Le Peuplement Ornithologique de Madagascar Origines - Biogfiographie
Le Peuplement Ornithologique de Madagascar Origines - Biogfiographie
, nQ 4 - octobre 1967
P. GRIVEAUD’
RÉSUMÉ
Ce travail représente une synthèse des connaissances acluelles sur l’avifaune malgache.
Après avoir repris l’historique complet des recherches et éludes effectukes et donné
un bref aperçu sur l’évolution phytogéographique et les espèces éteintes, il étudie les origines
et les affinités de la faune ornithologique malgache, les absences, les apports récents et les
groupes les plus caractéristiques.
Tout un chapitre esf ensuite consacré ù la Biogéographie (répartition des espèces
dans les différentes régions).
L’ensemble représente essentiellement la compilation des nombreux travaux publiés
sur les Oiseaux de Madagascar, dont une large bibliographie est fournie.
Il présente l’intérêt de tirer parti, en français, de nombreux iextes publiés en langue
étrangère.
’ Enfin, un appendice, rédigé a posteriori, donne la liste irès complète des espèces et
sous-espèces citées de Madagascar, comprenant entre autres ce qu’a publié Salomonsen,
sur étude du matériel de la mission anglo-franco-américaine de 1929, entre les années
1933 et 1935.
INTRODUCTION.
Alors qu’il reste encore à accomplir un gros effort dc recherches pour obtenir une
connaissance, même approximative, de la faune des invertebrés malgaches, dont la
richesse endémique est considérable, les collectes et les études effectuées au cours des
trois derniers siècles, sur la faune des vertébrés de la Grande Ile, et particulièrement,
dans les groupes les plus spectaculaires des mammifères et des oiseaux, dont la pauvreté
en espèces est d’ailleurs toute différente, mettent à la disposition des naturalistes, une
importante littérature de référence.
Il reste peu à ajouter à ces études et travaux, du moins en ce qui concerne l’in\-cntaire
et la taxonomie des familles, genres et espèces dont seule, une certaine modernisation
est peut-être à parfaire.
Mais il est certain que nos connaissances demeurent encore très sommaires sur
l’écologie et la biologie de très nombreuses espèces.
Par ailleurs, si la répartition des mammifères, peu susceptibles de grands déplace-
ments aisés, est relativement facile à contrôler, des prospections plus approfondies des
multiples micro-biotopes malgaches, risquent d’apporter quelques modifications au
concept actuel de distribution des espèces ornithologiques.
L’étude sur le terrain des oiseaux malgaches n’est donc pas près d’être terminée et
nous souhaitons que ce modeste travail de synthèse et de compilation, qui se rèfére
principalement aux remarquables études de nos éminents prédécesseurs, maitres en
ornithologie, ne soit qu’une mise au point des connaissances acquises jusqu’alors, grâce
à ces spécialistes.
Mais de très intéressantes études restent à faire, comme nous le signalons ci-dessus,
sur l’écologie et la biologie des oiseaux de Madagascar et il y a là matière à travaux
passionnants et utiles, pour de nombreux ornithologistes.
HISTORIQUE.
La première liste d’oiseaux malgaches dont nous ayons connaissance est due au
Sieur de FLACOURT et a été publiée dans son Histoire de la Grande Ile de Madagascar
(Paris, 1658). Environ 56 espèces sont énumérées sous leur nom vernaculaire. Elles
avaient été observées dans le Sud de Madagascar, aux environs de Fort Dauphin ou
FLACOURT avait son quartier général.
POIVRE et COMMERSON effectuèrent en 1771 une expédition de reconnaissance dans
la Grande Ile au cours de laquelle des collectes furent effectuées. La plupart des oiseaux
collectés par POIVRE furent déposés dans la collection de RÉAUMUH et un certain nombre
des descriptions effectuées par BRISSON d’environ 38 espèces d’oiseaux malgaches ont
été faites à l’aide du matériel de POIVRE.
SONNERAT, autre voyageur français, au cours d’expéditions en Orient de 1768 a
1773, puis de 1774 à 1781, a visité Madagascar et publie dans son ouvrage Voyage ù In
Nouvelle Guinée les descriptions et les figures de plusieurs oiseaux malgaches.
Vers 1830, J. DESJARDINS, secrétaire de la Société d’Histoire Naturelle de 1’Ile
Maurice, a publié un certain nombre de notes ornithologiques dans les Proceedings of
the Zoological Society of London.
En 1831-1832, VICTOR SGANZIN, Commandant de 1’Ile Sainte Marie collecta des
oiseaux et rédigea des notes descriptives avec les noms français et malgache d’environ
84 espèces, travail publié en 1840 dans les Mémoires de la Société d’Histoire Naturelle de
Strasbourg.
En 1833, les naturalistes français BERN~ER, GO~DOT et ROUSSEAU visitèrent l’Est
LE PEUPLEMENT ORNITHOLOGIQUE DE MADAGASCAR 55
REGIONS FAUNISTIQUES.
Tout en reconnaissant que, pour les répartitions des formes ornithologiques, les
grandes divisions et les subdivisions proposées par PERRIER de la BÂTHIE et précisées
LE PECPLEMENT ORNITHOLOtiIQUE DE MADAGASCAR 59
par HUMBERT, sont en général applicables aux répartitions des espèces aviaires, RAND
dit bien toutefois que les distributions zoologiques ne sauraient être aussi nettement
définies, certaines espèces se retrouvant d’une région à l’autre.
Il est de fait que les divisions proposées par RAND dans sa carte (p. 26) ne concordent
pas avec les limites sinueuses des divisions phytogéographiques d’HuMnERr.
En particulier, et nous sommes très tenté d’être en accord avec lui sur ce point,
RAND ne considère pas de (( Région Centrale B et établit une seule ligne de séparation
entre les versants Est et Ouest.
Il est certain que si l’on considère que les hauts plateaux du Centre sont, ou bien en
savane herbacée, ou bien ne comportant que de maigres témoins de l’ancienne couverture
forestière, on peut admettre que la région centrale s’est trouvée, dans un passé relative-
ment récent, sans caractère bien tranché la différenciant, ou bien du versant oriental,
ou bien du versant occidental.
Il est de plus indéniable que les caractères de la flore ct de la faune des vestiges
forestiers de cette région centrale, la rattachent suivant lc cas et de façon indiscutable
à la flore et à la faune de l’un ou l’autre des domaines Est ou Ouest.
Il n’en reste pas moins que l’existence depuis de longues années de cette savane
centrale, l’isolement dans lequel se trouvent les vestiges forestiers qu’elle comporte
encore, le présence de zones de reboisement secondaires (d’espèces introduites) et de
vastes régions de culture, peuvent peu à peu justifier sa considération comme une région
bien déterminée, peuplée d’espèces zoologiques progressivement bien adaptées.
Il ne faut pas oublier non plus que nous avons à faire, avec les oiseaux, à des animaux
extrêmement mobiles, susceptibles de déplacements aisés, n’ayant rien de comparable
avec l’immobilisme d’une végétation.
Par ailleurs, il est très vraisemblable que, pour les oiseaux comme nous l’avons
signalé pour les inscetes, certaines formes qui existaient dans une aire très large de
l’ancienne couverture forestière, ont pu par la suite se trouver isolées dans des massifs
résiduels maintenant éloignés les uns des autres, comme la Montagne d’iimbre, les Hauts
du Sambirano et la grande forêt orientale.
Une découverte récente, qui nous est personnelle, vient mettre en lumière l’insuffi-
sance des prospections et tout ce qui nous reste à apprendre de recherches minutieuses et
bien plus poussées sur l’exacte répartition faunistique, tandis qu’elle apporte une
confirmation à la conception de RAND des domaines faunistiques, supprimant la région
centrale.
En fin décembre 1959, nous avons pu prospecter , pour la première fois sans doute
depuis les collectes effectuées dans ce microbiotope par le Révérend W. Dean COWAN
entre les années 1874 et 1880, la remarquable forêt vestigale de Tsarafidy (ex Ankafana
ou Ankaflna de COWAN).
Ce lambeau forestier, à l’écart des grandes routes, avait échappé depuis de longues
années aux naturalistes. Il appartient à ce qui est considéré comme la (( Région centrale J>
et se trouve à 15 km environ au Sud-Ouest d’Ambobimahasoa.
Or, outre que nous avons retrouvé dans cette forêt de faible étendue, plusieurs
espèces d’insectes décrites sur le matériel que COWAN y récolta, nous avons eu la surprise
d’y collecter un Vangidé : Xenopirosfris polleni Schlegel, considéré jusqu’alors comme
une grande rareté, strictement limitée à la région orientale (RAND, p. 466).
Un autre point est à retenir des collectes et des études de RAND, c’est celui, qui a
trait à l’importance des répartitions dans le sens vertical.
RAND, en ce qui concerne les oiseaux, estime que tout en n’étant pas négligeable,
l’altitude ou l’altitude relative semblent n’avoir qu’une faible importance à Madagascar
et il ne cite que 3 sous-espèces altimontanes.
GO P. GRIVEAUD
Mais il précise bien que diverses espèces ne se retrouvent pas au-dessus d’une certaine
altitude. Toutefois, lui aussi met l’accent sur l’insuffisance des prospections qui n’ont
pas permis jusqu’alors l’exploration détaillée de toutes les forêts d’altitude et marque
une certaine réserve sur les données nouvelles que pourraient apporter de telles pros-
pections.
RAND en arrive donc à dire que l’avifaune malgache, tout en présentant des parti-
cularités dans chaque biotope, est distribuée essentiellement entre trois grandes régions
biologiques : 10. une région orientale. 20 une région occidentale. 30 une région sub-
désertique du Sud-Ouest. Mais il trace ensuite un magistral tableau des subdivisions
de ces grandes régions (p. 214 à 293).
Et RAND de dire que, par conséquent, les conditions sont aussi favorables pour des
arrivées en provenance d’Asie que d’Afrique.
Mais il ajoute : (cQuoiqu’il en soit, si l’on considère les distances, les choses paraissent
très différentes )) et il rapelle que Madagascar n’est éloigné que de 230 miles de l’Afrique,
tandis que 2000 miles séparent la Grande Ile de l’Inde.
Et il conclut : Il semble que la majorité de l’avifaune très particulière de Madagascar
ne montre pas de relations qui puisse la faire considérer plus proche de l’avifaune africaine
ou asiatique.
RAND, sans vouloir donc nettement prendre position dans les origines possibles de
l’avifaune malgache semble toutefois ne pas nier l’importance des apports africains
losrqu’il nous dit (nous citons textuellement) : . ..which arrived possibly over the land
bridge by which the flightless birds and mammals probably came... (p. 299) et nous ne
pensons pas que RAND admette un tel pont ancien avec l’Asie.
Nous ne voyons pas, personnellement, pourquoi le fait d’une évolution en vase clos
des souches ayant colonisé la Grande Ile aux temps anciens et ayant donné naissance à la
faune très particulière que nous connaissons actuellement, permettrait de rejeter une
origine essentiellement africaine, que bien d’autre groupes zoologiques laisse supposer.
RAND a dû vouloir marquer par ses propos l’originalité actuelle de l’avifaune
malgache et en cela il a eu raison, mais il a peut-être poussé un peu trop loin son désir
de ne pas prendre position.
BERLIOZ est bien plus catégorique, et comme notre concept personnel se rapproche
du sien, nous tenons à le citer textuellement :
(<Contrairement à une théorie quelque peu exagérée, qui avait prévalu durant un
temps, la grande majorité des éléments les moins spéciaux de l’avifaune malgache
présente des affinités très nettes vis à vis de la faune ethiopienne et non pas de la faune
orientale ».
Et BERLIOZ cite de nombreux exemples venant apporter une confirmation très
nette à son propos :
Parmi ces exemples, rappelons avec BERLIOZ les Bubulcus, les Ibis, Anatiomus,
Porphyrio, Eurystomus, Alcedo, bien mieux représentés en Afrique qu’en Asie.
Mais de plus, beaucoup de types d’oiseaux, caractéristiques de l’Afrique à l’exclusion
de l’Asie, se retrouvent à Madagascar : Scopus, Ispidina, Agapornis.
Les Anatidés présentent des types également caractéristiques de la faune éthiopienne
Neffapus aurifus, Anas puncfafa, Thalassornis leuconofa, etc...
Chez les Jacanidés, l’unique espèce malgache : Acfophilornis albinucha offre, dit
Berlioz, une excellente illustration des rapports qui l’unissent avec Acfophilornis africa,
espèce africaine.
Les Galliformes sont représentés par des formes d’affinité nettement africaine :
Numida, Cofurnix.
Parmi les Columbiformes, Traron ausfralis et Oena capensis ont des affinités africaines
banales.
Chez les Rapaces, Gymnogenys radiafus est un oiseau d’affinités des plus strictement
éthiopiennes.
Quelques genres révèlent des affinités aussi circonscrites, tels les Berniera, les
Spermestes, Corvus albus, qui sont à considérer eux aussi, comme des représentants
de la faune éthiopienne.
Mais il va de soi que BERLIOZ ne rejette pas dans l’ombre les apports de certaines
formes asistiques ou indo-océaniennes qu’il énumère également. (Nous avons vu qu’il
en va de même pour la faune entomologique).
62 P. GRIVEAUD
En conclusion, notre conviction personnelle, confirmée par ce que nous ont appris
d’une part les études de nos prédécesseurs (GRANDIDIER, MILLOT, PAULIAN, BERLIOZ
etc...) puis, d’autre part, nos recherches ornithologiques dans l’archipel des Comores
avec BENSON, l’étude de l’avifaune malgache comparée à celle des autres régions du
globe, ce que révèle la paléontologie etc... est que l’avifaune malgache, tout en présentant
des types hétérogènes d’affinités diverses, doit avoir son origine essentielle dans des
souches paléocontinentales ayant suivi un axe Nord-Sud par la région éthiopienne.
Quand à vouloir dire à tout prix que Madagascar est, sur le plan ornithologique (ou
même zoologique) une sous-région de la région éthiopienne ou appartient à une région
malgache bien spéciale, nous estimons qu’il s’agit là d’une querelle de terminologie, car
si les origines des espèces zoologiques des Mascareignes permettent de les rattacher
principalement à la région éthiopienne, l’évolution insulaire en vase clos pendant un
long isolement, a donné naissance aux espèces actuelles, différentes des souches, et qui
ont fini par créer par leur évolution, la faune moderne très spéciale, considérée par
certains auteurs comme celle d’une (( Région malgache 8.
LES ABSENCES.
Trop d’auteurs n’ont étudié la Faune malgache qu’en se référant aux présences,
sans tenir compte de ce que peuvent nous apprendre les absences.
C’est le mérite de savants tels que MILLOT, PAULIAN et BERLIOZ (pour l’avifaune)
de nous avoir rappelé l’importance de ces dernières.
BERLIOZ nous dit combien ces caractères négatifs sont à la fois instructifs et
paradoxaux.
Alors que Madagascar a comporté, dominant jusqu’à une époque récente, un biotope
de riches forêts tropicales, il est curieux de relever l’absence totale de groupes aviens si
bien représentés dans le même biotope de l’ancien continent.
Et BERLIOZ rappelle que deux ordres entiers d’oiseaux percheurs font défaut : les
les Piciformes et les Trogoniformes.
Or la particularité de ces deux ordres est qu’il sont également absents dans la région
océanienne et l’Australie. Cette absence simultanée, dit BERLIOZ, mérite d’être soulignée
et constitue un nouveau caractère commun, négatif cette fois, aux deux régions malgache
et océanienne.
L’auteur ajoute qu’il faudrait admettre ainsi que l’isolement de la région malgache,
par rapport à l’ancien continent, remonte à une époque très reculée, les Trogoniformes
entre autres, représentant bien apparemment un type d’oiseau sylvicole archaïque,
retrouvé à l’état fossile jusque dans le miocène et même l’éocène de France.
Et BERLIOZ cite ensuite d’autres groupes d’oiseaux totalement absents de
Madagascar.
De l’ensemble de ces considérations, dit-il, la première conclusion qui s’impose
n’est qu’une fois de plus la confirmation de la théorie admise, à savoir que tous les carac-
tères de l’avifaune malgache, tant négatifs que positifs, concourent à traduire une
évolution sur place, isolée de toute influence continentale, pendant une longue période
géologique (BERLIOZ, p. 178 à 180).
--
LE PECTPLEMENT ORNITHOLOGIQUE DE MADAGASCAR 63
SP@CIATION.
En nous basant sur le travail d’ensemble le plus récent (RAND), l’avifaune malgache
se diviserait en 61 familles représentant 164 genres pour 238 espèces et 39 sous-espèces.
Notons en passant qu’il ne nous appartient pas de discuter la valeur des appar-
tenances de divers genres à telle ou telle famille, telles que les conçoit RAND, non plus
que de la valeur de certaines sous-espèces. Nous laissons ce soin aux ornithologistes de
64 P. GRIVEAUD
métier, qui d’ailleurs comme le signale BERLIOZ, semblent encore en controverse sur
divrrs cas (1).
Quoiqu’il en soit, l’étude détaillée des listes les plus récentes, données par RAND,
nous donne :
28 familles à 1 genre 124 genres à 1 espèce = 124 espèces
13 - 2 genres 25 - 2 espèces = 50 -
8 - 3- 8 -3- =24 -
3 - 4- 3 - 4- =13 -
1 - 0 - l-5-=5-
1 - 6- 2 - 7 - =14 -
3 - 8- 1-g-=9-
2 - 9- 164 genres = 238 espèces
1 - 10 -
1 - ll-
61 familles
Mais nous devons noter qu’à l’exception du genre forestier Coua, endémique, de la
famille des Cuculidés, la spéciation est extrêmement faible dans les formes strictement
autochtones, puisque les genres à 7 espèces se trouvent dans les familles des Lariidés et
des Charadriidés, oiseaux littoraux non endémiques et que le genre à 5 espèces, est le
genre Falco, de la famille des Falconidés, bons voiliers et à large répartition.
Il n’en est pas moins remarquable de constater l’importance numérique de certains
groupes strictement malgaches et forestiers comme celui des Vangidés par exemple
(10 genres, 12 espèces, 6 sous-espèces).
Rappelons avec PAULIAN, que la spéciation subspécilique est nettement de type
géographique ou altitudinal.
BIOGEOGRAPHIE.
RAND, nous l’avons dit plus haut, a minutieusement étudié la répartition de l’avi-
faune malgache et nous en donne une bonne image dans son travail (p. 235 à 301).
Il serait fastidieux et inopportun de reprendre ici en détail les énumérations
complètes que donne RAND, non seulement pour chaque grande région, mais aussi pour
chacun des principaux biotopes dans chaque région.
Nous préférons reprendre l’étude des répartitions qu’il indique sous forme d’analyse
permettant de tirer plus aisément les conclusions qui en découlent.
Rappelons toutefois ce que nous avons dit précédemment et que RAND et PAULIAN
rappellent également, à savoir d’une part que nous trouvant en face d’éléments mobiles,
il est bien difficile de définir des limites rigoureuses à l’aire de répartition de chaque
espèce, et que d’autre part, des prospections plus complètes et plus minutieuses dans
chacun des microbiotopes malgaches, pourront apporter bien des modifications au
concept actuel des répartitions génériques et spécifiques.
Les naturalistes avertis devraient prendre soin de tenir à jour, au cours de leurs
déplacements à Madagascar, et principalement dans les régions encore mal explorées,
des notes sur les espèces observées avec certitude. Nous l’avons fait nous même au cours
des missions entomologiques que nous avons effectuées en particulier en juillet 1957
dans la région du Lac Ihotry (Sud-Ouest) et en novembre-décembre 1958 dans le massif
-
LE PEUPLEMENT ORNITHOLOGIQUE DE MADAGASCAR 63
du Marojejy (Nord-Est). Les listes des oiseaux collectées ou observés au cours de ces
missions ont été publiées dans le o Naturaliste malgache )).
RAND considère donc essentiellement trois grandes régions pour l’avifaunc ; il
distingue :
10 Les espèces et sous espèces restreintes à l’une des trois régions :
- Région orientale : 69 espèces et sous-espèces caractéristiques.
- Région occidentale :20 - - -
- Région subdésertique du Sud-Ouest : 18 - -
20 Les espèces communes à deux régions seulement :
- Espèces communes aux régions orientale et occidentale : 38
- - - orientale et sud-ouest : néant
- - - occidentale et sud-ouest : 15
30 Les espèces communes aux trois régions : 46 espèces et sous-espèces.
Notons dès maintenant que ces chiffres nous révèlent, comme nous l’avons constaté
pour la Faune entomologique, une richesse bien plus grande dans la région orientale,
comprenant les grandes étendues de pluvisylva.
Notons également qu’il n’existe pas d’espèces qui soient limitées aux deux seules
régions orientale et sud-ouest. Nous avons fait la même constatation dans l’étude ento-
mologique des Amatidés et ceci tient il va de soi, aux fortes divergences climatologiques
et phytologiques existant entre le versant oriental d’une part, et les régions occidentale
et du Sud-Ouest, d’autre part.
Mais 46 espèces sont ubiquistes et se retrouvent dans les trois régions principales.
Si nous étudions les listes mominatives détaillées établies par RAND, une autre
constatation s’impose : Les espèces ayant une vaste dispersion appartiennent, dans
l’ordre, à des formes marines, des formes dulçaquicoles, aux rapaces, aux Cuculidés, aux
Micropodidés et Hirundidés et a quelques espèces dont les représentants sont en général
de bons voiliers.
Mais nous ne retrouvons, dans la liste des 46 espèces ubiquistes, aucune espèce
typiquement sylvestre.
Il en va sensiblement de même pour les espèces communes aux régions orientale
et occidentale. Toutefois, nous devons noter la présence de quelques formes forestières
se retrouvant à la fois dans les forêts des pentes orientales et celles des pentes occidentales :
Psittacidés, Vangidés, Nectariidés.
Quand aux espèces communes à la région occidentale et au Sud-Ouest, elles se
réfèrent également à des formes marines ou dulçaquicoles, puis aux Dromadidés,
Ptéroclidés, Columbidés, Strigidés, Psittacidés, Upupidés, Turdidés et Vangidés, dans
des formes n’ayant rien d’exclusivement forestier.
Etudions maintenant de façon plus approfondie, la faune propre à chaque région.
Rdgion orientale
Avec les 69 espèces et sous-espèces qui lui sont propre, auxquelles viennent s’ajouter
les 38 espèces communes avec la région occidentale et les 46 espèces ubiquistes, nous
arrivons au total de 153 espèces et sous-espèces, qui nous donne une image de la richesse
de cette région.
Comme pour la faune entomologique, la pluvisylva de l’Est a donc ouvert la porte
à une vaste aventure tropicale, ayant favorisé la multiplication des formes. Il est
5-l
66 P. GRIVEAUD
-
LE PEUPLEMENT ORNITHOLOGIQUE DE MADAGASCAR 67
français équivalent) auxquelles se livrent dans la voûte, de nombreux oiseaux forestiers
d’espèces très différentes, se suivant en groupes parfois très importants et très hetérogenes
sur un itinéraire paraissant arbitraire.
c. Une faune de la strate de lianes et d’arbustes sous voûte forestière : 12 formes.
d. Une faune du couvert herbacé forestier : 13 formes.
e. Une faune du sol forestier : 19 formes.
40 Une faune des savanes boisées ou non, pour laquelle RAND ne donne pas de liste,
celle-ci restant à établir.
A la suite de cette étude de répartition dans la région orientale, RAND étudie la
faune de trois sous-régions qu’il semble bien considérer comme ayant de très fortes
relations : La pluvisylva de l’Est, la Montagne d’hmbre et le Sambirano. Nous ne nous
étendrons pas sur le détail des espèces communes à ces trois sous-régions, ayant déjà
dit ailleurs, après bien d’autres auteurs, que l’on peut les considérer comme très proches
et ayant été liées entre elles dans un passé récent.
Région occidentale
Rappelons que 20 espèces lui sont propres, auxquelles viennent s’ajouter 38 espèces
communes avec la région orientale, 15 espèces communes avec le Sud-Ouest et les 46
espèces communes aux trois régions.
C’est donc un total de 119 espèces qui est recensé par RAND dans cette région. Il
distingue :
10 Une faune marine de la région littorale : 32 formes.
C’est incontestablement sur les plages basses et dans les grandes étendues maré-
cageuses à palétuviers de l’Ouest que la faune des oiseaux marins est la plus riche à
Madagascar. Le littoral occidental est protégé des vents dominants et éminemment
propice à l’abondance des formes maritimes.
20 Une faune des marais, dont RAND ne donne pas de liste. Un recensement obtenu
grâce à des observations suivies serait très intéressant et révélerait sans nul doute la
présence d’espèces migratrices ou de passage accidentel, présence favorisée par la largeur
relativement faible du canal de Mozambique. (Nous avons déjà signalé la présence de
Pelecanus sp.).
30 Une faune du faillis xérophyfe : 11 formes.
40 Une faune des savanes et plaines à palmiers : 11 formes.
50 Une faune des régions boisées : 48 formes.
Enfin RAND établit 2 subdivisions séparant le Nord-Ouest du Sud-Ouest.
La caractéristique de l’avifaune de la région occidentale est en premier lieu l’abon-
dance des formes marines, la présence de formes spéciales adaptées aux régions de
grandes savanes à rares points d’eau (Eremialecfor personafus) et la pauvreté en espèces
sylvestres, dont la plupart des représentants se retrouvent en bien plus grande quantité
dans la région orientale.
Sud-Ouest, le peu d’importance des zones boisées et les grandes étendues de savane
sub-désertique.
RAND distingue 5 biotopes principaux avec chacun, leur faune particulière, mais
dont il ne nous donne pas les inventaires détaillés :
10 La faune des régions boisées : 33 formes.
20 La faune littorale (Pas d’énumération, mais elle est cependant assez riche d’après
ce que nous avons constaté personnellement).
30 La faune des marais (Pas d’énumération).
40 La faune du taillis xerophyte (Pas d’énumération).
50 La faune terrestre des savanes (Pas d’énumération).
Il y a lieu de noter dans cette région un nombre assez important de formes terrestres
ou adaptées à vivre partiellement à terre (Couas - Monias benschi - Streptopelia p.
pictura - Uratelornis chimaera - Pseudocossyphus imerinus etc...).
Nous ne saurions clore ce chapitre sans insister sur le fait que nous nous sommes
contenté de dégager l’essentiel des localisations minutieuses indiquées par RAND dans
les 80 pages qu’il consacre à cette partie de son travail. Mais il était impensable de
procéder autrement et nous ne pouvons que renvoyer à l’ouvrage de RAND pour des
énumérations et des répartitions plus détaillées (p. 214 à 294).
CONCLUSION
DC toute l’étude qui précède, il ressort que la Biogéographie de l’avifaune malgache
est en corrélation étroite avec la distribution et le degré hygrométrique des domaines
forestiers.
La pluvisylva orientale est, comme pour beaucoup d’autres groupes zoologiques,
de loin la plus riche en espèces.
Les domaines que l’on peut rattacher dans un passé récent à cette pluvisylva
orientale (Montagne d’ambre et Sambirano) ont une avifaune très proche de celle du
grand domaine oriental.
Par contre, les régions occidentale et sub-désertique du Sud-Ouest, présentent
beaucoup moins d’espèces propres.
Quand à la répartition des familles et des genres, elle découle également des facteurs
climatiques, hygrométriques et botaniques.
Toute la côte occidentale, protégée des vents dominants, à plages plus ou moins
vaseuses, avec de forts peuplements de palétuviers, est le domaine de prédilection des
familles marines : Puffnidae, Laridae, Phaetonidae, Scolopacidae, Charadriidae, etc...
Le taillis xérophyte et les savanes arides sont le domaine des oiseaux adaptés aux
régions sub-désertiques avec de nombreuses formes terrestres.
Les familles de la faune dulçaquicole : Podicepidae, Anhingidae, Kallidae,
Phoenicopteridae, Anatidae, Ardeidae, Platelidae, etc... sont plus ubiquistes et ne
présentent que peu de familles ou de genres limités à une seule région (A l’exception
des Phoenicopteridae, encore non signalées dans la région orientale).
Quant à la faune sylvestre, nous avons déjà dit qu’elle était principalement inféodée
à la grande forêt orientale et à ses annexes, les présences que l’on peut constater dans
les zones boisées de la région occidentale, ne venant que renforcer la conviction d’une
ancienne couverture généralisée.
LE PEUPLEMENT ORNITHOLOGIQUE DE MhII.&(;>\SCAR G9
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72 P. GRIVEAUD
APPENDICE
Il nous a semblé intéressant de donner ici la classification la plus récente des oiseaux
de Madagascar, classification qui, à notre connaissance, n’a encore été fournie par aucun
auteur et qui ne se dégage pas de façon simplifiée, du travail de RAND.
De l’avis de M. le Pr DOR~T, du Muséum d’Histoire Naturelle de Paris, que nous remer-
cions vivement pour son extrême obligeance d’avoir bien voulu vérifier la liste que nous
avions établie, seule les Vangidés mériteraient d’être revus du point de vue générique.
D’après lui, les deux espèces : Tylas eduardi-Hartlaub et Hyposiffa corallirosfris-
Newton, rangées respectivement dans la liste systématique qui suit dans les familles
des Pycnonofidae et Hyposiffidae, ne sont que des Vangidae évolués et doivent être
classés dans cette famille.
Dans ses travaux M. le Pr DORST précise toutefois que les indications qu’il donne
devraient être complétées par une étude biologique approfondie, particulièrement en ce
qui concerne Hyposifla corallirosfris.
En conséquence, tout en nous faisant un plaisir et un devoir de citer les travaux de
cet excellent ornithologiste, mais n’appartenant pas à une même discipline, nous
préférons rester sur la réserve en n’apportant pas nous même la modification, sans nul
doute très valable, qui doit s’imposer dans la famille des Vangidés.
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