Commentaire littéraire « Le Buffet » d’Arthur Rimbaud
Méthode : rédigez intégralement le commentaire. Supprimez tous les titres pour les
transformer en annonces et conclusions-transitions. Remplacez les tirets et les => par des liens
logiques. Transformez les phrases non-verbales en phrases verbales.
Le texte que nous allons étudier est un poème d’Arthur Rimbaud intitulé « Le Buffet ». Il a été
écrit en 1870 alors que le poète n’a pas encore 16 ans. Il figure dans le recueil Cahiers de Douai qui
rassemble les poèmes de jeunesse de Rimbaud. Ecrit en alexandrins, le poème est un sonnet de forme
classique. Les rimes sont croisées dans les quatrains et dans le deuxième tercet mais embrassées dans
les vers 9-10. Par ce poème, Arthur Rimbaud fait d’un objet du quotidien, un meuble, le sujet principal
de son poème. Mais cet objet se transforme progressivement sous nos yeux en un être doté d’une âme.
Annoncer la problématique et le plan :
Choisir une problématique :
- Comment ce poème nous invite à évoquer des souvenirs ?
- Que représente le buffet ?
- Comment Rimbaud transforme-t-il un objet du quotidien ?
- En quoi l’évocation du buffet révèle-t-elle les pouvoirs de la poésie ?
Annoncer le plan (seulement les 2 grandes parties)
I Le buffet : lieu de mémoire
1. Un témoin du passé
- Ancienneté du meuble : champ lexical de la vieillesse et du passé : « très vieux », « vieilles gens »,
« vin vieux », « vieilles vieilleries », « vieux temps ». Répétition des adjectifs « vieux » et « vieilles ».
=> insistance sur son ancienneté.
- Buffet marqué par le désordre d’objets accumulés au fil du temps : « fouillis ».
- Enumération vers 5 à 11 : « De linges », « de chiffons », « de dentelles », « de fichus » avec un
vocabulaire prosaïque.
=> Effet d’accumulation d’objets du quotidien.
-Enumération des groupes nominaux : « de femmes ou d’enfants », « de grand-mère », « de cheveux »,
« les portraits ».
=> Les objets sont peu à peu associés à des personnes. Le buffet est un témoin des générations
qui sont succédées.
Conclusion : Par les objets inutiles et démodés qu’il renferme, le buffet conserve les traces du passé.
2. Un flot de souvenirs
- Métaphore « verse » et comparaison vers 4 « comme un flot de vin vieux »
=> Les souvenirs surgissent comme un élément liquide qui s’écoule.
- Nombreux enjambements v. 6-7, 9-10, 10-11, 13-14.
=> Prolongent les vers. Ecoulement des souvenirs qui ne peuvent être contenus dans
l’alexandrin classique
- L’ouverture du buffet éveille les sens : Vue : « sombre », « ombre », « jaunes », « portrait », « peints ».
Odeur : les « parfums ». Goût : le « vin ». Ouïe : « tu bruis ». Toucher : le liquide versé « flot de vin vieux
», « flétries », « chiffons ».
=> Ces synesthésies font du buffet un lieu de mémoire et de vie.
Conclusion : Rimbaud transforme un banal objet du quotidien en un symbole de la mémoire du passé.
Il se sert ainsi du prosaïsme pour faire du Lyrisme.
II L’humanisation progressive du buffet
1. La personnification du buffet
- Personnifications : v. 2 « cet air si bon ».
=> Caractéristiques morales et physiques : le buffet prend un visage.
- Dernière strophe : emploi des verbes « savoir » et « vouloir » : « tu voudrais conter », « tu sais bien
des histoires ».
=> Buffet doté de volonté et de mémoire comme un être humain.
- Verbes d’action : « verse », « tu bruis ».
=> Le buffet devient progressivement un être actif qui pense et parle.
- Allitérations en [ f ] avec les mots « fouillis », « chiffon », « femmes », « enfants, « flétries », « fichus »,
« griffons ».
=> Le buffet donne l’impression de chuchoter, de murmurer pour raconter ses histoires.
Conclusion : le poète fait du buffet un être vivant, une personne familière.
2. Le registre lyrique : la célébration du buffet
- Emploi de la 2e personne du singulier : « tu sais », « tu voudrais ».
=> Le poète s’adresse au buffet comme à un ami intime. Il montre sa proximité avec lui.
- Apostrophe et Ô lyrique : « Ô buffet ».
=> Le poète célèbre cet objet du quotidien.
- Vocabulaire mélioratif « bon », « engageant » et hyperbolique « si bon », « tout plein ».
=> Sympathie du poète pour ce meuble.
- Passage de l’article indéfini « un (buffet) » v. 1 à l’article défini « le (buffet) » v. 3.
=> Passage d’une description du meuble à la familiarité et l’intimité.
Conclusion : le buffet devient un membre à part de la maison, capable de connaître et de transmettre
le passé. Le poète fait part d’une certaine nostalgie du passé dans une tonalité lyrique.
3. Les pouvoirs du poète
- Emploi du présent « est », « verse », « se mêle », « tu bruis », « s’ouvrent ».
=> Passage du présent de description au présent d’énonciation. Le buffet est en train de vivre
sous nos yeux.
- champ lexical du récit : « histoires » v. 12, « conter tes contes » v. 13.
=> Le poète transforme le buffet en conteur. Il ne comporte pas seulement des objets du temps
passé mais connaît aussi ses histoires.
- Emploi du conditionnel « tu voudrais ».
=> Le conditionnel est le mode de l’irréel. Cette parole est comme empêchée. « Tu bruis » laisse
entendre un son inaudible.
- Registre fantastique associé au buffet : le mot « griffon », créature mythologique.
– La pointe du sonnet « quand s’ouvrent lentement tes grandes portes noires (v. 14)
=> suggère le mystère par l’adjectif « noires ». L’ouverture du buffet relève du surnaturel
puisqu’il s’ouvre seul. Symboliquement, le poète a le pouvoir d’ouvrir la conscience sur une autre
dimension.
Conclusion : le buffet acquiert une âme. Le poète le fait sortir du monde de la réalité quotidienne. Il
montre que la poésie peut dépasser le réel.
Conclusion
- Bilan : réponse à la problématique choisie.
- Rimbaud s’est inspiré de Baudelaire. On retrouve dans son poème « Le Flacon » cette capacité des
objets et surtout des parfums, à nous faire voyager dans le temps.
Ou dans une maison déserte quelque armoire
Pleine de l'âcre odeur des temps, poudreuse et noire,
Parfois on trouve un vieux flacon qui se souvient,
D'où jaillit toute vive une âme qui revient. Baudelaire, « Le Flacon », Les Fleurs du Mal, 1857.