient à perdre la Terre… »

François Mauriac

… « Juger des problèmes devenus mûrs pour l’analyse, décider quand il est temps
d’explorer à nouveau un vieux territoire, reprendre des questions naguère considérées
comme résolues ou insolubles, tout cela constitue l’une des qualités majeures d’un
scientifique »…

François Jacob, (Le Jeu des Possibles, Essai sur la diversité du vivant, 1977)

3
Remerciements
Nous remercions tout le personnel du Jardin Botanique de Bâle ainsi que ceux du
Wyss Garten Haus d’Oberwil et les jardins de papillons de Hunawihr (France) pour
leurs renseignements et pour nous avoir donné la possibilité de photographier plantes
et papillons. Nous remercions également Markus Jordi, chimiste et informaticien, qui
nous a rendus attentif sur l’existence d’électrophysiographes permettant de détecter
l’état sanitaire des plantes. Nous souhaitons témoigner notre reconnaissance à l’Institut
Friedrich Miescher de nous avoir donné l’opportunité de consulter à domicile leur
librairie scientifique virtuelle. Nous remercions également toutes celles et tous ceux
qui ont contribué à l’élaboration de cet ouvrage.

Les auteurs

4
Introduction
Dans l’Antiquité, Aristote classait les plantes entre les minéraux et les animaux. A
cette époque beaucoup les considéraient comme prisonnières du milieu où elles avaient
par hasard pris racines. Pendant fort longtemps on a ignoré leurs capacités vitales
qu’elles ont développées au cours de leur longue évolution. Leurs aptitudes
remarquables permettent de synthétiser toutes les substances organiques dont elles ont
besoin et elles puisent dans le sol les minéraux et l’eau. Le gaz carbonique qu’elles
prélèvent de l’air est converti à l’aide de l’énergie solaire en molécules nécessaires à
leur développement et reproduction. Ce recyclage du gaz carbonique de l’air par les
plantes n’est pas négligeable, il contribue à lutter contre la pollution. A titre
d’exemple, les forêts suisses qui représentent 30% de la surface du territoire, absorbent
annuellement 1,6 millions de tonnes de carbone! Outre cela, les plantes produisent
encore de nombreuses autres substances qui leur permettent de communiquer entre
elles, de tenir en échec les plantes concurrentes et de lutter efficacement contre une
foule d’agents pathogènes et de ravageurs qui s’en prennent au feuillage ou à leurs
racines. Les plantes signalent leur présence aux nombreux pollinisateurs en faisant
ample usage de diverses senteurs, phéromones, couleurs et formes. Ou bien ce sont les
plantes carnivores qui émettent des messages pour attirer leurs victimes. Qui plus est,
en cas de prédation par des ravageurs ou de maladies, elles sont en mesure d’être
solidaires les unes envers les autres. En effet, elles émettent diverses substances
chimiques pour avertir leurs voisines. Ces dernières attentives à ces messages
réagissent en synthétisant des substances appropriées en prévention d’éventuelles
attaques de ravageurs ou d’infections par des agents pathogènes. Si leurs capacités
d’autodéfense ne suffisent pas, elles font appel aux parasitoïdes carnivores qui s’en
prennent aux insectes ravageurs ou à leurs chenilles. Une plante signale aussi sa
présence par d’autres moyens, comme par exemple la lumière rouge réfléchie par son
feuillage. Récemment on a même détecté l’émission de sons chez les plantes et elles
sont également attentives à ceux qu’émettent les insectes qui dévorent leur feuillage,
cela leur permet de réagir de façon ciblée contre ces intrus. Selon de nouvelles études
les plantes émettent et perçoivent les activités électriques produites par une feuille
blessée ou un insecte qui s’approche d’une fleur pour la polliniser. La majeure partie
des plantes sont interconnectées par un réseau souterrain étendu et fort complexe de
filaments de champignons mycorhizes qui agissent en quelque sorte comme un vaste
réseau Internet. C’est par lui que transitent, d’une plante à une autre, une partie des
informations ainsi que certaines substances chimiques. Quelques chercheurs pensent
même qu’une plante est en possession de multiples «cerveaux» situés à l’extrémité de
ses radicelles et que c’est par elles que transitent toutes les informations reçues de
l’extérieur pour être ensuite intégrées et traduites en actions appropriées. Ces multiples

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«cerveaux» agissent pareil à une intelligence collective que l’on observe chez les
insectes sociaux. Dans ce cas on parle même d’une «neurobiologie végétale», toutefois
sans pour autant que cela implique des neurones et des synapses dans le sens que nous
l’entendons dans le monde animal. Nul doute, les plantes ne cesseront pas de nous
étonner et elles nous réservent, sans aucun doute, encore bien d’autres surprises !

Cet ouvrage expose d’une façon simple, concise et critique l’essentiel de ce que nous
connaissons sur la manière dont les plantes communiquent entre elles ou avec d’autres
organismes.

Elles le disent avec des fleurs

LES SENTEURS, COULEURS ET FORMES : DES MESSAGES DESTINÉS AUX


POLLINISATEURS

Les plantes ancestrales apparurent il y a quelques 410 millions d’années. Les ginkos,
les sapins et les pins (Gymnospermes) firent leur apparition il y a 260 millions
d’années environ tandis que ce n’est qu’au Crétacé, il y a 130 millions d’années, que
l’on observe les premières plantes à fleurs (Angiospermes). La fécondation de ces
dernières est en partie liée à une coévolution avec de nombreux insectes. Dans le
monde on estime qu’il y a près de 350 000 à 400 000 espèces de plantes à fleurs. Les
insectes qui récoltent et transportent le pollen sont à même de le disséminer sur
d’autres plantes de la même espèce sur des distances de plusieurs kilomètres. Plus de
80% des plantes à fleurs dépendent directement des insectes pour leur pollinisation et
le vent fait le reste. Dans l’agriculture la pollinisation par les insectes concerne surtout
la production de fruits et de graines ce qui représente plus de 35% de ce que nous
consommons.

Les champions incontestables de la pollinisation sont les abeilles et les bourdons.


Dans cette famille d’hyménoptères on estime qu’il y a quelques 120 000 espèces dans
le monde dont plus de 10 000 vivent en Europe. Mais en plus il faut aussi compter
avec l’activité des mouches et des syrphes dont on connait près de 140 000 espèces
desquelles 10 000 environ sont en Europe. Quant aux papillons, ils sont au total
quelques 160 000 espèces et à cela s’ajoute encore les très nombreux coléoptères.

Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle on ignorait l’importance de la visite des insectes aux
fleurs et de leur rôle de pollinisateurs. Ce n’est qu’en 1793 que Sprengel (1793) étudia
en détail ce phénomène dont il publia un ouvrage. Ce fut l’un des premiers
scientifiques à reconnaitre l’utilité des abeilles dans la pollinisation des arbres fruitiers.

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Le langage des fleurs destiné à attirer les insectes est très varié et complexe, il
comprend plusieurs éléments dont font partie les formes, les couleurs et les senteurs.
Une combinaison subtile de ces différents facteurs assure une pollinisation efficace.
Les insectes qui se nourrissent de nectar repèrent les fleurs grâce à leurs couleurs et à
leurs fragrances. La communication par les odeurs semble être plus versatile que par
les couleurs. En effet, la composition d’un bouquet d’odeurs émis par une plante peut
être d’une très grande complexité. Les variations de telles émanations sont infinies et
comprennent très souvent plusieurs dizaines, voire plus, de composés chimiques
différents. Selon le message que la plante veut diffuser, ces substances chimiques sont
présentes dans des proportions différentes. Ainsi donc, les odeurs émises par une
plante sont en mesure de varier selon son état physiologique et sanitaire alors que les
messages visuels, à quelques exceptions près, ne semblent guère varier. Une plante de
tomate blessée par un herbivore ou malade, par exemple, émet un ensemble de
substances chimiques quelque peu différent de celui qui d’ordinaire attire les
pollinisateurs. Lorsqu’une plante est sujette aux agressions de ravageurs folivores, elle
émet encore d’autres messages. Les insectes pollinisateurs les reconnaissent et
généralement s’abstiennent de visiter de telles fleurs (Schaefer et Ruxton, 2014).
Qu’en est-il en cas de maladies fongiques? Evitent-ils aussi de telles plantes? Si tel
était le cas, cela pourrait être un moyen simple et efficace pour éviter la propagation de
maladies d’une plante à une autre. Le repérage des fleurs à polliniser par les insectes se
fait aussi bien par les bouquets d’odeurs que par les différentes formes et couleurs. Les
composés chimiques volatils signalent à distance la localisation approximative de la
fleur et ce sont les couleurs et les formes qui indiquent avec plus de précision sa
position. Dans la mesure où les insectes ne reconnaissent pas ou mal la couleur rouge,
cette dernière n’est guère représentée parmi les fleurs autochtones qui poussent dans
nos régions tempérées. Les coquelicots et les tulipes rouges font exception, ils sont
perçus en gris par les insectes pollinisateurs. Malgré cela ils sont à même d’être
repérés et visités grâce à la présence de taches sombres ou jaunes localisées au fond de
la corolle près des étamines et du pistil. Ces taches sont des cibles visibles que les
insectes pollinisateurs reconnaissent sans peine.

Dans le dessein d’augmenter leur chance d’être pollinisées, les petites fleurs sont
souvent groupées en inflorescences, cela facilite grandement le repérage par leurs
insectes pollinisateurs. C’est le cas chez de nombreuses ombellifères ainsi que les
plantes vivant en haute altitude qui se groupent souvent en tapis fleuris au milieu des
rocailles. D’autres petites fleurs tropicales qui ont de minuscules pétales disposent de
grands sépales vivement colorés comme chez le poinsettia ou étoile de Noël (une
plante de la famille des Euphorbiacées) d’origine d’Amérique centrale (Figure p…).

Les fleurs très parfumées qui restent ouvertes pendant la nuit attirent principalement
les papillons nocturnes. Parmi celles-ci il y a le jasmin, le chèvre- feuille, la belle de

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nuit, le tabac et bien d’autres encore. Les insectes pollinisateurs diurnes repèrent les
fleurs grâce à leurs couleurs, parfums et parfois leurs formes. Les odeurs qui émanent
des fleurs peuvent être à nos sens suaves, agréables ou alors elles sont franchement
désagréables comme chez certaines espèces de gouet qui attirent des insectes à
l’exemple de la mouche à viande.

La vision des insectes diffère de la nôtre dans ce sens qu’ils ne distinguent bien que
le jaune, le bleu et le violet. Ces couleurs sont d’ailleurs dominantes chez les fleurs de
nos prairies et de nos montagnes. Les insectes reconnaissent en général l’infrarouge
mais pas le rouge visible pour nos yeux. Cependant il y a quelques exceptions comme
pour l’Hyménoptère Symphyta ou mouche à scie qui a une bonne vision du rouge. Les
insectes sont reconnus pour avoir une excellente vision en ultraviolet. En effet, divers
motifs présents sous formes de taches ou de lignes sombres au centre des fleurs, près
des étamines et du pistil, sont en fait des guides visuels qui sont très bien perçus par les
insectes. Cela leur permet d’atterrir avec plus de précision à l’endroit là où il y a de
quoi se nourrir tout en pollinisant les fleurs par la même occasion (Desfemmes, 2015).

L’absence de la vision du rouge par les insectes pollinisateurs est mise à profit par le
marronnier des Indes. En effet, au printemps leurs inflorescences fraichement écloses
sont d’un magnifique blanc crème avec deux taches jaunes bien visibles au centre de
chaque fleur près des étamines et du pistil. Ce sont des signaux visuels qui attirent les
insectes pollinisateurs qui se nourrissent de leur nectar. Cependant, dès que la fleur est
fécondée par les insectes, ces taches jaunes deviennent rouge, une couleur invisible
pour les pollinisateurs. Ces derniers en l’absence de message visuel ne visitent qu’une
fois une fleur de la même inflorescence. Cela leur permet d’économiser leur énergie et
de concentrer leurs efforts uniquement sur celles qui restent encore à féconder
(Albony, 2015 ; Fluri et al. 2001).

Une simple expérience en laboratoire a permis de confirmer de telles observations


faites sur le terrain. En effet, des fleurs artificielles bleues avec des taches centrales
jaunes sont reconnues et visitées plus fréquemment par un insecte pollinisateur que
celles qui ne sont colorées que de bleu ou avec une tache rouge centrale. Un insecte, à
l’exemple du bourdon, lorsqu’il visite une fleur, laisse sur celle-ci des traces chimiques
(footprint) qui sont reconnues par leurs congénères qui évitent de s’y poser. Ce
message supplémentaire leur permettent de choisir uniquement celles qui n’ont pas
encore été visitées et pollinisées. Les substances odorantes libérées par l’insecte
proviennent de la surface de son abdomen et son spécifiques à l’espèce pollinisatrice.

Les messages visuels des fleurs de nos contrées sont plutôt discrets, en revanche ceux
des orchidées, des broméliacées et des héliconies et autres des pays tropicaux sont
criards. C’est une combinaison de couleurs contrastées de rouge vif, de jaune, de bleu
violacé et les fleurs sont en général plus grandes que sous nos latitudes. Le rouge vif se

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détache bien du fond vert de la forêt et les oiseaux pollinisateurs tels que les colibris
ou les souimangas à la recherche de nectar y sont particulièrement sensibles. Les
broméliacées visitées par les colibris ont une floraison diurne et n’ont en général pas
d’odeur particulière. En revanche d’autres fleurs à floraison nocturne dégagent des
fragrances irrésistibles et elles sont pollinisées par des chauves-souris ou des papillons
de nuit. Les messages olfactifs des fleurs sont libérés par les pétales, le pollen, le
nectar ou bien ce sont des exsudats produits par des glandes spécialisées. La couleur
du nectar peut aussi attirer de manière sélective un pollinisateur. Cela semble être le
cas pour un gecko (Phelsuma ornata) de Madagascar qui préfère les fleurs ayant un
nectar coloré à celui qui est incolore.

Lorsque le pollen a atteint sa maturité, il devient parfumé ce qui indique que le


moment de la pollinisation est arrivé et c’est ainsi qu’il attire les insectes qui se
chargent de cette délicate mission. C’est une façon sélective de communiquer avec les
insectes afin qu’ils évitent les visites inutiles aux fleurs qui n’ont pas encore atteint
leur maturité ou à celles qui ont déjà été pollinisées. Selon les lieux où elles ont pris
racine, au cours de leur évolution les plantes se sont adaptées aux espèces d’insectes
qui sont les plus fréquentes et par conséquent elles sont en mesure de diffuser des
odeurs destinées à les attirer. Un exemple remarquable d’une telle coévolution entre
plantes et insectes est présent dans les Montagnes Rocheuses aux USA; il s’agit du
Polemonium viscosum , une plante à petites fleurs bleues. Celles qui poussent à basse
altitude au fond des vallées dégagent une odeur franchement désagréable à notre
odorat mais qui attire irrésistiblement les mouches et les syrphes (diptères). En
revanche à haute altitude ces fleurs produisent une fragrance suave qui attire
exclusivement les bourdons qui sont de loin plus nombreux que les diptères. Une
expérience intéressante serait d’examiner ce qui se passe si l’une de ces plantes qui vit
en haute montagne était transplantée au fond de la vallée, au cours des générations
changerait-elle de parfums pour attirer les mouches (mutations ou épimutations)?

Dans nos régions il n’y a pas de plantes dont la pollinisation dépende exclusivement
des coléoptères. Certains types floraux sont toutefois visités par les coléoptères qui
sont plutôt à la recherche de nourriture constituée de pétales et quelquefois de nectar.
Dans ce cas ce n’est qu’accidentellement qu’ils contribuent à la pollinisation. Les
types floraux visités par les coléoptères sont soit de grande taille, soit fortement
colorés de blanc, de rose, d’orange, de pourpre ou de jaune et sont habituellement
odorants. Les coléoptères visitent de même de petites fleurs groupées en
inflorescences compactes, voyantes et à fortes odeurs, pareilles à celles du sureau et
des ombellifères.

L’organisation des fleurs dites composées joue aussi un rôle dans l’attraction des
pollinisateurs. Chez ces dernières seules celles du centre du capitule sont fertiles. Les

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autres à la périphérie (bractées) sont stériles et servent uniquement de messages et de
guides visuels à l’intention des insectes pollinisateurs.

La pollinisation par les oiseaux est le résultat d’une coévolution des fleurs
ornithophiles et de certaines espèces d’oiseaux. De ce fait la forme de leur bec est
parfaitement adaptée à la morphologie de la corolle de la fleur. Cela signifie qu’une
espèce de fleur ne peut être fécondée que par l’oiseau dont la forme du bec correspond
exactement à celle de sa corolle. Ce mode de pollinisation est surtout observé dans les
régions tropicales et subtropicales ainsi que dans quelques autres régions des Etats
Unis et du Canada. La pollinisation par les oiseaux concerne les colibris (présents en
Amérique seulement) et les souimangas (petits passereaux d’Afrique, de Chine et
d’Australie). Les fleurs visitées par ces oiseaux ont souvent une corolle longue et
profonde au fonds de laquelle les oiseaux y plongent leur bec pour récolter le nectar
dont ils se nourrissent. Au cours de cette opération les plumes de leur tête se chargent
de grains de pollen que l’oiseau transporte sur une autre plante de la même espèce qui
sera ainsi fécondée. Les fleurs visitées par ces oiseaux sont souvent très vivement
colorées de rouge surtout, car contrairement aux insectes c’est une couleur qu’ils
perçoivent bien. En revanche leur odorat est faible ou inexistant et le repérage des
fleurs est alors donc uniquement visuel. Les oiseaux ne se posent pas sur les fleurs
pour les visiter, car elles n’offrent pas de support suffisant leur permettant de
s’agripper, de ce fait ils sont obligés de pratiquer le vol stationnaire pour se nourrir.

Dans le dessein d’attirer les oiseaux fécondateurs certaines fleurs ont développé
d’autres stratégies plus élaborées. Cela semble être le cas d’une orchidée de
Madagascar (Stanhopea graveolens) qui émet une très forte odeur propre à attirer
irrésistiblement une espèce de moucherons qui s’accumulent au fond de sa corolle.
Leur présence ne passe pas inaperçue pour une araignée qui adore se nourrir de
moucherons et tous deux se retrouvent au fond de la corolle. C’était sans compter la
présence d’un souimanga dans les parages qui raffole des araignées. C’est en allant les
capturer au fond de la corolle de l’orchidée, qu’il collecte à son insu le pollen pour
ensuite le déposer sur le pistil de la prochaine orchidée qui lui offrira un repas.

Quelques espèces d’orchidées sont très exclusives dans leur choix du pollinisateur et
ne se laissent polliniser que par une seule espèce d’insectes. Cela semble être le cas de
trois espèces d’Ophrys présentes sur l’île Majorque. Chacune d’elles émet un bouquet
d’odeurs similaires composé d’un grand nombre de substances chimiques volatiles. La
seule différence qui les distingue les uns des autres c’est la proportion entre les
différents composants. Ce code olfactif est suffisamment clair pour être reconnu par
l’insecte pollinisateur inféodé à l’une de ces espèces d’ophrys et cela évite ainsi une
fertilisation d’autres espèces d’orchidées.

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Chez les légumineuses ainsi que chez d’autres familles de plantes, la pollinisation est
surtout une affaire de morphologie de la fleur qui doit impérativement correspondre à
celle de l’insecte qui la visite. En effet, la corolle de la sauge, par exemple, possède un
étendard surplombant la carène et les deux ailes latérales de la fleur dirigent l’abeille
vers ses organes sexuels. La morphologie de la fleur est telle qu’elle permet une
fixation du pollen sur le dos de l’insecte pollinisateur qui la visite (Figure p…). Une
partie du pollen est ensuite déposée sur le pistil (autofécondation) et l’abeille
transporte le reste sur une autre plante qui sera pareillement fécondée (fécondation
croisée).

Les signaux optiques chez les plantes ne sont pas toujours destinés à attirer les
insectes mais aussi à les dissuader d’y déposer leurs œufs. En effet dans les forêts
tropicales d’Amérique du sud, la surface des feuilles de quelques espèces d’héliconies
disposent de petits points jaunes qui imitent à la perfection la ponte des papillons. Ces
derniers dupés évitent d’y déposer leurs œufs, ainsi les plantes restent épargnées de la
voracité des chenilles (Attenborough, 1995). Les petits mammifères sont également
impliqués dans la pollinisation de quelques espèces de fleurs. En Afrique du sud dans
les régions floristiques du Cap, quelques espèces de protées (Protea sp.) sont visitées
de nuit par de petits rongeurs. Les fleurs qui sont dissimulées sous les buissons près du
sol sont facilement accessibles à ces visiteurs. Attirés par l’odeur agréable de levure
que dégagent ces fleurs, le rongeur qui les visite se régale de sucs nutritifs et par la
même occasion se charge de pollen.

Le monde végétal fait de même usage des couleurs et des odeurs lorsque les fruits
sont arrivés à maturité. Cela attire les créatures chargées de la dissémination de leurs
graines. Dans les forêts vierges les couleurs vives des fruits attirent oiseaux et singes
qui les consomment et les graines indigestes se retrouvent dans leurs déjections qu’ils
disséminent plus loin dans la nature. De même l’odeur très forte du durian (fruit d’un
arbre tropical d’Amérique du sud et d’Asie) est en mesure d’attirer l’orang outan
(Bornéo et Sumatra) qui est un grand amateur de ces fruits dont il est responsable de la
dissémination de leurs graines.

L’ASTUCE DE L’ORCHIDÉE AVEC SON LEURRE SEXUEL

Dans le monde il y a quelques 25 000 à 30 000 espèces d’orchidées épiphytes ou


terrestres, elles sont pour la plupart aussi bien adaptées à l’ombre qui règne dans les
forêts tropicales et subtropicales que dans les prairies bien exposées au soleil. Dans les
milieux où la survie est difficile, elles vivent souvent en symbiose avec des
champignons. Pour une grande partie d’entre elles ce sont des plantes pollinisées par
des insectes spécifiques dont elles ont une étroite dépendance. Dans le dessein de les
attirer, les orchidées font parfois usage d’une combinaison de messages visuels,
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olfactifs et sexuels. Leur existence est à ce prix et elles sont à même d’être menacées
de disparition si leurs pollinisateurs venaient à manquer en raison des bouleversements
climatiques ou lors de la destruction de leur biotope, ce qui est malheureusement de
plus en plus fréquent en raison des besoins croissants d’une population humaine qui ne
cesse d’augmenter. Lors de leur coévolution avec les insectes, les orchidées ont mis au
point diverses techniques très raffinées pour attirer ceux qui sont les mieux adaptés à
leur service.

Charles Darwin découvrit en 1850 à Madagascar une orchidée assez unique en son
genre, nommée «Étoile de Madagascar ou de Bethléem» qui est en possession d’un
puissant parfum rappelant celui du lys. Cette fleur ne s’épanouit que l’espace d’une
nuit et elle se singularise par son éperon de 30 cm de long que le pollinisateur doit
pénétrer pour y récolter le nectar et le pollen. Darwin se demanda, à juste titre, quel
animal extraordinaire est capable de féconder une telle fleur! Cela resta un mystère
pendant longtemps et ce n’est que 50 ans plus tard que l’énigme fut résolue. Le
pollinisateur n’est autre qu’un papillon nocturne (Xanthopan morganii praedicta) qui
est muni d’une trompe démesurée, longue de quelques 30 cm. Au cours de ses
déplacements, cette dernière est enroulée en spirale et le papillon la déploie chaque
fois qu’il désire pénétrer dans les profondeurs de l’éperon de cette fleur pour y récolter
nectar et pollen.

Certaines orchidées à l’exemple des Ophrys attirent l’attention des insectes


pollinisateurs d’une façon pour le moins originale. Cela se passe lors de la pseudo-
copulation de l’ophrys mouche (Ophrys insectifera) par le mâle de la guêpe solitaire
(Argorytes mystaceus et A. campestris). Au cours de sa longue coévolution avec
l’insecte, cette orchidée a mis au point un stratagème raffiné. Pour cela, les fleurs
d’Ophrys insectifera ont adopté une forme, une coloration ainsi qu’une texture qui
ressemble étrangement à celles de l’abdomen de la femelle de l’insecte qu’elle désire
attirer. Le labelle (troisième pétale modifié de la fleur d’orchidée) de la fleur est d’un
aspect velouté et de forme bombée avec une consistance un peu charnue munie d’une
pilosité marginale. Ce signal visuel est accompagné par l’émission de substances
chimiques volatiles qui imitent à la perfection les phéromones sexuelles de l’insecte
femelle. Le tout est suffisamment convainquant pour attirer le mâle de cette guêpe
solitaire qui tente de s’accoupler avec la fleur de l’ophrys mouche (Figure p…). Cet
acte est naturellement accompagné par un transfert du pollen des anthères sur la tête de
l’insecte qu’il transporte ensuite sur d’autres orchidées de la même espèce. Cette
orchidée est par conséquent chimiquement et morphologiquement étroitement liée
avec cette guêpe solitaire qui est la seule d’être à même de la féconder. Par mesure
d’économie, au terme de la fécondation la quantité de phéromones produite par la
plante diminue substantiellement tant et si bien que la fleur n’est visitée qu’une fois

12
alors que l’insecte recherche d’autres fleurs à polliniser (Collectif a, 2010 ; Helitas,
2015).

Une autre étude menée sur l’Ophrys araignée (Ophrys aranifera) révèle comment le
mâle de l’abeille solitaire (Andrena nigroaenea) est attiré par cette orchidée au moyen
de phéromones femelles. La femelle de l’abeille solitaire produit une quinzaine de
composés chimiques qui sont perçus par les antennes du mâle. L’Ophrys en émet
quatorze de ces mêmes substances volatiles qui sont présentes dans les fleurs et la
cuticule des feuilles. De manière à ce que le mâle de cette abeille solitaire soit attiré
par la fleur de l’orchidée, il doit obligatoirement y avoir une juste proportion entre ces
différents composés chimiques. Chose extraordinaire ce rapport de proportions des
substances chimiques produites par la fleur semble correspondre exactement à celles
des phéromones qu’émet la femelle de cette abeille. Cela semble être largement
suffisant pour induire le mâle en erreur qui tente de s’accoupler avec la fleur. Au cours
de l’évolution il y a eu une adaptation progressive de l’Ophrys à son pollinisateur
privilégié qui consiste en une modification des proportions relatives des différents
composés chimiques de sa fleur pour simuler à la perfection les phéromones produites
par l’abeille femelle. Lorsqu’elle est fécondée, à l’exemple du cas précédent, la fleur
cesse d’émettre ce bouquet d’odeurs propre à attirer l’abeille solitaire ce qui fait que
l’orchidée n’est visitée qu’une seule fois. Ces messages émis par la plante sont aussi
accompagnés d’autres substances chimiques moins volatiles ainsi que de signaux
visuels, de formes et de couleurs qui facilitent le repérage de la fleur à polliniser.

L’orchidée langue (Cryptostylis) d’Australie attire pareillement les insectes


pollinisateurs en déployant une senteur très ressemblante à celle des phéromones
femelles d’une autre espèce de guêpe (Lissopimpla exselsa). Le mâle de cette guêpe se
pose sur le labelle en forme de langue et copule avec la fleur. En pénétrant à l’intérieur
de la fleur avec l’extrémité de son abdomen il entre en contact avec les sacs à pollen
collants qui se fixent sur son abdomen. L’insecte visite et pollinise par la suite d’autres
orchidées de la même espèce.

Un autre exemple de technique élaborée de pollinisation est celle du Sabot de Vénus


(Cypripedium calceolus) que l’on trouve en Europe. Sa floraison a lieu entre la mi-mai
et mi-juillet. Son gros labelle jaune renflé en forme de sabot est surplombé de sépales
et de pétales bruns–pourpres établis en forme de croix. Ce sabot est un vrai piège qui
attire les hyménoptères du genre Andrena. Ces derniers sont attirés par les couleurs de
la fleur et par son odeur qui ressemble aux phéromones de l’insecte pollinisateur et ils
se glissent à l’intérieur du sabot par l’ouverture centrale. Pour forcer le pollinisateur à
exécuter les mouvements nécessaires qui le couvrent de pollen, le labelle est conçu de
telle façon à ce que l’insecte ne peut pas reculer pour sortir par l’entrée principale. De
cette manière il est obligé d’avancer dans le fond du labelle guidé par des lignes
tachetées de sombre. L’abeille avance ainsi jusqu’à la partie postérieure du labelle. A
13
son passage forcé, elle décharge tout d’abord sur le pistil, le pollen qui se trouve sur
son corps (provenant d’un autre sabot de Vénus) et plus loin, au passage près de la
sortie, elle se charge à nouveau de pollen en se frottant contre l’une des anthères.
Toute cette opération dure environ une dizaine de minutes et ainsi chargée de pollen
elle s’envole pour visiter un autre sabot de Vénus qu’elle fécondera à son tour
(Antonelli et al. 2009).

La fécondation des orchidées ne se fait pas toujours en douceur. En effet, une autre
stratégie ne ménage pas son pollinisateur surtout quand il s’agit de l’orchidée marteau
(Drakaea elastica). Cette plante pousse dans les prairies sèches d’Australie du sud et
elle attire une espèce de guêpe. Tandis que les mâles volent, les femelles qui n’ont pas
d’ailes (aptères) vivent dans le sol. Juste après la sortie des mâles mais avant celle des
femelles, cette orchidée se décide stratégiquement à fleurir et son labelle imite à la
perfection le corps de la guêpe femelle ainsi que son odeur. Ce leurre est fixé au bout
d’un bras articulé de 5 à 6 cm de long. Le mâle croyant y voir une femelle, s’agrippe
au labelle en l’enserrant puis essaye de s’envoler avec son «élue», manque de chance à
ce moment le bras articulé qui la retient décrit un arc de cercle le projetant sans
ménagement au cœur de la fleur où se trouve le pollen. Dépité et surtout à moitié
assommé le mâle lâche prise et chargé de pollen s’envole vers une autre orchidée…
(Collectif a, 2010) A chacune des quatre espèces d’orchidées marteaux correspond
une guêpe différente. Chaque leurre émet une phéromone spécifique destinée à attirer
l’insecte qui ira la polliniser. La réalisation du «marteau et de l’enclume» est une
construction délicate et ingénieuse. L’orchidée a créé avec une grande précision tous
les éléments de ce piège. Le marteau imite par sa forme le corps de la guêpe femelle et
lors de son mouvement en arc de cercle il se bloque à courte distance de l’enclume qui
correspond à l’épaisseur du thorax de l’insecte. En effet ce dernier doit juste frapper
l’organe sexuel mâle de la fleur avec son dos sans pour autant être définitivement
assommé (Gay, 2011). (Figure p…)

LE PIÈGE DU GOUET (ARUM MACULATUM)

La famille des Aracées dont fait partie le gouet compte 3500 espèces dans le monde.
Ces plantes poussent aussi bien dans les régions tropicales, subtropicales que dans les
zones tempérées.

Une stratégie de pollinisation de quelques espèces d’Aracées consiste à attirer les


pollinisateurs en leur signalant la présence d’une ressource alimentaire qui quelquefois
n’existe pas. L’insecte attiré féconde ainsi la fleur à son insu, c’est ce que l’on appelle
une pollinisation par duperie. Le message que diffuse la plante est essentiellement
olfactif qui imite l’odeur de leur site de ponte que peut représenter la matière
organique en décomposition, les excréments, des cadavres ou même des champignons.
14
Chez les Aracées, les insectes pollinisateurs sont surtout des diptères, des coléoptères
saprophages (qui se nourrissent de matière organique en décomposition) de
coprophages (qui se nourrissent de matière fécale) ou de nécrophages (qui
consomment des cadavres). La volatilisation et diffusion de ces odeurs à la tombée de
la nuit est grandement facilitée grâce à la production de chaleur par l’inflorescence. La
température d’une fleur peut être aussi dans d’autres cas un élément susceptible
d’attirer et de retenir plus longtemps un pollinisateur. C’est le fait chez l’iris où la
température à l’intérieur de la fleur est de 2,5oC au-dessus de celle de l’air ambiant ce
qui est suffisant pour retenir l’insecte l’espace d’une nuit. Dans un cas extrême, chez le
gouet, la température est en mesure de s’élever à près de 20oC au-dessus de celle de
l’air ambiant qui est à ce moment-là 1 à 4oC. Les mouches qui sont attirées par l’odeur
que dégage le gouet s’approchent, glissent et tombent dans la chambre florale. Près de
la constriction au haut de cette chambre se trouve un groupe de fleurs filamenteuses
stériles qui fonctionnent pareille à une trappe. L’insecte peut entrer dans la chambre
florale sans pouvoir en ressortir. Les mouches couvertes de pollen provenant d’une
autre fleur d’Arum qui pénètrent dans cette chambre sont retenues prisonnières le
temps qu’il faut pour qu’elles accomplissent leur tâche de fécondatrices. Les parois
internes de cette chambre florale sont glissantes et exsudent une substance nutritive
dont les mouches captives se régalent. Dans la chambre florale d’Arum maculatum
nous avons dénombré plus d’une dizaine de ces petites mouches prisonnières (Figure
p…). Les fleurs femelles situées à la base du spadice s’ouvrent les premières et sont
fécondées par les mouches porteuses de pollen provenant d’un autre gouet. Le
deuxième jour ce sont les fleurs mâles qui atteignent leur maturité et libèrent leur
pollen qui tombe sur les mouches prisonnières. A ce moment-là les fleurs
filamenteuses stériles flétrissent laissant ainsi libre passage aux insectes couverts de
pollen qui s’en échappent pour visiter la prochaine plante de gouet (Gibernau et
Quilichini, 2015a). Cette façon de polliniser nécessite la capture de mouches et leur
maintien en captivité pendant deux nuits. Au cours de la première nuit ce sont les
fleurs femelles qui sont réceptives pour le pollen que les insectes transportent tandis
que c’est seulement la deuxième nuit que les mouches captives récoltent le pollen des
anthères arrivées à maturité. Ce moyen ingénieux évite l’autopollinisation du gouet.

Toutes les aracées ne diffusent pas que des odeurs putrides. L’Arum de Palestine
(Arum palaestinum) émet un message spécialement destiné à attirer les mouches
drosophiles. L’odeur que dégage cette fleur est composée de divers acétates d’acides
gras qui simulent bien l’odeur agréable à nos sens des fruits en état de fermentation.

Quelques Aracées se sont spécialisées et n’attirent que les mâles d’abeilles sauvages.
C’est le cas en Amérique tropicale où les mâles de quelques espèces d’abeilles sont
alléchés par les messages olfactifs qu’elles émettent. C’est en parcourant longuement
l’inflorescence de bas en haut qu’ils collectent une cire odorante qu’ils mélangent avec

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les sécrétions de leurs glandes labiales. Cela forme une sorte de pâte odorante qui leur
permet de parfumer leur nid dans l’intention d’y attirer les femelles. Lors de la récolte
de cette cire assez particulière le mâle pollinise à son insu les fleurs de cette plante.

Les Aracées à polliniser sont parfois un lieu de rendez-vous privilégié d’insectes qui
s’y rencontrent pour s’accoupler. C’est le cas de quelques espèces d’Aracées
d’Amérique et d’Asie tropicale qui sont pollinisées par des coléoptères crépusculaires.
Chez ces plantes le message destiné à attirer les pollinisateurs consiste à produire de la
chaleur et des odeurs qui attirent aussi bien les mâles que les femelles de coléoptères à
la recherche de nourriture. L’accouplement de ces insectes a lieu en toute discrétion à
l’intérieur de la chambre florale formée à la base de la spathe. Les insectes restent ainsi
dans l’inflorescence jusqu’au lendemain soir. A la suite de leurs débats amoureux,
couverts de pollen, ils quittent la fleur pour un nouveau rendez-vous chez une autre
Aracée qui sera à son tour fécondée (Gibernau et Quilichini, 2015b).

Parfums et pièges mortels


Dans l’univers des plantes, quelques-unes ne se contentent pas uniquement de
minéraux, d’air et d’eau fraiche mais encore de proies bien vivantes et croquantes! Ce
n’est pas un choix délibéré mais le résultat d’une lente adaptation à un environnement
pauvre en nutriments. Caprice de la nature, les mutations et la sélection ont bricolé
plusieurs systèmes ingénieux de pièges pour attirer et capturer leurs proies. Leur vraie
nature de carnivore ne fut découverte que tardivement. En effet, en 1763 le gouverneur
de la Caroline du Nord, A. Dobbs attira l’attention des scientifiques de l’époque et du
public sur l’existence d’une plante qu’il nomma «l’attrape mouche sensible». En 1768
des spécimens sont envoyés en Angleterre au botaniste J. Ellis qui subodore le mode
de nutrition particulier de ces plantes peu ordinaires. C’est d’ailleurs lui qui donna un
nom à cette espèce: la dionée attrape mouche (Dionnaea muscipula). Toutefois Linné
qui n’a obtenu qu’un spécimen desséché reste très dubitatif et émet quelques réserves
quant à ses propriétés carnivores. L’aspect carnivore de cette plante ne sera clairement
démontré que plus tard en 1865 par Charles Darwin qui décrit en détails son
mécanisme dans un livre intitulé «Insectivorous Plants» (Darwin, 1875).

Les plantes qui poussent sur les sols pauvres en nutriments, à l’exemple des
marécages, ont parfois recours à des stratégies originales afin de se les approprier.
C’est en effet à l’aide de pièges sophistiqués qu’elles attirent et capturent des proies
vivantes telles que des insectes qu’elles digèrent au moyen de puissantes enzymes.
Dans le dessein de les attirer elles dégagent des parfums qui sont habituellement
différents de ceux qu’elles destinent aux insectes pollinisateurs dont elles dépendent
pour leur reproduction. Outre cela, elles appâtent les insectes par des messages visuels

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à l’exemple des couleurs et des formes différentes. Certaines attirent l’attention de
leurs proies potentielles en arborant des couleurs parfois très vives ou qui contrastent
et se détachent bien de la végétation environnante. Ou bien il s’agit de pigmentations
sélectives de leurs pièges. Dans le cas de Sarracenia leucophylla l’entrée du piège est
d’un blanc immaculé ce qui le rend bien visible. Les plantes carnivores disposent aussi
de colorations ultraviolettes bien perçues par les insectes. C’est le fait pour le bord de
l’entrée du piège du népenthès, quant à la dionée attrape mouche (Dionnaea
muscipula) elle dispose quelquefois d’une tache sombre en ultraviolet bien visible à
l’intérieur de son piège. Son unique fonction est d’attirer les insectes à l’intérieur pour
y être capturés et «dévorés». En général il est reconnu qu’un insecte associe ces taches
visibles en ultraviolet avec la présence de nectar dont il se nourrit habituellement.
Chez la Drosera hartmeyerorum la base des feuilles comporte trois glandes jaune
brillant qui sont très bien visibles à plusieurs mètres de distance.

Les senteurs qui attirent les victimes potentielles dans ces pièges mortels sont
spécifiques à chaque espèce de plante carnivore. Le feuillage de Drosophyllum par
exemple dégage une odeur sucrée de miel qui attire les mouches tandis que la grassette
Pinguicula produit des odeurs rappelant celles des champignons qui plaisent aux
moucherons. Chez le Nepenthes boschiana le piège mortel émane des odeurs de rose
destinées à attirer ses victimes. Quelquefois les plantes carnivores combinent
l’attraction olfactive avec la présence de sucs nutritifs. Cela semble être le cas pour le
Nepenthes albomarginata. En effet l’entrée de l’outre est garnie de trichomes (poils
spécialisés qui sécrètent des substances chimiques) qui produisent un suc nutritif
propre à attirer les termites imprudentes qui glissent et tombent accidentellement dans
le fond de l’outre où elles sont digérées (Collectif b, 2015).

Selon les espèces, les plantes carnivores capturent leurs proies soit avec des pièges
passifs ou actifs. Parmi celles qui disposent d’un piège passif, il y a la grassette qui
pousse dans les marais. Ses feuilles sont disposées en rosettes étalées au sol et sont
recouvertes de poils collants. Les moucherons sont attirés par son odeur agréable et ils
se laissent ainsi prendre au piège où ils sont digérés. Les sarracénies Sarracena et les
Nepenthes ont des feuilles modifiées en forme d’outres ou urnes. Le haut de l’urne est,
selon les espèces, protégé par une coiffe qui empêche l’eau de pluie d’y pénétrer ce qui
aurait pour conséquence de diluer les sucs digestifs de la plante. Dans la solution de
l’outre on trouve toute une microfaune (infauna) qui est sensée activer la
décomposition et la digestion des proies capturées. Les parois internes de l’urne sont
généralement glissantes et souvent recouvertes d’un tapis de soies dirigées vers le bas
qui empêche toute retraite de l’insecte capturé. Dans un raffinement de l’évolution le
Nepenthes rafflesiana de Bornéo a développé une stratégie de chasse unique pour
attirer un maximum de fourmis avec son délicieux nectar. Ce sont tout d’abord les
fourmis éclaireuses qui viennent se délecter de son nectar. De retour à leur colonie (si

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le piège n’a pas été activé lors de leur visite), elles avertissent leurs congénères de la
présence de cette riche source de nourriture. Plus tard, les éclaireuses reviennent avec
un grand nombre d’ouvrières pour la récolte de cette généreuse source alimentaire. A
cet instant il se peut que le piège ait été activé. Effectivement, en l’absence de pluie, le
piège demeure inactif alors qu’après une ondée, le péristome et les parois de l’urne
deviennent très glissants. C’est précisément à ce moment-là que toutes les fourmis qui
sont venues en groupes, glissent et tombent dans ce piège mortel d’où elles n’en
ressortiront plus. Une série d’observations a démontré clairement que cette manière de
procéder présente un avantage de taille comparé aux autres pièges passifs qui
fonctionnent en permanence. En effet, ceux qui sont actifs par intermittence, à
l’exemple de ce népenthès, ont une capture de fourmis 36% supérieure à celle des
autres pièges. Ce surplus s’explique par le fait que cette plante les attire par lots de
plusieurs dizaines à la fois (Bauer et al 2015). A Bornéo il existe des outres de
népenthès géants qui sont disposées au sol et il n’est pas rare que des grenouilles ou de
petits rongeurs imprudents se fassent piéger et dévorer.

A Bornéo les chauves-souris visitent une espèce de népenthès qu’elles repèrent par
écholocalisation (Schoner et Simon, 2015). En effet, il s’agit d’une grande plante
carnivore, le Nepenthes hemsleyana qui a développé une stratégie unique de
communication avec les chauves-souris qu’elle espère attirer. Cette plante est munie
d’un piège passif sous forme d’une outre. Sa construction est particulière dans ce sens
qu’elle permet de renvoyer les ultra-sons que produisent les chauves-souris. Grâce à
cette structure, cette plante a trouvé un moyen original pour se mettre plus facilement
en évidence et en contact avec les chauves-souris dans leur environnement naturel. Dès
que ces dernières ont localisé le népenthès, elles s’installent sur le rebord de son outre
et se mettent à déféquer à l’intérieur. Ces déjections sont fort appréciées car riches en
nutriments elles sont digérées et mises à profit par la plante. Voilà des chauves-souris
d’avant-garde qui ont découvert l’usage des toilettes autonettoyantes! Dans la mesure
où ces plantes ne capturent que peu d’insectes, les fientes si généreusement dispensées
par les chauves-souris sont les bienvenues et constituent une source importante de sels
minéraux essentiels pour ces népenthès. Mais dans ce cas particulier, hormis le
privilège de faire usage de toilettes publiques, quel avantage représente ce népenthès
pour les chauves-souris? Ça, l’histoire ne nous le dit pas.

Dans le groupe de plantes carnivores qui disposent d’un piège actif ou semi actifs il y
a les droseras (dans le monde il y en a environ 188 espèces) et les dionées. Des
tentacules de droséras figés dans l’ambre datées de 35 à 47 millions d’années sont les
plus anciens vestiges de plantes carnivores que l’on a trouvées sur les bords de la mer
Baltique. La version moderne du drosera possède des feuilles très spéciales couvertes
de poils rouges, gluants dont l’extrémité imite la rosée. Cela attire les insectes qui une

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fois sur la feuille se font enlacer par les poils. Tels des lassos ils s’enroulent autour de
leur victime afin de l’immobiliser avant de la digérer (Figure p…).

La dionée dispose d’un piège particulièrement redoutable (Figure p…). L’extrémité


de ses feuilles est transformée en piège à mâchoires bordées de dents. Lorsqu’un
insecte s’aventure sur cette plante et qu’il pénètre à l’intérieur du piège, il active par
ses mouvements de façon inconsciente un ou deux poils sensibles qui déclenchent le
mécanisme de la fermeture soudaine de ces mâchoires. La plupart des insectes ne sont
pas capables de s’échapper à temps de ce redoutable piège. L’insecte prisonnier est
ensuite lentement digéré par les enzymes sécrétées par la plante. Les lobes s’ouvrent à
nouveau au bout de quelques jours à la fin de la digestion révélant les vestiges
indigestes de son repas. Chaque paire de lobes ne peut se fermer que trois fois environ
durant la croissance de la feuille avant qu’elle ne sèche et soit remplacée par une autre.
La vitesse de fermeture de la mâchoire dépend de la température de l’air ambiant
(Collectif b, 2015).

Le langage symbolique des fleurs


Le don de fleurs a une longue histoire et c’est une pratique courante dans la plupart
des civilisations où leur symbolique diffère selon les cultures. Chaque fleur a sa
signification qui repose sur sa couleur, son parfum et sa forme. Ce sujet fit par le passé
l’objet de très nombreux ouvrages et nous ne présenterons ici que quelques exemples
classiques parmi les fleurs les plus populaires.

Le Chrysanthème symbole de l’éternité, la plupart d’entre nous assimilent cette fleur


aux défunts. En effet, en France son usage était très fréquent pendant la guerre pour
fleurir les tombes, c’est ce qui lui a valu cette image teintée de tristesse. Cependant
offrir des chrysanthèmes est également un témoignage de la constance dans son
amour. Pour certains, cette fleur est un messager de l’espoir, de la joie, de la loyauté et
de la longue vie. Les chrysanthèmes sont originaires de la Chine et ils sont mentionnés
pour la première fois au IIIe siècle avant J.C. sous le nom de Ju Hua ( 菊花). Le nom
européen vient du grec: chrysos (or), anthemon (fleur). Les japonais firent du
chrysanthème l’emblème impérial et sa culture était strictement réservée aux nobles.

Le Tournesol. Haut sur tige déployant sa corolle d’un jaune éclatant exprime
l’orgueil. Chez les Incas du Pérou, il représente un symbole du soleil. Lorsque
l’empereur était porté sur son trône, les nobles guerriers qui l’accompagnaient tenaient
un tournesol en or. Son nom français vient du fait que sa fleur suit le mouvement du
soleil dans sa course. Offrir un tournesol est un excellent moyen d’exprimer une
reconnaissance respectueuse sans que pour autant des sentiments ambigus ne soient
exprimés.
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L’Amaryllis représente la fierté et la volonté de briller. Le poète Virgile dans ses
Bucoliques, parle d’un berger du nom d’Amaryllis, et ce nom vient d’un terme grec
qui signifie «éblouissant». Ce peut être aussi l’emblème du dédain et de l’arrogance.
Cela est sans doute dû au fait qu’elle est difficile à cultiver et qu’elle surclasse toutes
les autres fleurs avec ses longues trompettes colorées (Pickles, 1992).

Le Bleuet est un message de sentiments purs et délicats et il exprime au-delà des mots
un amour silencieux à la personne aimée. C’est aussi le symbole de l’amour timide et
représente un engagement de fidélité. Par le passé, c’était les filles à marier qui
cueillaient des bleuets pour décorer leur chevelure. Réciproquement lorsqu’un jeune
homme en arborait un à sa boutonnière c’était de même le signe qu’il recherchait
l’âme sœur.

La Violette. Cette petite fleur sauvage modeste qui s’épanouit au début du printemps
est un symbole de la simplicité et de la pudeur. La violette double signifie: je partage
ton amour (ou ton amitié). Chez les Celtes et les Grecs elle fut l’emblème de
l’innocence et de la virginité. En regard de sa timidité la violette peut exprimer un
amour caché. En effet, un homme qui offre un bouquet de violettes à une femme
signifie qu’il était pendant longtemps dans le silence en raison de sa timidité et
qu’enfin il dévoile son amour.

La Rose est le symbole de l’amour véritable et c’est certainement la fleur que l’on
offre le plus souvent. On raconte que dans l’empire romain les roses devinrent
synonyme des pires excès, car les paysans étaient contraints de les cultiver au lieu de
produire du blé. En effet, ces roses étaient cultivées pour satisfaire aux désirs de leurs
propriétaires. Les empereurs remplissaient d’eau de rose leurs bassins et piscines.
Héliogabale (empereur romain de 218-222) pour distraire ses invités, lors des
nombreuses fêtes qu’il donnait, faisait tomber sur eux une pluie de pétales de roses
(Pickles, 1992).

Le Souci. Son nom prête à confusion. En effet il vient du latin solsequia qui suit le
soleil et c’est une plante qui aime le soleil. Pour les Anciens le souci est un symbole du
chagrin et de la peine. On dit aussi que les rois d’Espagne portaient cette fleur pour
conjurer le mal.

La Primevère est un des premiers signes du printemps. Cette fleur modeste et fraîche
symbolise la candeur. La primevère cultivée se présente sous diverses couleurs dont
chacune d’elle a apparemment sa signification. La couleur blanche comme pour
d’autres fleurs symbolise l’amour pur et idéalisé alors que la primevère bleue
représente l’amour tendre. Pour le premier amour chaste c’est une fleur rose.

La pensée à l’exemple d’autres fleurs a une signification toute différente selon sa


couleur. La pensée multicolore signifie: «je pense à toi, tu penses à moi». La pensée

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rouge est le symbole de l’amour ardent quant à la couleur orange c’est l’amour
charnel. Une pensée jaune représente le désir empreint de poésie et le rose: je suis
fidèle. Une pensée mauve suggère une nostalgie de l’amour qui passe alors que le noir
représente un chagrin d’amour sans espoir.

Le Lys symbolise la douceur et la pureté. Dans l’antiquité les romains associaient cette
fleur avec l’amour pur, c’était un symbole de virginité et d’innocence. Pour les grecs,
le fait qu’un homme offre une couronne de fleurs de lys à son élue signifiait qu’il
souhaitait qu’elle ait une vie pure et fertile. Le lys blanc est aussi associé à la Vierge
Marie, c’est pour cette raison qu’on le nomme le lys de la Madone. On retrouve la
fleur de lys dans les peintures de Léonard de Vinci. Dans l’Annonciation (1474),
l’Archange Gabriel tient une tige de lys. Cette fleur est souvent présente à l’occasion
des mariages. Le lys suscitait l’admiration des rois de France. On le retrouve d’ailleurs
sur les écussons et sur toutes les armes françaises de l’époque.

L’Orchidée. Sa signification symbolique trouve son explication dans la beauté de sa


fleur. Ses formes particulières lui ont valu des noms les plus fantaisistes tels l’orchis
militaire, l’orchis vanillé, le sabot de vénus, l’orchis singe, l’orchis bouffon, l’ophrys
bourdon ou l’homme pendu. L’orchidée symbolise la séduction, la sensualité et elle
incarne d’une certaine façon la femme idéale. Selon sa couleur, son symbole peut
quelque peu différer. Le rouge exprime le désir d’un amour charnel, le rose la
sensualité, le jaune exprime l’érotisme tandis que le blanc est l’amour idéalisé et pur.

L’œillet. A l’exemple d’autres fleurs l’œillet change de signification selon sa couleur,


il exprime le refus quand il est panaché, le dédain lorsqu’il est jaune et le mal d’amour
s’il est rouge. «Le blanc était depuis Henri IV la couleur de la monarchie et l’œillet
blanc devient un symbole traditionnaliste et conservateur alors que l’œillet rouge
indique un parti pris révolutionnaire». Pendant la Fronde (1648-1653) il était porté à la
boutonnière des uniformes par les soldats du grand Condé et c’était un symbole de
courage. L’œillet rouge fut introduit dans les traditions européennes au début du XXe
siècle. En Italie, en France et en Autriche il se portait à la boutonnière pendant la fête
du travail le premier mai (Pickles, 1992).

Le Coquelicot. Les Romains l’appelaient la rose de Cérès, en hommage à la déesse


des moissons. Celle-ci était d’ailleurs représentée portant une corbeille d’épis
entremêlés de fragiles fleurs de coquelicots. Dans la mythologie grecque, la divinité
Déméter buvait des décoctions de coquelicots (traces d’opium) pour apaiser son
chagrin provoqué par le rapt de sa fille par Hadès, le dieu de l’enfer. Cette fleur
exprime pour certains l’extravagance fantasque tandis que pour d’autres elle symbolise
le repos, la tranquillité et la consolation.

La Tulipe. La tulipe sauvage (Tulipa sylvestris) qui pousse dans le Jura est une petite
fleur jaune tandis que celles que nous cultivons viennent de Perse et de Turquie. Les
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marchands vénitiens ramenèrent les premiers bulbes au XVIe siècle et c’est au XVIIe
siècle que les hollandais entreprirent la culture des tulipes à grande échelle. La
symbolique de cette fleur diffère selon ses couleurs. Le blanc exprime l’amour idéalisé
et pur alors que pour le rose c’est l’amour naissant. Le jaune exprime la crainte d’un
amour impossible et le noir est le symbole d’un amour intense qui se vit dans la
souffrance.

La communication par lumière infrarouge


Les couleurs d’un objet que l’on perçoit sont celles qu’il ne peut absorber. Dans la
mesure où une plante n’absorbe que très peu de lumière verte, c’est celle que nous
percevons. Chez une plante, la lumière ne sert pas exclusivement à convertir son
énergie en sucre. Les différentes couleurs qui la composent sont aussi des messages
qu’elle envoie aux autres pour leur signaler sa présence. Les végétaux détectent les
modifications subtiles de la composition spectrale de la lumière qu’ils reçoivent et
adaptent leur croissance de telle façon à ce qu’ils ne se trouvent pas dans l’ombre de
leurs voisins. La régularité des champs de céréales, de colza ou de tournesols où toutes
les plantes ont la même hauteur est, en partie, le résultat d’une telle perception de la
lumière émise par ses voisins. Toutefois les plantes qui poussent en marge des champs
sont plus petites car elles reçoivent moins de lumière rouge lointain. De même, pour
deux arbres qui croissent à proximité, ils ont tendance à poursuivre leur croissance en
sens opposés. Par conséquent, si les plantes ont subi une mutation du pigment
photosensible au rouge foncé, cela les rend aveugles pour cette couleur et la hauteur
des tiges ainsi que leur croissance en largeur deviennent hétérogènes et non contrôlées.

La sensibilité d’une plante aux différentes longueurs d’onde de la lumière du jour


dépend de la présence de nombreux types de photorécepteurs (pigments) répartis sur
toute sa surface. Dans le monde végétal, il en existe au moins onze espèces dont les
phytochromes, les cryptochromes et les phototropines qui sont sensibles aux
différentes couleurs (chez les humains il y en a seulement quatre espèces). Ainsi donc,
la plante est à même de détecter un large spectre lumineux, de l’ultraviolet à
l’infrarouge. Les récepteurs sensibles aux rayons ultraviolets sont d’ailleurs d’une
importance vitale chez les plantes qui sont exposées à ce type de rayonnement en haute
altitude ou dans le désert. En effet, les rayons ultraviolets B sont très nocifs dans ce
sens qu’ils sont responsables de nombreuses mutations aléatoires. Dans le dessein de
se protéger, la plante qui dispose de photorécepteurs UV intacts réagit en synthétisant
des substances (flavonoïdes) qui s’accumulent dans la cuticules des feuilles et des tiges
où ils agissent en tant que crème solaire (écran total) qui les protègent très
efficacement en absorbant les rayons ultraviolets nocifs.

Selon de récentes recherches il semble bien que la couleur rouge sombre proche de
l’infrarouge soit impliquée dans la communication entre plantes voisines. Lorsque des

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réflecteurs renvoient la lumière caractéristique de celle réfléchie par les tissus végétaux
(lumière rouge sombre ou lointain), une plante tend à s’écarter de cette source
lumineuse ou bien elle active sa croissance en hauteur. Lenne et ses collègues (2014)
ont bien démontré qu’une plante de maïs est capable de détecter la présence des autres
végétaux situés à plus de trois mètres de distance! Grâce à cette capacité sensorielle les
plantes ont appris à éviter celles qui sont susceptibles de leur faire trop d’ombre ce qui
péjorerait leur capacité à photo-synthétiser.

Les plantes absorbent la lumière rouge de longueurs d’onde entre 600 et 700 nm.
Cependant la lumière située dans le rouge lointain ou sombre au-delà de 700 nm n’est
plus absorbée et elle est réfléchie par les feuilles. Cette lumière infrarouge particulière
a une longueur d’onde comprise entre le domaine visible de 700 nm et celui des
microondes de 1000 nm. Lorsqu’une plante détecte plus de lumière rouge lointain (ou
sombre) que de lumière rouge clair elle sait qu’elle se trouve à l’ombre d’autres
plantes proches. Inversement si elle reçoit plus de lumière rouge clair que de lumière
rouge lointain ou sombre, elle réalise qu’elle est exposée directement à la lumière du
soleil.

Ce phénomène donne aux plantes la possibilité d’adapter leur croissance de telle


façon à ne pas se trouver dans l’ombre de leurs voisines et elles anticipent la présence
des compétiteurs potentiels. C’est en vertu de cette capacité à capter les subtiles
différences entre les longueurs d’onde de la couleur rouge qu’elles réagissent de
manière adéquate aux messages provenant d’autres végétaux (Karban, 2015). La
plante mesure de façon très précise le rapport qu’il y a entre deux longueurs d’ondes
différentes, celle du rouge clair que nous apercevons bien et celle du rouge sombre (ou
rouge lointain) que notre œil a peine à détecter. Selon les résultats de récentes études
c’est apparemment le rapport entre l’émission du rouge clair et celle du rouge lointain
perçus par des récepteurs spéciaux que la plante décide de synthétiser plus d’hormones
de croissance. En effet si le rouge clair domine le rouge lointain, il y a peu de synthèse
d’hormones de croissance. A l’inverse si le rouge lointain domine le rouge clair il y a
une augmentation de la synthèse de ces hormones (Jobe, 2015).

Les plantes ne sont pas aussi sourdes que leur pot!


En effet, aussi surprenant que cela paraisse, il semble bien que les plantes perçoivent
les vibrations sonores qui sont émises par d’autres végétaux qui croissent à proximité.
L’avantage évident d’une transmission sonore des messages dans le sol ou par l’air est
sa vitesse et distance de propagation qui est sans doute plus performante qu’une simple
diffusion de substances chimiques volatiles qui, selon les caprices du vent, peut être
aléatoire.

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Dans ce contexte Gagliano et ses collègues (Gagliano et al, 2012 ; Gagliano et
Renton, 2013) ont exploré les différentes possibilités de communications entre deux
espèces de plantes qui ne se tolèrent guère: Le fenouil et le piment. Le fenouil est
reconnu pour émettre par ses racines et ses parties aériennes des substances volatiles
toxiques qui inhibent la croissance des piments dans leur voisinage immédiat. Dans le
dessein d’explorer d’autres possibilités de communication entre ces deux plantes, ces
auteurs ont mis au point un appareil qui leur permet d’exclure l’effet des substances
chimiques volatiles toxiques ou de la lumière réfléchie par la plante de fenouil. Un
schéma de cet instrument est présenté à la page … Au centre de ce dispositif il y a un
cylindre transparent qui peut être soit ouvert ou fermé par le haut et qui contient une
plante de fenouil. Tout autour de ce cylindre on a disposé une série de récipients dans
lesquels il y a soit des graines de piments en germination, soit de jeunes pousses de
piments. Le tout est installé dans une grande boîte transparente à doubles parois
hermétiques avec vacuum et joints étanches empêchant tout contact avec l’air ambiant
extérieur. Les mesures de la croissance et de la germination des graines de piments
sont comparées à celles des plantes témoins. Cinq conditions différentes furent testées.
1) Le cylindre qui contient la plante de fenouil est ouvert par le haut ce qui permet une
diffusion libre des substances volatiles produites par le fenouil. 2) Le cylindre occupé
par la plante de fenouil est fermé hermétiquement pour empêcher toute diffusion de
substances chimiques volatiles. 3) A l’exemple de la disposition précédente, le
cylindre est non seulement fermé hermétiquement mais il est en plus revêtu d’un
manchon noir empêchant toute réflexion de lumière par la plante. 4) Le cylindre ne
contient aucune plante. 5) le cylindre est également vide mais il est toujours revêtu du
manchon noir. 6) le cylindre contient une plante différente de celle du fenouil.

Ce système fort simple a permis aux expérimentateurs de répondre aux questions


suivantes: Est-ce que le voisinage d’une plante de fenouil peut influencer le taux de
germination des graines et la croissance des pousses de piments alors que le cylindre
est ouvert ou fermé hermétiquement empêchant toute communication chimique ou/et
lumineuse? Le taux de germination ou de croissance dépend-il de l’identité de la plante
placée dans le cylindre?

A la suite d’une longue série de tests avec contrôles appropriés, voici en bref ce que
les expérimentateurs ont constaté. On peut en effet observer deux phénomènes à effets
contraires: l’un chimique qui inhibe la germination des semis de piments ainsi que la
croissance des plantules lorsque le cylindre est ouvert par le haut. En effet, cette
disposition permet une diffusion libre des substances chimiques volatiles produites par
la plante de fenouil. Un second effet contraire, dont le mécanisme est pour le moment
inconnu, favorise la germination des graines et la croissance des plantules de piments.
En effet, lorsque le cylindre est obscurci et fermé hermétiquement on obtient une
stimulation de la germination et de la croissance des plantes de piment. Cette

24
expérience démontre bien qu’il y a deux types de signaux à effets contraires émis par
la plante de fenouil, l’un négatif occasionné par la diffusion de substances chimiques
volatiles émise dans l’espace confiné de cet instrument et un autre signal à effet positif
pour l’instant encore non identifié. Les auteurs de ces expériences assurent que dans
ces tests le fenouil isolé dans le cylindre opaque et hermétiquement clos ne peut en
aucune manière laisser diffuser sélectivement une substance chimique si petite soit-
elle. Ainsi donc, ces dernières ne seraient pas responsables de l’effet positif observé
sur la germination des graines et la croissance des pousses de piments. Qu’en est-il de
l’effet de la température générée par la plante de fenouil confinée dans le cylindre
fermé? Grâce à l’opacité du cylindre, il n’y a aucune diffusion de signaux lumineux
émis par la plante de fenouil, susceptibles de favoriser la croissance des piments. Dans
d’autres expériences effectuées avec le même dispositif Gagliano et Renton ont
également démontré qu’à l’instar du fenouil, une plante de basilic placée dans le même
cylindre hermétique et opaque stimule la germination des graines et la croissance des
plantules de piment.

QUELLE EST DONC LA NATURE DE CES MYSTÉRIEUX SIGNAUX?

Dans le dessein d’expliquer ces surprenants résultats, les auteurs de ces expériences
ont avancé deux hypothèses mutuellement non exclusives. Pour la première, ils
suggèrent que des interférences entre des champs électromagnétiques très faibles
produits par la plante de fenouil seraient à l’origine de l’effet positif observé sur la
germination des graines et la croissance des plantules de piments (de tels champs
électromagnétiques devraient être mesurables à l’aide d’instruments ultrasensibles!).
Pour la deuxième hypothèse, celle que préfèrent les expérimentateurs, il s’agirait d’une
communication sonore. Cela va sans dire que pour l’instant, de tels mécanismes pour
l’émission et la réception de ce genre de signaux sont très mal connus et que les
expériences sur ce sujet n’en sont qu’à leurs balbutiements. Et pourtant selon d’autres
observations il semble bien que les plantes soient capables de communiquer entre elles
par cliquetis sonores inaudibles pour nos oreilles. En effet à l’aide de puissants
amplificateurs les scientifiques ont mis en évidence l’émission de cliquetis par des
pousses de maïs. Si l’on soumet les racines de grains de maïs en germination (culture
hydroponique) à de telles vibrations sonores, elles se dirigent dans leur direction. Dans
le cas présent les racines de plantules de maïs ne réagissent qu’à des fréquences
comprises entre 200 et 300 Hertz (Gagliano et al. 2012). (Figure page…)

On peut concevoir que ces cliquetis émis par les racines des plantes de maïs soient
des appels pour signaler leur présence aux congénères voisines. Peut-être que cela
facilite les contacts racinaires directs ou indirects entre elles. Dans un effort mutuel de
survie ces plantes pourraient être ainsi en mesure de se transmettre plus facilement des

25
messages qui leur permettent de mettre en place diverses stratégies de défense en
prévision d’agressions par des ravageurs phytophages et d’agents pathogènes ou de
stress abiotiques. Alternativement ce pourrait être une autre façon d’attirer les
champignons mycorhizes avec lesquels elles vivent en symbiose. L’ensemble de ces
résultats ouvre, sans doute, de nouvelles perspectives de recherche sur une façon
différente de communiquer chez les plantes.

D’autres expériences plus récentes suggèrent que les plantes semblent bel et bien être
en mesure de percevoir les vibrations sonores et en particulier celles émises par un
insecte qui ravage leur feuillage. Dans le dessein de le démontrer de façon conclusive,
Appel et Crocroft (2014) ont tout d’abord enregistré les bruits que produit une chenille
dévorant une feuille. Cette signature acoustique fut ensuite émise en playback sur une
feuille d’arabette intacte (Arabidopsis thaliana). Pour le botaniste cette petite plante
expérimentale est en quelque sorte l’équivalent de la souris de laboratoire. En présence
de ces signaux acoustiques, l’arabette se mit à synthétiser des substances de défense
dirigées contre un hypothétique insecte ravageur. A ce jour, il faut bien avouer que
nous ne savons pas grand-chose sur la nature de cette perception acoustique et de sa
transduction en réactions permettant à la plante de réagir contre l’envahisseur. Tous
ces résultats préliminaires surprenants firent, sur le moment, sensation dans les mass
médias et maintenant reste le travail long et méticuleux, mais certainement moins
médiatique, pour découvrir le ou les mécanismes responsables de l’émission et de la
réception des ondes sonores chez les plantes.

Dans l’éventualité d’une communication sonore chez les plantes à défaut d’organes
phonatoires connus, comment émettent-elles leurs signaux? Sont-ils spécifiques? Sous
quelle forme la plante perçoit-elle ces signaux sonores? Différence de pression, qualité
mécanique des vibrations sonores? Quelle est la nature des récepteurs susceptibles de
percevoir les ondes sonores? Par quel mode ces signaux sont-ils traduits en réactions
(chimiques ou/et physique) spécifiques? Est-ce un phénomène isolé ou général que
l’on peut observer chez tous les végétaux? Dans les expériences de Gagliano, par
exemple, si réellement la plante de fenouil émet des sons à l’intention des plantules de
piments, il devrait être possible de les enregistrer au moyen d’amplificateurs puissants
et d’enregistreurs hypersensibles. Dans un deuxième temps, une émission en play-back
de tels signaux devrait avoir les mêmes effets sur la germination des graines et la
croissance des plantules de piments que la présence de la plante de fenouil confinée
dans son cylindre hermétique et opaque!

La discrète symphonie des arbres

26
Chez les Celtes dans la tradition druidique, les arbres sont vénérés car ils sont tous
en possession, selon eux, de leur énergie propre et ils sont chargés de ressources
cachées avec des pouvoirs magiques qui ont une influence positive sur les êtres
humains. La dendrothérapie (du grec dendron: arbre) ou la détente par les arbres est
vieilles comme le monde et les adeptes de cette pratique font l’éloge de ses nombreux
effets bienfaisants sur notre être psychologique, notre vitalité et l’amélioration de notre
santé physique et mentale. La présence des arbres, parait-il, réduit le stress et
augmente le sentiment de sécurité. L’écrivain François Mauriac, dit-on, embrassait les
chênes de son parc, collant son corps à leur écorce en les enserrant dans ses bras.
L’humain a toujours eu une relation physiologique et psychologique étroite avec
l’arbre. Georges Plaisance, un ingénieur des eaux et forêts (cité par J.M. Pelt, 1996)
disait en substance «Les signes de vie du végétal, même sentis inconsciemment, sont
une invitation à ce déplacement de l’énergie dans notre corps…il n’est guère besoin de
connaissances en physiologie végétale pour sentir que la sève circule dans l’arbre
pareil au sang dans notre corps, que les énergies sont puisées en certaines lieux de
l’arbre…». De récents travaux révèlent que les arbres émettent effectivement des sons
inaudibles à nos oreilles. Des études en bioacoustique ont mis en évidence cet étrange
phénomène. Ces bruits émis par les arbres pourraient être expliqués par le mouvement
des fluides qui se déplacent des racines jusqu’au sommet du végétal. C’est possible
d’enregistrer ces émissions acoustiques grâce à l’installation de capteurs à ultrasons
très sensibles sur les branches et l’écorce du tronc. Les arbres semblent émettre des
sons différents selon les conditions physiologiques, climatiques et météorologiques.
C’est un sujet actuel de recherches où l’exploration de la signature acoustique du pin
sylvestre, par exemple, montre comment les sons émis par cet arbre évoluent au cours
d’une journée, au fil des saisons et en fonction du beau ou du mauvais temps. Selon les
chercheurs, il semblerait bien que les changements climatiques soient aussi
perceptibles acoustiquement. Pendant la nuit l’arbre émet un chuchotement faible. A
l’origine de ce son il y a peut-être la présence de minuscules bulles d’air qui s’élèvent
par millions dans le tronc comparable au Champagne. Ces bruissements émis par les
arbres sont-ils perçus par leurs voisins? Ont-ils une quelconque signification dans la
communication entre végétaux? Pour l’instant nul ne le sait et ce phénomène est de
nos jours étudié dans le contexte du domaine très actuel des changements climatiques
(Beyer, 2014). Pour tous ceux qui désirent en savoir davantage sur ces phénomènes
acoustiques chez les plantes, consultez l’excellente synthèse de la littérature sur ce
sujet publiée par Gagliano, 2013).

Les plantes sont-elles mélomanes?

27
Aux Indes on raconte que selon une très vieille tradition le dieu Krishna faisait jouer
de la musique pour que la végétation de ses jardins devienne luxuriante. Depuis des
temps anciens on avait constaté, de façon empirique, que les plantes soumises à la
musique avaient une croissance plus rapide et qu’elles étaient plus vigoureuses et en
meilleure santé que celles qui étaient cultivées en l’absence de musique. Sur un autre
continent, les indiens Hopis de l’Arizona chantent des airs transmis de générations en
générations pour favoriser la croissance du maïs. Ou bien ce sont encore les
agriculteurs de quelques îles du Pacifique qui imitent le chant des oiseaux de leur
région afin d’améliorer le rendement de leurs récoltes. De nos jours on émet par haut-
parleurs de la musique destinée aux plantes et les adeptes de cette technique nous
affirment que cela améliore leur croissance. Dans quelques cas on fait même usage de
la musique pour protéger les cultures des attaques d’agents pathogènes.

L’effet de la musique sur les plantes peut théoriquement se décomposer en différents


facteurs physiques distincts. Parmi eux, il y a les effets mécaniques du son par
résonance, vibrations et pression et des chercheurs considèrent même des effets
électromagnétiques. La musique peut être diffusée sous différentes formes: musique
classique et la musique douce basée sur une fréquence du La ajustée à 432 Hz. En effet
cette fréquence de 432 Hz du La est qualifiée, par certains biophysiciens, de naturelle,
car ils l’ont calculée à partir de molécules présentes dans la nature. Selon ces
spécialistes, l’oscillation à 432 Hz du La (pour le La conventionnel de nos diapasons
classiques elle est de 440 Hz) est également la fréquence de résonance de l’eau qui est
un constituant majeur des êtres vivants (Nabet, 2015).

Selon les expériences de quelques physiciens il y a ce que l’on appelle les


«protéodies» (voir Note 1 en fin du livre) qui sont des mélodies qui comprennent une
succession de notes représentant les résonances des acides aminés qui composent les
protéines. Ce sont des mélodies ciblées pour des protéines (ou des séquences de gènes)
spécifiques. Selon les adeptes de cette technique cela permet de réguler leur
biosynthèse ainsi que leur expression génétique. Ce procédé fut mis au point et breveté
par J. Sternheimer. Toutefois il est notoire que le dépôt d’un brevet n’est en soi pas
une preuve de la validité du procédé! Cet inventeur déclare que chaque acide aminé
(une succession d’acides aminés forme un peptide ou une protéine) correspond à une
note différente. Ainsi donc pour chaque protéine il y a une mélodie qui lui est propre.
Selon le choix de la «protéodie» il est possible d’activer ou d’inhiber la synthèse d’une
protéine spécifique ou l’expression de son gène. Toujours est-il que selon les adeptes
de cette étrange technique, certaines fréquences sonores auraient un effet bénéfique sur
les plantes (croissance, floraison, maturation et état sanitaire). Un essai en serre montre
que c’est possible d’augmenter la croissance des plants de tomates de plus de 20%
avec de la musique appropriée et elle aurait dans ce cas encore un effet positif sur leur
état de santé. Une croyance populaire soutient même qu’il faut parler aux plantes pour

28
leur bienêtre. Nul doute que cela doit donner une certaine satisfaction à ceux qui leur
parlent. Plusieurs articles de science populaire déclarent que les plantes préfèrent la
musique classique à la musique rock qui est trop agressive (Pelt, 1996).

Selon D. Retallack cité par Pelt (1996) la musique préférée des plantes serait la
musique orientale qui pourrait aller jusqu’à doubler leur rythme de croissance. Au
second rang on trouve la musique classique avec Jean Sébastien Bach, suivie de très
près par le jazz classique mais sans la percussion. Si tel est le cas, il n’est guère
surprenant que l’effet de la musique de Bach sur les plantes soit si proche de celle du
jazz. En effet, la musique de Bach se laisse aussi interpréter sur un rythme de jazz
(pour exemple, les interprétations de Bach au piano sur rythme de jazz de Jacques
Loussier). Quant aux rock et autres musiques dites «hard» elles provoquent à court ou
à long terme, selon les experts, des lésions irréversibles chez les plantes. Cette
nouvelle façon de soigner les plantes ne tarda pas à être exploitée commercialement et
on trouve maintenant sur le marché des CD de musique spécialement conçue pour le
bienêtre des plantes.

Des expériences plus récentes suggèrent que les sons audibles sont en mesure
d’influencer de façon positive la vitesse de germination et la croissance du haricot
mungo (Vigna radiate). En effet Cai et collègues (2014) ont exploré ce phénomène en
laboratoire. Pendant 72 heures les graines de ce haricot furent soumises à des sons
audibles de différentes fréquences et intensités. Dans le cas présent le meilleur résultat
fut obtenu pour des sons émis à une haute fréquence de 2000 Hz et à une intensité de
90 dB. Sous ces conditions la vitesse de germination de ces graines comparée aux
contrôles augmente d’environ de 15%.

En 1993, Pelt un professeur de biologie végétale (1996) expérimenta les effets de la


musique sur des cultures de tomates. Pour ses expériences deux jardins, l’un musical et
l’autre sans musique, furent aménagés. Voici ce que Pelt raconte: «Les plantes du
jardin musical reçoivent une séquence sonore de «protéodie» spécifique diffusée par
un haut-parleur. Ces plantes furent soumises, selon leur stade de croissance, à
différentes protéodies favorisant la croissance, le métabolisme énergétique, la
floraison et autres. Cette musique est émise à raison d’une minute et demie à deux
reprises par jour. Dans un autre essai, elle n’est retransmise qu’une fois par jour
pendant trois minutes». Au terme de cette série d’expériences Pelt déclare: «La
différence entre le jardin témoin et le jardin musical est significative. Les tomates du
jardin musical sont près de trois fois plus nombreuses et en moyenne plus hautes pour
ce qui est du pied de 27% ; leurs fruits sont nettement plus gros…». Dans le dessein
d’éliminer toutes autres influences extérieures sur la croissance de ces plantes de
tomates (lumière, environnement, bruit etc.), il eut été intéressant de répéter cette
expérience en intervertissant les jardins !

29
Selon quelques expérimentateurs la musique aurait aussi un effet bénéfique dans la
lutte contre plusieurs maladies des plantes. Depuis 2009, par exemple, des vignerons
ont décidé de recourir à la musique pour limiter les dégâts provoqués par l’esca ou
apoplexie de la vigne, une maladie cryptogamique provoquée par sept à huit espèces
différentes de champignons qui détruisent les ceps. Jusqu’en 2001 on luttait contre
cette maladie à l’aide de produits à base d’arsenic. En raison de sa toxicité ce
traitement fut banni et remplacé, entre autres, par l’application d’une série harmonique
propre à inhiber la croissance de ces champignons. Une entreprise spécialisée,
Genidics, a commercialisé cette manière de procéder qui consiste à diffuser cette
musique spéciale de «protéodie» à raison d’une à deux diffusions de sept minutes par
jour. Ce traitement, selon les vignerons, fut à même d’abaisser de 60% la mortalité des
vignes dès la première année de traitement musical. De même en Loire-Atlantique ce
procédé fut appliqué avec succès dans les champs de concombres pour lutter contre les
maladies fongiques (Laplace, 2014). Curieusement en dépit de ces résultats positifs,
parfois même spectaculaires, nous n’avons trouvé à ce jour aucune publication
scientifique (Research Gate) sur ce sujet ! Qui plus est, si ces techniques éminemment
écologiques, s’avèrent si efficaces pourquoi ne sont-elles pas plus amplement mises en
pratique ? Que sait-on réellement sur le mécanisme de tels traitements ? La musique
agit-elle vraiment sur la croissance des plantes ou des champignons parasites ou
encore sur le niveau de résistance de la plante aux maladies? Une autre question qui
nous interpelle: comment peut-on affirmer qu’une protéodie spécifique augmente (ou
inhibe) la synthèse d’une protéine ou l’activité de son gène si l’on n’a pas quantifié ces
réactions en laboratoire? Ou bien est-il concevable que les protéodies agissent
directement sur l’activité des enzymes impliquées dans les réactions ciblées ? Même si
nous avons à ce jour aucune explication satisfaisante sur ces phénomènes, dans
l’intérim restons vigilants et ouverts à toutes nouvelles expériences dans ce domaine
car la nature nous réserve toujours des surprises.

L’intervention des champs électriques dans la communication


chez les plantes
Avant même que l’on sache si les plantes sont en mesure de communiquer par
champs électriques ou non, depuis plus de 250 ans les scientifiques se sont tout
d’abord intéressés à l’effet de l’électricité sur leur croissance. Une des premières
expériences scientifiques dans ce domaine très particulier fut présentée au XVIIIe
siècle à la Société Royale de Londres. Cette publication fit à l’époque beaucoup de
bruit et inspira de nombreux chercheurs de différentes nations. A ce moment-là on
affirmait déjà que l’électricité avait un effet positif sur la germination des graines et la
croissance des végétaux. Toujours est-il qu’une partie de ces résultats ne furent pas
30
corroborés par d’autres expérimentateurs. Malgré cela, l’une des premières
applications pratique sur le terrain débuta au milieu du XIXe siècle aux USA et un
chercheur convaincu de l’importance pratique de sa découverte déposa même un
brevet intitulé: Galvanic experiments on vegetals. Cela intéressa évidemment quelques
agriculteurs d’avant-garde de l’époque. L. Grandeau, vers le milieu du XIXe siècle
effectua diverses études avec des résultats prometteurs sur l’effet de l’électricité sur la
croissance des végétaux et il observa que la différence de potentiel entre l’atmosphère
et le sol stimule la croissance des arbres. Cependant ces expériences, bien qu’elles
soient encourageantes, se révélèrent financièrement non rentables (Collectif c, 2015).
En 1950 Demolon (1950) résumait bien la situation en déclarant: «Dans l’état actuel
des choses, on doit considérer que les faits observés sont mal expliqués et que les
diverses instruments proposés jusqu’ici sont insuffisamment efficaces et trop onéreux
pour conférer un intérêt pratique à l’électroculture…».

Au XIXe siècle on avait déjà remarqué que les cellules végétales étaient en mesure
de communiquer entre elles par signaux électriques. Depuis 1873, on affirmait même
que la fermeture spectaculaire et rapide du piège à mouche de la dionée était
déclenchée par des signaux électriques internes. Toutefois le mécanisme par lequel ces
signaux sont transmis restait obscur (Burdon-Sanderson, 1873). Un autre phénomène
électrique spectaculaire et unique chez le mimosa est la façon dont ses feuilles se
ferment si on les touche. Dans ce cas, il semble bien que l’information que reçoivent
les folioles est étroitement liée à des potentiels d’action, en d’autres termes, à des
signaux électriques. Des cellules réceptrices spécialisées lorsqu’elles sont stimulées
par un contact physique émettent un signal électrique (phénomène piézoélectrique?).
À son tour cela déclenche toute une série de réactions qui aboutissent à une différence
de turgescence entre deux zones de tissus, cela semble être suffisant pour provoquer le
repliement des folioles sur l’axe du pétiole de la feuille. Ce phénomène de polarisation
induite, qui se transmet de cellules en cellules, est donc responsable de l’activation de
la fermeture des folioles. Cette plante est ainsi en mesure de transformer une action
mécanique en signal électrique sans pour autant qu’il y ait chez elle un système
nerveux semblable à celui des animaux. La vitesse de propagation de ces signaux est
toutefois plus lente que pour un muscle, elle est d’environ 10 cm/seconde. Le retour à
l’état normal requiert une réaction inverse qui nécessite, selon les conditions
expérimentales, entre 10 et 20 minutes environ (Pickard, 1973).

De nos jours les chercheurs s’intéressent davantage aux champs électriques


qu’émettent les plantes en guise de signaux de détresse lorsqu’elles subissent un
traumatisme physique. En effet, c’est au cours d’une série d’expériences sur les
réactions des plantes aux traumatismes qu’on a détecté l’émission de très faibles
champs électriques, ayant pour origine l’endroit blessé et ce signal primaire est ensuite
transmis dans toute la plante. Ce phénomène est en quelques sortes un moyen efficace

31
par lequel l’endroit lésé avertit les autres parties de la plante à se préparer au pire!
Outre cela, il est reconnu qu’une plante blessée réagit sans tarder en émettant des
hormones de stress (voir Note 2 en fin du livre) auxquelles elle répond en synthétisant
des substances susceptibles de la protéger. Ces mêmes hormones de stress représentent
aussi un moyen de communication destiné aux plantes voisines pour qu’elles soient
averties d’une attaque éventuelle de ravageurs herbivore. Une question se pose alors:
est-ce que ces deux phénomènes, celui de l’émission d’un champ électrique et la
formation d’hormones de stress sont-ils liés? La formation de l’hormone de stress est-
elle la conséquence ou la cause de la génération d’un champ électrique ? C’est
précisément ce que Mousavi et ses collègues (2013) ont examiné avec soin.

L’objet de leur étude est une petite plante que l’on nomme arabette (Arabidopsis
thaliana). Pour les besoins de l’expérience, une feuille de cette plante fut endommagée
et les changements d’activités électriques à l’endroit lésé furent mesurés à l’aide
d’électrodes ultrasensibles. Ces mesures furent ensuite comparées avec celles
provenant des feuilles intactes de cette plante. Par la même occasion, en parallèle avec
les mesures électriques, le taux de production d’une hormone de stress (le jasmonate)
fut déterminé. Un simple contact physique avec une feuille d’arabette n’est pas
suffisant pour déclencher ce phénomène électrique. Toutefois, à la suite d’une lésion
locale des tissus végétaux il y a une dépolarisation des membranes qui est corrélée
avec une production d’hormone de stress. Cette synthèse s’observe aussi bien dans les
feuilles traumatisées que dans les feuilles intactes de la même plante. Pourtant une
corrélation entre ces deux phénomène n’est en soi pas la preuve d’une relation de
cause à effet. C’est pour cela que les chercheurs soumirent une feuille de la plante, en
l’absence de traumatisme, à un très faible courant électrique. La plante répondit
aussitôt à ce stimulus en produisant l’hormone de stress. Fort de ces résultats
encourageants, ils poursuivirent leurs investigations en clonant et séquençant les gènes
impliqués dans la propagation de ces signaux électriques. A leur grande surprise ces
gènes codent des protéines apparentées aux neurorécepteurs de glutamate qui sont
d’ordinaire impliqués dans le système nerveux animal (Mousavi et al. 2013). En effet,
chez les animaux ces récepteurs de glutamate sont localisés en grande partie dans les
membranes des cellules nerveuses. Ces résultats sont très surprenant d’autant plus que
les plantes ne sont pas en possession de neurones ni de synapses. Dans ce contexte il
est intéressant de noter qu’une plante soumise à un manque d’eau réagit de même en
synthétisant un neurotransmetteur tel que le GABA (Gamma amino butyric acid). En
considération de ces résultats peut-on parler d’un nouveau genre de «système
nerveux» propre aux végétaux ? Quelques chercheurs le pensent, toutefois seuls les
résultats des expériences futures nous le diront ! Des résultats plus récents indiquent
que certains de ces récepteurs de glutamate (il y en a une vingtaine d’espèces chez
Arabidopsis thaliana) pourraient avoir une fonction dans les réactions de défense des
plantes contre les maladies et les ravageurs (Forde et Roberts, 2014).

32
Cette propriété qu’ont les plantes à émettre des signaux électriques à la suite d’un
traumatisme (attaque d’insectes ou de maladies fongiques) fut mise à profit par une
compagnie allemande (Lehner Sensor-System à Kircheim/Teck) pour développer un
appareil très sensible capable d’enregistrer l’état sanitaire des plantes au moyen
d’électrophysiogrammes. Installés dans un vignoble, par exemple, de tels appareils
devraient permettre d’avertir le vigneron le moment propice pour traiter sa vigne
contre le mildiou ou autres maladies fongiques. Cela pourrait aider, dans une certaine,
à mieux cibler les traitements chimiques tout en réduisant leur nombre.

LES SIGNAUX ÉLECTRIQUES AU SECOURS DES INSECTES


POLLINISATEURS

Les fleurs ne disposent pas exclusivement d’odeurs, de couleurs et de formes pour


attirer les insectes pollinisateurs mais encore de l’électricité. En effet, selon de récentes
recherches effectuées à l’université de Bristol (Clarke et al. 2013), il semblerait bien
que les fleurs émettent un faible champ électrique qui signale leur présence aux
insectes pollinisateurs. Une simple observation est à l’origine de cette nouvelle
découverte surprenante. Lorsqu’un bourdon s’approche d’une fleur chargée de pollen,
on voit ce dernier littéralement voler sur le corps de l’insecte avant même qu’il se pose
sur la fleur. Ce phénomène peut être en partie expliqué par les vibrations qu’émettent
les ailes de l’insecte, mais selon les auteurs il est apparemment occasionné par une
différence de potentiel électrique entre la fleur et l’insecte. En effet, le bourdon dans
notre cas est chargé positivement tandis que la fleur émet une faible activité électrique
négative (une tension de 30 volts environ). Ce faible champ électrique est
apparemment suffisant pour former une sorte de communication à courte distance
entre la fleur et le bourdon. Ce dernier détecte le champ électrique de la fleur grâce à
ses poils sensoriels spécialisés Sutton et al. 2016).

Lorsqu’une fleur chargée négativement reçoit la visite du bourdon en quête de nectar


qui a une charge positive, elle perd une bonne partie de son activité électrique. Tout se
passe comme si ce champ électrique ainsi formé était en fait un message que la fleur
donne à son visiteur potentiel. Chose étrange, il parait qu’en l’absence de ce signal très
particulier, le bourdon bien qu’attiré par les fragrances et les couleurs de la fleur, ne la
visite pas ou peu. Dans ce cas particulier il parait bien que les bourdons pollinisateurs
auraient une préférence pour les fleurs les plus «électriques». Chez cet insecte on a
mesuré une charge électrique d’environ 200 volts en moyenne et il se charge
apparemment en vol au contact avec des poussières en suspension dans l’air. Cette
observation incita les chercheurs à explorer ce phénomène expérimentalement. On
disposa toute une série de fleurs artificielles de même couleur contenant une solution
sucrée propre à attirer les bourdons. Chaque fleur dispose également d’une charge

33
électrique négative plus ou moins importante. Les bourdons ne furent attirés que par
les fleurs électriquement chargées en ignorant les autres qui ne l’étaient pas.
Cependant ils ne visitaient que celles qui avaient une faible charge négative ne
dépassant pas 10 volts (Clarke et al. 2013). Lorsque plusieurs insectes pollinisateurs
différents se succèdent sur la même fleur, combien de temps faut-il à la fleur pour
restaurer sa charge électrique? Ou bien lorsqu’elle est fécondée renonce-t-elle à
rétablir son potentiel électrique? Qu’en est-il du bourdon qui visite consécutivement
plusieurs fleurs au même endroit, a-t-il gardé pour chacune d’elles une partie suffisante
de sa charge positive?

Les plantes ont elles un cerveau ?


Pour beaucoup la question parait saugrenue et pourtant en 1880 dans son ouvrage
intitulé «Power of mouvement in Plant» Darwin (1896) disait en substance: «Ce n’est
pas exagéré de dire que l’extrémité des racines se comporte tel un cerveau d’un des
animaux au bas niveau». Pour lui, c’est précisément par l’extrémité des racines que les
informations venant de l’extérieur sont captées pour être ensuite diffusées dans toute la
plante.

Les plantes n’ont apparemment peu ou pas de mouvements coordonnés comparables


à ceux des vertébrés pourvus d’un cerveau. Et pourtant la dionée attrape mouche est
dotée d’un redoutable piège capable de se fermer en l’espace d’un trentième de
seconde sur un insecte imprudent. A l’origine de ce surprenant mécanisme il y a un
changement rapide de flux ionique (calcium dans ce cas) dans les feuilles de cette
plante carnivore. Or nous savons que les courants ioniques sont à la base des potentiels
d’action que l’on peut observer dans les neurones du règne animal. Toujours est-il que
toute analogie entre le système «nerveux» des plantes et celui des animaux s’arrête là.
En effet, chez la plante il n’y a pas plus de neurones ou de synapse, dans le sens
neurologique du terme, que dans un ordinateur. Toutefois force est d’admettre,
qu’entre le règne végétal et animal, il y a certaines analogies assez frappantes dans la
façon de transmettre les signaux d’une cellule à l’autre. Pour Baluska et al. (2005) les
cellules végétales ont parfois un comportement qui rappelle celui des synapses par
lesquels passe l’information. Deux cellules végétales dont les prolongements
cytoplasmiques entrent en contact, par exemple, s’échangent rapidement des vésicules
transportant une hormone de croissance (auxine). Selon ces chercheurs ce mécanisme
serait opérationnel lors de la réparation des tissus endommagés.

Selon Mancuso cité par Sciama (2015), Baluska et Mancuso (2013) les plantes
disposent à l’extrémité de leurs racines une sorte de «cerveau». Les racines, suivant
leur importance, sont pourvues jusqu’à plusieurs millions de radicelles et à leur apex il

34
y a une zone dite de transition. Elle est située entre le premier et le second millimètre
et il parait que c’est précisément là que se fait la réception des multiples informations
qu’elles reçoivent de l’extérieur. Dans cette région des radicelles on observe aussi une
activité électrique (potentiel d’action) plus importante que dans le reste de la plante.
Dans la mesure où toutes les racines convergent à la base de la tige, il se forme ainsi
une sorte de réseau d’informations dont les capteurs sont l’extrémité des radicelles.
D’après Baluska le phloème, tissu conducteur de la sève depuis les racines jusqu’à
l’extrémité des pousses ou des branches, est aussi électriquement actif et il agit tel un
axone géant (chez les animaux, fibre nerveuse prolongeant un neurone). En plus de
cela, les racines sont réputées être de véritables usines chimiques et c’est là que la
plante synthétise une grande partie des métabolites secondaires dont elle fait ample
usage pour se défendre contre les prédateurs et les maladies. Qui plus est, les racines
envoient des signaux chimiques et électriques dans toute la plante et elles en reçoivent
aussi d’autres des parties aériennes ou des plantes voisines. Cela est possible grâce aux
mycorhizes qui assurent une interconnexion souterraine entre plantes et c’est par la
pointe des radicelles qu’il y a un acheminement des informations.

Dans un film documentaire de Mancuso on peut voir en accéléré comment une


radicelle en croissance progresse sur une surface plane et neutre. Sa progression est
irrégulière, elle relève parfois son extrémité pointant sa «tête» tantôt à droite tantôt à
gauche à la façon d’un ver. Tout se passe comme si elle analysait ce qui se trouve sur
son chemin afin de choisir le parcours idoine en fonction des signaux et des messages
perçus et analysés au fur et à mesure de sa progression. Si l’on coupe l’extrémité de la
radicelle, la privant ainsi de sa zone de transition, on supprime aussi ce comportement
exploratoire. La radicelle ainsi amputée change à ce moment-là du tout au tout son
comportement et elle progresse uniquement en ligne droite sans aucune hésitation tel
un zombie complètement indifférent et aveugle à ce qui l’entoure. Selon toute
apparence, une fois cette zone de transition éliminée, la radicelle perd toute perception
de signaux provenant de son environnement. Le leitmotiv de Mancuso et Baluska est
que tous ces centres capteurs et intégrateurs d’informations que sont les zones de
transition présents à l’extrémité des radicelles sont interconnectés. L’ensemble forme
un réseau complexe qui est parcouru par des signaux électriques et hormonaux.
Toujours selon ces auteurs, c’est dans l’extrémité des radicelles que se décident les
multiples activités de la plante (nutrition, défense, reproduction). Cet ensemble
d’innombrables unités «névralgiques» n’est pas sans rappeler celui de l’intelligence
collective qui dirige le comportement d’une colonie d’insectes à l’exemple des
termites, des abeilles ou des fourmis (Masi et al, 2015; Balusca et Mancuso, 2013).
Dans le cas des fourmis, chacune d’elles a un registre comportemental et des capacités
cognitives limitées. Cependant les communications par le biais des phéromones en
raison de leurs qualités et quantités favorisent des interactions complexes et multiples
entre les individus de la colonie. Cette autorégulation de la colonie (en l’absence d’un

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cerveau central) donne la possibilité de s’adapter aux multiples conditions de leur
milieu qui sont changeantes et imprévisibles (Jost, 2014). Par conséquent, chez la
plante de même que chez les insectes sociaux qui sont conscient de leur
environnement, le terme intelligence collective prend le sens d’une capacité à
s’adapter aux nombreux changements.

Les plantes ont elles une mémoire? Étrange question en considération qu’elles n’ont
pas un système nerveux central comparable à celui des animaux. Et pourtant selon
plusieurs observations concordantes il semblerait bien que ce soit le cas et que les
plantes sont en mesure de se souvenir d’un évènement passé. L’hypothèse que les
plantes pourraient avoir une mémoire fut émise en 1982 par M. Thellier et M.O.
Desbiez. Dans le dessein de maximiser leur probabilité de survie, les plantes
mémorisent le type de réactions que certains stimuli doivent entraîner. Cette
information reste latente aussi longtemps qu’elle n’a pas reçu un autre stimulus du
même genre. Cela lui permet ainsi de se rappeler de cette information et d’en faire
usage au moment venu et sa réponse sera d’autant plus forte.

Les plantes gardent en mémoire une réaction déclenchée par la sécheresse par
exemple, et si on la soumet quelques temps plus tard à une nouvelle privation d’eau,
elle réagit plus rapidement que la première fois. De telles plantes soumises à un stress
hydrique augmentent leur concentration intracellulaire de calcium. Cela entraine une
réaction en chaîne qui aboutit à l’activation de plusieurs gènes impliqués dans les
réactions au stress hydrique.

Une plante attaquée pour la première fois par un herbivore agit de même, elle
synthétise des substances toxiques contre son agresseur. Quelque temps plus tard si
elle subit une seconde attaque du même genre, sa réaction est plus rapide que chez une
autre plante confrontée pour la première fois avec un ravageur herbivore (Karban,
2015). Cette expérience peut être répétée en appliquant une hormone de stress (acide
jasmonique) sur une plante de tabac intacte, par exemple. Une application de cette
hormone est en mesure de stimuler au bout d’un certain temps le niveau de synthèse de
la nicotine. Toujours est-il qu’à la suite d’une nouvelle application d’acide
jasmonique quelques semaines plus tard, l’accumulation de nicotine est bien plus
rapide et précède de deux jours celle des plantes naïves traitées pour la première fois.
La plante réagit comme si elle se souvenait des traitements précédents.

Dans un contexte différent Mancuso et ses collègues testèrent la «mémoire» du


mimosa. Si on laisse tomber un mimosa en pot d’une hauteur de quinze centimètres
environ sur une surface absorbant partiellement le choc, les feuilles se replient sur le
pétiole pendant une dizaine de minutes. Elle en fera de même si l’opération se répète
quatre à cinq fois consécutives. Toutefois si l’on poursuit cette expérience les feuilles
cessent de réagir comme si elles avaient appris que cette action est sans danger. Une

36
autre explication plus prosaïque de cette absence de réaction pourrait être l’épuisement
d’une substance (calcium?) indispensable à cette réponse!

Quand les plantes se parlent


L’une des premières observations sur une possible communication par voie chimique
entre arbres voisins fut publiée par Rhoades en 1983. Tout débuta lorsqu’il observa les
feuilles d’un saule Sitka (Salix sitchensis) parasitées par des chenilles d’une espèce de
lépidoptère (Malacosana californica). Le chercheur eut ainsi l’idée de tester en
laboratoire l’effet de la consommation de ces feuilles sur la croissance des chenilles de
ce papillon. Ensuite, il les compara avec celles provenant de saules voisins plus ou
moins éloignés de l’arbre malade mais non parasitées. Dans ce test fort simple il
observa tout d’abord chez les chenilles qui avaient été nourries avec des feuilles
provenant de l’arbre infesté une nette inhibition de leur croissance. Curieusement les
feuilles prélevées d’un autre saule non contaminé, mais proche de celui qui était
fortement parasité, furent aussi en mesure d’inhiber la croissance des chenilles.
Pourtant les feuilles obtenues de saules plus éloignés du foyer de contamination
n’occasionnaient aucune inhibition de la croissance de ces chenilles. Rhoades conclut
que selon toute apparence une ou plusieurs substances volatiles devaient véhiculer un
message aux arbres sains du voisinage immédiat pour qu’ils synthétisent des
substances toxiques en vue de se protéger contre une possible invasion de chenilles. Ce
chercheur subodorait l’existence d’une capacité de ces plantes à synthétiser des
substances chimiques capables d’inhiber la croissance des chenilles ravageuses,
substances nommées phytoalexines, (voir Note 3 en fin du livre). Par la même
occasion, elles avertissaient leurs voisines, par messages interposés, l’éventualité
d’une attaque d’herbivores. Dans ce cas particulier Rhoades fut aussi en mesure
d’exclure le rôle des racines dans la communication entre les arbres les plus proches
du centre de contamination. Les observations de ce jeune chercheur étaient nouvelles
et surtout inattendues. Personne n’y croyait vraiment car peu orthodoxes avec les
dogmes et connaissances de l’époque et elles furent accueillies par ses collègues avec
une très grande réserve et une certaine réticence et cela d’autant plus que d’autres
scientifiques ne furent pas à même de répéter ses expériences. Ceci fut très lourd de
conséquences pour ce jeune chercheur qui tomba en discrédit et perdit tout support
financier pour ses recherches dans ce domaine. Malgré tout Rhoades avait ouvert le
débat sur une possible existence d’un nouveau moyen de communication par le biais
de signaux chimiques volatils transmis d’une plante à une autre. Nonobstant cet
«échec» l’existence de ce phénomène fut bel et bien confirmée plus tard par d’autres
chercheurs, «bien établis», qui expérimentaient des modèles expérimentaux différents
de celui de Rhoades. En effet, sept ans plus tard, Farmer et Ryan (cité par Karban,

37
2015) annoncèrent qu’une hormone de stress volatile (dans ce cas le jasmonate de
méthyle) est capable de stimuler les feuilles de tomate à produire une protéine qui
inhibe le fonctionnement normal de l’appareil digestif des insectes ravageurs.
L’expérience est fort simple: dans un récipient fermé on plaça une plante de tomate en
pot avec une branche d’armoise. Cette dernière est réputée produire des hormones de
stress volatiles. Au terme de plusieurs heures de contact avec ces hormones, la plante
de tomate synthétisa une protéine réputée d’inhiber le métabolisme des insectes
ravageurs. Plus tard en 1997 un phénomène similaire fut mis en évidence chez une
plante malade qui se mit à produire et à diffuser une autre hormone de stress (le
salicylate de méthyle, une molécule proche de celle de l’Aspirine) incitant une plante
voisine, mais saine, à produire des substances destinées à la protéger d’une possible
infection par un phytopathogène. En fin de compte Rhoades avait vu juste. Comme
quoi le chemin de la découverte n’est pas toujours un fleuve tranquille qui vous
conduit droit au succès. François Jacob disait bien «Juger des problèmes devenus mûrs
pour l’analyse, décider quand il est temps d’explorer à nouveau un vieux territoire,
reprendre des questions naguère considérées comme résolues ou insolubles, tout cela
constitue des qualités majeures d’un scientifique» (Jacob, 1981).

L’acacia d’Afrique (Acacia erioloba) est réputé pour sa rapide réaction de défense
lorsqu’une antilope ou une girafe dévorent ses feuilles. En réponse à une telle
agression, cet arbre augmente sa production de tanins qui donne un goût amer aux
feuilles (consommé en grandes quantités, le tanin peut être mortel). C’est pour cette
raison que les mammifères amateurs de son feuillage ne broutent le même arbre qu’un
court instant pour visiter ensuite un autre situé à quelques distances. L’acacia non
seulement assume sa propre défense contre l’appétit des ravageurs, mais plus encore, il
émet des hormones de stress qui sont des messages sous forme de substances
chimiques volatiles. Parmi celles-ci, l’éthylène avertit les arbres voisins du danger
imminent de prédation qui les guettent. Ces derniers réagissent et se mettent aussitôt à
synthétiser des tanins amers (Jost et Jost-Tse, 2015).

Dans ce contexte Anmura et al. (2000) réalisèrent quelques années plus tard une
expérience originale. Ils exposèrent des plantes saines d’haricot à un courant d’air
provenant d’un local occupé par d’autres plantes de la même espèce, mais contaminées
par de petites araignées jaunes. Ce courant d’air permit ainsi de véhiculer de façon
ciblée des messages chimiques volatils des plantes contaminées aux plantes saines.
Ces dernières reconnurent ces messages émis par les plantes malades et se mirent
aussitôt à synthétiser des substances chimiques, propres à les protéger d’une éventuelle
attaque d’acariens. Par la suite, ces substances volatiles furent analysées et les
chercheurs obtinrent une résistance similaire chez le haricot en diffusant trois d’entre
elles (principalement des terpènes) qu’ils avaient identifiées dans ce bouquet d’odeurs
produit par les plantes infectées.

38
Le signal d’alarme chimique diffusé par une plante ne s’adresse pas uniquement aux
plantes voisines de la même espèce mais à d’autres aussi. Dans ce contexte une
observation pertinente fut publiée sur le comportement mutualiste de deux espèces de
végétaux différents vivant côte à côte: le tabac sauvage (Nicotiana attenuata) et
l’armoise (Artemisia sp.). Ces deux plantes n’appartiennent pas à la même famille, la
première est une Solanacée quant à la seconde c’est une Astéracée. Si l’on coupe
quelques feuilles de l’armoise, elle ne tarde pas à émettre un message chimique volatil
qui est perçu par la plante de tabac voisine. Dans ce cas, le message consiste en
jasmonate de méthyle, une hormone de stress qui agit en tant qu’éliciteur (voir Note 4
en fin du livre) chez la plante de tabac. En réponse à ce signal la plante de tabac se met
produire d’autant plus de substances propres à augmenter son niveau de résistance aux
insectes dévoreurs de feuillage. Il en est de même chez les peupliers qui réagissent à
un traumatisme en émettant des messages destinés à leurs voisins immédiats. Dans ce
cas particulier, il semble bien que leur diffusion n’a pas lieu par les racines. En effet, si
l’on met une barrière physique souterraine empêchant toute communication, cette
transmission de messages persiste (Karban et al.2000). Dans la nature, la probabilité
pour qu’une plante perçoive et réponde à de tels signaux aériens émis par une autre
plante soumise à une prédation, dépend non seulement de la concentration des
substances chimiques émises et de la distance entre les deux plantes mais encore de la
direction du vent.

Une plante d’armoise (Artemisia sp.) mutilée émet toute une série de substances
chimiques volatiles, l’une d’elles, le jasmonate de méthyle, par exemple, s’avère très
efficace pour une communication à courte distance entre plantes. En revanche, dans la
nature les quantités de cette hormone produites par l’armoise ne sont guère suffisantes
pour déclencher la cascade de réactions aboutissant à la résistance d’une plante de
tabac voisine. La conclusion qui s’impose dans ce cas est que les autres molécules
volatiles produites par la plante traumatisée sont, selon toute vraisemblance, aussi
importantes (effets additifs, synergies) dans la transmission des messages chimiques
entre plantes (Kessler et al. 2006).

La diffusion de messages chimiques d’une plante à une autre est à même de se


réaliser à l’aide de polymères non volatils. Un exemple assez surprenant récemment
publié est celui des échanges d’informations qui ont lieu entre l’arabette (Arabidopsis
thaliana) et une plante parasite, la cuscute (Cuscuta pentagona). Kim et al. (2014) ont
découvert une façon pour le moins originale, qui permet à ces deux plantes de
communiquer. En effet, des millions de molécules de mARN (des messagers d’acide
ribonucléique (voir Note 5 en fin du livre) sont échangés entre la plante parasite et son
hôte, créant ainsi un dialogue ouvert entre les deux. Selon les résultats de ces
chercheurs, ce transfert d’informations par le biais de mARN est bidirectionnel, il va
du parasite à l’hôte et vice versa. Dans ce cas particulier il est concevable que la plante

39
parasite tente de dicter à son hôte ce qu’elle doit faire ou au contraire ce qu’elle ne doit
pas faire pour assurer leur coexistence. L’effet d’une telle interaction aurait pour
finalité la réduction de l’arsenal de défense de la plante hôte, tant et si bien que le
parasitage et son acceptation soient plus aisés. Une autre hypothèse, toute aussi
plausible, serait la présence d’une activité d’interférence directe par les ARN (voir
Note 5 en fin du livre) dont le dessein est de diminuer le niveau de résistance de la
plante hôte afin de faciliter l’installation du parasite. Dans cet exemple, il s’agit
vraisemblablement d’une compétition entre ces deux plantes et c’est à qui sera la
première à vaincre la résistance de l’autre. De quelle façon la cuscute parvient-elle à
repérer son hôte? D’autres tests ont révélé que la cuscute qui tente de parasiter une
plante de tomate, par exemple, se dirige vers elle en suivant le gradient de messages
chimiques volatils qu’elle libère. Il ne s’agit pas dans ce cas d’un appel délibéré de la
plante invitant la cuscute au parasitage. Non, ces odeurs sont des émanations sui
generis propres à cette plante. Ce phénomène d’attraction de la cuscute par la tomate
s’observe également si l’on émet uniquement son bouquet d’odeurs en l’absence de la
plante (Schaefer et Ruxton, 2014).

LES AVANTAGES ET DÉSAVANTAGES D’UNE COMMUNICATION PAR DES


SUBSTANCES CHIMIQUES VOLATILES

Parmi les messages chimiques volatils émis par les plantes malades ou ravagées par
les herbivores, il y a des hormones de stress qui sont à même d’induire chez celles qui
les perçoivent toute une cascade de réactions chimiques fort complexes. Leur finalité
est une synthèse de substances permettant à la plante de lutter efficacement contre
l’envahisseur herbivore ou contre les maladies. Chez une plante attaquée par un
herbivore, la réaction est immédiate et ces substances volatiles sont sitôt libérées. De
tels messages circulent plus rapidement par les airs que par voie vasculaire. Cela
semble être le cas lorsqu’une branche ravagée par un herbivore veut transmettre aux
autres parties du végétal un message rapide l’invitant à préparer sa défense contre
l’envahisseur. Ces mêmes messages avertissent également les autres plantes voisines
de l’imminence d’un danger.

Ce moyen de communication présente toutefois quelques inconvénients. La plante


qui émet ces signaux n’a aucun contrôle sur leur diffusion qui peut être aléatoire et
dépendante des courants d’air et des caprices du vent. Qui plus est, cela manque de
discrétion et devient aussi un message accessible à toutes autres plantes qui
l’entourent, y compris celles qui sont concurrentes immédiates pour les mêmes espaces
et ressources alimentaires. Cela permet ainsi à ces dernières d’augmenter leurs chances
de survie face aux attaques d’herbivores et aux maladies. Un autre désavantage des
signaux volatils émis par une plante est leur courte portée. Dans une série

40
d’expériences on a démontré qu’une plante d’armoise mutilée, par exemple, ne peut
transmettre son message à une autre armoise que sur une distance de 60 cm seulement.
Au-delà de cette distance, le message devient trop dilué pour qu’il soit perceptible
pour une autre plante de la même espèce. Encore faut-il qu’elle soit dans la bonne
direction du vent. Les plantes d’une espèce différente, à l’exemple du tabac doit être
située encore plus près de l’armoise mutilée pour être en mesure de percevoir et de
réagir à son message. Le fait que la distance de communication d’une plante mutilée
ou malade à une autre de la même espèce soit plus grande que pour une plante de
famille différente assure, dans une certaine mesure, une discrétion relative. Ceci
permet aux plantes proches parentes de réagir plus efficacement que celles qui ne le
sont pas. La plante qui agit de cette façon favorise inconsciemment ses congénères en
les avertissant discrètement des dangers potentiels qui les guettent. D’autres
expériences plus pointues ont bien démontré que plus le degré de parentage génétique
entre deux plantes est proche mieux les messages sont perçus. Une communication par
substances chimiques volatiles n’est cependant pas sans danger, car elle peut aussi
attirer l’attention d’herbivores toujours aux aguets de plantes comestibles (Karban,
2015).

LES APPELS DE DÉTRESSE CHEZ LES PLANTES

C’est bien évident que face aux ravageurs amateurs de feuilles ou de racines, les
plantes ne sont pas en mesure de s’échapper. En revanche, au cours de leur évolution
elles ont développé une capacité unique à produire un nombre impressionnant de
métabolites secondaires (voir Note 6 en fin du livre) capables de les repousser, de les
empoisonner ou même de les rendre temporairement stériles. Un grand nombre de ces
substances sont déjà présentes dans la plante saine quant à d’autres elles sont
synthétisées de novo en réponse aux maladies ou aux attaques d’organismes
herbivores. Malgré toutes ces mesures, ce n’est pas toujours une garantie qu’elles
soient suffisantes pour éloigner les insectes ravageurs. Dans ce cas, si sa capacité
d’autodéfense ne suffit pas, elle fait appel à des organismes que l’on nomme
parasitoïdes. Ce sont des ennemis naturels des ravageur folivores (voir Note 7 en fin
du livre). Pour cela, elle synthétise et émet une série d’autres messages dont leur
fonction essentielle est de les attirer en cas de besoin.

Les messages chimiques qu’émet une plante saine sont généralement destinés à
attirer les insectes pollinisateurs. Toutefois, pour celles qui sont parasitées, une de
leurs fonctions est d’attirer des parasitoïdes spécifiques. On estime que chez les
plantes près de 20% du dioxyde de carbone assimilé par la photosynthèse sont rejetés
dans l’atmosphère sous forme de messages volatils, (produits du métabolisme
secondaire, voir Note 6 en fin du livre). L’ensemble de ces substances sont diffusées

41
aussi bien dans l’air que dans le sol au niveau des racines et elles sont reconnues par
les parasitoïdes. Ces derniers sont pour la plupart des insectes qui se développent sur
ou à l’intérieur d’autres organismes hôtes dont l’issue leur est fatale. Sinon ce sont des
insectes carnivores qui sont attirés par les messages de la plante et qui se nourrissent
principalement de chenilles ou d’insectes herbivores.

Chose curieuse, les messages diffusés par une plante peuvent être différents selon
qu’ils sont produits de jour ou de nuit. Cela semble être le cas pour le tabac sauvage
lorsqu’il est visité par un ravageur herbivore. Pendant le jour, la plante produit un
bouquet d’odeurs qui peut faire appel aux parasitoïdes tandis que de nuit elle produit
un autre ensemble de messages olfactifs qui repoussent les herbivores. Quelle est la
raison d’une telle différence? Dans le cas présent, il est concevable que les parasitoïdes
qui s’attaquent aux insectes et chenilles ne soient actifs que de jour alors que les
amateurs de feuillage se nourrissent aussi bien de jour que de nuit. Dans le monde
végétal, le parasitage des insectes phytophages par d’autres organismes entomophages
est semble-t-il un phénomène assez courant chez les plantes d’importance
agronomique, à l’exemple du haricot, du chou, du coton ou du maïs et bien d’autres
encore.

L’hyperparasitage naturel est d’ailleurs mis en pratique dans la lutte dite biologique
de conservation qui tend à favoriser les populations d’ennemis naturels des organismes
phytophages. Pour cela on maintient, dans la mesure du possible, des surfaces où
poussent les plantes qui sont indispensables pour la reproduction des parasitoïdes
(surfaces de compensation écologiques où pousse une grande variété de plantes
sauvages). En revanche, dans ce que l’on appelle la lutte inondative, on relâche en
masse et saisonnièrement dans les cultures des insectes auxiliaires à l’exemple des
coccinelles provenant d’autres Continents. L’impact écologique d’une telle pratique
n’est pas toujours prévisible et elle peut mettre en danger l’existence même des autres
espèces d’insectes autochtones utiles.

Avant même de donner un signal d’alarme destiné à attirer les parasitoïdes, la plante
doit être capable de faire la distinction entre une blessure occasionnée par un insecte
ravageur ou celle due à la grêle ou au vent. Comment parvient-elle à différentier ces
deux types de traumatisme? Chez les ravageurs herbivores, leurs sécrétions buccales
contiennent des molécules spécifiques à l’insecte et la plante sait les reconnaitre. Ces
substances jouent le rôle d’éliciteurs (voir Note 4 en fin du livre). L’une d’elles, la
volicitine (molécule de glutamine conjuguée à un dérivé hydroxylé de l’acide
linoléique) est à même de déclencher chez la plante la formation d’un bouquet de
substances volatiles qui agissent en tant que signaux d’alarmes destinés à attirer des
parasitoïdes spécifiques, ennemis des ravageurs de la plante. En revanche, une plante
blessée par la grêle n’émet pas le même type de message. Parmi les très nombreux
signaux d’alarme émis par une plante il y a deux hormones de stress, l’éthylène et
42
l’acide jasmonique (Kahl et al. 2000 ; Alborn et al. 1997). Une attaque d’insecte ou de
chenille provoque chez une plante la formation et diffusion de toute une série d’autres
molécules dont leur importance et qualités dépendent de l’identité de l’agresseur. Ces
messages imperceptibles à nos sens le sont toutefois pour les parasitoïdes. Ces derniers
viennent alors à la rescousse de la plante et se chargent d’éliminer les chenilles ou les
insectes qui la dévorent. Dans le cas de la volicitine des tests ont démontré que son
application sur les feuilles intactes d’une plante, déclenche des réactions de défense et
d’alarme similaires à celles provoquées par un insecte ravageur (Halitschke et al.
2003).

Une plante endommagée par un herbivore peut émettre un signal de détresse


comprenant 20 à 200 substances volatiles différentes. Qui plus est, la spécificité de ces
messages se caractérise par les proportions relatives entre ces différents composés
chimiques. Cela constitue en quelque sorte un cryptogramme destiné à un parasitoïde
spécifique. Ainsi donc, de tels messages composés par une plante trahissent l’identité
du ravageur herbivore. Les parasitoïdes amateurs d’insectes et de chenilles sont en
mesure de décoder de tels messages et ils réagissent sans tarder en portant secours à la
plante dont ils repèrent les proies en suivant le gradient des senteurs Smid et al. 2007).

N’empêche que le scénario peut être encore plus complexe. Au cours de l’évolution
plusieurs ravageurs de plantes ont trouvé une parade efficace pour échapper aux
agressions des parasitoïdes. Pour cela l’insecte ou la chenille phytophage menacée par
un parasitoïde fait appel à son tour à un hyper parasitoïde. En effet, le ravageur
folivore attaqué par son ennemi naturel émet dans sa salive un autre signal chimique
auquel la plante répond aveuglément en produisant un bouquet d’odeurs différent. Ce
dernier fait appel à un hyper parasitoïde qui s’en prend aux ennemis de l’insecte
ravageur (Poelman et al. 2012). Chez la plante il est évident que cette réaction aveugle
est dénuée de tout bon sens car elle a pour dessein de protéger ceux qui la dévorent !

Que se passe-t-il lorsque qu’une plante est ravagée par deux organismes
phytophages différents? Va-t-elle faire appel à deux parasitoïdes différents ou à un
seul? Parmi les nombreux exemples documentés dans la littérature scientifique, citons
celui de la teigne des crucifères (Plutella xylostella) et de la piéride du chou (Pieris
rapae), un papillon blanc dont les chenilles se nourrissent de la même plante. Si les
chenilles de la piéride sont déjà présentes sur une plante de chou et que l’on y dépose à
dessein le même nombre de chenilles de teignes, ces dernières sont moins sujettes aux
attaques de parasitoïdes que si on les déposait seules sur le même type de végétal. De
même, la femelle de la teigne pond plus volontiers sur un chou qui héberge des
chenilles de piérides, et pour cause, dans cette configuration les chances de parasitage
de ses larves sont moindres. A l’inverse, si la présence des chenilles de teigne sur le
chou précède celle de la piéride, elles sont d’autant plus parasitées par les parasitoïdes.
Tout se passe comme si le chou réagit de préférence contre le premier ravageur qui
43
envahit son feuillage et de ce fait le second parasite est moins affecté par les
parasitoïdes. C’est aussi concevable que la plante réagisse indifféremment aux deux
prédateurs différents. Dans ce cas, la complexité des messages émis par la plante en
réponse aux deux espèces d’herbivores est telle qu’elle rend plus difficile leur
décodage par les parasitoïdes.

Le même bouquet d’odeurs émis par deux plantes de familles différentes peut avoir
des fonctions distinctes. En effet, l’orchidée Epipactis helleborine est en mesure
d’émettre les mêmes messages chimiques qu’une plante de chou dévorée par des
chenilles de piérides! Dans les deux cas cela attire la même espèce de guêpe prédatrice
(Vespula germanica). Toutefois pour l’orchidée, cette guêpe est une pollinisatrice alors
que pour le chou c’est une prédatrice des chenilles de piérides (Schaefer et Ruxton,
2014).

QUELQUES AUTRES EXEMPLES D’APPELS À L’AIDE CHEZ LES


PLANTES

L’acacia combine sa défense physique contre les herbivores avec une arme
biologique très efficace. On peut l’observer chez l’Acacia drepanolobium qui fait
appel, selon les lieux, à quatre différentes espèces de fourmis. Cet acacia est en
possession de redoutables épines ventrues à la base (Figure p…). Celles qui sont
creuses servent de logis aux fourmis. Chaque arbre peut en héberger jusqu’à 60 000
individus qui font office de gardes de corps. En effet, à la moindre alerte, lorsqu’un
herbivore s’en prend à son feuillage, c’est le branlebas de combat. Toutes les fourmis
sortent de leurs demeures et convergent vers l’intrus pour l’attaquer en le mordant. En
récompense de leurs services, l’acacia dispense généreusement des gouttes de sève
nutritive sucrée. Une autre espèce d’acacia va même jusqu’à offrir de petits «paquets»
de protéines fixés à l’extrémité de ses feuilles. Ces protéines sont essentiellement
destinées à nourrir les larves de ces fourmis gardes de corps. En période de floraison,
pour épargner les insectes pollinisateurs des attaques de fourmis, les fleurs de l’acacia
émettent un message différent sous forme de substances volatiles qui d’une part attire
les insectes pollinisateurs et d’autre part repousse les fourmis. Dans cette interaction
mutualiste entre plantes et insectes chacun y trouve son compte. D’autres espèces de
fourmis vont jusqu’à détruire toute plante étrangère qui tente de parasiter l’acacia ou à
occuper son espace vital.

L’exemple de l’acacia n’est pas unique, en effet dans les forêts tropicales de Panama,
on estime qu’un tiers des arbres émettent des messages pour attirer à un moment ou à
un autre certaines espèces de fourmis en leur procurant gîte et nourriture. En
contrepartie, elles protègent l’arbre des attaques d’herbivores et parfois même elles
dévorent les champignons ou les plantes parasites envahissantes. Quelques arbres à
44
l’exemple du Cecropia (un feuillu) lorsqu’il est blessé, il émet un message chimique
volatil qui attire une espèce de fourmi (Azteca) qui le protège des insectes ravageurs et
autres. L’intensité de ce message est d’autant plus forte que le traumatisme est
important. Cet avertissement est à même d’être transmis à un Cecropia voisin qui à
son tour attire toute une équipe de gardes de corps en préventions d’attaques
d’herbivores. En récompense de leurs services ces arbres leur offrent, comme dans
beaucoup d’autres cas semblables, des substances nutritives sous formes d’exsudats
sucrés. Dans le cadre d’expériences récentes sur la protection naturelle des plantes
cultivées, des chercheurs danois ont introduit avec succès dans les vergers des colonies
de fourmis qui dévorent les chenilles ravageuses des arbres fruitiers.

Le tabac sauvage Nicotiana attenuata qui pousse dans l’Utah aux Etats Unis semble
être une plante favorite des chercheurs et elle fit l’objet de nombreuses observations
intéressantes concernant la transmission de messages. Lorsqu’une jeune plante est
attaquée par des insectes phytophages, à l’exemple des chenilles ou de sauterelles, elle
produit et émet aussitôt un signal aux racines qui synthétisent davantage de nicotine
toxique pour la plupart d’entre eux. En général cette stratégie s’avère très efficace et
suffisante pour éloigner la plupart des parasites, à quelques exceptions près. En effet,
la chenille du sphinx du tabac (Manduca sexta) est résistante à la nicotine. Au cours de
sa coévolution avec la plante de tabac, elle a appris à neutraliser ce puissant poison. Le
papillon de ce sphinx nocturne se nourrit exclusivement du nectar des fleurs de tabac
et il pond ses œufs sur les tiges et les feuilles de son hôte. Une femelle pond jusqu’à
mille œufs par plante. A l’éclosion, les chenilles très voraces dévorent littéralement les
feuilles de la plante de tabac sans être incommodées le moindre du monde par la
présence de cet alcaloïde puissant. Puisque les chenilles sont résistantes à la nicotine,
de quelle façon la plante réagit-elle? Dans cet exemple, il semble bien qu’elle a
«conscience» que ce poison est inefficace contre ces visiteurs indésirables. Dès cet
instant sa réaction est surprenante et inattendue: elle se met à synthétiser moins de
nicotine car cela ne servirait à rien de gaspiller son énergie. C’est alors qu’elle se
concentre uniquement sur la production d’un nouveau message constitué d’un bouquet
de substances volatiles qui sont des appels à l’aide destinés à attirer un petit parasitoïde
carnivore très efficace (Figure page…). Ce dernier, une petite punaise, décrypte ce
message et s’empresse de voler au secours de la plante de tabac en difficulté. Pour
cela, elle suit le gradient d’odeurs qui la guide vers ses proies dont elle se régale en les
vidant du contenu de leur corps (Corteso et Thibaut, 2004 ; Weinhold et Baldwin,
2011).

La plante de tabac sauvage Nicotiana attenuata a plus d’un tour dans son sac
lorsqu’il s’agit de se débarrasser de visiteurs indésirables. A défaut de punaises dans
les environs, elle offre à ses ennemis un cadeau empoisonné. Cela se passe lorsqu’elle
a la visite des chenilles ravageuse du Sphinx du tabac Manduca sexta citées dans le

45
paragraphe précédent. A ce moment-là, la plante dispense au moyen de ses trichomes
(sorte de poils spécialisés qui sécrètent des substances chimiques) situés sur ses
feuilles un suc nutritif dont se régalent les chenilles. Ce n’est pas de chance pour elles,
car une fois ces sucs digérés, ils libèrent des substances volatiles (principalement des
acides aliphatiques) qui attirent à leur tour de façon irrésistible une autre espèce de
parasitoïde. Cette fois-ci il s’agit d’une fourmi, Pogonomyrmex rugosus, qui suit cette
trace olfactive qui la conduit aux chenilles qu’elle dévore (Weinhold et Baldwin,
2011).

Dans un autre raffinement stratégique, la plante est à même de faire la distinction


entre les divers stades de développement d’un parasite avant de donner un signal
d’alarme pour attirer les parasitoïdes. Cela se passe pour la chenille d’un autre papillon
nocturne Pseudaletia separata qui se nourrit aussi de feuilles de tabac. En effet, il s’est
avéré que le bouquet de substances volatiles produit par la plante est de nature
différente selon le stade de développement des chenilles parasites. Cette distinction a
pour origine une différence qualitative des éliciteurs présents dans la salive des
chenilles au cours de leur développement. Grâce à ce langage codé, la guêpe parasite
Cotesia kariyai ne s’attaque qu’aux jeunes chenilles, laissant ainsi quelques-unes des
plus âgées se métamorphoser jusqu’au stade papillon (Collectif d, 2015). Cette une
façon subtile de réagir qui assure la pérennité de cette espèce de papillon nocturne tout
en maintenant la population de chenilles à un niveau «économiquement» supportable
pour la plante hôte!

Le scénario de plantes en détresse qui font appel aux parasitoïdes est de même
observé chez les plantes cultivées tel que le maïs par exemple. Les cultures de maïs
sont quelquefois victimes des chenilles d’un papillon nocturne le Spodoptera sp. Une
plante saine et intacte n’émet aucun message chimique particulier propre à attirer des
insectes. En revanche, lors d’une attaque de chenilles de Spodoptera elle produit dans
les 5 à 6 heures qui suivent le début du ravage un ensemble de messages qui sont
reconnus et décodés par une espèce de guêpe parasite Cotesia marginiventris. Cette
dernière vient au secours de la plante et pond un seul œuf à l’intérieur de chaque
chenille. Le parasitoïde se développe en se nourrissant du sang de la chenille tout en
prenant garde de ne pas détruire dans l’immédiat les organes vitaux. Au bout de dix
jours, la jeune guêpe sort du corps de son hôte qui meurt. Dans une expérience de
simulation si l’on applique l’une de ces substances présente dans la salive des chenilles
de Spodoptera sur une feuille de maïs préalablement incisée avec une lame de rasoir,
cela provoque la synthèse et l’émission d’un bouquet d’odeurs comparable à celui qui
attire la guêpe parasite de ce papillon nocturne. La diffusion de ce message est
systémique car même les feuilles de maïs non endommagées exhalent ce mélange de
substances propre à attirer les parasitoïdes carnivores.

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Une analyse des messages chimiques produits par les plantes en réponse à
l’herbivorie révèle une grande complexité dans leur composition et l’on y trouve
divers alcools, des aldéhydes et des esters. A la suite d’un dommage mécanique (une
simple incision par exemple) les tissus végétaux émettent ces mêmes substances mais
dans des proportions différentes de celles produites à la suite d’une attaque de
chenilles herbivores. Plusieurs études menées dans différents laboratoires suggèrent
que le bouquet d’odeurs produit par une plante est spécifique à l’espèce de parasite
phytophage qui la visite ainsi que pour les différents stades larvaires de ses chenilles.
Les parasitoïdes qui détruisent les ravageurs herbivores sont en mesure de décoder ces
cryptogrammes très complexes émis par la plante.

D’autres observations réalisées sur des plantes de coton cultivées en plein champ
indiquent que 95% des atterrissages de guêpes parasites des chenilles ravageuses ont
lieu sur des plantes infestées, tandis que celles qui ne le sont pas n’accusent que 5%
d’atterrissages. Ces signaux olfactifs diffusés par les plantes destinés à une espèce de
parasitoïde portent sur une distance de plusieurs mètres (Daire, 2014).

Curieusement le parasite et son parasitoïde appartiennent parfois à la même espèce.


Cela semble être le cas pour un acarien Tetranychus urticae qui est un ravageur des
plantes de haricots et de concombres. En cas d’attaques, ces deux plantes émettent des
messages codés similaires qui attirent un autre acarien, Phytoseiulus persimilis, qui lui
est carnivore et il dévore son proche parent folivore. Ou encore chez le maïs les
nématodes parasites s’en prennent quelquefois à ses racines. Ces dernières réagissent
immédiatement en émettant un message chimique qui diffuse librement dans le sol
pour attirer une autre espèce de nématodes carnivore qui s’attaque à son proche parent
phytophage.

Comme indiqué précédemment, un parasitoïde n’est pas à l’abri d’ennemis et il peut


très bien être lui-même victime d’un hyper parasitoïdes qui tente de le détruire. Dans le
dessein de se protéger de telles attaques, quelques parasitoïdes ont parfois recours à
une parade originale. C’est le cas chez le diptère gallicole Masakimyia pustulae qui se
développe dans des galles sur les feuilles de sa plante hôte (Figure p….). Si par hasard
il est parasité par un parasitoïde du type Platygaster sp ce dernier se protège d’un
éventuel hyperparasitage en provoquant chez la plante, par messages interposés, un
renforcement des parois végétales de la galle. De cette façon le parasitoïde peut
échapper à son ennemi naturel et c’est en toute tranquillité qu’il se développe à
l’intérieur du diptère gallicole (Fujii et al. 2014).

A défaut d’autres messages dissuasifs la plante limite la


reproduction de ses prédateurs

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Tous les messages dont dispose la plante pour éloigner les prédateurs ou pour attirer
les parasitoïdes ne sont pas toujours suffisants. En dernier recours elle fait usage de sa
botte secrète, elle limite (momentanément) la fertilité de ceux qui abusent de son
feuillage. Dans les régions arides où la sécheresse persiste des mois durant, non
seulement les plantes mettent en place des barrières physiques efficaces et dissuasives
contre les herbivores mais encore elles synthétisent davantage de poisons. Malgré tout,
cela ne suffit pas toujours et les herbivores ignorent ces messages et poursuivent leurs
ravages. En dernier recours, la plante est capable de contrôler de manière très efficace
la fertilité des herbivores (Jost et Jost-Tse, 2015). En réaction aux messages perçus
dans son environnement, elles concoctent des substances capables d’imiter les
hormones stéroïdes femelles de reproduction chez les vertébrés. On ne dénombre pas
moins d’une vingtaine d’espèces de phytoestrogènes qui contrefont à la perfection les
hormones stéroïdes et agissent en tant qu’inhibiteurs de la reproduction. Ces
phytohormones qui contrôlent la fertilité chez les vertébrés herbivores sont en mesure
d’entrer en compétition avec les hormones naturelles. En effet, elles se lient avec une
très grande affinité aux mêmes récepteurs que les hormones des vertébrés tout en ayant
mille fois moins d’activité hormonale. Ces molécules très particulières sont présentes
chez près de 300 espèces végétales différentes parmi lesquelles il y a de nombreuses
légumineuses (trèfle, soja, mimosa et autres). Ces substances aux actions
antihormonales interfèrent très efficacement avec la reproduction de quelques espèces
d’oiseaux et de mammifères.

Dans ce contexte, un cas remarquable est sans doute celui de la reproduction du colin
de Californie (Callipepla californica), un magnifique oiseau de la taille d’une perdrix.
Cet oiseau se nourrit essentiellement de graines et de végétaux qui poussent dans les
régions semi-désertiques de la Californie. Pendant la période de sécheresse qui sévit
durant de longs mois, sous l’effet du manque d’eau et de la chaleur torride, la plante
synthétise et accumule de très grandes quantités de phytoestrogènes qui diminuent
considérablement la fertilité des colins de Californie. C’est une stratégie adroite et
efficace de défense qui permet à la plante de limiter momentanément le nombre de
prédateurs en diminuant leur fertilité. Un équilibre acceptable se forme ainsi entre la
plante et la population de son prédateur ce qui permet aux deux de survivre pendant
cette période de disette (Hughes, 1988).

Une situation analogue se présente chez les mammifères herbivores qui se


nourrissent de plantes qui font partie de la famille des légumineuses. En Australie, par
exemple, les brebis deviennent stériles après avoir consommé de grandes quantités de
trèfle enterreur ou sous-terrain (Trifolium subterraneum). Sous l’effet de la sécheresse
ou de la carence en sels minéraux, ce trèfle produit de plus grandes quantités de
phytoestrogènes. Ces plantes consommées par les brebis provoquent des changements
du col de l’utérus qui ont pour conséquence une forte réduction des chances de

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fécondation. Cette infertilité n’est toutefois que passagère mais elle peut devenir
permanente si la consommation de ce trèfle particulier devient abusive et se prolonge
pendant une longue période (Shutt, 1976).

Les plantes réagissent aux contacts physiques


L’exemple le plus connu est sans aucun doute celui du mimosa pudique (Mimosa
pudica) dont les feuilles se replient au moindre toucher (thigmonastie) ou bien elles se
referment automatiquement pendant la nuit (pour les détails de ce mécanisme voir
chapitre sur l’intervention des champs électriques dans la communication chez les
plantes). On pense que ces réactions permettent à la plante d’échapper à l’appétit des
ravageurs folivores diurnes et nocturnes. De même d’autres végétaux n’apprécient
guère qu’on les touche trop souvent, c’est bien ce que des résultats d’une série de tests
en laboratoire ont démontré. Prenons l’exemple de l’arabette (Arabidopsis thaliana),
si elle subit un contact physique deux fois par jour, elle accuse une nette diminution de
croissance comparée aux autres plantes témoins qui n’ont eu aucun contact physique.
Comment expliquer ce résultat surprenant? En réponse à un attouchement répété, la
plante produit de l’éthylène qui est une hormone de stress. Cette substance gazeuse
agit telle une hormone chez la plante et elle est responsable de plusieurs autres
réactions. Elle a la réputation de stimuler la maturation des fruits et l’abscission des
feuilles en automne par exemple. Cependant, dans notre cas particulier, l’éthylène agit
aussi sur la limitation du port élancé de la plante tout en favorisant celui de sa
croissance en épaisseur. Cela lui donne la possibilité de mieux résister au vent ou à
d’autres contraintes physiques capables de l’endommager. Dans le sol, cette substance
volatile est un message qui permet à la plante de s’adapter avec une certaine souplesse
aux contraintes physiques lors de la croissance de ses racines. Chaque fois qu’une tige
souterraine ou une racine rencontre un obstacle, tel une pierre, un mur ou un rocher, la
pression exercée par ces derniers sur les racines provoque la production d’éthylène. Ce
message favorise une croissance différentielle qui donne la possibilité à la tige ou à la
racine de changer de direction et de contourner l’objet gênant. En effet, au point de
contact avec l’obstacle il y a un ralentissement de la croissance ainsi qu’un
épaississement de la tige ou de la racine avec la formation d’une courbure permettant
de contourner l’objet (Collectif e, 2012). De même les parties aériennes de plusieurs
espèces de plantes réagissent au contact avec leur support physique. Le
thigmotropisme des tiges volubiles de la vigne, de la bryone ou du concombre et bien
d’autres encore est bien connu. Ces tiges s’enroulent autour de leur support lequel est à
l’origine du déclenchement de cette réaction (Figure p…). Les mouvements
d’exploration permet à la tige de balayer une partie de l’espace ce qui augmente la

49
probabilité de rencontrer un support autour duquel elle va s’enrouler pour ensuite
progresser vers le haut à la recherche de la lumière.

La guerre de l’ombre
Les racines des plantes sont très sensibles à tout ce qui les entoure. Selon la nature
des signaux qu’elles perçoivent, elles produisent de nombreuses substances non
seulement pour leur propre protection mais encore pour avertir les végétaux voisins de
leur présence. Certaines de ces substances sont en mesure d’agir directement sur les
agents pathogènes ou les ravageurs des racines présents dans le sol. A l’instar de ce qui
se passe dans les tiges et les feuilles, dans le domaine souterrain circulent également
de nombreux signaux d’alarme destinés aux autres plantes pour les avertir d’une
possible agression d’agents pathogènes ou de ravageurs phytophages. Les racines sont
aussi très sensibles aux stress abiotiques tels que le manque d’eau, par exemple, et
elles avertissent leurs voisines d’un tel risque. Si l’on simule expérimentalement la
sécheresse, une plante de jardin réagit en fermant ses stomates pour empêcher toute
perte de ce précieux liquide. Par la même occasion elle envoie par ses racines des
signaux chimiques d’alarme très spécifiques pour informer les autres plantes voisines
de se préparer à affronter une possible carence d’eau.

Dans leur milieu naturel, toutes les plantes ne se tolèrent pas forcément et à l’image
de notre société il a des sympathies et des antipathies. Pour les plantes voisines qui ne
sont guère tolérées, elles leur envoient des messages sans équivoque. En présence
d’une concurrente, selon l’espèce, elles réagissent de façons différentes. L’ambroise,
par exemple, lorsqu’elle perçoit un message d’une congénère, elle dirige
automatiquement ses racines dans une direction opposée à celles de sa voisine. Dans le
cas du soja, en présence d’une plante de la même espèce, il réagit en formant d’autant
plus de racines dans l’intention de s’approprier suffisamment de nutriments pour sa
propre croissance, c’est chacun pour soi et dans ce cas si c’est nécessaire on se pousse
des coudes. Les plantes sont ainsi en mesure de distinguer les racines d’une parente de
celles d’une étrangère. Les plantes parentes n’entrent pas forcément en compétition
avec le système racinaire de leurs congénères. Cela semble être aussi le cas pour le
trèfle qui a quelques égards pour les racines de ses voisins proches parents. Quant au
fraisier sauvage il accélère la croissance de ses racines lorsqu’il entre en contact avec
celles d’autres espèces tandis qu’en présence de ses semblables son comportement
racinaire demeure neutre. Toutefois, pour le lierre, ses racines évitent tout contact avec
celles de leurs voisins quels qu’ils soient (Collectif f, 2013).

A l’exemple des humains, dans le monde des plantes il n’y a pas que des réactions
égoïstes ou des signaux négatifs émis à l’intention de son prochain et la générosité

50
ainsi que l’entraide existent quelquefois. Aux Etats Unis, cela semble être le cas chez
le pin à écorce blanche (Pinus albicaulis) et le sapin des Montagnes Rocheuses (Abies
lasiocarpa). Lorsque ces deux espèces poussent au fond d’une vallée fertile, là où les
conditions de croissance sont particulièrement favorables avec abondance de
nutriments, leur distribution sur le terrain est aléatoire et chacun vit pour soi sans se
préoccuper des autres. En revanche, plus haut dans la montagne, là où les conditions
de vie sont difficiles on a appris à se serrer les coudes et les sapins croissent autour du
pin, car ce dernier leur offre des nutriments par l’intermédiaire des mycorhizes qui les
relient. Par conséquent si le pin vient à disparaitre, les sapins ont tendance à péricliter
et leur croissance est fortement diminuée. Dans le cas contraire si le pin du fond de la
vallée meurt, les sapins en profitent et ne poussent que mieux.

Dans un autre exemple d’altruisme c’est un vieux pin qui prend soin de son rejeton.
Cette constatation plutôt surprenante fut révélée grâce à l’aide d’une technique simple
de traçage par radio-isotopes. On fit absorber au vieux pin du dioxyde de carbone
radioactif (radiations de très faible énergie). Le carbone ainsi marqué fut assimilé et les
sucres synthétisés radioactifs furent par la suite suivis grâce à l’aide de moniteurs de
radioactivité. Ce que l’on constata c’est un très important transfert de produits de la
photosynthèse entre le vieil arbre et le plus jeune qui pousse à ses pieds. Dans ce cas
particulier nous avons une réelle solidarité entre générations qui s’opère au sein de
cette espèce. A l’exemple du cas précédent, il concevable que ce transfert de
nutriments se fasse par l’intermédiaire de champignons mycorhizes capables de
connecter un arbre à un autre. Cette solidarité entre générations existe-t-elle aussi chez
d’autres espèces d’arbres? Il semble que c’est bien le cas et nous avons observé, entre
autres, dans les forêts du Jura une telle solidarité entre un épicéa adulte et un jeune
cerisier sauvage ou alors c’est un jeune hêtre qui pousse au pied d’un chêne adulte
(dans ce cas particulier il peut même y avoir une fusion de la base des deux troncs) ou
d’un vieux pin sylvestre.

Depuis fort longtemps il est reconnu que certaines substances exsudées par les
racines empêchent la germination des graines d’autres plantes, c’est une manière de
s’assurer, son espace vital. Cela semble être le cas chez de nombreuses plantes à
l’exemple du pois d’angole (Cajanus indicus) dont les substances toxiques qui
diffusent de ses racines dans le sol réduit à néant la germination de toutes autres
graines présentes à proximité (Ozier-lafontaine, 2013). Les exsudats racinaires sont
aussi réputés avoir une influence sur la croissance des végétaux voisins non seulement
en les inhibant mais aussi en favorisant leur développement. En 1833 Maquaire cité
par Pelt (2003) disait: «On sait que le chardon nuit à l’avoine, l’euphorbe et la
scabieuse au lin, l’ivraie au froment: peut-être les racines de ces plantes suintent-elles
des matières nuisibles à la végétation des autres» et plus loin il déclare: «La plupart
des végétaux exsudent par leurs racines des substances impropres à leur végétation, la

51
nature de ces substance varie selon les familles de végétaux qui les produisent…». Ce
n’est que 150 ans plus tard que l’on réalisa l’ampleur de ce phénomène. Dans le règne
végétal, les exemples de ce que l’on appelle l’allélopathie foisonnent et maintes
substances chimiques furent ainsi isolées et caractérisées.

Une expérience très simple permet de mettre en évidence ce phénomène d’émission


de messages toxiques d’une plante envers une autre. Si l’on dispose des graines de
violettes sur un papier filtre humide en présence de grains de blé, les exsudats des
graines de violettes inhibent complètement la germination des grains de blé. La
violette qui est de petite taille a ainsi développé une stratégie très efficace pour se faire
une place au soleil. Parmi les nombreux exemples cités par Pelt (2003) il y a
l’absinthe qui inhibe à distance la croissance du fenouil qui fait pourtant partie de la
même famille. La mélisse défend vigoureusement son territoire et par ses messages
chimiques toxiques, elle ralentit la croissance de la sauge et de la lavande qui toutes
deux poussent à proximité, quant à ces deux dernières elles ont une tolérance mutuelle.
Un exemple classique est celui du noyer qu’aime faire le vide autour de ses racines et
ne tolère pas d’autres arbres. Chez le noyer, une des substances impliquée dans ce
phénomène d’allopathie est un composé phénolique, le juglone qui est à la fois toxique
pour les bactéries, les champignons et autres végétaux. Cette substance est exsudée par
les racines mais on la retrouve également dans ses feuilles. A la campagne on avait
déjà une connaissance empirique des vertus de ce principe actif. Jusqu’au milieu du
siècle passé il était encore d’usage chez les paysans de certaines régions de la Suisse
de mettre des feuilles fraîches de noyer dans leurs chaussures de travail afin d’éviter
les mycoses.

Une autre plante assez particulière est la guayule (Parthenum argentatum) qui est
originaire des plaines arides du Mexique et qu’on cultivait jadis pour la production de
caoutchouc. Ses racines produisent et exsudent une substance phénolique très toxique.
La guayule ne tolère même pas les plantes de sa propre espèce qui poussent dans son
voisinage. C’est pour cette raison que celles qui croissent en marge d’un champ ont un
meilleur développement que les autres qui se trouvent à l’intérieur de la parcelle, là où
chacune fait tout pour littéralement empoisonner l’existence des autres.

Il est manifeste que la coexistence entre plantes n’est pas toujours bien comprise et
elle est en grande partie dictée par la nature des messages chimiques, parfois fort
complexes, exsudés par leurs racines. Plusieurs de ces substances sont toxiques et
empêchent la croissance de leur voisines tandis que d’autres sont en mesure de
neutraliser les poisons de leurs concurrentes. Dans ce contexte, il y a le cas classique
de la coexistence de l’ail (Allium chamaemoly), de la chicorée (Hyoseris scabra) et de
la modeste pâquerette (Bellis annua). Les trois font bon ménage lorsqu’elles poussent
au même endroit. Toutefois il semble bien que l’ail et la chicorée, en l’absence de la
pâquerette, ne se tolèrent guère et que chacun garde une certaine distance des autres.
52
Quelle en est la raison? Deleuil cité par Pelt (2004) a démontré en laboratoire que l’ail
est tout simplement toxique pour la chicorée. Toujours est-il que les racines de la
pâquerette sont en mesure de neutraliser le poison produit par l’ail. Dans ce cas de
ménage à trois il est évident que la chicorée ne peut exister en présence de l’ail que si
la pâquerette pousse à proximité des deux autres plantes.

Les messages chimiques sécrétés par les racines des plantes sont parfois aussi dirigés
contre des champignons pathogènes. Chez l’orge, il est reconnu qu’un grand nombre
de champignons tels que Cochliobolus sativus et Fusarium culmorum tentent
d’infecter ses racines. Ces dernières produisent une vingtaine de substances chimiques
différentes qui empêchent ou retardent la croissance de ces champignons. L’une
d’elles a même la capacité d’inhiber jusqu’à 75% la croissance de ces pathogènes,
d’où son intérêt pour les phytopathologistes désireux de protéger les cultures avec des
produits naturels, car il est reconnu que ces agents pathogènes abaissent jusqu’à 20%
(voire plus) le rendement en grains (Fiers et al. 2013).

Une plante peut faire appel à des bactéries afin de créer une symbiose. Les racines
des légumineuses émettent un message sous forme de substances chimiques
(flavonoïdes, bétaïnes et autres) qui attirent des bactéries capables de fixer l’azote de
l’air. Ces bactéries s’installent sur les radicelles de leur hôte et à la suite d’une série de
réactions très complexes, forment ce que l’on appelle des nodules racinaires dans
lesquelles les bactéries vivent en symbiose avec la plante. Cette dernière leur fournit
les nutriments nécessaires à leur croissance quant aux bactéries elles fixent l’azote de
l’air sous une forme assimilable pour son hôte. Cependant, la plante veille au grain et
si d’aventure les bactéries deviennent trop paresseuses et ne fournissent pas assez
d’azote à leur hôte, la plante les pénalise en leur procurant moins de substances
nutritives, c’est une relation donnant-donnant, sans plus. Dans cet exemple, lors de
l’installation de ces bactéries qui vivent en symbiose avec la plante, elles ont trouvé le
biais pour échapper aux réactions de rejet de leur hôte; elles le font tout simplement en
bloquant ses moyens de défense. Une situation analogue est observée chez le laccaire
bicolore (Laccaria bicolor), qui vit en symbiose avec le peuplier. Ce champignon
sécrète de nombreuses petites protéines dans les racines qu’il colonise dont l’une
d’elles bloque la perception d’une hormone de stress (l’acide jasmonique) de l’arbre en
se liant à ses récepteurs. Cela empêche toute réaction de défense et de rejet chez la
plante et le champignon a tout loisir pour s’installer sans être inquiété (Chauveau,
2014). Dans le système racinaire du peuplier, le laccaire bicolore incite également la
plante à accumuler des hormones de croissance (auxines) dans l’apex des racines ce
qui a pour effet d’induire la formation de radicelles latérales qui sont d’autant plus de
points de contacts avec les champignons mycorhizes (Felten et al.2009).

La plante peut de même faire appel à des bactéries ou à des nématodes pour qu’ils
détruisent les insectes qui dévorent leurs racines. Lorsque les racines du cèdre blanc
53
sont dévorées par des insectes, elles émettent des messages chimiques destinés aux
nématodes entomophages. Une situation analogue est observée chez les racines du
maïs qui sont attaquées par des ravageurs souterrains. Elles dispensent des messages
spécifiques sous forme de sesquiterpènes volatils qui font appel dans les plus brefs
délais aux nématodes qui viennent au secours des racines pour détruire les ravageurs.
On a constaté que les plantes de maïs qui sont en mesure d’envoyer de tels messages
sont jusqu’à cinq fois plus résistantes aux différents parasites racinaires que celles qui
ont perdu cette faculté au cours de leur sélection.

Parfois ce sont des plantes qui viennent au secours d’autres végétaux lorsqu’ils sont
visités par des larves et des insectes ravageurs. Cela semble être le cas de la relation
qui existe entre le bananier et la crotalaire (Crotalaria sp), une plante de la famille des
Labiacées. En effet, cette dernière émet par ses racines une substance très toxique qui
détruit les nématodes qui s’en prennent aux bananiers (vers de la banane). C’est pour
cette raison que dans les pays tropicaux on cultive la crotalaire comme plante de
«couverture» dans les plantations de bananiers.

Les différentes stratégies qu’ont les plantes pour transmettre leurs messages (positifs
ou négatifs) sont mises en pratique en agriculture biologique. Dans ce que l’on appelle
la technique de «push and pull», cela consiste à introduire à l’intérieur d’une culture
une plante répulsive pour les ravageurs herbivores et en bordure du champ une autre
plante qui les attirent. Au Kenya, on plante à l’intérieur d’un champ de maïs une
légumineuse (Desmodium adscendens) qui produit une substance qui fait fuir la pyrale
du maïs. En revanche en bordure du champ on cultive l’herbe à éléphant qui attire la
pyrale. C’est sur cette dernière qu’elle pond ses œufs. Par la suite l’herbe à éléphants
sécrète encore une autre substance, cette fois toxique, qui tue les larves à leur éclosion.
Qui plus est, Desmodium fixe l’azote de l’air et c’est aussi un fourrage riche en
protéines pour le bétail (les indigènes l’utilisent également sous diverses formes en
phytothérapie) quant à l’herbe à éléphant elle est riche en hydrate de carbone. Avec
cette technique géniale et très écologique on gagne sur tous les tableaux. Cette façon
de faire est principalement mise en pratique dans les petites exploitations agricoles
dans plusieurs pays d’Afrique.

Un Internet souterrain connecte les plantes entre elles


Non seulement les plantes communiquent par voie aérienne mais encore elles
mettent à profit le domaine souterrain pour véhiculer leurs nombreux messages. Leur
transmission (messages chimiques et autres) d’une plante à une autre peut-être réalisée
sous terre par l’intermédiaire d’un réseau complexe de champignons mycorhizes (du
grec, myco: champignon et rhiza: racine). En effet une plante malade prévient parfois

54
ses voisines saines en envoyant des messages souterrains qui diffusent librement dans
le sol ou bien elle le fait au moyen de filaments de champignons mycorhizes qui
relient leurs racines. Une plante de tomate malade qui est connectée avec d’autres
plantes saines par de tels filaments mycéliens est en mesure d’envoyer de façon plus
efficace ses messages codés à ses voisines. Le réseau de filaments des mycorhizes
permet aussi de véhiculer des substances toxiques destinées à contrôler les ravageurs
phytophages. Cette façon de procéder est bien plus efficace qu’une simple diffusion
de signaux dans le sol ou par les airs. En effet, une transmission de messages canalisés
par l’intermédiaire d’un réseau complexe de champignons mycorhizes est aussi
davantage économique, plus rapide et porte sur de plus grandes distances que par une
simple diffusion libre dans le sol.

Une expérience simple permet de mettre en évidence l’efficacité de ce moyen de


transport de substances ou de messages d’une plante à une autre. Dans notre exemple,
il s’agit de plantes de soucis (Calandula officinalis) cultivées dans des pots
spécialement conçus pour ce test. Chaque pot comprend deux compartiments
concentriques tous deux contenant de la terre. Dans celui du centre il y a la plante dans
le second uniquement de la terre. La paroi intermédiaire séparant les deux
compartiments est faite de telle façon à ce que les radicelles soient incapables de
passer dans le second compartiment et seuls les mycorhizes qui vivent en symbiose
avec les racines du souci y parviennent. Dans un autre pot, la paroi intermédiaire est
conçue de telle manière à ce que ni les radicelles, ni les filaments de mycorhize ne
peuvent la franchir et seules les substances chimiques de faible poids moléculaire sont
à même de diffuser librement dans le deuxième compartiment. Au terme de
l’expérience une analyse chimique révèle que seul le sol du deuxième compartiment
qui a été en contact avec les filaments du mycorhize contient des substances
potentiellement toxiques contre les nématodes et les graines en germination. Par
conséquent, grâce à la présence du mycorhize, le souci distribue ses toxines aux autres
plantes voisines pour les protéger contre les invasions de nématodes. Par la même
occasion cette toxine empêche aussi la germination d’autres espèces de plantes qui
pourraient entrer en concurrence avec Calandula officinalis.

Dans la rhizosphère, les champignons mycorhizes jouent non seulement un rôle


capital dans la communication chimique entre végétaux mais aussi dans
l’approvisionnement en eau et en nutriments. Pour cela ils forment de très longs et
minces filaments interconnectés en s’imbriquant les unes dans les autres à leurs
extrémités. De cette façon ils étendent considérablement le périmètre de prélèvement
d’eau et de minéraux. L’origine de cette symbiose entre champignons et plantes se
perd dans la nuit des temps et selon l’avis des spécialistes elle existe depuis que les
végétaux ont colonisé la terre ferme il y a quelques 350 millions d’années environ
(Smith et Read, 2007). Cette symbiose se manifeste physiquement par une pénétration

55
des filaments du champignon à l’extrémité des racines et radicelles où ils s’y déploient
sous formes de minuscules arbuscules ramifiés. De cette façon, ils augmentent
considérablement la surface de contact avec leur hôte. On estime que plus de 90% des
plantes terrestres créent sous une forme ou une autre une réelle symbiose avec des
champignons souterrains. Cette symbiose diffère selon les biotopes dans lesquels
croissent les végétaux. Dans le grand nord et en altitude, les filaments assurent le
contact avec les radicelles en formant un manchon à leurs extrémités. Le réseau
mycélien de ces champignons peut s’étendre sur de très grandes surfaces. Dans les cas
extrêmes on estime même qu’il peut y avoir plus de mille arbres interconnectés par ces
champignons sur une surface totale de dix kilomètres carrés (Pelt, 2004). Le réseau de
mycorhizes reliant les plantes est très fragile, il peut être détruit par les labours, la
culture intensive avec abus d’engrais et de traitements d’herbicides, et par la
compaction des sols (surtout en forêts sur sols peu profonds, là où l’on fait usage
d’équipements lourds pour l’exploitation du bois) ainsi que par d’autres activités
humaines. Une fois que ce fragile et indispensable écosystème est détruit il est très lent
à se reconstituer.

Certaines plantes, pour assurer leur subsistance, sont en mesure de pirater ce réseau
mycélien. C’est le cas de l’orobanche et de la néottie nid d’oiseau (une espèce
d’Orchidée), des plantes sans chlorophylle qui obtiennent leur nourriture en se fixant
sur le mycélium des mycorhizes.

La symbiose mycorhizienne favorise aussi les échanges alimentaires entre le


champignon et la plante hôte. Cette dernière offre au mycorhize les nutriments dont il
a besoin, à l’exemple des sucres qu’il n’est pas en mesure de photo synthétiser faute de
chlorophylle. Dans une telle symbiose mutualiste les plantes offrent aux champignons
entre 5 et 20% des sucres qu’elles synthétisent. Les mycorhizes transforment ces
sucres en glycogène qui leur servent de réserves glucidiques. En contrepartie ils offrent
aux plantes de l’azote et du phosphore indispensables à leur croissance. En effet, les
mycorhizes ont la capacité d’extraire les phosphates que les plantes ont bien de la
peine à s’approprier. Pour les cultures de blé et de maïs on estime
qu’approximativement le tiers du phosphate dont elles ont besoin est obtenu grâce à
l’activité des champignons mycorhizes (Van Der Heijden et al 2015). Ces derniers
favorisent de même la formation du système radiculaire grâce à une hormone qu’ils
synthétisent et transmettent à leurs hôtes. Dans quelques cas ils synthétisent même des
antibiotiques qui protègent les racines de leurs hôtes des microorganismes pathogènes
toujours présents dans le sol.

Quelles preuves avons-nous de l’efficacité d’un tel moyen de communication? Au


cours de ces dernières décennies plusieurs expériences sur le terrain ou en laboratoire
ont clairement démontré cette capacité des champignons mycorhizes à transmettre des
messages souterrains entre plantes. Dans une expérience classique on a observé qu’une
56
plante de tomate infectée par le champignon Alternaria solani ne tarde pas à
synthétiser tout un arsenal de substances destinées à lutter contre le pathogène. Par la
même occasion elle transmet aux autres plantes voisines des messages codés qui sont
véhiculés par le réseau de champignons mycorhizes. Si une plante saine est connectée
à une plante malade par l’intermédiaire de filaments mycorhizes, elle reçoit de cette
dernière des messages qui l’avertissent d’une éventuelle attaque d’Alternaria solani.
Selon ces expériences il est apparent que ce phénomène de transmission de messages
codés par l’intermédiaire de mycorhizes d’une plante malade à une autre saine n’a pas
lieu si l’on supprime artificiellement toute connexion souterraine entre elles (Song et
al.2010).

Ce phénomène de transmission de messages par ce réseau Internet souterrain fut


exploré par plusieurs groupes de chercheurs dont celui de Babikova et al. (2013).
Dans l’une de leurs expériences, ils examinèrent deux groupes de plantes d’haricots.
Le premier groupe a son système racinaire interconnecté par des mycorhizes tandis
que le second groupe en est privé. Afin de prévenir toute communication par l’air
ambiant, les parties aériennes des plantes des deux groupes sont recouvertes de sacs en
plastique transparents. Une plante de chaque groupe est ensuite infectée avec des
pucerons. Toutes les plantes du premier groupe qui sont interconnectées par les racines
ne tardent pas à recevoir les messages souterrains de la plante contaminée et elles se
mettent aussitôt à synthétiser des substances de défense en prévision d’une attaque
possible de pucerons. En revanche, les plantes sans aucune connexion souterraine par
les mycorhizes ne réagissent pas et aucune synthèse de substances de défense n’est
détectée.

L’étrange et controversé effet Backster sur la perception


primaire chez les plantes
Dans les années 1960, C. Backster (1968) de la CIA aux Etats Unis fut un spécialiste
du détecteur de mensonges qu’il appliqua également aux plantes. Lors d’un
interrogatoire, le polygraphe appliqué aux humains mesure les variations de résistance
de la peau, le rythme cardiaque et la respiration d’un suspect. Ces paramètres sont
supposés être corrélés à l’anxiété du sujet ce qui devrait en principe permettre
d’évaluer la véracité de ses déclarations. Backster eut l’idée d’appliquer cette
technique aux plantes et il affirme que si l’on ébouillante des crevettes à proximité
d’une plante, celle-ci ne tarde pas à réagir et à émettre des signaux enregistrés par le
détecteur de mensonges. Les résultats étaient pareils si Backster faisait défiler en face
de la plante des personnes anonymes dont un criminel. Elle était en mesure de réagir à
sa présence en donnant un signal à l’appareil électromagnétique fixé sur ses feuilles. A

57
la suite d’une longue série d’expériences, il déclare qu’une plante est à même de
percevoir nos intentions qui pourraient la mettre en péril. Selon ses observations, il
suffit seulement de penser ou d’avoir l’intention de brûler l’une de ses feuilles pour
qu’elle réagisse au polygraphe fixé sur elle. Toujours est-il que d’après cet
expérimentateur, une telle capacité de perception chez la plante ne repose sur aucun
support physique ou chimique. Pour Backster une plante est non seulement capable de
deviner nos pensées mais encore de réagir si l’on a l’intention de la blesser. C’est
pourquoi d’après lui les plantes ont une conscience et elles possèdent une perception
extrasensorielle…

Backster eu énormément de succès et d’adeptes à sa théorie qui fit école auprès du


grand public. Ces dernières décennies un grand nombre d’ouvrages furent publiés sur
ce sujet car très nombreux sont ceux qui sont friand d’ésotérisme! Un psychologue
moscovite V.N. Pouchkine et son collaborateur V.M. Fetisov ont vérifié «avec soin»
les expériences de Backster et arrivent à peu près aux mêmes conclusions
(curieusement ces «éminents» scientifiques sont introuvables sur la liste de PubMed
ou celle de Research Gate qui comprend plus de 11millions de chercheurs dans la
monde!). Ainsi donc, dans l’une de leurs expériences, ils examinèrent la perception
des émotions par une plante grâce à l’intermédiaire d’une jeune fille que l’on avait
préalablement hypnotisée, lui suggérant divers états d’esprit. Les auteurs déclarent:
«nous obtenions une réaction électrique grâce à un encéphalographe branché sur un
géranium en pot» (seulement la plante était connectée, pas le pot!) et il semblerait bien
qu’à chaque émotion suggérée par les expérimentateurs, l’encéphalographe enregistrait
des signaux électriques!(Mainville, 2015).

Tout le monde n’était pas forcément d’accord avec les interprétations des résultats
de telles expériences. Quelques cartésiens forts dubitatifs quant aux interprétations de
ces expérimentateurs, ne tardèrent pas à mettre en doute l’ensemble de toutes ces
observations. Ces derniers répétèrent les expériences de Backster et mirent en évidence
de nombreuses erreurs méthodologiques. Selon plusieurs chercheurs, ses expériences
manquent de rigueur scientifique avec des interprétations hâtives sans aucune analyse
statistique valable (Fabre, 2015). Horowitz et collègues (1975) ainsi que Kmetz
(1977) tentèrent de répéter les expériences de Backster. Ces derniers prirent mille et
une précautions et mirent en place toute une série de contrôles précis. Au terme d’une
longue série de tests ils se rendirent très vite compte que les lectures positives du
polygraphe étaient à même d’être expliquées par un certain nombre de facteurs
physiques, y compris la présence d’électricité statique dans la pièce où les tests avaient
lieu, les mouvements des personnes présentes, les changements du taux d’humidité, de
température et autres. Tous ces paramètres avaient une influence directe sur les
émissions de signaux donnés par la plante et enregistrés par le polygraphe détecteurs
de mensonges. Les auteurs conclurent que «l’hypothèse demeure tout de même une

58
spéculation intrigante et qu’elle n’est soutenue, pour le moment, que par les données
partielles publiées par Backster».

Jusqu’à ce jour aucune autre expérience scientifique sérieuse n’a corroboré les
résultats de Backster. Malheureusement on évoque trop souvent ses travaux pour
défendre la vision à distance et la communication entre humains par l’intermédiaire
des plantes! Dans ce contexte Jean Rostand (1958) aurait dit «A partir du moment où
un homme jouissant de quelque autorité a déclaré l’existence d’un phénomène
illusoire, il se trouvera ou du moins il pourra se trouver, d’autres hommes et qui ne
sont ni ses élèves ni des fraudeurs, pour retrouver ce phénomène…»

Notes
Note 1

Les protéodies ou la musique du vivant

La science développée à partir de l’étude des protéodies s’appelle génodique.


Chaque acide aminé (il y en a principalement 22 espèces différentes qui constituent la
majorité des protéines) est associé à une «onde d’échelle» qui peut être transcrite en
note de musique et de là en mélodies correspondant à une protéine spécifique. De
même chaque base qui compose les quatre nucléotides (Adénosine, Thymidine,
Guanosine, Cytosine) peut être aussi transcrite en note de musique et en mélodie
correspondant à un gène ou son messager ARN spécifique. Les «ondes d’échelle» ont
été mises en évidence par le physicien théorique J. Sternheimer (1983). D’après ce
chercheur lorsque l’acide aminé se fixe à la chaîne protéique par l’intermédiaire du
ribosome et du transfert ARN, il exerce un mouvement ondulatoire que l’on appelle
onde d’échelle que l’on peut rendre audible (ondes sonores). Selon Henry (2016)
«Grâce aux ondes d’échelle, un individu ressent son unité quel que soit l’échelle qu’il
utilise afin de se décrire. Il peut se percevoir comme étant lui-même soit au niveau de
son corps macroscopique (mètre), de ses organes (centimètres), de ses tissus
(millimètre), de ses cellules (microns), de ses polymères (nanomètres), de ses atomes
(angström) ... Ces mêmes ondes d’échelle permettent à l’individu de se voir également
à l’échelle de la planète, du système solaire, de la galaxie, de l’univers…».

Note 2

59
Les hormones de stress chez les plantes

Les hormones de stress que sont l’éthylène, l’acide jasmonique, l’acide salicylique,
l’acide abscissique et la systémine jouent un rôle essentiel dans le développement
normal et la physiologie de la plante saine. Cependant ces substances sont aussi
impliquées dans la transmission de messages lors d’un stress abiotique ou biotique. A
l’exception de la systémine qui est un oligopeptide, les autres molécules sont toutes de
faible poids moléculaire, cela leur permet de se circuler plus facilement dans toute la
plante. L’éthylène, l’acide jasmonique, l’acide salicylique sont également volatils et ils
ont la capacité de donner l’alarme aux autres plantes de leur voisinage immédiat de
l’imminence d’une infection ou d’une attaque d’herbivores. Ces hormones de stress
sont libérées sous l’action des éliciteurs et dans ce cas leur rôle est de déclencher dans
toute la plante la production de substances destinées à la protéger des agents
pathogènes ou des ravageurs folivores.

Note 3

Les phytoalexines

Les phytoalexines sont des métabolites secondaires de faible poids moléculaire déjà
présents dans la plante ou synthétisés en réponse à un ravageur folivore ou à une
infection fongique, bactérienne ou virale. Ces molécules à potentiel antibiotique
s’accumulent de préférence près des sites d’infections où elles sont destinées à
protéger la plante contre la progression de la maladie. Les phytoalexines qui sont
induites par les éliciteurs en comptent plus de 350 qui ont été étudies en détails. Chez
les légumineuses, par exemple, on en a identifié quelques 130 de structures chimiques
différentes. Chaque famille de plante se spécialise pour une certaine catégorie de
phytoalexines. Les légumineuses ont une grande variété d’isoflavones tandis que chez
la famille des Solanacées (pommes de terre, tabac, belladone) ce sont plutôt des
sesquiterpènes et des alcaloïdes.

Note 4

Les éliciteurs

Une des premières réactions de la plante en réponse à une infection ou à un


parasitage est la formation d’éliciteurs. Ces derniers sont des molécules provenant de
la plante, de l’agent pathogène ou des ravageurs phytophages. Ce peut-être un produit
de dégradation des parois cellulaires du pathogène, de la plante hôte ou une substance
contenue dans la salive des chenilles et des insectes herbivores. L’éliciteur a la
capacité d’induire chez la plante une cascade de réactions chimiques complexes qui
conduisent à la synthèse de substances de défense (phytoalexine). Il existe des
éliciteurs biotiques exogènes provenant de la dégradation des structures de l’agent

60
pathogène ou de l’insecte folivore. Ceux d’origine endogènes proviennent de la
dégradation des éléments de structures cellulaires de la plante. Parmi ceux que l’on
nomme abiotiques on a les métaux lourds, les polluants et les rayons ultraviolets. En
matière de chimie les éliciteurs biotiques comprennent des polysaccharides, des
polypeptides, des glycopeptides ainsi que des lipides.

Note 5

Les acides nucléiques, ADN et ARN

Le matériel génétique est constitué d’acide désoxyribonucléique ou ADN. Il peut


être transcrit en acide ribonucléique (ARN). Parmi les différentes espèces d’ARN
(ARN de transfert, messager, interférant, ribosomiques, ribozymes) il y a les
messagers qui sont traduit en protéines spécifiques (protéines de structure et enzymes).
Les molécules d’acide ribonucléiques étrangères sont à même d’être ciblées et
détruites par la plante au moyen de ribonucléases et d’ARN interférant. Dans la plante
ces derniers proviennent de la digestion sélective d’ARN en brins doubles par une
enzyme éminceuse (Dicer) qui le coupe en petits fragments. Ces fragments s’hybrident
avec leurs séquences homologues qui sont ensuite détruites par une ribonucléase de
l’hôte inactivant ainsi l’ARN «étranger».

Note 6

Les métabolites primaires et secondaires

Chez les plantes on distingue les métabolites primaires et secondaires. Les premiers
sont directement impliqués dans les processus vitaux essentiels au développement et à
la reproduction des cellules. Parmi eux il y a les acides aminés, les nucléotides, les
glucides, les alcools, les antioxydants, les acides carboxyliques, les polyols et les
vitamines.

Contrairement aux métabolites primaires ceux que l’on nomme secondaire ne


participent pas directement à l’assimilation des nutriments, ni à leur transformation et
ils sont aussi chimiquement très différents des métabolites primaires. Leur structure
peut être d’une très grande complexité mais ils ont aussi pour la plupart de faibles
poids moléculaires. Leur fonction essentielle est de défendre et de protéger la plante
contre toutes sortes d’agents pathogènes, de parasites phytophages ou de prédateurs
vertébrés ou invertébrés. Ces métabolites secondaires sont aussi synthétisés en
réactions aux facteurs abiotiques tels que la sécheresse ou à l’effet des rayons
ultraviolets. Certains d’entre eux sont synthétisés en réponse à des facteurs biotiques
lors de l’attaque d’organismes pathogènes ou de prédateurs. Dans le monde végétal on
estime qu’il y a plus de 200 000 métabolites secondaires différents que l’on peut

61
classer en trois grandes catégories: les alcaloïdes, les composés phénoliques et les
terpènoïdes. Les phytoalexines font partie des métabolites secondaires.

Note7

Les parasitoïdes et hyper-parasitoïdes

Un parasitoïde est un organisme capable de se développer à l’intérieur ou sur un


ravageur phytophage (principalement sur les chenilles). Au cours de son
développement cet organisme tue son hôte. D’autres s’attaquent directement aux
ennemis des plantes en les dévorant. Ils se recrutent parmi les insectes, les nématodes,
les champignons, les bactéries et les virus. On estime dans le monde plus de 85 000
espèces d’insectes parasitoïdes. Les hyper- parasitoïdes sont des organismes qui
s’attaquent aux parasitoïdes.

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Informations sur les auteurs


Jean-Pierre Jost est né en Suisse à Avenches, il obtint un diplôme d’ingénieur
agronome et un doctorat en sciences à l’Ecole polytechnique fédérale de Zürich. Il
poursuivit sa formation de chercheur dans les départements de biophysique et de
biologie moléculaire ainsi qu’à Mc Ardle Cancer Research Institut de l’Université du
Wisconsin à Madison USA. Il dirigea ensuite un laboratoire de recherche
fondamentale au National Jewish Hospital à Denver où il enseigna également la
biologie moléculaire en tant que professeur assistant dans le département de
biophysique de l’Université du Colorado à Denver. Pendant trente-deux ans, il dirigea
ensuite un laboratoire de recherche en biologie moléculaire et épigénétique dans
l’Institut de recherches biomédicales Friedrich Miescher à Bâle (fondation de
Novartis).

Yan Chim Jost-Tse, née en Chine, étudia à Hong Kong, puis en Suisse (Montreux) et
à l’Université du Wisconsin à Madison USA où elle obtint son BA (Bachelor of Art).
Elle travailla ensuite comme collaboratrice et assistante dans le laboratoire de J.-P.
Jost. Depuis 2002, tous deux étudient le comportement des animaux sauvages
d’Europe ainsi que l’impact climatique sur les écosystèmes. Dans un effort commun,
ils réalisèrent une série de monographies et essais sur notre faune et flore.

Plus d’informations sur Internet sous: [Link] et [Link]

Table des matières

68
INTRODUCTION

ELLES LE DISENT AVEC DES FLEURS

Les senteurs, couleurs et formes: des messages destinés aux pollinisateurs

L’astuce de l’orchidée avec son leurre sexuel

Le piège du gouet (Arum maculatum)

PARFUMS ET PIÈGES MORTELS

LE LANGAGE SYMBOLIQUE DES FLEURS

LA COMMUNICATION PAR LA LUMIÈRE INFRAROUGE

LES PLANTES NE SONT PAS AUSSI SOURDES QUE LEUR POT

Quelle est donc la nature de ces mystérieux signaux ?

LA DISCRÈTE SYMPHONIE DES ARBRES

LES PLANTES SONT-ELLES MÉLOMANES

L’INTERVENTION DES CHAMPS ÉLECTRIQUES DANS LA


COMMUNICATION CHEZ LES PLANTES

Les signaux électriques au secours des insectes pollinisateurs

LES PLANTES ONT-ELLES UN CERVEAU ?

QUAND LES PLANTES SE PARLENT

Les avantages et désavantages d’une communication par voie de substances


chimiques volatiles

Les appels de détresse chez les plantes

Quelques autres exemples d’appels à l’aide chez les plantes

A DÉFAUT D’AUTRES MESSAGES DISSUASIFS, LA PLANTE LIMITE LA


REPRODUCTION DE SES PRÉDATEURS

LES PLANTES RÉAGISSENT AUX CONTACS PHYSIQUES

LA GUERRE DE L’OMBRE

UN INTERNET SOUTERRAIN CONNECTE LES PLANTES ENTRE ELLES

69
L’ÉTRANGE ET CONTROVERSÉ EFFET BACKSTER SUR LA PERCEPTION
PRIMAIRE CHEZ LES PLANTES

NOTES

Note 1 Les protéodies ou la musique du vivant

Note 2 Les hormones de stress chez les plantes

Note 3 Les phytoalexines

Note 4 Les éliciteurs

Note 5 Les acides nucléiques, ADN, ARN

Note 6 Les métabolites primaires et secondaires

Note 7 Les parasitoïdes et hyper-parasitoïdes

LITTÉRATURE CITÉE

INFORMATIONS SUR LES AUTEURS

Légendes des figures

Fig.1 Pour les insectes pollinisateurs la couleur rouge de ces tulipes apparait grise.
Afin de les attirer, le fond de la corolle, près des étamines et du pistil, est teinté de noir
et de jaune.

Fig.2 A 2500m d’altitude les fleurs alpines (Titlis) poussent groupées dans les
rocailles afin d’augmenter leur chance de pollinisation. Renoncules des glaciers
(Ranunculus glacialis) à gauche et Gentianes à feuilles courtes (Gentiana
brachyphylla) à droite.

Fig.3 Etoile de Noël ou Poinsettia (Euphorbia pulcherrima). Les fleurs minuscules


sont entourées d’énormes sépales vivement colorées.

Fig.4 Les couleurs vives de l’Héliconie sont propres à attirer les colibris et les
souimangas pollinisateurs.

Fig.5 Papillons pollinisateurs. Haut à gauche : Doleschalia bisaltide (Philippines),


droite : Danaus plexippus, monarque (Costa Rica). Bas à gauche Zygène (Suisse),
droite, Cethosia biblis (Philippines).

Fig.6 Insectes pollinisateurs. Syrphes (haut) et Cétoine doré (bas).

70
Fig.7 Le colibri comprend le langage des formes et des couleurs des fleurs tropicales.

Fig.8 L’abeille récolte nectar et pollen sur une fleur de sauge. Présence d’un levier à
l’intérieur de la fleur qui abaisse les étamines (flèche) sur le dos de l’insecte.

Fig.9 Ophrys bourdon, Ophrys fuciflora (Jura bâlois, massif du Blauen).

Fig.10 Ophrys mouche Ophrys insectifera avec son leurre sexuel. Flèche, sac à pollen
récolté lors de la pseudo-copulation de la guêpe.

Fig.11 L’Orchidée marteau et sa guêpe pollinisatrice. La flèche verticale : articulation


du bras avec son leurre.

Fig.12 Le Sabot de vénus d’Europe Cypripedium calceolus (gauche) et une forme


cultivée (droite).

Fig.13 La pollinisation du Gouet (Arum maculatum) par des moucherons. Coupe


longitudinale de la chambre florale.

Fig.14 La Droséra avec son piège passif. Haut, Drosera esterhuyseniae (Afrique du
Sud). Bas, Drosera adelae (Australie).

Fig.15 Les Népenthès, plantes carnivores croissent comme épiphytes (gauche) ou à


même les sols pauvres en nutriments (droite).

Fig.16 La Dionée attrape-mouche (Dionaea muscipula) de la Caroline du Nord et du


Sud aux USA avec son piège actif.

Fig.17 Bon anniversaire de R. De Madrazo (1841-1920).

Fig.18 Effet de la lumière rouge lointain sur la croissance de deux aulnes voisins.

Fig.19 Champ de colza en fleurs. L’effet du rouge lointain: toutes les plantes ont la
même hauteur.

Fig.20 L’expérience classique de Gagliano et collègues, explications dans le texte.

Fig.21 Réaction des racines de plantules de maïs aux sons de fréquence 200-300 Hz.

Fig.22 La dendrothérapie sur le tronc d’un pin sylvestre.

Fig.23 A un contact physique le Mimosa replie ses folioles. A gauche avant et à droite
deux secondes après le premier contact. La feuille voisine ne réagit pas.

Fig.24 La plante dévorée par une chenille fait appel à un parasitoïde et elle avertit sa
voisine(1) qui se prépare à lutter contre une attaque d’insectes (2).

Fig.25 Les girafes dévorent les feuilles d’Acacia dans le Massai Mara au Kenya.

71
Fig.26 L’Acacia se défend à l’aide de ses épines (a) si cela ne suffit pas l’Acacia
drepanolobium fait appel à des fourmis gardes de corps qui logent dans ses épines.

Fig.27 Une feuille de saule ravagée par des chenilles de tenthrèdes. Le résultat d’une
absence de signaux d’alarme ou de parasitoïdes dans les parages?

Fig.28 Insectes ravageurs de plantes, à gauche, petit capricorne ; à droite, scutellaires


rayées sur ombellifère.

Fig.29 Le papillon pond ses œufs sur la plante de tabac. Les chenilles sont résistantes
à la nicotine. La plante fait appel à un parasitoïde qui détruit les chenilles.

Fig.30 Parasitoïdes et hyper parasitoïdes. 1. la plante attire une punaise qui attaque la
chenille. 2. Un autre signal attire un ichneumon qui détruit la punaise.

Fig.31 Formation de galles sur une feuille d’érable.

Fig.32 Le contact physique d’une plante grimpante avec son support initie une
croissance en spirale vers le haut.

Fig.33 Les mycorhizes (en rouge) connectent les plantes entre elles et diffusent des
messages sur de longues distances.

Fig.34 L’Ail sauvage (Allium ursinum) ne tolère aucune autre plante dans son
voisinage immédiat.

Fig.35 L’Orobanche une plante parasite, a) détail de la fleur de l’Orobanche et b) la


fleur de la Néottie nid-d’oiseau parasite ressemblant à l’Orobanche.

72
Quatrième de couverture

Les plantes communiquent entre elles ou avec les animaux (insectes et vertébrés) par
une combinaison d’odeurs, de phéromones, de couleurs, de lumière et de formes
différentes. Certaines orchidées font même usage de leurres sexuels pour attirer les
insectes pollinisateurs. Lorsque c’est nécessaire, pour se protéger des herbivores, elles
font appel à des gardes de corps ou aux ennemis naturels (parasitoïdes) de leurs
tourmenteurs. Ou bien elles avertissent leurs voisines d’un danger imminent afin que
ces dernières se préparent à affronter l’ennemi ou la sécheresse. Les plantes
communiquent également par champs électriques et elles sont sensibles aux vibrations
sonores qu’émettent les prédateurs. L’extrémité des radicelles forment autant de
centres névralgiques sensibles à leur environnement. Les plantes disposent d’un
système de communication Internet souterrain très efficace où les racines de milliers
d’individus sont interconnectées sur par des filaments de champignons mycorhizes.
Cet ouvrage met en lumière certains aspects surprenants et peu connus du grand public
sur la communication chez les plantes.

73

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