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Antibiothérapies en pathologie digestive

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POST’U (2022)

Antibiothérapies en pathologie
digestive : iléo-colites infectieuses,
diverticulites et appendicite
Nicolas BENECH
Assistance Publique des Hôpitaux de Paris - Service de Gastroentérologie et Nutrition -
Hôpital Saint-Antoine - 186 rue du Faubourg Saint-Antoine - 75012 PARIS
[email protected]

spp, Salmonella enterica non typhi,


Traitement antibiotique Yersinia spp, E.coli producteur de
en pathologie digestive SHIGA-toxine et Shigella spp (1). Le
suivi des profils de résistance aux anti-
biotiques de ces différentes espèces
Comme pour tout traitement anti-in- est réalisé en France par leurs centres
fectieux, une antibiothérapie probabi- nationaux de référence respectifs.
liste à visée digestive doit :
- cibler les pathogènes suspectés Le tableau 1 résume leur prévalence
en fonction des profils de sensibi- ainsi que leur profil de sensibilité
lité attendus à partir des données selon les derniers rapports dispo-
épidémiologiques locales, nibles de ces différents centres
et leurs résistances naturelles
- minimiser le risque d’effet secon- connues (1,2,3,4). L’avènement de
daire pour le patient, l’impact Campylobacter spp comme première
écologique sur son microbiote et le cause de colite infectieuse (liée
risque d’émergence de résistances notamment à l’ingestion de poulet
bactériennes secondaires, contaminé), associée à l’émergence
d’une résistance aux fluoroquinolones
- être débutée uniquement après
de près de 60 % des souches, justifie
réalisation d’une documentation
de proscrire l’utilisation de cette
OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES microbiologique systématique par
famille d’antibiotiques en première
hémocultures si fièvre avec élément
— Connaître les antibiothérapies en intention.
de gravité clinique, ou en cas de
cas d’iléo-colites infectieuses en diarrhée, par la réalisation de pré-
fonction de leur cause lèvements de selles à la recherche En cas d’iléite isolée, Yersinia spp
d’un Clostridioïdes difficile toxino- est le germe le plus fréquemment
— Connaître les antibiothérapies en
gène associé à des coprocultures en cause (environ 40 % des iléites
cas de diverticulite
standards (aujourd’hui rempla- aiguës infectieuses) a fortiori dans un
— Connaître les antibiothérapies en contexte d’ingestion de viande de porc
cas d’appendicite cées par certains laboratoires par
la recherche moléculaire de bac- insuffisamment cuite (5). Le profil
téries pathogènes avec des kits de de sensibilité spécifique de Yersinia
ATELIERS

LIEN D’INTÉRÊTS PCR multiplex). spp avec une résistance naturelle aux
macrolides justifie l’utilisation des
Aucun fluoroquinolones dans le traitement
probabiliste de cette forme clinique
(iléite sans atteinte colique avérée).
MOTS-CLÉS Iléo-colites infectieuses À noter que Campylobacter spp est la
Iléocolites infectieuses, appendicite, aiguës deuxième cause d’iléite aiguë infec-
diverticulite tieuse (25 % environ) (5). En cas
d’évolution défavorable et/ou d’iden-
Iléo-colite aiguë tification de Campylobacter spp, un
ABRÉVIATIONS d’origine alimentaire changement de traitement antibio-
AZM : azitromycine ; AMOX/ Ac. CLAV : L’épidémiologie des iléo-colites tique pour couvrir une souche résis-
amoxicilline/ acide clavulanique ; C3G : infectieuses bactériennes d’origine tante aux fluoroquinolones devra être
céphalosporine de 3e génération ; CIP : alimentaire susceptibles de bénéfi- envisagée (traitement par azithromy-
ciprofloxacine ; FQ : fluoroquinolones ; cier d’un traitement antibiotique est cine ou l’association amoxicilline/
GENTA : gentamicine MZD : métroni- dominée par 5 espèces (citées par acide clavulanique en cas d’éléments
dazole ordre de prévalence) : Campylobacter de sévérité).

333
Tableau 1 : Principales bactéries impliquées dans les Toxi-Infections Alimentaire Collectives (TIAC) responsables
d’une iléo-colite aiguë et leur profil de sensibilité aux antibiotiques

Bactéries % TIAC Se FQ Se AZM Se MZD Se C3G Proposition de traitement probabiliste


symptomatique

Campylobacter spp 26,1 41 % 98,8 % Résistance Résistance AZM 500mg/jour – 3 jours


Naturelle naturelle / Signe de gravité ou bactériémie :
AMOX/Ac. CLAV (<1 % de résistance)

Salmonella 12,2 75 % 99,4 % Résistance 98,6 % AZM 500 mg/jour – 3 jours


enterica non typhi Naturelle

Yersinia spp 1,4 99,9 % Résistance Résistance 100 % Ofloxacine 200 mg/12h – 7 jours
Naturelle Naturelle Alternative Doxycycline 100 mg/12 h –
7 jours

E. coli productrice 1,2 81,1- 100 % Résistance 99 % Indication discutée- Possibilité de


de Shiga-Toxine 100 % Naturelle traiter par
AZM 500 mg/ jour – 3 jours

Shigella 0,2 77 % 76 % Résistance 94 % Selon Antibiogramme ++


Naturelle Ceftriaxone 2 g/j- 5 jours – Alternative
possible AZM 500 mg/jour – 3 jours/
CIP 500 mg/12 h 3-5 j

Se : Sensibilité ; FQ : fluoroquinolones ; AZM : azitromycine ; MZD : métronidazole ; C3G : céphalosporine de 3e génération ; AMOX/ Ac. CLAV : amoxicilline/
acide clavulanique ; CIP : ciprofloxacine. Source : (1,2,3,4).

À noter que seulement 50 % des prélè- zymatique ou PCR. L’identification ment comme la fidaxomicine nécessite
vements infectieux réalisés dans un seule de la présence de C. difficile une prescription et une délivrance
contexte d’iléo-colite aiguë permet- sans toxine ne permet pas d’affirmer hospitalières. Toutefois la vancomy-
tront l’identification d’un agent le diagnostic. En effet, près de 3 % de cine présente pour principal inconvé-
pathogène. Ce chiffre pourrait toute- la population générale sont porteurs nient de nécessiter la reconstitution
fois évoluer avec la diffusion des tech- asymptomatiques de C. difficile non du produit par le patient à partir des
niques diagnostiques moléculaires toxinogène. À noter que dans 30 % flacons destinés au traitement intra-
par PCR dans les selles (y compris des cas de colite à C. difficile commu- veineux. Du fait des difficultés d’accès
à partir d’écouvillon rectal). Par nautaire aucun facteur de risque ou possible et du coût de la fidaxomine,
ailleurs, les coprocultures standards de prise d’antibiotique n’est iden- on peut envisager en cas de suspicion
nécessitent au moins 5 jours d’incu- tifié (7). Il convient donc de recher- diagnostique de débuter initialemment
bation. Ainsi, dans un grand nombre cher ce germe systématiquement un traitement probabiliste par métro-
de cas, l’évolution pourra être clini- devant tout tableau de colite aiguë y nidazole 500 mg/8 h, actif également
quement favorable avec un traitement compris en situation communautaire. sur C. difficile bien que d’efficacité
antibiotique probabiliste sans que moindre et qui sera à modifier en cas
Une fois le diagnostic posé, le traite-
l’on n’obtienne de diagnostic précis. d’infection confirmée (10) (figure 1).
ment repose sur une antibiothérapie
La réalisation de sérologies Yersinia
par fidaxomicine ou vancomycine per
spp, Campylobacter spp et Anisakis Klebsiella oxytoca, une bactérie
os. Les dernières recommandations
simplex (nématode parasite associé commensale du côlon est le deuxième
publiées en 2021 des sociétés savantes
à l’ingestion de poisson cru non germe responsable de colite associée
de maladies infectieuses américaine et
congelé) entre 4 et 8 semaines après aux antibiotiques. En effet, certaines
européenne ont positionné la fidaxo-
l’épisode clinique peut permettre un souches de K oxytoca productrices
micine en première intention du fait
diagnostic rétrospectif. d’une toxine inhibant la synthèse
d’un risque diminué de récidive entre
de l’ADN sont à l’origine d’une colite
10 et 15 % et d’une efficacité iden-
classiquement décrite hémorragique
tique à la vancomycine, voire possi-
et de localisation droite mais pouvant
blement supérieure chez les patients
Colite survenant avec un cancer (8,9). Malgré son coût
être également étendue (11). Elle est
particulièrement à suspecter chez des
dans un contexte de prise élevé (1 300 € la cure complète), la
patients exposés aux pénicillines ou
fidaxomicine est donc à privilégier
récente ou en cours en première intention, surtout en
à la pristinamycine. K. oxytoca serait
d’antibiotiques cas de facteurs de risque de récidive
à l’origine de 50 à 80 % des cas de
colites hémorragiques C. difficile
(âge ≥ 65 ans, ICD nosocomiale,
négatives après antibiotiques (12). À
hospitalisation de moins de 3 mois,
En cas de prise récente d’antibiotiques noter que la recherche de K. oxytoca
poursuite d’une antibiothérapie
(<1 mois), a fortiori en contexte sur les coprocultures standards n’est
concomitante ou d’un traitement par
nosocomial, la première cause de pas systématiquement réalisée par les
inhibiteur de la pompe à proton).
colite aiguë infectieuse est une infec- laboratoires et que la demande doit
tion à C. difficile toxinogène (6). Son La vancomycine per os à la dose de donc être précisée spécifiquement au
diagnostic repose sur l’identification 125 mg 4 fois par jour pendant 10 jours moment de l’envoi du prélèvement.
d’une souche de C. difficile productrice est également une alternative en traite- Le traitement de K. oxytoca repose
de toxine par méthode immuno-en- ment de première intention. Ce traite- en première intention sur l’arrêt de

334
l’antibiothérapie responsable permet- (MICI) qui modifiera le suivi Ainsi au vu de l’épidémiologie
tant le plus souvent la résolution des envisagé et les modifications théra- actuelle, un traitement probabiliste
symptômes. En cas de persistance peutiques à envisager en complé- par azithromycine (modalités de pres-
ou de signe de gravité, le traitement ment ou en alternative d’une cription décrites dans le tableau 3)
doit être orienté suivant les résultats antibiothérapie initiale. pour couvrir les principaux patho-
de l’antibiogramme et repose sur gènes d’origine alimentaire associé à
l’utilisation des céphalosporines de - Un antécédent d’allergie ou d’effet un traitement par métronidazole per
3e génération en première intention. secondaire grave à un traitement os pour couvrir une possible infec-
par antibiotiques (notamment ten- tion à C. difficile permet de cibler les
L’exposition aux antibiotiques peut dinopathie aux fluoroquinolones, causes majoritaires d’iléo-colite infec-
également favoriser la colonisa- neuropathie sous métronidazole). tieuse non grave. En cas de négativité
tion et l’infection par les bactéries de la recherche de C. difficile toxino-
pathogènes classiquement associées - Dans un contexte de syndrome
rectal, un rapport sexuel anal gène (résultats normalement dispo-
aux Toxi-Infections Alimentaires nibles en moins de 24 h), le traitement
Collectives (TIAC) et celles-ci non protégé dans le mois précé-
dant le début des symptômes doit par métronidazole pourra être inter-
doivent donc être systématiquement rompu. De même, en cas de recherche
recherchées et prises en compte dans également être systématiquement
recherché, orientant vers une de C. difficile toxinogène positive, le
la stratégie thérapeutique initiale. traitement par azithromycine devra
rectite à Chlamydia trachomatis
Éléments cliniques (incubation de 20 à 25 jours) ou être interrompu et le métronidazole
pouvant orienter le choix Neisseria gonorrhoeae (incubation relayé par de la fidaxomicine per os
de l’antibiothérapie initiale de 2 à 7 jours), ou plus rarement (la vancomycine per os est également
une syphilis ou une rectite à HSV. une alternative avec les limites listées
Les éléments anamnestiques suivants ci-dessus).
doivent être recherchés systémati- Un examen ano-périnéal associé
quement pour orienter le choix d’une à la réalisation de prélèvements
L’utilisation de l’azithromycine doit
antibiothérapie initiale : spécifiques par écouvillonnage
toutefois être considérée avec pru-
ano-rectal sera alors indiqué.
dence chez les patients avec un risque
- La notion de prise récente d’an-
Lorsque disponible et pour les formes d’allongement du QT (co-prescription
tibiotiques (jusqu’à 1 mois avant
de colite avec atteinte distale, la réa- de traitement allongeant le QT, syn-
le début des signes) devant faire
lisation d’une recto-sigmoïdoscopie drome de QT long connu, insuffisance
suspecter plus spécifiquement une
précoce notamment en cas d’évolution cardiaque sévère, bradycardie sévère,
colite à C. difficile toxinogène ou à
de plus de 7 jours de la symptoma- trouble ionique avec retentissement
Klebsiella oxytoca.
tologie digestive permet de réaliser sur l’intervalle QT -hypokaliémie,
- L’existence d’un facteur d’exposi- des biopsies coliques et iléales ainsi hypomagnésémie). En effet, un sur-
tion particulier alimentaire (con­ que des prélèvements infectieux risque de torsade de pointe a été iden-
sommation d’aliments à base (liquide d’aspiration avec lavage de la tifié chez les patients à haut risque
d’œufs crus dont mayonnaise, de muqueuse avec quelques mL de sérum cardiovasculaire au sein d’un registre
lait cru, tartares de viandes, de physiologique pour envoi en bactério- américain (13). Ce sur-risque n’a toute-
poissons ou de crustacés, poulet logie pour coprocultures et recherche fois pas été identifié chez les sujets de
rosé, viande non brune à cœur de C. difficile). L’examen anatomo-pa- moins de 65 ans au sein d’une cohorte
notamment) ainsi que la survenue thologique des biopsies permettra nationale danoise (14). De même, l’azi-
de cas groupés orientant vers une notamment d’orienter vers un dia- thromycine interagit avec de nombreux
toxi-infection alimentaire collective gnostic différentiel comme une MICI autres médicaments, et il conviendra
(définie par la survenue d’au moins avec la recherche d’éléments en faveur de vérifier l’absence d’association dan-
2 cas de symptomatologie similaire d’une chronicité de l’inflammation gereuse au moment de la prescription
en rapport avec la même prise ali- digestive (distorsions architecturales (contre-indication absolue en asso-
mentaire). des cryptes, infiltrat lympho-plasmo- ciation avec la colchicine, dérivés de
cytaire, granulome épithélioïde sans l’ergot de seigle, augmentation de l’ex-
- La notion de voyage à l’étranger position aux antivitamines K, digoxine,
nécrose caséeuse) ou la recherche
ATELIERS

devant faire rechercher des patho- ciclosporine,…). En cas de contre-indi-


d’éléments évocateurs d’une tubercu-
gènes particuliers (amibiase, cation aux macrolides, un traitement
lose intestinale (granulome avec une
paludisme) et certains profils de par fluoroquinolones (ofloxacine,
nécrose caséeuse classiquement dans
résistances particuliers (entérobac- ciprofloxacine, levofloxacine) en asso-
40 % des cas), plus rare en France.
téries productrices de carbapéné- ciation avec le métronidazole est une
Le tableau 2 présente les principaux
mase, entérobactéries productrices alternative possible, même s’il expose
germes suspectés en fonction du
de bêta-lactamase à spectre à un risque plus élevé d’échec en cas
tableau clinique initial et l’antibiothé-
élargie). d’infection à Campylobacter spp.
rapie probabiliste proposée.
- L’existence d’une immunodépres-
sion innée ou acquise devant faire En pratique, au service d’accueil des En l’absence de réponse clinique après
rechercher des pathogènes spéci- Urgences ou en consultation, il est un traitement initial de l’iléo-colite,
fiques comme le CMV, les cryptos- licite en cas de forme fortement symp- une endoscopie digestive diagnos-
poridies et microsporidies. tomatique de débuter un traitement tique devra être réalisée pour l’ob-
antibiotique probabiliste immédiate- tention de biopsies à la recherche
- La notion d’antécédent personnel ment après réalisation des prélève- d’éléments en faveur d’un diagnostic
ou familial de maladies inflam- ments microbiologiques associés à différentiel comme une MICI ou une
matoires chroniques intestinales une réévaluation clinique rapide. cause ischémique.

335
Tableau 2 : Principaux pathogènes suspectés en fonction du contexte clinique et leur traitement de première
intention (forme non grave). C3G : céphalosporine de 3e génération

Contexte clinique Principaux germes impliqués Traitement recommandé (forme non grave)

Iléo-colite aiguë - 
Campylobacter spp - Azithromycine
- 
Salmonella enterica non typhi - Alternative Fluoroquinolones (ofloxacine/
- 
Shigella ciprofloxacine)
- 
E. coli productrice de SHIGA-toxine (contexte de SHU+++) - Pas de traitement ou Azithromycine
- 
C. difficile - Fidaxomicine ou Vancomycine per os
- 
K. oxytoca (si ATB <1 mois) - Arrêt ATB causale +/- C3G

Iléite aiguë - 
Yersinia spp - Fluoroquinolones (alternative doxycyclines)
- 
Campylobacter spp - Azithromycine
- 
Salmonella - Idem
- 
Anisakis simplex (ingestion poisson cru) - Pas de traitement

Retour de voyage - Entamoeba histolytica - Métronidazole + Amoebicide de contact


en pays tropicales - Bactéries multi-résistantes (Entérobactéries BLSE ou EPC) - Traitement en fonction de l’antibiogramme
- Bactéries communautaires - Idem

Rectite aiguë - 
Chlamydia trachomatis - Doxycycline
- 
Neisseria gonorrhoeae - C3G monodose
- 
Treponema pallidum - Benzathine benzylpénicilline (Extencilline) IM
- 
Herpes virus - Valaciclovir
- 
Entamoeba histolytica - Métronidazole + Amoebicide de contact

Immunodépression - Bactéries communautaires - C3G IV (hors C. difficile ou Campylobacter spp)


- CMV - Ganciclovir IV
- Cryptosporidies/ microsporidies - Correction de l’immunodépression/
nitazoxanide en ATU

En cas d’éléments de gravité clinique biothérapie probabiliste en contexte Traitement antibiotique


(sepsis avec un score qSOFA ≥ 2), ou d’iléo-colite infectieuse aiguë en d’une appendicite aiguë
radiologiques (péritonite, pneumatose fonction du contexte clinique.
La prise en charge chirurgicale reste
pariétale, aéroportie, perforation),
Iléo-colite infectieuse chronique le traitement de première intention de
le bilan microbiologique initial sera
l’appendicite aiguë en France en 2021.
étendu à la réalisation d’hémocul- En pratique, les tableaux cliniques Malgré 7 essais contrôlés randomisés
tures et un traitement probabiliste à d’iléo-colites chroniques purement évaluant la possibilité d’un traitement
large spectre permettant de couvrir infectieuses sont rares. L’étiologie uniquement médical des formes non
les pathogènes digestifs pourra être principale est la tuberculose intesti- compliquées, cette approche n’a pas
débuté par une céphalosporine de nale dont le traitement repose autant fait la preuve de sa pertinence clinique
3e génération qui couvrira les prin- que possible sur l’identification et l’an- sur le long terme (15). En effet, dans
cipales entérobactéries et strepto- tibiogramme de Mycobacterium tuber- ces différents essais, le traitement
coques digestifs (ceftriaxone 1 g/24 h culosis (plus rarement Mycobacterium uniquement médical était associé à
IV ou cefotaxime 1 g/8 h) associée bovis) au niveau de la muqueuse, d’un un taux de récidive de l’appendicite
au métronidazole (500 mg/8 h per liquide d’ascite ou d’un prélèvement de près de 30 % dans l’année suivante
os ou IV) qui ciblera les bactéries respiratoire et l’utilisation d’une ainsi qu’un plus grand nombre de
anaérobies. L’objectif principal de ce quadrithérapie antituberculeuse complications en particulier en cas
traitement antibiotique probabiliste standard de 6 mois dans la plupart de stercolithe appendiculaire (16,17).
sera le traitement d’une éventuelle des cas pour M. tuberculosis (M. bovis Aucun protocole d’antibiothérapie
translocation bactérienne tout en étant naturellement résistant au pyra- spécifique n’a pu démontrer une supé-
cherchant à contrôler l’infection intes- zinamide, une trithérapie de 9 mois riorité par rapport aux autres.
tinale, ce qui justifie le spectre large est le plus souvent utilisée). Dans
d’emblée recherché par cette stratégie certains contextes d’immunodépres- Le choix de l’antibiothérapie, son
thérapeutique. En cas d’infection sions on peut toutefois rencontrer des indication et sa durée dépendent des
à Campylobacter spp documentée, tableaux d’iléo-colites chroniques liées constatations per opératoires (18) :
espèce naturellement résistante aux germes classiquement impliqués - Appendicite simple : pas de traite-
aux céphalosporines de 3 e généra- dans les iléo-colites aiguës (yersiniose ment antibiotique en post-opératoire
tion, le traitement à privilégier dans chronique chez les patients avec une
un second temps sera l’association - Appendicite gangréneuse/abcès
hémochromatose, colites récidivantes
amoxicilline/acide clavulanique (< 1 % appendiculaire : amoxicilline/acide
à Campylobacter spp chez les patients
de résistance décrite). clavulanique intra-veineux 1 g/8 h
très immunodéprimés en particu-
pendant 48 h
lier avec hypo-gammaglobulinémie,
La figure 1 fait la synthèse des diffé- colites virales chez les transplantés…) - Phlegmon appendiculaire : amoxi-
rents traitements recommandés et mais dont la prise en charge ne peut cilline/acide clavulanique intra-vei-
présente une proposition d’algorithme se concevoir qu’en lien avec une neux 1 g/8 h pendant 48 h + une
décisionnel dans le choix de l’anti- équipe d’infectiologie au cas par cas. injection d’amikacine 15 à 30 mg/kg.

336
Figure 1 : Proposition d’algorithme décisionnel pour le choix d’une antibiothérapie
dans un contexte d’iléite ou d’iléocolite aiguë présumée infectieuse

ATB : antibiothérapie ; AZM : AZITHROMYCINE ; MZD : METRONIDAZOLE ; C3G : Céphalosporines de 3e génération ; FQ : fluoroquinolones ;
AMOX : AMOXICILLINE ; Ac. CLAV : Acide CLAVULANIQUE ; À partir de : www.ePOPI.fr

- En cas d’allergie aux beta-lacta- péritonite. Plusieurs essais contrô- Diverticulite compliquée
mines : métronidazole 500 mg/8 h + lés randomisés ont montré que l’ab- ou avec facteur de risque
amikacine 15 à 30 mg/kg. sence de traitement antibiotique chez de complication
ces patients n’était pas associée à
En cas de forme compliquée la durée Les éléments suivants doivent faire
un sur-risque de complication ou de
ATELIERS

de traitement est de 1 à 5 jours. débuter un traitement antibiotique


récidive dans l’année. L’abstention par voie intra-veineuse sans délai :
thérapeutique en dehors d’un traite-
ment symptomatique est aujourd’hui - La présence de signes de mauvaise
la règle [recommandations Grade A, tolérance du sepsis (score qSOFA≥2
Traitement antibiotique HAS 2017 ; (19)]. Toutefois en cas défini par la présence d’au moins
d’une diverticulite aiguë de non réponse au traitement symp- 2 éléments parmi les suivants :
tomatique seul, une antibiothérapie une pression artérielle systolique
par voie orale est alors recomman- ≤ 100 mmHg, fréquence respira-
Diverticulite non compliquée dée associant amoxicilline + acide toire ≥ 22 cycles/minute, confu-
sans facteur de risque clavulanique 1 g/8 h, ou en cas d’al- sion) ;
de complication lergie, une fluoroquinolone (levofloxa- - Une immunodépression congéni-
Une diverticulite non compliquée cine 500 mg/24 h ou ciprofloxacine tale ou acquise définie par la prise
(stade Hinchey ≤ Ia= inflammation 500 mg/12 h) associée au métroni- d’immunosuppresseur, une cortico-
diverticulaire ou phlegmon péri- dazole 500 mg/8 h. Ce traitement thérapie systémique, la notion de
colique) est définie par l’absence antibiotique ne doit pas dépasser cancer évolutif et une insuffisance
d’abcès péricolique ou pelvien ou de 7 jours (19). rénale terminale ;

337
Figure 2 : Algorithme décisionnel pour l’indication et le choix de l’antibiothérapie dans la diverticulite aiguë

AMOX/ Ac/ CLAV : amoxicilline/ acide clavulanique ; C3G : Céphalosporines de 3e génération ; GENTA : gentamicine ; MZD : métronidazole ; FQ :
fluoroquinolones ; Source : (19).

- Score ASA ≥ 3 (i.e patient avec une lités de l’antibiothérapie est résumée 4. Bilans annuels CNRCH | Centre National
anomalie systémique sévère) ; figure 2. de Référence des Campylobacters et
Hélicobacters n.d. https://www.cnrch.
- Grossesse ; Le tableau 3 résume les posologies et fr/bilans-et-publications/bilans-annuels-
cnr-ch/ (accessed October 16, 2021).
mode d’administration des principaux
- Diverticulite compliquée avec abcès antibiotiques utilisées dans les infec-
péri-colique, péritonite localisée ou 5. Puylaert JB, Vermeijden RJ, van der
tions digestives. Wer f SD, Doornbos L, Koumans RK.
diffuse (stade Hinchey > Ia) ; Incidence and sonographic diagnosis
of bacterial ileocaecitis masquerading
Il est alors recommandé de débuter as appendicitis. Lancet Lond Engl
un traitement antibiotique par voie 1989;2:84–6. https://doi.org/10.1016/
intra-veineuse par amoxicilline-acide s0140-6736(89)90322-x.
clavulanique 1 g/8 h + gentamicine 3 à
6. Colomb-Cotinat M, Assouvie L, Durand J,
6 mg/kg, OU cefotaxime 1 g/8 h + Références Daniau C, Leon L, Maugat S, et al. Epide-
métronidazole 500 mg/8 h, OU cef- miology of Clostridioides difficile infec-
triaxone 1 g/24 h + métronidazole tions, France, 2010 to 2017. Euro Surveill
1. VAN C, CAUTEREN DV, STRAT YL, SOMMEN Bull Eur Sur Mal Transm Eur Commun Dis
500 mg/8 h. En cas d’allergie prou-
C, BRUYAND M, TOURDJMAN M, et al. Bull 2019;24. https://doi.org/10.2807/1560-
vée, une association levofloxacine Estimation de la morbidité et de la 7917.ES.2019.24.35.1800638.
500 mg/24 h + gentamicine 3 à mortalité liées aux infections d’origine
6 mg/kg + métronidazole 500mg/8h alimentaire en France métropolitaine, 7. Lessa FC, Mu Y, Bamberg WM, Beldavs
2008-2013. Estim Morb Mortal Liées Aux ZG, Dumyati GK, Dunn JR, et al. Burden of
est possible. La durée du traitement
Infect Orig Aliment En Fr Métropolitaine Clostridium difficile infection in the United
n’est pas codifiée, mais une durée de 2008-2013 2018. States. N Engl J Med 2015;372:825–34.
10 jours est habituellement décrite. https://doi.org/10.1056/NEJMoa1408913.
2. Rapports d’activité du CNR des Esche-
Un drainage radiologique est recom- richia coli, Shigella, Salmonella. Inst
mandé en cas d’abcès diverticulaire Pasteur 2016. https://www.pasteur.fr/fr/ 8. Johnson S, Lavergne V, Skinner AM,
≥ 3 cm lorsque celui-ci est possible. sante-publique/CNR/les-cnr/escherich- Gonzales-Luna AJ, Garey KW, Kelly CP,
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338
Tableau 3 : Principaux antibiotiques utilisés dans le traitement des infections digestives, posologies,
précautions d’emploi et principaux effets indésirables

Antibiotiques/ classe Voie Posologie Précautions d’emploi Adaptation


d’administration usuelle et principaux effets indésirables à la fonction rénale

AZITHROMYCINE Per os 500 mg/jour - Risque d’allongement du QT NON


– 3 jours - Interactions médicamenteuses
(antivitamines K, statines, digoxine,
amiodarone, ciclosporine, tacrolimus…)
- Contre-indication en association avec la
colchicine/ Dérivés de l’ergot de seigle
- Contre-indication en cas d’insuffisance
hépatique sévère

Fluoroquinolones : - Photosensibilisation
- OFLOXACINE Per os ou IV 200 mg/12 h - Risque de tendinopathie OUI
- CIPROFLOXACINE 500 mg/12 h - Confusion en particulier chez le sujet âgé
- LEVOFLOXACINE 500 mg/24 h - En cas de grossesse préférer la
ciprofloxacine possible quel que soit le
terme

Céphalosporines Réaction immuno-allergique (cutanée/


de 3ème génération : hépatique/ hématologique)
- CEFTRIAXONE IV ou IM 1 g/24 h NON
- CEFOTAXIME IV 1 g/8 h OUI

AMOXICILLINE/ ACIDE Per os ou IV 1 g/8 h - Réaction immuno-allergique (cutanée/ OUI (<30 ml/min)
CLAVULANIQUE hépatique/ hématologique)
- Diarrhées motrices sous traitement

DOXYCYCLINE Per os - (prendre 100 mg/12 h - Ulcérations œsophagiennes NON


assis ou debout - Photosensibilisation
avec un grand - Contre-indication < 8ans
verre d’eau)

METRONIDAZOLE Per os ou IV - Neuropathie dose-dépendante NON


- Effet antabuse vis-à-vis de l’alcool
- Dysgueusie

VANCOMYCINE Per os 125 mg/6 h - NON (pas/


peu d’absorption
systémique en
prise per os)

FIDAXOMICINE Per os 200 mg/12 h - NON (pas/


peu d’absorption
systémique)

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339
5
Les cinq points forts
● L’association azithromycine/ métronidazole permet de cibler les
principaux germes à l’origine d’une iléo-colite infectieuse aiguë
en France métropolitaine.

● Le traitement antibiotique probabiliste des iléites infectieuses


sans atteinte colique repose sur un traitement par fluoroquino-
lones en première intention.

● Le traitement d’une colite à C. difficile producteur de toxine


repose sur la vancomycine per os ou la fidaxomicine pendant
10 jours en première intention.

● La prise en charge d’une appendicite aiguë reste en première


intention chirurgicale associée en cas de forme compliquée à
un traitement antibiotique de moins de 5 jours par amoxicil-
line/ acide clavulanique.

● La prise en charge d’une diverticulite sigmoïdienne non compli-


quée ne nécessite pas de traitement antibiotique en première
intention, mais en cas de non réponse au traitement sympto-
matique un traitement par amoxicilline/acide clavulanique est
recommandé.

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